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Corps Locaux et Extensions: Notes M2

Ce document présente des notes de cours sur les corps locaux, définissant leur structure et leurs propriétés, ainsi que des exemples spécifiques tels que Qp et K((T)). Il aborde également les extensions de corps locaux, la théorie de la ramification supérieure, et les p-anneaux, en fournissant des théorèmes et des lemme pour illustrer les concepts. Les sections incluent des définitions, des démonstrations et des corollaires pertinents pour une compréhension approfondie des corps locaux et de leurs applications en mathématiques.

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Corps Locaux et Extensions: Notes M2

Ce document présente des notes de cours sur les corps locaux, définissant leur structure et leurs propriétés, ainsi que des exemples spécifiques tels que Qp et K((T)). Il aborde également les extensions de corps locaux, la théorie de la ramification supérieure, et les p-anneaux, en fournissant des théorèmes et des lemme pour illustrer les concepts. Les sections incluent des définitions, des démonstrations et des corollaires pertinents pour une compréhension approfondie des corps locaux et de leurs applications en mathématiques.

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CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2

par

Pierre Colmez

Table des matières


1. Corps locaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.1. Définition et exemples. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1
1.2. Généralités sur les p-anneaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.3. Représentants de Teichmüller. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4
1.4. L’anneau des vecteurs de Witt d’un anneau parfait de caractéristique p . . 4
2. Extensions de corps locaux. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.1. Ramification et inertie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2.2. Extensions totalement ramifiées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.3. Monogénéité de l’anneau des entiers. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
2.4. Extensions non ramifiées et dévissage des extensions finies. . . . . . . . . . . . . . . 10
2.5. Extensions modérément ramifiées. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.6. Extensions galoisiennes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
2.7. Structure des extensions finies. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
3. Théorie de la ramification supérieure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
3.1. Groupes de ramification (en numérotation inférieure). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13
3.2. Numérotation supérieure des groupes de ramification. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 14
3.3. La différente. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 16
3.4. Conducteur d’une extension. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19

1. Corps locaux
1.1. Définition et exemples
Un corps local est un corps complet pour une valuation discrète. En particulier, si K est un
corps local, et v est la valuation sur K, alors il existe a > 0 unique tel que v(K ∗) = aZ. Une
uniformisante de K est alors n’importe quel élément π de K vérifiant v(π) = a.
Lemme 1.1. — L’idéal maximal mK de l’anneau des entiers OK de K est principal et un élé-
ment de K en est un générateur si et seulement si c’est une uniformisante.
Démonstration. — Évident.
2 PIERRE COLMEZ

Exemple 1.2. — (i) Qp muni de la valuation vp est un corps local dont p est une uniformisante.
(ii) Si K est un corps, alors K((T )) muni de la valuation vT est un corps local dont T est une
uniformisante.

(iii) Le corps Qp {{T }} des séries de Laurent n
n∈Z an T , où (an )n∈Z est une suite bornée
d’éléments de Qp tendant vers 0 quand n tend vers −∞, devient un corps local si on le munit de

la valuation vp définie par vp ( n∈Z an T n ) = inf n∈Z vp (an ). Son corps résiduel est Fp ((T )) qui
n’est pas parfait (mais est un corps local) ; le corps Qp {{T }} est un exemple de corps local de
dimension 2.

Le théorème suivant, dont la démonstration utilise le lemme de Zorn, montre que l’exemple
(ii) est typique.

Théorème 1.3. — Si K est un corps local, et si kK a même caractéristique que K, alors il


existe un système de représentants de kK dans OK qui est un corps isomorphe à kK , et le choix
d’une uniformisante π de K induit un isomorphisme K ∼ = kK ((T )) envoyant π sur T .

Définition 1.4. — Si A est un anneau et I est un idéal de A, on dit que A est séparé et complet
pour la topologie I-adique si l’application naturelle de A dans lim(A/I n A) est un isomorphisme.
←−
La topologie I-adique sur A est alors celle qui fait de l’isomorphisme précédent un isomorphisme
d’anneaux topologiques, lim(A/I n A) étant muni de la topologie produit, chacun des A/I n A étant
←−
muni de la topologie discrète.

Lemme 1.5. — (i) Si K est un corps complet pour une valuation v, et si π ∈ K vérifie v(π) > 0,
alors OK est séparé et complet pour la topologie π-adique.
(ii) Si A est un anneau, si π ∈ A, si S est un et S est un système de représentants de A/πA
dans A, et si A est séparé et complet pour la topologie π-adique, alors tout élément de A peut

s’écrire de manière unique sous la forme +∞ n=0 sn π avec sn ∈ S.
n

Démonstration. — (i) On note ι : OK → lim(OK /π n OK ) l’application qui, à x ∈ OK , associe la


←−
suite des images de x modulo π n . On a alors
• ι(x) = 0 ⇔ v(x)  nv(π) quel que soit n ∈ N ⇔ v(x) = +∞ ⇔ x = 0, ce qui montre que ι
est injective.
• Si (xn )n∈N ∈ lim(OK /π n OK ) et si x̂n ∈ OK est un relêvement quelconque de xn , alors
←−
v(x̂n+k − x̂n )  nv(π) quels que soient n, k ∈ N. Ceci montre que la suite x̂n est de Cauchy, et
sa limite x veŕifie v(x − x̂n )  nv(π) quel que soit n ∈ N. On en déduit que ι(x) = (xn )n∈N , ce
qui prouve la surjectivité de ι.
• « v(x − y)  nv(π) » ⇔ « x = y dans OK /π k OK , quel que soit i  n », ce qui montre que
la topologie induite par v sur OK correspond à la topologie produit sur lim(OK /π n OK ), chaque
←−
OK /π n OK étant muni de la topologie discrète.
(ii) Soit s : A → S l’application qui à x associe l’unique élément s(x) de S vérifiant x − s(x) ∈
πA. Si x ∈ A, on définit par récurrence une suite (xn )n∈N d’éléments de A en posant x0 = x et,

si n  1, xn = π1 (xn−1 − s(xn−1 )). On a alors x = ni=0 s(xi )π i + π n+1 xn+1 quel que soit n ∈ N,

et donc x = +∞ )π n ce qui prouve l’existence d’une écriture sous la forme mentionnée plus
n=0 s(xn +∞  n 
haut. D’autre part, si +∞ n
n=0 sn π = n=0 sn π , alors réduisant modulo π, on obtient s0 = s0
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 3

et une récurrence immédiate nous montre que sn = sn quel que soit n ∈ N d’où l’unicité de
l’écriture.

Corollaire 1.6. — Si K est un corps local, si S est un système de représentants de kK dans


OK , si π est une uniformisante de K, alors tout élément de OK peut s’écrire de manière unique

sous la forme +∞ n=0 sn π avec sn ∈ S.
n

Exemple 1.7. — Si K = Qp , on a OK = Zp et kK = Fp , on peut prendre p comme uniformi-


sante et {0, 1, . . . , p − 1} ou {[x], x ∈ Fp } comme système de représentants de Fp dans Zp .

1.2. Généralités sur les p-anneaux


Définition 1.8. — Un anneau R de caractéristique p est parfait si l’élévation à la puissance p
est un isomorphisme. (Si R est un corps on retombe sur la définition usuelle.) Si R est un anneau
parfait de caractéristique p, un idéal n de R est parfait s’il est stable par extraction de racines
p-ième, ce qui équivaut à ce que R/n soit parfait.

Définition 1.9. — Soient A un anneau et R un anneau de caractéristique p. On dit que A


est un p-anneau d’anneau résiduel R s’il existe π ∈ A tel que A soit séparé et complet pour la
topologie π-adique et R = A/πA. Comme R est de caractéristique p, on a en particulier p ∈ πA.
Un p-anneau est dit strict si π = p et p n’est pas nilpotent dans A, et parfait s’il est strict et R
est parfait.

Exemple 1.10. — (i) Zp est un p-anneau parfait, car Fp est un corps parfait.
−∞ −m
(ii) Si J est un ensemble quelconque, soit WJ = Zp [Xjp , j ∈ J] = ∪m∈N Zp [Xjp , j ∈ J].
On note W J = limWJ /pn WJ ), ce
J le séparé complété de WJ pour la topologie p-adique (i.e W
←−
J un p-anneau strict d’anneau résiduel W J = Fp [X p−∞ , j ∈ J] qui est parfait (on
qui fait de W j
s’est clairement débrouillé pour).

Remarque 1.11. — Soit R un anneau parfait de caractéristique p. Le morphisme naturel de


W R dans R qui à Xx ∈ W R associe x est surjectif, ce qui permet de voir tout anneau parfait
comme un quotient d’un anneau du type W J par un idéal parfait. Ceci permet de ramener
beaucoup de questions concernant les anneaux parfaits de caractéristique p au cas des anneaux
du type W J .

Proposition 1.12. — Si A est un p-anneau d’anneau résiduel R et si x ∈ A, les deux conditions


suivantes sont équivalentes :
(i) x est inversible dans A ;
(ii) l’image x de x modulo π est inversible dans R.

Démonstration. — Si y est un inverse de x dans A, alors y est un inverse de x dans R. Récipro-


quement, si y est un inverse de x dans R, et si y est n’importe quel relèvement de y dans A, alors

z = 1 − xy ∈ πA et x admet comme inverse y( +∞ n
n=0 z ).

Corollaire 1.13. — Si A est un p-anneau strict dont l’anneau résiduel est un corps, alors B =
A[ 1p ] est un corps.
4 PIERRE COLMEZ

Démonstration. — Si x ∈ B − {0}, il existe un unique entier n ∈ Z tel que pn x ∈ A − pA et la


proposition précédente montre que pn x est inversible dans A, ce qui permet de conclure.

1.3. Représentants de Teichmüller. — Si A est un anneau, on note R(A) l’ensemble des


suites x = (x(n) )n∈N d’éléments de A telles que l’on ait (x(n+1) )p = x(n) quel que soit n ∈ N.
Dans tout ce qui suit, A est un p-anneau.
n n
Lemme 1.14. — Si x, y sont deux éléments de A vérifiant x − y ∈ πA, alors xp − y p ∈ π n+1 A
quel que soit n ∈ N.

Démonstration. — La formule du binôme montre que si a ∈ A et u ∈ π n A, alors


(a + u)p − ap ∈ π n+1 A ; on en déduit par récurrence sur n, le fait que si a ∈ A et u ∈ πA, alors
n n
(a + u)p − ap ∈ π n+1 A, ce qui, appliqué à a = x et u = y − x, permet de conclure.

Corollaire 1.15. — Si x = (x(n) )n∈N ∈ R(R) et x̃(n) est un relèvement de x(n) , alors la suite
m (n)
de terme général (x̃(n+m) )p converge dans A vers une limite ψA (x) qui ne dépend que de x et
(n)
ψA (x) = (ψA (x))n∈N ∈ R(A). De plus, on a ψA (xy) = ψA (x)ψA (y).
m+1
Démonstration. — Par construction, (x̃(n+m+1) )p − x̃(n+m) ∈ πA, et donc (x̃(n+m+1) )p −
m m
(x̃ (n+m) )p ∈ π m+1 A, ce qui montre que la suite de terme général (x̃ (n+m) )p converge dans
A. Le fait que la limite ne dépende pas du choix des x̃(n) suit du fait que si on a deux choix,
on en fabrique un troisième en panachant et que les trois limites sont égales. On démontre que
(n+1) (n) (n)
(ψA (x))p = ψA (x) par passage à la limite, ce qui prouve que ψA (x) = (ψA (x))n∈N ∈ R(A).
Finalement, la multiplicativité de ψA suit de ce que l’on peut prendre x̃(n) ỹ (n) comme relèvement
de (xy)(n) dans A.

Remarque 1.16. — Si R est parfait, l’application qui à x = (x(n) )n∈N associe x(0) est une
(0)
bijection de R(R) sur R et l’application qui à x ∈ R associe [x] = ψA (x), (où x est considéré
comme un élément de R(R)) est multiplicative (i.e. [xy] = [x][y] si x, y ∈ R) et l’image de [x]
dans R = A/πA est x.

Définition 1.17. — L’élément [x] de A est le représentant de Teichmüller de x dans A.

Exercice 1. — (i) Montrer que, si A est de caractéristique p, alors [x + y] = [x] + [y] quels que
soient x, y ∈ R.
(ii) Montrer que, si F est un corps local de caractéristique p, et si kF est parfait, alors F ∼
=
kF ((T )).

1.4. L’anneau des vecteurs de Witt d’un anneau parfait de caractéristique p. — On



a vu que l’on pouvait écrire tout élément de Zp de manière unique sous la forme +∞ i
i=0 p ωi ,
où les ωi sont des représentants de Teichmüller d’éléments de Fp (i.e. des racines de l’équation
X p − X = 0). On peut se demander s’il est possible de décrire les lois d’addition et multiplication
en utilisant cette écriture. C’est le cas et cela va nous mener à introduire les vecteurs de Witt.

Théorème 1.18. — Si R est un anneau parfait de caractéristique p, il existe un p-anneau strict


W (R) (anneau des vecteurs de Witt à coefficients dans R), unique à isomorphisme unique près,
dont l’anneau résiduel est R.
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 5

De plus, W (R) vérifie la propriété universelle suivante. Si A est un p-anneau d’anneau résiduel
R ,si θ : R → R un morphisme d’anneaux, et si θ̃ : R → A est une application multiplicative
relevant θ, il existe un unique morphisme d’anneau θ : W (R) → A tel que si x ∈ R, alors
θ([x]) = θ̃(x).
Proposition 1.19. — Si A est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R, alors tout élément de

A s’écrit de manière unique sous la forme +∞ i
i=0 p [xi ], où les xi sont des éléments de R.

Démonstration. — C’est vrai pour tout système de représentants de R dans A (lemme 1.2).
Lemme 1.20. — Soit J un ensemble d’indices. Si A est un p-anneau d’anneau résiduel R, si
θ : W J → R un morphisme d’anneaux, et si θ̃ : W J → A est une application multiplicative
relevant θ, il existe un unique morphisme d’anneau θ : W J → A tel que si x ∈ W J , alors
θ([x]) = θ̃(x).
 +∞ i
Démonstration. — L’unicité est claire : on doit avoir θ( +∞ i
i=0 p [xi ]) = i=0 p θ̃(xi ). Montrons
p−m −m
l’existence. Soit f : WJ → A le morphisme d’anneaux défini par f (Xj ) = θ̃(Xjp ) si j ∈ J
et m ∈ N. On prolonge f par continuité en un morphisme fˆ : W J → A et pour conclure, il suffit
de prouver que si x ∈ W J , alors fˆ([x]) = θ̃(x). Le morphisme f : W J → R induit par fˆ coïncide
−m
par construction avec θ sur Xjp si j ∈ J et m ∈ N et comme ces éléments engendrent W J ,
on en déduit l’égalité de f et θ. Ceci implique en particulier que si x ∈ W J et n ∈ N, alors
−n −n
fˆ([xp ]) − θ̃(xp ) ∈ πA et donc, d’après le lemme 1.14, que fˆ([x]) − θ̃(x) ∈ π n+1 A quel que
soit n ∈ N, et permet de conclure.
Soit N  N la réunion disjointe de deux copies de N. Pour alléger un peu les notations, notons
Xi et Yi au lieu de X1,i et X2,i les variables de WNN Un élément P (X, Y ) de W NN peut
s’écrire de manière unique sous la forme
 +∞
 r +∞ s 
P (X, Y ) = ar,s Xi i Yj j ,
r,s i=0 j=0

la somme portant sur les couples (r, s) de familles d’éléments de Z[ 1p ] n’ayant qu’un nombre fini
de termes non nuls et les ar,s étant des éléments de Fp presque tous nuls.
Soient (Si (X, Y ))i∈N et (Pi (X, Y ))i∈N les suites d’éléments de W NN définie par

+∞ 
+∞ 
+∞ 
+∞ 
+∞  +∞
pi [Xi ] + pi [Yi ] = pi [Si (X, Y )] et pi [Xi ] pi [Yi ] = pi [Pi (X, Y )].
i=0 i=0 i=0 i=0 i=0 i=0
Les polynômes Si et Pi sont des polynômes universels permettant de décrire les lois d’addition

et multiplication dans un p-anneau parfait si on écrit les éléments sous la forme +∞ i
i=0 p [xi ], où
les xi sont des éléments de l’anneau résiduel. De manière précise, on a la proposition suivante.
Proposition 1.21. — Si A est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R, et si x = (xi )i∈N est

une suite d’éléments de R, on note Σ(x) l’élément +∞ i
i=0 p [xi ] de A.
Si x = (xi )i∈N et y = (yi )i∈N sont deux suites d’éléments de R, alors

+∞ 
+∞
Σ(x) + Σ(y) = pi [Si (x, y)] et Σ(x)Σ(y) = pi [Pi (x, y)].
i=1 i=1
6 PIERRE COLMEZ

Démonstration. — Soit θ : W NN → R le morphisme défini par θ(Xi ) = xi et θ(Yi ) = yi si


i ∈ N. Soit θ̃ : W NN → A l’application multiplicative définie par θ̃(x) = [θ(x)]. D’après le
lemme 1.20, il existe une unique morphisme θ : W J → A tel que l’on ait θ([z]) = [θ(z)] quel
que soit z ∈ W NN . Soient alors X = (Xi )i et Y = (Yi )i∈I les deux suites naturelles d’éléments
de WNN . On a par construction Σ(x) = θ(Σ(X)) et Σ(y) = θ(Σ(Y )), ce qui nous donne les
formules
Σ(x) + Σ(y) =θ(Σ(X)) + θ(Σ(Y )) = θ(Σ(X) + Σ(Y ))
+∞ 
+∞ 
+∞
=θ( pi [Si (X, Y )]) = pi [θ(Si (X, Y ))] = pi [Si (x, y)],
i=0 i=0 i=0

ce qui donne le résultat pour la somme ; le produit se traitant exactement de la même manière,
cela permet de conclure.

Remarque 1.22. — (i) La proposition 1.19 décrit un anneau parfait d’anneau résiduel R de
manière ensembliste, en fonction de R, et la prop. 1.21 montre qu’il existe au plus une structure
de p-anneau strict sur cet ensemble, qui fasse de R l’anneau résiduel. On en déduit l’unicité de
W (R).
(ii) Du fait de la distributivité de la multiplication par rapport à l’addition et de la continuité
de l’addition, pour être capable de multiplier, additionner ou soustraire deux éléments de la
forme Σ(x) et Σ(y), il suffit d’avoir une formule pour [X] − [Y ].
(iii) Comme Σ(0) = 0, on a Σ(x) + Σ(y) = 0, si x = 0 et y = 0 ; cela implique que les Si ,
i ∈ N, n’ont pas de terme constant. De même, Σ(x)Σ(y) = 0 si x = 0 ou y = 0, cela implique
que les Pi n’ont pas de termes de degré 0 en les Xj ou en les Yj .

Exercice 2. — Montrer que, si i ∈ N, alors Si (resp. Pi ) est un polynôme homogène de degré 1


(resp. de degré 2) en X0 , . . . , Xi , Y0 , . . . , Yi .

Lemme 1.23. — Soit A un p-anneau strict d’anneau résiduel R parfait et n un idéal parfait de

R distinct de R, l’ensemble W (n) = { +∞
i=0 p [xi ] | xi ∈ n quel que soit i ∈ N} est un idéal fermé
i

de A et A/W (n) est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R/n.

Démonstration. — On déduit de la prop 1.21 que W (n) est un sous-groupe additif de A, et qu’il est
stable par multiplication par un élément de A car vX (Pi ) = vY (Pi ) > 0 (rem. 1.22). Par ailleurs,
W (n) est fermé par construction, et l’anneau résiduel de A/W (n) est A/W (n) + pA = R/n, ce
qui termine la démonstration.

Revenons à la démonstration du théorème 1.18. L’unicité a déjà été démontrée au (i) de la


rem. 1.22. Si R est parfait de caractéristique p, on peut l’écrire (de manière non unique) comme
un quotient d’un W J par un idéal parfait n. Le lemme précédent montre que W (R) = W J /W (n)
est un p-anneau parfait d’anneau résiduel R.
Il reste à prouver que W (R) satisfait la propriété universelle demandée, mais cela se déduit
du lemme 1.20 en composant tout avec la projection de W J sur R et en remarquant que le
morphisme de W J dans A que l’on obtient se factorise à travers W (R).

Exemple 1.24. — (i) W (Fp ) = Zp .


CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 7

(ii) Plus généralement, si K est un corps local de caractéristique 0 dont le corps résiduel kK
est parfait de caractéristique p, et dont p est une uniformisante, alors K ∼
= W (kK )[ 1p ].

Démonstration. — l’anneau des entiers de K est un p-anneau parfait d’anneau résiduel kK , donc
isomorphe à W (kK ).

Exercice 3. — On définit par récurrence sur n, une suite (Un )u∈N d’éléments de Z[ 1p ][X, Y ], en
posant
1 n n
 n−1
 n−i

Un (X, Y ) = n X p + Y p − pi Ui (X, Y )p .
p
i=0

(i) Calculer U0 et U1 et vérifier que U0 , U1 ∈ Z[X, Y ].


(ii) On se place dans l’anneau SX,Y = Z[X p −∞
, Y p−∞ ] et on écrit X + Y sous la forme


+∞
−∞ −∞
X +Y = pi [Vi (X, Y )], avec Vi ∈ Fp [X p ,Y p ].
i=0

pn pn
 pn
(a) Montrer que X + Y = +∞ i
i=0 p [Vi (X, Y ) ].
(b) On suppose que, quel que soit i  n − 1, Ui ∈ Z[X, Y ] et que l’image U i de Ui dans
i
Fp [X, Y ] vérifie U i = Vip . Montrer que


n−1
n−i

n−1
n
pi Ui (X, Y )p ≡ pi [Vi (X, Y )p ] mod pn+1 .
i=0 i=0
n
En déduire que Un ∈ Z[X, Y ] et que U n = Vnp .
−n −n
(iii) Montrer que Vn est un polynôme en X p et Y p , puis que Sn et Pn , donnant l’addition
j−n j−n
et la multiplication des vecteurs de Witt, sont des polynômes en les Xjp , Yjp , avec j  n.

Proposition 1.25. — Si R et R sont deux anneaux parfaits de caractéristique p, l’application


naturelle de Hom(W (R), W (R )) dans Hom(R, R ) est une bijection.
En particulier, le morphisme de Frobenius x → xp sur R se relève en un automorphisme ϕ (de
Frobenius) de W (R).

Démonstration. — Si θ est un morphisme de R dans R , on pose θ̃(x) = [θ(x)] et θ̃ est une


application multiplicative de R dans W (R ) relevant θ ; on en déduit, utilisant la seconde partie
du théorème, la surjectivité de l’application naturelle de Hom(W (R), W (R )) dans Hom(R, R ).
−n n
Si θ est un morphisme de W (R) dans W (R ), on a θ([x]) = limn→+∞ = θ([xp ])p = [θ(x)]
−n
d’après le corollaire 1.15 (et la remarque 1.16), puisque θ([xp ]) est un relèvement dans W (R ) de
−n −n
θ(xp ) = (θ(x))p , et l’injectivité suit de ce que W (R) étant un p-anneau strict, la connaissance
de θ([x]) pour tout x ∈ R est équivalente à la connaissance de θ d’après la proposition 1.19.

Exercice 4. — Soit k un corps algébriquement clos de caractéristique p.


(i) Montrer que ϕ − 1 : W (k) → W (k) est surjectif. Quel est son noyau ?
(ii) Montrer que, si u ∈ W (k)∗, alors il existe x ∈ W (k)∗ tel que ϕ(x)
x = u.
8 PIERRE COLMEZ

2. Extensions de corps locaux


Dans tout ce § (sauf mention explicite du contraire), F est un corps complet pour une valuation
discrète, et le corps résiduel kF est de caractéristique p.

2.1. Ramification et inertie. — Si F est un corps complet pour une valuation discrète et
K est une extension finie de F , le corps résiduel kK est une extension finie de kF de degré
f = f (K/F ) appelé indice d’inertie de l’extension K/F .
D’autre part, on a v(K ∗ ) ⊂ [K:F
1 ∗ ∗ ∗
] v(F ) et v(F ) est donc d’indice fini e = e(K/F ) dans v(K ).
Cet indice est appelé indice de ramification de l’extension K/F .

Lemme 2.1. — Soient e = e(K/F ) et f = f (K/F ). Soient u1 , . . . , uf des éléments de OK dont


les réductions modulo mK forment une base de kK sur kF et πK une uniformisante de OK . Alors,
j
les πK ui pour 0  j  e − 1 et 1  i  f forment une base de OK sur OF .

Démonstration. — Soit SF un système de représentants de kF dans OF et soit SK = SF u1 + · · ·+


SF uf , ce qui fait de SK un système de représentants de kK dans OK . Soit πF une uniformisante
de F . Comme OK /πF OK = OK /πK e O , on déduit du corollaire 1.6, le fait que S + π S +
K K K K
· · · + πK
e−1
SK est un système de représentants de OK /πF OK et donc que tout élément de OK
peut s’écrire de manière unique sous la forme


+∞ 
e−1 
f  
e−1 
f 
+∞ 
j j
πFn πK si,j,nui = πK ui πFn si,j,n
n=0 j=0 i=1 j=0 i=1 n=0

avec si,j,n ∈ SF , ce qui implique, utilisant le fait que tout élément de OF peut s’écrire de manière

unique sous la forme +∞ πFn sn avec sn ∈ SF , que tout élément de OK peut s’écrire de manière
n=0 f j
unique sous la forme e−1 j=0 i=1 πK ui yi,j avec yi,j ∈ OF . Ceci permet de conclure.

Corollaire 2.2. — e(K/F )f (K/F ) = [K : F ].

Démonstration. — Une base de OK sur OF est aussi une base de K sur F .

Définition 2.3. — L’extension K/F est non ramifiée si e(K/F ) = 1, et si kK /kF est séparable.
Elle est totalement ramifiée si e(K/F ) = [K : F ]. Elle est modérément ramifiée si e(K/F ) est
premier à la caractéristique du corps résiduel et si kK /kF est séparable, et sauvagement ramifiée
dans le cas contraire.

Lemme 2.4. — Si L/K et K/F sont deux extensions finies, alors e(L/F ) = e(L/K)e(K/F )
et f (L/F ) = f (L/K)f (K/F )

Démonstration. — exercice.

Exercice 5. — (i) Montrer que si K et L sont deux extensions non ramifiées de F , alors K · L
est une extension non ramifiée de F .
(ii) Construire un exemple où K et L sont deux extensions totalement ramifiées de F , et K · L
n’est pas une extension totalement ramifiée de F .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 9

2.2. Extensions totalement ramifiées


Si K est un corps local, un polynôme d’Eisenstein de degré d est un polynôme unitaire P (X) =
X d + ad−1 X d−1+ · · · + a0 ∈ K[X] tel que a0 soit une uniformisante de K, et a1 , . . . , ad−1 ∈ mK .
Comme on l’a déjà remarqué, la théorie des polygones de Newton permet de montrer qu’un tel
polynôme est irréductible.

Lemme 2.5. — Soit K un corps complet pour une valuation discrète et P un polynôme d’Ei-
senstein de degré d. Soit L = K[X]/P et x l’image de X dans L. Alors
(i) Si v(K ∗ ) = uZ avec u > 0, alors v(x) = ud et L/K est totalement ramifiée.
(ii) x est une uniformisante de L.

(iii) si y = d−1 i u
i=0 ai x , alors v(y) = inf i v(ai ) + i d .
(iv) 1, x, . . . , xd−1 forment une base de OL (resp. L) sur OK (resp. K).
1
Démonstration. — Le (i) est une conséquence de la formule v(x) = [K:F ] v(NK/F (x)) et du fait
que P est d’Eisenstein. Le (ii) en est un corrolaire immédiat. Le (iii) est une conséquence du
fait que tous les termes de la somme ont une valuation différente. Le (iv) est une conséquence
immédiate du (iii).

Proposition 2.6. — Si K/F est totalement ramifiée et si πK est une uniformisante de K, alors
πK engendre OK en tant que OF -algèbre et le polynôme minimal de πK sur F est un polynôme
d’Eisenstein.
Réciproquement, si P ∈ F [X] est un polynôme d’Eisenstein, si K = F [X]/P , et si x est l’image
de X dans K, alors K est une extension totalement ramifiée de F et x en est une uniformisante.

Démonstration. — Le fait que πK engendre OK est une conséquence du lemme 2.1 appliquée à
f = 1 et u1 = 1. Si [K : F ] = d, le polynôme minimal P de πK est donc irréductible de degré d ;
son polygone de Newton n’a donc qu’un pente. Par ailleurs, si P = X d + ad−1 X d−1 + · · · + a0 ,
on a a0 = ±NK/F (πK ) et donc v(a0 ) = dv(πK ), ce qui implique que a0 est une uniformisante
de F . De plus, le fait que le polygone de Newton de P n’a qu’une pente se traduit par v(ai ) 
(d − i)v(πK ) > 0, et donc ai ∈ mK si 1  i  d. En conclusion P est d’Eisenstein. La réciproque
est une conséquence du lemme 2.5.

2.3. Monogénéité de l’anneau des entiers


Remarque 2.7. — On vient de démontrer que si K est une extension finie de F totalement
ramifiée, alors OK est monogène sur OF (i.e. il existe x ∈ OK tel que l’on ait OK = OF [x]). Il
s’agit là d’un cas particulier de la très utile proposition suivante.

Proposition 2.8. — Si K est une extension finie de F , et si kK /kF est séparable, alors OK est
une extension monogène de OF .

Démonstration. — Soient πF et πK des uniformisantes de F et K respectivement. Soit y ∈ OK


dont la réduction y modulo πK est un élément primitif de kK sur kF (l’existence d’un tel élément
est assurée par l’hypothèse kK /kF séparable). Soit P ∈ OF [X] unitaire dont la réduction P
modulo πF est le polynôme minimal de y sur kF . On a donc P (y) ≡ 0 mod. πK et P  (y) ≡ 0
mod πK car y est racine simple de P . On en déduit le fait que a → P (y+aπK ) = P (y)+aπK P  (y)
mod πK 2 n’est pas identiquement nul sur O , et donc qu’il existe x = y + aπ tel que P (x) soit
K K
10 PIERRE COLMEZ

une uniformisante de K. On peut alors utiliser le lemme 2.1 pour démontrer que les xi P (x)j
pour 0  x  f − 1 et 0  j  e − 1 forment une base de OK sur OF , et donc que x engendre
OK comme OF -algèbre.

2.4. Extensions non ramifiées et dévissage des extensions finies


Théorème 2.9. — (i) Si k est une extension finie séparable de kF , il existe une unique extension
non ramifiée F (k) de F dont le corps résiduel est k.
(ii) Si L est une extension finie de F et si kL /kF est séparable, alors F (kL ) ⊂ L, l’extension
L/F (kL ) est totalement ramifiée, et F (kL ) est l’unique extension non ramifiée de F ayant ces
deux propriétés.
Démonstration. — Soit α un élément primitif de k/kF , et soient P ∈ kF [X] son polynôme
minimal, et P ∈ OF [X] unitaire dont la réduction est P . D’après le lemme de Hensel, si L est
une extension finie de F dont le corps résiduel contient k, alors L contient un unique racine α
de P dont l’image dans kL est α. On a alors [F (α) : F ]  deg P = [k : kF ]. Comme d’autre
part, le corps résiduel de F (α) contient α par construction, on a f (F (α)/F )  [k : kF ] ; on
en déduit l’égalité [F (α) : F ] = [k : kF ] = f (F (α)/F ), ce qui implique que F (α)/F est non
ramifiée. Maintenant, si L est une extension finie de F de corps résiduel k, on a F (α) ⊂ L,
d’après la discussion précédente, et F (α) ayant même corps résiduel que L, l’extension L/F (α)
est totalement ramifiée ; en particulier, si L/F est non ramifiée, alors L = F (α). Ceci permet de
conclure, avec F (k) = F (α).
Remarque 2.10. — Soit F une clôture algébrique de F . Comme la composée de deux extensions
non ramifiée est non ramifiée, l’extension maximale non ramifiée F nr de F , réunion de toutes les
extensions non ramifiées de F , est un sous-corps de F .
Exemple 2.11. — Le polynôme X q − X n’a que des racines simples dans Fp , et ses racines
sont exactement les éléments de Fq . On en déduit le fait que Qp (Fq ) est le corps engendré par
les racines du polynôme X q − 1, c’est-à-dire par les racines (q − 1)-ièmes de l’unité. L’extension
maximale non ramifiée Qnrp de Qp est donc le sous-corps de Qp engendré par les racines de l’unité
d’ordre premier à p.
Exercice 6. — Si P ∈ OF [X] est unitaire et n’a que des racines simples dans kF , alors l’exten-
sion K de F engendrée par les racines de P est non ramifiée.
Exercice 7. — Montrer que, si K est de caractéristique 0, si kF est parfait de caractéristique p,
et si L est une extension finie de F , alors L contient l’anneau des vecteurs de Witt à coefficients
dans kL , et que F (kL ) est le composé de F et W (kL )[ 1p ].

Exercice 8. — (i) Montrer que Qnr p = ∪n∈N W (Fpn )[ p ].


1

p n’est pas fermé dans Cp , et que son adhérence est W (Fp )[ p ].


(ii) Montrer que Qnr 1

Exercice 9. — Soit F un corps local de corps résiduel kF de caractéristique p. Soit ϕ : F → F


un morphisme continu, et soit K une extension finie non ramifiée, de degré n, de F .
(i) Montrer que ϕ(OF ) ⊂ OF et ϕ(mF ) ⊂ mF . On note ϕ : kF → kF le morphisme induit.
(ii) On suppose que ϕ(x) = xp , si x ∈ kF . Soit x ∈ OK dont le polynôme minimal P =
X d + ad−1 X d−1 + · · · + a0 ∈ OF [X] sur F a une réduction P ∈ kF [X] qui est séparable. Montrer
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 11

qu’il existe y ∈ OK unique dont la réduction modulo mK est xp et qui est racine du polynôme
P ϕ défini par P ϕ (X) = X d + ϕ(ad−1 )X d−1 + · · · + ϕ(a0 ).
(iii) Montrer que ϕ s’étend de manière unique en un morphisme continu de K dans K tel que
le morphisme induit sur kK soit x → xp .
(iv) Plus généralement, montrer que si ϕ s’étend en un morphisme de kK dans kK , alors ϕ
s’étend de manière unique en un morphisme continu de K dans K tel que le morphisme induit
sur kK soit ϕ.

2.5. Extensions modérément ramifiées


Proposition 2.12. — Soit L/F une extension totalement ramifiée de degré n = n0 pk avec
(n0 , p) = 1. Alors L contient une unique extension K de F vérifiant [K : F ] = n0 . De plus, il
existe une uniformisante πK de K telle que πK n0
∈ F.
Démonstration. — Soit πL une uniformisante de L. On sait que πL est racine d’un polynôme
d’Eisenstein, et il existe donc πF uniformisante de F , et a1 , . . . , an−1 ∈ OF tels que l’on ait
πLn = uπF avec u = (1 + a1 πL + · · · + an−1 πLn−1 ) ∈ OL∗ vérifiant v(u − 1) > 0. Comme (n0 , p) = 1,
le lemme de Hensel permet de montrer que l’équation v n0 = u a une unique solution dans 1+ mL .
k
On a alors (v −1 πLp )n0 = πF , ce qui implique que L contient l’extension K définie par le polynôme
d’Eisenstein P (X) = X n0 − πF qui est totalement ramifiée de degré n0 sur F .
Supposons maintenant que L contienne deux extensions K1 et K2 de F de degré n0 . Si on
applique ce qui précède à ces deux extensions, on voit que si i ∈ {1, 2}, il existe une uniformisante
πi de Ki telle que πin0 ∈ F . Mais alors v(πi ) = n10 , ce qui implique que x = ππ12 est un élément
de OL∗ dont la puissance n0 -ième appartient à F . Comme les corps résiduels de L et F sont les
mêmes (puisque L/F est totalement ramifiée), on peut trouver u ∈ OF tel que v(xu−1 − 1) > 0.
Mais alors xu−1 est l’unique racine n0 -ième de xn0 u−n0 ∈ 1 + mF vérifiant v(xu−1 − 1) > 0, et
xu−1 ∈ 1 + mF d’après le lemme de Hensel. On a donc x ∈ F , ce qui prouve que K1 = K2 .

2.6. Extensions galoisiennes


Si L est une extension galoisienne finie de F et σ ∈ Gal(L/F ), on a v(σ(x)) = v(x) quel que
soit x ∈ L. On en déduit le fait que σ(OL ) = OL et σ(mL ) = mL et donc que σ passe au quotient.
On a donc une application naturelle de Gal(L/K) dans AutkF (kL ) qui est de manière évidente
un morphisme de groupes.
Définition 2.13. — On appelle sous-groupe d’inertie de Gal(L/F ) le noyau IL/F de l’applica-
tion naturelle de Gal(L/F ) sur AutkF (kL ). C’est un sous-groupe distingué de Gal(L/F ).
Proposition 2.14. — Soit L une extension finie de F telle que kL /kF soit séparable.
(i) Si L/F est galoisienne, alors kL est une extension galoisienne de kF .
(ii) Si L/K est non ramifiée, et si kL /kF est galoisienne, alors L/F est aussi galoisienne, et
on a Gal(F (k)/F ) ∼ = Gal(k/kF ).
(iii) Si L/F est galoisienne, alors l’application naturelle Gal(L/F ) → Gal(kL /kF ) est surjec-
tive, et le corps fixé par le sous-groupe d’inertie IL/F est F (kL ).
Démonstration. — Si L/F est galoisienne et α ∈ kL est un élément primitif de kL /kk , soit
P ∈ kF [X] son polynôme minimal, P ∈ OF [X] unitaire dont la réduction est P et α ∈ OF se
réduisant sur α. D’après la démonstration du th. 2.9, on a α ∈ F (kL ) ⊂ L et, comme L est
12 PIERRE COLMEZ

galoisienne, le polynôme P se décompose sur L sous la forme P (X) = (X − α1 ) . . . (X − αf ).


D’autre part, P étant unitaire à coefficients entiers, ses racines sont des entiers et les réductions
αi sont les racines de P qui se décompose sur kL ce qui montre que kL /kF est normale donc
galoisienne.
Réciproquement, si on suppose L/F non ramifiée et kL /kF galoisienne, alors P se décompose
sur kL sous la forme P (X) = (X − α1 ) . . . (X − αf ) et P a une racine unique αi ∈ F (kL ) = L se
réduisant sur αi . On en déduit le fait que P est scindé sur L et, comme L = F (α) = F (α1 , . . . , αf ),
que L est une extension galoisienne de F . De plus, Gal(L/F ) et Gal(kL /kF ) sont en bijection
naturelle avec les conjugués de α et l’application naturelle de Gal(L/F ) dans Gal(kL /kF ) est
une bijection.
Finalement, si L est une extension galoisienne de F , comme Gal(F (kL )/F ) ∼ = Gal(kL /kF ) est
IL/F
le quotient de Gal(L/F ) par IL/F , on a Gal(L/F (kL )) = IL/F et F (kL ) = L .

Proposition 2.15. — Si L/F est une extension galoisienne telle que kL /kF est séparable, et si
IL/F est le sous-groupe d’inertie de Gal(L/F ), alors IL/F a un unique p-sous-groupe de Sylow
+
IL/F qui est distingué dans IL/F et Gal(L/F ).

Démonstration. — Soit K = LIL/F . D’après la proposition 2.14, K est l’extension maximale


non ramifiée de F contenue dans L et L/K est galoisienne totalement ramifiée de groupe de
Galois IL/F . Les p-sous-groupes de Sylow de IL/F correspondent donc, via la correspondance
de Galois, aux extensions de K, contenues dans L et de degré premier à p, et comme il n’y a
qu’une seule extension ayant ces propriétés d’après la prop. 2.12, le groupe IL/F n’a qu’un seul
+
sous-groupe de Sylow que l’on notera IL/F . Maintenant, si g ∈ Gal(L/F ), alors gIL/F
+
g−1 est un
p-groupe contenu dans IL/F puisque IL/F est distingué dans Gal(L/F ). Il est donc inclus dans
+ +
IL/F puisque IL/F est l’unique p-Sylow de IL/F . Ceci permet de conclure.

Définition 2.16. — Le p-Sylow IL/F


+
de IL/F est le sous-groupe d’inertie sauvage.

2.7. Structure des extensions finies


Si on regroupe ce qui précède (propositions 2.12, 2.14 et 2.15 et théorème 2.9), on obtient
le théorème suivant décrivant la structure des extensions finies d’un corps complet pour une
valuation discrète.

Théorème 2.17. — Si L est une extension finie de F telle que kL /kF soit séparable, alors L
contient deux sous-extensions L0 ⊂ L1 de F qui sont uniquement déterminées par les propriétés
suivantes.
(i) L0 /F est non ramifiée,
(ii) L1 /L0 est totalement et modérément ramifiée,
(iii) L/L1 est totalement ramifiée de degré une puissance de p.
De plus, L0 = F (kL ), et il existe une uniformisante π de L1 telle que π [L1 :L0 ] ∈ L0 . Finalement,
+
IL/F
si L/F est galoisienne, alors L0 = LIL/F et L1 = L .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 13

3. Théorie de la ramification supérieure


3.1. Groupes de ramification (en numérotation inférieure)
À partir de maintenant, F est un corps local de caractéristique 0 dont le corps résiduel kF est
parfait de caractéristique p. En particulier, toutes les extensions de kF (et de F ) sont séparables,
et donc toutes les extensions finies de F peuvent se dévisser comme au théorème 2.17. De plus,
si L est une telle extension, alors OL est monogène sur OF (proposition 2.8).
Si L est une extension finie de F , on note vL la valuation de L normalisée par vL (L∗ ) = Z.
On a donc vL (x) = e(L/F )vF (x), si x ∈ F .
Lemme 3.1. — Soit L une extension galoisienne finie de F de groupe de Galois G, et soit x un
générateur de OL en tant que OF -algèbre. Alors si s ∈ G, vL (s(x) − x) = inf a∈OL vL (s(a) − a).
Démonstration. — Si a ∈ OL , il existe P ∈ OK [X] tel que l’on ait a = P (x) et s(a) − a =
P (s(x)) − P (x) est divisible par s(x) − x, ce qui montre que vL (s(a) − a)  vL (s(x) − x), ce qui
permet de conclure.
Définition 3.2. — Si s ∈ G, on pose iL (s) = vL (s(x) − x), ce qui ne dépend pas du choix de x
d’après ce qui précède.
Exercice 10. — Montrer que si iL (s) > 0, alors s fixe K = LIL/F et iL (s) = vL (s(πL ) − πL )
quelle que soit l’uniformisante πL de L.
Lemme 3.3. — Si s et t sont deux éléments de G, alors
(i) iL (sts−1 ) = iL (t).
(ii) iL (st)  inf(iL (s), iL (t)) avec égalité si iL (s) = iL (t).
Démonstration. — iL (sts−1 ) = vL (sts−1 (x) − x) = vL (s(t(s−1 (x)) − s−1 (x))) = vL (s−1 (x)) −
s−1 (x)) = iL (t) puisque s−1 (x) est un générateur de s−1 (OL ) = OL .
(ii) iL (st) = vL (st(x) − x) = vL (s(t(x) − x) + s(x) − x)  inf(vL (t(x) − x), vL (s(x) − x)) avec
égalité si vL (t(x) − x) = vL (s(x) − x).

Si u ∈ [−1, +∞[, on pose Gu = {s ∈ G | iL (s)  u + 1}


Proposition 3.4. — (i) Si u ∈ [−1, +∞[, Gu est un sous-groupe distingué de G.
(ii) G−1 = G.
(iii) Si u ∈] − 1, 0], Gu est le sous-groupe d’inertie IL/F de G.
(iv) Si u ∈]0, 1], Gu le sous-groupe d’inertie sauvage IL/F
+
de G.
(v) Gu = {1} si u est assez grand.
Démonstration. — Le (i) est une conséquence immédiate du lemme précédent, et le (ii) et le (v)
sont des évidences.
(iii) Comme vL ne prend que des valeurs entières, Gu = G0 si u ∈] − 1, 0]. Par définition, le
sous-groupe d’inertie est l’ensemble des s ∈ G tels que l’on ait vL (s(a) − a) > 0 quel que soit
a ∈ OL . Mais vL (y) > 0 est équivalent à vL (y)  1, ce qui montre que le sous-groupe d’inertie
n’est autre que G0 .
(iv) On a de même Gu = G1 si u ∈]0, 1]. Soit πL une uniformisante de L. Par définition, s ∈ G1
si et seulement si s ∈ G0 et s agit trivialement sur πL OL /πL2 OL . Soit η : G0 → kL∗ défini par
14 PIERRE COLMEZ

η(s) = s(πL )
mod πL . Comme s(u) ≡ u mod πL , si s ∈ G0 et u ∈ OL∗, on voit que η ne dépend
πL
 L ) s(πL )
pas du choix de πL . De plus, on a η(st) = s t(π πL πL = η(s)η(t) puisque s agit trivialement
sur kL∗ . Ceci fait de η un caractère de G0 dont le noyau est G1 . En particulier, G0 /G1 s’identifie
à un sous-groupe (fini) du groupe des racines de l’unité de kL∗ . Cela implique que G0 /G1 est
cyclique, et comme kL est de caractéristique p, cela implique que G0 /G1 est d’ordre premier à
+
p, et donc que G1 contient le p-Sylow IL/F de G0 .
I+
Soit pr e le cardinal de G0 , avec (p, e) = 1. Soient K0 = LIL/F et K = L L/F , ce qui fait de
K une extension totalement et modérément ramifiée de K0 . D’après le théorème de structure
des extensions modérément ramifiées, il existe πK uniformisante de K telle que πK e soit une

uniformisante de K0 ; en particulier s(π πK


K)
est une racine de l’unité d’ordre e, si s ∈ G0 . Par
r  s(πL ) pr
ailleurs, il existe u ∈ OL∗ tel que πK = uπL . On a donc s(π
p K)
πK ≡ πL mod πL . Comme s(π K)
πK
est une racine de l’unité d’ordre premier à p, on en déduit les équivalences
s(πK )  s(πL ) pr s(πL )
s ∈ IL/F
+
⇔ =1⇔ =1⇔ = 1 ⇔ η(s) = 1 ⇔ s ∈ G1 ,
πK πL πL
ce qui termine la démonstration de la proposition.

Définition 3.5. — Les sous-groupes Gu pour u ∈ [−1, +∞[ s’appellent les sous-groupes de
ramification de G. Ils forment une filtration décroissante de G par des sous-groupes distingués.

Remarque 3.6. — Si K est un sous-corps de L contenant F et x est un générateur de OL


sur OF , alors c’est a fortiori un générateur de OL sur OK . On en déduit le fait que si H est le
sous-groupe de G fixant K et u ∈ [−1, +∞[, alors Hu = H ∩ Gu .

3.2. Numérotation supérieure des groupes de ramification. — La remarque précédente


montre que la numérotation inférieure est bien adaptée pour l’inclusion (i.e. si l’on change le
corps F ). On peut se demander ce qui se passe par passage au quotient (i.e. si on remplace L par
un sous-corps K galoisien sur F ). Nous verrons que si H est un sous-groupe distingué de G, les
sous-groupes de ramifications de G/H sont les images de ceux de G, mais avec une numérotation
différente (théorème 3.10).

Proposition 3.7. — Soit H un sous-groupe distingué de G, et soit K le sous-corps de L fixe



par H. Alors, si σ ∈ G/H, on a iK (σ) = e(L/K)
1
s→σ iL (s).

Démonstration. — Si σ = 1 les deux membres valent +∞. Supposons donc σ = 1. Soit x (resp.
y) un générateur de OL (resp. OK ) comme OF -algèbre. Il s’agit de montrer que les deux éléments
a = y − σ(y) et b = s→σ (x − s(x)) ont la même valuation, ou encore qu’ils définissent le même
idéal de OL .
Soit P le polynôme minimal de x sur OK . On a P (X) = h∈H (X − h(x)). Si s0 est un élément
de G ayant pour image σ dans G/H, les autres sont de la forme s0 h, où h décrit H. Le polynôme
P − s(P ) a tous ses coefficients divisibles par y − s0 (y) = a ; on en déduit le fait, en l’évaluant
en x, que a divise b (on a P (x) = 0 et s0 (P )(x) = b).
Réciproquement, soit Q ∈ OF [X] tel que l’on ait y = Q(x). Le polynôme Q(X)− σ(y) s’annule
pour X = s0 h(x) si h ∈ H car Q(s0 h(x)) = s0 h(Q(x))) = s0 h(y) = σ(y) ; il est donc divisible
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 15

dans K[X] et dans OK [X] (lemme de Gauss) par le polynôme h∈H (X − s0 h(x)). Évaluer le
résultat en X = x montre que b divise a.
u
Soit ϕL/F la fonction de [−1, +∞[ dans lui-même, définie par ϕL/F (u) = 0 [G0dt:Gt ] , avec la
convention [G0 : Gt ] = [Gt : G0 ]−1 si t < 0. Cette fonction interviendra dans la renumérotation
des groupes de ramification à laquelle il a été fait allusion plus haut.

Lemme 3.8. — ϕL/F (u) + 1 = 1
e(L/F ) s∈G inf(iL (s), u + 1).

Démonstration. — Remarquons que les deux membres sont des fonctions continues de u affines
par morceaux et coïncidant pour u = 0 puisque iL (s)  1 si et seulement si s est dans le sous-
groupe d’inertie de G. Si u n’est pas un entier, la dérivée du membre de droite en u est égale
au nombre d’éléments de G vérifiant iL (g)  u + 1 divisé par e(L/F ), c’est-à-dire au nombre
d’éléments de Gu divisé par le cardinal de G0 , autrement dit à [G01:Gu ] , ce qui est aussi la dérivée
de ϕL/F (u) en u. Ceci permet de conclure.

Corollaire 3.9. — Si H est un sous-groupe de G, et si K = LH , alors ϕL/K (u) + 1 =


1 
e(L/K) s∈H inf(iL (s), u + 1).

Démonstration. — Il suffit d’appliquer le lemme précédent à l’extension galoisienne L/K.

Théorème 3.10. — (Herbrand)


(i) Gu H/H = (G/H)v avec v = ϕL/K (u).
(ii) ϕL/F = ϕK/F ◦ ϕL/K .

Démonstration. — σ ∈ Gu H/H si et seulement si il existe s ∈ Gu H tel que iL (s)  u + 1. Soit


j(σ) = sups→σ iL (s) et soit s0 réalisant le maximum.
1 
D’après la proposition 3.7, on a iK (σ) = e(L/K) h∈H iL (s0 h). D’autre part, par définition de
j(σ), on a iL (s0 h)  j(σ) = iL (s0 ) et, d’après le lemme 3.3, on a iL (s0 h)  inf(iL (s0 ), iL (h)),
avec égalité si iL (s0 ) = iL (h). On en déduit la formule iL (s0 h) = inf(iL (h), j(σ)) quel que soit
h ∈ H. On peut donc utiliser le corollaire 3.9 et on obtient iK (σ) = ϕL/K (j(σ) − 1) + 1. On en
tire les équivalences

σ ∈ Gu H/H ⇔ j(σ) − 1  u ⇔ϕL/K (j(σ) − 1)  ϕL/K (u) (ϕL/K croissante)


⇔iK (σ) − 1  ϕL/K (u) d’après ce qui précède
⇔σ ∈ (G/H)ϕL/K (u) .

Ceci termine la démonstration du i). Pour démontrer le ii) remarquons que les fonctions ϕL/F et
ϕK/F ◦ ϕL/K sont continues, affines par morceaux et coïncident en u = 0. D’autre part, si u n’est
pas un entier, la dérivée de ϕK/F ◦ ϕL/K en u est égale à ϕK/F (v)ϕL/K (u), avec v = ϕK/F (u)
c’est à dire à
|(G/H)v | |Hu | |Gu H/H| |Hu | |Gu |
= =
e(K/F ) e(L/K) e(K/F ) e(L/K) e(L/F )
ce qui n’est autre que la dérivée de ϕL/F en u. (La formule |Gu H/H||Hu | = |Gu | vient de ce que
Hu = Gu ∩ H et que l’on a la suite exacte 1 → Hu → Gu → Gu H/H → 1.)
16 PIERRE COLMEZ

Définition 3.11. — Soit ψL/F la fonction de [−1, +∞[ dans [−1, +∞[ réciproque de ϕL/F . On
définit la numérotation supérieure des groupes de ramification en posant Gv = GψL/F (v) , ou, ce
qui revient au même, Gu = GϕL/F (u) .

Proposition 3.12. — (i) G−1 = G−1 = G


(ii) Si u ∈] − 1, 0], Gu = Gu est le sous-groupe d’inertie de G.
(iii) Si u > 0, alors Gu est inclus dans le sous-groupe d’inertie sauvage de G et ce dernier est
la réunion des Gu pour u > 0.

Démonstration. — C’est une traduction de la proposition 3.4.


v
Exercice 11. — Montrer que ψL/F (v) = 0 [G
0 : Gt ]dt.

Proposition 3.13. — (i) ψL/F = ψL/K ◦ ψK/F .


(ii) (G/H)v = Gv H/H.

Démonstration. — Le (i) est une conséquence immédiate du (ii) du théorème d’Herbrand et du


fait que ψL/F est l’inverse de ϕL/F .
D’autre part, si K = LH , on a par définition (G/H)v = (G/H)x , avec x = ψK/F (v). Grâce
au (i) du théorème d’Herbrand, (G/H)x = Gw H/H, avec w = ψL/K (x) = ψL/F (v), et donc
Gw = Gv , ce qui permet de conclure.

Remarque 3.14. — Le (ii) de la proposition précédente montre que la numérotation supérieure


passe au quotient.

3.3. La différente
Si K est un corps local, et si πK est une uniformisante de K, un idéal fractionnaire a de K est
de la forme πKn O , où n ∈ Z est uniquement déterminé par a. On pose v (a) = n, si a = π n O .
K K K K
−1 −1
Si vK (a) = n, l’idéal a inverse de a vérifie vK (a ) = −n
Si L est une extension finie de F , et si a est un idéal fractionnaire de L, soit a∨ le dual de a pour
la forme bilinéaire (x, y) → TrL/F (xy). Autrement dit a∨ = {y ∈ L | TrL/F (xy) ∈ OF , ∀x ∈ a}.

Lemme 3.15. — (i) a∨ est un idéal fractionnaire de L.


(ii) La différente dL/F de l’extension L/F , inverse de OL∨ est un idéal de OK .
(iii) a∨ = a−1 d−1
L/F .
(iv) Si a (resp. b) est un idéal fractionnaire de L (resp F ), alors TrL/F (a) ⊂ b si et seulement
si a ⊂ bd−1L/F .
vL (adL/F )
(v) Si a est un idéal fractionnaire de L, alors vF (TrL/F (a)) = [ e(L/F ) ].

Démonstration. — Le (i) est évident. Le (ii) suit de ce que OL∨ contient OL et donc que son inverse
est contenu dans OL . Le (iii) suit du fait que aa−1 = OL et le (iv) est immédiat. Finalement,
compte-tenu du (iv), on a
vL (adL/F )
TrL/F (a) ⊂ πFb OF ⇔ a ⊂ πFb d−1
L/F ⇔ e(L/F )b  vL (adL/F ) ⇔ b  [ ],
e(L/F )
la dernière équivalence venant de ce que b ∈ Z.
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 17

Proposition 3.16. — Si e1 , . . . , ed est une base de OL sur OF , et si e∗1 , . . . , e∗d est la base de
L sur F , duale de e1 , . . . , ed pour la forme bilinéaire (x, y) → TrL/F (xy), alors les coordonnées
x1 , . . . , xd de x ∈ L dans la base e∗1 , . . . , e∗d , vérifient l’encadrement

inf vL (xi )  vL (x)  inf vL (xi ) − vL (dL/F ).


1id 1id

Démonstration. — Par définition de la différente, e∗1 , . . . , e∗d est une base de d−1
L/F
sur OF ; on en
d
déduit la seconde inégalité. La première vient de ce que l’on a x = i=1 TrL/F (ei x)e∗i , et donc
que xi = TrL/F (ei x), et ei ∈ OF .

Proposition 3.17. — (Transitivité de la différente) Si K (resp. L) est une extension finie de


F (resp. K), alors dL/F = dL/K dK/F .

Démonstration. — Une utilisation répétée du (iv) du lemme 3.15 nous fournit les équivalence
suivantes x ∈ d−1
L/F ⇔ TrL/F (xOL ) = TrK/F (TrL/K (xOL )) ⊂ OF ⇔TrL/K (xOL )) ⊂ dK/F
−1

⇔xOL ⊂ d−1 −1
L/K dK/F . On en déduit le résultat.

Proposition 3.18. — Soit x un générateur de OL comme OF -algèbre et soit P ∈ F [X] le


polynôme minimal de x sur F . Alors
(i) P ∈ OF [X]
(ii) dL/F est l’idéal de OL engendré par P  (x) ; autremant dit, vL (dL/F ) = vL (P  (x)).

Démonstration. — Posons P (X) = X n + an−1 X n−1 + · · · + a0 . On a v(a0 ) = v(NL/F (x)) =


nv(x)  0, et comme P est irréductible, la théorie des polygônes de Newton montre que v(ai )  0
si 1  i  n − 1, ce qui prouve le (i)
1
(ii) Soient x1 , . . . , xn les racines de P dans F . La décomposition en éléments simples de P (X)
dans F (X) est
1  n
1
= 
P (X) P (xi )(X − xi )
i=1

comme on le constate en multipliant les deux membres par X − xi et en évaluant le résultat en


X = xi . Développant les deux membres en séries entières de X1 , on obtient

1    1  xk−1   xk−1 
+∞ n +∞
1 i 1
an−1 = = Tr ,
Xn 1 + X + ··· + a0
Xn Xk P  (xi ) X k L/F P  (x)
k=1 i=1 k=1

ce qui permet d’obtenir les formules


 xk   xn−1 
TrL/F = 0, si k  n − 2 et Tr = 1.
P  (x) L/F
P  (x)
Utilisant le fait que les aj sont des éléments de OF , et développant brutalement le terme de
 k
gauche de l’identité ci-dessus, on obtient TrL/F Px (x) ∈ OF quel que soit k ∈ N. On en déduit
l’inclusion P  (x)−1 OL ⊂ d−1
L/F .
18 PIERRE COLMEZ

xi
Réciproquement, les P  (x) pour 0  i  n − 1 forment une base de L sur F et si y =
n−1 xi
i=0 b
i P  (x) ∈ d−1
L/F , où les bi sont des éléments de F , alors


j  xn−k+j 
TrL/F (xj y) = bn−j−1 + bn−k TrL/K ∈ OF ,
P  (x)
k=1

ce qui permet de démontrer que bn−j ∈ OF par récurrence sur j, et donc que d−1  −1
L/F ⊂ P (x) OL ,
ce qui termine la démonstration.

Corollaire 3.19. — Si L/F est une extension galoisienne, alors


 +∞
vL (dL/F ) = iL (s) = (|Gt | − 1)dt.
s∈G−{1} −1

Démonstration. — D’après ce qui précède, si x est un générateur de OL comme OF -algèbre, alors



vL (dL/F ) = vL (P  (x)) = vL ( s=1 (x − s(x))) = s=1 iL (s), ce qui démontre la première des
deux égalités. Pour démontrer la seconde, on peut faire une intégration par partie. La fonction
t → |Gt | − 1 est constante, égale à |Gi+1 | − 1, sur tout intervalle de la forme ]i, i + 1] ; sa dérivée

est donc +∞ i=−1 (|Gi+1 | − |Gi |)δi , où δi est la masse de Dirac en i. On obtient donc
+∞ +∞ 
+∞ 
+∞
(|Gt | − 1)dt = − (t + 1) (|Gi+1 | − |Gi |)δi = (|Gi+1 | − |Gi |)(i + 1),
−1 −1 i=−1 i=−1

et le résultat suit de ce que l’on a iL (s) = i + 1 si s ∈ Gi − Gi+1 .

Exercice 12. — Soit K = LG0 l’extension maximale non ramifiée de F contenue dans L, soit
πL une uniformisante de L, soit Q ∈ K[X] le polynôme minimal de πL sur K, et soit P (X) =
X −1 Q(X +πL ) ∈ L[X]. Montrer que l’on a NewtP (x)+ϕL/F (x) = vF (dL/F ) si x ∈ [0, [L : K]−1]
1
(où l’on a utilisé la valuation vF = e(L/F ) vL pour normaliser le polygone de Newton de P ).

Lemme 3.20. — Soient L ⊂ M deux extensions galoisiennes de F et w ∈ [−1, +∞[, alors


w w
M Gal(M/F ) ∩ L = LGal(L/F ) .
w
Démonstration. — Soient G = Gal(M/F ) et H = Gal(M/L). Alors M G ∩ L est le sous-
corps de L fixé par Gw H et donc aussi le sous-corps de L fixé par Gw H/H, et comme on a
Gw H/H = (G/H)w d’après la proposition 3.13, cela permet de conclure.

Corollaire 3.21. — Si K est une extension finie de F (pas nécessairement galoisienne) et w ∈


w
[−1, +∞[, le corps LGal(L/F ) ∩ K ne dépend pas de l’extension galoisienne L de F contenant
K. Il sera noté K [w] .
 
+∞
Proposition 3.22. — vF (dK/F ) = −1 1 − [K:K 1
[w] ] dw.

Démonstration. — Soit L une extension finie de K galoisienne sur F . On note G = Gal(L/F )


et H le sous-groupe de G fixant K. D’après la formule de transitivité pour les différentes et le
corollaire précédent, on a
+∞
1
vF (dK/F ) = vF (dL/F ) − vF (dL/K ) = (|Gt | − |Ht |)dt.
e(L/F ) −1
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 19

Effectuons alors le changement de variable t = ψL/F (w). On a Gt = Gw , Ht = Gt ∩ H = Gw ∩ H


 
 +∞ |Gw ∩H|
et ψL/F (w) = e(L/F
w
|G |
)
, ce qui nous donne la formule vF (dK/F ) = −1 1 − w
|G |
Pour conclure, remarquons que K [w] est le sous-corps de L fixé par Gw H (qui est un groupe
|Gw ||H| w w
w est distingué dans G) et donc [K : K [w] ] = |G ||H| 1 = |G | .
de cardinal |G w ∩H| car G |Gw ∩H| |H| |Gw ∩H|

Corollaire 3.23. — L’extension K/F est non ramifiée si et seulement si dK/F = OK .

Démonstration. — D’après la formule ci-dessus, vF (dK/F ) = 0 si et seulement si K = K [w] quel


que soit w > −1. Comme w → K [w] est croissante, on voit que vF (dK/F ) = 0 si et seulement
si K = K [0] . On conclut en remarquant que K [0] est l’extension maximale non ramifiée de F
contenue dans K puisque, si L est une extension galoisienne finie de F contenant K, le groupe
Gal(L/F )0 est le sous-groupe d’inertie de Gal(L/F ).
Exercice 13. — Soit a ∈ Zp , tel que a ne soit pas une puissance p-ième dans Qp .
(i) Montrer que L = Qp (µp , a1/p ) est une extension galoisienne de Qp , et déterminer son
groupe de Galois.
(ii) Déterminer, selon les valeurs de a, les sous-groupes de ramification, le conducteur et la
différente de L sur Qp .

3.4. Conducteur d’une extension


D’après la proposition 3.13, la numérotation supérieure des groupes de ramification passe au
quotient. On peut donc l’étendre à une extension galoisienne infinie en définissant Gal(L/F )v
comme le sous-groupe des éléments de Gal(L/F ) dont l’image dans Gal(K/F ) est dans
Gal(K/F )v , quelle que soit la sous-extension galoisienne finie K de L.
On peut en particulier prendre pour L une clôture algébrique F de F , et définir les sous-
−1
groupes Gw F de GF . En particulier, GF = GF ; le sous-groupe d’inertie IF de GF est égal GF
w

pour tout w ∈] − 1, 0] et le sous-groupe d’inertie sauvage de GF est la réunion des Gw F , avec


w > 0.
(w) Gt
Si w  0, on note F l’intersection des F F , pour t > w−1. Si L ⊂ F est une extension de F ,
(w)
et si w  0, on note L(w) le sous-corps L∩F de L, et on définit le conducteur c(L/F ) ∈ [0, +∞]
de L comme la borne inférieure de l’ensemble des w tels que L(w) = L. Si L est une extension
finie de F , et si w − 1 n’est pas un saut de la filtration (i.e. si L[w−1−ε] = L[w−1+ε] quel que soit
ε > 0), le corps L(w) coïncide avec le corps L[w−1] défini au cor. 3.21.
Remarque 3.24. — D’après la prop. 3.22, le conducteur est relié à la valuation de la différente
par la formule
+∞   c(L/F )  
1 1
vF (dL/F ) = 1− dw = 1 − dw.
−1 [L : L[w] ] 0 [L : L(w) ]
On en déduit l’encadrement
1
c(L/F )  vF (dL/F )  c(L/F ).
2
Lemme 3.25. — (i) c(L/F ) = 0 si et seulement si L est une extension non ramifiée de F ;
(ii) c(L/F ) = 1 si et seulement si L est une extension modérément ramifiée de F ;
(iii) c(L1 L2 /F ) = sup(c(L1 /F ), c(L2 /F )), si L1 et L2 sont deux extensions de F .
20 PIERRE COLMEZ

Démonstration. — Les deux premiers points sont de simples traductions de la prop. 3.12, et
l’inégalité c(L1 L2 /F )  sup(c(L1 /F ), c(L2 /F )) est immédiate sur la définition du conducteur.
(w) (w)
Réciproquement, si w = sup(c(L1 /F ), c(L2 /F )), on a L1 ⊂ F et L2 ⊂ F , et donc L1 L2 ⊂
(w)
F et c(L1 L2 /F )  w. Ceci permet de conclure.
(w)
Remarque 3.26. — On peut retraduire le (i) du lemme précédent en disant que F est l’ex-
nr (1)
tension maximale non-ramifiée F de F si w < 1, et le (ii) en disant que F est l’extension
maximale modérément ramifiée F mod de F .
La démonstration du résultat suivant nous entrainerait un peu loin, mais nous en verrons un
cas particulier plus loin.
Théorème 3.27. — (Hasse-Arf) Si L/F est une extension abélienne, c(L/F ) est un entier.
Remarque 3.28. — Jannsen et Wingberg ont donné en 1982 une description du groupe GF
dans le cas d’une extension finie F de Qp , p  3. Le groupe GF est topologiquement engendré
par [F : Qp ] + 3 éléments, et il y a deux relations dont une un peu désagréable à écrire... Le
résultat est que ce groupe de dépend que de [F : Qp ], de |kF | et du nombre de racines de l’unité
d’ordre une puissance de p dans F mod . En particulier, connaître GF en tant que groupe abstrait
ne permet absolument pas de retrouver F . Par contraste, Mochizuki a montré en 1996, que GF
muni de sa filtration par les Gw F permettait de retrouver F , ce qui montre que la filtration par
les sous-groupes d’inertie est un invariant très fin.
L’exercice ci-dessous montre comment on peut retrouver kF en ne connaissant que Gw F pour
w  0 et ∪w>0 GF . La démonstration complète du théorème de Mochizuki utilise des techniques
w

nettement plus sophistiquées de « théorie de Hodge p-adique » dont le chapitre suivant donnera
un avant-goût.
Exercice 14. — Soit F une extension finie de Qp de corps résiduel Fq , et soit π une unifor-
misante de F . Les corps F nr et F mod sont des extensions galoisiennes de F . On note G =
Gal(F mod /F ), H = Gal(F mod /F nr ) et Γ = Gal(F nr /F ). Le sous-groupe H de G est donc dis-
tingué et on a Γ = G/H.
(i) Montrer que le groupe Gal(Fqn /Fq ) est isomorphe à Z/nZ, avec x → σ(x) = xq comme
générateur. En déduire que Gal(Fq /Fq ) est isomorphe à Z =  premier Z , et est topologiquement
engendré par σ.
(ii) Montrer que Γ est isomorphe à Z et est topologiquement engendré par σ, où σ(ζ) = ζ q si
ζ est une racine de l’unité d’ordre premier à p.
(iii) Montrer que F mod est la réunion des F nr (π 1/n ), pour n premier à p.
1/n )
(iv) Montrer que τ → τ (ππ 1/n est un isomorphisme de Gal(F nr (π 1/n )/F nr ) sur µn , groupe des
racines n-ièmes de l’unité dans F nr . En déduire que H est abélien, isomorphe à =p Z .
(v) On choisit un relèvement σ̃ de σ dans G Montrer que l’on a σ̃τ σ̃ −1 = τ q , si τ ∈ H.
(vi) Montrer que, si g est n’importe quel élément de G dont l’image dans Γ en est un générateur
topologique, alors l’image de H par τ → gτ g−1 τ −1 est d’indice q − 1 dans H.
(vii) On suppose maintenant que l’on sait juste que F est un corps local de caractéristique 0
de corps résiduel kF fini, mais que l’on connait GF comme groupe topologique abstrait muni de
sa filtration par les GwF . Donner une recette permettant de retrouver kF .
CORPS LOCAUX, NOTES DU COURS DE M2 21

Pierre Colmez

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