Université Catholique du Graben Numéro 26, mars 2024, pp.
45- 58
Centre de Recherches Interdisciplinaires du Graben [Link]
L’homme au cœur des théories et pratiques N° du dépôt légal : 0611.1965
socioéconomiques, politiques… © 2024, PUG – CRIG
Problèmes de chômage en Ville de Butembo
Bertrand VAHAVI MULUME1
Résumé
En République Démocratique du Congo, l’agriculture et l’élevage occupent une place
de choix. Parmi les facteurs de production, la terre est le principal. Elle assure la survie
pour 70 % des Congolais. C’est ce qui explique que le taux de chômage demeure faible en
milieu rural (1,2 %). C’est en milieu urbain que s’installe essentiellement le chômage. Par
exemple, le taux de chômage à Kinshasa s’élève fortement à 15 % où l’on dénombre un
tiers de l’ensemble des chômeurs congolais. Outre cette ville, ce taux est en général de
11,2 % dans le milieu urbain. La Ville de Butembo, une des Villes du pays, n’est donc pas
du reste. Cette réalité d’un taux de chômage élevé est le socle de cette recherche. De celle-
ci, il s’avère qu’en cette Ville, le chômage soulève plusieurs problèmes socio-
économiques : l’alcoolisme, la drogue, la prostitution (les femmes), la clochardise
(mendicité), la cleptomanie ("Shege"), le banditisme à mains armées (Kidnappeurs,
« kasukuistes »), …Ces fléaux constituent un réel danger individuel et collectif.
Mots-clés : Chômeur, Chômage, Problèmes socio-économiques
Abstract
In the Democratic Republic of the Congo, agriculture and livestock farming play a key
role. Among production factors, land is the most important. It ensures the survival of 70%
of the Congolese population. This explains why the unemployment rate remains low in
rural areas (1.2%). Unemployment is more prevalent in urban areas. Kinshasa, for
example, has a high unemployment rate of 15%, accounting for a third of all unemployed
Congolese. Outside Kinshasa, the rate is 11.2% in urban areas. The city of Butembo, one
of the country's largest, is no exception. This reality of high unemployment is the basis of
this research. Unemployment in Butembo has given rise to a number of socio-economic
problems: alcoholism, drugs, prostitution (of women), homelessness (begging),
kleptomania ("Shege"), armed banditry (Kidnappers, "kasukuistes"), etc. These scourges
represent a real individual and collective danger.
Key words: Unemployed, Unemployment, Socio-economic problems
1Professeurà la Faculté des Sciences Économiques et de Gestion de l’Université Catholique du
Graben de Butembo, Nord-Kivu/RDC : bvahavi@[Link]
(c) Tous droits réservés Parcours et Initiatives : Revue interdisciplinaire du Graben (PIRIG) 2024
Ce travail est disponible sous la licence Creative Commons Attribution 4.0 International
Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
Introduction
À la lecture de grands problèmes économiques contemporains, figure la
question du chômage. Pour les États, cette dernière soulève aussi des
préoccupations sociales, économiques et politiques. Le chômage et les
difficultés rencontrées pour le réduire sont toujours évoqués dans des
articles, des émissions ou des reportages.
Il est un véritable phénomène à dimensions à la fois individuelle ou
microéconomique et macroéconomique (Baudry de Vaux Marie, Deshayes
et al., 1995). Dans son premier aspect, qui dit chômage, dit être sans emploi
tout en étant à sa quête. Il s’agit aussi du cas où, dans un pays, une partie de
la main d’œuvre est en recherche d’emploi faute de n’avoir un.
Pour Erick Lecerf (s. d.), le chômage isole les ouvriers des autres classes
de la société. Pour ce faire, il identifie leur classe. Aussi, des subdivisions
s’observent-elles à l’intérieur de chaque catégorie de salariés, pour dire, à
l’intérieur de la classe ouvrière elle-même.
Cependant, quels problèmes soulève la question de chômage dans la
société, singulièrement en Ville de Butembo? Nous présageons que le
chômage soulève des problèmes dans la société aussi bien au plan individuel
que collectif, entre autres la dépression, l’alcoolisme, la prostitution, le
banditisme, etc.
Cette anticipation de réponse dicte l’objectif de détecter les effets du
chômage sur la population de la Ville sous investigation, mais aussi
l’organisation de cette étude. Celle-ci est structurée en trois points. Il
importe de cerner d’abord la définition et les sortes de chômage. Ensuite, il
est à comprendre en le plaçant dans le paradigme des théories économiques.
Enfin, ses quelques aspects empiriques permettent de présenter la réalité du
phénomène dans certains États ; la France et la RDC. Toutefois, une enquête
menée auprès de trente personnes sur le sujet en Ville de Butembo (en RDC)
permet de fixer la lanterne sur la question qui motive cette réflexion.
À cet effet, la documentation, le questionnaire et l’entretien nous ont été
utiles à l’obtention des informations. Le phénomène étudié a été décrit et
ces informations ont fait objet de critique et analyse.
1. Le chômage
Il est ici question de définir le concept de chômage et de par cette
définition, exposer les différentes sortes.
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
1.1. Définition
Le chômage est considéré, dans les développements de la science sociale,
comme un fait social. Le sous-emploi, la mobilité du travail, la mobilité
spéciale et l’absence de qualifications en sont le fondement.
Peu à peu, la définition du chômage s’est internationalisée avec la
compréhension donnée par le Bureau International du Travail -BIT-
((Dévoué, 1994). Sont considérés comme chômeurs, les personnes sans
emploi lors de l’enquête, qui sont inoccupées, cherchent un gagne-pain et
sont réellement à la quête d’une fonction. Cette signification s’appuie sur
trois indices que doit accumuler une personne en dépassement l’âge de
l’instruction. Conjointement, il doit un jour préciser ou une semaine
précisée : être sans emploi, rechercher celui salarié et être prêt
promptement.
Etienne Lehmann (2014) estime que ces critères sont contestables. On
peut figurer dans la liste du Pôle emploi sans être considéré comme chômeur
au sens du BIT. Tout chômeur replissant ces critères n’est pas
nécessairement inscrit au Pôle emploi. Seulement, ces critères facilitent des
comparaisons entre pays dans les époques.
1.2. Différentes sortes de chômage
Elina Dévoué (1994) note qu’il existe une multitude de chômages, entre
autres les chômages frictionnel, conjoncturel, structurel, technique,
technologique, déguisé, marginal, potentiel, saisonnier, de discontinuité,
sectoriel, partiel, total, volontaire, involontaire, naturel, etc.
On parle de chômage frictionnel lorsqu’un travailleur quitte un emploi
pour un autre sans avoir rejoint celui-ci. Essentiellement, il naît des
changements d’emploi, des déplacements de personnes qui vont ailleurs
pour travailler ou encore qui préfèrent un autre type de fonction. Le
chômage conjoncturel est évoqué dans le cas où, par exemple, des
travailleurs de l’industrie automobile sont licenciés à la suite des
bouleversements des prix du pétrole. Lorsque les motifs sont les structures
économiques, géographiques, sociales, le chômage est dit structurel. C’est
le cas des employés des mines de charbon qui, avec une rapide baisse de
l’extraction du charbon, leur possibilité de travail a cessé. Le chômage
sectoriel tient du fait d’une inactivité découlant de difficultés particulières
d’un secteur d’activité (effondrement de la demande, concurrence
extérieure trop forte, structure et techniques inadaptées).
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Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
Le chômage technologique résulte de l’usage de machines et de
perfectionnements dans les méthodes de production qui écartent la main
d’œuvre. On parle de chômage technique en cas d’inactivité due à une
panne…
Le chômage saisonnier est particulier à certains métiers. On le retrouve
dans les travaux agraires, de construction et travaux publics). Des variations
saisonnières dans la production de certains secteurs se traduisent par une
perte périodique d’emploi. Lorsque la baisse de l’horaire hebdomadaire de
travail en dessous de la durée légale induit une baisse de l’activité, il en
résulte un chômage dit partiel. Celui total est occasionné par la perte et la
cessation totale de l’activité. Une situation où existe une main d’œuvre
inoccupée bien que voulant travailler, y compris pour un niveau de salaire
réel inférieur au taux existant, caractérise le chômage involontaire.
Au contraire, si l’inactivité est due à un refus de la main d’œuvre
d’accepter les conditions proposées par les employeurs (rémunérations trop
faibles, contraintes jugées trop fortes), le chômage devient volontaire.
Enfin, le taux auquel le rythme d’inflation se stabilise lorsque celui de la
croissance de la masse monétaire reste constant, est le taux de chômage
naturel.
2. Le chômage : explications théoriques
Est exposée, une revue de la littérature concernant les explications
théoriques du chômage, notamment le chômage aux XVIIe et XVIIIe siècles
dit classique, les analyses néo-classique, keynésienne et les nouvelles
interprétations du chômage.
2.1. Le chômage aux XVIIe et XVIIIe siècles
Seul le fonctionnement du marché du travail explique le chômage. Par la
rencontre de l’offre et de la demande, se forment le salaire et le niveau
d’emploi. Le salaire réel ne dépasse pas le minimum de subsistance ou vital.
Si le salaire s’élève au-dessus de ce niveau, les conditions de vie des
travailleurs s’améliorent, la population croît. Cette augmentation n’est rien
d’autres qu’un excès de l’offre du travail et une pression s’exerce à la baisse
du salaire réel.
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
2.2. L’analyse néo-classique
Pour les néo-classiques comme Cournot, Jevons, Pigou, Walras, etc., le
chômage résulte du fonctionnement du marché du travail (Chevalier &
Vignolles, 2013). Sur ce marché, les entreprises expriment leur demande.
L’offre des travailleurs est le fruit de l’arbitrage travail-loisir. Ce dernier
met en rapport la désuétude du travail (le coût de l’offre) et le salaire réel.
La demande de travail est en liaison indirecte avec le taux de salaire. L’offre
de travail est une relation directe de ce taux.
Dès que l’équilibre règne, le chômage est raillé. La persistance des
chômeurs signifie que ceux-ci ont refusé de travailler jugeant trop faible le
salaire (chômage volontaire). Le salaire pour lequel l’offre et la demande
de travail sont égales, est le salaire d’équilibre.
Au contraire, avec le salaire en vigueur, supérieur à celui d’équilibre,
l’offre excède la demande de travail. C’est la situation de « chômage
involontaire ».
Lorsqu’il est proposé un salaire inférieur à celui de réserve, les chômeurs
ne sont plus encouragés à rechercher activement un emploi. Ils substituent
le loisir au travail avec un risque de se trouver dans une « trappe à
inactivité » ou « trappe à non-emploi ».
Cette approche néoclassique traditionnelle repose sur l’hypothèse que les
marchés fonctionnent sans entrave et en information parfaite. Relâcher cette
hypothèse permet de concevoir d’autres explications possibles du chômage
qui ne seraient plus forcément le résultat d’un choix rationnel des individus.
2.3. La théorie keynésienne
John Maynard Keynes (2002) explique en plus le chômage de masse issu
des crises économiques. Pour l’auteur, le chômage s’explique par une
insuffisance de la demande globale. Il estime qu’il résulte véritablement
d’un dysfonctionnement sur le marché des biens et services. La demande
effective guide la production et l’embauche par les entreprises. Les faibles
ventes attendues dans le futur les poussent à réduire dès aujourd’hui leur
production pour éviter des invendus.
Par conséquent, elles diminuent le nombre de leurs travailleurs, arrêtent
d’embaucher, éventuellement révoquent certains. Si toutes les entreprises
optent pour ce comportement, le taux de chômage va augmenter. La
consommation des ménages baisse. De même, les actifs toujours en emploi
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Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
vont accroître leur épargne pour motif de précaution en craignant la perte
de leur emploi.
Il s’agit là d’un cercle vicieux qui piège l’économie dans un équilibre de
sous-emploi. En effet, la baisse de la consommation ne doit que pousser les
entreprises à réduire davantage leur production, donc l’emploi.
La rigidité des agents économiques (entreprises et ménages) à changer
de comportement nécessite l’intervention de l’État pour redynamiser la
demande globale et par cette voie, ramener l’économie au plein emploi
(Anota, 2012).
Cette intervention consisterait à augmenter les dépenses
d’investissement public (ce qui crée directement des débouchés aux
entreprises, les incite à embaucher…), hausser les revenus de transfert et
diminuer les impôts (pour accroître le pouvoir d’achat des ménages et les
inciter à consommer davantage). Avec les débouchés ainsi créés pour les
entreprises, celles-ci seraient incitées à embaucher…). Responsable de la
politique monétaire, la Banque Centrale, de son côté, réduirait son taux
directeur. Les banques de second rang de n’auraient qu’à réduire leurs taux
d’intérêt et ainsi inciter l’augmentation de la demande du crédit facile
(moins cher). Cette dernière permet aux entreprises et ménages à dépenser
davantage.
Le meilleur équilibre aux yeux des autorités publiques étant celui d’un
faible chômage et une forte demande, il faut quitter le mauvais équilibre ;
celui de sous-emploi où le chômage est élevé et la demande globale faible.
2.4. Les nouvelles interprétations du chômage
2.4.1. Les nouveaux keynésiens
Les théoriciens de ce courant ne s’éloignent pas des idées de Keynes.
Comme Keynes, ils soutiennent que le chômage résulte d’une demande
globale insuffisante et d’un salaire rigide à la baisse. Pour montrer que le
marché du travail ne peut s’autoréguler à la manière des néoclassiques, ils
soulignent plusieurs rigidités ne permettant pas effectivement le salaire de
baisser et donc de rejoindre un quelconque « équilibre ». Ils estiment que,
du fait de la défaillance de marché, l’action publique est justifiée.
2.4.2. Les théories de la segmentation
Décrite dans les travaux de Peter Doeringer et Michaël Piore (2008), la
segmentation du marché est schématisée souvent par la coexistence de deux
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
grands segments. Le premier, c’est le marché primaire caractérisé par des
emplois stables, généralement à temps plein, y sont payés des salaires
élevés, dans de bonnes conditions de travail, de bons avantages sociaux, des
possibilités de promotion, souvent syndiqués, ayant une certaine autonomie
(ou tout au moins pas de contrôle serré).
Dans le second, le marché secondaire, on trouve des emplois souvent à
temps partiel ou à une durée déterminée, rarement syndiqués, des salaires
faibles, de faibles avantages sociaux ou sans avantages sociaux, sans
sécurité d’emploi, sous contrôle et surveillance serrés. Il expose un risque
élevé de chômage et les promotions n’y existent pas. Le risque de chômage
est important et les promotions sont inexistantes.
2.4.3. Les théories du « chômage de recherche »
Ces théories donnent importance à l’imperfection de l’information
(Cohen et al., 1996). La notion même de plein emploi est abandonnée. Les
chômeurs peuvent collecter une plus grande quantité d’informations et avoir
plus de contacts avec les employeurs comme ceux qui sont déjà recrutés.
Plus, l’on est en chômage, plus l’on recherche activement le métier que l’on
en a un. Ainsi, une partie de la population se trouve mieux à tout moment
rester au chômage avec comme espoir de décrocher un meilleur emploi que
ceux qui lui ont déjà été présentés. De cette façon, cette théorie explique
l’existence d’un chômage permanent.
2.4.4. La théorie des contrats de travail
Cette théorie est appelée théorie des contrats implicites. (Perrot, 1992)
Car, sa validité ne dépend pas de l’existence ou non de contrats écrits pour
chaque emploi. Les employeurs et les employés trouvent nécessaire de
s’entendre sur un contrat de travail qui stipule un niveau de salaire qui ne
diminue pas immédiatement sous l’effet d’une régression de prix, même si
ce contrat entraîne une extinction d’emploi des travailleurs en cas de
malsaine occurrence.
2.4.5. La théorie du déséquilibre
Robert Clower, Edmond Malinvaud, etc. ont développé une théorie de
chômage qui s’inscrit dans la théorie du déséquilibre.(« Théorie du
déséquilibre », 2023) Selon cette approche, puisque les économies ne sont
pas sensibles aux décalages entre l’offre et la demande, il existe de crises
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Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
durables sur les marchés. L’effet de la rigidité des prix est la présence de
rationnements. L’offre n’étant pas équivalente à la demande du fait de cette
rigidité, la théorie prend pour présomption que l’échange est déterminé par
la quantité minimale ; l’offre, si elle est inférieure à la demande ; celle-ci,
dans le cas contraire, augmente. Une offre excédentaire de travail détermine
le chômage. Ce dernier défie les chroniques dans plusieurs pays du monde.
Le point suivant expose quelques cas.
3. Quelques cas empiriques de chômage : France, RD du Congo et Ville
de Butembo
Nous partons des cas de la France avant celui de la République
Démocratique du Congo, en général, pour nous recentrer enfin sur celui de
la Ville de Butembo, singulièrement.
3.1. Le chômage et ses explications en France
3.1.1. Élucidation
Le chômage est apparu en France dans les années 1970. Il est devenu
intense dans les années quatre-vingt. Jean-Pierre Durand et al. (2016),
notent qu’actuellement il est un des tracas dans ce pays. Il est autour de six
millions d’individus si l’on considère tous les désœuvrés et les demandeurs
d’emploi non-inscrits à Pôle emploi pour divers motifs. Cet effectif ne fait
que croître de plus à plus depuis plus de trois décades.
Ce contexte est devenu insupportable pour les désœuvrés eux-mêmes
dont les probabilités de retour à l’emploi s’amoindrissent, alors que les
travailleurs occupés vivent sous la menace de perdre leur emploi à cause
des délocalisations ou d’une croissance amorphe. Le taux de chômage très
élevé a, de plus, des conséquences néfastes sur la société intégrale où de
multitude de jeunes perdent toute espérance de trouver un métier leur
assurant un lendemain meilleur. Au-delà de l’emploi et du revenu afférent,
le sentiment d’être inutile socialement entraîne consternation et désespoir.
L’estimation de l’effet mensuel officiel des chômeurs en France revient
à l’ANPE (Agence Nationale pour l’Emploi). L’on les nomme DEFM
(Demandeurs d’Emploi en Fin de Mois). Entre le deuxième trimestre 2018
et le deuxième trimestre 2019, l’effectif d’inscrits depuis moins d’un an
passe de 3 020 700 à 2 930 500, une baisse de 2,9 %. Par contre, l’effectif
d’inscrits depuis un an ou plus est en majoration de 1,5 % (de 2 610 400 à
2 649 100) sur la même période.
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
Les raisons du chômage en France sont multiples. Le premier mobile
d’inscription à Pôle Emploi demeure la résiliation de CDD (Contrat à durée
déterminée), qui concerne 106 800 nouveaux chômeurs au deuxième
trimestre 2019 soit 20,2 % d’entrées. Les abrogations conventionnelles
représentent elles 6,6 % d’inscriptions. A l’inverse, les révocations
économiques sont plus rares et comptent pour 1,5 % d’inscriptions.
Considérant le second trimestre 2018, l’INSEE (2018) note que le ratio
de chômage diminue de 0,1 point en rapport avec le premier trimestre. Si le
ratio de chômage de moins de 25 ans reste élevé (20,8 %), il est toutefois en
baisse en rapport avec trimestre précédent où il se monterait à 21,4 %. Plus
l’âge avance jusqu’à 49 ans, la baisse est plus modeste, puisque le taux de
chômage est passé de 8,6 % à 8,5 %. Pour les seniors, il reste constant à
6,5% comme au semestre précédent.
Certaines explications toutes faites par cet institut considèrent que le
ratio de chômage dans le pays tire origine de l’accroissement de l’activité
féminine. Il s’agit d’une situation perplexe entre l’augmentation de
l’activité féminine (à partir des années soixante) et la hausse du chômage.
Certains encore considèrent que c’est la faute aux machines que le chômage
augmente.
3.1.2. Solutions
Erick Heyer et al. (2003) préconisent de changer de politique
économique pour solutionner la question du chômage en France. En premier
lieu, au niveau macroéconomique, il convient de changer la gouvernance en
zone euro en proposant des politiques macroéconomiques plus
coopératives, mieux adaptées à la conjoncture et prenant en compte les
contraintes environnementales. En second lieu, au niveau
microéconomique, il faut appeler des politiques ciblées sur les non-qualifiés
partant d’une réforme du système de l’éducation à celui de la formation
professionnelle.
3.2. Le chômage en République Démocratique du Congo
3.2.1. Explications
Ces dernières années, l’histoire sociopolitique en RDC est très
mouvementée. Pour ce faire, les données statistiques socio-économiques
font défaut. Une image détaillée de principales caractéristiques du chômage
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Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
dans le pays est fournie pour la première fois par les enquêtes emploi,
première phase du dispositif d’enquête 1-2-3.
L’enquête 1-2-3 menée en 2004-2005 qualifie le chômage d’un
indicateur sur le marché du travail marquant le dysfonctionnement entre la
demande et l’offre. Son importance varie selon la situation économique.
L’effectif des désœuvrés au sens du BIT, au niveau national et à cette
époque, était environ 776 000 sujets. Le ratio de chômage était ainsi de 3,7
%. A l’instar de nombreux pays africains, en République Démocratique du
Congo, l’agriculture et l’élevage occupent une place de choix. Parmi les
facteurs de production, la terre est le principal. Elle assure la survie pour 70
% de congolais. C’est qui explique que le taux de chômage demeure faible
en milieu rural (1,2 %). (Nkenda, s. d.)
Tableau 1. Le chômage suivant le genre et l’âge (exprimé en taux au
sens du BIT)
Genre Classe d'âge Ensemble
10-14 15-29 30-49 50 ans
Homme Femme ans ans ans et + % Effectif
Kinshasa 17,3 11,8 7,1 26,7 11,2 8,5 14,9 259100
Milieu Urbain 12,2 10,1 8,8 19,2 8,2 6,3 11,2 581600
Milieu Rural 1,6 0,9 3,3 1,9 0,8 0,6 1,2 194700
RDC 4,5 2,9 3,8 5,7 2,8 2 3,7 776300
Source : Enquête de l’INS
Dans l’ensemble, l’élargissement du concept de chômage a pour
conséquence d’incorporer comme chômeurs des catégories de populations
qui se situent en marge de l’activité économique et qui entretiennent un lien
plus lâche avec le marché du travail, principalement les jeunes et les
femmes.
Tableau 2. Le chômage élargi suivant le genre et l’âge (exprimé en taux)
Genre Classe d'âge Total
10-14 15-29 30-49 50 ans
Masculin Féminin ans ans ans et + % Effectif
Kinshasa 24,2 23,2 31,6 39,1 18,2 14,5 23,8 461100
Milieu Urbain 17,1 18,4 17,7 29,3 12,6 10,2 17,7 988500
Milieu Rural 2,7 2,3 4,1 4,1 1,7 1,2 2,5 407600
RDC 6,7 6,1 5,6 10,2 4,8 3,5 6,4 1396100
Source : Enquête de l’INS
Par chômage élargi, on entend les individus hantés de commencer un
travail, mais qui ne se démènent pour en obtenir et qui considèrent leurs
perspectives sur le marché du travail insuffisamment bonnes. Le taux de
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
chômage élargi prend ainsi en compte les chômeurs dits découragés. Il
s’agit d’ôter du tableau précédent le critère de recherche. La même enquête
que ci-dessus, mais en 2012, révèle les données suivantes :
Tableau 3. Le chômage (exprimé en taux)
65 ans
10-14 ans 15-24 25-34 35-54 55-64 et + ensemble
Taux de chômage au sens du BIT
Kinshasa 11,8 49,9 20,4 12,3 6,5 13,7 18,8
Autre
urbain 5,5 15,5 9,8 5,2 2,7 2,8 7,8
Urbain 6,8 24,6 12,7 7,4 3,8 6,3 11,1
Rural 1,5 3,1 1,8 0,7 0,3 0,5 1,4
RDC 2,2 8,8 5,4 3,1 1,4 2,1 4,5
Le chômage (exprimé en taux au sens élargi)
65 ans
10-14 ans 15-24 25-34 35-54 55-64 et + ensemble
Kinshasa 19 59,1 33,3 20 12,8 15,4 28,5
Autre
urbain 19,2 30,3 16 8,4 5,7 3,8 14
Urbain 19,2 38 21,1 12,2 7,8 7,5 18,5
Rural 2,8 5,8 2,9 1,5 0,9 0,7 2,6
RDC 5,1 15,5 9,2 5,4 3,1 2,7 8
Source : Enquête de l’INS
D’après ce tableau, sur l’étendue nationale, le ratio de chômage élargi
était de 8 %. Il envoisine le double de celui au sens strict (4,5 %). Comme
le taux de chômage au sens du BIT, celui au sens large est un phénomène
urbain atteignant plus singulièrement les jeunes.
Pour l’année 2019, en RDC, il représentait environ 70 % de la population
active. Sans en trouver, des jeunes en milliers se retrouvent chaque année
sur le marché de l’emploi. Cette situation est à la base de nombreux
problèmes socio-économiques.
3.2.2. Solutions
Alors que le pouvoir d’achat est déjà très bas, mais également instable
au Congo-Kinshasa, la vie de la population est rendue très difficile par le
chômage. Il s’agit là d’un paradoxe, voire un scandale lorsque le sous-sol
du pays est exceptionnellement riche. Ce chômage devrait être la priorité du
Gouvernement. À défaut, les habitants vont, jour pour jour, être de plus
malheureux de la planète, mais aussi de plus pauvres. Réduire ce fléau en
RDC serait une tâche difficile, mais n’est une œuvre vaine dès le départ du
moins que l’on recoure à de bonnes conditions institutionnelles à
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Parcours et Initiatives, n° 26 – mars 2024
l’implantation des unités de production et à la protection des droits de
propriété. Cela relève d’une question de volonté politique.
3.3. Les conséquences du chômage en Ville de Butembo
3.3.1. Explications
Butembo est un des milieux urbains en République Démocratique du
Congo. Pour cette raison nous la circonscrivons dans la situation du
chômage décrite dans les précédentes pages sur l’ensemble du pays. Nous
nous inspirons des données jusque-là disponibles. Les tableaux n°2 et n°3
exposent des taux de chômages élargis de 17,7 % et 14 % respectivement
pour les enquêtes de 2004-2005 et 2012 en milieu urbain dont fait partie la
Ville Butembo. Pour cette dernière, nous soulevons ici les problèmes socio-
économiques causés par le fléau.
3.3.2. Problèmes socio-économiques
Partant d’un sondage conduit sur trente personnes en Ville de Butembo,
il a été constaté que certains chômeurs, dépassés par la situation,
s’abandonnent à l’alcoolisme, à la drogue, à la prostitution (les femmes), à
la clochardise (mendicité), à la cleptomanie (être « shege »), etc. D’autres
intègrent les groupes des bandits à mains armées (kidnappeurs,
« kasukuistes ») qui sèment la terreur, auteurs de nombreux homicides.
En répondant à la question « quels sont les problèmes soulevés par le
chômage ? », les réponses des enquêtés sont exposées dans le tableau ci-
dessous.
Tableau 4. Les problèmes soulevés par le chômage en Ville de
Butembo
N° Problèmes dus au chômage Nbre de citations Pourcentage
1 Alcoolisme 9 30
Intégration des mains armées
2 3 10
(banditisme)
3 Drogue (chanvre) 6 20
4 Conflit familial 2 7
5 Cleptomanie (shege) 1 3
6 Clochardise (mendicité) 1 3
7 Prostitution 8 27
Total 30 100
Source : Enquêtes de terrain
La lecture de ce tableau rend compte que le chômage, un problème,
soulève plusieurs autres au niveau de la société. Plus il augmente et perdure,
plus les concernés se livrent à des pratiques qui constituent un danger pour
eux-mêmes et pour toute la société. La montée de l’alcoolisme, de la prise
de la drogue, du banditisme à mains armées, de la prostitution sont parfois
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Problèmes de chômage en Ville de Butembo
l’expression d’un chômage involontaire accru. L’intégration dans des
groupes armés et rebelles par plusieurs jeunes, l’augmentation des
« sheges » et des mendiants dans les Villes (comme Butembo) témoignent
de la gravité du problème de chômage multiforme où se retrouvent
nombreux Congolais et Congolaises.
Le chômage est également la cause de conflits familiaux et même de
divorce dans nombreux foyers. Beaucoup d’autres problèmes pourraient
être identifiés. Ceux évoqués dans ce travail ne font pas l’objet
d’exhaustivité. Ils ne sont qu’illustratifs. L’État congolais a un sérieux défi
à combattre le chômage par la mise sur pied de l’emploi.
Conclusion
Ce document a traité du problème du chômage. Son objectif était de
détecter les effets de ce désastre sur la population de la Ville de Butembo.
Il a porté sur trois grandes parties. La première a consisté à définir le concept
du chômage. Dans la deuxième, il s’est agi de poser ses éléments théoriques
explicatifs. Enfin, la dernière a consisté à en présenter quelques aspects
empiriques.
Une enquête menée particulièrement en Ville de Butembo auprès de
trente enquêtés a clôturé ces aspects. Elle a révélé que le chômage soulève
plusieurs problèmes socio-économiques qui constituent un réel danger
individuel et collectif (voir le tableau 4).
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