BY THOMAS BLG
La conscience
L’ESSENTIEL DU COURS
L’homme, dans la mesure où il est conscient, c’est-à-dire capable de se prendre lui-
même pour objet de pensée, n’est plus simplement dans le monde comme une chose
ou un simple être vivant, mais il est au contraire devant le monde : la conscience, c’est la
distance qui existe entre moi et moi-même et entre moi et le monde.
Comment concevoir la conscience ?
Que je sois certain que j’existe ne me dit pas
encore qui je suis. Descartes répond que je suis «
une substance pensante » absolument distincte du
corps. Pourtant, en faisant ainsi de la conscience
une « chose » existant indépendamment du corps
et repliée sur elle-même, Descartes ne manque-t-il
pas la nature même de la conscience, comme
ouverture sur le monde et sur soi ?
C’est ce que Husserl essaie de montrer : loin d’être
une chose ou une substance, la conscience est une
activité de projection vers les choses. Elle est
toujours au delà d’elle-même, qu’elle se projette
vers le monde, vers ses souvenirs vers ou l’avenir, à
chaque fois dans une relation – ou visée – que
Husserl nomme « intentionnelle » .
Le Caravage, Narcisse, vers 1597-1599
La conscience que j’ai d’exister peut-elle être remise en doute ?
Je peux me tromper dans la connaissance que je crois avoir de moi (celui qui croyait être
courageux peut s’avérer n’être qu’un lâche, par exemple), mais la pure conscience d’être,
elle, est nécessairement vraie. Ainsi, Descartes, au terme de la démarche du doute
méthodique, découvre le caractère absolument certain de l’existence du sujet: « je pense,
donc je suis ». Cette certitude demeure, et rien ne peut la remettre en cause. Descartes fait
alors du phénomène de la conscience de soi le fondement inébranlable de la vérité, sur
lequel toute connaissance doit prendre modèle pour s’édifier .
L’intentionnalité de la conscience
Que la conscience ne soit pas une substance mais une relation, cela signifie que c’est par
l’activité de la conscience que le monde m’est présent. Husserl tente, tout au long de son
œuvre, de dégager les structures fondamentales de cette relation, à commencer par la
perception. Il montre ainsi que celle-ci est toujours prise dans un réseau de significations : je
ne peux percevoir que ce qui pour moi a un sens.
l’inconscient
L’ESSENTIEL DU COURS
Suis-je totalement transparent à moi-même ?
La conscience n’est pas pure transparence à soi : le sens véritable des motifs qui me
poussent à agir m’échappe souvent.
C’est ce que Freud affirme en posant l’existence d’un inconscient qui me détermine à mon
insu. Le sujet se trouve ainsi dépossédé de sa souveraineté et la conscience de soi ne peut
plus être prise comme le modèle de toute vérité. L'inconscient n'est pas le non conscient :
mes souvenirs ne sont pas tous actuellement présents à ma conscience, mais ils sont disponibles
(c'est le préconscient). L'inconscient forme un système indépendant qui ne peut pas devenir
conscient sur une simple injonction du sujet parce qu'il a été refoulé.
C'est une force psychique active, pulsionnelle, résultat d'un conflit intérieur entre des désirs qui
cherchent à se satisfaire et une personnalité qui leur oppose une résistance.
Il se produit en nous des phénomènes psychiques dont nous n’avons pas conscience, mais qui
déterminent certains de nos actes conscients.
Ainsi, nous pensons nous connaître, mais nous ignorons pourquoi nous avons de l’attrait ou de la
répulsion à l’égard de certains objets. Cela peut être la part inconsciente de notre personnalité qui
entre en jeu. Selon Freud, toute névrose provient d’une rupture d’équilibre entre le surmoi, le ça et
le moi, qui se manifeste par un sentiment d’angoisse :
– le « ça » est totalement inconscient ; il correspond à la part pulsionnelle (libido et pulsion
de mort) ;
– le « moi » est conscient ; la part inconsciente est chargée de se défendre contre toutes les
pulsions du « ça » et les exigences du « surmoi » ;
– le « surmoi » désigne l’instance psychique inconsciente, exprimant la puissance des
interdits intériorisés (interdit parental, interdits sociaux) qui sont à l’origine du refoulement
et du sentiment de culpabilité. Le « surmoi » est celui qui interdit ou autorise les actes du «
moi ».
Je ne suis donc pas «maître dans ma propre
maison», et le conflit entre ces trois
instances psychiques se manifeste par la
névrose. La cure psychanalytique consiste à
retrouver un équilibre vivable entres les
contraintes sociales et nos désirs.
L'inconscient ne pourra s'exprimer
qu'indirectement dans les rêves, les lapsus et
les symptômes névrotiques. Seule
l'intervention d'un tiers, le psychanalyste, peut
me délivrer de ce conflit entre moi et moi-
même, conflit que Freud suppose en tout
homme.
La conscience fait-elle la grandeur ou la misère de l’homme ?
Pascal répond qu’elle fait à la fois l’une et l’autre. Parce qu’elle rend l’homme responsable de ses
actes, la conscience définit l’essence de l’homme et en fait sa dignité. J’ai conscience de ce que je
fais et peux en répondre devant le tribunal de ma conscience et celui des hommes : seul l’homme a
accès à la dimension de la spiritualité et de la moralité. Pourtant, parce que la conscience l’arrache
à l’innocence du monde, l’homme connaît aussi par elle sa misère, sa disproportion à l’égard de
l’univers et, surtout, le fait qu’il devra mourir. Cependant, avoir conscience de soi, ce n’est pas lire
en soi comme dans un livre ouvert; savoir que j’existe, ce n’est pas encore connaître qui je suis.
Davantage même, c’est parce que je suis un être de conscience que je peux me tromper sur ma
condition, m’illusionner et me méconnaître : un animal dénué de conscience ne saurait se mentir à
soi-même.
MOTS CLÉS
ÂME
Du grec « psyché », l’âme est le terme longtemps utilisé pour désigner la conscience.
Cependant, il faut prendre garde aux différents sens du mot âme qui peut parfois recouvrir
des réalités différentes et qui est souvent employé dans un sens religieux ou théologique .
COGITO
Ce terme signifie « je pense » en latin. Formulé par Descartes, le cogito est un terme qui
désigne la conscience humaine en tant que sa caractéristique première est d’être pensante et
d’être le propre d’une subjectivité.
CONSCIENCE
Il faut distinguer la conscience d’objet de la conscience de soi, comme le montrent bien en
français les deux expressions suivantes : « avoir conscience (de quelque chose) », qui
signifie être dans un rapport direct à un objet, et « être conscient », qui signifie que nous
sommes à nous-mêmes notre propre objet de conscience. La conscience de soi peut être
définie comme le savoir intérieur immédiat que l’homme possède de ses propres pensées,
sentiments et actes.
CONSCIENCE INTENTIONNELLE
L’intentionnalité, du latin « intentio », est un terme utilisé en phénoménologie par Husserl
pour désigner l’acte par lequel la conscience se rapporte à l’objet qu’elle vise. En affirmant
que « la conscience est toujours conscience de quelque chose », Husserl, contre Descartes,
montre que loin d’être une « substance pensante » autarcique, la conscience est toujours
visée intentionnelle d’un objet, tension vers ce qu’elle n’est pas, et que c’est là son essence.
Ainsi, par exemple, si je suis conscient d’un arbre situé en face de moi, ma pensée est
tournée en direction de cet arbre qui me fait face : j’accomplis un acte conscient
intentionnel. La conscience implique donc une forme de dualité entre un sujet et un objet,
mais aussi une forme d’unité, de liaison : c’est l’intentionnalité.
CONSCIENCE MORALE
La conscience morale est la capacité qu’a l’homme de pouvoir juger ses propres
actions en bien comme en mal. Même si celle-ci est susceptible de nous faire éprouver du
remords ou de nous faire avoir « mauvaise conscience », elle fait pourtant notre dignité. On
peut penser ici à Rousseau qui, dans l’Émile, écrivait : «Conscience ! Conscience ! Instinct
divin, immortelle et céleste voix […] juge infaillible du bien et du mal qui rend l’homme
semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions »,
montrant par-là que la conscience est d’abord et avant tout une réalité d’ordre moral, voire
sentimental. Elle peut ainsi se définir comme le sentiment que j’ai de ma propre existence an
tant qu’existence morale .
INTUITION
Acte de saisie immédiate d’une chose par le sujet. L’intuition peut être sensible (je vois un
arbre), mais aussi intellectuelle (je conçois un triangle). L’intuition est la forme la plus
immédiate que prend l’acte conscient .
SUJET/ OBJET
Le sujet est le producteur de la pensée : il s’agit de celui qui pense et qui est conscient.
L’objet est ce qui est produit par le sujet qui pense : il est ce dont le sujet est conscient.
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L’inconscient freudien au
crible des neurosciences
Comment fonctionne notre cerveau ? Quelle est la Autrement dit, loin d’être l’« idiot de la famille »,
part du conscient et celle de l’inconscient ? l’inconscient regroupe des contenus riches et
Neurologue à l’hôpital de la PitiéSalpêtrière à divers. Il n’existe pas un lieu qui lui soit dédié,
Paris et normalien, Lionel Naccache se penche sur mais il repose au contraire sur une multiplicité de
cette question intrigante depuis plusieurs années, substrats cérébraux. De même qu’« il n’existe
notamment en collaboration avec Stanislas aucune région cérébrale dont l’activité serait
Dehaene. Armé des savoirs nés du « ménage à exclusivement et nécessairement réservée aux
trois » que forment la psychologie cognitive, pensées conscientes ».
l’imagerie cérébrale et la neuropsychologie Cet « inconscient cognitif » correspond-il à celui
clinique, il dévoile pas à pas ce que les décrit par Freud ? Certes, « plusieurs idées
neurosciences nous apprennent sur l’inconscient. importantes semblent communes à ces deux
Cela accompli, il confronte cette vision à celle de démarches théoriques » : « La richesse de
l’inconscient tel que Freud l’a défini afin de mettre l’inconscient, le statut originairement inconscient
au jour les convergences et divergences entre ces de toute représentation mentale, le rôle de
deux approches . l’attention dans la prise de conscience et enfin la
division de l’espace inconscient en plusieurs
catégories qualitativement distinctes ».