Une palme à une femme… et pas n’importe quelle femme ! Elle n’a que 37 ans.
Et seulement
deux longs-métrages à son actif. Découverte par la Semaine de la Critique pour le conte
cannibale Grave en 2016, Julia Ducournau signe ici le portrait d’une psychopathe incarnée
par Agathe Rousselle, révélation magnétique d’un film dérangeant.
L’amour du genre
Attirée depuis toujours par le cinéma de genre, Julia Ducournau se réclame de David
Cronenberg qu’elle admire. « Dans ses films, on voit beaucoup de corps mutilés, blessés… ça
peut paraître violent, mais il ne transige pas avec la mort. Il ne met pas de mots pour essayer
de l’intellectualiser, de l’adoucir, mais des images. C’est très concret », expliquait Julia
Ducournau à 20 Minutes au moment de la sortie de Grave. L’influence du maître canadien est
indéniable dans Titane autant que dans Grave. « J’aime déranger sans répugner, nous confiait
encore la réalisatrice. Plutôt que les films glauques, je préfère les films qui dégagent un
souffle libérateur. »
Clivant même pour le jury
« Je suis ravie de voir Titane couronné car le cinéma de genre est trop souvent mésestimé », a
précisé Mylène Farmer, membre du jury. Spike Lee et ses comparses ont visiblement eu du
mal à se mettre d’accord comme ils l’ont révélé lors de la conférence de presse donnée juste
après le palmarès. « On avait vingt-quatre films mais pas vingt-quatre prix, a déclaré Spike
Lee. On savait qu’on devait arriver à un résultat. Alors on a discuté, avec passion, mais sans
jamais crier. C’était très respectueux. » Pas enthousiaste monsieur le président qui a, tout de
même avoué concernant le personnage que joue Agathe Rousselle dans Titane : « C’était la
première fois que je voyais une femme se faire mettre enceinte par une Cadillac. »
Quelques minutes auparavant, la cinéaste, très émue entre son actrice et l’autre star du film
Vincent Lindon, avait remercié le jury de « reconnaître le besoin viscéral qu’on a d’un monde
plus inclusif et plus fluide et d’avoir laissé entrer les monstres ».
Une femme libre
Julia Ducournau, issue de la Fémis en section scénario, avait signé plusieurs courts-métrages
avant Grave. Elle était d’ailleurs venue présenter l’un d’eux, Junior, à la Semaine de la
Critique en 2011. Un beau parcours en seulement dix ans qu’elle n’a pas pu commenter à la
conférence de presse tant elle était bouleversée. Elle regardait sa Palme, incrédule, « pour
voir si elle va bien ».