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Caractéristiques et formes de la poésie

La poésie est l'art d'évoquer des émotions et des images à travers des rythmes et des mots, avec plusieurs formes telles que la poésie épique, lyrique et satirique. La métrique, qui inclut des concepts comme l'allitération, l'assonance et les rimes, joue un rôle crucial dans la structure poétique. Différentes formes poétiques, comme le sonnet, le pantoum et le calligramme, illustrent la diversité et la richesse de l'expression poétique.

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Caractéristiques et formes de la poésie

La poésie est l'art d'évoquer des émotions et des images à travers des rythmes et des mots, avec plusieurs formes telles que la poésie épique, lyrique et satirique. La métrique, qui inclut des concepts comme l'allitération, l'assonance et les rimes, joue un rôle crucial dans la structure poétique. Différentes formes poétiques, comme le sonnet, le pantoum et le calligramme, illustrent la diversité et la richesse de l'expression poétique.

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La poésie

On appelle poésie l’art de combiner les rythmes, les sons et les mots afin d’évoquer des images, des
émotions, des sensations. Elle est née en même temps que le théâtre.
Il existe différentes formes de poésies:
- La poésie épique qui chante les louanges des héros
- La poésie dramatique
- La poésie lyrique qui sert à l’expression des sentiments personnels, à l’introspection
- La poésie élégiaque qui est l’expression d’une plainte douloureuse
- La poésie satirique qui sert la critique, elle est aussi une poésie engagée
- La poésie didactique qui donne une leçon, qui sert à enseigner

La métrique
La versification
Allitération : répétition de consonnes.
Exemple : «Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes ? », Racine.
Allitération en [s].

Assonance : répétition de voyelles ou de phonèmes vocaliques.


Exemple : « Le pré est vénéneux mais joli », Apollinaire
Assonance en [é/è].

Coupe ou césure : c’est le point fixe de partage dans un vers de plus de huit syllabes.
Dans le décasyllabe :
coupe en hémistiches
- 4 / 6.
- 6 / 4.
- 5 / 5 ( poésie non classique)
Dans l’alexandrin :
“j’ai disloqué ce grand
- 6 / 6. classiques niais d’alexandrin” - Hugo
- 3 / 3 / 3 / 3.
- 4 / 4 / 4. romantiques
Ces deux dernières formes sont très utilisées par les poètes romantiques.

Diérèse : on prononce en deux syllabes une suite de deux voyelles.


Exemple : « violon » peut ainsi se prononcer vio-lon ou vi-o-lon (dans ce dernier cas, il y a diérèse)

Synérèse : association d’une suite de deux voyelles.


Exemple : « écuelle » peut ainsi se prononcer é-cu-elle ou é-cuelle (dans ce dernier cas il y a synérèse

Distique : groupe de deux vers renfermant un énoncé complet.

Enjambement : groupe syntaxique débordant sur un autre vers sur plus d’un hémistiche.
Exemple : « Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée… ».
(« Heureux qui comme Ulysse… », Les Regrets, du Bellay)
Le mètre : unité de mesure poétique.

Rejet : on parle de rejet, quand la partie du groupe syntaxique rejetée dans le vers suivant est
inférieur à un hémistiche.
Exemple : « Nous le déshabillions en silence. Sa bouche,
Pâle, s'ouvrait ; la mort noyait son œil farouche ».
(« Souvenir du 4 », Les châtiments, Victor Hugo)

Les rimes

Rime féminine : le dernier mot du vers est terminé par un « e ». Attention, le « e » final est
atone.
Exemple : « Je vois que la raison cède à la violence
Puisque j’ai commencé de rompre le silence ».
(Phèdre, Racine)

Rime masculine : le dernier mot du vers n’est pas terminé par un « e ».


Exemple : « Le roi qu’on a cru mort va apparaître à vos yeux
Thésée est arrivé, Thésée est en ces lieux ».
(Phèdre, Racine)

Rime pauvre : rime d’un unique son en fin de vers. il faut alterner les rimes
Exemple : « J'arrive avec la nuit dans ma main ; et partout féminines/ masculines
Où je vais, surgissant derrière moi, debout ».
(« Satan dans la nuit », La fin de Satan, Hugo)

Rime suffisante : rime de deux sons en fin de vers.


Exemple : « J'étais pensif, j'étais profond, j'étais niais.
Comme je regardais et comme j'épiais ! ».
(Toute la lyre, « Adolescence », Hugo)

Rime riche : rime de trois sons ou plus en fin de vers.


Exemple : « Va-t'en, drôle ! - L'enfant s'en va. - Piège grossier !
Et les soldats riaient avec leur officier».
(« Sur une barricade », Les Châtiments, Hugo)
syllabes ≠ sons
Rime léonine : se dit de rimes étendues sur deux syllabes.
Exemple : «Je l'aime. C'est fini. Lumière ! fiancée (rimes forcément
De tout esprit ; soleil ! feu de toute pensée ; ». suffisantes ou riches)

(« Satan dans la nuit », La fin de Satan, Hugo)

Rime suivie ou plate : A A B B.


Exemple : « Par toi je change l'or en fer
Et le paradis en enfer »
(« Alchimie de la douleur », Les Fleurs du Mal, Baudelaire)
Rimes croisées ou alternées : A B A B
Exemple : « Mais si, sans se laisser charmer,
Ton œil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m'aimer ;
Ame curieuse qui souffres »
(« Epigraphe pour un livre condamné », Les Fleurs du Mal, Baudelaire)

Rime embrassée : A B B A
Exemple : « Lecteur paisible et bucolique,
Sobre et naïf homme de bien,
Jette ce livre saturnien,
Orgiaque et mélancolique. »
(« Epigraphe pour un livre condamné », Les Fleurs du Mal, Baudelaire)

Rime interne : Deux hémistiches riment ensemble dans un même vers.


Exemple : « Madame. Rappelez / votre vertu passée » (Phèdre, Racine)

Poème isométrique : suite de vers égaux en syllabes.


Poème hétérométrique : suite de vers inégaux en syllabes.
Strophe : tout groupe de vers isolé par deux blancs.

Les vers syllabiques français


1) Les plus courants :
- Six syllabes : hexasyllabe
Exemple : « tous deux vivants peut-être,»
« tous / deux / vi /vants / peu / t-être ».
1 2 3 4 5 6
(« Ne réservez pas à ma vieillesse un château », Les bucoliques, Jules Renard)
- Huit syllabes : octosyllabe
Exemple : « Les maigres paladins du diable»
« Les /mai / gre / pa/ la / dins / du / diable »,
1 2 3 4 5 6 7 8
(« Bal des pendus », Poésies, Rimbaud)

- Dix syllabes : décasyllabe


Exemple : «Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !»
«Cris / de / l’en / fer ! / voix / qui / hurle / et / qui / pleure »
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
(« Les Djinns », Les Orientales, Hugo)
- Douze syllabes : alexandrin
Exemple : « Souviens-toi que le Temps est un joueur avide»
« Sou / viens / toi / que / le / Temps / est / un / jou / eur / a /vide »,
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12
(« L’horloge », Les Fleurs du Mal, Baudelaire)
2) Les plus rares :
- Quatre syllabes : tétrasyllabe
Exemple : « La voix plus haute »
« La/ voix / plus / haute ».
1 2 3 4
(« Les Djinns », Les Orientales, Hugo)
- Cinq syllabes : pentasyllabe
Exemple : « La rumeur approche »
« La / ru / meur / ap / proche »
1 2 3 4 5
(« Les djinns », Les Orientales, Hugo)
- Sept syllabes : heptasyllabe
Exemple : « Je t'adore, ô ma frivole »
« Je / t’a/ dore / ô / ma / fri / vole »
1 2 3 4 5 6 7
(« Chanson d’après-midi », Les Fleurs du Mal, Baudelaire)
- Neuf syllabes : ennéasyllabe
Exemple : « De la musique avant toute chose,
Et pour cela préfère l’Impair»
(« Art poétique », Jadis et naguère, Verlaine)

- Onze syllabes : hendécasyllabe


Exemple : « Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises
Je buvais, accroupi dans quelque bruyère ».
(« Larme », Vers nouveaux, Rimbaud)

Les formes poétiques :


formes fixes
1) La ballade

Le mot « ballade » vient de l’ancien provençal qui signifie ‘’danse’’ : la ballade était au départ un texte mis
en musique. De forme très libre à l’origine, elle est fixée dés lors qu’elle a cessé d’être chantée pour être
dite. Elle comprend régulièrement trois couplets (ou strophes) qui débouchent sur un envoi (ou refrain). Ces
trois strophes seront identiques, c'est-à-dire qu’elles auront les mêmes rimes et même nombre de pieds.
Exemple : = syllabes
Se frères vous clamons, pas n'en devez
Frères humains, qui après nous vivez, Avoir dédain, quoique fûmes occis
N'ayez les cœurs contre nous endurcis, Par justice. Toutefois, vous savez
Car, si pitié de nous pauvres avez, Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis.
Dieu en aura plus tôt de vous mercis. Excusez-nous, puisque sommes transis,
Vous nous voyez ci attachés, cinq, six : Envers le fils de la Vierge Marie,
Quant à la chair, que trop avons nourrie, Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Elle est piéça dévorée et pourrie, Nous préservant de l'infernale foudre.
Et nous, les os, devenons cendre et poudre. Nous sommes morts, âme ne nous harie,
De notre mal personne ne s'en rie ; Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !
« Ballade des pendus », Epitaphe, Villon

2) Le sonnet
C’est un poème de 14 vers constitué de deux quatrains et de deux tercets.
particulierement utilisé à la renaissance (ex: Ronsard)
Il a différentes formes, les plus classiques étant le sonnet italien (ABBA ABBA CCD EED), et le sonnet français
(ABBA ABBA CCD EDE). Ces deux formes sont très usitées dés le Moyen-Age. Le dernier vers, appelé la chute
du sonnet, doit contenir un trait qui doit résumer la pensée du poète.
Exemple :
La rue assourdissante autour de moi hurlait. Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse, Une femme
passa, d'une main fastueuse Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;
Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.
Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !


Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais, liberté par rapport aux règles
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !
traditionelles des vers → beaudelaire +
rimbaud

« A une passante », Les Fleurs du Mal, Baudelaire.

3) Le pantoum
C’est un poème composé de quatrains à rimes croisées, dans lequel le deuxième et le quatrième vers sont
repris par le premier et le troisième vers de la strophe suivante. Deux thèmes sont traités parallèlement, l’un
dans les deux premiers vers de chaque strophe, puis l’autre dans les derniers vers de chaque strophe.
Exemple :
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;


Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,


Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,


Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
« Harmonie du soir », Les Fleurs du Mal, Baudelaire
4) Le blason
Cela désigne une poésie composée de petits vers à rimes, décrivant de manière détaillée, sur le mode de
l’éloge ou de la satire, les caractères et qualités d’un être, d’une partie du corps ou d’un objet.
Exemple :
Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comme un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Vous faites voir des os…
Comme un vent frais dans un ciel clair.
Vous faites voir des os quand vous riez, Hélène,
Dont les uns sont entiers et ne sont guère blancs ;
Le passant chagrin que tu frôles Les autres, des fragments noirs comme de l’ébène
Est ébloui par la santé Et tous, entiers ou non, cariés et tremblants.
Comme dans la gencive ils ne tiennent qu’à peine
Qui jaillit comme une clarté Et que vous éclatez à vous rompre les flancs,
De tes bras et de tes épaules. Non seulement la toux, mais votre seule haleine
Peut les mettre à vos pieds, déchaussés et sanglants.
Ne vous mêlez donc plus du métier de rieuse ;
Les retentissantes couleurs Fréquentez les convois et devenez pleureuse :
D’un si fidèle avis faites votre profit.
Dont tu parsèmes tes toilettes Mais vous riez encore et vous branlez la tête !
Jettent dans l'esprit des poètes Riez tout votre soûl, riez, vilaine bête :
Pourvu que vous creviez de rire, il me suffit.
L'image d'un ballet de fleurs.
(Scarron)
Ces robes folles sont l'emblème
De ton esprit bariolé ; contreblason
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t'aime !
« A celle qui est trop gaie », Les Fleurs du Mal, Baudelaire
5) Le Calligramme
C’est au départ un mot (et un concept) inventé par Apollinaire (1880, 1918) pour désigner ce qu’il appela
d’abord des idéogrammes lyriques : il disposait le texte poétique de façon à dessiner approximativement
quelque objet correspondant. Le poème est donc sonore et visuel et frappe d’autant plus l’esprit du lecteur.

6) Le poème en prose
Inventé par Aloysius Bertrand (première moitié du XIX° siècle, Gaspard de la nuit), et repris rapidement
par Baudelaire, ne comporte pas de vers, mais de la prose (on considèrera donc qu’il est découpé en
paragraphes et non en strophes), et mélange des éléments poétiques (niveau de langue soutenu, assonances,
allitérations, rythme, et toutes les figures de style possibles), et des éléments prosaïques (niveau de langue
familier, image d’un monde commun, banal, familier comme le milieu familial, le monde du travail, etc…)
Exemple :
Encore un printemps, - encore une goutte de rosée, qui se bercera un moment dans mon calice amer, et qui
s'en échappera comme une larme ! Ô ma jeunesse, tes joies ont été glacées par les baisers du temps, mais tes
douleurs ont survécu au temps qu'elles ont étouffé sur leur sein. Et vous qui avez parfilé la soie de ma vie, ô
femmes ! s'il y a eu dans mon roman d'amour quelqu'un de trompeur, ce n'est pas moi, quelqu'un de trompé,
ce n'est pas vous ! Ô printemps ! petit oiseau de passage, notre hôte d'une saison qui chante mélancoliquement
dans le cœur du poète et dans la ramée du chêne !
mettre en place rythmes sons et mots
pour créer des émotions et des
sensations, sans avoir besoin de revenir
à la ligne
Encore un printemps, - encore un rayon du soleil de mai
au front du jeune poète, parmi le monde, au front du
vieux chêne, parmi les bois !
« Encore un printemps », Gaspard de la nuit, Aloysius Bertrand
7) Le verset surtout textes religieux
Formellement, le verset peut-être considéré comme un vers libre, c'est-à-dire un vers sans métrique définie ;
toutefois, le retour à la ligne, usage poétique, est pratiqué de manière non-arbitraire : le blanc du texte définit
un sens particulier, ainsi qu'un souffle, un rythme du texte. Parmi les poètes français ayant utilisé le verset,
citons Paul Claudel, fervent catholique, qui le premier sans doute introduit cette nouvelle forme poétique au
sein de la langue française (rappelons que le verset est à la base un petit paragraphe de la Bible).
Voici un extrait du Soulier de satin (1929) de Claudel :
« Vierge, patronne et mère de cette maison,
Répondante et protectrice de cet homme dont le cœur vous est pénétrable plus qu’à moi et compagne de sa
longue solitude,
Alors si ce n’est pas pour moi, que ce soit à cause de lui,
Puisque ce lien entre lui et moi n’a pas été mon fait, mais votre volonté intervenante,
Empêchez que je sois à cette maison dont vous gardez la porte, auguste tourière, une cause de
corruption ! »

A partir de la fin du XIX° siècle, avec le vers libre et le verset, la rime perdra son caractère obligatoire.
Mais elle subsiste fréquemment, de manière épisodique, ou atténuée sous la forme d’assonance.
La poésie « moderne » s’impose avec Baudelaire et Rimbaud, lorsque le poème en prose s’affirme comme
une des branches essentielles de la poésie. Dans le poème en prose, la rime se dissout d’elle-même, ce qui
n’exclut pas l’existence de sonorités. La prose poétique joue donc bien toujours avec la rime, même si ce
n’est pas formel.
La grande difficulté que pose souvent la poésie moderne est la distance qu’elle entretient avec les modèles
et les formes connus. L’auteur va alors s’appuyer sur la connivence du lecteur. Dans le sonnet « Voyelles », par
exemple, Rimbaud a vraisemblablement fait un immense jeu de mots à chaque vers. Le vers 5 « Golfes
d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tantes. » devrait être lu et compris comme « Gaule, feu d’ombre ! Heu
? candeur d’Eve, apeurée des tantes. ».

Histoire littéraire
L’Antiquité
La poésie commence avec l’écriture. Elle est définie dés l’antiquité par Aristote dans La poétique
(environ 340 av JC). Il met l’accent sur les formes et les genres. Le genre principal est celui de la tragédie
dont il formule les règles.
Le maître d’Aristote était Platon, qui définissait ainsi le poète : le rapsode, à savoir le chanteur, qui
allait de ville en ville pour dire la poésie, est une étape dans une chaîne transcendante : le dieu Apollon
inspire le poète, qui inspire le rapsode, lequel met l’auditeur en état de possession.
Selon Platon, la poésie est l’émanation d’une fureur (dans le sens de folie) transcendante. Il existe quatre
sortes de fureurs :
La poétique
L’érotique
La prophétique
La mystique
3 types de poésie : poésie de la transcendance , poésie lyrique, poésie engagée,
La redécouverte de Platon est un élément essentiel du renouveau poétique du XVI° siècle.
Selon Horace, (L’Art poétique, 14 av JC, poète latin), l’imagination doit être contenue et soutenue
par la vraisemblance : on ne doit pas en poésie tolérer un désordre qui ferait rire devant un tableau. La poésie
doit rester très ordonnée, mesurée. Horace est très soucieux d’adapter les mètres à chaque genre. La poésie,
née de l’âme et destinée à l’âme ne tolère pas une voie moyenne. En tant qu’art, elle se doit de transcender le
réel. Durant l’Antiquité le poète est devin. Son inspiration est incarnée par une Muse, il parle une langue à part, il
a reçu un don de Dieu. Il est tributaire d’Apollon qui conduit le cortège des Muses : elles sont filles de
Mnémosyne, déesse de la mémoire et ont deux fonctions : celle de chanteuses divines, et celle de déités qui
président à toutes formes d’intelligence. Elles inspirent les rois, les stratèges, les devins, les artistes, les
peintres, les poètes, mais aussi les dieux eux-mêmes. la poésie nait d’une transcendance
Elles sont : Calliope, muse de l’éloquence, Clio, muse de l’histoire, Melpomène, muse de la tragédie, Thalie,
muse de la comédie, Euterpe, muse de la musique, Erato, muse de la poésie lyrique, Terpsichore, muse de la
danse, Uranie, muse de l’astronomie, Polymnie, muse de la pantomime et de l’orchestique. Apollon est le plus
beau des 12 plus grands dieux de l’Olympe, et gère la science, la musique, et la poésie.
la transcendance ce n’est pas seulement recevoir mais élever l’inspiration
“j’ai pris votre boue et j’en ai fait de l’or” - Beaudelaire
La poésie antique est liée aux mythes, celui d’Orphée tout d’abord : il chantait et jouait si bien que
nul ne pouvait lui résister. Mais la perte de son épouse Eurydice le poussa à exprimer sa peine et sa solitude
(l’élégie, c'est-à-dire une particularité du lyrisme exprimant la plainte, le regret, …). Par ses vers, le poète peut
émouvoir, séduire, exprimer ses sentiments les plus profonds et les plus personnels. Celui d’Apollon ensuite,
intermédiaire entre les dieux et les hommes, il les aide à lire dans le réel et la volonté divine. Ainsi, le poète
révèle les secrets du monde et incite à la méditation. lyrisme : expression des sentimentà personnels
Le mythe de Dionysos enfin, Dieu du vin et de l’ivresse qui étaient à l’origine des excès des Bacchantes,
femmes déchaînées et lubriques, en son honneur. Ainsi, le poète peut atteindre l’inconnu, créer, provoquer.
dieu de la transgression : poesie engagée
Le Moyen-Age :
Le poète est un artiste, on le nomme trouvère, troubadour, ménestrel. Il chante des vers en s’accompagnant
de musique. Il est soit itinérant, soit sédentaire, vivant à la cour d’un seigneur.
La poésie médiévale est faite de :
- chanson de geste, ou poésie épique qui chante les exploits guerriers et où le registre épique est de
rigueur. Cette poésie magnifie le suzerain, le roi, et en cela soude la collectivité. (La chanson de
Roland, Turold, XI° siècle)
- poésie lyrique qui prône la fin’amor et a pour but de courtiser la femme aimée.
- poésie savante qui s’adresse a un public cultivé. Elle joue avec le langage, devient plus écrite
qu’orale et se dirige vers la recherche de la virtuosité verbale.

Francois 1er fait du français la langue officielle et demande l’aide de 7 poètes


La renaissance pour créer une langue poétique qui puisse rivaliser avec la beauté du latin

Il naît un mouvement, La Pléiade, dont le manifeste est publié par Du Bellay en 1549 sous le titre de
Défense et illustration de la langue française. L’inspiration est celle du modèle antique, avec les thèmes de la
recherche de la beauté, l’épopée, la tragédie, le sonnet, …
Le poète a un rôle social reconnu même au plus haut niveau : des mécènes tels que le roi de France
l’entretiennent, en échange de quoi il leur rend hommage et leur écrit des poèmes.
- 3 sources d’inspiration peuvent être clairement identifiées
la poésie courtoise qui reprend l’héritage médiéval. Les thèmes récurrents sont l’amour sous une
forme idéalisée, parfois même sensuelle, dont la femme est l’inspiratrice. Les sonnets sont mis à
- l’honneur. Louise Labé est une représentante de cette poésie.
la poésie renaissante qui refuse cet héritage, et prône l’imitation des poètes antiques et des poètes
italiens, auxquels ils empruntent les formes (odes, sonnets), et les thèmes. Ils défendent la langue
française en la valorisant par l’écriture poétique. Cette poésie propose une vision raffinée de l’amour,
avec un grand travail de la langue française pour s’éloigner de son usage courant. Les principaux
représentants de cette poésie de La Pléiade sont Du Bellay et Ronsard.
- La poésie engagée qui face aux guerres de religion défend les catholiques (comme Ronsard) ou les
protestants (comme Agrippa d’Aubigné).

La fin de ce XVI° siècle verra émerger la nouvelle poésie baroque.


Le XVII° siècle
Le poète devient de plus en plus dépendant du pouvoir ce qui s’explique par le grand rôle que joue le
mécénat en cette période, et doit se soumettre à la censure. Il fréquente des salons littéraires tenus par de
riches particuliers qui sont la plupart du temps des femmes cultivées et raffinées. Le poète baroque libre et
fantaisiste fait place à un poète discipliné, soumis à l’autorité et à la rigueur des classiques.

- le Baroque reflète l’évolution des mentalités et des mœurs suite aux guerres de religion : la
créativité, l’originalité, les excès deviennent une échappatoire aux angoisses du réel. La poésie invite
à la méditation religieuse ou célèbre la liberté individuelle par la créativité. Les thèmes de
prédilection sont la violence, l’inconstance, l’illusion, la fascination pour la mort, la métamorphose,
etc… Tous ces thèmes reflètent l’incertitude et le pessimisme sur la condition humaine. Agrippa
d’Aubigné (1552, 1630) reste le principal représentant de cette poésie baroque à cheval entre deux
siècles. (Je vous renvoie aux cours sur le baroque dans la séquence sur Dom Juan)
- la Préciosité devient une marque de distinction aristocratique. Elle est alors le genre littéraire
supérieur. La poésie précieuse utilise les thèmes de l’amour platonique, du refus du réel. La forme
est très travaillée, le raffinement du langage est poussé à l’extrème (je vous renvoie aux cours sur
Molière et Les Précieuses ridicules). c’est le siècle où on a écrit le + et le moins de poésie (bcp de
théâtre en vers mais pas de poèmes à proprement parler)
- le Classicisme est le mouvement qui représente le mieux les aspirations de Louis XIV dont le règne
dominera le siècle. Pour le Roi-Soleil, les Arts et les Lettres doivent être contrôlés et rationalisés
(apparition des Académies, retour aux modèles antiques.). Ils doivent célébrer les Grands et exhaler
les valeurs traditionnelles avec clarté, modération, harmonie et respect des règles. La poésie
classique utilisera les thèmes de la patrie, du courage, de la foi. Sa forme sera grandement codifiée et
elle exigera mesure, sobriété, exactitude, ordre, équilibre, raison. Ses principaux représentants restent
Boileau (qui a théorisé la poésie classique dans son Art poétique en 1674), Malherbe, La Fontaine. Il
est à noter que durant la période classique, le genre poétique diminue, sauf sous sa forme théâtrale.

Les Lumières
Le poète est déconsidéré par rapport au philosophe, il est relégué à un rôle subalterne : amuser, formuler
joliment, inculquer la morale…
La poésie, brimée par la rigueur classique, n’est plus prédominante et devient un genre mineur. Elle ne
correspond plus aux valeurs du XVIIIème siècle, à savoir raison et naturel. Elle s’adapte pourtant aux
préoccupations du moment en utilisant des thèmes socio-politiques, utilise abondamment une forme
didactique. Son principal représentant reste Voltaire.
Cependant, on note un renouveau de la poésie sur la fin du siècle avec ce que l’on appellera le
Préromantisme. Cette poésie se marquera nettement sous l’influence des littératures européennes qui prônent
la sensibilité et l’honneur. Ses thèmes récurrents seront les ruines, la nature, et s’exprimeront à travers des
poésies lyriques. On gardera comme principal représentant de ce renouveau André Chénier (1762, guillotiné
en 1794).

Le XIX° siècle
Le siècle marque clairement un franc retour à la poésie qui sera largement représentée dans tous les
mouvements successifs. on veut ressentir et non pas comprendre
1) Le Romantisme tout d’abord qui couvrira le siècle, refuse l’héritage philosophique et rationnel
des Lumières. Dans une société bourgeoise, matérialiste et individualiste, où la seule valeur reconnue est
l’argent (pensez qu’on entre alors dans la révolution industrielle), la poésie romantique revendique
l’expression de la sensibilité. En réaction à une politique libérale et conformiste, elle s’engage pour
défendre l’humanité souffrante et revendique la liberté de la création en refusant les codes classiques.
On distinguera tout d’abord la poésie lyrique dont les thèmes tourneront autour de :
la nature : mer, soleils couchants, paysage d’automne, etc….
du rêve, de la solitude et de l’incompréhension.
du « Moi » de l’auteur.
Les formes anciennes sont modernisées (sonnets, odes, ballades…) Il est difficile de choisir parmi les
auteurs ceux qu’il faut retenir étant donné la richesse de cette période. On citera cependant Hugo, Musset,
Vigny, Lamartine…
On s’attardera ensuite sur la poésie engagée dont les thèmes se concentreront essentiellement autour
de :
la défense du peuple Beaudelaire écrit la ““lettre du voyant” qui dit que le poète doit
la défense des enfants renoncer à son esprit pour entrer dans une transe et recevoir
la liberté (sous toutes ses formes) l’inspiration
la vie politique
Hugo est celui qu’il faut retenir pour cette forme de poésie. Elle s’exprime au travers de chansons, images
poétiques, mélange des tons et registres (notamment celui de l’élégie, c'est-à-dire le lyrisme douloureux), la
dislocation de l’alexandrin, etc…
On verra d’autre part la poésie qui évoque les thèmes de la création poétique et de la fonction du
poète qui reprend l’idée antique de la poésie en tant que médiation entre le réel et le divin. Le poète est
inspiré par une Muse et se doit de faire passer à ses congénères ce qu’il voit et ce qu’il sait. Il retrouve dans
la nature ses états d’âme et déchiffre les mystères du monde et de l’existence, d’où sa fonction de mage. Il
est incompris des bourgeois, mais il se sacrifie pour guider le peuple vers un avenir meilleur, vers le progrès
et la Beauté. Là encore, on citera Hugo. pas seulement parler du beau → trouver du beau dans la laideur
Enfin il faut évoquer la poésie qui utilise les thèmes de l’étrange, de la laideur ou de l’exotisme, on
pensera évidemment à Hugo avec ses Orientales, ou à Baudelaire, avant qu’il ne soit considéré comme un
symboliste.
Ce mouvement fut également assez prolifique en traités littéraires, mais le plus connu reste la Préface de
Cromwell de Victor Hugo.

2) Le Parnasse s’élève contre la poésie romantique et ses stéréotypes, les Parnassiens veulent revenir à la
primauté de l’esthétique sur le message. Le poète parnassien redevient un artisan du langage, un orfèvre,
un sculpteur de mots : la virtuosité technique lui donne un rang supérieur et le coupe de l’homme du
commun. La poésie parnassienne utilisera les thèmes de la nature immuable, ou des animaux avec des
formes héritées de l’Antiquité, ou des sonnets, en mettant l’accent sur le travail technique et minutieux du
langage. Ses principaux représentants sont José Maria de Heredia (Les Trophées), Théophile Gautier ( La
Comédie de la Mort), Leconte de Lisle (Poèmes antiques, Poèmes barbares).
Tout comme pour le mouvement romantique, de nombreux traités littéraires existent, mais le plus connu
reste la préface de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne
peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid ».
il refuse la poésie engagée : pourtant il y a de l’engagement politique
chez rimbaud

Le symbolisme arrive après 1850, et pousse les audaces romantiques : l’image devient symbole,
mystérieuse, suggestive, elle permet d’accéder au monde intérieur complexe du poète et à un ailleurs dont la
réalité n’est qu’un signe à déchiffrer. Il est influencé par l’impressionnisme : le poème exploite les mots
dans leur polysémie, leur musicalité, leurs nuances. Ce mouvement aura notamment comme représentants de
génie ceux que l’on appellera les poètes maudits (Baudelaire, Rimbaud, Verlaine). Ces artistes se sentent
marginaux, entre souffrance et fierté face à ce statut anticonformiste, ils ont souvent échoué leur vie
personnelle, et leur carrière littéraire, et s’adonnent régulièrement à des drogues diverses. Ils sont volontiers
nés poetes donc marginaux → malheureux toute leur vie : rejetés par
la société qu’ils rejettent en retour
inspiration divine que l’on doit interpréter
provocateurs, hypersensibles et savent transmettre des émotions subtiles, parfois énigmatiques. Le lecteur se
doit d’être un interprète, et pas seulement un lecteur. Le langage doit se changer en sensations ressenties, il
n’est plus mots, il est émotion. La poésie symboliste utilise les thèmes du poète exclu et solitaire, de l’ailleurs,
du rêve, de la musique, et est à la recherche de formes nouvelles. Les vers libres, la poésie en prose seront
explorés avec délice par Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Mallarmé entre autres. « La Poésie est l'expression, par
le langage humain ramené à son rythme essentiel, du sens mystérieux des aspects de l'existence : elle doue
ainsi d'authenticité notre séjour et constitue la seule tâche spirituelle. » « (...) Qui parle autrement que tout le
monde risque de ne pas plaire à tous ; mieux, de passer pour obscur aux yeux de beaucoup. (...) L'attrait de cette
poésie tient à ce qu'elle est vécue comme un privilège spirituel : elle semble élever au plus haut degré de qualité,
moyennant l'exclusion de la foule profane, cette pure joie de l'esprit que toute poésie promet. »

Mallarmé.

Le XX° siècle
Le poète assume son statut de marginal et réussi à le concilier avec une vie ordinaire. Il travaille avec
d’autres artistes (peintres, musiciens…). La censure s’allège considérablement et chaque poète devient libre
de créer comme bon lui semble.
le poésie devient très libre
L’esprit nouveau : la modernité, lancée par Aloysius Bertrand, avec Gaspard de la Nuit, en 1842, premier
recueil en prose, crée de nouvelles réalité telles que l’urbanisation, le progrès technique, la découverte de
pays étrangers avec leur culture, peinture cubiste ou abstraite, auxquelles la poésie cherche à s’accorder.
Cela se lit également dans le refus des écoles poétiques, la modernisation des formes (le calligramme).
La poésie moderne utilise les thèmes de la ville, du train, de l’avion, de l’électricité, des pays étrangers avec
des auteurs comme Apollinaire ou Cendrars.
Dadaïsme et surréalisme : le poète fait parti d’un mouvement collectif littéraire et politique qui oriente
nettement ses sympathies pour le communisme. Provocateur, il fait de la poésie un art de vivre : passivité,
ouverture à l’insolite, à la nouveauté, esprit de créativité, amitié et amour, liberté, engagement.
Après la 1ère guerre mondiale, sous l’influence de Freud, le dadaïsme (qui se caractérise notamment par la
démolition du sens et du langage), puis le surréalisme cherchent à changer la poésie en se libérant de la
raison au moyen de toutes les formes de création : peinture, sculpture, photo, cinéma, écriture automatique.
Ils veulent exploiter l’inconscient, le merveilleux, le rêve, les états hallucinatoires.
La poésie surréaliste va exploiter les thèmes du rêve, de la magie, de la liberté, du désir, de la folie, du
hasard, de la femme à l’aide de jeux sur les mots, les sons, les associations inattendues, ou encore les
créations dues au hasard (« Les cadavres exquis»). On retiendra de ces mouvements Eluard et Breton.
La poésie contemporaine : après la seconde guerre mondiale, s’épanouissent la liberté de création, la
méfiance envers les écoles et les idéologies, le refus de l’engagement, et l’interrogation sur la création, les
pouvoirs du langage, le monde et soi-même.
“la terre est bleue comme une
orange” - Paul Eluard
“le cadavre exquis dors dans la baignoire”

Le poète est un homme ordinaire, intégré à la société, discret, qui trouve dans la poésie une autre façon
d’être lui-même. Il est parfois reconnu par les média comme le démontrent par exemple le printemps des
poètes, les nombreux poèmes adapté en chanson. Cette nouvelle poésie utilise les thèmes de la vie
quotidienne, de l’actualité, et s’ouvre largement sur le monde à travers des vers libres, de la prose, mais
aussi des formes plus classiques. On peut citer Ponge, Siméon, Serre, …

poésie de plus en plus chantée (retour aux sources) avec


de grands paroliers qui mettent leurs textes en musique
Glossaire de citations

L’expression du MOI
Certains poètes, quel que soit leur mouvement littéraire, avouent être souvent l’objet de leur œuvre.

La Pléiade
Du Bellay, qui affirme :
« Je me plains à mes vers, si j’ai quelques regrets :
Je me ris avec eux, je leur dis mon secret,
Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires »

Le Romantisme
Musset :
« Ah ! frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie.»
« Rien ne nous rend si grand qu’une grande douleur. »
« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »

« L’homme est un apprenti, la douleur est son maître,


Et nul ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert. »

Vigny :
« Poésie ! O trésor ! perle de la pensée. »

Hugo :
« De la passion mêlée à la rêverie naît la poésie proprement dite. »
« L’homme respire, l’artiste aspire.»
« J’ai vécu, j’ai souffert, je juge et je m’apaise. »

Le symbolisme

Baudelaire écrit :
« Moi, mon âme est fêlée…
Il arrive souvent que ma voix affaiblie
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie »
« La cloche fêlée », Les Fleurs du mal, (1857, Charles Baudelaire)

« Sois sage, ô ma douleur et tiens-toi plus tranquille.


Tu réclamais le soir, il descend, le voici. »
« Recueillement », Les Fleurs du mal, (1857, Charles Baudelaire)

« Mais si sans se laisser charmer,


Ton œil sait plonger dans les gouffres,
Lis-moi, pour apprendre à m’aimer ;
Ame curieuse qui souffre
Et va cherchant ton Paradis,
Plains-moi !...Sinon je te maudis ! »
« Epigraphe pour un livre condamné », Les Fleurs du mal, (1857, Charles Baudelaire)
Verlaine, dit :
« Dans ma tête, mon œuvre, si j’ai le temps de faire une œuvre, m’aura moi, mes vices, mes qualités,
scrupules, élans, bons ou mauvais pour pivots. »

L’engagement : Instruire, dénoncer, critiquer


L’engagement est une attitude, un acte intellectuel d’un artiste, quel que soit son art, qui a conscience
d’appartenir à son époque : dans un contexte historique précis, comme les guerres de religion, mondiales, les
périodes de crise et de misère, il décide de mettre sa pensée, son art, au service d’une cause qu’il estime juste.
La poésie engagée est toujours ancrée dans la réalité, dans l’histoire, d’où un cadre spatio-temporel souvent
précis, avec lieux, dates, personnages réels qui lui donnent, en plus de sa dimension didactique et polémique,
une forte connotation réaliste. Comme elle incarne des idées par des images concrètes, elle a souvent recours à
l’allégorie, la
personnification, la métaphore, ou la comparaison. Elle est argumentative, d’où sa propension à utiliser
hyperboles, antithèses, antiphrases, jeu sur les sonorités (anaphores, allitérations, assonances, rejets,
enjambements), rythmes.
Les buts du poète engagé sont de révéler la vérité, dénoncer ou transmettre un message d’espoir, de pousser
les hommes à le suivre et à agir, de participer au devoir de mémoire ou tout simplement l’émouvoir ou le faire
réfléchir.
L’engagement en matière de religion.
« Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
(…)
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
(…)
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or vivez de venin, sanglante géniture,
Je n'ai plus que du sang pour votre nourriture ! »
Les tragiques, 1616, Agrippa d’Aubigné

L’engagement social.
« Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,
Qui produit la richesse en créant la misère,
Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !
Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?
Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,
Une âme à la machine et la retire à l'homme !
Que ce travail, haï des mères, soit maudit !
Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,
Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !
Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,
Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,
Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux ! »
« Mélancholia », Les Contemplations, 1856, Victor Hugo
« Le legs »
Et voici, Père Hugo, ton nom sur les murailles !
Tu peux te retourner au fond du Panthéon
Pour savoir qui a fait cela. Qui l'a fait ? On !
On c'est Hitler, on c'est Goebbels C'est la racaille,
Un Laval, un Pétain, un Bonnard, un Brinon,
Ceux qui savent trahir et ceux qui font ripaille,
Ceux qui sont destinés aux justes représailles
Et cela ne fait pas un grand nombre de noms.
Ces gens de peu d'esprit et de faible culture
Ont besoin d'alibis dans leur sale aventure.
Ils ont dit : « Le bonhomme est mort. Il est dompté. »

Oui, le bonhomme est mort. Mais par-devant notaire


Il a bien précisé quel legs il voulait faire :
Le notaire a nom : France, et le legs : Liberté.
« Le legs », 1943, Robert Desnos

« C’est vers l’action que les poètes à la vue immense sont, un jour ou l’autre, entraînés ».
L’honneur des poètes, 1943, Collectif

« La poésie crie, accuse, espère… », L’honneur des poètes, 1943, Paul Eluard

« Vous demandez pourquoi ma poésie


Ne parle pas du songe, des feuilles,
Des grands volcans de mon pays natal ?
Venez voir le sang dans les rues,
Venez voir
Le sang dans les rues,
Venez voir le sang dans les rues ! L’Espagne au cœur, 1938, Pablo Neruda

Le poète « voyant »
Il est un guide pour le peuple, car Dieu, ou les dieux, lui parlent.
Hugo :
« Peuples ! écoutez le poète !
Ecoutez le rêveur sacré !
Dans votre nuit, sans lui complète,
Lui seul a le front éclairé. »
« Car la poésie est l’étoile
Qui mène à Dieu rois et pasteurs ! »
Gautier :
« Le poète est ainsi dans les landes du monde ;
Lorsqu’il est sans blessure, il garde son trésor.
Il faut qu’il ait au cœur une entaille profonde
Pour épancher ses vers, divines larmes d’or. »
Verlaine :
« Que ton vers soit la bonne aventure
Eparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym
Et tout le reste est littérature. » Jadis et naguère
Rimbaud :
« Je dis qu’il faut être voyant, se faire voyant.
Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les
formes d’amour, de souffrance, de folie (…). Donc le poète est vraiment voleur de feu. »
Apollinaire :
« Certains hommes sont des collines
Qui s’élèvent d’entre les hommes
Et qui voient au loin tout l’avenir
Mieux que s’il était le présent
Plus net que s’il était le passé. »
« Les collines », Calligrammes
Baudelaire :
« Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l’archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher. »
« L’albatros », Les Fleurs du mal

De la musique avant toute chose,


Et pour cela préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air,
Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

Il faut aussi que tu n'ailles point


Choisir tes mots sans quelque méprise :
Rien de plus cher que la chanson grise
Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,


C'est le grand jour tremblant de midi,
C'est, par un ciel d'automne attiédi,
Le bleu fouillis des claires étoiles !

Car nous voulons la Nuance encor,


Pas la Couleur, rien que la nuance !
Oh ! la nuance seule fiance
Le rêve au rêve et la flûte au cor !

Fuis du plus loin la Pointe assassine,


L'Esprit cruel et le rire impur,
Qui font pleurer les yeux de l'Azur,
Et tout cet ail de basse cuisine !

Prends l'éloquence et tords-lui son cou !


Tu feras bien, en train d'énergie,
De rendre un peu la Rime assagie.
Si l'on n'y veille, elle ira jusqu'où ?

Ô qui dira les torts de la Rime !


Quel enfant sourd ou quel nègre fou
Nous a forgé ce bijou d'un sou
Qui sonne creux et faux sous la lime ?

De la musique encore et toujours !


Que ton vers soit la chose envolée
Qu'on sent qui fuit d'une âme en allée
Vers d'autres cieux à d'autres amours.

Que ton vers soit la bonne aventure


Éparse au vent crispé du matin
Qui va fleurant la menthe et le thym...
Et tout le reste est littérature.
Paul Verlaine

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