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Droit des personnes et incapacités juridiques

Le cours de droit des personnes aborde la personnalité juridique, distinguant les personnes physiques et morales, ainsi que les droits et incapacités qui en découlent. La personnalité juridique est reconnue à la naissance et cesse au décès, avec des nuances concernant les enfants conçus mais non nés. Le document traite également des incertitudes juridiques liées à l'absence et à la disparition des individus.

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Droit des personnes et incapacités juridiques

Le cours de droit des personnes aborde la personnalité juridique, distinguant les personnes physiques et morales, ainsi que les droits et incapacités qui en découlent. La personnalité juridique est reconnue à la naissance et cesse au décès, avec des nuances concernant les enfants conçus mais non nés. Le document traite également des incertitudes juridiques liées à l'absence et à la disparition des individus.

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Cours de droit des personnes et des incapacités Enseignant : Vincent de Pierre OKWE Ndong

Année-académique : 2019-2020 Docteur en Droit Privé

INTRODUCTION GÉNÉRALE

Le Droit des personnes est une composante du Droit civil. Ce droit a pour objet les
personnes, c’est-à-dire les Sujets du Droit, qu’il faut impérativement distinguer avec les
Biens, objet de de Droit.

Par ailleurs, remarquons d’emblée que, le mot personne n’est pas entendu dans le
même sens, selon qu’il s'agit de la langue courante ou selon qu’il s'agit du langage juridique.
Dans le langage courant, la personne désigne l’Etre humain. Par contre, dans le langage
juridique, le mot a une acception plus ou moins différente. En Droit, la personne est celui qui
est apte à avoir des droits et de pouvoir les exercer, et des obligations à respecter. En
revanche, ces deux définitions ne coïncident pas nécessairement.

D’une part, toute personne humaine n‘est pas sujet de droit. En effet, lorsque l’on
examine l’histoire ancienne, voire récente, on s’aperçoit que dans certains systèmes
juridiques, il a existé des Etres humains qui n’étaient pas des personnes juridiques. C’est le
cas, par exemple, de l’esclavage où l’esclave n’avait pas de droit ; des étrangers qui n’étaient
pas toujours considérés comme des personnes au sens juridique. Etant entendu que la
personnalité juridique était réservée aux citoyens, aux nationaux ; la mort civile était en
quelque sorte une déchéance qui frappait les personnes condamnées à un emprisonnement à
vie. Elles cessaient d’être des personnes au sens juridique du terme. Par conséquent, on
ouvrait leur succession et on partageait leurs biens comme si ces personnes étaient mortes.
Actuellement, dans nos systèmes modernes, ces situations ne se rencontrent plus et toutes les
personnes physiques ont une personnalité juridique.

D’autre part, il n’y a pas que les personnes humaines qui sont sujets de droit. On
constate, en effet, qu’il y a des personnes au sens juridique du terme qui ne sont pas des
personnes humaines : ce sont les personnes morales constituées essentiellement des
groupements de personnes humaines. On distingue les personnes morales de droit privé que
sont les sociétés, les associations, les syndicats, etc., des personnes morales de droit public, à
savoir les collectivités locales (communes, départements, les établissements publics, l’État
lui-même dans ses relations internationales est pourvu de la personnalité morale).

Ceci dit, le droit reconnaît deux catégories distinctes de personnes juridiques : les
personnes physiques et les personnes morales. Ainsi, ce sont ces différentes catégories que

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nous envisagerons dans le cadre de ce cours, en abordant la personnalité juridique des


personnes physiques et les restrictions qu’on peut leur apporter (partie I), et la personnalité
juridique des personnes morales (partie II).

PREMIERE PARTIE : LA PERSONNALITE JURIDIQUE DE LA PERSONNE


PHYSIQUE

La personne physique, c’est l’Etre humain, l’Homme. Il se distingue dans l’univers


naturel de deux (2) autres ordres de vie : le végétal et l’animal. En prenant en compte
l’élément biologique, ce n’est qu’à l’Homme que le droit reconnaît la personnalité juridique.
Cette reconnaissance va de pair avec l’affirmation d’un certain nombre d’attributs qui fondent
la valeur de la personne humaine. Ces attributs constituent les droits de la personnalité, droits
qui sont inhérents à la personne et dont toute personne est titulaire. Cette titularité s’affirme
dès lors que la personne qui veut s’en prévaloir établit son identité. De fait, l’identification de
la personne et son individualisation revêtent une importance considérable. En effet, elles
permettent une concrétisation de la personnalité juridique au-delà du caractère générique de
celui-ci en distinguant l’Etre humain de son semblable.

Aujourd’hui, la question de la personnalité a beaucoup évolué et avec elle, l’étude du


droit des personnes. Celle-ci, a connu à la fin du XXème siècle un important renouvellement
que l’on doit principalement aux sciences biomédicales dont les progrès constituent pour le
juriste autant de nouveauté à prendre en considération. En effet, dès lors que la science permet
d’interrompre le cours de la vie – c’est le cas lorsque l’embryon est immergé dans l’azote
liquide dans l’attente d’un transfert in utero ; la procréation médicale assistée ; l’assistance à
la mort : euthanasie – la notion de personne juridique se trouve affectée et la méthode
analogique – qui part de l’infans pour aller à l’infans conceptus – révèle ses limites.

Le renouvellement est également dû au développement de théorie sur la


personnification de l’animal1. C’est en prenant en compte ces différents éléments que nous
aborderons les questions relatives à la durée de la personne juridique (chapitre 1),
l’individualisation de la personne (chapitre 2), les droits de la personnalité (chapitre 3) et les
incapacités (chapitre 4).

1
Nerson, « La condition de l’animal au regard du Droit », D., 1963, chr. P. 1

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CHAPITRE I : LA DUREE DE LA PERSONNALITE

La personnalité juridique est l’aptitude pour une personne physique à être sujet de
droits et de les exercer et des obligations, c’est-à-dire à être titulaire actif et passif de droits,
que le droit reconnaît à tout individu. La loi ne la leur attribue pas, elle la leur reconnaît.
Autrement dit, la loi n’accorde pas aux Etres humains la personnalité juridique, celle-ci n’est
pas une création arbitraire de la loi, mais une donnée naturelle. Elle est inhérente à l’Homme.
Elle s’attache à un support qu’est le corps humain, mais à un corps vivant. C’est dans cette
optique, que l’art. 78, al. 1 du Code civil gabonais dispose que : « La personne humaine est
sujet de droits à partir de sa naissance et jusqu’à sa mort ». L’exigence de vie transparaît,
lorsque le législateur gabonais envisage la situation de l’enfant simplement conçu en posant la
règle qu’il puisse être titulaire de droit s’il naît vivant (art. 79 du Code civil). Nous relevons
donc que la durée de la personnalité juridique de la personne physique est concomitante à
l’existence d’un corps humain vivant. Ainsi, après avoir analysé les modalités d’acquisition
de la personnalité juridique de la personne physique (section 1), nous verrons que certaines
évènements peuvent entraîner sa perte (section 2).

Section 1 : L’acquisition de la personne juridique

La question ici est celle de savoir à quel moment apparaît la personnalité humaine : à
la naissance, à la conception. La loi, notamment le Code civil pose le principe (A) qui
engendre des incertitudes quant au sort réservé à l’enfant simplement conçu (B).

A- Le principe

Aux termes des dispositions de l’art. 78, al. 1 du Code civil, la « la personnalité
juridique débute à la naissance jusqu’à la mort ». Jusqu’à cet instant précis, en effet, l’enfant
n’a pas de personnalité. Il n’est que, pour reprendre une expression latine, pars viscerum
matris, c’est-à-dire un morceau des entrailles de sa mère. Fait juridique, la naissance se
manifeste par l’accouchement dont, comme le relève le Doyen Carbonnier, « la section du
cordon ombilical marque le terme ». A ce moment, s’extériorise l’aptitude à être sujet de
droit. Il est donc important que ce fait soit constaté de manière incontestable.

En revanche, il importe de préciser que la naissance est le fait de naître vivant. Par
conséquent, le mort-né n’est pas une personne. L’enfant mort-né est celui qui était déjà mort
dans le ventre de sa mère. Il est à distinguer de celui qui n’a vécu que quelques minutes, voire
quelques secondes.

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En effet, celui-ci, durant ce cours laps de temps, a connu le bonheur de la vie et a


acquis pendant cette période la personnalité juridique. Cela nous permet de dire que la
déclaration de naissance n’est pas une condition de la personnalité.

B- Les incertitudes à l’égard de l’enfant simplement conçu

La naissance n’est pas toujours la condition nécessaire de la personnalité. En effet,


« l’enfant peut acquérir des droits du jour de sa conception s’il naît vivant ». A travers cette
affirmation, le législateur consacre une règle générale selon laquelle, dans l’intérêt de l’enfant,
il est réputé né du jour de sa conception. La règle est faite et établie pour que l’enfant acquiert
des droits et non pour être assujetti à des obligations. Elle demeure une fiction de droit faisant
remonter le début de la personnalité juridique à la conception, sous la double condition que
l’enfant y trouve un intérêt et qu’il naisse vivant. Poussant la fiction à l’extrême, le législateur
présume la date de la conception. Il la fixe à un moment quelconque d’une période allant du
180ème et 300ème jour inclus précédent la naissance (art. 79, al. 2 du Code civil). Cette
présomption est irréfragable, c’est-à-dire qu’elle ne supporte pas la preuve contraire. Somme
toute, le droit reconnaît à l’enfant, non encore né, mais déjà conçu, l’aptitude à recueillir une
donation ou héritage.

Ainsi, quand le père est décédé, alors que sa femme est enceinte, l’enfant lorsqu’il
aurait été conçu pourra bénéficier de la succession.

Par ailleurs, à travers la consécration de la maxime : la personnalité préexiste à la


naissance parce que la vie préexiste à la naissance, un constat s’impose. En effet, on
s’interroge si la personnalité juridique ne doit pas être reconnue à l’embryon, d’autant plus
que les progrès biologique et l’état des connaissances permettent aujourd’hui de fixer avec
exactitude le moment de la fécondation. Pour autant, l’avortement est assimilé à un meurtre,
non pas en raison de l’existence d’une personne, mais parce que la vie appelle une protection
particulière (arts. 244 et 245 du Code pénal), sauf s’il s’agit d’un avortement thérapeutique,
c’est-à-dire lorsque la survie de la mère, voire de l’enfant, est menacée.

Section 2 : La perte de la personnalité

Généralement, le décès (A) d’une personne qui marque la fin de la personnalité


juridique. En revanche, il arrive qu’en l’absence d’un cadavre, le constat du décès soit
impossible ou qu’un doute existe quant au décès d’une personne dont on est sans nouvelle
depuis des années. Ce sont des situations d’incertitudes dont le droit tient compte (B).

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A- Le décès

Sur la perte de la personnalité juridique, le Code civil est sans équivoque. Il énonce en
son art. 78, al. 1 que la personnalité juridique cesse au décès. C’est donc au décès et par le
décès que s’éteint la personnalité, qu’elle se perd. De fait, il apparaît que la personnalité dure
autant que dure la vie. La règle est donc absolue. En d’autres termes, aucun autre évènement
ne peut entraîner une perte totale de la personnalité juridique.

Fait juridique, le décès n’est pas défini par le législateur. Le droit se préoccupe, en
effet, davantage à mettre en place des procédures de constatation de la mort que de la définir.
C’est donc à la science qu’il est revenu de fournir les éléments qui permettent d’identifier cet
état. De ce fait, deux définitions coexistent. Selon la médecine légale, la mort est entendue
comme étant l’arrêt complet et irréversible des fonctions vitales. C’est l’état de la personne
dont l’activité cardiaque et respiratoire est définitivement arrêtée. Elle est assimilée à l’état de
« cadavre froid ». A côté de cette conception de la médecine légale, le Conseil d’Etat
notamment français a, dans une décision rendue le 02 juillet 1993, consacré la mort cérébrale.
Pour le CE, la mort c’est l’état de la personne dont le système cérébral peut être considéré, par
des artériographies et par des électroencéphalogrammes convergents, comme
irrémédiablement détruit. Cette dernière définition n’est toutefois applicable qu’aux patients
en état de coma dépassé. Elle permet de tracer une frontière entre la vie et la mort, laquelle est
un processus de destruction progressive des fonctions vitales. S’il est vrai que la mort est
facilement reconnaissable, il est aujourd’hui de plus en plus admis que la mort doit être
constatée par un médecin, qui délivre un certificat de décès après avoir constaté cet arrêt.

B- Les incertitudes sur la personnalité

La présence du corps humain en vie est une certitude sur l’existence de la personnalité,
de même que celle d’un cadavre permet de constater sans hésitation possible sa perte.
Cependant, il est des situations dans lesquelles un doute subsiste quant à l’existence de la
personnalité juridique. Ces situations engendrent des incertitudes que le législateur gabonais
envisage et encadre dans les arts. 121 et suiv. du Code civil. Ces incertitudes peuvent résulter
de l’absence de nouvelles d’une personne pendant une période relativement longue ou des
circonstances dans lesquelles ce manque de nouvelles s’est produit. Ce sont respectivement
l’absence (1) et la disparition (2), et dans la moindre mesure la réapparition de l’absent ou du
disparu (3).

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1- L’absence

L’absence est la « situation de la personne dont le manque de nouvelles rend


l’existence incertaine » (art. 121 du Code civil). Avant de tirer des conséquences juridiques de
cette définition, quelques précisions s’imposent. Il faut prendre le sens technique spécialisé du
terme différent de son sens vulgaire. Dans le langage courant, commun, usuel, l’absent est un
individu qui n’est pas présent dans un lieu où il aurait dû se trouver à un moment déterminé.
Au sens technique, en matière juridique, l’absent est un individu dont on ne sait plus s’il est
vivant ou mort, parce qu’il a quitté son domicile depuis longtemps sans donner de ses
nouvelles. C’est dans ce sens que nous entendrons la notion.

La réglementation de l’absence s’articule autour d’une procédure au cours de laquelle


trois types de décisions peuvent intervenir : la déclaration de présomption d’absence (a), la
déclaration d’absence (b) et la déclaration de décès (c). Chacune de ces décisions traduit une
évolution dans l’incertitude.

a- La déclaration de présomption d’absence

Le jugement déclaratif de présomption d’absence est rendu par le Tribunal du lieu où


le présumé absent avait son domicile ou, à défaut, sa résidence, ou encore celui du lieu où
sont situés ses biens. La demande est introduite par tout intéressé ou par le ministère public.
Lorsque c’est un particulier qui introduit la demande, elle peut se faire sur simple requête
devant le tribunal précité. Elle peut intervenir dès que la réception des dernières nouvelles
remonte à plus de deux (2) ans (art. 130 du Code civil). Le ministère public diligente alors une
enquête et prend toutes mesures utiles à la publication de la demande quel qu’en soit le
support et le lieu (audiovisuel, presse écrite, à l’étranger).

Si la déclaration de présomption d’absence peut intervenir deux (2) ans après le dépôt
de la demande et suivant les résultats de l’enquête, le seul dépôt de cette demande produit des
effets. Ainsi, le Tribunal peut prendre deux séries de mesures.

Au plan patrimonial, il résulte des dispositions de l’art. 121, al. 3 du Code civil que le
Tribunal doit désigner un administrateur provisoire des biens dès le dépôt de la demande.
Cet administrateur, qui peut être le conjoint, établit, dès son entrée en fonction, un inventaire
des biens du présumé absent et le dépose au greffe du Tribunal compétent. Il a le pouvoir de
faire les actes conservatoires et de pure administration et peut être autorisé, en cas d’urgence,

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à faire des actes de disposition2. Seul le Tribunal peut révoquer ou remplacer l’administrateur
provisoire de biens.

Au plan extrapatrimonial, les dispositions de l’art. 121 in fine du Code civil énoncent
que, s’il y a des enfants mineurs, le Tribunal saisi de la demande les déclare soumis au régime
de l’administration légale ou de la tutelle.

La déclaration de présomption d’absence produit également des effets notamment il


confirme les effets du dépôt de la demande et les prolonge jusqu’à la déclaration d’absence.
Par ailleurs, remarquons que la présomption d’absence repose sur une présomption de vie,
d’existence de la personne. Donc son retour ou réapparition reste probable.

b- La déclaration d’absence

Le jugement déclaratif de présomption d’absence est le point de départ de la deuxième


phase. En effet, deux (2) après son prononcé, il est possible de saisir le Tribunal d’une
demande de déclaration d’absence. Le jugement déclaratif d’absence est l’acte judiciaire par
lequel une personne est juridiquement considérée comme absente.

Elle repose sur l’idée de la forte probabilité qu’une personne qui reste quatre (4)
années sans donner de nouvelles à ses proches ne soit pas en vie. Par conséquent, les intérêts
de ses proches sont fortement pris en compte dans cette phase. Ainsi, l’absence déclarée est
considérée par le législateur comme cause de divorce, et le conjoint de l’absent est fondé à
demander le divorce pour cause d’absence déclarée (art. 142 du Code civil).

En outre, les pouvoirs de l’administrateur provisoire sont étendus. En effet, suite à la


déclaration d’absence, il peut accomplir des actes d’aliénation à titre onéreux des biens de
l’absent. En revanche, pour toute aliénation à titre gratuit, il devra faire expertiser le bien sur
ordonnance du Président du Tribunal.

c- La déclaration de décès

La déclaration de décès est prévue au niveau de l’art. 148 du Code civil. Ce texte
indique notamment la procédure à suivre pour obtenir un jugement déclaratif de décès. Selon
cet article, la procédure débute par l’introduction d’une demande de déclaration de décès

2
Acte par lequel on dispose d’un bien. C’est le cas de la vente ou la donation. Il se distingue de l’acte
conservatoire et de l’acte d’administration.

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devant le Tribunal qui avait rendu le jugement déclaratif d’absence. Elle peut être introduite
par tout intéressé, dix (10) ans après la réception des dernières nouvelles de l’absent. Elle
induit la réalisation d’une enquête complémentaire à la diligence du parquet (ministère
public). C’est au vu des résultats de cette investigation que le Tribunal pourra rendre le
jugement déclaratif de décès, assimilé à un acte de décès.

Ainsi, la date du prononcé du jugement est la date du décès, et le dispositif du


jugement est transcrit sur les registres d’état civil du dernier domicile de l’absent, comme il
l’est en marge de son acte de naissance et de son acte de mariage.

Le jugement déclaratif de décès comporte tous les effets que le décès de l’absent aurait
produit : ouverture de la succession au lieu du dernier domicile de l’absent, fin des pouvoirs
de l’administrateur provisoire, dissolution du mariage si le divorce n’avait pas été prononcé.

2- La disparition

Pour les hypothèses ou les circonstances dans lesquelles la disparition est intervenue
rendant le décès certain ou du moins infiniment probable, le législateur a consacré un régime
spécifique, fondé sur le raccourcissement et l’allègement de la procédure.

Ainsi, aux termes des dispositions de l’art. 152 du Code civil, la disparition est : « le
fait, pour une personne, de ne reparaître par suite de circonstances de nature à mettre sa vie en
danger, lorsque son corps n’a pu être retrouvé, et qui rendent le décès certain ou, du moins,
infiniment probable ». Ces circonstances sont un péril de mort rendant le décès vraisemblable,
sans que l’on puisse établir que ce péril a effectivement causé la mort, notamment en raison
de l’absence de cadavre.

Si le Tribunal estime que le décès n’est pas suffisamment établi, il peut ordonner toute
mesure d’information complémentaire, notamment une enquête administrative sur les
circonstances de la disparition. La date du décès doit être déterminée : c’est le jour de la
disparition ou un autre jour en fonction des présomptions tirées des circonstances. Mention en
est faite sur les registres de l’état civil du disparu (naissance, mariage).

Qu’il s’agisse de l’absence ou de la disparition, le doute sur l’existence de la personne


et donc de sa personnalité a poussé le législateur à déclarer décédé l’absent et le disparu. Le
doute ne le quitte pas en raison de la gravité de la décision prise. C’est ainsi qu’il a prévu le
retour de l’absent et du disparu.

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3- Le retour de l’absent ou du disparu

Le législateur gabonais espère et envisage le retour de l’absent ou du disparu à toutes


les étapes de la procédure. Il entraîne un certain nombre de conséquences aussi bien au niveau
patrimonial (a) qu’extrapatrimonial (b) qui doivent être considérées selon que le retour
survient avant ou après le jugement déclaratif de décès.

a- Au plan patrimonial

Les effets du retour avant le jugement concernent exclusivement l’absent. Ainsi, dès
son retour, l’absent :

- Reprend la totalité de ses biens sur sa demande ;


- Des comptes lui sont rendus par l’administrateur provisoire ;
- Mais, les actes d’aliénation régulièrement conclus lui sont opposables.

Après le jugement, les effets du retour concernent à la fois l’absent et le disparu. Ceci dit,
l’absent ou le disparu :

- Reprend les biens dans l’état où il les trouve ;


- Les actes d’aliénation régulièrement passés lui sont opposables.

b- Au plan extrapatrimonial

Si le retour intervient après le jugement, le nouveau mariage du conjoint ou le divorce


éventuellement obtenu est opposable à l’absent. Cependant, que le retour (absent ou disparu)
intervienne avant ou après le jugement, le régime de l’administration légale ou de la tutelle
sur les enfants mineurs cesse. Ainsi, s’achève l’étude de l’existence de la personnalité
juridique. Nous envisageons la question de l’identification de la personne physique, pour
pouvoir la distinguer de son semblable.

CHAPITRE II : L’IDENTIFICATION DE LA PERSONNE

L’identification est absolument nécessaire afin que l’on puisse reconnaître les droits et
les obligations qui sont attachés à chaque personne. C’est un exercice de classement dans des
catégories prédéterminées. Pour ce faire, trois (3) situations permettent d’individualiser la
personne physique et de l’identifier dans la vie sociale. Parmi ces institutions, nous pouvons
mentionner le nom (section 1), le domicile (section 2) et l’état civil (section 3).

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Section 1 : Le nom des personnes physiques

Le nom, c’est l’appellation par laquelle on désigne une personne. Il a pour but de
permettre l’identification et l’individualisation de toutes personnes physiques, voire morales.
Ainsi, le nom constitue un attribut essentiel de la personnalité. Il est composé de divers
éléments (A) et, est soumis à un régime juridique spécifique (B).

A- Les éléments constitutifs du nom

Le législateur gabonais détermine les éléments constitutifs du nom dont la réunion


permet une identification de la personne physique. Il s’agit du nom patronymique ou nom de
famille (1) et le ou les prénoms (2).

1- Le nom patronymique ou de famille

Aux termes des dispositions de l’art. 93 du Code civil : « Tout Gabonais doit avoir un
nom, auquel s’ajoutera celui de son père et éventuellement, un ou plusieurs prénoms ».
Comme on peut le remarquer, le nom de famille est attribué dans les conditions fixées par le
Code civil. En revanche, la réglementation prévue par le législateur permet de distinguer
divers modes d’attribution, selon la situation de famille, en notamment la filiation.

Ainsi, l’enfant légitime ou naturel, reconnu par le géniteur, porte le nom de son père,
si ce nom est héréditaire ou si le père le décide. En cas de désaveu, l’enfant naturel non
reconnu par le géniteur portera le nom de la mère, si ce nom est héréditaire ou si celle-ci le
décide (art. 95 du Code civil).

Si la filiation, d’abord établie à l’égard de la mère, l’est ensuite à l’égard du père, le


Président du Tribunal peut, sur simple requête du père, autoriser ce dernier soit à substituer
son nom à celui de l’enfant, soit l’ajouter au nom donné par les parents maternels de ce
denier. Cependant, le consentement de la mère de l’enfant est nécessaire (art. 95, al. 3 du
Code civil). Autrement dit, en cas de reconnaissance ultérieur d’un enfant naturel par son
géniteur, celui-ci prend automatiquement son nom.

Lorsqu’aucune filiation de l’enfant n’est régulièrement établie, l’art. 96 du Code civil


énonce que ce dernier prend le nom qui lui est attribué par l’Officier de l’état civil à qui la
naissance ou la découverte de l’enfant a été déclarée. Toutefois, le choix de ce nom doit être
fait de telle sorte qu’il ne porte atteinte ni à la considération de l’enfant, ni à celle d’une
quelconque personne. Cette attribution est dite administrative.

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En cas de filiation adoptive, l’adoptant peut, s’il a un intérêt légitime, être autorisé à
ajouter son nom à celui de l’adopté (art. 97 du Code civil). S’il s’agit d’une adoption par les
deux époux, le nom du mari est donné à l’adopté. Remarquons que les enfants du mari
adoptés par l’épouse de celui-ci conservent le nom de leur père.

Par ailleurs, le changement de nom d’une personne peut être autorisé, s’il y a juste
motif, par décret du Chef de l’Etat pris après avis de la Cour suprême (art. 101 du Code civil).
Dans les six (6) mois qui suivent la publication du décret au Journal officiel, tout intéressé
peut exercer un recours devant la Cour suprême statuant en référé. S’il n’y a pas eu
d’oppositions dans ce délai de six mois, ou si celles qui ont été faites n’ont point été admises,
le bénéficiaire du décret ne pourra faire usage du nouveau nom qu’après rectification des
actes de l’état civil le concernant.

Enfin, la femme mariée ne perd pas son nom patronymique par le simple effet du
mariage. En se mariant, elle acquiert seulement la faculté d’user le nom patronymique de son
mari, qu’elle peut substituer ou juxtaposer à son propre nom (art. 98 du Code civil). Le décès
du mari ne prive pas la femme du droit de porter le nom de son défunt mari ou de l’adjoindre
au sien, sauf en cas de remariage. De même, ce droit disparaît en cas de divorce. Ainsi, le
jugement qui prononce la séparation de corps peut, pour des raisons graves, interdire à la
femme d’utiliser le nom de son conjoint, ou l’autoriser à le porter.

En somme, le nom des personnes physiques recèle trois (3) intérêts, à savoir un intérêt
étatique ou public, un intérêt familial et un intérêt individuel. D’une part, l’État a intérêt à ce
que chaque citoyen puisse être désigné de façon stable et singulière. Il veut savoir si les
individus remplissent leurs obligations civiles. Sous cet angle, le nom est une institution de
police civile, c’est-à-dire une institution purement administrative. Ensuite, le nom apparaît
comme la propriété d’une famille. En effet, le nom va unir les membres de la famille, et il est
le symbole d’une certaine cohésion familiale, d’un orgueil familial. Le droit de la famille va
ainsi défendre le nom et chercher à le perpétuer. Enfin, le nom fait l’objet d’un intérêt
individuel, purement personnel, de celui qui le porte. Ce n’est pas une étiquette : il devient
une partie essentielle de la personne, l’individu.

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2- Les compléments ou accessoires du nom

Naturellement, les compléments ou accessoires du nom jouent un rôle moins important


que le nom de famille. Mais, ils font tout de même l’objet d’une certaine protection. De ce
fait, il convient de distinguer le prénom (a) des accessoires du nom (b).

a- Le prénom

Le prénom est un élément complémentaire du nom permettant de distinguer diverses


personnes qui peuvent avoir le nom patronymique. Le prénom est librement choisi, lors de la
déclaration de naissance. En d’autres termes, il est soumis à la libre volonté des parents, et il
n’y a aucune restriction quant à son choix. Autrement dit, les Officiers publics peuvent, sans
restriction, recevoir des prénoms autres que ceux consacrés par les us et coutumes (art. 1001
du Code civil).

Cette liberté de choix du prénom justifie que les personnes puissent avoir plusieurs
prénoms. Ces prénoms ne peuvent être modifiés que sur décision de justice. L’art. 103 du
Code civil prévoit que le changement de prénom ou l’adjonction d’un prénom pour une
personne peut être autorisé par le Président du Tribunal du domicile du demandeur, s’il y a un
juste motif. Mention de ce changement ou de cette adjonction doit être faite en marge de
l’acte de naissance de l’intéressé.

b- Les accessoires du nom

Ces accessoires sont le surnom et le pseudonyme. Essentiellement, ils ne font pas


partie du nom, mais permettent de préciser l’identité de la personne. Alors que le surnom est
attribué par l’entourage, pour désigner la personne, le pseudonyme est librement choisi par
l’intéressé pour dissimuler sa véritable identité. Elle se fait donc désigner par un nom différent
de son véritable nom qui donc n’est pas définitivement déterminé. Tel est notamment le cas
des artistes, des écrivains, mais aussi, davantage, des sportifs. Le choix d’un pseudonyme ne
doit pas nuire aux intérêts d’autrui, en créant, par exemple, un risque de confusion.

B- Le régime juridique du nom

Dans la doctrine, on a assisté à une discussion très animée à propos du régime


juridique du nom. La question était de savoir si le nom est uniquement une institution de
police civile ou au contraire, un droit subjectif, c’est-à-dire un droit reconnu à l’individu qui
en est donc le propriétaire. L‘intérêt de cette discussion est que la solution retenue permet de

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dégager les caractères du nom. Désormais, les auteurs s’accordent et reconnaissent que le nom
est à la fois une institution de police civile et un droit subjectif.

Ceci étant dit, le nom, élément d’identification de la personne physique, voire morale,
est soumis à un régime juridique dont les éléments portent sur son usage (1) et sa protection
(2).

1- L’usage du nom

Le nom est obligatoire (a) et immuable (b). Ces deux caractères président aux règles
de l’usage du nom.

a- Le caractère obligatoire du nom

Le nom étant une institution de police, toute personne est tenue d’avoir un nom et d’en
faire usage en se désignant et en se faisant désigner par lui. Par ailleurs, tous fonctionnaires et
officiers publics ou ministériels doivent désigner les personnes, dans les actes, expéditions ou
extraits qu’ils rédigent, par leurs titres : noms et prénoms réguliers (art. 107 du Code civil).

b- Immutabilité du nom

Ce principe implique le caractère définitif du nom attribué à la naissance. Il s’ensuit


que nul ne peut porter de nom patronymique ni de prénoms autres que ceux exprimés dans
son acte de naissance. En outre, interdiction est faite aux fonctionnaires et officiers publics de
désigner « une personne dans un acte autrement que par les prénoms et le nom patronymique
renseignés dans l’acte de naissance ». Cependant, ce principe de l’immutabilité du nom est
assoupli.

En effet, le changement de nom comme celui du prénom sont possibles. Le nom


traduisant l’état civil, un changement dans l’état peut entraîner un changement de nom. Ce
changement peut être autorisé par décret. De même, le Code civil prévoit la possibilité de
changer de prénom par voie administrative pour toute personne qui justifie d’un intérêt
légitime ou en cas d’adoption.

2- La protection du nom

Le nom fait l’objet d’une protection stricte. Il apparaît comme un droit subjectif. Ainsi,
nul ne peut être privé d’en avoir. Aussi, il est reconnu à toute personne le droit d’agir en
réclamation de son nom patronymique et celui de s’opposer à son usurpation et à son

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utilisation abusive par les tiers (art. 110, al. 1 du Code civil). De fait, un intérêt, même
purement moral, peut permettre à toute personne d’agir en réclamation de son nom
patronymique et d’interdire à un tiers d’en faire usage. L’usage abusif d’un nom
patronymique et de tous les autres éléments d’identification de la personne engage, s’il y a
préjudice, la responsabilité de son auteur.

Section 2 : Le domicile des personnes physiques

Elément de localisation de la personne, le domicile vient compléter le nom comme


instrument d’individualisation de la personne physique. En revanche, la notion de domicile
renvoie à des réalités juridiques différentes. Dès lors, le domicile (A) doit être distingué de ses
succédanés (B).

A- La notion de domicile

Dans le langage juridique, le terme domicile reçoit une signification très précise. En
effet, alors que dans la langue courante, le domicile c’est le lieu où l‘on demeure
habituellement, dans la langue juridique, par contre, le domicile est, selon l’expression
consacrée, le lieu du principal établissement. C’est en quelque sorte le centre d’intérêts de la
personne. Le domicile va donc traduire un rattachement des personnes à un certain lieu
géographique.

Le domicile constitue, selon la loi, le lieu où est censée être une personne. C’est
l’élément juridique qui permet de situer la personne dans l’espace, de la localiser
géographiquement. En tant qu’institution, le domicile est obligatoire en ce sens que tout
individu doit en avoir un afin d’être rattaché à un lieu donné. Le domicile se caractérise
également par sa stabilité, condition sans laquelle le rattachement ne se ferait pas à un point
précis. Le domicile présente une certaine unité. En d’autres termes, une personne ne peut
avoir qu’un seul domicile pour des considérations de logique – on ne peut être localisé à
plusieurs endroits à la fois – et d’organisation sociale (difficultés de localiser une personne en
cas de pluralité de domicile).

Enfin, le domicile est inviolable. L’inviolabilité du domicile est rattachée à certains


droits de la personnalité, notamment et spécifiquement au droit à la vie privée. Le principe est
solennellement affirmé dans la Constitution gabonaise et le juge a l’obligation de la faire
respecter. Deux éléments seront ainsi analysés, à savoir la détermination du domicile (1) et
bien évidemment ses fonctions (2).

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1- La détermination du domicile

Le législateur fait jouer un rôle majeur à la volonté de l’individu dans la détermination


du domicile. Mais, pour certains individus, la loi fixe d’autorité leur domicile. Ainsi, aux
termes des dispositions de l’art. 112, al. 1 du Code civil : « La personne est domiciliée au lieu
de son principal établissement », c’est-à-dire le lieu où elle a ses centres intérêts. Ce lieu est
librement déterminé par la personne et son choix peut faire l’objet d’un changement. Lorsque
la résidence principale ne peut être établie avec certitude, le domicile d’une personne est le
lieu où cette personne a établi le siège principal de ses affaires et de ses intérêts.

Il importe, cependant, de préciser que, s’agissant d’une détermination volontaire du


domicile, un individu ne peut fixer son domicile en un lieu où il n’aurait aucun établissement
effectif. Son intention n’est efficace que lorsqu’elle se caractérise dans une installation de fait.
Il faut donc la réunion de deux (2) éléments : la matérialité (corpus) et l’intension (animus). Il
s’agit là d’une question de fait qui révèle de l’appréciation souveraine des Juges du fond
(preuve de l’intention, recours à des indices). De même, une élection de domicile est possible.
En effet, aux termes de la loi, « pour une affaire ou activité déterminée, les parties peuvent
convenir d’un lieu qui produira les effets du domicile ou seulement certains d’entre eux ».

Concernant la détermination légale du domicile, elle concerne les mineurs non


émancipés et le majeur en tutelle. Pour ces personnes, un domicile de dépendance est
déterminée et le Doyen Carbonnier a pu écrire : « La loi fait dépendre du domicile d’une
personne le domicile d’une autre personne, parce que celle-ci, dans une certaine mesure,
dépend de celle-là ». Ainsi, selon l’art. 115, als. 1 et 2, le domicile du mineur non émancipé
est le même que celui de la personne qui exerce sur lui le droit de garde ; et le domicile de
l’interdit le même que celui de son tuteur.

Enfin, il faut envisager la situation de certaines personnes exerçant certaines


professions. Ainsi, aux termes des dispositions de l’art. 116 du Code civil, il est admis que
certains fonctionnaires disposent d’office d’un domicile déterminé par la loi. C’est le cas des
fonctionnaires irrévocables (magistrats du siège) qui ont donc leur domicile dans le lieu où ils
exercent leurs professions. C’est également le cas des officiers ministériels (notaires, huissiers
de justice).

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2- Les fonctions du domicile

La loi attache au domicile plusieurs effets juridiques. Elle lui fait jouer un rôle de
localisation de l’individu afin qu’il puisse exercer ses droits civils. Le domicile joue alors un
rôle de centralisation juridique.

Pris comme lieu privé, le domicile exerce une fonction d’approche. A ce titre, il
permet de poser une présomption de présence permanente de la personne. De fait, même si la
personne destinataire d’un acte n’est pas effectivement à son domicile au moment où on l’y
recherche, c’est à ce domicile, pris comme demeure, qu’il est supposé revenir. De la sorte, les
actes de procédures sont portés à la connaissance de la personne par notification à domicile
(cette notification est appelée signification, lorsqu’elle est faite par huissier de justice). En
outre, les dettes étant quérables, leur paiement doit être fait au domicile du débiteur.

Retenu comme un point d’un ressort territorial, le domicile exerce une fonction de
rattachement à une compétence territoriale. Autrement dit, le domicile permet de rattacher la
personne au ressort géographique d’une autorité donnée. En effet, la compétence de chaque
autorité est limitativement fixée dans l’espace. C’est le domicile qui permet de fixer, pour
chaque situation, l’autorité compétente, qu’il s’agisse d’une autorité judiciaire ou
administrative. Le Tribunal du lieu du domicile du défendeur, le dernier domicile connu du
présume absent ou de sa dernière résidence. En matière d’état civil, les actes d’état civil,
notamment le mariage, doivent être établis dans le ressort territorial de l’une des parties.

B- Les succédanés au domicile : résidences et autres

La multiplication des centres d’intérêts entraîne une multiplication des attaches


territoriales. Pour prendre en compte cette évolution, il est possible de faire produire à certains
centres un rôle secondaire dans la localisation de la personne. Il en est ainsi de la résidence et
du domicile.

La résidence constitue le lieu où la personne demeure effectivement, pourvu que ce


soit d’une manière assez stable et durable. Moins abstraite et plus réaliste que la notion de
domicile, la résidence peut coïncider avec lui comme elle peut en être distincte (cas de
résidence secondaire). Rien n’empêche, en effet, une personne d’avoir plusieurs résidences,
c’est-à-dire des établissements en plus de son établissement principal. Alors qu’une personne
peut avoir plusieurs résidences, elle ne peut avoir qu’un seul et unique domicile.

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La loi prévoit que lorsque le domicile de la personne est inconnu, la résidence en


produit les effets. L’habitation apparaît comme un diminutif, « un dégradé de la résidence :
c’est le lieu où on habite à un moment donné, les critères de stabilité et de fixité ne sont pas
exigés ». Elle peut coïncider avec la résidence et a fortiori avec le domicile ou bien en être
distinct. Dans certaines circonstances, elle peut en produire les effets.

Section 3 : L’état-civil

L’état-civil d’une personne décrit sa situation familiale, au regard de sa filiation et de


son mariage (A). De ce fait, l’état-civil dépend donc des événements susceptibles de modifier
cette situation familiale : naissance, mariage, décès, etc. Ces événements seront enregistrés et
constatés officiellement dans les registres d’état-civil (B).

A- Eléments constitutifs de l’état-civil

Des critères de fond sont utilisés pour établir l’état-civil de la personne. Certains sont
d’ordre naturel (1) et donc intrinsèques à la personne, et d’autres d’ordre social (2), résultant
de la situation de famille de la personne.

1- Les éléments naturels

Il s’agit du sexe (a) et de l’âge (b).

a- Le sexe

Le sexe opère un classement binaire dans la population. Il est un critère distinctif qui
se manifeste par des signes familiers rarement équivoques : apparence corporelle,
comportements vestimentaires (désormais travesti par la modernité). La différence de sexe est
ainsi reconnue et le législateur en tient compte dans diverses situations. De ce fait, la mention
du sexe de l’enfant devient un impératif dans l’acte d’état-civil. Ce travail incombe aux
cliniques, maternités puisque ce sont elles qui déclarent la naissance. Le sexe est repérable dès
la naissance et de nos jours avec l’échographie, c’est-à-dire avant la naissance. Aussi,
davantage encore chez nous, la différence de sexe est une condition de validité du mariage.

Malgré cette prise en compte, la règle de l’égalité des sexes est de rigueur, même si
dans certaines situations, il est patent que cette règle demeure un vœu pieux. Ainsi, la
différence de sexe est un élément de différenciation au plan salarial.

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Cependant, tout n’est pas aussi simple avec le sexe. En effet, il existe des situations à
problèmes qui imposent aux juristes et au Droit un regard particulier sur certaines questions
liées au sexe. Il en est ainsi de l’hermaphrodisme qui est un phénomène biologique dans
lequel la personne est morphologiquement mâle et femelle, soit successivement, soit
alternativement. Il désigne une intersexualité, considérée comme une maladie sans problème
de santé associé.

Lorsqu’il est vrai, la personne a des chromosomes sexuels variables, mais naît avec
une ambiguïté sexuelle : il a à la fois un pénis érectile, un vagin et un utérus ; le
transsexualisme qui met en évidence la complexification du sexe avec la prise en compte de
composantes d’ordre physiologique, psychologique et social qui ne sont pas fixées à la
naissance. En somme, le sexe est une juxtaposition de plusieurs éléments, anatomiques,
génétiques, sociologiques et psychologiques.

Lorsque ces éléments ne coïncident pas, notamment les facteurs anatomiques et


génétiques font appartenir la personne à un sexe, alors que du point de vue psychologique, il
en est autre (l’individu éprouve le sentiment d’appartenir à l’autre sexe que son sexe
biologique), on est en présence d’un cas de transsexualisme. Le recours à des interventions
chirurgicales pour faire correspondre le sexe biologique et le sexe psychologique devient donc
nécessaire.

Pour le juriste, la question est de savoir s’il faut – si on doit – rectifier les actes d’état-
civil de la personne pour prendre en considération cette évolution. Dans notre droit positif, en
vigueur, la réponse est bien évidemment et sans ambages négative, en raison du principe de
l’immutabilité du sexe constaté dans l’acte d’état-civil, et surtout du poids de la coutume. En
revanche, en France, depuis un arrêt de la Cour de cassation en date du 11 décembre 1992, le
changement de sexe est possible, mais dans certaines conditions (JCP, 1993, II, 2, 1991).

b- L’âge

Elément important sur l’état-civil des personnes, l’âge détermine le moment de la


majorité. De nombreuses dispositions du Droit y attachent des effets. Généralement, ces effets
sont consacrés par des textes impératifs. Ainsi, de la date de naissance d’une personne,
défendent des effets qui l’affectent dans son essence et dans son existence. Par conséquent,
l’âge influe de manière décisive sur le statut de l’individu. Une certaine doctrine distingue
entre l’âge légal (permettant ainsi de distinguer différentes classes d’âge auxquelles il est

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affecté un statut juridique approprié. Exemple, la distinction entre majeur et mineur, selon que
l’on a 18 ans révolus ou non) et un âge réel.

2- Les éléments d’ordre social

Ces éléments concernent, d’une part, la filiation et, d’autre part, la situation
matrimoniale. La prise en compte de la filiation s une importance particulière sur la
détermination du nom dont le statut de composante de l’état-civil ne fait aucun doute. La
situation matrimoniale détermine l’état d’époux ou non de la personne. Est pris en compte ici,
le mariage, le célibat ou le divorce, le veuvage ou la séparation de corps. Cette situation
familiale peut également avoir une influence sur le nom.

B- Les caractères généraux de l’état-civil

L’état-civil des personnes relève de l’ordre public. Affirmer le caractère d’ordre public
de l’état-civil, c’est reconnaître l’intérêt fondamental pour tout être humain, de jouir d’un état-
civil, indispensable pour toute vie juridique. L’intérêt légitime des tiers et l’intérêt général,
d’une part, pour la cause de l’identification et, d’autre part, pour les besoins de la
démographie et de ses mouvements (natalité, nuptialité, mortalité), le caractère d’ordre public
se matérialise et se manifeste à travers l’impérativité du principe (1), l’indisponibilité (2),
l’imprescriptibilité (3) et l’immutabilité de l’état-civil de la personne (4).

1- L’impérativité de l’état-civil

L’importance des règles déterminant l’état de la personne justifie leur impérativité.


Les conditions d’acquisition d’un état-civil sont fixées par la loi. Pour la plupart, elles
découlent des faits juridiques dont la loi tire des conséquences (naissance, la majorité, le
décès, etc.) Cependant, certaines trouvent leur source dans les actes juridiques (mariage) ou
dans les décisions de l’autorité publique, notamment l’autorité judiciaire (divorce). Somme
toute, l’impérativité implique le caractère obligatoire de l’état-civil et son opposabilité à tous.

2- L’indisponibilité

Affirmer l’indisponibilité de l’état-civil, c’est proclamer que toute convention, cession


entre vifs ou à cause de mort, transaction, renonciation à cause de mort ou renonciation
contraire à l’état légalement imposé est nulle de nullité absolue. Il en est ainsi parce que
« l’état n’est pas un objet qui soit extérieur à la personne : c’est la personne elle-même,

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considérée dans ses rapports familiaux »3. En effet, l’état n’est pas consubstantiel à la
personne, mais lui est intimement attaché. En conséquence, elle ne peut s’en dépouiller ni en
être dépouiller. L’état n’est pas un objet de propriété dont la personne disposerait librement.
Lié à la personne, l’état n’est pas un élément de patrimoine. Il s’ensuit que l’état est
indivisible et insaisissable.

3- L’imprescriptibilité de l’état-civil

La règle de l’imprescriptibilité emporte traditionnellement deux conséquences : on ne


perd pas son état par l’expiration d’un délai, quelle que soit sa durée ; on ne peut acquérir un
état par l’écoulement d’un laps de temps. Cette dernière conséquence est cependant limitée
par la prise en compte de la possession d’état. La possession d’un état consiste dans l’exercice
de fait des prérogatives attachées à celui-ci, indépendamment du point de savoir si l’on en est
vraiment titulaire. C’est notamment le cas pour les époux, et pour la filiation.

4- L’immutabilité de l’état-civil

Ce caractère implique l’impossibilité, en principe, pour la personne, de changer d’état-


civil. Cependant, cette impossibilité ne concerne que les différentes composantes de l’état. Est
ainsi visé, l’élément de l’état lui-même et pas uniquement l’élément biologique. En revanche,
il n’y a pas une immutabilité absolue. En effet, sous certaines conditions, certains éléments de
l’état donne lieu à des changements (situation de famille, nom, etc.)

Par ailleurs, remarquons que la prise en compte de ce changement est extrêmement


problématique, lorsqu’il concerne le sexe, et que le droit gabonais ne le reconnaît toujours
pas. En d’autres termes, contrairement à certains pays occidentaux et européens comme la
France, une rectification des actes de l’état-civil n’est pas encore possible en droit gabonais
pour faire correspondre le sexe déclaré et le sexe résultant du changement.

CHAPITRE III : LES DROITS DE LA PERSONNE PHYSIQUE

Définie dans son principe juridique et identifiée vis-à-vis de ses semblables, la


personne dispose d’un certain nombre d’attributs. Pour le Doyen Carbonnier, il s’agit de
prérogatives appartenant à toute personne, comme par exemple le droit de naissance, du seul
fait d’être une personne. Une analyse fine de ces attributs de la personne permet de distinguer
entre droits de la personnalité stricto sensu, les libertés individuelles, le droit à l’égalité civile,

3
CARBONNIR ER (J.), La famille, T. 2, n° 268.

20
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etc. Ces droits font l’objet d’une protection spécifique en raison de leur rattachement à la
personne. Certains mécanismes de protection se rattachent au droit public, d’autres au droit
civil ou privé. Ainsi, se comprend qu’aient pu se développer, parallèlement, un droit des
droits de l’Homme et un droit des droits de la personnalité.

Les droits de l’Homme, dits aujourd’hui droits fondamentaux se réalisent à travers des
droits-libertés, et des droits-créances. Les droits de la personnalité doivent concourir à
l’épanouissement de la personne. Inhérents à la personne, ces droits sont protégés en eux-
mêmes. Les droits de la personnalité sont des droits extrapatrimoniaux. En principe, ils ne
sont pas appréciables en argent. En revanche, ils peuvent avoir des incidences financières.
C’est le cas notamment lorsqu’ils donnent lieu à une réparation en argent. De cette nature
extrapatrimoniale, il découle qu’ils sont incessibles, insaisissables et non susceptibles de
renonciation. La liste des droits de la personnalité n’est pas exhaustive. Nous aborderons
quelques-uns (section 1), notamment les plus courants, avant d’envisager la sanction des
atteintes à ces droits (section 2).

Section 1 : De quelques droits de la personnalité

L’accent sera mis sur le droit à l’intégrité physique (A), le droit à la vie privée (B), à
l’image (C), les libertés civiles (D) et le droit à l’honneur.

A- Le droit à l’intégrité physique

Les aspects essentiels du droit à l’intégrité physique ont été envisagés dans le cadre de
l’étude du corps humain, comme support de la personnalité. Nous procéderons, cependant, à
un bref rappel des questions qu’il soulève.

Ce droit s’attache au corps humain, envisagé comme composante indissociable de la


personne. Le droit à l’intégrité physique est un droit au respect du corps humain dans sa
substance. Ce qui est visé, au-delà du corps en lui-même, c’est la personne humaine. Aussi, le
droit à l’intégrité physique se traduit par l’affirmation de l’inviolabilité du corps et celle de
son indisponibilité. L’inviolabilité du corps permet sa protection contre les atteintes des tiers.
Elle se traduit par l’impossibilité de contraindre un individu à subir une atteinte à son corps,
cette atteinte serait-elle justifiée par l’intérêt légitime d’un autre individu.

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L’indisponibilité du corps consacre une protection du corps humain contre le pouvoir


de disposition de l’individu. Elle place le corps humain hors du commerce. Mais, précisons
qu’autant inviolabilité que l’indisponibilité du corps humain connaissent des limites.

B- Le droit à la vie privée

La Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948 déclare en son art. 12 que :
« Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile et
sa correspondance […] Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles
immixtions et de telles atteintes ». De même, l’art. 1er, al. 5 de la Constitution gabonaise
dispose que : « Le secret de la correspondance, des communications postales, télégraphiques,
téléphoniques et télématiques est inviolable. Il ne peut être ordonné de restriction à cette
inviolabilité qu’en application de la loi, pour des raisons d’ordre public et de sécurité de
l’État ». Ces textes ont vocation à assurer à toute personne la protection d’une sphère
d’intimité. Ainsi, reconnaît-on également à chaque individu deux vies : une vie privée et une
vie publique. La question qui se pose est celle de savoir quel est le critère distinctif, qu’est-ce
qui sépare les deux ? Au cœur de la vie privée, il y a la vie personnelle, les données
personnelles (identité, race, religion, santé, orientations sexuelles, etc.), mais également les
éléments de la vie sentimentale, conjugale et familiale.

Cette vie, le plus souvent, se déroule dans le domicile, d’où l’affirmation du principe
de son inviolabilité. Mais aussi celle du secret de la correspondance. La vie privée doit être
protégée contre toute immixtion. Cependant, celle-ci peut être autorisée. Pour la
jurisprudence, « la personne privée a seule le droit de fixer les limites de ce qui peut être
publié ou non de sa vie intime, en même temps que les circonstances dans lesquelles ces
publications peuvent intervenir ». Cette autorisation n’est pas forcément expresse.

C- Le droit à l’image

Le droit à l’image a été consacré par la jurisprudence française. C’est le droit, pour
toute personne, d’interdire aux tiers qui n’y ont pas été expressément ou tacitement autorisés,
la reproduction et la publication de son image. L’atteinte au droit à l’image peut être admise
dès la prise de l’image, avant même sa reproduction et sa diffusion. La légitimité de l’atteinte
n’est pas un justificatif acceptable.

La difficulté à déterminer le domaine du droit à l’image a donné lieu à une casuistique


particulière en jurisprudence. Ainsi, la réalisation de l’image d’une personne se trouvant dans

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un lieu privé est subordonnée à son consentement. Le droit à l’image est moins étendu,
lorsque la personne est dans un lieu public. En effet, en pareille occurrence, le droit à l’image
doit être concilié avec d’autres impératifs. La reproduction d’une image prise en public est
également assujettie à l’autorisation de la personne. Les solutions peuvent être autres
s’agissant d’image prise en public et selon que la personne intéresse ou non l’actualité.

D- Les libertés civiles

Elles concernent principalement la liberté de conscience, la liberté de déplacement et


d’établissement4, la liberté d’exercer la profession de son choix ou de ne pas en exerce du
tout, la liberté de choix de la situation matrimoniale. La liste n’est pas exhaustive.

En vérité, aucune disposition expresse de la loi civile ne concerne ces libertés. Elles
ont valeur de principes généraux des droits, prévus par la Constitution. C’est par ailleurs, la
jurisprudence qui en assure la consécration pratique, mais la protection qu’elle leur accorde
n’est pas absolue. Généralement, il s’agit souvent de valider dans les rapports privés, les
restrictions que les actes juridiques apportent aux libertés civiles. Dans certaines
circonstances, c’est la loi qui fixe les limites à ces libertés. Il en est ainsi notamment, lorsque
la loi détermine les conditions d’exercice d’une liberté déterminée.

Section 2 : Les sanctions des droits de la personnalité

La protection des droits de la personnalité est principalement assurée par la justice.


Lorsqu’il est saisi d’une demande de violation de ces droits, le Juge peut soit prononcer des
sanctions pécuniaires, soit prendre des mesures de publicité. Les deux sanctions pouvant,
parfois, être cumulables.

Les sanctions pécuniaires consistent en des dommages et intérêts, au profit de la


victime de la violation ou de ses ayants droits. Il s’agit ici d’une réparation en équivalence du
préjudice subi en application des règles de la responsabilité civile.

Les mesures de publicité, quant à elles, consistent en des insertions dans les organes de
presse afin de suivre les mêmes formes par l’atteinte. C’est principalement le cas, lorsqu’il y a
une atteinte à la vie privée ou une violation du droit à l’image.

4
« Tout gabonais a le droit de fixer librement son domicile ou sa résidence en un lieu quelconque du territoire
national et d’y exercer toutes les activités, sous réserve du respect de l’ordre public et de la loi » (art. 1er, al. 11
de la Constitution).

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DEUXIEME PARTIE : LA PERSONNALITE MORALE

Le droit connaît deux catégories de personne juridique. En effet, à côté des personnes
physiques, certains groupements se voient reconnaître, par le droit, la personnalité juridique :
ce sont des personnes morales (famille, associations, sociétés commerciales, syndicats,
collectivités locales, l’État, etc.) Cette reconnaissance se fonde sur le fait que le droit
considère ces groupements comme formant, chacun en ce qui le concerne, une unité, une
entité dont l’existence est distincte des parties composantes. En revanche, tous les
groupements n’ont pas la personnalité morale. Il en est ainsi de la famille, de la foule, d’un
public, des indivisions, etc.

La personnalité morale est une technique au service du droit, à l’intention des


personnes physiques. Par conséquent, il importe de préciser les conditions dans lesquelles
elles accèdent à la vie juridique, et le régime que le droit leur applique. C’est l’objet du
chapitre unique de cette seconde partie, consacrée à l’acquisition ou reconnaissance de la
personnalité morale et au régime juridique y afférent.

CHAPITRE UNIQUE : RECONNAISSANCE ET REGIME JURIDIQUE DE LA


PERSONNALITE MORALE

La personnalité morale est une abstraction et la personne morale est un groupement


doté de la personnalité juridique, donc apte à devenir titulaire actif et passif des droits
subjectifs. Comme indiqué précédemment, tous les groupements de personnes ou de biens
n’ont pas la personnalité juridique ? Pourquoi ? Faut-il considérer que lorsqu’un groupement a
la personnalité juridique (section 1), il est assujetti au même régime (section 2) que la
personne physique ? Que faut-il à un groupement pour que la personnalité morale lui soit
reconnue ? C’est à ces différentes interrogations que ce chapitre essaie de répondre.

Section 1 : La reconnaissance de la personnalité morale

Il est facile de déterminer les groupements auxquels la loi reconnaît expressément la


personnalité civile (A). En outre, il est possible d’identifier ceux auxquels, elle refuse
expressément cette qualité (B). Mais, dans le silence de la loi, existe-t-il des personnes
morales autres que celles formellement reconnues comme telles par la loi.

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A- Les personnes morales reconnues par la loi

La loi peut créer des groupements dotés de la personnalité juridique. Elle les crée, les
institue, les établit. Par conséquent, il s’ensuit une distinction entre les personnes morales
d’origine légale (1), et les personnes morales constituées, conformément à la loi, mais par des
personnes privées, par la volonté individuelle (2) et auxquelles la loi, à certaines conditions,
reconnaît la personnalité morale.

1- Les personnes morales instituées par la loi

La création de telles personnes morales répond à un intérêt public. Cette origine


étatique est la marque spécifique des personnes morales de droit public. Mais, d’autres
organismes, à cheval sur la distinction du droit public et du droit privé, existent. Les
personnes morales de droit public sont constituées par l’État et ses démembrements : les
collectivités territoriales, les établissements publics. Par contre, les personnes morales de droit
mixte sont une catégorie intermédiaire composée de personnes morales publiques soumises
aux règles du droit privé, et de personnes morales privées présentant un certain caractère de
droit public. Les premières permettent à l’État d’accomplir son intervention dans le domaine
économique, alors que les secondes correspondent à une action des professions dont
l’importance des intérêts collectifs justifie qu’elles revêtent certains traits de droit public.

2- Les personnes morales constituées par la volonté de l’homme

Les particuliers ont la possibilité de créer des personnes morales en se regroupant.


Mais, ils ne peuvent donner naissance qu’à des personnes morales de droit privé. Celles-ci,
sont de deux sortes : des groupements d’individus et des groupements des biens.

Un groupement d’individus qui constituent des personnes morales, sont la catégorie la


plus importante. Cette catégorie se subdivise en sociétés commerciales et en associations,
selon que le but poursuivi par les individus est pécuniaire ou désintéressé. La société est un
groupement formé par deux (2) ou plusieurs personnes qui conviennent par contrat (contrat de
société) de mettre en commun quelque chose (biens : nature, numéraire ou industrie) en vue
de partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui pourra en résulter. Notons qu’avec
l’Acte uniforme de l’OHADA portant Organisation du Droit des Sociétés Commerciales et
des Groupements d’Intérêt Economique (AUODSCGIE), la société peut aussi être instituée
par l’acte de volonté d’une seule personne (société unipersonnelle). La société peut être
commerciale (activité commerciale ou forme commerciale) ou civile (activité à but lucratif,

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mais n’a pas une forme commerciale ni un objet commercial). La reconnaissance de la


personnalité morale à une société est soumise à son immatriculation au Registre du
Commerce et du Crédit Mobilier (RCCM). Dès cet enregistrement, la société acquiert la
personnalité morale, lui conférant par ailleurs les mêmes droits et attributs d’une personne
physique (nom, domicile, patrimoine, nationalité, voire ester en justice, etc.)

Les associations sont des groupements poursuivant un but autre que le partage de
bénéfice ou la réalisation d’économie. Leur but est non lucratif. Aux associations, on enjoint
les congrégations religieuses et les syndicats professionnels qui, tout en étant des variétés
d’associations, ont reçu une condition juridique particulière.

Les groupements de biens qui constituent des personnes morales sont des fondations.
La fondation est définie par le Doyen Carbonnier comme un acte juridique en vertu duquel
une masse de biens est affectée à perpétuité à une œuvre d’intérêt général désintéressée. La
fondation n’a de personnalité morale que lorsqu’elle est reconnue par décret d’utilité
publique. Elle peut avoir un but charitable, culturel ou intellectuel.

B- La reconnaissance de la personnalité morale en dehors de la loi

La controverse doctrinale (1) doit être rappelée, avant d’envisager les solutions
prétoriennes (2).

1- La controverse doctrinale

De cette controverse qui a duré plus d’un siècle, deux approches sont à retenir : celle
de la fiction (a) et celle de la réalité (b). Avant toutefois de les présenter, précisons qu’une
conception négative, occultant la notion de personnalité morale comme catégorie juridique
autonome a pu être développée. Pour les défenseurs de cette théorie (Planiol, comme leader),
il suffit de mettre en œuvre les catégories juridiques préexistantes, à l’instar de la propriété
collective. En effet, dans la propriété collective, ce sont les membres du groupement qui sont
collectivement propriétaires, et non le groupement lui-même. De même, dans le cadre du
patrimoine d’affectation, la personne morale recouvre, en réalité, un patrimoine sans sujet,
impersonnel qui a pour support l’affectation de celui-ci à un but d’intérêt général.

a- Théorie de la fiction

La théorie de la fiction s’inscrit dans une philosophie essentiellement individualiste.


Elle repose sur une opposition naturelle entre la personne morale et la personne physique.

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Seuls les individus, personnes physiques ont une vérité personnalité. Mais, comme il est
impossible de reconnaître l’existence de groupements et d’intérêts collectifs, le détour de la
personnalité morale est utilisé pour rester fidèle aux principes de départ. Le groupement est
personnifié comme s’il était une personne physique. Cependant, il n’y a là que fiction, parce
que le groupement n’est pas un Être vivant, distinct de ses membres et ne peut en réalité être
titulaire de droits. Créations artificielles, les personnes morales sont des êtres purement
fictifs : elles n’ont ni corps, ni âme, en dehors de la personnalité des membres qui les
composent. Création pure de la loi, la personnalité est un bienfait de la loi, un cadeau que le
législateur fait, dans sa souveraineté et selon son bon vouloir, aux groupements de son choix.

La conséquence en est qu’il n’existe pas de personnalité morale en dehors des


groupements auxquels la loi reconnaît ou confère la personnalité civile. En d’autres termes, il
n’y a pas de personne morale sans texte de loi, et de l’autre côté, les fictions sont
d’interprétation stricte, c’est-à-dire qu’on ne saurait étendre les effets de la personne morale
au-delà de ce que les textes ont prévu.

b- La théorie de la réalité

Cette approche de la réalité est radicalement inverse à la théorie de la fiction. La


réalité de la personne morale existe en dehors de la volonté du législateur et s’impose à lui.
Car, les groupements collectifs sont des êtres sociaux dont le rôle est indispensable à la vie
des États.

Cette réalité est conçue de plusieurs façons par les tenants de cette théorie. Pour les
tenants de la théorie de la réalité organique, la personne morale est une réalité sociale, une
réalité vivante, un corps animé par une volonté collective. Par contre, cette conception
demeure critiquable. Car, elle procède d’une confusion entre personne morale et groupe social
(indivision, famille). Certains, ont vu dans la personne morale, une institution (HAURIOU).
Toutes les institutions ne sont toutefois pas des personnes morales, mais la personne morale
constitue l’institution la plus élaborée. Qu’elle est donc la difficulté ?

Pour les défenseurs de la théorie de la réalité, les personnes morales sont des êtres
réels dont la réalité résulte de la réunion de deux séries d’éléments. Une personne morale est
ordonnée à la défense d’intérêts collectifs distincts des intérêts individuels des membres du
groupement. Mais, le groupement ne devient une réalité de la vie sociale que s’il est organisé.
C’est cette organisation de base qui donne corps à la personne morale. L’accès à la

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personnalité morale est donc subordonné à l’existence d’une faculté d’expression collective
des intérêts autour desquels ils sont centrés. La personne morale est une réalité non pas du
monde sensible, mais de la technique juridique. C’est cette conception qui est consacrée
aujourd’hui par la jurisprudence.

2- Les solutions prétoriennes

Pendant longtemps, la jurisprudence a été favorable à la théorie de la fiction.


Cependant, cette tendance s’est inversée au XXème siècle. Déjà, la Cour de cassation
française avait affirmé, dès 1891, à propos des sociétés civiles : « qu’il est de l’essence des
sociétés civiles, comme des sociétés commerciales, de créer, au profit de l’individualité
collective des intérêts et des droits propres et distincts des intérêts et des droits propres de
chacun de ses membres ». Mais, ce n’est qu’en 1954 que la Cour de cassation a pris position,
consacrant dans un attendu fort remarqué, la théorie doctrinale de la réalité technique de la
personne morale. Selon la Cour de cassation : « la personnalité civile n’est pas une création de
la loi ; elle appartient, en principe, à tout groupement pourvu d’une possibilité d’expression
collective pour la défense d’intérêts licites, dignes, par la suite d’être juridiquement reconnus
et protégés ». Depuis, cette jurisprudence est constante.

Section 2 : Le régime juridique de la personnalité morale

Titulaire actif et passif des droits subjectifs au même titre que la personne physique, la
personne morale a un statut juridique qu’il faut déterminer. Mais, il faut remarquer que
chaque catégorie de personnes morales est assujettie à un régime juridique particulier
déterminé par les lois spéciales. Et, dans une catégorie, les régimes diffèrent. Toutefois, un
droit commun de la personnalité juridique des personnes morales existe. Il s’articule autour de
leurs règles d’existence (A), de leurs droits et obligations et de leurs attributs (B).

A- Existence de la personne morale

C’est la question de la constitution et de la dissolution de la personne qu’il faut


envisager ici. La constitution d’une personne morale se fait par l’accomplissement d’une série
d’actes juridiques pouvant se succéder sur une période plus ou moins longue. Toute personne
morale doit avoir, à sa base, un acte juridique de fondation. Pour les personnes morales de
droit privé, c’est de la volonté privée que provient cet acte. Mais, cet acte doit être élaboré
conformément à la loi. Ainsi, il faut que ses éléments constitutifs soient réunis (ces éléments
diffèrent selon le type de personne morale). En outre, l’octroi de la personnalité juridique est

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subordonné à l’accomplissement de certaines formalités (immatriculation, déclaration,


publicité dans un journal d’annonces légales, etc.)

Parfois, c’est l’intervention de l’État qui est requise. En effet, en tant que sujet de
droit, la personne morale peut agir juridiquement, acquérir les droits, les exercer : elle est de
ce fait capable. Cependant, sa capacité est définie par rapport à sa nature particulièrement.
D’une part, sa capacité de jouissance est limitée. Une limitation qui découle de la nature des
choses, de ce que la personne morale ne peut être totalement assimilée à une personne
physique. Ainsi, elle ne jouit pas de certains droits extrapatrimoniaux, comme le droit à
l’intégrité physique, à la vie, au mariage. Mais, il y a une limitation quant à son objet ou son
domaine d’intervention, en vertu du principe de la spécialité, en ce sens que la personne
morale ne peut accomplir que des actes qui correspondent à son objet et à son but, tel qu’il
ressort de la loi ou des statuts.

D’autre part, la personne morale n’a pas la capacité d’exercice ; les actes juridiques
qui l’engagent doivent être faits par son représentant légal. Ainsi, elle peut, par l’intermédiaire
de ce dernier, ester en justice (les intérêts doivent de ce fait être nommément désignés). Enfin,
la dissolution de la personne morale renvoie à la problématique de sa fin ou mort. En principe,
les personnes morales ont une vocation théorique à durer indéfiniment. Toutefois, la loi a
apporté des restrictions. Ainsi, les sociétés commerciales ne peuvent avoir une durée de vie
statutaire supérieure à 99 ans ; elles peuvent par ailleurs connaître des transformations. Aussi,
l’État et la volonté privée peuvent intervenir dans la dissolution de la société. La loi peut
abolir toute une série de personnes morales, et lorsque l’acquisition de celles-ci dépend de
l’autorisation de l’autorité publique, le retrait de celle-ci, entraîne la disparition de la personne
morale.

Le juge peut aussi prononcer la dissolution d’une personne morale. Mais, le rôle le
plus normal dans la dissolution des personnes morales est joué par la volonté des intéressés.
Celle-ci, peut s’exprimer au préalable dans les statuts ou après coup, par une décision en
assemblée générale.

B- Droits et obligations de la personne morale


1- Les droits de la personne morale

Ayant une personnalité juridique, différente de celle de ses membres, la personne


morale est traitée, lui-même, comme titulaires de droits. Elle a ainsi un état articulé autour de

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droits extrapatrimoniaux et des droits patrimoniaux. Dotée de certains attributs


extrapatrimoniaux, dans le but de l’identifier, la personne a :

- Un nom librement choisi par les fondateurs et protégé de l’usurpation, c’est la raison
sociale (société) ou le titre (association) ;
- Un domicile avec tous les effets attachés à cette notion, quant à la compétence
territoriale. Son principal établissement, c’est son siège social, c’est-à-dire le lieu où
fonctionnent les organes de direction et d’administration (pas forcément le centre de
l’exploitation) ;
- Une nationalité avec les effets attachés à cette notion, quant au droit applicable en cas
de litige présentant un élément d’extranéité. En principe, la personne morale a la
nationalité du lieu où se trouve son siège social.

Par ailleurs, la personne morale a un patrimoine distinct des patrimoines personnels de


ses membres. C’est le principe de l’autonomie du patrimoine de la personne morale. Par
conséquent, l’actif social est le gage exclusif des créanciers sociaux, c’est-à-dire un créancier
personnel n’a pas le droit de faire saisir les biens sociaux, de même qu’un créancier social n’a
le droit de faire saisir les biens personnels, sauf lorsque la loi le prévoit.

2- Les obligations de la personne morale

Parallèlement à ses droits, la personne morale a des obligations. Elle contracte et peut
engager sa propre responsabilité du fait personnel, en raison des actes illicites, proscrits
commis par ses organes. Ces actes étant considérés comme les siens propres. Dans certains
cas, la responsabilité pénale de la personne morale peut être retenue.

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