Compléments d'Algèbre Linéaire M2 FEADéP
Compléments d'Algèbre Linéaire M2 FEADéP
M2 FEADéP 2019–2020
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Bibliographie
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Cours
• J.-M. Arnaudiès et J. Bertin, Groupes, algèbres et géométrie. Ellipses, 1995.
Divers résultats d’algèbre.
• R. Mneimné et F. Testard, Introduction à la théorie des groupes de Lie classiques. Hermann, 1986.
Assez spécialisé, si vous voulez inclure des résultats spécifiques sur R ou C. Attention, quelques
coquilles peuvent s’y glisser : soyez vigilants !
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1 Codimension et dualité
1.1 Espaces quotients
Soit K un corps quelconque et E un K-espace vectoriel. Soit F un sous-espace vectoriel de E. On
définit le quotient E/F comme suit :
(1) On définit sur E une relation d’équivalence par x ∼ y ⇔ ∃z ∈ F y = x + z
Exercice 1. Vérifier que c’est bien une relation d’équivalence.
(2) On définit l’ensemble E/F comme l’ensemble des classes d’équivalences pour ∼ et une application
π : E → E/F
« quotient » qui est surjective.
x 7→ [x]
(3) On munit E/F d’une structure d’espace vectoriel par :
— 0E/F = [0E ] = π (0E ) ;
— pour tous ξ, η ∈ E/F , si x ∈ ξ et y ∈ η, on pose ξ + η = [x + y] – cela ne dépend pas du choix de x
et y ;
— pour tout ξ ∈ E/F , tout λ ∈ K, si x ∈ ξ, on pose λ · ξ = [λx] – cela ne dépend pas du choix de
x ∈ ξ (exo).
Fait 1.1. C’est l’unique structure de K-espace vectoriel sur E/F qui fasse de π une application K-
linéaire.
Remarque 1.2. Par construction, π est une application linéaire surjective de noyau F appelée projection
canonique de E sur F .
Proposition 1.3 (Propriété universelle des quotients). Soit E, V des K-espaces vectoriels et F un sous-
espace vectoriel de E. Si F est inclus dans ker u, alors il existe une application linéaire u : E/F → V ,
unique, telle que u soit la composée de la projection canonique E → E/F et de u.
E
u /V
=
π
∃!u
E/F
Démonstration. Existence : On prend ξ ∈ E/F et x ∈ ξ. On pose u(ξ) = u(x). Cela ne dépend pas du
choix de x. L’application ainsi définie u est K-linéaire.
Unicité : C’est la surjectivité de π.
Injectivité de u : Si u(ξ) = 0 et si x ∈ ξ, alors u(x) = u(ξ) = 0. Ainsi x ∈ ker u, donc ξ = 0.
Unicité de (E/F, π) : On applique la propriété universelle à un autre couple (V, u) et u donne
l’isomorphisme.
Théorème 1.4. Si E est de dimension finie et si F est un sous-K-espace vectoriel de E, alors E/F est
de dimension
dim(E/F ) = dim(E) − dim(F )
Démonstration. Il n’est a priori pas évident que E/F est de dimension finie. π est une application
linéaire surjective donc l’image d’une famille génératrice finie est une famille génératrice finie de E/F .
En particulier, E/F est de dimension finie.
3
Notons r = dim F et s = dim E/F . Soit (f1 , . . . , fr ) une base de F et (ξ1 , . . . , ξs ) une base de E/F .
On choisit e1 , . . . , es ∈ E telsPque ei ∈Pξi . Alors (e1 , . . . , es , f1 , . . . , fr ) est une base de E. En effet,
P c’est :
- une famille libre car si λi ei +P µj fj = 0, alors en appliquant π : E → E/F , on a λi ξi = 0
donc pour tout i, on a λi = 0. Ainsi µj fj = 0 donc pour tout j, on a µj = 0. P
P famille génératrice car si x ∈ E, alors ilPexiste des
- une P λi ∈ K tels que π(x) = λi ξi . Donc
x − λi ei ∈ F . Ainsi, il existe des µj tels que x − λi ei = µj fj .
1.2 Dualité
Soit K un corps et E un K-espace vectoriel.
Définition 1.5. On appelle espace dual et on note E ∗ = Hom(E, K) l’espace des formes linéaires sur
E. L’espace dual de l’espace dual, appelé bidual, est noté E ∗∗ .
Soit E un K-espace vectoriel admettant une base (ei )i∈I . Pour tout i ∈ I, on peut définir une
application linéaire e∗i uniquement déterminée par les formules :
Remarque 1.9 (Accouplement). Si V, W sont des K-espaces vectoriels, on appelle accouplement une
application h·, ·i : V × W → K qui est K-bilinéaire. On dit que l’accouplement est parfait lorsque
V → W∗
l’application est un isomorphisme.
v 7→ hv, ·i
On dispose naturellement d’une application h·, ·i : V × V ∗ → K définie par hx, f i = f (x) qui est un
accouplement.
ι: E → E ∗∗
Définition 1.10. On définit l’application canonique de E dans son bidual qui
x 7 → x
b
à un vecteur x ∈ E associe l’évaluation x
b = hx, ·i en x.
Proposition 1.11. (1) L’application canonique ι : E → E ∗∗ de E dans son bidual est linéaire et injective.
(2) Si E est de dimension fini, alors ι est un isomorphisme canonique entre E et E ∗∗ .
Remarque 1.12. Autrement dit, en dimension finie, l’accouplement h·, ·i est parfait.
Démonstration. (1) Il est facile de voir que ι est linéaire (exo).
Pour montrer que ι est injective, admettons l’existence de bases en toute dimension (en acceptant
par exemple l’axiome du choix) ∗ . Soit x ∈ E \ {0}. Si on complète x en une base, alors on peut définir
x∗ ∈ E ∗ telle que x∗ (x) = 1 6= 0. En particulier x
b 6= 0.
(2) Si E est de dimension finie, alors ι est une application linéaire injective entre espaces de même
dimension.
∗. Je ne connais pas d’autre preuve que celle-ci.
4
Corollaire 1.13. Si E est de dimension finie, alors on a une bijection naturelle de l’ensemble des bases
de E sur l’ensemble des bases de E ∗ :
Démonstration. Injectivité : si (e1 , . . . , en ) et (e01 , . . . , e0n ) ont même base duale (f1 , . . . , fn ), alors pour
tout 1 ≤ i, j ≤ n, on aurait fj (ei − e0i ) = 0. Donc ei − e0i ∈ F > = {x ∈ E , ∀f ∈ F ∗ f (x) = 0} où
F = Vect(f1 , . . . , fn ). Or F = E ∗ car (fi ) est une base (dimension finie) et (E ∗ )> = {0} par (2). D’où
ei = e0i pour tout i.
Surjectivité : Soit (f1 , . . . , fn ) une base de E ∗ et (f1∗ , . . . , fn∗ ) la base duale associée dans E ∗∗ .
On considère l’isomorphisme canonique ι : E → E ∗∗ et on pose ei = ι−1 (fi∗ ) pour tout i ∈ J1, nK.
Alors (e1 , . . . , en ) est une base de E car ι est un isomorphisme et pour tous i, j ∈ J1, nK, on a fj (ei ) =
ψ(ei )(fj ) = fi∗ (fj ) = δi,j . Ainsi, on retrouve bien la formule des fj définissant la base duale de ei .
Remarque 1.14. En particulier,
T ceci démontre l’unicité de la base antéduale qu’on peut déterminer par
∗
ei est l’unique vecteur v ∈ j6=i ker e j tel que e∗i (v) = 1. On va voir qu’il est facile de démontrer que
dim j6=i ker e∗j = 1.
T
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1.4 Interprétation : codimension et systèmes linéaires
Définition 1.22. Soit E un K-espace vectoriel et F un sous-espace vectoriel de E. La codimension de
F dans E, notée codimE (F ) est la dimension de l’espace vectoriel quotient E/F .
Fait 1.23. Si les espaces E, F sont de dimension finie, on a :
2 Réduction
L’esprit de la réduction des endomorphismes est de pouvoir choisir une base dans laquelle les cal-
culs sont facilités. À ce titre, on aimerait trouver, si possible, une base dans laquelle la matrice d’un
endomorphisme est diagonale ou, à défaut, triangulaire supérieur. Ceci est toujours possible sur un corps
algébriquement clos mais ce n’est plus le cas sur un corps quelconque.
Un changement de base revient à effectuer l’opération matricielle A0 = P −1 AP où P est une matrice
de passage. On est en fait en train de regarder l’action du groupe GLn (K) sur l’espace vectoriel des
matrices carrées Mn (K) par conjugaison P · A = P −1 AP . Les orbites de cette action sont appelées
classes de similitude. Trouver une forme « plus simple » d’une matrice A à similitude près c’est choisir un
« bon » représentant de l’orbite de A. L’un des objets de la réduction est donc de choisir des représentants
et de décrire les classes de similitude pour ces éléments. On parlera alors de matrices diagonalisables et
trigonalisables.
Avant de chercher des invariants pour cette action, rappelons quelques résultats sur les polynômes
d’endomorphisme. Les démonstrations vous sont laissées en exercices, ce sont des rappels de prépa.
Dans toute la suite, K désigne un corps quelconque et E un K-espace vectoriel de dimension finie.
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2.1 Polynômes d’endomorphismes
Par la propriété universelle des anneaux de polynômes, il existe un unique morphisme de K-algèbres :
K[X] → End(E)
Xn n
X
P = λk X k 7→ ak |u ◦ ·{z
· · ◦ u}
k=0 k=0 k−fois
Son image est une K-algèbre, notée K[u] et son noyau est un idéal strict de K[X]. Comme K[X] est
principal, il est engendré par un élément µu , qu’on peut supposer unitaire, appelé polynôme minimal
de u.
Fait 2.2. Tout polynôme annulant u est divisible par µu .
On note également χu = det(X id −u) le polynôme caractéristique de u.
0 . . . . . . 0 −ad−1
.. ..
1 . . .
. .
. . . .. .
0 . . . . ..
.
. . ..
.. .. ... 0 .
0 ... 0 1 −a0
7
Proposition 2.10 (Critère de trigonalisation).
S’équivalent :
(i) u est trigonalisable, c’est-à-dire qu’il existe une base de E dans laquelle la matrice de u est trian-
gulaire supérieure ;
(ii) u est annulé par un polynôme scindé ;
(iii) µu est scindé ;
(iv) χu est scindé ;
(v) E = ⊕λ Eu0 (λ).
Théorème 2.11 (Décomposition de Dunford).
On suppose χu scindé. Alors il existe un unique couple d’endomorphismes (d, n) tels que :
— d est diagonalisable,
— n est nilpotent,
— u = d + n,
— d et n commutent.
De plus, d et n sont des polynômes en u.
3 Invariants de similitude
On a vu que la réduction consiste à choisir de bons représentants des orbites de Mn (K) sous l’action
par conjugaison de GLn (K).
On voudrait également disposer d’un algorithme qui décide si deux matrices sont semblables ou
non, autrement dit, on cherche un système d’invariants complet pour cette action. Vous connaissez des
invariants à similitude près, par exemple le rang, la trace, le déterminant, le polynôme caractéristique, le
polynôme minimal. En général, ces invariants ne suffisent pas à distinguer les classes de similitude.
Dans toute la suite E désignera un K-espace vectoriel de dimension finie n.
0 . . . . . . 0 −cd−1
.. ..
1 . . .
. .
. . . .
0 . . . . .. .. .
. . ..
.. .. ... 0 .
0 ... 0 1 −c0
Démonstration. Soit d = dim(F ). Par définition, il existe x ∈ F tel que la famille (v k (x))k∈N engendre
F . Comme χv (v)(x) = v d (x) + · · · + det(−v)x = 0, on en déduit que la famille (x, . . . , v d−1 (x)) engendre
F , donc que c’en est une base pour des raisons de cardinalité. En particulier, c’est une famille libre
donc deg µv,x = d. Comme µv,x |µv , on a deg µv et la forme souhaitée de la matrice de v dans la base
indiquée.
On dira également que u est cyclique si E est u-monogène.
Le but de cette section est de donner une démonstration n’utilisant pas le point de vue moderne des
K[X]-modules du théorème suivant :
r
M
Théorème 3.3. Il existe une décomposition E = Fk en sous-espaces Fk , qui sont u-monogènes,
k=1
telle que la suite des polynômes Pk = µu|Fk est décroissante pour l’ordre de la division des polynômes,
c’est-à-dire que Pr | . . . |P1 .
De plus, une telle suite de polynômes est uniquement déterminée par u.
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Q
Remarque 3.4. On remarque immédiatement que P1 = µu et i Pi = χu . En effet, pour tout i, on a
χu|Fi = µu|Fi car F est u-monogène.
De plus, les Pi sont invariants par similitude car si v = gug −1 , alors la famille des g(Fi ) est v-monogène
et fournit les mêmes polynômes.
Définition 3.5. Les polynômes Pi sont appelés facteurs invariants de u.
On notera µu,x un générateur unitaire de l’idéal {P ∈ K[X], P (u)(x) = 0}.
Pm
Lemme 3.6. Soit x1 , . . . , xm ∈ E et x = k=1 xk . Soit Fk = {P (u)(xk ), P ∈ K[X]}. Si les Fk sont en
somme directe, alors µu,x = ppcm(µu,x1 , . . . , µuxm ).
Démonstration. Soit P = ppcm(µu,x1 , . . . , µu,xm ). Comme µu (u)(xk ) = 0, on a P (u)(xk ) = 0 pour tout
k. Ainsi P (u)(x) = 0. Pm
D’autre part, en posant yk = µu,x (u)(xk ) ∈ Fk , on a µu,x (u)(x) = 0 = k=1 yk . Donc yk = 0 pour
tout k. Ainsi µu,xk |µu,x donc P |µu,x .
Proposition 3.7. Il existe x ∈ E tel que µu = µu,x .
Démonstration. On décompose µu en puissances de facteurs L irréductibles unitaires Pkak deux à deux
ak
premiers entre eux. Par le lemme des noyaux, on a E = k ker Pk (u). Pour tout k, on choisit xk ∈
ak ak −1
ker Pk (u) \ ker Pk (u). Ceci est possible car sinon le polynôme µu /Pk annulerait encore u.
On a alors Fk = {P (u)(xk ), P ∈ K[X]} ⊂ ker Pkak (u) et les Fk sont en somme directe. De plus
µu,xk = Pkak car Pk est Q irréductible et Pkak (u)(x) = 0. Par le lemme précédent, on obtient ainsi que
ak
µu,x = ppcm(µu,xk ) = Pk = µu .
On peut désormais démontrer le théorème.
K[u] → Vect(Γ)
P (u) 7→ P (u)t (e∗d )
Les sommes sont en effet directes car les Fi , Gi sont Pj (u) stables. Pour i < j, on a dim Pj (u)(Fi ) =
dim Pj (u)(Gi ) car u|Fi et u|Gi sont semblables à une même matrice compagnon C(Pi ) = C(Qi ). Ainsi,
pour tout i ≥ j, on a Pj (u)(Gi ) = 0. Donc Qj |Pj . Par symétrie, on a aussi Pj |Qj en échangeant les rôles
des Fi et Gi . D’où Pj = Qj , ce qui contredit la définition de j. D’où l’unicité de la suite des facteurs
invariants.
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Exercice 4. Calculer les facteurs invariants :
— d’une homothétie ;
— d’un endomorphisme diagonalisable ayant toutes ses valeurs propres distinctes ;
— d’une transvection ;
— d’un endomorphisme nilpotent (discuter suivant son ordre) ;
— d’un projecteur (discuter suivant sa trace).
Exercice 5. Soit L/K une extension de corps Montrer que deux matrices de Mn (K) sont semblables
sur L si, et seulement si, elles sont semblables sur K.
3.3 Jordanisation
Un corollaire élémentaire de la réduction de Frobenius est la décomposition de Jordan, qui donne
alors, pour un endomorphisme, une forme efficace pour effectuer des calculs (exponentielle par exemple),
à condition d’en être capable de calculer le changement de base. Théoriquement, l’intérêt est au moins
de pouvoir donner une esquisse locale du diagramme de phase d’une EDL par exemple.
Définition 3.10. On appelle bloc de Jordan de taille r de paramètre λ la matrice
λ 1 0 ... 0
.
0 . . . .. ..
. ..
.
Jr (λ) = ... . . . .. .. ∈ Mr (K)
. . 0
. .. ..
..
. . 1
0 ... ... 0 λ
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Démonstration. Notons d = dim E. Traitons d’abord le cas d’un endomorphisme nilpotent n ∈ End(E).
Soit Pr | . . . |P1 ses invariants de similitude. Par nilpotence, µn = P1 divise X d donc, pour tout 1 ≤ i ≤ r,
on a C(Pi ) = Jdeg Pi (0)t . Par la décomposition de Frobenius, on peut trouver une base de E dans laquelle
la matrice de n s’écrit :
0
.
1 ..
0
.. ..
. .
1 0
. ..
0
..
1 .
0
.. ..
. .
1 0
Quitte à conjuguer par la matrice de permutation Pσ pour σ = (d . . . 2 1), on obtient une matrice
de la forme
Jrs (0) 0
MatB (n) =
..
.
0 Jr1 (0)
L 0
Revenons maintenant au cas général et décomposons E = Eu (λ) en somme directe de ses sous-
espaces caractéristiques, qui sont u-stables. Alors sur chaque F = Eu0 (λ), l’endomorphisme v = uF −λ idF
est nilpotent. Il existe donc une base Bλ de F dans laquelle on peut jordaniser v. Dans cette base, la
matrice de λ idF est scalaire, de paramètre λ. Donc
Jr1,λ (λ) 0
MatBλ (uEu0 (λ) ) =
..
.
0 Jrsλ ,λ (λ)
F
On choisit alors la base B = λ Bλ qui convient.
3.4 Commutant
Donnons une autre application des invariants de similitudes On appelle commutant d’un endomor-
phisme u ∈ End(E), la K-algèbre Comm(u) = {v ∈ End(E), [u, v] = u ◦ v − v ◦ u = 0} des endomor-
phismes qui commutent à u. Il est clair que K[u] ⊂ Comm(u) en est une sous-K-algèbre.
Théorème 3.12. On a l’équivalence
Démonstration. Supposons que K[u] = Comm(u). Par le théorème 4.11, on peut Ltrouver une décompo-
r
sition de E en sous-espaces Fk qui sont u-monogènes. Soit q la projection sur i=2 Fi parallèlement à
F1 . Alors q commute à u car les Fi sont u-stables. Donc q est un polynôme en u, disons q = Q(u) avec
Q ∈ K[X]. On a 0 = Q(u)F1 = Q(uF1 ). Donc P1 = µuF1 = µu divise Q. Or, les facteurs invariants étant
des diviseurs de P1 , on a que Pi = µuFi |Q. En particulier 0 = Q(uFi ) = qFi . On trouve alors que E = F1 ,
ce qui signifie que u est cyclique.
Réciproquement, si u est cyclique, alors il existe un x ∈ E tel que E = K[u] · x. Si v commute à
u, alors v(x) = P (u)(x). Donc, pour tout y = Q(u)(x) ∈ E = K[u] · x, on a bien v(y) = v(Q(u)(x) =
Q(u)(v(x)) = Q(u)P (u)(x) = P (u)Q(u)(x) = P (u)(y). Ce qui prouve que Comm(u) ⊂ K[u].
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Fait 3.13. Les sous-K-espaces vectoriels de E stables par u s’identifient canoniquement aux sous-K[X]-
modules de Eu .
Démonstration. F est stable par l’endomorphisme u si, et seulement si, F est stabilisé par l’action de
l’élément X de l’anneau K[X].
On rappelle que si M , N sont des A-module, alors HomA (M, N ) désigne l’ensemble des homomor-
phismes de A modules M → N .
Fait 3.14. Soit E, F des K-espaces vectoriels de dimension finie et u ∈ End(E), v ∈ End(F ). Alors
HomK[X] (Eu , Fv ) = {ϕ ∈ HomK (E, F ), ϕ ◦ u = v ◦ ϕ}.
En particulier, HomK[X] (Eu , Eu ) = Comm(u).
Démonstration. C’est un jeu de réécriture via ϕ(X · x) = X · ϕ(x) ∀x ∈ E.
Corollaire 3.15. Deux endomorphismes u, v ∈ End(E) sont semblables si, et seulement si, les K[X]-
modules Eu et Ev sont isomorphes.
Lemme
Ls 3.16. Soit u ∈ End(E) et P1 | . . . |Ps les invariants de similitude de u. Alors Eu est isomorphe
à i=1 K[X]/(Pi ) en tant que K[X]-module.
Démonstration. Faisons-le dans le cas où s = 1. Le cas général est laissé en exercice. Considérons l’endo-
morphisme mX de F = K[X]/(P ) défini par mX (x) = X × x. Dans la base B 0 = (1, X, . . . , X deg(P )−1 ,
la matrice de mX est C(P ). Soit B une base de E dans laquelle la matrice de u est également C(P ).
Alors l’isomorphisme de K-espaces vectoriels qui envoie B sur B 0 est compatible avec les structures de
K[X]-modules. Ainsi Eu ' K[X]/(P ) en tant que K[X]-module
Théorème 3.17 (Théorème de structure). Il existe un unique entier 1 6 s 6 dim(E) et une unique
famille P1 | · · · |Ps de L
polynômes unitaires non constants de K[X] tels que l’on ait un isomorphisme de
s
K[X]-modules Eu = i=1 K[X]/(Pi ).
De plus, ces polynômes sont les invariants de similitude de u.
Démonstration. On verra plus tard que ce résultat est un cas particulier de la théorie des modules de
type fini sur un anneau principal.
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Définition 3.19. Dans l’énoncé du théorème, les éléments d1 | . . . |dn de la matrice M sont appelés
facteurs invariants de M .
Théorème 3.20 (Calcul effectif des facteurs invariants). Soit M ∈ Mn (K). Les invariants de simili-
tude P1 | . . . |Pr de M sont exactement les facteurs invariants non inversibles de la matrice M − XIn ∈
Mn (K[X]).
Démonstration. D’après la réduction de Frobenius, il suffit de traiter le cas où M = C(P ) est une
matrice compagnon avec P ∈ K[X] polynôme unitaire non constant de degré n. Dans le cas d’une
matrice compagnon, on a vu que µC(P ) = χC(P ) = P . Il s’agit donc de montrer que le seul facteur
invariant non inversible de C(P ) − XIn dans Mn (K[X]) est P via des opérations élémentaires.
−X −a0
0 ... 0
.. ..
1 −X . . −a1
M − XIn =
.. .. ..
0 . . 0 .
.. ..
. . 1 −X −an−2
0 ... 0 1 −X − an−1
−X + X 0 ... 0 −a0 − a1 X − · · · − an−1 X n−1 − X n
| {z } | {z }
=0 =−P
.. .. n
1 −X . . −a1 X
L1 ←− L1 + X i−1 Li
.. .. ..
0 . . 0 .
i=2
.. ..
. . 1 −X −a n−2
0 ... 0 1 −X − an−1
0 0 ... 0 −P
.. ..
−X + X . −a1
1 .
| {z }
=0
.. .. ..
. .
0 0 . Cj ←− Cj + XCj−1
..
..
.
. 1 −X + X −an−2
| {z }
=0
0 ... 0 1 −X − an−1 + X
| {z }
=−an−1
0 0 ... 0 −P
.. ..
. −a + a
1 0 .
| 1{z }1
=0
..
.. ..
0 . . 0 .
Cn ←− Cn + aj Cj
..
..
.
. 1 0 −an−2 + an−2
| {z }
=0
0 ... 0 1 −an−1 + an−1
| {z }
=0
1 0 ... ... 0
.. ..
0
1 .
.
.. .. .. .. .. L1 ←→ L2 ←→ . . . ←→ Ln
.
. . .
.
.
..
... 1 0
0 ... ... 0 −P
Ainsi, le seul facteur invariant de M − XIn non inversible est −P , ce qui donne le résultat.
Corollaire 3.21. Deux matrices M, M 0 ∈ Mn (K) sont semblables dans Mn (K) si et seulement si les
matrices M − XIn et M 0 − XIn sont équivalentes dans Mn (K[X]).
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3.7 Application aux modules de type fini sur un anneau principal
Soit A un anneau principal. Si vous ne voulez pas avoir peur, pensez que A est un anneau euclidien,
ou encore que A = Z ou K[X].
Définition 3.22. Un module de type fini est un module qui admet une famille génératrice finie.
Un module libre est un module qui admet une base, c’est-à-dire une famille libre et génératrice.
Fait 3.23. Si M est un A-module libre de type fini, alors toutes les bases ont même cardinal et on appelle
alors rang de M le cardinal d’une base.
Proposition 3.24. Si M est un A-module libre de type fini de rang m et si N est un sous-A-module de
M , alors N est libre de type fini et de rang n 6 m.
Remarque 3.25. Attention, un sous-module N d’un module M de même rang ne lui est pas nécessairement
égal. Par exemple 4Z est un sous-Z-module de 2Z et tous deux sont libres de rang 1.
Démonstration. Soit e1 , . . . , em une base de M et e∗1 , . . . , e∗m la base duale associée. Soit N un sous-A-
Li
module de M et Ni = N ∩ j=1 Aei . On montre par récurrence que Ni est libre de rang r(N ) 6 i.
Si i = 1, c’est la définition d’anneau principal.
Supposons que c’est vrai pour Ni . Soit I = e∗i+1 (Ni+1 ). C’est un idéal de A donc I = (a). Si a = 0,
∗
alors Ni+1 = Ni . Sinon,P soit v ∈ Ni+1∗ tel que ei+1 (v)P= a. Alors Ni+1 = Ni ⊕ Av. En effet, si x ∈ Ni ∩ Av
qu’on écrit x = λv = µj ej , alors ei+1 (x) = λa = µj · 0 = 0. Comme A est intègre, on a λ = 0 donc
x = 0. De plus, si x ∈ Ni+1 , alors e∗i+1 (x) = λa donc x − λv ∈ Ni .
Théorème 3.26 (Base adaptée). Soit A un anneau principal. Soit M un A-module libre de rang m et
N un A-module libre de rang n. Soit u ∈ HomA (M, N ). Alors il existe des bases (f1 , . . . , fm ) de M et
(g1 , . . . gn ) de N et des éléments d1 | . . . |dm de A tels que ∀i ∈ J1, mK, u(fi ) = di gi .
Démonstration. On choisit des bases quelconques de M et N et on applique la mise sous forme normale
de la matrice de u. Les matrices P ∈ GLm (A) et Q ∈ GLn (A) donnent les changements de base.
Lr
Corollaire 3.27. Si M est un A module de type fini, alors M est isomorphe à As ⊕ i=1 A/(di ) avec
d1 | . . . |dr et di ∈ A \ (A× ∪ {0}) et r, s ∈ N. De plus, les di sont uniquement déterminés.
Démonstration. Comme M est de type fini, il existe un morphisme surjectif de A-modules π : As → M .
Soit N = ker π, c’est un sous-module libre de As , donc de type fini et on note r son rang. Ainsi, on a une
suite exacte courte
u π
1 −→ Ar −→ As −→ M −→ 1
Par le théorème de la base adaptée, il existe (f1 , . . . , fr ) base de Ar et (g1 , . . . , gs ) base de As et des
éléments d1 | . . . |dr tels que ∀i ∈ J1, rK, u(fi ) = di gi . On a alors M = As / ker(π) = As / im(u) =
As /hd1 g1 , . . . dr gr i = A/(d1 ) ⊕ · · · ⊕ A/(dr ) ⊕ As−r . Lorsque di est inversible, cela donne A/(di ) = 0 et
on peut oublier ce facteur.
Corollaire 3.28 (Structure des groupes abéliens de type fini). Si G est un groupe abélien de type fini,
il existe des entiers naturels n1 | . . . |nm et r uniquement déterminés tels que G est isomorphe à
alors Q
m
Zr × i=1 Z/ni Z.
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