Impact du développement financier sur la croissance
Impact du développement financier sur la croissance
v Contexte et justification
Le débat économique contemporain est animé par de nombreuses polémiques sur le rôle du
secteur financier et son développement sur la croissance économique. Certes les travaux
empiriques de King et Levine (1993a), Beck, Levine et Loayza (2000), puis Levine, Loayza et
Beck (2000) montrent dans leur grande tendance que le développement financier et la
croissance économique sont positivement associés, certains auteurs estiment que la relation
entre les deux variables serait inexistante, voire négative. L'une des justifications avancées par
ces auteurs est que l'instabilité liée au développement financier pénaliserait la croissance
économique et anéantirait les effets positifs du développement financier. Les résultats de
Kaminsky et Reinhart (1999) et Demirgüc-kunt et Detragiache (1999) s’inscrivent dans cet
ordre d’idées dans la mesure où ils trouvent que l instabilité financière serait positivement
associée au développement financier.
v Objectif de l’étude
v Hypothèses de recherche
v ANNONCE DU PLAN
Le présent travail est organisé de la façon suivante : nous présentons dans une première partie
une revue de littérature empirique et théorique sur le rôle du développement financier sur la
croissance économique ; dans la deuxième partie nous proposons une analyse descriptive des
données utilisées et l’approche méthodologique ; la dernière partie est consacrée à la
présentation et à l’analyse économétrique (GMM, variables instrumentales) des résultats
obtenus respectivement.
Au cours de la dernière décennie, King et Levine (1992, 1993a) ont été les premiers auteurs à
se pencher sur l'analyse empirique de la relation entre la croissance et le développement
financier. Ils concluent, à partir d'une étude en coupe transversale, que, au-delà du lien positif
entre les deux variables, le développement financier permet de prévoir la croissance
économique dans les 10 à 30 années à venir. Des résultats semblables illustrant une relation
positive entre le développement financier et la croissance ont été obtenus par d'autres auteurs à
Les critiques suscitées par les études en coupe transversale ont conduit à l'utilisation de
techniques économétriques plus performantes dans l'évaluation du lien entre la croissance
économique et le développement financier : la méthode des moments généralisés (GMM) sur
panel dynamique par exemple.
Dans ce nouveau courant de littérature, Beck, Levine et Loayza (2000) trouvent une relation
positive et significative entre le développement financier et différents indicateurs de mesure de
la croissance : le taux de croissance économique, le taux d'accumulation du capital et la
productivité globale des facteurs. Aussi, Rioja et Valen (2004) concluent que le développement
financier affecte la croissance économique dans les pays à faible revenu par le biais de
l'accumulation du capital, tandis que dans les pays à revenu élevé, le canal de transmission est
la productivité du capital.
En effet, la plupart des études qui se sont focalisées sur l'analyse du lien entre la croissance
économique et le développement financier utilisent souvent des ratios mesurant l'état du
système bancaire. Ces indicateurs occultent une partie du développement du secteur financier
enregistré au cours de ces dernières années dans de nombreux pays qui s'est traduit par une
ascension des marchés financiers, en l'occurrence des bourses de valeurs surtout dans les pays
émergents. Ainsi, pour mieux cerner le développement financier, certaines études intègrent des
indicateurs de mesure de la taille ou de la liquidité du marché boursier. L’idée étant que, si les
marchés financiers fonctionnent de façon efficiente, c'est-à-dire si les prix reflètent l'espérance
de profit des entreprises, les ressources pourront être allouées aux entreprises performantes pour
la réalisation des projets d'investissement rentables. Les travaux de Levine et Zervos (1998)
puis Beck et Levine (2004) fournissent la preuve que le développement des marchés boursiers
est un indicateur qui permet d’envisager de bonnes perspectives de croissance économique.
Dans le même courant de littérature, Bekaert, Harvey et Lundblad (2005) montrent que les
économies qui ont libéralisé leurs marchés boursiers enregistrent des taux de croissance
économique élevés. Aussi, Henry (2000) conclut à partir de la méthodologie des études
1
Les développements théoriques de l'école de la libéralisation financière (Mac Kinnon, 1973, et Shaw, 1973)
relatent que les économies à taux d'intérêt bas (taux administrés) sont caractérisées par des systèmes financiers
peu développés, un niveau d'épargne et de croissance faible lié à l'inefficacité dans l'allocation des ressources.
Bien que le clivage entre système financier orienté marché et système financier orienté banque
semble être dépassé (Jacquet et Pollin, 2007)2, Tadesse (2002) montre que les systèmes
financiers dominés par les banques sont plus favorables à la croissance dans les pays sous-
développés financièrement, alors que dans les pays développés financièrement, les systèmes
orientés marché seraient plus porteurs de croissance. Atje et Jovanovic (1993) trouvent que les
indicateurs du secteur bancaire sont moins corrélés au rendement des investissements que ceux
du marché boursier. Des résultats contraires sont obtenus par Harris (1997), qui met en évidence
une faible relation entre les indicateurs des marchés financiers et la croissance économique.
Après l’assertion de Schumpeter (1911), documentée et popularisée par King et Levine (1992,
1993a, 1993b), de nombreux auteurs ont réagi à « Schumpeter might be right ? » de King et
Levine (1993a) au nombre desquels nous pouvons citer Arestis et Demetriades (1998), qui se
sont penchés sur la portée de la relation entre le développement financier et la croissance
économique. Ces auteurs estiment que le développement financier n’est pas antérieur à la
croissance économique, mais le contraire. En effet, selon les auteurs d’inspiration keynésienne,
bien que la croissance puisse être contrainte par le crédit dans les systèmes financiers peu
développés, dans les systèmes financiers avancés, le développement financier n’est qu’une
réponse endogène aux exigences en matière de demande. Ces développements théoriques ont
galvanisé l’attaque menée par Arestis et Demetriades (1998) contre l’article de King et Levine
(1993a). Ces auteurs montrent que l’étude réalisée par King et Levine (1993a) est fondée sur
des bases de causalité très fragiles. Ils démontrent que le développement financier ne peut plus
prédire la croissance économique, une fois que son niveau initial est corrélé à sa moyenne.
De Gregorio et Guidotti (1995) alimentent la controverse dans la mesure où ils trouvent des
résultats qui révèlent une relation négative entre le développement financier et la croissance
économique dans les pays d’Amérique Latine. Berthélemy et Varoudakis (1998) mettent
également en évidence une relation négative entre le développement financier et le taux de
croissance dans des économies financièrement réprimées ; cette relation reste non significative
suite aux réformes financières. Ils avancent que ce résultat se justifie par l’existence d’effets de
seuil associés aux équilibres multiples dans la relation de long terme entre le développement
Ce pôle conduit par Robinson (1952) contredit le rôle actif de la finance dans le
processus de croissance économique. Selon cet auteur, le développement financier serait
donc un fruit de la croissance et ses déterminants résideraient dans d'autres domaines
que dans la finance. On retrouve aussi des auteurs comme Stiglitz (199 1) et Lucas (1988)
qui à la suite de Robinson ignorent le rôle du développement financier sur la croissance
économique. Stiglitz(1991) montre que les chefs d'entreprise sont indifférents quant à
la liquidité du marché financier. Lucas(1988) lui affirme que le rôle de la finance sur la
croissance est surestimé. On pourrait ajouter aussi dans cette section les études empiriques
démontrant la neutralité ou aussi l'effet négatif du secteur financier sur la croissance. Entre
autre, nous nous référons à Gregorio et Guidotti (1995) qui trouvent un effet négatif du crédit
privé sur la croissance économique. Leur analyse, il faut le noter portait sur un échantillon de
pays d'Amérique Latine dans un contexte de fragilité financière. En effet, l'environnement
financier de ces pays était marqué par des moments de surendettement exagéré, et aussi, cette
dette au secteur privé se concentrait dans une partie restreinte de l'économie; ceci
reflétait plus une allocation inefficace de l'épargne plutôt qu'une bonne santé financière.
Les auteurs justifient alors le résultat de leur analyse en panel par cet état du système
financier de leur échantillon. À leur suite, Koivu (2002) trouve un résultat similaire sur son
échantillon et justifie son résultat également par une allocation inefficace des ressources
financières.
2
Rousseau et Wachtel (2002) identifient également un effet de seuil dans la relation entre le développement
financier et la croissance, mais cette fois-ci par le biais du taux d'inflation, alors que Deidda et Fattouh (2002)
trouvent une relation non linéaire entre les deux variables à l'aide d'un modèle à changement de régime (PTR à la
Hansen, 1999). Des résultats semblables sont obtenus par Khan et Senhadja (2000, 2003), Favara (2003) et
Huang et Lin (2009).
La présente étude couvre la période de 1984 à 2009 et porte sur un panel constitué de 12 pays
aussi bien en zone Euro qu en zone non Euro. Par ailleurs, cet échantillon est constitué d’un
regroupement de données en moyennes quinquennales sur ladite période (6 sous périodes de
5ans). Les variables de développement financier et de croissance utilisées sont présentées
comme suit :
Le tableau 2 révèle que le taux de croissance moyen de l'échantillon sur la période étudiée est
de 2.8986%. La valeur minimale moyenne quant à elle est de (-1.83838%), tandis que le
maximum est de (12.08914 ). L’écart type du taux de croissance (2.566) révèle qu’il n’y a pas
une grande dispersion en terme de niveau de richesses entre les pays de l’échantillon (Zone
Euro et non Euro).
L’évolution du taux de croissance du PIB des pays retenus dans notre échantillon (zone Euro et
non Euro) sur la période 1984 à 2009 est assez hétérogène suivant les pays. La Chine enregistre
des taux de croissance élevés avec une évolution croissante sur la période d’étude. Ceci
s’expliquerait par le dynamisme économique de ce pays (politique structurelle, conjoncturelle,
commerciale etc.) à faire face aux chocs durant la période d’étude en particulier sa résilience à
la crise de 2008. Cependant, les autres pays à savoir : la Belgique, la France, la Suède,
l’Angleterre, l’Australie, le Japon, les Etats-Unis, Portugal, Espagne, Suisse semblent avoir une
tendance régulière selon la structure de leur économique sur la période de l’étude. L’on note
que face à la crise de 2008, seuls l’Espagne et le Portugal ont subi des répercussions néfastes
élevées dans leur économie. Cette tendance régressive révèle la fragilité économique de ces
pays. (Voir figures en Annexe 2).
En ce qui concerne les indicateurs de développement financier, l’ensemble des pays enregistre
les valeurs maximales pour le ratio de la masse monétaire M2 ; le crédit accordé au secteur
privé ; le crédit provenant du secteur bancaire ; l’ouverture commerciale et la dette
internationale. Soit respectivement 212.7522% ; 185.7544% ; 177.7604% ; 155.2848 et
Le taux de croissance moyen du PIB par tête sur l’ensemble de l’échantillon est de 2.898 . La
variance inter-individuelle (between) est de 5.40 sur une variance totale de 6.586 soit 82% de
la variance totale alors que la variance intra-individuelle (temporelle) est de 1.5657. Ceci
s’explique par l’importance de la dimension individuelle dans notre échantillon (en moyenne
12 pays) par rapport à la dimension temporelle (6 ans par pays).Par ailleurs, pour la majorité
des variables la structure la variabilité est la même, la variance between l’emporte sur la
variance within à l’exception des certaines indicateurs financiers (taux d’inflation, le transfert
d’argent effectué par les non-résidents dans leurs pays, la dette internationale) où la dimension
temporelle s’avère importante (voir annexe 1).
3
Le coefficient de PEARSON définit la force ou le degré de liaison entre deux variables. Lorsque la valeur du
coefficient est :
(i)Proche de 0 ii y’a absence de relation ; (ii) Entre 0.025 et 0.25 il existe une relation très faible entre les deux
variables ; (iii) Entre 0.25 et 0.5 il existe une relation faible ; (iv) Entre 0.5 et 0.65 la relation est modérée ; (v)
Entre 0.65 et 0.8 la relation est forte (vi) Entre 0.8 et 1 la relation est très forte.
Notre donnée est extraite de la base de donnée de la Banque mondiale et Penn World
Table ; elle est construite sur le principe que nous disposons un panel parfaitement balancé de
12 pays sur la période 1984-2013, divisée en six (06) sous périodes de cinq (5) ans chacune.
- − = αi+β0 − +β1 + β2 + β3 + β4 + β5
+ β6 + (1)
i= 1,2 pour les zones et t = 1, ..., 6 pour l'horizon temporel et µ : l'effet individuel propre à
chaque zone. Avec le taux de croissance moyen, pris en logarithme de chaque zone i à
la période t, le terme d'erreur. Les variables explicatives, prises en logarithme du taux de
croissance économique, sont :
Variables Signes
inf +/-
otrade +
hc +
govt +
privcred +
liq +
La méthode retenue pour estimer notre panel dynamique est celle des moments
généralisés en système (System Generalized Method of Moments- GMM System). En effet,
l’estimateur en différence première souffre d’une sous-estimation sur des petits échantillons
selon Blundell et Bond (1998). Afin de pallier à ces insuffisances, ces auteurs proposent
l’estimateur GMM en système qui est associé à deux catégories de tests : (i) Le test de sur-
identification de Sargan/Hansen qui permet de tester la validité des variables retardées comme
instruments ; (ii) Le test d’autocorrélation d’Arellano-Bond où l’hypothèse nulle est l’absence
d’autocorrélation de second ordre des erreurs de l’équation en différence.
Troisièmement, les coefficients associés aux variables otrade, govt sont significatifs
dans les deux zones. Aussi, la variable otrade présente le signe attendu conformément à la
théorie économique. L’ouverture commerciale augmente la croissance économique dans les
zones. En effet, une augmentation de cet indicateur de 1% se traduit par une augmentation de
du taux de croissance respectivement de 3.9694% et 3.056732% dans la zone européenne et
non européenne. La taille du gouvernement quant à elle est une entrave à la croissance de la
zone non européenne. Une augmentation de cette grandeur de 1% permet de faire baisser le
Contre toute attente, la masse monétaire au sens M2 rapportée au PIB (liq) influence
négativement mais de façon non significative le taux de croissance de l’économie européenne
(Une augmentation de 1% de cette variable entraine une diminution de la croissance
économique de l’ordre de 6.022362 ). Par contre, aucune variable financière n’explique le
taux de croissance économique dans la zone non européenne.
Le but de notre analyse a consisté à prendre appui sur les résultats théoriques et empiriques
controversés de la relation système financier et croissance économique, afin de vérifier
empiriquement cette relation pour les pays de la zone euro et non euro . Il était question alors de voir si
l’impact du développement financier est le même dans ces deux zones. Ainsi, l’utilisation d’un modèle log-log en panel
dynamique pour la période 1984-2013, que l’on a regroupée en six (06) sous-périodes de cinq
(05) ans, nous a permis de montrer de résultat : il existe aucune relation d’équilibre à long terme
entre le système bancaire et la croissance économique dans les zones euro et non euro. La
croissance économique est expliquée par d’autres facteurs. Par ailleurs, le total des crédits
accordés au secteur privé sur le PIB influence positivement le taux de croissance moyen dans
la zone européenne mais de façon non significative. Tandis que cette influence est négative bien
que non significative dans la zone non européenne. Nous concluons donc le développement
financier n’explique pas la croissance économique dans ces deux zones.
[1] Arellano, M. et Bond, S., 1991, Some Tests of Specification for Panel Data: Monte Carlo
Evidence and an Application to Employment Equations, Review of Economic Studies, 58, 277-
297.
[2] Arellano, M. et Bover, O., 1995, another Look at the Instrumental-Variable Estimation of
Error Components Models, Journal of Econometrics, 68, 29-52.
[5] Manuels de cours sur les données de Panel (Isabelle Cadoret ,2019).
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