Infections par hépatites chez VIH à Gabon
Infections par hépatites chez VIH à Gabon
net/publication/321154183
CITATIONS READS
5 162
8 authors, including:
Some of the authors of this publication are also working on these related projects:
All content following this page was uploaded by Berthold Bivigou Mboumba on 15 January 2018.
[Link]
Le sommaire de ce numéro
[Link]
revues/medecine/mst/[Link]?type=
[Link]
Montrouge, le 23/09/2017
B. Bivigou-Mboumba
Vous trouverez ci-après le tiré à part de votre article au format électronique (pdf) :
Portage des infections à hépatites virales B, C et E chez les patients infectés par le VIH à Franceville
au Gabon : étude transversale rétrospective
paru dans
Médecine et Santé Tropicales, 2017, Volume 27, Numéro 3
Ce tiré à part numérique vous est délivré pour votre propre usage et ne peut être transmis à des tiers qu’à des fins de recherches personnelles
ou scientifiques. En aucun cas, il ne doit faire l’objet d’une distribution ou d’une utilisation promotionnelle, commerciale ou publicitaire.
Tous droits de reproduction, d’adaptation, de traduction et de diffusion réservés pour tous pays.
# John Libbey Eurotext, 2017
Article original Médecine et Santé Tropicales 2017 ; 27 : 274-280
ur
Hepatitis B, C, and E infection among HIV-infected patients in Franceville,
Gabon: retrospective cross-sectional study
te
Bivigou-Mboumba B.1, Rouet F.1, Mouinga-Ondeme A.1, Deleplancque L.1, Sica J.2, Ndjoyi-Mbiguino A.3,
Njouom R.4, François-Souquière S.1
1
Centre international de recherches médicales de Franceville, BP 769 Franceville, Gabon
2
Ministère de la Santé, Franceville, Gabon
3
Ministère de la Santé, Owendo, Gabon
au
4
Centre Pasteur du Cameroun, Yaoundé, Cameroun
Résumé. L’accès aux antirétroviraux a permis de Abstract. Access to antiretrovirals has increased
prolonger l’espérance de vie des patients vivant the life expectancy of patients living with HIV.
avec le VIH. Toutefois, les co-infections VIH- However, HIV-viral hepatitis coinfections in coun-
hépatites virales, dans les pays endémiques pour tries endemic for these infections make manage-
ces infections, constitue un problème pour une ment more difficult. To determine the extent of
bonne prise en charge. Afin de connaı̂tre l’ampleur
rt these coinfections in Gabon, we investigated
de telles co-infections au Gabon, nous avons markers of hepatitis B, C, and E viruses in 762 adults
recherché, par technique ELISA, les marqueurs infected with HIV-1 by ELISA. We used real-time
d’infection par les virus des hépatites B, C, et E chez PCR to quantify plasma HBV DNA (HBV VL) and
762 adultes infectés par le VIH-1. La quantification amplified HCV and HEV RNA by nested RT-PCR and
pa
de l’ADN plasmatique du VHB (CV VHB) a été [Link] seroprevalence of chronic hepatitis B
effectuée par PCR en temps réel. Les amplifications infection was 9.3 %. Among patients with isolated
des ARN VHC et VHE ont été effectuées par RT-PCR HBcAc profiles, the prevalence of occult hepatitis B
et PCR nichées. La séroprévalence de l’infection à infection was 26.7 %, for a real prevalence
hépatite B chronique était de 9,3 %. Parmi les (detectable CV-HBV) of 17.3 % of the total
patients avec des profils AcHBc isolés, la prévalence population. HCV seroprevalence was 8.8 %. Of
de l’infection à hépatite B occulte était de 26,7 %, the 67 HIV-positive patients, 76.1 % had replicative
soit une prévalence réelle (CV-VHB détectables) de profiles (detectable HCV RNA), that is, 6.7 % of the
17,3 % sur la population totale. La séroprévalence total population. For hepatitis E, seroprevalence
à
VHC était de 8,8 %. Parmi les 67 patients séropo- was 3.5 %. No case of chronic HEV infection was
sitifs, 76,1 % avaient des profils réplicatifs (ARN found.
VHC détectables), soit une prévalence globale de In conclusion, this study highlights a high rate of
6,7 % sur la population totale. Pour l’hépatite E la HIV-Hepatitis B, C and E coinfections in Gabon. In
séroprévalence était de 3,5 %. Aucune infection addition, we show the interest of looking for
chronique VHE n’a été retrouvée. En conclusion, chronic infections (replicative profiles) in HIV-
ré
cette étude met en évidence un fort taux de co- infected patients in Gabon. The establishment of
infections VIH-Hépatites B, C et E au Gabon. Par technical platforms for this type of research,
ailleurs, nous montrons l’intérêt de rechercher les accessible to middle-income countries, is neces-
infections chroniques (profils réplicatifs) chez les sary.
patients infectés par le VIH au Gabon. La mise en
Ti
place de plateaux techniques pour ce type de Key words: HIV coinfection, hepatitis B, hepatitis C,
recherche, accessible aux pays à revenus inter- hepatitis E, Gabon.
doi: 10.1684/mst.2017.0698
médiaires s’impose.
Mots clés : Co-infection VIH, hépatite B, hépatite C,
hépatite E, Gabon, Afrique.
Correspondance : Bivigou-Mboumba B
<[Link]@[Link]>
Pour citer cet article : Bivigou-Mboumba B, Rouet F, Mouinga-Ondeme A, Deleplancque L, Sica J, Ndjoyi-Mbiguino A, Njouom R, François-Souquière S. Portage des infections
274 à hépatites virales B, C et E chez les patients infectés par le VIH à Franceville au Gabon : étude transversale rétrospective. Med Sante Trop 2017 ; 27 : 274-280. doi : 10.1684/
mst.2017.0698
© John Libbey Eurotext, 2017
Portage des infections à hépatites virales B, C et E chez les patients infectés par le VIH à Franceville au Gabon
ur
hépatites virales, demeure un problème récurrent pour une de 15 ans) infectés par le VIH-1, et suivis au Centre de traitement
bonne prise en charge globale des PVVIH. ambulatoire (CTA) de Franceville entre mars 2010 et jan-
Dans le cas de la co-infection VIH-VHB, le pronostic vier 2013. Nous disposions, pour le même patient d’un aliquot
de l’hépatite B est aggravé. Le risque de passage de de plasma dédié aux tests sérologiques et d’un échantillon de
l’hépatite aigüe B à la chronicité et le risque de réactiva- plasma utilisé pour les tests moléculaires. Cette étude a reçu
tion chez les porteurs inactifs du VHB sont augmentés [1], l’approbation du Comité national d’éthique gabonais, référen-
te
les séroconversions spontanées HBs ou HBe sont moins cée PROT N˚0021/2013/SG/CNE.
fréquentes [2], la progression vers la fibrose est plus
rapide et le risque de carcinome hépatocellulaire est plus Tests sérologiques et moléculaires
élevé [3, 4]. pour l’hépatite B
Chez les patients VIH-VHC, l’augmentation de la virémie du
Le diagnostic du VHB chez les PVVIH a été effectué suivant
VIH [5, 6] est un facteur favorisant le passage à la chronicité de
au
l’algorithme illustré par la Figure 1. Tous les tests Elisa utilisés
l’hépatite C, de progression rapide de la fibrose hépatique vers
ont été réalisés selon les recommandations du fabricant
la cirrhose et d’un risque accru de transmission du VHC par voie
(Gamme Monolisa, Bio-Rad, Marnes-La-Coquette, France). La
sexuelle et verticale [7, 8].
quantification de l’ADN plasmatique du VHB (CV VHB) a été
En cas d’infection par le virus de l’hépatite E (VHE), le VIH
réalisée sur tous les positifs en AgHBs et chez tous les porteurs
est un facteur favorisant la chronicité [9, 10].
d’Ac anti-HBc isolés. Chez ces derniers, nous avons évalué le
Par ailleurs, l’utilisation combinée de molécules actives à
portage d’infection occulte à VHB, qui se définit par la présence
la fois contre le VIH et le VHB, et de molécules anti VHC
d’ADN en absence d’AgHBs [23]. Pour ce faire, nous avons
implique que le diagnostic soit effectué de manière certaine
utilisé une technique de PCR en temps réel, avec un seuil de
rt
[11, 12] et ce afin d’éviter les risques d’apparition de mutants
détection de 100 copies/mL (soit 20 UI/mL), comme précé-
viraux.
demment décrit [24].
En Afrique subsaharienne, les études de prévalence ont
souvent été effectuées sur la base de la détection des marqueurs
sérologiques (Ag et Ac) des infections à VHB et à VHC [13, 14]. Tests sérologique et moléculaire
pa
Les premières études faites sur la détection génomique des VHB pour l’hépatite C
et VHC ont été réalisées chez les donneurs de sang et ce, afin de Le diagnostic sérologique a été effectué avec la trousse Elisa
sécuriser la transfusion [15, 16]. Ces études ont permis de Monolisa Ag-Ab Ultra (Bio-Rad, Marnes-La-Coquette, France)
démontrer, dans le cas du VHB par exemple, que l’ADN VHB [25]. L’extraction d’ARN plasmatique a été effectuée à l’aide de la
(marqueur moléculaire) est plus fréquemment retrouvé que trousse QIAamp viral RNA mini kit (Qiagen, Courtabœuf,
l’AgHBs (marqueur sérologique) De fait, la prise en charge qui France). Nous avons effectué une RT-PCR suivie d’une PCR
commence avec le diagnostic sérologique devrait être complété nichée avec des amorces ciblant la région 5’UTR, ayant un seuil
par le diagnostic moléculaire, particulierement chez les PVVIH de détection de 1000 UI/mL, pour amplifier un fragment de
[5]. 262 pb [26, 27].
à
avec une séroprévalence de 13,2 % dans la province du Haut- trousses Elisa Wantai HEV-IgM et Wantai HEV-IgG (CliniScien-
Ogooué (dans laquelle la présente étude a été réalisée) [20]. ces, Nanterre, France) pour la recherche des anticorps. Cinq mL
Enfin pour le VHE, la première étude sur l’infection à VHE d’ARN extrait à l’aide de la trousse QIAamp viral RNA mini kit
remonte à 1995 avec une séroprévalence des Ac anti VHE IgG (Qiagen, Courtabœuf, France), ont été utilisés pour réaliser une
de 11,5 % [21]. Toutefois, des études récentes menées chez les RT-PCR suivie d’une PCR nichée [28] ciblant un fragment de
172 pb situé dans le gène de la méthyltransférase dans l’ORF1.
Ti
Ac anti-HBc totaux
(IgM et IgG)
ur
+ -
Ag HBs Ac anti-HBs
te
+ -
au
-
Recherche
ADN VHB
Figure 1. Algorithme de détection des profils infectieux et non-infectieux du VHB chez les patients vivant avec le VIH.
Figure 1. Algorithm for the detection of infectious and non-infectious HBV profiles in HIV-infected patients.
rt
Statistica, version 7.1. [Link]). Les résultats avec Séroprévalences des infections
p < 0,05 ont été considérés comme statistiquement significatifs.
à hépatites virales
Les tests sérologiques (tableau 1), montraient une séropréva-
Résultats
pa
lence de l’AgHBs de 9,3 % (IC95 % [8,2-10,4]). Cette séropré-
valence était plus importante chez les hommes avec 13,4 %
Caractéristiques de la population d’étude (IC95 % [10,9-15,7]) que chez les femmes avec 7,8 % (IC95 %
Ont été inclus 762 patients, soit 202 hommes (26,5 %) et [6,7-8,9]) (p < 0,05). Les individus âgés de 30 à 60 ans étaient
560 femmes (73,5 %). Avec un minimum de 17 ans et un les plus représentés avec des prévalences de 10,2 % (IC95 %
maximum de 80 ans, la moyenne d’âge était de 42,3 10,7 ans. [8,6-11,7]) et 10,5 % (IC95 % [8,5-12,5]) pour les 30-45 ans et 45-
Ce sont 507 (66,5 %) PVVIH qui étaient sous traitement 60 ans respectivement. La séroprévalence de l’infection à
antirétroviral. Le taux de CD4 médian était de 337 cellules/ hépatite C était de 8,8 % (IC95 % [7,8-9,8]). La tranche d’âge
mL (EIQ ; 175 - 498). des plus de 61 ans enregistrait la séroprévalence la plus
à
Tableau 1. Prévalences sérologique, en pourcentage, des co-infections VIH/ hépatites B (sur la base des AgHBs Pos), C (sur la base des Ag-Ac VHC Pos)
et E (sur la base des Ac antiVHE IgG Pos), selon le sexe et les tranches d’âges.
Table 1. Serological prevalence as a percentage, of HIV/hepatitis B coinfections (based on HBsAg Pos), C (based on Ag-Ac HCV Pos), and E (based on anti-HEV IgG Pos)
by sex and age groups.
ré
importante, avec 44,4 % (IC95 % [37,0-51,80]). Parmi les patients les plus âgés (> 60 ans) enregistraient les plus fortes
patients Ag-Ac VHC+, la prévalence des infections réplicatives prévalences d’infection réplicative (figure 3).
était plus élevée chez les individus de plus de 60 ans (95 %),
suivi des individus âgés entre 45 et 59 ans (81,5 %) (figure 5). La Détection de l’ARN VHE
séroprévalence du VHE, sur la base Ac anti-VHE IgG, était de
Aucun échantillon positif en sérologie n’a été amplifié par RT-
3,5 % (IC95 % [2,8-4,2]). Cette dernière était plus importante
ur
PCR.
chez les hommes, avec 7,8 % (IC95 % [5,9-9,7]) que chez les
femmes avec 1,7 % (IC95 % [0,0-3,6]), (p < 0,05). Aucun patient
n’était porteur d’Ac anti-VHE IgM. Analyses statistiques
Selon le niveau de CD4 des PVVIH, il n’y avait aucune différence
Quantification de l’ADN VHB statistiquement significative de séroprévalence VHB et VHC
(figure 4). Par contre, nous obtenions des prévalences
te
La CV VHB a été réalisée sur les 71 plasmas trouvés positifs en
AgHBs. De même, elle a été pratiquée chez tous les 228 patients statistiquement plus importantes en ADN-VHB et en ARN-
présentant un profil Ac Anti-HBc isolé, afin de rechercher des VHC chez les patients dont le niveau de CD4 était < 200/mm3
hépatites B occultes (50 UI/mL < CV < 200 UI/mL). La CV VHB (p < 0,05) et compris entre 200 et 349/mm3 (p < 0,05)
était détectable dans tous les plasmas positifs pour l’AgHBs (71/ (figure 4).
71, soit 100 %) avec une valeur médiane de 3200 UI/mL (EIQ ; S’agissant des infections par le VHC, nos résultats montraient
au
982-1 692 000 000), une valeur minimale de 121 UI/mL et une que les patients de plus de 60 ans étaient réplicatifs dans 95 %
valeur maximale de 35 800 000 UI/mL. Parmi les porteurs d’Ac des cas, 81,5 % pour les patients de 45 à 49 ans, 46,6 % pour
anti-HBc isolé, 26,7 % (61/228) avaient une CV VHB détectable ceux de 30 à 44 ans et de 60 % pour ceux de 15 à 29 ans. La
avec une valeur médiane de 48 UI/mL (EIQ ; 103-529), une différence est statistiquement significative entre 30 à 44 ans
valeur minimale de 20 UI/mL et une valeur maximale de versus 45 à 49 ans (p < 0,05) et entre 30 à 44 ans versus plus de
51 600 000 UI/mL. Avec une prévalence de VHB occulte de 60 ans (p < 0,001) (figure 5). Sur les 9 échantillons séropositifs
8,0 % dans notre population d’étude, la prévalence totale des pour VHE, la prévalence était statistiquement plus importante
patients ayant une CV VHB détectable était de 17,3 % (132/762) chez les hommes avec 7,8 % que chez les femmes avec 1,7 %,
(figure 2A). Comparativement, les séroprévalences du portage (p < 0,05).
de l’AgHbS demeuraient inférieures à celles des prévalences en
rt
ADN-VHB dans toutes les tranches d’âges (figure 3). Discussion
Dans les pays à revenu intermédiaire, les tests sérologiques
Détection de l’ARN VHC demeurent souvent les seuls moyens accessibles pour diag-
pa
Sur 67 échantillons séropositifs pour le VHC, 51 étaient positifs nostiquer une infection, les techniques de biologie moléculaire
en ARN VHC, soit 76,1 % (IC95 % ; [70,9-81,3]). Raportée à la n’étant pas disponibles en routine. Notre étude est, dans ce sens,
population totale, nous obtenions une prévalence d’infection très importante car elle permet de connaı̂tre l’étendue des co-
VHC réplicative de 6,7 % (IC95 % [5,8-7,6]) (figure 2). Les infections par des virus hépatotropes.
A B
20 % ∗ %
à
20
17,3
15
15 ∗∗
9,3 8,8
8,0
ré
10.0 6,7
10.0
5.0 5.0
0.0 0.0
Ti
Figure 2. (A) Prévalences en ADN VHB, AgHBs et en hépatite B occultes d’ADN VHB sur la population totale ; (B) Séroprévalence de l’infection à VHC et prévalence
d’infection réplicative à VHC (ARN VHC+), (* : p < 0,05 ; ** p < 0,001).
Figure 2. (A) Prevalence rates of DNA HBV, HBsAg and occult Hepatitis B in the total population; (B) seroprevalence of HCV infection and prevalence of replicative HCV
infection (RNA HCV+).
(* : p < 0,05; ** p <0,001).
A B
% %
60 60
% AgHBs % ADN VHB
50 % HCV Ac-Ag 50
42,5 % ARN VHC
ur
40 40
40,4
30 30
te
0 0
15-29 30-44 45-59 >60 15-29 30-44 45-59 >60 Tranches d’âges
(ans)
Figure 3. Pourcentages des AgHBs, Ag-Ac VHC, ADN VHB et ARN VHC par tranche d’âge.
Figure 3. Percentages of HBsAg, HCV Ag-Ab, HBV DNA, and HCV RNA by age group.
au
Nous montrons que la séroprévalence de l’infection à VHB d’animal porteur de VHE (porc ou autre) et la contamination
(AgHBs) dans cette population VIH est de 9,3 %. Elle confirme orofécale (eau contaminée) [34, 35]. Il existe vraisemblablement
les études menées précédemment au Gabon, où la prévalence des différences de facteurs de risque entre les deux pays. La
chez les femmes enceintes était de 9,2 % [17]. Au Cameroun, prévalence est plus importante chez les hommes (7,8 %) que
une prévalence bien plus élevée de 23,7 % a été annoncée mais chez les femmes (1,7 %), Il semble donc être les plus exposés. À
concernant des patients non traités [29] alors que chez des l’inverse, pour les femmes, notre résultat est très en deçà de
patients sous TAR, une autre étude a rapporté une prévalence celui obtenu chez les femmes enceintes VIH+ (7,1%) par Caron
de 10,1 %, se rapprochant de nos résultats [30]. La mise sous TAR
rt et al. en 2012 [36]. La différence notable entre ces deux études
des PVVIH semble favoriser une diminution de la présence de est le statut de femme enceinte, mais aucune étude n’a montré
l’AgHBs [29]. une plus grande susceptibilité au VHE durant la grossesse. Le
La séroprévalence de l’infection à VHC dans notre étude est fait de ne pas pouvoir amplifier le VHE montre que ce sont des
de 8,8 %. Cette dernière est plus basse que celle retrouvée dans infections anciennes, non chroniques. Ceci est généralement le
pa
la population générale (11,2 % en moyenne dans tout le Gabon cas dans de nombreuses études [33, 37].
et 13,2 % dans le Haut-Ogooué) [20]. Mais il est reconnu que la La prévalence des hépatites B occultes (Ac-antiHBc+,
prévalence VHC est très variable suivant les zones géographi- AgHBs- et ADN VHB+) de 8,0 %, permet de ramener la
ques et surtout est correlée avec l’âge. Il est donc difficile de prévalence réelle (sur la base de la présence d’ADN VHB) de
faire les comparaisons avec les études précédemment effec- l’infection à hépatite B de 9,3 % (AgHBs+) à 17,3 % dans notre
tuées au Gabon [31, 32]. Au Cameroun, les prévalences VHC population. L’usage de la biologie moléculaire nous donne aussi
chez les PVVIH varient de 7.2 % à 12.4 % [29], ce qui est la réelle prévalence de l’infection réplicative à VHC dans cette
comparable avec nos données. population qui est de 6,7 % soit 76,1 % de réplicatifs parmi les
La séroprévalence du VHE de 3,5 % retrouvée dans notre séropositifs en VHC (8 %). La prévalence des profils réplicatifs
à
étude est plus faible que celle trouvée au Cameroun (14,2 %) de cette étude est supérieure à celle faite précédemment dans la
[33]. Les facteurs de risque connus étant le contact avec la viande population générale au Gabon où la prévalence d’infection
A B
ré
% %
35 35
% AgHBs % ADN VHB
30 30 % ARN VHC
% Ag-Ac VHC
25 25
∗
20 20
∗ 17
15
Ti
15 15 13
11,1 11,4
10,4 9,7
9
10 10
10,6
5 7,7 8,1 5 8,2
6,2 5,5 6,7 6,5
0 0 Nombre
≤ 200 200-350 351-500 > 500 ≤ 200 200-350 351-500 > 500
de CD4/mm3
Figure 4. Pourcentages des AgHBs, Ag-Ac VHC, ADN VHB et ARN VHC en fonction des taux de CD4 (*: p < 0,05).
Figure 4. Percentage of HBsAg, HCV Ag-Ab, HBV DNA and HCV RNA by CD4 count. (* : p < 0.05).
ur
80 53,4
physiopathologie des patients.
60 95
40
81,5 Conclusion
60
46,6
L’algorithme de diagnostic utilisé dans cette étude a permis de
20
mettre en évidence plusieurs profils de l’infection à VHB chez
te
0
les PVVIH. Cette étude a également permis de déterminer
15-29 30-44 45-59 >60 Tranches d’âges précisément les patients ayant des infections réplicatives,
(ans)
aussi bien pour le VHB que le VHC. Le pourcentage
VHC non réplicatifs VHC réplicatifs de l’infection réelle par le VHB, sur la base de la présence
d’ADN VHB, est pratiquement le double de l’infection à VHB
au
identifiée sur la base des tests sérologiques uniquement
Figure 5. Pourcentages des infections VHC réplicatives et non réplicatives parmi les (AgHBs). N’ayant pas effectué la recherche des infections
PVVIH séropositifs en VHC selon les tranches d’âge (* : p < 0,05 ; ** : p < 0,001). VHC occultes, nous ne pouvons pas conclure sur le taux de
Figure 5. Percentage of replicative and non-replicative HCV infections among réplication réelle chez les PVVIH au Gabon. Cette approche est
HIV/HCV coinfected patients, by age group (* : p < 0.05; ** : P < 0,001). indispensable afin d’ajuster le traitement des patients ainsi que
pour améliorer leur prise en charge globale. Concernant
réplicative était de 5,2 % (soit 46,4 % de réplicatifs parmi les l’hépatite E, la surveillance épidémiologique ou en rapport
séropositifs) [20]. Nos données semblent indiquer plus avec des cas cliniques avérés doit être également poursuivie,
d’infections réplicatives chez les PVVIH que dans la population afin de connaı̂tre les facteurs de risques de cette infection
générale. Toutefois, vu les récentes découvertes des infections
rt au Gabon.
VHC occultes (qui se définit comme la détection d’ARN dans le
foie et dans les cellules mononuclées du sang périphérique en Liens d’intérêt : les auteurs déclarent ne pas avoir de lien
absence d’Ac-antiVHC et d’ARN dans le sérum) [38], il est d’intérêt en rapport avec cet article.
probable que cette prévalence d’infection réplicative soit sous-
pa
estimée [39, 40]. Notre étude fait ressortir que les prévalences
des infections chroniques à VHB et VHC chez les patients traités Références
sont inférieures à celles des non traités, même si cette différence 1. Thio CL. Hepatitis B and human immunodeficiency virus coinfection.
n’est pas statistiquement significative. Plusieurs études sur les Hepatology 2009 ; 49 : s138-45.
co-infections VIH-VHB montrent un certain bénéfice de la mise 2. Gaglio PJ, Sterling R, Daniels E, Tedaldi E. Terry Beirn Community
sous TAR favorisant la baisse de la circulation de l’AgHBs. Cela programs for clinical research on AHWG. Hepatitis B virus and HIV
coinfection: results of a survey on treatment practices and recommendations
laisse entrevoir un problème de prise en charge des patients co- for therapy. CID 2007 ; 45 : 618-23.
infectés. En effet, parmi les 66,5 % de patients sous traitement 3. Law WP, Dore GJ, Duncombe CJ, et al. Risk of severe hepatotoxicity
antiVIH, 99,4 % étaient sous 3TC. Les trois quarts d’entre eux associated with antiretroviral therapy in the HIV-NAT Cohort, Thailand,
à
3TC [41]. Dans notre étude, le portage des infections réplicatives 1131-6.
à VHB et VHC est plus important chez les plus immunodéprimés 6. Eyster ME, Fried MW, Di Bisceglie AM, Goedert JJ. Increasing hepatitis C
virus RNA levels in hemophiliacs: relationship to human immunodeficiency
(CD4 < 350 cellules/mm3) et il est connu qu’un faible taux de virus infection and liver disease. Multicenter Hemophilia Cohort Study.
CD4 (inférieur à 200 cellules/mm3) est associé à une progres- Blood 1994 ; 84 : 1020-3.
sion plus rapide des infections opportunistes [42]. De fait, 7. Tolan DJ, Davies MH, Millson CE. Fibrosing cholestatic hepatitis after liver
pour les patients co-infectés par VHC, la différence de portages transplantation in a patient with hepatitis C and HIV infection. N Engl J Med
2001 ; 345 : 1781.
Ti
traités versus non traités, ne peut pas s’expliquer par la 8. Eyster ME, Alter HJ, Aledort LM, et al. Heterosexual co-transmission of
présence d’un traitement contre l’hépatite C, car inexistant. hepatitis C virus (HCV) and human immunodeficiency virus (HIV). Ann
Mais elle est probablement liée au bénéfice du traitement Intern Med 1991 ; 115 : 764-8.
9. Mateos-Lindemann ML, Diez-Aguilar M, Gonzalez-Galdamez A, et al.
VIH, permettant une remontée des CD4, assurant ainsi une Acute, chronic and fulminant hepatitisE: seven years of experience (2004-
meilleure immunité. Enfin, nous montrons que la circulation de 2011). Enferm Infecc Microbiol Clin 2013 ; 31 : 595-8.
l’hépatite E est une réalité chez les PVVIH au Gabon, même si 10. Kamar N, Abravanel F, Lhomme S, et al. Hepatitis E virus : chronic
infection, extra-hepatic manifestations, and treatment. Clin Res Hepatol
aucun cas de chronicité n’a pu être démontré. Toutefois, il Gastroenterol 2015 ; 39 : 20-7.
conviendrait de rechercher l’origine de cette infection dans des 11. Pais R, Benhamou Y. Long-term therapy for chronic hepatitis B in HIV
études ultérieures. co-infected patients. Gastroenterol Clin Biol 2010 ; 34(Suppl 2):s136-41.
12. Dhumeaux D, Aknine X, Bonjour M, et al. Prise en charge des personnes 26. Bukh J, Purcell RH, Miller RH. Sequence analysis of the 5’ noncoding
infectées par les virus de l’hépatite B ou de l’hépatite C : rapport de region of hepatitis C virus. Proc Natl Acad Sci U S A 1992 ; 89 : 4942-6.
recommandation. Les Ulis : ANRS et AFEF, Edition EDP Sciences, 2014. 27. Ohno H, Kaneko S, Kobayashi K, Murakami S. Human hepatitis B virus
13. Tremeau-Bravard A, Ogbukagu IC, Ticao CJ, Abubakar JJ. Seropreva- enhancer 1 is responsive to human interleukin-6. J Med Virol 1997 ; 52 :
lence of hepatitis B and C infection among the HIV-positive population in 413-8.
Abuja. Nigeria. Afr Health Sci 2012 ; 12 : 312-7. 28. Beji-Hamza A, Hassine-Zaafrane M, Khelifi-Gharbi H, et al. Hepatitis E
14. Forbi JC, Gabadi S, Alabi R, et al. The role of triple infection with virus genotypes 1 and 3 in wastewater samples in Tunisia. Arch Virol 2015 ;
hepatitis B virus, hepatitis C virus, and human immunodeficiency virus 160 : 183-9.
ur
(HIV) type-1 on CD4+ lymphocyte levels in the highly HIV infected 29. Noubiap JJ, Aka PV, Nanfack AJ, et al. Hepatitis B and C Co-infections in
population of North-Central Nigeria. Mem Inst Oswaldo Cruz 2007 ; 102 : some HIV-positive populations in Cameroon, West Central Africa: analysis
535-7. of samples collected over more than a decade. PLoS One 2015 ; 10 :
15. Allain JP, Candotti D. Diagnostic algorithm for HBV safe transfusion. e0137375.
Blood Transfus 2009 ; 7 : 174-82. 30. Laurent C, Bourgeois A, Mpoudi-Ngole E, et al. High rates of active
16. Mohamud HS, Mohamed DH, Alqahtani FH, et al. Two years’ hepatitis B and C co-infections in HIV-1 infected Cameroonian adults
experience of implementing molecular screening of hepatitis B virus, initiating antiretroviral therapy. HIV Medicine 2010 ; 11 : 85-9.
te
hepatitis C virus and human immunodeficiency virus 1, 2 in Riyadh blood 31. Ndong-Atome GR, Makuwa M, Njouom R, et al. Hepatitis C virus
donors. Transfus Apher Sci 2016 ; 54 : 262-5. prevalence and genetic diversity among pregnant women in Gabon, central
17. Makuwa M, Caron M, Souquiere S, et al. Prevalence and genetic Africa. BMC Infect Dis 2008 ; 8 : 82.
diversity of hepatitis B and delta viruses in pregnant women in Gabon: 32. Ndong-Atome GR, Makuwa M, Ouwe-Missi-Oukem-Boyer O, et al. High
molecular evidence that hepatitis delta virus clade 8 originates from and is prevalence of hepatitis C virus infection and predominance of genotype 4 in
endemic in central Africa. J Clin Microbiol 2008 ; 46 : 754-6. rural Gabon. J Med Virol 2008 ; 80 : 1581-7.
18. Makuwa M, Mintsa-Ndong A, Souquiere S, et al. Prevalence and 33. Feldt T, Sarfo FS, Zoufaly A, et al. Hepatitis E virus infections in HIV-
molecular diversity of hepatitis B virus and hepatitis delta virus in urban and infected patients in Ghana and Cameroon. J Clin Virol 2013 ; 58 : 18-23.
au
rural populations in northern Gabon in central Africa. J Clin Microbiol 2009 ; 34. Passos-Castilho AM, Granato CF. High frequency of hepatitis E virus
47 : 2265-8. infection in swine from South Brazil and close similarity to human HEV
19. Modi AA, Feld JJ. Viral hepatitis and HIV in Africa. AIDS Rev 2007 ; 9 : isolates. Braz J Microbiol 2017 ; 48 : 373-9.
25-39. 35. Kamar N, Bendall R, Legrand-Abravanel F, et al. Hepatitis E. Lancet
20. Njouom R, Caron M, Besson G, et al. Phylogeography, risk factors and 2012 ; 379 : 2477-88.
genetic history of hepatitis C virus in Gabon, central Africa. PLoS One 2012 ; 36. Caron M, Bouscaillou J, Kazanji M. Acute risk for hepatitis E virus
7 : e42002. infection among HIV-1-positive pregnant women in central Africa. Virol J
21. Richard-Lenoble D, Traore O, Kombila M, et al. Hepatitis B, C, D, and E 2012 ; 9 : 254.
markers in rural equatorial African villages (Gabon). Am J Trop Med Hyg 37. Pischke S, Schwarze-Zander C, Bremer B, et al. Hepatitis E Virus
1995 ; 53 : 338-41. Seroprevalence Rate in HIV-infected patients in Germany: a comparison of
22. Caron M, Kazanji M. Hepatitis E virus is highly prevalent among two commercial assays. Intervirology 2015 ; 58 : 283-7.
rt
pregnant women in Gabon, central Africa, with different patterns between 38. Carreno V. Occult hepatitis C virus infection: a new form of hepatitis C.
rural and urban areas. Virol J 2008 ; 5 : 158. World J Gastroenterol 2006 ; 12 : 6922-5.
23. Trigo C, do Brasil PE, Costa MJ, de Castro L. Occult hepatitis B virus 39. Bokharaei-Salim F, Keyvani H, Esghaei M, et al. Prevalence of occult
infection: clinical implications in tuberculosis treatment. J Viral Hepat 2016 ; hepatitis C virus infection in the Iranian patients with human immunode-
23 : 1027-35. ficiency virus infection. J Med Virol 2016 ; 88 : 1960-6.
24. Bivigou-Mboumba B, Francois-Souquiere S, Deleplancque L, et al. 40. Carreno V. Seronegative occult hepatitis C virus infection: clinical
pa
Broad Range of Hepatitis B Virus (HBV) Patterns, Dual Circulation of Quasi- implications. J Clin Virol 2014 ; 61 : 315-20.
Subgenotype A3 and HBV/E and Heterogeneous HBV Mutations in HIV- 41. Schiff ER, Lai CL, Hadziyannis S, et al. Adefovir dipivoxil therapy for
Positive Patients in Gabon. PLoS One 2016 ; 11 : e0143869. lamivudine-resistant hepatitis B in pre- and post-liver transplantation
25. Rouet F, Deleplancque L, Mboumba BB, et al. Usefulness of a fourth patients. Hepatology 2003 ; 38 : 1419-27.
generation ELISA assay for the reliable identification of HCV infection in 42. Larsen C, Pialoux G, Salmon D, et al. Prévalence des co-infections par
HIV-positive adults from Gabon (Central Africa). PLoS One 2015 ; 10 : les virus des hépatites B et C dans la population VIH++, France, juin 2004.
e0116975. Bulletin épidémiologique hebdomadaire 2005 ; 23 : 109-12.
à
ré
Ti