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Spiruline et malnutrition infantile au Burkina

L'étude évalue l'efficacité de la spiruline comme complément alimentaire pour lutter contre la malnutrition infantile au Burkina-Faso. Les résultats montrent qu'après 90 jours, la spiruline à la dose de 5 g/jour n'apporte aucun bénéfice significatif par rapport à la renutrition traditionnelle. La lutte contre la malnutrition nécessite une approche globale incluant formation, éducation et soins, plutôt que de se reposer sur un seul élément.

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Spiruline et malnutrition infantile au Burkina

L'étude évalue l'efficacité de la spiruline comme complément alimentaire pour lutter contre la malnutrition infantile au Burkina-Faso. Les résultats montrent qu'après 90 jours, la spiruline à la dose de 5 g/jour n'apporte aucun bénéfice significatif par rapport à la renutrition traditionnelle. La lutte contre la malnutrition nécessite une approche globale incluant formation, éducation et soins, plutôt que de se reposer sur un seul élément.

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Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431

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Mémoire original

La spiruline comme complément alimentaire dans la malnutrition


du nourrisson au Burkina-Faso
Spiruline as a food supplement in case of infant malnutrition
in Burkina-Faso
B. Branger a,*, J.L. Cadudal b, M. Delobel c, H. Ouoba d, P. Yameogo a,†, D. Ouedraogo e,
D. Guerin f, A. Valea g, les personnels des CREN h, C. Zombre i, P. Ancel j
a
Pédiatre épidémiologiste, [Link]-Ouest, centre hospitalier universitaire (CHU) Pontchaillou, 35033 Rennes cedex 9, France
b
Médecin coordinateur, maison de la Naissance, 44230 Saint-Sébastien, France
c
Médecin coordinateur, 46 bis, boulevard des Américains, 44000 Nantes, France
d
Directeur régional de la santé, Koudougou, Burkina-Faso
e
Pédiatres, hôpital de l’amitié, Koudougou, Burkina-Faso
f
Directrice des CREN (Centre de renutrition et d’éducation nutritionnelle), Koudougou, Burkina-Faso
g
Coordinatrice des Cren, Ocades, Koudougou, Burkina-Faso
h
Cren de Koudougou, Nanoro, Reo, Tenado, Burkina-Faso
i
Laboratoire d’analyses médicales, Koudougou, Burkina-Faso
j
Codegaz, Centre Unitas, Koudougou, Burkina-Faso

Reçu le 27 mai 2002 ; accepté le 17 janvier 2003

Résumé

État actuel du problème. – La spiruline, algue microscopique aux propriétés nutritives, a été proposée comme complément alimentaire
dans la malnutrition du jeune enfant.
Population et méthodes. – Une enquête a été menée au Burkina-Faso dans la province de Koudougou pour évaluer son efficacité auprès
d’enfants malnutris dont le Z-score pour l’âge était inférieur à 2 ou avec des œdèmes. Trois groupes ont été constitués par tirage au sort dans
cinq centres : renutrition habituelle (groupe 1), idem + spiruline à la dose quotidienne de 5 g j–1 (groupe 2), idem + spiruline + poissons (groupe
3). Cent quatre-vingt-deux enfants âgés de 3 mois à 3 ans ont été inclus ; six sont décédés (3,3 %) et 11 hospitalisés ont été exclus. Au total,
l’étude a été menée sur 165 enfants pendant 3 mois. Les critères de jugement étaient l’évolution des indices taille/âge, poids pour la taille et les
mesures correspondant en Z-score, à 60 j et 90 j.
Résultats. – À l’inclusion, les enfants étaient âgés de 14,6 mois en moyenne avec un poids de 6,7 kg (soit –3,2 de Z-score poids/âge), une
taille de 71,4 cm (–2,0 de Z-score taille/âge) et un poids pour la taille de –2,5 de Z-score. 9,4 % avaient des œdèmes. Au terme de l’étude, il
n’y avait pas de différence observée entre les groupes pour la prise de poids, la prise de taille et la prise de poids pour la taille.
Conclusion. – La spiruline à la dose de 5 g j–1 n’apporte aucun bénéfice par rapport à la renutrition traditionnelle sur 90 j. De plus, elle est
actuellement coûteuse et la lutte contre la malnutrition du jeune enfant ne repose pas sur un seul élément, mais sur une politique nationale ou
locale fondée sur la formation, l’éducation, l’aide économique et les soins avec des centres de renutrition et des traitements des infections.
© 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Abstract

Background. – Spiruline, a microscopic algae with nutritious quality was put forward as food supplement to fight malnutrition in infant.
Population and methods. – To assess its effectiveness, a survey was carried out among children with malnutrition whose Z-score was <2
for their age, in the Koudougou province, Burkina-Faso. Within five centers, three groups were defined at randomization: group 1 with usual
nutritional rehabilitation program, group 2 as above + 5g.d–1 of spiruline, group 3 as above + spiruline + fish. 182 children, aged three months

* Auteur correspondant.
Adresse e-mail : [Link]@[Link] (B. Branger).

© 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.


DOI: 10.1016/S0929-693X(03)00091-5
B. Branger et al. / Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431 425

– three years, were originally involved. Six died (3.3%) and 11 hospitalised were excluded; the study was carried out on 165 children and lasted
three months. Judging criteria were: length per aged, weight for length group evolution and the corresponding Z-score at 60 et 90 days.
Results. – At the inclusion, children were aged 14.6 months on average and weighed 6.7kg (Z-score of –3.2 weight/age) with a length of
71.4cm (–2.0 Z-score length/age) and weight for length of 0.093 (–2.5 Z-score). 9.4% had oedema. There were no noticeable differences
between the three groups as to weight gain, length gain, weight for length gain.
Conclusion. – A 5g.d–1 spiruline dose does not bring any benefit over 90 days, compared to traditionnal renutrition. Furthermore, at the
moment, it is costly, and the battle against infant malnutrition cannot be based on one single element, such as a wonder drug, but on a national
or local policy based on training, education, economical aid, and nutritional rehabilitation centers and infection treatment.
© 2003 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Tous droits réservés.

Mots clés : Malnutrition ; Spiruline ; Marasme ; Kwashiorkor

Keywords: Malnutrition; Spiruline; Marasmus; Kwashiorkor; Child

1. Introduction L’objectif de l’étude était de mettre en évidence une action


de la spiruline avec ou sans autres apports nutritionnels dans
La spiruline (Cyanobactérie Athropsira platensis) est une la malnutrition de l’enfant de moins de 3 ans.
algue bleu-vert microscopique, planctonique unicellulaire,
vivant en eau douce, d’aspect spiralée de 0,3 à 1 mm de long,
cultivée originellement dans les lacs du Tchad (chez les 2. Population et méthode
Kanembous) et dans la vallée de Texcoc au Mexique (chez
les Aztèques). Elle a besoin pour croître naturellement d’une L’étude s’est déroulée dans la région de Koudougou, dans
eau saumâtre et alcaline et de déjections animales, ainsi que la province de Boulkiemde au Burkina-Faso. Les enfants
d’un climat chaud. Elle peut être cultivée en apportant les concernés étaient des enfants âgés de 3 mois à 3 ans, malnu-
sels minéraux et les nutriments nécessaires. La spiruline de tris dont le poids se situait au-dessous des « moins deux
l’étude était cultivée à Koudougou même et sa composition, écarts-types », c’est-à-dire au-dessous de la deuxième ligne
qui peut dépendre des conditions de culture, a été analysée du « chemin de la santé » (courbe de poids selon l’âge
avant l’étude (annexe). remplie à chaque consultation) ou en cas d’œdèmes manifes-
De manière générale, cette algue est considérée comme tes. Ces enfants étaient pris en charge par ailleurs sur le plan
riche en protéines (60 à 70 % de son poids avec neuf acides vaccinal, vitaminique et parasitaire.
aminés essentiels), en acides gras essentiels (c-linoléique), Les sites retenus étaient les suivants : quatre sites avec un
en minéraux (fer, calcium, potassium, phosphore, manga- centre de renutrition et d’éducation nutritionnelle (CREN) à
nèse, cuivre, zinc, magnésium...), en oligoéléments, en vita- Koudougou, Nanoro, Reo et Tenado et un site au CREN de
mines (A, B1, B2, B6, B12, E, K) et contient de la chloro- l’hôpital de l’Amitié de Koudougou.
phylle, des fibres et un pigment bleu (la phycocyanine). Elle Les enfants, âgés de 3 mois à 3 ans, se présentant dans les
est consommée fraîche ou sèche et peut être présentée en centres pendant le mois de novembre 2000 ont été retenus.
poudre ou en granulés. Les doses préconisées vont de 5 g à Après examen pédiatrique clinique, les enfants ayant des
10 g j–1, mais des consommations de 100 g chez l’adulte ont maladies osseuses malformatives ou endocriniennes ou des
été proposées. maladies chroniques ont été exclus. Cependant, en raison de
Hormis un risque allergique et un risque infectieux à la la prévalence du virus VIH en Afrique, il est possible que
suite de sa culture ou de son stockage [1], il n’y a pas de certains enfants étaient porteurs du virus VIH.
contre-indications connues. Elle fait partie des algues de Trois groupes d’enfants ont été tirés au sort selon trois
consommation autorisée. Sa conservation peut être délicate différentes techniques de renutrition, selon un ordre préétabli
avec des risques de vieillissement ; elle doit être conservée par le coordinateur :
dans des contenants à l’abri de l’humidité et de la lumière. • groupe 1 : renutrition habituelle avec des conseils nutri-
En raison de sa culture facile, elle est utilisée dans le tionnels des CREN : allaitement maternel, complément
domaine animal comme complément protéique. En méde- à partir de 4–6 mois avec une ou deux bouillies selon
cine humaine, elle a été proposée comme additif alimentaire l’âge (lait en poudre, mil torréfié, riz ou maïs ou à base
ou comme nutriment à part entière dans les pays à problèmes de farine de haricot, de farine de pain de singe (fruit du
nutritionnels. De manière plus générale, en matière nutrition- baobab), de farine de néré ou de farine d’arachide [5]). À
nelle tant dans les pays riches que dans les pays pauvres, cette partir de 1 an, l’alimentation conseillée consistait en
algue fait l’objet d’un véritable « culte », dans de nombreuses l’allaitement maternel à la demande, avec deux bouillies
publications internet (2600 sites à ce jour à partir du mot clé des mêmes compléments enrichies en feuille de baobab,
« spiruline ») avec des résultats réputés spectaculaires dans la huile, beurre de karité et de poisson séché. Après 1 an,
malnutrition infantile, sans arguments scientifiques [2,3]. cette alimentation était complétée par le tô, plat tradi-
Elle a même été testée in vitro contre le virus du sida [4]. tionnel sous forme de galette de mil à l’eau ;
426 B. Branger et al. / Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431

• groupe 2 : renutrition habituelle + spiruline à la dose de compléments). Il fallait 50 sujets par groupe et compte tenu
5 g j–1 à donner en complément alimentaire. La spiruline des décès et des perdus de vue, 60 enfants par groupe étaient
était conditionnée sous forme de granulés dans un flacon prévus soit 180 enfants au total avec 45 enfants par site. La
opaque et hermétique, à intégrer dans un repas ; même taille d’échantillon était obtenue avec une prise prévue
• groupe 3 : renutrition habituelle + spiruline à la dose de de 0,4 Z-score entre deux groupes sur 3 mois. Les méthodes
5 g j–1 + poisson en complément (deux sardines à l’huile statistiques étaient le test du v2 pour les pourcentages, Anova
par semaine). (ou test de Mann-Whitney ou de Kruskall-Wallis selon les
Une stratification par site a été effectuée de telle manière effectifs) pour les moyennes (Epi-Info® 6.04c). Une analyse
que les trois groupes d’enfants soient représentés de manière multivariée (Anova) a été faite selon le groupe en tenant
égale dans chaque site. Les variables étudiées étaient les compte d’éventuelles différences à l’inclusion (SPSS® 10.0).
suivantes : âge en mois, sexe, rang parmi les enfants vivants, Le seuil de signification a été fixé à 0,05.
antécédents de décès d’enfants dans la famille, qualité de la
prise des compléments, âge de la mère, milieu rural ou
urbain, éloignement du centre en km, hospitalisation de l’en- 3. Résultats
fant, gémellité, décès de l’enfant. Le milieu social était éva-
lué selon quatre critères : disponibilité de l’eau (service d’eau 3.1. Les enfants
en ville ou point d’eau proche en campagne), éclairage (élec-
tricité en ville, lampe à pétrole en campagne), père présent Ont été inclus dans l’enquête 182 enfants avec 47,8 % de
ayant un travail, maison « en dur » : la présence des quatre garçons et 52,2 % de filles. L’âge moyen était de 14,6 mois ±
critères était codée en milieu social « très bon », de deux ou 6,5 mois (pas de différences entre garçons et filles) sur 181
trois critères en milieu social « bon » et un critère ou aucun en enfants (Fig. 1). À l’inclusion le poids moyen était de 6686 g
« déficient ». ± 1433 g et une taille de 71,4 cm ± 6,6 cm. Un quart des
Les variables étudiées étaient le poids, la taille, le périmè- enfants ont été victimes de plus de deux maladies. Six enfants
tre crânien (PC), le périmètre brachial (PB) à chaque âge en sont décédés (3,3 %) : quatre au cours de leur hospitalisation
valeur absolue et en Z-score avec les indices suivants : poids pour malnutrition ou maladies surajoutées (dont une ménin-
pour l’âge, taille pour l’âge, poids pour la taille en Z-score, gite cérébrospinale) et deux au domicile.
calculés avec le logiciel Epi-Info [6] sur la base des courbes Des œdèmes étaient retrouvés chez 9,4 % des enfants
du National Center of Health Service [7]. Le poids était pris (Kwashiorkor) à l’inclusion. La Fig. 2 montre la répartition
sur une balance à poids pour les kilogrammes et les grammes, selon le poids par rapport à l’âge : la moyenne du Z-score du
la taille était prise allongée avec une toise en bois, le périmè- poids/âge était de –3,20 ± 0,92. Les enfants avec un Z-score >
tre crânien était pris avec un mètre ruban non déformable et le –2 avaient des œdèmes. Le Z-score pour la taille/âge était de
périmètre brachial avec un bracelet spécifique [8]. Le temps –2,00 ± 1,34 et le Z-score du poids pour la taille était de –2.49
de suivi était de 3 mois à partir de l’inclusion (J90) avec des ± 0,88. Le PB moyen était de 12,0 cm avec un taux de 55,3 %
mensurations à j15, j30, j60 et j90. L’analyse a été faite en de PB < 12,5 cm et de 31,8 % de PB < 12 cm.
« intention de traiter ».
La taille de l’échantillon a été calculée de la manière 3.2. Les familles et les mères
suivante : une différence de 300 g de poids, en moyenne sur 3
mois (4 g de plus par jour), entre le groupe de référence et un Les mères étaient âgées de 29,3 ans ± 7,0 ans (sur 160 âges
des groupes supplémentés, avec un écart-type de 600 g, était connus). Le rang moyen des enfants était de 3,9 enfants sur
prévue avec un risque a de 0,05 et une puissance de 80 %, des fratries de quatre enfants vivants en moyenne. Dans 71
dans le cadre d’un test unilatéral (supériorité a priori des familles (39,2 %), il y a eu un décès dans la famille à la

Fig. 1. Âge des enfants à l’inclusion.


B. Branger et al. / Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431 427

Fig. 2. Poids des enfants à l’inclusion en kg.

naissance ou plus tard. Les mères (76,4 %) allaitaient leurs sur les quatre centres) et de manière moins importante pour
enfants de manière mixte (allaitement maternel + complé- l’hôpital (11 inclusions). Il n’y avait pas de différence signi-
ment) ; 7,1 % avaient arrêté d’allaiter en cours d’étude ou ficative entre les enfants des centres, sauf pour les enfants à
n’allaitaient plus et 16,5 % pratiquaient l’allaitement mater- l’hôpital qui étaient plus âgés et plus malnutris (âgés de
nel exclusif à un moment ou un autre. 19 mois en moyenne, avec un poids de 6,400 kg soit –4,05
Les milieux des familles étaient dits « très bons » ou Z-score) : ceux-ci n’ont pas été gardés dans le reste de
« bons » chez 78,7 % tandis que 18,4 % étaient considérés l’analyse.
comme « déficients ». Le milieu était « rural » ou « semi-
rural » à 64,6 % et « urbain » à 35,4 % (sur 178). La médiane 3.4. Les groupes de traitement selon les variables
de distance par rapport au centre de consultation était de 3 km nutritionnelles
avec 44 % des familles habitant à 2 km et moins. Les familles
(12,2 %) habitaient à 10 km et plus du centre. Les trois groupes de traitement se répartissaient ainsi :
nutrition habituelle du centre (groupe 1 = 60 enfants), nutri-
3.3. Les centres tion habituelle du centre + spiruline (groupe 2 = 61), nutrition
habituelle du centre + poisson + spiruline (groupe 3 = 61).
Les enfants ont été répartis par centre de manière équili- Les six décédés se répartissaient de la manière suivante
brée pour les CREN (44, 42, 46 et 39 enfants respectivement selon les groupes : trois dans le groupe 1, deux dans le groupe

Tableau 1
Description des 3 groupes à l’inclusion
Groupe 1 2 3 p
Compléments Aucun Spiruline Spiruline + poissons
Nombre par groupe 54 56 55
Sexe (% garçons) 48,1 % 53,6 % 41,8 % 0,46
Âge moyen (mois) 13,8 mois 13,6 mois 15,6 mois 0,18
Poids moyen (kg) 6,8 kg 6,8 kg 6,6 kg 0,70
Taille moyenne (cm) 71,3 cm 71,4 cm 71,5 cm 0,97
Z-score taille pour l’âge –1,81 –1,65 –2,27 0,02*
Z-score poids pour la taille –2,48 –2,38 –2,55 0,48
Périmètre brachial (cm) 12,3 12,6 11,7 0,0005*
Œdèmes 9,3 % 3,6 % 9,4 % 0,40
Âge des mères 29,2 ans 28,3 ans 30,2 ans 0,43
Rang fratrie 3,6 3,7 4,4 0,18
Fratries 3,7 3,8 4,4 0,21
Décès dans la fratrie 32,1 % 33,9 % 54,5 % 0,03*
Prise des compléments « moyenne » – 50,0 % 35,2 % 0,04*
Milieu déficient 17,0 % 12,5 % 25,9 % 0,20
Distance en km du centre (médiane) 2,5 km 2,0 km 4,0 km 0,15
Milieu urbain 36,5 % 43,6 % 31,5 % 0,42
Hospitalisation 9,3 % 7,1 % 12,7 % 0,60
Plus de 2 maladies 25,9 % 21,4 % 32,7 % 0,40
Allaitement exclusif 16,7 % 16,1 % 10,9 % 0,47
* Variables différentes significativement au seuil de 0,05.
428 B. Branger et al. / Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431

Tableau 2
Résultats nutritionnels des 3 groupes
Groupe 1 2 3 p
Nutrition de base Habituelle Habituelle Habituelle
Compléments Aucun Spiruline Spiruline + poissons
Nombre par groupe 54 56 55
À 60 j
Poids à 60 j (kg) 7,42 kg 7,41 kg 7,42 g 0,99
Différence de poids/inclusion (g) +648 g +605 g +752 kg
0,44
Prise de poids (g)/jour 10,8 g j–1 10,1 g j–1 12,5 g j–1
Taille à 60 j (cm) 72,8 cm 72,4 cm 73,0 cm 0,88
Z-score taille/âge –1,89 –1,95 –2,27 0,21
Différence Z-score taille/âge/inclusion –0,22 –0,27 –0,16 0,47
Z-score poids pour la taille –2,06 –1,89 –1,97 0,39
Différence Z-score poids pour taille/inclusion* + 0,29 +0,34 + 0,64 0,048

À 90 j
Poids à 90 j (kg) 7,28 kg 7,78 kg 7,77 kg 0,17
Différence de poids/inclusion (g)† +637 +898 +1039
0,13
Prise de poids (g)/jour† 7,1 g j 9,9 g j–1 11,5 g j–1
Taille à 90 j (cm) 72,9 cm 73,9 cm 73,9 cm 0,63
Z-score taille/âge –2,02 –1,95 –2,43 0,08
Différence Z-score taille/âge/inclusion –0,31 –0,34 –0,25 0,62
Z-score poids pour la taille –2,01 –1,94 –1,88 0,72
Différence Z-score poids pour la taille/inclusion‡ +0,31 + 0,45 + 0,72 0,018
Périmètre brachial (cm) 12,9 13,1 12,7 0,11
Différence de PB (cm)/inclusion 0,4 0,6 0,9 0,07
* Différence entre groupe 1 et groupe 2 : p = 0,76.
Différence entre groupe 2 et groupe 3 : p = 0,05.
Différence entre groupe 1 et groupe 3 : p = 0.02.
† Différence entre groupe 1 et groupe 2 : 261 g soit 2,9 g j–1 ; p = 0,31.
Différence entre groupe 2 et groupe 3 : 141 g soit 1,6 g j–1 ; p = 0,06.
Différence entre groupe 1 et groupe 3 : 402 g soit 4,4 g j–1 ; p = 0,008.
‡ Différence entre groupe 1 et groupe 2 : p = 0,31.
Différence entre groupe 2 et groupe 3 : p = 0,06.
Différence entre groupe 1 et groupe 3 : p = 0,008.

2 et un dans le groupe 3 (non significatif [NS]) ; ils ont été différence/inclusion. Le groupe 3 a gagné en poids et en
exclus de l’analyse finale. Par ailleurs, ont été exclus égale- Z-score du poids par rapport aux autres groupes, de manière
ment les enfants de l’hôpital de Koudougou (11) en raison de non significative (à 90 j, +1,6 g j–1 par rapport au groupe de la
leur caractéristique et de leur traitement différents. Au total, spiruline seule et +4,4 g j–1 par rapport au groupe de réfé-
165 enfants ont été analysés avec respectivement 54, 56 et 55 rence). Les comparaisons deux-à-deux, pour ces variables,
enfants selon les groupes. Les groupes étaient dans l’ensemble n’ont montré aucune différence entre les groupes à 60 j et
comparables à l’inclusion ; cependant, le groupe 3 a été attri- 90 j.
bué (selon le hasard du tirage au sort) plus volontiers à des Il n’y avait pas de différence significative à 60 j et 90 j pour
enfants plus âgés, plus dénutris (Z-scores plus bas) et dans des le Z-score poids pour la taille. Cependant, par rapport à
familles avec plus d’antécédents de décès (Tableau 1). Il a été l’inclusion, une différence significative est observée en évo-
tenu compte de ces différences dans l’analyse. Des perdus de lution du Z-score du poids pour la taille : + 0,29, + 0,34 et
vue ont été observés à 60 j et 90 j (pas forcément les mêmes + 0,64 respectivement pour le groupe 1, 2 et 3 à 60 j (p =
aux deux périodes) malgré une recherche systématique. Il 0,048) et + 0,31, + 0,45, + 0,72 à 90 j (p = 0,018). Lorsque les
n’y avait pas de différences à l’inclusion entre les perdus de comparaisons deux-à-deux ont été effectuées, il n’y avait pas
vue et les autres. Enfin, aucun effet secondaire n’a été ob- de différence entre le groupe 2 « spiruline » et le groupe 1 de
servé. référence, mais il existe une différence significative entre le
Aucune différence significative n’a été constatée entre les groupe 3 « spiruline + poissons » et le groupe 1 de référence
trois groupes pour les critères de jugement suivants tant à 60 j et une différence « limite » (p = 0,05 à 60 j et p = 0,06 à 90 j)
(n = 140 enfants) qu’à 90 j (n = 143 enfants) (Tableau 2) : entre le groupe « spiruline » et « spiruline + poissons ». Il est
poids/âge, Z-score du poids et différence/inclusion, taille/âge retrouvé également une différence significative entre les
et différence/inclusion, Z-score du poids pour la taille et groupe 3 et 1 pour la prise de poids moyenne par jour
B. Branger et al. / Archives de pédiatrie 10 (2003) 424–431 429

Fig. 3. Courbe de poids des enfants en fonction de l’âge (en kg) par rapport à la courbe de référence de poids/âge.

(p = 0,008). Ce fait tendrait à montrer que le complément centres ont des malnutritions graves avec moins de 3 écarts-
« poissons » est plus efficace dans la prise de poids et le types de poids/âge en moyenne ou avec des œdèmes. On
Z-score du poids pour la taille que les compléments habituels constate également des antécédents de décès dans la fratrie
ou même que la prise de spiruline seule. élevés à 39,2 %. Les nutriments sont rares et peu diversifiés
La Fig. 3 montre l’évolution de la courbe de poids des dans cette région (essentiellement le mil, absence de lait
enfants par rapport à la courbe de poids du Chemin de la animal) et lorsqu’ils sont disponibles, l’accès des enfants en
santé pour quelques enfants. La courbe des enfants malnutris bas âge à une nourriture spécifique pose problème. L’allaite-
suit parallèlement la courbe des –2 DS avec un léger « rattra- ment maternel est très pratiqué mais les compléments sont
page » quel que soit le groupe de prise en charge, mais reste rarement précoces et en quantité suffisante.
au-dessous de la ligne des –2 DS. Les difficultés opérationnelles pour ce type d’enquête
L’analyse en excluant les enfants avec œdèmes ne mon- représentent une difficulté notable [9], mais le travail des
trait pas de résultats significatifs entre les groupes. L’analyse responsables et des personnels des CREN a été bien réalisé
multivariée Anova, en raison de la différence entre les grou- avec une bonne compliance. Le fait de constituer des groupes
pes à l’inclusion, n’a pas trouvé de différences de Z-score à avec tirage au sort n’a pas posé de problème particulier [9].
60 j et à 90 j selon les groupes en fonction du centre et des La puissance de l’étude avait été calculée avant l’étude à
critères présents à l’inclusion (fratrie, maladie, allaitement, 80 % compte tenu des objectifs.
décès dans la fratrie, mère malade, distance du centre, fa- Le groupe 1, de renutrition habituelle, mérite une ré-
mille, milieu rural/urbain, œdèmes). Cependant des variables flexion : la prise de poids n’est pas importante avec 637 g en
significativement associées avec une moins bonne prise de 90 j (7 g j–1 pour un âge moyen de 14 mois et un poids moyen
poids dans cette analyse ont été retrouvées significatives : de 6,7 kg) de même que la prise de Z-score de +0,25 en 90 j.
existence de maladies intercurrentes pendant la période et L’existence de pathologies intercurrentes et d’absence de
absence de compléments à l’allaitement maternel par rapport prise de compléments satisfaisants pourraient expliquer ce
à l’allaitement maternel seul. Les autres variables telles que faible gain. Certains enfants auraient dû manifestement être
le milieu social, l’antécédent de décès n’étaient pas signifi- hospitalisés pour des renutritions plus actives, mais le dépla-
catives. cement et le coût engendré par une hospitalisation (les frais
sont à la charge des familles même dans le secteur public)
4. Discussion représentent pour beaucoup de familles une grande difficulté.
D’autre part, il est possible que certains enfants aient été
Cette enquête a permis d’étudier la prise en charge de la porteurs du virus VIH et probablement, n’auraient pas pu
malnutrition du jeune enfant dans une région du Burkina- prendre de poids ; le tirage au sort a dû les répartir de manière
Faso où sa prévalence est élevée dans un contexte de morta- égale dans les trois groupes. Cependant, dans une autre
lité infantile et juvénile important. Les enfants suivis dans ces étude, ce fait sera à prendre en compte (problème d’accès au
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test sérologique). Ce résultat du groupe à nutrition tradition- pourrait être proposée avec la limite de la tolérance par
nelle corrobore la faible efficacité des programmes de renu- l’enfant (consistance dans un plat traditionnel et goût amer)
trition telle qu’elle a été évaluée dans d’autres pays [10] et et avec un suivi plus long de 6 mois par exemple.
invite à réfléchir sur les facteurs de succès publiés dans la Cependant, si lors de l’essai, les doses étaient gratuites, la
littérature et qui manquent manifestement dans cette région ferme de Koudougou propose désormais des sachets payants
[9] : clarté des objectifs à atteindre, présence de leaders dont le coût est manifestement trop élevé pour beaucoup de
motivés et compétents, formation et supervision des person- familles et en limite l’intérêt dans cette indication pédiatrique
nels, évaluation régulière des résultats, intégration de la poli- (environ 700 CFA ou 1 Q pour un sachet de 40 g). On peut se
tique dans un ensemble de soins curatifs et préventifs, sou- demander si des nutriments, moins chers et disponibles tra-
tien de la lutte contre la malnutrition au niveau national et ditionnellement sur place et ayant fait la preuve de leur
local... Outre l’importance des compléments à l’allaitement efficacité, ne seraient pas plus intéressants. Cette attitude
maternel, le rôle des infections intercurrentes a été retrouvé devrait être renforcée pendant les périodes dites de « sou-
dans notre étude en analyse multivariée. Reconnue depuis dure » entre la fin des stocks de céréales et l’attente des
longtemps, l’infection représente pour beaucoup d’auteurs récoltes suivantes (de juillet à octobre). La participation à des
un facteur majeur de la malnutrition, peut-être plus particu- programmes nationaux ou locaux comme le programme Mi-
lièrement dans le kwashiorkor [5,11,12]. Dans ces condi- sola [17] ou d’autres programmes équivalents [18] pourrait
tions, les CREN, qui proposent déjà des compléments ali- être un appoint important dans la lutte contre la malnutrition
mentaires traditionnels en quantité suffisante et préparés sur de l’enfant.
place dans le cadre de l’éducation des mères de deux à trois Cette conclusion ne remet pas en cause le principe des
fois par semaine, devraient être ouverts sans doute tous les fermes de spiruline dont la production peut être exportée en
jours et traiter par antibiotiques toutes les infections décelées Occident en particulier, permettant des recueils de devises,
(indépendamment de la couverture vaccinale organisée par dans des indications diverses comme la supplémentation à
les PMI) [13]. l’effort ou lors de régime amaigrissant !
L’étude du groupe 2 avec la spiruline seule à la dose de
5 g j–1, par rapport au groupe 1 de référence fondé sur la
renutrition habituelle, n’a donc pas montré de différence Annexe. Analyse d’un échantillon de Spiruline (22 juin
significative sur la prise de poids : entre les groupe 1 et 2 la 2001)
différence de poids a été de 260 g en 90 j soit 2,9 g j–1 de plus.
De même, le poids pour la taille n’a pas été modifié par la (Laboratoire Développement Méditerranée, 30560 St-
spiruline seule. Cependant, la période de suivi de 90 j est Hilaire-de-Brethams)
peut-être trop courte pour observer un changement. D’autre Analyse Unité Méthode Valeur
part, il est possible que la faible dose de cette substance soit Humidité 100 g NF V04–401 5,4
également sans effet observable sur cette période. Une autre Matières grasses 100 g NF V04–403 0,50*
explication serait que les spirulines, récoltées ou cultivées Protéines 100 g NF V04–407 61,3
dans le monde, ne soient pas similaires dans leur composition Matières minérales 100 g NF V04–404 8,6
ou différentes dans leur indice d’absorption. L’analyse de Glucides 100 g Par de différence 24,2
Calories kcal 100 g–1 346
celle de Koudougou a montré qu’elle avait une composition
kJ 100 g–1 1471
analogue aux autres compositions publiées (6 g de protéines
Fer mg kg–1 884
pour 10 g de poids sec) (annexe). Cuivre mg kg–1 4,0
L’étude du groupe 3, avec spiruline et addition de poisson Zinc mg kg–1 34
(deux sardines à l’huile par semaine), n’est associée ni à une Sulfates S-SO4 mg 100 g–1 155
prise de poids significativement différente des autres grou- * Échantillon examiné 3 mois après récolte. Une autre analyse sur un
pes, ni à une reprise sur la taille ou sur le poids pour la taille. échantillon bien conservé a montré 6 %.
Cependant, un effet a été observé sur l’évolution du Z-score
du poids pour la taille entre le groupe « spiruline + poissons »
et le groupe 1 de référence. Dans la mesure où la spiruline Références
seule n’a pas d’effet significatif, on peut penser que la sup-
plémentation en poisson aurait un effet pour elle-même sur le [1] Jacquet J. Étude de la flore dans une préparation de spiruline. Ann
Nutr Aliment 1975;6:589–601.
poids à taille égale et que l’on n’a pas de preuve d’un
[2] Von Der Weid D. La spiruline fait des miracles. PROSI Magasine
multiplicatif du complément « spiruline + poissons ». 2000 381. Site internet [Link]
Au total, dans cette étude, il n’a pas été trouvé d’avantage [Link]. Consulté le 20 mai 2002.
à proposer la spiruline comme complément alimentaire à la [3] Dupire J. Objectif : malnutrition. Paris: Similia; 1998.
dose de 5 g j–1, contredisant les allégations non fondées de [4] Gustafson KR, Cardellina JH, Fuller RW. AIDS-antiviral sulfolipids
from cyanobacterai (blue-green algae). J National Cancer Institut
quelques références [3], souvent électroniques [2,14] ou fon- 1989;81:1254–8.
dées sur des études sans groupe témoin [15,16]. Une étude [5] Briend A. Prévention et traitement de la malnutrition. Paris: Éditions
avec des doses plus fortes, comme 10 g j–1 ou même 50 g j–1, de l’Orstom; 1990 (146 p.).
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[6] Dean AG, Dean JA, Coulombier D, Brebdel KA. Epi Info version 6: a [12] Keusch GT, Scrimshaw NS. Selective primary health care: strategies
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[11] Editor, Feeding the world’s children. Lancet 2002;359:989. 1:155–63.

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