CONSCIENCE
1) Definition
→ La conscience, c’est la capacité qu’a un individu de percevoir, de savoir, et de se savoir
en train d’agir, de penser ou de ressentir.
→ Elle implique une relation à soi (je sais ce que je fais) et au monde extérieur (je perçois
ce qui m’entoure).
Avoir conscience de ses actes :
→ Agir en connaissance de cause, avec réflexion ou attention.
🔹 Deux grandes formes de conscience :
1. Psychologique : je me représente des faits (passé, présent, futur).
2. Morale : je juge mes actions selon des valeurs.
🔹 Étymologie :
→ Du latin conscientia : cum (« avec ») + scientia (« savoir ») → « savoir accompagné ».
🔹 Deux modalités :
1. Immédiate/spontanée : perception directe du monde.
2. Réfléchie : retour du moi sur lui-même (introspection, jugement…).
PARTIE 1 – Conscience, identité et substance
la conscience est d’abord une ouverture vers le monde extérieur, vers autrui. Elle
devient ensuite introspection : la capacité à se penser soi-même, à forger une identité.
John Locke et l'identité personnelle
Locke est un philosophe empiriste : pour lui, la connaissance vient de l’expérience
sensible (sentiments, sensations). Dans Essai sur l'entendement humain, il affirme : « La
conscience fait l'identité personnelle ».
🌟 Exemple célèbre : le prince et le savetier
→ On échange la mémoire d’un prince et d’un savetier : qui est qui ?
→ Pour Locke, celui qui a la mémoire du prince est le prince, peu importe le
corps.
Locke distingue 3 critères d’identité :
Substance : l’âme immatérielle, identité spirituelle.
Homme : identité corporelle (le corps).
Personne : conscience de soi, mémoire, histoire personnelle.
L’identité personnelle repose donc sur une construction narrative de la conscience.
Exemple : si on ampute un bras, on reste la même personne → preuve que
l’identité n’est pas dans le corps mais dans la conscience.
Descartes et la conscience comme certitude première
Descartes est le premier à concevoir la conscience comme une substance distincte,
séparée du corps. Dans la 6ème Méditation des Méditations métaphysiques, il affirme que
l'âme et le corps sont deux substances différentes. Le célèbre « cogito ergo sum » (« je
pense, donc je suis ») résume cette idée : si je pense, c’est une certitude absolue que
j'existe. Même si un "malin génie" me trompait sur tout, il ne pourrait me faire douter de
ma propre existence, car pour douter, il faut déjà exister. Ainsi, la certitude de l'existence
de l'esprit est immédiate, et elle ne dépend pas d'un raisonnement complexe.
Cette pensée est la seule certitude pour Descartes, car il pense qu'il est impossible de
prouver l’existence du corps ou du monde extérieur, étant donné qu'il peut être trompé
par des illusions. Selon lui, l'homme est une "chose qui pense" indépendamment de son
corps, et cette pensée, qu’elle soit désir, imagination ou volonté, relève d’un ordre de
réalité totalement distinct du monde physique. Ainsi, la conscience, selon Descartes, est
une réalité à part entière, indépendante de la physiologie du corps.
PARTIE 2 – mais ce « moi » existe il réellement ?
Conscience = illusion :
Pour Daniel Dennett, la conscience est une illusion, qu'il appelle le « Théâtre cartésien ».
Cette illusion nous fait croire qu'il existe un « moi » qui ressent, prend des décisions et
contrôle nos actions, mais en réalité, il n'y a pas de tel agent central. Ce que nous
appelons conscience n'est qu'une idée qui devient plus influente, une sorte de « célébrité
cérébrale », où certaines informations deviennent plus dominantes dans notre esprit.
Dennett compare cette illusion à l'interface d'un logiciel comme Windows. Lorsque nous
utilisons un programme, nous interagissons avec des icônes simples, mais sans connaître
les millions de lignes de code derrière. De même, la conscience sert d'interface
simplifiant le fonctionnement complexe du cerveau, nous permettant de traiter des
informations sans être pleinement conscients de tous les processus en arrière-plan. Il n'y
a donc pas de « moi » distinct qui prend des décisions, mais simplement un système qui
fonctionne grâce à des processus inconscients.
Une identité illusoire selon certains philosophes :
Nietzsche :
Le moi est une fiction. Ce que nous appelons « personne » est une illusion créée par le
langage, la mémoire et les habitudes de pensée. En réalité, nous sommes traversés par
des forces opposées, des désirs contradictoires. Notre conscience donne l’impression
d’une unité, mais il s’agit d’une construction artificielle.
David Hume :
Le moi est une illusion psychologique. Si l’on observe sa propre conscience, on ne trouve
jamais un sujet stable, seulement une succession de perceptions, pensées, émotions. Le
moi est comme un fleuve, sans point fixe : rien ne reste identique à travers le temps.
Bouddhisme :
Le moi est une illusion à dépasser. La croyance en un « moi » fixe est source de
souffrance. Tout est impermanent, y compris notre conscience. Il faut apprendre à se
détacher de cette illusion pour accéder à la paix intérieure.
PARTIE 3 – différentes formes de conscience
Conscience = intention Pour Husserl, la conscience est toujours "intentionnelle", c'est-
à-dire qu'elle est toujours dirigée vers quelque chose. La conscience n'est pas passive,
elle agit toujours en relation avec un objet, qu'il soit une idée, une sensation ou une
perception.
Par exemple, quand on écoute une mélodie, notre conscience se concentre sur les notes
actuelles, mais aussi sur celles à venir. On anticipe le flux des sons et ressentons la durée
du temps qui passe à travers cette musique. Selon Husserl, la conscience suit ainsi le
temps, en se projetant à la fois dans le présent et dans ce qui va arriver.
Conscience intuitive :
Forme de savoir immédiat, sans raisonnement explicite.
Permet une action ou perception spontanée, guidée par un pressentiment.
Exemple : Un recruteur peut ressentir une affinité particulière pour un candidat
sans comprendre rationnellement pourquoi, se fiant à une impression fluide et
inexplicable.
La conscience intuitive n'implique pas une réflexion logique, mais une sensation
de certitude immédiate.
Sérendipité :
Terme désignant la capacité à faire des découvertes inattendues, souvent plus
pertinentes que ce que l'on cherchait à l’origine.
Dans le contexte de la conscience intuitive, cela montre que parfois, en cherchant
une chose, on trouve une vérité ou une solution qui ne peut pas être obtenue par
un raisonnement linéaire ou une démarche préméditée.
Exemple : Chercher un candidat spécifique et tomber sur un profil inattendu, mais
parfait pour le poste.
Endophasie :
Dialogue intérieur, ou conversation mentale avec soi-même, sans mots clairs.
Ce processus permet d’accéder à des intuitions ou des savoirs qui ne sont pas
exprimés verbalement, mais ressentis profondément.
L’endophasie aide à capter des réponses et pressentiments qui échappent à la
pensée logique ou rationnelle.
Exemple : Une sensation de certitude intérieure, sans explication rationnelle, qui
nous guide dans la prise de décision.