0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
21 vues9 pages

Polynômes homogènes en algèbre

Ce document présente un cours d'algèbre sur les polynômes de plusieurs variables, abordant des concepts tels que les racines, l'irréductibilité et les extensions de corps. Il inclut des définitions, des propriétés des polynômes homogènes et symétriques, ainsi que des applications dans des contextes variés. La bibliographie et les leçons connexes sont également mentionnées pour approfondir les sujets traités.

Transféré par

saidmandour20
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
21 vues9 pages

Polynômes homogènes en algèbre

Ce document présente un cours d'algèbre sur les polynômes de plusieurs variables, abordant des concepts tels que les racines, l'irréductibilité et les extensions de corps. Il inclut des définitions, des propriétés des polynômes homogènes et symétriques, ainsi que des applications dans des contextes variés. La bibliographie et les leçons connexes sont également mentionnées pour approfondir les sujets traités.

Transféré par

saidmandour20
Copyright
© All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

ÉNS de Lyon Cours d’algèbre

M2 FEADEP 2018-2019

Polynômes de plusieurs variables, racines, critères


d’irréductibilité

Leçons directement concernées (2019)


(102)* Groupe des nombres complexes de module 1. Sous-groupes des racines de l’unité. Applications.
(122)* Anneaux principaux. Applications.
(141) Polynômes irréductibles à une indéterminée. Corps de rupture. Exemples et applications.
(144)* Racines d’un polynôme. Fonctions symétriques élémentaires. Exemples et applications.

Leçons directement liées, dans lesquelles on peut parler d’extensions de corps


(2019)
(105) Groupe des permutations d’un ensemble fini. Applications.
(120) Anneaux Z/nZ. Applications.
(121) Nombres premiers. Applications.
(123) Corps finis. Applications.
(125)* Extensions de corps. Exemples et applications.
(126) Exemples d’équations en arithmétique.
(142)* PGCD et PPCM, algorithmes de calcul. Applications.
(153) Polynômes d’endomorphisme en dimension finie. Réduction d’un endomorphisme en dimension
finie. Applications.

Leçons où des extensions de corps peuvent également apparaître sporadique-


ment (2019)
(152) Déterminant. Exemples et applications.
(156) Exponentielle de matrices. Applications.
(170) Formes quadratiques sur un espace vectoriel de dimension finie. Orthogonalité, isotropie. Ap-
plications.
(171)* Formes quadratiques réelles. Coniques. Exemples et applications.

Ce qui est dans le programme


(b) Algèbre des polynômes à une ou plusieurs indéterminées sur un anneau commutatif. Racine d’un
polynôme, multiplicité. Relations entre les coefficients et les racines d’un polynôme scindé. Sommes
de Newton. Polynôme dérivé. Décomposition en somme de polynômes homogènes. Polynômes sy-
métriques.
(d) Factorialité de A[X] quand A est un anneau factoriel. Polynômes irréductibles. Exemples : poly-
nômes cyclotomiques dans Q[X], critère d’Eisenstein.
(f) Corps des fractions rationnelles à une indéterminée sur un corps. Décomposition en éléments simples.
Cas réel et complexe.

Bibliographie
• À suivre...

1
Ce polycopié a pour objectif de proposer une synthèse d’un certain nombre de techniques liées à la
manipulation des polynômes à une ou plusieurs indéterminées sur un anneau factoriel.
Tous les anneaux considérés seront commutatifs, et on désigne toujours par A un anneau commutatif
et K un corps.
Avant toute chose, rappelons brièvement la propriété universelle des algèbres de polynômes
Théorème 0.1 (Propriété universelle des algèbres de polynômes (finies)). Soit A un anneau commutatif
et B une A-algèbre. Soit n ∈ N∗ . Soient b = (b1 , . . . , bn ) un n-uplet d’éléments de B qui commutent
deux à deux. Alors il existe un unique morphisme de A-algèbres ϕ = evb : A[X1 , . . . , Xn ] → B tel que
ϕ(Xi ) = bi pour tout i ∈ J1, nK.
Ceci définit en particulier P (b) = ϕ(P ) et permet de manipuler des formules usuelles. On notera
que la condition de commutativité est vide si n = 1, ce qui est le cas en général quand on manipule des
polynômes d’endomorphisme en algèbre linéaire par exemple.
Corollaire 0.2. On a un isomorphisme d’algèbres naturel A[X1 , . . . , Xn ][Y ] ' A[X1 , . . . , Xn , Y ].
Corollaire 0.3. À tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ], on associe une fonction fP : An → A dite
polynômiale, donnée par (x0 , . . . , xn ) 7→ P (x0 , . . . , xn ) = evx1 ,...,xn (P ).
Remarque 0.4. Si B est une R-algèbre et que ρ : A → R est un morphisme d’anneau, alors B hérite
d’une structure de A algèbre via ρ mais il faudra alors remarquer que les coefficients de P via ϕ sont
« modifiés » par ρ.

1 Polynômes à n indéterminées
On se fixe un entier naturel n ∈ N∗ et on considère l’algèbre A[X1 , . . . , Xn ] des polynômes à n
indéterminées sur un anneau A.

1.1 Degré, polynômes homogènes


Notation 1.1. Pour tout n-uplet d’entiers naturels m = (m1 , . . . , mn ) on notera X m = X1m1 · · · Xnmn .
Définition 1.2. Un monôme est un polynôme de la forme aX m = aX1m1 · · · Xnmn avec a ∈ A et
(m1 , . . . , mn ) ∈ Nn . Il est non nul si am 6= 0. 
−∞ si a = 0
Son degré total, ou plus simplement son degré, est deg(aX1m1 · · · Xnmn ) = P n . Son
i=1 m i sinon.
multidegré est mdeg (X1m1 · · · Xnmn ) = (m1 , . . . , mn ). X
Le degré total (ou degré) d’un polynôme P = am X1m1 · · · Xnmn est le maximum des
m=(m1 ,...,mn )∈Nn

−∞ P si P = 0
degrés des monômes qui le constituent, autrement dit, deg(P ) = n .
max { i=1 , am 6= 0} sinon.
Le degré partiel en Xi d’un polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ], noté degXi (P ), est le degré du polynôme
canoniquement associé à P dans l’anneau A[X1 , . . . , Xi−1 , Xi+1 , . . . , Xn ][Xi ].
Fait 1.3. Pour tous P, Q ∈ A[X1 , . . . , Xn ], on a :
(1) deg(P + Q) ≤ max (deg(P ), deg(Q)) avec égalité si deg(P ) 6= deg(Q) ;
(2) deg(P Q) ≤ deg(P ) + deg(Q) avec égalité si A est intègre.
Définition 1.4. Un polynôme est dit homogène de degré d si les monômes non nuls qui le constituent
sont tous de degré d.
Une forme algébrique de degré d à n variables est l’application polynomiale fP : K n → K associée à
un polynôme P ∈ K[X1 , . . . , Xn ] homogène de degré d.
Exemple 1.5.
(1) Une forme algébrique de degré 1 est une forme linéaire.
(2) Une forme algébrique de degré 2 est une forme quadratique.
X Yn
(n) Le déterminant det = ε(σ) Xσ(j),j est un polynôme homogène en n2 variables de degré
σ∈Sn j=1
n. La forme algébrique associée fdet de degré n permet P de définir une application n-linéaire alternée f
sur le A-module libre An , donnée par f ( x1j , . . . , xnj ) = fdet (xi,j ).
P

2
n+d−1

Fait 1.6. L’ensemble des polynômes homogènes de degré d est un A-module libre de rang d et de
base (X1m1 · · · Xnmn )m où m = (m1 , . . . , mn ) ∈ Nn vérifie m1 + · · · + mn = d.

Exemple 1.7.
(1) L’espace vectoriel des formes linéaires sur K n est de dimension n.
n+2−1
 n(n+1)
(2) L’espace vectoriel des formes quadratiques sur K n est de dimension n = 2 .
Voici deux liens entre les polynômes à plusieurs variables et les polynômes homogènes :
Lemme 1.8. Soit P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] un polynôme, Q(T ) = P (T X1 , . . . , T Xn ) ∈ A[X1 , . . . , Xn ][T ] et
d ∈ N. S’équivalent :
(i) le polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] est homogène de degré d ;
(ii) Q(T ) = T d P (X1 , . . . , Xn ) ;
(iii) le polynôme Q(T ) est un monôme de degré d.
X X X
Démonstration. Soit P = am X m ∈ A[X1 , . . . , Xn ]. Alors Q(T ) = am X m T d . (i) ⇒
m d∈N m∈Nn
m1 +···+mn =d
(ii) car tous les monômes non nuls ont degré d donc on peut ôter la somme sur d ∈ N. (ii) ⇒ (iii) est
évident. (iii) ⇒ (i) car tout monôme de P doit être soit nul, soit de degré d.
Proposition 1.9 (Échelonnement
X en degré). Tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] s’écrit de manière
unique sous la forme P = Pd avec Pd ∈ A[X1 , . . . , Xn ] homogène de degré d.
d∈N

Démonstration. ExistenceP : Soit Q(T ) = P (T X1 , . . . , T Xn ) ∈ A[X1 , . . . , Xn ][T ]. On écrit alors Q(T ) =


d m
P
P
d∈N d T avec P d = m∈N n a m X . Les Pd sont homogènes de degré d par construction.
mP
1 +···+mn =d
0 0
Unicité : Si P = d∈N Pd avec Pd homogène de degré d. Alors Q(T ) − Q(T ) = 0 =
0 d 0 0
P P
P
d∈N d (T X 1 , . . . , T X n ) − P (T X 1 , . . . , T X n ) = d∈N T (P d − Pd ). Donc Pd = Pd .

Définition 1.10. Si P ∈ A[X1 , . . . , Xn ], on appelle homogénéisé de P le polynôme homogène :


 
d X1 Xn
X0 P ,..., ∈ A[X0 , . . . , Xn ] où d = deg(P ).
X0 X0

Voici quelques propriétés des polynômes homogènes, laissées en exercice au lecteur :


Proposition 1.11. 1. Si P ∈ K[X0 , . . . , Xn ] est homogène, alors l’application polynomiale fP est
homogène, c’est-à-dire que fP (λx) = λdeg(P ) fP (x).
2. Réciproquement si K est infini et fP est homogène, alors P est homogène.
3. Les facteurs irréductibles d’un polynôme homogène sont homogènes de degré inférieur.
Remarque 1.12. Il existe un lien fort entre les lieux de zéros de polynômes et la géométrie. Par exemple,
X 2 +Y 2 −1 définit un polynôme dans R[X, Y ] dont le lieu des zéros dans R est un cercle. Plus généralement,
une conique dans K 2 est, par définition, le lieu d’annulation d’un polynôme de K[X, Y ] de degré total 2 ;
une quadrique dans K 3 est le lieu d’annulation d’un polynôme de K[X, Y, Z] de degré total 2.
Pour un polynôme homogène P ∈ K[X1 , . . . , Xn ], on dispose d’une forme algébrique fP : K n → K qui
est une fonction homogène. En particulier, étant donné une droite vectoriel D de K n , on a la disjonction
suivante :
– soit fP s’annule sur D ;
– soit fP ne s’annule pas sur D \ {0}.
On ne peut pas définir directement de fonction polynômiale sur l’espace projectif (i.e. l’espace des droites
vectorielles), mais on peut donner un sens à l’équation P [x0 : . . . : xn ] = 0.
Par exemple, le polynôme X 2 + Y 2 − Z 2 , qui est l’homogénéisé de X 2 + Y 2 − 1 définit un cône de R3
et, en fait, une conique dans P2 (R). Une conique projective est alors, par définition, le lieu d’annulation
dans P2 (K) d’un polynôme homogène de degré 2 de K[X, Y, Z].
On étudiera plus en détails ces propriétés géométriques dans le cours de géométrie et dans le prochain
cours sur les formes quadratiques, ainsi que quelques éléments de classifications.

3
1.2 Polynômes symétriques
Considérons le groupe G = Sn et B la A-algèbre A[X1 , . . . , Xn ] des polynômes à n indéterminées.
La propriété universelle donne l’existence d’un unique automorphisme de A-algèbres ϕσ : B → B tel que
Xi 7→ Xσ(i) . On note P σ le polynôme ϕσ (P ) = P (Xσ(1) , . . . , Xσ(n) ).
Ceci définit une action de groupes Sn A[X1 , . . . , Xn ].
Définition 1.13. Un polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] est dit symétrique s’il est fixé par l’action de Sn . Le
X k
Y
polynôme symétrique Σnk = Xij est appelé k-ième polynôme symétrique élémentaire.
1≤i1 <···<ik ≤n j=1

Par convention, on posera Σn0 = 1.


Exemple 1.14. Σn1 = X1 + · · · + Xn et Σnn = X1 · · · Xn .
Exercice 1. Écrire Σ42 et Σ43 . Combien de monômes non nuls constituent le polynôme Σnk ?

Théorème 1.15. L’ensemble A[X1 , . . . , Xn ]Sn des polynômes symétriques est une sous-A-algèbre de
A[X1 , . . . , Xn ] engendrée par les Σnk .
Démonstration. La preuve de ce théorème est fondamentale car elle fournit également un algorithme qui
permet d’écrire explicitement un polynôme symétrique comme polynôme en les polynômes symétriques
élémentaires. On considère l’ordre lexicographique, noté , sur Nn donné par
a = (a1 , . . . , an )  b = (b1 , . . . , bn ) ⇐⇒ ∃k ∈ J0, n − 1K, ak+1 > bk+1 et ∀i ≤ k, ai = bi
X
Pour P = am X m , on définit son multidegré par mdeg(P ) = max {m ∈ Nn , am 6= 0} où le
m∈Nn
maximum est pris pour l’ordre lexicographique . On dira que amdeg(P ) est le coefficient dominant de P .
Soit P un polynôme symétrique de multidegré m = (m1 , . . . , mn ). On cherche alors un polynôme
Q ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] ⊂ A[X1 , . . . , Xn ]Sn ayant même coefficient dominant que P et même multidegré.
Lemme 1.16. Si P est symétrique de multidegré m, alors m1 ≥ m2 ≥ · · · ≥ mn .
σ
Démonstration. Soit σ ∈ Sn . Notons mσ = mσ(1) , . . . , mσ(n) . Le monôme σ · X m = X m apparait

σ σ
dans P = P . Comme m  m , on a m1 ≥ mσ(1) . Ceci étant valable pour tout σ ∈ Sn , il vient α1 ≥ αi
pour tout i. Plus généralement, pour tout k ∈ J1, n − 1K, on montre que mk ≥ mσ(k) pour tout σ tel que
σ|J1,k−1K = idJ1,k−1K . Ainsi, on a bien m1 ≥ m2 ≥ · · · ≥ mn .
m −m mn−1 −mn n mn
On peut donc définir Q = (Σn1 ) 1 2 · · · Σnn−1 (Σn ) ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ]. On a :
n
X
mdeg(Q) = (mi − mi+1 ) mdeg (Σni )
i=1

avec mn+1 = 0. Or mdeg (Σni ) = mdeg (X1 · · · Xi ) = (1, . . . , 1, 0, . . . , 0). D’où :


| {z }
i termes

mdeg(Q) = (m1 − m2 , 0, . . . , 0) + (m2 − m3 , m2 − m3 , 0, . . . , 0) + · · · + (mn , . . . , mn ) = m.

Soit Pe = P − am Q. Alors mdeg(P )  mdeg(Pe). Comme  est un bon ordre sur Nn , on en déduit
que la suite définie par P0 = P et Pi+1 = Pei stationne en 0 et, en particulier, que P ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] car
Pi − Pi+1 avec Pi − Pi+1 = Pi − Pei ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ].
P
P =
Exercice 2. Montrer que P = X13 + X23 + X33 est symétrique et l’écrire comme un polynôme en les
polynômes symétriques élémentaires.
Puisqu’on s’intéresse à l’action du groupe Sn , il est naturel de s’intéresser également à l’action du
sous-groupe An . On note ε : Sn → {±1} la signature. Parce qu’on a besoin de distinguer 1 et −1, on
suppose que A est un anneau intègre de caractéristique car(A) 6= 2. On est d’abord amené à introduire
la notion suivante :
Définition 1.17. Un polynôme P ∈ K[X1 , . . . , Xn ] est dit antisymétrique si pour tout σ ∈ Sn , on a
σ · P = ε(σ)P .
Q
Exemple 1.18. Le polynôme ∆ = 1≤i<j≤n (Xi − Xj ) est antisymétrique. En fait, c’est un polynôme
antisymétrique non nul de degré minimal et il engendre le module des polynômes antisymétriques sur
l’anneau des polynômes symétriques.

4
Voici quelques propriétés laissées en exercices :
Proposition 1.19.
(1) Pour tout polynôme antisymétrique Q, il existe un unique polynôme symétrique P tel que Q = ∆P .
(2) Les polynômes P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] fixés par l’action de An sont exactement ceux qui s’écrivent
sous la forme P = S + ∆T avec S, T symétriques. De plus, une telle écriture est unique.

1.3 Relations coefficients-racines


Dans la suite, on suppose que l’anneau A est intègre.
Définition 1.20. Soit P ∈ A[T ] un polynôme en une indéterminée. On dit que a est une racine d’ordre
m si (X − a)m |P et (X − a)m+1 6 |P .
Exemple 1.21. Un élément α ∈ A est racine d’ordre supérieur à 2 si, et seulement si, P (α) = 0 = P 0 (α).
En revanche, on n’a pas de résultat analogue pour un ordre m ≥ 3. Par exemple, si A est intègre de
caractéristique 2, alors P = X 2 vérifie P (k) (0) = 0 pour tout k mais 0 n’est pas racine d’ordre 3 car X 3
ne divise pas P .
Exercice 3. Soit A un anneau commutatif intègre et n ∈ N∗ .
1. Soient P ∈ A[X] et a1 , . . . , an des éléments de A deux à deux distincts. Soit (m1 , . . . , mn ) ∈ Nn .
(a) Montrer que s’équivalent :
(i) pour tout i ∈ J1, nK, l’élément ai est racine d’ordre supérieur à mi de P ;
Qn
(ii) le polynôme i=1 (X − ai )mi divise P .
Indication : on pourra se ramener à l’anneau euclidien Frac(A)[X].
Pn
(b) En déduire que sous ces conditions deg(P ) ≥ i=1 mi .
2. Soit P ∈ A[X1 , . . . , Xn ].
(a) Soient E1 , . . . , En des parties infinies de A. Montrer que fP est nulle sur E1 × · · · × En si, et
seulement si, P = 0.
(b) Montrer que si A = R et fP est nulle sur un ouvert Ω de Rn , alors P = 0.

Lemme 1.22. Soit A un anneau commutatif. Dans A[X1 , . . . , Xd ][T ], on a l’égalité :


d
Y d
X
(T − Xi ) = (−1)i Σdi T d−i .
i=1 i=0

Démonstration. C’est un calcul qui se fait par récurrence sur d.


Proposition 1.23 (Relations coefficients-racines). Soit A un anneau commutatif, λ ∈ A× et P =
Qd
λ i=1 (X − αi ) ∈ A[X] un polynôme scindé de racines α1 , . . . , αd ∈ A comptées avec multiplicité. On
Pd
écrit P = i=0 ai X i . Alors ad = λ ∈ A× et pour tout i ∈ J0, d − 1K, on a :

ai = ad (−1)d−i Σdd−i (α1 , . . . , αn ).

Démonstration. On évalue par la propriété universelle la formule du lemme en (α1 , . . . , αn ), ce qui donne :
d
Y d
X
λ (X − αi ) = λ(−1)i Σdi (α1 , . . . , αn )X d−i = P.
i=1 i=0

Pd−1
Corollaire 1.24. Soit A est un anneau commutatif intègre et P = X d + i=0 ai X i ∈ A[X] un polynôme
unitaire de degré d. Soit K = Frac(A) et L = DecK (P ) le corps de décomposition de P sur K. Soient
α1 , . . . , αd les racines de P dans L comptées avec multiplicité. Alors pour tout polynôme symétrique Q ∈
A[X1 , . . . , Xn ], il existe (un unique) polynôme R ∈ A[Y1 , . . . , Yd ] tel que Q(α1 , . . . , αd ) = R(a0 , . . . , ad−1 ).
En particulier, toute relation symétriques en les racines d’un polynôme est un élément de l’anneau
qui contient les coefficients de ce polynôme.
i2π
Exemple 1.25. Pour tout n∈ N, on a j n + j 2n ∈ Z, où j = e 3 .
√ n √ n
1− 5 1+ 5
De même, 2 + 2 ∈ Z.

5
2 Polynômes à une indéterminée – compléments
Si A est un anneau, il est en général difficile d’en déterminer les éléments irréductibles (penser par
exemple aux irréductibles de Z/nZ). Lorsque A est un anneau factoriel, les irréductibles jouent alors un
rôle important, notamment parce qu’on dispose alors d’une unique écriture en produit d’irréductibles, et
donc de valuations associées aux irréductibles de A.

2.1 Permanence de la factorialité


Dans toute la suite, on se restreindra donc au cas d’un anneau factoriel A, donc intègre, dont on
notera K = Frac(A) le corps des fractions.
Pd i
Définition 2.1. Pour tout polynôme P = i=0 ai X ∈ A[X] \ {0}, on appelle contenu de P , noté
c(P ) ∈ A \ {0}, le PGCD dans l’anneau factoriel A des coefficients de P (qui est donc déterminé par le
choix d’un système d’irréductibles de A).
On dira que P est primitif si c(P ) = 1.
Lemme 2.2 (Lemme de Gauss sur le contenu). On suppose A factoriel.
(1) Pour tout polynôme P ∈ A[X] \ {0}, il existe un unique Pe ∈ A[X] primitif tel que P = c(P )Pe.
(2) Si P, Q ∈ A[X], alors c(P Q) = c(P )c(Q).
×
 P ∈ Frac(A)[X] \ {0}, il existe α ∈ K et P ∈ A[X] primitif tel que P = αP .
(3) Pour tout polynôme e e

De plus, le couple α, Pe est unique à un inversible dans A près, c’est-à-dire que si P = αQ = βR, alors
il existe λ ∈ A× tel que Q = λR et β = λα.
d
X
Démonstration. (1) On écrit P = ai X i . Pour tout i ∈ J0, dK, on peut écrire ai = c(P )aei car c(P )|ai .
i=0
d
X
Le polynôme Pe = aei X i convient. En effet, pour tout p ∈ P irréductible de A, on a vp (c(P )) =
i=0
min{ai , 0 ≤ i ≤ d} = vp (c(P )) + min{aei , 0 ≤ i ≤ d} = vp (c(P )) + vp (c(Pe)). Donc vp (c(Pe)) = 0 pour
tout irréductible, c’est-à-dire c(Pe) = 1. L’unicité de Pe découle de l’intégrité de l’anneau A[X].
(2) On a P Q = c(P )c(Q)PeQ. e Donc c(P Q) = c(P )c(Q)c(PeQ). e Il suffit de montrer que PeQ
e est primitif.
X d Xe d+e
X X
On écrit Pe = ai X i et Q
e= bj X j et PeQ
e= ck X k avec ck = ai bj .
i=0 j=0 k=0 i+j=k
0≤i≤d
0≤j≤e
Soit p ∈ A un élément irréductible. Il existe un indice minimal i0 tel que p 6 |ai0 et ∀i < i0 , p|ai , car
X que p|c(P ). De même, il existe un indice minimal j0 tel que p 6 |bj0 et ∀j < j0 , p|bj .
sinon, cela signifierait e
Alors p|S = ai bj et comme ci0 +j0 = ai0 bj0 + S, on en déduit que p 6 |ci0 +j0 .
i+j=i0 +j0
i,j≥0
i<i0 ou j<j0
Par conséquent p 6 |c(PeQ).
e On a donc bien c(PeQ) e = 1 et donc c(P Q) = c(P )c(Q).
(3) Existence : Soit a ∈ A tel que aP ∈ A[X]. Alors par (1), on a aP = c(aP )aP
f avec a 6= 0 dans K.
c(aP )
Ainsi α = a et Pe = aP f conviennent.
Unicité : Si P = αQ = βR avec Q, R ∈ A[X] primitifs. Soit a ∈ A \ {0} tel que aα, aβ ∈ A. Alors
c(aP ) = c(aα) = c(aβ), donc il existe λ ∈ A× tel que aβ = λaα. Par intégrité de A, on a le résultat.
Insistons sur le fait qu’un choix différent d’un système d’irréductibles définissant un PGCD dans A
définit alors un autre contenu avec des égalités à un inversible près dans l’anneau factoriel A.
Proposition 2.3 (Éléments irréductibles de A[X]).
Si A est factoriel, alors les polynômes irréductibles de A[X] sont exactement :
– les polynômes constants, irréductibles dans A ;
– les polynômes primitifs non constants irréductibles dans K[X].
Démonstration. Soit P ∈ A[X] qu’on écrit P = QR avec Q, R ∈ A[X].
Si P = a ∈ A est constant, alors deg(Q) + deg(R) ≤ 0, donc Q, R ∈ A. Comme A[X]× = A× par
additivité des degrés, on en déduit que a ∈ A est irréductible dans A si, et seulement si, il l’est dans
A[X].

6
Si deg(P ) ≥ 1, montrons que P est irréductible dans A[X] si, et seulement si, c(P ) = 1 et P est
irréductible dans K[X].
⇒ : D’une part, c(P ) = 1 car sinon, par (1), on aurait que P = c(P )Pe est réductible car c(P ), Pe 6∈ A× .
D’autre part, si P = U V avec U, V ∈ K[X], par l’existence de (3), on écrit U = uU e et V = v Ve avec
u, v ∈ K et Ue , Ve ∈ A[X] primitifs. Alors P = uv U e Ve ∈ K[X] donc, par l’unicité de (3), on a uv ∈ A× .
Ainsi Ue ∈ A× ou Ve ∈ A× par irréductibilité de P dans A[X]. Mais alors U ∈ K × ou V ∈ K × , ce qui
nous dit bien que P est irréductible sur K[X].
⇐ : Si P est irréductible dans K[X], alors l’écriture P = QR donne en particulier que Q ∈ K × ∩ A =
A\{0} ou Q ∈ A\{0}. Comme c(P ) = 1 = c(Q)c(R), on a c(Q) = c(R) = 1, donc Q ∈ A× ou R ∈ A× .
Théorème 2.4 (Permanence de la factorialité – Gauss). Si A est factoriel, alors A[X] est factoriel.
En particulier, tout anneau de polynômes sur un anneau factoriel est factoriel.
Démonstration. Premièrement, A[X] est intègre car A l’est.
Deuxièmement, montrons l’existence (E) d’une décomposition en produit d’irréductibles de tout élé-
ment de A[X]. Soit P ∈ A[X] \ {0} qu’on écrit P = υ i∈I Qm
Q
i
i
comme produit d’irréductibles Qi dans
K[X] avec υ ∈ K[X] = K . Pour chaque i ∈ I, on écrit Qi = αi Qi avec αi ∈ K ∗ et Q
× ∗ f fi ∈ A[X] primitif,
m
Q mi ∗
donc irréductible dans A[X] car Qi l’est dans K[X]. Soit p = υ i∈I αi ∈ K et Q = i∈I Q
Q fi i ∈ A[X]
primitif. On aQalors P = c(P )Pe = pQ et, par unicité de (3), on a p = λc(P ) avec λ ∈ A× . Ainsi p ∈ A\{0}
n
s’écrit p = u j∈J qj j comme produit d’irréductibles dans A, donc dans A[X]. Ceci nous donne bien une
écriture en produit d’irréductibles de P .
Troisièmement, montrons l’unicité (U ) d’une décomposition en produit d’irréductibles de tout élément
de A[X]. Soit qj un système d’irréductibles de A qu’on complète en un système d’irréductibles de A[X]
par des polynômes de A[X] irréductibles dans K[X] et primitifs Pi . Si P s’écrit de deux manière dans
n Q n0 Q m0
ce système d’irréductibles P = u j∈J qj j i∈I Pimi = v j∈J qj j i∈I Pi i alors, comme les Pi forment
Q Q
encore un système d’irréductibles de K[X], on a, par unicité dans l’anneau Euclidien K[X], que mi = m0i .
Q n Q n0
Par intégrité de A[X], on a donc u j∈J qj j = v j∈J qj j dans A, mais alors, par unicité dans l’anneau
factoriel A, on a nj = n0j .

2.2 Quelques critères d’irréductibilité


Proposition 2.5 (Sur un corps). Soit K un corps et P ∈ K[X] \ {0}. S’équivalent
(i) P est irréductible ;
(ii) (P ) est un idéal premier de K[X] ;
(iii) (P ) est un idéal maximal de K[X] ;
(iv) K[X]/(P ) est un corps.
De plus, si deg(P ) ≤ 3, ces conditions équivalent à
(v) P est sans racines dans K.
Démonstration. L’anneau K[X] est principal.
Corollaire 2.6. Si K est algébriquement clos, les irréductibles de K[X] sont les polynômes de degré 1.
Voici une généralisation possible de ce corollaire ∗ , qui pourra s’avérer utile dans l’étude des polynômes
sur les corps finis :
Proposition 2.7 (Critère par extension). Soit P ∈ K[X] tel que deg(P ) = d ≥ 2. Alors P est irréductible
si, et seulement si, dans toute extension de corps L/K de degré [L : K] ≤ d2 , le polynôme P est sans
racines.
Sur un anneau factoriel, on a déjà vu que :
Proposition 2.8. P ∈ A[X] est irréductible si, et seulement si, P est irréductible dans K[X] et c(P ) = 1.
Exercice 4.
1. Montrer que P = X 4 + X + 1 est irréductible sur F2 mais qu’il admet une racine sur F16 .
2. En déduire une construction de F16 comme corps de rupture sur F2 .
∗. On rappelle que toute extension finie d’un corps algébriquement clos est triviale.

7
Le plus important des critères d’irréductibilités est le suivant :
Pd
Proposition 2.9 (Critère d’Eisenstein). Soit A un anneau factoriel et P = i=0 ai X i ∈ A[X] \ {0}.
Soit p ∈ A irréductible. On suppose que :
– p 6 |ad ;
– p|ai pour tout i ∈ J1, d − 1K ;
– p2 6 |a0 .
Alors P est irréductible dans K[X].
En particulier, si c(P ) = 1, alors P est irréductible dans A[X].
X p −1
Exercice 5. Soit p ∈ N∗ un nombre premier. Montrer que Φp = X−1 est irréductible sur Z.
Voici un autre critère d’irréductibilité par réduction :
Proposition 2.10 (Critère par réduction). Soit A un anneau factoriel et K = Frac(A). Soit P ∈ A[X]
de coefficient dominant ad . Soit I un idéal premier de A et L = Frac(A/I). On suppose que :
– ad 6∈ I ;
– l’image P de P dans L[X] est un polynôme irréductible.
Alors P est irréductible dans K[X].
En particulier, si c(P ) = 1, alors P est irréductible dans A[X].
Exercice 6. Montrer que le polynôme X 8 Y + XY 2 + Y 2 + Y − 1 est irréductible dans Z[X, Y ].
Proposition 2.11 (Critère par recherche de racines dans le corps des fractions). Soit A un anneau
Pd
factoriel et K = Frac(A). Soit P = i=0 ai X i ∈ A[X]. Si r = α β avec α, β ∈ A tels que α ∧ β = 1 est
une racine de P dans K, alors α|a0 et β|ad .
En particulier, un polynôme P primitif
n de degré inférieur
o à 3 est irréductible dans A[X], si et seulement
α
si, il n’admet pas de racines dans β, α|a0 et β|ad .

Cette dernière condition peut offrir très peu de choses à tester pour vérifier l’irréductibilité d’un
polynôme là où le critère d’Eisenstein ne s’applique pas.
Exercice 7. Le polynôme Q = X 3 − 4X 2 − 92 X − 52 est-il irréductible sur Q ?

2.3 Polynômes cyclotomiques


On rappelle que µ∗n (K) désigne l’ensemble des racines primitives n-ièmes de l’unité sur K, c’est-à-dire
l’ensembleQdes éléments d’ordre exactement n de K × . On rappelle que le n-ième polynôme cyclotomique
est Φn = ζ∈µ∗ (C) (X − ζ).
n
En travaillant dans les anneaux Z/nZ, on a déjà vu que :
Proposition 2.12 (Rappel).
×
1. deg(Φn ) = ϕ(n) = (Z/nZ) ;
Y
2. X n − 1 = Φd ;
d|n
3. Φn est unitaire à coefficients dans Z.
Lemme 2.13. Soit n ∈ N∗ et K un corps de caractéristique première à n. Alors
1. X n − 1 est sans facteur carré dans K.
2. L’ensemble des racines de Φn dans K est µ∗n (K).
Démonstration.
1. Si X n − 1 a un facteur carré Q, on écrit X n − 1 = Q2 R avec Q, R ∈ K[X]. En dérivant, on a
nX n−1 = Q(2Q0 R + QR0 ) donc Q divise X n − 1 et nX n−1 . Comme n est inversible dans K par hypothèse
sur la caractéristique, on en déduit que Q| pgcd(X n − 1, X n−1Q ) = 1.
2. Soit ζ ∈ K une racine de X n − 1. Comme X n − 1 = d|n Φd , la racine ζ est racine de l’un des
Φd . Mais ζ si est une racine primitive, alors ζ n’est pas racine de Φd pour d|n, d 6= n, donc est racine
de Φn . Si ζ n’est pas une racine primitive, alors il existe e|n, e 6= n tel que ζ e = 1, donc ζ est racine de
Φd |X e − 1 pour un certain d|e|n, d 6= n.
Théorème 2.14 (Irréductibilité des polynômes cyclotomiques). Pour tout n ∈ N∗ , le polynôme Φn est
irréductible sur Z.

8
Qr
Démonstration. Étape 1 : Comme Z[X] est factoriel, on peut écrire Φn = i=1 Qi avec Qi ∈ Z[X]
irréductible. Le produit des coefficients dominants des Qi est 1 donc les Qi sont tous de coefficients
dominant ±1 et le nombre de −1 est pair. Quitte à remplacer certains Qi en −Qi , on peut supposer que
les Qi sont unitaires.
Étape 2 : Soit ζ ∈ µ∗n (C). Pour tout nombre premier p ne divisant pas n, l’élément ζ p dans µn (C) '
Z/nZ est encore un générateur car de même ordre n que ζ, donc ζ p ∈ µ∗n (C).
Étape 3 : Soient i, j ∈ J1, rK tels que Qi (ζ) = 0 = Qj (ζ p ). Supposons par l’absurde qu’il est possible
évζ : Q[X] → C
de choisir i 6= j. Considérons le morphisme de Q-algèbres . Son noyau est (Qi )
P 7→ P (ζ)
p
car Qi est irréductible et annule ζ. En particulier Qj ◦ X ∈ ker évζ = (Qi ). Par unicité de l’écriture du
polynôme primitif, on en déduit que Qj ◦ X p = RQi pour un certain R ∈ Z[X] unitaire.
Étape 4 : Notons · : Z → Fp la réduction modulo p, qu’on étend canoniquement par propriété
universelle en · : Z[X] → Fp [X] et F : Fp [X] → Fp [X] le morphisme de Frobenius, qui est un morphisme
p
d’algèbres. Alors Qj = F (Qj ) = Qj (F (X)) = Qj (X p ) = Qj ◦ X p = Qi R. Soit π un facteur irréductible
p
de Qi dans Fp [X], ce qui existe car deg(Qi ) = deg(Qi ) > 0. Sur Fp , on a π|Qi R = Qj . Par le lemme
de Gauss, on a π|Qj , donc π 2 |Qi Qj |Φn |X n − 1. On aboutit ainsi à une contradiction avec i 6= j via le
lemme (1.).
Étape 5 : Soit ζ 0 ∈ µ∗n (C). Comme ζ engendre µ∗n (C), il existe m ∈ N tel que ζ 0 = ζ m . Comme
n nm
ζ est d’ordre n et que ζ 0 pgcd(m,n) = ζ pgcd(m,n) = ζ ppcm(m,n) = 1, on en déduit que n, l’ordre de ζ 0 ,
0
n
divise pgcd(m,n) , donc que pgcd(m, n) = 1. On montre alors, par récurrence sur le nombre de facteurs
irréductibles de ζ 0 , que toute racine de Φn est racine de Qi . Ainsi Φn |Qi |Φn . Donc Qi est le seul facteur
irréductible de Φn .
Exercice 8. Montrer que la plus petite extension de Q contenant toutes les racines n-ièmes de l’unité
est de degré ϕ(n) sur Q.
Les polynômes cyclotomiques donnent alors une famille de polynômes irréductibles de Z[X]. Cepen-
dant, comme la démonstration le suggère, ces polynômes
 ne sont en général pas irréductibles sur un corps
fini. Par exemple Φ8 = X 4 − X 2 + 1 = X 2 + X + 1 sur F2 . et on a le résultat suivant :
Théorème 2.15. Soit κ = Fq un corps fini à q éléments et n ∈ N∗ un entier premier à q. Soit r l’ordre
de q ∈ Z/nZ. Alors les facteurs irréductibles de Φn dans Fq sont deux à deux distincts et de degré r.
Démonstration. Soit P un facteur irréductible de Φn de degré s et K = Fq [X]/(P ), corps de rupture de
P sur Fq , qui est donc un corps fini de cardinal q s . Par construction, K contient une racine de Φn , disons
s
ζ 6= 0 qui est donc une racine primitive n-ième de l’unité par le lemme (2.), donc d’ordre n. On a ζ q = ζ
donc n|q s − 1. Ainsi q s ≡ 1 mod n et donc s ≥ r.
r
Inversement, comme ζ n = 1 et q r ≡ 1 mod n, on a ζ q = ζ. Soit L le sous-corps de K formé
r
des racines de X q − X. Alors ζ ∈ L mais K = Fq [ζ] par construction comme corps de rupture, donc
L = K = Fq [ζ]. Donc q s = Card(K) ≤ q r et ainsi r ≥ s car q ≥ 2.
Ainsi, tous les facteurs irréductibles de Φn sont de degré r. De plus, ils sont deux à deux distincts car
Φn |X n − 1 qui est sans facteur carré sur Fq par le lemme.
Corollaire 2.16. Le polynôme cyclotomique Φn est irréductible sur Fq si, et seulement si, q ∈ Z/nZ est
×
un générateur du groupe (Z/nZ) .
×
Démonstration. Φn est irréductible si, et seulement si, l’ordre de q dans (Z/nZ) est r = deg(Φn ) =
×
ϕ(n) = (Z/nZ) .

En particulier, les Φ2m ne sont jamais irréductibles sur Fq , sauf si m ∈ {1, 2}.
Corollaire 2.17. Dans l’anneau Fp [X], les facteurs irréductibles de Φpr −1 sont de degré r.
Un tel facteur est appelé un polynôme primitif sur Fp et ses racines sont des racines primitives pr − 1-
ièmes de 1. En particulier, Fpr = Fp [ζ] pour ζ un générateur de F×
pr .
15
Exemple 2.18. Pour construire F16 , on doit choisir un facteur irréductible de Φ15 = ΦX1 Φ3−1
Φ5 . On trouve
4 3
 4
 4

Φ15 = X + X + 1 X + X + 1 . Ainsi F16 = F2 [X]/ X + X + 1 = F2 [α] et l’élément α vérifiant
α4 = α + 1 est un générateur de F× 16 .
Ainsi F16 = 1, α, α2 , . . . , α15 et la table de multiplication est immédiate. La table d’addition se
dresse ensuite facilement en exploitant la relation α4 = α + 1. Par exemple α5 = α2 + α et α8 = α2 + 1
donc α5 + α8 = α + 1 = α4 .

Vous aimerez peut-être aussi