1
COUVERTURE
2
À ce moment sublime où l'amour résonna
À ce seul sentiment qui se défie des lois,
À celle qui me fit poète, amant, fou et roi,
À celui qui, un soir d’hiver, l’abandonna…
3
Préface
« Créer, c’est vivre deux fois. »
— Albert Camus
Un éclair suspendu dans la douceur d’un regard,
un pas hésitant au seuil de l’amour,
un sourire d’éternité offert à l’oubli,
le frisson d’une étoile au songe d’un été,
un élan qui frôle sans jamais atteindre,
l’envol étrange d’une promesse,
et le dernier éclat d’un jour qui s’efface…
Mais si, dans l'ombre de ces chers instants perdus, brillait encore l’éclat de l’éternité ?
Et si, du frémissement d’un souffle oublié,
naissait la musique secrète de ce qui, loin de nous, persiste ?
Des plaisirs éphémères aux douleurs éclatantes,
seuls les mots sauront résonner dans l’écume des jours.
Alors, peut-être, l’âme pourrait-elle apprendre à se reconnaître
dans le reflet fragile de ce qui ne meurt jamais…
4
5
Sommaire
AMOUR VIE
Rêve La rencontre
Destin Ballade d’automne
Elle Oiseau de nuit
L'amour est le chant de l'âme Tu resteras celle…
Promesse Ange noir, ange blanc
J’arrive Vitocha
MORT RAISON
L’éclipse Snegourotchka
Tant frémit l’absence Les yeux d’Irène
Le jardin Vouloir
De n’être plus rien Écoute la voix qui s’élève
Ma brûlure Comprendre
Folie, douce folie Irina, Ирина…
Toi qui détiens toujours mon coeur Phantomèle
Je ne suis plus… Ainsi va la vie
À l’orée du bois
6
AMOUR 1
7
Amour 2
8
Rêve
Souvent, quand le bon sommeil me résiste,
Je me souviens de ce rêve lointain
Qui s'éloigna aux lueurs d'un matin
Quand je voulais qu'à ma vie il subsiste.
Il m'apparaît toujours si vrai, si beau !
La plage enneigée dans la nuit éteinte
S'éclairant sous une lumière sainte,
Au loin, je te vois brandir un flambeau.
Ma belle, étais-tu nymphe, étais-tu ange ?
Je n'aurais pas même connu ton nom,
Mais mon cœur l'entend comme une chanson,
Berçant ma mémoire, douce et étrange.
Dans le ciel noir, sur ses flots envoûtants,
Tu m'apparais enfin, ton doux visage
S’épanouit au nocturne sillage,
Ignorant l’amère écume du temps.
Ta robe, à peine éclose de lumière
Noire, offre au secret le charme éternel,
Et tu dis, d'un regard d'ange charnel,
« La vie n'est que le voile du mystère ! »
Un dernier silence comme au revoir,
T’en allant, portée par la voie céleste,
Ton écho s’éloigne et mon cœur si leste
S'abandonne en rêvant au ciel du soir…
9
Destin
Il vient quand on ne l’attend plus
Dans les matins de brume claire,
Offrant en secret la lumière
Des cieux que l'on croyait déchus ;
Et porte aux coeurs irrésolus,
Battant d'une étrange manière,
Loin de leur frisson éphémère,
L’élan sublime et absolu.
L’éclair d’un instant, tout bascule,
L’ombre s'éveille à la clarté,
Et l’âme accueille ce qui brûle
Au coeur si longtemps arrêté,
Comme une Grâce inespérée
Éclose au feu de l'empyrée.
10
Elle
Je la vois comme une Vénus qui sait
Écrire au nom de l'amour un essai,
Se battre quand son cœur sonne l'alarme,
Panser sa blessure en levant son arme ;
Comme une Minerve qui se complaît
À devenir muse à son seul souhait,
À vaincre les plus fiers de ses charmes
En retenant ses coups comme ses larmes.
Ainsi règne-t-еlle sur mon esprit,
Bien que je ne l'aie jamais vue encore
Mon cœur, en son secret, sait qu’il l'adore.
Car tout en elle déjà me séduit ;
Mais comment oser dire que l’on aime
Sans que l’aveu ne porte l’anathème ?
11
L'amour est le chant de l'âme
L'amour est le chant de l'âme
Que nous inspirent les dieux,
Il s’élève dans les cieux
En une idyllique trame,
Flottant comme une oriflamme
Des désirs mystérieux ;
L'amour est le chant de l'âme
Que nous inspirent les dieux.
Lorsqu’on adore une femme
Dans le beau secret des yeux,
Tout bas le cœur fiévreux
Murmure à l'autre sa flamme :
« L’amour est le chant de l’âme ! »
12
Promesse
C'est un dernier soleil dont les pâles rayons
Iront s'endormir où l'horizon se consume.
Ce morne paysage et ces sombres layons
Bientôt disparaîtront sous une épaisse brume.
Au-delà des décors aux obscures couleurs,
Au-delà de l'effroi de cette mascarade,
Toi seule m’a offert tes plus belles douceurs
En rendant à mes jours l’éclat d’une ballade.
Jamais ne s’éteindront ces instants précieux
De la flamme cachée à la fièvre exaltante,
De l'envie de s'unir enfin en d'autres cieux
Que rien n’arrêterait, pas même cette attente.
M’avançant dans la nuit sur la voie du destin
Où s'effacent des fleurs aux grâces dépassées
Exhalant dans l'oubli leur parfum indistinct,
Je ne verrai que toi, reine de mes pensées.
Les yeux clos, je ferai s'effondrer le lointain
Et ma voix s'élevant, libérée de tout doute
Trouvera dans le ciel l’élan d’un seul matin ;
À l’aube, nous irons bâtir sur cette route…
13
J'arrive
Sans même t'avoir vue une seule seconde
Mon âme en toi se voit comme dans un miroir,
Par toi, tout y paraît délié de tout fard ;
Je t'ai vu, je le sais, dans un tout autre monde
Sous une nuit de lune et de passion féconde.
Je t’aime, et tout mon être en porte le savoir,
C'est toi, seulement toi, et mon cœur me le gronde !
Il s'élève déjà dans une fièvre immense
Qu'il voulait ressentir depuis l'éternité,
Il n'attendait que toi pour la faire exister.
Au-delà de la nuit qui meurt d'impatience
Et des ciels gris pleurant chaque jour ton absence
Se trouve auprès de toi notre réalité
Dans l'horizon vainqueur, à force d'espérance.
Jusqu'au bout de ce monde à l'étrange dérive
Qui voudrait enfermer l’homme en son propre corps,
Où la peur de la vie s'abandonne à la mort,
Voyant s’ouvrir les ponts de nos lointaines rives,
Pour que tout notre amour dans sa lumière vive,
À l'aurore, j'irai par-delà les monts d'or,
Emportant notre joie en un seul mot : j'arrive !
14
VIE 1
15
VIE 2
16
La rencontre
S’en aller vers les cieux, emporté par le voile
De l’azur où sourient les langueurs d’une étoile,
Descendre enfin, et croire être là-haut toujours :
C'est l'hymne du voyage et le chant de l'amour.
Et mes sens éperdus dans le ciel et la terre
Étreignent les instants où flotte le mystère,
M’avançant au milieu d'une foule en brouillard,
Mon cœur n'attend plus rien que ce premier regard.
Le temps suspend son vol, furtif et insonore,
Quand deux âmes longtemps éloignées voient l’aurore
Au seuil de leur regard, et chaque étrange bruit
S’évanouit au loin dans l'âme de la nuit.
Dans le ciel murmurant des lueurs de promesse,
Un astre se dessine, éclatant de tendresse,
Nous en allant, guidés par l'ombre et la clarté,
Se dévoile à nos yeux le songe d'un été.
Un monde s’ouvre enfin, immense et sans ambage,
Où déjà chaque pas prolonge le voyage…
17
Ballade d’automne
Ta main dans ma main
Sur ce beau chemin
Où les feuilles s’amoncellent.
L’ocre et ses couleurs,
Les pâles chaleurs,
S’illuminent et révèlent
Ton plus doux regard
Qui, sûr de son art,
Berce mon âme et s’élève.
Ah, quel sentiment
De pouvoir vraiment
Vivre et l’éveil et le rêve !
Mes noires pensées
Se voient effacées
Par l'éclat de l'émeraude
De tes yeux en pleurs
Devant le bonheur
D'incarner l’amour et l’ode,
Et je pleure aussi
De t’avoir ici
Dans mes bras, à toi fidèle ;
Je sens ton parfum
D’ambre et de jasmin
Brodé en blanches dentelles.
Tes longs cheveux noirs
Épousent les soirs
Comme un voile de mystère.
Quand le ciel s’éteint
Ton esprit, soudain,
S’éveille à l’astral parterre ;
Tu es une fleur
À l’air si rêveur.
Si la nuit encore existe
18
Ce n'est, en secret,
Que pour t’admirer,
Toi, rose inspirante et triste !
Mainte feuille d’or
Voltige et s’endort
Dans le feu de la romance,
La voix des forêts
Emporte en secrets
De notre amour l’évidence.
Nos souffles unis,
Nos vœux infinis
Dans un clair-obscur s'envolent
Pour trouver là-haut
L'éternel écho
De ces serments sans parole…
19
Oiseau de nuit
Les splendeurs lavandes d'un plateau de Provence
Dormaient profondément, bercées dans l'espérance
Que tout cela pouvait durer l'éternité
De leur éclat fragrant plein de féminité.
Un château reposait au plus près de ces terres
Et sur ce paysage étendait ses mystères ;
De ses hauteurs venait une faible lueur,
Tel un phare oublié à l'unique candeur.
Près de sa fenêtre où bientôt viendrait l'aurore,
Une femme semblait être éveillée encore.
Dans un salon faisant penser à un boudoir,
Elle était habillée comme pour un grand soir.
Sa délicate robe empire en mousseline
De soie blanche laissait entrevoir sa poitrine,
Tandis qu'autour de son cou, ainsi découvert,
Luisait un pendentif orné d'un saphir vert.
Assise à une table, une vive chandelle
Révélait un regard d'émeraude éternelle
Où de la passion brûlait avec ferveur
Dans l'ombre traversée d'un silence rêveur.
Ainsi que dans un songe où tout est si fragile,
Sa silhouette offrait à l'ombre indélébile
Un instant suspendu où le clair et l’obscur
S’effleuraient en secret dans l'éther le plus pur.
Elle tenait dans sa main, discrète et diaphane,
Une plume d'oie qui, comme un fil d'Ariane,
Semblait pouvoir tracer les lignes d'un chemin
Dans le dédale obscur du sentiment humain.
La nuit, elle laissait s'envoler ses pensées
Vers le ciel éternel du monde des idées,
Guidé par le silence, émanait le mot sûr
Sous ce long voile noir qui recouvre l’azur.
20
Là, le fond des choses se mêle à l'invisible
Dans une simple essence où tout est plus sensible :
Un souffle discret chante un parfait souvenir,
Une étoile s'éveille aux souhaits à venir.
Elle les écoutait et, d'un léger sourire,
Sous la grâce des cieux, il lui fallait écrire
Sur les rêves secrets des mondes endormis
Et de leur voix perdue dans les temps compromis.
L'amour comme flambeau, la pensée comme guide ;
Elle souhaitait que chacun puisse, lucide,
Découvrir en son âme, en le plus sincère art,
Ce qu'il est en son cœur, sans détour et sans fard.
Une dernière fois, sous un ciel d’opaline,
Elle admira la voûte aux lueurs sibyllines,
Mais le soir reviendrait en un élan meilleur
Pour un songe toujours plus vrai, plus proche au cœur…
21
Tu resteras celle…
Sur une morne parcelle
Où je n’espérais plus rien,
La vie me semblait si frêle,
L’ennui était mon seul bien.
Je voulais sans nulle gloire
Porter ma croix sans un bruit,
Et j'allais, sans même y croire,
Conter ma peine à la nuit.
Surpris un soir de septembre
Dans le trouble de mes yeux,
Des reflets de jade et d’ambre
Jaillirent du fond des cieux ;
Belle inconnue, douce femme
Dont je me mis à rêver…
Un éclair vint dans mon âme,
C'était toi, je le savais !
Ainsi, plus que tout au monde,
Le ciel gardait ton secret,
Je ne pensais qu’aux secondes
Où nos deux cœurs s'entendraient.
Et maintenant que nous sommes
Unis sous les mêmes cieux,
De ce temps qui se consume
Faisons l'avenir joyeux.
Quoique le sort nous révèle,
Dans la joie ou la douleur,
Toujours tu resteras celle
Qui sut entendre mon cœur.
22
Ange noir, ange blanc
Toi l'ange noir, l'ange blanc,
Dans la nuit portant ma peine,
Traverse mon songe lent
Dans ses reflets d’obsidienne.
Sous tes ailes de parfum,
Tu m'enivres de te plaire
Et de tes charmes l'embrun
Embaume l'air de mystère.
Et je me perds dans tes yeux,
Dédale intime de l' âme,
Où se reflètent les cieux
Dans la ferveur d'une flamme.
Prisonnier de tes regards
Dans leurs geôles serpentines,
Se révèle ton pouvoir
Dans sa grâce sibylline,
Et je vacille, enchaîné,
Dans un vertige si sombre,
Comme en un secret damné,
Reine d’un royaume d’ombre.
Au crépuscule incertain,
Quand le désespoir se lève,
Porte l'éveil du matin,
Ô doux frisson de mes rêves !
Et si cette vie un jour
Nous sépare au vent fébrile,
J'aurai pris de cet amour
Les chers instants immobiles
Qui sauront de nos adieux
Porter la voix du silence
Et pleureront sous les cieux
Ton éternelle absence.
23
Toi l’ange noir, l’ange blanc,
Dans la nuit portant ma peine
Offre-moi dans les élans
De ton cœur l'ombre sereine…
24
Vitocha
Sofia, ce jour, était si belle
Et toi, ma chère, plus belle encor,
L’amour se sentant pousser des ailes
Il lui fallait gravir les monts d’or.
Au seuil du printemps, l'hiver sublime
Levait ses voiles au ciel tout bleu,
Et la neige en un reflet intime
Offrait ses derniers frissons de feu.
Vitocha, au long de l'avenue,
Baignée d'un soleil éblouissant
Comme un manteau de lumière nue,
Se portait dans l'air évanescent.
Tous deux, dans la douceur des allées,
Guidés par les parfums renaissants
Qu’éprouvent les amours dévoilées
Sous le souffle des vents florissants,
Nous allions dans l'ombre des collines,
Voulant défier l'ardeur des cieux,
En rêvant des hauteurs sibyllines
Où vivait l'espoir silencieux.
Combien de chants et de cascatelles,
Vitocha, orneraient tes sommets,
Et, pour nous, combien de fleurs nouvelles
Souriraient, écloses à jamais !
L’harmonie et l’heureuse lumière,
Rien ne semblait vouloir s’arrêter,
Nos mains, comme lors d’une prière,
Se tenaient, croyant l’éternité.
Alors que tout parlait sans ambages
Des chemins frémissants de l'amour,
Le ciel s'envoila de lourds nuages
Ravissant les lueurs de nos jours.
25
Peu à peu, sans heurt et sans paroles,
La clarté se défit du chemin ;
L’air pesait sur les humeurs frivoles
En tombant à l'horizon carmin.
Plus rien n'apparut dans la distance
Qu'une pâleur régnant tout autour,
Le sommet dissous dans le silence
Éclipsait les promesses d'un jour.
Revenant sur nos pas, loin des cimes,
Je crus lire un présage au détour :
La brume portait vers ses abîmes
La voix d’une peine sans retour…
26
MORT 1
27
MORT 2
28
L’éclipse
L'éclipse était certaine,
Je t'ai quittée si longtemps ;
Pas de cri, pas de haine,
Un nouveau soleil t’attend,
Loin de mon cœur aride
De brûler à chaque instant.
Si la pluie en décide,
Lorsque notre ciel commun
Se rompra dans le vide,
Dans la paume de ma main
Triste d'être orpheline,
Le vent portera soudain
Ta voix comme une épine.
Des liliales lueurs
La lune se fascine :
Ton reflet dedans mes pleurs,
Ton destin dans ma peine,
Tout était écrit ailleurs ;
L'éclipse était certaine.
29
Tant frémit l’absence
Tant frémit l'absence
À l'aune des jours,
Que vient la romance
Me brûler d'amour.
Quand la nuit commence,
Cerne les pourtours
Et toute espérance,
Mon coeur bien trop sourd
Tant frémit l'absence.
Dans ce long silence
Où s'étend ta voix,
Tout mon cœur s'élance :
Le désir est roi
Bercé d'innocence,
Le chagrin ma croix.
Tout a ta semblance
Presque malgré toi,
Dans ce long silence.
À l'ombre du songe
Où le ciel s'endort,
Dans la nuit se plonge
Chaque étoile d'or ;
Ce temps qui nous ronge,
La vie et la mort
Sont un seul mensonge :
Mon cœur veille encor
À l'ombre du songe…
30
Le jardin
Souvent la vie ressemble à un jardin
Aussi vaste qu’aveuglant de tristesse.
L’horizon pâle et toujours indistinct
Dévoile l'absurde en sa morne ivresse.
Sous les échos blafards de la raison
L'hiver se voit défait de sa magie,
Pris dans les murs d'une froide prison
Où périssent et l'espoir et l'envie.
Comme un automne sans vie, le printemps
Effeuille sa noire mélancolie
Aux vents perdus, loin des saules chantants
Où toute allée, sans mémoire, s’oublie.
Vous, fleurs de jasmin aux pâles saphirs,
Hortensias aux voluptés dernières,
Jeunes fleurs que je vois déjà flétrir,
Que me valent vos beautés éphémères ?
Un désir sans parfum d'éternité,
Des regards sans éclats ni destinée ?
Mon cœur d'une rose encore habité
N'est plus qu'une chose déracinée.
Toujours là dans mes rêves promettants,
Elle part, discrète, à l'aube morose,
Celle qui fit dire à mon cœur battant
Pour la première fois : « Espère et ose ! »
Hélas, parfois, l’amour le plus ardent
S'éteint sans bruit sous une humble charmille ;
Sans jamais comprendre, elle et moi, longtemps
Verrons la même étoile qui vacille.
31
De n’être plus rien
De n'être plus rien
Pour celle qu'on aime,
La vie n’est plus qu’anathème,
Et moi, son gardien
Qui bientôt devient
L’ombre pâle de bohème,
De n'être plus rien
Pour celle qu'on aime.
Chacun de nous porte un bien :
Toi, l’amour suprême,
Moi, d'humbles poèmes,
C'est ton destin, et le mien
De n'être plus rien.
32
Ma brûlure
Ma brûlure s’étend
Chaque jour davantage
Quand, sur l’affreux sillage
De l'hiver éclatant,
Aux langueurs d'un naufrage,
Ton silence s'entend.
Dans ce désert, l'orage
Règne par tous les temps
Et ce feu persistant
Dans un soupir de rage
Envole le printemps
Par-delà les nuages.
Mais quand viendra l’autan
Tourner l'ardente page
Et ravir ces mirages ?
Pourquoi t’aimer autant
Si, même de passage,
Ton amour ne m'attend ?
Le long de ce rivage
Au souffle qui, longtemps,
Dans un refrain d'antan,
Résonne sans ambage,
Ma brûlure s'étend
Chaque jour davantage…
33
Folie, douce folie
Folie, douce folie, non loin de moi,
Je sens, à chaque détour, que tu guettes,
D'un pas bien plus pesant que mille bêtes
Dès lors qu’éclatent les sombres pourquoi;
Mais crois-tu un jour m'imposer ta loi ?
Souvent tu te montres des plus discrètes
Comme l’aventure des soirs d’un roi,
Et de tes charmes sais mettre en émoi
Les cœurs brisés que, de tes mains secrètes,
Tu écorches comme des pâquerettes.
Ce sont les regrets, spectres de l’effroi,
Qui murmurent sans cesse aux pauvres têtes,
Voyant la vie comme un champ de défaites :
« Puisque le sort à ton cœur se noua,
Ta raison se perdra comme ta foi ».
Et quand, seul, s’oublient les lueurs des fêtes
L’absence brille sur chaque paroi
Et tu peins alors de ton obscur doigt,
Traçant Mérope en voluptés parfaites,
Des astres éteints aux larmes discrètes.
Quand tout s’éteint, voyant le désarroi,
Sur les âmes égarées tu te jettes ;
Mais aucune de mes nuits tu n’inquiètes,
Aux cris féroces de ta fausse voix
Elles s’endeuillent d’un silence froid…
Folie, douce folie, non loin de moi !
34
Toi qui détiens toujours mon cœur
Toi qui détiens toujours mon coeur
Que tu ne pourras plus comprendre,
Délivre-le de ses langueurs,
Moi qui ne saurais le reprendre.
Quelque part, sous ce ciel si lourd,
Dans le creux de ta main peut-être,
Porte son envol au grand jour
Loin de ce qui l'avait vu naître.
Qu'il laisse ici-bas les tourments
De cette passion morose
Et s’éteigne au firmament
Dans l’éclat ardent d'une rose.
Accepte cette ultime fleur
Éclose au fond de mes méandres,
Toi qui détiens toujours mon coeur,
Moi qui ne saurais le reprendre.
35
Je ne suis plus…
Je ne suis plus que l’ombre et la poussière
D’un double portrait au fond d'un tiroir,
Je ne suis qu’un sourire de lumière
Te voyant si belle face au miroir.
Je ne suis que le soupir d'une porte
Qui se ferme et m'arrache à ton regard,
Que le cri d’une rue qu’un vent emporte
Et qui disparaît de ne plus te voir.
Je ne suis plus qu’une humeur vagabonde,
S'avançant, triste, à rebours de tes pas,
À rebours de ce seul désir au monde,
Qui se blesse au souvenir de nos joies.
Je ne suis plus qu’un long souffle d’angoisse
Voulant atteindre les sommets des monts
Pour rattraper le chemin qui s'efface
Dans le méandre et l’écho de ton nom.
Je ne suis que l’onde qui toujours rêve
De toi en ne croyant plus au matin,
Et, se fondant à la nuit, qui s'élève
Au crépuscule à jamais incertain.
Je ne suis plus qu’un ciel d’étoiles creuses,
Voilé de brouillards froids comme l'étain
Et qui t’aperçoit, bien loin, amoureuse
Des nouvelles lueurs de ton destin.
Je ne suis plus que la pluie qui l’accepte,
En s'effondrant dans les airs asséchés
Et qui part rejoindre la terre inepte
Sous les regrets à l'horizon caché.
Je ne suis plus rien pour toi, mais demeure
Dans la volonté qui veut ton bonheur,
Sans plus jamais mon amour qui t’effleure,
36
Comme un feu muet empreint de douceur.
37
À l’orée du bois
À l'orée du bois, quand le soir venu
L’éclat du jour se meurt dans l’inconnu,
La beauté de l’hiver couvrant la terre
Voit ses magies se mêler au mystère.
Tout doucement s'endort la forêt
Et l'ombre aux arbres confie son secret,
De courbes bouleaux à la tête chenue
Forment l'arche d'une froide avenue.
Au coeur du bois, un homme curieux
Se sent perdu dans ces fascinants lieux,
Semblable à l’éther d’un songe impossible
Où l’effroi se fondrait dans le visible.
Là-bas, un funeste corbeau gémit,
D'un cri déchirant ce monde endormi,
Et le froid n'est plus qu'une bête hurlante
Qui partout répand une brume aveuglante.
L’homme s’avance, redoublant d’effort,
Les démons de glace assaillent son corps,
Blessé dans la foi qu'il a reniée,
Celle que son sort avait désignée.
La neige efface jusqu'à son visage
Et l'astre au ciel s'éteint comme un mirage ;
Quelques lueurs d'argent viennent empreindre
Son coeur si brûlant qu’il ne veut s’éteindre.
38
Raison 1
39
RAISON 2
40
Snegourotchka
La nuit l'hiver davantage s'éveille,
Sous l’astre d’argent d'où lui vient l'éclat,
Le mystère se dévoile à merveille
Et s’enlace aux murmures des frimas.
Le long d’un sentier, une femme avance
Sous une brume aux contours indistincts,
Le borée vient confier l'espérance
À son esprit rêveur, presque enfantin.
Sur son visage où le frisson flamboie
Brillent ses yeux de braise et de chagrin,
Sa peau pâle et douce comme la soie
Frissonne au feu d'un désir souverain.
Le froid la revêt quand elle est blessée,
Et la candeur lorsqu’elle ose rêver.
Au-delà de l'immensité glacée,
Son âme aspire enfin à s'éprouver.
Si tôt l'aurore effleure les collines,
Et le tremble renaît d'un chant discret,
L'horizon s'ouvre aux promesses divines
Où l'air s'embaume d'un parfum secret.
Déjà l’ardente lumière, étincelle
De la vie nouvelle, revient verdir
Plaines et vallons. Le printemps pour elle
Est comme un feu de crainte et de désir.
Son cœur brûlant comme intime évidence
Devine l'amour plus fort que son sort,
Qui venant dans l’éphémère existence
Emmène la vie par-delà la mort.
Et tendrement sourit la jeune femme
En voyant les neiges s'évanouir ;
Un secret s'enflamme au creux de son âme
Et laisse son regard s’épanouir.
41
Voilà les parfums subtils qui s'étendent,
Le chant du ciel effleurant les instants,
La vie et la clarté comme une offrande ;
Elle a suivi le rêve d’un printemps.
42
Les yeux d’Irène
J'aurais vu l'éternité
Dans tes regards éphémères,
Sous les langueurs d’un été
Où s'endorment les chimères.
En rêvant parmi les cieux,
Lorsque l’ombre entend l’aurore,
J’aurais connu dans tes yeux
L’infini que l’on ignore.
Était-ce dans leur éclat
D’émeraude où l’âme brille
Ou sous le feu délicat
Quand le cœur mortel vacille ?
L’amour sans doute y régnait
Quand ils jouaient de tes charmes,
Quand notre joie s’imprégnait
De la douceur de tes larmes.
J’y buvais l’aube et la nuit,
Tout s'épousait en silence
Loin des maux, loin de l'ennui,
Dans un monde d’évidence.
Dans leur reflet souverain,
Sous une lumière sainte,
Je sentais comme au matin
Disparaître toute crainte.
Mais, hélas, ces jours perdus
Ne sont qu’une ombre onirique :
L’amour, las, de n’être plus
Qu’un miroir asymétrique.
Si ton regard, loin d’ici,
Flotte encore en ma mémoire,
J'y porterai sans oubli
Des éclats d'or et d’ivoire.
43
Peu m’importe le destin,
Si ta clarté me demeure,
L'aurore sera sans fin
Au crépuscule des heures.
44
Vouloir
Dans l’ombre où mon pas se dévoie,
Je rêve encor des hautes cimes,
D’un feu qui mord, d’un sang qui broie
Les chaînes lourdes de l’abîme.
J’aurais vu s’effondrer mes forces,
Ma voix se perdre en vain murmure,
Ce cœur durcir comme l’écorce
De ce long hiver de brûlure.
Le temps me ronge et me déchire,
Le doute en moi creuse un tombeau,
Mais je renie l’heure où j’expire
Fût-ce au prix d’un vague flambeau.
Qu’importent l’espoir qui s’oublie,
L’échec, l’exil, le vent mauvais,
J’abriterai seul l’accalmie
D’un cœur qui brûle et qui renaît.
J'entends la nuit comme une grâce,
Quand sous la cendre se poursuit
Ce feu muet que rien n’efface,
Cette lueur que nul ne suit.
Sur ces vestiges qui résonnent
S’élève comme une oraison
La plainte sourde et monotone
Dans les langueurs de la raison.
45
Écoute la voix qui s’élève
Écoute la voix qui s'élève
Sur ton chemin silencieux,
Douce et lointaine comme un rêve,
Inspirante comme les cieux.
Ici-bas, toi seul peut l'entendre,
Sous le vent d'automne hasardeux
Où toujours s’effeuille en méandre
L’immensément froid entre-deux.
Sur cette plaine solitaire
Fondant aux langueurs de la nuit,
Garde l’étoile du mystère
Qui luit jusqu'au bout de l'ennui.
Porte en ton cœur qui ne l'oublie
Jusqu'à ton plus profond sommeil
Cette noire mélancolie,
Froide comme un dernier soleil.
Et tu iras longtemps, peut-être,
Sur le chemin de la douleur
Chercher la fleur qui s'est vu naître
Des vives joies et de tes pleurs.
Le temps guérit tout ce qui blesse
Tant que s’éveille le flambeau,
Celui qu’on trouve à la jeunesse
Et qui s'éclaire du tombeau…
46
Comprendre
Ouvre tes yeux aux clartés infinies
Sous l'éclat pur où le doute s'endort,
Ne crains plus l'ombre des nuits affranchies,
Que leur sillage efface le remord.
Le vent ne peut changer au gré du rêve,
Ni l’onde au désir du cœur égaré,
Tout suit sa course, insensible et sans trève,
Sous l’orbe affable de l'astre espéré.
Oh, vois le monde tel qu’il est, sans chaînes,
Le bien, le mal et l’ordre souverain !
Là où l’esprit, loin des fièvres humaines,
Étreint l’étoile d’un savoir serein.
Et libre enfin, dans l’éclat du silence,
Sans la fièvre ni la fatalité
L’âme comprend la divine évidence :
Rien n’est hasard, tout est nécessité.
47
Irina, Ирина…
Idylle si lointaine à jamais dans mon cœur,
Regardes-tu encor dans la nuit qui s'élance
Insufflée par les dieux, ces joyaux d’espérance
Nimbant dans le ciel d’or leur divine candeur,
A l’aune de la nuit unique à ta semblance ?
Иymphe invisible à moi, bel horizon perdu,
Рassante de mes nuits où le regret se fonde,
И'attendant que l'oubli je verrai la profonde
Нarmonie du destin à l'amour éperdu,
Аller dans le silence et rêver loin du monde…
48
Phantomèle
Dans le ciel nu, des astres sans enjeu
Errent, sans voix, dans l'ombre illimitée,
Le vide s’égrène encore, orageux,
Autour des espérances argentées.
Et tout s’éloigne en un même tourment
Dans l'infini qu'un silence décore,
Un vent glacé s’étire étrangement
Vers l'horizon que l’écho guide encore.
Ô ciel, laisse-moi un dernier soupir
Au delà des flots, des monts et des plaines
Où le temps épargne le souvenir !
Là où s’endort la mémoire incertaine,
Pourrais-je enfin, sans rien voir ni sentir,
Entendre un instant cette voix lointaine.
49
Ainsi va la vie
Au destin qui apporte au bonheur un début,
Qui repart nous laissant comme un pont, un non but,
À la femme idéale et à ses mille charmes
À son esprit si fort ne baissant pas les armes,
À ce premier baiser que je n'oublierai pas,
À ce dernier regard, châtiment et trépas,
À la première fois, douce chair éphémère,
À la dernière fois, vestige de la guerre,
Au contact de sa peau mes longs doigts amoureux,
Au gouffre grandissant qui les rendit noueux,
Aux souvenirs saillants demeurant à tout âge,
Aux temps cruels broyant tout à leur lourd passage,
Au serment qui n’est plus qu’un long chemin de croix,
À ces actes manqués qu’on n’aura pas deux fois,
Aux espoirs de toujours qui nous donnent des ailes,
Aux mirages d’antan que voient d’ardents fidèles,
Au bonheur espéré qui devrait rendre preux,
Au malheur qui ne fut jamais aussi heureux,
À la paix qui rendit bien des hommes prospères,
À la guerre en l’honneur des pères de nos pères,
Aux peuples bâtisseurs qui vivent de piété,
À l’ascète engourdi qui reverra l’été,
À cet enfant naissant incarnant l'espérance,
À ce vieillard mourant, seul, dans l’indifférence,
À ces joies terrestres faisant briller flambeaux,
Aux plaies que l'on ne sait panser de nos lambeaux,
50
Au poète chantant la pureté des neiges,
Au penseur préférant un long sentier aux sièges,
Au souhait de quelqu'un qui fait parfois des lits
Du cauchemar d’un autre en d'insolubles plis,
À l'amour embrasé avivant le surhomme,
À l’hiver de la vie qui un jour nous assomme,
À tout ce qui nous porte au-delà de la terre
Et qui à l’ombre amène une douce lumière,
À Celui qui de rien fit l’essence de tout,
Dans un souffle insensé vivant toujours en nous.
À la Création, Il nous ouvrit les yeux
Et pour l’Éternité les tourna vers les cieux
Pour nous montrer qu’ici jamais rien ne s’achève,
Tant qu’une chère étoile inspirera le Rêve…