Polynômes homogènes en algèbre
Polynômes homogènes en algèbre
M2 FEADEP 2018-2019
Bibliographie
• À suivre...
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Ce polycopié a pour objectif de proposer une synthèse d’un certain nombre de techniques liées à la
manipulation des polynômes à une ou plusieurs indéterminées sur un anneau factoriel.
Tous les anneaux considérés seront commutatifs, et on désigne toujours par A un anneau commutatif
et K un corps.
Avant toute chose, rappelons brièvement la propriété universelle des algèbres de polynômes
Théorème 0.1 (Propriété universelle des algèbres de polynômes (finies)). Soit A un anneau commutatif
et B une A-algèbre. Soit n ∈ N∗ . Soient b = (b1 , . . . , bn ) un n-uplet d’éléments de B qui commutent
deux à deux. Alors il existe un unique morphisme de A-algèbres ϕ = evb : A[X1 , . . . , Xn ] → B tel que
ϕ(Xi ) = bi pour tout i ∈ J1, nK.
Ceci définit en particulier P (b) = ϕ(P ) et permet de manipuler des formules usuelles. On notera
que la condition de commutativité est vide si n = 1, ce qui est le cas en général quand on manipule des
polynômes d’endomorphisme en algèbre linéaire par exemple.
Corollaire 0.2. On a un isomorphisme d’algèbres naturel A[X1 , . . . , Xn ][Y ] ' A[X1 , . . . , Xn , Y ].
Corollaire 0.3. À tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ], on associe une fonction fP : An → A dite
polynômiale, donnée par (x0 , . . . , xn ) 7→ P (x0 , . . . , xn ) = evx1 ,...,xn (P ).
Remarque 0.4. Si B est une R-algèbre et que ρ : A → R est un morphisme d’anneau, alors B hérite
d’une structure de A algèbre via ρ mais il faudra alors remarquer que les coefficients de P via ϕ sont
« modifiés » par ρ.
1 Polynômes à n indéterminées
On se fixe un entier naturel n ∈ N∗ et on considère l’algèbre A[X1 , . . . , Xn ] des polynômes à n
indéterminées sur un anneau A.
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n+d−1
Fait 1.6. L’ensemble des polynômes homogènes de degré d est un A-module libre de rang d et de
base (X1m1 · · · Xnmn )m où m = (m1 , . . . , mn ) ∈ Nn vérifie m1 + · · · + mn = d.
Exemple 1.7.
(1) L’espace vectoriel des formes linéaires sur K n est de dimension n.
n+2−1
n(n+1)
(2) L’espace vectoriel des formes quadratiques sur K n est de dimension n = 2 .
Voici deux liens entre les polynômes à plusieurs variables et les polynômes homogènes :
Lemme 1.8. Soit P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] un polynôme, Q(T ) = P (T X1 , . . . , T Xn ) ∈ A[X1 , . . . , Xn ][T ] et
d ∈ N. S’équivalent :
(i) le polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] est homogène de degré d ;
(ii) Q(T ) = T d P (X1 , . . . , Xn ) ;
(iii) le polynôme Q(T ) est un monôme de degré d.
X X X
Démonstration. Soit P = am X m ∈ A[X1 , . . . , Xn ]. Alors Q(T ) = am X m T d . (i) ⇒
m d∈N m∈Nn
m1 +···+mn =d
(ii) car tous les monômes non nuls ont degré d donc on peut ôter la somme sur d ∈ N. (ii) ⇒ (iii) est
évident. (iii) ⇒ (i) car tout monôme de P doit être soit nul, soit de degré d.
Proposition 1.9 (Échelonnement
X en degré). Tout polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] s’écrit de manière
unique sous la forme P = Pd avec Pd ∈ A[X1 , . . . , Xn ] homogène de degré d.
d∈N
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1.2 Polynômes symétriques
Considérons le groupe G = Sn et B la A-algèbre A[X1 , . . . , Xn ] des polynômes à n indéterminées.
La propriété universelle donne l’existence d’un unique automorphisme de A-algèbres ϕσ : B → B tel que
Xi 7→ Xσ(i) . On note P σ le polynôme ϕσ (P ) = P (Xσ(1) , . . . , Xσ(n) ).
Ceci définit une action de groupes Sn A[X1 , . . . , Xn ].
Définition 1.13. Un polynôme P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] est dit symétrique s’il est fixé par l’action de Sn . Le
X k
Y
polynôme symétrique Σnk = Xij est appelé k-ième polynôme symétrique élémentaire.
1≤i1 <···<ik ≤n j=1
Théorème 1.15. L’ensemble A[X1 , . . . , Xn ]Sn des polynômes symétriques est une sous-A-algèbre de
A[X1 , . . . , Xn ] engendrée par les Σnk .
Démonstration. La preuve de ce théorème est fondamentale car elle fournit également un algorithme qui
permet d’écrire explicitement un polynôme symétrique comme polynôme en les polynômes symétriques
élémentaires. On considère l’ordre lexicographique, noté , sur Nn donné par
a = (a1 , . . . , an ) b = (b1 , . . . , bn ) ⇐⇒ ∃k ∈ J0, n − 1K, ak+1 > bk+1 et ∀i ≤ k, ai = bi
X
Pour P = am X m , on définit son multidegré par mdeg(P ) = max {m ∈ Nn , am 6= 0} où le
m∈Nn
maximum est pris pour l’ordre lexicographique . On dira que amdeg(P ) est le coefficient dominant de P .
Soit P un polynôme symétrique de multidegré m = (m1 , . . . , mn ). On cherche alors un polynôme
Q ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] ⊂ A[X1 , . . . , Xn ]Sn ayant même coefficient dominant que P et même multidegré.
Lemme 1.16. Si P est symétrique de multidegré m, alors m1 ≥ m2 ≥ · · · ≥ mn .
σ
Démonstration. Soit σ ∈ Sn . Notons mσ = mσ(1) , . . . , mσ(n) . Le monôme σ · X m = X m apparait
σ σ
dans P = P . Comme m m , on a m1 ≥ mσ(1) . Ceci étant valable pour tout σ ∈ Sn , il vient α1 ≥ αi
pour tout i. Plus généralement, pour tout k ∈ J1, n − 1K, on montre que mk ≥ mσ(k) pour tout σ tel que
σ|J1,k−1K = idJ1,k−1K . Ainsi, on a bien m1 ≥ m2 ≥ · · · ≥ mn .
m −m mn−1 −mn n mn
On peut donc définir Q = (Σn1 ) 1 2 · · · Σnn−1 (Σn ) ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ]. On a :
n
X
mdeg(Q) = (mi − mi+1 ) mdeg (Σni )
i=1
Soit Pe = P − am Q. Alors mdeg(P ) mdeg(Pe). Comme est un bon ordre sur Nn , on en déduit
que la suite définie par P0 = P et Pi+1 = Pei stationne en 0 et, en particulier, que P ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ] car
Pi − Pi+1 avec Pi − Pi+1 = Pi − Pei ∈ A[Σn1 , . . . , Σnn ].
P
P =
Exercice 2. Montrer que P = X13 + X23 + X33 est symétrique et l’écrire comme un polynôme en les
polynômes symétriques élémentaires.
Puisqu’on s’intéresse à l’action du groupe Sn , il est naturel de s’intéresser également à l’action du
sous-groupe An . On note ε : Sn → {±1} la signature. Parce qu’on a besoin de distinguer 1 et −1, on
suppose que A est un anneau intègre de caractéristique car(A) 6= 2. On est d’abord amené à introduire
la notion suivante :
Définition 1.17. Un polynôme P ∈ K[X1 , . . . , Xn ] est dit antisymétrique si pour tout σ ∈ Sn , on a
σ · P = ε(σ)P .
Q
Exemple 1.18. Le polynôme ∆ = 1≤i<j≤n (Xi − Xj ) est antisymétrique. En fait, c’est un polynôme
antisymétrique non nul de degré minimal et il engendre le module des polynômes antisymétriques sur
l’anneau des polynômes symétriques.
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Voici quelques propriétés laissées en exercices :
Proposition 1.19.
(1) Pour tout polynôme antisymétrique Q, il existe un unique polynôme symétrique P tel que Q = ∆P .
(2) Les polynômes P ∈ A[X1 , . . . , Xn ] fixés par l’action de An sont exactement ceux qui s’écrivent
sous la forme P = S + ∆T avec S, T symétriques. De plus, une telle écriture est unique.
Démonstration. On évalue par la propriété universelle la formule du lemme en (α1 , . . . , αn ), ce qui donne :
d
Y d
X
λ (X − αi ) = λ(−1)i Σdi (α1 , . . . , αn )X d−i = P.
i=1 i=0
Pd−1
Corollaire 1.24. Soit A est un anneau commutatif intègre et P = X d + i=0 ai X i ∈ A[X] un polynôme
unitaire de degré d. Soit K = Frac(A) et L = DecK (P ) le corps de décomposition de P sur K. Soient
α1 , . . . , αd les racines de P dans L comptées avec multiplicité. Alors pour tout polynôme symétrique Q ∈
A[X1 , . . . , Xn ], il existe (un unique) polynôme R ∈ A[Y1 , . . . , Yd ] tel que Q(α1 , . . . , αd ) = R(a0 , . . . , ad−1 ).
En particulier, toute relation symétriques en les racines d’un polynôme est un élément de l’anneau
qui contient les coefficients de ce polynôme.
i2π
Exemple 1.25. Pour tout n∈ N, on a j n + j 2n ∈ Z, où j = e 3 .
√ n √ n
1− 5 1+ 5
De même, 2 + 2 ∈ Z.
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2 Polynômes à une indéterminée – compléments
Si A est un anneau, il est en général difficile d’en déterminer les éléments irréductibles (penser par
exemple aux irréductibles de Z/nZ). Lorsque A est un anneau factoriel, les irréductibles jouent alors un
rôle important, notamment parce qu’on dispose alors d’une unique écriture en produit d’irréductibles, et
donc de valuations associées aux irréductibles de A.
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Si deg(P ) ≥ 1, montrons que P est irréductible dans A[X] si, et seulement si, c(P ) = 1 et P est
irréductible dans K[X].
⇒ : D’une part, c(P ) = 1 car sinon, par (1), on aurait que P = c(P )Pe est réductible car c(P ), Pe 6∈ A× .
D’autre part, si P = U V avec U, V ∈ K[X], par l’existence de (3), on écrit U = uU e et V = v Ve avec
u, v ∈ K et Ue , Ve ∈ A[X] primitifs. Alors P = uv U e Ve ∈ K[X] donc, par l’unicité de (3), on a uv ∈ A× .
Ainsi Ue ∈ A× ou Ve ∈ A× par irréductibilité de P dans A[X]. Mais alors U ∈ K × ou V ∈ K × , ce qui
nous dit bien que P est irréductible sur K[X].
⇐ : Si P est irréductible dans K[X], alors l’écriture P = QR donne en particulier que Q ∈ K × ∩ A =
A\{0} ou Q ∈ A\{0}. Comme c(P ) = 1 = c(Q)c(R), on a c(Q) = c(R) = 1, donc Q ∈ A× ou R ∈ A× .
Théorème 2.4 (Permanence de la factorialité – Gauss). Si A est factoriel, alors A[X] est factoriel.
En particulier, tout anneau de polynômes sur un anneau factoriel est factoriel.
Démonstration. Premièrement, A[X] est intègre car A l’est.
Deuxièmement, montrons l’existence (E) d’une décomposition en produit d’irréductibles de tout élé-
ment de A[X]. Soit P ∈ A[X] \ {0} qu’on écrit P = υ i∈I Qm
Q
i
i
comme produit d’irréductibles Qi dans
K[X] avec υ ∈ K[X] = K . Pour chaque i ∈ I, on écrit Qi = αi Qi avec αi ∈ K ∗ et Q
× ∗ f fi ∈ A[X] primitif,
m
Q mi ∗
donc irréductible dans A[X] car Qi l’est dans K[X]. Soit p = υ i∈I αi ∈ K et Q = i∈I Q
Q fi i ∈ A[X]
primitif. On aQalors P = c(P )Pe = pQ et, par unicité de (3), on a p = λc(P ) avec λ ∈ A× . Ainsi p ∈ A\{0}
n
s’écrit p = u j∈J qj j comme produit d’irréductibles dans A, donc dans A[X]. Ceci nous donne bien une
écriture en produit d’irréductibles de P .
Troisièmement, montrons l’unicité (U ) d’une décomposition en produit d’irréductibles de tout élément
de A[X]. Soit qj un système d’irréductibles de A qu’on complète en un système d’irréductibles de A[X]
par des polynômes de A[X] irréductibles dans K[X] et primitifs Pi . Si P s’écrit de deux manière dans
n Q n0 Q m0
ce système d’irréductibles P = u j∈J qj j i∈I Pimi = v j∈J qj j i∈I Pi i alors, comme les Pi forment
Q Q
encore un système d’irréductibles de K[X], on a, par unicité dans l’anneau Euclidien K[X], que mi = m0i .
Q n Q n0
Par intégrité de A[X], on a donc u j∈J qj j = v j∈J qj j dans A, mais alors, par unicité dans l’anneau
factoriel A, on a nj = n0j .
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Le plus important des critères d’irréductibilités est le suivant :
Pd
Proposition 2.9 (Critère d’Eisenstein). Soit A un anneau factoriel et P = i=0 ai X i ∈ A[X] \ {0}.
Soit p ∈ A irréductible. On suppose que :
– p 6 |ad ;
– p|ai pour tout i ∈ J1, d − 1K ;
– p2 6 |a0 .
Alors P est irréductible dans K[X].
En particulier, si c(P ) = 1, alors P est irréductible dans A[X].
X p −1
Exercice 5. Soit p ∈ N∗ un nombre premier. Montrer que Φp = X−1 est irréductible sur Z.
Voici un autre critère d’irréductibilité par réduction :
Proposition 2.10 (Critère par réduction). Soit A un anneau factoriel et K = Frac(A). Soit P ∈ A[X]
de coefficient dominant ad . Soit I un idéal premier de A et L = Frac(A/I). On suppose que :
– ad 6∈ I ;
– l’image P de P dans L[X] est un polynôme irréductible.
Alors P est irréductible dans K[X].
En particulier, si c(P ) = 1, alors P est irréductible dans A[X].
Exercice 6. Montrer que le polynôme X 8 Y + XY 2 + Y 2 + Y − 1 est irréductible dans Z[X, Y ].
Proposition 2.11 (Critère par recherche de racines dans le corps des fractions). Soit A un anneau
Pd
factoriel et K = Frac(A). Soit P = i=0 ai X i ∈ A[X]. Si r = α β avec α, β ∈ A tels que α ∧ β = 1 est
une racine de P dans K, alors α|a0 et β|ad .
En particulier, un polynôme P primitif
n de degré inférieur
o à 3 est irréductible dans A[X], si et seulement
α
si, il n’admet pas de racines dans β, α|a0 et β|ad .
Cette dernière condition peut offrir très peu de choses à tester pour vérifier l’irréductibilité d’un
polynôme là où le critère d’Eisenstein ne s’applique pas.
Exercice 7. Le polynôme Q = X 3 − 4X 2 − 92 X − 52 est-il irréductible sur Q ?
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Qr
Démonstration. Étape 1 : Comme Z[X] est factoriel, on peut écrire Φn = i=1 Qi avec Qi ∈ Z[X]
irréductible. Le produit des coefficients dominants des Qi est 1 donc les Qi sont tous de coefficients
dominant ±1 et le nombre de −1 est pair. Quitte à remplacer certains Qi en −Qi , on peut supposer que
les Qi sont unitaires.
Étape 2 : Soit ζ ∈ µ∗n (C). Pour tout nombre premier p ne divisant pas n, l’élément ζ p dans µn (C) '
Z/nZ est encore un générateur car de même ordre n que ζ, donc ζ p ∈ µ∗n (C).
Étape 3 : Soient i, j ∈ J1, rK tels que Qi (ζ) = 0 = Qj (ζ p ). Supposons par l’absurde qu’il est possible
évζ : Q[X] → C
de choisir i 6= j. Considérons le morphisme de Q-algèbres . Son noyau est (Qi )
P 7→ P (ζ)
p
car Qi est irréductible et annule ζ. En particulier Qj ◦ X ∈ ker évζ = (Qi ). Par unicité de l’écriture du
polynôme primitif, on en déduit que Qj ◦ X p = RQi pour un certain R ∈ Z[X] unitaire.
Étape 4 : Notons · : Z → Fp la réduction modulo p, qu’on étend canoniquement par propriété
universelle en · : Z[X] → Fp [X] et F : Fp [X] → Fp [X] le morphisme de Frobenius, qui est un morphisme
p
d’algèbres. Alors Qj = F (Qj ) = Qj (F (X)) = Qj (X p ) = Qj ◦ X p = Qi R. Soit π un facteur irréductible
p
de Qi dans Fp [X], ce qui existe car deg(Qi ) = deg(Qi ) > 0. Sur Fp , on a π|Qi R = Qj . Par le lemme
de Gauss, on a π|Qj , donc π 2 |Qi Qj |Φn |X n − 1. On aboutit ainsi à une contradiction avec i 6= j via le
lemme (1.).
Étape 5 : Soit ζ 0 ∈ µ∗n (C). Comme ζ engendre µ∗n (C), il existe m ∈ N tel que ζ 0 = ζ m . Comme
n nm
ζ est d’ordre n et que ζ 0 pgcd(m,n) = ζ pgcd(m,n) = ζ ppcm(m,n) = 1, on en déduit que n, l’ordre de ζ 0 ,
0
n
divise pgcd(m,n) , donc que pgcd(m, n) = 1. On montre alors, par récurrence sur le nombre de facteurs
irréductibles de ζ 0 , que toute racine de Φn est racine de Qi . Ainsi Φn |Qi |Φn . Donc Qi est le seul facteur
irréductible de Φn .
Exercice 8. Montrer que la plus petite extension de Q contenant toutes les racines n-ièmes de l’unité
est de degré ϕ(n) sur Q.
Les polynômes cyclotomiques donnent alors une famille de polynômes irréductibles de Z[X]. Cepen-
dant, comme la démonstration le suggère, ces polynômes
ne sont en général pas irréductibles sur un corps
fini. Par exemple Φ8 = X 4 − X 2 + 1 = X 2 + X + 1 sur F2 . et on a le résultat suivant :
Théorème 2.15. Soit κ = Fq un corps fini à q éléments et n ∈ N∗ un entier premier à q. Soit r l’ordre
de q ∈ Z/nZ. Alors les facteurs irréductibles de Φn dans Fq sont deux à deux distincts et de degré r.
Démonstration. Soit P un facteur irréductible de Φn de degré s et K = Fq [X]/(P ), corps de rupture de
P sur Fq , qui est donc un corps fini de cardinal q s . Par construction, K contient une racine de Φn , disons
s
ζ 6= 0 qui est donc une racine primitive n-ième de l’unité par le lemme (2.), donc d’ordre n. On a ζ q = ζ
donc n|q s − 1. Ainsi q s ≡ 1 mod n et donc s ≥ r.
r
Inversement, comme ζ n = 1 et q r ≡ 1 mod n, on a ζ q = ζ. Soit L le sous-corps de K formé
r
des racines de X q − X. Alors ζ ∈ L mais K = Fq [ζ] par construction comme corps de rupture, donc
L = K = Fq [ζ]. Donc q s = Card(K) ≤ q r et ainsi r ≥ s car q ≥ 2.
Ainsi, tous les facteurs irréductibles de Φn sont de degré r. De plus, ils sont deux à deux distincts car
Φn |X n − 1 qui est sans facteur carré sur Fq par le lemme.
Corollaire 2.16. Le polynôme cyclotomique Φn est irréductible sur Fq si, et seulement si, q ∈ Z/nZ est
×
un générateur du groupe (Z/nZ) .
×
Démonstration. Φn est irréductible si, et seulement si, l’ordre de q dans (Z/nZ) est r = deg(Φn ) =
×
ϕ(n) = (Z/nZ) .
En particulier, les Φ2m ne sont jamais irréductibles sur Fq , sauf si m ∈ {1, 2}.
Corollaire 2.17. Dans l’anneau Fp [X], les facteurs irréductibles de Φpr −1 sont de degré r.
Un tel facteur est appelé un polynôme primitif sur Fp et ses racines sont des racines primitives pr − 1-
ièmes de 1. En particulier, Fpr = Fp [ζ] pour ζ un générateur de F×
pr .
15
Exemple 2.18. Pour construire F16 , on doit choisir un facteur irréductible de Φ15 = ΦX1 Φ3−1
Φ5 . On trouve
4 3
4
4
Φ15 = X + X + 1 X + X + 1 . Ainsi F16 = F2 [X]/ X + X + 1 = F2 [α] et l’élément α vérifiant
α4 = α + 1 est un générateur de F× 16 .
Ainsi F16 = 1, α, α2 , . . . , α15 et la table de multiplication est immédiate. La table d’addition se
dresse ensuite facilement en exploitant la relation α4 = α + 1. Par exemple α5 = α2 + α et α8 = α2 + 1
donc α5 + α8 = α + 1 = α4 .