Introduction :
Parvenue en Afrique au courant du VII et du VIIIe siècle, L’islam ne va tarder à gagner une
bonne partie du continent et s’affirmer dans un univers riche de cosmogonies traditionnelles
comme une foi dominant. Les principes de base de l’islam fondés sur le partage, la solidarité
dans une vie communautaire viennent renforcer une mode de vie africaine qui consacre une
importance à tous ces principes. S’en suit alors, une longue cohabitation entre l’islam et le
noir dont les rapports auront des impacts majeurs chez eux.
L’islam contribuera à façonner sans déformer un Africain d’un type nouveau, qui sans rejeter
ses valeurs intrinsèques s’affirment comme un individu ouvert aux mutations socio-culturelles
de l’époque. Dans ce travail nous nous intéresserons de relations entre l’islam et les sociétés
africaines en nous accentuant surtout sur les impacts de cette nouvelle foi dans la vie des noirs
pour voir ainsi les bouleversements, les mutations mais aussi le résultat de ces rapports.
I- L’arrivée de l’islam en Afrique de l’ouest
Né dans la péninsule arabique à partir de 610, l’Islam est arrivé dans le Maghreb berbère à
la fin du VIIe siècle et surtout au début du VIIIe siècle. C’est aussi à cette époque qu’il
pénètre dans la savane africaine. Les premiers noirs qui se sont convertis à cette religion
appartiennent à la dynastie des Dya’ogo établis dans la vallée de l’actuel Sénégal, vers
850. Les historiens musulmans appellent cette région « Bilâd at-takroûr ». Ils désignent
l’Afrique de l’Ouest sous le nom « Bilâd as Soudân » (le pays des Noirs).
1- Les premiers vagues d’islamisation
L’Islam accentua sa présence en Afrique de l’Ouest par les routes commerciales qui
reliaient le Maghreb berbère fraîchement islamisé à l’Afrique occidentale : du Maroc au
Nord du Mali, de Mauritanie vers l’Empire du Ghana, de l’Ouest algérien vers Gao puis
Tombouctou. D’autres routes reliaient le Nigeria à la Libye et au Maroc, et de la Tunisie
vers le Nord Niger à travers la Libye.
L’Empire du Ghana qui englobait une immense région allant de l’Atlantique au lac Tchad,
et du Sahara aux sources des fleuves Sénégal et Niger, s’est ouvert aux commerçants
arabes dès le IXe siècle. Ce fut le premier Empire au Sud du Sahara à se convertir à la
nouvelle religion. Mais cette conversion n’a pas empêché les souverains d’être, en même
temps, les rois du paganisme. Le Royaume du Ghana s’est ensuite affaibli, entre autres par
les attaques menées par les Almoravides, berbères musulmans. Il finit par être annexé en
1240 par l’Empire du Mali. Le Royaume de Songhay se constitua au VII e siècle par le
métissage du peuple Sonrhaï et des Berbères qui refusaient la présence arabe au Maghreb.
L’Islam fit souche à partir de 1010 lorsque les monarques choisirent Gao comme capitale
et devinrent musulmans. Les souverains de ces royaumes eurent à cœur de faire « le »
pèlerinage à La Mecque car il était pour eux une source de prestige en même temps qu’il
contribuait à consolider leur légitimité.
L’Islam est apparu en Afrique de l’Est à partir du VII e siècle car la première « hijra »
(immigration) s’est produite du vivant de Mohamed. Ses disciples étant persécutés par les
Arabes polythéistes, il envoya quelques-uns d’entre eux en Éthiopie gouvernée par un roi
chrétien. C’est ainsi que l’Islam a commencé à s’inscrire dans la réalité sociologique de
Djibouti et de l’Érythrée.
Le recours à la violence pour répandre la religion est l’un des moyens utilisé par les
Almoravides, mais aussi et surtout par des monarques noirs récemment convertis. Certains
d’entre eux déclenchèrent des guerres au nom du « Djihad » contre les « non croyants ».
2- Les modalités de diffusion de l’islam
La diffusion de l’islam en Afrique de l’ouest fut successive. Si l’arrivée de la foi islamique fut
l’œuvre des commerçants notamment les jullas, qui à travers le Sahara ont propagé l’islam
dans les confins ouest africaines, le flambeau sera repris plus tard par les chefs et les
courtisans.
La conversion des chefs étaient au liée essentiellement à des raisons économique. En effet
l’islam devrait permettre aux chefs locales de contrôler les routes commerciales mais aussi de
renforcer les relations avec le monde musulman en plain expansion économique et
géographique. Il était de l’intérêt des classes dirigeantes de présenter de présenter par
l’organisation de la cour et ses pèlerinages, une image islamisée qui lui permettrait d’établir et
de renforcer de bonnes relations avec ses clients et partenaires nord-africains. Ainsi les
avantages qu’offrait la nouvelle en Afrique a précipité l’islamisation d’une bonne partie des
entités politiques africaines. Du Ghana en passant par le Mali et le Songhay, les rois ont très
tôt compris liée à l’adoption de l’islam comme foi dominant dans un contexte où les religions
traditionnelles dominaient largement.
Après des siècles de présence modérée, l’islam noir va être au début du XIXe siècle par les
confréries qui sont de véritables centres de diffusion de l’islam. Les confréries islamiques ont
joué un rôle fondamental dans l’extension de l'islam en Afrique de l'Ouest, en agissant
comme des vecteurs sociaux, spirituels et éducatifs. Dès leur apparition, ces organisations
religieuses ont tissé des réseaux transfrontaliers qui ont permis la propagation des
enseignements islamiques à travers différentes communautés. Leur capacité à intégrer les
traditions locales tout en maintenant un cadre spirituel islamique a favorisé une acceptation
rapide de l'islam. Les marabouts et chefs religieux des confréries, tels que la Tijaniyya, la
Qadiriyya et la Mouridiyya, ont utilisé des méthodes adaptées comme l'éducation coranique,
les rituels spirituels et la poésie religieuse pour transmettre les valeurs islamiques. Ce modèle
a permis une continuité et une cohésion communautaire tout en renforçant le rôle de l'islam
comme pivot culturel et identitaire dans la région.
En outre, ces confréries ont consolidé leur influence en jouant un rôle socio-politique dans la
stabilisation et l'organisation des sociétés africaines ouest-africaines. Par leur engagement
auprès des populations locales, elles ont promu l'alphabétisation, l'accès au savoir religieux et
parfois même la justice sociale, tout en maintenant des liens avec les autorités politiques. Les
réseaux confrériques ont souvent servi d'intermédiaires entre les dirigeants musulmans et les
populations, facilitant la résolution des conflits et renforçant les structures étatiques
émergentes. Cette combinaison d'activités spirituelles et pratiques a contribué à ancrer
profondément l'islam dans le tissu social de l'Afrique de l'Ouest, en rendant la religion
accessible et pertinente pour les besoins de la vie quotidienne.
Les figures confrériques ont joué un rôle central dans la progression de l'islam en Afrique de
l'Ouest, en combinant leur influence spirituelle, éducative et sociale pour ancrer la religion
dans les communautés locales. Des personnalités comme Cheikh Ahmadou Bamba, fondateur
de la confrérie Mouride au Sénégal, ou El Hadj Umar Tall de la Tijaniyya, ont marqué
l'histoire par leur dévouement à la diffusion des enseignements islamiques. Par exemple,
Cheikh Ahmadou Bamba a utilisé la poésie et l'éducation pour transmettre les valeurs
islamiques tout en inspirant une résistance pacifique face à la colonisation française. Ses écrits
spirituels continuent d’être une source d’inspiration pour les disciples Mourides, consolidant
ainsi l’islam comme un pilier de l'identité culturelle de la région.
De même, les leaders confrériques se sont engagés dans la fondation d'écoles coraniques et de
centres spirituels, qui ont servi de plateformes pour enseigner le Coran et la jurisprudence
islamique. Ces figures ont souvent traversé de vastes territoires pour prêcher, établir des
communautés religieuses et créer des réseaux d’influence transfrontaliers. Par leur charisme et
leur autorité morale, ils ont réussi à attirer des fidèles, à structurer des pratiques religieuses et
à favoriser une cohésion sociale autour des valeurs de l'islam. Leur engagement et leur
stratégie ont largement contribué à établir une forte présence de l'islam dans cette région, en
mêlant foi, éducation et organisation communautaire.
I- L’impact de l’islam sur les sociétés ouest africaines
1- L’impact de l’islam sur les structures socio-culturelles
L’islam comme religion et donc élément de culture spirituelle et sociale constitue aujourd’hui
l’un des aspects fondamentaux de la civilisation africaine à tel point que bien souvent, dans
l’esprit d’un grand nombre d’habitants de ce continent, l’islam et l’Afrique ne font qu’un ! La
religion musulmane et l’Afrique sont en effet de vieilles connaissances.
Se voulant très attaché à la solidarité et à la vie en communauté ( umma), l’esprit musulman
rime en symbiose avec les réalités africaines qui attachent une importance capitale à
l’entraide, à la fraternité et la cohésion. Ainsi l’islam au lieu de bouleverser catégorique des
structures sociales déjà établies, vient les renforcer.
L’islam sans déformer ni forcer a trouvé en Afrique des sociétés aux modes de vies
perméables ouverts à l’association c’est d’ailleurs des raisons pour lesquelles la propagation
de l’islam a été fulgurante. Parvenue chez une grande masse de noirs l’islam crée très vite des
centres religieux qui vont être au cours des siècles à venir de véritables pôles de science et
d’éducation pour des sociétés pour la plupart illettrées.
L’Islam a depuis longtemps joué un rôle significatif en Afrique, façonnant divers aspects des
sociétés du continent. Avec des congrégations musulmanes nombreuses et influentes, la
présence de l’Islam en Afrique a des répercussions profondes sur le tissu culturel, social et
économique de nombreux pays. La force des communautés musulmanes en Afrique réside
dans leur capacité à favoriser la cohésion sociale et un fort sentiment d’appartenance. Les
valeurs fondamentales de l’Islam, telles que la fraternité, la générosité et la compassion,
inspirent les fidèles à s’entraider et à pratiquer la charité, renforçant ainsi les liens au sein des
communautés.
2- L’impact de l’islam sur la structure politique et économique en Afrique de
l’ouest
Politiquement l’islam a beaucoup participé dans l’organisation et l’émergence de grands
empires noires entre le VII et le XVIII en Afrique noire. Il offrait un modèle d’admiration qui
facilitait la gestion des affaires c’est d’autant plus frappant quand on sait que beaucoup de
lettrés musulmans ont été dans le gouvernement royal pendant le règne d’Askia Mohammad
(1493-1528). C’est notamment des Cadi, des conseils et des savants musulmans dont
l’influence auprès du roi était considérable. Ainsi, amis de l’islam ou musulmans dès le
IVe/Xe siècle au Takrūr, dès le VIe/ XIIe siècle au Mali par exemple, ils se sont, en général,
assez facilement montrés satisfaits d’une division de l’espace et du travail qui leur assurait,
dans les villes islamisées en tout ou en partie, les cadres d’administration dont ils avaient
besoin, alors que le monde rural constituait une réserve inépuisable de main-d’œuvre agricole
et servile qu’il n’était pas urgent de convertir.
Le VIIIe/XIVe siècle est souvent considéré dans l’historiographie africaine au sud du Sahara
comme étant celui de l’apogée de l’Empire malien, caractérisé par un développement
économique remarquable, un rayonnement politique international fait de relations
diplomatiques avec le Maroc et l’Egypte, mais surtout par une implantation décisive de
l’islam. Nouvelle. ». L’islam ainsi était aux yeux des souverains Africains de l’époque, un
moyen parmi tant d’autres de renforcer le pouvoir central par des relations diplomatiques
avec d’autres Etats notamment celles du Maghreb, mais aussi source de puissance et
prospérité grâce aux échanges nord sud.
Sur le plan économique, l’islam en entrainant le boom des relations commerciales entre le
nord et le sud de l’Afrique va marquer considérable le destin des Etats Africains.
L’avènement de l’islam ouvre la voie des grands empires puissants et solides qui intègrent de
grands ensemble abritant en leur sein de vastes diversités ethniques et linguistiques. L’islam
apportait une morale de base fondé sur le négoce- la charia guida tous les commerçants
musulmans dans leurs échanges avec les Africain ce qui fut déterminant dans la prospérité et
la cohésion des rapports entre commerçants musulmans et clients Noirs.
Le lien étroit entre l’islam et le négoce permit aux nouveaux convertis également d’avoir peu
à peu confiance et foi à des hommes qu’ils ne parlaient pas forcement leurs langues. Il s’en
suit alors des relations de confiance qui aura comme corollaire l’augmentation du volume des
échanges qui prendra alors tout au long des cinq siècles de collaboration une dimension
considérable.