Corps Locaux et Extensions: Notes M2
Corps Locaux et Extensions: Notes M2
par
Pierre Colmez
1. Corps locaux
1.1. Définition et exemples
Un corps local est un corps complet pour une valuation discrète. En particulier, si K est un
corps local, et v est la valuation sur K, alors il existe a > 0 unique tel que v(K ∗) = aZ. Une
uniformisante de K est alors n’importe quel élément π de K vérifiant v(π) = a.
Lemme 1.1. — L’idéal maximal mK de l’anneau des entiers OK de K est principal et un élé-
ment de K en est un générateur si et seulement si c’est une uniformisante.
Démonstration. — Évident.
2 PIERRE COLMEZ
Exemple 1.2. — (i) Qp muni de la valuation vp est un corps local dont p est une uniformisante.
(ii) Si K est un corps, alors K((T )) muni de la valuation vT est un corps local dont T est une
uniformisante.
(iii) Le corps Qp {{T }} des séries de Laurent n
n∈Z an T , où (an )n∈Z est une suite bornée
d’éléments de Qp tendant vers 0 quand n tend vers −∞, devient un corps local si on le munit de
la valuation vp définie par vp ( n∈Z an T n ) = inf n∈Z vp (an ). Son corps résiduel est Fp ((T )) qui
n’est pas parfait (mais est un corps local) ; le corps Qp {{T }} est un exemple de corps local de
dimension 2.
Le théorème suivant, dont la démonstration utilise le lemme de Zorn, montre que l’exemple
(ii) est typique.
Définition 1.4. — Si A est un anneau et I est un idéal de A, on dit que A est séparé et complet
pour la topologie I-adique si l’application naturelle de A dans lim(A/I n A) est un isomorphisme.
←−
La topologie I-adique sur A est alors celle qui fait de l’isomorphisme précédent un isomorphisme
d’anneaux topologiques, lim(A/I n A) étant muni de la topologie produit, chacun des A/I n A étant
←−
muni de la topologie discrète.
Lemme 1.5. — (i) Si K est un corps complet pour une valuation v, et si π ∈ K vérifie v(π) > 0,
alors OK est séparé et complet pour la topologie π-adique.
(ii) Si A est un anneau, si π ∈ A, si S est un et S est un système de représentants de A/πA
dans A, et si A est séparé et complet pour la topologie π-adique, alors tout élément de A peut
s’écrire de manière unique sous la forme +∞ n=0 sn π avec sn ∈ S.
n
et une récurrence immédiate nous montre que sn = sn quel que soit n ∈ N d’où l’unicité de
l’écriture.
Exemple 1.10. — (i) Zp est un p-anneau parfait, car Fp est un corps parfait.
−∞ −m
(ii) Si J est un ensemble quelconque, soit WJ = Zp [Xjp , j ∈ J] = ∪m∈N Zp [Xjp , j ∈ J].
On note W J = limWJ /pn WJ ), ce
J le séparé complété de WJ pour la topologie p-adique (i.e W
←−
J un p-anneau strict d’anneau résiduel W J = Fp [X p−∞ , j ∈ J] qui est parfait (on
qui fait de W j
s’est clairement débrouillé pour).
Corollaire 1.13. — Si A est un p-anneau strict dont l’anneau résiduel est un corps, alors B =
A[ 1p ] est un corps.
4 PIERRE COLMEZ
Corollaire 1.15. — Si x = (x(n) )n∈N ∈ R(R) et x̃(n) est un relèvement de x(n) , alors la suite
m (n)
de terme général (x̃(n+m) )p converge dans A vers une limite ψA (x) qui ne dépend que de x et
(n)
ψA (x) = (ψA (x))n∈N ∈ R(A). De plus, on a ψA (xy) = ψA (x)ψA (y).
m+1
Démonstration. — Par construction, (x̃(n+m+1) )p − x̃(n+m) ∈ πA, et donc (x̃(n+m+1) )p −
m m
(x̃ (n+m) )p ∈ π m+1 A, ce qui montre que la suite de terme général (x̃ (n+m) )p converge dans
A. Le fait que la limite ne dépende pas du choix des x̃(n) suit du fait que si on a deux choix,
on en fabrique un troisième en panachant et que les trois limites sont égales. On démontre que
(n+1) (n) (n)
(ψA (x))p = ψA (x) par passage à la limite, ce qui prouve que ψA (x) = (ψA (x))n∈N ∈ R(A).
Finalement, la multiplicativité de ψA suit de ce que l’on peut prendre x̃(n) ỹ (n) comme relèvement
de (xy)(n) dans A.
Remarque 1.16. — Si R est parfait, l’application qui à x = (x(n) )n∈N associe x(0) est une
(0)
bijection de R(R) sur R et l’application qui à x ∈ R associe [x] = ψA (x), (où x est considéré
comme un élément de R(R)) est multiplicative (i.e. [xy] = [x][y] si x, y ∈ R) et l’image de [x]
dans R = A/πA est x.
Exercice 1. — (i) Montrer que, si A est de caractéristique p, alors [x + y] = [x] + [y] quels que
soient x, y ∈ R.
(ii) Montrer que, si F est un corps local de caractéristique p, et si kF est parfait, alors F ∼
=
kF ((T )).
De plus, W (R) vérifie la propriété universelle suivante. Si A est un p-anneau d’anneau résiduel
R ,si θ : R → R un morphisme d’anneaux, et si θ̃ : R → A est une application multiplicative
relevant θ, il existe un unique morphisme d’anneau θ : W (R) → A tel que si x ∈ R, alors
θ([x]) = θ̃(x).
Proposition 1.19. — Si A est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R, alors tout élément de
A s’écrit de manière unique sous la forme +∞ i
i=0 p [xi ], où les xi sont des éléments de R.
Démonstration. — C’est vrai pour tout système de représentants de R dans A (lemme 1.2).
Lemme 1.20. — Soit J un ensemble d’indices. Si A est un p-anneau d’anneau résiduel R, si
θ : W J → R un morphisme d’anneaux, et si θ̃ : W J → A est une application multiplicative
relevant θ, il existe un unique morphisme d’anneau θ : W J → A tel que si x ∈ W J , alors
θ([x]) = θ̃(x).
+∞ i
Démonstration. — L’unicité est claire : on doit avoir θ( +∞ i
i=0 p [xi ]) = i=0 p θ̃(xi ). Montrons
p−m −m
l’existence. Soit f : WJ → A le morphisme d’anneaux défini par f (Xj ) = θ̃(Xjp ) si j ∈ J
et m ∈ N. On prolonge f par continuité en un morphisme fˆ : W J → A et pour conclure, il suffit
de prouver que si x ∈ W J , alors fˆ([x]) = θ̃(x). Le morphisme f : W J → R induit par fˆ coïncide
−m
par construction avec θ sur Xjp si j ∈ J et m ∈ N et comme ces éléments engendrent W J ,
on en déduit l’égalité de f et θ. Ceci implique en particulier que si x ∈ W J et n ∈ N, alors
−n −n
fˆ([xp ]) − θ̃(xp ) ∈ πA et donc, d’après le lemme 1.14, que fˆ([x]) − θ̃(x) ∈ π n+1 A quel que
soit n ∈ N, et permet de conclure.
Soit N N la réunion disjointe de deux copies de N. Pour alléger un peu les notations, notons
Xi et Yi au lieu de X1,i et X2,i les variables de WNN Un élément P (X, Y ) de W NN peut
s’écrire de manière unique sous la forme
+∞
r +∞ s
P (X, Y ) = ar,s Xi i Yj j ,
r,s i=0 j=0
la somme portant sur les couples (r, s) de familles d’éléments de Z[ 1p ] n’ayant qu’un nombre fini
de termes non nuls et les ar,s étant des éléments de Fp presque tous nuls.
Soient (Si (X, Y ))i∈N et (Pi (X, Y ))i∈N les suites d’éléments de W NN définie par
+∞
+∞
+∞
+∞
+∞ +∞
pi [Xi ] + pi [Yi ] = pi [Si (X, Y )] et pi [Xi ] pi [Yi ] = pi [Pi (X, Y )].
i=0 i=0 i=0 i=0 i=0 i=0
Les polynômes Si et Pi sont des polynômes universels permettant de décrire les lois d’addition
et multiplication dans un p-anneau parfait si on écrit les éléments sous la forme +∞ i
i=0 p [xi ], où
les xi sont des éléments de l’anneau résiduel. De manière précise, on a la proposition suivante.
Proposition 1.21. — Si A est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R, et si x = (xi )i∈N est
une suite d’éléments de R, on note Σ(x) l’élément +∞ i
i=0 p [xi ] de A.
Si x = (xi )i∈N et y = (yi )i∈N sont deux suites d’éléments de R, alors
+∞
+∞
Σ(x) + Σ(y) = pi [Si (x, y)] et Σ(x)Σ(y) = pi [Pi (x, y)].
i=1 i=1
6 PIERRE COLMEZ
ce qui donne le résultat pour la somme ; le produit se traitant exactement de la même manière,
cela permet de conclure.
Remarque 1.22. — (i) La proposition 1.19 décrit un anneau parfait d’anneau résiduel R de
manière ensembliste, en fonction de R, et la prop. 1.21 montre qu’il existe au plus une structure
de p-anneau strict sur cet ensemble, qui fasse de R l’anneau résiduel. On en déduit l’unicité de
W (R).
(ii) Du fait de la distributivité de la multiplication par rapport à l’addition et de la continuité
de l’addition, pour être capable de multiplier, additionner ou soustraire deux éléments de la
forme Σ(x) et Σ(y), il suffit d’avoir une formule pour [X] − [Y ].
(iii) Comme Σ(0) = 0, on a Σ(x) + Σ(y) = 0, si x = 0 et y = 0 ; cela implique que les Si ,
i ∈ N, n’ont pas de terme constant. De même, Σ(x)Σ(y) = 0 si x = 0 ou y = 0, cela implique
que les Pi n’ont pas de termes de degré 0 en les Xj ou en les Yj .
Lemme 1.23. — Soit A un p-anneau strict d’anneau résiduel R parfait et n un idéal parfait de
R distinct de R, l’ensemble W (n) = { +∞
i=0 p [xi ] | xi ∈ n quel que soit i ∈ N} est un idéal fermé
i
Démonstration. — On déduit de la prop 1.21 que W (n) est un sous-groupe additif de A, et qu’il est
stable par multiplication par un élément de A car vX (Pi ) = vY (Pi ) > 0 (rem. 1.22). Par ailleurs,
W (n) est fermé par construction, et l’anneau résiduel de A/W (n) est A/W (n) + pA = R/n, ce
qui termine la démonstration.
(ii) Plus généralement, si K est un corps local de caractéristique 0 dont le corps résiduel kK
est parfait de caractéristique p, et dont p est une uniformisante, alors K ∼
= W (kK )[ 1p ].
Démonstration. — l’anneau des entiers de K est un p-anneau parfait d’anneau résiduel kK , donc
isomorphe à W (kK ).
Exercice 3. — On définit par récurrence sur n, une suite (Un )u∈N d’éléments de Z[ 1p ][X, Y ], en
posant
1 n n
n−1
n−i
Un (X, Y ) = n X p + Y p − pi Ui (X, Y )p .
p
i=0
+∞
−∞ −∞
X +Y = pi [Vi (X, Y )], avec Vi ∈ Fp [X p ,Y p ].
i=0
pn pn
pn
(a) Montrer que X + Y = +∞ i
i=0 p [Vi (X, Y ) ].
(b) On suppose que, quel que soit i n − 1, Ui ∈ Z[X, Y ] et que l’image U i de Ui dans
i
Fp [X, Y ] vérifie U i = Vip . Montrer que
n−1
n−i
n−1
n
pi Ui (X, Y )p ≡ pi [Vi (X, Y )p ] mod pn+1 .
i=0 i=0
n
En déduire que Un ∈ Z[X, Y ] et que U n = Vnp .
−n −n
(iii) Montrer que Vn est un polynôme en X p et Y p , puis que Sn et Pn , donnant l’addition
j−n j−n
et la multiplication des vecteurs de Witt, sont des polynômes en les Xjp , Yjp , avec j n.
2.1. Ramification et inertie. — Si F est un corps complet pour une valuation discrète et
K est une extension finie de F , le corps résiduel kK est une extension finie de kF de degré
f = f (K/F ) appelé indice d’inertie de l’extension K/F .
D’autre part, on a v(K ∗ ) ⊂ [K:F
1 ∗ ∗ ∗
] v(F ) et v(F ) est donc d’indice fini e = e(K/F ) dans v(K ).
Cet indice est appelé indice de ramification de l’extension K/F .
+∞
e−1
f
e−1
f
+∞
j j
πFn πK si,j,nui = πK ui πFn si,j,n
n=0 j=0 i=1 j=0 i=1 n=0
avec si,j,n ∈ SF , ce qui implique, utilisant le fait que tout élément de OF peut s’écrire de manière
unique sous la forme +∞ πFn sn avec sn ∈ SF , que tout élément de OK peut s’écrire de manière
n=0 f j
unique sous la forme e−1 j=0 i=1 πK ui yi,j avec yi,j ∈ OF . Ceci permet de conclure.
Définition 2.3. — L’extension K/F est non ramifiée si e(K/F ) = 1, et si kK /kF est séparable.
Elle est totalement ramifiée si e(K/F ) = [K : F ]. Elle est modérément ramifiée si e(K/F ) est
premier à la caractéristique du corps résiduel et si kK /kF est séparable, et sauvagement ramifiée
dans le cas contraire.
Lemme 2.4. — Si L/K et K/F sont deux extensions finies, alors e(L/F ) = e(L/K)e(K/F )
et f (L/F ) = f (L/K)f (K/F )
Démonstration. — exercice.
Exercice 5. — (i) Montrer que si K et L sont deux extensions non ramifiées de F , alors K · L
est une extension non ramifiée de F .
(ii) Construire un exemple où K et L sont deux extensions totalement ramifiées de F , et K · L
n’est pas une extension totalement ramifiée de F .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 9
Lemme 2.5. — Soit K un corps complet pour une valuation discrète et P un polynôme d’Ei-
senstein de degré d. Soit L = K[X]/P et x l’image de X dans L. Alors
(i) Si v(K ∗ ) = uZ avec u > 0, alors v(x) = ud et L/K est totalement ramifiée.
(ii) x est une uniformisante de L.
(iii) si y = d−1 i u
i=0 ai x , alors v(y) = inf i v(ai ) + i d .
(iv) 1, x, . . . , xd−1 forment une base de OL (resp. L) sur OK (resp. K).
1
Démonstration. — Le (i) est une conséquence de la formule v(x) = [K:F ] v(NK/F (x)) et du fait
que P est d’Eisenstein. Le (ii) en est un corrolaire immédiat. Le (iii) est une conséquence du
fait que tous les termes de la somme ont une valuation différente. Le (iv) est une conséquence
immédiate du (iii).
Proposition 2.6. — Si K/F est totalement ramifiée et si πK est une uniformisante de K, alors
πK engendre OK en tant que OF -algèbre et le polynôme minimal de πK sur F est un polynôme
d’Eisenstein.
Réciproquement, si P ∈ F [X] est un polynôme d’Eisenstein, si K = F [X]/P , et si x est l’image
de X dans K, alors K est une extension totalement ramifiée de F et x en est une uniformisante.
Démonstration. — Le fait que πK engendre OK est une conséquence du lemme 2.1 appliquée à
f = 1 et u1 = 1. Si [K : F ] = d, le polynôme minimal P de πK est donc irréductible de degré d ;
son polygone de Newton n’a donc qu’un pente. Par ailleurs, si P = X d + ad−1 X d−1 + · · · + a0 ,
on a a0 = ±NK/F (πK ) et donc v(a0 ) = dv(πK ), ce qui implique que a0 est une uniformisante
de F . De plus, le fait que le polygone de Newton de P n’a qu’une pente se traduit par v(ai )
(d − i)v(πK ) > 0, et donc ai ∈ mK si 1 i d. En conclusion P est d’Eisenstein. La réciproque
est une conséquence du lemme 2.5.
Proposition 2.8. — Si K est une extension finie de F , et si kK /kF est séparable, alors OK est
une extension monogène de OF .
une uniformisante de K. On peut alors utiliser le lemme 2.1 pour démontrer que les xi P (x)j
pour 0 x f − 1 et 0 j e − 1 forment une base de OK sur OF , et donc que x engendre
OK comme OF -algèbre.
qu’il existe y ∈ OK unique dont la réduction modulo mK est xp et qui est racine du polynôme
P ϕ défini par P ϕ (X) = X d + ϕ(ad−1 )X d−1 + · · · + ϕ(a0 ).
(iii) Montrer que ϕ s’étend de manière unique en un morphisme continu de K dans K tel que
le morphisme induit sur kK soit x → xp .
(iv) Plus généralement, montrer que si ϕ s’étend en un morphisme de kK dans kK , alors ϕ
s’étend de manière unique en un morphisme continu de K dans K tel que le morphisme induit
sur kK soit ϕ.
Proposition 2.15. — Si L/F est une extension galoisienne telle que kL /kF est séparable, et si
IL/F est le sous-groupe d’inertie de Gal(L/F ), alors IL/F a un unique p-sous-groupe de Sylow
+
IL/F qui est distingué dans IL/F et Gal(L/F ).
Théorème 2.17. — Si L est une extension finie de F telle que kL /kF soit séparable, alors L
contient deux sous-extensions L0 ⊂ L1 de F qui sont uniquement déterminées par les propriétés
suivantes.
(i) L0 /F est non ramifiée,
(ii) L1 /L0 est totalement et modérément ramifiée,
(iii) L/L1 est totalement ramifiée de degré une puissance de p.
De plus, L0 = F (kL ), et il existe une uniformisante π de L1 telle que π [L1 :L0 ] ∈ L0 . Finalement,
+
IL/F
si L/F est galoisienne, alors L0 = LIL/F et L1 = L .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 13
η(s) = s(πL )
mod πL . Comme s(u) ≡ u mod πL , si s ∈ G0 et u ∈ OL∗, on voit que η ne dépend
πL
L ) s(πL )
pas du choix de πL . De plus, on a η(st) = s t(π πL πL = η(s)η(t) puisque s agit trivialement
sur kL∗ . Ceci fait de η un caractère de G0 dont le noyau est G1 . En particulier, G0 /G1 s’identifie
à un sous-groupe (fini) du groupe des racines de l’unité de kL∗ . Cela implique que G0 /G1 est
cyclique, et comme kL est de caractéristique p, cela implique que G0 /G1 est d’ordre premier à
+
p, et donc que G1 contient le p-Sylow IL/F de G0 .
I+
Soit pr e le cardinal de G0 , avec (p, e) = 1. Soient K0 = LIL/F et K = L L/F , ce qui fait de
K une extension totalement et modérément ramifiée de K0 . D’après le théorème de structure
des extensions modérément ramifiées, il existe πK uniformisante de K telle que πK e soit une
Définition 3.5. — Les sous-groupes Gu pour u ∈ [−1, +∞[ s’appellent les sous-groupes de
ramification de G. Ils forment une filtration décroissante de G par des sous-groupes distingués.
Démonstration. — Si σ = 1 les deux membres valent +∞. Supposons donc σ = 1. Soit x (resp.
y) un générateur de OL (resp. OK ) comme OF -algèbre. Il s’agit de montrer que les deux éléments
a = y − σ(y) et b = s→σ (x − s(x)) ont la même valuation, ou encore qu’ils définissent le même
idéal de OL .
Soit P le polynôme minimal de x sur OK . On a P (X) = h∈H (X − h(x)). Si s0 est un élément
de G ayant pour image σ dans G/H, les autres sont de la forme s0 h, où h décrit H. Le polynôme
P − s(P ) a tous ses coefficients divisibles par y − s0 (y) = a ; on en déduit le fait, en l’évaluant
en x, que a divise b (on a P (x) = 0 et s0 (P )(x) = b).
Réciproquement, soit Q ∈ OF [X] tel que l’on ait y = Q(x). Le polynôme Q(X)− σ(y) s’annule
pour X = s0 h(x) si h ∈ H car Q(s0 h(x)) = s0 h(Q(x))) = s0 h(y) = σ(y) ; il est donc divisible
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 15
dans K[X] et dans OK [X] (lemme de Gauss) par le polynôme h∈H (X − s0 h(x)). Évaluer le
résultat en X = x montre que b divise a.
u
Soit ϕL/F la fonction de [−1, +∞[ dans lui-même, définie par ϕL/F (u) = 0 [G0dt:Gt ] , avec la
convention [G0 : Gt ] = [Gt : G0 ]−1 si t < 0. Cette fonction interviendra dans la renumérotation
des groupes de ramification à laquelle il a été fait allusion plus haut.
Lemme 3.8. — ϕL/F (u) + 1 = 1
e(L/F ) s∈G inf(iL (s), u + 1).
Démonstration. — Remarquons que les deux membres sont des fonctions continues de u affines
par morceaux et coïncidant pour u = 0 puisque iL (s) 1 si et seulement si s est dans le sous-
groupe d’inertie de G. Si u n’est pas un entier, la dérivée du membre de droite en u est égale
au nombre d’éléments de G vérifiant iL (g) u + 1 divisé par e(L/F ), c’est-à-dire au nombre
d’éléments de Gu divisé par le cardinal de G0 , autrement dit à [G01:Gu ] , ce qui est aussi la dérivée
de ϕL/F (u) en u. Ceci permet de conclure.
Ceci termine la démonstration du i). Pour démontrer le ii) remarquons que les fonctions ϕL/F et
ϕK/F ◦ ϕL/K sont continues, affines par morceaux et coïncident en u = 0. D’autre part, si u n’est
pas un entier, la dérivée de ϕK/F ◦ ϕL/K en u est égale à ϕK/F (v)ϕL/K (u), avec v = ϕK/F (u)
c’est à dire à
|(G/H)v | |Hu | |Gu H/H| |Hu | |Gu |
= =
e(K/F ) e(L/K) e(K/F ) e(L/K) e(L/F )
ce qui n’est autre que la dérivée de ϕL/F en u. (La formule |Gu H/H||Hu | = |Gu | vient de ce que
Hu = Gu ∩ H et que l’on a la suite exacte 1 → Hu → Gu → Gu H/H → 1.)
16 PIERRE COLMEZ
Définition 3.11. — Soit ψL/F la fonction de [−1, +∞[ dans [−1, +∞[ réciproque de ϕL/F . On
définit la numérotation supérieure des groupes de ramification en posant Gv = GψL/F (v) , ou, ce
qui revient au même, Gu = GϕL/F (u) .
3.3. La différente
Si K est un corps local, et si πK est une uniformisante de K, un idéal fractionnaire a de K est
de la forme πKn O , où n ∈ Z est uniquement déterminé par a. On pose v (a) = n, si a = π n O .
K K K K
−1 −1
Si vK (a) = n, l’idéal a inverse de a vérifie vK (a ) = −n
Si L est une extension finie de F , et si a est un idéal fractionnaire de L, soit a∨ le dual de a pour
la forme bilinéaire (x, y) → TrL/F (xy). Autrement dit a∨ = {y ∈ L | TrL/F (xy) ∈ OF , ∀x ∈ a}.
Démonstration. — Le (i) est évident. Le (ii) suit de ce que OL∨ contient OL et donc que son inverse
est contenu dans OL . Le (iii) suit du fait que aa−1 = OL et le (iv) est immédiat. Finalement,
compte-tenu du (iv), on a
vL (adL/F )
TrL/F (a) ⊂ πFb OF ⇔ a ⊂ πFb d−1
L/F ⇔ e(L/F )b vL (adL/F ) ⇔ b [ ],
e(L/F )
la dernière équivalence venant de ce que b ∈ Z.
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 17
Proposition 3.16. — Si e1 , . . . , ed est une base de OL sur OF , et si e∗1 , . . . , e∗d est la base de
L sur F , duale de e1 , . . . , ed pour la forme bilinéaire (x, y) → TrL/F (xy), alors les coordonnées
x1 , . . . , xd de x ∈ L dans la base e∗1 , . . . , e∗d , vérifient l’encadrement
Démonstration. — Par définition de la différente, e∗1 , . . . , e∗d est une base de d−1
L/F
sur OF ; on en
d
déduit la seconde inégalité. La première vient de ce que l’on a x = i=1 TrL/F (ei x)e∗i , et donc
que xi = TrL/F (ei x), et ei ∈ OF .
Démonstration. — Une utilisation répétée du (iv) du lemme 3.15 nous fournit les équivalence
suivantes x ∈ d−1
L/F ⇔ TrL/F (xOL ) = TrK/F (TrL/K (xOL )) ⊂ OF ⇔TrL/K (xOL )) ⊂ dK/F
−1
⇔xOL ⊂ d−1 −1
L/K dK/F . On en déduit le résultat.
1 1 xk−1 xk−1
+∞ n +∞
1 i 1
an−1 = = Tr ,
Xn 1 + X + ··· + a0
Xn Xk P (xi ) X k L/F P (x)
k=1 i=1 k=1
xi
Réciproquement, les P (x) pour 0 i n − 1 forment une base de L sur F et si y =
n−1 xi
i=0 b
i P (x) ∈ d−1
L/F , où les bi sont des éléments de F , alors
j xn−k+j
TrL/F (xj y) = bn−j−1 + bn−k TrL/K ∈ OF ,
P (x)
k=1
ce qui permet de démontrer que bn−j ∈ OF par récurrence sur j, et donc que d−1 −1
L/F ⊂ P (x) OL ,
ce qui termine la démonstration.
Exercice 12. — Soit K = LG0 l’extension maximale non ramifiée de F contenue dans L, soit
πL une uniformisante de L, soit Q ∈ K[X] le polynôme minimal de πL sur K, et soit P (X) =
X −1 Q(X +πL ) ∈ L[X]. Montrer que l’on a NewtP (x)+ϕL/F (x) = vF (dL/F ) si x ∈ [0, [L : K]−1]
1
(où l’on a utilisé la valuation vF = e(L/F ) vL pour normaliser le polygone de Newton de P ).
Démonstration. — Les deux premiers points sont de simples traductions de la prop. 3.12, et
l’inégalité c(L1 L2 /F ) sup(c(L1 /F ), c(L2 /F )) est immédiate sur la définition du conducteur.
(w) (w)
Réciproquement, si w = sup(c(L1 /F ), c(L2 /F )), on a L1 ⊂ F et L2 ⊂ F , et donc L1 L2 ⊂
(w)
F et c(L1 L2 /F ) w. Ceci permet de conclure.
(w)
Remarque 3.26. — On peut retraduire le (i) du lemme précédent en disant que F est l’ex-
nr (1)
tension maximale non-ramifiée F de F si w < 1, et le (ii) en disant que F est l’extension
maximale modérément ramifiée F mod de F .
La démonstration du résultat suivant nous entrainerait un peu loin, mais nous en verrons un
cas particulier plus loin.
Théorème 3.27. — (Hasse-Arf) Si L/F est une extension abélienne, c(L/F ) est un entier.
Remarque 3.28. — Jannsen et Wingberg ont donné en 1982 une description du groupe GF
dans le cas d’une extension finie F de Qp , p 3. Le groupe GF est topologiquement engendré
par [F : Qp ] + 3 éléments, et il y a deux relations dont une un peu désagréable à écrire... Le
résultat est que ce groupe de dépend que de [F : Qp ], de |kF | et du nombre de racines de l’unité
d’ordre une puissance de p dans F mod . En particulier, connaître GF en tant que groupe abstrait
ne permet absolument pas de retrouver F . Par contraste, Mochizuki a montré en 1996, que GF
muni de sa filtration par les Gw F permettait de retrouver F , ce qui montre que la filtration par
les sous-groupes d’inertie est un invariant très fin.
L’exercice ci-dessous montre comment on peut retrouver kF en ne connaissant que Gw F pour
w 0 et ∪w>0 GF . La démonstration complète du théorème de Mochizuki utilise des techniques
w
nettement plus sophistiquées de « théorie de Hodge p-adique » dont le chapitre suivant donnera
un avant-goût.
Exercice 14. — Soit F une extension finie de Qp de corps résiduel Fq , et soit π une unifor-
misante de F . Les corps F nr et F mod sont des extensions galoisiennes de F . On note G =
Gal(F mod /F ), H = Gal(F mod /F nr ) et Γ = Gal(F nr /F ). Le sous-groupe H de G est donc dis-
tingué et on a Γ = G/H.
(i) Montrer que le groupe Gal(Fqn /Fq ) est isomorphe à Z/nZ, avec x → σ(x) = xq comme
générateur. En déduire que Gal(Fq /Fq ) est isomorphe à Z = premier Z , et est topologiquement
engendré par σ.
(ii) Montrer que Γ est isomorphe à Z et est topologiquement engendré par σ, où σ(ζ) = ζ q si
ζ est une racine de l’unité d’ordre premier à p.
(iii) Montrer que F mod est la réunion des F nr (π 1/n ), pour n premier à p.
1/n )
(iv) Montrer que τ → τ (ππ 1/n est un isomorphisme de Gal(F nr (π 1/n )/F nr ) sur µn , groupe des
racines n-ièmes de l’unité dans F nr . En déduire que H est abélien, isomorphe à =p Z .
(v) On choisit un relèvement σ̃ de σ dans G Montrer que l’on a σ̃τ σ̃ −1 = τ q , si τ ∈ H.
(vi) Montrer que, si g est n’importe quel élément de G dont l’image dans Γ en est un générateur
topologique, alors l’image de H par τ → gτ g−1 τ −1 est d’indice q − 1 dans H.
(vii) On suppose maintenant que l’on sait juste que F est un corps local de caractéristique 0
de corps résiduel kF fini, mais que l’on connait GF comme groupe topologique abstrait muni de
sa filtration par les GwF . Donner une recette permettant de retrouver kF .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 21
Pierre Colmez