Titre : “Mais c’est qui, cette fille ?
Personnages :
Lionelle (la sœur, vive, curieuse, un peu trop fouineuse)
Arnaudin (le frère, réservé, secret, calme)
SCÈNE :
Dans la chambre d’Arnaudin. Il est assis à son bureau, casque sur les
oreilles. Lionelle entre sans frapper, avec une énergie de détective.
LIONELLE (agacée, bras croisés) :
Arnaudin. On doit parler.
ARNAUDIN (retire son casque, sans se retourner) :
Tu peux frapper avant d’entrer, un jour ?
LIONELLE (ignore sa remarque) :
J’ai trouvé un cheveu long et blond dans ta chambre. Sur ton oreiller.
ARNAUDIN (calmement) :
C’est peut-être le tien.
LIONELLE (sèche) :
Tu me prends pour une débile ? J’ai les cheveux bruns. Et courts, en plus.
Ça peut pas être moi.
ARNAUDIN (soupire) :
Ok. Alors c’est sûrement quelqu’un d’autre. Et alors ?
LIONELLE :
Bah c’est ce que je me demande, justement. “Quelqu’un d’autre”… qui ?
ARNAUDIN :
C’est pas tes affaires, Lionelle.
LIONELLE :
Ah si, justement. Parce que c’est louche ! C’est pas juste un cheveu. J’ai
aussi trouvé une perruque dans la salle de bain. Et un crop-top dans ta
panière.
ARNAUDIN (légèrement nerveux) :
Tu fouilles dans ma panière maintenant ?
LIONELLE :
C’est tombé quand j’ai pris les serviettes ! Je t’ai pas espionné, calme-toi.
Mais entre ça, le gloss sur ta table de nuit, et les messages louches qui
s’affichent sur ton téléphone…
Tu veux qu’on parle ou pas de ce message qui dit “Merci pour hier soir, j’ai
adoré” ?
ARNAUDIN (surpris, lève les yeux) :
Tu regardes mes messages ?
LIONELLE (innocente) :
J’ai rien regardé ! C’est apparu quand j’étais juste à côté. Je peux lire,
figure-toi.
ARNAUDIN (exaspéré) :
T’es invivable, tu sais ?
LIONELLE (offensée) :
Bah désolée d’être inquiète pour mon frère qui cache des affaires de fille
dans sa chambre ! Tu veux que je pense quoi, franchement ? Que t’as une
copine secrète ? Que t’organises des soirées déguisées sans moi ?
ARNAUDIN :
Tu as une imagination débordante.
LIONELLE (le fixe, sérieuse) :
Arnaudin…es-tu en couple ?
ARNAUDIN :
Non.
LIONELLE :
Tu fréquentes quelqu’un, alors ?
ARNAUDIN (hésite) :
C’est… compliqué.
LIONELLE (s’assoit sur son lit) :
Tu peux me le dire, tu sais. Je suis pas là pour te juger.
ARNAUDIN (se lève, fait quelques pas) :
C’est pas si simple. Tu comprends pas
(Silence.)
LIONELLE (plus douce) :
Pourquoi t’as honte ? T’as fait quelque chose de mal ?
ARNAUDIN (voix basse) :
Non… C’est juste que… c’est pas ce que les gens attendent de moi.
LIONELLE :
Mais on s’en fiche de ce que les gens attendent. Tu vis pour eux, ou pour
toi ?
ARNAUDIN :
J’aimerais vivre pour moi. Mais t’imagines pas comme c’est lourd à garder.
(Silence. Lionelle le regarde, touchée.)
LIONELLE :
Tu sais, j’ai toujours su que tu cachais quelque chose. Depuis des mois,
t’étais distant, bizarre.
Mais jamais j’aurais cru que…
ARNAUDIN (la coupe doucement) :
Je sais.
LIONELLE :
Alors vas-y. Dis-le. Dis-moi la vérité.
ARNAUDIN (après une pause) :
Tout ce que t’as vu… Le crop-top, la perruque, les messages…
C’est pas pour une copine. C’est moi.
LIONELLE (long silence. Elle est choquée, mais pas en colère) :
C’est toi… ?
ARNAUDIN (acquiesce) :
Je suis gay, Lionelle.
(Silence. Lionelle est figée. Puis elle cligne des yeux.)
LIONELLE :
Attends… t’es…
Mais pourquoi t’as jamais rien dit ?
ARNAUDIN (émotion dans la voix) :
Parce que j’avais peur. De ta réaction. De maman. De tout.
LIONELLE (se rapproche lentement) :
Tu pensais que j’allais te jeter ou quoi ? Je suis ta sœur. Pas une inconnue.
ARNAUDIN (sourit, un peu soulagé) :
Je voulais pas que tu sois gênée. Ou que tu me regardes différemment.
LIONELLE :
Tu restes mon frère. Que tu sois gay ou pas.
ARNAUDIN :
Peut-être. Mais merci de pas m’avoir crié dessus.
LIONELLE :
Je garde mes cris pour quand tu touches à mes affaires.
Mais là, c’est toi. Et je te respecte comme tu es, je ne suis pas
homophobe.
ARNAUDIN :
Même avec mon gloss à paillettes ?
LIONELLE (sourire moqueur) :
Bon, le gloss, on en reparlera. Mais si t’as besoin de conseils je suis la .
ARNAUDIN (rire nerveux) :
Merci…
LIONELLE (le regarde tendrement) :
Et il est gentil, au moins, ce mec mystérieux qui t’a envoyé ce message ?
ARNAUDIN (petit sourire) :
Très. Il me rend heureux.
LIONELLE :
Alors je veux le rencontrer. Mais d’abord… tu ranges ta chambre. Parce
que franchement, la perruque posée sur le radiateur, c’est flippant.
FIN