VIH et IST chez les populations transgenres
VIH et IST chez les populations transgenres
Alain Giami
Jonas Le Bail 1
Equipe Genre, santé sexuelle et reproductive, CESP (Centre de recherche en
Epidémiologie et Santé des Populations) INSERM U1018, F-94276, Le Kremlin Bicêtre,
France
Team Gender, sexual and reproductive health, CESP Centre for research in Epidemiology
and Population Health, U 1018, Inserm, F-94276, Le Kremlin Bicêtre, France
Summary
Position of the problem: Based on the scarcity of existing data in France, the objective of
this critical review of the litterature is to check the available data on HIV infection and STI
and its major risk factors among the transgender population around the world.
Methods: Papers published since 1986 and until 2008 have been selected in Pubmed and
Ovid using the following key-words in the title "female-to-male", "male-to-female",
"transsexualism", "gender identity disorder" and the key-words: "transsexualism",
"transgender". A second manual selection has been carried with the key-words : "HIV",
"Aids" and "STI". Moreover a few non-indexed references have been included. Overall,
124 references were selected, most of them in the USA.
Results: This review gives evidence of the difficulties related to establish a consistent and
consensual definition of the transgender population and its different sub-groups and also to
identify its social-demographic characteristics. It shows the diversity of risk factors and
risk situation to HIV infection and STI, which threaten at different degrees the different
sub-groups of this population. Being part of an ethnic minority, international migration,
social unstability and participation to sex-work activities are the major risk factors for this
population. Taking into account that all transgender individuals are not exposed in the
same proportions to HIV and STI risk, it is recommended to develop more social and
epidemiological work, which would consider more accurately all characteristics of this
population and the high-risk situations to which it is exposed.
Résumé en français
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Position du problème : Cette revue critique de la littérature sur la prévalence de l'infection
à VIH et des IST dans la population trans et les principaux facteurs de risque a pour
objectif de faire le point sur les connaissances disponibles et les manques sur cette
question.
Méthode : Les articles publiés depuis 1986 jusqu'à 2008 ont été sélectionnés dans Pubmed
et Ovid à partir des mots du titre : "female-to-male", "male-to-female", "transsexualism",
"gender identity disorder" et avec les mots-clef : "transsexualism", "transgender". Un
second tri manuel a été opéré ensuite avec les mots clés "HIV", "Aids" et "IST" et nous y
avons inclus des publications non-référencées. Au total, 124 références portant sur les
populations trans, principalement aux Etats-Unis ont été sélectionnées.
Résultats : Cette analyse fait apparaître la difficulté à établir une définition cohérente de la
population trans et de ses différents segments ainsi que d'établir ses caractéristiques socio-
démographiques. Elle fait en outre apparaître la diversité des facteurs de risque au VIH et
aux IST qui atteignent à des degrés divers les différents segments de cette population.
Ainsi l'appartenance à une minorité ethnique, la migration internationale, la précarité qui
en découlent et la participation au travail sexuel constituent les principaux facteurs et
situations à risque qui atteignent cette population et augmentent sa vulnérabilité. Dans la
mesure où toutes les personnes trans ne sont pas exposées aux risques de VIH et des IST
au même degré, il importe de développer des travaux de recherche socio-épidémiologiques
prenant en compte avec précision toutes les caractéristiques de cette population et des
situations de vulnérabilité dans lesquelles elle se trouve.
Key words :
Transgender, Transsexual, Male-to-female, Female-to-male, HIV prevalence, Risk
factors, HIV risk situations, STI
Mots clés :
Transgenres, Transsexuels, VIH, IST, situations à risque, facteur de risque au VIH
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1. Introduction
2. Cette expression désigne l'ensemble des personnes lesbiennes, gay, bi-sexuelles, trans
regroupées dans une même communauté de droits et de revendications.
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contexte d'une première époque marquée par la médicalisation des demandes de
"changement de sexe" (possible et efficace seulement depuis le début des années 50) et
impliquant le recours obligatoire aux traitements hormonaux et chirurgicaux. Ces termes
restent marqués par l'idée du binarisme de sexe et de genre que la médecine viendrait
maintenir (et renforcer) en permettant aux personnes en situation de "troubles de l'identité
de genre" ou de "dysphorie de genre" de pouvoir bénéficier d'une chirurgie de
"réassignation de sexe" en adéquation avec le genre auto-reconnu. En ce sens, et toujours
selon Hausman, le transsexualisme a fait l'objet de vives critiques de la part de féministes
américaines dans la mesure où l'on a pu y voir une réaffirmation des rôles et des
assignations de genre les plus traditionnels [7]. Par ailleurs, le transsexualisme a aussi
consisté en une différenciation avec d'autres types de diagnostics ou d'états :
l'homosexualité, le "transvestisme fétichiste", ou "l'autogynéphilie". Notons enfin que le
terme de transsexualisme, terme toujours utilisé dans la CIM 10 a été abandonné au profit
du concept de "trouble de l'identité de genre" dans le DSM IV en 2000 [8].
3. Le terme de « transgenre » a été formulé pour la première fois par l’activiste Virginia Prince, née
mâle, qui revendiquait une identification de genre féminine tout en refusant la modification chirurgicale de
son corps.
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L'auteur de ce rapport oscille entre l'emploi des termes "transgenre" et "transsexuel",
semblant considérer que le premier permet d'inclure une palette plus large que celle qui
serait sous-tendue par le terme de "transsexuel" qui renverrait à une catégorisation plus
médicalisée de cette population. Comme de nombreux autres auteurs, Bockting a repris le
terme "transgender" et l'a défini comme "un terme parapluie" qui désigne un groupe
diversifié d'individus qui remettent en cause les catégories culturelles du genre. Ce groupe
inclut les transsexuels (qui féminisent ou masculinisent leur corps à l'aide de traitements
hormonaux ou chirurgicaux), les "crossdressers" qui portent des vêtements culturellement
associés à l'autre sexe, les "drag queens" et "kings" et les individus qui se définissent
comme "bi-genres" (homme et femme à la fois), "gender queer", "gender variant" ou
"transgenres" [9], [10]. Dans ce même article, Bockting, reprenant les idées émises par
Hausman, distingue une première époque centrée sur un "modèle de la maladie" et utilisant
de façon prédominante le terme de "transsexuel", des approches plus récentes qui ont
débuté au milieu des années 80 et qui seraient caractérisées par un "modèle de l'identité" et
traitent davantage des problèmes causés par la stigmatisation sociale. Une autre
expression se développe actuellement parmi des professionnels au plan international : il
s'agit du terme de "gender variant", qui se distingue de l’expression antérieure "gender
deviant" et lui attribue une valeur positive non plus fondée sur la déviance par rapport à la
norme du binarisme de genre, mais plutôt sur la diversité des expressions de l'identité de
genre [9]. Par ailleurs, les discussions qui se développent actuellement autour de la
révision du DSM IV-R et de la CIM 10 donnent lieu à l'émergence des termes de "gender
dysphoria" et de "gender incongruence"[11]. Enfin, on a pu observer dans la littérature
épidémiologique et de santé publique qui a été analysée dans ce texte, la persistance d'un
usage d'autres catégories comme les travestis (terme souvent utilisé au Brésil pour
désigner des trans MtF non-opérées mais ayant bénéficié de traitements hormonaux
souvent en dehors de toute prescription médicale [12], les hijras (terme utilisé en Inde pour
désigner une catégorie d'individus mâles, ayant subi une castration complète et vivant en
communauté marginalisée), les mahus (en Polynésie) [13], les cross-dressers, les drag
queens, expressions utilisées en dehors des classifications médicales.
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La HAS semble ainsi avoir opté pour le modèle médical fondé sur le recours à une série de
traitements médicaux, psychiatriques et chirurgicaux. Le monde professionnel se trouve
ainsi face à la nécessité de se positionner sur le maintien des phénomènes trans dans le
cadre nosographique des maladies mentales, des troubles de la sexualité et des troubles de
l'identité de genre ou de basculer dans la dé-psychiatrisation comme le demandent les
représentants des associations et le recommande le rapport Hammarberg du Conseil de
l'Europe ou la convention de Yogyakarta [14]4 afin de se situer dans le respect des Droits
humains.
On observe ainsi une circulation des formes de catégorisation au sein du monde médico-
scientifique et associatif, qui s'influencent réciproquement. Si historiquement le
changement de sexe a été rendu possible par les développements d'une certaine forme de
médecine qui a répondu à une demande sociale et subjective en proposant des technologies
médicales, la réflexion des personnes et des groupes concernés ainsi que celle des
professionnels engagés dans le champ contribue à la redéfinition des catégories et au
déplacement des enjeux [15]. Les catégories de "transsexuel" et de "transgenre" ne
correspondent pas à de stricts concepts nosographiques reconnus internationalement, mais
à des concepts hybrides dont l'élaboration reste soumise à des impératifs politiques et
idéologiques plus que médicaux.
2. Méthodologie
La base de données a été constituée à partir d’une recherche dans les bases
bibliographiques PubMed et Ovid. Le corpus a été sélectionné à partir des mots du titre :
"female-to-male", "male-to-female", "transsexualism", "gender identity disorder" et avec
les mots-clef : "transsexualism", "transgender". La base a été ensuite organisée avec le
logiciel EndNote®. Ce corpus a également fait l’objet d’une sélection et d’un tri manuel et
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se compose désormais de 1235 références. Il constitue une base bibliographique qui
permet de cerner la question trans dans de multiples dimensions et de comprendre les
différentes positions, médicales, psychiatriques, sociologiques, éthiques et théoriques qui
s'expriment dans ce champ. Un corpus portant plus spécifiquement sur le VIH, les IST et
les co-infections a été extrait de cette base de données. Il comprenait initialement 113
références (décembre 2008). En raison de leur pertinence, quelques références, et
notamment des travaux non-référencés, découverts au cours de notre veille scientifique ont
par la suite été rajoutés pour compléter le corpus. Les articles analysés dans la présente
revue se rapportent exclusivement aux personnes trans, ou inclusivement à d’autres
populations lorsque celles-ci sont prises comme point de référence ou de comparaison avec
la population trans ou comme usagers de centres de santé ou de prévention. Le corpus final
est composé de 124 références dont la moitié porte sur les Etats-Unis d’Amérique et près
de 20% traite du travail sexuel. Au-delà de la prédominance des publications scientifiques
en provenance des Etats-Unis, l’analyse révèle la diversité des préoccupations politiques et
sanitaires entre les différents états nord-américains en matière de santé des personnes
trans : sur les 61 références qui portent sur les Etats-Unis, 11 sont exclusivement relatives
à l’Etat de Californie. Depuis 2002 cet état a fait apparaître les catégories de genre « male-
to-female » et « female-to-male » dans les statistiques des sites publics de prévention et de
dépistage du VIH [17]. Du côté européen, il est également remarquable que 7 publications
portent sur l’Italie, tandis qu’il n’y en avait aucune en France au moment de la constitution
du corpus, avant que l’Institut National de Veille Sanitaire (INVS) publie les résultats
d’une enquête exploratoire réalisée par Internet [5]. Par ailleurs, les publications portant
sur les personnes female-to-male (FtM) sont nettement sous-représentées dans le corpus,
aussi bien en termes de nombre d’études que du point de vue des effectifs de personnes
interrogées.
Les sites de recrutement des personnes étudiées sont variés et peuvent être regroupés en
quatres types principaux : les services de soins et d'assistance aux personnes trans (centres
médicaux spécialisés en maladies infectieuses, centres d’aide pour les prostitués de rue,
etc.…), les dispositifs de surveillance et de contrôle (services ou dispositifs de veille et
d’allerte épidémiologique, administration pénitentiaire), les réseaux communautaires
LGBT ou trans et Internet [5, 18, 19].
Les différentes études font apparaître des taux de prévalence au VIH très différenciés en
fonction du lieu de recrutement des personnes, et plus largement du contexte social et
épidémiologique environnant.
La diversité des situations et des méthodologies décrites ci-dessus pose problème pour
mener des comparaisons entre les études et les populations qui sont étudiées ; d’autant plus
que des sous-groupes différents peuvent être présentés sous un même vocable (e.g.
transvestites peut vouloir dire : travestis, transgenres ou eunuques). Les études sont
quantitatives, qualitatives ou les deux à la fois. Les études quantitatives constituent la
majorité du corpus et portent principalement sur des données de prévalence et d’incidence
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de diverses infections et des évaluations de comportements, pratiques et d’éléments socio-
démographiques ou biographiques ainsi que des éléments de connaissance ou
d'information à l'égard des risques et des moyens de prévention [17, 20, 21]. Aucune étude
n’a été réalisée à l'aide d’un échantillonnage construit par rapport à une population de
référence. On peut ainsi supposer qu’il n’existe pas de recensement fiable de la population
trans. Cela ne va pas sans poser de problèmes en termes de validité des données
statistiques, dont on ne peut savoir précisément ce qu’elles représentent au regard d’une
population de référence. A titre d’exemple, les données de prévalence présentées dans la
revue de la littérature de Zucker et Lawrence [22] ne portent que sur les "troubles de
l'identité de genre" et sur les différents types de traitements (prévalence mesurée à partir
des recensements des prises en charge médicales). Elles apparaissent sous-estimer
l'ampleur de la population "trans" et notamment tous ceux/celles qui n'ont pas recours aux
services des équipes hospitalières. C’est pourquoi il a semblé nécessaire de rappeler
systématiquement le mode de recrutement des individus enquêtés ou évalués, de telle sorte
qu’il soit possible de savoir à quel sous-groupe et à quel environnement social et sanitaire
se réfèrent les données. Tous ces problèmes ont déjà été identifiés par Operario et ses
collègues : "des méthodes d'échantillonnage non-aléatoires, des définitions différentes ou
imprécises du travail sexuel et de l'identité de genre, une absence de référence aux taux de
réponse aux différentes études, une absence d'homogénétité au regard de la définition du
VIH ou du sida, et enfin une absence de groupes de comparaisons" [20].
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des tests (11/21) avaient déclaré qu’il était peu ou pas probable qu’elles soient infectées
par le virus [21].
Herbst, Jacobs et al. soulignent par ailleurs le fait que la prévalence du VIH parmi les FtM
est mal renseignée. Les quelques études répertoriées dans cette méta-analyse indiquent que
le taux de prévalence du VIH parmi les FtM américains pourrait se situer autour de 2 %
[17]. Celui-ci serait donc bien inférieur à ce qui est observé auprès des MtF, mais resterait
néanmoins situé à un taux relativement élevé, soit 2 à 5 fois plus important que celui de la
population générale [23]. Les données issues de ces différentes études sont cependant à
relativiser. Elles ne portent pas sur des échantillons "tout venant" de personnes trans, mais
concernent principalement les personnes qui ont eu accès aux centres de santé et de
dépistage du VIH et des autres infections. Il y a donc un premier tri qui s'opère déjà dans la
décision d'aller consulter dans un tel centre.
Une seule étude a été réalisée en France en 2007. Les auteurs constatent que leur étude n'a
"pas réussi à inclure" les groupes les plus exposés à l'infection à VIH – les étrangers et les
travailleurs du sexe - et a sur-représenté les individus dotés d'un niveau d'éducation
suprérieur à la moyenne nationale. Cette étude fait cependant apparaître des taux de
contamination au VIH de 4,5% selon les déclarations des répondants et de 5,7% parmi
ceux/celles qui ont effectué au moins un test dépistage au cours de la vie. Cette étude n'a
pas établi de distinction selon l'état-civil à la naissance, ce qui ne permet pas d'évaluer la
part respective des MtF et des FtM et le niveau de risque de ces deux groupes [5].
L'analyse de la prévalence générale du VIH fait déjà apparaître un niveau de
contamination élevé parmi les populations trans. Nous verrons plus bas que cette
prévalence fait l'objet de variations très importantes selon les facteurs de risque auxquels
les individus sont exposés.
On dispose de peu de données sur les IST et la syphilis [24-32]. Il s'agit d'enquêtes
épidémiologiques descriptives et les travaux, qui sont très dispersés à travers le monde,
restent convergents sur le niveau de prévalence. Ainsi par exemple, une étude de
Zaccarelli, Spizzichino et al., réalisée en Italie, établit une prévalence de la syphilis à 43,3
% parmi des travailleurs du sexe migrants (principalement originaires d'Amérique Latine
[33] Cette étude relève 53,5 % de prévalence à l’hépatite B et 13,3 % à l’hépatite C. Dans
une autre étude italienne réalisée à Brescia sur la même population, les données recueillies
grâce à des tests sérologiques permettent d’estimer une prévalence de 14% et une
incidence de 13,1% pour la syphilis [31]. Dans cette même étude, la prévalence au VIH
était de 27, 1 % et de 42,3 % parmi les personnes qui ont eu une syphilis.
4. Facteurs de risques
Les principaux facteurs de risque (pour le VIH) qui affectent la population trans sont des
facteurs sociaux - liés à la stigmatisation dont ces personnes sont l’objet (prostitution,
migration, précarité, exclusion sociale, appartenance à une minorité ethnique) - et psycho-
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sociaux (problèmes psychologiques et psychopathologiques). Ces différents facteurs de
risque sont fortement imbriqués au point qu'il apparaît difficile de déterminer entre la
migration, la précarité et le travail sexuel lequel est le plus important. On a affaire ici à un
faisceau de facteurs de risque qui se cumulent. Nous avons cependant tenté de présenter
des travaux qui mettent en lumière la spécificité de l'influence de ces divers facteurs.
Ainsi que nous l’avons déjà vu à propos de l’analyse de la prévalence du VIH (cf. supra) la
migration internationale ou l’appartenance à une minorité ethnique (et pour les Etats-Unis,
le fait d’être Africain-américain) constituent les principaux facteurs de risque associés au
VIH parmi les trans. Cette méta-analyse établit que pour les Etats-Unis, le facteur associé à
la plus haute prévalence au VIH est l'appartenance à un groupe ethnique minoritaire : les
Africains-américains en premier lieu, avec une prévalence de 56,3 % avérée à l'aide d'un
test sérologique (contre 30,8% selon les déclarations des individus) [17].
Cependant, le fait d’appartenir à une minorité ethnique n'influence pas de façon uniforme
la prévalence du VIH. Cette dernière varie aussi en fonction du contexte social à l’instar de
l’ensemble des facteurs de risque. Ramirez-Valles, Garcia et al. (2008) montrent que parmi
les Latinos gay, bisexuels ou trans de San Francisco, la prévalence est plus forte chez les
personnes nées aux Etats-Unis que chez les personnes nées dans un autre pays ; à Chicago
la situation est inverse, avec une prévalence plus forte chez les personnes nées hors des
Etats-Unis [34]. L'étude de Garofalo, Deleon et al. (2006) souligne une fois de plus que le
taux le plus important de personnes séropositives parmi les jeunes MtF (16-25 ans) de
minorités ethniques, se trouve chez les Africains-américains [35].
Une étude ethnographique réalisée par Hwahng et Nuttbrock (2007) à New York parmi
trois communautés ethniques de prostituées MtF met bien en évidence l'intrication entre
les différents facteurs de risque et leur influence spécifique suivant le contexte [36]. Cette
étude compare différentes communautés New Yorkaises de trans travailleurs du sexe. La
méthode ethnographique permet de recueillir des éléments qualitatifs qui apportent des
descriptions et des explications plus fines. Les communautés étudiées sont celles de la
House Ball (Africaines-américaines, Latina(o)s), Asiatiques et travestis blancs). Ces
différents groupes présentent des formes de structuration communautaire très différentes.
L’enquête montre que chacun de ces groupes est engagé dans un type de travail sexuel
différent de celui des deux autres, notamment en termes de niveau économique et de
stigmatisation. Les Asiatiques, pourtant en grande partie immigrantes illégales, sont moins
touchées par l’épidémie de VIH que les Latinas et les Africaines-américaines. Ceci
pourrait s’expliquer par le fait que ces dernières travaillent dans la rue, tandis que les
premières travaillent dans des hôtels où elles sont à l'abri de la violence des rues. Les
Asiatiques travaillent ainsi des conditions plus favorables et sont mieux rémunérées. Sur
l’ensemble de ces facteurs, les travestis blancs sont encore plus favorisés : leur forme de
prostitution est récréative au sens où elle n’est pas liée à une nécessité économique. Ils
peuvent ainsi choisir leurs clients et mieux assurer leur sécurité.
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4.2. Travail sexuel
Il existe une littérature relativement importante qui a établi de fortes corrélations entre le
travail sexuel des personnes trans et un taux de prévalence au VIH élevé et qui confirme et
approfondit la méta-analyse de Herbts, Jacobs et al. Ceux-ci ont établi que le fait d'être
impliqué à un degré ou un autre dans un travail sexuel apparaît comme l'un des principaux
facteurs de risque avec une estimation de prévalence de 41,5% [17]. Il importe ici
d’examiner les nuances de ce constat global.
On dispose d’une méta-analyse dont l’objectif était de comparer le taux de prévalence de
quatre groupes : les MtF prostituées, les MtF non-prostituées, les hommes prostitués et les
femmes prostituées [20]. Répondant à des critères méthodologiques bien définis, le corpus
sélectionné comprend 25 études (soit 6405 personnes de 14 pays). La prévalence du VIH
au sein des quatre groupes est respectivement de 27,3 %, 14,7 %, 15,1 % et 4,5 %. Outre la
prévalence déjà très importante observée chez les femmes trans non prostituées, on note ici
l’ampleur de l’écart de la prévalence entre celles-ci et celles qui exercent la prostitution,
écart de 12,6 points. Selon cette étude, le fait d'exercer un travail sexuel multiplierait par
deux le risque d’infection par le VIH chez les femmes trans. Cette information est à
discuter dans la mesure où elle suppose déjà un haut niveau de prévalence au VIH parmi
les trans qui n'exercent pas le travail sexuel. Toute la question est alors de savoir si et de
quelle façon les différents groupes de la population trans et notamment ceux qui n'ont pas
recours au travail sexuel sont exposés au VIH.
Une série d’enquêtes italiennes mettent en évidence que le fait d’avoir une activité dans la
prostitution de rue et d'être en situation de migration et de précarité sociale constituent les
facteurs de risque les plus importants chez les trans. Ces résultats montrent aussi que cette
population est segmentée face à l’exposition au risque d’infection à VIH et qu’il importe
de prendre en compte des facteurs socio-démographiques (tels que la nationalité ou
l’origine géographique et le nombre de partenaires sexuels par exemple) pour distinguer
les groupes plus ou moins exposés aux risques d’infection. Une étude réalisée entre 1993
et 1995 auprès de 528 personnes étrangères dans un centre de dépistage et de conseil relatif
au VIH et à l'usage de drogues de Rome relevait que 68,3 % des personnes trans d'origine
brésilienne (dont la majorité étaient des travailleuses du sexe) étaient séropositives au VIH
[37]. Elle concluait par ailleurs que la séroprévalence varie de façon importante en
fonction des nationalités d'origine (eg. 5,1 % pour les personnes d'origine Maghrébine). La
comparaison de plusieurs enquêtes menées avec des méthodologies comparables et auprès
des mêmes populations permet ainsi de donner une meilleure validité aux estimations
proposées et de mesurer les évolutions au fil du temps [38] [39] [33] [31].
Le travail sexuel apparaît comme un thème privilégié car il permet en outre d’observer des
ponts entre les hommes hétérosexuels et les MtF prostituées [28, 30, 40]. Grandi, Goihman
et al. montraient en 2000 que la prévalence du VIH était plus élevée chez les femmes trans
prostituées (40 %) que chez les hommes prostitués (22 %) et que les premières avaient plus
de clients étrangers ou hétérosexuels [28]. De plus, certains clients paieraient plus cher
pour avoir des rapports non protégés [41, 42].
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Les recherches sur le travail sexuel prennent très rarement en compte les FtM et les
quelques études qui le font sont souvent ciblées vers des sous-groupes précaires : minorités
ethniques ou usagers de drogues. Cependant, dans l’enquête réalisée par Clements-Nolle,
Marx et al. auprès de 123 FtM, presque un tiers (31 %) d’entre eux ont eu des rapports
sexuels en vue d’en obtenir un bénéfice matériel ou économique (sexwork or survival sex)
[21].
Le multipartenariat est identifié comme l’un des facteurs de risque pour les trans [17, 21].
En dehors du travail du sexe, le multipartenariat peut être associé au manque
d’opportunités d’établir des relations stables. Il tendrait donc indirectement à renforcer
l’exposition des trans à des risques d’infections [13]. Il en va de même dans l’étude
réalisée par Coan, Schrager & Packer auprès de 43 hommes de San Francisco ayant eu des
relations sexuelles avec des femmes trans [42]. Cette étude apporte des informations sur la
proportion de ces hommes qui ont eu des relations sexuelles uniquement avec des trans (23
%), avec des trans et des hommes (14 %), avec des trans et des femmes (37 %) et enfin
avec les trois (23 %). Parmi les hommes qui se désignent comme hétérosexuels, certains
(5/19) ont eu des rapports sexuels avec au moins un homme. Operario, Burton et al (2008),
qui ont également méné une enquête à San Francisco auprès d’hommes qui ont des
relations sexuelles avec des femmes trans (MSTGW), ont obtenu des résultats différents
[43]. Par exemple, seulement un homme sur les 46 interrogés répond n’avoir eu que des
partenaires MtF. Ces études font apparaître les limites des catégories étroites d’orientation
sexuelle (homosexuel ou hétérosexuel) pour définir les partenaires des MtF et plaident
pour les nouvelles catégorisations, telles que le terme de HSH, qui portent principalement
sur les pratiques et les relations et pas sur les identités ou les modes de reconnaissance
sociale. Ce qui importe au regard de la transmission du VIH ce sont les pratiques et les
relations sexuelles plus que les identités sociales. Par ailleurs, ces deux études concluent
également à un taux de prévalence au VIH d’environ 20 %, voire plus, parmi les MSTGW
de San Francisco. Globalement, il ressort donc que les hommes qui ont des relations avec
des Mtf ont aussi, à des degrés divers des relations avec des hommes et des femmes.
Bockting, Miner et al. ont réalisé une étude à partir de données collectées par Internet
([Link] & [Link]) en 2002 sur des hommes qui ont des relations sexuelles avec
des hommes (HSH) latinos parmi lesquels certains déclarent avoir eu des relations
sexuelles avec des trans [44]. Dans cet article, les auteurs avancent que les HSH qui ont eu
des rapports avec des trans (n = 44) sont sexuellement plus compulsifs, ont plus de
partenaires et sont quatre fois plus touchés par le VIH que ceux qui n'ont pas de rapports
sexuels avec des trans (n = 200). Autrement dit, ces HSH pourraient être le vecteur par
lequel certains sous-groupes de trans sont contaminés. Ces résultats sont cependant à
prendre avec précaution du fait des différentes limitations méthodologiques que nous
avons déjà soulignées, mais ils évoquent l'idée selon laquelle les trans seraient des cibles
de la contamination. Par ailleurs, le fait d'avoir un partenaire sexuel usager de drogue par
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voie intra-veineuse renforce cette vulnérabilité des trans par rapport à leurs partenaires
sexuels (cf. infra).
De façon générale, il semble difficile de distinguer parmi les différentes formes de
multipartenariat celles qui relèveraient d'un multipartenariat imposé du fait de l’absence de
possibilités de relations plus stables et la part qui relève de formes plus ou moins
fréquentes et régulières de travail sexuel ou de la pratique de rapports sexuels en vue de
l'obtention d'un bénéfice matériel ou économique.
Herbst, Jacobs et al. ont mis en évidence que les idées suicidaires, les violences
domestiques ou sexuelles, l’inconfort dans les espaces publics et l’isolement social,
l’incarcération et les discriminations dans l’emploi ou les services sociaux constituaient
des facteurs de risque à prendre en compte [17]. En 1998, Bockting, Robinson et al.
avaient déjà identifié les problèmes liés à l’identité sexuelle, la honte et l’isolement, le
secret ou la recherche d’affirmation de soi comme des facteurs de risque spécifiques chez
les trans [45]. Dans une étude menée en 1997, auprès de 49 MtF et 32 FtM, Kenagy
rapporte que la moitié des personnes interrogées avaient déjà envisagé de se suicider et que
21% du total avaient effectivement fait une tentative de suicide. Plus de la moitié d'entre
elles ont subi des viols et des sévices corporels et les MtF plus fréquemment que les FtM
[46].
Clements-Nolle, Marx et al. ont trouvé que 62 % des MtF et 55 % des FtM pouvaient être
considérés comme sujets à la dépression, et que 59 % des FtM, déclarent avoir eu des
rapports sexuels sous la contrainte [21]. Bockting, Huang et al, rapportent que 52 % des
trans sont dépressifs et que 47 % ont tenté ou envisagé de se suicider dans les trois années
passées et que les trans sont plus isolés socialement et affectivement que la moyenne [47].
4.5. Détention
Dans leur enquête sur les MtF de couleur, Garofalo, Deleon, et al. ont décrit que 37 % des
personnes enquêtées avaient déjà été incarcérées et plus de 90 % parmi celles qui ont
exercé un travail sexuel [35]. Herbst, Jabobs et al, qui ont calculé une fréquence
d’incarcération de 32 %, reprennent l’idée que la précarité est à l’origine du travail sexuel
et par là indirectement de l’incarcération [17]. Une étude menée dans une prison auprès de
153 détenus, dont 31 MtF, a établi que les trans déclarent 5,8 fois plus que les hommes
avoir plus d’un partenaire sexuel durant leur incarcération et que les MtF n’y ont pas
seulement besoin d’être protégées des hommes (coups et viols) mais nécessitent aussi un
support social et un matériel de prévention adapté [48]. A l'instar des autres facteurs de
risque, l'analyse de la détention fait apparaître une fois de plus l'intrication entre les
différents facteurs de risque et de vulnérabilité.
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5. Comportements à risque
Il y a peu d’études sur l’utilisation du préservatif. Bockting, Huang, et al. ont réalisé une
enquête en effectuant le recrutement des personnes interrogées par des membres de la
communauté "LGBT" et non par des professionnels des services ou des programmes de
prévention des maladies infectieuses, et auprès d’un échantillon important (i.e. 207
personnes trans, dont 23% de FtM, 480 MSM et 122 WSWM5) [47]. Cette étude ne
distingue pas les FtM des MtF et fait de l’ensemble des trans de cette communauté un seul
groupe homogène. Il convient également de souligner que l’étude a été réalisée dans l’Etat
du Minnesota, où la prévalence du VIH est globalement plus faible qu’à San Francisco ou
à New York. Selon cette étude, il n’y aurait pas de différences significatives entre les
trans, les gays et les femmes bisexuelles vis-à-vis de l’usage du préservatif. Compte-tenu
des données de la littérature, qui mettent en évidence une moindre prévalence du VIH
parmi les FtM par rapport aux MtF, on peut supposer que le fait d’associer les FtM avec
les MtF, sans distinguer ces deux groupes, tend à sous-estimer les facteurs de risques
parmi les MtF. Enfin, il n'est pas précisé si des travailleurs du sexe ont été interrogés dans
cette enquête.
Par ailleurs, on a étudié les obstacles à l’utilisation des préservatifs. Une étude menée
auprès de 327 femmes trans Africaines-américaines à San Francisco met en évidence que
les femmes trans âgées de 18 à 25 ans et qui déclarent plus que les autres subir des
attitudes discriminatoires ont 3,2 fois plus de risque d’avoir des pratiques anales réceptives
non-protégées [49]. Dans une autre étude, menée auprès de MtF de couleur de San
Francisco, on note que les rapports non-protégés avec le partenaire principal sont associés
à l’amour, la proximité émotionnelle et à une reconnaissance par le partenaire de l’identité
féminine tandis que le travail sexuel est plus souvent associé au port du préservatif chez le
partenaire [50]. Ces études font apparaître des différences importantes parmi les personnes
trans selon la façon dont elles ont été interrogées ainsi que selon le contexte dans lequel
ces études ont été réalisées. Elles montrent par ailleurs que les trans utilisent les
préservatifs de façon sélective et en fonction du type de partenaire.
La littérature fait état d’un risque de transmission du VIH parmi les trans lié à l’usage de
substances injectables : drogues illicites, hormones et silicone. Les risques d’infection sont
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associés au partage de seringues, à l’effet des drogues sur le comportement sexuel, ou au
fait d'avoir un partenaire sexuel usager de drogues injectables (UDI) séropositif.
En 1999, Nemoto, Luke, et al. apportaient des éléments de contexte : les 66 MtF qu’ils ont
étudié avaient proportionnellement plus de partenaires réguliers usagers de drogues par
voie intraveineuse (UDI) que les 122 hommes homo ou bisexuels et les 26 femmes
hétérosexuelles qu’ils avaient interrogés dans des services de prise en charge du VIH de
San Francisco [51]. Enfin, il est établi que des échanges de seringues usagées ont lieu lors
des injections intramusculaires d'hormones [45, 51-53]. Toutefois, nous n’avons pas trouvé
de données mettant spécifiquement en rapport l'injection d’hormones ou de silicone et le
risque d'infection au VIH.
En Espagne, grâce à des données recueillies en 1998 dans le cadre d’un programme
ambulatoire de réduction des risques, une étude relevait que 22 % des (132) prostituées
trans exerçant dans les rues madrilènes étaient séropositives, dont 58 % parmi celles qui
avaient utilisé des drogues injectables et 16 % parmi les autres [54]. L’étude publiée en
2001 par Clements-Nolle, Marx et al. à partir d’une enquête réalisée à San Francisco fait
apparaître que le fait d’avoir utilisé des drogues injectables était l’une des variables
indépendamment corrélées à la prévalence du VIH [21]. Par ailleurs, Nemoto, T., D.
Operario, et al. [50], comme avant eux Lombardi et van Servellen [55], ont montré que les
trans peuvent recourir à l’usage de drogues pour supporter le stress lié aux relations, au
travail sexuel, aux discriminations et aux violences et à la détresse économique. Lombardi,
E. L. and G. van Servellen notent également que le fait de devoir se procurer des hormones
de façon illégale peut rapprocher les trans des réseaux favorisant l'utilisation de drogues
illicites [55].
Outre les risques de transmission liés à l’injection, et plus particulièrement au partage des
seringues, l’usage de drogues peut aussi augmenter la probabilité de survenue des
comportements sexuels à risque. L‘étude de Garofalo, R., J. Deleon, et al. [35], dans
laquelle 53 % des 51 MtF interrogées dans les environs de Chicago (2006) ont eu des
rapports sexuels sous l’effet de drogues ou d’alcool au cours de l’année passée confirme
l'impact de la consommation d’alcool et de drogue dans cette population. Une autre étude a
été réalisée sur un échantillon de 67 MtF de Houston dont la répartition ethnique est
proche de celle de la population générale. Leur âge se situe entre 18 et 45 ans, avec pour
médiane 35 ans, et 79 % d’entre elles sont titulaires ou préparent un diplôme de
l’enseignement secondaire (high school) ou mieux. 40% des répondants ont déjà utilisé des
drogues par injection intraveineuse et les auteurs soulignent que la prévalence du VIH est
corrélée positivement avec l’usage du crack et le fait d’avoir échangé des rapports sexuels
contre des drogues (indépendamment du sens de l’échange) [56]. Il semble qu’il y ait des
déterminants de prise de risque différenciés en fonction du type de partenaire. En effet,
Nemoto, Operario et al. ont trouvé dans leur enquête auprès de 332 MtF de couleur à San
Francisco que les rapports anaux réceptifs non protégés étaient positivement corrélés avec
un usage de drogues pour ce qui concerne les relations avec le partenaire principal, alors
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qu’ils étaient liés à la fois à l’usage de drogue et au fait de se savoir séropositives au VIH
pour ce qui est des rapports avec des partenaires occasionnels [41]. Par ailleurs, l’usage de
drogue, est aussi l’un des facteurs qui accroît la probabilité que la personne trans ne vienne
pas chercher les résultats de ses tests de dépistage [57].
Comme on a pu le voir, les effets de l'usage de drogues apparaissent relativement
complexes et diversifiés en étant soit directement liés à l'état des seringues utilisées, soit à
leur partage, soit aux effets psychologiques sur la maîtrise des pratiques sexuelles.
6. Conclusion
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établi à l'aide de la réalisation de tests de dépistage) [17]. On observe aussi que les femmes
trans (MtF) sont beaucoup plus exposées au risque d'infection au VIH et aux IST que les
hommes trans (FtM). Les situations des FtM sont par ailleurs beaucoup moins
documentées sur ce point en particulier. On observe que dans certaines situations, les
personnes désignées dans la littérature américiane comme "transgenres" – sans autre
spécification - présentent des taux d'incidence comparables à ceux des HSH dans les
grandes métropoles à haute prévalence. Les situations et les pratiques à risque d’infection
au VIH et les autres facteurs de risques tels que la consommation de drogues intra-
veineuses et d'autres substances psychotropes ainsi que les contextes dans lesquels ils se
déroulent ne sont pas suffisamment documentés. De façon générale, les personnes trans
qui ne présentent pas de facteurs de risque tels que l'appartenance à la communauté
Africaine-américaine, ne sont pas usagers de drogues par voie intraveineuse ou ne sont pas
engagés dans le travail sexuel, et qui sont par ailleurs bien insérées socialement
apparaissent peu étudiées, alors qu'elles constituent une proportion importante de la
clientèle des cliniques spécialisées. Une étude publiée en 2002 dans le American Journal
of Public Health avait déjà noté que les populations LGBT, et plus particulièrement les
transgenres, avaient fait l'objet de peu de recherches dans le domaine de la santé, mais que
la majorité de ces travaux portait sur le VIH et les IST [58].
L’ensemble des études analysées dans cette revue permet de formuler l'hypothèse selon
laquelle, le fait d’être "trans" accroît globalement l'influence des facteurs de risque que
l’on rencontre également dans les autres populations, notamment du fait de la
stigmatisation, de la discrimination et du rejet dont sont victimes les personnes trans et qui
accentuent leur vulnérabilité. Dans une deuxième hypothèse, on peut penser que toutes les
personnes trans ne sont pas exposées de façon homogène aux risques d’infection à VIH et
qu'il importe de mieux distinguer les différents segments de cette population en fonction
des risques auxquels ils sont exposés afin de pouvoir évaluer ceux-ci de façon précise et de
tenter de développer les réponses sociales et sanitaires les plus adaptées. À cette fin, il est
sûrement important de mieux documenter la structure socio-démographique de la
population trans grâce à des critères de catégorisations visant à établir des corrélations
pertinentes pour l’amélioration des dispositifs de prévention, d’accès aux soins et de prise
en charge des infections et du VIH.
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