UHRART /^ITAS
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HISTOIRE
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HISTOIRE
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Pirli.-Iaip. d* H. V.d* Surcy «t C*, ru« d« Sivrcs, 17.
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HISTOIRE
DE L'ANCIEKNE
iPMîiiiii mumi
PAR LOUIS SUSANE,
Chef d’esc«droD d'artillerie.
TOME TRMSIÈNE.
PARIS,
LIBRAIRIE MILITAIRE, MARITIME ET POLYTECHNIQUE
DE J. CORRÉARD,
LIBRAinE-ÉDITEDR ET UBRAIRE-COHMISSKlRailRE,
Rdc Christine, 1.
1850.
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703
'f\C>
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VVEKTISSEMENT DE L’ÉDITELR.
Voici le troisième volume de VHistoire de l’an-
cienne infanterie française. On y retrouvera les qua-
lités qui distinguent lès deux premiers : connaissance
approfondie du sujet ;
érudition dirigée par un juge-
ment droit et sûr; style franc, rapide et clair; jus-
tesse et flexibilité d’expressions très-remarquabies.
La première partie du travail de M. Susane, pré-
sentée au concours des Antiquités nationales, a ob-
H18T. DE L'a>C. infanterie FRANÇAISE. T. lll. a
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6
II AVERTISSEMENT
tenu une mention honorable de l’Âcadémie des In-
scriptions et Belles-Lettres, dans la séance du 1 août
dernier. L’ouvrage complet justifiera cette marque
d’estime, et vaudra à son auteur, nous n’en doutons
point, une distinction plus flatteuse.
M. le ministre de la guerre avait devancé le juge-
ment de l’Académie , en dotant chacune des biblio-
thèques de son département d’un exemplaire de
Y Histoire de V ancienne infanterie.
Le public, de son côté, a fait à ce livre l’accueil
que mérite un ouvrage sérieux, utile, bien conçu et
bien écrit.
Le juste succès obtenu par les premiers volumes
a décidé l’éditeur à ne rien négliger pour rendre cette
publication tout à fait digne de figurer dans les bi-
bliothèques des gens du monde, aussi bien que dans
les établissements spéciaux. M. Susane avait joint à
son manuscrit un nombre très-considérable de des-
sins coloriés, représentant avec la plus scrupuleuse
exactitude les costumes et les drapeaux de l’ancienne
armée. L’auteur r^ardait cette collection comme le
complément indispensable de son livre. Les descrip-
tions sont le plus souvent insuffisantes ;
le lecteur,
en suivant un corps sur le champ de bataille ,
aime
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DE l’éditeur. 111
à se le représenter, à le voir, pour ainsi dire : un
souvenir de famille se rattache bien des fois à ce sen>
liment. La publication des drapeaux lui paraissait,
en outre, oSnr un grand intérêt historique, et devoir
rectifier quelques idées erronées qui ont cours de-
puis cinquante ans.
Un choix a été fait par l’auteur dans sa riche col-
lection, et l'un de nos plus éminents artistes, M. Phi-
lippoteaux, a bien voulu se charger de donner aux
dessins destinés à être publiés le cachet de son ad-
mirable talent.
Chaque corps sera représenté par son drapeau et
par son costume à divers moments de sa carrière :
le tout colorié avec un soin infini.
On comprendra l’intérêt de la série de planches
qui va être publiée, si l’on considère que le Dépôt
de la guerre, lui-même, ne possède que des séries
partielles, entreprises à différentes époques, et ja-
mais continuées.
L’Histoire de F ancienne infanterie française aura
8 volumes et 150 planches.
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—
FIISTOIRE
DE
L'ANGIEIË INFANTERIE FRANÇAISE. é
DEUXIÈME PARTIE.
BOTICES HISTORIOUES DES RÉGIMENTS SUR PIED EN 1789.
IÉ6IMKIVT DE NATARBE.
Quid regimenlum T — Navarricuin.
DIabollcum !
UN OmciRR DRS OIROFS BESSOISES.
NESTRES DS CAMP OU COLONELS.
1. DE PAULIAC (N.), 1573.
2. Marquis de LAVARDIN (Jean de Beauroanoir), mars 1576.
3. Marquis de VIGNOLLES LA HIRE (Bertrand), 1588.
4. DE VALIRAULT (François), 2 août 1589.
5. Baron de BOESSE DE PARDAILLAN (Pierre d’Escodeca), 22
mars 1594.
6. Marquis de THÉMINES (Antoine Pons do Lauzières), janTier
1617.
7. Comte de FR0NTEN.4C (Henri de Buade-Palluau), septembre
1621. '
8. Comte de BURV (Henri de Neufrille de Villoroy), juillet 1622.
9. Marquis de TAVANNES (Henri de Saulx), 1" mars 1628
BIST. DR l’ANC. INF\NTERIE FRANÇAISE. T. HI. 1
2 HISTOIRE
10. Marquis de SAINT-SIMON (Charles de Rouvroy), arril 1630.
11. Baron d’ AV AUGOUR (Louis de Bretagne, comte de Vertus), 163S.
12. Marquis de FORS (Louis Poussai du Vigean), 1639.
t
13. Marquis de MONTGLAT (François de Paule de ClermoD|-Sa|nt-
Georges), juillet 1640.
14. Marquis de THÉMINES (Charles de Lauzières), 22 mars 1643.
15. Comte d'ESTRÉES (Jean), 23 février 1647.
16. Vicomtedu BROUTAY (Barthélémy de Quélen), 20 juin 1651.
17. Marquis de [Link] (Henri-Charles de Beaumanoir), mars
1666.
18. Marquis de KERMAN (Charles-Séhastien de Maillé), janvier
1670.
19. Marquis n’ALBRET (Charles [Link]), 19 mars 1673.
20. Marquis de LA VIEUVILLE (René-François), 17 février 1677.
21. Chevalier de SOUVRÉ (Charles), 7 mai 1680.
22. Duc de LA ROCHEGUYON (François de La Rochefoucauld), 4
sep)emhre 1683.
23. Marquis de MAULEVRIER (François-Édouard Colbert), 14 no-
vembre 1696.
24. Marquis de PIONSAC (Gilbert de Chabannes), 4 avril 1706.
25. Marquis de GASSION (Jean), 16 février 1709.
26. Marquis de RAMBURES (Louis-Autoine de laRoche-Foulenilles),
6 mars 1719.
27. Comte deMORTEMART (Jean-Baptiste-Victor de Rochecbouart),
21 février 1740.
28. Marquis de SÏAINYILLE (Étienne-François de Choiseul), 15
janvier 1745.
29. Duc de BOUFFLERS (Charles-Joscph-Marie), 1" février 1749.
30. Comte de CHOISECL-BEAUPRÉ (Marie-Gabriel-Florenl-Chris-
tophe), 11 novembre 1751.
31. Comte du CHATELET (Marie-Lpusi-Florent), 22 septembre 1753.
32. Comte de GUINES (Adrien-Louis de Souastre), 20 février 1761.
33. Comte de ROCHECHOUART (Eminery-Louis-Roger), 26 dé-
cembre 1768.
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OE l’ancienne infanterie française. 3
Ce fégiment n’a pris rang dans l’armée française
qu’à V^l^éneraent de Henri IV à la couronne en 1589.
C’était auparavapt un corps protestant, connu sous
le nppi de Gardes du roi de Navarre.
Une tradition, qui a pour nous tous les carac-
tères de la certitude ,
fait remonter la création des
Gardes du roi de Navarre à la même année et, pour
ainsi dire, au môme jour qui vit former les autres
vieux corps, parmi lesquels il a été détinitivemenl
cla^c. Mais la fortune agitée du Béarnais, pendant
les règnes des deux derniers Yedois, a réagi sur les
(jestipées de ses Gardes, et malgré les recherches les
plus minutieuses et les plus obstinées, il serait ditli-
pile de présenter d’upe manière certaine et complète
l’histoire des vingt premières années de la vie de ce
corps. Ce que nous dirons de cette époque est surtout
le résultat de la lecture attentive de deyt chroniqueurs
protestants et contemporains ,
La Popelinière e.t
d’Aubigné ;
et en nous appuyant sur ces deux noms,
nous devons faire observer que le premier apparte-
nait à l’un des chefs de l’armée calviniste et que le
second était celui d’un capitaine du régiment de Na-
varre.
Nous commencerons, comme nous l’avons fait
pour les régiments de Picardie et de Piémont, par
quelques détails sur les bandes qui nous paraissent
avoir principalement servi à former te régiment de
Navarre.
Quand Henri lY, après la paix de Yecyins en 1598,
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HISTOIRE
réduisit son armée au strict nécessaire, il ne conserva
sur pied, outre les Gardes Françaises qui tormaicnt
déjà un corps hors ligne, ayant un service spécial,
que quatre vieux régiments d’infanterie française, qui
portaient les noms de Picardie, Champagne, Pié-
mont et Navarre. Nous avons la conviction que ce
prince, en agissant ainsi, s’était conformé à la tradi-
tion de l’Etat, et avait pris pour base de l’organisa-
tion de ses troupes à pied le principe même du sys-
tème politique et militaire de la France, tel qu’il
avait été réglé par ses prédécesseurs.
On se rappelle que Louis XI d’abord, puis Fran-
çois 1", avaient partagé le royaume en quatre grands
gouvernements militaires (1)qui répondaient aux
quatre frontières vulnérables de la France : ces fron-
tières étaient celles des Pays-Bas, de l’Allemagne ,
des
Alpes et des Pyrénées. Dans l’ordre politique, ces
quatre gouvernements se rapportaient d’ailleurs aux
quatre principales sous-nationalités ,
franque ,
bour-
guignonne, romane et vasconne. Avant la formation
des régiments , chacun de ces quatre gouvernements
avait ses bandes de gens de pied distinctes ; c’étaient,
I
au nord, les bandes de Picardie et de Champagne; au
midi ,
celles de Piémont et de Guyenne. A la fin du
XVI* siècle, ces bandes se trouvaient remplacées par
des régiments. Ainsi ,
dans notre opinion ,
le régiment
de Navarre continuait , dans l’organisation de Hen-
(1) Voir lome 1", pages 52, 56 et 84.
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,
DE l'ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 5
ri IV, les bandes anciennes de Guyenne l’élément
la
,
gascon ,
que l’on compté soigneusement
voit toujours
à part dans les ilénombrements des armées du temps
de Louis XU et Nous n’avons pas be-
de François 1".
soin d’expliquer pourquoi ,
sous Hepri IV,
le titre de
Navarre a prévalu sur celui de Guyenne.
Ce point établi, nous allons faire un rapide histo-
rique des bandes de Guyenne en faisant remarquer ,
qu’elles se composaient d’hommes recrutés dans les
provinces du Midi relevant directement de la couronne,
et de gens de pied basques et gascons ,
que le roi de
Navarre devait fournir à son suzerain.
Six mille archers gascons, fils et petit-fils des célè-
bres archers du prince Noir, marchent à l’avant-
garde de l’armée que Charles VllI conduit en 1494 en
Italie. Quatre mille autres suivent Louis XII lorsque
ce roi passe à son tour les Alpes en 1498.
En 1512 ,
les soldats de la Guyenne protègent le
roi de Navarre contre une invasion des Espagnols et
des Anglais.
En 1515, François b' emmène avec lui 6,000 Gas-
cons : un des plus illustres guerriers de l’époque est à
leur tête. Sous les ordres de Pierre de Navarre ,
ils se
distinguent à Marignan.
De 1521 à 1523 , la France cherche à rétablir la
maison d’Albret dans son petit royaume de Navarre
objet de la convoitise de l’Espagne. Le sire de Lesparre
franchit les Pyrénées avec 6,000 Gascons, s’empare
de Pampelune et répand la terreur jusqu’à l’Èbre ;
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6 HISTOntE
mais, assailli bientôt par des forces supérieures, il re-
cule et rallie l’armée de l’amiral de Bonnivet, gouver-
neur de la Guyenne, qui prend Fontarabie. Cependant
l’armée d’Italie venait d’éprouver un tevers à la Bico-
que et les Süissès l’avaient abandonnée; 14,000 Gas-
cons partent pour les remplacer, et les Espagnols re-
deviennent momentànémeiit les maîtres sur la fron-
tière des Pyrénées. Le fils de Pierre de Navarre ,
laissé
avec 1,000 Basques dans Fontarabie, est obligé dé
rendre cette place à l’ennemi qui asMége ensuite
Bayonne sans succès.
En lo27, Pierre de Navarre conduit de nouveâd
6,000 Gascons en Italie; ils font des merveilles au
siège de Naples, et, après la mort dé leur chef, ert
1528, les survivants sè fondent dans les barides de
Piémont.
L’armée française, qui passa les Alpfes ett 1535;
comprenait quatre bandes de Güyenne , de 500 hom-
mes chacune, commandées par les capitaines Ldrti^ue-
Dieu, Blanche, Auguar et Wartis. On retrouve
ces mèmès bahdes en 1336 à la défense de là Pro-
vence.
L’èntreprise sur le Roussillon fut préparée en 1541 ;
« Montpezat ,
pour lors lieutenant du rdy en Langue-
doc ,
outre les forcés ordinaires de la frontière , fài-
soit asseiûblèr les légionnaires du Lahgiiedoc... (l)j le
0) Cé passage de llarlîn du Bellay esl très-important pour la thèse
que itôus àvoné souténûé. fl montré qli’il y avait,' en 1541, dès fûrcès
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DB l’ancienne INÉANTEmE FRANÇAISE. 7
roy (lëNàvàrre en faisoit approcher d’autres de Gas-
cohgne.... » Ainsi les soldats dë la Guyenne prirent
part àü siège de Përpignan ëri 1542.
A partit- de cè moment, l’histôirë ne fait plus que
rai-'èmerit mëtitioh spèciale des soldats gascons. La
gübrl-c a disparu de la frontière des Pyrériëes, elles
gètife dë {lied dés pdVs riveraihs dë la Garohrie voiit ha-
bitüellëltient sertir en Italie ,
où leurs bandes se cëh-
foridëtit àvëc cellës de Piétnoril (1). Cependant Ld
PdtiëllKlèrë ,
ddtife le déhbmbrëinent qil’il donnfe de
l’ârlhëë tjui occüiia iketz eh 1552, leSséfîarc fcômplè-
tement des vieilles bandes de Picardie, de Chainpàgiic
et fele H'éliiont; et présente cbmme fortnânt un bàtdil-
Idh diètirict i les « Gascons ,
Armighacs ,
Baérjùes,
BètlrtiBls, LdhgÜédds, Péngoilëdins, Provençaux et
AÜvërgnàcs, fdisàtis mdhstrë dëdix à dbuzetnillëhbiii-
rà'és, duilk et hsitez à là gûërrë tant riiarihê que tër-
rëfetrë(âj! »
1 J •• •
ortfinitm jiotir la garde des frontières, et que ces forces étaient
autre chose que les légionnaires. _ , . ,
(1) Si l’on s'en rapporte è l’anecdote suivante, les gens de pied
français qui servirent en 1514 sous le comte d’Eughien, .i la Wlaitlq
dé Céi-Uolles ,
étaient en grande partie gascons, t.é marquis det
Gdàstol géhéral de l'ai’tnée ést>agiiole, dàns son Àllobntibii liti itlo-
ment de combattre, fit remarquer à son aile gauche qu’elle àlldit
avpir affaire il des Gascons, è des soldats presque espagnols, et qtie
ceux-ci une fois vaincus, on aurait bon marché du reste de l’armée
de Frfîncê. Peut-être n’est-cc lè qu’uhë gasconnadè espagnole.
(2) Voir tomei”, page 108.
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,
8 HISTOIRE
Dans les années qui s’écoulèrent entre cette expédi-
tion célèbre et le commencement des guerres civiles
l’abandon de l’Italie et la cessation complète des hos-
tilités vers les provinces méridionales eurent pour
résultat de faire congédier la plupart des soldats gas-
cons, et ce licenciement, qui devait profondément
blesser les intérêts d’une population vaniteuse et re-
muante, plus brave que réfléchie ,
plus faite pour les
aventures guerrières que pour les travaux pacifiques
ne fut pas probablement sans influence sur les rapides
progrès que firent alors les idées de Calvin dans l’an-
cienne Aquitaine.
Aussi ,
pendant toute la durée des guefres de la
Religion, ce pays fut-il le grenier des forces des ar-
mées protestantes. Dans les levées de boucliers de
1562 et 1567, les vétérans de la Guyenne coururent
en foule se ranger sous les enseignes du prince de
Condé et de l’amiral de Coligny, et formèrent de nom-
breux régiments ; tandis que le roi n’avait pour lui
dans cette partie de son royaume que quelques vieux
soldats maintenus dans le devoir et dans la foi catho-
lique par l’ascendant du valeureux Montluc.
Laissons de côté cette fraction des bandes de
Guyenne , qui n’a rien de commun avec le régiment
protestant de Navarre, et entrons dans l’histoire de
celui-ci.
Nous avons avancé (1) que la première institution
(1) Voir tome I*', page 168.
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,,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAI8B. 9
de ce corps était contemporaine de celle des régiments
de Picardie, de Piémont et de Champagne ,
et qu’elle
a dû avoir lieu à Tonnay-Charente dans les derniers
jours de mai ou les premiers Jours de juin 1569, au
moment même où les régiments que nous venons de
nommer étaient formés au camp de l’armée catholi-
que à La Rochefoucauld.
L’exactitude de cette date , qui nous semble résulter
déjà des disputes de préséance si fréquemment soute-
nues par Navarre contre les autres vieux régiments
repose aussi sur quelques faits positifs que nous allons
rapporter.
On peut ,
en effet, affirmer que la garde du roi de
Navarre n’existait point en 1568; car cette garde
eut, sans nul doute, entouré Jeanne d’Âlbret ,
quand
cette princesse dut se réfugier à La Rochelle avec son
jeune fils. Or, voici ce que nous dit La Popelinière
si soigneux des moindres détails : * La royne de Na-
varre et son fils quittent Nérac le 6 septembre 1568
avec Montamar, avec des gens de pied d’Armagnac ;
à Bergerac elle rencontre Piles avec ses trouppes de
Périgord, Quercy et Auvergne.... Elle menoit trois
régiments de Fanterie, que Gascons, que des pays
prochains; l’un de vingt-trois enseignes sous Pilles,
l’autrede dix sous le vicomte de Montamar, et celuy
du vicomte Saint-Maigrin de neuf, et huit cornettes de
cavalerie. » Aucun de ces corps n’est particulièrement
signalé comme la garde du roi de Navarre. Il n’en est
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.
10 iiistomE
point question davantage à cette éitofjué îltliiS les
diierâ historiens des guerres civiles.
D’uH autt-e côté , noüâ ne doutons point que l’ailec-
dnte suivante ,
râjlportéë par d’Alibigné, ne concerne
lei^ Gardes de Navarre. Alt combat de Sainte-Gemme
(l8 juin 1570), oü La Noüe mit en déroute une par-
tiede rarmee catholique, le jirincipal effort fut fait
par « 200 enfants perdus (1) commandés par le capi-
tahle Normand. » Au moment Où les catholiques ap-
prochaient , Norttiand dit à ses soldats : « Com jiagnons,
recoÛmandons-hom à Dieu et à Nolre-Dume-de-Prappe-
f'ort : le premier qui tirera que sa bourre n’entre ;
je
le tuefai ,
si j’en eschappe. » Or, cette invocation h
Notre-Dame de Frappe-fort, qui sëntait un peu le'
fdgot, est restée traditionnelle dans le régiment de
Nttvarre , et l’on verra en 1 7O0, à Malplaquet un ca- ,
pitaine èecommarider dans les mêmes termes à ses
hohimes de se mettre sous la prbteclion de cette sin-
güllère patronne.
Il noiis semble donc certain que i’institUtioh des
Gardes de Navarre est comprise entre ces deux dates,
septëhibre 1568 et juin 1570; et nous ne croyons
point nous tromper en là plaçant immédiatement après
la bataille de Jarnac, au moment où l’armée protes-
tante, restée sans chef par la mort du prince de Cortdé
et de M; d’Andelol, proclaiha le fils de Jéanhe d'Al-
« -
(I) Qa sait qu'on dési|pait alors ainsi des soldats d’élite qui sor-
taient des rangs, de bonne volonté, dans les occasions graves.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. il
Jii'èt, alore âgé de treize ans, chef et généralissime du
prti calvinisle.
Après là bataille de Jarnac, t ràriiiràl fit une re-
« teüede totitles scs forces près deTohnay-tliarenlc,'
« où se trouva la reine de Navarre avec le (irince son
« fils qu’ellë présenta ati gros de la cavallerie à part,
« èt puis i celui de l’infanterie ;
et là, après avoir
« {iresté uh serment notable sur son âme, honneur et
« tie, de n’àbandonner jamais la cause, en reçut un
« rétiprofjilo; èt quant et quant fut proclanrté chef avec
« tlris et exultations; les cœtirs estant meWcilleusement
« esmeus par une harangue de la reine, qui mesla
« d’une belle grâce les pleurs et les sbuspirs avec les
« résolutions ;
cette princesse ayatlt par les tressaUtS
« dii coiirage effacé lès termes des regrets. » [b'Aubi-
gtié.) C’est en cettë bccasion qlie les réformés, dans
leur enthousiasme, bht du fburliir spontanément une
garde pbur la sûreté dU jeune roi de Navarre, l’espdir
dé leur parti.
Après la bataille de Mbncotitour, les débris de l’al*-
méc protestante se rallièrent à Saintes; et les bliefs;
dé Vdyaiit plus diitoiir d’ëux dès fcrcès suffisantes polir
cdhtidiier de tenir la fcampagne, jetèrent leurs gens
dé jiiëd dàns les places, quittèrent Saintes lé 18 ocltn
bre 1569, et, suivis seulement d’urté pbigfieede gen-
tilshommes, se rèlirèrent vers les Pyrénées. Jeanne
d’Albrët alla së rcrifferrher dans La RbbHellfe avec les
riieilleürs ét les piÜS déVoués soldats, ét c’est cètte
gdfhÜbR de La Rbchéllè (|uè nous croyons pouvoir
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12 HISTOIRE
considérer comme la première souche du régiment
de Navarre.
On voit en 1570 cette garnison, sous la conduite
du brave La Noüe et du capitaine Normand, contri-
buer puissamment à la défaite des troupes catholiques
à Sainte-Gemme, et venir déposer aux pieds de la
reine, qui les reçoit au perron de l’Hôtel-de-Ville de
La Rochelle, « vingt-deux enseignes, dont les deux
» blanches de France, » qu’ils avaient enlevées aux
régiments connus depuis sous le nom de Gardes
Françaises et de Piémont. C’était un magnifique dé-
but.
Cependant, Henri et les autres chefs réformés par-
couraient les provinces voisines des Pyrénées et cher-
chaient à recomposer une armée. En passant vers le
Roussillon (fin de mai 1570) « rencontrent des ban-
« douliers qui s’offrent à eux. Ces bandouliers, ra-
« mas de débauchez, qu’Espagnols, que Gascons, qui
« flcurdelysé, qui sans oreilles, qui fouetté et stygma-
« tizé de tous costés : en une seule chose gratieux,
« qu’ils prennent aussi bien l’or sans pezer que l’ar-
« gent sans compter. Or, ces bandouliers avoyent fait
« de bons services aux premiers troubles pour les ca-
« tholiques : mesmes Pero Loubia, avec quelques en-
« seignes de ces aventuriers ,
s’estoit fait remarquer
« aux sièges de Limoux, Montpellier et autres places,
a Les protestants s’être approchez de la montagne,
« et avoir ouy parler de la prud’hommie de ces gens
« de bien, en voulurent tirer un nombre à leur party,
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DE l’ancienne infanterie française. 13
« d’autant que pour être en continuel exercice d’ar-
« mes offensives, joint le naturel des nations voisines
« qui leur donnent estre, ils sont fort propres et plus
« naturels au maniement des armes, qu’à autres exer-
« cices : mesmement fort adroits à l’harquebuze, à la
O flèche, au combat de l’espée, la cape ou la ron-
« delle. Ne fallût aller trop loin en queste : car se
« persuadans de gagner plus en un Jour à la suite du
« camp, qu’en trois mois à trancher les glaçons de
« ces froides montagnes, s’en offrit bon nombre au
« baron d’Ossun, et Dodou, chef de ces religieuses
« personnes, en mena d’une volte plus de cinq cens
« harquebuziers, qu’ils nommoyent Pétrinats (ouPe-
« dentals), comme aucuns veulent dire de la forme
a qu’ils tiennent à tirer de la harquebuze qui est
« courte et renforcée, à long ressort et larges roues
O soustenues par la culasse, en façon de pied de chè-
« vre, qu’ils appuient contre l’estomach et poitrine,
« vers l’espaule Tellement que les princes feirent
« leurs Gardes de deux compagnies de ces gens : en-
« core que presque tous fussent de religion romaine, a
(
La Popelinière. )
Le jeune chef des réformés, qui faisait sa première
campagne, remonta la vallée du Rhône, puis celle de
la Saône ,
grossissant toujours son armée, et entrant
dans la ourgogne, il vint se heurter le 27 juin près
d'Arnay-le-Duc contre une armée catholique en-
'
voyée à sa rencontre. « Tous les harquebuziers pro-
« testants étoyent montéz sur petits bidets pour mieux
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.
H HISTOIRE
O fo^irnir à si loqguelr^tjte. Leurs çolonnels étoyent }c
« capitaine Saint-^ean, puîné du comte de Montgom-
« niery’
; le jeune Jjfiqucmaut,
je capitaine I^ouvray
« et Illossonnière qui avoit la charge des Pédernal^,
« Gardes des prinçes (Henri, roi de, Navarre, et je
(< Jeune priupe fie Condé) L’infanterie ayant mjs
(( pied à terre, estoit divjsée en deux, dont la plus
O grande partie sous le régiment du capitaine Sainf-
p Jean, qui gardoit l’estang, regardant la bataille des
€ catholiques. Çt plus bas estoit Mossonnjère qui avoit
« charge des Pédernaîs et quelques îfutres harquebq-
« ziers. » Ajnsi, il n’y a pas à en dqpter, voici un pou-
vel élément de ja Garde du roi de Navarre. Ce prince
ayant laissé ses vieux hpguenots auprès de sa mère à
La Rochelle, s’étajt recomposé une Garde avec ce qui
tombé sous la main (1).
lui était
bc combat d’Arnay-le-Duc amena un traité de pa-
(1) Henri IV, qui, à ses éminentes qualités de général et de roi
était loin de joindre la scrupuleuse candeur dont s’est plu h l’orner
Pérélixe, son excellent mais naïf historien, Henri IV, dont la morale
politique et religieuse est résumée dans ce singulier acte de foi ;
« Paris vaut bien une messe, » ne regarda jauiais de trop près dans la
conscience des hommes qu’il faisait concourir <i l’exécution de ses
desseins. Huguenots fanatiques, catholiques mécontents, bandouUers,
tout lui était bon ,
pourvu qu'ils fussent braves et qu’ils le ser-
vissent.
Devenu roi de France, et dans ses dernières luttes contre la Ligue,
il accepta le concours de Jean-Charles, fameux chef de bohémiens
qui lui amena les lOf) plus redoutés cpquips de toute l'Europf
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. i5
cification , hientOt siiivi du iparjage de penri dp lÿay^rrc
avec Marguerite fie Valois, sœur de Charles |X. h-ps
soldats de l’arpipe çajvipiste, et pptepuneut les couj^
pagnies qui qyaiept servi de (^ardc aux chefs (|e^
r®ffir~
ipés, p’ayant plu? d’ojccupatipn, et lepr ppépence pn
Prancp, pendaptquç Jeanpe d’Albret et sorj fjjsétaiept
au Louvre, pouvant paême èfre dangereuse pqp jps mé-
fiances qu’ils inspireraient, allèrent mettre leprsépéps
au servipe de la Hpllande, où s’était ap$ai mndp La
Noue avec pne partie des soldats huguenots dp (^4 po-
chellp. Mais pendant qp’ils faisaient. adRjirep lepr va-
leur au siège de Mons qui eut lieq en }572, Iq cpqr
de France répondait à la cpnfiapce des calvinistes pqr
le massacre de la Saint-Barthplemy. Peu de terap^aprps
cette horrible exécution, on alla mettre le siège deyapt
La Rochelle révoltée. Hepri de Ppurhpn, prisqppier
de son beau-frère, fut contraipt de prendre part ^ la
guerre entreprise contre ses coréligipnnaireç pf dpt
rappeler des Pays-Bas ses anciens parles, qpj, ainsi
que nous l’a dit La Popelinière, étaient en parfie de
religion romaine. Us s’embarquèrept sur la flope du
roi, qui battit, en chemin, celle que le eprate deMpqt-
gpmmery conduisait au secours de La Rochelle, et ar-
rivèrent au commencement de 573 devant cette ville
f
qui comptait de nouveau La Noüe et Normand parmi
ses défenseurs (t).
(I) On connaît ce trait d’un soldat calviniste, nommé Barbot, qui,
renfermé seul dans un moulin placé près des murs de La Rochelle,
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i6 ËISTOIRE
La Popelinière, d’Âubigné, Brantôme et une rela-
tion contemporaine du siège de La Rochelle, sont
d’accord pour affirmer que les soldats venus des Pays-
Bas formaient la Garde du roi de Navarre. En parlant
de l’assaut livré à la place le 12 juin, Brantôme s’ex-
prime ainsi : « Le roi de Navarre, qui ne venoit que
« de frais dresser sa Garde ,
pria Monsieur (
le duc
« d’Anjou) qu’il fistla première pointe; qui la fit très
« bien, et là fit beau voir, à tous leurs beaux mandils
« neufs de velours jaune, avec du passement d’argent
« et noir. Entr’autres premiers fut un La Flesche
« d’Anjou, un La Cassagne
un La Tour, Gascons,
et
* qui ne venoient que de frais du siège de Mons
« d’avec monsieur de La Noüe. très braves et re-
« nommez soldats. »
La Popelinière cite les Gardes de Navarre à l’assaut
du 26 mai et donne à ce corps pour mestre de camp
M. de Pauliac.
Enfin, la relation du siège de La Rochelle nous
fournit ce renseignement « Le 26 mai, le sieur du
:
« Guast,qui étoiten garde avec son régiment, demanda
« la pointe de l’assaut : ses enseignes y marchèrent
« résolûment suivies de bon nombre de soldats qui
soutint un siège en règle contre une partie de l'armée royale, et par-
vint, par sa prodigieuse activité, et par les inflexions qu'il donnait h
sa voix, è faire croire à l’existence d’une garnison respectable, et è
obtenir une capitulation honorable. Ce soldat était de la compagnie
du capitaine Normand, qui du haut du rempart l’excitait k se bien
défendre.
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DE l’ancienne infanterie'française. 17
« furent repoussés. Le capitaine Goas, ordonné pour
« la recharge, se présenta bravement et fit abandon-
« ner la brèche aux assiégés qui se retirèrent ensuite
« dans les retranchements. I^e sieur de Pouliac, qui
« menoit les Gascons, donna le second rafraîchisse-
« ment, mais les Rochelois jetèrent si grande quan-
« lité de feux artificiels, grenades, cercles et autres
€ telles matières, que le capitaine Goas mort et le ca-
« pitaine Pouliac blessé et le colonne! du Guast, ces
« trois régiments se retirèrent. ... Le sieur de Pouliac,
« mestre de camp, mourut le 4 juin. »
A l’assaut du 12 juin, « on leur avoit commandé
« que, quand ils seroient montéz sur le rempart, qu’ils
« advisassent bien la contenance de l’ennemy et fis-
« sent signe s’il y faisoit bon, ce qu’ils firent bien :
« mais au lieu d’attendre que quatre ou cinq cents
« montassent, comme les uns et les autres ils
y alloient
« tant qu’ils pouvoient, et ne leur en donnèrent le
« loisir, et se mirent tous à cryer : Dedans, dedans,
c ils sont à nous; et donnèrent si grande allarme que
« l’ennemi s’esveille, s’asseure, prend les armes, com-
a mence à tirer à ceux des nostres qui estoient mon-
« téz,qui prirent l’espouvante de telle façon, que nous
« les vismes tomber avec si grande confusion et peur
« sur nous, qui estions prêts à monter, et à deux es-
« chellons, qu’ils nous renversèrent par terre, et cui-
« dûmes estre crevez. » {Brantôme.)
Lorsque la paix fut faite avec les Rochelais ,
les
Gardes de Navarre continuèrent de servir dans l’ar-
EIST. DE L'ANC. infanterie FRANÇAISE. T. lit. 2
18 HtSTOIRB
mée royale, et, en 1575, ils faisaient partie des trou-
pes envoyées avec M. de Guise contre Thoré, fils du
connétable de Montmorency ,
qui était à la tête des
mécontents et de quelques troupes allemandes. Henri
de Navarre était toujours retenu prisonnier à la cour
de France ;
mais il s’agissait de combattre le parti
des politiques. « Le roi de Navarre, dit d’Aubigné, y
« envoya sa maison et ses Gardes, et sur tous ceux
« qui sentoient le fagot et qui travailloient à sa li-
« berté. » Le rusé Béarnais, en mettant ainsi, de bonne
grâce, ses soldats au service de Catherine de Médicis
et de Henri IH, écartait tout soupçon contre lui et cou-
vrait fort adroitement les projets de fuite qu’il médi-
tait. Dans cette courte campagne, les Gardes de Na-
varre surprirent la ville de Réchicourt et son château,
où ils entrèrent pêle-mêle avec la garnison, et se dis-
tinguèrent au combat de Dormans.
Au commencement de 1576, le roi de Navarre par-
vient à s’échapper avec Fervaques, Lavardin et autres
au milieu d’une partie de chasse et se sauve à Sau-
mur, où il est rejoint au mois de mars 1576 par tous
ses partisans de Gascogne, Angoumois et Saintonge.
Voici ce que nous apprend d’Aubigné au sujet de cette
fuite : « La roine, soupçonnant le vigoureux esprit et
« le corps laborieux de son gendre, le détenoit par les
« gardes qu’on lui avoit donnés, qui estoient soldats
« choisis, passionnez katholiques, et qui, la plus part,
« avoient exécuté au massacre... tous affidez à la dé-
« tention de ce prince ;
duquel la courtoisie et agréa-
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,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 19
« ble conversation /it de ses geôliers ses Gardes et
« (pour la plus part) exécuteurs de ses volontés. »
Nous rencontrons donc ici un troisième élément des
Gardes de Navarre, et ce fut dans cette afmée 1576 ,
au moment où se préparait la prise d’armes, connue
sous le nom de guerre des amoUrcux, que dut avoir
lieu la fusion des divers corps, qui avaient successive-
ment servi près de la personne du Béarnais ,
en un
seul régiment, dont le commandement fut donné à
Jean de Beaumanoir, marquis de Lavardin, et qui
porta indifféremment, dans l’armée protestante, le ti-
tre de Gardes ou de régiment-colonel.'
Ainsi, en résumé, ce corps fut composé : d’abord
des débris de ces vieux huguenots de Jarnac et de
Tonnay-Charente ,
« la vieille semence du roy de Na-
«varre, » qui s’étaient renfermés dans La Rochelle
avec Jeanne d’Âlbret et La Noue ;
puis des restes de
ces Pédernals des Pyrénées ,
soldats licenciés des
guerres d’Italie, qui, faute de mieux, et par manière
de passe-temps, détroussaient les voyageurs dans les
gorges du Roussillon : catholiques la plupart, mais
catholiques philosophes, ils s’étaient attachés à la for-
tune du chef du parti calviniste ,
parce que ce chef
était jeune, était brave, que sa foi religieuse était lé-
gère, et que l’avenir et la fortune étaient devant lui.
Ils s’étaient battus pour lui à Arnay-le-Duc contre les
catholiques; ils s’étaient battus avec lui sous les murs
de La Rochelle contre les protestants ;
ils s’étaient bat-
tus à Dormans par son ordre contre les politiques, et
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20 HISTOIRE
ils étaient prêts à combattre tout ce qui voudrait s’op-
poser à la fortune du futur roi de France. Enfin, au>
huguenots ^et aux Pédernals étaient venus s’ajoutei
quelques officiers et soldats royaux, fascinés par It
charme de la personne du Béarnais, et auxquels ce-
lui-ci était peut-être parvenu à faire comprendre que
l’efféminé Henri 111 allait être le dernier des Valois,
et qu’après Henri 111, les vrais Français devaient aider
Henri de Bourbon à défendre sa couronne contre
l’ambition des princes lorrains.
Un prétexte ramena la guerre en 1377. Henri III
avait accusé sa sœur Marguerite d’avoir un commerce
scandaleux avec le vicomte de Turenne. Les accusés
protestèrent de leur innocence, et le Béarnais, fei-
gnant un grand ressentiment de l’outrage fait à l’hon-
neur de sa femme, prit aussitôt les armes. Henri HI
lui envoya des ambassadeurs pour le calmer. «Ils le
« trouvèrent en campagne avec 2,500 harquebuziers
« sous les régimens de ses Gardes, où commandoit La-
« verdin comme collonel de l’infanterie, de Saint-Ma-
€ grin et de La Roque-Besnac. » [D’Aubigné.) Cette
levée de boucliers donna lieu au siège de Marraande
et à l’entreprise de Saint-Macary, où les Gardes furent
assez maltraités. On fit ensuite le siège de Villefranche
en Périgord; le régiment y donna l’assaut, et y perdit
Le Camus, son premier capitaine.
D’Âubigné nous raconte ensuite que le régiment-
colonel du comte de Lavardin prit ses quartiers àVille-
neuve-d’Agen ;
que lui, d’Aubigné, y eut une dispute
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 21
avec Lavardin, et que celui-ci, appelé en duel, vou-
lut le faire assassiner. « Il descouvrit dix-huict kalho-
« liques des Gardes, qui aïans laissé le mendil jaune,
« s’estoient venus cacher en une petite maison à pro-
« pos pour faire le holà. » Ainsi, c’est bien toujours
le meme corps et la même livrée.
A la paix, le régiment se rendit d’Agén à Lectoure,
et Lavardin, ayant quitté, en lo78, le service du roi
de Navarre corps fut réduit à une seule compa-
(1), le
gnie. Celle-ci accompagna Henri au pays de Foix dans
les chasses à l’ours qu’il entreprit pour s’entretenir
la main, et peut-être aussi pour s’éloigner de la reine
Marguerite, dont la conduite lui donnait peu de satis-
faction. L’histoire nous apprend que dans une de ces
chasses, un ours blessé culbuta dans un précipice onze
Gardes de Navarre.
Henri recommença la guerre en 1579, après avoir
ajouté une seconde compagnie à ses Gardes. L’atta-
que de Gahors eut lieu le 5 mai 1580. « Henri, dit
« d’Aubigné, fit son ordre ainsi il donna aux pétar-
:
« diers (2) six soldats de ses Gardes bien choisis ; à
« trente pas d’eux marchoit le baron de Salignac, ac-
« compagné de Saint-Martin (3), capitaine de ses nou-
« telles Gardes, et de dix-huit bons hommes'; Roque-
«laure, commandant une troupe gaillarde (la plus
(1) LaTardin fut fait maréchal de France en 1595.
(2) Cahors est la première ville où l’on soit entré en brisant leg
portes avec le pétard.
(3) Charles Leclerc de Saint-Martin. Il fut tué à la prise de Cahoit.
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22 HISTOIRE
« part de la maison du roi), soustcnoit Salignac.»
Le récit de Sully, plus développé, confirme tout ce
que dit d’Aubigné relativement aux Gardes. « Il fai-
« soit un fort grand chaud et un tonnerre violent,
« mais sans pluie. Deux pétardiei’s, secondés de dix
« soldats des plus déterminés des Gardes du prince,
« marchèrent avant nous, comme devant nous ouvrir
« un passage dans la ville. Ils étoient suivis de près
« par vingt autres fantassins et trente cavaliers, aussi
« des Gardes du roi, conduits par Saint-Martin, leur
« capitaine ;
quarante gentils hommes, commandés
« par Roquelaure, et soixante soldats de la Garde,
« composèrent un autre corps et marchèrent cn-
« suite. Le roi de Navarre, à la tête de 200 hom-
« mes, partagés en quatre bandes, venoit après nous.
« Le reste de sa petite armée, qui composoit un
« gros de mille à douze cents arquebusiers en six
« pelotons, ferinoit la marche. 11 y avoit trois portes
« à forcer, qu’on se hâta de renverser avec le pétard,
« après lequel on employoit la hache : les ouver-
« tures étoient si étroites, que les premiers ne purent
« pénétrer qu’en rampant sur le ventre. Au bruit du
« pétard, les assiégés prennent les armes... Il fallut
« essuyer un choc qui fut terrible. Arrivés à la place,
« nous trouvâmes des barricades qu’il fallut renver-
a ser. Le roi y rompit deux pertuisanes, et ses armes
« y furent marquées de plusieurs coups de feu et de
« main... 11 se passa cinq jours et cinq nuits tou-
« Jours combattant. Tout le monde étoit découragé.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 23
« Henri seul étoit ferme, et disoit : Il est dit là-haut
« ce qui doit être fait de moi en cette occasion. Sou-
« venez-vous que ma retraite hors de cette ville sera
« la retraite de ma vie hors de ce corps. 11 y va trop
« de mon honneur d’en user autrement : ainsi qu’on
« ne me parle plus que de combattre, de vaincre ou
« de moürir. »
Après des prodiges de valeur, le roi de Navarre,
couvert de blessures et de gloire, emporta, à la tête
de ses Gardes, les dernières barricades, et arracha aux
assiégés leurs dernières armes. Après ce brillant ex-
ploit, il passa en Guyenne, où il lutta héroïquement
avec des forces inférieures contre Mayenne.
Ayant appris que le maréchal de Biron était aux
environs de Tonneins, il résolut de l’aller attaquer.
« Il marcha avec 300 bons chevaux et rien que
« ses deux gardes, qui faisoient soixante arquebusiers.
« II alla dresser son embuscade à la garenne de Ton-
« neins, où aïant logé ses gardes... il passa outre avec
« sa cavalerie... Divetière commandoit la nouvelle
« garde; La Porte commandoit Z’aHc/enne et se distin-
« gua fort en cette affaire, où avec trente soldats des
« meilleurs de la France, il attendit à bout touchant
« les coureurs ennemis. »
On voit par ce qui précède que la garde du roi de
Navarre à cette époque ne formait plus un régiment,
mais qu’elle se composait seulement de deux com-
pagnies séparées, distinctes, une vieille et une nou-
velle, et que chacune de ces compagnies devait être
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24 HISTOIRE
d’environ 100 hommes, 70 piquiers et 30 arquebu-
siers.
En 1583, on trouve les deux Gardes du roi de Na-
varre à Nérac, où se tenait sa cour. La guerre reprit
en 1 587, et la célèbre bataille de Coutras fut livrée
le 20 octobre de cette année.
« Avant qu’entrer au combat, le roi de Navarre et
« ceux de la Religion s’estant prosternés en terre pour
« prier Dieu, le duc de Joyeuse les regardant comme
« gens qui paroissoient jà tout humiliés et abbattus,
« dit à Monsieur de Lavardin : Ils sont à nous; voyez-
« vous pas comme ils sont à demy battus et défaits : à
« veoir leur contenance, ce sont gens qui tremblent.
« — Ne le prenez pas là, luy respondit monsieur de
« Lavardin, je les connois mieux que vous; ils font
« bien les doux et chattemittes; mais que se vienne à
« la charge vous les trouverez diables et lions, et vous
« souvenez que je vous l’ay dit. »
Le choc des catholique fut impétueux « Dans le :
<( premier désordre du combat, les capitaines tenans
« la bataille pour perdue s’écrièrent : Il faut aller
« mourir dans le bataillon. Aussitôt entrepris que dit,
« ils vont faire beau feu dans le bout des picques ;
« jettèrent l’harquebuze à la main gauche et l’espée
« au poing battent sur le bois. Quelques-uns erapoi-
« gnant les picques de ceux qui estoient par terre, en-
« trent et se précipitent dans leurs ennemis, les per-
te cent et mettent en désordre ce bataillon. » Cette
audacieuse prouesse fut exécutée par les mousquetai-
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DE L’ANCtENNE INFANTEEIE FRANÇAISE. 25
res des régiments protestants dont les piquiers étaient
entremêlés avec la cavalerie. D’Âubigné ne nomme
point les Gardes de Navarre à la bataille de Contras,
mais ils y étaient indubitablement; il cite, d’ailleurs,
parmi les plus intrépides, le régiment de Valirault,
avec lequel les Gardes furent incorporés peu de temps
après.
Il résulte évidemment de plusieurs passages de
d’Aubigné et autres contemporains qu’à la fin du
XVI' siècle, la plupart des arquebusiers de l’infanterie
étaient montés. Voici ce qu’il dit sur la bataille de
Coutras : « Plusieurs ont trouvé et descrit le gain de
« cette bataille comme miraculeux; je n’en juge pas
« ainsi ,
pour ce que du parti des catholiques, il n’y
« avoit qu’environ 5,000 hommes de pied, à la vérité
« mieux couverts ; les autres n’estoient que 500 moins,
« et en récompense de ce, que c’estoyent presque tous
« harquebusiers à cheval, et par conséquent escoupc-
« taires; aussi estoit-ce la fleur de huict régimens, en-
« tre lesquels il
y avoit quantité de capitaines et ofti-
H ciers. . . »
Les Gardes de Navarre étaient particulièrement
dans ce cas, et cette circonstance n’a pas peu servi à
embrouiller leur histoire ;
car il est difficile de suivre
une troupe que les chroniques présentent tantôt à
pied, tantôt à cheval.
En 1588, l’armée calviniste guerroya en Poitou,
Saintonge et Aunis. Après le combat des Herbiers,
Henri poursuit les catholiques dans la direction de
26 HISTOIRE
Nantes. « Les deux gardes du roi de Navaire ayant
€ mis pied à terre, le combat s’échauffe et le régiment
« (le Jarzé est entièrement défait. » Huit drapeaux et
400 prisonniers restèrent entre les mains des Gardes.
On fit ensuite le siège de Beauvoir-sur-Mer : les Gardes
y étaient avec leurs mandils jaunes. « Pendant que le
« duc de Nevers assiégeoit Montaigu, le roi de Navarre
« qui étoit à La Rochelle, envoya par mer au secours du
« château de la Garnache menacé, deux compagnies de
«ses Gardes, sous la conduite des capitaines d’Âubi-
« gny(l) etLa Robinière. La Garnache fut assiégée au
« mois de décembre et se rendit en janvier 1389. »
Cependant Henri III
,
qui depuis l’assassinat du
duc de Guise, était serré de près par la Ligue, s’était
jeté dans Tours, et appelait à son secours le roi de Na-
varre. Celui-ci passe au mois d’avril la Loire à Saumur
et se rapproche de Tours. L’entrevue des deux rois
eut lieu le 30 au château de Plessis-lès-Tours. « Le
« Béarnois s'y rendit avec ses gardes, que conduisoit
« le capitaine Bertrand de Vignolles (2). Tous avoient
« Técharpe blanche. Le roi seul portoit un manteau
« d’escarlate. Vestu d’ailleurs en soldat, le pourpoint
(1) C’est le fameux Théodore-Agrippa d’Aubigué.
(2) Bertrand de Vignolles est déjà désigné comme capitaine des
Gardes en 1388. 11 semblerait donc qu'il y avait cette année plus de
deux compagnies. Un document cité par Daniel indique, en effet,
que cette garde comptait alors quatre compagnies. Nous avons
adopté cette donnée, et nous avons compté Vignolles parmi les mes-
tres de camp du régiment.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 27
« tout usé sur les espaules et aux costés de porter la
« cuirasse ;
le hault de chausses de \elours feuille-
« morte (1), le chapeau gris avec un grand pennache
« blanc, où il
y avoit une très belle médaille. »
Ce fut le 8 mai 1589 que le duc de Mayenne atta-
qua Henri III dans Tours. Grillon, avec les Gardes
Françaises, n’avait pu tenir dans le faubourg Sainl-
Symphorien. Il n’avait eu que le temps de fermer la
porte du faubourg à l’extrémité du pont. Les ligueui-s,
couronnant les hauteurs de leur canon et de leurs
mousquetaires, couvraient le pont de feux, et personne
n’osait s’aventurer à le traverser pour aller défendre
cette porte, dernière ressource de Henri HI, quand, à
sept heures du soir, l’infanterie protestante arriva.
« La lune estoit belle et claire, les sentinelles du duc
« de Mayenne voyoient que les sentinelles qui estoient
« dans les isles avoient des écharpes blanches; ils
«jugèrent incontinent que les troupes du roy de Na-
« varre estoient arrivées... » Lorsqu’ils aperçurent les
réformés, les soldats de la Ligue, oubliant leur haine
religieuse pour ne se souvenir que du meurtrier des
Guise, leur criaient :« Braves huguenots, gensd’hon-
« neur, ce n’est pas à vous à qui nous en voulons ;
« c’est à ce perfide, à ce coyon, qui vous a tant de fois
(1) Cette couleur feuille-morte était celle des drapeaux d’ordon-
nance de Navarre. Ces drapeaux, ainsi que le drapeau-colonel, por-
taient les amoes de Navarre en or au centre de la croix, et sur chaque
branche trois fleurs de lys et une couronne royale, également en or.
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28 HISTOinE
«trahis, et qui vous trahira encore... » {D’Aubigné,
Chronologie novennaire.)
Après la retraite de Mayenne, les deux rois, ayant
juré de n’eraploycr leurs forces réunies que contre la
Ligue, leur ennemi commun, prirent la route de Pa-
ris. Le roi de Navarre établit son quartier à Meudon,
bloquant les faubourgs Saint-Germain et Saint-Jac-
ques. Quelques joui-s après, le 2 août, le Béar-
nais était reconnu par la majeure partie de l’ar-
mée comme. le successeur légitime de Henri III assas-
siné.
C’est dans cette circonstance que Henri IV, faisant
passer les intérêts de sa politique avant ses affections
personnelles, et, pour ne point éveiller la susceptibi-
lité des Gardes Françaises qui se dévouaient complè-
tement à son service, éloigna de lui ses fidèles char-
bonniers (1) et les incorpora, un des
le 2 août, avec
plus braves régiments protestants, que commandait le
mestre de camp François de Valirault. Le nouveau
corps, composé de dix compagnies, fut mis en garni-
son à Clermont, Creil et Gisors, au moment où le roi
passa en Normandie.
Valirault eut, dit-on, la promesse que son régi-
ment serait constitué plus tard, quand le calme serait
rendu au pays, en second régiment des Gardes ;
mais
cette promesse , comme bien d’autres dont Henri IV
(1) U'après Daniel, on donnait ce nom aux Gardes de Navarre,
parce qu'ils étaient vêtus à la mode de leur pays, eu drap brun.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 29
n’était pas avare, ne fut point tenue. Le corps porta
le nom de son meslre de camp tant que celui-ci vécut,
et le 22 mars 1594 il prit le litre de Navarre en sou-
venir de son origine et des montagnes qui avaient vu
naître Henri IV. Il fut en même temps mis sur 1e
même pied que les autres vieux corps.
D’après lesMémoires du duc d’Angoulême, Yali-
rault était en 1589 au combat d’ Arques. Il aurait
alors momentanément quitté les villes dont on lui
avait confié la garde. On le voit en 1591 au siège de
Chartres, où il dispute le pas au régiment de Picar-
die. Henri eut besoin de toute son énergie pour ter-
miner celte contestation. La même année il est au
siège de Rouen, et il suit le roi dans toutes ses expé-
ditions aventureuses.
En
1594, après la mort de Valirault, le régiment
fotdonné au baron de Boësse de Pardaillan, qui y in-
corpora un régiment de son nom qu’il possédait. Peu
de temps après, Navarre accompagna Henri IV à son
entrée solennelle dans Paris. 11 comptait alors dix-
huit compagnies. Il marcha cette même année au se-
cours de La Capelle, assiégée par les Espagnols, et en-
suite au siège de Laon, où il débuta en délogeant
l’ennemi d’un bois qu’il occupait dans les environs.
Il se signala le 17 juin à l’attaque de l’escorte que
Mansfeld, gouverneur de Laon, envoyait au-de-
vant d’un convoi de vivres. Il fut dans ce com-
bat charge d’attaquer le corps de bataille qui, après
la déroute des deux ailes, s’était retranché derrière
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30 HISTOIRE
des chariots ,
lui fit éprouver de grandes
et qui
pertes. Le lieutenant-colonel de Favolles y reçut
de si graves blessures qu’il en mourut peu de jours
après.
Navarre monta plusieurs tranchées au siège de
Laon : il
y déploya dans toutes les occasions une va-
leur décidée. Le capitaine La Bourdinière y fut tué.
En 1595, le régiment passe en Bourgogne avec le
maréchal de Biron. 11 fait le siège des châteaux de
Beaumont et de Dijon ,
au com-
et assiste le 5 juin
bat de Fontaine-Française. Revenu en Picardie à la
fin de cette année, il est appelé au mois de novembre
au blocus de La Fèrc, et chargé de la construction de
deux forts, au moyen desquels on devait empêcher
tout secours d’entrer dans la place. Le régiment y
passe l’hiver et prend une part active au siège de cette
ville, qui se fit au printemps de 1596.
En 597, Navarre marcha sous les ordres de Biron
1
à l’attaque d’Arras qui ne réussit point faute d’un
,
pétard dont l’effet manqua. Dans cette occasion le
régiment resta bravement, mais inutilement, sur la
contrescarpe exposé aux feux de la place. 11 joignit
ensuite le roi au siège d’Amiens : « 11
y fut employé
« aux plus dures besongnes du siège et redouté par
« ceux du dedans, qui se retenoyent de sortir le jour
« qu’ils le savoyent en garde, pour avoir esté reçeus
« par ces Gascons deux ou trois fois fort rudement. Ils
« les appeloyent Luleranos, parce que c’estoit la vieille
« semence du Roi de Navarre, bien qu’il y eust plu-
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 31
€ sieurs Katholiques parmi eux. » Le lieutenant-colo-
nel Jean-Robert de La Limaille fut tué à ce siège.
L’année suivante, Navarre suit le roi à Nantes, et il
part de là pour aller prendre ses quartiers dans les
places frontières de la Flandre.
Il fit partie en 1600 de l’expédition de Savoie, et
contribua puissamment à la prise de Bourg-en-Bresse,
dont le gouvernement fut donné au mestre de camp
de Pardaillan, et où le régiment resta en garnison
pendant tout le reste du règne de Henri IV. Un déta-
chement du corps fit partie en 1610 de l’expédition
de Juliers, et Navarre quitta enfin Bourg en 1611,
après l’avoir démantelé, pour se rendre dans la Pi-
cardie.
En 1615, les troubles prenant de la gravité, Na-
varre se dirige sur le Bec-Choisy, rendez-vous des
troupes que devait commander le maréchal de Bois-
Dauphin contre les princes mécontents. Sept compa-
gnies surprises en marche par le duc de Mayenne
sont taillées en pièces au passage du pont d’Hermes, à
trois lieues de Beauvais. A la fin de cette campagne,
qui n’offrit rien de bien remarquable ,
le régiment
fut envoyé en Touraine pour s’assurer de l’Isle-Bou-
chard et de Chinon. Ces places ne firent aucune ré-
sistance, et le marquis de Bassompierre, qui comman-
dait l’expédition, laissa dans chacune d’elles deux
compagnies de Navarre.
En janvier 1616, le régiment joint l’armée du duc
de Guise en Guyenne. Cette armée passe en Champa-
.
32 HISTOIRE
gne en 1617 et prend les places de Réchicourt, Ro-
soy, Chàteau-Porcien, Laon et Rhétel (1).
En 1620, la reine-mère, Marie de Médicis, suscite
de nouveaux troubles. Navarre se rendait à l’armée
du roi en Normandie, quand, en passant par Paris,
son lieutenant-colonel, M. de Geoffre, propose à Ras-
sompierre de s’emparer de Vendôme et de son château.
Quatre cents hommes du corps partent immédiate-
ment et s’en rendent maîtres sans coup férir. Cette
expédition fut cause que Navarre ne put arriver à
temps pour coopérer à l’affaire des Ponts de Cé le
7 août. Après l’accommodement qui suivit ce combat,
le régiment accompagna Louis XIII dans son voyage
de Béarn.
Il fit avec Picardie et Champagne tous les sièges de
1621. Il était à Saint-Jean-d’Angély, àNérac, à Clé-
rac, àMontauban et à Monheurt. Le capitaine Bois-
Verdun fut tué à l’attaque du faubourg Taillebourg
de Saint-Jean-d’Angély. A la fin de cette campagne il
(I) Lemestre de camp Pardaillan quitta cette année le comman-
dement du régiment. 11 obtint un brevet de maréchal de camp le
22 mars 1619, et périt assassiné en octobre 1621. » C’étoit un brave
« gentilhomme, mais cruel, qui avoit fait plusieurs duels, au pre-
« mier desquels n’ayant pas voulu tuer celui contre qui il se battoit,
« et ayant été depuis contraint de remettre l’épée il la main contre
K lui, pour la même querelle, il prit la résolution de ne jamais don-
« ner la vie à son ennemi, ce qu’il observa avec grande inhuma-
« nité. » (
Mémoires de Hichelieu.) Il s'était battu vingt-deux fois en
duel. Son successeur, le marquis de Thémines, fut fait maréchal de
camp en 1621, et périt au siège de Moutauban la même année.
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,
D8 l’aNCIENNB INFANTBRIB FRANÇAISE. 33
fut envoyé en quartiers d’hiver à Saumur. Il en sortit
en 1622 pour joindre à Nantes l’expédition que le
roi voulait conduire contre M. de Soubise, dans l’île
de Rièz entre les Sables-d’Olonne et Saint-Gilles.
Trois compagnies restèrent à Saumur pour achever la
démolition des fortifications de cette ville. Les autres
se couvrirent de gloire à la célèbre entreprise de
l’île de Rièz. Dès l’arrivée de l’armée sur les lieux
Navarre se loge dans les retranchements du Pont-
d’Arou, près de la Croix-de-Rièz, pour empêcher l’en-
nemi d’en Le lendemain, partagé en trois ba-
sortir.
taillons, il le bourg avec la plus grande
emporte
valeur. Dans où les troupes traversèrent
cette affaire ,
pendant la nuit un lai^e bras de mer avec de l’eau
jusqu’aux épaules et forcèrent Soubise à évacuer un
,
poste où il se croyait inattaquable, Navarre fut cons-
tamment au premier rang avec les Gardes Françaises.
Il s’en fut de là au siège de Royan. A la quatrième
garde qu’il y monta, il eut ordre d’attaquer la pointe
du bastion de Soubise. Le sergent Lafontaine, détaché
à cet effet avec quatorze hommes et soutenu par sa
compagnie , s’élança avec tant de courage sur le pa-
rapet, qu’il en chassa l’ennemi et s’en rendit maître.
Le régiment fit ensuite le siège de Sainte-Foy, ce-
lui de Négrepelisse où , fut tué le capitaine d’Esguilly,
et celui de Saint-Antonin ,
où son mestre-de-camp, le
comte de Frontenac-Palluau fut mortellement atteint
de deux coups de mousquet. 5 C’éloit ,
dit Bassora-
a pierre, un brave jeune homme et qui avoit bien le
BIST. DE l'ANC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 3
34 HISTOIRE
« cœur au métier. » Navarre passa ensuite dans le
Languedoc : il contribua à la prise de Bédarieux et
de quelques autres petites places. Âu mois d’août il
se trouvait devant Montpellier où il servit avec les
Gardes F rnnçaiscs. 11 eut dans ce siège de nombreuses
occasions de signaler sa bravoure. A la sortie du
1 1 septembre ,
600 hommes ,
conduits par le lieute-
nant-colonel de Geolfre ,
le sergent-major Gampis et
les capitaines Porclieux et Descharups ,
chargent vi-
goureusement les assiégés qui venaient de ruiner les
travaux et les forcent à rentrer en désordre dans l’ou-
vrage à cornes. Gampis et Porcheux furent blessés
dans cette occasion. Deschainps, qui se laissa trop
emporter par son ardeur, reçut quatre coups d’épée
et fut fait prisonnier. Le 1.3 septembre, Navarre con-
tribue à la prise de l’ouvrage à cornes. Le 2 octobre,
on attaque un ravelin défendu par deux batteries de
la ville. Malgré le mauvais succès des mines qui étaient
contre-minées, le régiment s’élance sur le parapet et
y engage un combat qui dure quatre heures, coûte
la vie à beaucoup de braves gens et n’amène aucun
ré[Link] capitaines Le Féron, du Bordet, d’Hé-
rans et Frenelles y perdent la vie; les deux première
avaient été frappés par la même balle de mousquet.
Peu après, les habitants de Montpellier firent leur
paix avec le roi ,
et le régiment resta en repos Jusqu’en
1627. Gette année il se rendit à Marans à l’assemblée
de l’armée qui de«ait faire le siège de La Ro-
chelle.
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DK l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 35
Navarre arriva devant cette ville le 10 août et dé-
tacha bientôt 800 hommes à l’ile d'Oléron, où ils
s’embarquèrent avec le maréchal de Sçhomberg pour
la glorieuse expédition dont le résultat fut l'expulsion
des Anglais del'île de Ré.
En 1029 ,
Navarre fait partie de l’armée de Savoie
et se trouve à l’attaque des barricades du Pas-de-Suze.
Suivant Bassompierre il ne fit pas très-bien ce jour-
là. A la paix qui fut conclue aussitôt après, le roi, se
inéfiant du duc de Savoie, laissa, avant de rentrer en
France, quelques régiments campés devant Suze,
Navarre en était (1). Dès l’année suivante il fallut de
nouveau recourir aux armes. Le régiment passa en
Piémont, avec le duc de Montmorency, et se trouva,
le 23 juillet, à la prise du château de Saluces ,
où
furent tués les capitaines Chaunay et Dubreuil et le
lieutenant Desmarets, et le 6 août à l’attaque des re-
tranchements du pont de Carignan. Dans cette occa-
sion ,
« le mestre de camp Saint-Simon ne put pas
« souffrir que Picardie entrât avant lui dans la place et
« s’y glissa seul par un trou où l’on eût eu peine à
« passer sans armes (2). » La paix se fit la même an-
née et le régiment revint en France.
En 1031 ,
douze compagnies allèrent relever à
(1) I.c marquis de TaT,innes qui le commandait alors fut fait ma-
réchal de camp, le 24 décembre 1629.
(2) Ce Saint-Simon, qu’il ne faut pas confondre avec le favori de
Louis Xlll, fut fait lieulenant-géiiériil en 1042.
36 HISTOIRE
Compïègne les compagnies des Gardes Françaises qui
gardaient la reine-mère. L’année suivante ,
Navarre
se rendit en Languedoc ,
où le duc d’Orléans et le duc
de Montmorency avaient levé l’étendard de la révolte.
Un horrible accident arriva le 1 7 octobre au pas-
sage du pont de Cabouzas, près de Carcassonne. Il
avait fait un si violent orage que des arbres déracinés,
emportés par le torrent, vinrent frapper une pile du
pont et la rompirent au moment même où le régi-
ment le franchissait. Une soixantaine d’hommes péri-
rent. Après la bataille de Castelnaudary, Navarre
suivit le roi à Toulouse. Au mois de mai de cette
même année 1632 ,
cinq compagnies s’étaient rendues
à Calais. Elles firent partie de l’armée de Picardie et
hivernèrent en Champagne.
En 1633, le régiment entier fut employé en Lor-
raine, et prit part à toutes les expéditions qui amenè-
rent la soumission de ce duché. Au siège de Nancy, il
avait son quartier à Champigneulle. Après avoir passé
l’hiver à Saverne et suivi le maréchal de La Force
dans quelques courses en Alsace et en Lorraine, Na-
varre arriva, au mois de juin 1634, devant La Mothe,
qui capitula le 26 juillet, et dont le commandement
fut donné au capitaine de Périgal. Il marcha ensuite
au secours de Heidelberg, où Lafontaine, enseigne de
la mestre-de-camp, fut tué.
Navarre ouvrit la campagne de 163o par la prise de
Spire, qui coûta la vie au lieutenant Marcus. Em-
ployé ensuite, sous le maréchal de La Force, à la
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DE l’ancienîie isfanterie française. 37
poursuite de l’armée du duc Charles de Lorraine, il
rencontra, le 24 mai, dans sa marche, 800 Impériaux,
postés par le général Mercy près du village de Fresche
avec huit escadrons des vieux régiments de Jean de
Werth. Ces troupes, établies sur une hauteur qui do-
minait la route par où devait défiler l’armée fran-
çaise, lui interceptaient le passage. Elles furent for-
cées dans leurs retranchements, et les enfants perdus
de Navarre, commandés par le capitaine de Valin,
eurent la plus grande part à ce beau fait d’armes. Le
major La Roquette y fut tué.
En 1636, après avoir passé l’hiver à Troyes, le ré-
giment fut envoyé en Franche-Comté, et fit le siège
de Dôle. Le 27 juin, il battit et força à rentrer dans la
place une sortie qui venait d’écraser le régiment de
Tonneins. Après la levée du siège de Dôle, il se ren-
dit en Picardie, et hiverna dans le Boulonnais. Il ne
quitta ses cantonnements qu’au mois d’août 1637
pour marcher au siège de La Capelle, et ensuite à ce-
lui de Damvilliers. 11 perdit le lieutenant de Poile de-
vant cette dernière place.
Navarre, qui avait passé l’hiver en Normandie, se
rassembla, en 1638, àNeufchâtel, et partit delà pour
l’armée de Flandre. Le 21 mai, il était à l’attaque
du château de Saint-Pol, qui se rendit sur-le-champ.
Il en prit possession, et rejoignit ensuite l’armée au
siège de Saint-Omer. On venait d’y ouvrir la tran-
chée, quand nos lignes furent attaquées, le 8 juillet,
par le prince Thomas de Savoie, du côté des marais.
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38 HISTOIRE
L’ennemi s’élait déjà emparé de trois redoutes. On y
envoya Navarre, qui, pour joindre les Espagnols, dut
traverser le marais sur des fascines, et les canaux avec
de l’eau Jusqu’à la ceinture. Malgré ces difficultés, il
aborde vigoureusement une de ces redoutes ;
mais,
après de longs et vains efforts, il est obligé de bat-
tre en retraite avec pertede .300 hommes, tués ou
blessés. Le mestie de camp d’Avangour, le lieutenant-,
colonel Fontenay, dit Coup-d’Éjiéc (1), les capitaines
Monlbléru et d’Ângerville, étaient parmi ces derniers.
D’Angerville mourut de scs blessures. de On fut forcé
lever le siège deSaint-Omer. Navarre trouva une
compensation à cet échec dans la prise de Renti, <jui
battit la chamade sous ses drapeaux. Il passa de là
en Lorraine sous les ordres du duc de Longueville et
du marquis de Feuquières; il se trouva nu combat et
à la prise de Blamont de Lunéville. Aines
et à celle
ces opérations, un détachement de 100 hommes,
commandé par le capitaine Sainte-Croix, se rendit au
siège de Brisach.
Le régiment était, en 1639, au siège de Thionville.
(I) Tallciuiint des Réaüx, qui raconte de plaisantes histoires sur
t’onlenay Coup-d’Epée, dit qu’il mérita ce surnom pour .avoir abattu
d'un coup d’épée l’épaule d’un sergent, qui le voulait arrêter pour
quelque peccadille. Fontenay finit par Sc marier, et comme cela
arrive souvent aux braves, il devint si petit gan;on devant sa femme,
que, quand celle-ci grondait, il s’alloit cacher dans un grenier h
foin. Il avait quitté le corps an 1638, pour prendre une compagnie
aux Gardes.
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DE l’ancienne infanterie française. .30
Il occupait un poste avancé du côté de Luxembourg :
aussi eut- il à soutenir le premier choc de Piccolo-
mini, quand ce général vint, 1e 7 juin, attaquer les li-
gnes françaises. Il réussit à gagner un coteau, sur le-
quel il tint ferme pendant quelques heures; mais, n’é-
tant pas appuyé, il fut obligé de se retirer après avoir
perdu beaucoup de monde. Le mestre de camp mar-
quis de Fors y fut blessé et fait prisonnier, après
avoir rallié cinq fois ses compagnies pour les ramener
à la charge. Le lieutenant-colonel de Saint-Simon-
Montbléru fut tué; Lavergne, premier capitaine, re-
çut plusieurs coups de pistolet, et fut pris en cher-
chant à dégager son général blessé. Après cette fa-
tale journée, Navarre fut envoyé à Sainte-Menehould
pour se rétablir, et rejoignit avant la fin de la campa-
gne le maréchal de ChiUillon, qui reprit Ivoy aux en-
nemis. Le capitaine Coquerel fut tué à ce siège.
En 1610, Navarre est à l’investissement d'Arras. Le
5 juillet, il repousse une sortie de 900 hommes. Il se
signale à la reprise du fort Rantzaw. Le marquis de
Fors, qui n’avait que vingt ans, fut mortellement
frappé dans cette action, et le régiincnt fut donné au
marquis deMontglat, qui a laissé dos mémoires inté-
ressants sur les règnes de Louis XIll et de Louis XIV.
La campagne de 1641 s'ouvrit par le siège d’Aire,
Navarre était de tranchée dans 1a nuitdu 15 au 16
juin, quand le cardinal Infant se présenta pour atta-
quer nos lignes. La bonne contenance des troupes lui
fit changer de dessein, et il sc retira. Le régiment
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40 HISTOIRE
perdit à ce siège, qui fut fort long, son major, M. Bel-
loyer et le capitaine de Villers - Houdan ,
tués tous
deux à l’attaque de la demi-lune. Le lendemain de la
capitulation, on apprit que les Espagnols, victorieux à
la Marfée, venaient au secours d’Aire. Le maréchal de
La Meillcraye marcha à leur rencontre ; mais, n’ayant
que 15,000 hommes à leur opposer, il se tint sur la
défensive. Navarre fut placé sur une hauteur boisée,
d’où il incommoda beaucoup l’ennemi. Après une
longue canonnade , le maréchal battit en retraite, et
le régiment fit l’arrière-garde, rompant tous les
ponts, ce qui arrêta la poursuite des Espagnols. Il fit
ensuite le siège de La Bassée, où le marquis de Mont-
glatfut blessé, et il acheva la campagne par la prise de
Bapaume, dont le-lieutenant-colonel, M. d’Auvergne,
eut le commandement.
Les campagnes de 1642 et 1643 furent stériles en
événements pour Navarre. Pendant que l’on triom-
phait à Rocroi, il gardait les frontières de la Picardie.
Il eut cependant quelque part à la prise de Sierck au
mois de septembre.
En 1 644, il servait sous les ordres du duc d’Or-
léans et fit le siège de Gravelines. Navarre y eut l’at-
taque de gauche et ouvrit la tranchée le 9 juin devant
le fort Philippe. Le 28, il fit sous le feu de l’ennemi
un logement au pied du glacis de la place, et dans la
nuit du 26 et 27 juillet, il parvint, après les plus grands
elTorts, à s’établir dans le bastion. Cette action amena
la capitulation de Gravelines. C’est dans cette occasion
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 41
qu’il s’éleva, entre les maréchaux de La Meilleraye et
de Gassion, une contestation des plus vives. Ce der-
nier qui commandait l’attaque de Navarre, prétendait
que les assiégés ayant battu la chamade à son atta-
que, c’était à ses troupes de prendre possession de la
ville. Le maréchal de LaMeilleraye, de son côté, main-
tenait les prérogatives des Gardes Françaisesàqui,en
définitive, le duc d’Orléans donna raison : mais les
deux régiments avaient été sur le point d’en venir
aux mains sur la brèche même, et il ne fallut pas
moins que toute l’énergie du lieutenant-général mar-
quisde Lambert, pour arrêter l’effusion du sang.
Après le départ du duc d’Orléans pour Paris, le ma-
réchal de Gassion eut le commandement de l’armée.
Il prit quelques postes et entre autres le fort Wathen.
Navarre, qui avait eu toute la gloire de cette entre-
prise, fut mis en garnison et y passa l’hiver. Le mestre
y
de camp, marquis de Thémines, fut pris, en mars 1645,
en allant en parti dans le pays (1).
(I) Le marquis de Thémines fut fait maréchal de camp le 1*' mai
1646, et fut tué le 13 août de la même année, en repoussant une
sortie devant Mardjk, Il possédait toujours le régiment, mais il ne le
commandait pas. Le lieutenant-colonel avait un ordre du 4 mars
1643 pour le suppléer. Thémines eut pour successeur le comte
d'Estrées, qui obtint les grades de maréchal de camp le 8 février
1649, de lieutenant-général le 16 juin 1635, et la dignité de maré-
chal de France le 24 mars 1681. Le vicomte du Broutay, son succes-
seur, fut fait maréchal de camp le 16 janvier 1652, et fut mortelle-
ment blessé au siège de Tournai, en 1667.
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42 HISTOIRE
printemps de l’année 1645, le régiment se mit
Ail
en campagne et fit les sièges de Cassel Mardyk, Lencke, ,
Bourbourg, Béthune et Saint-Venant. Le capitaine I^a
Chcsnaye fut grièvement blessé devant Bourbourg.
Navarre passa cet hiver à Armentières et se trouva,
en 1646, au siège de Courtrai, à la prise de Berghes
et de Mardyk et au siège de Dunkerque où il perdit
son major.
En 1647, 400 hommes de Navarre, aux ordres du
capitaine de Quincerot, se distinguent à la défense
d’Armentières. Ce détachement, qui devait se jeter
dans Courtrai, passait par Armentières pour se rendre
à sa destination quand l’ennemi investit cette place.
Ces braves firent quatre vigoureuses sorties. Dans celle
du 18 mai, le capitaine de Cajac se précipita dans les
tranchées avec 100 hommes armés de pistolets et de
faux emmanchées à revers ;
ils comblèrent les ouvra-
ges, cnclouèrent le canon et ramenèrent des prison-
niers. Le 21 ,
dans une autre sortie, les soldats de Na-
varre prirent quelques pièces qu’ils réussirent à faire
entrer dans la ville. Le 23, ils bouleversèrent encore
les travaux de l’ennemi, et lui firent éprouver une
perte de 300 hommes. Dans la nuit du 24 au 25, le
détachement de Navarre , réuni avec les compagnies
des Gardes Françaises, délogea encore une fois les
Espagnols de leurs ouvrages. 11 ne montra pas moins
de valeur à l’assaut général livré ii la place, qui ne se
rendit enfin que faute de munitions. Dans cette belle
défense, Navarre ne perdit pas plus de 60 hoiooies. Le
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DE l’ancienne INFANTEWE FRANÇAISE. 43
lieutenant Tourvoy fut tué d’un coup de canon. Les
officiers blessés furent les capitaines de Quinccrot,
Saint-Vallier et Saint-Léon, le lieutenant Dubrcuil et
renseigne Lacroix. Après la capitulation d’Ârracn-
lières, le détachement rejoignit le' corps qui fut em-
ployé au siège deLens.
En 1648, Navarre débute par le siège d’Ypres.
Après avoir occupé quelque temps cette ville, il joint
le prince de Coudé et combat le 20 août à Lens. Il fut
ensuite appelé aux environs de Paris agité] par les
troubles uaissantsdelaFrondect occupa Pontoise. Au
mois de janvier 1649, il rallia l’armée du prince de
Coudé, se trouva, le 8 février, à l’attaque de Cha-
renton, et y écrasa le régiment de Brie, ainsi que huit
autres régiments parlementaires composés de bour-
geois. Charenton fut emporté à la vue de 50,000
hommes sortis de Paris pour le secourir et qui n’osè-
rent rien entreprendre. Dans cette journée, où Na-
varre fit des prodiges, il eut à regretter les capitaines
de Quinccrot, de Poix et de Neufvillc et quatre lieu-
tenants. Il marcha ensuite, sous les ordres du maré-
chal de Grancey, au siège de Brie-Comte-Robert. Il
fit le reste de cette campagne en Picardie dans l’ar-
mée du comte d’Harcourt et fut enfin envoyé en quar-
tiers d’hivers à Melun, dont les habitants, zélés fron-
deurs, lui fermèrent les portes. Navarre dut les enfon-
cer pour prendre possession de ses quartiers. .
En 1650, il passe en Bourgogne sous le duc de
Vendôme et fait le siège de Bellegarde. Il est ensuite
44 HISTOIRE
envoyé à l’armée de Champagne et mis en garnison à
Rocroi. Au mois de décembre il se trouve à l’attaque
des faubourgs de Rhétel, au siège de cette ville et à
la bataille où le maréchal du Plessis-Praslin eut l’in-
signe honneur de. battre Turenne.
L’année suivante, Navarre sert en Lorraine, et fait
le siège des ville et château de Chasté. Les capitaines
Duvivier et de Gargan y perdent 'a vie. Le capitaine de
Vandières (t) y reçoit huit coups de mousquet et est
laissé pour mort sur la brèche. Les capitaines Gham-
bonneau et Lachaize y sont aussi blessés. Apres ce
siège, le régiment retourne en Rourgogne pour re-
commencer le siège de Bellegarde de nouveau révol-
tée. 11 resta dans cette province jusqu’au mois de no-
vembre 1 652. Il passa alors en Piémont où il demeura
dans l’inaction jusqu’au 23 septembre 1653. C.e jour-
là le maréchal de Grancey attaqua les Espagnols au
passage du Tanaro à la Roquette. Le capitaine Colbert
du Terron fut tué dans cette affaire, et 1e lieutenant-
colonel de Valfournégey fut blessé ainsi que le capi-
taine La Haye. L’armée française victorieuse s’avança
dans les plaines de la Lombardie, s’empara du châ-
teau de Carpignano et hiverna dans le Milanais.
(I) Édouard-François Colbert de Vandières, que les ennemis du
grand ministre qui a fait la fortune de cette famille, nommaient
plaisamment le marquis d' Avant-Hier, devint par la suite comte de
Maulévrier, capitaine de la deuxième compagnie de mousquetaires
à sa création, en 166a, et lieutenant-général en 1676.
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DE l’ancienne INFANTEEIE FRANÇAISE. 45
Au printemps de 1654, elle revint dans le Mont-
ferrat, et repassa le Tanaro en octobre pour attaquer
les Espagnols retranchés dans Castella, petite ville si-
tuée entre deux bras de la Bormida. Navarre, aidé du
régiment de Grancey, chargea le 10 octobre deux ré-
giments espagnols, et après un combat sanglant où
300 espagnols furent tués, l’armée ennemie fut obli-
gée de décamper. Le capitaine de Tallange fut blessé
dans ce combat.
Le 1" août 1655, Navarre ouvre la tranchée devant
Pavie. Le 14, avec Lyonnais, il repousse une sortie.
Le major Ricard y perd la vie et le lieutenant Chas-
tillon reçoit une blessure. Après la levée du siège de
Pavie où le régiment eut encore à regretter la mort du
capitaine Chambonneau ,
il prit ses quartiers d’hiver
dans le Montferrat.
La campagne de 1656, porta très-haut le renom de
Navarre. Les généraux avaient résolu de faire le siège
de Valence. Pour faciliter les approches, un détache-
ment de 200 hommes du régiment eut ordre d’occu-
per tous les postes au delà du Pô. Il traverse rapide-
ment le Montferrat et arrive sur les bords du fleuve.
Attaqué par 400 Espagnols qui cherchaient à entrer
dans Valence, il les anéantit. L’armée arrive le 27
juin devant la place. Navarre prend son quartier en-
tre le chemin de Casai et la porte d’Alexandrie et ou-
vre la tranchée le 5 juillet. Le 10 il repousse une
,
sortie. Le 7 août, il emporte une grande caponnière,
nettoie le fossé et se loge au pied de la muraille. At-
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46 HISTOIRE
taqué dans ce poste par des troupes fraîches qui ve-
naient de pénétrer dans Valence , il voit tous ses tra-
vUux renversés, et malgré la plus brillante résistance il
perd une partie du terrain qu’il venait de gagner.
Sensible à cet échec, Navarre veut le réparer. Le ca-
pitaine Foucaud de Merville offre de reprendre la ca-
poiinière, si on lui donne 100 hommes à son choix. H
fallait pour y arriver marcher plus de cent-cinquante
pas à découvert sous le feu de cet ouvi’age et de la
courtine. Rien n’intimide ce brave officier. L’épée
d’une main, un pistolet de l’autre, il s’élance le pre-
mier, passe rapidement le long du bastion et, profi-
tant de la fumée des canons qui tonnent tous au
meme moment, il arrache les palissades, se précipite
dans la caponnicre et extermine tout ce qui résiste à
son élan. Tous ceux qui ne furent pas tués durent se
l’endre à discrétion. Mervillc se fait à la hâte un rem-
part des cadavres espagnols et s’apprête à défendre sa
conquête. 11 avait reçu plusieurs balles dans scs ha-
bits; une seule lui avait effleuré la tête. Les braves vo-
lontaires de Navarre conservèrent cet ouvrage jusqu’au
soir et ils furent relevés par les Gardes Suisses.
Cependant l’armée espagnole s’était approchée de
nos lignes et menaçait de les attaquer. I^cs généraux
marchent à sa rencontre, laissant à Navarre la péril-
leuse mission de garder les tranchées. Les assiégés, en
effet, profitent de cette circonstance pour tenter plu-
sieurs sorties ;
mais elles échouent toutes devant la vi-
gilance et l’intrépidité du régiment. Au retour de
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.
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 47
l’armée la ville capitule elNavarre en prend possession
Le 7 juin 1657, il se trouve à la prise du château de
Non ,
et en juillet il fait le siège d’Alexandrie qui est
levé bientôt après par suite de la mésintelligence des
généraux.
La campagne de 1658 fut la dernière que le régi-
ment ait faite en Italie. Au mois de janvier il s’empare
de Casal-majore dans le Plaisantin. En juillet, 400
hommes passent l’Adda en présence de l’ennemi, et
tombent sur le poste de Castelléone dont la garnison
composée de 400 Espagnols se rend à discrétion. Un
autre détachement de même force, commandé par le
capitaine de Courseilles, prend part à l’attaque d’un
autre poste retranché sur la roule de Marignan à Mi-
lan. Il emporte plusieurs barricades, tue 150 hommes
et ramène autant de prisonniers. Le 5 août, Navarre
investit Mortare qui se rend au bout de vingt jours.
Il
y perd le lieutenant de Ravillac. Ce fut le dernier
acte de celte guerre. En 1059 , après 1a paix des Py-
rénées, le régiment rentrait en France.
En 1663, il fut porté à quarante compagnies, et
l’année suivante les vingt plus anciennes s’embarquè-
rent à Toulon, le 1" juillet, pour l’expédition d’Afri-
que. Elles contribuèrent, le 24, à la prise deDgigelli
etau combat do (^astellar où elles perdirent le capitaine
Sainte-Marthe. A leur retour en France elles rejoi-
gnirent les autres qui avaient leurs quartiers dans le
Dauphiné.
En janvier 1666, Navarre fut appelé au camp de
48 BISTOIRB
Croissy et plus tard à celui de CoTupiègne. Ce fut
aussi cette année que commença le roulement entre
Navarre, Champagne et Piémont. Navarre eut le pas le
premier.
En 1667 ,
la guerre se rallume avec l’Espagne. Na-
varre est placé sous les ordres du maréchal d’Aumont
et fait les sièges de Berghes ,
Fumes et Courtrai. De-
vant cette dernière place ,
il pousse les travaux avec
une telle vivacité que la place capitule au bout de
quatorze heures. 11 était déjà logé sur la contrescarpe ;
lagarnison effrayée d’une allure si inusitée bat la cha-
made sous ses drapeaux. La citadelle se rendit deux
jours après. Le régiment prit possession de sa con-
quête et termina la campagne et la guerre par le siège
d’Audenaërde. Le capitaine La Noué, qui avait servi
au siège de Douai en volontaire, y eut un pied emporté
d’un coup de canon.
En 1672 Navarre suit le grand Condé dans les
,
Pays-Bas et prend part au siège de Wesel. Après le
passage du Rhin où Condé fut blessé, il passe à l’ar-
mée de Turenne et contribue à la prise d’Arnheim et
des forts de Nimègue et de Skenke. Il ouvre le 4 juillet
la tranchée devant Nimègue , s’empare le même jour
d’une contre-garde et y établit une batterie dont le
Cependant on ne
feu contraint la ville à capituler.
tombe point d’accord sur les articles de la capitula-
tion et le feu recommence. Navarre reçoit une sortie
furieuse et perd sa conquête : mais il revient bientôt à
la charge et réussit encore une fois à se loger dans cette
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 49
contre-garde. Celte seconde conquête coûte la vie au
colonel marquis de Kerraan, Nimègue capitule enfin
le 9. Quelque' temps après, Navarre entre dans
Utrecht et au mois d’octobre il vole au secours do
Woërden, cerné par le prince d’Orange. 11 fallait tra-
verser une inondation de mille pas, forcer cinq re-
tranchements bien fraisés et palissadés, s’emparer
d’un moulin et de deux forts. Rien n’arrête son ar-
deur. Le capitaine La Rivière marche en tête ;
les ob-
staclessontfranchis, l’ennemi battu elle siégelevé. Dans
cette journée où Navarre eut toujours la tête de l’armée
le prince d’Orange perdit 6,000 hommes. Maisde tels
succès coûtentcher et les rangs du régiment étaient fort
éclaircis. Le lieutenant-colonel de Lardinière, le ma-
jor chevalier de Souvré et vingt officiers étaient bles-
sés ; trois cents soldats manquaient à l’appel. Le roi
accorda 5,000 livres aux survivants qui rentrèrent en
triomphe dans Utrecht. Au mois de novembre, le ré-
giment Luxembourg, de la périlleuse
fut encore, avec
expédition de Hollande où tout prospéra tant que la
glace put porter les troupeset qu’un dégel fit manquer.
En 1673 ,
Navarre sert encore dans les Pays-Bas
avec Condé et couvre le siège de Maëstricht; le second
bataillon seul prit part aux travaux du siège. Après la
prise de Maëstricht, le régiment fut de l’expédition de
Tongres, et se trouva aux combats de Vizet et d’In-
derdam où le capitaine de grenadiers Cheviré se fit
remarquer (1).
(I) Le marquis d'Albret, colonel de Navarre en 1673, fut fait bri-
HIST. DE l'aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 4
50 HISTOIRE
En 1674, il est à la bataille de Scneff. Il
y soutient
pour son compte trois combats. Il a d’abord affaire à
ceux qui défendaient le cimetière du village ;
il les en
chasse et les poursuit jusqu’à un défilé dont les hau-
teurs étaient garnies d’infanterie et de cavalerie. Le
combat recommence. Navarre en supporte tout l’ef-
fort etouvre le passage à la Maison du roi qui achève
la déroute de l’ennemi. 11 restait à enfoncer une par-
tie de l’infanterie du prince d’Orange retranchée dans
le village de Fay. Navarre l’attaque par le centre et
contribue puissamment à sa défaite. Dans cette jour-
née sanglante le régiment fut partout victorieux , mais
il paya scs succès. Les capitaines Garnier, Despary et
de Maillé; les lieutenants Joly, Charbonnières, La
Ilisèle et Vassy, et les soiis-Iieutenants Desmardilles,
la Baume, La Liste, Beauchesnc, Meilhan, Autin et
de iMézières furent tués. Presque tous les autres offi-
ciers furent blessés, et il
y eut plus de 300 sergents
ou soldats mis hors de combat.
Le prince d’Orange , voulant faire croire qu’il n’a-
vait pas été battu ,
va mettre le siège devant Aude-
naërde. Condé court à lui : Navarre est à l’avant-
garde, mais on ne l’attend point. 11 trouve le camp
ennemi vide et s’y loge. A la fin de la campagne il
gadier 12 mars 167i>, et maréchal de camp 25 février 1677. 11 avait,
en même temps que Navarre, un autre régiment d’infanterie et un
régiment de cavalerie. C’est uu bel exemple d’un abus très-commun
à cette époque.
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,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE 31
passe à l’armée de Turenne et prend part à la bataille
d’Ensheim et au combat de Mûlhausen. La guerre
continue cette année pendant l’biver, et le 5 janvier,
Turenne attaque l’Électeur de Brandebourg à Turck-
beim. Le combat était indécis ,
quand Navarre s’élan-
çant avec les régiments de Bandeville et d’Anjou
force le passage du ruisseau, vient se mettre en ba-
taille à côté de Champagne et décide l’affaire.
Au mois d’avril 1675, il retourne dans les Pays-
Bas , fait le siège de Liège et couvre ceux de Dinant
Huy et Limbourg. 11 avait cette même année des com-
pagnies dans Philisbourg et d’autres dans Mézières.
Un bataillon de milices formé sous le nom de Navarre,
en 1674, servit dans cette guerre, d’abord dans la
Franche-Comté, puis dans le Boussillon.
En avril 1676, Navarre suit le maréchal d’Humières
dans son expédition sur le pays do Waës ;
il force la
tête de pont de Loker et poursuit les Espagnols jusque
sous Termonde. Il fait ensuite le siège de Coudé, cou-
vre ceux de Bouchain et d’Aire, et après la prise de
cette dernière place il joint l’année qui force le prince
d’Orange à lever le siège de Maëstricht. Celte même
année, les six compagnies restées à Philisbourg pri-
rent part à la belle défense de cette place. Formées
en un seul bataillon avec six compagnies de Norman-
die ,
elles défendirent la portion de l’enceinte com-
prise entre la porte de France et ta demi-lune de
Turenne. Le 17 mai, le capitaine Bouchard se fit tuer
dans une sortie. Le 16 juin, le lieutenant Barthe osa
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,
52 HISTOIBB
c‘ii plein jour aller attacher aux gabions des ennemis
des fagots goudronnés qui y mirent le feu. Il les brûla
tous et ne perdit pas un seul homme. Philisbourg ca-
pitula cependant le 8 septembre.
La campagne de 1677 s’ouvrit par le siège de
Valenciennes. Les grenadiers de Navarre étaient à
l’assaut où cette place fut emportée. Le régiment fut
ensuite détaché de l’armée du roi pour aller au siège
de Saint-Omer que faisait le duc d’Orléans. Le
29 mars, 400 hommes de corps y repoussent une sor-
tie de la garnison. La tranchée était à peine ouverte
qu’il fallut marcher contre une armée qui arrivait au
secours de la ville. On était en présence le 10 avril
dans la plaine de Mont-Oassel. Navarre occupait la
droite en première ligne. Lui et les Mousquetaires ,
animés d’une noble émulation , rompirent tout ce qui
leur était opposé ;
mais pour compléter la victoire il
fallait vaincre deux bataillons des Gardes du prince
d’Orange retranchés dans un clos. Le maréchal d’Hu-
mières hésitait ,
il n’avait auprès de lui d’autre infan-
terie que la brigade de Navarre épuisée par les com-
bats du matin elle s’offrit d’elle- même à marcher.
:
Bravant la fusillade d’un ennemi qui tirait à couvert
elle franchit l’obstacle ,
bouleverse les haies et ouvre
un passage à la cavalerie qui achève la déroute. Le
prince d’Orange perdit ce jour-là 7,000 hommes,
treize canons, dgux mortiers, quarante-quatre dra-
peaux ,
dix-sept étendards et tous ses bagages. Les
pertes de Navarre monlaieiil à six lieutenants et sous-
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DE L’A^•CIE^•^E INFANTEBIE FRANÇAISE. 53
lieutenants tués. Les capitaines Lurcy, Boistiroux,
Castillon, Le Harlier, Denat^et Riotor, et neuf lieute-
nants ou sous-lieutenants furent blessés. Saint-Omer
se rendit après cette bataille, et Navarre joignit le
maréchal de Luxembourg qui força le prince d’Orange
à lever le siège de Charleroi. Le régiment venait à
peine de prendre ses quartiers d’hiver lorsqu’il fut
appelé au siège de Saint-Ghislain. Il
y eut une atta-
que de son nom ,
et malgré la rigueur de la saison il
poussa si rapidement les travaux que la ville capitula
au bout de sept jours.
Navarre était, en mars 1678, au siège de Gand. Les
grenadiers eurent une grande part à la prise de tous
les dehors. Au siège d’Ypres, un capitaine dont le
,
nom s’est perdu, força avec 15 hommes 200 ennemis
à abandonner le faubourg et à se retirer dans le che-
min couvert. A l’attaque des trois redoutes et du
chemin couvert, qui eut lieu dans la nuit du 24 au
25 mars, les grenadiers firent si bien leur besogne
que la ville capitula. Le capitaine Boistiroux reçut
deux blessures à ce siège, et la dernière fut mor-
telle.
A la bataille de Saint-Denis, Navarre était dans le
défilé à la droite du régiment devenu Béarn, et parta-
gea avec lui les dangers et la gloire de cette journée.
11 défendit avec une bravoure extraordinaire le pont
de Castiau. Ses piquiers étaient sur le pont même,
tandis que les mousquetaires bordaient le ruisseau. Ils
repoussèrent toutes les tentatives de la cavalerie en-
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54 HISTOIRE
nemie pour forcer ce passage, et contribuèrent ainsi
beaucoup à la victoire. Navarre perdit ce jour-là les
capitaines Moléet La Sistière, et quatre lieutenants. Il
eut, en outre, vingt officiers blessés.
La paix de Nimègue était signée, mais l’Electeur de
Brandebourg refusait d’y accéder. Le maréchal de Cré-
qui fut chargé de l’y contraindre. Navarre passa en
Allemagne et se trouva au combat de Minden. Il ren-
trapeu après en France, et fut établi à Saarbrück. En
1683, le 1" bataillon fit partie du camp de Bouque-
nom, et les deux autres restèrent au camp de Vaudre-
vange, près de Saarbrück. Après la levée de ces
camps, le régiment fut à Thionville(l).
En 1684, il fut appelé au siège de Luxembourg, et,
le 27 mai, on le chargea de l’attaque de l’ouvrage à
cornes. La brèche venait d’y être faite par l’explo-
sion de deux mines, mais la rampe était presque im-
praticable. Les grenadiers ne purent arriver au som-
met de l’éboulement qu’en grimpant les uns par-des-
(1) Le régiment avait été donné en 1680 au chevalier de Souvré.
Cet officier, entré comme lieutenant dans Picardie en 1662, était
devenu major de Navarre en 1668, et lieutenant-colonel le 18 oc-
tobre 1674. U possédait le brevet de brigadier depuis le 2S février
1677, quand il fut fait colonel. Son successeur, le duc deLaRoche-
guyon, fut fait brigadier le 9 janvier 1691 ,
et maréchal de camp le
3 janvier 1696.
Navarre eut pour lieutenant-colonel, le 7 mai 1680, Philippe
d’Espocy-Desbordes, entré au corps comme capitaine en 1669. Cet
officier devint lieutenant-général, et fut tué îi la bataille de Fried-
lingen, le 14 octobre 1702.
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OE l’ancienne INFANTEItlE FRANÇAISE. no
SUS les autres. Ils trouvèrent en haut les assiégés, qui
les attendaient avec des piques, des fanlx et des ba-
rils de poudre. Mais rien ne put arrêter leur élan.
Suivis du reste du régiment, ils renversèrent tous
les obstacles et pénétrèrent jusqu’à l’escarpe du corps
de place au pied duquel ils firent leur logement.
Cette action, si honorable pour le corps, coûta la vie
aux lieutenants La Tournclh! ,
de liâmes et Puget.
Le major Dorignac, les capitaines Dupont, La Har-
lière, Carbonnieux, Riotor, Sorniel, du Rival, La Fo-
rest, Mossan, La Salle, Massilliac, Caslillon, Macaye.
Desus, Dupré et quatre lieutenants, y furent plus ou
moins grièvement blessés. Luxembourg capitula le
4 juin.
La guerre recommença en 088. Le 1" 1 bataillon de
Navarre fut employé cette année sur la Sarre, et eut
ses quartiers d’hiver à .Mayence. 200 hommes de ce
bataillon prirent part à l’expédition d’Esche. Le 2« ba-
taillon resta à Strasbourg, et se trouva au coup de
main tenté sur Obcrkirch, qui ne réussit point, et
qui coûta la vie aux capitaines La Ilarlière, du Rival,
Dupré et Rainville. Au mois de mai 1089, le corps
entier fut de la course que le maréchal de Duras fit
dans le Wurtemberg. Il commença la campagne de
1690 sur la Moselle, et passa, au mois de juin, à l’ar-
mée de Flandre. A la bataille de Fleurus, il avait la
gauche en première ligne, la droite appuyée au vil-
lagede Saint-Amand. La victoire fut bientôt décidée.
La brigade de Navarre, soutenue par les régiments de
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,
56 HISTOIRK
cavalerie' de Cibour et d’Imécourl, avait devant elle
une ligne d’infanterie couverte par des haies, avec de
la cavalerie etdu canon, et parmi ces troupes se trou-
vait un régiment suédois, qui, disait-on, n’avait ja-
mais été battu. Dès que fut engagée à la
l’action
droite, le duc de La Rocheguyon , colonel de Navarre
marcha sur cette infanterie à la baïonnette, avec dé-
fense de tirer ;
il tomba brusquement sur elle et la mit
en un instant dans une déroute complète. Navarre eut
six officiers blessés à Fleurus.
Le 24 mars 1691, Rouvrit la tranchée à Mons, du
côté de Quesme avec le régiment de Provence. La
,
place ne tint que quinze jours. Au mois de mai il ,
passa à l’armée du maréchal de Luxembourg, qui ne
fit rien d’important.
En 1692, Navarre est augmenté d’un 3* bataillon.
Les deux premiers continuent de servir avec Luxem-
bourg. Ils couvrent le siège de Namur, et, le 3 août,
ils assistent à la bataille de Steenkerque sans être sé-
rieusement engagés.
L’année suivante, les trois bataillons se couvrirent
de gloire à Neerwinden. Ils étaient placés à la droite
du village de Ruensdorp avec le reste de la brigade
qui devait occuper la gauche de l’ennemi et favoriser
l’attaque des retranchements de Neerlanden. Ils y
soutinrent le feu le plus vif, chargèrent avec la der-
nière vigueur la gauche des alliés, et contribuèrent
beaucoup au gain de la bataille. Le commandant de
bataillon de Touverac et les capitaines Candau aîné et
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. o7
cadet, Duramont, Darain, Bolraer et Fayolle s'y fi-
rent tuer. Le colonel et le lieutenant-colonel (f) étaient
parmi les blessés. Après cette \ictoirc, Navarre fit le
siège de Charleroi. Les grenadiers contribuèrent à la
prise de la redoute de Darmay et à celle de la contre-
garde de Montai.
Un bataillon du nom de Navarre, formé à l’armée
de Catalogne ,
fit le siège de la Seu d’Urgel et de
Roses.
Le régiment passa une partie de la campagne de
lt)9 i au camp de Wignamont, dans le pays de Liège.
Il fut de la célèbre marche de ce camp au pont d'Es-
pierres au mois d’août. Le soleil était brûlant quel- :
ques soldats, démoralisés parla fatigue, murmuraient.
Le caporal de grenadiers Lafontaine leur imposa si-
lence par cette belle parole « Le Roi vous paie toute
:
l’année pour le servir un jour ce jour est venu, et
:
vous devez vous conduire en braves gens. » Le prince
de Conti entendit ce propos, et récompensa le digne
caporal.
Navarre fit les campagnes de ItiOo et 1696 à
la même armée, qui n’entreprit rien d’important.
Quelques grenadiers, coininandés par le capitaine
Dupont (1), trouvèrent seuls l’occasion de se signaler.
(t)FraD<;ois-Guillaiime de Marcé deLaMotle, lieutenant-colonel de
Navarre le 24 avril tC91, fut fait brigadier le 3 janvier 1696, et
maréchal de camp le 26 oclobre 1704.
(2) Dupont, Joseph. Ce brave officiereiilré dans Navarre en 1672,
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58 HISTOIRE
Ils reçurent l’ordre d’aller brûler les fourrages amas-
sés dans les fossés d’Audenaërde. Les preraiei-s qui se
jetèrent dans les palissades répondirent au qui-vive!
— Déserteurs. Ils furent néanmoins reçus à coups de
fusil ;
mais ils eurent le temps de tuer la sentinelle, de
mettre en fuite deux postes de trente hommes chacun
et d’incendier les meules de fourrages. Après ce coup
hardi. Dupont put opérer sa retraite, sans autre perte
que celle d'un grenadier, et en emmenant douze pri-
sonniers et quelques chevaux.
En 1690, Navarre avait, comme la plupart des
corps, fourni des détachements pour la garde des
côtes. Un petit poste de quinze hommes, commandé
par le lieutenant Baudran, était dans l’îlot de Houël,
près de Brest. Les Anglais y abordèrent le 17 mars
avec 40 chaloupes armées. La garnison se retira dans
une tour, résista à toutes les menaces et eut la glqire
de voir les Anglais se rembarquer (1 ).
Navarre lit campagne de 1697 sous les ordres de
la
Cattinat et ouvrit la tranchée le 22 mai devant Ath au
front de la porte de Bruxelles. En 1698 il fit partie ,
du camp de Compiègne et se rendit ensuite à Metz.
L’année suivante ,
il fut à Neuf-Brisach pour y tra-
vailler aux fortifications.
En 1701 ,
il était du corps d’armée assemblé sous
parvint au grade brigadier le la janvier 1706, et mourut en 1733
commandant la place ii Toulon.
(1) Le marquis de Maulevrier, colonel de Navarre en 1696, devint
brigadier le 26 octobre 1704, après Hochstedt.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 59
cette place. Il fit la campagne de 1 702 sur le Rhin, et
revint passer l’hiver à Strasbourg.
Le 25 février 1703, il ouvre la tranchée devant le
fort de Kelh du côté de l’ouvrage à cornes du haut
Rhin. Ses grenadiers ont une grande part à la réussite
de l’assaut du 6 mars. Le capitaine Colombet, chargé
de conduire la tète de la colonne, voyant le feu de
l’ennemi se ralentir, profite de f occasion et monte sur
la brèche avec beaucoup de valeur suivi des grenadiers
de Navarre et de Vermandois. Us emportent successi-
vement tous les retranchements et s’établissent sur
cette brèche. Le fort capitula le même jour et Navarre
en prit possession. Il se retira ensuite au Fort-Louis
du Rhin et au mois d’août, il se rendit à l’armée du
,
duc de Bourgogne qui fit le siège de Brisach. 11 y ou-
vrit la tranchée le 24 et occupa la porte du Coffre et
la ville le 7 septembre. En octobre, il passe au siège de
Landau et y ouvre encore la tranchée le 1 7 du côté de
la porte de France. Le lieutenant de Raousset fut blessé
ce jour-là. Le 13 novembre, à l’attaque des contre-
gardes, le régiment reste exposé pendant trois heures
au feu redoublé de la place et perd beaucoup de
monde, entre autres le capitaine de Blandinière. Le
14, il sort des lignes pour aller à la rencontre du
prince de Hesse-Cassel. Le lendemain 15 eut lieu la
bataille du Speyerbach. Navarre y occupait la droite
et eut affaire à l’élite des troupes hessoisses, les Gardes
du prince. Le lieutenant-colonel de Pionsac, voyant
ces soldats magnifiquement vêtus, tandis que les siens
00 HISTOKtE
n’avaient que des sarraux de toile (i), leur dit en les
menant à la charge: «Enfants, habillez-vous !« — Na-
varre s’élance la baïonnette en avant, pénètre au mi-
lieu de ce corps comme un ouragan et sur , 1 ,300
hommes, il en tue 1,100. Un officier ennemi, avant
d’expirer, demandait à l’aumônier de Navarre qui lui
offrait les secours de la religion, le nom du corps qui
venait de bâcher ainsi les Gardes Hessoises. — Quid
regimentum? — Navarriciim, répondit
disait-il. l’au-
mônier. — Diabolicum! murmura l’Allemand.
Cette glorieuse journée ne coûta au régiment qu’une
vingtaine de soldats et le lieutenant de Carbonnieux.
Il retourna dans les tranchées de Landau qui capitula
le lendemain et il passa l’hiver dans cette place.
Employé en 1704 à l’armée que le maréchal de
Tallard commandait sur le Rhin, il se rendit au mois
de mai en Bavière et se trouva à la funeste bataille
d’Hochstedt où il paya chèrement la gloire de l’année
passée.
Dans cette journée ,
Navarre défendait à l’extrême
droite avec d’autres régiments le village de Bléinheim
sur les bords du Danube. Ce fut sur ce point que se
concentrèrent tous les efforts de Marlborough. Le régi-
ment y fut fait prisonnier presqu’en entier après avoir
fait tout ce qui était humainement possible pour éviter
cette disgrâce. Au plus fort du combat, un officier
(1) On a vu ailleurs qu'il v eut cette année un remaniment complet
de la tenue de l’infanterie. 11 est probable qu’on laissait user les
vieux elléis avant d’en donner de neufs.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 61
français arrive à cheval devant les troupes avec lord
Orckney. « Est-ce un Anglais prisonnier, lui crie-t-
on? — Non ,
messieurs, répond cet officier, je suis
prisonnier moi-même et viens vous dire que tout est
perdu, que vous êtes cernes de toutes parts, qu’il u’y
a pas d’autre parti pour vous que de vous rendre. Voilà
le comte d’Orckney qui vous offre la capitulation. »
— Toutes ces vieilles bandes frémissent d’indignation.
Le lieutenant-colonel, comte de Pionsac ,
refuse de
signer une capitulation, et voyant l’armée en déroute,
il fait briser les armes ,
défoncer les caisses des tam-
bours, déchirer et enterrer les drapeaux. Il se soumet
ensuite à son sort (1). Trente-deux capitaines, trente-
quatre lieutenants, trente-sept sous-lieutenants, mille
vingt-neuf sergents et soldats furent faits prisonniers.
Le petit nombre d’hommes qui parvint à s’échapper
finit par se rassembler à Nancy. On en forma deux
faibles bataillons qui se rendirent au commencement
de i 705 à Dôle, et peu de temps apres, à Savernc. Ils
y restèrent jusqu’à la formation du camp de Sierk,
commandé par le maréchal de Villars. Dans diverses
expéditions qu’il fit jusqu’au cœur de l’Allemagne avec
cette petite armée, le hardi maréchal prit dans les châ-
teaux de Seitz, Rodern et Hatten, 700 hommes des
(1) Le roi fit M. de Fionsac brigadier, et dix-huit mois après, il
lui donna le commandement du régiment. Gilbert de Chabannes, ,
comte de Pionsac, était entré au corps comme enseigne, en 1664.
Il fut fait lieutenant-colonel le M février 170.1, et brigadier d'infan-
terie le 19 septembre 1704.
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62 HISTOIRE
vieilles troupes de l’empire qui furent échangés au
mois de juillet contre les prisonniers de Navarre. A leur
retour de Hollande, où on les avait conduits, le régi-
ment se trouva rétabli à trois bataillons comme aupa-
ravant, et fut mis en garnison à Strasbourg. Au mois
de novembre ,
tes trois compagnies de grenadiers
furent détachées pour aller faire le siège de Nice avec
Bei’W'ick. Elles y passèrent l’hiver.
Au commencement de 1700, le régiment était tout
entier à Strasbourg : il faisait partie de l’armée de Yil-
lars. Jeté le 7 juillet dans Lauterbourg, il quitta bien-
tôt cette place pour contribuer à la levée du blocus du
Fort-Louis, à l’attaque des retranchements de Dru-
senheim et à la prise del’île du Marquisat. Cette der-
nière operation exigeait du secret, le maréchal envoya
d’avance le régiment à Offendorf, sous prétexte qu’il
avait beaucoup souffert parles maladies. La nuit du 1 !)
au 20 juillet, le lieutenant-colonel de Barberey s’em-
barque sur le Rhin à Offendorf avec HOO grenadiers
distribués dans huit bateaux, passe sous les retranehe-
ments de l’ile de Dalunden ,
dont il essuie plusieurs
décharges et arrive au Fort-Louis. Là, rallié par 500
grenadiers tirés des autres corps, il descend brusque-
ment dans l’ilüt qui est entre le Fort-Louis et le Mar-
quisat et s’y établit. La brigade de Navarre suit de près
,les grenadiei‘8, et après un rude combat, l'ile est éva-
cuée par les alliés. Sitôt qu’on s’aperçoit de leur re-
traite, le capitaine de grenadiers de Valernot passe le
canal à la nage suivi de sa compagnie ,
et établit un
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 63
pont sur lequel le reste des troupes franchit du le bras
fleuve. Villars, dans sa lettre à Louis XIV, donne le
détail suivant qui montre l’émulation dont les vieux
corps étaient animés. « Champagne et Navarre alloient
« entrer dans des bateaux pour passer le bras du Rhin
M qui nous séparoit de l’île du Marquisat. Barbcrey,
« lieutenant-colonel de Navarre ,
qui commandoit le
« premier détachement de grenadiers ayant vu Pé-
,
« comme, lieutenant-colonel de Champagne, qui se
« cachoit pour se jeter à l’eau ,
s’y est jeté avec tous
« les grenadiers de Navarre sanscormoître aucun gué.
« Plusieurs se seroient noyés sans des branches d’ar-
« bres qui se trouvèrent fort heureusement. Cela seul
€ peint bien l’esprit de gloire de la nation françoise. »
En t707, Navarre, qui avait passé l’hiver à Lauter-
bourg, marche aux lignes de Stolhoffen, qui sont for-
cées le 22 mai. Le 21 juin il est à l’attaque des re-
tranchements de Lorch, où le général Janus est pris,
et le 22 il livre un nouveau combat à l’armée impé-
riale retranchée sous Gemunden. Le 8 août, le régi-
ment reçoit l’ordre de se diriger sur la Provence en-
vahie par le prince Eugène. Il part le même jour de
Graben ;
mais à son passage à Dole, il reçoit contre-
ordre et revient à Strasbourg.
En 1708 il va en Flandre et se trouve au combat
d’Audenaërde sans y prendre part. Pendant la retraite,
il est chargé d’escorter l’artillerie. Le 28 juillet, il est
détaché pour passer dans l’ile de Cadzan. Il
y parvient
à la faveur de la marée basse, s’empare de deux forts,
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64 HISTOIRE
détruit les lignes hollandaises, enlève 1 200 chevaux
et ramène des otages. Au mois d’octobre les grena-
diers vont au siège de Leffinghem qui est emporté
d’assaut. Le capitaine deSalles y est blessé. Pendant
le siège de Lille, Navarre reste au camp du comte de
La Mothe et établit ses quartiers d’hiver à Berghes.
Il demeure inactif jusqu’au mois de juillet 1709. Le
4 de ce mois, il prend avec les régiments de Charost
et de Laonnais la ville de Warneton sur la Lys. Dans
la sanglante journée de Malplaquet, sa brigade a la
droite de la seconde ligne d’infanterie et rétablit deux
fois le combat sur ce point après la défaite des Gardes
Françaises. Cette brave brigade et celle de Royal réus-
sissent encore à enfoncer l’ennemi, détruisent pres-
que complètement le régiment des Gardes Anglaises,
pénètrent jusqu’à une batterie de douze pièces qu’el-
les ne peuvent emmener et prennent onze drapeaux.
Navarre à lui seul battit successivement onze batail-
lons des alliés, leur prit neuf drapeaux et arracha de
leurs mains quatre drapeaux du régiment de La Mark.
Mais, pendant cefemps, la gauche pliaitet il fallut bat-
tre en retraite. Navarre fit l’arrière-garde sans être
inquiété. 11 ne perdit à cette bataille que deux offi-
ciers, les lieutenants Gurin et Bergerac. Au moment
décharger, un commandant de bataillon qui voyait
qu’il y avait fort à faire, dit à ses soldats de se recom-
mander à Notre-Dame de Frappe-Fort, patronne du
régiment, et qu’elle ferait encore un miracle pour ses
enfants.
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DE l’ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 65
Navarre servit encore en Flandre jusqu’au 12 Juin
1711. Il se rendit alors à l’armée du Rhin ;
mais l’an-
née suivante il fut rappelé en Flandre et prit une part
brillante à l’attaque des retranchements de Denain,
Il s’empara de neuf pièces de canon et emporta, l’épée
à la main, la redoute qui restait à l’ennemi en deçà de
l’Escaut. Quand le prince Eugène arriva sur le champ
de bataille, il lit attaquer cette redoute sans considé-
rer qui la défendait. y perdit quatre bataillons. L«
Il
lieutenant La Forest fut tué dans ce glorieux combat.
Navarre monta ensuite quelques gardes aux sièges de
Douai et du Quesnoy.
En 1713, il n’y avait plus rien à faire du côté des
Pays-Bas. Navarre passa à l’armée d’Allemagne, et le
25 juin il ouvrit la tranchée devant Landau du côté de
la Justice. Le 2 juillet, aidéd’Auxerrois et de Brendlé
suisse, il repoussa vigoureusement une sortie de 200 ca-
valiers et 400 grenadiers soutenus par cinq bataillons
et la refoula jusqu’aux palissades de la ville; mais le
feu terrible qui partit en ce moment des remparts tua
les capitaines de Pressac ,
Germanaud , Rochepot et
Ladue, ainsi que les lieutenants Poittiers, Branetant,
Saint-Cosme et Machinot. Le lieutenant-colonel de
Barberey et beaucoup d’officiers furent blessés :
300 soldats furent mis hors de combat. Le 17 juillet,
le commandant de bataillon du Mestrail fut dangereu-
sement blessé dans les tranchées (1). Le 1" août les
(I) Laurent du Mestrail, sous-lieutenant au corps en 1G88, major
BIST. DE l'aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 8
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(iO inSTOIRF.
greiiadiei-s emportèrent les trois lunettes du front d'at-
taque. Landau capitula le 22 et Navarre en prit pos-
session : c'était la seconde fois en dix ans. Il passa de
là au siège de Fribourg, où il fut employé à couvrir les
travaux. Après la paix de Rastadt il fut envoyé à Toul
où ses cadres épuisés par cette longue guerre furent
remplis par l’incorporation de cinq corps réformés
cette année. C’étaient les régiments de Thiérache, de
Valleraort, de Maisonthiers, de Hoccard etdeGassion.
Ce dernier régiment appartenaitau comte de Gassion,
colonel de Navarre depuis 1709 (I).
En 1710, le régiment se rendit à Lille. En 1717, il
était à Besançon et en 1 7 1 8 à Grenoble. En 1 7 1 9, on
l’envoya à l’armée d’Espagne où il couvrit les sièges de
Fontarabie et de Saint-Sébastien. 11 servit ensuite à la
prise du château d’Urgell où le lieutenant La Rontclle
fut tué.
Après cette courte guerre, Navarre fut cantonné
dans le Rouergue et le Gévaudan pendant la peste de
Marseille. Il se rendit de là dans la Franche-Comté,
puis en Alsace et enfin à Metz. Il travailla aux fortifi-
cations de Metz et de Tliionville (2) et fit partie du
camp de la Saône en 1727.
le 27 Kvrier 1714, lieutenant-colonel le o octobre 1716, brigadier
le 1" février 1719.
(1) Le comte de liassion tut fait brigadier le 29 mars 1710, ma-
réchal de camp le 1" février 1719, et lieutenant-général le 1" août
1 734.
(2) Connontaingne, qui dirigea une partie de ces trayaui, éUiit
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. fi7
Appelé en 1733 à l’armée du Rhin (1), il ouvrit le
19 octobre la tranchée devant Kelh, et fut envoyé
en quartiers d’hiver à Montpellier et dans les Cé-
vennes. Il revint au printemps sur le Rhin et était le
4 mai 1734 à l’attaque des lignes d’Ettlingen. 11 fit
ensuite le siège de Philisbourg où il n’eut qu’un ca-
pitaine de grenadiers blessé. En 1735, il combat le
19 octobre à Klausen : le capitaine de grenadiers de
Corberon et son lieutenant Clavery se firent tuer à
l’attaque du pont et du village de Rusenich sur la
Salm. Le 28 du même mois la brigade de Navarre,
avec celles de Bourbonnais, de Poitou et le régiment
suisse de Diesbach, forma un camp vis-à-vis de
Schwich pour contenir le corps du général Secken-
dorf.
Navarre rentré en France en 1736, resta quelque
temps à Metz. Il se rendit de là à Toul, et en 1737,*
il détacha son 2* bataillon à Lunéville pour servir de
garde au roi Stanislas. En 1738 le régiment fut à
Strasbourg, et l’année suivante il occupait les garni-
sons de Givet et Charlemont. Enfin, il était en 1741
lieuteoaot dans Navarre en 172S. Un très-grand nombre d'ingé-
uictirs ont compté [Link] Navarre comme ofnders è la suite.
(1) Le régiment avait alors pour colonel le marquis de Rambures,
qui fut fait brigadier le 1“ août 1734, et maréchal de camp le !•'
janvier 1740; et pour lieutenimt-colonel François de Louboy, sous-
lieutenant au corps en 1690, lieutenant-colonel le 8 juin 1729, et
brigadier le 20 lévriei' 1734.
Ü8 HISTOIRE
à SaarlQuis, quand il reçut l’ordre de passer en Ba-
vière.
11 avait alore quatre bataillons et formait la tête de
la 1" division de l’armce. Il s’avança jusqu’à Saint-
Polten, à trois lieues de Vienne. Surpris quelques
jours après par un parti de 800 hussards, au moment
où les soldats étaient occupés à rentrer dans le camp
de la paille et du bois, il fut en un clin d’œil sous
les armes et repoussa les Autrichiens. Dans cette
échauflourée, le caporal Beaulieu tua un hussard qui
mettait la main sur un drapeau. Ce brave homme
fut tué aussitôt d’un coup de pistolet par un officier
de hussards.
Après la prise de Prague, Navarre y resta en gar-
nison. Au mois 1742 il envoya ses grenadiers
d'avril
et son 4* bataillon au siège d’Egra. Le 25 mai, la
brigade de Navarre se couvrit de gloire au combat de
Sahay. Elle avait la tête de la colonn'e qui devait at-
taquer ce village. Trompée par des paysans qui affir-
maient qu’il n’y avait pei’sonne dans Sahay, tandis
qu’il y avait 500 Pandours cachés dans les maisons,
elle pénètre dans la grande rue. A peine engagée,
elle est assaillie par une grêle de balles. Les soldats,
indignés de la tromperie des paysans, mettent le feu
au village et les Pandours sont tous brûlés, à l’ex-
ception de dix-sept. Navarre perdit là 100 hommes
et parmi eux les capitaines d’Aigrefeuille et de Mélac
et le sous-lieutenant de Gassin. Un autre sous-lieu-
tenant, M. de Bérat, eut un bras emporté. Le 1
5 juin,
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE 69
le régiment fut attaqué par le prince de Lobkowifz
dans Krumau où il était cantonné et fit une belle re-
traite à travers les montagnes.
Après la défection du roi de Prusse, l’armée fran-
çaise fut obligée de se retirer sous Prague. Navarre
qui n’avait plus en ce moment que 158 hommes va-
lides présents sous les drapeaux, après un court sé-
jour au village d’Ovencz, entra dans Pendantla ville.
ce célèbre siège, il donna de nombreuses marques de
sa valeur. Dans la sortie du 18 août, la brigade de
Navarre fit 250 prisonniers et encloua ou brisa plus
de trente pièces d’artillerie, malgré la présence de
800 miliciens qui prirent la fuite à la première dé-
charge et qu’on fut obligé de fusiller pour les ra-
mener au combat. Navarre rentra dans Prague avec
deux canons que les soldats traînaient à bras. Le 22,
dans une autre sortie, il chargea à la baïonnette deux
régiments de dragons autrichiens qui combattaient
à pied et les écrasa. Quelques jours après, le sous-
lieutenant La Tour, avec vingt grenadiers soutenus
par le reste de la compagnie, attaque
la redoute ap-
pelée le Pot-aux-Moineaux que les deux partis se
disputaient depuis longtemps. La Tour en délogea
l’ennemi et celui-ci ne fit plus de tentative pour y
rentrer.
Après la levée de ce siège, où il perdit les capi-
taines Dorellis, La Girardière, d’Espalongue, Falèche
et du Sauzay ; les lieutenants de Brie, de Vauguar et
La Passe, Navarre sortit de Prague le 22 septembre
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70 HISTOIHE
avec les brigades de Piémont, d’Anjou, d’Orléans et
de Rochechouart. Le maréchal de Broglie voulait at-
taquer le camp du général Festelilz près du parc de
l’Empereur et s’emparer d’un pont de bateaux établi
à Rostock sur la basse Moldau. 11 réussit dans les
deux projets ;
les troupes de Festelitz furent enfon-
cées et poursuivies près d’une lieue et l’on se rendit
maître du pont (1).
Navarre partagea les fatigues de la pénible retraite
du maréchal de Bellisle. Arrivé à Ëgra le 25 dé
cembre, il en partit le 2 janvier 1743 et alla prendre
ses quartiers dans le haut Palatinat de Bavière. Il
entra dans Strasbourg au mois de mars. 11 était ré-
duit à moins de 1 l'OO hommes, presque tous mili-
ciens. Le roi lui accorda de nouvelles milices pour
se compléter, et au mois de mai il rallia l’armée du
maréchal de Noailles. Il se trouva au combat de Det-
tingen y occupait la gauche de la première ligne
et
d’infanterie. Il passa un marais qu’il avait sur son
front et entra dans un bois où l’ennemi appuyait sa
droite. Il s’avançait pour le charger quand il reçut
l’ordre de s’arrêter. Exposé là, pendant plus de deux
heures, au feu meurtrier de huit pièces, il tint ferme
(1) Le comte de Morlemarl, colonel de Navarre & celte époque, fut
fait lirigadier le 20 février 1743. 11 quitta le service en 174S, et de-
vint due de Mortemart et prince de Tonnay-Charente.
Pierre Picquet de Dourier de Cambron, cadet en 1703, major le
24 décembre 1735, fut nommé lieutenant-colonel le 14 juillet 1744,
et brigadier le 20 mars 1747.
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DE l’aNCIEKNE INFAirrERIE FRANÇAISE. 71
jusqu’à la retraite générale. Cette Journée lui coûta
200 hommes et les capitaines du Chaffaut et Boëtier :
le capitaine Noguès-Dassat, qui devint lieutenant-
colonel en 1762, y reçut un coup de biscaien au côté
gauche.
Après avoir repassé le Rhin à Worms, le régiment
alla joindre l’armée que le maréchal de Coigny com-
mandait dans la haute Alsace. 11 se rendit en Flan-
dre au mois de novembre et eut ses quartiers d’hiver
à Calais et Ardres.
En mars 1744, il entre dans Dunkerque pour y
remplacer les troupes qui venaient de s’embarquer
pour une expédition en Écosse. Mais cette expédition
ayant manqué, il quitte Dunkerque pour se rendre
au siège deFumes où il ouvre la tranchée le 7 juillet.
Il accompagne ensuite Louis XV dans sa marche
sur le Rhin et contribue à la défaite de l’ennemi à
Augenheim, le 23 août, et à Suffelsheim le lende-
main. Il va de là au siège de Fribourg, où il perd les
capitaines de Bruc et de Fougerolles et les sous-
lieutenants Darberat etRandon. Il hiverna à Binghen
et Kreutznach sur gauche du Rhin.
la rive
En 1745, Navarre, après avoir occupé quelque
temps Weilbourg, joignit l’année du prince de Conti,
où il ne se passa rien de mémorable. Après la levée
du camp de Mutterstadt, il vint à Landau et hiverna
à Saarlouis.
L’année suivante, la guerre continuant d’être
poussée avec activité en Flandre, Navarre fut détaché
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72 HISTOIRE
avec d’autres corps de l’armée du Rhin, sous les or-
dres du comte d’Estrées, et se rendit au mois de mai
à Maubeuge. Ce corps était destiné à inquiéter Mons,
Namur et Cliarleroi, places qu’il assiégea plus tard.
Quelques soldats de Navarre furent cause de la capi-
tulation de Charleroi. Le 2 août, des travailleurs ne
voyant personne sur chemin couvert, se glissent
le
dans le fossé, trouvent une poterne ouverte et pé-
nètrent dans la ville, n’ayant d’autres armes que des
pelles et des pioches. Le gouverneur, averti que des
Français sont dans la place, perd la tête et demande
à capituler. Le roi nomma brigadier le marquis de
Stainvillc, colonel de Navarre, qui lui apporta cette
bonne nouvelle (1). Le régiment acheva la campagne
sous Maurice de Saxe et se trouva le 1 1 octobre à la
bataille de Rocoux. Il faisait partie de la division du
marquis d’Hérouville qui attaqua l’angle gauche du
(I) Nous iaclinoDS à penser que ce fut à cette occasion que l'on
fit cette célèbre chanson de caserne, qui résume si bien la gaîté,
l'insouciance et le patriotisme désintéressé du soldat français ;
Pour prix de mon courage sans égal,
*
Mon colonel fut nommé général.
Je m'en f..., etc.
Le marquis de Stainville, si célèbre depuis comme premier mi-
nistre de Louis XV, sous le nom de duc de Choiseul, fut fait brigadier
le 2 août 1746, maréchal de camp le 10 mai 1748, lieutenant-géné-
ral le 17 décembre 1769, et colonel général des Suisses, le24féTrier
1762.
Son successeur au commandement de Navarre, le duc de Boufflers,
fut fait brigadier le 10 mai 1748.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 73
village de Rocoux et la droite de celui de Varoux,
pour passer entre les deux. Navarre, en tête de la
colonne, culbuta l’ennemi, et le mena battant une
demi-lieue. Un donné mal à propos, qui força
ordre,
le régiment quelque
à s’arrêter temps à demi -portée
de fusil de l’ennemi, l’exposa à un feu terrible d’ar-
tillerie et de raousqueterie et fut cause qu’il perdit
beaucoup de monde. Enfin s’étant rendu maître des
haies du villagede Varoux, il chassa l’ennemi de
verger en verger jusqu’aux dernières maisons. Navarre
eut dans cette bataille 300 hommes mis hors de combat.
Parmi les morts on comptait les capitaines de Belloy,
de Mauny, de Panay, de Rassay, Bonafous et Malpoix
et le lieutenant Godechard le capitaine Noguès eut
:
un coup de feu au genou droit, le lieutenant de
Montval, lieutenant-colonel en 1769, reçut une balle
à la cuisse. Quelque temps après, le régiment fut en-
voyé à Nancy où il forma un 5* bataillon.
Pendant les premiers mois de 1717, il occupa Ma-
tines et ses environs avec d’autres corps, et il rejoi-
gnit à la fin de juin l’armée du maréchal de Saxe. Â
la bataille de Lawfeld, il était en réserve sur les hau-
teurs de Heerderen. Pendant la quatrième attaque
du village de Lawfeld, le roi voyant les alliés mettre
en mouvement leurs réserves pour soutenir leurs
troupes engagées, donna l’ordre aux brigades de Na-
varre, de Custines, d’Auvergne et de La Cour au
Chantre de se porter en avant. Mais em-
le village fut
porté avant leur arrivée en ligne. Après la campagne,
Navarre retourna à Nancy.
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74 ISTOIRE
En 1748, il est au siège de Maëstricht et &it par-
tie du corps d’armée du maréchal de Lowendhal qui
attaque cette place par la rive gauche de la Meuse.
Il
y essuie une vigoureuse sortie. L’ennemi avait déjà
pénétré jusqu’aux batteries et y enclouait le canon,
quand le capitaine d’Hierville, rassemblant quelques
hommes, l’arrête et donne le temps au régiment
d’arriver. L’ennemi fut repoussé.
Après la paix d’Aix-la-Chapelle, Navarre entre
dans Malines. 11 passe en septembre à Anvers et re-
vient enfin au mois de décembre en France. 11 oc-
cupa d’abord la garnison de Valenciennes, puis celle
de Sedan en 1749, de Metz en 1750, de Strasbourg
en 1752, de Montpellier et Lunel en 1754. En 1755
il est au camp de Valence et à la séparation des trou-
pes il se rend à Saarlouis.
Au printemps de 1756, il part pour la Bretagne
menacée d’une descente des Anglais, et fait partie du
corps aux ordres du duc d’Aiguillon, qui campe près
de Saint-Malo. Le lieutenant de grenadiers Saint-
Étienne, caché avec vingt-quatre volontaires dans
une barque que conduisait un pêcheur de Cancale,
se laisse approcher par un cutter anglais qui depuis
longtemps troublait la pèche. L’Anglais bêle la bar-
que qui laisse arriver, mais au moment où les deux
bâtiments sont bord à bord, les volontaires de Na-
varre s’élancent sur le pont du cutter et s’en rendent
maîtres.
Le régiment passa l’hiver à Morlaix et Saint-
Brieuc et se rendit en 1757 à l’armée du maréchal
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DE l'aNCIEKME I5FANTERIE FRANÇAISE. 75
d’Estrées. À la bataille d’Haastembeck, 26 juillet,
le
la brigade de Navarre était sous les ordres de Che-
\ert et fut chargée de tourner la gauche de l’ennemi
par montagne de Nimerim. Les grenadiers s’y dis-
la
tinguèrent beaucoup. Le colonel comte du Châtelet-
Lomond (1) fut blessé dès le commencement de l’action
d’un coup de feu dans le bas- ventre. Les capitaines
d’Ablancourt et La Vie y furent tués, ainsi que le
lieutenant deForteuil. Les capitaines Dortez, Lefrus,
Bortier, Gassabé, de Bonce, Coquabanne et six au-
tres officiers furent blessés. Le régiment perdit, en
outre, quatre-vingts soldats, presque tous grenadiers.
Après la campagne il eut ses quartiers à Embeck. Il
en sortit au mois de décembre après que les alliés eu-
rent violé la convention de Closterseeven pour se
rendre sur le bas Weser, et revint bientôt à Embeck.
En 1758, l’armée rétrograda sur le Rhin et Na-
varre fut cantonné à Meurs. Le 23 juin il se trouvaU
à de Crefeld sans y prendre beaucoup de
la bataille
part. Il y perdit cependant le lieutenant La ieannie.
Le régiment se distingua quelques jours après à l’af-
faire de Luynen, et au mois de septembre les grena-
diers firent des prodiges de valeur au combat -livré
près de l’abbaye de Borck. Les capitaines Saint-Privé
et d’Aubœuf y perdirent la vie. Navarre eut cette an-
née ses quartiers d’hiver à Cologne.
En 1759, il est à la bataille de Minden. Après une
(I) C'est celui qui fut le dernier colonel des Gardes Françaises.
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76 HISTOIRE
attaque infructueuse sur le \illage d’Hyic, il fut obligé
de battre en retraite à travers les montagnes. Cette
marche fut très-pénible; mais les grenadiers, aux or-
dres de M. de Saint-Victor, surmontèrent tous les
obstacles et permirent au régiment de rejoindre l’ar-
mée sans grandes pertes. Dans ces diverses affaires,
il n’y eut que deux officiers blessés, les capitaines
Morival et Desmarens. Un sergent, nommé Lebrun,
sauva les registres de l’état-major par sa bravoure. Il
fut fait officier. Navarre après cette rude campagne
passa l’hiver à Aschaffembourg.
En 1760, il rejoint l’armée à Gruraberg et fournit
des détachements pour les sièges de Marbourg et de
Dillembourg. 11 était le 10 juillet à l’affaire de Cor-
bach. Chargé par le maréchal de Broglie d’attaquer
les hauteurs où le prince héréditaire de Hesse ap-
puyait sa gauche et qui étaient défendues par seize
pièces de canon, il s’en approche à la faveur des bois.
Il est accueilli par une décharge à mitraille et forcé
de reculer. Alors les grenadiers et chasseurs réunis
sous le commandement de M. de Saint-Victor débou-
chent avec vivacité, ne donnent pas le temps aux ca-
nonniers de mettre le feu à leurs pièces, s’en empa-
rent et les forcent à prendre la fuite. M. de Kergru,
cadet âgé de 16 ans, s’élança le premier et tua d’un
coup de baïonnette un canonnier qui allait faire feu.
Le 31 août, Navarre combat encore à Warbourg. Les
volontaires se distinguèrent aussi dans plusieurs oc-
casions, sous la conduite de MM. de Brécourt et de
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 77
Sion. Ce dernier fui tué. À la fin de la campagne, le
régiment fournit 200 hommes à la garnison de Got-
tingen, et entra en quartier d’hiver à Cassel. Les gre-
nadiers et chasseurs réunis restèrent cantonnés sur le
Weser. Le 22 décembre, ils enlevèrent Heiligenstadt
et mirent cette place hors d’état d’être défendue.
Au mois de janvier 1701, d’heureux coups de main
les rendirent maîtres de Duderstadt et de Statlworbes.
Le lendemain de la prise de celte dernière ville, l’en-
nemi qui avait reçu des renforts, vint les attaquer.
Deux compagnies de chasseurs le chargent à la baïon-
nette et le repoussent. Une de ces compagnies perdit
dix hommes. Cependant ce détachement, trop faible
pour garder toutes ses prises, fut obligé de les éva-
cuer, et rallia le régiment à’ Cassel. Cette place fut
investie le 15 février par le comte de La Lippe, à la
tête d’une armée de 20,000 hommes (1).Dans la nuit
du 6 au 7 mars, on fit une sortie. Les 1" et 3* ba-
taillons de Navarre étaient en tête de la colonne de
gauche, qui chassa l’ennemi des deux parallèles et
s’empara de deux batteries, l’une d’obusiers et l’autre
de canons. Les obusiers furent emmenés dans la
place ;
les canons furent encloués, leurs affûts brisés,
les batteries rasées et les tranchées comblées. Le lieu-
tenant Dassat pénétra même avec l’avant-garde jus-
(I) Le comte de Gunes, qui obtint le régiment le 20 février, était
brigadier de [Link], et fut fait maréchal de camp le 3 janvier
1770.
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78 HtSTOIRE
qu’au dépôt de l’artillerie et le bouleversa. Cette
avant-garde perdit beaucoup de inonde et surtout
plusieurs excellents bas-officiers. Le capitaine de Sou-
langes et le lieutenant de chasseurs Saint-Loüet furent
tués dans cette sortie (1). Le 22, une nouvelle sortie fut
tentée par la garnison ;
elle coûta la vie au capitaine
de grenadiers de Yerlamont. A la défense de la re-
doute de Warbourg, le régiment perdit encore M. de
La Touche. L’ennemi fut obligé de lever le siège de
Casse], et fut harcelé dans sa retraite par cette éner-
gique garnison.
Navarre se rendit alors à Aschaffembourg, et il
rallia en juillet l’armée du maréchal de Broglie. Il ne
prit aucune part aux affaires de Villingshausen; mais
le 3 septembre, il contribua à la prise du château de
Sabbaborg. Après un grand nombre d’expéditions par-
tielles et insignifiantes auxquelles il fut mêlé, le régi-
ment eut ses quartiers à Rothembourg et Hom-
bourg.
Il campagne de 1762 sous les maréchaux
fit la
d’Estrées et de Soubise. Le jour de l’affaire de Gre-
benstein, il était placé à Immenhausen pour faciliter
la retraite. Le capitaine Martincourt y fut blessé.
Peu de temps après, Navarre fut chargé de faire en-
(t) Jean-François Noguès-Dassat, dont nous atons déjà signalé le
nom, était alors capitaine de grenadiers, et eut dans cette affaire la
fesse droite emportée par un boulet, et les doigts coupés par une
balle. Enseigne dans [Link] 17.33, il parvint à la charge de lieu-
tenant-colonel le 23 mars 1762.
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DE l’ancienne infanterie française. 79
il’er un convoi dans Ziegenheim. Il fallait se porter à
neuf lieues sur les derrières de l’ennemi. Il réussit
dans l’objet principal de sa mission; mais attaqué au
retour,il ne parvint que par les plus habiles ma*
nœuvres à échapper à toute une armée acharnée à sa
poursuite. Après la prise du château d’Araenebourg,
il fut encore détaché aux sources de la Lohn où il Unit
la campagne et la guerre. Le lieutenant de Morlain-
court fut le seul officier tué en 1762.
Navarre rentra en France au mois de décembre et
fut il resta jusqu’en 1766. Ap-
envoyé à Verdun, où
pelé cette année au camp de Compiègne, il se rendit,
au mois d’août, après les manœuvres, à Cambrai et
Bouchain (1). Il fut à Rouen en avril 1768, occupa
les garnisons de Valenciennes, Maubeuge et Le Ques-
noy depuis juin jusqu’en août 1769, et se rendit
alors à Metz. En janvier 1774, il partit pour la Nor-
mandie et y occupa les villes de Bayeux, Carentan,
Caen, Rouen et Valognes. De retour à Metz, le 16 oc-
tobre 1772, il y demeura jusqu’en octobre 1774, et
se rendit alors à Douai. Le 4* bataillon s’embarqua
l’année suivante pour la Guadeloupe, où il arriva le
23 novembre.
(I) Le comte de Rochechouart, colonel en 1768, fut fait brigadier
à la promotion du 1*' mars 1780,etmarécha1 de camp à celle du 20
mars 1784.
Christophe-André de Moutval, lieutenant-colonel le 30 décembre
1769, fut fait colonel en 2* d’ Armagnac le 8 avril 1779, et brigadier
le 1" mai 1780.
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80 HISTOIRE
En 1776, Navarre fut partagé en deux régiments.
Les 1" et 3* bataillons continuèrent le vieux Navarre;
les 2* et 4* formèrent le régiment d’Armagnac, qui
conserva les drapeaux feuille-morle de Navarre, mais
sans les armoiries.
Navarre, dont l’uniforme avait consisté jusque-là
dans un habillement complètement blanc, avec les
boutons et le galon de chapeau en or, les poches en
travers et carrées, avec sept boutons sur les poches et
cinq sur les parements, prit le collet, les revers et les
parements bleu céleste avec les boutons d’or et le
casque en cuir bouilli. Armagnac ne différa de lui
que par le collet aurore et les boutons blancs.
RÉfilNtKT DE NAVARRE.
o' RÉGIMENT u’iNFANTERIE.
[Link] OU MESTRES DE CAMP.
1. Comte DE ROCHECHOUART (Emmcry-Louis Roger), 26 décembre
1768.
2. Chevalier de JERNINGHAM (Charles-Louis de Barfort), !•' jan-
vier 1784.
3. Marquis de MORTEMART (Viclurnin-Bonaventiire-Vicfor de Ro-
chechouarl), 20 mai 1784.
4. DE VOUILLÉRES (François-Charles Labbe), 23 juillet 1791.
5. GUÉNAUD (Louis-Charles), 26 octobre 1792.
Le régiment de Navarre se rendit en octobre 1776
à Toulon et s’y embarqua au mois d’août 1777 pour
la Corse. Il était de retour sur le continent au mois
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DE l’ancienne INFANTBEIB FRANÇAISE. 81
de septembre 1778, et après quelques semaines d
séjour à Toulon et Marseille, il fut envoyé à Besançon,
où il îprrivale 14 décembre. En juin 1779, il fut dirigé
sur Rouen ;
il passa l’année 1780 sur la côte, partagé
entre Rouen, Le Havre et Montivilliers, et après s’être
réuni pendant l’hiver à Rouen, il se mit en route pour
Rennes, en septembre 1781. A la fin de 1782, il était
à Saint-Brieuc et Lamballe. Lorsque la paix fut faite,
en avril 1783, il se rendit à Cambrai, qu’il quitta en
mars 1787 pour Dieppe et le Havre, et il fut établi à
Rouen au mois de novembre de la même année (1).
En garnison dans cette ville pendant les moments
les plus diffîciles de la révolution, le régiment, au
milieu d’une population agitée, se distingua par son
calme, sa discipline et son dévouement à la Conslitu-
tution. Il prêta solennellement, le 7 février 1790, son
serment d’obéissance à l’Assemblée nationale.
Au mois de juin 1790, le 1" bataillon fut envoyé au
Quesnoy 2' au mois de décembre.
;
il
y fut rejoint parle
En janvier 1 7 9 1 , le régiment se rendit à Valenciennes,
et lorsque les hostilités commencèrent, au mois d’avril
1792, il avait un bataillon à Valenciennes et l’autre à
(i) Le cbevalier de Jernioghatn, mestre de camp en 178i, était
brigadier du i" mars 1780; il fut fait maréchal de camp le 20 mai
178A. Le marquis de Mortemart, son successeur, obtint le grade de
brigadier le 20 mai 1784, et celui de maréchal de camp le 28 mars
1791. M. deVouillères était lieutenant-colonel de Navarre depuis le
10 mai 1782, quand il en fut fait colonel. 11 obtint le grade de ma-
réchal de camp le 26 octobre 1792.
HIST. DE l’[Link]. infanterie française. T. III. B
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82 HISTOIRE
Gondé, présentant ensemble uneiïectif de 1 526 hommes.
Le 17 mai, le 1" bataillon combattit bravement
à l’affaire de Jalin, et le 29, un sei^ent, nommé
Rousselot, se couvrit de gloire au combat de Marcon,
près Gondé. Attaqué par plus de 100 houlans et ,
n’ayant avec lui que huit jeunes soldats de recrue, ce
vaillant sous-officier soutint l’attaque, après avoir fait
cette courte harangue, aussi simple, aussi énergique
que celle de La Rochejacqueleiu. « Si je recule,
tuez moi : si quelqu’un recule, je le tue... » Gette pe-
tite troupe ,
en se retirant sur Gondé , fit un mat
extraordinaire à l’ennemi. Rousselot seul brûla plus
de quarante cartouches et reçut vingt balles de pisto-
let dans son chapeau et ses habits. Un de ses hommes
se sentant blessé, lui dit : « Sergent, j’ai, je crois, la
jambe cassée. — Marches-tu encore? — Oui. — Eh
bien ! recharge ton fusil. » La petite armée de Rouæe-
lot rentra dans Gondé à la vue des houlans et n’eut
que trois blessés. L’irttrépide sergent, fier de ses re-
crues, disait : «Âh! ils ont joliment travaillé... » Ge
brave fut fait officier par Rochambeau, et la société
des Amis de la Gonstitution de Valenciennes, lui
donna une épée.
Ap rès la levée du siège de Lille en octobre, un
détachement de Navarre se distingua à la reprise de
Marchiennesetd’Orchies. Bientôt, le régiment fut ap-
pelé à l’armée de Dumouriez ; il se distingua le 5 no-
vembre à la bataille de Jemmapes et contribua à la
conquête de la Belgique.
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 83
Au mois de janvier 1793, il avait son 1*' bataillon
à Metz, et le 2* à Valenciennes. A la reprise des
hostilités, le t" fit partie de l’année des Ardennes,
et le 2' combattit à rarmée du Nord. Celui-ci se
distingua d’une manière toute particulière au mois
d’août à l’attaque de Lannoy et de ïurcoing et aux
combats livrés autour du Quesnoy. Dans la première
de ces affaires, le grenadier Louis Boutry perd un
bras. «N’imporle, s’écrie-t-il, m’en reste encore un
il
pour la République. » Au Quesnoy, le soldat Duquesne
est atteint par un boulet qui lui fracasse la jambe.
Il refuse tous les secours. « Une seule chose m’af-
flige, dit-il à ses camarades, c’est de ne pouvoir
concourir avec vous à la reprise de Vajenciennes. »
Ce brave bataillon fit partie des 10,000 hommes de
l’armée du Nord que le général Cordellier conduisit
dans la Vendée. Il arriva sur ce nouveau terrain
le 29 frimaire an II, et prit part aux dernières
opérations de cette grande lutte. Réduit à 420 hom-
mes, il se fit particulièrement remarquer le 5 jan-
vier 1794 à la prise de Noirmoutiers où fut anéantie
la bande de d’Elbée.
Après la pacification de la Vendée, le 2* bataillon
de Navarre alla renforcer l’armée des Alpes, et dès
son arrivée sur cette frontière, le 31 mars 1793, il
fat versé dans la 10* demi-brigade de ligne.
Le 1" bataillon avait été amalgamé, le 21 dé-
cembre 1794, à l’armée des Ardennes où il avait
continué de servir, dans la 9* demi-brigade. Celle-ci
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84 BISTOIRB
fit partie de l’armée de Sambre-et-Meuse jusqu’à la
fusion , opérée pour cette armée le 1 6 floréal an FV.
RÉGIMENT U'ARHIGNAC.
6' RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OV MESTRES DE CAMP.
1. Comte de LOWENDHAL (Fiançois-XaTier), 18 avril 1776.
2. Marquis de LIVAROT (Louis-Nicole), 8 avril 1779.
3. Chevalier de GRIMALDI (Jean-Baptiste-Anloine-Marie-Hilarion-
Pacôme), 10 mars 1788.
4. DE CAPPY (Jean-Baptiste-Marie-Joseph-Florimond), 21 octobre
1791.
5. LHLTLLIËR DE ROUVENAC (Jacques- Thomas), 23 novembre
1791.
6. CLÉDAT (Piefre), 29 juin 1792.
Dans le court espace de vingt années qu’il a vécu,
le régiment d’Armagnac s’est acquis une grande
gloire. On a vu qu’au moment de sa formation, son
2* bataillon était à la Guadeloupe. Tout faisait alors
présager la guerre avec l’Angleterre. Le 1“ bataillon
était allé à Calais en juin 1 776. Il passa de là à Dinan
et Saint-Servan au mois d’octobre ; en septembre 1 777,
il se rendit à Brest et il s’y embarqua le 9 octobre
pour passer lui aussi dans nos colonies d’Amérique^
Le régiment débuta le 18 décembre 17 78 au combat
de Sainte-Lucie ;
le capitaine de Villers
y trouva la
mort; le lieutenant-colonel Feydeau de Saint-Chri-
stophe, le lieutenant de Servilange et le sons-lieutenant
des Ecures y furent blessés.
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1>B l.’A^’l;lK^i^E l^^'A^THRI^: FHAAÇAISE. 8o
Kn 1779, un fort dcfachenient était embarqué
sur la flotte du comte d’Estainj» lorsque, le coup
de vent du 2 septembre ayant désemparé la plupart
des vaisseaux et les ayant forcés à se réfugier sur les
côtes des États-Unis pour s’y radouber, l’amiral
eut l’idée, pour occuper les troupes, de faire le
siège de Savannah. Celte opération n’eut point de
succès, mais elle servit à faire ressortir le courage de
nos soldats. Armagnac y ouvrit la tranchée le 15 sep-
tembre, et le 24 il repoussa victorieusement une
sortie des Anglais. Le 9 octobre, les assiégeants
tentèrent une attaque sur les retranchements, mais
après un combat acharné, où périrent les sous-lieu-
tenants Molard et Nairne de Stanlay, les Français
furent repoussés et ils se rembarquèrent le 20. Les
capitaines Voulan, Grillières et Bonnier avaient été
grièvement blessés dans le cours de ce siège. En 1780,
un autre détachement d’Armagnac était sur la flotte
du comte de Guichen et assista aux combats livrés à
l’amiral Rodney les 17 avril, 15 et 19 mai. Le lieu-
tenant d’Hédouville fut tué dans une de ces rencon-
tres. En 1781, 150 grenadiers et chasseurs embar-
qués le 8 mai sur l’escadre du comte de Grasse
contribuèrent à la conquête de Tabago. Les capitaines
de Tarragon et Ristainy s’y distinguèrent.
L’année 1 7 82 fournit au régiment des occasions plus
importantes. Un détachement s’embarque dès les pre-
miers joursdel’annéesurrescadreducomtedeKersaiut
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86 HISTOIRE
et s’empare le 1" février de la colonie hollandaise de
Demerari, et le 6 de celle d’Essequiho. Un second
délaclieinent, en garnison sur les vaisseaux du comte
de Grasse, se trouve aux terribles combats des 9 et
12 avril. Le lieutenant La Brosse et le porte-drapeau
Dnmarchais sont blessés sur le Languedoc; le sous-
Tenneguy sur la Couronne et le capitaine
lieutenant
d’Aymard de Ville l’est très-grièvement sur le Dia-
dème.
La partie principale du régiment contribua à la
conquête de l’ile de Saint- Christophe, et le bulletin
de cette brillante expédition, cita parmi ceux qui se
distinguèrent le colonel de Livarot, le lieutenant-
colonel Feydeau, les capitaines .de Tarragon etde
Grillières, les lieutenants Dumont, des Ecures, Charpy
et Descressonnières.
Un 4“ détachement d’ Armagnac s’était rendu dans
le même temps à Saint-Domingue où se préparait une
expédition secrète confiée au capitaine La Peyrouse.
Cet illustre marin fit voile le 31 mai du Cap-Français
avec le Sceptre de 74 et les frégates l’Astrée et
l’ Engageante de 36 canons. A bord de ces vaisseaux
se trouvaient 250 hommes d’élite des régiments d’Âr-
magnac et d’Auxerrois et 40 canonniers du régiment
de Metz. L’expédition arriva heureusement le 17 juil-
let dans la baie d’Hudson, mais à peine était-elle
engagée dans baie qu’elle y fut cernée par les
la
glaces. On arriva enfin le 8 août devant le fort du
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DE l’ancienne INPANTERIE FBANÇAISE. 87
Prince de Galles. On mit les chaloupes à la mer. et le
détachement d’infanterie aux ordres du major de
Rostaing prit terre sans obst<acle à trois quarts de lieue
du fort. Le gouverneurse rendit à la première somma-
tion, et le fort fut dé[Link] 1 1 La Peyrouse se dirige
,
sur le fort d’York, chef-lieu des établissements anglais
dans la baie d’Hudson, situé dans une île delà rivière
Nelson. Un bâtiment de 26 canons était embossé dans
Le 21 août, l’infanterie opère son débar-
la rivière.
quement. Ces 250 braves abordent l’île, en traversant
un quart de lieue de vases découvertes par la marée,
et arrivent auprès du fort après des fatigues inouïes
Les portes du fort d’York s’ouvrent devant ein
comme du fort du Prince de Galles. Ils y font
celles
prisonniers tous les chefs des établissements anglais
et se rembarquent le 1" septembre après avoir fait
éprouver à l’ennemi une perte de plus de deux mil-
lions.
Après la signature de la paix. Armagnac revint en
France. Débarqué à Lorient le 21 juillet 1783, il fut
immédiatement dirigé sur Thionville. Il passade là, en
octobre 1785, àSaarlouis, qu’ilquittaauboutde quel-
ques jours pour se rendre à Saint-Lô et Valognes, où il
demeura deux ans. Le 1 ''janvier 1788 il arriva à Lille
et il fit partie du camp de Saint-Omer en septembre.
Au mois de juin 1789, pendant les premiers mouve-
ments de Paris, il s’avança jusqu’à Soissons, qu’il ne
quitta qu’en mai 1790 pour aller à Condé. Envoyé
à Givet en octobre, et se rendit à la
il
y passa l’hiver
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88 HISTOIRE
fin de 1791 à Loiigwy, dont il releva les fortitica-
tions (I).
Le 1" mai 1792, fort de 1,455 hommes, il entra
dans Thionville, mais il
y resta peu de temps. Au
début de la guerre il vint à Metz et détacha les gre-
nadiers du 1“ bataillon à l’armée des Ardennes.
Ceux-ci se distinguèrent le 23 mai au combat d’Hanip-
tinne près de Florenne et à la défense du village de
Saint-Aubin. Après la retraite de l’armée prussienne,
le 1" bataillon tout entier passa à l’armée du Nord et
contribua à la belle défense de Lille. Il servit ensuite
à la conquête de la Belgique, et après la bataille de
Neerwinden, au mois d’avril 1793, il entra en gar-
nison à Condé. Il
y fut fait prisonnier le 13 juillet
par suite de la capitulation de cette place. Échangé
seulement en 1795, il fut appelé à faire partie de
l’armée de l’Intérieur dans un moment où la discus-
(1) Le comle de Lowendhal, 1*' colonel d'Arniagnac, avait com-
mandé un régiment allemand dans la guerre de Sept Aus ;
il était
brigadier du 3 janvier iTîO, et fut fait maréchal de camp le 8 avril
1779.
M. de Livarot parvint au grade de maréchal de camp le 9 mars
1788.
Le chevalier de Grimaldi devint maréchal de camp le 1“' mars
1791.
M. de Cappy fut fait colonel de la Maison militaire du roi, le 13
novembre 1791.
François-Joseph, chevalier de Saint-Jean de Pointis, enseigne dans
Navarre en 1762, et lieutenant-colonel d’ Armagnac, le 18 mai 1792,
fut fait général de brigade le 8 mars 1793.
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DE l’aXCIENNE INFAXTEKIE FRANÇAISE. 88
sioii d’une nouvelle Coaslilution faisait craindre des
troubles à Paris, et il entra directement en 1796 dans
la composition de la 28' demi-brigade de nouvelle
formation. La 11* ancienne n’a existé que sur le
papier.
Le 2* bataillon d’Armagnac que nous avons laissé
à Metz en 1792, servit cette année à la défense de
Thionville. Le lieutenant-colonel Berthaut y fut
grièvement blessé le 6 septembre par un éclat de
bombe. Le bataillon contribua ensuite sous Custines
à la conquête du Palatinat et fut rais en garnison à
Mayence. Après l’admirable défense de cette ville, il fit
partie de cette terrible colonne mayençaise, qui ne
pouvant plus, par suite de la capitulation, servir sur
le Rhin, fut envoyée dans la Vendée où elle devait
en peu de temps changer la face des affaires. A son
passage à Nancy, le 4 août, on lui lut le décret, voté
le 1" sur la proposition de Thuriot, qui déclarait que
la garnison de Mayence avait bien mérité de la patrie.
Le bataillon arriva le 23 août à Saumur et fut im-
médiatement envoyé à la poursuite des Vendéens qui
venaient de passer sur la l ive droite de la Loire.
Il se trouva aux affaires de Granville, de Pontorson,
d’Entrames et de Dol, et se distingua par-dessus
toutes les autres troupes le 12 décembre à la bataille
du Mans. Le succès de la journée allait être compro-
mis par la fougue imprudente de Westermann, chef
de la légion germanique, quand les bataillons d’Ar-
magnac et d’Aunis arrivèrent pour rétablir les affaires.
90 HISTOIBE
Ces braves soldais laissent fièrement passer a leur
droite et à leur gauche les fuyards de la garde na-
tionale qu’ils regardent avec mépris, puis battant
la charge, ils fondent sur les Vendéens et les mettent
en fuite. Le lendemain la bataille recommence plus
furieuse. Les républicains attaquent la ville. Wester-
mann sollicite et obtient de Marceau l’ordre d’attaquer
le premier. Il force le passage du pont de la Sarthe
à la tête des grenadiers d’Armagnac. Quelques canons
mis en batterie par les royalistes arrêtent un moment
les vainqueurs. A dix heures du soir, Westermann
renouvelle l’attaque et pénètre dans la ville où s’en-
gage une lutte corps à corps. Les soldats d’Armagnac
renversent tout ce qui s’oppose à leur passage, et les
Vendéens fuient en désordre sur la route de Laval.
Le bataillon les poursuit sans relâche et contribue
enfin le 23 décembre à l’anéantissement de la grande
armée royaliste dans le marais de Savenay. Dans son
rapport sur cette affaire décisive. Prieur de la Marne
disait ù la Convention : « les 6* et 31* régiments, ci-
devant Armagnac et Aunis, ont conservé la réputa-
tion qu’ils s’étaient acquise au Mans. »
Sans prendre un instant de repos, Armagnac passe
sur la rive gauche de la Loire, où Charette conservait
encore une attitude menaçante. Le 2 janvier 1794,
il combat avec la môme ardeur près de Machecoul :
l’année de Charette est mise dans une déroute
complète, et ce chef redouté, serré de près .par les
grenadiers d’Armagnac, est sur le point de tomber
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DE L’ANCtESNE INFANTERIE FRANÇAISE. 9t
dans leui-s mains au passage du ruisseau de Beau-
séjour. Une balle coupa le fusil à deux coups qu’il
tenait à la main. Les grenadiers le poursuivaient avec
un acharnement qu’il fallut, lorsque la nuit vint,
tel
battre le rappel pour les ramener au drapeau. Le
bataillon continua de faire la chasse aux débris des
troupes de Charette, et le 22 avril 1794 il devint le
noyau de la 12' demi-brigade.
C’était dans ce même pays de Vendée, et dans
une autre guerre civile, que Navarre avait débuté.
Ce vieux corps, dont la première action avait eu pour
théâtre Sainte-Gemme, vint fermer le cercle de sa lon-
gue carrière à Machecoul à quelques lieües de son point
,
de départ, toujours fidèle à Notre-Dame de Frappe-
Fort, justifiant toujours son terrible surnom: Dia-
bolicum.
.
92 HISTOIIIE
RÉfilUïlVT DE CDAMPAGiVE.
4.
Je suis du régiment de Charopagn*.
DICTON DD COBPS.
ËSTBES DE CAMP OU COLONELS.
DE GÙHAS (Jean de Biran), 2i) mai lo69.
2. DE SAINTE-COLOMBE (Jean de Montesquiou), mai 1573.
3. DESAINTE-COLOMBE (Jacques de Montesquiou), mai 1574
4. Duc d'ÉPERNON (Jean-Louis de Nogaret), 1" janvier 1579.
5. DE MONTCASSIN de TAJAN de GRENET (Jean .L««jMHat), 15
septembre 1581. ‘'t
HaHÙUÙT
6. DE MONTCASSIN DE TAJAN des HOAILIÉIŒS (Antoine Louppiat),
1585. wy‘ir7-
7. Comte de GRANDPRÉ (Roger de Joyeuse), 1587.
8. Comte de RIEUX (René de La Jugie), 1589.
9. Comte de CHARNY (Jacques de Chabot de Mirabeau), 1595.
10. Marquis d’O (Alexandre de La Gucsle), 1601.
11. Marquis de MONTREVEL (Charles-François de La Baume), H
avril 1610.
12. Marquis de MONTREVEL (Ferdinand deLaBaume), 1'' juin 1621
13. ARNAUD DU FORT (Pierre de La Mothe-Arnaud) ,
1" avril 1622.
14. Marquis de TOIRAS (Jean du Caylar de Saint-Bonnet), 13 sep-
tembre 1624.
15. Marquis de VARENNES (Charles de Nagu), novembre 1633.
16. -Marquis de VARENNES (Roger de Nagu), 13 août 1635.
17. Comte d’ORIGNY (Pierre Bourgeois), 10 mars 1644.
18. Comte de BROGLIE (François-Marie de Revel), 12 février 1648.
19. Marquis de BELLEFONDS (Beruardin Gigault), 29 juin 1649.
20. Comte de GRIGNAN (François de Castellane-Adhémar de Mon-
teils), 1654.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 93
SI. Comte de GRIGNAN (Louis-Gaucher de Castellane-Adbémar de
Monleils), 12 septembre IGlid.
22. Marquis d' AMBRES (François^^bori des Voisins), mai 1657.
26.
23. Marquis de MONISMES (Robert-Edme-Léonard de Rasés), !•'
août 1671.
24. Marquis de MONTGAILLARD (Charles-Maurice de Percin), 1673.
Comte de BOIS-DAVID (Antoine-Charles de Simons), 22 sep-
tembre 1675.
26. Bailli de COLBERT (Antoine-Martin Colbert), 9 novembre 1678.
27. Comte de SCEAUX (Charles-Édouard Colbert), 1689.
28. Marquis de BLAINVILLE (Jules-Armand Colbert), 11 juilietl690.
29. Marquis de SEIGNELAY (Marie-Jean-Baptiste Colbert), 5 avril
1702.
30. Chevalier de TESSÉ (René-François de Froulay), 27 février 1712.
31. Duc de LA TRÉMOUILLE (Charles-René-Armand), 24 septem-
bre 1731.
32. Marquis de BELLEFONDS (Charles-Bernardin-Geoffroi Girault),
37. 6 juin 1741.
33 ComtedeTESSÉ(Charles-ËlisabethdeFroulay),15janvier 1745.
34. Marquis DES SALLES [Claude-Gustave-Chrétien), 1*' décembre
1745.
35. Comte de GISORS (Louis-Marie Fouquet de Bellisle), 1" février
1749.
36. Marquis de JUIGNÉ, (Jacques-Gabriel-Louis Leclerc), 3 Juin
1758.
Marquis de SEIGNELAY (Louis-Jean-Baptiste-Antoine Colbert],
!•' décembre 1762.
Parmi les corps de l’ancienne infanterie, le régi-
ment de Champagne est peut-être celui dont le nom
est resté le plus populaire, et cette distinction, dans
un temps oü tout s’oublie si vite, il la doit, non point
comme quelques autres, à la bizarrerie de son titre
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,
94 HISTOIBB
OU à quelque fait isolé qui ait eu un grand retentisse-
ment, mais à la continuité de ses services, à la bonne
conduite qu’il a toujours tenue, à l’excellente disci-
pline qui l’a toujours distingué et à un esprit de corps,
peut-être excessif (1), qui le rendait capable des plus
grandes choses.
Quand un soldat, désigné pour une entreprise pé-
rilleuse, était tâté sur sa résolution, il répondait fiè-
rement, mais d’une façon moins brutale que Rodri-
gue : Je suis du régiment de Champagne et on le
laissait aller.
On peut juger de la part que ce noble régiment a
prise aux guerres de la monarchie par la destinée des
^trente-sept mestres de camp ou colonels qui l’ont
commandé depuis 1569 jusqu’à l’année 1776. Quinze
ont été tués sur le champ de bataille, soit à la tète du
régiment, soit dans le grade d’officiers généraux, et
deux sont devenus maréchaux de France.
Nous avons déjà indiqué dans les notices des ,
Gardes Françaises et de Picardie ,
l’origine et i’épo-
({) Au XVII* siècle, le régiment de Champagne passait pour êlre
moins soumis à l'ordre qu'aux lois de l'honneur. Quoique aUaché à
ses devoirs, il se pliait avec peine sous une autre autorilc que celle
de ses chefs immédiats. Il fallut une ordonnance royale du 1*' fé-
vrier 1662, pour obliger des compagnies détachées à Perpignan è
obéir aux lieutenants-colonels des autres corps, placés dans la même
garnison. 11 en fallut un autre le 23 mars suivant, pour les compa-
gnies qui étaient & Brest et qui envoyaient promener te commandant
de place.
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DE l’ancienne INPANTEEIE FBANÇAI8B. 95
que de la création de ce régiment. Avant de commen-
cer son histoire, nous devons dire quelques mots des
bandes qui servirent à le composer.
Les bandes de Champagne ne furent d’ahbrd qu’une
fraction, qu’un démembrement des grandes bandes
de Picardie. C’est en 1521 que commença celte sépa-
ration. Elle fut motivée par les attaques des armées
de Charles-Quint contre notre frontière des Ardennes,
et le souvenir de la naissance des bandes de Champa-
gne est intimement lié à celui de la célèbre défense
de Mézières par le chevalier Bayard.
L’expédition dirigée par François!", en 1542, sur
le duché de Luxembourg, fit faire un nouveau pas à
l’organisation spéciale de ces bandes, et cette organi-
sation fut complétée en 1552, après la conquête de
Metz et des Évêchés. Cette conquête, à laquelle avaient
aussi contribué quelques vieilles bandes de Piémont,
détermina l’institution définitive et séparée des ban-
des de Champagne chargées de garder les villes sou-
mises, et ces bandes, formées d’un mélange des ban-
des du Nord et des bandes du Midi, prirent alors une
allure particulière qui se dessina très-nettement après
la magnifique défense qu’elles firent à Metz contre
l’armée de Charles Quint, depuis le 19 octobre 1552
jusqu’au 1" janvier 1553.
Pendant ce siège célèbre, la garnison était forte de
vingt-quatre compagnies « etestoient les noms des ea-
« pitainnes, tous des vieilles bandes françoyses, tels
t qui s’ensuivent, à trois cens hommes pour enseï-
,
96 HtsToms
« gne : les capitainnesGourdan, Haucourt, LaCahu-
« sière, Bahuz, Pierrelongue, Vicques, La Volvenne,
« Verdun, Abooz, Ambres, La
Soleil, Sainte-Marie,
« Grange, Glenay, Favas, Ambures, Roiddes, Vogue-
« demar Béthune La Molle , La Mothe-Gondrin
, ,
« Salcède, Sainte-Colombe et Bonnavin, qui tous ac-
« quirent, par leur vertu et saige conduicte en ce
« siège, louange et réputation d’éternelle mémoire.
« Sur tous lesquels et leurs compaignies commandoit,
« en estât de sergent-major, le capitainne Nicolas de
« Bragme que M. de Guyse y avoit installé... Et je
« vous diray qu’il (M. de Vieilleville) trouva les capi-
« tainnes, soldats et toute la garnison enflée de vaine
« gloire d’avoir soustenu ung si long siège contre ung
« si puissant empereur (1), que, journellement on y
« faisoit à coups d’espée, par les tavernes et en plaine
« rue, pour la manutention des valeurs, à qui auroit
« faict en ce siège plus de service au roy... Si bien
« qu’il falloit appointer par sepmaine cinq ou six que-
« relies pour le moins...»
Ces vingt-quatre vieilles enseignes restèrent en gar-
nison à Metz, sous le commandement de M. deBoisse,
(<) En apprenant que Charles-Quint levait le siège de Metz, M. de
Vieilleville se permit un calembour. « J'ai toujours bien pensé,
« dit-il, que l'Empereur estoit trop vieil, goulheux et valétudinaire,
« pour despucellerune si belle jeune fille. M. de Nevers, n'entendant
tt ce propos, lui demanda ce qu’il vouloit dire. — Je fais, Monsieur,
« une allusion de la ville de Metz, à ce mot allemand nutze, qui si-
« gnifie en françois pucelle. n Nous ne croyons cependant pas que
ce mot s'emploie dans une acception aussi honnête.
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.
DE L’A^CIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 97
mestre de camp général des bandes d’en deçà les
monts, jusqu’aux guerres civiles. Seulement, en 1556,
douze compagnies suivirent M. de Guise dans son
expédition de Naples; mais elles rentrèrent en 1558
avec ce grand capitaine, et contribuèrent à ses succès
devant Calais et Thionville (1 )
En 1561, six de ces compagnies furent appelées à
Orléans, et entrèrent dans la composition des régi-
ments formés à celte époque par M. de Guise. Huit
autres vinrent, en 1562, au siège de Rouen; elles
restèrent en garnison dans celte ville jusqu’à la fin du
siècle, et furent la souche du régiment de Normandie.
Les dix dernières continuèrent d’occuper les garni-
sons des Évêchés jusqu’à l’année 1568. Au mois d’oc-
tobre de cette année, elles se rendent à l’armée du
duc d’Aumale qui cherchait à barrer le passage aux
Allemands, alliés des protestants, et elles se trou-
vent à la prise de La Neuville et à l’escarmouche de
Saint-Quirin. Au mois de février 1569, ces dix com-
pagnies, que commandait le capitaine Gohas l’aîné,
sont à Saint-Jean, près deSaverne, et se fortifient
dans l’abbaye. Elles y soutiennent un rude assaut, et
les Allemands, n’ayant pu réussir à pénétrer de ce
côté, changent de roule et se dirigent vers la Fran-
che-Comté. Les vieilles bandes suivent une roule pa-
rallèle et leur livrent encore un combat terrible le
(I) (johas, premier mestre de camp de Champagne, commandait
une de ces compagnies.
mST. DK I.’aNC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. Ul. 7
98 HISTOIRE
12 mars, à Silly, près de Nuits. Gobas rallia bientôt
l’armée du duc d’Anjou, et joignit ses dix vieilles
bandes champenoises aux seize que Strozzi lui avait
réservées dans le partage de son régiment, effectué à
La Rochefoucauld, le 29 mai.
Jean de Gobas se trouva donc mestre de camp d’un
régiment de vingt-six compagnies, dont quatre prove-
naient des enseignes de la garde. Celles-ci étaient les
compagnies des capitaines Gobas, Bertrand, Guin-
court et Saint-Salvador. Les autres étaient Beauville,
Gassion, Antoine Mellet, Mauhic, Ligniè[Link]
Guisancourt, Monpère, Mauvissière, Chadieu, Béguin,
Biernie, Jean-Michel de La Pérouse, Rosoy, Valentin,
Porcheux, Chanry, La Fontaine, Pontigentier, Bour-
gade, Alphonse Fanaro, Malleville et Poulet. La com-
pagnie de Sainte-Colombe y fut incorporée la même
année, en qualité de colonelle.
La première action où se trouve le régiment de
Gobas aîné est la bataille de Moncontour livrée le ,
3 octobre. R va de là au siège de Saint-Jean-d’Angély,
qui capitule le 3 décembre. Il quitte ce même jour
l’armée pour aller au secours de M. de La Châtre,
gouverneur du Berry; celui-ci l’emploie à la prise de
Menetou, de Chàteauneuf, de La Chapelle d’Angillon,
de Lignières et de Beaugy. Ces opérations l’occupè-
rent jusqu’au mois de juin 1370, et il resta, après la
paix de Saint-Germain, cantonné dans le Berry.
Après la Saint-Barthélemy, la guerre s’étant rallu-
mée, six compagnies partirent pour l’Aunis et firent
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,
DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 99
le siège de La Rochelle. Six autres furent envoyées
devant Sancerre. Le reste du régiment se rendit, avec
le mestre de camp à l’armée de l’amiral de Villars
,
en Guyenne, et, après avoir contribué à la prise de
Caussade, rejoignit bientôt les compagnies qui étaient
devant La Rochelle. Celles-ci, en arrivant devant la
ville au mois de décembre 1572, furent postées au
village deRompsay où elles se retranchèrent pour se
garantir des courses des Rochelais. Le 10 avril 1573,
les assiégés plantèrent, sur le bastion de l’Évangile,
un drapeau insultant pour les catholiques. Sainte-
Colombe, lieutenant-colonel du régiment, sensible à
cette injure, vole sur la brèche, engage un combat
opiniâtre et en sort victorieux avec le drapeau qu’il
a arraché de ses mains. Le 15 mai, un assaut général
est livré à la ville. Le régiment de Du Guast était de
tranchée et avait la tête de l’attaque. Il
y fut écrasé.
Le mestre de camp Gohas prit sa place et franchit le
premier la brèche que les Rochelais abandonnèrent
pour se retirer derrière leurs retranchements contré
lesquels tous les efforts du régiment vinrent se bri-
ser. Assailli par une grêle de balles, il perdit, dans
un instant, son mestre de camp (1), les capitaines
Demont aîné et cadet, LaRebuffye, Byoux, Blaignac,
La Griffe, LaRoüe, Saint-Savère, Sainte-Marie et Fi-
guières, les lieutenants Bassignan ,
Sainte-Marie,
(1) Gohas reçut une balle à la jambe et mourut quelques jours
après de cette blessure.
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100 HISTOIRE
Brussy, Nisas, Bachaux, de Cormas, Prénée, et les
enseignes Turc, Larguenarie, Guillem, Missart, Bol-
lehoute et Villeneuve. Le lieutenant-colonel Sainte-
Colombe fut blessé, et le capitaine Stéfano d’Urbin
eut la cuisse cassée. Sainte-Colombo fut fait mestre de
camp, et le siège fut levé le 10 juillet.
Les six compagnies qui étaient au siège de San-
ccrre n’eurent pas une moins rude besogne. Elles
étaient logées à Sainl-Saturne. Le 24 janvier, le capi-
taine d’Ivory périt avec trente soldats en voulant sur-
prendre un ravelin. Le 9 mars, le lieutenant de la
mestre de camp Querrières est tué d’un coup de
mousquet près de la porte Saint-André, Le 19, les
six compagnies montent à l’assaut du ravelin de
Porte-Vieille et de la plate-forme de Baudin, et le
capitaine de Cabassol y perd la vie. Sancerre capitule
le 19 août.
En 1574, le régiment sert en Normandie sous les
ordres du comte de Matignon. Il attaque Saint-Lô, le
17 avril, du côté de la mer. Le comte deMontgom-
mery, ayant quitté Saint Lô pour se retirer à Dom-
front, l’armée le suit et met le siège devant Domfront.
Dès que la brèche fut praticable, on entreprit l’as-
saut. Il fallait traverser la rivière : les soldats la pas-
sèrent vivement ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, et
montèrent si brusquement à l’assaut que l’ennemi,
étonné, se retira dans le château. Le siège de ce châ-
teau fut difficile; on fut obligé d’établir les batteries
sur des cavaliers, au milieu de sorties vigoureuses.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 101
Sainte-Colombe ,
« vaillant et brave soldadin et dé-
« terminé, s’il en fust oncques, que nous appellions,
« dit Brantôme, et son corps une garenne d’harque-
« buzades ,
» les repoussa toujours avec bonheur. On
commanda enfin les troupes pour l’assaut. Au mo-
ment où le régiment arrivait au pied de la brèche,^un
coup de couleuvrine emporta quarante soldats et jeta
du désordre dans les rangs. Sainte-Colombe pour ,
ranimer scs hommes, s’élance sur la brèche, la pique
en main mais accueilli par un feu terrible, il est
;
mortellement blessé avec quatre capitaines et un
grand nombre de soldats. Il fallut se retirer. Cepen-
dant le comte de Montgommery n’attendit pas un
deuxième assaut; il se rendit peu de jours après à
discrétion. Le régiment, commandé par Sainte-Co-'
lorabe cadet, son nouveau meslre de camp, retourna
alors devant Saint-Lô. 11 y monta trois fois à l’assaut
sans succès; à la quatrième, la ville fut emportée et
livrée au pillage. La prise de Carentan fut le dernier
acte de cette guerre.
Au mois d’août, l’armée de Normandie se réunit à
celle du Poitou, et fit au mois de septembre le siège
de Fontenay.
En 1575, Sainte-Colombe est au combat de Dor-
mans ,
et on le retrouve en 1 580
,
sous le nom
,
d’Épernon (1), aii siège deLaFère. Il eut son quar-
(1) Le duc d’Éperuon, son quatrième niestre de camp, fut fait
colonel général de l'infanterie, le 15 septembre 1581.
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,
102 HISTOIRE
lier près de la porte de Laon, et s’empara d’un bas-
tion. L’ennemi battit la chamade le lendemain
12 septembre. Après ce siège, le régiment fut mis en
quartiers dans la Champagne; il
y resta en repos jus-
qu’en 1585, et ce fut cette année qu’il prit définitive-
ment le titre de Champagne (1).
Les ligueurs ayant recommencé la guerre en 1585,
Champagne fit partie de l’armée du duc d’Épernon,
et servit en Provence et en Dauphiné. Il contribua à
la prise du fort de Senne, du siège de Bréoles, de
Chorges et autres petites places. Trois compagnies
/estèrent en Dauphiné et quatre en Provence : les
sept autres furent envoyées à Metz. En 1 588, elles
.
rejoignirent Henri III, sur la Loire, après l’affaire de
‘Tours. Champagne servit alors au siège de La Garna-
che, suivit le roi sous Paris, participa à la prise de
Gergeau, Pithiviers, Étampes et Poissy, et après l’as-
sassinat de Henri 111, il reconnut sans difficulté Henri
de Bourbon ,
qu’il accompagna en Normandie. Il
jouissait déjà, à cette époque, d’une telle réputation,
que les gentilshommes ne voulaient accepter des
commissions pour lever des gens de pied qu’autant
qu’on les ferait entrer dans Champagne. Aussi le roi
(I) De <58i il 158*, Champagne fut commandé par les deux frères
Montcassin, qui passèrent successivement au régiment de Picardie,
ce qui indique que celui-ci avait dès lors une supériorité de rang
bien établie, supériorité, du reste, qui ne fut jamais contestée par
Champagne.
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DE l'ancienne INPANTEBIB ERANÇAISE. 103
donna-t-il l’autorisation de porter le régiment jus-
qu’à vingt compagnies, si cela était nécessaire. Cham-
pagne servit de 1590 à 1593 à l’armée du duc de
Nevers ;
il assista à la bataille d’ivry et figura ,
en
1594, à l’entrée de Henri IV à Paris. En 1595, il
suivit le maréchal de Biron en Bourgogne un déta- :
chement de 300 hommes s’empara, le 5 février, de
la ville de Beaune le château soutint un siège d’un
;
mois, pendant lequel Champagne eut de très-vives
contestations avec Navarre. Il contribua aussi à la
soumission d’Autun et de Dijon, et se rendit ensuite en
Picardie. Après la prise du Càtelet par les Espagnols
(25 juin), il se retira à Amiens. A la fin de cette an-
née 1 595, un détachement passa en Provence pour
assurer la tranquillité de cette province et reconqué-
rir la ville de Marseille que ses magistrats venaient
délivrera l’Espagne. Champagne servit en Picardie
l’année suivante, et se trouva, en 1597, à la reprise
d’Amiens. Il était alors commandé par le capitaine
Burosse en l’absence du comte de Charny.
A la paix de Vervins ,
il eut ses quartiers à Chau-
mont et fut, malgré la réforme que subirent les au-
tres corps, conservé sur le pied de vingt compagnies.
En 1600, Champagne passe en Bresse, et investit
Bourg avec Navarre, le 12 août. Ily entra le 13,. lors-
qu’on en eut fait sauter les portes par le pétard ,
et
participa ensuite à la soumission de Pont d’Ain, les
Alimes ,
Ambonay, Saint-Denis ,
Chousson, Saint-
Rambert, Belley, Pierre-Châtel , Seyssel et Gex. La
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104 UISTUIRE
paix fut faite le 17 janvier 1601, et Champagne re-
tourna à Chaumont.
En 1606, duc de Bouillon ayant donné divers
le
sujets de mécontentement au roi cinq compagnies ,
du régiment sont envoyées pour occuper la ville et
la citadelle de Sedan, qui appartenaient à ce sei-
gneur.
En 1610, Champagne, qui avait toujours ses quar-
tiers dans le Bassigny, se rendit à Chàlons-sur-Marne,
où se rassemblait l’armée destinée à secourir le pays
de Juliers. Il arriva devant Juliers au mois d'août. La
ville ouvrit immédiatement ses portes, et Champagne,
revenu en France, fut mis en garnison à Verdun. En
1614, il fut appelé à Vitry, au rendez-vous de l’ar-
mée que le roi levait contre les princes ;
mais la paix
ayant été signée le 15 mai, à Sainte-Ménéhould, il
retourna à Verdun.
Pendant les troubles de 1615, il servit à l’armée
du maréchal de Bois- Dauphin. Il suivit ce général
dans toutes ses expéditions, et sauva Gien par la ma-
nœuvre hardie de M. de Pigeolet, son lieutenant-co-
lonel. Ce brave officier, jugeant par les mouvements
de l’ennemi que son intention était de s’emparer de
Gien et d’y passer la Loire, obtient du maréchal l’au-
torisation de marcher avec quatre compagnies, dont
deux de Champagne et deux de Bonifacc (depuis Nor-
mandie). Il traverse, tambour battant, le camp des
mécontents, comme s’il eût été de leur parti, et arrive
heureusement à Gien qu’il met en état de défense. A
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 1U5
la fin de cette année, le régiment passe en Poitou,
contribue à la prise de l’Isle-Bouchard, et joint, en
janvier 1616, le duc de Guise qui commandait une
armée en Guyenne. La paix se fit au mois de mars,
et Champagne retourna à Verdun. En 1617, il fit la
courte campagne qui se termina au siège de Laon.
En 1619, il Verdun pour
quitta ses quartiers de
faire partie de l’armée d’observation que le duc de
Nevers commandait dans le pays messin. A la fin de
la campagne, il eut ses quartiers à Vitry, où il se
compléta. Pendant son séjour dans celte ville, en juil-
let 1620, le cardinal de Guise, qui avait pris parti
pour la reine-mère, se présenta aux portes. Les ha-
bitants étaient disposés à les lui ouvrir, mais la pré-
sence deM. de Bassompierre et la ferme contenance
de Champagne leur en imposa. Le lendemain, douze
compagnies eurent l’ordre de partir pour Montereau,
rendez-vous d’une partie de l’armée que Louis Xlll
assemblait. Elles se distinguèrent avec Picardie à la
prise des châteaux de Dreux et d’Ânel, et surtout au
fameux combat des Ponts-de-Cé, où elles combatti-
rent à la gauche des Gardes Françaises. A l’attaque
des retranchements du pont, le lieutenant Commin-
ges, qui conduisait les enfants perdus de Champagne
pendant que Maleyssie conduisait ceux des Gardes,
arriva le premier au sommet ,
et là ,
à cheval sur la
crête, il cria au marquis de Bassompierre qui le sui-
vait de près :« Souvenez-vous, monsieur, que j’y ai
« monté le premier. »
10b HISTOIRE
Le régiment fut rejoint, ce même Jour, par l’ensei-
gne Pointis, qui arrivait de Nogent-sur-Seine avec
200 recrues, et qui, quelques jours auparavant, avait
réussi àéchapper au cardinal de Guise qui l’avait en-
veloppé près de Sézanne avec 600 chevaux. Il se bar-
ricada au milieu de voitures chargées de vin qu’il
rencontra sur la route ,
et ,
à l’abri de ce singulier
rempart, il dirigea si bien la mousqueterie de ses re-
crues, que les gendarmes du cardinal, après plusieurs
charges infructueuses où ils laissèrent chaque fois
quelques-uns des leurs sur le carreau, finirent par re-
culer. La nuit venue, Pointis fit allumer des feux
pour faire croire qu’il campait, et s’esquiva sans bruit.
Après la prise du château des Ponts-de-Cé, Champa-
gne suivit le roi à Poitiers, puis en Béarn, et au mois
d’octobre, il fut établi dans les villes d’Olerons et de
Sauveterre pour surveiller les entreprises de M. de
La Force.
En 1621, Champagne se rend devant Saint-Jean-
d’Ângély, et le 30 mai, il prend part à l’attaque du
faubourg de Taillebourg, où il perd grand nombre
de braves soldats ,
trois capitaines et son mestre de
camp, M. de Montrevel, qui fut enterré le 2 juin, à
Saint-Julien (1). Sa charge fut donnée à son fils, qui,
après la prise de Saint-Jean, conduisit Champagne au
siège de Clérac, et plus tard_ à celui de Montau-
ban, où il trouva maintes occasions de signaler son
(I) Il était maréchal de camp depuis, le 24 avril 1621.
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,
DB l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 107
courage. Pendant une sortie où Picardie est surpris,
un détachement de Champagne, commandé par Poin-
tis, a la gloire de sauver le raestre de camp Zamet
qui,
dangereusement blessé était tombé entre les ,
mains des ennemis. Après la levée du siège de Mon-
tauban, où un brave capitaine, nommé Robert, périt
par l’e-xplosion d’une mine ,
Champagne termina la
campagne par le siège de Monheurt. Il
y ouvrit la
tranchée le 20 décembre ;
Monheurt se rendit le 23
et il alla prendre ses quartiers d’hiver à Brouage, où
l’on commençait à préparer les moyens de réduire
La Rochelle.
Au mois d’avril 1622, il fit, avec Auvergne, le
siège de Royan sous les ordres du duc d’Épernon.
11 se distingua beaucoup à l’attaque du faubourg;
il
y perdit le tiers de son effectif, et son mestre de
camp, M. deMontrevel, à peine âgé de dix-huit ans,
y fut si cruellement blessé qu’il se vit obligé de
renoncer au service (1).
Il eut pour successeur La Mothe-Arnaud, l’un des
officiers les plus distingués de l’armée ,
et que son
peu de naissance empêcha d’arriver aux plus hautes
dignités militaires. Après la soumission de Royan,
^Arnaud fut envoyé avec son régiment devant La Ro-
chelle pour en commencer le blocus. Il reconstruisit.
(1) Le marquis de MontreVel reprit du service dans la cavalerie
en 1637. 11 devint maréchal de camp le 8 juin 1643, et lieutenant-
général le 28 mai 1654.
,
1Ü8 HISTOIRE
sur une petite éminence qui domine la mer, non loin
de la pointe de Chef-de-Baie, une petite place, bâtie
une première fois en 1612 par le comte de Soissons,
mais ruinée depuis, qu’il nomma le Fort-Louis, et
qui était destinée à réprimer la turbulence des Ro-
chelais et à contrarier leurs relations avec les Anglais.
Les Rochelais mirent tout en usage pour empêcher
l’achèvement de ce fort; mais Champagne, se servant
alternativement de la pioche et du mousquet, repous-
sait leurs attaques et perfectionnait ses travaux. Il se
signala avant la fin de cette année par un coup de
hardiesse digne d’être rapporté.
Un vaisseau rochelais avait fait côte entre la ville
et la pointe de Coureilles, de l’autre côté de la baie
au fond de laquelle est située La Rochelle. Arnaud
obtint du comte de Soissons, qui commandait le blo-
cus, l’autorisation d’aller brûler ce vaisseau que la
marée allait relever. 11 prend 400 hommes de son ré-
giment, traverse le golfe à mer basse, entrant dans
la vase jusqu’à la ceinture, mais s’avançant toujours
en même ordre que s’il eût été sur la terre ferme
malgré les mousquetadesque ne cessaient de lui tirer
lesgens du vaisseau, et il y met le feu avec force pé-
tards et avec sa propre paillasse qu’il avait fait ap-
porter. Le vaisseau est dévoré par les flammes en
moins d’une heure. Arnaud songe alors à la retraite;
mais ne pouvant plus revenir par le même chemin,
parce que la mer montante avait déjà rempli le fond
du chenal, il se décide à regagner le Fort-Louis par
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,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 109
(erre, en tournant autour de la ville tambour battant,
et en tel ordre ue les Roclielais n’osèrent sortir de
leurs murs pour l’attaquer.
A la paix qui se fit cette même année
1622, après
la soumission de Montpellier, l’armée du comte de
Soissons leva le blocus de La Roclielle et se retira.
Champagne resta seul à la garde du Fort-Louis. Ce
fut pendant ce temps et pour faire une diversion utile
aux ennuis d’une telle position, que le inestrc de
camp Arnaud entreprit d’introduire dans son régi-
ment les principes de la discipline et de la tactique
des anciens. «.Monsieur Arnaud, ditPointis, étoit
« alors en grande réputation pour sa science et son
« expérience dans la guerre et dans tous les exercices
« de la discipline militaire. 11 étoit également pru-
« dent et hardi dans ses entreprises ,
et il n’avoit pas
« moins de bonheur dans l’exécution de ce qu’il avoit
« [Link] sagesse de sa conduite le faisoit ad-
« mirer de ceux mêmes qui étoient élevés au-dessus
« de lui par la grandeur de leurs naissances et de leurs
« charges, et il sembloit que pour espérer de voir ré-
« lablir en France l’ancienne milice et discipline ro-
« maille, il ne manquoit que de le voir chef des ar-
« niées du roy. » Le Fort-Louis vit bientôt arriver
dans ses murs une foule de jeunes gentilshoiiiiiies
qui venaient apprendre sous ce luaitre les diverses
sortes d’exercices, les formations par bataillons et les
théories des campements, des marches, des passages
de défilés, etc. Louis Xlll voulut même qu’un offi-
HO HISTOIRE
cier de ses Gardes allât puiser, à l’école de Champa-
gne, les vrais principes de la guerre pour les rappor-
ter dans son régiment.
Mais ce ne fut pas sans avoir à vaincre des difficultés
de toute espèce (1) que le mestre de camp Arnaud
parvint à établir dans Champagne cette discipline,
celte instruction et cet [Link] esprit qui l’ont tou-
jours distingué depuis. Il ne fallut rien moins que sa
grande énergie et sa parfaite connaissance du cœur
humain, pour briser les habitudes d’indiscipline des
officiers et les mœurs brutales des soldats de son
temps. Il savait employer à propos la sévérité et la
douceur. Une nuit, faisant sa ronde, il entend du
bruit dans une bulle où quelques soldats, tout en bu-
vant ,
maudissaient les innovations du mestre de
camp. 11 entend qu’ils se livrent contre lui aux pro-
(i) Un jour, un moine indiscret, en faisant la prière, disait aux
soldats qu’il ne leur servait de rien d’èlrc vaillants et disciplinés,
que Uieu seul donnait les victoires. Arnaud le mit à la porte bien
vite avec ces mots ; — Vous gâtez mes gens; il leur faut dire que
Dieu est toujours du côté de ceux qui frappent le plus fort. — Cela
n’est peut-être pas bien catholique; mais cela pouvait se dire dans
un temps où des papes ambitieux et belliqueux, désespérant de rem-
porter aucuue victoire temporelle avec les armas de leurs bénis su-
jets, prenaient à leur solde des étrangers, et même des hérétiques.
Les Romains du xvii* siècle se piquaient, en effet, si peu de bra-
voure, que dans la campagne de Naples en 161)6, l’un d’eux ajant
oubUé de se tenir hors do la portée des canons, et ayant été tué, ses
frères d’armes ne surent pas lui faire une autre oraison funèbre que
celle-ci ; Ohl chenialto! S’é fatto ammassar àla francete.
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 1 1
pos les plus outrageants. Il pousse la porte, et tom-
bant comme une bombe au milieu de ces hommes
altérés, il leur reproche leur inconduite ,
et se radou-
cissantpeu à peu, leur jette quelques pistoles pour
mieux boire à sa santé une autre fois.
Comme il voulait que son régiment fût toujours
complet ,
il avait donné les ordres les plus sévères
pour faire disparaître l’iramoral usage de compléter,
pour les revues, les compagnies avec des passe-volants.
Un capitaine, plus soigneux de ses intérêts que de
son honneur, eut l’audace d’enfreindre ses ordres, et
lorsque Arnaud l’cii reprit, il s’emporta jusqu’à dé-
clarer hautement qu’il n’obéirait pas, jusqu’à mettre
l’épée à la main contre son chef. Celui-ci, justement
indigné, fit casser ce capitaine, mais quelque temps
après il sollicita lui-même pour qu’on lui rendît sa
compagnie.
Kpuisé par ses travaux Arnaud , ,
qu’on avait
surnommé Arnaud du Fort, mourut le 4 septem-
bre 1624 (1). Il eut un digne successeur dans le mar-
(I) Arnaud, d’une famille bourgeoise célèbre au xvii' siècle, était
maréchal de camp du 6 mai 1621. 11 fut enterré à Fontenay-le-
Comte. Voici son épitaphe : « Sous ce tombeau reposent les cendres
s d’un maistre de camp du régiment de Champagne. Son nom fut
« Arnaud, sa province Auvergne ;
son esprit lui donna rang dans
« les conseils, son courage dans la guerre, et ses actions dans rbis-
« toire. 11 édifia le Fort-Louys, rostablit la discipline romaine, et
« mourut àagé de 41 ans. Passant, pleure son malheur! car il eut
« moins de fortune que de mérite, et tu n’as pas de louanges dignes
« de sa vertu. »
.
112 HISTOIRE
(juis deToiras (1). A peine inslallé, le nouveau mestre
de camp reçut l’ordre de mettre le Fort-Louis en bon
état de défense, de compléter son régiment, de lever
une compagnie de chevau-légers et de chercher les
moyens de s’emparer des îles de Ré et d’Oleron
Avant de rien entreprendre, Toiras veut anéantir les
forces de Soubise qui venait d’entrer dans la Gironde
avec soixante-quatorze navires chargés d’hommes et
de munitions, et qui s’était emparé des places du
Médoc. Il part donc du Fort-Louis avec quinze com-
pagnies de Champagne et ses chevau-légers, rallie à
Blaye quelques troupes venues de Bordeaux, passe la
Gironde en vue de l’ennemi ,
et se loge le même jour
à Saint-Laurent. Le lendemain, il attaque les postes
de Soubise à Castillon, et le force à se rembarquer en
désordre, et en abandonnant une partie de son artil-
lerie.
La ville de Bordeaux, délivrée, offre des récom-
penses à Champagne qui retourne bientôt au Fort-
Louis. Sans perdre de temps, ïoiras se prépare à la
conquête de l’ile de Ré où s’était retiré M. de Soubise.
(1) I.c [Link] tic Toiras, capitaine des Gardes Frant-aiscs en 1620
olilint Champagne en récompense de la bravoure qu’il avait montrée
au siège de Montanban, où il commandait une compagnie df tireurs
en volant et en courant. 11 fut fait maréchal de camp le 13 avril 1623,
et maréchal de France le 13 décembre 1630. Tué le 16 juin 1636, à
l'attaque du château de Fontauet dans le Milanais. [Link] soldats trem-
pèrent leurs écharpes dans son sang, pour se rendre invincibles.
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DE l’ ANCIENNE iNEANTERlE FRANÇAISE. 113
L’escadre royale, commandée par l’amiral de Mont-
morency, et renforcée par trente \aisseaux hollan-
dais, bat, le 14 septembre 1623, la flotte rochelaise,
et le même jour une descente est effectuée dans l’île
par le duc de La Rochefoucauld, Saint-Luc et Toiras,
qui attaquent à la fois plusieurs points de la côte
pour diviser les forces des protestants. L’expédition
se composait en tout de vingt-trois compagnies de
Champagne, fortes ensemble de 1,700 honimes, du
régiment de La Bergerie et des chevau-légers de
Toiras. Comminges, lieutenant-colonel du régiment,
à la tête de 130 volontaires, et appuyé par un piquet
de 200 hommes, saute le premier à terre près du vil-
lage des Portes, et soutient le feu d’un gros bataillon
posté sur les dunes avec quatre pièces de canon. Le
reste du régiment débarque pendant ce combat, cul-
bute l’ennemi ,
s’empare de ses canons ,
et s’établit
solidement sur le rivage. Le 18, l’expédition marche
sur Saint-Martin, batSoubise qui lui barre le chemin,
lui tue 800 hommes, en 400 à se noyer dans un
force
marais, et s’empare des drapeaux et des canons de
l’ennemi. Les débris de l’armée huguenote s’enfuient
dans le fort de Saint-Martin qui capitule au bout
de vingt-quatre heures. Soubise s’échappa presque
seul dansune chaloupe et se sauva en Angleterre.
La conquête de l’ile de Ré coûta 300 hommes à
Champagne. Le brave et spirituel Comminges y fut
gravement blessé, et le capitaine de Réals y perdit la
vie. Le lieutenant-colonel retourna au Fort-Louis avec
UIST. DE l'amc. infantekie française. T. m. 8
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,
114 «ISTOiRl».
300 hommes. Quant à Toiras, il fut nommé gouver-
neur de l’île de Ré, et reçut l’o rdrede s’y fortifier en
construisant une citadelle à Saint-Martin et un fort à
La Prée. Sa commission de gouverneur était ainsi
conçue : « Après avoir jeté les yeux sur divers sujets,
« nous nous sômmes enfin arrêté à la personne de
« notre cher et bien aimé le sieur de Toiras, Jean de
« Saint-Bonnet, mareschal de nos camps et armées,
« et raestre de camp du régiment de Champagne
« tant pour la confiance particulière que nous pre-
« nons en son zèle, fidélité et dévotion à notre ser-
« vice, que pour la cognoissance que nous avons des
« signalez et recommandables services qu’il nous a
« rendug en la prise de ladite isle. »
Cependant le duc de Buckingham, amoureux de la
reine, et furieux contre la cour de France, qui refu-
sait de le recevoir comme ambassadeur d’Angleterre,
avait poussé son pays à recommencer la guerre. Le
20 juillet 1627, il parut à la tête d’une flotte de 120
voiles, devant les Sables d’Olonne. Il franchit aussitôt
le Pertuis Breton, et fit à la fois des démonstrations
contre trois points de l’îlc de Ré, le fort La Prée et les
pointes d’Ars et de Samblanceaux. Toiras s’empresse
d’envoyer quatre compagnies à Ars et une à Loix, en
laisse cinq dans la citadelle de Saint-Martin, et se
porte à Samblanceaux, qui paraissait plus sérieuse-
ment menacé, avec ses chevau-légers et 800 hommes
de Champagne. Le capitaine Barrière était au fort La
Prée avec 100 hommes. Le lendemain 21, les Anglais
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DE l’ancienne infanterie française. 115
débarquèrent au nombre de 8,000 vers Samblan-
ceaux, sur une pointe sablonneuse de 1,200 pas de
longueur sur 300 pas de latgeur. Ils descendirent vers
l’extrémité, pendant que leurs vaisseaux, embossés des
deux côtés de la presqu’île, à demi-portée de mous-
quet, balayaient le seul chemin par lequel on pouvait
venir les attaquer. Ces redoutables dispositions n’em-
pêchent point Toiras de s’élancer sur l’ennemi à la
tête de ses chevau-légers, mais il est ramené. Deux
bataillons de Champagne, conduits par les capitaines
Thibaut et La Boissonnière, arrivent au pas de coui*se
et heurtent l’ennemi avec tant de vivacité, qu’ils le
jettent dans la mer. Mais les Anglais redoublent leurs
feux, couvrent l’étroit espace où combat le régiment
de bouletset de balles, et le forcentenfin à reculer. Ce
fut là que périrent le capitaine Restinclières, des
Gardes Françaises, frère de Toiras, et les capitaines
La Boissonnière et La Condamine, de Champagne.
Les lieutenants et enseignes Dutertre, La Bauve, Mo-
rillan et La Bastie, y perdirent aussi la vie, et la plu-
part des autres officiers y furent blessés. Le quart des
soldats était couché sur le champ de bataille. Toiras
se retira dans la citadelle de Saint-Martin, dont il se
hâta d’achever les fortifications, {rendant que les
Anglais, démoralisés par la perte de 500 hommes, et
qui redoutaient une nouvelle rencontre avec des sol-
dats qui se battaient « comme des fous, » s’entou-
raient de retranchements sur la pointe de Sumblan-
ceaux.
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116 HISTOIKE
Buckingham, laissant de côté le fort de La Prée, se
dirige enfin le 26 juillet sur Saint-Martin et s’empare
du bourg. Le 2 août, il commençe à tirer sur le fort.
Après un mois de siège et de tentatives inutiles, re-
connaissant aux dispositions énergiques de Toiras et
de sa garnison qu’il ne doit point compter sur une
victoire par tes armes, il se résout à attendre que la
famine lui livre une place qui, outre ses défenseurs,
renfermait un grand nombre d’ouvriers avec leurs fa-
milles. Les horreurs de ta faim ne lardèrent pas, en ef-
fet, à se faire sentir. L’eau douce surtout était fort rare,
etl’on dit, mais nous refusons d’y croire, quedéjà, le 15
août, lesAnglais, après avoir vainement cherché às’em-
parer de la demi-lune qui renfermait le seul puits de la
citadelle, et s’en voyant repoussés par la bravoure
des capitaines Montaut, Praron, Montendre, Cuzagues
et Saint-Preuil, auraient eu l’infamie, avant de se re-
tirer, d’en empoisonner l’eau.
Cependant, toute la France avait les yeux tournés
vers ce point du pays; tous les cœurs faisaient des
vœux pour les défenseurs de Saint-Martin. Dans les
premiers jours de septembre, un intrépide pêcheur
parvint à diriger sa chaloupe à travers la flotte an-
glaise et apporta au brave gouverneur, qui venait de
refuser une capitulation honorable, cette lettre du
roi qui remonta tous les courages. « Monsieur de
« Toiras, sachant la vertu et le courage avec lequel
« vous, et ceulx qui sont dans la citadelle de Saint-
„ Martin, vous défendez contre les Anglois qui vous
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DE l’ancienne infanterie française. 117
« attaquent, j’ai bien voulu vous témoigner par cette
« lettre la satisfaction particulière que j’en ai, et vous
« dire que je prépare un grand secours pour vous li-
ft bérer du siège ;
attendant lequel (comme je m’as-
« sure), vous et tous ceux qui vous assistent conti-
« nuerez la même résolution et passion que jusques à
« présent vous avez montrée pour le bien de mon ser-
« vice et de cet État. Vous devez aussi croire que je
« reconnaîtrai si avantageusement un si signalé ser-
« vice envers tous ceux qui y auront pris part, qu’ils
« porteront toute leur vie la marque de la récompense
ft qu’ils auront méritée. Pour cet effet, je désire que
ft vous m’envoyiez les noms de ceux qui sont enfermés
ft avec vous dans la citadelle, afin de n’en oublier au-
« cun,et que nul gentilhomme, officier ni soldat ne
ft demeurent sans récompense. Sur ce, je prie Dieu,
« monsieur de Toiras ,
qu’il vous ait en sa sainte
ft garde. »
« Écrit à Versailles, le 24” d’août 1627. Signé, Louis.»
Un premier secours arriva bientôt. Le capitaine
Valin, parti de Bayonne avec seize grandes chaloupes
chargées de munitions de bouche et de guerre, s’ar-
rêta d’abord aux Sables d’Olonnc, y embarqua la moi-
tié du détachement de Champagne resté au Fort-Louis,
et dans la soirée du 5 septembre, se dirigea vers la
pointe des Baleines, au nord-ouest de l’île. Les cha-
loupes échappèrent aux canonnades des vaisseaux
anglais avec quelques avaries; mais elles vinrent se
heurter contre une estacade de mâts flottants, que
i<8 HISTOIRE
Buckingham avait fait construire depuis Loix jusque
devant le bourg de La Flotte, interceptant ainsi l’en-
trée de Saint-Martin. Quelques chaloupes, grâce à
une forte houle, passèrent par-dessus cette barrière
mobile; d’autres trouvèrent des ouvertures faites à
l’estacade par la tempête qui avait régné la nuit pré-
cédente, et la plus grande partie du convoi parvint à
s’échouer sous les murs de la citadelle. Le brave lieu-
tenant-colonel de Comminges et le renfort qu’il ame-
nait furent reçus comme des libérateurs. Le capitaine
Valin put repartir deux jours après à la marée de
minuit, et rendit encore à la garnison le service d’em-
mener les malades ,
les blessés et les bouches inutiles.
Cependant ce n’était là qu’un bien faible soulage-
ment, et quelques jours après, les défenseurs de l’île
de Ré se trouvaient encore réduits aux abois. Les
Anglais avaient redoublé de surveillance, et rien ne
pouvait plus approcher des côtes de l’ile ,
ni s’en
éloigner. Toiras ne savait comment faire connaître sa
détresse, quand un de ses frères, le capitaine Mont-
ferrier, qui fut tué dans une sortie à la fin de sep-
tembre, ouvrit l’avis de chercher un soldat qui, se
dévouant pour le salut de tous, oserait entreprendre
de traverser à la nage le détroit qui sépare l’île du
continent. 11 s’en présenta trois. Il s’agissait de fran-
chir un bras de mer de plus d’une lieue de largeur,
parcouru par des courants rapides. Ces hommes intré-
pides se rendirent d’abord de Saint-Martin au fort La
Prée, qui est le point de l’île le plus rapproché des côtes
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DE l’ancienne INFANTEKIE FRANÇAISE. 119
de l’Aunis, et pour éviter les corps-de-garde anglais,
ils se jetaient à la nage quand ils en approchaient, et
marchaient sur la grève quand ils les avaient dépassés.
les dépêches du capitaine Barrière,
Après avoir pris
quicommandait à La Prée, ils se jetèrent à la mer en
recommandant leur âme à Dieu.
Au milieu du canal, les forces manquent à l’un
d’eux qui se noie. Un second perd courage et va se
rendre à une remberge anglaise. Le troisième, dont
l’histoire, trop souvent oublieuse, nous a heureuse-
ment conservé le nom, Pierre Lanyer, dit La Pierre,
natif des environs de Tonneins ,
ne se laisse point
aller à la peur. Découvert par une barque anglaise
qui lui donne la chasse, son habileté à plonger et à
nager entre deux eaux le tire d’affaire, et il aborde sur
la plage au lieu nommé La Repentie, près du village
de Laleu, où le maréchal de Bassorapierre avait son
quartier général. « On le vêtit aussitôt d'un habit de
« toile pour venir trouver le général, auquel il dit, le
« brave Gascon, et à ceux qui l’interrogeoient, que ce
« qu'il avoit eu le plus à combattre en passant à la
« nage, étoient les poissons qui venoyent pour luy
« prendre ses parties. » Louis XIII, qui arriva le 12
octobre au camp devant La Rochelle, voulut le voir,
et émerveillé de son intrépidité et de sa bonne hu-
meur, il plaça La Pierre dans ses Gardes avec une
pension viagère de vingt écus par mois (1).
(1) Les poêles exercèrent leur verve en latin et en français sur
1 20 HISTOIRB
Cependant les secours demandés par Toiras tardè-
rent encore longtemps à venir. Tout le mois d’octobre
l'acte audacieux de La Pierre. Voici des distiques et un sonnet que
l’on trouve dans le Mercure de 1627.
Credet Posteritas? motis ex arte lacertis
Trajicit audaci pectore septa maris.
Nocte silente, viam ingreditur, fert dicta per undas,
Inter mille neces omnia mortis erant.
Quid tibi tune animi? quæ mens? quæ mortis imago?
Ire necesse tamen ; luna ministrat iter.
Vieil amor patriæ, fœlixque natavit ad ora,
Feelix pro patrià non timuisse mori.
L'histoire fera voir <i la postérité
Qu'un François a passé l’Océan à la nage
A l'endroit où la mer enceint de tout costé
Cette isie, dont l'Anglois empesche le passage.
La nuict, pleine d'horreur en son obscurité,
La colère des vents, la force de l'orage,
La froidure de l’eau, l’air plein d'humidité.
Ne sçeurent point alors refroidir son courage.
Mesme entre les poissons l'image de la mort
Ne le peut erapeseber de venir à bon port,
Et d’aporler au Roy une bonne nouvelle.
De quoy les plus vaillans furent fort esbahys ;
Car Léandre n’a faict pour l'amour de sa belle
Ce qu’a faict celuy-ci poftr l’amour du pays.
La Pierre dut être plus sensible à ses 240 écus de rente qu'aux
charmes de cette poésie.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 121
fut un temps d’horribles angoisses pour la garnison.
Le 1" octobre, l’enseigne Renié avait été mortellement
blessé en défendant avec la rage du désespoir un re-
tranchement élevé sur le bord de la mer, et qui favo-
risait l’échouage de quelques petits bateaux porteurs
de provisions. Enfin 30 octobre, une avant-garde
le
de 800 hommes débarqua au fortLaPrée, et Buckin-
gham, comprenant qu’il n’avait plus de temps à perdre,
se résolut à livrer un assaut général à la citadelle de
Saint-Martin.
Un soldat venu de La Prée, dans la nuit du 5 au 6
novembre, avait prévenu Toiras de l’attaque qui se
préparait contre lui pour le lendemain. Chacun fut
bientôt à son poste et disposé à faire son devoir. Les
deux attaques principales furent dirigées sur les bas-
tions de Toiras et d’Antioche. Le capitaine Montaut
commandait dans le premier, Des Étangs était chargé
de la défense du bastion d’Antioche; La Clédie veil-
lait aux bord de la mer. Champagne, vaillamment
secondé par des détachements des régiments de
Cliappes et de Chastellier-Barlot, récemment arrivés,
repoussa toutes les attaques. Buckingham envoya
un parlementaire à Toiras pour obtenir la faculté
d’enlever ses morts, le prévenant qu’il allait lever le
siège, et attribuant tout l’honneur de ce résultat à sa
contenance et au courage de la garnison. 11 leva en ef-
fet le siège, mais trop tard pour lui; car le maréchal
de Schomberg étant un corps nom-
arrivé le 8 avec
breux, détruisit son armée avant qu’elle eût pu se
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122 HlSTOiBE
rembarquer. Ce fut Toiras, avec les 400 hommes va-
lides qui lui restaient, qui eut la satisfaction de por~
ter les premiers coups aux Anglais, au passage de la
chaussée et du canal de Loix.
Après cette brillante affaire, à laquelle les compa-
gnies du Fort-Louis prirent aussi part, et où elles
perdirent le capitaine de Vandières, le roi ne voulut
point confier à d’autres troupes le soin de garder file
de Ré (1). Champagne y resta donc Jusqu’à la réduction
de La Rochelle. Il ne fut relevé qu’en décembre 1628,
par six compagnies des Gardes Françaises.
En 1 629, il lit la campagne de Montferrat et se
trouva à l’attaque du Pas-de-Suze. Il suivit le roi au
mois de mai devant Privas, et le 26 il emporta, avec
Piémont , les forts de Saint-André et de Tournon ,
avec perte d’un seul lieutenant, M. de Montépin.
(I) Malgré les belles promesses de Louis Xlll, Champagne fut
oublié et n’eut d’autre récompense que la conscience d’avoir fait son
devoir. Comme Toiras renouvelait souvent ses instances auprès du
garde des sceaux Marillac, l’homme de robe finit par lui dire :
« Monsieur, vous parlez avec beaucoup de chaleur pour ceux qui
vous ont aidé à repousser les Anglois, mais tout gentilhomme en
eût fait autant que vous s’il eût été ii voire place. » — « Monsieur,
répondit Toiras indigné, la France seroit bien malheureuse si elle
n’avoit pas dix mille hommes capables de la servir aussi bien que
moi ;
aussi je ne demande rien pour moi ;
j’implore quelques légères
faveurs pour des soldats intrépides qui portent sur leurs corps les
marques de leurs services. Au reste, c’est au roi que je les demande,
et non è vous. » Le danger était passé, le roi fut sourd comme le
garde des sceaux.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 123
La guerre recommença en 1630 avec la Savoie.
Champagne fut détaché aux ordres du maréchal de
Créqui et servit aux sièges de Charbonnières et de
LuUe. 11 passa ensuite en Piémont et partagea la gloire
des Gardes à l’attaque des retranchements du pont de
Carignan. Le 19 juillet, l’armée arrive devant Saluces;
mais « entre deux se trouvoit le fort d'Envi. Le mar-
quis d’Efûat SC tourne vers le major de Champagne qui
conduisoit la tète de l’avant-garde, et lui dit:
«Monsieur le major, c’est à vous de faire le logement
de l’armée ;
— 11 lui répondit : — Monsieur, nous en
viendrons bientôt à bout. » Et de fait, les capitaines
Thibaut et Pigeollet et tous les autres officiers y mar-
chèrent d’un si bon pied, qu’en un instant ils mirent
sur la place dix ou douze soldats de la garnison qui
s’étoient mis à découvert. Les autres, effrayés, livrè-
rent aussitôt le château.» Le régiment contribua le
lendemain à la prise de Saluces, et le 23 juillet à celle
du château de Saluces devant lequel le capitaine de
Valirault fut tué. On délivra Casai ,
et ,
à la paix qui
se fit en avril 1631, Champagne rentra en France, et
eut ses quartiers sur la frontière de Lorraine.
En 1632, il servit sous le maréchal de La Force
qui força Monsieur à se retirer dans le Languedoc.
Après cette expédition, Champagne revint prendre ses
quartiers de l’année précédente, et en janvier 1633,
il alla enlever aux Espagnols Reving et Fumay. Il oc-
cupa quelque temps Fumay et joignit l’armée du
roi en Lorraine. Le 4 juin, il assistait à la capitula-
,
124 HISTOIRE
lion du château de Freidembourg. Il entra ensuite en
garnison à Nancy, et y demeura jusqu’au mois de no-
vembre 1634. Il rallia alors l’armée que le duc de
Rohan commandait en Alsace. Les opérations recom-
mencèrent en janvier 1633 par l’attaque d’Altkirch,
que Champagne emporta par escalade en plein jour,
et par la prise d’Ensisheim qui eut lieu le 24 février.
En avril, le régiment part pour Mézières où s’assem-
blaient les troupes confiées au maréchal de Châtillon
et il débute, le 18 mai, sur cette frontière, par la prise
de Marche en Famène. Le 20, la bataille d’Avein est
livrée. Champagne y occupe l’extrême gauche et y
fait des prodiges de valeur. Le mestre de camp, mar-
quis de Varennes en tête, il attaque l’aile droite en-
nemie. Il bat d’abord un régiment espagnol et celui
du prince Thomas de Savoie et suivi par d’autres, ,
corps, il met de ce côté neuf bataillons ennemis dans
une épouvantable déroute. Dans cette journée où les
Espagnols perdirent quatre-vingt- neuf drapeaux,
douze cornettes et trois guidons, Champagne, qui,
pour sa part, en avait pris bon nombre, eut deux ca-
pitaines tués et huit officiers blessés.
L’armée marcha immédiatement sur Liège ,
força
Tirlemont et s’empara de Diest et d’Aërschott. Le
marquis de Varennes ,
mestre de camp du régiment,
fut tué au siège de Louvain et remplacé par son
frère (1). Le corps, qui avait eu ses quartiers d’hiver
(1) Celui-ci fut tué d’un coup de canon en 1658 devant Gravelines.
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. DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 125
dans les places de la Hollande, revint par Calais avec
Piémont au mois de mai 1636 ,
et joignit, au mois
d’août, l’armée du comte de Soissons qui défendait
les passages de la Somme. 11 eut la garde de Cappy et
termina cette campagne par la reprise de Corbie.
En juillet 1637, Champagne ouvrit la tranchée au
siège de Landrecies ,
et fut détaché au mois d’août
pour s’emparer de Solre. Il culbuta aisément 500
paysans qui en défendaient les approches et pénétra
pêle-mêle avec eux dans la ville. La prise du château
fut plus disputée et coûta la vie aux capitaines de
Granville et Âttichy. Le mestre de camp y fut blessé.
Champagne fut ensuite chargé, sous les ordres du vi-
comte de Turenne, de garder et de défendre Mau-
beuge. Dans le siège que celte place soutint, il résista
avec valeur à un assaut furieux mais Turenne, trop:
faible pour s’y maintenir plus longtemps, sortit de
Maubeuge à la tête de la garnison et se fraya un pas-
sage à travers le camp espagnol pour rejoindre le car-
dinal de La Valette.
Le régiment fut employé, en 1638, au siège de
Saint-Omer. 400 hommes du corps commencèrent
par s’emparer de Saint-Momelin, sur l’Aa, et y con-
struisirent un fort destiné à empêcher tout secours
d’entrer dans la ville. Ce siège ,
où fut tué le capi-
taine Saint-Salvador, ayant été levé, Champagne fut
Il avait été fait maréchal de camp le 4 juin 1642, et lieutenaal-gé-
Déral le 10 juin 1655.
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i26 HISTOIRE
à celui du château de Rcnti où il perdit le capitaine
de Béthencourt. Après la reddition de ce château, il
contribua à la prise du Catelet qui se rendit le 14 sep-
tembre.
Au mois de mai 1639, le régiment fait le siège de
Lillei-s, puis il attaque, le 22 mai, Hesdin du côté du
vieux Hesdin; le 10 juin il emporte 1a demi-lune ;
la
ville se rend le 29- Le mestre de camp de Varennes
fut blessé là d’un coup de mousquet au bras ,
et fut
honoré de la visite du roi. Champagne marche en-
suite contre une partie de l’armée espagnole retran-
chée dans des marais près de Saint-Omer, et con-
tribue puissamment, le 4 août ,
à sa défaite. Les
capitaines Corbet et Le Rasle moururent de blessures
reçuesdans cetteaclion.
En 1640, Champagne est à l’investissement d’Ar-
ras le 1 0 juin. 11 y ouvre la tranchée le 4 juillet à l’at-
taque du maréchal de La .Meilleraye. Ce jour même, le
lieutenant-colonel de Lucinet est tué (1). Le 27 juil-
let, il emporte d’assaut la demi-lune de son attaque:
deux jours après elle est reprise; il marche alors au
secours des Gardes Suisses qui n’avaient pas été heu-
reux en la défendant ,
et les aide à reprendre le ter-
rain qu’ils avaient perdu. Il se trouve encore à la re-
prise du fort Rantzaw, et après la capitulation d’Arras,
il
y est mis en garnison. Le lieutenant Dubut fut tué
(1) Il [ut remplacé par Poniponiie Le Roux de Titly, qui parvint
au grade de lieutenant-général.
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DE l’ancienne infanterie française. 127
le 6 avril 1641, dans une course contre la garnison
de Lens.
Le 17 mai 1641 Champagne ,
investit Aire et relève
les Gardes Françaises dans la tranchée. Il perd, à ce
siège meurtrier, les capitaines de Villeneuve, de Cam-
brai, Rollet et Vilade et l’enseigne Daudouin, et ter-
mine cette campagne par le siège de Bapaume où il
emporte la demi-lune et fait la descente de fossé.
En 1642, le régiment passe en Roussillon et fait le
siège de Collioure. 11 est d’abord employé à chasser
l’ennemi des postes qu’il occupait sur la montagne du
côté du Fort-Neuf. Il accomplit sa mission avec une
grande vigueur ,
et force les garnisons de tous ces
postes à rentrer dans la place. Le 21 mars, un batail-
lon repousse et ramène, l’épée dans les reins, une
sortie de 400 hommes il reprend en même temps
;
une batterie dont ils s’étaient emparés. Le capitaine
Lavaud est tué dans ce beau combat. Le 24, 100 hom-
mes montent à l’assaut du fort Sainte-Thérèse et ai-
dent les Gardes à l'emporter d’emblée. Le 2 avril, la
garnison veut faire une sortie, Champagne, non-seu-
lement la repousse vertement, mais il la chasse de la
ville et la contraint à se réfugier dans le château qui
capitule lui-même le 10. Le gouvernement de Col-
lioure fut donné au lieutenant-colonel de Tilly.
Le régiment va ensuite au siège de Perpignan qu’il
investit du côté de la citadelle, près de raqueduc.
Après la prise de cette ville ,
Champagne y entre,
prend quelques jours de repos et rejoint le roi en Lan-
128 HISTOIRE
guedoc. Pendant son séjour à Narbonne, il reçoit la
triste mission d’arrêter et de garder le jeune et infor-
tuné Cinq-Mars.
Champagne hiverna dans le Languedoc et ne quitta
ses quartiers qu’en 1644 pour passer en Catalogne. Il
s’embarqua à la fin de juin à Collioure, et prit terre
le 4 juillet à Barcelone. Au mois d’août, il ouvrit la
tranchée devant Tarragone. Un jour qu’il n’était pas
de garde, les Espagnols firent une sortie et allaient
s’emparer des batteries, Champagne accourut et les
rejeta dans la ville. Il perdit, dans cette action, te ca-
pitaine de Catilly. Le mestre de camp d’Origny et les
capitaines Guillemard et Corbé y furent blessés. Quel-
ques jours après, le 24, à l’attaque du môle, le régi-
ment eut la pointe de droite. Tous les ouvrages fu-
rent emportés en moins de trois heures. Mais le fruit
de si brillants travaux devait être perdu. L’arrivée du
roi d’Espagne avec toute son armée fit lever le siège.
En 1645 ,
Champagne couvre du
les opérations
siège de Roses, et se trouve à la prise d’Agramont et
à l’affairedu o juin sur les bords de la Sègre. Le ca-
1
pitaine La Prune eut une cuisse emportée dans ce
combat, et en mourut; le lieutenant La Boëssière y
fut tué sur place. Le capitaine La Marche et les lieu-
tenants La Roche et l^a Salle, furent blessés. Le 22
juin fut livrée la bataille de Llorens. Champagne y
occupait l’extrême droite et culbuta tout ce qui lui était
opposé. Les Espagnols, battus, s’opiniâtrèrent à vouloir
passer la rivière; le désespoir leur donnait un nouveau
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 129
courage; Champagne recommença le combat et s’en
tira encore glorieusement. Quatre mille Espagnols
furent taillés en pièces ;
leurs débris se réfugièrent
sous Balaguer, que l’armée française investit. Cepen-
dant les Espagnols avaient surpris Flix et forcé la
garnison à se retirer dans le château. Champagne fut
envoyé à son secours avec le régiment de Sainte-Mesme,
connu depuis sous le nom de Bourbonnais, lis dégagè-
rent la garnison et pénétrant dans la ville, firent met-
tre bas les armes à 1 ,1 00 hommes qui la défendaient.
Le régiment retourna alors devant Balaguer, où il se
signala par la prise de plusieurs convois, ce qui força
la ville à capituler. Dans un de ces combats livré le
12 août, contre l’escorte d’un convoi, le capitaine de
Ciissy et les lieutenants Dinart, Saint-Maurice etDu-
croc furent tués ;
le capitaine de Kéraliou fut blessé.
Le comte d’Harcourt ouvrit la campagne de 1646
par le siège de Lérida. Un détachement de 150 hom-
mes de Champagne contribua à la prise du poste
d’Alguast, dont on ne se rendit maître qu’après un
combat des plus acharnés. La garnison de Lérida qui
était de 5,000 hommes faisait de vigoureuses sorties.
Dans une d’elles, tous les postes français furent enle-
vés. Le comte d’Origny, à la tète de Champagne les ,
leur reprit. Le 21 novembre, le marquis de Léganez,
profitant de la lassitude qu’un siège de six mois avait
jetée dans l’armée française, tomba sur ses lignes et y
pénétra. Champagne, pris à l’improviste, préféra la
mort à la honte de céder et se fit hacher. Le colonel
HT. Dl L'AHC. IMFANTERn FRANÇAISE. T. III. 9
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130 HISTOIRE
d’Origny (1) fut tué en faisant des prodiges de valeur,
Grey,
et avec lui tombèrent les capitaines Giraud de
Grémonville, Marbœuf et Marans, et les lieutenants
Duchesne.
Renouard, Champagnolles, Saint-Denis et
affaire étaient les capi-
I^s officiers blessés dans cette
taines Paye, Kéraliou, Lort, de Nully et Camellon,
La
Mon tcalvel, Mainvillers, Sainte-Beuve,
les lieutenants
et Gribeauval, et les enseignes
Saint-Clément, Lasnon
régiment
Montmerle, Nuron, \aranda etDellart. Le
resta un an sans mestre de
camp (2).
mai 647 le prince de Condé vint pren-
Au mois de 1 ,
dre le commandement de l’armée de Catalogne,
et la
conduisit de nouveau devant Lérida. Le 27,
Cham-
pagne, précédé des vingt-quatre violons
du prince,
ouvrit la tranchée en plein jour. Le capitaine de Creil fut
tuéce jour-là. Le lendemain, le régiment repoussa victo-
rieusement une sortie. Il était commandé par son lieu-
tenant-colonel La Mothe-Vedel qui y fut blessé (3).
D’Origny avait été fait maréchal de camp le 1*' septembre de
(1)
cette même année.
Le comte de Broglie, nommé mestre de camp de Champagne
(2)
fut tué en 1636 au siège de Valence,
après avoir obtenu
en 1648,
de lieute-
le grade de maréchal de camp le 26 août 1646, et celui
25 septembre 1650. II eut pour successeur, en 1649,
nant général le
marquis de Bellefonds : celui-ci fut nommé maréchal de camp
le
le
le 16 juin 1635, et maréchal de
10 mai 1651, lieutenant-général
France le 8 juillet 1668.
11 était lieutenant-colonel depuis le 8 avril 1643, et fut fait
• (3)
maréchal de camp le 6 janvier 1652. 11 eut pour successeur René de
Chateliers, capitaine dès 1636, lieutenant-colonel le 8 août 1632,
et
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DK l’ancienne INFANTBRIK FRANÇAISE. 131
Le capitaine Giraud, frère de celui tué l’année précé-
dente, eut le même sort que son aîné. Le prince de
Condé, s’étant déterminé à lever le siège, Champagne
et Sainte-Mesme restèrent dans les tranchées pour
protéger le départ de l’armée, et exécutèrent ensuite
leur retraite dans le meilleur ordre.
En 1648, l’armée de Catalogne commandée parle
maréchal de Schomberg, fit le siège de Tortose. Le
régiment y ouvrit la tranchée le 5 juillet, et pi it une
part très-brillante à l’assaut du 12 où cette ville fut
emportée. Le capitaine Corbet y perdit la vie.
En octobre 1049, Champagne entra dans Barcelone
menacée parles Espagnols avec Sainte-Mesme, Auver-
gne et Montpouillaii. L’arrivée de ces braves régiments
empêcha, pour le moment, l’ennemi d’enfairele siège:
il reparut en 1650 lorsque la peste eut décimé la
garnison de Barcelone, et après cet épouvantable fléau,
celle-ci eut encore à souffrir les horreui-s d’un siège
de quinze mois. 11 fallut enfin capituler le 12 octobre
1652, mais avec les honneurs de la guei-re et la fa-
culté d’emporter ses armes, ses drapeaux et six pièces
de canon. Champagne se retira à Perpignan, et fut
bientôt envoyé en Guyenne pour s’y opposer aux prot-
grès du prince de Condé mais le corps dont il faisait
;
partie, fut taillé eu pièces par le vainqueur de Rocroi.
Champagne et l’ancien Lorraine parvinrent seuls à
maréchal de camp le 29 août 1653. Cliateliers garda cette charge
jusqu’au 18 janvier 1663.
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132 HISTOIKK
faire leur retraite, grâce aux manœuvres savantes du
lieutenant-colonel La Mothe-Védel, et se jetèrent
dans Miradoux. Sommé par Condé de se rendre, avec
menace d’être pendu, et de voir son régiment passé
au fil de l’épée s’il tardait trop, le brave La Mothe-
Védel se contenta de répondre ces simples et fières
paroles devenues la devise du corps : Je suis du régi-
ment de Champagne. Il justifia la hauteur de sa ré-
ponse par une belle défense qui donna le temps au
comte d’Harcourt de venir le dégager. Les habitants
de Miradoux, pour perpétuer le souvenir de cette ac-
tion, ont donné des drapeaux neufs au régiment toutes
les fois qu’il a traversé leur ville (I).
En 1633, Champagne est à la prise de Bourg, de
Sarlatetde Libourne et contraint les habitants de
Bordeaux à rentrer dans le devoir. A la fin de la cam-
pagne il prend ses quartiers d’hiver dans le Rous-
sillon. L’année suivante, il est à la prise de Ville-
franche, où le lieutenant Lafosse est blessé, et il fait
partie du corps qui force les Espagnols à lever le
siège de Boses, seule place qui nous restât en Cata-
logne. Le 13 octobre, il ouvre la tranchée devant
Puycerda et après la capitulation, il
y est mis en
(1) Les drapeaux de Champagne étaient vert très-clair aTec la
croix blanche droite. Ceux d'Austrasie, son dédoublement en 1776,
furent de la même couleur, mais avec la croix oblique blanche. En
général, le vert était la couleur principale des drapeaux des corps
qui axaient eu une relation d'origine et de service avec la frontière
d’Allemagne.
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DE l’ancienne infanterie française 133
garnison. Le capitaine d’Ar\ille en eut le gouver-
nement.
Champagne ouvre la campagne de 1653 par la
conquête de Cap de Quiers et de Castillon et se trouve
au combat du 13 août près de Solsone, combat à la
suite duquel les Espagnols levèrent le siège de la ville
de ce nom. Il eut cette année ses quartiers d’hiver
dans Languedoc et il rentra en 1656 en Catalogne
le
où la guerre n’amena aucune action importante. Un
détachement du corps emporta d’assaut le 1 7 juillet
le château de Boraçan, sans autre perte qu’un capi-
taine, deux lieutenants et quelques soldats (1). Le
régiment resta en Catalogne Jusqu’en 1639. Après la
paix des Pyrénées il évacua Roses qu’il occupait et
fut envoyé dans le Bourbonnais. En 1661, il se
rendit à Montauban pour y réprimer quelques trou-
bles, et à la fin d’octobre il fut appelé en Lorraine.
En 1663, il fut porté, comme les autres vieux corps,
de vingt compagnies à quarante. Voici quelle était la
position de ces compagnies au commencement de
l’année 1665. Il
y avait dix-neuf compagnies à Metz,
une à la citadelle de Verdun, une à Sainte-Menehould,
une à la citadelle d’Amiens, une au Havre, deux à
Brest, une au château de Nantes, deux à Blavet, une
au fort Nieulay de Codais, une au château de Niort,
(1) Le comte de Grignan, qui obtint le régiment en 1656, sur la
démission de son tils (le gendre de madame de Sévigné), ayait eu le
brevet de maréchal de camp le 21 juillet 1649.
134 BISTOntB
une à Belle-Isle-en-Mer, deux au fort La Prée, deux
à Blaye, une à Saint Jean-Pied-de-Port, une à Mon-
tauban, une au château de Saint André-lès-Âvignon,
une à Pignerol et une au fort de La Pérouse.
En 1665, le roi fit marcher une armée au secours
des Hollandais attaqués par l’évèquc de Munster. Vingt
compagnies de Champagne furent de cette expédition.
Elles prirent part au siège de Lokem et hivernèrent
àEnierik. Le 17 avril 1666, le colonel marquis d’Am-
bres battit complètement la garnison de Deutecum qui
gênait l’entrée des fourrages à Emerik et lui tua 25
hommes dont plusieure officiers. De retour ên France,
Champagne fut mis en garnison à Metz. Son lieutenant-
colonel (1) fut apj>elé cette année à Paris pour tirer au
sort lerang de roulement du régiment avec Piémont
et Navarre. Champagne eut, pour commencer, le troi-
sième rang.
En 1667, il fit la campagne de Flandre et se
.
trouva aux sièges de Charleroi, de Tournai et de
Douai. A celui de Douai il fut chargé de l’attaque
particulière du fort de Scarpe. Au mois de juillet, il
était à la prise de Courtrai, et le 29 du même mois il
ouvrit la tranchée devant Audenaerde. 11 termina
(I) François Uelort d’Alonsac, lieutenant-colonel de Champagne
le 18 janvier fOdS, servait au corps depuis l’année 1Ü30. 11 parvint
au grade de maréchal de camp et se démit de sa charge uu mois
d’août 1670. 11 est dit dans l’arrèt du 13 décembre 1069, qui coniirme
sa noblesse, qu’il n’avait pas manqué une seule action de guerre de-
puis quarante ans.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 135
cette campagne par le siège de Lille où il s’empara
de vive force d’une redoute, et retourna à Metz.
En 1668, il participa à la conquête de la Franche-
Comté et fut ensuite envoyé à Brisach où l’on y incor-
pora quatre compagnies du régiment d’Espagny,
autant de celui de Saint-Yallier et la presque totalité
du régiment de La Fère.
En 1670, Champagne fit partiedu camp de Saint-
Sébastien près de Paris. Il reprit ensuite le chemin
de Metz et fut de là dirigé sur Nancy. En septembre,
il prit part aux sièges d’Épinal et de Chalté.
Au mois de mai 1672, Champagne joignit l’armée
du prince de Condé près de Liège; il fit l’investis-
sement de Wesel et d’Einerik et emporta d’emblée le
fort de Lippe. 11 assista à la prise de Doësbourg,
Deventer, Zutpheii, Utrecht, Nimègue, Grave, Crève-
cœur et à celle de l’ île de Bommel. Lorsque Condé
eut été blessé au passage du Bhin, le régiment suivit
Turenne qui le conduisit à Ârnheini. Après l’occu-
pation de cette place, la brigade de Champagne atta-
qua les dehors du fort de Nimègue et emporta brave-
ment le chemin couvert. Celte conquête coûta à la
brigade 55 officiers et 300 soldats mis hors de combat.
Champagne n’y eut toutefois qu’un officier tué, le
lieutenant d’Alsan. 11 contribua ensuite à la prise du
fort de Skenke et fit le siège de Nimègue. Sur la fin
de la campagne, le régiment passa aux ordres du duc
de Luxembourg et fit l’expédition de Bodegrave. 11
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136 HISTOIRE
eut ses quartier d’hiver à Utrecht. Le colonel
marquis de Monismes fut tué en juillet dans une
reconnaissance aux environs d’Utrecht (t).
En 1673, on trouve le régiment à l’armée d’Alle-
magne sous Turenne il contribue à la prise d’ünna,
:
Kamen, Soëst et Zoëster. Cent hommes aux ordres
du capitaine de Tilly se signalent par un beau combat
soutenu près de Yürtzbourg. Champagne eut cette
année ses quartiers à Colmar, mais il passa presque tout
l’hiver dans 1e Porentruy avec le marquis de Vaubrun.
En mars 1674, il s’empare de la petite ville de
Germeshcim il rejoint ensuite le gros de l’armée à Sa-
;
verne, passe leRhinàPhilisbourg le 13 juin, et le lende-
main ils’emparc du défilé de Burghausen qui conduit à
Sentzheim. Le IG, aidé de quelques dragons il sur-
prend la ville et 1^ château de Sentzheim et y fait
400 prisonnière. 11 conserva vaillamment sa conquête
en fusillant la cavalerie ennemie, et sa belle conduite
dans cette occasion fut en grande partie cause de la
victoire remportée par Turenne devant Sentzheim.
Il perdit dans celte bataille son major, M. de La Dia-
tais, les capitaines La Potherie et Saint-Orens, l’aide-
major Pauliart, quatorze lieutenants ou enseignes
et quatre-vingts soldats. Le colonel marquis de Mont-
gaillard y fut blessé. Après cette journée, Champagne
alla se reposer de ses fatigues à Philisbourg. Le
(1) M. de Monismes Teuait d’être fait brigadier le 15 avril 1672.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 137
4 octobre il était à la bataille d’Ensheirn près Stras-
bourg. Sa brigade était placée au centre, les grenadiers
dans un bois sur la droite. Chargé par derrière par la
cavalerie du comte Caprara, ses deux derniers rangs
firent demi-tour, ne tirèrent qu’à bout portant et
rompirent la charge de la cavalerie impériale. L’infan-
terie allemande suivit le sort de la cavalerie. Cham-
pagne la poursuivit à outrance et lui prit deux canons.
Il ne périt dans cette action, qui dura dix heures,
qu’un seul capitaine, M. de Gadaille. Le capitaine
de Roncière placé avec cent cinquante hommes dans
le château de Wasslenstein, y fit une belle défense.
Plus tard, le régiment assista encore au combat de
Mulhausen. Un bataillon avait été détaché cette année
de l’armée de Turenne pour coopérer à la conquête
delà Franche-Comté. Après la reddition de Besançon,
de Dole et de Salins, il repassa en Alsace et prit
chemin faisant, le 4 juillet, les ville et château de
Faucogney. Son commandant M. de Floris fut tué
à l’assaut ainsi que le capitaine de Pléné.
Le 5 janvier 167o, les [Link] de Champagne
s’emparent du pont et de la ville de Turckheim et
décident de leur côté la déroute des Impériaux le :
major de Gargis fut tué dans cette journée. Le 4 juil-
letun détachememt du régiment attaque Dachstein,
dernière place occupée par l’ennemi en Alsace et s’en
empare par escalade. L’action fut chaude: le major
Digoine y fut mortellement blessé: c’était le troisième
en un an. Le 24 juillet, Champagne se trouve au
138 HISTOIRE
combat d’Offembourg. Après la mort de Turenne,
lorsque MontecucuUi attaqua le 1" août l’armée
française à Altenheim, le régiment qui était à l’arrière-
garde défendit le passage du pont avec une bravoure
extraordinaire, et après un combat de quatre heures
força l’ennemi à se Le lieutenant-colonel
retirer.
de Bréval, seize capitaines et un grand nombre de
lieutenants furent tués. Le nouveau major M. de
Préchac(l) eut son cheval tué sous lui et fut blessé
du même coup au pied droit. Après avoir encore
contribué à faire lever les sièges d’Haguenau et de
Saverne, Champagne prit ses quartiers d’hiver à
Brisach, et continua de servir en Alsace les années
suivantes. En mars 1677, cinq cents hommes sont
envoyés pour faire le siège du château de Dabo et le
prennent en six jours. Plus tard, pendant que le
régiment campé sous Schlestadt, 1e capitaine de
était
Cotignon partit avec un détachement pour garder le
château de Chastenoy. Il
y fut investi par le prince
de Saxe-Eisenach. Sommé de se rendre, il exigea
d’être attaqué dans les formes et que la brèche fût
faite. 11 pei-sista jusqu’au bout et fut fait prisonnier.
C’est à cette occasion qu’il fut réglé dans le régiment
de Champagne qu’en pareil cas, lorsqu’un officier
aurait fait son devoir, sa rançon serait payée par ses
(I) Dauiel de Montcsquiou de Préchac servait dans Champagne
depuis i6ü8. 11 parvint à la charge de lieutenant-colonel le 26
novembre 1681 et au grade de lieutenant-général en 1704.
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DE L’ANCIE^NB INFANTERIE FRANÇAISE. i39
camarades; le brave capitaine Gotignon éprouva le
premier les ell’ets de cette honorable convention.
Au combat de Kokersberg, le 7 octobre 1677, le
maréchal de Créqui confia la garde de l’artillerie au
régiment, en lui disant qu’il ne pouvait la mettre en
meilleures mains. Champagne termina la campagne
par le siège de Fribourg : le 1 2 novembre il emporta la
redoute du château, ce qui amena la reddition de
[Link] 16, le faubourg Saint-Christophe fut
enlevé.Le régiment n’était point de jour, mais une
quarantaine d’hommes prirent part volontairement à
l’attaque et s’y distinguèrent.
Champagne fit la campagne de 1678 sur le Rhin
avec Picardie et se trouva à l’attaque des retranche-
ments de Seckingen, au combat d’Offembourg, à la
prise d’assaut de Kelh et au siège du château de
Lichtemberg. Cette année, le colonel de Bois-David
fut cassé de son grade pour avoir tué en duel le
marquisd’Aubijoux, colonel du régiment d’Orléans(l).
La campagne de 1679 ne présenta d’autre fait mémo-
rable que le combat de Minden qui fut le dernier acte
de la guerre. A la paix le régiment fut envoyé dans le
Languedoc où il travailla au canal de jonction des
deux mers.
En 1683, Champagne fait partie du camp de Bou-
quenom sur la Sarre. Cette même année la compagnie
(1) M. de Bois-üavid passa au service de l’Electeur de Braude-
bourg et y devint ofGcier général. Il avait été fait brigadier le 24
février 1676.
140 HISTOIRB
de grenadiers de Chenevières est jetée dans Greve-
makeren. Le 17 octobre, elle y est attaquée par
2,000 hommes d’infanterie. Chenevières s’y défend
comme un lion et se retranche dans l’église et le
cimetière. Forcé dans cette position et déjà atteint
de deux blessures, il se réfugie dans les voûtes de
l’église d’où il fait une fusillade terrible. L’ennemi
désespérant de le prendre, met le feu à l’église. Che-
nevières, pour ne pas être suffoqué par la fumée,
découvre la toiture et ne se rend que lorsqu’il a
épuisé ses munitions; encore ne le fait-il qu’à des
conditions très-fières. Il n’avait pas perdu un seul
homme. Le nommé Lagorce, jeune et vigoureux
soldat qui s’était signalé d’une manière toute parti-
culière, fut fait officier et s’illustra plus tard à Steen-
kerque en tuant le général Mac Hay.
La campagne de 1684 s’ouvrit par le siège de
Luxembourg. Champagne y fit le 8 mai l’ouverture
de la tranchée ;
il se logea sur la contrescarpe le 14,
et ce fut sous ses drapeaux que la garnison demanda
à capituler. Les lieutenants Desmoulins et de Laval
furent tués à ce siège. Les capitaines de Masblanc,
Saint-Clément, Ch. de Masblanc, Gasquet, Bousque-
tardon, l’aide-major Duplessis et neuf lieutenants
furent blessés.
Fn 1688, le 1'^ bataillon de Champagne est devant
[Link] capitaine de grenadiers de Masblanc
y mérita les éloges du
Dauphin à l’attaque de la
demi-lune. Ce brave officier fut tué quelque temps
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 141
après, au siège de Manheim, auquel son bataillon
prit part, ainsi qu’à celui de Frankenthal. Pendant
ce temps, le 2' bataillon était au camp de la Sarre et
contribuait ensuite à la prise de Kayserslautern et de
Kreutznach, où fut tué leLa Roussière,
capitaine de
puis à ceux deNeustadt, Oppenheim, Worms, Spire
et Mayence, où le régiment passa l’hiver.
En 1689, il se rendit en Flandre et fut désigné
avec les Gardes Françaises et Suisses pour l’attaque
du château de Walcourt. Il s’y comporta bravement
et pénétra jusqu’à la porte, mais là tous ses efforts se
brisèrent. Exposé pendant deux heures à un feu
meurtrier, y perdit son colonel le bailli de Col-
il
bert (1), les capitaines Gajan et Vazes et le lieutenant
Gore. Le lieutenant-colonel (2), le major(3) et treize
autres officiers y furent blessés. Au mois d’octobre,
il entra dans Lille et y demeura jusqu’en mai 1690
qu’il se rendit à Metz et de là à l’armée du maréchal
de [Link] mois de juin, il revint en Flandre sous
le maréchal de Luxembourg qui livra le 1" juillet la
bataille de Fleurus. La brigade de Champagne était
placée à Saint-Âmand. Dès le début de l’affaire, le
(1) Le bailli de
Colbert était brigadier du 24 août 1688.
(2) Michel de
Muyn de Vrevins, capitaine au corps en 1661,
major 26 novembre 1681, lieutenant-colonel 19 juin 1689, bri-
gadier 30 mars 1693, maréchal de camp 3 mai 1705.
(3) Joseph de Gasquet, lieutenant au corps en 1667, major 14
juillet 1689, lieutenant-colonel 5 avril 1693, brigadier 3 janvier
1696 et maréchal de camp 26 octobre 1704.
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142 HISTOIR*
capitaine de grenadiers Clément est tué en faisant une
reconnaissance. Sa mort est cause que le feu s’engage
avant que l’ordre ait été donné. Les bataillons de
Champagne manquent bientôt de munitions et souf-
frent beaucoup de la mousqueterie de l’ennemi. A la
fin de la bataille, 1,200 hommes des alliés échappés
à la déroute de leurs corps se réfiigient dans un châ-
teau voisin. Champagne et Boissons les y attaquent
et les forcent à se rendre à discrétion. La bataille de
Fleurus coûta au régiment son colonel, le comte de
Sceaux, mortellement atteint d'une balle qui lui fra-
cassa les deux jambes (1), les capitaines Sainl-Blémont,
Masbianc et Dartau, et les lieutenants Du Tilleul,
Montagnez, Château et Aupignon. II
y eut, en outre,
vingt-trois officiers blessés.
11 débuta en 1691 par le siège de Mons, et se rendit
ensuite à l’armée du maréchal de Boufflers qui bom-
barda Liège. Il passa l'hiver à Dinant où il forma un
3* bataillon, pour lequel les régiments de Bourbon-
nais et de Feuquières lui fournirent chacun quatre
compagnies.
Les trois bataillons de Champagne couvrirent le siège
deNamur en 1692, et se montrèrent dignes du vieux
renom du corps au combatde Steenkerque. Ils engagè-
(1) Le comte de Sceaux eut pour successeur sou frère le marquis
de Blaiaville, qui fut nommé brigadier le 30 mars 1693, maréchal
de camp le 19 janvier 1702 et lieutenant-général le 19 juin de la
même année. Mortellement blessé le 13 aodt 1704 à Hochstedt, le
marquis de Blainville mourut le même jeur è Ulm.
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DB l’anciensk raFAirmuE française. 143
rent l’action avec Bourbonnais, et continrent par l’éner-
gie de leur feu. les troupes qui leur étaient opposées.
Cependant, la droite de l’armée était compromise et
menacée flanc. Champagne
d’être prise en y court en
tombe sur l’ennemi à la baïon-
franchissant les haies,
nette, l’enveloppe, en fait un carnage horrible, et
contribue avec la Maison du roi à la destruction des
Gardes Anglaises (1) qui seules résistaient encore. Il
leur enleva un drapeau que les soldats lacérèrent. De»
si brillants succès furent, à la vérité, payés chèrement
par Id perte des capitaines Bélesbat, Briançon, Du-
plessis, Séridos et des lieulenantsMontplaisiret Larrey.
Le colonel, marquis de Blainville, fut dangereusement
blessé et avec lui 63 officiers. Il
y eut 4 sergents et 13
soldats tués et 188 blessés. Le roi témoigna sa sa-
tisfaction à Champagne, et lui promit de bons quartiers
d’hiver. On l’envoya à Saint-Omer; mais, au mois de
décembre, il dut quitter cette ville pour aller au siège
de Fumes qu’il emporta en quinze heures de tranchée
ouverte, malgré une garnison de 3, 000 hommes. Après
cet exploit, il retourna à Saint-Omer et n’en sortit
qu’au mois de juin 1693, pour aller servir sous les
ordres du roi en Flandre. Il resta peu de temps à
arméey et passa sur le Rhin où il fit cette cam-
cette
pagne et la suivante, ayant ses quartiers habituels à
(1) « Le régiment de Champagne, dit Luxembourg dans son
rapport au roi, eut affaire aux Gardes Angloises qui s'en sont mal
trouvé. »
144 HISTOIBE
Strasbourg. Il commença encore celle de 1 695 à l’ar-
mée d’Allemagne, mais au mois de juillet il fut appelé
en Flandre, et il se rendit enfin à l'automne sur la
Moselle à l’armée du maréchal d’Harcourt.
Après avoir hiverné à Nancy, il fut employé en 1696
sur la Meuse et prit ses quartiers à Dinant. En 1697,
il fit du corps d’armée du maréchal de Villeroy
partie
qui couvrit les opérations du siège d’Ath, et après la
paix de Riswick, il fut mis en garnison à Valenciennes.
Le 18 novembre 1698, il reçut par incorporation les
régiments réformés de Serville, de Marignane et de
Villemort.
Champagne se remit en mouvement en 1701. Il
occupa Limbourg pour le roi d’Espagne, et en 1702,
il se rendit à l’armée d’Allemagne commandée alors
par Gattinat, et dont Villars prit le commandement au
mois de septembre. Ses trois compagnies degrenadiers
chargées delà garde du pont d’Huningue, s’y couvri-
rent de gloire en repoussant les attaques de plusieurs
bataillons impériaux. Le 1 1 octobre, elles occupèrent
Neubourg, dont la prise occasionna le 14 la bataille de
Friedlingen, près de Bàle. La brigade de Champagne,
suivie de près par celles de Bourbonnais, La Reine et
Poitou, débouchant la première parle pont d’Hunin-
gue, engagea le combat, en abordant l’ennemi sur les
hauteurs de Tulich ; elle culbuta les bataillons enne-
mis qui voulurent s’opposer à son passage, et prit leur
canon. Après cette glorieuse journée où le régiment
perdit les capitaines Lasalle et Duret, et 12 lieutenants
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 143
OU sous-lieutenants, Villars, proclamé maréchal de
France par ses soldats sur le champ de bataille, ramena
son armée victorieuse sous Saverne, afin de couvrir
Phalsbourg et la Lorraine. Le régiment termina la
campagne dans ce camp et alla ,
passer l’hiver à
Strasbourg.
En février 1703, les trois bataillons sont au siège
de Kelh. Le 26, ils emportent, l’épée à la main, une
redoute que l’ennemi avait fait construire à la tête
d’une petite île du Rhin. Les grenadiers se distinguent
à la prise d’assaut de l’ouvrage à cornes. Après la red-
dition de Kelh (9 mars), Champagne rétablit le pont
du Rhin et rentre dans Strasbourg. Il franchit de nou-
veau le Rhin le 1 2 avril et, après une attaque sur les
lignes de Stolhofen, il pénètre dans la vallée de la
Kintzig, s’empare des postes de Gegembach, Biberach,
Hasslach et Husen, emporte le 1*' mai la ville et les
retranchements de Hornberg, et joint le 16 juin avec
Villars l’Électeur de Bavière à Dillingen. Dans toute
cette marche célèbre, Champagne avait constamment
marché à l’avant-garde avec Saintonge et un régi-
ment de dragons. Il n’y perdit que le capitaine de
Roissy, tué dans une reconnaissance.
Au mois de septembre, il fait partie du corps chargé
sous les ordres du marquis d’Usson, d’observer les
mouvements du comte de Styrum. Le 20, eut lieu la
première bataille d’Hochstedt engagée par Champagne.
Le lieutenant-général marquis d’Usson allait être écra-
sé, lorsque Villars débouchant derrière les Impériaux,
BIST. DE L’ANC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 10
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146 HISTOIRE
les force à lâcher prise. L’ennemi perdit 4,000 hom-
mes, ses bagages, ses drapeaux, 33 bouches à feu et
3,000 prisonniers. Au mois de décembre, Champagne
ouvrit la tranchée devant Augsbourg; le capitaine de
grenadiers de Conilsfut tué dansun engagement qui pré.
céda ce siège. Après la prise d’Augsbourg, Champagne
entra dans Ulm où il passa le reste de la mauvaise
saison.
Le 13 août 1704, il se trouvait à la deuxième ba-
tailled’Hochstedt. Il y occupait l’extrême droite au vil-
lage d’Oberklaw, et avait devant lui une batterie qui
lui devint funeste parles efforts que l’ennemi fit pour
la démonter. Le marquis deBlainville, son ancien co-
lonel, alors lieutenant-général, commandait les trou-
pes placées près d’Oberklaw. En se retrouvant à la tête
du régiment, il lui dit, faisant allusion à ceux de sa fa-
mille tués dans ses rangs : « Régiment de Champagne,
il vous faut bien des Colbert .» 11 fut, en effet, tué ce
jour-là, au milieu de Champagne comme l’avaient été
ses deux frères aînés qui l’avaient précédé dans le com-
mandement du corps. On sait que tout l’effort de la
bataille se porta à la gauche ,
autour du village de
Bleinheim. Champagne ne combattit point, mais il fut
écrasé par le feu des ennemis sans avoir tiré un seul
coup de fusil. 11 sauva par sa bonne contenance les dé-
bris de l’aile commandée par Tallard et facilita sa re-
traite en se jetant avec Bourbonnais dans le village
d’Oberklaw, où ces deux brigades se retranchèrent.
Elles firent ensuite leur retraite en colonne par batail-
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 147
Ions avec une audace sans égale. Le marquis de Sei-
gnelay faisait l’extrême arrière-garde avec les huit
compagnies de grenadiers des deux brigades, et s’ac-
quitta bravement de cette lâche périlleuse sans se lais-
ser entamer. Les généraux ramenèrent l’armée, di-
minuée de 25,000 hommes, sur le Rhin et après
quelque combats dans les lignes de la Lauter, où les
grenadiers de Champagne montrèrent leur valeur or-
dinaire ,
on arriva à llaguenauj d’où le régiment fut
envoyé à Strasbourg pour se refaire de ses pertes.
En 1705, il lit partie de l’armée du Rhin, mais il ne
quitta sa garnison que pour aller au mois d’août faire
une reconnaissance au delà du Rhin, vers Bichel et
Stolhoffen. A la fin de cette année les trois compa-
gnies de grenadiers furent envoyées devant Nice qu’as-
siégeait le maréchal de Rervvick.
Villars rassembla l’arméeau mois d’avril 170G, pour
essayer de forcer les lignes de Stolholfen. Il lit lever le
blocus du Fort-Louis et ordonna aux grcnadiei’s de
Chamjiagne d’attaquer une redoute (jui défendait la
tète du pont volant que les Impéri iux avaient sur le
Rhin. Ils y entrèrent si brusquement qu’ils firent la
garnison prisonnière et sans perdre eux-mêmes un
seul homme. Ces braves grenadiers se distinguèrent
encore à 1a prise des retranchements de Drnsenlieim,
de Lauterbourg et d’IIagucnau. Le 20 juillet, tous les
grenadiers de l’armée, aux ordres du marquis de Sei-
gnelay(l), colonel deChampagne,s’emparèrentdel’ile
(1) Le marquis de Seignelay, le quatrième colonel de la famille
Colbert, futfait brigadier le 19 juin 1708.
148 HISTOIRE
duMarquisatquiappuyaitladroitedes lignes ennemies.
Le lieutenant-colonel de Pécomme eut une grande part
au succès de cette entreprise. Le régiment eut cette
année ses quartiers à Weissembourg.
En 1707, il se trouva à l’attaque des lignes de Stol-
hofen. Elles furent forcées le 22 mai, et l’on y prit
lOOpiècesde [Link] juin, Champagne passe dans le
Wurtemberg, prend Pforzheim, investit Schorndorf,
à six lieues de Stuttgard, et s’en rend maître. Quel-
ques jours après, le 22 juin, il attaque et défait un
corps commandé par le général Janus qui était re-
tranché dans les gorges de Lorch, et le 17 août il se
trouve à la canonnade de Durlach. Après la campagne
le régiment escorte l’artillerie jusqu’à Kelh, et entre
dans Strasbourg.
Après du combat d’Audenaërde, en
la funeste issue
1708, Champagne quitte l’armée du Rhin pour aller
renforcer celle de Flandre. A peine arrivé, il est jeté
dans Mons menacé d’un siège. Il marche ensuite avec
M. de Souternon au secours de Lille. Il débusque les
alliés du village de Séclin, à deux lieues de Lille et
s’établit fortement à Bérem ; mais Lille capitule bien-
tôt et Champagne se retire à Cambrai.
En 1709, il était au camp de La Bassée avec Villars
et au mois de septembre il combattait à Malplaquet.
Sa brigade était vers le centre en première ligne, ap-
puyant sa gauche au marais et au bois de Sart, où l’on
avait placé 22 bataillons. Trois colonnes ennemies
vinrent les attaquer. Champagne les prit en flanc, les
chargea à la baïonnette et en avait déjà culbuté une
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DE l’[Link] infanterie FRANÇAISE. 149
partie, quand les progrès de l’ennemi vers la droite le
forcèrent à rétrograder. 11 fit sa retraite sans confusion
et se retira vers Valenciennes. 11 était réduit de moi-
tié, et avait plus de 50 officiers hors de combat. Par-
mi les morts on comptait les capitaines d’Estouilly,
Hottereaux, La Condamine, de Lige, d’Aunay et Gre-
nant. Le capitaine de Tanus, lieutenant-colonel du
corps trente etun ans plus tard, y fut blessé.
Le lendemain Champagne campa dans la plaine si-
tuée entre Valenciennes et Le Quesnoy, et eut la gloire
d’arborer sur son front de bandière ,
neuf drapeaux
qu’il avait pris à l’ennemi. Les deux armées épuisées
se séparèrent, etle régiment prit ses quartiers àSédan.
La campagne de 1710 fut stérile en événements.
Champagne faisait partie de l’armée de Flandre et res-
ta à Abbeville. 11 en sortit le 19 avril 1711, pour al-
ler se poster à Bucquoy. Il se trouva plus tard à l’at-
taque d’Arleux et eut un capitaine, M. de Paunèges,
tué d’un coup de canon, près de Boucbain, dont les
alliés faisaient le siège. A la fin de la campagne, il se
retira à Amiens, où il fut employé à combler lé canal
de la Deuille.
En 1712, il marche le premier de l’aile gauche à
l’attaque des retranchements de Denain : après la
prière, il traverse l’Escaut, s’avance sans tirer vers les
retranchements sous une pluie de balles et de mi-
traille. Arrivés sur le bord du fossé, ses grenadiers s’y
jettent, renversent et brisent les palissades et ouvrent
le passage au régiment qui fait main basse sur les An-
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loO HISTOIRE
Le colonel de Tcssc (1) y fut blessé grièvement.
glais.
Champagne fit ensuite le siège de Marchienncs et ce-
lui de Douai oii le capitaine de grenadiers Dupleix fit
des prodiges de valeur à la prise du chemin couvert.
Il y reçut trois blessures et perdit un lieutenant et 20
de scs grenadiers. Après la capitulation de Douai,
Champagne fut au siège du Quesnoy où le capitaine
d’Estouilly fut enterré avec la moitié de sa compagnie
par l’explosion .l’une mine. Le régiment couvrit le
siège de Bouchaiii et eut ses quartiers à Sedan.
En 1713 (2), il passe sur le Rhin. Ses grenadiers
seuls prennent part au siège de Landau. Il se rend en-
suite devant Fribourg et campe au bas du fort Saint-
Pierre, dont l’attaque lui est confiée. Après la prise de
Fribourg, il fut envoyé à Trêves, et lorsque la paix de
Rastadt fut signée, passai Saarlouis où on y incor-
il
pora successivement le régiment de La Londe, le 17
janvier 1711, celui du Roure, le 20 mars, et les deux
bataillons du régiment de Biigey le 7 octobre.
Champagne se rendit à Lille en 171 7, puis à Saint-
Omer en 1718. Il passa en Bretagne en 1719 et fut
appelé en 1720 à Montargis pour travailler à l’amé-
lioration du canal de Briarc. A la fin de 1721, il va
tenir garnison à Verdun, d’où en 1722, il passe à
(1) Le chevalier deTessô, précédemment colonel de La Couronne,
devint brigadier le 1" février 1719.
(2) La charge de lieutenant-colonel fut donnée le 21 janvier 1713
à Nicolas de Moiria de Chatillon, enseigne au corps en 1687 : nommé
brigadier le 1" février 1719.
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DE l’ancienne infanterie française. 15 i
Metz. Pendant son séjour dans cette ville, il fait partie
du camp de la Moselle et il est envoyé en 1728 à Be-
sançon. En 1730, il est à Strasbourg, et l’année sui-
vante il occupe Neuf-Brisach, Colmar et Schlestadt.
En 1732, il retourne à Strasbourg et fait partie du
camp d’Alsace établi près de Bitche. A la séparation
des troupes, il est dirigé sur le Dauphiné et réparti en-
tre les villes de Vienne, Bomans et Montélimart.
En 1733, Champagne est appelé à l’armée du Rhin,
mais il reçoit contre-ordre à son passage à Besançon et
prend le chemin de l’Italie, embrigadé avec Orléans
etLa Sarre. Il traverse le mont Cenis et rejoint l’ar-
mée le 7 novembre, au siège de Pizzighetone qui bat
1
la chamade sous ses le 28 du même mois.
drapeaux,
Il se rend ensuite au siègedu château de Milan. Après
la capitulation de deux premiers ba-
cette place, les
taillons furent mis en garnison à Lodi, Le troisième
se rendit à Pavie d’où il fut envoyé au siège de Tortone
qui fit peu de résistance.
La troisième compagnie de grenadiers était le 4
juin 1734 àlaprisedeColorno où elle perdit 15 hom-
mes, et le 29 du même mois, le régiment tout entier
se trouvait à la sanglante bataille de Parme. Il élait
placé à la gauche de Picardie, dont la cassine de Mon-
tebriani le séparait. Les ennemis, ayant fait un mou-
vement pour s’emparer de cette cassine, furent intré-
pidement reçus par Champagne, qui, donnant tête
baissée dans leur colonne, la rompit et tua 800 hom-
mes. Cette glorieuse journée coûta au régiment les ca-
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,
152 HISTOIRE
pitaines Crézonsac et Barrière, et les lieutenants La-
nielinière, Fontaine, Bonnot, Lignereux, Marsillac,
Lachaud, Tesson etLa Lisse. Lecolonel duc de la Tré-
mouiIle(l),le lieutenant-colonel, les commandants de
bataillon de Montflambert et de Montfort, et une qua-
rantaine d’ofiieiers furent blessés. Après cette victoire,
le lieutenant-colonel de Sucy( 1 ) se présenta avec les gre-
Le 15
nadiers devant Guastalla qui ouvrit ses portes.
Champagne vole avec les régiments d’Auver-
juillet,
gne, du Roi et d’Anjou, au secours du régiment Dau-
phin à qui on avait confié la protection des avant-
postes de l'armée sur la Secchia, et qui, attaqué par
un gros corps de l’armée autrichienne, pliait sous le
nombre. Ces quatre braves régiments ne purent ré-
tablir les affaires, mais ils empêchèrent l’ennemi de
poursuivre ses succès.
Le 19 septembre eut lieu la bataille de Guastalla.
Champagne était au centre ,
appuyé à une chaussée
avec les Gardes du roi de Sardaigne ,
et il soutint
pendant sept heures ,
un combat de mousqueterie
acharné avec Impériaux qui finirent par battre en
les
retraite. Les lieutenants La Ferrière et Molard furent
tués. Au mois de novembre, après avoir passé quel-
que temps à Crémone, il revint dans le Parmésan
pour renforcer le corps du maréchal de Broglie.
(1) Le duc de la Trémouille fut fait brigadier d'infanterie le 18
octobre 1734.
(i) Georges de Sucy, capitaine en 1700, lieutenant-colonel 16
mars 1733 et brigadier 1*' mars 1738.
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DE l’ancienne INEANtÈrIE FRANÇAISE. 153
La campagne de 1735 n’offric à Champagne au-
cune occasion de se signaler.' Il eut ses quartiers
d’hiver dans le Milanais, et il rentra en France au
commencement de 1736. Il fut mis en garnison à
Vienne et Romans, d'où il passa, en 1737, à Poitiers
et Châtelleraut. Au mois d’octohrede la même année,
on l’envoya à Montpellier, Nîmes et Alais, et à la fin
de 1738, il se rendit à Besançon qu’il quitta en 1739
pour Charleville, Mézières et Rocroi. En 1740, il
était à Lille et fournissait des travailleurs au canal de
Gravelines. En 1741, il vint à Givet et Charlemont
qu’il quitta bientôt pour se rendre à l’armée que le
maréchal de Maillebois assemblait sur la Meuse.
Celtearmée se rendit en Westphalie et apres une ,
campagne où il ne se passa rien de mémorable, le ré-
giment prit ses quartiers d’hiver à Neuss et Ordingen,
entre Dusseldorf et Wesel (1).
Au mois d’août 1742, l’armée de Maillebois, qui
jusque-là avait eu pour seule mission d’observer les
mouvements des Anglo-Hanovriens , fut appelée à
marcher au secours des armées de Bavière et de Bo-
hême, et descendit vers le Danube. Le 18 septembre,
les grenadiers de Champagne et de Poitou soutinrent
un combat acharné contre 1 500 hussards autrichiens.
(I) Il avait alors pour colonel le marquis de Bellefonds, brigadier
1" janvier I740etmaréchal de camp 2 mai 1741 ;et pour lieutenant-
colonel Jean Pierre d’Alary de Tanus, sous-lieulenant en 1701,
major 16 août 1737, lieutenant-colonel 16 octobre 1740, brigadier
2 mai 1744 et maréchal de camp 1" janvier 1748.
,
154 niSTOiai!
Complètement enveloppés, ils combattirent à coups
de crosses et de baïonnettes, et à force de prodiges
parvinrent à gagner une maison où ils se retranchè-
rent et forcèrent les hussards à lâcher prise. Quatre
officiers de Champagne perdirent la vie dans cet hé-
roïque combat. C’étaient .MJI. deMontfort, Le Camus,
Terlonge et Joseph. Presque tous les grenadiers fu-
rent blessés. A la fin de cette année, Champagne, passé
aux ordres du comte de Saxe, se trouve à la prise
d’Elnbogen et de Kaaden au secours de Braunau,
,
au ravitaillement d’Egra^ à la défense de Dunkelfln-
gen et de Landau, sur l’isar. Il passa l’hiver à Ter-
bach où il perdit 500 hommes par les maladies.
Au mois de mai 1743, l’armée se mit en retraite.
Le maréchal de Broglie, prévenu par le prince de
Conti que les Autrichiens attaquaient Deckendorf, y
envoya, le 27 mai , le 3' bataillon de Champagne
commandé par [Link], et réduit à quatre-vingts
hommes. A son arrivée, la place était déjà envahie
par l’ennemi, et le bataillon eût été pris sans l’extrême
bravoure des soldats et la fermeté des capitaines Da-
riinont et Chauvigny.
Darimont, dans ce péril, assemble ses hommes
et leur rappelle qu’ils sont de Champagne. A la
faveur du feu de quinze grenadiers placés dans une
tour, sur la rive du Danube, on rétablit le pont
qui venait d’être brûlé, et le bataillon traverse le
llcuvc. Bestaient les quinze grenadiers commandés
par le sergent Bienvenu. Le prince Charles, appre-
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DE l’ancienne INFANTERiE FRANÇAISE, 185
nant qu’il y avait encore àDeckendorf un poste qui
tenait ferme, le fit sommer de se rendre. Le brave
Bienvenu ne voulut remettre sa tour qu’à la condition
qu’on lui permettrait de rejoindre son drapeau ,
et il
l’obtint.
Après une pénible retraite, Champagne repassa le
Rhin au mois de juillet, et fut d’abord cantonné au-
tour de Landau. 11 rejoignit bientôt l’armée du maré-
chal de Coigny, dans la haute Alsace, et fut placé à
Colmar avec Poitou et Royal-Italien. Au mois d’août,
il se rapprocha du Rhin que le prince Charles cher-
chait à franchir. Le 30 septembre en ,
effet, le géné-
ral autrichien fit une tentative pour passer le fleuve à
l’ile de Rheinmarckt, Il fit attaquer, dès la pointe du
jour, la redoute deRheinweilcr. Elle était gardée par
un piquet de Champagne aux ordres du capitaine che-
valier de Jarente etdu lieutenant Loinville. Ces offi-
ciers y firentla plus belle défense, et quoique leurs
palissades eussent été arrachées, ils repoussèrent l’en-
nemi à coups de baïonnettes et donnèrent le temps
au reste du régiment d’arriver à leur secours avec les
dragons de Chabot. Ces troupes furent suivies de près
par la brigade de La Sarre et le reste de celle de
Champagne. Tout ce qui se trouva en deçà du fleuve
fut tué, noyé ou pris. Les Autrichiens perdirent là
3,000 hommes. Champagne n’eut à regretter que
trente hommes. Lecapitaine de Béarn y reçut trois
coups de fusil. L’armée prit ses quartiers d’hiver.
Champagne eut les siens à Salins, Dôle et Ornans où
156 HISTOIRE
il leva un 4* bataillon. Au mois d’octobre, le régi-
ment avait été rallié par un détachement de 1 H of-
ficiers et soldats enfermés depuis l’année précédente
dans Ingolstadt. Cette ville avait capitulé le 30 sep-
tembre.
Au commencement de 1744. Champagne se ren-
dit à Strasbourg où il resta jusqu’au mois de juin.
Lorsque le prince Charles eut passé le Rhin et se fut
emparé des lignes de Weissembourg ,
le régiment
joignit l’armée du maréchal de Coigny qui, le 5 juil-
let, attaqua les Autrichiens dans ces lignes. Champa-
gne dirigea tous ses efforts sur la ville de Weissem-
bourg. En moins d’une heure, il emporta les fau-
bourg et planta ses drapeaux sur les remparts. Cette
vigoureuse action lui coûta les capitaines de grena-
diers Poissonnet et Dorigny; les capitaines de fusi-
liers Damesrae, Marfaing, Coquebert et Vallier furent
grièvement blessés ; le lieutenant Soret fut tué ;
cinq
autres reçurent des blessures. Il
y eut, en outre,
quinze hommes de troupe tués et soixante -onze
blessés. Au mois d’août, Champagne empprta, après
une heure de combat, les retranchements de Suffels-
heim ainsi que le village de ce nom qui était palis-
sadé. Le lieutenant de grenadiers Robert qui avait ,
été blessé à Weissembourg, fut tué à Suffelsheim. Le
régiment fit encore cette année le siège de Fribourg
où il perdit le lieutenant de Pontevez, et il prit ses
quartiers d’hiver à Worms. En 1745, l’armée du
Rhin se tint sur la défensive. Champagne passa pres-
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DE L’ANClEmiE IMFANTESIB FRANÇAISE. 157
que toute l’année au camp de Mutterstadt, vis-à-vis de
Manheim, et se retira ensuite à Colmar. Il avait alors
pour colonel comte de Tessé (1).
le
Le régiment fut appelé, en 1746, à l’armée de
Flandre, et fit le siège de Namur. Pendant une de ses
gardes , le fort Ballard fut pris en plein jour par
quatre officiers seulement. Ces hardis gentilshommes
étaient le capitaine d’ Amère et l’aide-major de Lau>-
nay, tous deux de Champagne, et deux officiers d’ar-
tillerie, le chevalier de Fautras et M. de Clamouze.
Ce dernier était un Portugais amateur. Ils sautèrent
seuls par-dessus le^ retranchements, et firent mettre
bas les armes à toute la garnison qui ne pouvait
croire à tant d’audace et de confiance, et qui les
croyait suivis.
Le 1 1 octobre ,
à la bataille de Rocoux, Champa-
gne, placé à l’aile droite ,
fut chargé de l’attaque du
village d’Ance et s’en empara facilement. Après la
campagne il fut à Thionville où il leva un 5' batail-
(1) Ce comte de Tessé, qui était précédemment colonel de Royal-
Comtois, et brigadier du 20 février 1743, fut fait maréchal de camp
le 1*' mai 1743. 11 se démit de Champagne au mob de novembre de
la même année et fut tué à La'wfeld.
11 eut pour successeur le marquis Des Salles qui obtint Champagne
en décembre 1745. 11 était brigadier du 1" mai 1745, et fut nommé
maréchal de camp le 10 mai 1748 et lieutenant-général le 17
décembre 1759.
Marie-François-César de Vaulchier du Deschaux, enseigne en
1710, fut fait lieutenaut-colonel le 19 mars 1748 et brigadier le 10
mai suivant.
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158 HISTOIBB
Ion, conformément à une ordonnance du 8 décem-
bre, commune aux six vieux corps.
En mai 1747, il se rend au camp de Malines. Il
passe de là d’abord à Tirleniont, puis àïoiigres, et
occupe, le 1“ juillet, le plateau de Heerderen. Le len-
demain eut lieu la bataille de Lawfeld. Le cor|>s dont
Champagne faisait partie ne prit aucune part à l’af-
faire, et ne s’ébranla que pour la poursuite des alliés.
11 finit la campagne au camp de Tongres, et eut ses
quartiers à Malines.
En avril 1748, il se rendit devant Maëstricht et fit
partie des régiments chargés de’ la grande attaque.
Son 2* bataillon repoussa glorieusement une sortie.
Maëstricht capitula le 7 mai.
Après la paix d’Aix-la-Chapelle, Champagne de-
meura quelque temps à Wilvorde et àMons et il ren-
tra en France à la fin de l’été. 11 fut mis en garnison
à Maubeuge, où il réforma son cinquième bataillon,
(ordonnance du 20 décembre 1748). En février 1740
il se rendit à Charleville et Mé/ières et de là à Metz.
Il fut à Verdun à la fin de 1750, retourna à Metz en
1752 et passa à Nancy en 1754. En 1755, il fit par-
tie du camp de la xMoselle commandé par Chevert, et
revint ensuite à [Link] 1750, il quitta cette ville
pour se rendre à Beauvais et enfin au Havre, où il fit
partie du camp commandé par le duc d’Harcourt et
qui était établi sur les hauteurs qui régnent entre
cette ville et Harfleur.
Au mois d’octobre il reprit encore une fois le che-
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DB l’ ANCIENNE INPANTBRIE FRANÇAISE. 159
min de Metz en 1757, il fut désigné pour l’armée
et
du Bas-Rhin sous le maréchal d’Estrées. A la bataille
d’Haastembeck, qui fut la première action de cette
guerre en Allemagne, il s’empara d’une redoute, de
huit canons et de deux obusiers. Le lieutenant de Val-
lon fut tué sur place; les capitaines Langles et Fran-
court moururent des blessures qii’ilsy avaient reçues;
les autres officiers blessés étaient les capitaines Dom-
martin, de Marfaing, Fauze et un lieutenant; 63 sol-
dats restèrent sur le champ de bataille. A la suite de
cette victoire, l’armée pénétra dans le Hanovre. Cham-
pagne prit une part active à tous les événements de
cettecampagne, après laquelle il eut ses quartiers à
Osnabrück. En 1758, il revint sur le Rhin et fut pos-
té à Créfeld. Le 23 juin, il fut très-maltraité à la ba-
taille qui se donna sous les murs de cette ville, où il
eut à soutenir à l’aile gauche les attaques d’un corps
très-nombreux. Il
y perdit le capitaine de Gardie et
le lieutenant de Lesseux, et 120 soldats (1). Il fit l’ar-
rière-garde de l’armée avec Picardie. Le caporal Sainte-
Foy eut dans cette journée les deux cuisses empor-
tées par un boulet ce brave soldat ne voulut point
;
que ses camarades s’arrêtassent à lui porter secours ;
il leur remit la bourse de la chambrée, en les conju-
rant de rejoindre leurs drapeaux et de le venger.
(1) Le comte de Gisors, ancien colonel du régiment, et qui l’a'?ait
quitté un mois auparavant pour prendre le commandement des Ca-
rabiniers, y fut tué.
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160 BISTOIKE
Quand le maréchal de Contades rentra en Westphalie
au mois d’octobre, Champagne prit part au combat
de Soëst et à l’attaque d’Herberen. 11 était de la co-
lonne de gauche ,
commandée par le marquis de
Poyanne. Dans les dernières expéditions de cette an-
née, le sergent Augustin trouva l’occasion de se dis-
tinguer. Il surprit une grand’garde de dragons et la
passa au fil de l’épée. Ce brave sous-officier se fit en-
core remarquer pour sa bravoure en 1 759 et 1760, et
fut fait officier par le maréchal de Broglie. Le régi-
ment, après la pénible campagne de 1 758, eut ses quar-
tiers d’hiver à Cologne (1).
En 1759, Champagne assista le 1” août, sanscom-
battre, à la bataille de Minden et prit ses quartiers
à Limbourg. Les capitaines de Cormiers et Ve^
tenel avaient été blessés à Minden par des boulets
perdus.
En 1760, les volontaires seuls trouvent quelques
occasions de se signaler. Le sergent Georges donna
une preuve de fidélité digne d’être racontée. Fait pri-
sonnier au moment où il servait une pièce de canon
à la Rostaing, il refusa constamment d’en montrer la
manœuvre. Le prince Ferdinand, appréciant une telle
vertu en rendit compte au maréchal de Broglie qui fit
obtenir une pension à Georges. Vers la fin de cette
(1) Champagne fut donné en 1758 au marquis de Juigné, colonel
de l'ancien Blésois, brigadier le 10 février 1759, et maréchal de camp
le 25 juillet 1762. Son successeur, le marquis de Seignelay, fut fait
brigadier le 3 janvier 1770, et maréchal de camp le 1*' mars 1780.
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DE L'ANCIEriNE INFANTERIE FRANÇAISE. 161
campagne, le capitaine de Verteuil, détaché avec 200
hommes à la garde du château d‘ Arenstein sur la Wera,
fut attaqué vainement par 6,000 hommes.
Après avoir passé l’hiver au.v environs de Cassel,
Champagne rétrograda au mois d’avril 1761 sur
Francfort et occupa Bulzbach et Friedberg. Un déta-
chement commandé par le chevalier de Launay, com-
mandant de bataillon, s’empara de vive force de Du-
derstadt, il y fit prisonniers 360 hommes, et s’empara
d’un grand magasin de munitions. Le lo juillet, le ré-
giment étaitàVillingshausen exposé au feu de l’artille-
;
rie ennemie, il y eut une soixantaine de soldats tués ou
blessés ;
les capitaines La Fenestre et Lolagnier fu-
rent blessés. Dans le courant de cette campagne, le
capitaine de Geoffre s’empara de la cascade de Cassel,
espèce de tour en pierres de taille, abordable seule-
ment d’un côté par un escalier de plus de 400 degrés.
Elle était défendue par soixante Anglais. Geoffre, suivi
de quelques hommes, marche fièrement à l’escalier,
franchit les gabions qui en ferment l’entrée, et mal-
gré une grêle de balles et de pierres, arrive jusqu’en
haut ; il trouve l’officier anglais qui défendait sa porte,
il lui fend la tête d’un coup d’épée et fait mettre bas
lesarmes à sa troupe. Cette année, Champagne fut fa-
vorisé d’une singularité (ju’on ne doit pas omettre. Le
7 novembre, l’énigmatique chevalier ou chevalière
d’Fon, avec les grenadiers du régiment et quelques
compagnies suisses, attaqua et mit en fuite un corps
écossais près du village de Meinsloff, dans les gorges
BIST. DE L'aNC. infanterie FRANÇAISE. Il
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162 HISTOIRE
d’Eimbeck. Cliampague passa l’hiver à Dillemboiirg
et Heilibronii.
En 1762, il se trouve à l’affaire de Grébenstein,
mais sans y prendre part. Le sergent Augustin, qui
commandant de la compagnie franche de
était alors
Monet, y fut tué. Peu de temps après, les préliminai-
res de la paix furent signés, et Champagne entra dans
Cologne, d’où il se rendit en mars 1763 à Cam-
brai.
Au mois de juin 1764, on l’envoya à Metz, et il fit
partie du camp de Compiègne en 1766. L’année sui-
vante, au mois d’octobre, il arrivait à Perpignan. Il se
rendit de là à Toulon pour passer en Corse. Il mit le
pitd dans cette île le 7 avril 1769 avec le comte de
Vaux, et prit ainsi part à toutes les opérations qui
amenèrent la pacification et la soumission complète
de la Corse. Le 5 mai, un de ses détachements soutint
un vigoureux combat dans les montagnes de Nebbio.
Le 8 mai, on se battit àPonte-Nuovo. Ce fut l’affaire
la plus considérable de cette campagne. Le régiment
y perdit le capitaine de Chamisso et le lieutenant de
Bexon. Le grenadier Pousseur, dit La Grenade, s’y fit
remarquer par son intrépidité ;
suivi de deux de ses
camarades ,
il franchit le pont du Golo ,
tombe
sur un corps de garde que les Corses avaient au delà,
et qu’il y trouve. Le comte de Vaux
massacre tout ce
fit dîner La Grenade avec lui, le nomma sergent, et
une pension de 200 livres. Son camarade
lui fit avoir
La Rose, qui avait reçu quatre coups de feu, fut aussi
fait sergent.
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DE l’ancienne infanterie française. 163
Champagne était de retour àToulon le 16 aoûtl769,
et au mois d’octobre, il prenait possession de la gar-
nison de Metz. Il se rendit ensuite à Landau en octo-
bre 1772, à Thionville en octobre 1774 et à Calais en
octobre 1775. Ce fut dans cette ville qu’il fut dédou-
deux corps, Champagne etPonthieu,
blé et partagé en
qui prirent en 1777 les numéros 7 et 8, et eurent
pour couleur distinctive le gris argentin. Ponthieu
différait de Champagne par le collet cramoisi et les
boutons blancs (1).
MGIHEH DE CHAMPAGKE.
7® RÉGIMENT d’infanterie.
COLONEI.S OD MESTRES DE CAMP.
1. Marquis de SEIGNELAV (
Louis-Jean-Baptiste-Antoine Colbert).
’
18 avril 1776.
2. Comte de RASTIGNAC ( Jacques-Gabriel de Chapt), 13 avriH780.
3. Vicomte de GAND (François-Charles-Gabriel d'isenghien), 1"
janvier 1784.
4. Comte de LA BARTHE-GISCARO (Jean-Anne), 25 juillet 1791.
5. DECHAMRON (Claude Souchon), 16 mai 1792.
6. LAMY DE BOISCONTEAC (Joseph), 8 mars 1793.
Le nouveau régiment de Champagne, composé des
2* et 4* bataillonsde l’ancien, quitta immédiatement
(I) L'uniforme du vieux Champagne se composait d'un habit blanc,
avec deux poches en long de chaque côté, six boutons disposés par
groupes de deux sur les poches, et cinq boulons sur les parements,
veste rouge et culotte blanche. Les boutons et le galon de chapeau
étaient de métal doré.
16 i HISTOIRIi
la garnison de Calais et se rendit en juillet 1776 à
Cambrai. Il lut à Aire en mars 1777, età Douai au
mois de décembre de la même année. Au mois de
mai 1778, il fut cantonné sur les côtes de la Manche,
de Monlivilliers à Eu, et au mois d’octobre il alla
en Bretagne et eut son principal quartier à Dinan.
Le 2® bataillon s’embarqua en janvier 1779 à Brest,
et passa à la Martinique. Le 16 juin 1779, la compa-
gnie du capitaine Baritaut contribua à la prise de l’île
Saint-Vincent sous les ordres du chevalier du Hu-
main, et reçut le 17, la capitulation de Kingstown et
de ses forts. Les 3 et 4 juillet, à la prise de la Grenade,
100 chasseurs de Champagne formaient la tête de. la
colonne de droite qui attaqua le morne de l’Hôpital,
et 200 fusiliers prirent part à la fausse attaque. Deux
jours après, le 6 juillet, le même détachement, re-
monté sur la flotte, assista au combat naval livré à
l’amiral Byron qui venait, mais trop tard, au secours
de la Grenade. Bientôt l’amiral comte d’Estaing, dé-
semparé par la tempête, fut contraint de se réfugier
sur les côtes de l’[Link]éricaine, et pendant qu’on
radoubait scs vaisseaux, il entreprit le siège de Sa-
vannah. Les soldais de Champagne y firent des pro-
diges de valeur le 24 septembre à la grande sortie
des Anglais. Le capitaine La Mothe et un sous-lieute-
nant teignirent de leur sang ces rivages lointains. La
flotte revint hiverner à la Martinique.
Le 12 avril 1780, un nouveau détachement du
corps s’embarqua au Fort-Royal sur l’escadre du
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 165
comte de Guichcn et se trouva aux combats des 17
avril, 15 et 19 mai, contre l’amiral Rodnej. En 1781,
le 2" bataillon de Champagne s’embarqua tout en-
tier avec le lieutenant-colonel de Boyer (1) sur la
flotte du comte de Grasse et assista aux engagements
des 9 et 12 avril entre les amiraux de Grasse et Rod-
ney. Le lieutenant de Quetteville y fut grièvement
blessé sur le vaisseau le Duc de Bourgogne.
Le de Champagne revint en France en
2' bataillon
1783. débarqua à Rochefort et alla rejoindre, à
Il
Bordeaux, le 1" bataillon qui, pendant son absence,
avait occupé, en 1779, les villes de Saint-Pol-de-
Léon, de Granville et deMortain, et de 1780 à 1783,
les places de Besançon et de Belfort.
Champagne resta au Château-Trompette de Bor-
deaux jusqu’aux premiers orages de la révolution, et
jusqu’à la démolition de cette citadelle de la capitale
de la Guyenne (2). Au mois de mai 1790, pendant les
désordres qui désolèrent Montauban, les grenadiers
du régiment marchèrent à la tète de la garde natio-
(1) François Raymond de Boyer, lieutenant-colonel de Champa-
gne le 2A juin 1780. Nous le relrouverons plus tard rolonel du régi-
imnl de La Fèro. Son prédéc sseur, Joseph de La Coste, enseigne
en 1731 et lieuleiiant colonel le 23 mars 1702, dev nt brigadier le
22 janvier 1709, et maréchal de camp le 1" mars 1780.
(2) Dans Champagne
cet intervalle, cul pour colonels le comte de
Rastignac, promu maréchal de camp le 1" janvier 1784, et le vi-
comte de Gand, promu nu même grade le 1*' mars 1791. LaBarthe
et Chainron devinrent aussi généraux en 1793.
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166 HISTOIRE
nale de Bordeaux pour y rétablir la paix. Ils étaient
de retour à Bordeaux le 31 niai. Le 2* bataillon fut
envoyé peu de temps après à Cahors et y eut, en fé-
vrier 1791, avec le régiment de Languedoc, des dé-
mêlés qui causèrent, pendant quelque temps, une
vive inquiétude, et qui ne s’apaisèrent que par la sé-
paration de ces deux corps. Le 2' bataillon de Cham-
pagne quitta Cahors le 2 avril et fut" envoyé à Agen.
Au mois de juin, le 1" sortit de Bordeaux pour se
rendre à Aiich. A la fin de 1791, les deux bataillons
furent placés à Dax et Navarreins, où ils furent aban-
donnés ,
en janvier 1792 ,
par leurs officiel? qui
passèrent en Espagne, à l’exception de deux. Après
ce grave événement, qui ne paraît pas avoir causé de
désordre dans le corps, le 1“ bataillon fut envoyé à
Pau et le 2® à Auch. Au mois de septembre, le 1“ ba-
taillon fut dirigé sur Vienne et prit part à la rapide
conquête de la Savoie, sous les ordres du général
Montesquieu.
Au commencement de 1793, tout le régiment était
réuni à Carcassonne et devint le noyau de l’armée des
Pyrénées-Orientales. Dès le 20 avril, les Espagnols
envahissent le Roussillon et se présentent devant Céret.
Ils trouvent les Français rangés en bataille entre la
ville et le pont du Tech. Les Espagnols se précipitent
avec audace dans les batteries françaises, s’emparent
de quatre canons, et mettent en fuite les volontaires
républicains èncore mal aguerris et mal commandés,
dont la déroute eût été désastreuse sans la bonne
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 167
contenance du commandant Sauret qui arrêta l’en-
nemi avec le 1" bataillon de Champagne. Le 2" ba-
taillon ne se montra pas moins \aillant, le 22 du
même mois, en sauvant Port-Vendres vigoureusement
assailli par une bande de Mique!eîs, Au mois de mai,
quatre compagnies étaient renfermées dans Bellegarde
avec le lieutenant-colonel Boisbrulé. Douze mille
Espagnols vinrent les y assiéger. La petite garnison
ne capitula qu’après trente-cinq jours de siège et
vingt jours de tranchée ouverte, après avoir reçu
23,000 boulets et 7,000 bombes. Elle eut les honneurs
de la guerre et futconduitc à Barcelone. Trois officiers,
MM. Delisle, Gensoul et Legendre furent autorisés
à se rendre à Perpignan auprès de Bicardos, général
en chef espagnol, pour y régler les comptes de la
[Link] général leur dit: «Messieurs, le régi-
ment de Champagne a toujours été brave; il n’a pas
toujours été heureux ;
ce sont les chancesde la guerre. >
Un Français, le prince de Croï, alors aide-de-camp
de Bicardos, fut moins bien inspiré. S’entretenant
avec le chevalier de Gensoul de ladéfense de Bellegarde,
il ne sut lui dire que ceci : « Une plus longue résis-
« tance vous eût exposé s être tous passés au fil de
« l’épée. — Prince, répondit le lieutenant de Cham-
« pagne, nos épées eussent rencontré les vôtres. »
On peut dire que pendant cette campagne de 1 793,
le 7' d’infanterie fut le héros de toutes les opérations
de l’armée des Pyrénées-Orientales. Le 17 juillet,
au combat de Mas de Serre, la légion des Pyrénées,
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168 HISTOIRE
commandée par Pérignon, se débande devant la cava-
lerie espagnole. Pérignon cherche en vain à rallier
ses soldats; la terreur les a glacés. Il prend alors le
fusil et les cartouches d'un blessé, et se plaçant parmi
les grenadiers de Champagne, il combat dans les rangs
de ces braves qui ne tardent pas à culbuter les Espa-
gnols. Le 22 septembre, à la bataille de Truillas, une
colonne française s’avançait fièrement l’arme au bras
sur une batterie armée de douze pièces de 24. Cham-
pagne était à sa tète. Le duc d’Ossuna défend de faire
feu avant que les Français soient à demi-portée. Le
valeureux 7" est alors enveloppé par un ouragan de
mitraille qui renverse la moitié de son monde, mais
qui ne l’arrête pas. Ses débris se couvrent encore de
gloire le 19 décembre à la reprise du poste de Ville-
longue : un capitaine de grenadiers y eut une jambe
emportée.
En 1794, Champagne se trouve le 1" mai à l’at-
taque du camp de Boulou où les Espagnols sont
défaits, et le 27 du même mois à la reprise de Col-
lioure sur une garnison de 7,000 hommes qui se
rend. Le 13 août, le commandant Sauret, devenu
général de division, se trouve aux prises avec son
ancien colonel, le vicomte de Gand, devenu grand
d’Espagne, et le bat. Après deux combats heureux,
les 17 et 20 novembre, les Français poursuivent les
Espagnols sur leur territoire et assiègent dans Fi-
guières une armée de 10,000 hommes commandée
par Valdèz. Figuières ouvre ses portes, et Valdèzdit:
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.
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 169
« Si j’avais eu 3,000 hommes de vos troupes, vous
n’eussiez jamais eu cette forteresse. » Champagne
assiste encore à la prise de Roses et du fort de la
Trinité, dont la garnison aux abois s’embarque le
2 février1793 à deux combats livrés sur les rives de
,
laFluvia le 1" mars et le 25 avril, et la paix est enfin
signée avec l’Espagne le 22 juillet 1795.
L’embrigadement des bataillons de Champagne
avait été retardé jusque-là par l’activité de la guerre
et par l’absence des compagnies prises à Bellegarde
et qui étaient à Valladolid. Ces compagnies rejoignirent
bientôt 1e corps à Narbonne, où furent formées les
13* et 14“ demi-brigades qui prirent en novembre la
rente de l’Italie.
RÉGIMEKT D'AtSTRASie.
8“ RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU MESTRES UE CAMP.
1. Vicomte DU HAL’TOY (Roch-Hyaciolhe), 18 avril 1776.
2. Comte d’HOFFELIZE ( Charles), 8 avril 1779.
3. Marquis de [Link] de FORTILESSE (Charles), 11 no-
vembre 1782.
A. Comte de CHAMBORS { Louis-Joseph-Jean-Baptisle Dulac de
Boissière), 10 mars 1788.
5. Chevalier de CHALUP (Jean-Marc), 26 juillet 179*
0. d'ARMENONVILI.E (Robon-Antoine-Marie Le Couturier), 1*' juil-
let 1792.
7. TUGNOT (Jean-Henri), 8 mars 1793.
’V^oici un régiment dont les destinées furent courtes
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170 illSTOlKE
mais brillantes. Formé sous le litre de Ponthieu, avec
lesl"ct 3« bataillons de l’ancien Champagne par or-
donnance du 25 mars 1776, un brevet du 31 du même
mois lui donna le nom d’Austrasie, qui convenait au
dédoublement de Champagne (1).
Le 24 juin 1776, Austrasie quitta Calais, où il avait
été organisé, pour se rendre à Saarlouis. Au mois
d’octobre de la même année il vint à Toul. En avril
1778 il fut envoyé à Valenciennes, et lorsque les hos-
commencèrent avec l’Angleterre, il fut placé à
tilités
Fécamp et Saint-Valéry. Au milieu de l’année 1779,
il prit la route de Brest, et après quelques mois de sé-
jour dans ce port, on le dirigea sur Lorient, où le 2®
bataillon s’embarqua en janvier 1780 sur l’escadre du
vicomte du Chilleau qui partait pour l’Ile-de-France.
Le 23 février, les vaisseaux français rencontrent
dans les parages de Madère la flotte de l’amiral Digby,
à laquelle ils échappent, en laissant toutefois entre
les mains des Anglais le Prothée, sur lequel fut tué
le lieutenant Cabanne. Le 24 mars, les compagnies
qui étaient à bord de la frégate la Victoire eurent aussi
à soutenir un combat malheureux, et qui coûta la
vieau capitaine Lemoyne de Blangerraonl.
Le 1®'^ bataillon s’embarqua à son tour au com-
mencement de 1781, sur la flotte du bailli de Sufîren.
Dans une affaire qui eut lieu le 16 avril à la hauteur
(1) Les [Link] d’oidonmiiice d’Austiasie fuient composés de
deux quartiers vert clair et de deux quartiers gris argentin.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 171
du Cap Vert, contre le commodore Johnstone, 58
hommes d’Austrasie furent tués par les boulets an-
glais. L’amiral français, poursuivant sa route, déposa
une partie du bataillon au Cap de Bonne-Espérance,
qui appartenait alors à la Hollande notre alliée, et ar-
riva avec le reste à l’Ile-de-France où se trouvait déjà
le 2e bataillon.
Ledécembre 1781, Âustrasie s’embarqua de nou-
7
veau pour [Link] dans l’Inde où l’attendait une gloire
immortelle. Il allait lutter presque seul, pendant dix-
huit mois, contre toutes les forces des Anglais, dans
ce lointain pays.
Après un court séjour dans l’île Ceylan, où le gé-
néral comte de Bussy rassemblait les troupes mises à
sa disposition, il arrive enfin en vue de la côte de Co-
romandel. Le 19 février 1782, les navires qui portent
Austrasie mouillent dans la rade de Pondichéry, alors
au pouvoir des armes britanniques, et à peine débar-
qué le régiment marche sur la ville de Gondelour
qu’il emporte d’assaut et dont la garde lui est confiée.
Ce poste, dont le colonel comte d’Hoffelize (1 ) fut
nommé gouverneur, était de la dernière importance,
(I) Cinq colonels d'Austrasie sont devenus officiers généraux. Le
vicomte du Hauloy, brigadier 3 janvier 1770 et maréchal de camp
I" mars 1780; le comte d'Hotfelize, brigadier l" mars 1780, et ma-
réchal de camp b décembre 1781 ;
le marquis de Bieucourt, briga-
dier 1” janvier 1784, et maréchal de camp 9 mars 1788; le comte
de Chambors, maréchal de camp 1" mars 1791, et M. d’Armenon-
ville, général de brigade 8 mars 1793.
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172 HISTUIRE
puisqu’il était le seul point où l’illustre Suffren pût
trouver un mouillage assuré et un appui pour ses
vaisseaux.
Un détachement embarqué sur la flotte prit part au
combat livré le 2.5 juillet à l’amiral Hughes dans les
eaux de Négapalnam ;
le lieutenant Duvivier y fut tué.
Après cet engagement, le bailli de Suffren vint se ré-
parer rapidement à Gondelour et prit à bord 1,200
hommes d’Austrasie pour aller assiéger Trinqueraale.
L’attaque de cetic ville fut si vigoureusement conduite
que le 30 août elle était réduite à capituler. Le fort
d'Osfembourg fut emporté quelques jours après par
les braves grenadiers du régiment. Une partie du dé-
tachement resta à Trinquemale avec quelques Cipaies
et le reste rentra à Gondelour, qu’il sut préserver
pendant un an contre toutes les tentatives des
Anglais.
Cependant ceux-ci avaient reçu de nombi eux ren-
forts et vinrent au mois de juin 1783 mettre le siège
devant cette ville avec 5,000 soldats européens et
9,000 Cipaies. Le comte de Bussy, commandant
des troupes françaises dans l’Inde, qui n'avait sous
ses ordres que la moitié de cc nombre d’hommes,
se plaça bravement entre les re:nparts et l’armée
anglaise. Le 13 juin, un engagement très- vif
eut lieu. Bussy, à la tète d’Âustrasie, attaqua avec
une audace extrême un corps de troupes an-
glaises, mais, emporté par son élan , il s’éloigna
assez du gros de son armée, pour qu’une autre co-
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 173
lonne ennemie pûl le prendre en liane el par derrière.
Lorsqu’il voulut rallier le camp, le brave Bussy s’aper-
çut que le chemin lui était fermé. « Soldats ! s’écria-
t-il dans cette extrémité, souvenez-vous que vous êtes
enfants de Cliampagne. » Ces mots, ce souvenir, pro-
duisent un effet magigue: Âustrasie se précipite avec
rage sur les Anglais, les renverse, les écrase et reprend
à la pointe de la baïonnette son poste de bataille sur
les glacis de Gondelour. Dans ce:te brillante affaire,
le régimeut eut dix officiers et cinquante-neuf sous-
officiers et soldats tués ;
douze officiers et cent cin-
quante-sept hommes blessés. Parmi les morts se
trouvaient les capitaines du Parquier de Dommartin,
chevalier de Patornay, Gauthier de Brulon, d’Hamon-
ville, Prévost et chevalier de Montrouand. Le lieute-
nant-colonel de Villeneuve (1) mourut le 21, des
blessures qu’il avait reçues.
Le lendemain de cette action, un bataillon s’em-
barqua sur les vaisseaux de Suffren et se trouva en-
core le 20 juin à un dernier combat. La paix était
(1) [Link]-Pierre Cabaret de Villeneuve servait dans Cliampagne
depuis 1743. 11 était lieutenant-colonel d’Austrasie depuis le 28 no-
vembre 1779.
Hein: lieutenants-colonels d’Austrasie sont parvenus au grade de
brigadier d’iufanterie. Ce sont :
Claude Nault de Cbampagny, entré dans Cliampagne en 1742,
lieulemint-colonel 18 avril 177G,ct brigadier dp 3 janvier 1770;
Henri-Louis de Boissieu, entré dans Champagne en 1739, lieute-
nant-colonel 20 juin 1783, et brigadier 20 mai 1784.
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174 HISTOIRE
faite en Europe. Une frégate en apporta la nouvelle
le 27, et le 9 juillet les hostilités cessèrent.
Âustrasie demeura à Gondelour jusqu’à la fin de
1783 : il passa les trois premiers mois de 1784 à Pon-
dichéry, et retourna ensuite à l’Ile de France qu’il
quitla au printemps de 1783 pour revenir en France.
A son arrivée, au mois d’octobre, il fut envoyé à
Montmédy et Verdun. En avril 1788, il vint à Gre-
noble et Briançon. En octobre 1790 il fut placé mo-
mentanément à Trévoux et Montluel; son l*"^ batail-
lon arrivait en novembre à Besançon, et y était rejoint
par le 2*= en mars 1791. Au mois de septembre de
cette année on envoya le régiment à Thionville, et il
était à Saarlouis en mai 1792.
Lorsque les hostilités commencèrent, le l®' batail-
lon se rendit à l’armée des Ardennes et contribua à
la défense des défilés de l’Argonne. Après la reprise
deLongwy, à laquelle ilcontribua, le 2® bataillon fut
mis en garnison dans cette place. Nous allons suivre
séparément les destinées de ces deux bataillons.
A la fin de 1792, le 1®'' sert sous Dumouriez à la
conquête de la Belgique et se couvre de gloire le 16
mai’s 1793, à la prise de Tirlemont, en repoussant à
la baïonnette avec une rare vigueur une charge des
dragons de Cobourg. Après la bataille de Neervinden,
il revint sur la frontière et fit partie des 10,000 hom-
mes de l’armée du Nord que le général Cordellier con-
duisitdans la Vendée. Il demeura dansl’Ouest jusqu’à
la fin de la guerre civile sans avoir été erabrigadé. La
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DE l’ancienne INFANTEItlE FRANÇAISE. 175
1 D« demi-brigade de bataille, à laquelle il devait ser-
vir de noyau, n'a point été formée ,
et le 1"' ba-
taillon d’Austrasie est entré directement en 1796 dans
la 27® demi-brigade de l’organisation de l’an IV.
Le 2® bataillon d’Âustrasie, après un court séjour
à Longvvy, passa en 1793 à l'armée de Custincs, fut
mis en garnison à Mayence, contribua à la magnifi-
que défense de cette place et au mois d’août arriva,
lui aussi, dans la Vendée. Il se distingua d’une ma-
nière toute spéciale le 1 9 septembre à la bataille de
ïorfou, et il se rendit au commencement de 1794 à
l’armée des Alpes, où il fut versé le 21 Juin dans la
16® demi-brigade, qui débuta au mois d’août en atta-
quant tes retranchements de Campo di Preti.
176 HISTOIRE
RÉIilMEIVT UE \0R«A\'DIE.
Vlïc Norraaiidie !
OKI DE GOEBEE.
MESTBES DE CAMP OU COLOKELS.
1. DE LA MOLE (N. Bonifacc), 20 avril 1S94.
2. Marquis d’ANCRE (Concino Concini), 16 août lOliî.
3. Comte de LA PESNE (Henri Concini), 10 mai 1616.
Duc de CM AULNES (Honoré d’Albert), 16 mai 1617.
O. Comte de MANICAMP (Achille de Longiievnl), 19 avril 1627.
6. Comte de FRONTENAC(Louisdc Buade-Piilluau),28 février 1643.
7. Mar([uis de BRINVILLIERS (Antoine de Gobelin), juillet 1663.
8. Comte de BOULIGNEUX (Étienne de La Palud), 16 mai 1667.
16.
9. Comte [Link] (Louis), 27 mars 1074.
10. Comte de LA BOURLIE (Jean-Georges de Guiscard), mars 1691.
11. Comte d’ESTERRE (Anne-Auguste de Montmorency), 1" mars
1700.
12. Comte d’ANGENNES (Pierre-Charles Regnauld), février 1713.
13. Marquis de LA FARE (Philippe-Charles), 13 novembre 1717.
14. Duc de CHATILLON (Charles- Paul-Sigismond de Monlmorcncy-
Luxcmbourg), 28 octobre 1721.
Marquis deTALLEYRANl) (Daniel-Marie -Anne), S6 juillet 1737.
16. Comte de PERIGORD (Gabriel-Maiie de Talleyrand), 11 mai
1746.
17. .Marquis de PÉRUSSE d’ESCARS (Louis-Nicola.«), 26juillet 1733.
18. Comte de PUYSÉGUR (Louis-Pierre de Chastenet), 1" février
1762.
19. Comte d’HAUTEFEUILLE (Charles-Louis Texier), 6 juin 1763.
Le régiment de Normandie, dont rinstitution dé-
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6 1
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 177
finitive est du 1 août 1 6 5, a pris dès cette époque, et
sans contestation, le cinquième rang parmi les vieux
corps, quoiqu’il y eût déjà alors plusieurs régiments
entretenus, et tirant leur origine des bandes anciennes,
auxquels ce privilège n’avait point été accordé. Cette
particularité indique suffisamment que Normandie
avait les mêmes droits que Picardie, Piémont, Na- '
varre et Champagne, et que les éléments dont il fut
formé étaient encore quelques débris des vieilles
enseignes françaises laissées en dehors de l’organisation
régimentaire de Charles IX. C’est ce que nous allons
montrer.
On a vu qu’après la prise du Havre sur les Anglais,
en 1563, les régiments qui avaient servi à ce siège
avaient été réduits en compagnies de garnison et que
le gouvernement de cette ville avait été donné au
mestre de camp Sarlabous, qui garda près de lui six
enseignes du régiment qu’il avait commandé. Ce corps
avait été formé en 1361 à Orléans avec de vieilles
bandes picardes et notamment avec celles qui reve-
naient d'Écosse. Sarlabous conserva le commande-
ment du Havre jusqu’à sa mort arrivée en 1584. Au
mois d’octobre 1567, deux des six compagnies de
Sarlabous avaient été appelées à Paris, et étaient
entrées dans le régiment formé à cette époque par
Philippe Stro/zi; mais les quatre autres restèrent au
Havre et s’y trouvaient encore au moment de la
naissance de la Ligue.
D’un autre côté, lors du soulèvement de la Nor-
UIST. DE l'aNC. infanterie FRA.NÇAISE. T. III. 12
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178 HISTOIRE
raandie, en 15G2, il arriva dans celte province huit
vieilles bandes tirées do la garnison de Metz. I.e duc
de Guise, qui se préparait à faire le siège de Rouen,
répéta devant cette ville ce qu’il avait fait l’année
précédente à Orléans ;
il enrégimenta les bandes, et
les huit enseignes champenoises entrèrent le 14 août
1562 dans la formation d’un régiment qui eut pour
raestre de camp un vieux capitaine, nommé Jean
d’Hémery, seigneur de Yillers. Ce nouveau corps fit
merveilles au siège de Rouen. Étant de tranchée
le 8 octobre devant le fort Sainte-Catherine, d’Hémery
s’aperçoit que les remparts cessaient à midi d’être
garnis, et ayant appris qu’à cette heure officiers et
soldats allaient se reposer dans la ville, il sollicite
auprès du duc de Guise la permission d’attaquer le
fort et de l’emporter par escalade. Il gagne le haut de
la montagne qui porte ce fort, place ses échelles
avant qu’on puisse se mettre en défense, parvient
sur le rempart, et après un combat opiniâtre, où il
est blessé d'un coup de pique au visage et d’une
arquebusade au côté gauche, il arbore l’étendard
royal sur le donjon du fort. Le 26 du même mois,
le régiment d’IIémery entra lepremier dans Rouen
au second assaut qu’on y donna il y fut mis en
;
garnison, et les compagnies dont il était composé
furent maintenues à la garde de cette place, après
que les régiments eurent été cassés conformément
aux conditions du traité de paix de 1563. « Il yavoit
à Rouan, dit l’auteur des Mémoires du maréchal de
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DE l’ASCIENSE infanterie FRANÇAISE. 179
Vieilleville, huictcompaignies royales de gens de pied,
du reste du siège, que l’on appelloit vieilles bandes
françoises.... la plus part d’iceulx avoient autresfois
faict service aux roys, tant aux armées que aux gar-
nisons de Metz, Tlioul, Verdun et Marsal. »
M. d’Hémery rétablit son régiment en 1567, mais
ce corps ne fut point appelé à servir hors de la Nor-
mandie et se vit encore réduit en compagnies de
garnison à la pacification de 1570. D’Hémery, pourvu
de nouveau de l’oflice de meslre-de-camp appointé,
réunit encore une fois ses bandes le 1" mars 1574, et
les commanda aux sièges de Saint-Lô et de
Domfront
sous le comte de Matignon. A l'attaque de la dernière
de ces d’Hémery, dès qu’il y eut une brèche
villes,
ouverte, traversa la rivière, livra l’assaut et força les
assiégés à se retirer dans le château qui ne tarda pas
à se rendre à discrétion.
Après cette campagne, Jean d’Hémery, qu’on ap-
pelait alors le seigneur de Yillers, fut pourvu du
gouvernement de Caen, et ses bandes furent réparties
dans les places de la province.
En 1584, l’année même de la mort de Sarlabous,
gouverneur du Havre, d’Hémery embrassa le parti de
la Ligue, et cessa d’avoir autorité sur les bandes qu’il
avait jusqu’alors commandées (1).
(I) Jean d'Hémery rentra dans le parti du roi en lü8o, et everoa
en 1589 les fonctions de maréchal de camp dans l’armée du duc de
Montpensier. 11 ne voulut point reconnaître Henri IV, et se retira
dans ses terres.
180 HISTOIRB
La situation particulière de la Normandie, placée
en dehors du théâtre habituel de la guerre, mais
très-exposée aux entreprises des Anglais, alliés na-
turels des protestants, conduisit à laisser les vieilles
bandes dont nous venons de parler dans leurs gar-
nisons, et les empêcha d’entrer dans la composition
des nombreux régiments qui furent levés sous le
dernier Valois.
Ainsi, à l’avénementdeHenrilVau trône de France,
il
y avait dans la Normandie au moins douze vieilles
bandes non enrégimentées quatre provenant de :
l’ancien régiment de Sarlabous et huit qui avaient été
tirées en 1562 des garnisons des Evêchés, et qui
avaientfait momentanément partie du corps com-
mandé par d’Hémery (1 ).
(1) Ces huit enseignes Tenues de Metz à Rouen en 1562, étaient
probablement d'anciennes bandes du Piémont, passées d'Italie en
France en 1532, pour coopérer h la conquête des Evêchés. C'est du
moins ainsi que nous croyons pouvoir expliquer une particularité de
la tenue du régiment de Normandie sous Louis XV. Les officiers
et sergents de ce corps prirent en 1738 le parement noir comme
ceux du régiment de Piémont.
Nous voyons aussi une preuve de l'ancienneté des bandes qui ont
servi îi former Normandie dans la simplicité des drapeaux d'ordon-
nance de ce régiment. Ces drapeaux étaient, en effet, entièrement
jaunes, c'est-à-dire d'une seule couleur, comme les enseignes des
quatre premiers vieux corps. L'on verra par la suite que les dra-
peaux étaient d'autant plus compliqués que les corps auxquels ils
appartenaient étaient moins anciens. Les drapeaux des petits vieux
étaient déjà de deux couleurs.
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DB l' ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 181
Un long séjour dans une province éminemment
catholique, et dévouée à la Ligue, disposait ces
troupes à repousser l’autorité du chef de la religion
réformée devenu roi de France. Aussi ces vieilles
bandes furent-elles l’âme de la résistance énergique
rencontrée par Henri IV dans cette partie de son
royaume. Réunies en 1591 sous le commandement
du capitaine Boniface, de la famille de La Mole, elles
firent échouer pendant deux années entières tous les
efforts tentés par le roi pour s’emparer de Rouen.
Après la capitulation de cette ville en 1593, les com-
pagnies du régiment de Roniface se dispersèrent dans
la haute Normandie, résolues à faire payer chèrement
la conquête de la moindre bicoque. Cependant, après
l’abjuration du roi, tout prétexte à la résistance étant
évanoui, elles firent leur soumission. M. de Villars,
qui avait défendu Rouen pour la Ligue et qui était le
chef du parti dans la province, en faisant son traité
avec Henri IV, stipula expressément que tous les
officiers mis par la Ligue dans les villes de la Nor-
mandie y seraient conservés avec 1,500 hommes
d'infanterie et 300 de cavalerie entretenus aux frais
du roi pour la sûreté de ces mêmes villes. 11 demanda,
au reste, pour lui-même etcomme prix de sa sou-
mission, le gouvernement de la Normandie, la charge
d’amiral de France, six riches abbayes, 1,200,000 liv.
pour payer ses dettes et une pension annuelle de
60,000 livres. 11 obtint tout ce qu’il voulut, et lorsque
le traité fut ratifié, passant à son cou l’écharpe blanche
i82 HISTOIRK
au milieu de tous ses officiers, il s’écria : Allons,
morbleu! la Ligue est f...... qu’on crie vive le roi! et
chacun ! Ceci se passait le 26 avril
cria vive le roi (1)
1594, et les compagnies de Normandie
quoique
n’aient pas été constamment réunies depuis, nous
adoptons cependant cette date comme celle de la
prise de rang du régiment qui nous occupe.
Un seul capitaine refusa de se soumettre. C’était
Boisrozé qui tenait avec sa compagnie le château de
Fécamp. Assiégé en règle parle maréchal de Biron,
il se vit contraint à capituler; mais il rentra quelques
jours après dans la place par un coup de main d’une
audace inouïe et qui fait trop d’honneur aux bandes
de Normandie pour que nous ne le rappelions pas
ici.
Le château de Fécamp, dont on ne voit plus au-
jourd’hui qu’une guérite en pierre et quelques mou-
vements de terrain indiquant son tracé, était assis au
sommet d’une colline qui se termine brusquement du
côté de la mer par une falaise de 100 mètres de hau-
teur dont le pied est battu par les flots. C’est par là
que le hardi capitaine résolut de rentrer dans son
poste. parvenu à gagner deux soldats de la
Il était
garnison royaliste qui devaient avoir chaque nuit les
yeux sur la mer, et se tenir prêts au signal qui leur
serait donné.
(1) Audré-Bapliste de Brancas, seigneur de Villars, gouverneur
du Havre après Sarlabous, et gouverneur de la Normandie en 1594,
fut tué l'année suivante près de Doullens.
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DK l’aNCIBNNE infanterie FRANÇAISE. 183
Boisrozé, par une nuit très-sombre, aborde au pied
de la falaise avec deux chaloupes montées par cin-
quante hommes déterminés de sa compagnie. Il s’était
muni d’un long câble portant de distance en distance
des nœuds traversés chacun par un bâton court. Au si-
gnal donné, les siddats du château, qui devaient favo-
riser l’entreprise, jettent l’extrémité d’une corde au
moyen de laquelle le câble est élevé jusqu’au sommet
du rocher. Aussitôt qu’il est fixé dans une embrasure
du château par un levier en croix, Boisrozé fait pren-
dre les devants à deux sergents résolus et ordonne au
reste de la troupe de suivre leurs chefs de file dans ce
périlleux chemin. Il monte lui-même, le dernier de
tous, le poignard dans les dents, pour ôter à ceux aux-
quels le cœur viendrait à manquer tout espoir de re-
tour. Il ne fallait, en effet, rien moins que l’inflexible
volonté de Boisrozé pour mener à bonne fin une aussi
étourdissjinte expédition. Après quelques minutes
d’ascension, toutes les forces étaient épuisées, tous les
courages rebutés. Le sergent qui montait le premier
déclare à ceux qui le suivent que la tête lui tourne et
qu’il ne peut plus avancer. Boisrozé se doute de ce qui
se passe. La marée venait d’emporter les chaloupes ;
il n’y avait plus à reculer. 11 prend donc son parti,
passe par-dessus le corps de quarante-neuf hommes,
et arrivé au sergent, il l’oblige le poignard dans les
reins à continuer. Après des fatigues et des angoisses
incroyables, la troupe arrive enfin au point du jour
au haut de la falaise ;
elle trouve la garnison en-
i84 HISTOIRE
dormie, la passe aru fil de l’épée et reprend possession
du château.
Après ce merveilleux exploit, Boisrozé croyait avoir
mérité le gouvernement de Fécamp. Il lui fut con-
testé et de dépit il remit le château à Henri IV, dont
il devint le plus zélé serviteur.
En juillet 1 595, les Espagnols ayant pris Le Càtelet,
les vieilles bandes de Normandie firent une courte
promenade en Picardie et rentrèrent ensuite dans
leurs garnisons.
En 1 597, la guerre avait enfin cessé, et la Cour se
livrait pour la première fois depuis longtemps à toutes
les joiesdu carnaval. Un soir que le roi sortait d’un
bal splendide donné par le connétable de Montmo-
rency, un courrier lui apporte une terrible nouvelle :
Amiens est pris (l); Amiens, la clef du royaume du
côté des Pays-Bas est au pouvoir des Espagnols.
«Ce coup est du ciel! s’écrie Henri IV : ces pauvres
« gens, pour avoir refusé une petite garnison que je
« leur ai voulu bailler, se sont perdus (2). » Puis son-
(1) Le H mars 1597, Hernaudo Tcillo de Porto-Carrero, informé
que les bourgeois d’Amiens gardaient seuls leur ville, fil déguiser en
paysans et paysannes apportant des denrées au marché, une tren-
taine d’Espagnols qui embarrassèrent une des portes de la ville et
amusèrent la garde en versant à l’entrée une charrette pleine de
sacs de noix, dont l’un se délia. Pendant ce temps, un corps de
troupes embusqué aux environs se jeta sur le corps de garde. Ut
main basse sur les bourgeois et la ville fut prise.
(2) Henri IV avait fait son entrée è Amiens le 25 aodt 1 594. C’était
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DE l’aNCIENKE infanterie FRANÇAISE. 185
géant un peu : «C’est assez faire le roi de France, [Link]
« temps de faire le roi de Navarre.» Or, les coffres du
roi étaient vides, et l’on ne croyait pas avoir un
seul régiment en état de servir. Sully, dans ce
danger pressant, ne fut point pourtant pris complète-
ment au dépourvu. Averti de quelques mouvements
chez les Espagnols, il s’était, dès le 6 mars, adressé au
patriotisme des provinces le plus immédiatement me-
nacées et leur avait prescrit de fournir chacune un
régiment de gens de pied. Les conditions de cette
levée étaient que chaque régiment serait de 1550
hommes entretenus, dujourde l’arrivée à l’armée, aux
frais de la province qui jouirait du droit de lui faire
porter son nom et d’en nommer les officiers (1). Le
régiment de Normandie fut bientôt prêt. Boniface de
La Mole n’eut qu’à réunir ses vieilles compagnies. Après
la reprise d’Amiens, le roi édifié sur la manière dont
les bourgeois savaient garder leur ville, y fit bâtir une
citadelle et y mit en garnison quelques-unes des vieil-
les enseignes de Normandie. Les autres, aveclemestre
decamp Boniface de LaMole, accompagnèrentHenri IV
U première ville qui lui ouvrait ses portes sans traité ni conditions.
Il en fut si charmé, qu'il accorda aux habitants qu'il ne serait fait
à Amiens ni fort, ni citadelle, et que le gouvernement et comman-
dement des armes demeureraient entre les mains du maire, du pré-
vôt et des échevins.
(1) Trois régiments furent ainsi levés aux frais des provinces ;
C'étaient les régiments de la Normandie, de l'Isle-de-France et de
l'Orléanais.
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.
186 HISTOIRE
dans le voyage qu’il fit à Nantes en 1598, et rentrèrent
ensuite clans leurs cantonnements habituels. L’ordon-
nance de renvoi dans les garnisons des enseignes du
régiment de Normandie est du 6 mai 1 598. Les choses
restèrent sur ce pied pendant 17 ans. En 1615, Boni-
face de La Mole rassembla encore une fois ses enseignes
et les conduisit à l’armée du maréchal de Boisdauphin
Deux compagnies contribuèrent à la prise deGien.
La même année, le maréchal d’ Ancre, arrivé au
faîte de la faveur et de son insolence, avait ameuté
contre lui tous les grands du royaume. Nommé géné-
ral de l’armée destinée à les combattre, il fit prendre,
le 1 5 août, en Conseil d’État, la résolution de lever
pour celte guerre de nouveaux régiments de pied. Le
lendemain les commissions furent délivrées, et le
maréchal d’Ancre s’en réserva une pour former un
régiment de son nom. Il partit en conséquence pour
Amiens dont il avait le gouvernement depuis l’année
16H, et prit pour noyau de son régiment les vieilles
bandes de Normandie qui gardaient la citadellede cette
ville depuis 1597. Le 10 mai 1616, Concini échangea
le gouvernement des ville et citadelle d’Amiens con-
tre la lieutenance de roi de Normandie. Il incorpora
alors dans son régiment le reste des vieilles bandes de
cette province, et se démit du commandement de ce
corps en faveur de son fils, le comte de la Pesne, qui
n’avait que treize ans.
Après son organisation définitive, le régiment, qui
porta d’abord le titre de Maréchal d’Ancre, fut em-
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DE l’ascienne 1NFA>TER1E fraisçaise. 187
ployé à pacifier les troubles suscités par la fortune im-
pertinente des Concini, et servit au blocus de Corbie
et à la prise de Clermont-sur- Oise, le 29 octobre 1615.
Lorsque le maréchal eut été assassiné, son fils, le
comte de la Pesne, fut banni, et le corps, en prenant
le nom de la province de Normandie, qu’il avait déjà
porté, et qu’il a toujours porté depuis, fut donné le
16 mai 1617 à M. de Cadenet (1).
Normandie fut employé cette même année au siège
de Soissons, et vint, à la fin de la campagne, relever
les compagnies des Gardes Françaises et Suisses, qui
gardaient le prince de Condé au donjon de Yincennes.
En 1620, il suivit le roi dans ses excursions à tra-
vers les provinces de l’Ouest, et se trouva à l’attaque
du château des Ponts deCé. L’année suivante, il prit
part aux sièges de Saint-Jean-d’Angely, de Clérac et
de Montauban. Le capitaine de Maillac fut tué dans le
combat livré le 23 juillet devant Clérac. Au siège de
Montauban, le régiment entrait un jour dans les
tranchées au moment où les assiégés, croyant les
trouver dégarnies, faisaient une sortie. Ceux-ci ne
s’attendant pas à être prévenus, furent rejetés en de-
sordre dans les retranchements mais les femmes
,
firent pleuvoir sur Normandie une telle grêle de pierres,
que celui-ci eut besoin de toute sa valeur pour soutenir
(1) Ce frère du duc de Liiynes, le nouveau favori de Louis XllI,
fut fait d’emblee maréchal de Franco, le 6 décembre 1619. 11 prit en
janvier 1621 le nom du duc de Chaulnes.
188 BISTOIRB
cet orage et forcer ces amazones à rentrer dans la
place. Quelques jours après, deux compagnies de
Normandie étant de garde à la barricade de la carrière
de Ruffé, on sut par un sergent huguenot qu’une
sortie devait être faite de ce côté-là. M. de Bassora-
pierre, à tout événement, fit renforcer le poste par 200
Suisses, et s’y porta de sa personne. L’avis était bon :
l'ennemi parut, mais il fut repoussé. De nouvelles
sorties ayant été plus heureuses, le siège fut levé,
et Normandie alla investir Monheurt ,
dont il
mena rapidement le siège ,
quoique le temps fût
affreux, et que les soldats fussent obligés de travailler
dans l’eau jusqu’aux genoux. Le capitaine Laroque
avait été tué devant .Montauban d’une mousque-
tade.
En 1622, Normandie fut de la brillante expédition
de l'île de Riez contre M. de Soubise. 11 fut ensuite
envoyé au secours du duc d’Elbœuf, qui assiégeait
Tonneins, mais il n’arriva qu’après la reddition de la
place. 11 prit sa revanche devant Sainte-Foy. « Le
« régiment de Normandie estoit celuy qui s’escarmou-
« choit le plus aux approches, auxquelles furent
« blessés le baron de Vaillac et le sieur de Combalet,
* capitaines audit régiment. »
Le capitaine de Fontenay fut tué le 10 juin à la
prise d’assaut de Négrepelisse. Quelques joui-s après,
Normandie était devant Saint-Ântonin. Le 18 juin,
« il entreprit de se loger au milieu des cornes de la
« ville
;
mais il échoua par la quantité de grenades,
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 189
« pierres, chaux vive et artifices qui lui furent lancés
« par les assiégés, et surtout par les femmes. » Ce fut
là que périt le lieutenant Caderoussef . A l’assaut général
du 20, Normandie combattit à outrance à la pointe du
grand ravelin, et perdit son sergent-major le baron
de Pailhès. 11 eut, en outre, 15 officiers blessés (1) et
cinq sergents, et une cinquantaine de soldats tués.
Après ces sièges, le régiment passa en Languedoc
et se trouva à la prise de Bédarieux, où l’aide-major
Saint-Paër fut tué, et à celles de Massillargues, de
Lunel et de Sommières. Au mois d’août, il était devant
Montpellier et prenait poste au quartier des Gardes
Françaises. Montpellier se rendit le 19 octobre, et
Normandie, qui avait beaucoup souffert dans ce siège,
y fut mis en garnison. 11 avait perdu là. les capitaines
de Tarraulf, Combalet et Manicamp.
En 1624, dix compagnies quittèrent Montpellier
pour joindre l’armée que le connétable de Lesdi-
guières allait conduire en Piémont; mais les mouve-
ments du comte de Tilly, sur les frontières de la
Suisse, et la politique de Richelieu firent changer leur
destination. Elles passèrent dans la Valteline, et for-
mèrent l’élite de cette petite armée qui, sous les or-
(1) Parmi eux se trouvait Jacques de Simiane, comte d'Ëvennes,
capitaine au corps dès ICI !>, et qui fut nommé lieutenant-colouel cette
même année 1622. Il obtint une compagnie aux Gardes en 1628, et
parvint, ainsi qu'on l'a vu, it la charge de lieutenant-colonel de ce
corps d’élite.
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190 HISTOIRE
dres du marquis de Cœuvres, se maintint deux ans
dans ce pays difficile. Ces compagnies, fortes de 200
hommes chacune, prirent une part glorieuse à tous
les événements de cette guerre, et notamment à la
prise de Steig, de Tirano, de Sondrio, Morbegno,
Traona et Dubino, en 1624, et l’année suivante à
celles de Chiapino, Bormio, Chiavenna, Corcino et
Traona. Après la prise de Chiavenna, le corps était si
affaibli, qu’il fallut faire venir d’autres compagnies de
Montpellier, pour compléter celles de lu Yalteline. Le
détachement rentra en France en 1626, après le traité
deMonçon.
Pendant ce temps, le reste du régiment, sous les
ordres du maréchal de Thémines, faisait le dégât aux
environs de Castres. Au mois de juin 1625, il s’em-
para de Bonnac. En juillet, il était au siège de Saint-
Paul et Lamiatle, et eut toute la gloire de la prise de
ces deux petites villes, séparées seulement par la
chaussée d’un moulin. Le capitaine de Coudrelle,
commandé le 15 par M. de Thémines, pour faire un
logement près du fossé de Saint-Paul, exécuta l’or-
dre qu’il avait reçu avec beaucoup d’intrépidité, et passa
outre par une aventure assez extraordinaire. Un de ses
soldats, qui s’était embusqué derrière une haie d’où il
tirait sur les assiégés, s’imaginant que son capitaine al-
lait donner l’assaut, se jeta dans le fossé, grimpa à un
éperon, et s’attachant à des palissades qu’il rencontra,
se battit en désespéré sans vouloir lâcher prise. Quel-
ques camarades l’aperçurent et volèrent à son secours.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 191
La compagnie y fut bientôt tout entière, Coudrelle
en tête, puis tout le régiment; et le maréchal, voyant
l’affaire en bon train, voulut le faire soutenir par les
régiments de Crussol et de Duclaux; mais nos braves,
jaloux de terminer seuls l’entreprise, firentde nouveaux
efforts, aux cris répétés de Vive Normandie (1 ) ! et
emportèrent Saint-Paul. Les habitants n’eurent que le
temps de se réfugier à Lamiatte, qui capitula bientôt.
Le les lieutenants Rochemont
capitaine Saint-Lare et
ctBlaquevaud furent tués à l’assaut de Saint-Paul. Le
29 Normandie s’empara de Peyresaiguades.
Juillet,
Au mois d’août, il fit une expédition dans le comté de
Foix, et se distingua à la prise du château de Bour-
rets. La garnison se défendit à outrance, et ce ne fut
qu’en l’attaquant par les toits qu’on en vint à bout.
Le régiment perdit là une trentaine d’hommes. A la
fin de la campagne, il rentra à Montpellier, où il était
encore en 1627, faisant toujours la petite guerre aux
environs (2).
En décembre 1627, 400 hommes contribuèrent à
(1) Ce cri de Vive Normandie resta dans les habitudes du corps,
et lui fit accomplir de grandes choses.
(2) Le comte de Manicamp, qui eut en 16271e régiment de Nor-
mandie, et l’un des plus braves chefs qui aien! marché à sa tète, fut
fait maréchal de camp le U janvier 1630, et lieutenant-général le
30 octobre 1646.
Charles Gigaultde Bellcfonds, capitaine dans Normandie en 1616,
fut fait lieutenant-colonel en 1627, et maréchal de camp le 28 avril
,
192 DISTOIRB
la prise de la petite ville de Corconne. Le 1“ janvier
1628, dix compagnies, sous les ordres du prince de
Condé, s’emparent du château de Vauvers. Quelques
jours après, elles font échouer une tentative du duc
de Rohan sur Montpellier. Elles servent ensuite au
mois de mars au siège de Ramiers, contribuent en
avril à la prise de Réalmont, où le capitaine Du Rreuil
est tué, en mai, à celles de Saint-Sever, Castelnau et
Rrassac, et prennent part aux trois assauts donnés à
Sainte-Âll’rique : les capitaines La Passe et La Made-
leine y perdirent la vie. Le régiment fit encore cette
année les sièges de Mazamet et de Saint-Amand, et
tailla en pièces les habitants de Montauban, qui avaient
tenté de surprendre le prince de Condé. Il rentra
après la campagne, à Montpellier.
En 1629, Normandie se trouve à la prise de Soyon
et à celle de Privas, où il se distingue fort, et où le
mestre de camp Manicamp est blessé d’un coup de
pierre. Au siège d’Alais, le maréchal deBassompierre,
qui était tombé dans une embuscade, doit son salut à
la valeur du régiment. Dans cette occasion, le lieute-
nant Campagnols eut une cuisse cassée et en mourut.
L’année suivante, Normandie passe en Piémont et
se trouve aux combats de Veillane et du Pont de Cari-
gnan. Il rentre en France en 1631, après le traité de
Chérasco, sert en Provence à la prise de Bergançon et
de Saint-Tropez, et se dirige à la fin de l’année vers
la Lorraine. Au mois de décembre, il investit Moyen-
vie, qui lui ouvre ses portes le 22.
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DE l’ancienne infanterie française. 193
En 1632, il fait partie de l’armée du maréchal de
La Force, opposée à celle de Monsieur, dans le Lan-
guedoc. Revenu en Lorraine en 1633, il contribue le
4 juin à la prise de F reidembourg, entre Metz et Trêves.
Il assiste ensuiteau siège de Nancy, et avait son quar-
tier à Mazainville. Le 2 mars 1034, il investit La Mo-
the. Le mestre de camp de Manicamp et le lieute-
nant-colonel de Bellcfonds y sont blessés aux appro-
ches. Le sergent-major de Lartigotle y est tué. Le
régiment prit possession de La .Mothe le 28 juillet.
Quelques jours auparavant, Manicamp avait encore
été blessé d’un éclat de grenade. Sur la fin de la cam-
pagne, Normandie fut dispersé dans les places de la
haute Alsace : la plus grande partie du corps forma
la garnison de Colmar.
En 1633, il employé au siège de Spire, qui se
est
rend le 21 mars. Le capitaine d’Auty avait perdu la
vie à l’assaut du 19; les capitaines Fabry et La Fa-
vière, le lieutenant Quincerot et l’enseigne La Font
y
avaient été blessés. Normandie retourne après ce siège
à Colmar. Il
y est bloqué par les Impériaux, et s’illustre
par les nombreuses et heureuses courses qu’il fait aux
environs pour se procurer des vivres et secourir les
petites places où étaient renfermés des détachements
du corps. Quatre compagnies étaient pendant ce temps-
là à Remiremont. Nonobstant la faiblesse de cette
place, elles y soutinrent trois assauts, les 7, 8 et 9
juillet, et quoiqu’elles eussent la permission du ma-
réchal de La Force d’évacuer ce poste, elles ne se
BIST. DE L'ANC. [Link] FIAM{AISE. T. III.
*13
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194 mSTOIRB
résignèrent à accepter une capitulation, d’ailleurs ho-
norable, qu’après que huit brèches eussent fait dis-
paraître la moitié de la muraille. En septembre, une
partie du régiment alla faire le siège du château de
Moyen. Le major de Nogas, qui commandait le déta-
chement, y fut tué. Le 2 décembre, les Lorrains,
d’accord avec les habitants, s’emparent par surprise
de la ville de Kaisersberg, dont le comman-
château
dait le passage de la montagne du Bonhomme. Le
lieutenant Méry, de la mestre de camp, se retire dans
le château avec 40 hommes, et s’y défend si brave-
ment, que l’ennemi lève le siège après avoir perdu six
semaines devant cette bicoque.
Le 1“ janvier 1636, Manicamp avec le gros du
régiment marche vers Ensisheim bloqué par l’ennemi
et délivre la garnison. Le 5, quelques compagnies,
avec un peloton de dragons, vont brûler les moulins
de Turckheim à une lieue de Colmar. La garnison de
cette ville prend l’alarme. Manicamp s’approche
d’une porte avec des échelles et des haches et appelle
l’attention des Impériaux sur les dehors. Pendant ce
temps, un soldat découvre une ouverture qui com-
munique avec la ville il s’y glisse suivi de quelques
:
autres, pénètre dans la place et vole à la porte dont
le mestre de camp insulte les dehors. Là un combat
meurtrier s’engage avec le poste qui gardait cette
porte. Le capitaine de garde est fait prisonnier: alors
nos braves, maîtres des clefs, ouvrent la porte au
régiment qui passe la garnison entière au fil de l’épée.
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DE l’ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 195
avant que les corps impériaux qui occupaient tous
les environs de la ville puissent leur porter se-
cours.
Le 16, Manicamp est informé que le général Col-
loredo a laissé dans Ruffach 1 00 hommes avec quatre
canons. 11 y envoie de nuit un détachement de Nor-
mandie avec quelque cavalerie. Les échelles sont
plantées sans bruit, on monte sur le rempart par
deux endroits, on court au corps-de-garde, les soldats
impériaux dorment, ils sont égorgés, et l’on ramène
les quatre canons sans autre perte que celle d’un
homme.
An mois de juillet, un détachement va faire le
siéged’Oberhenheimile28,on livre à cette place un
assaut furieux qui coûte la vie aux lieutenants de Fiat
et Manières ,
mais la ville est emportée.
Cependant on manquait de vivres à Colmar. Les
prises ne suffisaient pas à nourrir une nombreuse
garnison. Heureusement l’arrivée du cardinal de La
Valette nettoya les environs. L’armée impériale se
dirigea alors vers la Franche-Comté. Normandie se
joignitaux troupes du cardinal qui attaquèrent le
20 octobre le général Gallas dans la plaine de Mont-
Saugeon. Le régiment y eut affaire aux Croates «qui
se souvinrent longtemps de lui. » Au mois de no-
vembre 1636, Normandie s’empara encore une fois
de la ville de Ruffach.
Il continue de se battre dans la Franche-Comté
en 1637. Le 31 mars il prend d’assaut Saint-Amour
196 HISTOIRE
OÙ le lieutenant-colonel d’Espanelle entre un des
premiers. Le 18 mai, il s’empare de la même manière
du château de Chevreaux près Lons-le-Saulnier. En
juin, on assiège Lons-le-Saulnier lui-même: le 24, les
enfants perdus de Normandie conduits par le capitaine
La Faverie emportent le clos des Capucins à l’assaut ;
du 25 sur le faubourg Saint-Désiré l’enseigne La
Forest est blessé à mort. Au mois de Juillet ,
le corps
contribue à la prise des châteaux de Crévecœur et de
Chailly, des villes de Savigny et de Château-Châlons.
Le 1 0 août, il s’empare de Saint-Laurent de la Roche ;
enfin le 26, il ouvre la tranchée devant Bletterans.
La brèche est praticable le 30. Les assiégés, se fiant
dans la largeur de leurs fossés pleins d’eau, refusaient
de se rendre. Normandie monte à l’assaut malgré tous
les obstacles, s’élance dans la ville, y met le feu et
contraint les habitants à se réfugier dans le château
qui ne lient lui-même que quatre jours. Le capitaine
de Piolens est blessé à la prise de Bletterans. A la fin
de cette année, Manicamp, employé comme maréchal
de camp, laissa le commandement du régiment au
capitaine comte de Bury.
En 1638, Normandie fait les sièges de Chossin et
de Raon 18 du mois de juin les retran-
et force le
chements du duc de Lorraine à Poligny. Le 1" ba-
taillon, qui avait l’attaque de gauche et que conduisait
le chevalierde Sévigné, y entra si brusquement l’épée
à la main que les Lorrains culbutés laissèrent entre ses
mains deux canons et un drapeau. Le capitaine de
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DE t’ANCtENHE INFANTERIE FRANÇAISE. 197
La Saussaye Le siège de Poli-
fut tué à cette attaque.
gny suivit. A l’assaut du 28 juin, où la ville fut em-
portée, le capitaine deSévigné, le lieutenant La Fond
et l’enseigne Toulongeon furent grièvement blessés.
Le régiment se trouva encore à la prise d’Arbois le
5 juillet, et termina cette campagne en Lorraine.
Au mois de novembre, il emporta, avec Picardie, la
ville et le château de Blamont. Après la prise de Lu-
néville, qui fut aussi enlevée de vive force, 100 hom-
mes, sous les ordres du capitaine Du Breuil , partent
le 26 novembre pour Brisach, dont on faisait le siège,
et arrivent pour en prendre possession.
Normandie passe en 1639 sur un autre théâtre.
Il est envoyé à l’armée de Boussillon, où il débute par
le siège de Salces. Le 29 juin, au soir, il monte à
l’assaut, force la brèche et poursuit les Espagnols
jusqu’à la porte du donjon. Les assiégés capitulent
aussitôt(l). Le major du régiment, M. de Troisville,
fut tué à cette attaque. Normandie s’empara de Tau-
(1) Charles-Quint avait fait de Salccs une forteresse formidable
pour l’opposer à Leucate, petite place forte française sur la limite
du Languedoc. En catalan, Leucate peut se traduire par oison, et
Salces par sauce. Charles-Quint aurait dit qu’il voulait une sauce pour
manger l'oison. Or, le jour où l’armée de Roussillon enleva Salceg,
elle venait d’apprendre que l’armée de Picardie avait fait capituler
Hesdin, célèbre alors par ses cuisiniers. Les loustics de Normandie,
renchérissant sur la facétie de Charles-Quint, disaient le soir ; Ces
cuisiniers d’Hesdin ont servi un plat de leur façon an roi, nous, nous
lui servons la sauce.
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198 HISTOIRE
tavel le 6 septembre et vint à la fin d’octobre au
secours de la garnison de Salces que les Espagnols
voulaient reprendre. Il fit le 2 novembre des prodiges
de valeur à l’attaque des lignes espagnoles ;
mais sa
bravoure demeura inutile par la lâcheté de quelques
régiments de nouvelle formation qui, au lieu de le
soutenir, se débandèrent. Les capitaines de Tucq et
de Piolens perdirent la vie dans cette occasion.
Normandie fut envoyé dans le Languedoc pour se
rétablir des pertes qu’il avait faites dans cette cam-
pagne et. Tannée suivante, au'mois de juin, il partit
pour le Piémont avec six autres régiments. C’était un
renfort qu’on envoyait à Tarmée du comte d’Harcourt.
Il arriva devant Turin le 12 juillet, le lendemain de
la grande attaque des lignes. Normandie contribua
puissamment à repousser l’attaque du 8 septembre,
mais il se couvrit surtout d’une gloire impérissable
le 14 du même mois. Le prince Thomas de Savoie
qui occupait la ville, trouvant sa position intolérable,
pressé qu’il était entre les Français de la citadelle et
les Français de l’armée assiégeante, sort à la pointe
du jour avec 6,000 hommes d’infanterie et 2,000
chevaux et attaque entre le faubourg du Pô et le
Valentin cinq de nos redoutes qui sont surprises et
emportées. Le comte d’Harcourt ordonne alors à
Normandie deles reprendre. Le brave régiment pousse
avec enthousiasme son cri de guerre ordinaire : Vive
Normandie ! et s’élance avec une vigueur incroyable
sur la première redoute. Il l’enlève, passe outre après
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 199
y avoir laissé quelques mousquetaires et court à la
seconde que 100 Espagnols du régiment de don Mar-
tin Muchica occupaient du côté du Pô; cinquante
mousquetaires conduits par les chevaliers de Sévigné
et Du Breuil commencent l’attaque par la gauche,
tandis que le reste du corps sous les ordres de Du
Repaire, premier capitaine, prend à droite. Dès la
première décharge, Du Repaire tombe, la cuisse fra-
cassée par une mousquetade. Néanmoins l’attaque
continue ;
le baron de La Croix remplace Du Repaire,
et la redoute est emportée à la vue de l’armée espa-
gnole placée sur les collines. Les 100 hommes de Mu-
chica sont passés au fil de l’épée, hormis cinq officiers
sauvés par Sévigné et Du Breuil. Les trois autres re-
doutes sont aussitôt évacuées. Dans cette glorieuse
journée, où il tua et en prit 50, Nor-
450 espagnols
mandie ne perdit qu’une soixantaine d’hommes, par-
mi lesquels se trouvaient les braves capitaines Du
Repaire et Trillebaud ,
l’enseigne La Forêt qui eut
lesdeux Jambes emportées d’une volée de canon
et lieutenant dont le nom ne nous est pas connu.
un
On cita parmi les plus vaillants, les capitaines de Sé-
vigné, qui entra le premier dans la redoute, La Croix,
Du Breuil et d’Orgemont et les lieutenants de Bré-
court, Campion, Livernot et Montigny.
Le prince Thomas reprit quelques jours après
une de ces redoutes. Cent hommes de Norman-
en pièces tout ce qui
die l’en chassèrent et taillèrent
était dedans. Turin se rendit le 19 septembre.
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200 HISTOIRE
Le régiment entra dans la place après les Gardes
Françaises.
En 1641, il fit les sièges d’Ivrée, de Cévaetde Coni.
Sanguin, lieutenant de la mestre de camp, fut mor-
tellement blessé à l’assaut de Céva. Normandie ouvrit
la tranchée avec les Gardes devant Coni, dans la nuit
du 3 1 juillet ;
il eut deux vigoureuses sorties à repous-
ser. .\iissi compta-t-il vingt-deux officiers mis hors de
combat. Parmi les morts se trouvaient le lieutenant
Sarmenton, tué à la sortie du 1®' aout;d’Urtebize,
enseigne de la colonelle, tué à la sortie du 30 août, et
le lieutenant La Croix tué le 7 septembre. Les blessés
étaient les capitaines de Sévigné, du Massez, La
Croix (1), Queinet, de Blot, Toulongeon et de Bruc.
En 1642, après avoir fait le siège de Nice, Nor-
mandie arrive devant le château de Tortone. Le 1 6 oc-
tobre, le lieutenant-colonel d’Espanelle repousse vi-
goureusement une sortie; les lieutenants du Tremblay
et d’Abbadie sont blessés. A l’assaut du 10 novembre,
le capitaine d’Orgemont, les lieutenants d’Elbènc et
Beausoleil arrivent les premiers au haut de la brèche.
Le lieutenant Montigny et deux sergents y sont tués.
Le lieutenant La Fosse est mortellement blessé le 13; le
13, c’est le tour du capitaine de Renty. Enfin le 19,
(I) François de Bérard, baron de La Croix, lieutenant dans Nor-
mandie en 1639, devint lieutenant-colonel le 12 janvier 1643. 11
exerça celte charge jusqu'au 15 novembre 1630. Il avait été nommé
maréchal de camp le 10 décembre 1652.
DE l’ancienne INFANTBBIE FRANÇAISE. 201
Normandie complète l’occupation du bastion et la
place capitule le 25.
Le régiment continua de servir en 1643 à l’armée
d’Italie. Il prit part aux sièges de Trino et de la cita-
delle d’Asti, où le brave d’Elbène fut tué. En 1644,
il du château d’Âsti.
se trouva à la prise de Santia et
Au mois de février Piémont et se
1645, il quitte le
rend à l’armée de Catalogne, dont le comte d’Har-
court venait de prendre le commandement. Au siège
de Roses, le 10 avril, Normandie repousse une sortie
qui allait accabler le régiment de Sault. Les lieute-
nants Beausoleil, Lamothe et de Bouillac furent bles-
sés à ce siège. Au commencement de 1646, il retourne
en Piémont et s'embarque le 2 mai avec le prince
Thomas de Savoie, qui servait alors avec nous, pour
aller en Toscane au secours des Barberini, neveux du
pape. Débarqué le 10 dans le rade de Telaraone,
Normandie s’empare le 12 du fort San-Slefano et
ouvre la tranchée devant Orbitello. Le 14 juin, eût
lieu la grande bataille navale dans la mer de Toscane.
Le capitaine de Nort qui servait d’aide-de-camp à l’a-
miral duc de Brezé y eut un pied fracassé d’un coup
de canon. Le 27 juin, 4,000 Napolitains tentent de se
jeter dans Orbitello: Normandie leur barre le passage
et les met en déroute. Le mestre de camp de Fronte-
nac (1) eut un bras cassé dans ce combat; le capitaine
(I) M. Je Frontenac fut nommé maréchal de camp le 16 août
1646. Il fut gouverneur général du Canada ou Nouvelle-France, de
1672 à 1683 et de 1689 à 1698.
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202 HISTOIRE
du Massèz y eut la cuisse brisée; le capitaine d’Iseron
reçut, deux coups d’épée et deux coups de pique; le
capitaine de Rossieu trois balles de mousquet; les lieu-
tenants de Crissé, Saint-Clément, La Bretonnière et
du Halde furent aussi blessés. Les capitaines Livemot
et chevalier de Retz et le lieutenant de Piolens furent
tués sur place.
Après la levée du siège d’Orbitello, Normandie re-
vient en Piémont et perd encore le capitaine d’Allen-
ville tué au mois de novembre dans un combat près
d’Alexandrie.
En 1647, Normandie est au siège de Crémone, et
l’année suivante il retourne devant Orbitello dont on
fait de nouveau le siège. Il se signale encore dans
cette campagne, parmi les plus braves, à la prise de
Plie de Procida et à l’escalade de Salerne, dans le
royaume de Naples. Normandie resta à l’armée d’Italie
en 1649 et 1650. On se tint de part et d’autre sur la
défensive.
Le régimentpartit en 1651 pour la Catalogne, et
il en 1652, à la défense de Barcelone. Les
s’illustra,
troubles de la Fronde l’appelèrent, en 1653, à servir
dans la Guyenne. 11 était alors commandé par M. de
Brinvilliers, le mari de la célèbre empoisonneuse.
Le 26 mai, il s’embarque à Blaye, remonte la Gi-
ronde, prend terre vis-à-vis du château de Lormont,
près Bordeaux, et occupe ce poste sans coup férir. U
participe aussi à la prise de Libourne. L’année d’après,
Normandie retourna en Catalogne. Il
y servit aux
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 203
sièges de Villefranche et de Puycerda, et contribua à
faire lever le siège de Roses. Il fit la campagne de
1655 embrigadé avec Champagne, c’est-à-dire qu’il
coopéra à la prise de Cap de Quierset de Castillon. Il
perdit son major devant cette dernière place. Après
avoir passé l’hiver en Languedoc, il rentra en Catalo-
gne en 1656 et se trouva, le 17 juillet, à la prise du
château de Boraçan où le capitaine Saint-Val fut
blessé de deux coups de mousquet. Ce brave officier,
suivi seulement de dix hommes, s’était jeté sur un ra-
velin palissadé, l’avait enlevé et s’y était maintenu
malgré ses blessures. Le régiment reprit ensuite le
chemin de l’Italie, où il n’arriva qu’après la prise de
Valencia. En 1657, il est au siège d’Alexandrie., Il
y
ouvre la tranchée le 21 juillet, et se loge, le 10 août,
sur la pointe de la demi-lune. En 1658, il contribue
à la prise de Mortare. Au mois de décembre, il entre
en garnison dans Pignerol, et, après la paix des Pyré-
nées, il est envoyé à Perpignan.
Normandie, réduit à vingt compagnies en 1661 , fut
reporté à quarante en 1 663. Les vingt anciennes firent
partie, en 1664, de l’expédition de Djijelli. Le 6 oc-
tobre,une nuée de Kabyles vint se ruer avec fureur
contre une redoute du quartier de Normandie défen-
due par une seule compagnie. Le capitaine deCadil-
lan fut blessé mortellement dès la première attaque.
Un chef ennemi, d’une bravoure singulière, aperce-
vant du trouble dans la redoute, s’élançe sur le pa-
rapet le sabre en main et appelle les siens au carnage;
204 HISTOIRE
mais le lieutenant Leroux, outré de la mort de son ca-
pitaine, se précipite à sa rencontre, et d’un coup de
pertuisane 1e renverse mort dans le fossé. Le brave
Leroux repoussa trois assauts, mais il eût infaillible-
ment succombé sous le nombre toujours croissant des
assaillants, si des détachements des Gardes et de Pi-
cardie ne fussent enfin venus à son secours.
Normandie fit les campagnes de 1667 et 1668, en
Flandre, sous les ordres du maréchal d’Aumont. Il
prit part aux sièges de Berghes, Fumes, Courtrai et
Audenaërde. Il se fit remarquer à l’attaque de la
demi-lune de Berghes.
Il se trouvait au camp de Dunkerque en 1672,
quand éclata la guerre avec la Hollande, et il fit par-
tie de l’armée de Turenne. Il était au fameux passage
du Rhin, et le 22 juin il ouvrait la tranchée devant
Zutphen , qui capilula le quatrième jour. Au mois
d’août il avait seize compagnies campées sous
,
Utrecht. Dix -sept autres composaient la garnison
d’Émerick. En octobre, le 1" bataillon, conduit par
le colonel comte de Bouligneux , fut du secours que
M. de Luxembourg conduisit à Woërden. 11 se distin-
gua beaucoup à l’attaque des retranchements qu’il
força, et où M. de Bouligneux fut si grièvement blessé
qu’il en mourut quatre mois après (1). Le roi fit dis-
tribuer 3,000 livres au bataillon en témoignage de sa
(1 )
Le comte de Bouligneux, d’abord connu sous le nom de comte
de Meilly jusqu’en 1672, était brigadier du 15 avril 1672.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 205
Le régiment fut encore de
satisfaction. la course exé-
cutée par Luxembourg en Hollande à la faveur des
glaces. 11 détruisit, pour sa part, le fort de Niewer-
brücke et le village de Swammerdam.
La campagne de 1673 n’offre rien d’intéressant
pour Normandie, mais celle de 1674 doit rester une
époque célèbre pour ce régiment. Dix-sept compa-
gnies étaient à la belle défense de Grave, soüs M. de
Chamilly. La première action de la garnison fut de
déloger l’ennemi de l’île de Moock ou Middelwert,
située à deux lieues au-dessus de Grave. Trois cents
hommes du corps y prirent part. Il fallait se jeter à la
nage pour aborder l’île. Cet obstacle fut franchi et
l’ennemi chassé en moins de deux heures. Le colonel
comte de Guiscard (1), qui ne savait pas nager, se fit
porter dans file par ses domestiques. Le lieutenant-
colonel de Vignolles, quicommandait le détachement,
fut dangereusement Le capitaine de Tragny
blessé.
mourut des blessures qu’il reçut. Dans la nuit du 14
au 1 5 août, Normandie fit une sortie et culbuta les
ouvrages des assiégeants. Dans celle du 22 au 23, une
compagnie paralysa tous les efforts de l’ennemi qui
voulait faire la descente du fossé delà redoute située
au delà de la Meuse. A l’attaque générale du 29, Nor-
(I) Le comte de Guiscard fut fait brigadier le 15 février 1689, et
maréchal de camp le 19 octobre 1690. 11 se démit de Norraaodie en
faveur de son frère, en mai-s 1691, et fut nommé lieutenant-général
le 30 mars 1693.
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206 HISTOnUB
raandie vint relever, sur le bastion, cinq hommes qui
restaient d’un bataillon du régiment de Bourgogne,
et arrêtal’ennemi qui se croyait déjà maître de la
place. Le 1" octobre, les Hollandais tentent encore la
fortune au bastion de la Meuse. Normandie y était de
garde. U fit jouer un fourneau qui ensevelit quatre-
vingt grenadiers hollandais, et poursuivant le reste
sans lui laisser le temps de se reconnaître, il en tua en>
core 200. Le même jour, les assiégeants risquent une
attaque générale. Le r^iment, aussi infatigable dans
la défense que les Hollandais dans l’agression, fait face
partout et sort encore vainqueur de cette affaire.
Le 17, l’ennemi se précipite avec fureur sur le
chemin couvert de Rawenstein. La compagnie qui y
était de garde est anéantie. Normandie arrive, fait
ferme derrière les deux traverses et, aidé par Bour-
gogne, met encore une fois les assaillants en fuite. •
Le 20, ceux-ci étaient parvenus à se rendre maîtres
d’une place d’armes. Un soldat de Normandie, ne
pouvant souffrir que l’ennemi osât de ce poste insul-
ter les assiégés, saisit une bombe d’un bras vigou-
reux, la pose sur sa tête, fait mettre le feu à la fusée
au péril de sa vie, s’avance jusqu’au bord de la place
d’armes, laisse tomber la bombe au milieu des Hol-
landais et revient tranquillement. Les assiégeants
épouvantés, s’éloignent de l’ouvrage pour laisser crever
labombe, comptant y rentrer aussitôt après ; mais à
peine l’explosion a-t-elle eu lieu que le lieutenant
Saint-Just sc jette dans la place d’armes avec sa com-
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DE L'ANCIBimS INFAirTERlÈ FRANÇAISE. 207
pagtiie et s’y maintient. On n’a pas conservé le nom
de l’intrépide soldat qui joua si noblement sa vie!
On sait que le roi, jugeant que la brave garnison
de Grave avait assez fait pour sa gloire, ordonna au
gouverneur de se rendre. Normandie avait payé
cher l’honneur qu’il s’acquit pendant ce siège de
93 jours. Il avait perdu neuf capitaines MM. Thire- :
ment, Belleville, d’Abbadie, Gontier, Morinval, La
Valette, La Giraudière, de Melun et de Marnay.
Douze lieutenants et sous-lieutenants y périrent et
vingt autres officiers furent plus ou moins griève-
ment blessés. Parmi ceux-ci se trouvaient le colonel
et le lieutenant-colonel.
Les débris des compagnies de Grave se reposèrent
l’année 1675 dans la garnison d’Audenaërde, dont
M. de Chamilly avait obtenu le gouvernement après la
reddition de la place qu’il avait si bien défendue.
Elles ne firent que quelques expéditions dans le pays
de Waës. Le reste du corps était à Trêves et prit part
à une entreprise sur la ville de Bidebourg.
En 1676, six compagnies de Normandie s’illus-
trèrent à la défense de Philisbourg. Le capitaine de
Rigolle y eut la tête emportée par un boulet. Ces
compagnies avaient été réunies en un seul bataillon
avec un pareil nombre de compagnies de Navarre. Le
gros du régiment fit cette année le siège de Bouchain
et eut l’honneur d’y ouvrir la tranchée le 6 mai. La
place capitula le 10.
L’année suivante, Normandie, complètement ré-
208 HISTOIBE
labli, quitte Thionviile où il avait passé l’hiver pour
se rendre à l’armée d’Allemagne sous le maréchal de
Créqui. Il passe le Rhin le 9 octobre avec Picardie, et
se rend devant Fribourg. Il prend une part glorieuse
aux travaux du siège de cette ville. Le lieutenant-
colonel de La Thillaye est tué, le 1 3 octobre, à l’attaque
des dehors. Après la prise de Fribourg, le régiment
va prendre ses quartiers d’hiver à Charleville qu’il
quitte le 26 février 1678, pour retourner à l’armée,
et il prend part aux affaires de Seckingen, de Kelh et
de Lichtemberg. Le 26 juillet, le 2' bataillon est
détaché pour s’emparer du château d’Ortemberg
entre Offembourg et Gegembach. Ortemberg se rend
le même jour. Le 13 septe nbre, ce même bataillon
est à l’attaque dirigée par Créqui sur Strasbourg.
Après la prise du fort oui défendait le pont du Rhin,
ce bataillon reste campé entre Strasbourg et la Went-
zenau pour assurer la communication avec le pont
que l’armée avait sur l’Ill. Il s’empare le 24 octobre
du fort de Gravenstadt.
Normandie termine cette guerre en Allemagne et
tire les derniers coups de fusil en 1679 à l’affaire de
Minden.
11 faisait en 1683 partie du camp assemblé à Boii-
quenom sur la Sarre, et l'année suivante il prit une
part très-active aux opérations du siège de Luxem-
bourg. Les compagnies de grenadiers se couvrirent
de gloire le 28 mai à l’attaque des contre-gardes. Le
jour où l’on ht la descente du fossé, le capitaine Des-
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DE l’ancienne infanterie française. 209
bonnets tua de sa main le commandant des troupes
qui lui étaient opposées. Normandie perdit à ce siège
les lieutenants Laroque-lmpugeade et Langon : les
capitaines Delisle et Polignan et trois lieutenants
furent blessés.
En 1688, Normandie se remet en campagne et
marche au siège de Philisbourg. Le 19 octobre, les
grenadiers chassent l’ennemi d’une digue sur laquelle
il s’était 'retranché, quoiqu’il fallût combattre dans
l’eau jusqu’à la ceinture, et se logent sur le terrain
qu’ils viennent de conquérir. Le sous -lieutenant
Lambert est tué dans cette aflaire, le capitaine La-
grange un autre sous-lieutenant y sont blessés.
et
Au commencement de la campagne de 1689, les
deux bataillons servaient à l’armée deFlandre. Bientôt
le 1" va s’enfermer dans Saarlouis et le 2‘ dans
Luxembourg. Ils se réunissent à Dinant au mois de
juillet, font d’abord partie du corps du maréchal
d’Humières dont la cavalerie est battue à Walcourt le
25 août, et le 3 septembre ils passent à l’armée
d’Allemagne. Cette même année il fut formé à l’ar-
mée de Roussillon un bataillon sous le nom de Nor-
mandie ; ce bataillon, qui n’appartenait point au ré-
giment, lit cependant honneur à son titre au siège
d’Urgell en 1691.
Normandie, qui avait passé l’hiver à Luxembourg,
joint en 690 l’armée du maréchal de Luxembourg ;
1
mais il que le lendemain de la victoire de
n’arrive
Fleurus. 11 passe ensuite à l’armée d’Allemagne, où il
UIST. DK l'ANC. infanterie FRANÇAIBE. T. III. 14
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îlO HISTOIRE
sert jusqu’à la paix de Riswick. Les occasions ne lui
manquèrent pas sur ce terrain.
En 1691 il ,
du château d’Achdesheim
est à la prise
près de Mayence. Le capitaine de
Miremont y est tué
d’une balle qui lui traverse les tempes et lui fait sortir
les veux de la tête. En 1692, le lieutenant-colonel
d’Escossois, attaqué par un fort détachement de l’ar-
mée du landgrave de Hesse, est contraint de se jeter
avec 300 hommes dans l’église de Worms. [Link] Im-
qui en-
périaux, après avoir emporté les palissades
touraient l’église, enfoncent la porte avec une bombe,
en voyant les Français retranchés
et restent stupéfiés
dans le chœur. Cependant d’Escossois, ne voulant pas
sacrifier inutilement son monde,
consent à se rendre,
auront la vie sauve.
à condition que tous ses soldats
A peine cette capitulation est-elle signée, que les Al-
lemands égorgent sous ses yeux les quatre premiers
soldats français qui se présentent pour sortir. D’Es-
cossois indigné reprend les armes, venge la
mort de
ces malheureux, et prolonge sa résistance
désespérée
jusqu’à l’arrivée de quelques officiers généraux, qui le
reçoivent à bonne composition. 11 ne restait plus au-
tour de lui que trois officiers et quarante-six sol-
dats (1). Les corps des autres jonchaient le
pavé de
(I) François d’Escossois, entré
dans Normandie en 1663, lieute-
1706. 11 quitta
nant-colonel le 9 avril 1688, brigadier 20 septembre
régiment après cette affaire pour passer à l’état-major de l’in-
le
tanteria.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 211
l’église, pêle-mêle avec les cadavres de 800 Impé-
riaux, et formaient aux survivants un horrible re-
tranchement.
Le régiment se trouve la même année au siège de
Rheinfeld. 11 venait d’être augmenté d’un 3' bataillon,
qui y fit ses premières armes.
En 1693, Normandie prend part au siège d’Hei-
delberg et à l’attaque de Wingemberg. Il se rend à
la fin de la campagne à Strasbourg, d’où il ne s’éloi-
gna guère jusqu’à la paix. Cependant en juillet 1695,
il avait un bataillon à la défense de Namur. Le 18
novembre 1698, il reçut par incorporation les hommes
du régiment de Bueil-Racan, qui avait été formé avec
des milicesle 1" décembre 1695.
Normandie était encoreà Strasbourg en 1 70 1 quand ,
il reçut l’ordre de joindre l’armée d’Italie. Ses trois
bataillons étaient en ligne le 1“' septembre, au com-
bat de Chiari. Dans cette première et désastreuse
journée de la guerre de la succession d’Espagne, les
brigades de Normandie et d’Auvergne, chargées d’at-
taquer par la droite les retranchements des Impériaux,
essuyèrent avec une fermeté héroïque le feu de cin-
quante pièces de canon et celui de 24 bataillons, dont
ellesne pouvaient voir que les chapeaux. Le régiment
plus de 500 soldats tués ou bles-
y eut 63 officiers et
sés. Le marquis de Chatellux, colonel réformé à la
suite, les capitaines de Pont-Louis, de Béron, Dar-
mival, Lacombe et Griaudière étaient parmi les morts.
212 HISTOIRE
Le colonel comte d’Esterre reçut une balle dans le
bras (1).
En 1702, Normandie est eraployéà garder les bords
de la Secchia. Il se trouve au combat de Santa-Vitto-
ria, mais il n’arrive à Luzzara qu’après la bataille li-
vrée près de cette ville. 11 servit ensuite à la prise de
Luzzara, de Guastalla et de Borgoforte.
Au début de la campagne de 1 703, il était du corps
particulier aux ordres du prince de Vaudemont, et
prit part au blocus de Bersello, où la compagnie de
grenadiers du capitaine Dupont se fit remarquer par
l’audace qu’elle déploya en délogeant 1 00 hommes re-
tranchés dans un moulin qu’elle rasa. Le régiment
rallia bientôt l’armée, combattit à Stradella où Sta-
remberg fut défait, à Castelnuovo de Bormia, et ac-
compagna Vendôme dans son expédition sur Trente.
En septembre, le régiment, cantonné sur les rives de
la Secchia, mit dans la plus affreuse déroute un corps
allemand qui avait passé la rivière pour surprendre un
de ses détachements.
Normandie ouvrit la campagne de 1704 par la
prise de Bobbio, où il ne perdit qu’un tambour, tué
par méprise, pendant qu’il battait un appel pour en-
gager le commandant à se rendre. Il contribua ensuite
(<) Le comte d'Esterre, qui prit le titre de prince de Robecque
en 1716, fut fait brigadier le 10 février 1704, maréchal de camp le
29 mars 1710, et lieutenant-général le 30 mars 1720.
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DE l’ancienne INFANTEHIB FRANÇAISE. 213
à la prise de Rosasco et à celle de Verceil. Dans ce
dernier siège et pendant la garde qu’il monta le 16
juillet, Normandie eut un lieutenant et deux sous-
lieutenants tués. Le capitaine de grenadiers de Mari-
gnac et l’aide-major de Laussicourt furent blessés.
Après la prise de Verceil, on fit les sièges d’ivrée et
de Vécue. Le lieutenant-colonel de Tronquoy fut fait
lieutenant de roi d’ivrée. -Le siège de Vécue présenta
de grandes difficultés et se prolongea jusqu’en avril
1705. Le 26 décembre, Normandie y repoussa une
Le l"mars 1705, quand les travaux reprirent
sortie.
avec plus de vigueur, il servit très-activement à l’at-
taque du Fort de l’Ile. Le siège de Chivasso, qui sui-
vit, lui coûta deux officiers, quatorze sergents et plus
de quatre-vingts soldats. Le comte d’Esterre y reçut v
sa seconde blessure. Cette campagne laborieuse se
termina par la bataille de Cassano et par la prise de
Soncino.
Au mois d’avril 1706, Normandie combattait à Cal-
cinato. Le siège de Turin, dont l’issue fut si malheu-
reuse, lui fournit encore cette année de nombreuses
occasions de se signaler. y ouvrit la tranchée le 2
Il
juin : le 5 août, le major de Doncourt eut la cuisse
cassée à l’attaque du chemin couvert. Le 27, les gre-
nadierssecouvrirentdcgloirc, quand les assiégés vin-
rent reprendre la contre-garde de la demi -lune, sur la-
quelle on commençait à se loger .Ces compagnies étaient
au bas de la brèche de la demi-lune dans le fossé. Dès
qu’elles virent déboucher l’ennemi, elles mirent la
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214 HISTOIRB
baïonnette au bout du fusil et l’attaquèrent avec fu-
reur, quoiqu’elles eussent affaire à des forces décu-
ples. Écrasées enfin, elles firent leur retraite en bon
ordre, laissant morts dans ce fossé un capitaine et 99
grenadiers. La funeste bataille de Turin, qui déter-
mina la levée du siège et l’abandon de l’Italie, coûta
la vie aux capitaines Charvagnal, Saint-Georges et
Montalerabert et à plusieurs autres officiers. Le régi-
ment, réduit à 805 hommes, se retira à Pignerol.
11 passe en 1707 à l’armée d’Espagne avec le duc
d’Orléans, et fait cette année le siège de Lérida. En
1708, il est au siège de Tortose, où il n’a qu’un lieu-
tenant blessé. 11 se trouve ensuite à la prise de Pons et
d’Âulot, et à l’attaque du pont de Montanana les trois
:
compagnies de grenadiers emportent la maison re-
tranchée qui en défendait le passage. Normandie ter-
mine cette campagne par le siège du château de Vé-
nasque, où il perd les lieutenants Cambaressous et La
Ferronière.
Il repasse les Pyrénées en juillet 1709, et arrive
dans le Roussillon que menaçaient' les alliés. Le 2 sep-
tembre, il contribue au succès du combat du Ter, où
le général Frankcmberg est défait et pris. Pendant le
reste de l’année, il est employé avec les régiments
d’Artois et de La Couronne à faire la chasse aux Mi-
quelets. Le colonel comte d’Esterre fut légèrement
blessé dans un combat près d’Aulot.
En 1 7 1 0, Normandie fait un instant partie de l’armée
de Dauphiné sous Berwick; mais les Anglais ayant
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DB l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 215
opéré un débarquement sur les côtes de Languedoc,
il accourt, contribue à chasser tes Anglais d’Âgde et de
Celte dont ils s’étaient emparés par trahison, et peu
après retourne en Catalogne pour faire le siège de
Girone. Un jour d’assaut, le capitaine de Montalem-
bert s’élance sur ta brèche suivi de quinze soldats et
tombe si brusquement sur l’ennemi qu’il fait mettre
bas les armes à 150 hommes. Girone capitule le
4 janvier 1711 sous les drapeaux du régiment qui y
demeure en garnison. Le 22 du même mois, il détruit
ou fait prisonnier un régiment napolitain qui voulait
pénétrer dans la citadelle restée au pouvoir desalliés.
Après la soumission complète de Girone, Normandie
prit ses quartiers d’hiver à Aulot et rejoignit l’armée
au printemps après une marche pénible où il fut
continuellement harcelé par des nuées de Miquelets.
Il fit alors une guerre impitoyable à ces brigands
des montagnes, battit un corps espagnol retranché
sur la Sègre et qui leur servait de point d’appui^ et
prit part au siège de Vénasque pendant lequel le
capitaine de Samièresse distingua fort en s’emparant
avec deux compagnies d'un moulin et en arrêtant
l’ennemi plus de deux heures au passage du pont qui
y atlenait.
La campagne de 1712 n’offrit au régiment d’autre
occasion de combattre que le ravitaillement de Girone.
Le blocus et le siège de Barcelone l’occupèrent
jusqu’en 1714. Il
y perdit les capitaines dej Roye,
Duquesnoy, Bailleux, La Brousse et La Chassagne,
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216 niSTOIRB
et il dut renouveler plusieurs fois ses compagnies de
grenadiers. Dans un combat qui eut lieu le 14 août
1714 sur le bastion Sainte-Claire, les trois capitaines
de grenadiers et les trois lieutenants furent tués.
Normandie était épuisé. On le rétablit en y incor-
porant le 20 novembre 1714 le régiment de Rous-
silles et celui de Caylus le 30 juillet 1715.
A la paix, il fut envoyé à La Rochelle où il resta
deux ans en garnison. Il passa en 1717 (1) à Stras-
bourg et quitta cette ville au commencement de 1719
pour se rendre à l’armée d’Espagne sous le maréchal
de Berwick. Il se trouva aux sièges de Fontarabie et
de Saint-Sébastien. Devant cette dernière place, il
perdit dans un jour de garde quatre capitaines et trois
lieutenants. On n’a retrouvé que les noms du capitaine
de grenadiers de Virieu et des lieutenants Bonnafous,
du Terrail et Cloquelte. Un seul boulet emporta ou
blessa dix-huit hommes (2).
(1) Le marquis de La Fare, nommé cette année colonel de Nor-
mandie, en se démettant de Gatinais, était brigadier du {''janvier
1716. 11 devint maréchal de camp le 10 avril 1720, lieutenant-gé-
néral le 1" août 1734, et maréchal de France le 19 octobre 1746.
Son successeur le duc de Chatillon, qui prit en 1736 le titre de
duc de Bouteville, fut fait brigadier le 20 février 1734, maréchal de
camp le 1" mars 1738, et lieutenant-général le 2 mai 1744.
(2) Michel-Gabriel de Montfloux, lieutenant en 1683, major le 13
juillet 1717, fut ncmmé [Link]- colonel le 16 janvier 1719, et
brigadier le 3 avril 1721. 11 avait eu un bras emporté par un bou-
lât.
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DE L’ANCIEimE INFANTERIE FRANÇAISE. 217
Envoyé de nouveau à La Rochelle après cette cam-
pagne, Normandie fit un court séjour dans cette
ville et passa de là dans l’Auvergne, puis en Dauphiné
où il fit partie du cordon sanitaire établi en 1721
autour de Marseille. Il parcourut ensuite les garnisons
de Strasbourg, Metz, Verdun et Saarlouis. d’où il fut
détaché en 1727 au camp de la Moselle et il se trouvait
en 1728 à Thionville. Il quitta cette place la même
année pour aller à Perpignan et vint de là à Besançon
où il était en 1733 quand éclata la guerre de la
succession de Pologne. Il partit de Besançon pour se
rendre au siège de Kelh, après lequel il fut Jeté dans
Landau où il passa l'hiver. En 1734, il prit part à
l’attaque des lignes d’Ettlingen et au siège de Philis-
bourg, après lequel, au mois de septembre, il fit partie
du camp de Bülh sous les ordres du prince de Tingry.
A la séparation des troupes, il eut ses quartiers d’hiver
à Spire. Il servit encore à l’armée d’Allemagne en
1735 et contribua au blocus de Mayence où le capi-
taineLa Garenne fut tué le 19 juin. A la paix il fut
mis en garnison à Strasbourg.
On le retrouve en 1742 à La Rochelle. C’est de
cette ville qu’il partit au mois de mars pour se rendre
à l’armée de Bavière. Il faisait partie de la 6' division
commandée par le comte de Bulkeley. Deux de ses
bataillons furent d’abord placés dans le poste de Statt-
Amhoff, et en juillet les quatre bataillons étaient au
camp de Nieder-Altach. Le 28 mai, le lieutenant-
colonel de Goisson fut grièvement blessé au combat
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218 HISTOtRE
de Saliay en Bohême où il servait en volontaire. Le
régiment se trouva plus lard au combat d’Ebersberg
où il supporta le principal effort et couvrit la retraite.
En septembre on le voit au combat de Plan. Un
lieutenant de grenadiers y est tué. Pendant la mauvaise
saison, il reste cantonné d’abord à Plattling sur les
bords de l’Isar et ensuite sur la Naab. En décembre
il est envoyé à Statt-Amhoff, tant pour la défense
de ce poste que pour veiller sur Regensthoff et la
basse Naab.
Normandie se rendit fort utile au début de la cam-
pagne de 1743, en arrêtant pendant deux jours
l’armée ennemie, et en facilitant, par cette fermeté,
la levée des quartiers du maréchal de Broglie, et en
couvrant la retraite de son armée dont il fit l’arrière-
garde. Pendant tout le temps que cette armée mit à
se rassembler ,
Normandie eut un bataillon à Kal-
müntz; les trois autres étaient à Burkleinfeld. Au
mois de février, les grenadiere furent envoyés à
Schmidmülh que l’ennemi serrait de près : mais en-
veloppés par des nuées de hussards, ils furent obligés
de capituler et évacuèrent Schmidmülh. Le colonel
de Talleyrand, en rendant compte de cet échec au
maréchal de Broglie, lui disait : « Je ne me console
a point de cette capitulation, quoiqu’elle soit la moins
« onéreuse qu’on puisse faire, parce que voilà le pre-
« mier échec que le régiment de Normandie essuie.
« Encore faut-il dire que les grenadiers avaient été
« abandonnés par les dragons. » Certes, voilà un bel
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 219
.élogepour un corps qui en était à sa 87' campagne.
Normandie se mit enfin lui-même en marche avec
Alsace et Royal-Bavière. Le 3 juin, il arrivait sous
Ratisbonne. Le 30 du même mois, en quittant Do-
naüwerth, il formait l’extrême arrière-garde de l’ar-
mée française en retraite, et fut attaqué entre Ellwan-
gen et Halle. Les dernières compagnies, ayant à leur
tête le lieutenant-colonel, firent des prodiges de va-
leur : enfin, cernées et privées de leur chef griève-
ment blessé, elles furent obligées de se rendre. Le
brave lieutenant-colonel de Goisson mourut à Halle
de ses blessures. Le régiment avait déjà perdu, dans
cette affaire, les capitaines de Fontenailles et Saint-
Martial.
Revenu sur le Rhin après cette désastreuse campa-
gne, Normandie contribua à la défense de l’île de
Rheinach, et il alla passer l’hiver à Cambrai.
En 1744, il joignit l’armée d’observation que com-
mandait le maréchal de Saxe, et qui devait couvrir
les Namur, Ypres et autres
opérations des sièges de
places de la Flandre. demeura ainsi toute celte
Il
année au fameux camp de Courtrai où il occupait la
gauche de l’infanterie en première ligne. À l’entrée
de l’hiver, il fut mis dans Lille et il ouvrit la campagne
de 1745 par le siège de Tournai, où il perdit son co-
lonel ,
le marquis de Talleyrand ,
qui périt dans la
nuit du 8 au 9 mai par un accident déplorable. Le
régiment était de tranchée et travaillait à la sape, près
du chemin couvert des Sept-Fontaines. Le feu ayant
220 HISTOIRE
pris à deux barils de poudre, le marquis de Tailley-
rand et 80 braves soldats furent enlevés et rais en
pièces. Leurs membres tombèrent en partie dans le
chemin couvert de l’ouvrage à cornes : les assiégés
eurent la barbarie de les renvoyer dans la tranchée
avec des propos insultants. Normandie ne put conte-
nir son indignation, il s’élança hors de la tranchée
sans ordres ,
se jeta dans le chemin couvert et s’y
maintint malgré le feu des remparts. Cependant l’ar-
mée anglo-hollandaise approchait, et il avait été ré-
solu qu’on marcherait à sa rencontre. Dans la soirée
du \ 0, le quartier général est mis en émoi par l’ar-
rivée de plusieurs courriers qui faisaient claquer leur
fouet. Au milieu de l’obscurité qui régnait déjà, on
s’étonne, on se demande ce que ce peut être. C’é-
taient des grenadiers de Normandie, natifs des envi-
rons, et qui revenaient de permission. Ils avaient ap-
pris à quinze lieues de là qu’il allait y avoir une ba-
avaient pris la poste pour être de la fête.
taille, et ils
Le lendemain, 1 1 mai, en effet, les deux armées
étaient en présence dans la plaine de Fontenoy. La
brigade de Normandie était à la gauche de celle de
Royal-Vaisscaux derrière le village de Ramecroix. Le
roi, voyant la bataille engagée vers Fontenoy et An-
thoing, jugea qu’on ne devait point laisser oisifs de
vieux régiments comme Normandie ,
Auvergne et
Touraine. Il fit placer la brigade de Normandie près
des Irlandais, et celles d’Auvergne et de Touraine en
seconde ligne. Dans ce moment, la terrible colonne
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DE l’ancienne INFANTEEIE FRANÇAISE. 221
anglaisecommençait à donner des signes d’hésitation.
Normandie l’attaque avec furie entre la redoute du
bois de Barry et celle de Fontenoy il passe le ravin :
qui faisait de ce côté l’appui de cette colonne, s’em-
pare de plusieurs canons, et enfin le capitaine Bon-
nafanse a la gloire de pénétrer le premier dans cette
masse jusqu’alors impénétrable, et de commencer la
déroute de l’ennemi. Le roi, témoin de la valeur du
régiment de Normandie, vint en personne l’assurer
qu’il était très-satisfait de scs services. Le lieutenant-
colonel de Salency, qui commandait le corps depuis
lamort de M. de Talleyrand, fut déclaré brigadier sur
le champ de bataille (1). Normandie laissa dans les
champs de Fontenoy 300 cadavres, parmi lesquels
étaient ceux des capitaines La Borde et de Junies. Le
capitaine de grenadiers Garrault et le lieutenant de
Caussade furent blessés. Après la victoire, le régiment
retourna au siège de Tournai. Le 18 mai, les compa-
gnies de grenadiers, suivies de celles de La Couronne
et d’Angoumois, et soutenues par les grenadiers d’Eu
et de Royal-Vaisseaux, eurent la tête de l’attaque de
(1) Jean-Baptiste de Pingré de Salency, sous-lieutenant en 1701,
lieutenant-colonel 15 septembre 1743, et brigadier le 1" mai 1745.
Le comte de Périgord, enseigue au corps en 1741, fut nommé
colonel A 21 ans, le jour même de Fontenoy, en remplacement de
son père. Il passa le 11 juillet 1753 à Dauphin-Cavalerie, et fut fait
brigadier le 23 juillet 1756, et maréchal de camp le 20 février 1761.
Le marquis de Talleyrand son père avait été fait brigadier le 20
février 1743.
222 HISTOIRE
l’ouvrage à cornes et l’emportèrent en plein jour,
malgré le feu de la demi-lune et du corps de place.
Le brave capitaine de Bonnafanse s’y distingua en-
core entre tous en sautant le chemin
premier dans le
couvert. Le lieutenant de Montifaut fut blessé. Tour-
nai capitula le 22. Sa prise avait coûté à Normandie
400 hommes et 15 officiers tués ou blessés.
Le régiment était en veine de bonheur cette année.
Il joua encore le principal rôle le 9 juillet au combat
de Mesle, si glorieu.x pour troupes qui y prirent
les
part. Deux bataillons, conduits par le comte, de Tal-
leyrand-Périgord, qui venait de succéder à son père,
s’élancent bravement'sur les Anglais qui leur barraient
la route de Gand et qui accablaient déjà le régiment
de Grillon, et les contraignent à lâcher prise. Les
capitaines Blondel d’Azincourt et Montalembert se
signalèrent en cette occasion par des actes de la plus
brillante audace. Le premier, avec quarante hommes,
força le lieutenant-colonel du régiment de Bich, huit
280 soldats à déposer les armes. Rien ne
capitaines et
peut donner’ une idée de leur surprise et de leur
désespoir, quand ils reconnurent qu’ils s’étaient
rendus à quarante Français. M. d’Azincourt conduisit
ses prisonniersau quartier général, tenant la pointe
de son épée sur la poitrine du lieutenant-colonel et
menaçant de le tuer si un mou-
scs gens faisaient
vement. M. de Montalembert, avec sa compagnie de
cinquante fusiliers, força aussi 150 Anglais à déposer
leurs armes à ses pieds. Après l’heureure issue de ce
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DB l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 323
combat, où il avait perdu le capitaine La Salle et cent
hommes, Normandie entra à Gand et
y prit ses quar-
tiers d’hiver.
Dès le mois de janvier 1746, met en marche il se
et se dirige sur Bruxelles qu’il investit du côté du fau-
bourg de Scaarbecke, avec Piémont, Dauphin et
Royal-Marine. Ses grenadiers ont, le 19 février, la tête
de l’attaque et emportent le chemin couvert après une
action fort chaude. Les assiégés arborent le drapeau
blanc une heure après. Cette affaire avait coûté la vie
au capitaine Le Perron et à 70 hommes. Le capitaine
de Lannes peu de jours
avait aussi été tué à ce siège
auparavant. Quelques mois plus tard, Normandie
assistait à la bataille de Rocoux ; mais placé en réserve
derrière un ravin [irofond, il ne brûla pas une
amorce.
Après avoir passé l’hiver à Bruxelles, le régiment,
au début de campagne de 1747, opéra d’abord sur
la
la et Malines. Le 28 mai, il était
Dyle entre Louvain
au camp de Malines, et à la lin de juin, après le dé-
part des autres brigades pour l'armée, il resta avec
quelque cavalerie à la garde des passages de la Dyle
entre Rotslaëre et Wachezèle. Il se rendit ensuite au
siège de Berg-op-Zoom, où ses compagnies de grena-
diers furent renouvelées plusieurs fois. A l’assaut du
16 septembre, pendant que les deux derniers batail-
lons gardaient les tranchées, le 1*' avait la tête de
l’attaque de droite. Au signal convenu, les grenadiers
s’élancent, gravissent rapidement la brèche et s’établis-
224 HISTOIRE
sent au sommet, où le colonel comte de Périgord
arrive des premiers. La prise de Berg-op-Zoom coûta
à Normandie 800 hommes tués ou blessés. Le lieute-
nant-colonel comte de Laurencin y reçut deux bles-
sures considérables dont il mourut peu de temps
après. Les officiers tués sur place étaient les capitaines
de Charmazou, de Mortières-Gédoyn, de Massons,
Fronsac, La Boëssière, DuDrésic de La Chaussée et
neuf lieutenants. Le capitaine de Bicnnassis(l) y fut
atteint d’un éclat de bombe et le capitaine Saint-André
d’un coup de feu au visage. Le régiment quitta Berg-
op-Zoom le 25 septembre et acheva la campagne
au camp de Capellen. 11 s’établit à Namur pendant
l’hiver et se rendit en 1748 devant Maëstricht. Pen-
dant les opérations du siège, il était posté sur la rive
gauche de la Meuse à la garde du pont de communi-
cation établi vis-à-vis le quartier général d’Hoicten.
Après la capitulation de Maëstricht, Normandie y fut
placé et il
y demeura jusqu’à la paix.
De 1749 à 1760, il occupa successivement les villes
maritimes de la Flandre française et de ne
l’Artois, et
se mit en mouvement qu’au milieu de la campagne de
1760 pour marcher au secours de Wesel dont le
prince héréditaire de Brünswick serrait de près la
(1) Antoine-Charles deJaconiel de Biennassis, lieutenant en 1730,
major G décembre 1749, lieutenant-colonel 9 septembre 1760, et
brigadier 20 avril 1768. Son prédécesseur, Jean-Josepb de Berry,
cadet en 170S, et lieutenant-colonel le 13 mars 1748, était aussi
farvenu au grade de brigadier, le 10 mai 1748.
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DB l’aSCIENNE infanterie FRANÇAISE. 225
faible garnison. Il joignit en octobre à Neuss le
marquis de Castries qui avait été chargé de faire lever
ce siège, et il se trouva le 16 au célèbre combat de
Closlercamps.
Placé à la droite de l’infanterie, il se rapprocha
d’Auvergne qui supportait le plus grand effort et con-
tribua puissamment au succès de la journée, en chas-
sant l’ennemi des haies du village de Camps. Près de
700 hommes que le régiment laissa sur le champ de
bataille et 63 officiers tués ou blessés témoignent
suffisamment de la part glorieuse qu’il prit à cette
affaire qui préserva la France d’une invasion. Les
officiers tués étaient les capitaines Bermond du
Caylar, La Ferrière, de Montriac, Bourlier de Saint-
Hilaire, de Penraark, de Rivarolles, de Tanesse, de
Hancurault et Campan, elles lieutenants La Croix et
Bélissant. Parmi les blessés se trouvaient le colonel
marquis de Pérusse (1), le lieutenant-colonel de Bien-
nassis, qui reçut trois coups de sabre à la tête et un à
la jambe, le comnaandantdu 2® bataillon de Ballioud,
le major Charrier de Mortières, les aides-majors Du-
puch, d’Armagnac et Périnot, les capitaines La Faye,
LaGravelle, Bourbon de Venant, Pindré, de Castelnau,
de Pairapont, Pereange de Mcnail, de Prévjlle, Papin,
de Calvières, Ferrand (2), de Lubersac, du Vivier,
(1) Le marquis de Pérusse était brigadier du 10 février I7S9.
(2) C’est le brave défenseur de Valenciennes en 1793. Jean-Henri
Bégais Ferrand de La Caussade était entré au service dans Norman-
die en 1746.
BIST. DE l'ANC. infanterie FRANÇAISE. T. lU. 15
226 HISTOIRE
de Fontaine-Marie, de Laval, de Flotte, Lalongue,
Dulau, de Chazel, La Coudraye et 23 lieutenants ou
sous-lieutenants. Le colonel, blessé d’un coup de feu
et de plusieurs coups de sabre, était tombé entre les
mains des ennemis. Sept valeureux soldats du ré-
giment l’en arrachèrent. Pierre Mathurin Malthé,
surnommé La Presse, tua un des cavaliers qui emme-
naient son colonel; Émery Alary, dit La Fortune,
donna un coup de baïonnette à un autre et lui fit
lâcher prise. Ces deux braves furent les seuls que le
colonel eut à récompenser. Les cinq autres étaient
morts et leurs noms sont oubliés.
Les ennemis levèrent deux jours après le siège de
Wesel, et Normandie y prit ses quartiers d’hiver.
En 1761, il assista l’arme au bras à l’affaire de Vil-
lingshausen. Il passa ensuite dans le corps d’armée du
comte de Stainville et prit part à toutes les opérations
de l’arrière-garde. Un jour, au débouché des gorges
de Willhemstadt, il arrêta l’ennemi pendant trois
heures par la plus opiniâtre résistance. A la fin de la
campagne, il occupa Munden et il devait garder le
Weser jusqu’à Léopoldsberg; mais, trop affaibli pour
continuer à prendre une part active à la guerre, il fut
rappelé en France au mois de décembre, et ses com-
pagnies furent réparties dans les villes maritimes de
la province de Normandie (1). Quand la paix se fît en
(I) Le comte de Puységur, colonel de Normandie en 1762, avait
eu précédemment les régiments de Veiin, de Forèz et Royal-Com-
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DE l’ancienne infanterie française. 227
1 763, le régiment fut réuni à Lille : c’était au mois de
mars.
Depuis cette époque jusqu’à l’année 1776, Norman-
die fit les mouvements suivants. 11 alla à Valenciennes
en octobre 1766, à Douai en août 1767, à Aire en
juin 1768, à Calais en mai 1769, à Givet en octobre
1769, à Lille eu Juin 1771, à Cambrai en octobre
1771, et à Saint-Omer en septembre 1774.
11 avait fait partie du camp de Compiègne au mois
de Juillet 1767, et son 4® bataillon s’était embarqué à
Brest,, le 6 Janvier 1771, pour se rendre à l’ile de
France. Si.x compagnies de ce bataillon étaient de re-
tour à Lorient, le 3 mai 1774, et les trois autres
arrivaient en France le 3 août suivant.
Ce fut à Saint-Omer, que le vieux Normandie fut
dédoublé, conformément à l’ordonnance du 25
mars 1776.
RÉGIME»! DE »0R!HAIVD1E.
9' RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU UESTRES DE CAMP.
1. Comte d’HAUTEFEL'ILLE (Charles-Louis Texier), 18 avril H76.
2. Marquis de SAINTE-HERMINE (René-Louis). 13 avril 1780.
3. Comte de LAMBERTYE (Pierre Michel), tO mars 1788.
4. DESDORIDES (Jean-François-Louis Picault), S février 1792.
Le nouveau régiment de Normandie fut formé des
tois. 11 était brigadier du 20 février 1761, et fut fait maréchal de
camp le 25 juillet 1762. 11 garda le régiment jusqu'en mars 1763.
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228 HISTOIRE
2* et 4* bataillons de l’ancien. Il conserva les drapeaux
jaunes à croix blanche et prit le numéro 9 dans l’in-
fanterie (t).
Normandie se rendit én octobre 1776 à Valognes
et Cherbourg. C’était au moment où les nombreuses
insultes faites par l’Angleterre à notre pavillon al-
laient forcer la France à prendre ouvertement parti
dans la guerre de l’indépendance américaine. Au mois
d’octobre de l’année suivante, le régiment changeait
(1) Parmi les colonels et lieutenants-colonels (lu 9' d’infanterie,
Toici ceux qui sont devenus brigadiers ou offleiers généraux : Le
comte d’Hautcfeuille, colonel du vieux Normandie dès 1763, fut fait
brigadier 3 janvier 1770, et maréchal de camp !•' mars 1780; le
marquis de Sainte-Hermine devint brigadier 1" janvier 1784, et
maréchal de camp 9 mars 1788 ;
Desdorides, qui avait d'abord été
lieutenant-colonel du corps le 15 septembre 1791, fut nommé gé-
néral de brigade 1e 15 mai 1793.
Armand-Joseph Dulau de Chambon, lieutenant-colonel le 18 avril
1776. passa en 1779 au commandement d’un régiment provincial, et
fut fait brigadier le 1" mars 1780; Castor de Calvières de Saint-
André, lieutenant-colonel 8 avril 1779, devint brigadier le 1*'
mars 1780, et maréchal de camp le 1" janvier 1784.
L’uniforme que Normandie avait porté jusque-lè consistait dans
habit, veste et culotte blancs (ou gris blanc). Les officiers et ser-
gents seuls avaient le collet et les parements noirs. Les boutons et le
galonnage étaient d’argent. L'habit avait deux poches en travers,
garnies de trois boutons. 11 y avait aussi trois boutons sur les pare-
ments. En 1776, Normandie eut les revers et parements noirs avec
le collet jaune et les boutons dorés. Neustrie, son dédoublement,
n'en différait que par les boutons blancs et le collet rose. On a vu au
1*' volume la tenue donnée à ces deux corps en 1779.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 229
de cantonnements ;
il occupait Dinan et Saint-Ser-
van; enfin, au mois de février 1778 il arrivait à Brest
où plusieurs détachements furent embarqués à bord
des vaisseaux du comte d’Orvilliers. Ces détachements
se trouvèrent le 27 juillet au combat naval d’Oûes-
sant. Le lieutenant de Chàteaugiron y fut blessé sur
le vaisseau le Magnifique. Au mois d’octobre, le régi-
ment passa de Brest à Cherbourg, et en juillet 1779 il
fut placé à Rennes, au centre de laBretagne, pour être
prêt à se porter partout ou besoin serait. A la fin de
1780, lorsque toute crainte d’un débarquement se fut
dissipée, Normandie partit pour Valenciennes où il
arriva en novembre, et après un séjour de moins d’une
année dans cette ville, en octobre 1781, il se rendit à
Strasbourg.
Pendant les troubles qui agitèrent la ville de Ge-
nève en 1782, le régiment quitta momentanément
Strasbourg et vint occuper h ville de Saint-Claude
dans le Jura. Il demeura sur cette frontière, depuis le
mois de juin jusqu’au mois de novembre et retourna
à Strasbourg. Au mois de novembre de l’année sui-
vante il arrivait à Toulon, d’où il se rendit à Poitiers
en mai 1786, et enfin à Morlaix et Brest en octobre
1787.
Les passions furent violemment agitées dans ce
grand port de guerre pendant les premiers orages
de la révolution. Une population, vivement impres-
sionnée par les événements contemporains, se trou-
vait en présence d’un corps nombreux d’officiers
230 HISTOIRE
de la marine presque tous partisans de la résistance
aux idées nouvelles. Au milieu de ce conflit, la con-
duite de la garnison ,
composée des régiments de
Normandie et de Beauce, fut presque toujours digne
d’éloges. Dans le principe quelques signes de mésin-
telligence s’étaient manifestés entre ces deux corps ;
mais ce ne fut qu’un nuage passager, et l’union intime
de ces régiments contribua sans doute beaucoup à
sauver la ville de Brest des malheurs qui fondirent
bientôt sur Toulon.
A la fin de 1790, l’effervescence était extrême par-
mi les matelots de la flotte et l’on avait lieu de redouter
de graves désordres. Un ordre du 16 octobre fit em-
barquer à bord des vaisseaux 420 hommes du 2« batail-
lon de Normandie. La présence de cette garnison
empêcha une explosion. Au mois de janvier 1791 le
2® bataillon tout entier partit pour Saint-Domingue,
et le l'*' se rendit à Port-Louis, d’où il passa au mois
de mai à Bellisle en mer.
Les troubles qui avaient éclaté à Saint-Domingue,
avaient déterminé le gouvernement à expédier des ren-
forts à M. dè Blanchelande, gouverneur de cette colo-
nie. Le 2“ bataillon de Normandie y était envoyé avec
le 2‘ bataillon d’Artois et un détachement d’artillerie.
A l’arrivée de ces troupes au Port-au-Prince, toute
l’île était en combustion; le régiment colonial du Port-
au-Prince, composé en partie de mulâtres et de petits
blancs, était en pleine révolte. M. de Blanchelande,
craignant d’augmenter le mal en mettant en contact
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DE l’ancienne infanterie française. 231
les nouveaux arrivés avec les troupes locales, voulut
que le renfort qui lui arrivait de France, allât débar-
quer au Môle Saint-Nicolas. Le bataillon de Normandie
obéit seul; mais bientôt entraîné par l’exemple d’Artois
et de Port-au-Prince, il alla lui aussi presqu’en entier
grossir le parti qui refusait l’obéissance au gouverneur.
A partir de ce moment, le régiment de Normandie se
réduisait réellement au 1®' bataillon et au dépôt du
2' restés en garnison à Bcllisle. Quelques-uns des
soldats égarés finirent par reconnaître leur crime et
firent leur soumission. Ils furent renvoyés en France,
et rejoignirent le corps le 16 août 1792 à Bel-
lisle.
Normandie finit sa carrière dans cette île. Ses
débris furent versés, le 1" septembre 1793, dans la
17* demi-brigade de bataille, qui resta attachée aux
armées de l’Ouest. Les grenadiers seuls avaient été
envoyés en 1792 à l’armée du Bhin : ils entrèrent plus
tard dans la composition des bataillons d’élite formés
à cette armée.
RÉGIHE!VT DE NECSTBIE.
10* RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU MESTRES DE [Link].
1. Comte de GUIBERT (François-Apolline), 18 avril 1776.
2. Vicomte n’OSMOND (Marie-Joseph-Eustache), 10 mars 1788.
3. DE MARTINET (Amable-Louis-Cliarles), 25 juillet 1791.
4. DE MAYNARD (Madeleine-Christophe-Ëléazar), 26 octobre 1792,
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.
232 HISTOIRB
Le régiment de Neustrie (1), composé des l*'et3*
bataillons de l’ancien Normandie, partit de Saint-
Omer le 21 juin 1776, aussitôt après sa formation,
pour se rendre à Douai, qu’il quitta au mois d’octobre
suivant pour aller occuper la garnison de Sedan.
Au mois de mai 1778, il alla à Metz, et en avril 1779
il fut dirigé sur la Bretagne. Après avoir séjourné six
mois à Saint-Pol-de-Léon, on l’envoya passer l’hiver
àPoitiei-s. En avril 1780, il arrivait à Quiraper, elle
30 octobre decette année il s’embarquait, à Brest sur
du comte d’Estaing pour aller renforcer
la flotte
l’armée deM. de Bocharabeau aux États-Unis d’A-
mérique; mais un contre-ordre atteignit la flotte
pendant une relâche qu’elle fit à Cadix, et le régi-
ment, revenu à son port d’embarquement, fut envoyé
en garnison au Havre en avril 1781
Il quitta le Havre en octobre 1783 pour se rendre
àBitche, d’où il passa en octobre 1784 à Weissem-
bourg, et en octobre 1785 à Landau. Revenu en 1789
à Weissembourg, il quitta cette garnison en 1790
(1) Les deux premiers colouels de Neustrie sont parrenus au grade
de maréchal de camp : le comte de Guibert, le 9 mars 1788, et le
Ticomte d’Osmond, le 1*' mars 1791.
Antoine Dupin, lieutenant-colonel 18 avril 1776, fut fait brigadier
1*' mars 1780, et maréchal de camp 1*' janvier 1784.
Les drapeaux d'ordonnance de Neustrie, au lieu d’être entière-
ment jaunes comme ceux de Normandie, eurent deux quartiers
jaunes et deux quartiers roses ;
ceux de même couleur opposés dans
les angles de la croix.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 233
pour celle de Schlestadt. Après avoir passé l’année
1791 à Strasbourg, il était revenu en 1792 à Weis-
sembourg, lorsqu’au mois d’avril il reçut l’ordre de
partir pour le Midi, où les désordres qui désolaient
Avignon causaient de grandes inquiétudes à l’As-
semblée nationale. Il fut d'abord placé à Bourg et à
Sevssel, puis à Mende où il était réuni à la fin de mai.
Au mois d’août, le 1" bataillon partit pour Besançon,
dans Mont-Dauphin. La guerre allait
et le 2* fut jeté
commencer sur cette frontière. Le 1" bataillon, rap-
pelé de Besançon, fit partie de l’armée du général
Montesquieu qui conquit la Savoie.
En 1793, le régiment était tout entier à Briançon.
Le 25 mai, deux soldats du corps et trois volontaires
du 1" bataillon de l’Ardèche sortent de la place pour
aller se promener au Mont-Genèvre. Les soldats de
Neustrie proposent aux volontaires d’aller boire aux
Clavières, premier poste des Piémontais, qui était
gardé par un officier et 23 hommes. En arrivant, ils
SC disent déserteurs et assurent vouloir s’engager dans
le régiment de Chablais. La conséquence de cette
plaisanterie fut qu’ils s’enivrèrentetqu’ils manquèrent
à l’appel du soir. Le bruit courut à Briançon qu’ils
avaient été enlevés. Les tètes se montent alors,
quelques officiers et une trentaine de soldats forment
le projet d’aller enlever le poste et de dégager leurs
camarades. Ils partent le lendemain 26, sans autres
armes que leurs sabres, et malgré la fusillade des
Piémontais, ils enlèvent leurs retranchements et
234 BISTOntB
ramènent en triomphe les cinq ivrognes. On avait
trop de choses sérieuses sur les bras à celte époque
pour faire attention à de pareils actes d’indiscipline.
Neuslrie ne quitta plus la frontière des Alpes. Après
avoir servi au siège de Toulon, il assista à tous les
combats livrés dans les montagnes de Nice,
et en 1794
ses deux bataillons servirent de noyaux aux 19* et 20*
demi-brigades de bataille. La 19* fut formée le 29
mars et la 20* le 12 février.
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.
DE l’ancienne infantebie fbançaise. 235
BÉfilHEKT DE LA HARi:«E.
K Li Marine y est, J’ai le temps d’anirer. >
Le FBiace oE Cond£.
COLONELS 00 NESTRES DE CAHP.
1. Cardinal de RICHELIEU (
Arinand-Jean du Plessis ), 26 septem-
bre 163 d.
2. Marquis de LA TROUSSE (François Le Hardy), 12 décembre 1642.
3. Cardinal MAZARIN (
Giulio-Mazzarini ), 13 février 1643.
4. Duc de NEVERS (
Philippe - Julien -Mancini-Mazzarini ), 13
mars 1661.
5. Comte de GADAGNE ( Charles-Félix de Galéan ), 4 février 1667.
6. Marquis de TONNAY-CHARENTE (
Jean-Claude de Roche-
chouart ), 8 juillet 1667.
7. Comte de LA MOTTE (
Pierre de Jarzé), 17 octobre 1873.
8. DE MATTHIEU deCASTELLAS ( André ), 29 août 1675.
9. Marquis de LIANCOURT ( Henri-Roger de La Rochefoucauld ),
7 décembre 1683.
10. Marquis de TALLEYRAND ( Louis-Jean-Charles), 1694.
1 1. LE GUERCHOIS de SAINTE-COLOMBE ( Pierre ), 26 juin 1702.
12. Marquis de CANY ( Michel Chamillard ), 30 juin 1709.
13. Comte de MIDDELBOURG ( Alexandre-Maximilien-Balthazar-
Dominique de Gand d'Isenghien ), 3 août 1716.
14. Duc de MIREPOIX (
Charles-Pierre-Gaston de Lévis ), 10 mars
1734.
15. Marquis d'AUBIGNÉ de TIGNY (
Louis-Henri), 26 juillet 1737.
16. Marquis de BELMONT (François Vachon de Briançon ),
1*' fé-
vrier 1749.
17. Comte d'HAUSSONVILLE (
Louis-Bernard de Cléron ), 30 no-
vembre 1761
236 HISTOIRE
18. Vicomte de JAUCOURT (
Étienne ), 3 janyier 1770.
Ce régiment a été créé par ordonnance du 26 sep-
tembre 1633. On a dit, sans aucune espèce de
fondement et probablement dans le but d’expliquer
le nom qu’il a porté et le rang qu’il a obtenu peu de
temps après sa formation, qu’il avait été composé avec
les débris d’un corps plus ancien qui aurait péri sur
mer. 11 ne reste aucune trace de ce fait, et l’on sait,
au contraire, très-positivement qu’il fut formé de
dix-huit compagnies, les unes nouvelles, les autres
tirées des régiments existants à cette époque (1). On a
dit aussi qu’on y avait incorporé d’anciennes com-
pagnies franches du service de mer. Cette version,
en admettant qu’elle fût vraie, ne suffirait pas pour
expliquer le classement du régiment parmi les vieux
corps, car on ne pourrait guère faire remonter
l’origine de ces compagnies d'infanterie de marine
plus haut que l’année 1621, pendant laquelle com-
mença le blocus de La Rochelle, et qui vit naître la
marine française (2).
(1) Voici l’état de ces compagnies : chevalier de Montecler, colo-
nelle, provenant de Normandie; Sérignan-Valras, Barlète, La Cha-
pelle, Montecler, Montigny, Dessaut, Villeron, Saint-Mégrin, La
Fayette, Sentoirs, Piome, Saint-Aignan, Tallefie, La Baulme, Rispe,
Beautru et Montafilan.
(2) L’amiral de Coligny, au avi* siècle, avait fait quelques arme-
ments, plutôt dans l’intérêt de ses coreligionnaires que dans un but
politique. C’est ainsi qu’il envoya Villegagnon au Brésil, Ribaut et
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 237
Nous avons dû rapporter ces traditions pour ne
rien négliger: les documents ne manquent point pour
établir d’une manière cerlainel’histoire de ce sixièmeet
dernier des régiments honorés du titre de vieux corps.
Le cardinal de Richelieu, cédant à la mode de son
temps, voulut avoir un régiment d’infanterie. 11 fai-
sait subir en 1635 à l’armée un remaniement complet
qui avait surtout pour but le succès de sa politique.
Il enrégimentait la cavalerie pour amoindrir la haute
noblesse, et il supprimait des régiments d’infanterie
d’une médiocre valeur, ou dont les chefs lui déplai-
[Link] dessein, quant à l’infanterie, était d’avoir
moins de régiments et de les avoir meilleurs et plus
complets. Avec des compagnies des corps licenciés,
il forma pour lui-même un corps, dont il se déclara
colonel, auquel il donna le titre de Cardinal-Duc et
qu’il pourvut immédiatement du drapeau blanc,
c’est-à-dire du privilège de la permanence (1), sans
Laudonnière dans l’Amérique du Nord. Les guerres civiles arrêtè-
rent ces essais de navigation, et ils nefurent repris que sous LouisXIII.
Bassompierre, dans ses Mémoires, assigne, pour ainsi dire, une
époque précise à la création de la marine française : « Monsieur de
« Saint-Luc, dit-il, aprèslesiége deSaint-Jean-d’Angély (juin 1621),
« fut envoyé à Brouage avec le titre de lieutenant-général de la
« mer pour préparer les armements nécessaires pour rendre le roi
« puissant sur mer. » Il dit ailleurs que le roi fit lever une armée
de mer dans l’été de 1625, et il présente cela comme une nouveauté.
La compagnie
(1) colonelle appartenait au cardinal et avait pour
capitaine-lieutenant, ou lieutenant-colonel, Louis, chevalier deMon-
tecler, qui commanda le régiment pour Richelieu jusqu’en mars 1641.
238 B16TUIBB
prendre l’attache du colonel général de l’infanterie
dont le régiment de La Marine resta toujours indé-
pendant.
Ce simple octroi du drapeau blanc fut un privilège
énorme pour Cardinal-Duc; car au lieu d’occuper
le 106‘ rang que lui eût donné son ancienneté au
moment de sa levée, il se trouva placé d’emblée et
sans contestation au 16* (1).
Cardinal-Duc débuta dès le mois de janvier 1636
à l’armée que le comte de Soissons commandait sur
la Meuse. Iæ 31 mai, cette armée défit complètement
près d’Ivoy les 4,000 Cosaques polonais de Taraski
qui commettaient depuis un an toutes sortes de
cruautés sur cette frontière. Les enfants perdus du
régiment, conduits par le capitaine La Chapelle, leur
portèrent les plus rudes coups. Quatre cents furent
tués sur place, et on leur prit tout leur bagage,
600 chevaux, trois étendards et sept paires de tym-
Montecler parvint au grade de maréchal de camp le 7 mars 1646;
il reprit le commandement du corps, en 1 648, comme colonel-lieu-
tenant, et fut mortellement blessé près de Mouzon en < 650.
(1) Il n’y avait alors, en effet, en laissant de côté les régiments
des Gardes, que quinze régiments destinés & être entretenus en tout
temps, et ces corps étaient ; Picardie, Piémont, Navarre. Cham-
pagne, Normandie, Néreslang, depuis Bourbonnais; Rambures, de-
puis Béarn; Maugiron, depuis Auvergne; Sault, depuis Flandre;
Vaubecourt, depuis Guyenne ;
Bellenave, depuis Artois ;
Hepburn-
Ëcossais, aujourd’hui RoyaUËcossais dans l’armée anglaise ; Cbam-
blay-Lorrain, depuis incorporé avec le régiment du Roi; Plessis-
Praslin, depuis Poitou; et .Alinoourt, depuis Lyonnais.
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DB l’ancienne infanterie française. 239
baies. Après ce beau fait d’armes, 400 hommes du
corps furent envoyés à l’armée du cardinal de La Va-
lette pour porter secours à Colmar. Le reste servit
à la reprise deCorbie, qui se rendit le 10 novembre, et
se fît remarquer en défendant énergiquement un mou-
lin situé sur la Somme. A la fin de cette année, Riche-
lieu, qui avait un régiment de cavalerie portant aussi
le nomde Cardinal-Duc, voulut changer le titrede son
régiment d’infanterie, et, comme il était grand-maitre
et surintendant-général de la navigation, il lui donna
le nomde régiment de LaMarine qu’il a toujours porté
depuis. Il le destinait, sans doute, au service de mer,
ainsi que les régiments des Vaisseaux et des Galères
créés vers la même époque ;
mais les circonstances ne
se prêtèrent point*à cette combinaison, et par le fait
le régiment ne servit jamais d’une manière spéciale
dans les ports ou sur les flottes (1). La tradition rap-
porte cependant que c’est à cette destination de prin-
cipe que le régiment de La Marine a dù les couleurs de
ses drapeaux d’ordonnance, qui avaient deux quartiers
bleus, couleur du ciel, et deux quartiers verts, couleur
de la mer (2).
(1) D'après Tallemant des Réaux (
Historiette de M. de Laval ), le
régiment .lurait été embarqué, en 1638, sur la flotte de l’archevêque
de Bordeaux. En présence des faits de 1638 que nous extrayons des
mémoires du maréchal de Navailles, qui servait alors dans le régi-
ment, on doit croire qu'il n'y avait qu’un détachement du corps sur
cette flotte.
(2) Les quartiers de même couleur étaient en diagonale de chaque
240 BISTOIBE
Au mois de juillet 1636, on trouve La Marine à la
prise des ville et château de Bohain, où le capitaine
de Saint-Mégrin reçoit une mousquetade au travers
du corps. Quelques Jours après il est au siège de
Landrecies : on le voit encore cette année au siège de
La Capelle où il ouvre la tranchée dans la nuit du 8
au 9 septembre, et enfin à la défense de Maubeuge.
En 1638, il est devant Saint-Omer. Piccolomini
fait une tentative pour secourir la place: le régiment
contribue avec Piémont à le repousser etse fait remar-
quer le 8 juillet en faisant échouer une nouvelle
manœuvre de ce général du côté de Polincove. Le
maréchal de Navailles y était alors enseigne de la colo-
nelle et s’y distingua. Le lieutenant-colonel de
Montecler y fut grièvement blessé, ainsi que le capi-
taine Pouilleux et le lieutenant Duluc.
Le 9 juin 1639, La Marine emporta une demi-lune
à Hesdin. L’attaque fut faite par des hommes qu’avait
choisis M. de Gassion. Ces braves, conduits par le
major de Bartète, qui fut blessé, arrachent les fraises,
renversent les palissades, tuent à coups de hallebardes
et de piques les premiers qui se présentent, et forcent
les autres à se jeter dans la rivière, quoiqu’ils eussent
des bateaux tout prêts pour les ramener en ville.
Lorsqu’on assaillit le 4 août les retranchements de
l’armée espagnole. La Marine chassa l’ennemi du
câté de la croix blanche, le bleu en haut près du bâton. Le drapeau
colonel était sans armoiries.
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DB l’ancienne infanterie FRANÇAISE 241
village de Saint-Nicolas après un combat brillant où
il s’empara des canons. Il perdit dans mtc affaire le
capitaine Clermont d’Aurivelle, le lieutenant La Chcs-
naye et l’enseigne Silly qui n’avait que quinze ans.
Le régiment se conduisit aussi à merveille au combat
de Ruminghem; le lieutenant-colonel de Monteclery
fut dangereusement blessé. Au mois de septembre eut
lieu la prise d’assaut du fort de Manicourt : le capitaine
de Grandraaison, envoyé en parlementaire pour som-
mer ce poste, avait été tué. Sur latin de la campagne,
La Marine fut envoyé <à Caudebec pour réprimer une
révolte de paysans insurgés contre les tailles et qui se
donnaient le non de Nuds-Pieds. Ils furent complè-
tement dispersés aux environs d’Avranches par M. de
Gassion.
Le régiment était en 1 640 au siège d’Arras. Il se
distingua très-particulièrement à la défense du fort
Rantzaw. « Le régiment de Roncherolles qui étoit de-
dans en fut chassé, ce que voyant La Marine les y alla
attaquer avant qu’ils aient eu le temps de s’y fortifier
et les entreprit si courageusement qu’il les en mit
dehors. » Les Espagnols perdirent là 4,000 hommes;
mais la victoire coûta aussi cher à La Marine qui eut
vingt-huit officiers tués ou blessés. L’enseigne de
Gadagne, qui devait plus tard commander le régiment,
y reçut deux coups d’épée et deux coups
de pique.
Le capitaine de Sérignan-Valras y fut grièvement
blessé. Après la capitulation d’Arras, le régiment fut
un des six qui y furent mis en garnison.
1II9T. DE L’aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 16
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242 HISTOIRE
L’année suivante, au siège d’Aire, il prit d’assaut la
demi-lune et le chemin couvert. Le lieutenant Duclos
et l’enseigne Vaudonville furent tués à ce siège:
Gadagne devenu lieutenant y eut un coup de feu à
l’épaule et un coup de pique à la cuisse. Le régiment
fit ensuite les sièges de LaBassée et de Bapaume et
eut ses quartiers d’hiver à La Bassée. Cette place fut
assiégée en 1642, et 250 hommes de La Marine, qui y
étaient restés, eurent une grande part à la glorieuse
défense que fit la garnison pendant les mois d’avril
et de mai. Le lieutenant-colonel de La Trousse y fut
blessé (1), ainsi que les capitaines chevalier de La
Trousse, de Grandmaison, La Lacques, Matharel,
Dufay, Launay, d’Urban et Calvoisin.
Le cardinal de Bichelieu mourut le 4 décembre
1642. S’il avait favorisé son régiment en lui accordant
l’enseigne blanche dès sa création, il s’était cependant
gardé de rien faire pour lui qui ne fût rigou-
sement juste suivant les idées du temps. Le cardinal
(1) Le marquis de La Trousse, parent de Madame de Sévigné, fut
fait lieutenant-colonel de La .Marine le 4 mars 1641, et mesire de
camp le 12 décembre 1042, après la mort de Richelieu. Il fut colo-
nel-lieulenant sous Mazarin, et eut le brevet de maréchal de camp
le 24 décembre 1614. Son frère, le chevaLer Adrieu Le Hardy de
La Trousse, entré au corps comme capitaine en 1641, devint lieu -
tenant-colonel en 1645 et fut fait maréchal de camp le 29 jan-
vier 1651 . Philippe, comte de Grignan, lieutenant-colonel en décem-
bre 1642, sous le marquis de La Trousse et Mazarin, passa, en 1645,
à une compagnie des Gardes Françaises, et fut tué l'année suivante
au siège de Mardyk.
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DK l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 243
Mazarin, qui lui succéda dans la propriété du corps
comme dans toutes ses autres dignités, se montra
moins scrupuleux donner à La Marine, en en
et lit
prenant possession, par brevet du 13 février 1643, 1e
rang et le privilège de sixième des vieux corps. Cette
faveur excita de vives réclamations de la part des
régiments lésés dans leurs droits et dans leur amour-
propre et suscita pendant quinze ans des difficultés
très-graves; mais Mazarin ii 'était pas homme à se
laisser déconcerter par des clameurs.
Cette même
année 1643, La Marine était à la ba-
taille de Rocroi à la gauche de Picardie. Le colonel-
lieutenant marquis de I>a Trousse y fut blessé, ainsi
que son frère le chevalier de La Trousse. Le capitaine
de La Lacques y perdit la vie. Cette victoire fut suivie
de la prise de Landrecies, de Barlemont, d’Émery, de
Mauheuge et de Binch. Le 25 juin, La Marine arrive
avec Picardie devant Thionvillc : le 1
3 juillet ces deux
braves régiments emportent de vive force un moulin
retranché et s’y maintiennent malgré les furieuses
attaques des assiégés. Dans la nuit du 28 au 29, ils
emportent la demi-lune du front de Metz avec une
ardeur sans égale; une nohle émulation triplait leur
force. Thionville capitula le 9 août. Le lieutenant-
colonel chevalier de Grignan et le lieutenant La Cou-
drette avaient été blessés devant cette ville.
En 1644, pour tirer le régiment de la fausse posi-
tion où il se trouvait vis-à-vis des petits vieux et de
quelques drapeaux blancs plus anciens que lui, ou
2
244 HISTOIRE
l’envoya à l’armée de Catalogne. Il joignit cette armée
le 16 juin, et partagea les travaux et la gloire du
régiment de Champagne au siège de ïarragone.
A l’attaiiue du Môle, 500 hommes conduits par le
lieutenant-colonel de Grignan s’élancent sur la bar-
rière du côté de la mer et l’emportent de vive force.
Dans la sortie du 30 août que La Marine soutint avec
une grande vigueur, le capitaine de Barbantanne fut
tué, et le major La Bartète fut blessé avec quelques
autres officiers. Après la levée de ce siège, La Marine
se rendit maître le 20 octobre de la ville de Gramont.
Le lieutenant Féron y fut tué.
En 1645, le régiment arrive sur la fin du siège de
Roses, et prend une grande part à l’assaut du 27 mai
qui amène la capitulation. Les capitaines Beauregard
et Gadagne y sont blessés. Ce dernier, outre un coup
d’épée, eut la jambe brisée par une balle. A la bataille
de Lierons, LaMarineoccupait la gauche de l’infanterie
en première ligne: il
y perdit le capitaine de Villars.
Il fut ensuite au siège de Balaguer, et dispersa le 1
août un convoi qui cherchait à pénétrer dans la ville.
Dans ce combat, qui fut très-vif, périt le capitaine
d’[Link] régiment fut employé très-activeniient
aux deux sièges de Lérida en 1646 et 1647, et après
la levéedu dernier il forma l’arrière-garde de l’armée
du prince de Condé et eut à soutenir plusieurs com-
bats acharnés dans l’un desquels périt le capitainede
Luppé. En 1648, La Marine ouvre le 5 juillet la tran-
chée devant Tortose à la deuxième attaque, et se
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 245
couvre de gloire à l’assaut du 12. Le colonel-lieu-
tenant marquis de La Trousse y fut tué : « il alfectoit
de s’exposer sans nécessité et avoit l’haliitude de mar-
cher sur les crêtes des tranchées. » Le chevalier de La
Trousse, son frère y fut encore dangereusement
blessé.
A k fin de cette année, les troubles de la Fronde
prenant un caractère alarmant dans le midi de la
France, La Marine passa en Guyenne et fui employé
en 1649 à réprimer les révoltés de Bordeaux, L’année
suivante il alla renforcer l’armée de Flandre com-
mandée par le maréchal du Plessis-Praslin, mais
il en
fut bientôt détaché pour tenir garnison à Saint-Quen-
tin. 11 avait trouvé là, à l’armée de Flandre, un de
ces corps plus anciens que lui et qui lui gardait une
profonde rancune à cause delà faveur arbitraire dont
il avait été l’objet. C’était précisément le régiment de
famille du maréchal du Plessis-Praslin, le même
corps qui porta depuis d'une manière si brillante le
titre de Poitou (1). C’est sans doute celte circonstance
qui fit reléguer La Marine dans une place. Toutefois il
ne resta pas longtemps dans Saint-Quentin. Il en
sortit à la fin du mois de septembre pour aller avec le
régiment de Sault se Jeter dans Mouzon assiégé par
les Espagnols. Ici se présenta une nouvelle difficulté.
(i) Ce corps avait été levé en 1616, ctavait ou le drapeau blanc
le 15 septembre 1633, onze jours avant la création du régiment de
La Marine.
246 HISTOIBE
Sault était un des six petits vieux et avait par conséquent
peu de disposition à céder le pas à La Marine. Le
différend qui s’éleva entre eux à propos de la pré-
séance les empêcha d’arriver en vue de la ville avant
le jour et faillit faire échouer l’expédition. Ces deux
corps découverts par les assiégeants eurent à essuyer
tout leur feu et furent obligés de se retirer après y
avoir perdu chacun leur chef. La Marine regretta
M. de Montecler qui avait repris le commandement
du régiment depuis mort du marquis de La Trousse.
la
Le capitaine de Campels fit le lendemain une nouvelle
tentative et eut le bonheur de réussir. Les Espagnols
ne furent informés du secours qu’avait reçu la place
que par une vigoureuse sortie que fit le régiment.
11 leur tua beaucoup de monde, mais il perdit les
capitaines de Recouvert et La Bastide; Campels fut
blessé. Le 14 décembre, La Marine donna l’assaut à
Rhétel et se rendit maître de la brèche au prix de trois
capitaines et 80 soldats tués. Les assiégés réunissant
toutes leurs forces firent un effort désespéré et le con-
traignirent à se retirer au delà du pont. Il s’y bar-
ricada et foudroya si à propos la ville avec trois pièces
de canon qu’elle se rendit sous ses drapeaux. Le ré-
giment y fut mis en garnison et ne se trouva pas à
la bataille du lendemain 15, où Turenne fut vaincu
par l’armée royale.
En 1651, La Marine retourna à l’armée de Flandre.
Les réclamations contre le rang qui lui avait été donné
s’y renouvelèrent plus vives que jamais : la puissance
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DB l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 247
de Mazariii était alors en baisse. Louis XIV mit fin aux
querelles par la lettre suivante qu’on lui fit écrire au
maréchal d’Aumont qui commandait l’armée: «Mon
« cousin, ayant été informé de ce que vous écrivez
« au sieur de Brienne sur la peine où vous continuez
« d’êireà l’égard du régiment de La Marine, et m’ayant
« été représenté par un officier dudit régiment venu
« exprès, que pour éviter les contestations arrivées
« à l’égard du rang de ce régiment, on pourroit le
« faire servir conjointement avec celui de Picardie
« pendant la présente campagne ; j’ai bien voulu vous
« faire cette lettre pour vous dire, par l'avis de la reine
« régente. Madame ma mère, que mon intention est
« que vous l'incorporiez dans celui de Picardie, pour
« servir ensemble en même poste et en même quartier
« et en toutes occasions qui s’offriront durant la
« campagne de cette année, jusqu’à ce qu’ autrement
« en soit ordonné, etc. »
Cette incorporation simulée,et qui n’avait réellement
pour conséquence que déformer une brigade avec les
régiments de Picardie et de La Marine, satisfit les
mécontents, parce que La Marine n’avait plus d’at-
taques particulières et elle dura jusqu’à la fin des
troubles de la Fronde. Ce temps passé et Louis XIV
devenu homme, personne n’osa trouver à redire à ce
qui lui semblait bon. Après le siège de Sainte-Méne-
hould, qui eut lieu à la (in de 1653 et auquel La
Marine avait servi sans Picardie occupé ailleurs, le
rang de sixième des vieux corps cessa de lui être dis-
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248 HISTOIBE
puté. Ce rang lui fut enfin définitivement assuré par
le règlement du 26 mars 1670.
Le régiment termina donc avec Picardie la cam-
pagne de 1631 et se trouva avec lui en 1652 au siège
d’Éfampes, où sous les ordres du lieutenant-colonel
de Gadagne il fit des prodiges de valeur, à la seconde
attaque d’Ctainpes, où il fut moins heureux etoùM. de
Gadagne reçut plus de vingt coups d’épée et de pique
dans son buffle, et à la bataille du faubourg Saint-
Antoine. A cette dernière affaire, il fut écrasé en
attaquant les barricades de la rue de Charonne où il
pénétra malgré le feu qu’on faisait des maisons. Jules
Mancini(l), son colonel-lieutenant et neveu du car-
dinal, y fut tué ainsi qu’un grand nombre d’officiers.
Le capitaine Carrion de Nisas y eut une jambeemportée
par un boulet.
En 1653, la guerre civile était éteinte aux environs
de Paris, mais elle était encore menaçante dans
certaines provinces. La Marine fut envoyé en Bour-
gogne et fit le siège de Bellegarde.
11 y ouvrit la
tranchée le 13 mai et se distingua en allant en plein
jour couper les écluses qui retenaient l’eau des fossés.
Cette action hardie, qui ne lui coûta qu’un lieutenant,
amena la capitulation. 11 partit de là pour joindre
l’armée que Turenne commandait en Champagne et
(l)JuIcs Miiiicini avait été nommé colonel-lieutenant de La Marine,
le27jaiiTiir 1650, après la [Link] eut pour successeur
son frère Paul Mancini, le 11 octobre 1652.
"X
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 249
il prit part aux sièges de Mouzon et Sainte-Ménehould.
Le lieutenant La Belle fut en grande partie cause de
lacapitulation de Mouzon. Placé le 27 septembre avec
trente mousquetaires dans des maisons près de la
porte de Bourgogne d’où il dominait la place, il
incommoda tellement par son feu les assiégés, que
ceux-ci, voyant d’ailleurs les mines prêtes à jouer,
battirent la chamade.
En 1654, La Marine sert encore en Champagne
sous le maréchal de Fabert et se trouve au siège de
Stenay. Le 22 juillet, en présence du roi, il se loge
après une action fort vive sur le chemin couvert; le
lieutenant-colonel de Gadagne ne voulut point sortir
de garde qu’il n’eût attaché le mineur à la demi-lune.
Le capitaine de Villars périt devant Stenay. Le régi-
ment passe ensuite à l’armée de Flandre et a la gloire
de contribuer à la levée du siège d’Ârras, en entrant
des premiers dans les lignes des Espagnols. 11 termina
celte campagne par la prise du Quesiioy. Le lieutenant-
colonel de Gadagne eut encore un coup de mousquet
a la tête devant Arras.
En janvier 1655, le régiment a un détachement
à la prise du bas Catelet. En avril il coopère au ravi-
taillement du Quesnoy il fait ensuite le siège de Lan-
;
drecies, où il monte trois gardes de tranchée. Le 29
juin, il est à l’attaque du chemin couvert malgré un ;
feu terrible de mousqueterie et de grenades, les troupes
parviennent à établir sur la palissade un logement
capable de contenir 20U hommes avec deux pièces
250 HISTOIRE
de canon. Après la capitulation de Landrecies, La
Marine contribue encore à la prise de Condé et de
Saint-Ghislain.
En 1656, on le trouve au siège de Valenciennes où
il fait de brillants efforts pour prévenir la catastrophe
qui força l’armée française à le lever. Gadagne y fut
encore blessé et fait prisonnier. L’année suivante, il
est à ceux de Montmédy, de Saint-Venant et de La
Mothe aux Bois et au secours d’ Aid res. En 1658, il fait
le siège de Dunkerque et soutient sa .réputation à la
bataille des Dunes. Il termine cette campagne par la
prise de Berghes, Dixmude et Fumes et entre en
quartiers d’hiver dans cette dernière place. En 1659,
la paix fut signée, et La Marine occupa le 4 mars 1660
la ville d’Avesnes que les Espagnols nous rendaient.
En 1663, le régiment fit partie de la petite armée
que le roi conduisit devant Marsal qui capitula le 4
septembre.
En 1664, le pape venait de se brouiller avec Louis
XIV. Le fils aillé de l’Église envoya contre le Saint-
Père une armée que commandait le maréchal du
Plessis-Praslin. Dix-sept compagnies de La Marine,
commandées parle lieutenant-colonel, faisaient partie
de l’expédition. On n’alla que jusqu’à Modène, le dif-
férend ayant été terminé par le traité de Pise. A sa
rentrée en France, le régiment fut mis en garnison à
Hesdin (1).
(1) Le brave comte de Gadagne, qui obtint le régiment en 1667,
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DB l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 251
Porté à soixante-dix compagnies pour la guerre de
Hollande, La Marine fit d’abord partie du corps de
Turenne et se trouva à presque toutes les actions de la
campagne de 1672. Le 1°' bataillon partagea la gloire
des troupes qui firent lever le siège de Woërden et il
fut de la fameuse course du duc de Luxembourg en
Hollande. En 1673, le même bataillon servit au siège
de Maëstricht où fut tuè le major Lavalette : les autres
faisaient partie de l’armée d’observation qui couvrait
le siège. A la fin de la campagne, le régiment eut ses
quartiers à Trêves. Il quitta cette ville au mois de
juillet 1674 etjoignit l’armée de Turenne sur le Rhin :
il se trouva le 4 octobre au combat d’Ensheim, où il
occupait la gauche de l’infanterie en première ligne,
et fut ensuite mis en garnison, deux bataillons à Bri-
sach et le troisième à Trêves.
Ce dernier fit en 1673 partie de l’armée du maré-
chal de Créqui ,
et contribua au mois de juin à la
prise de Limbourg, où son commandant le capitaine
Desorraeaux fut tué en emportant une demi-lune. Les
autres combattirent avec gloire sous les ordres de
Turenne, jusqu’au jour où l’illustre maréchal tomba
frappé par un boulet. Us se trouvèrent ainsi aux com-
bats de Mulhausen et de Turckheim, et à celui d’Alten-
sur la démission du duc de Nevers, y était entré comme enseigne
en 1638. 11 y passa par tous les grades, fut fait lieutenant-colonel le
4 janvier 1661, après le chevalier de La Trousse, maréchal de camp
le 23 décembre 1661, et lieutenant-général le 16 juin 1666.
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252 HISTOUtE
heim où le colonel comte de La Motte fut mortelle-
ment blessé (1).
Après la mort de Turenne et avant que Condé fût
venu le remplacer, l’armée du Rhin s’était réduite à
la plus stricte défensive, et les bataillons de La Marine
avaient été jetés dans les places. Le lieutenant-colonel
Matthieu de Gaslellas s’était renfermé dans Haguenau,
avec la majeure partie du corps.
Il
y fut bientôt assiégé
par Montécuculli, et se prépara à une héroïque ré-
sistance. Le prince de Condé, en apprenant cette
nouvelle, dit : «La Marine y est, j’ai le temps d’arriver,
et puis, je connais Matthieu, s’il manque de boulets il
se fera mettre dans un canon. » Il lui écrivit pour
l’encourager à bien faire. Le brave lieutenant-colonel
lui envoya cette réponse laconique qui eut grand suc-
cès à la cour.«Tant que Matthieu sera Matthieu, Ha-
guenau sera au roi. » Il tint parole, et Montécuculli,
voyant ses efforts se briser contre une résolution aussi
tenace, leva le siège. Matthieu de Castellas fut, pour
l’époque, magnifiquement récompensé de son courage:
il fut pourvu du régiment en remplacement du comte
de La Motte (2).
Après une action si glorieuse pour le corps, il est
pénible d’avoir à rappeler un fait, heureusement bien
rare, dont se rendit coupable un officier du régiment
(() Le comte de La Motte avait été faitbriçadier le 12 mars 1673.
(2) Matthieu était entré au corps en 1640; il était lieutenant-colo-
nel du 12 février 1667, et fut fait brigadier le 20 janvier 1778.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 253
de La Marine. Un bataillon du corps se trouvait à l’ar-
mée du brave, mais imprudent maréchal de Créqui,
sur la basse Moselle. Le 1 1 août, cette armée est battue
à Consaarbrück. « La déroute est si complète, qu’il
ne reste d’autre parti au général que de se jeter dans
Trêves et de s’y défendre jusqu’à la dernière extré-
mité. Il
y fait des manœuvres si héroïques et si sa-
vantes, qu’infailliblement il auroit fait lever le siège
sans la trahison d’un capitaine du régiment de La Ma-
rine, nommé Bois-Jourdan Ce scélérat, vendu aux
(1).
assaillants, persuade à ses camarades qu’on ne peut
tenir plus longtemps sans risquer d’étre emporté
d’assaut, et qu’il y auroit de la folie à eux de s’expo-
ser à être passés au fil de l’épée pour servir le désespoir
d’un général imprudent qui s’est fait battre. En con-
séquence de ce beau raisonnement, il
y a une capitu-
lation signée ;
et l’ennemi est introduit daq§ la place
à l’insçu de Créqui.
« Les officiers qui se sont laissés séduire sont tous
punis; mais le séducteur l’est plus sévèrement. En
sortant de Trêves, il passe dans les pays étrangers.
Le désir de recouvrer une partie de son bien le ra-
mène dans sa pairie. Il est reconnu et pris à Stenai.
On le conduit à Metz, où il est mis au conseil de guerre.
Plusieurs de ses juges veulent qu’il soit roué; un plus
grand nombre opine pour la corde. Un seul, soit qu’il
(1) Sous Charles IX, un autre Boisjourdan avait livré la ville du
Mans. Il
y a des noms malheureux.
254 HISTOIRE
veuille le favoriser, soit qu’il dise simplement sa
pensée, représente que, si l’on lui fait subir l’un de
ces deux supplices, l’exemple sera moins éclatant,
parce qu’il n’y aura personne qui ne le prenne pour
un simple soldat. Celte considération réunit tous les
esprits. Bois-Jourdan est unanimement condamné à
être décapité ;
ce qui est exécuté en présence de toute
la garnison. » {Lettres de Bussy- Rabutin). Ce batail-
lon de La Marine fut envoyé en septembre à Charleroi.
Les autres passèrent l’hiver à Brisach.
En 1676, La Marine se trouva au combat de Ko-
kersberg. Les compagnies des capitaines Mars et Caries
renfermées dans Philisbourg, furent réunies avec
neuf compagnies de Dauphin et une compagnie fran-
che, pour former, sous le titre de La Marine, un ba-
taillon qui se distingua beaucoup à la défense de cette
ville. Cetjf même année un bataillon levé pour
,
l’expédition de Sicile et commandé par M. de Belzunce,
devint le noyau du régiment de Vivonne qui a vécu
jusqu’à la paix de 1762.
Le régiment fit la campagne de 1677 en Allemagne.
11 avec distinction au siège de Fribourg, et y
servit
fut mis en garnison. Un bataillon était cette même
année à Maëstricht, qu'il évacua le 10 Juin 1 678 après
la signature de la paix avec la Hollande et l’Espagne.
En 1678, La Marine est à l’attaque des retranche-
ments de Seckingen et aux sièges de Kelh et de Lich-
temberg. Il termine enfin cette guerre en 1679 par le
combat de Minden. 11 fut alors envoyé à Saint-Etienne
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 255
en Forèz pour y tenir garnison, et passa ensuite à
Bayonne. Il était Dauphiné quand il
en 1681 dans le
reçut l’ordre de se rendre à Pignerol. Deux jours après
son arrivée dans cette place, le 28 septembre, il en
sortit avec un petit corps d’armée commandé par
Cattinat qui occupa Casai le 1" octobre (1).
En 1682, le 1" bataillon quitta Casai pour se ren-
dre en Alsace, et il fit partie en 1683 du camp de
Bouquenom. Il se rendit de là à Thionville et en 1 684
au siège de Luxembourg, où il fut rejoint par le 2*
bataillon resté Jusqu’alors à Casai. Le capitaine Saint-
Franc perdit la vie devant Luxembourg. Apres la
reddition de cette place, La Marine alla à Valenciennes.
Il revint à Luxembourg en 1685 et se trouvait l’année
suivante à Thionville.
La guerre se ralluma en 1 688. Au mois de septem-
bre, le 1" bataillon Joignit le corps du marquis de
Boufflers campé entre Mayence et Kreutznach, et se
trouva au bombardement de Coblentz. Il eut ses quar-
tiers d’hiver dans le Palatinatet au printemps de 1 689,
il se mit en route pour Chàlons-sur-Marne où de- il
vait retrouver le 2‘ bataillon : mais ennemis me-
les
naçaient Mont-Royal et il rétrograda pour entrer
dans cette place. L’ennemi tournant alors ses forces
contre Mayence, Boufflers pour faire diversion, em-
porta la ville et le château de Kockheim. Un détache-
(1) Jean de Monthomer, nommé lieutenant-colonel le 3 décem-
bre 1681, fut fait brigadier le 24 août 1688.
256 HISTOIRE
ment de La Marine eut part à la gloire de cette journée,
où il s’épargna si peu que la plupart des officiers furent
tués ou blessés. On comptait parmi les premiers les
capitaines Matthieu et Bérard, le lieutenant Soubiran
et l’enseigne Fontpalais; le lieutenant-colonel de
Bellenave y fut blessé (I), ainsi que le major Julicrs,
les capitaines Juston et d’Herbé, et l’aide-major
Gérard.
Pendant ce temps, le 2® bataillon s’était rendu à
l’armée que le maréchal de Lorges commandait en
Allemagne. A la fin de la campagne les bataillons se
réunirent à Saarlouis et y passèrent l’hiver.
La Marine fit la campagne de 1690 à l’armée du
Dauphin, rassemblée à Landau, et destinée à couvrir
les frontières. 11 eut ses quartiers d’hiver à Brisach.
En janvier 1691, il se rendit à Valence et joignit,
au mois l’armée que Cattinat commandait en
d’avril,
Piémont. La première affaire à laquelle il prit part,
fut le siège du château de Veillane, qui se rendit à
ses grenadiers. On fit ensuite le siège de Carmagnola;
le l"bataillon y ouvrit la tranchée dans la nuit du 7 au .
8 juin, etle gouverneur battit la chamade sous ses dra-
peaux. Après avoir encore participé à la prise de Mont-
mélian, il se trouva le 24 octobre au combat du col
de la Fenêtre où fut écrasée l’arrière-garde du duc de
Savoie, et il contribua à faire lever le siège de Suze.
(1) Antoiae Leloup de Bellenave, lieutenant en 1667, lieutenant-
colonel 18 février 1689, brigadier 30 mars 1693.
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DE L’A^CIE^NE INFANTERIE FRANÇAISE. 257
Après cette campagne, où le capitaine de grenadiers
Thomassin fut tué et le capitaine de grenadiers Mor-
tain blessé ;
le régiment prit ses quartiers d’hiver à
Embrun y : il rétablit son 3’ bataillon. Quelques
autres bataillons formés à lu même époque sous le
titre de La Marine, mais qui n’appartenaient point au
corps, servirent plus lard de noyaux à de nouveaux
régiments.
La campagne de 1G92 fut stérile en événements.
Le 2* bataillon resté à Embrun, prit parti la défense
de cette place dont le duc de Savoie se rendit maître.
Après la capitulation qui portait que la garnison ne
servirait pas d’un an, il fut envoyé à Grenoble. Le
colonel de Liancourt fut blessé à Slaffarde où il servait
comme volontaire (1).
Au commencement de 1693, ce bataillon rejoignit
les deux autres qui se trouvaient dans la principauté
d’Orange. Le régiment repassa bientôt les Alpes, con-
tribua en juillet et août à la défense de Pignerol et du
fort de Rochecotet et le 4 octobre il était à la bataille
(t) Le marquis de Liancourt devint brigadier le ,3 janvier 1696,
maréchal de camp le 18 août 1697, et lieutenant-général le 23 dé-
cembre 1702.
Henri, comte de Tournemine, enseigne en 1660 et major le 2 dé-
cembre 1690, fut fait lieutenant-colonel le 3 février 1694. Il devint
brigadier le 1" octobre 1702, et maréchal de camp le 26 octobre
1704. Il fut remplacé le 5 novembre comme lieutenant-colonel par
Charles de Willecot de Beaucorroy, enseigue au corps en 1663, et
major le 3 janvier 1699, qui devint brigadier le 26 avril 1709.
HIST. DE L’ANC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 17
238 HISTOIRE
de la Marsaglia. La Marine était le premier régiment
de l’armée de Cattinal, et sa brigade avait la droite
de l’infanterie en première ligne. Elle franchit, sans
tirer un coup de fusil, les haies qui couvraient l’in-
fanterie lombarde, pénétra jusqu’au cinquième rang,
taillant en pièces tout ce qui marcha sans
résistait et
s’arrêter sur la seconde ligne ennemie qui ne l’atten-
dit point.
Cettejournéc brillante pcnsalui devenirfatale. Quel-
ques corps de la gauche, atteints d’une terreur panique,
se jetèrent en désordre dans ses rangs et y mirent la
confusion. La cavalerie ennemie, en profita pour
charger et tua beaucoup de monde à La Marine. Ce-
pendant le régiment fit bonne contenance, rétablit ses
rangs à la droite de la seconde ligne et reprit son
avantage. La bataille de la Marsaglia lui coûta son
lieutenant-colonel, M. de Bellenave, mortellement
atteint de deux blessures, et les capitaines de Chauzy,
Gérard, de Guévauville, Belancaud et Chabert. Le
reste de cette campagne et 1a suivante ne présentent
aucun fait intéressant pour riûsloire du régiment. A
la fin de 1694, il fut envoyé à Nice, et il passa l’année
1693 en observation à Antibes, Yillefranche et Mo-
naco. Au mois d’octobre il se rendit dans la vallée
de Queyras où il hiverna.
En 1696, il est au siège de Valence, dernière opéra-
tion de. l’armée d'Italie pendant cette guerre. 11 y
ouvre la tranchée le 24 septembre, à l’attaque de
droite. Pendant les travaux de ce siège, le duc de Sa-
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 259
voie fit des ouvertures pour la paix et l’on s’occupa
aussitôt d’en poser les préliminaires. Pendant ce temps,
La Marine détacha .500 hommes à Casai, qui fourni-
rent une garde d’honneur devant le logis du duc. Le
régiment rentra bientôt en France, et passa en 1697
à l’arrnée de Catalogne, sous les ordres du duc de
Vendôme. Il fut employé dès son arrivée au siège de
Barcelone. Il y ouvrit la tranchée à droite, le 15 juin.
Après cinquante deux jours d’un siège aussi meurtrier
que long, où ses grenadiers se conduisirent de la
manière la plus brillante, surtout à l’attaque du che-
min couvert, et où ils perdirent deux de leurs capi-
taines, MM. de Bouscaud et Constantin ,
la place se
rendit et La Marine en prit possession le 1 1 août, ainsi
que de la citadelle du Montjouy. A la paix de Riswick,
le régiment fut cantonné dans le Roussillon d'où il se
rendit en 1699 à Pau et plus tard à Bayonne.
Les trois bataillons de La Marine, quittèrent cette
dernièreville le 2 janvierlTOl ,ctsedirigèrentsurTou-
lon où ils s’embarquèrent pour l’Ralie. Ils se trouvèrent
au combat de Carpi, mais sans y prendre part. Ils
assistèrent aussi à celui de Chiari. En 1702, le régi-
ment fut détaché sous les ordres du comte Albergotti
pour s’emparer de Reggio, Modène, Correggio et
Carpi, et il combattit bravement àLuzzara le 15 août.
Les 1“' et 3« bataillons furent chargés de la défense
de la digue qui va de Luzzara à San-Benedetto. Le
2° servait de garde au roi d’Espagne, à Castel-raag-
giore. Les Impériaux repoussés àla gauehe cherchèrent
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.
260 HISTOIRE
à se rendre maîtres de la digue. Les deux bataillons
de La Marine soutinrent leur feu sans s'ébranler et sans
perdre de terrain. A sept heures, 31. de La Boulière,
commandant du 2® bataillon, jugeant par le nombre
des blessés qu’il voyait passer, que le régiment faisait
de grandes pertes, demanda au roi d’Espagne la per-
mission d’aller partager ses dangers. Ce renfort
ranima les courages, et dans une nouvelle charge les
Impériaux furent obligés de se retirer, abandonnant
deux pièces de canon. Ce furieux combat ne [Link] qu’à
une heure après minuit. Les capitaines Saint-Barthe-
lémi, Burianne, Barreau, Saint-Benoit, Chantegris,
Valdurand, Bcauville, et un grand nombre de lieute-
nants, restèrent sur le champ de bataille. Parmi les
blessés étaient les capitaines La Boulière, Castelnau
et de Lioux
Les débris de La Marine furent ensuite employés au
siège de Guastalla et de Borgoforte. En décembre, ils
assistaient encore à la prise de Bondanella.
Le 13 janvier 1703, La Marinechasse 2,000 hommes
retranchés près de Bondanella; le capitaine de grena-
diersdu Buisson est blessé à ce combat. Au printemps,
il du corps que Vendôme conduit dans le
fait partie
Tyrol pour tenter une jonction avec l’armée de Ba-
vière. Cette entreprise échoua par la défection du duc
de Savoie, mais le régiment y trouva des occasions
de se signaler à la prise de Nago et d’Arco et à la ba-
taille de Santa-Vittoria. Bevenu dans la Lombardie et
plus tard dans le Piémont, il se trouva au combat de
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 261
San-Benedetto et à la prise d’Asti et de Villanova
d’Asti.
En 1704, il fait le siège de Verceil,où le capitaine
Isnard est blessé, et ceux d’Ivrée et de Vérue. 11 con-
tribue beaucoup à la réduction de cette dernière place
en chassant, le 6 novembre, les ennemis des retranche-
ments qui en défendaient les approches. A l’attaque
du chemin couvert, le 8 décembre, la 1'^' compagnie
de grenadiers fit des prodiges de valeur et perdit la
moitié de son effectif, ainsi que son capitaine M. de
La Bassarderie. Le 26 du même mois, les grenadiers,
commandés par le capitaine Sardini culbutèrent une ,
sortie de 3,000 hommes et la forcèrent de rentrer en
désordre dans mars 1705, ils étaient
la ville. Le 1®'
encore en tête des colonnes à l’attaque du fort de l’ile
qui fut une opération décisive pour le succès de ce
siège long et difficile.
Ap rès la prise de Vérue, La Marine rallia l’armée
du grand prieur de Vendôme au camp de Moscolino,
derrière la Chiesa. Les grenadiers du régiment, aux
ordresde M. de LaTour-Fraguier, chargés de défendre
la cassine de la Bouliiia, eurent la plus grande part au
combat que la possession de cette cassine occasionna.
Attaqués par une masse de troupes et séparés du reste
de l’armée parla rivière du Naviglio, ils furent obligés,
après 20 heures de combat, de se réfugier dans les
étages supérieurs de la maison et eussent infaillible-
ment été contraints!! se rendre, si les premiers batail-
lons, le colonel Le Guerchois en tête, passant le pont
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262 BISTOIBS
du Naviglio sous un feu terrible, n’eussent par une
intrépide diversion, forcé les Impériaux à la retraite.
Cette affaire, qui fit grand honneur à ha Marine, lui
coûta cher. Le capitaine de grenadiers Coquet fut tué
et avec lui 62 grenadiers. Le nombre des blessés
s’éleva à onze officiers et 97 soldats. Les officiers
étaient [Link] Villars, de Beaucorroy, de Lique, Saint-
Froy et Rouhaiit, capitaines; Beaumont, Gallant,
Basiostre, Lamotte, La Soze et Soulier, lieutenants.
Le 16 août, le régiment soutint encore le principal
effort à la bataille de Cassano. 11 était chargé de la
défense du pont du Ritorlo. Ce fut par ce côté que le
prince Eugène attaqua. Les grenadiers défendirent ce
pont avec acharnement et une de leurs balles alla
frapper le prince à la joue. Tout le monde a vu le
portrait de ce grand capitaine et connaît l’effet original
que produit dans ses traits la cicatrice de cette bles-
sure. Débordés de tous côtés par des troupes qui
avaient passé la rivière ailleurs, le colonel et une
grande partie du régiment furent faits prisonniers. Le
reste, aux ordres de M. La Tour-Fraguier (1) contint
bravement l’ennemi et donna le temps à Vendôme de
faire ses dispositions. Bientôt des régiments d’infan-
terie et de dragons se rallient autour de La Marine; la
bataille s’engage sur toute la ligne, et le prince Eugène
est obligé d’abandonner le terrain, sur lequel il laisse
6,600 hommes. Il perdit, en outre, 2,000 prisonniers.
(1) Lieutenaot-coloael en 1728.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 263
sept canons, sept drapeaux et deux étendards. Le régi-
ment eut dans cette glorieuse journée o3 ofQciers tués
ou blessés. Parmi les morts on comptait les capitaines
de Fontenay, Montviel, La Garde, Lionse, Saint-Be-
noît, Saint-Surin, Descordes et Dauqueville. Le colo-
nel Le Guerchois et le major étaient parmi les
blessés (1).
Cette victoire ouvrit de nouveau à Vendôme les
routes de la Lombardie. Le 16 octobre, La Marine se
signalait à l’attaque des retranchements de Gumbetto,
poste important du Crémonais, qui fut emporté après
deux heures d’une lutte très-vive. Â la fin de la cam-
pagne, le régiment eut ses quartiers à Mantoue.
Le 19 avril 1706, il assiste, sans combattre ,
à la
bataille de Calcinato. Bientôt après il est envoyé vers
[Link], qti’Eugène semblait menacer, et lorsque
ce prince se jeta sur le maréchal de La Feuillade qui
assiégeait Turin ,
il marcha au secours de l’armée fran-
çaise, et se trouva à sa défaite.
Il avait sa droite appuyée à la Stura. Le premier
choc eut lieu de ce coté. Les Impériaux le chargent
trois fois sans succès : mais ayant réussi à faire filer
quelques troupes sur les derrières du régiment,
celui-ci, pris entre deux feux, se décide à faire sa
retraite. « Trois fois Le Guerchois, avec sa brigade de
(I) Le Guerchois é[Link] hrigndicr (iu iO février 1704, il devint ma-
réchal de caipp le 20 mai s 1709, et [Link]-génfral le 8 mars 1718.
Mortellement blessé à la bataille de Parme en 1734.
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264 HISTOIRE
« la vieille Marine (1), avoit repoussé les ennemis
« avec beaucoup de courage, encloué leur canon, et
« trois fois réparé la bataille, lorsque affaibli par tout
« ce qu’il avoit perdu d’officiers et de soldats, il manda
« la brigade voisine, qui le devoil soutenir, de s’avan-
« cer pour faire front avec la sienne, et l’empêcher
« d’être débordé par un plus grand nombre de batail-
« Ions frais qu’il voyoit venir à lui pour la quatrième
« fois. Cette brigade et son brigadier, desquels il faut
« ensevelir la mémoire, le refusèrent tout net. »
[Mémoires de Saint-Simon.) La t'* compagnie de
grenadiers ,
commandée par M. de Bonnaud ,
se si-
gnala dans cette journée par son intrépidité, en résis-
tant seule ,
pendant longtemps ,
contre trois colonnes
impériales ;
elle ne se replia qu’après avoir perdu son
lieutenant ,
son sous-lieutenant ,
2 sergents et 34 gre-
nadier. Le capitaine de Gondon avait aussi péri dans
cette bataille. L’armée battue rentra en France. Le
régiment, réduit à 725 hommes, eut ses quartiers
d’hiver dans la Provence.
En 1707, Eugène passe le Var. La Marine, qui
avait été placé en observation dans la vallée de Barce-
lonnette ,
se replie de poste en poste sur 'foulon sans
être entamé; il est placé dans le camp retranché éta-
bli sur la hauteur de Sainte-Anne. Peu de jours après,
lesimpériaux se présententdevant la place et établissent
(
I
)
On désignait souvpnl ainsi le régiment de La Marine pour le dis-
tinguer du régiment Royal de la Marine créé en 1669.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 265
leure batteries sur le mont Sainte-Catherine. Le 30
juillet, ils s’emparent du fort de ce nom. Le 15 août,
ce poste est repris après un combat acharné. La Marine
avait la tête de la 1'* colonne d’attaque. Brûlant du
désir de venger l’échec de Turin ,
il se précipite avec
rage sur les Autrichiens, les déloge d’emblée, leur tue
un grand nombre d’hommes et leur prend deu.x ca-
nons. Le capitaine Savary et 69 soldats trouvent la
mort dans ce beau combat. Huit jours après ,
Eugène
levait le siège de Toulon et repassait les Alpes.
En 1708, La Marine fait partie de l’armée du Dau-
phiné ,
sous les ordres du maréchal de Yillars ,
qui
fait échouer toutes les tentatives du duc de Savoie pour
franchir les monts. Le régiment était particulièrement
charge de garder le passage de la vallée de Barcelon-
nette : ses grenadiers eurent beaucoup de part à la
prise de Césanne c’étaient deux
: petites villes séparées
seulement par un pont-levis : 800 hommes les défen-
daient Chassés de la première, ils se réfugient dans
la seconde et lèvent le pont. Le lieutenant de grena-
diers Michel reconnaît un angle de la muraille qui
n’est point gardé ;
il tente l’escalade avec quelques
hommes tombe ,
sur le poste du pont, l’égorge et ouvre
à ses camarades l’entrée de la ville. Cette action ,
qui
dura deux heures, et pendant laquelle on fit un feu
de mousqueterie épouvantable , fut d’autant plus glo-
rieuse pour les troupes françaises ,
que les deux villes
furent emportées à la vue d’une partie de l’armée de
Savoie ,
qu’on vit descendre des montagnes pendant
,
266 BIST01BE
Je plus fort du combat ,
et qui même détacha trois
bataillons, à portée de pistolet, sur les hauteurs qui
dominent Césanne.
En 709,
1 le brave colonel Le Guerchois, qui venait
d’étre fait maréchal de camp mit,
le comble à sa gloire
en cédant généreusement son régiment au fils du
ministre Chamillard récemment disgracié.
La .Marine continua de servir en Dauphiné, sous les
ordres du maréchal de Berwick, qui tint constamment
le duc de Savoie en échec jusqu’en décembre 1712.
A cette époque, le régiraenl se rendit en Catalogne et
arriva devant Girone, assiégée par les alliés. Après la
levée de ce siège , il revint passer l’hiver en Provence,
et au mois de mars 171.3 il partit pour l’armée du
Rhin.
Deux de ses bataillons furent employés au siège de
Landau. Le 26 juin ils relevèrent Navarre à la tran-
,
chée. Le 8 juillet, ils repoussèrent vigoureusement
une sortie tentée par les assiégés au moment où ils
entraient en garde. Le 8 août une compagnie de gre-
,
nadiers s'empara d’un ouvrage et s’y logea après avoir
coupé communication avec le corps de place. I^e 1 1
la
le régiment emporte 1e chemin couvert, malgré les
efforts dé[Link]érés des assiégés. Le lieutenant de gre-
nadiers de Villecôte s’illustre en enlevant le réduit
d’une |)lacc d’armes. Dans la dernière garde de tran-
chée qu’il monta, le major de Yillars et le capitaine
deVivans furent tués. Après la prise de Landau, on
fit le siège de Fribourg. Le 14 octobre, deux couipa-
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DE l’ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 267
gnies de grenadiers de La Marine, commandées par
les capitaines La Margiierine et Dumont, furent en-
tièrement détruites à l’attaque du chemin couvert.
Les deux capitaines furent blessés et les deux lieute-
nants tués.
Lorsque la paix fut faite avec l’Empire, le régiment
alla passer l’hiver en Roussillon, et en juin 1714 ,
il
fit partie du corps auxiliaire que Louis XIV envoyait
au roi d’Espagne, dont l’armée bombardait depuis
neuf mois, sans résultat, la turbulente ville de
Barcelone. La Marine servit d’escorte au maréchal de
Berwick pour passer les Pyrénées, et arriva devant la
cité rébelle dans les premiers jours de juillet. Le 4
septembre, le lieutenant-colonel de Sardini-Montviel,
en quittant la tranchée ,
eut une jambe emportée et
l’autre fracassée par un boulet; il mourut fort regretté
du corps (1). Celui-ci se comporta vaillamment à
l’assaut général du 12. 11 fut chargé d’attaquer la cour-
tine qui lie le bastion Sainte-Claire au bastion du Le-
vant. Le signal fut donné à quatre heures du matin ;
le lieutenant de grenadiers, comte de Vessani ,
officier
d’une raie valeur, avait la tête du régiment. La cour-
tine fut emportée en un clin d’œil, et les soldats de
La Marine arrivèrent aussitôt au secours des troupes
(1) [Link] Monlviel était [Link]-co1onel depuis 1710 II fut
remplacé par Jeau-Prançois de Montesquiou de Marsan, sous-lieute-
nant au corps eu 1687, [Link] 8 août 1713, lieutenant-colonel 6 oc-
tobre 1714, et brigadier 3 avril 1721.
1
268 HISTOIRE
qui attaquaient de front le bastion du Levant ,
tuant
tout ce qui s’opposait à leur passage. Se jetant ensuite
dans la ville ,
ils s’y assurèrent des principales posi-
tions, et s’y maintinrent bravement jusqu’au soir que
lesBarcelonais se rendirent à discrétion (1). Le régi-
ment demeura trois semaines dans la ville et passa ,
une partie de l’hiver au camp de Tarragone. Les capi-
taines Charpentier, de Crommeau et de Palancin et
le lieutenant La Fontaine avaient péri devant Barce-
lone. Onze officiers avaient été blessés.
Au mois de janvier 1715, La Marine alla prendre
ses quartiers à Villafranca de Penadès ,
et il vint s’em-
barquer, le 11 juin, à Barcelone, avec le chevalier
d’Asfeld ,
chargé de soumettre l’île de Majorque au
roi d’Espagne. Le débarquemeut se tlt sans obstacle
le 15 ,
dans la baie de Cala-Longa. Les premiers dé-
barqués furent 200 grenadiers du régiment avec le
colonel marquis de Cany. Le 20 juin ,
Alcudia fut pris
sans brûler une amorce, quoiqu’il y eût douze pièces
de canon dans la ville. Palma ne fit guère plus de ré-
sistance : après une seule sortie vigoureusement re-
poussée le 29 juin, la ville ouvrit ses portes le 3 juillet.
(1) Barcelone se défendit avec une opiniâtreté qui tenait du déses-
poir Femmes, prêtres, religieux, tout fut soldat. 11 péril, dans les
attaques ou dans les sot lies, cinq cent quaranle-liois moines ou ec-
clésiastiques. Les religieuses même mirent .V leurs fenêtres des
étendards faits avec de la toile rouge, pour montrer aussi qu’elles
ne respiraient que le sang et le carnage. (
Mémoires pour l'histoire
universelle de l'Europe )
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 269
En quinze jours, toute La Ma-
l’ile avait été soumise.
rine revint alors à Barcelone et de là en France où ,
ses cadres furent recomplétés par l’incorporation du
régiment deNoë, effectuée le 29 juillet, et par celle
du régiment de Bellaffaire et d’une partie du régiment
d’Esgrigny, accomplie le 29 aoùt(l).
En 1719, La Marine, appelé à faire partie de l’ar-
mée du marécnal de Bcrwick, franchit la Bidassoa le
21 avril ,
et s'empara le même jour du château de
Béhobie, où il perdit un capitaine, M. de Bresse. Il
ouvrit, le 27 mai, la tranchée devant Fontarabie, eut
deux lieutenants (2) blessés à ce siège, et coopéra
encore à la prise de Saint-Sébastien et de son château.
En 1727, on le trouve au camp de la Saône, et, en
1732, à celui d’Alsace.
En 1733, la guerre recommence. La Marine, porté
à quatre bataillons, se rend à l'armée du Rhin, et
débute par le siège de Kelh. L’armée repasse le fleuve
les 11 et 12 novembre pour prendre ses quartiers
d’hiver. Dix bataillons restent dans l’ile du Marquisat
pour achever les ouvrages destinés à protéger le pont
(1) La Marine eut pour colonel, en 1716, le comte de Middel-
bourg, brigadier l“'térrier 1719, et mai’écbal de camp 20 février 1731.
Son successeur le duc de Mirepoix avait le régiment de Saintoiige
depuis le 6 marsl7l9;il obtint legiade de brigadierle l*'août 1731,
celui de maréchal de camp le 1*' mars 1738, celui de lieutenant-gé-
néral le 2 mai 1711, et la dignité de maréchal de France le 21 fé-
vrier I7S7.
(2) L'un d'eux était de VUargent, lieutenant-colonel en 1760.
270 HISTOIRE
qu’on y avait établi. C’élaicnt les bataillons de La Mari-
ne, dei^ns, d’Alsace etdeRoyal-Bavière. Aprèsl’exécu-
tion de ces travaux, le régi ment est en voyéà Strasbourg.
L’année suivante, il est employé à réparer les an-
ciennes lignes de Weissembourg. l.e 4 mai, il se cou-
vre de gloire, à côté des Gardes Françaises, à l’atta-
que des lignes d’Ettlingen ;
il fait ensuite le siège de
Philisbourg, où il perd le lieutenant de grenadiers
d’Harlus. Pendant le reste de cette guerre, il sert
dans le pays de Trêves, et ne prend part qu’à quel-
ques actions de peu d’importance. Ainsi, un jour les
quatre compagnies de grenadiers aux ordres du capi-
taine de Filhot défont complètement un parti de
hussards qui venaient de forcer dans leur poste quel-
ques escadrons de dragons français. Un bataillon est
longtemps employé avec un autre du régiment de
Conti à garder les gués de la rivière et con- de Kyll,
tribue beaucoup à arrêter la marche du comte de
Seckendorf. A la fin de 1735, La Marine se trouvait
au camp de Rouver, entre Trêves et Consaarbruk. A
la paix, il entra dans Trêves, qu’il quitta en 1736
pour se rendre à Metz, où il travailla aux fortifica-
tions. En octobre 1738, il se rendit à Verdun; il
passa, en 1739, à Saarlouis et Bitche, et il revint, en
1740, occuper la garnison de Metz.
Le régiment quitte cette place, au mois d’août 1741,
pour se rendre en Bavière (1). Il Joint l’armée à Ips,
(1) Le marquis d'Aubigné qui le commandait alors fut fait briga-
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 271
et fait partie du corps commandé par le comte d’Au-
bigné, qui pénètre le premier en Autriche et en Bo-
hème sans rencontrer d’obstacles sérieux. Après la
prise de Prague, il est envoyé à Pisseck. Le 28 dé-
cembre, les Autrichiens tentent une surprise sur le
faubourg de la porte de Les barrières
Budweis.
étaient ouvertes; ils ont l’imprudence de pénétrer
dans le faubourg. On les laisse s’y engager, et tout à
coup les régiments de La Marine et de La Reine, ou-
vrant sur eux de toutes les maisons, à droite et à gau-
che, un feu terrible, en tuent la majeure partie, et
mettent le reste dans un désordre épouvantable. Les
débris de ce corps se retirèrent à la faveur de la
nuit. Le lendemain ,
le maréchal de Broglie envoie
pour observer leurs mouvements 300 chevaux et qua-
tre compagnies de grenadiers, dont deux de La Marine,
une de La Reine et une d’ .Alsace. Les Français, trop
confiants à leur tour, s’étant portés trop près de l’ar-
rière-garde autrichienne, se trouvent enveloppés par
des forces considérables. Les 300 chevaux sont culbu-
tés et les grenadiers taillés en pièces. Le capitaine de
Chevry fut tué, ainsi que son lieutenant. Des deux
compagnies du régiment, à peine en échappa-t-il
trente hommes, presque tous blessés. La .Marine passa
dier le I"’ mai 17lo, et maréchal de camp le 10 mai 1748. — Guil-
laume de Charron, sous-lieuleuant en 1696, et nmjor du 2 l'évrier
1731, était lieutenant-colonel depuis le 23 juin 1733, et brigadier
depuis le 1" mars 1738.
272 HISTOIRE
l’hiver à Pisseck, et y perdit plus de 800 hommes par
les maladies et la misère.
En mars 1742, il fut envoyé à Strakonitz, et, en
avril, les grenadiers de la brigade furent détachés
pour faire le siège d’Égra. Le reste du régiment se
trouva, le 25 mai, au combat de Sahay, et le 27 à la
prise de ïhein, où il resta cantonné avec Nice-Infan-
fanterie etRoyal-Âllemand cavalerie. Ces corps y fu-
rent attaqués, le 15 juin, par une armée, et firent
une retraite qui leur valut les éloges de l'archiduc
Charles. La Marine perdit dans cette occasion le ca-
pitaine La Morandais, les lieutenants Moré, du Clu-
zeau et La Plume et 132 soldats. 11 rejoignit l’armée du
maréchal de Broglic à Sahay, et fit l’arrière-garde
Jusqu’à Prague. 11 était alors réduit à 636 hommes.
On y incorpora 800 miliciens, et il put encore pren-
dre une belle parta la mémorable défense de la capi-
tale de la Bohème. 11 partagea la gloire de Navarre
dans la sortie du 18 août. Le 11 septembre, les vieux
soldats, dont le major de Mangou avait formé un ba-
taillon d’élite, firent encore une sortie vigoureuse ;
lestranchées furent bouleversées, les canons encloués
etun grand nombre d’Autrichiens tués. Us effectuèrent
ensuite leur retraite en bon ordre. Pendant ce temps,
le lieutenant-colonel de Beaucorroy, avec les quatre
compagnies de grenadiers ,
s’emparait d’une maison
qui appuyait la droite de la tranchée, et en passait
tous les défenseurs au fil de l’épée. Cette action coûta
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 273
au corps une soixantaine d’hommes et un seul offi-
cier, le lieutenant de grenadiers Languedoc. Mais ces
exploits achevaient de ruiner le régiment; et quand il
fallut commencer, au mois de décembre, cette désas-
treuse retraite à travers les neiges et les Pandours, il
n’y avait plus pour ainsi dire autour des drapeaux
que des hommes de la milice, exténués et démoralisés
par suite des circonstances fâcheuses dans lesquelles
ils étaient obligés de faire l’apprentissage du rude
métier des armes. Aussi resta-t-il de celle retraite
quelques impressions fâcheuses pour le régiment de
La Marine.
A la rentrée en France, au mois de février 1743,
l’effectif du corps était de 120 officiers et 1,111 hom-
mes, dont les trois quarts étaient miliciens incorporés
depuis six mois. Pendant la nouvelle campagne qui
s’ouvrait, La Marine, recruté de 400 jeunes soldats,
pour lesquels les officiers avaient épuisé leui’s der-
nières ressources, fit partie de l’armée du Haut-Rhin,
aux ordres du maréchal de Nouilles. 11 occupait
Aschaffembourg pendant que l’armée laissait échap-
per le roi d’Angleterre à Dettingcn. 11 passa plus tard
à Germesheim, et se rendit, à la fin de septembre, à
l’armée du maréchal de Coigny. Il contribua ainsi à la
déroute d’un corps de l’armée du prince Charles, qui
tenta de passer le Rhin à Rheinweiler. Il prit ensuite
ses quartiers d’hiver à Metz.
En 1 744, il servit à l’armée de la Moselle, et parti-
cipa, le 13 août, à la défaite du général Nadasty, près
UIST. DE l’aNC. INFA.NTER1E ERANÇAISB. T. III 18
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274 nisToiRE
de Saverne. Il eut dans celle affaire 150 hommés tués
ou blessés. Parmi les morts étaient les capitaines
Coupigny et Geslin, cl le lieutenant Filliol. Il assista
aussi au combat d’Âugenheim, et, le 23 août, les trois
compagnies de grenadiers se couvrirent de gloire à
l’attaque des retranchements de Suffelsheim. 11 ter-
mina la campagne par le siège de Fribourg. Chargé
de la principale attaque à l’assaut du 3 novembre, il
essuya pendant trois heures le feu le plus vif, et par-
vint, malgré l’héroïque résistance des assiégés, à s’é-
tablir dans le bastion. Un grenadier, nommé Bour-
bonnais, un vieux de l’armée de Bohême, entendant
un de ses camarades dire que le bastion était miné,
lui mit la main sur la bouche, en lui disant : «Tais-
toi, tu intimiderais nos postiches. » Celte action avait
coûté à La Marine 14 ofticiers tués ou blessés et près
de 300 hommes. Fribourg so rendit trois jours après.
En 1745, le régiment était de l’armée du prince de
Conti, qui se tint sur la défensive le long des bords du
Rhin. Il passa l’année suivante dans le comté de Nice,
contribua à chasser les Impériaux de la Provence, et
eut ses quartiers d’hiver à Draguignan. Un détache-
ment de 100 hommes, commandé par M. de Beau-
plan, fut envoyé à Gênes, qui venait de chasser les
Autrichiens de ses murs ;
on en composa avec d’au-
tres troupes un bataillon, sous le nom de La Marine,
qui y servit jusqu’à la tin de la guerre.
Les quatre compagnies de grenadiers se trouvèrent,
en mai 1747, à la reprise des îles Sainte-Marguerite.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 275
Après cette expédition, rarmce se rassembla sous les
ordres du maréchal de Bellisle, et passa le Var le
3 juin. Le régiment, qui avait la tête de la colonne de
droite, fut employé à la conquête des villes de Mon-
talban, Villefranche et Vinlimille. Ces faits d’armes
furent les derniers de la campagne et de la guerre de
ce côté-là. L’année suivante, La Marine était campé à
Sospello, et y demeura jusqu’en février 1749 (I). Il
il
se rendit alors dans les Cévennes, et plus tard à
Nimes, où fut reformé le o* bataillon. Après un court
séjour dans cette ville, ses bataillons furent répartis
dans les garnisons de Montpellier, Âlais et Tournon.
En octobre 1750, les l“et 4* bataillons furent envoyés
à Toulouse, et les deux autres occupèrent Montpel-
lier. En septembre 1731, le régiment fut réparti en-
tre Bayonne, Navarreins et Saint-Jean-Pied- de-Port,
et, en octobre 1732, le corps, réuni à La Rochelle,
détacha un bataillon à l’île d’Oleron.
11 quitta l’Aunis en octobre 1733
pour se rendre à
Calais. Employé, en 1734, aux travaux du canal de
Picardie, il passa l’hiver à Dunkerque. Pendant les
deux années suivantes, il travailla au rétablissement
du port de cette ville, et il partit pour Lille en sep-
tembre 1756.
Au printemps de 1 757, il joignit sous VVesel l’armée
(1) Le marquis de
Belmoat, qui obtint alors La Marine, fut fait bri-
gadier le 22 juillet 1738, maréchal de camp le 20 février 1761, et
lieutenant-général en 1780.
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276 HISTOIRE
du maréchal d’Estrées. La guerre de Sept-Âns était
commencée.
La Marine prit une part glorieuse au succès de la
bataille d’Haastembeck, en tournant l’ennemi avec
Picardie par la montagne de Nimerim. H y perdit
400 hommes. Les capitaines de Camps et Désaugiers,
La Pleine, furent tués
et le lieutenant les officiers :
blessés étaient les capitaines de Vignacourt, Damans,
de Ternol, de Broves, La Cocherie, de Blaincourt, de
Gourdon et le lieutenant Beaupuy. Celte victoire ou-
vrit l’électorat de Hanovre au maréchal de Richelieu,
qui venait de remplacer d’Estrées. Il conduisit son
armée jusqu’à Halberstadt, et ce fut de cette ville que
La Marine partit, le 7 octobre, pour aller renforcer
l’armée de Soubise en Saxe. La Jonction se fit, le
31 octobre, à Weissenfcls, et le 5 novembre eut
lieu la déplorable batailledeRosbach. Le régiment,
qui faisait partie du corps du comte de Saint- Ger-
main, ne put prendre aucune part à l’action. H servit
à faciliter la retraite, dont scs grenadiers firent l'ex-
trême arrière-garde. Il eut ensuite ses quartiers à
Paderborn ;
mais la violation de la convention de
Closterseven par les Hanovriens le força de retourner
à Brünswick, et de là à Zell. Une partie du régiment
prit part, en janvier 1758, à l’expédition que fit le
marquis de Voyer dans les environs d’Halberstadt.
L’armée de Hanovre se mit bientôt en retraite vers
le Rhin. La Marine était toujours à l’arrière-garde. En
arrivant aux frontières de Hollande, 300 hommes
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 277
trouvèrent, le 2 juin, l’occasion de se signaler près de
Millingen, en faisant tête à l’ennemi au passage de la
chaussée d’une écluse sur le VVahal. Le reste du régi-
ment s’arrêta à Clèves, et se couvrit de gloire dans les
divers combats d’avant-postes livrés autour de Rhein-
feld et de l’abbaye de Camps, qui précédèrent la ba-
taille de Créfeld. Celte bataille fut livrée le 23 juin.
La Marine y occupait la gauche de la seconde ligne
d’infanterie. Ce fut sur cette aile que le prince Ferdi-
nand de Brünswick dirigea ses plus grands efforts.
Aussi le régiment eut-il plus de 300 hommes mis hors
de combat. 11 ÿ pérdit les capitaines de Crémiers, de
Barville, de Barrai et Gesliu. Les capitaines Durand-
Daugny, du Verdeau, Gérard, Blécourt, Malet de La
Garde, La Cocherie, Dulacet Rondant y furent blessés.
Après celte journée, il partit avec le duc de Fitz-
James pour aller renforcer l’armée de Hesse, com-
mandée par Soubise. 11 n’eut que peu de part au com-
bat de Lützelberg, où ce maréchal trouva quelque
consolation à sa défaite de Rosbacli. La Marine re-
joignit ensuite la grande armée et eut ses quartiers
d’hiver à Clèves,
11 quitta cette ville à la fin d’avril 1 759 pour se ren-
dre au Havre, menacé par les Anglais. 11y arriva au
mois de juin, et fut cantonné dans les environs : le
bataillon à Bléville et Sanvic, le 2' à Rouelle et
Graville, le 3' à Octeville et Fontaine, le 4' à Monti-
villiers et Harfieur, et les grenadiers à Sainte-Adresse.
Le 4 juillet, le régiment vint camper tout entier sur
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Î78 HISTOIRE
le bord de la mer pour couvrir le Havre, qu’une flotte
britannique menaçait d’un débarquement et d’un
bombardement. Après le départ des vaisseaux de l’a-
miral Rodney, le régiment fut envoyé à Coutances,
Avranches et Saint-Lô.
Au mois de mars 1760, il fut à Dunkerque, où il
demeura jusqu’au 18 juin 1761. Revenu alors dans le
pays de Caux, il passa à Brest à la fin de la même an-
née, et en mai 1762 un détachement, commandé par
le colonel comte d’Haussonville (1), s’embarqua sur
l’escadre de M. de Tcrnay pour l’expédition de file
de Terre-Neuve. Ce détachement s’empara, le 27 juin,
de la ville de Saint-Jean, capitale de la colonie. Le
Du Chailar de Maurival y fut
capitaine de grenadiers
dangereusement blessé, et mourut, à son retour à
Brest, la même année.
La Marine quitta la Bretagne en novembre 1 762, et
arriva à Metz le 10 juin 1763. Au mois de juillet
1764, il fit partie du camp de Compiègne. Après les
manœuvres, il alla prendre la garnison de Saarlouis,
d’où il passa à Landau en octobre 1763, et à Toulon
(1) Le comte d'Heussonville eut le brevet de brigadier le 25 juil-
let 1762, îi la suite de celle expédition; il fut fait maréchal de camp
le 3 janvier 1770, et lieutenant-général le 1" janvier 17S4. Le régi-
ment avait alors pour lieutenant-colonel, depuis le 16 mai 1760,
Louis de Brancion, chevalier de Visargent, (|ui fut fait brigadier le
24 juillet 1764 ;
il servait au corps depuis l’année 1718. Son succes-
seur, Charles-Prosper, chevalier de Raincourt, lieutenant-colonel
le 2S mars 1763, fut fait brigadier le 3 janvier 1770.
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 279
en octobre 1 767. 11 s’embarqua dans ce port le 1" oc-
tobre 1768 pour se rendre en Corse, contribua à la
soumission définitive de cette île, et était de retour à
Toulon le 15 août 1769. 11 fut immédiatement dirigé
sur Briançon. En février 1771, il reçut l’ordre d’aller
occuper divers points de la côte de Bretagne, et, après
un court séjour à Nantes, Âuray et Hennebon, il par-
tit pour Cambrai, où il était réuni au mois de juin. 11
quitta cette ville en janvier 1774 pour aller à Lille,
et en 1775, le 4” bataillon fut envoyé à Lorient où il
s’embarqua le 25 septembre pour la Martinique. Les
autres bataillons furent alors distribués dans les places
de Calais, Bocroi et Civet. C’est dans cette position
que se trouvait le régiment de La Marine, lorsque
l’ordonnance du 25 mars 1776 le partagea en
deux.
RÉGIMENT DE LA HARIA'E.
1 1 * RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU MESTRES DE CAMP.
1. Vicomte de JAUCOURT (Étienne), 18 a\ril 1176.
2. Vicomte de BOISSE (
Antoine-Réné), 28 féTrier 1778.
3. Comte de GESTAS (
S^hnstien-Charles-Hubcrt ), l*'janvier 1784.
4. ddPELOLXde saint-romain (
Louis), 23 juillet 1791.
3. DE MASSIAT (
Jean Raucliiii ), 10 septembre 1792.
Le nouveau régiment de La Marine fut formé des
1" et 3” bataillons de l’ancien, et prit le n” 11 dans
l’infanterie. 11 garda les vieux drapeaux à quartiers
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280 HISTOIKE
bleus et verts, et eut un costume distingué par les pa-
rements et les revers noirs avec le collet bleu de ciel
et les boutons jaunes (t).
Il fut envoyé en octobre 1777 à Port-Louis et Lo-
rient, d’où le bataillon passa à Belle-lsle en février
1778: le 2“ bataillon l’y suivit au mois d’août. Le ré-
giment revint sur le continent au mois d’octobre, et
fut envoyé à Poitiers et Saint-Jean-d’Angely. En juil-
let 779, il occupait Paimbœuf et Lorient. 11 fut réuni
1
à Lorient en juin 1 780, et il partit de là en novembre
pour se rendre à Cambrai. Il alla ensuite à Belfort et
Huninguc f>n octobre 1781, à Besançon en octobre
1782, et à Monaco et Antibes en novembre 1783.
Revenu à Belfort et Iluningue en juin 1788, il s’a-
vança jusqu’à Besançon pendant les troubles de Ge-
nève, et reprit bientôtles garnisons de la haute Alsace
où il demeura jusqu’au mois d’août 1790. Les désor-
dres du Midi l’appelèrent alors à Montluel, et un peu
plus tard à Nîmes où il releva le régiment de Guyenne.
11 arriva enfin à Toulon le 14 janvier 1791, et
il resta dans cette ville jusqu’au commencement de la
guerre (2).
(I) Le costume de l.i vieilleMnrine était composé d'un hnbit blanc,
avec boutons et galon de chapeau jaunes, le parement et le collet
noirs, les poches en travers, trois boutons sur les poches et autant sur
les parements, la veste rouge.
{•?) Trois colonels du U* d'infanterie sont devenus généraux. Ce
sont : le vicomte de Boisse, brigadier 1“ mars 1780, et maréchal de
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 281
Au mois de septembre 1792, le 2' bataillon fut jeté
dans Monaco, et le 1" rallia l’armée du général An-
selme, qui, avec une poignée de soldats, soumit en
quelques Jours le comté de Nice. Ce bataillon se dis-
tingua d’une manière toute particulière, le 19 no-
vembre, au combat de Sospello. Lorsque la rigueur
de la saison força le général à mettre ses troupes en
quartiers d’hiver, il entra dans Nice, où il réprima,
le 9 décembre, une révolte des habitants. C’est ce
bataillon qui ,
au mois de mai 1 793, alors que la Con-
vention perdait son temps et ses forces dans les dis-
putes qui se terminèrent par l’assassinat des Girondins,
lui envoya une adresse énergique qui se terminait par
ces mots : «Du pain et des armes, législateurs, et nous
mourrons libres. »
Au commencement de 1793, le 2" bataillon de La
Marine avait été mis en garnison à Toulon, et il se
trouvait dans cette ville ,
lorsque les habitants la li-
vrèrent aux Anglais et aux Espagnols. Une partie de ce
bataillon ,
qui n’avait pu s’échapper de Toulon au
moment de cette trahison ,
fut, dit-on ,
contraint de
prendre part à la défense, pendant que le reste du
corps était dans l’armée assiégeante. Après la soumis-
sion de Toulon ,
les deux bataillons furent envoyés à
l’armée des Alpes, et le 22 octobre 1794, ils formèrent
les noyaux des 21' et 22' demi-brigades de bataille.
camp I" janvier 178 i; le comte de Gestas, maréchal de camp
20 mai 1791, et de Massiat, général de brigade 4 mai 1793.
,
282 BISTOIBE
Nous n’avons point à raconter ici l’histoire de ces
corps ,
mais nous devons rappeler, comme un dernier
titre régiment de La Marine, que son
de gloire pour le
1" bataillon composait la meilleure partie de cette 21"
demi-brigade ,
dont le numéro est resté célèbre par la
belle défense de la redoute de Montelcgino, le 1 1 avril
179G, et qui est devenue dans l’organisation du Di-
rectoire la brave 32® demi-brigade des armées d'Ita-
lie et d’Égypte.
BÉGIHE\T D’AIXKBROIS.
12' RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS ou MESTItES DE CAMP.
1. Vlcomle de DAMAS- MARILLAC (Claude-Charles), 18 avril 1776.
2. Vicomie LEVENEUR de TILLIÉRES (
Alexis-Paul-Michel ), 27
janvier 1782.
3. Comte de FLÉCHIN de VAMIN {
Charles-François-Joseph ), 24
avril 1782.
4. DE GALAUP François-Félix ),2o juillet 1791.
(
5. DE BRAGOLZE de SAINT-SAUVEUR (François-Guillaume),
S février 1792.
6. DES BRUNIÉRES (
Charles-Henri Le Bœuf de La Noue de Saint-
Martin ), 23 mars 1792.
Le régimentd’Âuxcrrois, formé des 2* et 4® bataillons
de la vieille Marine, prit le numéro 12 dans l’infan-
terie ,
et son uniforme fut distingué de la tenue du
précédent par les boulons blam s et le collet cramoisi.
Ses drapeaux d’ordonnance restèrent bleu et vert
mais on coupa chacun des quartiers des drapeaux de
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 283
La Marine par une diagonale, de manière à former
un carré inscrit dans l’étoffe et ayant ses angles aux
sommets de la croix. Des huit triangles résultant de
cette combinaison ,
les quatre extérieurs conservèrent
les couleurs des quartiers correspondants de l’ancien
drapeau ,
et les quatre triangles intérieurs furent de
couleur contraire dans chaque quartier.
On a vu que du nouveau corps était
le 2® bataillon
à la Martinique depuis la fin de 1775. Le 1" bataillon
alla à Rocroi en juin 1776, et au mois de novembre
il fut dirigé sur Blaye. Il fut de là à Saint-Jean-Pied-
de-Port en juillet 1777, et au mois d’août de la même
année, il vint s’embarquer à Bordeaux pour passer lui
aussi aux Antilles.
Le régiment rendit bientôt son nom illustre par la
glorieuse part qu’il prit à la guerre de l’indépendance
des États-Unis d’Amérique (1). Ce fut à la tète des
1800 hommes d’Auxerrois et de quelques grenadiers
et chasseurs tirés des régiments de Viennois et de la
Martinique, que M. deBouilléfit en 1778 la brillante
(1) Âuxerrois était alors commandé par M. de Damas, fait bri-
gadier le 27 octobre 1778, cl maréchal de camp le 27 janvier 1782.
11 avait pour lieutenant-colonel, Louis Comeau de Pont-de-Vaur,
nommé brigadier le 1" mars 1780.
Deux autres colonels d’Auxerrois parvinrent aussi au grade de ma-
réchal de camp; le vicomte Le Veueur, que nous retrouverons au
régiment de Lyonnais, et le comte de Fléchie qui fut fait maréchal
de camp le 30 juin 1791.
284 HISTOIRE
conquête de la Dominique. Embarqué le 6 septembre,
le régiment aborda le lendemain malin ,
à huit heures,
à la Dominique. Aussitôt trente chasseurs, sous les
ordres du capitaine La Chaise ,
courent à toutes jam-
bes à la batterie de la Loubière, qui faisait, ainsi que
le fort du Roseau, un feu des plus vifs sur le débar-
quement. Ils se jettent dans les embrasures et s’empa-
rent du fortin sans perdre un seul homme bonheur ,
inespéré qui ne fut dû qu’à la vivacité de l’attaque.
Dans le même temps, le colonel vicomte de Damas
attaquait les hauteurs qui dominent la ville et le fort
du Roseau, s’en rendait maître, et il allait donner
l'assaut à la ville, lorsque l’ennemi arbora le drapeau
blanc. Le lendemain, le gouverneur Stuart capitula
pour tous les autres forts de l’ile. Outre la garnison,
qui fut tout entière prisonnière de guerre ,
cette con-
quête eut pour Irophéel 64 pièces de canon et 24 mor-
[Link] 18 décembre, une partie du régiment se
trouva au combat de Sainte-Lucie le capitainedu Cay ;
fut mortellement blessé à l’attaque du morne de la
Vigie. Les 3 et 4 juillet 1779, un fort détachement
d’Auxerrois, commandé par le lieutenant-colonel de
Pont-de-Vaux, contribue à la prise de la Grenade. Le
6 du même mois, ce détachement, embarqué sur la
flotte du comte d'Estaing, assiste au combat naval livré
contre l’amiral Byron. Le lieutenant de Clairand y < st
tué; le capitaine Rafin et un sous-lieutenant sont
blessés.
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,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 285
Au mois de septembre et d’octobre ,
le détachement
fait le siège de Savannah sur le continent américain
et il rentre peu après à la Martinique.
Le 12 1780, quelques compagnies s’embar-
avril
quent au Fort-Royal, sur la flotte du comte de Gui-
chen, et se trouvent aux combats livrés à l’amiral
Rodney, les 17 avril, 15 et 19 mai. Un lieutenant y
est blessé. Cette même année, un bataillon commandé
par le lieutenant-colonel de Blanchelande ,
est chargé
de la défense de l'ile Saint-Vincent ,
et repousse les
16 et 17 décembre 4,000 Anglais qui venaient de dé-
barquer sous les ordres du général VVaugham ,
et les
force à remonter sur leurs vaisseaux. Après cet exploit,
Blanchelande s’embarque lui-mêrne le 8 mai 1781 ,
exécute le 10 une fausse a'taque sur Sainte- Lucie ,
et
prend terre ,
le 24 à Tabago.
,
Il s’empare de la ville et
du fort de Scarborough, et s’y retranche en attendant
l’arrivée des généraux. Le 30 ,
le marquis de Bouillé
arrive avec le vicomte de Damas et le reste du régi-
ment. Alors le major Ferguson et la garnison anglaise,
pourchassés malgré une chaleur accablante, se voient
forcés, le 2 juin ,
de capituler et de rendre armes et
drapeaux. 400 hommes, tant de l’artillerie que du
86® régiment anglais, 500 Écossais et un nombre
considérable de noirs armés sont faits prisonniers de
guerre.
Le 15 novembre de cette année, un bataillon de
300 hommes part encore de la Martinique avec M de .
Bouillé, et arrivele 25 devant l’ile hollandaise de Saint-
286 HISTOIRE
Eustache, dont les Anglais s’étaient emparés. Le petit
corps d’armée ,
qui se composait, outre le bataillon
d’Auxerrois, d’un bataillon de Royal-Comtois ,
d’un
deDillon, d’un de Walsh de 300 grenadiers et et
chasseurs de divers corps, débarqua le lendemain,
malgré un violent ras de marée, cl se porta avec tant
de rapidité sur le fort que ,
la garnison fut surprise
sur le glacis, où elle faisait l’exercice. Le capitaine
La Molhe, des chasseurs d’Auxerrois, sans donner le
temps aux Anglais de lever le pont-levis pénètre avec ,
eux dans la place lève ce pont pour couper la retraite
,
à ceux qui étaient restés dehoi's, et fait mettre bas les
armes aux Anglais qui avaient pu rentrer, pendant
que le reste de l’armée faisait prisonniers les soldats
restés sur le glacis. Les 13‘ et 15^ régiments anglais
furent ainsi pris avec 68 pièces de canon. En retour-
nant à la Martinique, le vicomte de Damas fit encore
capituler les îles de Saint-Martin et de Saba : sa belle
conduite lui valut le grade de maréchal de camp.
Le O janvier 1782 ,
une partie du régiment quitte
encore la Martinique et arrive, le 1
1 ,
dans la rade de
la Basse-Terre de l’ile Saint-Christophe. Il est em-
ployé au siège de Bristone -Hill , 28 , sous les
et le
ordres du comte de Fléchin ,
alors colonel en second
de Touraine, il repousse un débarquement de 1300
hommes que l’amiral Howd était parvenu à opérer.
Le 22 février, Fléchin, avec 500 hommes d’Auxerrois,
s’empare de .Montseri'at. Au combat naval de la Domi-
nique, le 12 avril, le vaisseau le Glorieux, qui portait
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DE l’ancienne INFANTEBIE FBANÇAISE. 287
quelques compagnies d’Auxcrrois ,
est complètement
démâté et son pavillon tombe à la mer. Le sergent
Chossats’élance sur le banc des timoniers, attache un
morceau d’étoffe blanche à l'extrémité de son épée,
et tient élevé ce nouveau pavillon, pendant toute l’ac-
tion , à portée de pistolet de deux vaisseaux anglais qui
attaquaient le Glorieux. Chossat fut blessé à la jambe
et pris. Après l’échange, il fut fait sous-lieulenant.
Dans cette même année 1782, ainsi qu’on l’a dit
au régimentd’Armagnac, 1 25 hommes d’élite d’Auxer-
rois prirent part à l’expédition conduite par La Pey-
rouse contre les établissements anglais de la baie
d’Hudson.
Le régiment, après s’être ainsi créé des titres de
gloire indépendSnts de ceux qu’il pouvait réclamer
comme descendant de La Marine, s’embarqua pour la
France. H arriva, le 21 juillet 1783, à Lorient, et
fut aussitôt dirigé sur Verdun. Il passa en octobre 1785
à Montraédy et en octobre 1786 àMézièresoù il était
encore en 1789. En mai 1790 il vint à Metz, et au
mois d’octobre, il fut envoyé à Condé, où l’émigra-
tion lui enleva l’année suivante plusieurs officiers. Au
début de la guerre, en avril 1792, le 1" bataillon
d’ Auxerrois flt partie de l’armée du Nord et le 2“ resta
en garnison à Dunkerque.
Le 1" bataillon se distingua d’une manière toute
particulière le 6 novembre à la fausse attaque de
Menin. Le colonel Des Brunières, à la tête de son ba-
taillon et du 1" de la Gironde, attaqua avec la plus
288 RfSTOIRB
grande bravoure le poste retranché d’Hallième et
l’emporta à la baïonnette sans tirer un coup de fusil.
Le bataillon entre peu après en Belgique. Il con-
tribue à la conquête d'Anvers et y reste quelques
mois en garnison. Il se trouve au combat d’Aix-la-
Chapelle et à la défense de Tongres. Revenu dans la
Flandre, il est au combat du camp de la Magdeleine,
le 30 avril ; au combat de Raismes, le 8 mai ,
où le
brave général Dampierre est tué dans ses rangs. Le 24
du même mois on le voit à l’attaque de Turcoing; le
10 juin à l’attaque de Wattrelos; le 22 Juillet à celle
de Werwick; le 18 août au combat de Linselles; le
27 à la prise de Turcoing, et le 20 octobre au combat
livré près de cette ville. Le vaillant Chossat ,
devenu
adjudant-major, y fit des prodiges de valeur, et fut
nommé chef de bataillon sur le champ de bataille. Le
1" bataillon d’Auxerrois fit ensuite partie de rarmce
de Sambre-et-Meuse ,
et fut incorporé, le 30 décem-
bre 1793, dans la 23‘ demi-brigade.
Le 2* bataillon quitta Dunkerque en 1793 et fit,
lui aussi
,
partie de l’armée du >iord. Il mérita une
mention honorable dans le rapport des combats livrés
les 23 et 24 mai contre les troupes hollandaises entre
Menin et Turcoing. Le 23 surtout, à l’attaque du
poste de Boucq, près de Lille, le bataillon, bien dirigé
par son chef Féraudy, se conduisit avec la plus grande
distinction. Le 18 août, au combat de Linselles, il
s’empara d’une redoute ,
dont la prise eût assuré le
succès complet de la journée, si l’ennemi n’eût reçu
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 289
un renfort de 4,000 Anglais devant lequel le bataillon
dut céder. Le 2* bataillon d’Auxerrois participa depuis,
sous Jourdan (1), à toutes les opérations qui eurent
pour résultat la conquête définitive de la Belgique, et,
le 27 décembre 1793, il servit de noyau à la 24' demi-
brigade.
(1) Jean-Baptiste Jourdan ,
maréchal de France en 1804, s’était
engagé dans Auxerrois en 1778, et y avait servi comme simple sol-
dat jusqu'en 1791.
—“=^003
BIST. DE L’aHC. INFÂNTBRII FBAM(AISE. T. III. 19
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290 HISTOIRE
RifilHENT ÜE MIBBO^NUS.
Bourbonnais sans tache.
DEVISE DD EÉGniEHT.
HESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Marquis deNËRESTAISG (
Philibert), 6 mars 1597.
2. Baron deCHAPPES ( Jacques d’Aumonl ), 2o février 1611.
3. Baron de CHAPPES César d’Aumont ), 1614.
(
4. Marquis deNÉRESTANG Jean-Claude ), 6 février 1631.
(
5. Marquis de NÉRESTANG ( Charles ), 1639.
6. Comte de [Link]-MESME ( Anue-Alcsandrc de l'Hâpital ), 30
juin 1645.
7. Marquis de [Link] (
Jacques de Vipart ), mai 1657.
8. Marquis DE CASTELNAU ( Michel ), 1665.
9. Marquis DE REFFUGES ( Pomponne ), 20 avril 1673.
10. Marquis de ROCHEFORT (Louis-Pierre-Armand d’Aloignj).
2 mars 1687.
11. Marquis DE NANGIS (Louis deBrichaiiteau), 15 janvier 1700.
12. Comte DE LESPARRE (Louis-Antoine de Gramont ),
1" jan-
vier 1709.
13. Duc DE BOUFFLERS (
Joseph-Marie), 1" juillet 1727.
14. Duc DE LESPARRE (.\nloine-Anlonin de Gramont), 21 fév. 1740.
15. Comte de GOHAS (
Louis de Biran ), 17 février 1746.
16. Comte de VALENCE (Vincenl-Sylvestre de Thimbrune ), 7 août
1747.
17. Marquis de MIRAN (Joseph Roger de Verdusan),20 février 1761.
18. Marquis de CAUPENNE ( Louis-Henri ), 3 janvier 1770.
19. Marquis DE LAVAL ( Anne-Alexandre-Marie-Sulpice de Mont-
morency ), 29 juin 1775.
Les régiments d’infanterie, qui, dès les premières
années du règne de Louis XIII, furent désignés sous
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DK l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 29i
le nom de petits vieux ou de moyens vieux entretenus,
prétendaient tous tirer leur origine des anciennes
bandes de xvi® siècle, aussi bien que les vieux corps,
et rattachaient leur histoire à celle de quelques ensei-
gnes que les nécessités du temps avaient contraint de
laisser en dehors des régiments organisés.
Voici ce que nous pouvons dire à l’appui des pré-
tentions particulières du régiment de Bourbonnais.
Philibert de Néreslang(l), capitaine dans Piémont
dès letenipsde CharlesIX et grand-maître de l’ordre de
Saint-Lazare, reçut le 6 mars 1597, au moment où
les Espagnols menaçaient la Picardie, une commis-
sion pour lever un régiment d’infanterie. Il rassembla
quelques vieilles compagnies stationnées dans les gar-
nisons de la Provence, connues depuis longtemps sous
le nom de bandes de Montferrat, descendant, selon
toute apparence, de ces enseignes de Piémont ren-
trées en France en 1559, et qui avaient fait partie de
1561 à 1563 du régiment de Réraolles, et il en com-
posa le corps dont nous allons raconter l’histoire.
La paix de Vervins, qui suivit de près la création
de ce corps, et l’épuisement des flnances ayant con-
traint Henri IV à licencier la plus grande partie de
ses troupes, le régiment de Nérestang fut réformé le 6
(I) Philibert de Néreslaiig se démit du régiment enl6M, pour
prendre le commandemenl de la compagnie écossaise des Gardes du
corps. H fut nommé maréchal de camp le 14 août 1615, et mourut en
1620 des blessures qu'il avait reçues à l’affaire des Ponts-de-Gé.
HISTOIRB
mai 1598 et réduit à la compagnie du meslre de
camp qui demeura seule entretenue. Il fut rétablile 3
avril 1600 pour la guerre de Savoie, où il se distingua
en emportant sous les yeux du un corps de garde
roi
milanais dans la vallée de Cornet. Réformé de nou-
veau le 17 janvier 1601, il fut remis sur pied le
31 mai 1602, licencié une troisième fois en 1604 et
définitivement rétabli le 16 février 1610 au moment
des grands armements de Henri IV. Le marquis de
Nérestang en fit tous les frais, et l’on rapporte qu’en
le présentant à Henri, il lui dit « qu’il n’aspiroit qu’à
la gloire de le servir, et que l’espoir de la récompense
n’entroit pour rien dans son plan. Cest ainsi, répon-
dit le roi, que doivent parler les bons sujets : ils doivent
oublier leurs services : mais c’est au prince à s'en sou-
venir, s’il veut qu'ils continuent d’être fidèles. »
Ce régi ment, qui porlale nom de ses mestres de camp
ou colonels jusqu’à l’année 1673, n’eut pas d’abord
de rang bien déterminé. Il eût été difficile d’établir
un droit de priorité incontestable au milieu de ces
alternatives de reformes et de rétablissements. Aussi
se trouva-t-il longtemps en rivalité avec les régiments
connus plus tard sous les noms de Béarn et d’Auver-
gne. Il eut même souvent avec eux à ce sujet de vives
contestations auxquelles Louis XIV mil fin en 1666,
en établissant pour ces trois corps le semestre, comme
pour les régiments de Piémont, de Navarre et de
Champagne.
Au reste, l’incertitude du rang que devait occuper
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 293
Bourbonnais n’existait que pour les régiments de
Béarn et d’Auvergne; car ces trois corps, ayant été
pourvus en même temps du privilège du drapeau
blanc et du titre de petits vieux, marchaient de droit
après les vieux corps et avant tous les autres régi-
ments d’infanterie.
Ainsi que tous les corps d’infanterie mis sur pied
dans l’année de la mort de Henri IV, le régiment de
Nérestang eut des drapeaux où figurait la couleur vio-
lette en signe de deuil. Les drapeaux d’ordonnance
de ce corps ont, en effet, toujours été composés de
deux quartiers violets et de deux quartiers bleu d’azur.
Le drapeau colonel était entièrement blanc.
Passé en 1611 dans la maison d’Auraont, le régi-
ment prit le nom de Chappes, qui était un des titres
de cette famille. Il fit en 1615 partie de l’armée du
maréchal de Bois-Dauphin, qui, pendant les troubles
suscités par les princes mécontents, couvrit la capitale
du royaume, assiégea Creil-sur-Oise et marcha ensuite
vers 1e Poitou, où la guerre menaçait de s’allumer sé-
rieusement.
En 1 6 1 6 Chappes était, sous le comte d’Auvergne, à
,
l’armée de Picardie, et quand Péronne ouvritses portes
au duc de Longueville, il
y prit ses quartiers d’hiver.
En 1617, on le trouve en Champagne aux ordres
du duc de Guise contre le duc de Nevers. Il fait les
sièges des châteaux de Richecourt, Rozoy, Chàteau-
Porcien ;
il attaque les faubourgs de Laon, et assiège
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294 uiSTotsi
Rcthel. La mort du maréchal d’Âncre vint alors pour
quelque temps rendre la paix au royaume.
En 1620, le régiment rejoignit l’armée du roi à
Tours après l’affairedes Ponts-de-Cé, etil futduvoyage
de Béarn.
L’année suivante, les protestants suscitent de nou-
veaux troubles. Chappes marche au siège de Sain t-Jean
d’Angély et prend ensuite part à ceux de Clérac et
de Montauban. Il perd beaucoup de monde devant
cette dernière ville, entre autres Desmaisons, son
major, tué le 23 septembre dans les tranchées par
l’explosion d’une mine que le maréchal de Chaulnes
s’étailentêté à faire charger de 2,800 livres de poudre,
sous prétexte de produire plus d’effet. Quand on leva
le siègede Montauhan, Chappes couvrit la retraite avec
Piémont et Normandie et suivit M. de Bassompierre
au siège de Monheurt. En 1622 il se trouva aux sièges
meurtriers de Tonneins et de Saint-Ântonin. Ce fut
lui qui ouvrit la tranchée devant Saint-Antonin. «Il
« y fut fort incommodé par les mousquetades que
« l’ennemi tiroit de quelques barricades et colom-
« hiers qu’il occupoit à mi-côte de la montagne. Le
« capitaine de Nantas avec 160 hommes nettoya, en
« moins d’une demi-heure, tous ces postes, et força
« les tirailleurs à rentrer dans la ville. » A l’assaut
général du 20 juin, le régiment pénétra dans la corne
par derrière, sans autre perte que celle du lieute-
nant Faure. Après la prise de Saint-Antonin le roi
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 295
se rendit en Languedoc Chappes et d’autres
et laissa
régiments en observation devant Montauban.
A la (in de 1624, il alla renforcer l’armée que Les-
diguières assemblait en Savoie : il se trouva à la prise
de la ville et du château de Gavi qui offrit des diffi-
cultés énormes. « Des gens timides opinoient à lever
« le siège, sur ce que cette place avoit vu échouer Fré-
« déricBarberousse. — Gavi n’a pu être pris par Bar-
il berousse, répondit le vieux Lesdiguières, mais, Dieu
aidant, Barbegrise la prendra. » Chappes se trouva
ensuite à la prise de Cairo et à la levée du siège de
Vérue. Il se fit remarquer par sa brillante valeur dans
le dernier combat, livré le ! 7 novembre, sous les murs
de Vérue, et après lequel le duc de Féria fut obligé
de décamper. Le baron de Chappes y fut frappé d’une
balle à la tête. Le lieutenant La Neuville fut aussi
blessé.
Rentré eu France en 1626, Chappes se rendit l’an-
née suivante au siège de La Rochelle, et fut cantonné
àPérigny. Il fournit dès son arrivée un détachement
qui alla renforcer la garnison de l’île de Ré, et qui s’y
conduisit fort bien. Au mois de novembre, 200 hom-
mes du corps firent partie du secours conduit par
Schomberg à Toiras assiégé dans Saint-Martin, et con-
tribuèrent à la déroute de l’armée anglaise de Buc-
kingham.
Après la prise de La Rochelle, Chappes y fut mis
en garnison, et y resta jusqu’en 1630.11 rejoignit alors
l’armée de Piémont.
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296 HISTOIRB
En 1631, il fut donné au fils de son premier mes-
tre de camp (1), et reprit le nom de Nérestang. Après
avoir glorieusement participé à tous les événements
de la guerre contre le duc de Savoie et les troupes
d’Espagne, il entra en juillet 1632 dans la ville de Ca-
sai, dont il forma la garnison jusqu’en 1639. Pendant
ces si.v années, il fit échouer toutes les tentatives des
Espagnols contre cette place alors très-importante. Il
sortit de Casai en janvier 1639 pour aller avec le car-
dinal de La Valette attaquer le marquis de Léganez
dans ses retranchements de Cencio. Cette action dura
huit heures, et le régiment y perdit le capitaine d’A-
rancy.
L’armée française se dirigea ensuite sur Chivasso
pour l’investir mais pendant ce temps, le prince Tho-
;
mas profitait de l’éloignement de nos troupes pour
attaquer le 1" août la garnison de Turin qui fut obli-
gée de se retirer dans la citadelle. Le lendemain, le
cardinal de La Valette voulut reprendre Turin. Cette
entreprise donna lieu à une action où Nérestang dé-
ploya la plus grande valeur en combattant sur l’espla-
nade delà citadelle, depuis huit heures du matin jus-
qu’à trois heures du soir. Mais le prince Thomas avait
eu le temps de se retrancher, et sa résistance contrai-
gnit l’armée à se retirer. Le marquis de Nérestang
fut tué dans cette chaude affaire, et remplacé par son
(I) Ce deuxième marquis de Nérestang fut nommé maréchal de
camp le 29 septsmbre 1636.
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DE l’a>CIENNE infanterie FRANÇAISE. '297
fils. Pendant l’hiver, le régiment fut employé à la
prise des châteaux de Busco, Dronnero et Brodel.
Le 29 avril i640, il se couvrit de gloire à l’attaque
des retranchements espagnols devant Casai ;
le capi-
taine Cristage et l’enseigne Chaumel y furent tués. Il
se conduisit avec la même distinction au siège de Tu-
rin. L’affaire du 1
1
juillet fut des plus vives et extrê-
mement glorieuse pour lui. Son quartier qui était le
plus rapproché du Pô, eut à soutenir une sortie de la
place et une attaque de l’armée espagnole. Foudroyé
à gauche par neuf pièces d’artillerie placées sur une
hauteur et par le feu d’un gros corps d’infanterie,
chargé en queue par les assiégés et pressé de front par
des troupes nombreuses, il fit résolument face partout
et repoussa l’ennemi quatre fois après lui avoir tué plus
de 1 ,000 hommes. Cette belle résistance assura la prise
de Turin, et établit définitivement la réputation du ré-
giment. « Nérestang, dit une relation, montra tant
de vigueur, qu’cncore que les ennemis fissent leur at-
taque avec une extrême hardiesse et des efforts très-
grands, ils no purent jamais faire quitter la place au
moindre des soldats qui combattirent à l’envi de leurs
non en gens qui avoient tant souffert pen-
officiers, et
dant trois semaines. Dans les première et deuxième
attaques, les mousquets ne servirent que pour la pre-
mière décharge qui se fit à vingt pas ; les coups de pi-
ques, d’épées, de pierres et de crosses de mousquets
ayant obligé les ennemis, après un combat de demi-
heure à chaque assaut, de se retirer honteusement. On
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-
298 HISTOIRE
vit quelques soldats sauter de chaleur par-dessus les
retranchemenis qui, poursuivant l’ennemi, en tuèrent
à plus de trois cents pas des lignes. » Nérestang per-
dit dans cette fameuse journée le capitaine Cardonne
et le lieutenant Board. On comptait parmi les blessés
le capitaine deMauny, Ostrein, lieutenant de la mestre
de camp percé d’une balle et de cinq coups de pique,
Saint-Sauveur, lieutenant, Lacoste et Duserre, ensei-
gnes.
En 1641, le régiment fit les sièges d’Ivrée, de Ceva
et de Coni, et en 1642, ceux de Nice et du château de
Tortonc. Dans ce dernier il se logea à mi-brèche, le
1 5 novembre; lieutenant Pradèles y fut blessé. En
le
1643, il se distingua à la prise de Trino et de la cita-
delle d’Asti.
Rentré en France à la fin de cette campagne, il hi-
verna à Angoulèine, qu’il quitta au moisdejuin 1644
pour aller renforcer l’armée de Catalogne battue à Lé-
rida le 15 mai précédent. Le maréchal de La Mothe-
Houdancourt mit à profit ce renfort: il investit Tarra-
gone le 3 août. A l'attaque du môle, Nérestang eut l’at-
taque de gauche, et emporta en moins de trois heures
tous les ouvrages qu’il avait en tête. 11 continua de ser-
vir en Catalogne, et. il se trouva en 1645, au mois
de mai, à la prise de Camaras. où l’enseigne de Ver-
net fut tué, puis au passage de la Sègre, le 15 juin,
qui coûta la vie au lieutenant Lacoste, et le 22 juin à
la bataille de Llorens. Laissé au défilé de Llorensavec
un autre régiment, il chassa pied à pied les tirailleurs
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 299
espagnols, s’empara du poste de Llorens, et coupa
ainsi la retraite à l’ennemi. Il était aussi cette année
au siège de Balaguer et au secours de Flix, où il se
signala particulièrement. Au mois de mai 1646, sous
le nom de Sainte-Mesme (1), on voit le régiment em-
porter d’emblée le château d’Alcaras qui pouvait sou-
tenir quinze jours de siège. Le capitaine Chaumel y
est tué. Il coopère ensuite aux deux sièges de Lérida
qui occupent presque toute la durée des campagnes
de 1646 et 1647.
Au mois de juin 1648, Sainte-Mesme s’empare seul
de Vildecone, dernière place de la Catalogne, sur la
frontière du royaume de Valence. Le 5 juillet, il
ouvre la tranchée devant Tortose et repousse le même
jour une sortie. Le 12 juillet, le canon ayant fait
brèche, il se rend maître du rempart avec les compa-
gnies des Gardes Suisses, et de là, descendant dans les
rues de la ville, il va se mettre en bataille sur les
places principales. Cet assaut fut terrible à cause de
l’explosion d’une mine. Le comte de Sainte-Mesme
s’y couvrit de gloire. Le château de Tortose capitula
le 13, et le régiment y fut laissé en garnison.
En 1649 Barcelone
,
était menacée par une armée
espagnole. Sainte-Mesme y entra au mois d’octobre
avec les régiments de Champagne et d’Auvergne , et
la présence d’une aussi vaillante garnison suffit pour
arrêter les ennemis pendant deux ans.
(1) Le comte de Sainte-Mesme devint maréchal de camp le 16
janvier 1649.
300 HISTOIRE
Ramené en France en 1632 par les troubles de la
Fronde, le régiment agit dans la province de Guyenne.
Un détachement, commandé parle lieutenant Dalidor,
se fait remarquer à la prise de la Bastide. Au mois de
juin, Sainte-Mesme était cantonné dans le village de
l,oubart, à un quart de lieue de Saint-Séver. Les of-
ficiers, à cause du peu de place qu’offrait le quartier,
étaient logés dans quelques maisons isolées. Le 16
Juin, le colonel Bal thazard, sortant de Fartas avec ses
troupes allemandes, dans le dessein de surprendre le
régiment, vint donner à l'improviste sur le quartier
des officiers. Ceux-ci, sautant sur leurs armes, amu-
sent si bien l’ennemi, qu’ils donnent le temps au ré-
giment de s’assembler et de se barricader. Mais cette
admirable résolution leur coûte cher. Les capitaines
de Pémisson, du Bec, de Maisonneuve, et le lieutenant
Dalidor sont tués. Six autres officiers sont blessés et
tous enfin faits prisonniers. Aussitôt l’attaque passe
des maisons isolées au village, mais le régiment avait
eu le temps de se préparer. Cinq fois il repousse Bal-
thazard avec une vigueur si peu attendue et une telle
perte, qu’après un combat de quatre heures, et déses-
pérant de son issue, abandonne ce méchant poste,
il
se contentant d’emmener ses prisonniers; mais il
n’eut même pas cette gloire. Rencontré par la cava-
lerie du chevalier d’Aubeterre ,
Balthazard fut mis
dans une épouvantable déroute et rentra presque seul
à Fartas.
Sainte-Mesme retourna peu après en Catalogne. R
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DE l’ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 301
se trouva le 10 octobre 1654 à la prise de Puycerda.
Il occupa Urgell le 26 du même mois, et, le 21 dé-
cembre, il repoussa vigoureusement une tentative que
firent les Espagnols sur cette ville. En 1633 il parti-
cipe à la prise d’assaut de Cap de Quiers qui eut lieu
le 27 mai. Il continua de servir à l’armée de Catalogne
jusqu’à la paix ,
partageant les travaux du régiment
de Champagne. Il avait été donné, en 1657, au mar-
quis de Silly, et avait pris son nom.
Le régiment jouissait pour la première fois des
douceurs de la paix depuis son institution définitive,
lorsque les différends survenus entre la cour de France
et celle de Rome le ramenèrent en Italie en 1663.
Mais le Pape n’était pas de taille à se mesurer contre
Louis XIV; il capitula, et Silly, qui s’était avancé
jusqu’à Sestri di Levante, vint reprendre ses quar-
tiers.
En janvier 1 666, on le voit, sous le nom de Castel-
nau, au camp assemblé entre Croissy et Montsure près
d’Amiens. Ce camp ayant été interrompu par la mort
de la reine-mère, le régiment fut rappelé à celui formé
au mois de mars à Mouchy, près Compiègne. Dans le
tirage au sort de cette année, conformément à l’or-
donnance du 26 février, il eut le semestre le pre-
mier.
En 1667, Castelnau fit, avec le roi, la campagne
de Flandre, et servit aux sièges de Berghes, Fumes,
Courtrai, Charleroi, Tournai, Douai, Audenaërde et
Lille. Le 6 juillet, il attaqua avec tant de vigueur le
302 HISTOIRE
chemin couvert du Fort de Scarpe de Douai que le
gouverneur arbora à l’instant le drapeau blanc. 11 con-
tribua beaucoup à la prise d’Audenaërde par l’intrépi-
dité de quelques-uns de ses officiers qui, la tranchée à
peine ouverte, traversèrent le fossé à la nage ,
le 27
juillet, et réussirent à faire un logement de l’autre
côté. Le capitaine de RiiTardeau et l’enseigne de
Vrévin furent blessés dans cette occasion. Le gouver-
neur espagnol capitula le lendemain.
En 1672, Castelnau, porté à deux bataillons de
seize compagnies chacun, fait la guerre de Hollande
et prend part aux sièges d’Orsoy, de Burik et de Züt-
phen. 11 était au mois d’août campé avec toute l’armée
sous Utrecht. Dix-sept compagnies furent bientôt
placées dans Wesel, où elles demeurèrent en garnison.
Le reste du régiment, avec le colonel, continua de
tenir la campagne et se couvrit de gloire en surpre-
nant un quartier des ennemis à Ameyden près du
canal de Gorcum. Il força leurs retranchements, leur
tua 200 hommes ,
et en prit autant. Mais le marquis
de Castelnau eut dans cette expédition un bras cassé
par un coup de feu, et mourut peu après de cette
grave blessure. Ce fut alors, et par brevet du 1" fé-
vrier 1673 ,
que le régiment, donné à Pomponne (1),
(I) Ce singulier prénom que l’on rencontre quelquefois parmi
les personnages du ïvii'' siècle, parait venir du chancelier de Bel-
lièvre, mort en 1607, et qui le portait. uUn jour, dit Tallemant des
Réaux, que le chancelier tenoit un enfant sur les fonts, le curé lu|
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 303
marquis de Reffuges, prit le titre de la province de
Bourbonnais, qu’il porta cent vingt ans avec gloire.
Bourbonnais servit en 1673 dans l’armée du prince
de Condé, qui couvrit le siège de Maëstricht. En 1 674,
il combattit à Séneff et il fit en 1675 les sièges de
Dinant, Huy et Limbourg. A la fin de la campagne
il entra dans Maëstricht (sauf quelques compagnies
laissées à Huy), et l’aiiuée suivante il contribua à la
défense mémorable qu’y fil M. de Calvo. Le marquis
de Calvo avait dit dès le début du siège aux ingénieurs
et aux officiers d’artillerie : «Messieurs, je n’entends
rien à la défense d’une place, tout ce que je sais, c’est
que je ne veux pas me rendre. » Cliacun des mots de
cette courte allocution devrait être profondément
médité par MM. les commandants des villes de guerre,
qui, très-généralement, n’en savent pas plus long que
M. de Calvo, et n’ont pas tous sa modestie. Ce brave
gouverneur tint parole, et se défendit cinquante jours
avec la plus énergique valeur et donna le temps au ma-
réchal de Schomberg d’arriverelile faire lever le siège.
Bourbonnais y eut maintes occasions de signaler sa
demanda le nom. Il répondit avec une gravité de chef de la justice :
Pomponne. Le curé, qui n’avoit jamais déjeuné de ce nom -là, le lui
fit répéter. 11 dit une seconde lois et aussi sérieusement : « Pom-
« panne. — Ah! monsieur, reprit le curé, ce n’est pas une cloche,
« c'est un enfant que nous baptisons. »
Le marquis de Reffuges fut fait brigadier le 2 octobre 1076, ma-
réchal de camp le 24 août 1688, et lieutenant-général le 3 jan-
vier 1 696.
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304 HISTOIRE
bravoure et marchait à la tête de ces nombreuses sor-
ties, où les travaux des assiégeants étaient chaque
jour bouleversés. 11 se signala surtout le 1 1 août à la
défense du chemin couvert, et le 26 en repoussant
l’assaut de l’ouvrage à cornes. Il
y perdit les capitaines
Saint-Christaud, de Messine et Sainglant. Le colonel
de Reffuges, le lieutenant-colonel La Caussade, le
major de Naves, et les capitaines Lascaris, Saint-
Victor, Torville, Descaché, Piblard et Cappon, furent
plus ou moins grièvement blessés. Après le départ de
l’ennemi, la garde de Maëstricht resta confiée aux
troupes qui l’avaient si bien défendu. Bourbonnais y
demeura jusqu’à la paix de Nimègue et fournit seu-
lement quelques détachements, qui se trouvèrent en
1676 au siège d’Âire ceuxdeGand et
et en 1678 à
d’Ypres et à la bataillede Saint-Denis. En avril 1678,
un détachement commandé par le lieutenant-colonel
de Naves (1) elle capitaine Piblard contribua avec
un détachement de Piémont à la prise des ville et
cidatelle de Levves. Après que la paix eut été signée
avec les États-Généraux de Hollande et l’Espagne,
Bourbonnais évacua Maëstricht (10 juin) et se rendit
à l’armée du maréchal de Schomberg qui devait con-
(1) La charge de lieutenant-colonel fut donnée, le 12 ayril de
cette année, à Ballhazar de Villette de Naves. Cet officier, qui ser-
vait dans Bourbonnais depuis 1630, parvint au grade de lieutenant-
général eu 1704. Il fut remplacé comme lieutenant-colonelle 18 mai
1688 par Pierre de Villette de La Vaisse, entré au corps en 16.38,
qui parvint aussi au grade de lieutenant-général en 1704.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 305
traindre l’électeur de Brandebourg à accéder à la paix.
Il passa l’hiver à Nuytz dans le comté de La Mark,
et il prit part, le 26 juin 1679, au combat de Minden
qui amena la paix générale.
Bourbonnais était en 1 684 en garnison à Longwy,
quand il reçut l’ordre d’envoyer un bataillon au siège
du Luxembourg. De garde à la tranchée le 13 mai, il
parvint à se loger dans la redoute en avant du bastion
de Chimay. Le capitaine de grenadiers Piblard fut
tué à ce siège. Le capitaine d’Hyéry et quatre lieute-
tenants furent blessés. Pendant les années suivantes,
le régiment fut employé aux travaux de Versailles.
Quand la guerre reprit en 1688, il partit pour l’ar-
mée d’Allemagne et se trouva à la prise de Philisbourg,
de Manheim et de Frankenthal. La même année, aux
ordres du marquis de Boufflers, il opéra entre le Rhin
et la Moselle et contribua à la prise de Kayserslautern,
Kreutznach, Neustadt, Oppenheim, Worms, Spire et
Mayence. La plus grande partie de ces places capi-
tula sous les drapeaux de Bourbonnais, qui prit ses
quartiers d’hiver dans la dernière de ces villes. En
1689, le T' bataillon travailla aux fortifications de
Landau et fit ensuite la campagnedu Rhin sous le maré-
chal de Duras. Pendant ce temps le 2* bataillon, resté
à Mayence, y eut un siège à soutenir. Le duc de
Lorraine vint investir cette place avec 1 00, 000 hommes.
Le marquis d’Huxelles, qui y commandait, fit la plus
belle défense depuis le 30 mai jusqu’au milieu de sep-
tembre. Manquant de munitions et d’armes, il dicta
HIST. DE L'aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III 20
306 HISTOIRE
«.‘pendant lui-naême la capitulation. Une sortie exé-
cutée le 18 août fut particulièrement honorable
poul-
ie régiment. Le capitaine Saint-Denis rasa toute la
tête du travail des alliés et rapporta en ville leurs ga-
bions et leurs fascines. 11 y fut blessé ainsi
que le lieu-
tenant La Mothe. La perte éprouvée par les officiers de
Bourbonnais durant ce long siège fut seulement de
trois lieutenants tués.
Le corps fit encore les campagnes de 1690 et 1691
sur le Rhin, et il passa en 1692 à l’armée de Flandre.
lesiégedeNaraur. Après la prise de cette
Il
y débuta par
ville, le 3' bataillon fut envoyé à Calais et les deqx
autres se couvrirent de gloire à la journée deSteenker-
que, où leur fermeté sauva la Maison du roi. On sait que
ce jour-là le duc de Luxembourg, trompé par de faux
avis, fut complètement surpris parle prince d’Orange.
La brigade de Bourbonnais, campée en avant de la
Maison du roi, fut attaquée la première presqu’à l’im-
proviste mais elle fit si bonne contenance qu’elle
;
donna à Luxembourg le temps de faire quelques dis-
positions. Cependant ce ne fut qu’à une heure de
l’après-midi que le prince d’Orange engagea sérieu-
sement ses troupes. Il
y avait déjà quatre heures que
Bourbonnais était exposé à tout le feu de son artil-
Dans ce moment, le 2' bataillon ayant fait un
lerie.
mouvement pour doubler le 1" qui avait beaucoup
souffert, l’ennemi en profita pour charger la brigade et
lui enlever quatre canons; mais ce succès fut de courte
durée. Les grenadiers du régiment s’élancent sur les
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DE l’ancienne infanterie française. 307
vainqueurs, les mettent en déroute, leur reprennent
les quatre canons et en ramènent encore dix des leurs.
Cette bataille, où Bourbonnais joua le principal rôle,
coûta la vie à 300 des siens, parmi lesquels se trou-
vaient Icscapitaines d’Aloigny,deBoisse, de LaPolas-
tre, Charabault, Milleville, Mireau [Link]. Le
colonel de Rochcfort, le lieutenant-colonel de LaVaisse
et le major furent blessés. Dans son rapport au roi,
le maréchal de Luxembourg disait, en louant la con-
duite du régiment: un témoignage que je dois
« C’est
à la vérité de dire que le colonel est un fort joli et fort
brave garçon... (1) M. de La Vaisse, brigadier de
cette brigade, y eut un cheval tué et donna tous ses or-
dres fort à propos et avec beaucoup de courage et de
capacité (2). »
Envoyé à Arras à la fin de la campagne. Bourbon-
nais en sortit au mois de décembre pour aller au siège
de Fumes. Il retourna à Arras après la reddition de
cette place.
En mai 1693, il rejoignit l’armée de Luxembourg et
se trouva le 29 juillet à Nccrvvinden. 11 était à la
droite avec Navarre. Ses neuf premiers capitaines res-
tèrent sur le champ de bataille ;
cinq autres y furent
blessés, ainsi que le colonel et dix-sept lieutenants. A
la fin de l’année. Bourbonnais fit lesiégedeCharleroi,
(1) Le marquis de Rochefort fut fait brigadier le 3 janvier 1696.
(2) Voilà un exemple d’un lieutenant-colonel brigadier, donnant
des ordres à son propre colonel.
308 HISTOIRE
OÙ lecoloncl fut encore bîessé, et il continua de servir
en Flandre jusqu’à la paix de Riswick. Les seules ac-
tions un peu importantes, auxquelles il ait pris part
dans ces dernières campagnes, sont le combat de Ton-
gres et le bombardement de Bruxelles en 1693. En
1698, il fit partiedu camp de Compiègne, et en 1699,
il travaillait aux fortifications de Neuf-Brisach (1).
En 1701, il gardait Strasbourg, et il ne quitta cette
ville qu’au mois de septembre 1702 avec Villars qui
allait opérer sur le Haut-Rhin. Bourbonnais se signala
à l’attaque du pont d’Huningue, et il prit une part
brillante au succès de la bataille de Friedlingen, où sa
brigade était en première ligne à côté de celle de Cham-
pagne. y perdit 300 hommes, nombre énorme, si
11
l’on considère que les compagnies de grenadiersétaient
détachées au siège de Neubourg, où le régiment prit
ses quartiers d’hiver après la campagne.
En février 1703, toujours avec Villars, Bourbonnais
assiège Kelh, et au printemps il franchit les montagnes
noires pour aller au secours de l’armée de l’électeur
de Bavière. Cette marche difficile an milieu des ar-
mées ennemies fut signalée par la prise des châteaux de
Hasslach et de Hornberg et par le combat de Mun-
derkirchen. L’armée française joignit enfin celle de
(I) Le marquis de Nangis, qui fut fait colonel de Bourbonnais en
<700 en quittant le commandement de Royal-Marine, devint briga-
dier le 26 octobre 1704, maréchal de camp le 19 juin 1708, lieute-
nant-général le 8 mars 1718 et maréchal de France le H fé-
vrier 1741.
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DE l’ancienne infanterie française. 309
l’électeur, et bientôt eut lieu la première bataille
d’Hochstedt. Trois coups de canon devaient être le
signal de l’attaque: le corps aux ordres du lieutenant-
général marquis d’Usson, dont Bourbonnais faisait par-
tie, avait fait un mouvement en avant, pour être plus
à portée d’attaquer au signal convenu. Le comte de
Styrum, voyant ces troupes qui s’avançaient, fit tirer
trois coups de canon pour rappeler ses fourrageurs.
Le marquis d’Usson s’y méprit et ordonna la charge.
La partie n’était pas égale. Forcé de battre en retraite,
il oublia les régiments de Bourbonnais et de Perri-Ita-
lien dans le village de Borhstadt. Ces braves régi-
ments, chargés par 30 escadrons, étaient perdus sans
l’arrivée de Villars qui, débouchant sur les derrières
des Impériaux, les força à se défendre à leur tour. Le
général autrichien, complètement battu, perdit ce
jour-là 7,000 hommes, tant tués que prisonniers.
En janvier 1704, les grenadiers de Bourbonnais
forcèrent l’ennemi à lever les quartiers qu’il occupait
au delà du Danube. La prise de Vedelinghen fut le
résultat de ce succès, après lequel le régiment rentra
en Bavière. Il se trouva peu après à la canonnade de
Stockach, et enfin à la deuxième bataille d’Hochstedt.
Ce n’était plus Villars qui commandait. 11 avait cédé
son armée à Marchin. Le régiment était donc à l’aile
gauche, où du moins l’honneur fut sauf. Retranché
avec Champagne dans le village d’Oberklaw, il
y fit
une résistance intrépide qui refroidit l’ardeur des
vainqueurs, et permit aux débris du corps de Tallard
310 HISTOIRE
de faire leur retraite. Voyant enfin le nombre des en-
nemis s’accroître sans cesse, et craignant d’être en-
veloppés, les deux braves régiments se décidèrent
à opérer eux-mêmes leur retraite qu’ils firent en
bon ordre, en colonne par bataillons, sans se laisser
entamer pendant plus de deux heures qu’elle dura. Ils
rejoignirent ainsi les restes de l’armée dont ils firent
l’arrière-garde, et eurent encore un vif combat à sou-
tenir près de Halstadt. Telle fut la part que prit Bour-
bonnais à la bataille d’Hochstedt.
Revenu en Alsace, il fut cantonné, un bataillon à
Saltz et l’autre à Gueweiler. Au mois de novembre,
il battit complètement 800 cuirassiers et hussards de
l’empereur qui avaient voulu le surprendre, et en tua
un grand nombre.
Au commencement de 1 705, il se rendit àMetz pour
faire des [Link] mois d’août il revint sur le Rhin,
et fut employé à rétablir le pont de Kelh.
En 1706, il marche au secours du Fort-Louis me-
nacé, et se distingue à l’attaque des lignes de Weis-
sembourg, de Drusenheim et de l’île du .Marquisat.
En 1707, il prend part à la victoire de Seckingen,
à la prise de Laufen et de Manheira; et, en compagnie
de Navarre et de Champagne, il attaque les retran-
chements du général Janus dans les gorges de Lorch.
A la fin de cette année , il entre dans Pfaffenhofen, et
c’est de là qu’il part, en 1708, pour joindre l’armée de
Flandre. Le H juillet, il est à la bataille d’Aude-
naërdc. Il
y occupe la gauche de l’infanterie et ne donne
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DE l’aNCIESWE infanterie FRANÇAISE. 31 1
point: il sert seulement à protéger la retraite de l’ar-
mée. Qtielquc temps après, la brigade de Bourbonnais
se couvre de gloire dans un combat sur l’Escaut, der-
rière lequel nos troupqs s’étaient retirées. Les enne-
mis ayant voulu en tenter le passage du côté de Mel-
dert, le régiment les arrête, donne le temps aux
et
postes avancés de se replier. Pendant le siège de Lille,
il demeura au camp du Saulsoy avec le duc de Bour-
gogne.
A Malplaquet, le 11 septembre 1709, Bourbonnais
eut affaire aux Cadets de Hollande, qu’il maltraita au
point que ce corps fut hors d’état de servir du reste
de la guerre. 11 leur prit plusieurs drapeaux. Trois
cents hommes furent tués ou blessés dans cette san-
glante journée. Le lieutenant-colonel d’aiguille était
parmi les blessés (1). Le régiment se retira à Sedan.
L’année suivante il resta renfermé dans Hesdin, et en
1711, il gardait Abbeville d’où il sortit un instant
pour prendre part à l’attaque d’Arleux.
Le 24 Juillet 1712, les armes françaises se rele-
vèrent à Denain, mais Bourbonnais n’y était pas. il
faisait partie du corps qui trompa l’ennemi par une
fausse marche sur Landrecies. Le lendemain 2o,
(1) Marc-Antoine chevalier d’Aiguille, sous-lieutenant en 1673(
major en 169(i, lieutenant-colonel IS avril 170b, brigadier 1" fé-
vrier 1719.
Le régiment avait alors pour colonel le comte de Lesparre, depuis
duc de Gramonl et colonel des Gardes Françaises.
,
312 HISTOIRE
Bourbonnais s’empara de Saint-Âmand. Il fit ensuite
les sièges de Douai et du Quesnoy où il rendit d’utiles
services. Les grenadiers se distinguèrent surtout dans
la nuit du 6 au 7 septembre à l’attaque du chemin
couvert et des lunettes de Douai. Le signal de six coups
de canon à peine donné, ils s’élancent; la rup-
ture de trois ponts ne ralentit point leur ardeur, et
ils se rendent maîtres non-seulement du chemin cou-
vert et des lunettes, mais encore d’une demi-lune. Le
régiment fit encore cette année le siège de Bouchain,
et eut ses quartiers d’hiver à Valenciennes.
En 1 7 1 3 , le régiment couvre le siège de Landau.
Les grenadiers seuls y prennent part et perdent la
moitié de leur effectif à l’attaque du chemin couvert.
Bourbonnais coopère ensuite à l’attaque des retran-
chements du général Vaubonne ,
où le lieutenant-
colonel d’Âiguille est encore blessé ,
et à la prise de
Fribourg où il est mis en garnison. Après la paix de
Rastadt ,
les vides de ses cadres sont remplis par l’in-
corporation d’une partie du régiment d’Esgrigny ,
qui
eut lieu le 30 juillet 1715.
Pendant les deux années qui suivirent cette terrible
guerre de la succession d’Espagne, Bourbonnais par-
courut successivement les garnisons de Sedan
Dunkerque Saint-Omer ; en 1716 il était à Angers,
et
Saumur La Flèche; l’année suivante il occupait
et
Dinan en Bretagne, et en 1718 il était à Saint-Jean
d’Angély. En 1719, il faisait partie de la réserve de
l’armée d’Espagne et avait ses cantonnements à
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DE l’ancienne infantes IB FRANÇAISE. 313
Blaye et Bordeaux. En 1720, il se rendit à Bayonne
et en 1721 on le trouve dans la haute Auvergne, for-
mant un chaînon de l’immense cordon sanitaire
tendu autour des pestiférés de Marseille. 11 fut ensuite
à Brest, à Saint-Omer, à Givet ;il passa en 1726 dans
le Languedoc, et se rendit en 1727 au camp de la
Haute-Meuse. (1) Après la levée de ce camp, il fut en-
voyé à Toul, et de Toul à Metz, puis à Lille, Givet et
Douai. En 1732, il faisait partie du camp de Riche-
mont sur la Moselle, et à la séparation des troupes, il
fut placé àMaubeuge, qu’il quitta en 1733 pour se
rendre à l’armée du Rhin.
11 commença cette nouvelle guerre au siège de
Kelh. Dans la nuit du 24 au 25 octobre, il repoussa
une sortie que les assiégés tirent entre le Rhin et l’ou-
vrage à cornes. Le lieutenant de grenadiers de
Noyelles y fut tué et le capitaine de Lamberval blessé.
La place capitula le lendemain.
En 1734, Bourbonnais se trouve à l’attaque des
lignes d’Ettlingen, puis ausiége dePhilishourg. Le 22
juin, il relève La Marine à la tranchée ;
les grenadiers
ont ordre d’aller s’embusquer dans un marais pour
(1) Bourbonnais fut donné cette année au duc de Boufflers,
brigadier I" août 1734, naaréchal de camp 1“ janvier 1740, et lieu-
tenant-général 2 mai 1744.
M. de Lolmic, sous-lieutenant en 1684 et qui devint brigadier le
!•' août 1734, était lieutenant-colonel depuis le 22 juin 1724. 11 fut
remplacé le 1" août 1741 par Mathieu de La Hotte, volontaire en
1703, brigadier d'infanterie le 2 mai 1744.
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su BIStOIRE
observer ce qui se passe de ce côté. A peine ont-ils
fait vingt pas dans les roseaux qu’on lelli' crie i Qui
vive? et immédiatement un feu terrible s’buvre sur
eux. Les ennemis s’étaient aperçiis de leur mouvement
et venaient au-devant d’eux. Les capitaines ordon-
nent à leurs grenadiers de se coucher à plat ventre
avec défense de tirer un seul coup de fusil. A la troi-
sième décharge de l’ennemi, rien ne peut les retenir,
il fondent baïonnette en avant sur les Impériaux et
entrent pêle-mêle avec eux dans la redoute qu’ils oc-
cupaient. Ce ne fut plus alors qu’une horrible bou-
cherie, augmentée encore par les feux de laplacequi
tirait indistinctement sur les siens comme sur les
Français. Tous les défenseurs de cette redoute furent
tués à l’exception de dix-sept qui se rendirent. Les
grenadiers de Bourbonnais firent aussi des perh^ sen-
sibles. Le capitaine Saint-Georges fut tué; les capi-
taines Lousteau et La Motte, et tous les autres officiers
de grenadiers furent mis hors de combat. Le prince
deConti et le comte de Clermont vinrent voir lès sur-
vivants de ces braves compagnies et les comblèrent
d’éloges. Après la prise de Philisbourg, le régiment
entra dansWorms où il perdit plus de 800 hommes
par les rnaladies. 11 était alors sur le pied de trois ba-
taillons; le 3' levé pour cette guerre avait rejoint au
mois de Juillet.
Bourbonnais fit la campagne de 1735 à la même
armée sous les ordres du maréchal de Coigny. Le 12
octobre, il alla renforcer sur la Moselle la division du
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DE l’ancienne infanterie française. 315
comte de Bellisie qui était serrée de près par Seckcn-
dorf. La paix se fit peu de temps apres et il entra alors
[Link] alla à Lille eu 1736 et travailla les
deux annéessuivaiitcs au canal de Gravelines. A la fin de
1738 il était à Cambrai. En 1739, il fut appelé au
camp de Compiègneet il occupait Valenciennes quand
la guerre recommença en 1741.
Il fit alors partie de l’armée que le maréchal de
Meuse et
Maillebois assembla sur la qu’il conduisit en
Westphalie. Après une campagne stérile en événe-
ments, il eut ses quartiers d’hiver à Juliers, où l’on
avait établi un camp d’infanterie de neuf bataillons.
Il
y demeura jusqu’au mois de juin 1742. La maü-
vaise tournure que prenaient les affaires de Bohême
força aloi’s Maillebois à sortir de l’inaction et à péné-
trer en Allemagne. Au mois de décembre ,
Bourbon-
nais prit ses quartiers à Eggenfeld sur la Rott. Au
mois de janvier 1743, il passa dans la réserve du
'comte de Saxe et entra avec d’autres régiments dans
Deckendorf, place dominée par des hauteln-s et qui
n’avait qu’une simple muraille. Le prince de COnti
avait été chargé d’y commander. Dès son arrivée,
jugeant qu’il était impossible de s’y défendre, il l’avait
fait évacuer et avait distribué les troupes dans les en-
virons. Le 2' bataillon de Bourbonnais avait été jeté
sur la droite dans un village touchant la chaussée qui
conduit à Deckendorf. Les deux autres occupaient au
delà de cette place, au pied des montagnes, le cou-
vent des Câpucins. Ce fût parla que l’ennèlni débou-
316 HISTOIHE
chale27 mai. Ses premières colonnes, s’étant dé-
ployées à droite et à gauche, s’emparent d’abord du
grand chemin et ôtent au 2' bataillon la possibilité de
rejoindre les autres. Les Autrichiens se ruent ensuite
avec acharnement sur le couvent des Capucins ;
et,
malgré les prodiges de valeur des grenadiers de Bour-
bonnais et de La Marck, conduits parles capitaines de
Basterot, Paviot de Mussy, comte de Chabannes,
chevalier de La Marck et de Nédoncliel ,
il parviennent
à s’établir en force dans le cimetière. Nos braves gre-
nadiers pouvant alors être coupés, reçoivent l’ordre
de rentrer dans la ville. Ils prennent la queue de leurs
bataillons, et quoique serrés de près se retirent fière-
ment et en bon ordre, en décrivant, sous le feu de
l’ennemi, un demi-cercle pour gagner la porte. Arrivés
là, après avoir laissé passer les autres compagnies, les
grenadiers eurent besoin de toute leur valeur pour
empêcher les Autrichiens d’entrer avec eux dans Dec-
kendorf. Pendant qu’ils maintenaient les assaillants,
les deux bataillons traversèrent la ville et se rendirent
au point désigné par le prince de Conti à la porte du
Danube, non sans éprouver de sérieuses attaques de
l’ennemi qui entourait déjà la ville. Les grenadiers se
retirèrent à leur tourà travers les rues, mais le nom-
bre des Autrichiens croissait à chaque instant, et il
semblait impossible de leur résister. Quelqu’un pro-
pose de se renfermer dans l’hôtel de ville et d’y faire
une capitulation. Les grenadiers repoussent cette
mesure avec indignation et s’écrient: «Nous saurons
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 317
bien nous faire jour avec nos baïonnettes. » Le capi-
taine de Pailhès ,
profitant de ce moment d’enthou-
siasme, charge avec eux les Autrichiens, les force à
abandonner la porte du Danube et la redoute qui se
trouvait entre la porte et le fleuve, et assure ainsi la re-
traite d’un bataillon de Champagne qui restait encore
dans Deckcndorf. Pendant ce temps-là, le 2« bataillon
de Bourbonnais avait également réussi, à force d’in-
trépidité, à rejoindre le prince de Conti. Dès qu’il
s’était vu coupé, il s’était décidé à se replier par la
gauche sur un pont à demi détruit jeté sur une petite
rivière, afin de gagner par la plaine la redoute placée
à la tête du pont du Danube et où le prince avait in-
diqué le rendez-vous des troupes. Cette retraite était
périlleuse, puisqu’il fallait franchir ce mauvais pont
sous le feu de l'ennemi déjà maître du cimetière des
Capucins. Le bataillon l’exécuta cependant, partie sur
les débris du pont, partie dans l’eau, et gagna la re-
doute encore occupée par les Français. Dans ce mé-
morable jour, 700 hommes au plus du régiment com-
battirent, 200 restèrent sur la place ;
trois capitaines
et six lieutenants furent blessés.
Le 3 juin, le régiment était campé sur la rive droite
du Danube entre Deckendorf et Poching. Le prince
de Conti et le maréchal de Broglie dans leurs rap-
ports sur l’affaire de Deckendorf citèrent le capitaine
de grenadiers comte de Chabannes, comme s’étant
distingué par-dessus les autres.
318 HISTOIRE
Bourbonnais revint vers le Rhin, continuellement
harcelé par les troupes légères de l’armée autrichienne,
et entra dans Landau. Un détachement de 200 hom-
mes jeté dans Siraubing au moment où l’armée aban-
donnait la Bavière, y obtint une capitulation honora-
ble. Il en fut de même d’un antre détachement de
89 hommes laissé à Ingolstadt. Au mois d’octobre, le
régiment était réuni en Âlstice, et il fut bientôt envoyé
à Valenciennes où il passa l’hiver.
En 1744, il fait partie de l’armée de Flandre com-
mandée par le roi en personne. Le 28 mai, il ouvre
la tranchée devant Menin à la deuxième attaque diri-
gée contre l’ouvrage à cornes de la porte de Lille. 11
passe ensuite au siège d’Ypres. Le 23 juin, on insulte
le chemin couvert du front de la basse ville, quoique
cette entreprise parût prématurée et hasardée. Les
grenadiers de Bourbonnais et de Royal-Comtois s’y
couvrent de gloire et s’en rendent maîtres. Le roi
donna à tous des gratifications. Le plus grand nom-
bre, il est vrai, avait payé de sa vie ce beau succès.
Le comte Poniatowski, colonel polonais qui combat-
tait en volontaire parmi les grenadiers de Bourbon nais,
y trouva la mort à vingt ans. Le capitaine du Bour-
det, y eut le nez emporté par une balle. Le régiment
fit encore cette année le siège de Fumes. 11 rejoignit
ensuite le maréchal de Saxe au camp de Courtrai et
alla passer l’hiver à Metz. Pendant toute la campagne
de 1745, il resta dans les lignes de la Lauter..Son
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 319
colonel, le duc de Lesparre servit en volontaire à la
bataille de Fontenoy et s’y fit tuer (1).
En 1746, liourbonnais, porté à quatre bataillons,
servit d’abord au siège de Mons et ensuite à celui de
Charleroi. Le lieutenant Desroches se couvrit de
gloire devant Charleroi, en s’emparant, avec 50 volon-
taires, de la redoute de la Marcinelle et de tous ceux
qui la défendaient. Le régiment termina la campagne
par la bataille de Rocoux, à laquelle du reste il prit
peu de part.
En janvier 1747, il quitte Longwy où il avait eu
ses quartiers et se rend en Provence. Les Autrichiens
avaient franchi le Var, mais ils se hâtèrent de le
repasser. Une partie de Bourbonnais fut alors détachée
pour reprendre les îles Sainte-Marguerite et Saint-
llonorat. Le reste fut employé aux sièges de Montal-
ban et de Villefranche. Le régiment alla tout entier,
au mois de juillet, joindre le corps que commandait
le chevalier de Bellisle dans le Haut-Dauphiné, et qui
attaqua le 19 les Piémontais dans l’inexpugna-
ble position du Col de l’Assiette. Bourbonnais avait la
tète de la colonne qui devait attaquer le centre des re-
tranchernents. 11 se trouva exposé à un feu de front
et de flanc qui le détruisit presque entièrement. Les
files qui tombaientétaient immédiatement remplacées.
Le soldat, animé par le combat, se serrait de lui-même
pourrie laisser aucun intervalle dans la colonne, qui
(I) Il avait été fait brigadier le 1” mai 1745.
,
320 HISTOIRE
arriva enfin, malgré le feu terrible qu’elle essuyait
au pied des retranchements. Elle s’y maintint quatre
heures jusqu’à ce que l’ordre delà retraite eut été donné.
Bourbonnais perdit là 60 officiers et 800 soldats. Cent
quarante hommes seulement se retirèrent sans bles-
sures. Parmi les morts était le colonel comte de Gohas,
le commandant de bataillon Decourt, les capitaines
La Roche, Dragon L’étang, chevalier de Vaux, Lestang,
Riencourt,Veyrac. Destresse et Saint-Charaarens (1).
Le régiment fut envoyé à Nîmes pour réparer ses
pertes, et passa en 1748 dans le comté de Nice. A la
paix, il rentra en Provence et fut ensuite mis succes-
sivement en garnison à Nîmes et Montpellier, Tou-
louse et Carcassonne, Bayonne, La Rochelle et l’île
d’Oleron, Calais et Dunkerque. En 17.'î4, il était au
camp d’Aimeries sur Sambre et fut ensuite à Valen-
ciennes et à Lille. En 1756, on campé sous le trouve
Calais aux ordres du prince de Croï. Il demeura em-
ployé, pendant les premières campagnes de la guerre
de Sept Ans, à la garde des côtes depuis Calais jusqu’à
Osiende et ce ne fut qu’en 1 760 qu’il se rendit à l’ar-
mée du Bas-Rhin.
11 fit alors partie du corps de réserve du chevalier du
Muy. Le 31 juillet il était posté à la garde de W'ar-
bourg, où étaient les équipages du quartier général.
(I) Le comlc de Gohas était brigadier du 22 juin 1747; il eut pour
successeur le comte de Valence, brigadier le 10 mai 1748, et maré-
chal de camp le 20 février 1761.
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DE L’ANCrENNE INPANTEEIB FRANÇAUE. 321
Les grenadiers et chasseurs étaient détachés en avant
de Warbourg au château d’Eisemberg où l’ennemi
présentait une tête. A la faveur d’un brouillard très-
épais, quatre bataillons anglais firent un mouvement
pour occuper les hauteurs de la tour de "Warbourg,
située à une demi-lieue de la gauche de la brigade de
Bourbonnais. Celle-ci reçut l’ordre d’aller les atta-
quer. Le colonel comte de Valence la mena à l’en-
nemi avec beaucoup de résolution et après avoir fait
halte au pied des hauteurs, il gravit leurs pentes dans
le plus grand ordre. En approchant du sommet, il
essuie le feu redoutable des Anglais ;
doublant alors le
pas, malgré les difficultés du terrain, la supériorité du
nombre des ennemis et leur feu qui prenait une
intensité effroyable, il les aborde à la ba'ionnette et les
fait reculer. Les Anglais, ralliés par des troupes fraî-
ches, tentent de reprendre le terrain qu’ils ont perdu;
ils sont de nouveau repoussés. Cependant, la bri-
gade s’affaiblissait; elle fut bien secourue par celles de
La Couronne et de Rouergue et par ses compagnies
d’élite qui abandonnèrent pour venir à elle le châ-
teau d’Eisemberg ;
mais ces troupes eurent bie ntôt
affaireà toute l’armée ennemie, et le chevalier du Muy
se décida à battre en retraite. Elle se fit si fièrement
que les Français mirent trois quarts d’heure à parcou-
rir un quart de lieue et qu’ils rentrèrent dans War-
bourg sans avoir été entamés. Bourbonnais eut dans
ce combat 50 officiers et plus de GOO hommes tués ou
blessés. Les commandants de bataillon La Marlière et
IIIST, DF. L’aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 21
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322 HISTOIKB
de Podenas, les capitaines Leroy, Vassal, Beaumont
d’Anglars, La Gapelle et La Forest étaient morts. Le
colonel de Valence et le lieutenant-colonel de Borde-
nave (t) étaient au nombre des blessés. Cette affaire
toute particulière au régiment de Bourbonnais lui
valut les éloges du maréchal de Broglie qui l’envoya
à Cassel pour se refaire. Il cependant au com-
assista
bat de Corbach où le colonel fut encore blessé.
Il se remit en campagne le 10 janvier 1761. Les
1 3 février dans
2* et 4® bataillons qui étaient entrés 1e
Marbourg y furent attaqués le lendemain par 200
hommes aux ordres du général Breidembach qui fut
repoussé. Le régiment prit part cette année au com-
bat d’Oldendorf et à une canonnade fort vive au mois
de novembre. Il so trouvait le plus ancien corps de
l’armée du maréchal de Broglie et était chargé de la
défense d’Eimbeck et de la chaussée qui conduit à
Hanovre; ce poste était à peu près au centre de l’armée
qui eût été coupée si l’ennemi s’en fût rendu maître.
Le prince Ferdinand, après plusieurs tentatives inu-
tiles ,
porta toutes ses forces au centre. Son artillerie
nombreuse et bien servie ne put ébranler Bourbon-
nais. Le prince se retira.
(1) Antoine de Bordenave, sous-lieutenant en 1713, lieutenant-
colonel 20 mars 1746, brigadier 10 mai 1748, maréchal-de-cainp
20 février 1761. 11 eut pour successeur Eléonor de Garnier Desga-
rcst, enseigne en 1733, lieutenant-colonel 27 décembre 1703, briga-
dier 18 juin 1768.
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ffB l’ancienni invaftebie française. 323
En 1762, le régiment (1) fut d’abord employé à
travailler au camp retranché qu’on établissait sur le
chemin deGottingen. Il rejoignit le 19 juin l’armée
assemblée sous Cassel et il se trouva le 24 au combat
de Grebcnstein, où le capitaine de Maulmont fut blessé.
Il fit ensuite partie d’un corps détaché de 3 ,000 hommes
placé sous le commandement du comte de Rocham-
beau, que’ lord Granby voulut enlever le 10 juillet
près de Hombourg. Les Anglais se présentèrent sur
trois colonnes, chacune de 6,000 hommes. Celle de
droite marcha sur un village où étaient placés nos
dragons, tandis que les deux autres se dirigeaient sur
Hombourg. Au moment où les Anglais allaient passer
de Hombourg, le comte de Rochambeau les
le ruisseau
fit charger par les dragons ;
mais, emportés par trop
d’ardeur, ceux-ci manquèrent leur but et furent rom-
pus. Dans ce moment. Bourbonnais, commandé par le
lieutenant-colonel de Bordenave, vint avec une préci-
sion singulière se mettre en bataille sur la chaussée de
Ziegenheim et arrêta l’ennemi. Pendant que son ai'til-
lerie régimentaire bien dirigée déconcerte les Anglais,
les dragons se rallient derrière ses rangs. Cette belle
manœuvre dérange tous les plans de l’ennemi qui se
retire. Sans elle ,
la communication de l’armée avec
Francfort était coupée, et tous les magasins étaient là.
Au mois d’août les grenadiers et chasseurs de Boiir-
(I) Il était alore commandé par le marquis de Miran, brigadier le
2B fétrier 1761, maréchal-de-camp le 3 jauTier 1770, et lieutenanU
général en 1784.
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324 niSTOIBE
bonnais soutiennent leur réputation de bravoure. On
les avait jetés dans Melsùngen, mauvais poste dominé
de toutes parts par des montagnes. Le reste du régi-
ment, campé sur les hauteurs avec la brigade du Roi,
avait la Fulda entre lui et Melsùngen que l’ennemi
cherchait à enlever. Les compagnies d’élite, embus-
quées derrière des haies, y tinrent pendant six semai-
nes sans se déshabiller et sans vouloir être relevées.
Le reste de cette campagne se passa en marches et
contre-marches, et, aprèsla signature des préliminaires
de la paix. Bourbonnais alla prendre ses cantonne-
ments sur le Mein à Steinheim et Seiligenstadt. Il fut
rejoint là par un détachement de volontaires qu’il
avait fourni en 1760, et qui, pendant trois campagnes,
avait rendu les plus grands services dans la guerre de
partisans. Ces braves s’étaient surtout distingués dans
la journée de Villingshausen, le 15 juillet 1761. Ils
avaient emporté deux fois le village et enlevé deux
pièces de canon.
A la paix, le régiment fut dirigé sur Strasbourg
où
il arriva enmars 1763. Au mois de décembre il fut
envoyé à d’où il passa à Besançon en septem-
Lille,
bre 1 766. 11 partit de là en juin 1767 pour se rendre
au camp deCompiègne. Après la levée du camp au
mois d’août, il fut envoyé à Arras, qu’il quitta en mai
1769 pour se rendre à Aire. La même année, au mois
de novembre, il arrivait à Montpellier ;
en octobre
1771 il entrait à et en octobre 1772 il
Perpignan,
était de retour à Montpellier. Le 1" septembre 1773
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,
DE l’ancIënne infanterie française. 325
il arrivait à Toulon et il embarquait
le 9 pour
s’y
passer dans ’ile de Corse. occupa d’abord Saint-
11
Florent et prit garnison à Bastia en janvier 1774. Ce
fut là qu’il fut dédoublé. Les 2' et 4” bataillons for-
mèrent le nouveau régiment de Bourbonnais; les 1®'
et 3' composèrent le régiment de Forèz (1).
RÉGIMENT UE BMRBOKNAIS.
13* RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU MESTRES DE CAMP.
1 . Marquis de LAVAL (
Anne-AIexandre-Marie-Sulpice de Montmo-
rency), 18 avril 1776.
2. Prince de BROGLIE (
Charles-Louis-Victor ),
!•' juillet 1783.
3. Baron DE POUTET (
François-Henri ), 23 novembre 1791.
4. Chevalier d’ARLANDES de SALTON (
Louis-François-Pierre )
8 mai 1792.
Bourbonnais quitta la Corse en juillet 1776. Débar-
qué à Toulon le 18, il prit bientôt la route de Nancy,
où il arriva au mois de novembre. Au commence-
ment de 1 779, quand la guerre eut été déclarée à l’An-
gleterre, il fut dirigé sur la Bretagne, occupa quelque
(1) Le vieux Bourbonnais avait porté jusque-là un uniforme en-
tièrement blanc, avec boutons et galon de chapeau dorés. L'habit
avait de chaque cété deux poches en long avec six boutons réunis de
deux un [Link]
y avait quatre boutons sur les parements. Le nou-
veau Bourbonnais porta jusqu'au règlement de 1779 un habit distin-
gué par le colfet, les revers et les parements cramoisis, boutons
jaunes.
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326 BISTOIMS
temps Rennes, passa au mois de juin à Brest, où il
s’embarqua enfin le 7 avril 1780. 11 était le plus an-
cien des quatre régiments que le marquis deRocham-
beau conduisait au secours des Etats-Unis (1).
Cette petite armée arriva au mois d’août à New-York,
et les Américains lui remirent immédiatement la garde
de tous les retranchements élevés sur la côte de Rhode-
Island, contre lesquels le général anglais Clinton pré-
parait une expédition formidable. L’arrivée des Fran-
çais la fit échouer. Bourbonnais passa l’hiver dans ces
quartiers, et ce ne fut qu’en juin 1781, que Indivision
de Rochambeau fut concentrée et réunie à l’armée
américaine au camp de Philisbury sur les rives de
l’Hudson. Un orage terrible allait fondre sur le corps
anglais du général Cornwallis qui s’était retranché
dans le York-Island.
Le 21 juillet, 2,500 hommes de Rochambeau, les
régiments de Bourbonnais et Royal-Deux-Ponts, et un
bataillon formé des compagnies d’élite de Soissonnais,
commandés par le chevalier de Chatellux, poussent
une reconnaissance sur Kingsbridge, et forcent les
Anglais à replier tous leure postes. Les troupes fran-
çaises, après une marche prodigieuse, par une cha-
leur excessive qui ne put abattre leur ardeur et leur
(1) Le marquis de Laval, qui commandait alors le régiment, fut
fait brigadier le S décembre 1781 et maréchal de camp le 13 juin
1783, Son successeur le prince de Broglie devint maréchal do camp
le 30 novembre 1791.
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DE l’ancienhb infanterie française. 327
gaîté, « arrivèrent le 15 août aux portes de Phila-
delphie. Elles firent halte pour se parer, comme en
un jour de fête ou de combat, et lorsqu'elles firent
leur entrée, l’affluence des habitants était immense
sur leur passage; les maisons étaient pavoisées aux
couleurs des deux nations, et quand ces guerriers des
vieilles bandes défilèrent sous les yeux du Congrès,
cette assemblée les honora de son salut fraternel et de
ses acclamations. »
« Les Français ne s’arrêtèrent qu’un jour à Phila-
delphie. ün apprit que la flotte du comte de Grasse
venait d’entrer dans la Chesapeake, et ils se rendirent
vers le fond de la baie, où quelques compagnies s’em-
barquèrent; le reste des troupes se dirigea sur Balti-
more, et de là sur Annapolis, où l’on trouva des bâti-
ments de transport. Les deux flottilles, ayantparcouru
la baie, entrèrent dans le James-River, et les régi-
ments qu’elles avaient à bord sc joignirent à ceux que
le comte de Grasse avait amenés des Antilles, et que
le marquis de Saint-Simon commandait. Ce général
était à la tête des régiments d’Agénois, de Gâtinais et
de Touraine, et Rochambeau arrivait avec ceux de
Bourbonnais, de Soissonnais, de Saintonge et Royal-
Deux-Ponts. »
Ces troupes, formant un effectif de 7,000 hommes,
réunies à 8,000 Américains, vinrent le 28 septembre
former l’investissement d’York-Town. Les Français
furent chargés de l’attaque de gauche, et Bourlx)nnais
y ouvrit la tranchée le 7 octobre. Le 15, il repoussa
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328 HISTOIRE
vigoureusement une sortie et le 1 9 Cornwallis se rési-
gna à capituler. Le régiment occupa aussitôt tous les
postes de son attaque et inscrivit sur ses drapeaux
une nouvelle victoire dont les trophées étaient 6,000
Anglais ou Hessois prisonniers, 22 drapeaux, 170 piè-
ces de canon, 40 bâtiments de diverses grandeurs et
1,500 matelots.
Après ce beau fait d’armes, qui ruina définitive-
ment les affaires des Anglais dans leur ancienne co-
lonie, les régiments qui étaient venus des Antilles se
rembarquèrent le 4 novembre, et le 14, les quatre
régiments de Rochambeau entrèrent en quartiers
d’hiver répartis entre York-Town, Hampton et Wil-
liamsbourg. demeurèrent dans ces places pendant
Ils
toute la campagne de 1782, et au mois de mars 1783
ils se rendirent dans le Rhode-Island où les attendait
la flotte de M. de Vaudreuil qui devait les ramener en
France. A son arrivée. Bourbonnais fut envoyé à Metz
où il se trouvait réuni au mois d’août.
A la fin de 1787, la crainted’une nouvelle rupture
avec l’Angleterre le fit diriger sur Lisieux; mais il
de retour à Metz au mois de décembre. En sep-
était
tembre 1 788, il fit partie du camp de Metz, et à la fin
de juin 1789, un ordre signé de la main du roi, l’ap-
pela aux environs de Paris. Il n’y demeura guère et
était de retour à Metz le 30 juillet. Le marquis de
Rouillé, sous les ordres duquel le régiment se trouvait
alors, fait l’éloge de sa conduite dans ces temps diffi-
ciles, et en attribue en grande partie l’honneur à
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.
DE l' ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 329
l’intelligence et à la fermeté du lieutenant-colonel de
Bressolcs (i).
Au mois de mai 1790, Bourbonnais fut envoyé à
Mézières, et en avril 1791 il reçut l’ordre de sc rendre à
Strasbourg. A peine arrivé dans cette ville, le bruit
courut que les officiers avaient conçu le projet de
livrer la citadelle aux émigrés. Cette accusation sans
preuves suffit cependant pour exciter de la fermenta-
tion, et l’autorité, faible, comme elle l’est trop sou-
vent dans de pareilles circonstances, céda au caprice
du public en faisant partir Bourbonnais pour Weis-
sembourg, *d’où il se rendit un peu plus tard à Neuf-
brisach. Les conséquences de cette fausse mesure
furent d’introduire des éléments de discorde dans le
corps ;
quelques désordres eurent même lieu en juin
1792, mais ils furent facilement calmés par Victor de
Broglie, ancien colonel du régiment, qui avait con-
servé une grande influence sur ses anciens soldats et
qui fut envoyé de Strasbourg pour rétablir la disci-
pline. Les hommes du 13®, en revenant à eux, l’assu-
rèrent que leur plus grand désir était de conserver
intacte la glorieuse devise du régiment : Bourbonnais
sans tache.
Le corps ne prit point part aux premières opérations
de la guerre. En apprenant la honteuse capitulation
(i) Gilbert de Bressoles avait d'abord servi dans Touraine. Nommé
major de Bourbonnais le 31 mai 1776, et lieutenant-colonel lo 29
décembre 1781 , il fut fait maréchal de camp le l" mars 1791
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330 HISTOIRE
deLongwy, son lieutenant-colonel Aubert-Dubayet(l),
qui était membre de l’Asserablce nalionale, réclama
vivement pour lui et pour son régiment rhonnour de
marcher à l’ennemi.
Le 1" bataillon fut, en effet, bientôt dirigé sur
Tbionville. Un détachement y resta et prit part à la
défense que fit dans cette place Félix de Wimpfen.
Le lieutenant Bouvard reçut deux coups de
baïonnette à la sortie du 21 septembre. Le reste du
bataillon servit à l’armée de Custines et se trouva le
1 4 septembre à la reprise du camp de Boudenthal sur
la Lauter. Au mois de novembre, le bataillon entier
combattit à l’affaire de Dettweiler en avant de Saverne.
Il fut ensuite envoyé à Francfort ;
il s’y trouva à l’atta-
que du 2 décembre et se retira à Mayence. Il reprit la
campagne au mois de mars 1793, et se distingua le
30 au combat d’Oberlesheira. Gravissant rapidement
les montagnes, il attaque la colonne ennemie, qui,
quoique plus nombreuse, ne peut lui opposer qu’un
front égal au sien, serrée qu’elle était d’un côté par
les rochers et de l’autre par un ravin. Pendant que les
pièces du bataillon écrasent les Prussiens en les pre-
nant à revers, les compagnies chargent à la baïon-
nette et mettent l’ennemi en déroute. « Je ne puis don-
ner assez d’éloges, disait Custines dans son rapport,
(2) Aubert Dubayet était entré dans Bourbonnais en 1780 en qua-
'
iité de sous-lieutenant. Un autre général de la révolution, Harco-
gnet, y débutait avec le même grade en 1781.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 331
aux braves soldats et au colonel d’Arlandes du 13*
d’infanterie.» Le hütaillon ne se distingua pas moins
sous le général lleauharnais. Le 19 juillet, il s’empara
avec la plus grande valeur des gorges d’Auweiler et
des hauteurs de Frankwciler. Le 22 août, il défendait
avec énergie les gorges de Limboz. Quelques jours
après il eut la douleur de voir disparaître le brave
colonel d’Arlandes qui, ami de Custines, alla sur la
terre étrangère mettre sa tête à l’abri des haines révo-
lutionnaires.
En 1794, les deux bataillons de Bourbonnais furent
amalgamés avec des volontaires et servirent à former
les 23* et 26" demi-brigades. La 23* fut organisée le
17 juin et ht partie de l’armée de Rliin-ct-Moselle; la
26% organisée le 20 mai, passa à l’armée de Sambrc-
et-Meuse.
RÉGIMENT DE mU.
14* RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OU MESTRES DE CAMP.
1. Comte DE MENOU (Frauçois-Ménehould), 16 avril 177(1.
2. Vicomte de [Link] (
Philippe-Louis-Marie-lmiocenl-Chris-
tophe-Judcs ), H novembre 1782.
3. d’HINNISDAL de FOLVL (Louis-Manimilieu-François ) , 23 juil-
let 1791.
4. MEUSNIER de LA PLACE ( Jean-Bapliste-Marie-Cliarles ), 3 fé-
vrier 1792.
3 DELA MARLIÉRE ( Antoine-Nicolas ), 14 février 1792.
6. MERLE-BEAULIEU ( Pierre-Nicolas ), 9 septembre 1792.
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332 HISTOIRE
Le régiment de Forèz quitta la Corse aussitôt après
sa formation et \int à Toulon d’où il partit le 4 août
1770 pour se rendre à Monldauphin et Embrun. Au
mois de novembre de la même année, il arrivait à
Douai, et en 1777 il prenait, par suite de la cessation
du roulement entre les corps de même ancienneté,
le numéro 14dans l'infanterie (1). Au commencement
de la guerre d’Amérique, il fut envoyé à Valognes et
Cherbourg c’était en février 1778 que s’exécutait ce
:
mouvement. Au mois de septembre de la même année,
il faisait parlie du camp de Yaussieux, et en octobre il
était placé à Quimper. Un détachement embarqué sur
l’escadre du marquis de Yaudreuil, contribua le 31
janvier 1779, sous les ordres du duc de Lauzun, à la
reprise de l’ile Saint-Louis du Sénégal. La garnison
anglaise fut prisonnière de guerre ;
tous les forts et
comptoirs furent remis aux Français avec 26 canons
(I) Le premier uniforme de Forèz se distingua de celui de Bour-
bonnais par le collet vert et les boutons blancs. Ses drapeaux con-
seryèrent les deux quartiers bleus de Bourbonnais, mais lesquartiers
violets furent remplacés par des quartiers cramoisis.
Parmi les chefs qui ont marché à la tète du régiment de Forèz,
cinq sont parvenus au grade de maréchal de camp. Le comte de Me-
nou, son premier colonel, fut fait brigadier le 1*' mars 1780, et ma-
réchal de camp le o décembre 1781. Charles-Louis de Chamisso de
Sivry, son premier lieutenant-colonel, obtint ce grade le 1*' mars
1791 . Le vicomte de Narbonne y parvint le 17 avril 1790 ,
M. d’Hin-
nisdal le 13 décembre 1791, et M. de La Marlière le 7 septembre 1792.
«
Ce dernier fut fait général de division eu 1793.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE 333
de bronze, 56 canons de fer,
1 0 mortiers et 8 pierriers.
Ce détachement passa ensuite à l’Ile-de-France et
dans l’Inde, et prit part avec Austrasie à tous les faits
de guerre qui eurent lieu dans cette partie du monde.
Le lieutenant Dumoulin fut tué sur le vaisseau le
Fendant au combat naval du 20 Juin 1783.
Pendant ce temps le reste du régiment, après avoir
occupé les villes de Brest, Morlaix et Lannion, était
venu en septembre 1779 à Tonnay-Charente, d’où il
fut à Rochefortet à l’île d’Oleron en mai 1780. Après
avoir fait partie du camp assemblé à Saint-Jean d’An-
gély sous les ordres de M. de Voyer, il se rendit à
Port-Louis et à Lorient en octobre 1781, puisàGivet
Il occupa depuis les garnisons de
en novembre 1782.
Sédan en 1784 et de Montraédy en 1786, et en
novembre 1787, pendant la rupture des relations
diplomatiques avec l’Angleterre à propos des troubles
de l’Irlande, il vint à Saint-Servan. Il était encore en
Bretagne quand éclata 1a révolution. En octobre 1 790 il
fournit 320 hommes pour la garnison des vaisseaux du
port de Brest, et le 25 décembre de la même année
le 2® bataillon partit pour la Martinique.
Le 1" bataillon et le dépôt du 2® demeurèrent
encore quelques mois à Saint-Pol-de-Léon ,
et en
juin 1791 ils se mirent en roule pour Aire. Au
commencement de 1792, bataillon fut envoyé à
le 1®®
Béthune, et il y fut un moment en état d’insurrection
à propos des nouveaux règlements de police militaire,
que des malveillants étaient parvenus à lui faire voir
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334 HUTOIRE
de travers. Cette affaire n’eut, du reste, point de suite,
et au début de la guerre, le bataillon fit partie de l’ar-
mée du Nord, avec laquelle il contribua à la première
conquête de la Belgique.
Dans les premiers mois de 1793, il occupait Na-
mur et avait ses grenadiers à l’armée de Beurnonville.
Il fît encore la campagne de 1793 à l’armée du Nord
et fut versé le 25 décembre 1793 dans la 27" demi-
brigade qui se distingua pendant la conquête de la
Hollande.
Le 2® bataillon de Forèz, que nous avons vu passer
en 1790 aux Antilles, après un court séjour à la
Martinique, fut envoyé à Saint-Domingue, d’où il
revint en 1792 à la Martinique et à la Guadeloupe. Il
conserva la meilleure discipline au milieu des déplo-
rables désordres des colonies, et rentra en France au
commencement de 1794, au moment où le pays tout
entier était sous l’influence du terrible combat naval
où périt le Vengeur. Ce bataillon se hâta d’envoyer à
la Convention, pour être employée à la construction
d’une frégate, la somme de 775 livres 15 sous, montant
d’une journée de solde. A son arrivée en France, il
avait été réuni à l’armée des Côtes de l’Océan, et il fut
incorporé seulement en 1795 dans la 28" demi-bri-
gade, qui, après la pacification des départements de
l'Ouest, fut dirigée sur l’armée des Alpes.
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-
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 335
BÉCmiKT DE DÉARIV.
Faberten avoit fait un réglinont modèle.
èitoiRE Dtt XVII* siècle.
MESTRES DE CAMP OU [Link].
1. DE BALAGNY (Jean de Montluc), 9 octobre 1S95.
2. DE BALAGNY (Damien de Montluc), 1003.
3. Marquis de RAMBURES (Charles), H avril 1612.
4. Marquis de RAMBURES ( Jean ), 2o mai 1627.
K. Marquis DE RAMBURES ( François ), 17 mars 1633.
6. Marquis de RAMBURES (René), 14 juin 1642.
7. Marquis de [Link] (
Charles ), 10 avril lO.ïO.
8. Marquis de RAMBURES (
Louis-Alexandre ), 1671.
9. Marquis de FËUQUIÈRES ( Antoine de Pas), 4 août 1676.
10. Marquis DE FEUQUIÉRES (Jules de Pas ), 20 Janvier 1689.
11. Marquis dbLEUVILLE (Louis-Thomas du Bois do Fiennes), 27
avril 1700.
12. Duc de richelieu (
Louis-François-Arniand du Plessis), 15
mars 1718.
13. Duc DE ROHAN-CHABOT ( Louis-Marie-Bretagne-Dominique),
16 avril 1738.
14. Marquis de GRILLON ( Louis des Balbi de Berlons ), 1” janvier
1743.
15. Marquis de LA TOUR-DU-PIN LA CHARGE (Philippe-Antoine
Gahriel-Viclor-Charles ) ,
19 octobre 1746.
16. Comte de BOISGELIN (René -Gabriel), 20 février 1761.
17. Marquis de CRÉNOLLE (Anne-Louis du Quingo), 30 novcm>
bre 1764.
Ce régiment, qui n’a pris un titre de province que
,
336 HISTOIRE
dans les dernières années de la monarchie, était le
plus ancien des régiments de gentilshommes et était
fort recherché par la haute noblesse. Il a porté les
noms des seize premiers raestres de camp ou colonels
qui ont marché à sa tête.
Une tradition, conservée par les vieux officiers du
corps, faisait remonter son origine à une compagnie
des Gardes de François de Valois, duc d’Alençon
frère de Charles IX et de Henri III, compagnie que
ce prince aurait levée en 1.576. Cette tradition nous
Les faits que nous allons rapporter lui
paraît fondée.
donnent au moins un grand caractère de vérité, car
ils établissent une liaison toute naturelle entre la
compagnie des Gardes du duc d’Alençon et la garnison
de Cambrai, point de départ incontestable du régi-
ment.
Après la mort de Charles IX, et avant que son
frère Henri, le fils chéri de Catherine de Médicis, fût
revenu de Pologne, il se forma en France un parti qui,
prenant pour bases les idées de tolérance et de mo-
dération philosophique du chancelier de l’Hôpital,
prétendit s’interposer entrâtes catholiques et les pro-
testants, et, si cela était nécessaire, contraindre les
uns et les autres par la force à vivre en paix. Ce parti,
qui s’appelait le parti des Politiques, et qui, comme
tous les tiers-partis, fut conduit par la force des choses
à faire de l’opposition, eut pour chefs apparents les
nombreux membres de la puissante famille de Mont-
morency, et pour chef réel le duc d’Alençon, frère du
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DE L’ANCIKfWK INFANTERIE FRANÇAISE.
337
roi. La reine-mère, qui
se méfiait avec raison de ce
fils, en quelque sorte prisonnier à Paris.
le retenait
Il parvint cependant à s^échapper en
1575, et se mit
ouvertement à la tête des Politiques. Mais ceux-ci,
ayant été complètement défaits par le duc de Guise
au combat de Dormans, le duc d’Alençon ne chercha
plus, pour le moment, qu’à faire chèrement acheter sa
soumission. Le 6 mai 1576, une paix fut, en effet,
signée à Chatenoy en Gàtinais, et cette paix fut nom-
mée la Paix de Monsieur, parce que la reine, pour
ramener à elle l’héritier de la couronne, lui fit les
plus lourdes concessions. On lui accorda en apanage
les trois duchés d’Anjou, de Touraine et de Berry,
«afin de parvenir à quelque grand et heureux ma-
riage, » liberté entière de sa personne et faculté d’en-
tretenir des Gardes pour sa sûreté.
Suivant toute probabilité, le duc d’Alençon, prince
soupçonneux et sans amis, dut donner le commande-
ment de ses Gardes au seul homme en qui il eut alors
confiance, à son célèbre favori, au brave et redouté
Bussy d’Amboise. Lorsque Bussy d’Amboise eut payé
de la vie scs romanesques galanteries (1), il dut être
remplacé dans sa charge par son beau-frère Bala-
(I) Louis de Clerinout d’Amboise, seigneur de Bussy, noua sa der-
nière intrigue avec Françoise de Maridort, femme du comte de
Montsorreau. Ce mari, irrité de quelques railleries du roi, contrai-
gnit sa femme à donner un rendez-vous à Bussy, et assassina ce
brave le 10 août 1579.
IST. DE l'amc. ikfahteaie feançaise. T. Ut. 22
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338 HISTOIRE
giiy(l), qui lui succéda dans la faveur du prince.
Quoi qu’il en oit, le duc d’Alençon, appelé par les
Pays-Bas révoltés contre l’Espagne et déclaré protec-
teur de leur ligue, conçut l’espoir de se former un
royaume indépendant dans le Nord, et parvint en 1 580,
à se faire livrerpar son gouverneurBeaudoin deGravc,
la ville impériale de Cambrai dont il voulait faire le
point d’appui de ses manœuvres. 11 confia la garde et
le gouvernement de cette place importante à Balagny,
qui, l’année suivante, fit échouer tous les efforts tentés
par Alexandre Farnèse, duc de Parme, pour remettre
Cambrai sous le joug espagnol. En 1583, Balagny re-
cueillit les débris des troupes françaises qui avaient
accompagné le duc d’Alençon dans sa malencontreuse
expédition d’Anvers, et à la mort de ce prince, arrivée
le 10 juin 1584, il se fit continuer, à la faveur des
troubles qui agitaient à la fois la France et les Pays-
Bas, le gouvernement, c’est-à-dire la possession de
Cambrai, et parvint à s’y maintenir pendant onze ans.
En 1 593 , Balagny qui avait activement servi la
Ligue afin de ne pas être inquiété par l’Espagne, com-
prit que l’avenir appartenait à Henri IV, et que ce
prince le sacrifierait sans scrupule à l’Espagne pour
avoir la paix. Il résolut donc de gagner les bonnes
grâces du roi, et choisissant le moment où ce prince
(I) [Link] de Montluc, seigaeur de Balagny, une i]ui avait épousé
sœur de Bussy d’Aniboise, était fils naturel de Jean de Montluc, évû-
que de Valence. Ce galant évêque, frère du maréchal de Montluc,
passe pour avoirfourni à Rabelais l’idée de frère Jean des Entomûres.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 339
se trouvait fort empêché entre la ville de Laon qu’il
assiégeait et une armée espagnole qui menaçait de le
forcer dans ses lignes, il vint le trouver avec 500 che-
vaux et 800 fantassins. Ce secours arriva si à propos
et fut si agréable à Henri IV, qu’il donna à Balagny
(31 mai 1594) le bâton de maréchal de France, et lui
assura la principauté héréditaire de Cambrai, sous la
protection de la couronne.
Balagny ne jouit pas longtemps de sa souveraineté.
Le 13 août 1595, une armée espagnole vint mettre le
siège devant Cambrai. Le maréchal eût pu faire une
belle résistance, car il avait une nombreuse garnison
presque entièrement composée de vieux soldats, si la
dureté de son caractère ne lui eût aliéné le cœur des
habitants. Ceux-ci se révoltèrent le 2 octobre, débau-
chèrent 200 Suisses de la garnison, à l’aide desquels
ils s’emparèrent delà grande place et ouvrirent leurs
portes au comte de Fuentès. Balagny n’eut que le
temps de se réfugier dans la citadelle avec 1 ,000 hom-
mes de pied qui lui étaient restés fidèles, et il fut forcé
de capituler le 9 octobre (1).
Ce jour même, il Péromie et forma des
se retira à
débris de la garnison de Cambrai un régiment d’in-
fanterie de son nom qui fut admis au service et à la
(I) Balagny eut dans le même temps un autre déboire. 11 perdit
sa femme, Renée de Clermont d’Amboise, « crevée de dépit de n’é-
tre plus princesse ». Henri IV, qui avait quelquefois de singulières
manières de consoler les gens, lui fit épouser Diane d'Estrées, soeur
de la belle Gabrielle, et l'un des sept péchés mortels.
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340 mSTOIRE
solde du roi, le 6 mars 1597. Ce régiment fut réformé
le 6 mai 1598, après avoir servi à quelques expédi-
tionsde peu d’importance sur la frontière du Hainaut.
La compagnie du mestre de camp, qui était, suivant
toute apparence, l’ancienne compagnie des Gardes du
duc d’Alençon, resta seule entretenue.
Balagny fut remis sur pied eu 1600, pour l’expédi-
tion de Savoie, et réformé de nouveau en 1603. On
en conserva alors deux compagnies. En 1610, Damien
de Montluc, qui avait succédé à son père dans le com-
mandement du corps, eut ordre de le porter à dix
compagnies et de le conduire au lieu d’assemblée que
le roi devait indiquer à son armée, pour une entreprise
secrète, mais l’assassinat de Henri IV changea tout à
coup la face des affaires, et Balagny fut encore réduit
à deux compagnies.
En 1 61 2, Damien de Montluc, qui venait de la sœur
de Bussy d’Amboise et qui était brave, fut tué en duel
parPuymaurin, ou plutôt assassiné dans la rue Neuve-
des-Petits-Champs. 11 fut remplacé par son beau-frère,
Charles de Rambures, un des plus vaillants officiers
de son temps (1), qui rétablit le régiment en 1614, et
le conduisit pour le service du roi en Bretagne. Quand
Louis XIII arriva à Nantes pour tenir les États de la
(I) Il fut fait maréchal de camp le 19 mars 1625, et mourut en
162 des suites des nombreuses blessures qu’il avait reçues àlvry et
Amiens. Son fils Jean qui lui succéda, devint en 1633 mestre de
camp des Gardes Françaises.
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 341
province, y trouva le régiment de Rambures, fort de
il
2,000 hommes bien équipés, et dont il fut si content
qu’il le chargea d'aller avec les Gardes Françaises,
soumettre et démolir la ville de Blavet, foyer de re-
belles toujours prêts à livrer leur port aux Espagnols.
Rambures réduit à deux compagnies,fit la campa-
gne de 161 5 à l’armée du maréchal de Bois-Dauphin.
11 était au siège de Creil-sur-Oise. Il se rendit ensuite
dans le Poitou pour en fermer l’entrée aux mécontents.
Rétabli à dix compagnies en 1616,
il marche, avec le
comte d'Auvergne, au secours de Péronne menacée
par le duc de Longueville. L’année suivante, il con-
tribue à l’attaque du faubourg de Laon, où l’armée
des princes s’était retranchée, et fait le siège deRhétel.
En 1618, après que la mort du maréchal d’Ancre
eut rendu la paix au royaume, le régiment fut encore
réduit à deux compagnies. En 1619, les capitaines
réformés remirent leurs compagnies sur pied, et le
corps fut employé dans l’évéché de Metz, sous les or-
dres du maréchal du Plessis-Praslin.
En 1620, Rambures est au combat des Ponts de Cé.
En 1621 il arrive des premiers sous les murs de
,
Saint-Jean-d’Angély avec le comte d’Auriac, chargé
d’investir la place. Pendant le siège, il partage les
travaux de Navarre et rend de brillants services. Le
lieutenant Néaumer y perd la vie. Le régiment parti-
cipe ensuite à la prise de Bergerac, où il reste en gar-
nison jusqu’à la paix de Montpellier, sauf un détache-
ment de 300 hommes commande par le mestre de
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342 HISTOIRE
camp, qui va en 1622 au secours du duc d’Elbœuf, et
qui, réuni à oOO hommes de Piémont, bat complète-
ment le marquis de La Force.
En 1624, Rambures quitte Bergerac et vient occu-
per Saint-Maixent. 11 sert les deux années suivantes
en Picardie, et au mois d’août 1627, il arrive devant
La Rochelle qui est immédiatement investie. Rétablit
son quartier à Ângoulins où logeait le cardinal de
Richelieu, et construisit sur la pointe de Coureilles
une batterie de six pièces qu’il servit pendant toute la
durée du siège. Ce fut celte année que l’illustre Fabert
obtint la charge de sergent-major du régiment. Il le
mit sur un bon pied qu’on disait alors « que ja-
si :
« fit mieux l’exercice et ne fut mieux
mais régiment ne
«discipliné que celui de Rambures, et que Fabert en
« avoit fait un régiment modèle. »
Un détachement de 400 hommes, qui était passé
dans l’îlc d’Oleron, débarqua le 7 novembre au fort
La Prée de l’île de Ré et contribua à la défaite de
l’armée anglaise. Après la capilulation de LaRochelle,
le 30 octobre 1 028, le régiment occupa avec Piémont
le fort de Tadon, en même temps que les Gardes oc-
cupaient la ville. M. Dubois du Liège (t), premier
capitaine de Rambures, fut nommé commandant en
second de La Rochelle.
(1) Jacques Dubois du Liège a été le premier lieutenant- colonel
du corps, lorsque celui-ci eut le drapeau blanc le 15 septembre 1635'
Du Liège obtint le brevet de maréchal de camp la même année.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 343
Le 7 novembre, le régiment quitte le fort de Tadon
pour SC rendre à Fouras, afin de surveiller les mou-
vementsde la flotte britannique. Il partitde là en 1 629,
pour rallier l’armée de Piémont. Il déploya la plus
grande valeur à l’attaque du Pas de Suze, et, lorsque
le duc de Savoie eut fait sa paix, il repassa les Alpes
et arriva le 24 mai devant Privas. A l’assaut livré le
26 à l’ouvrage à cornes de celte ville, il fut chargé de
l’attaque de gauche. Le signal à peine donné, Faberl
s’élance à la tête des enfants perdus, plante son échelle
au pied de la muraille, arrive le premier sur le rem-
part, écarte à coups d’épée les ennemis, ferme
et tient
jusqu’à ce que les officiei’s et les soldats, animés par
son exemple, le rejoignent. Il
y est bientôt suivi par
tout le régiment qui s’y établit solidement. Six ou
sept cents des assiégés furent passés au fil de l’épée.
Rambures perdit ce jour-là le capitaine de Fouquerol-
les. Fabert fut très dangereusement blessé d’un coup
de mousquet. Le régiment contribua encore cette
année à la soumission d’Alais.
En 1630, le duc de Savoie ayant repris les armes,
Rambures retourne en Piémont avec le duc de Mont-
morency, et arrive devant Exiles. Après avoir reconnu
les dehors du fort, Fabert se glisse seul dans le fossé,
s’approche de l’enveloppe du donjon et combine son
attaque. Le lendemain, avec un faible détachement,
il conduit une tranchée jusqu’auprès du donjon, place
deux canons en batterie et contraint la garnison à ca-
pituler. Il s’avance ensuite à la tête de quelques corn-
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344 histoihe
pagnies vers la Tour-Carbonnières, emporte le pont à
Mafrée qui l’en séparait et force encore ce poste à
battre la chamade. Au combat de Veillane, l’ar-
rière-garde de l’armée est attaquée au passage de la
montagne de Saint-Michel. Fabert, avec vingt hom-
mes, tient tête à 400 Savoyards pendant ce temps, :
M. de Rambures descend avec le régiment de la hau-
teur où il était posté, et tombe sur l’ennemi avec tant
de vigueur, que ses rangs, rejetés les uns sur les autres,
sont mis dans le plus grand désordre : la déroute fut
complète. Dans cette journée particulièrement hono-
rable pour le corps, le mestre de camp et plusieurs
officiers furent blessés. Le régiment fut ensuite au
siège de Saluces où Fabert reçut deux coups de feu
dans son chapeau. 11 avait eu l’audace d’aller en plein
jour, sous une grêle de balles, reconnaître les appro-
ches de la place. Le roi, plein d’admiration pour une
aussi brillante et aussi utile bravoure, dérogea en fa-
veur de Fabert au règlement qu’il avait lui-même fait,
et lui donna une compagnie, dont le commandement
était dès ce temps-là incompatible avec les fonctions
de sergent-major (1).
Un détachement de 300 hommes de Rambures
partagea le 6 août la gloire que s’acquit le régiment
(1) Fabert eut une compagnie qui avait appartenu au capitaine
Bizemont. Instruit que cet officier avait laissé des affaires fort déran-
gées, il fil compter aux héritiers 7,000 francs, qui était le prix or-
dinaire des compagnies. AQn qu’on ne crût pas que c’était un pré-
sent qu'il voulait faire, il fit entendre que le roi l’avait ainsi réglé.
Voilà de la vraie noblesse.
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DE l’ancienne infanterie française. 345
de Picardie au passage du pont de Carignan. Le corps
fit partie, en 1631, dé l’armée de Lorraine : il se trouva
aux sièges de Vie, Moyenvic et Marsal. En 1632, il
maréchal de La Force dans son expédition en
suivit le
Languedoc contre les troupes de Monsieur, et il assista
à la bataille de Castelnaudary. Rappelé ensuite dans la
Lorraine, il fut employé au siège de Trêves. Dans une
sortie des assiégés, il fut coupé du reste de l’année et
se trouvait gravement compromis, quand Fabert ac-
courut à son secours avec le régiment de Champagne,
prit les ennemis en queue et en flanc, et le délivra en
anéantissant ses adversaires qui furent tous tués ou pris.
La campagne de 1633 ne fournit pas à Rambures
d’autre occasion que celledu siège de Nancy. L’année
suivante, il fait les sièges de Ritche et de La Molhe,
il accompagne le maréchal de La Force dans ses expé-
ditions sur le pays messin, et traverse le Rhin sur la
glace pour aller secourir Heidelberg. Le 23 décembre,
les Impériaux sont mis en fuite, et l’armée française
repasse encore le fleuve sur la glace.
En février 1635, Rambures se rend au siège de
Spire. Il se distingue à l’assaut du faubourg le 1 9 mars,
et il se dirige ensuite, avec le régiment de Piémont,
sur Mézières où il rejoint l’armée du maréchal de
Chàtillon. Au mois de mai, le capitaine de Merlimont
se couvre de gloire en sauvant avec 400 hommes, un
convoi important attaqué par 2,000 Lorrains. Après
la bataille d’Avein, le régiment retourne à l’armée
d’Allemagne. Le cardinal de La Valette, qui comman-
346 HISTOIRE
dait celte armée, le distingua parmi les meilleurs régi-
ments, il l’employa dans toutes scs oj)érations, et
notamment à la levée du siège de Hombourg, au siège
de Binglicn et dans sa fameuse retraite de Mayence
à Metz.
Rambures s’était retiré à Château-Salins. Bientôt
l’armée impériale, après avoir vainement cherché à
pénétrer en Champagne, recule à son tour au mois de
novembre, après avoir commis d’épouvantables rava-
ges. Le régiment se met le premier à sa poursuite.
Fabert, comme toujours, était à l’avant-garde, et ren-
contre sur la roule de Lunéville à Sarrebourg un
camp où l’ennemi avait abandonné scs blessés et ses
malades. —
«Tuons tous ces gredins-là, s’écrie un
ofTicier. — Silence, dit Fabert, ou ne tue que les gens
qui ont les armes à la main ;
vengeons-nous, mais
d’une manière digne de notre nation. » Aussitôt, il
fait distribuer au.x blessés le peu de vivres que son dé-
tachement possède. Les malades sont transportés à
Mézières, où, sur l’ordre du généreux Fabert, tous
les soins leur sont prodigués. Presque tous, par re-
connaissance, prirent parti dans les troupes de France.
En janvier 1636, Rambures formait l’avant-garde
du corps parti d’Épinal pour aller au secours de Col-
mar, dontrennerai leva le siège. 11 entra le 30 janvier
dans la ville avec 600 chevaux chargés de provisions.
Des détachements se portèrent dans le même temps
au secours de Kaysersberg et de Haguenau, et eurent
le même succès. Les troupes étaient de retour à Ëpinal
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 347
le 16 février; mais à peine avaient-elles repris leurs
quartiers, qu’on apprend que Haguenau est de nouveau
investi et réduit aux dernières extrémités. Le cardinal
de La Valette forme promptement un détachement
de 300 hommes de Rambures, et l’envoie au secours
de Haguenau. Ce détachement partie 3 juin d’Épinal,
s’empare en passant de Saint-Dié
et de Sainte-Marie-
aux-Mines, et entre le 10 dans la place assiégée, qui
n’avait plus que pour trois jours de vivres. L’ennemi
décampa encore une fois, et le détachement alla servir
sous le duc de Weymar, au siège de Saverne. Fabert
monta sur la brèche au troisième assaut, et s’empara
d’une maison voisine. Il s’y défendit plus d’une heure,
mais les assiégés y ayant mis le feu, il fut contraint
de sauter dans le fossé où il reçut plusieurs blessu-
res (1). En septembre, tout le régiment joint l’armée
qui pourchasse les Impériaux dans la direction de ta
Franche-Comté ;
ils refusent la bataille dans la plaine
de Montsaugeon, et sont rudement rejetés de l’autre
côté du Rhin. Le régiment, après cette poursuite, prit
ses quartiei-s d’hiver en Lorraine. Richelieu lui avait
imposé celte année le titre de la province d'Islc de
France, mais il ne paraît pas l’avoir gardé longtemps.
En 1637, on le trouve sous ce nom aux sièges
d’Ivoy, du Càtelet et de Dumvilliert. Voici ce qu’on
lit dans la Gazette de France, à propos du siège de
(I) Après sa guérison, Fabert eut pour récoiiipeuse une compa-
gnie dans Picardie.
348 HISTOIRE
Damvillicrs. «Le régiment de l’Isle de France, cy-
devant appelé Rambures, étant en garde la nuit du
t"au 2 octobre, les assiégés firent une sortie et pé-
nétrèrent dans les travaux. Mais le lieutenant-colonel
de Seully, rassemblant son monde, les repoussa bra-
vement. Le capitaine de Sicham y fut blessé d’une
mousquetade à la tête. » A la fin de celte campagne,
le régiment fut mis en quartier d’hiver ,
moitié à
Damvilliers, moitié à Ivoy. 11 passa une partie de la
campagne de 1638 en Lorraine, et joignit au mois
d’août le comte du Rallier qui allait faire le siège du
Càtelet. Celte place se rendit le 14 septembre, et le
régiment y fut mis en quartiers d’hiver. 11 en sortit
le 1“ mars 1639, et se trouva à l’investissement de
Thionville le 26 mai. 11 fut chargé pendant ce siège
de la garde du parc d’artillerie.
Le 7 juin 1639, à la malheureuse bataille livrée
sous les murs de Thionville, Rambures, avec deux au-
tres régiments, contient les Impériaux qui avaient
réussi à forcer le quartier de Navarre. Ces corps eurent
bientôt sur les bras toute l’armée ennemie. Longtemps
ils soutinrent ce terrible choc ; mais, abandonnés par
la cavalerie, ils durent céder à la mauvaise fortune et
se résigner à battre en retraite. Le régiment se retira
à Metz, où il resta quebiue temps occupé à remplir
les vides de ses cadres. 11 termina la campagne avec
le maréchal de Châtillon qui commandait une année
destinée à secourir celles qui agissaient en Artois et
dans le Luxembourg.
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DE l'a!<CIENNB INFANTERIE FRANÇAISE. 349
En 1640, il est au siège d’Arras, établi au quartier
du maréchal de La Meilleraye. Le 27 Juillet, dès que
la raine a fait brèche à la demi-lune, il s’empare de
cet ouvrage, dont la prise détermine la capitulation
de la ville le 9 août. En 1041 ,
il assiège Aire et par-
vient à pousser les travaux Jusqu’au hord du fossé de la
demi-lune, ce que d’autres avaient inutilement tenté :
il prend encore part cette année aux sièges de La Bassée
et deBapaume. Le 26 mai 1642, il fait des prodiges de
valeur à la bataille de Honnecourt, perdue parle maré-
chal de Gramont. Son mestre de camp, François de
Rambures, succombe au milieu de ses compagnies
ruinées, en faisant tout ce qu’il était humainement
possible de faire (1).
Rambures fit la glorieuse campagne de 1 643 dans
l’armée du duc d’Enghien. A Rocroi ,
il occupait avec
Piémont la gauche de la première ligne. Les Espa-
gnols les firent d’abord plier; mais, ranimés bientôt
par la présence du prince, ils se rallient, chargent
leurs adversaires, les mettent en fuite et contribuent
ensuite à enfoncer le redoutable bataillon carré. Ram-
bures laissa sur le champ de bataille de Rocroi un
grand nombre de soldats et de braves officiers ,
parmi
lesquels on comptait les capitaines du Mesnil ,
de
Froyelle, Villiers et Bergues. Le capitaine Saint-Aignan
se distingua particulièrement. Thionville fut investie
(I) René de Rambures qui lui succéda, devint maréchal de camp
le 16 septembre 1651.
350 HisTome
le15 juin. Le régiment y poussa les travaux avec un
aplomb et une rapidité qui furent remarqués. Après
la prise de Thionville, il fit encore le siège de Sierk,
qui se rendit le 2 septembre.
En 1644, il passa en Flandre à l’armée du duc
d’Orléans qui assiégeait Gravelines. Le 27 juin fut tué
un soldat, nommé ou surnommé Tabac, qui faisait
les fonctions d’ingénieur, et en qui ses camarades
avaient une telle confiance, qu’après sa mort ils refu-
sèrent de continuer le travail commencé (1). Le capi-
taine de Rouret et le lieutenant Guisbert de Bréda
moururent de blessures reçues devant Gravelines.
Aprèsla campagne , Rambures alla prendre ses quar-
dans le Bourbonnais.
tiers
Au printemps, il rejoint l’armée du maréchal de
Gassion. Arrivé le 19 juin à la rivière de Colme, alors
très-grosse, il en trouve les passages barrés par l’armée
espagnole. Sans hésiter, tes soldats se jettent à ta nage,
chargent l’ennemi avec intrépidité, protègent le pas-
sage des autres troupes , et engagent un combat opi-
(1) Ce fait mérite d’être remarqué. 11 prouve qu’au milieu du
xvii« siècle, tout ce qui n’était pas jeu de main et d’épée était en-
core méprisé par la plupart des ofaders et laissé h des artisans habi-
les, ou à quelques Bis de la bourgeoisie qui, par tempérament, se
jetaient dans les camps et les aventures. Le surnom de Tabac im-
posé k celui-ci, i une époque où l’usage de cette plante était encore
peu répandu en France, semble indiquer un de ces coureurs de for-
tune qui passaient alors en grand nombre l’Atlantique pour se faire
flibustiers.
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,
DG l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 351
niâtre dont le succès fût resté fort incertain sans l’ar-
rivée du maréchal. Rarabures se trouva ensuite aux
sièges de Mardjk, Cassel, Béthune, Saint-Venant et
Menin : il fut mis en garnison dans cette dernière
place, qui était plus exposée que les autres.
Le 13 juin 1646, il était devant Courtrai. Toutes
les troupes destinées à faire ce siège n’étaient pas en-
core arrivées. L’ennemi tenta d’en profiter pour y
jeter3,000 mousquetaires et trois régiments de cava-
h'rie. Rambures empêcha ce secours d’y entrer, et
pendant le siège il tailla complètement en pièces une
sortie de la garnison. Apres la prise de Courtrai, le
corps s’avança jusqu’à Bruges ,
il s’embarqua en sep-
tembre sur deux vaisseaux hollandais qui le ramenèrent
à Mardyk ,
et il fit le siège de Dunkerque, qui capitula
le 10 octobre. En février 1647, il se distingua en
rei>oussant une attaque des Espagnols sur Courtrai
où il était en quartiers. Une compagnie contribua en-
suite à la défense d’Armentières ,
et l’année suivante
le régiment se trouva au siège d’Ypres et à la bataille
de Lens. En 1649 ,
il est au siège manqué de Cambrai
et à la prise de Coudé. En 1 650 ,
il prend part au siège
et à la bataille de Rhétel, et s’y distingue près de Pié-
mont. En 1651 , faisant partie de l’armée de Flandre
sous le maréchal d’Aumont , il fait des merveilles au
passage de l’Escaut, près du village de Neuville.
Après avoir passé l’iiiver en Bourgogne, il se rend,
en 1652 ,
dans la Picardie, occupe pendant quelque
temps la ville d’ Ardres, et, appelé sous Paris, il combat,
352 mSTOIRE
le 2 juillet, au faubourg Saint-Antoine. Revenu à
Ardres après cette affaire, et subissant sans doute
l’influence des désordres qui agitaient alors toute la
France, il chercha, le 2 juillet 1G53 ,
à se rendre
maître de la ville qu’il était chargé de garder. Il n’est
restéaucune trace des causes qui ont pu déterminer
un acte aussi grave. On ne sait pas davantage dans
quel sens et pour qui il agissait ainsi. La tradition
nous apprend seulement que les habitants d’ Ardres se
défendirent bravement, et que sur 1 ,400 hommes que
comptait alors le régiment, ils en tuèrent 700. On
ignore ce que devint le corps pendant la campagne
de 1654. Il est probable que M. de Rambures passa
cette année à le rétablir : on trouve quelques-uns de
ses officiers servant en volontaires aux sièges de
Sainte-Ménehould, de Stenay et du Quesnoy, et au
secours d’Arras.
Au début de campagne de 1655, pendant que
la
l’armée assiégeait LandrecieS; Rambures fut jeté dans
Saint-Quentin. 11 ouvrit ensuite ,
le 1 6 août ,
la tran-
chée devant Condé, en deçà de l’Escaut, pendant qu’un
bataillon des Gardes en faisait autant de l’autre côté
de la rivière. Après la capitulation de cette place ,
il
y fut mis en garnison. Au mois de novembre , il dé-
truisitcomplètement un corps de 3,500 hommes qui
passait aux environs de Condé sous les ordres du ,
prince de Ligne.
En 1656 ,
le régiment se trouve au siège de Valen-
ciennes et à la prise de La Capclle. En 4657 ,
on
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DK l’ancienne iNFANTERlE FRANÇAISE, 353
le voit au siège de La Motte-aux-Bois à la prise de
,
Saint-Venant ,
au secours d’Ardres , et à la conquête
deWatz, Bourbourg et Mardyk. En 1658, il prend
part au siège de Dunkerque et à la bataille des Dunes,
où il fait mettre bas les armes à l’un des bataillons
anglais du duc d’York c’était le régiment du roi
:
d’Angleterre. 11 fit encore cette année les sièges de
Berghes-Saint-Winox , de Menin et d’Ypres. Il de-
meura en garnison dans Menin jusqu’à la ratification
de la paix des Pyrénées ; il fut alors réduit à quatre
compagnies ,
et alla prendre ses quartiers dans la gé-
néralité de Rouen (1).
En 1663 ,
il fut appelé à faire partie de l’expédition
de Lorraine, qui se termina par la prise de Marsal.
En 1666 eut lieu le tirage au sort du tour de roule-
ment du corps avec les régiments de Bourbonnais et
d’Auvergne. Le major de Bambures voulut représenter
au roi que l’ancienneté du corps lui donnait le pas.
Le roi lui ordonna de tirer, et il prit dans le chapeau
du roi le second semestre.
Quand la guerre se ralluma en 1667, Bambures,
porté à dix compagnies ,
était en garnison à Saint-
Quentin. Il ne fut point d’abord désigné pour faire
campagne ;
mais le siège de Lille ayant offert des dif-
ficultés, il vint renforcer l’armée. Après la prise de
(1) Charles, marquis de Bambures, qui eu avait alors le comman-
dement, y servait comme capitaine depuis 1648 ; il fut fait bri-
gadier Ir 27 mars 1668, à la première fournée.
BIST. DE l'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. III. 23
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354 HISTOIRE
Lille ,
il fut envoyé à Courtrai , d’où il se rendit ,
en
janvier 1668 ,
à Charleroi. Cette année ,
huit compa-
gnies du régiment, réunies au régiment de Piémont,
s’emparèrent, le 13 mars ,
de Genappe : elles rentrè-
rent ensuite à Charleroi.
En 1671, Ramhures était à Calais; il fit partie
cette année du camp de Dunkerque et y fut passé en
revue par Louis XIV. Il comptait alors trente-deux
compagnies de 53 hommes chacune ,
et fut un des
quatre régiments laissés dans Dunkerque après la levée
du camp.
L’année 1672 vitcommencer la guerre de Hollande.
Ramhures accompagna le roi jusqu’à Tongres, où vingt
compagnies furent mises en garnison. Les douze
autres suivirent l’armée royale sur lejRhin ,
et furent
de toutes ses expéditions. Sur la fin de la campagne ,
le régiment fut réuni et rais en quartiers dans Bora-
helles et aux environs.
Le août 1673
l"' ,
un parti de 500 hommes vint at-
taquer une redoute située de l’autre côté de la rivière
vis-à-vis de la porte de la ville ;
elle était gardée par
le lieutenant de Gamares. Sommé de se rendre, ce
brave officier, qui n’avait que trente hommes avec
lui, envoie son sergent chercher du secours à Bom-
helles, et en attendant se défend si bien que l’ennemi
se retire après avoir perdu son commandant. Le régi-
ment sortit ensuite de Bombelles, et joignit l’armée
du prince de Condé, qui couvrit les opérations du
siège de Maëstricht.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 355
Employé en Flandre en 1674, Rambures se trouva,
le 1 1 août ,
à la bataille de SénelT. Il était placé à
l’extrême gauche de l’infanterie, se distingua à l’at-
taque du village de Fay, et contribua beaucoup au
succès de la journée par la ténacité avec laquelle il se
maintint dans les postes qu’il avait forcés. Il
y perdit
M. Hébert, son lieutenant-colonel ;
les capitaines de
Brisseuil, Campagne, Bonnière et Pommereuil; les
lieutenants ou sous-lieutenant La Varennc, Legrand,
Culan, Yarimont, Létendart, Sosseval etSaint-Martin,
et eut plus de 200 hommes tués ou blessés sur 1100
qu’il comptait avant la bataille. Les officiers blessés
étaient 31M. deGéronville,d’Âmours, Legrand etBruc,
capitaines; Iluyas, Fayolle, La Motte, Pologne,
Brassac et Campagne, lieutenants ou sous-lieutenants.
Après la retraite du prince d’Orange et la levée du
siège d’Audcnaërde, le régiment fut envoyé à Metz, et
joignit, le 1 1 novembre, au camp de Dethveiler, l’ar-
mée du maréchal de Turenne. Le 2® bataillon se jeta
dans Ilaguenau et contribua à en faire lever le siège
entrepris par Piccolomini. Lorsque les Impériaux
eurent évacué Schlestadt, le régiment prit ses quar-
tiers dans cette ville et à Colmar. Il assista au combat
de Mulhausen le 29 décembre, et en janvier 1675 il
se rendit avec sa brigade à Brisach.
Il se trouva ainsi le premier porté, le 10 mars,
pour l’attaque de Neubourg, qu’il assaillit avec une
sigrande vigueur, que l’ennemi chassé de palissade ,
en palissade, demanda quartier. Le régiment suivit
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356 HISTOntE
Turenne pendant toute cette campagne ,
et au mois
de juin il fut envoyé, avec trois régiments de ca-
valerie, à Altenheim, pour y construire un pont sur
le Rhin ,
et assurer un passage à l’armée en cas de
revers. Apres la mort de l’illustre maréchal, ce pont
fut de la plus grande utilité ,
et l’armée put repasser
le Rhin après un vigoureux combat, livré le T'aoùt,
sous Altenheim, et auquel le régiment prit part:
celui-ci continua de servir en Alsace, l’année suivante,
sous les ordres du maréchal de Luxembourg.
Un cruel accident enleva, le 29 juillet 1676, le
jeune marquis de Rambures, qui montrait, depuis
quatre ans, à la tête du régiment, que la valeur était
héréditaire dans sa maison : il fut tué, à l’âge de dix-
huit ans ,
d’un coup de feu qu’il reçut au front, dans
une décharge que quelques-uns de ses soldats faisaient
de leurs armes. Le régiment ,
qui depuis soixante ans
s’illustrait sous le nom de Rambures, pleura amère-
ment le dernier rejeton de cette valeureuse famille (1).
Il fut alors donné au marquis de Feuquières, resté
célèbre par les mémoires qu’il a laissés sur les guerres
de son temps ,
et entre les mains duquel le corps
maintint sa vieille réputation (2).
(1) Le régiment eut six mestres de camp ou colonels de la famille
de Rambures ; Charles de Rambures, scs quatre fils et son petit-fils,
qui périt en Alsace d’une si déplorable manière.
(2) l'euqiiières avait eu un régiment de cavalerie et le régiment
Royal-Marine avant celui-ci. 11 futfait brigadier 13 mars 1688, maré-
chal de camp 20 janvier 1689, et lieutenant-général 30 mars 1693.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 357
Feuquières termina la campagne de 1676 par un
combat qui fut livré près de Bâle. Il servit encore sur
le Rhin, en 1677, et prit part au siège de Fribourg,
où il fit de grandes pertes. En 1678 ,
il passa à l’ar-
mée de Flandre ,
et fit les sièges de Gand et d’Ypres.
Employé ensuite avec quelques autres troupes à cou-
vrir le quartier du roi près de l’abbaye de Saint-Denis,
il fut attaqué, le 14 août, par le prince d’Orange,
quoique la paix fût signée à Nimègue depuis trois jours.
Feuquières soutint tout l’effort des colonnes ennemies
assez de temps pour permettre au quartier du roi de
se retirer avec tous les équipages ; il effectua ensuite
sa retraite dans le meilleur ordre, et arriva au pont
de la petite rivière de Saint-Denis en même temps que
l’ennemi qui voulait lui en disputer le passage. Il lui
marcha sur le ventre ,
vint rejoindre l’armée rangée
en bataille de l’autre côté du défilé ,
et s’arrêta au dé-
bouché de ce défilé , essuyant sans s’ébranler un feu
d’enfer. Déterminé à vaincre ou à périr, il se laissait
écraser plutôt que de perdre un pouce du terrain dont
la garde lui était confiée quand enfin il fut secouru
,
par un bataillon des Gardes Françaises, qui l’aida à
repousser l’ennemi. Dans cette affaire célèbre ,
et dont
la gloire appartient en grande partie au régiment qui
fut le premier et le plus fortement engagé de tous les
corps de l’armée ,
le colonel eut les deux cuisses per-
cées par une balle ;
le lieutenant-colonel Baillet fut
aussi mis hors de combat; il
y eut, en outre, quatre
capitaines tués et dix-huit officiers blessés.
358 UISTOIRE
En 1680, le régiment était à Toul. Il ne prit au-
cune part aux campagnes de 1683 et 1684 ,
et il était
à Tournai, en 1688, quand il reçut l’ordre de se
rendre au siège de Philisbourg. Les capitaines Des-
poix et Contremoulins y furent tués; le sous-lieute-
nant Dupuy y fut emporté d’un coup de canon. Parmi
les blessés se trouvait le lieutenant-colonel d’ Amours
et les capitaines Campagnols et Blaru. Feuquières,
après la prise de Philisbourg ,
fut envoyé à Heillbronn
sur le Necker, où il resta jusqu’au mois de janvier
1689, poussant des détachements jusqu’à Nuremberg,
et levant des contributions. Il reçut alors l’ordre de
démolir les fortifications d’HcilIbronn, de se porter
sur la petite ville de Pforzheim ,
à l’entrée des mon-
tagnes du Wurtemberg et de s’y fortifier. Feuquières
évacuait Heillbronn par une porte ,
tandis que les Im-
périaux y entraient par l’autre. Deux cents dragons de
Staremberg massacrèrent les malades qui étaient en-
core en ville. Le colonel se promit de leur faire payer
cher cet acte de barbarie. Il apprit bientôt que ces
dragons occupaient la petite ville de Neubourg, sur
l’Entz ,
à trois lieues de Pforzheim. Le 6 janvier, à
neuf heures du soir, il part avec 600 hommes, arrive
à minuit devant la porte de Neubourg, trompe la sen-
tinelle en lui parlant allemand ,
fait pendant ce temps
tranquillement attacher un pétard et enfonce la porte
avant que personne pût se mettre en défense : les
dragons surpris sont tous massacrés, à l’exception de
sept. Leur commandant, qui ajusta de son pistolet
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 359
M. deFeuquières, du Poussay.
fut tué parle capitaine
Le régiment, passé sous le commandement du frère
du marquis de Feuqiiières, continua de servir en
Allemagne en 1689 et 1690. Le 18 août 1690, il se
trouva à l’attaque de Waldkirch, à deux lieues da
Strasbourg ;
ses grenadiers s’y distinguèrent ,
et le
capitaine de Moussy y fut tué. Le régiment fut envoyé,
en 1691, en Piémont, à l’armée de Cattinat , où,
pendant six campagnes ,
il rivalisa de bravoure avec
La Marine. Il
y débuta par le siège du château de
Veillane. Tous les dehors furent emportés , par une
attaque fort vive ,
le jour même de l’ouverture de la
tranchée ,
et la garnison se rendit la nuit suivante
(30 mai . Feuquières alla ensuite ouvrir la tranchée
(7-8 juin) devant Carmagnola, du côté deCarignan,
entre le faubourg et le corps de place. Ce poste était
fort dangereux ;
les assiégés ouvrirent un feu terrible
de leurs canons chargés à cartouches ;
cinquante sol-
dats furent tués; le lieutenant-colonel de Vraigncs(l)
et deux capitaines furent blessés. Le reste de la cam-
pagne et celle de 1692 ne lui offrirent aucune occa-
sion remarquable.
En 1693 ,
Feuquières prend une part glorieuse au
succès de la bataille de la Marsaglia ,
et achève la dé-
route des ennemis en les chargeant en flanc et en
(I) Henri de Pingré de Vraignes, lieutenant en 1665, [Link] 18
février 1685, lieutenant-colonel 28 janvier 1689, brigadier 3 janvier
1696, et maréchal de camp 26 octobre 170é.
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360 RISTOIUB
queue. y eut deux capitaines tués. Les trois campa-
Il
gnes suivantes se passèrent sur la défensive. Après la
signature des préliminaires de la paix avec le duc de
Savoie, l’Empereur continuant à vouloir tenter le sort
des armes , on fit le siège de Valencia. Les deux ba-
taillons du régiment y ouvrirent la tranchée à gauche,
le 24 septembre 1796. Le capitaine de grenadiers de
Boutteville y fut blessé. La paix ayant enfin été signée,
le siège fut levé et les troupes rentrèrent en France.
Cependant les hostilités continuaient sur la frontière
du nord. Feuquières fit la campagne de 1697 sur la
Moselle et sur leRhin et à la paix de Riswick , il fut
,
envoyé à Briançon , où il demeura jusqu’à la guerre
de la succession d’Espagne.
En 1701, le régiment, devenu Leuville(l), reçoit
l’ordre de se rendre à Toulon pour s’y embarquer.
Il passe alors en Italie et se signale parmi les plus
braves le 1" septembre à l’attaque des retranchements
de Chiari. En novembre, il se rend à Crémone et
delà à Mantoueoü il est bloqué par le prince Eugène.
Il était le plus ancien régiment de la garnison, et il
se distingua beaucoup dans plusieurs sorties.
Le 25 janvier 1702, le comte- de Tessé, qui com-
mandait la place, informé que l’ennemi avait de gros
magasins de fourrages à sept milles de là, ordonne au
capitaine de grenadiers Boutteville d’aller les incen-
(l) M. de Leuville fut fait brigadier le 19 juin 1708, maréchal de
camp le 8 mars 1718, et lieutenant-général le 22 décembre 1731.
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DE l’aNCIEîWB infanterie FRANÇAISE. 361
dier. Ce brave officier enlève le poste, exécute son
ordre et revient à Mantoue sans avoir perdu un seul
homme. Après du blocus, au mois de mai,
la levée
Leuville resta seul chargé de la garde deMantoue et
il
y demeura pendant toute la campagne. Cependant
un détachement de volontaires se trouva à la bataillé
de Luzzara où le capitaine d’Ârgenson fut blessé.
Le régiment partit de Mantoue en 1703 poursuivre
le duc de Vendôme: il contribua sous ses ordres à la
prise de Bersello, Nago, Orgo, et au bombardement
de Trente. Il revint ensuite hiverner dans le Mont-
ferrat. En 1704, il fait les sièges de Verceil et dTvrée
et commence celui de Vérue qui se prolonge jusqu’au
printemps de l’année suivante. 11 se distingue parti-
culièrement à l’attaque du 1" mars, et perd devant
Vérue les capitaines d’Aché, Birabin et de Fresne. A la
fin d’avril 1705, Leuville joint l’armée du grand prieur
de Vendôme sur le Mincio, il prend part à l’affaire de
la cassine de Moscolino, assiste, le 1 6 août à la ba-
taille de Cassano sans pouvoir entrer en ligne, accom-
pagne le duc de Vendôme dans son expédition sur le
Crémonais, et se trouve, le 16 octobre, à l’attaque des
lignes du prince Eugène entre Castel-Leone et Gom-
betto. Le général autrichien se retira dans les monta-
gnes et Leuville rentra dans .Mantoue.
Au mois d’avril 1706, il fut chargé de garder les
passages de l’Adige. Après le combat de Calcinato
où Vendôme défit les Impériaux, il vint rallier l’armée
campée à Goito. Peu après il fut jeté dans Alexandrie
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362 HISTOIRE
qu’Eugène semblait menacer. Mais ce prince en vou-
lait à Turin. Leuville y courut, mais il arriva trop
tard ;
les lignes françaises avaient été forcées le 7 sep-
tembre. En apprenant cette funeste nouvelle, le régi-
ment s’enferme dans Chivasso, bien résolu à s’y défen-
dre. Eugène y arrive bientôt avec son armée victo-
rieuse et somme le colonel de rendre la place ;
celui-ci
répond que lui et son régiment tiennent trop à l’estime
de l’ennemi pour en agir ainsi, et à l’instant il ouvre
un feu terrible qui oblige Eugène à entreprendre le
siège en règle. Chivasso était sans défense ; les tran-
chées du dernier siège n’avaient point été comblées,
et Leuville manquait de tout. Après huit jours de
défense, il obtient une capitulation et sort de Chivasso
avec les honneurs de la guerre. Reconduit à la fron-
tière, il s’arrête à Chambéry où il est passé en revue
par le lieutenant-général comte de Médavy qui n’y
compta que 400 hommes en état de porter les armes.
Ils furent employés en 1707 à garder les défilés des
Alpes, et quand, en 1708, le régiment fut rétabli, on
l’envoya à l’armée du Rhin, dont il se trouva le plus
ancien corps.
Après quelques combats contre les fourrageure
impériaux, où ses grenadiers se conduisirent très bien,
il fut placé dans les lignes de la Lauter, partie à Weis-
sembourg et partie à Lauterbourg. Il resta dans ces
quartiers, sans y être sérieusement inquiété, jusqu’en
1712. Le 16 août de celte année, il fut vivement
attaqué, mais il repoussa l’ennemi en lui faisant
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 363
éprouver de grandes pertes. En 1713, il fit partie de
rarniée du maréchal de Villars qui couvrit le siège de
Landau. Il participa ensuite le 20 septembre à l’at-
taque des retranchements de Fribourg, où ses gre-
nadiers, conduits par le capitaine de Nisas, forcèrent
tout ce qui se trouva devant eux, et au siège de cette
ville dont la prise mit fin à la guerre.
En 1718, le régiment fut donné au célèbre duc
de Richelieu (1), qui l’année suivante fut rais à la
Bastille pour avoir prêté l’oreille aux propositions de
l’Espagne, lors de la conspiration de Cellamare.
Richelieu aurait, dit-on, promis la coopération de
son régiment pour livrer à l’Espagne la ville de
Bayonne où il était alors en garnison. Quoi qu’il
en soit, le régiment fut employé, sans son colonel, au
blocus et au siège de Saint-Sébastien, et à celui de
Roses où le capitaine La Mothe d’Hugues fut blesse.
En janvier 1723, Richelieu fut mis en garnison
à Poitiers. Il alla ensuite à Bayonne en avril 172.5,
à Collioure en septembre 1727, à Poitiers en octo-
bre 1728, à Cambrai et Bouchain en avril 1730 et à
Lille en 1731. On le trouve en 1732 au camp de Bar-
lemont, puis en garnison à Calais et Maubeuge
en juillet 1733. Enfin il se trouvait à Schlestadt
depuis le mois d’août 1733 quand la guerre éclata.
(l)Le duc de Richelieu fut fait brifiadier le 20 février 1734, ma-
réchal decamp le 1" mai 1738, lieutenant-général le 2 mai 1744, et
maréchal de France le 11 octobre 1748.
364 HISTOIRE
11 fit celte même année le siège de Kelh ;
il n’y
monta qu’une garde, ou fut tué le capitaine de gre-
nadiers La Serre, et alla passer l’hiver à Besançon.
Rappelé à la même armée en 1734, il se trouva au
passage du Rhin et à l’attaque des lignes d’Ëttlingen
qui précéda le siège de Philisbourg. Le 23 juin, il
contribua à emporter les trois places d’armes du flanc
de l’ouvrage à cornes de cette place. Les capitaines
de Gasc, d’Angosseet de Nouziers et plus de 100 hom-
mes payèrent de leur vie ce beau fait d’armes. Le
capitaine du Camp et le lieutenant Honoré furent
blessés, le capitaine de Gasc l’avait été le 1
1
juin.
Après la campagne, Richelieu alla prendre ses quar-
tiers d’hiver à Schlestadt où il perdit 900 hommes
par les maladies. En 1735, porté à 3 bataillons, il
occupa Trêves et prit part à quelques petits combats
aux environs. R passa l’hiver dans cette ville. En mai
1736, il fut envoyé à Metz où il travailla aux fortifica-
tions. Il vint ensuite à Maubeuge en octobre 1737,
fut partagé en 1738 entre Rocroi, Charleville et
Mézières, revint à Metz en avril 1739 et se trouvait à
Verdun depuis lemois de septembre 1740, lorsque
commença la guerre de la succession d’Autriche (1).
(t) Le régiment avait alors pour lieutenaat-colonel le comte Louis
de La Motte d'Hugues, entré au corps comme capitaine en 1711 ,
lieu-
tenant-colonel 19 juin 1735, brigadier 20 février 1743, maréchal
de camp le' mai 1745, et lieutenant-général 25 août 1749. Le colo-
nel duc de Rohan parvint au grade de brigadier d'infanterie le 20
février 1743.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 365
Le régiment qui portait alors le nom de Rohan,
partit de Verdun le 7 septembre 1741, pour se rendre
en Bavière. Sa brigade qui faisait partie de la division
du comte de Polastron et du corps commandé par le
comte de Gassion, s’assembla au Fort-Louis, et passa
le Rhin le 22 septembre. A son arrivée en Bavière,
l’électeur, inquiet des avis qu’il recevait que des trou-
pes autrichiennes venues d’Italie, allaient pénétrer dans
ses États par le haut Lech, détourna de leur route
les régiments de Rohan et de Souvré, et deux régi-
ments de dragons, et les envoya sur la frontière du
Tyrol. Rohan fut réparti d’abord dans plusieurs postes
autour de Braunau, et en octobre, il fut placé à Eus
pour défendre le passage de la rivière de ce nom : le
passage ayant été forcé ailleurs par le général Kewen-
hullcr,’il reçut l’ordre d’aller se renfermer dans Lintz,
où il fut investi le t®’’ janvier 1742, par l’armée au-
trichienne.
La garnison était commandée par lecomte de Ségur.
Dès le 3 1 décembre, Kewenhuller avait fait sommer
Lintz par un tambour. Le 1 "Janvier, le même tambour
se présente, annonçant à Ségur qu’il serait attaqué
dans la Journée. Le brave comte, quoique la ville fût
ouverte, fit répondre au général autrichien, qu’il se-
rait le bienvenu, qu'on l’attendait de pied ferme et
avec impatience ;
que les barrières de la ville lui se-
raient ouvertes, mais que la garnison, distribuée dans
les maisons, ferait le coup de fusil par les fenêtres.
L’un et l’autre tinrent parole. Le lendemain 2, entre
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366 HISTOIRE
sept et huit heures du matin, les Autrichiens attaquent
en force sur tous les points. Une de leurs colonnes
se jette sur le faubourg au delà du Danube. Quarante
et un soldats de Rohan y soutiennent l’effort de l’en-
nemi, lui tuent 57 hommes et donnent 1e temps à
leurs camarades d’arriver. Le caporal Dartois était
dans une salle basse de l’hôpilat; on ne put l’y forcer.
On lui tira plusieurs coups de fusil par les fenêtres;
son chapeau fut percé d’une balle. Quand on vint le
dégager, on trouva sous la fenêtre qu’il défendait sept
Autrichiens tués ou blessés. Ce brave homme fut fait
sergent et se lit tuer l’année suivante à Dettingen.
Les ennemis, maltraités au combat du 2 janvier,
résolurent de réduire la garnison par la famine et la
laissèrent tranquille. Le 16, le comte de Ségur qui
voyait ses vivres diminuer et qui désirait faire connaî-
tre au maréchal de Broglie l’extrémité à laquelle il
était réduit, poussa deux attaques sur les villages de
Galinkirchen et d’Épersberg, espérant à la faveur du
combat faire passer un officier à travers les lignes
ennemies. On trouva les Autrichiens en force à Galin-
kirchen ;
à la vue des grenadiers de Rohan qui for-
maient tête de colonne, ils occupèrent toutes les
fenêtres, et ouvrirent un feu meurtrier qui anéantit
en quelques minutes les deux compagnies degrenadiers.
Les deux capitaines, MM. du Bochet et d’Houdan,
furent tués et avec eux 60 hommes. Les capitaines des
Haulles et de Guichen, furent blessés à l’attaque di-
rigée sur Épersberg. Le but était manqué; il fallut
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DE l’ancienne iNEANTERlE FRANÇAISE. 367
rentrer dans la ville. Le 22, les Autrichiens, voyant la
garnison réduite aux abois et découragée, l’attaquent
de toutes parts avec vigueur, et pour couper court à
toute velléité de résistance, ils mettent le feu aux qua-
tre coins de Lintz. La garnison, contrainte à capituler
conviât de ne pas servir d’un an en Allemagne, et
sortit le 2.*). Le régiment arriva en avril à Strasbourg,
et fut immédiatement dirigé sur Besançon.
En février 1743, il se rendit à Metz, et peu après
à Weissembourg, à l’armée que le maréchal de Noailles
commandait sur le Rhin. Il passa ce fleuve à Spire,
les 26 et 27 avril, et fut cantonné à Heidelberg avec
trois autres régiments. Cette division prit part à la
bataille de Dettingen. Après avoir contenu l’ennemi
et permis aux troupes mises en désordre de se rallier
dans le village, elle reçut l’ordre de charger à son
tour. Ellle le fit avec la plus grande valeur et allait
enfoncer la ligne ennemie, quand celle-ci s’ouvrit et
démasqua six pièces de canon chargées à cartouches.
Le régiment, cribléàquinze pas, battiten retraite, mais
en bon ordre, et vint border les haies de Dettingen,
qu’il ne quitta que pour faire avec Piémont, l’arrière-
garde de l’armée. Rohan eut dans cette déplorable
journée 600 hommes mis hors de combat. Parmi les
morts se trouvaient les capitaines de Terson, Riche-
bourg, Charsé, Vignacourt, Dunelle et Vilhouette, et
les lieutenants de Rouville, La Croisille, Richard, La
Vorichaie, Montplaisir, de Beauplan, Réal et Baltier.
Les blessés étaient le major, M. Luc-Majour ; lescom-
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1
368 HISTOIRE
mandants de bataillon, LaViganière et Hiky; les ca-
pitaines ,
chevalier de Luc-Majour ,
de Uallebout,
d’Artignos, Najac, Dourlers, Du Repaire, Grincourt,
Mesnard, Duvignaii, de Chantilly, Mesmé, Saillet,
Daraville etPioger,etles lieutenants d’Igoine, Lescun,
d’Adouville, d’Astorg, Tanouarn, Rayne de Cantis,
Daurée, Kerniel, Manou, Duinesnil et Farcy. Le co-
lonel eut un cheval tué sous lui.
Le régiment repassa le Rhin à Worms, alla travail-
ler à remettre en état les lignes de la Lauter, et après
avoir soutenu encore de furieux combats contre la
cavalerielégère autrichienne, il vint prendre ses quar-
tiers d’hiver à Saarlouis.
Rohan quitta cette ville le 15 mars 1744 et fit la
campagne en Flandre. Il servit aux sièges de Menin
et d’Ypres. Ses grenadiers emportèrent, le 19 juin,
une demi-lune d’Ypres qui gênait les travaux. Trois
officiers y furent blessés, les capitaines Danville et
d’Hallebout, et le lieutenant Beaupoil. Il fit ensuite
partie du camp do Courtrai et passa l’hiver à Sédan.
Le régiment, donné le D' janvier 1745 au plus il-
lustre des descendants du brave Grillon (1), commença
la campagne de cette année devant Tournai, et le 1
(I) Le marquis de Grillon ayait été colonel de Bretagne. 11 fut
fait brigadier le 1" mai 1745, maréchal de camp le 2 octobre 1746,
et lieutenant-général le 1” mai 1758. La charge de lieutenant-colo-
nel fut donnée le 7 décembre 1745 à Louis-Nicomède de Tristan de
La Tour, lieutenant au corps en 1722, brigadier le 1°' juin 1746, et
maréchal de camp le 10 mai 1748.
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DE l’ancibmse infantbrib'françaisb. 36d
mai il était à la bataille de Fontenoy. 11 avait sa droite
appuyée au village d’Ânthoing, et sa gauche prèsd’une
des redoutes de Fontenoy. Pendant l’attaque défini-
tive et la déroute de la fameuse colonne anglaise, il
contenait avec une partie du régiment du Roi les
troupes hollandaises. Il s’empara d’une batterie de
huit pièces et n’eut qu’une cinquantaine d’hommes
mis hors de combat. Le capitaine Duinagnou y eut la
jambe cassée. Au mois de juillet, il fut détaché avec
Normandie et quelques autres corps, sous les ordres
du comte du Chayla. Cette colonne, dont il formait
l’avant-garde, rencontra le 9 six mille Anglais qui
débouchaient par chemin d’Alost à Gand, où leur
le
intention était de se [Link] marquis de Grillon qui
marchait en avant avec peu de monde, se replie en
bon ordre sur Mesle. Son régiment resté à un quart
de lieue en arrière, arrive baïonnette au bout du fu-
sil, charge avec impétuosité, reprend les canons et
les pontons dont les Anglais s’étaient déjà emparés,
met ceu.x-ci dans une déroute complète, leur prend
plusieurs drapeaux et fait 1,400 prisonniers. Deux
soldats, Pierre Chaumont et Pierre Loucheron, dit
Sans-Quartier ,
voyant la cavalerie française battue
sur la chaussée, se jettent au milieu des escadrons
anglais, attaquent un cornette, le tuent et rapportent
en triomphe son étendard. Cette journée coûta à
Grillon 180 hommes tués ou blessés. Le roi lui ac-
corda quatorze croix de Saint-Louis et vingt-deux grati-
fications. Le brave capitaine de grenadiers de Cochii
flISTOIRE DE L’aNC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. III. 2i
370 HISTOIRE
avait été tué eu attaquant les ennemis dans le parc
d’artillerie qu’ils avaient surpris. Parmi les blessés se
trouvait le commandant de bataillon La Viganière, et
les lieutenants Marvelize et Dufour.
Le régiment arriva le soir même aux portes de
Gand, qui capitula peu de jours après. 11 se rendit de
là au siège d’Ostende. Le lieutenant-colonel de Les-
tang, le capitaine de Castelnau, les lieutenants de
Castelnau et Dumesuil, et le sous-lieutenant La Marre
y
furent blessés; le lieutenant Ricard y perdit la vie.
Le lieutenant Castelnau mourut de sa blessure.
Ostende capitula le 23 août, et Crillon prit le même
jour possession de la porte de Gand. Il passa ensuite
au siège de Nieuport, où le lieutenant Duraesnil fut
encore blessé. Le régiment alla de là à Calais où se
préparait une expédition contre l'Angleterre qui n’eut
pas lieu. Ilen sortit au mois de janvier 1746 pour se
rendre à Bruges, et vint prendre poste à Gand pen-
dant le siège de Bruxelles. Apres la prise de cette ville,
il rentra dans ses quartiers.
A l’ouverture déjà campagne, en juin, il se rendit
au siège de Mons, et coopéra à la prise du fort de la
Ilaisue qui en défend les approches. Il eut au siège
de .Mons plus de 200 hommes tués ou blessés. Le ca-
pitaine Magenville et le lieutenant Chateuay étaient
parmi les derniers. On trouve ensuite le régiment dans
le corps de réserve du comte de Clermont au camp
d’Aérechott. Un détachement de 30 hommes, après
un combat glorieux, fut enlevé près de Bamilies par
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 371
1,500 hussards. Le capitaine de Magenville fut encore
b/essé dans celte affaire, et le lieutenant d’Illc
y fut
tué. Au mois de septembre, le régiment fit le siège
de Namur, pendant [Link] le lieutenant Pelity, ayant
été chargé avec quinze hommes de nettoyer le fau-
bourg de la Plante, en revint avec 37 prisonniers.
Grillon eut 200 hommes mis hoi's de combat dans ce
siège. Le capitaine Dauréc et les lieutenants Montbrun
et La Marre étaient parmi les blessés. Le marquis de
Grillon, qui porta au roi la nouvelle de la prise de
Namur, fut fait maréchal de camp, elle régiment,
donné au comte de La Tour du Pin (1), entra dans la
place, et se rendit plus lard à Anvers où il forma son
4® bataillon.
Au mois d’avril 1747, il faisait partie du corps aux
ordres du marquis de Gontades, chargé de soumettre
les forts de la rive gauche du bas Escaut, et toute la
Flandre hollandaise. La Tour du Pin se signala sur-
tout au siège d’Hulst. Pour y pénétrer, il fallait enle-
ver les forts de Liefkcnshoëck et de Zandberg. Le
premier fil peu de résistance, mais le deuxième n’était
abordable que par une digue étroite. Le 1®' bataillon
étant de jour, l’ennemi vient à une heure après minuit
attaquer la tète de la tranchée. Les grenadiers et les
piquets dirigés par le colonel le reçoivent avec la plus
grande valeur. Pendant une heure, ils font un feu si
bien nourri que l’ennemi ne gagne pas un pouce de
(I) Le comte de La Tour du Pin fut fait brigadier le 22 juillet
1738, et maréchal de camp le 20 février 1761.
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372 HISTOIRE
terrain : mais bientôt la poudre manque ;
un sergent
et quelques hommes courent en chercher on se la
:
passe de main en main sans précautions ;
le feu prend
à une traînée, se communique aux sacs déposés sur
les palissades, et le bataillon presque tout entier est
brûlé. Les cnnemisqui dans leur effroi s’étaient d’abord
éloignés, reconnaissent la cause de cette détonation,
reviennent à la charge, espérant avoir bon marché
du reste des Français; mais lecolonel rassemble les dé-
bris de son infortuné bataillon, et par un effort dé-
sespéré, les arrête encore et les contraint à renoncer
à leur entreprise. Hulst capitula le 11 mai. Sa prise
avait coûté la vie au capitaine de Mousson-Villiers et
aux lieutenants Jacquerie et Leclerc. Cinq capitaines
et cinq lieutenants avaient été blessés.
La Tour du Pin participe encore à la prise d’Axel,
et se trouve le 1” Juillet à la bataille de Lawfeld. 11
était à l’aile droite où eurent lieu les plus grands ef-
forts. Le village de Lawfeld avait été pris et repris
plusieurs [Link] maréchal de Saxe, persuadé que là
est la victoire,tente un dernier effort et le fait atta-
quer de nouveau par les brigades de La Tour du Pin,
du Roi et d’Orléans. Le régiment s’élance à la baïon-
nette avec une intrépidité sans égale, culbute la co-
lonne ennemie dans un ravin, et lui passe sur le corps.
Leroi, témoin de tant de valeur, lui accorda cinq bre-
vets de lieutenant-colonel, treize croix de Saint-Louis
et vingt-sept gratifications. 11 avait perdu à cette bataille
les capitaines Magenville et de Dreux, et les lieutenants
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 373
Vaiidry, Sagerran, Le Franc et La Duranlie. Parmi les
blessés se trouvaient le colonel, les capitaines d’Ârti-
gnos, La Gièze, Vandel, Larraandie, Mont-
Najac,
grand, chevalier de Montgrand, de Maillé, La ïour-
Dejean, Tanouarn, Grincourt ,
Ferrand et d’Astorg,
et les lieutenants Cheffontaines, Jourdan, Mardeville,
La Marre, Tercier, La Yillotte, Deschênes, Requeur et
Fourneau. A la fin de la campagne, le régiment prit
ses quartiers d’hiver à Bruxelles.
En 1748, il fit le siège de Maëstricht : il était de la
grande attaque. Le 29 avril, à neuf heures du soir, on
donna aux flèches du front d’attaque. Deux
l’assaut
compagnies de grenadiers de La Tour du Pin et trois
de La Couronne, soutenues par celles des régiments
de Rohan et d’Alsace, s’élancèrent au cri de vive le
roi sur la flèche de gauche, et se logèrent sur l’angle
saillant de la branche gauche du chemin couvert de
l’ouvrage à cornes. Cette action coûta la vie au capi-
taine La Durantie, frère du lieutenant tué à Lawfeld.
Les capitaines de Corneillan, de Rogues-Hautes et
Castelnau, et les lieutenants Mezières, La Marre, Ter-
cier,Legrand et Richard, y furent blessés. A sa rentrée
en France, La Tour du Pin fut envoyé à Lille. R fut en
septembre 1731 à Dunkerque, à Valenciennes en sep-
tembre 1 732, et au camp de Saarlouis en juillet 1754.
R passa ensuite par les garnisons de Saarlouis et de
Maubeuge, où il arriva en octobre 1755, et il faisait
partie en juillet 1756 du camp formé près du Havre.
A la levée de ce camp, au mois de septembre 1756,
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374 HISTOIRE
le régiment partit pour Le Mans et il occupa plus tard
les garnisons de Saumur, La Flèche et Baugé.
Il quitta ces villes, en mai 1737, pour se rendre eu
Allemagne. Il passa le Rhin le 1" août à Mayence, joi-
gnit l’armée le 25, et fit l’expédition de Hanovre sous
le maréchal de Richelieu. Il poursuivit le duc de
Cumberland jusqu’à Stade, campa sous Halbersladt du
28 septembre aux premiers jours de novembre, et
après la malheureuse bataille de Rosbach, il se porta
sur Lunebourg, et se retira derrière l’Aller. Il eut ses
quartiere d’hiver à Hanovre.
A la fin de février 1758, l’armée rétrograde vers le
Rhin et prend ses cantonnements de Cologne à Clè-
vcs. Le régiment occupe les postes du Bas-Rhin depuis
Xanten et Schenck jusqu’au territoire hollandais, ayant
son principal quartier à Goch. H assiste plus tard à
la bataille de Créfeld. Exposé pendant cinq heures à
une vive canonnade, rien ne put l’ébranler. Le soldat,
foudroyé par trois batteries dont une le prenait d’é-
charpe, ne se plaignait que de son inaction et de la
nécessité de battre en retraite. Le régiment perdit
dans cette journée, où il ne tira pas un coup de fusil,
plus de 500 hommes, et parmi les morts se trouvaient
les capitaines deRogues-Hautes, deilalgouët, Duvigny,
d’Hourmelin et La Bourdonnaye. Les officiers blessés
àCréfeldétaientlescapitaincsdeMontbrun,Delon,Con-
flans, LaMothe-Ferrand, Dianous ctdeMéinarques, et
les lieutenants d’Astier, Saint-Germain et de Seigneur.
La campagne se termina en marches et contre-marches
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,
DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 375
autour de Cologne, et La Tour du Pin prit enfin ses
cantonnements à Xanten, à deux lieues de Wesel.
Il fit la campagne de 1739 en Hesse. Il faisait, cette
ann6e, partie du corps de réserve commandé par le
marquis d’Armenticres, et contribua le 9 juillet à l’in-
vestissement de Mûnster. Dans la nuit du 1 1 au 1
2,
il fit une attaque sur la porte Saint-Maurice, qu’il
battit avec ses quatre pièces de campagne. Il
y eiitaffaire
à toute la garnison qui fit un feu terrible, et ne se
retira qu’au jour. Le capitaine de Chassignoles, qui
devint lieutenant-colonel en 1784, y fut très^griève-
ment blessé au genou droit : le commandant de
bataillon Larmandie ,
les capitaines La Tour-
Dejean et Farcy, et les lieutenants Liistrac et Siry,
y furent aussi blessés. Un seul officier perdit la vie
dans cette action, c’était le lieutenant de Souvolles.
Le 19, on ouvrit la tranchée devant la ville, et le 21
devant la citadelle qui se rendit le 23. Le lieutenant-
général de Zastrow^ et 3,000 soldats prussiens furent
faits prisonniers de guerre.
Après quelques expéditions de peu d’importance,
le régiment occupa successivement les cantonnements
de Giessen et de Klein-Liness, et le 21 janvier 17G0,
il prit ses quartiers d’Iiiver à Cologne.
Il commença la campagne de 1760, avec le comte
de Saint-Germain, dans la réserve assemblée sous
Dusseldorf. Saint-Germain, appelé par le maréchal de
Broglie, arriva le 10 juillet sur le champ de bataille
de Corbach, avec les brigades de La Tour du Pin et de
376 HISTOIRE
La Couronne, suivies bientôt de celles de Royal-Sué-
dois et de Castellas. Placées au fur et à mesure de leur
arrivée pour soutenir les Volontaires de Flandre qui
occupaient un bois en face de l’ennemi, ces brigades
eurent à supporter un feu terrible : bientôt l’ordre
d’attaquer leur est donné ;
les ennemis culbutés se ral-
lient envain derrière leur cavalerie, ils sont obligés de
se retirer après quatre heures de combat. Les capitaines
de Kernisan et Duserre, et les lieutenants Rouvroy,
du Luc, La Villaudray et La Vernosse furent blessés à
Corbach.
Au combatde Warbourg, le 3 1 juillet, deux colonnes
ennemies débouchent sur la gauche de l’armée fran-
çaise à la faveur du brouillard. La brigade de La Tour
du Pin, qui était à la droite, vole au secours de la
gauche, mais le chevalier du Muy s’aperçoit que les
Allemands font filer des troupes vers nos ponts de la
Dymel, et il y envoie La Tour du Pin avec Touraine.
Le 2« bataillon du régiment, un instant coupé, est
chargé par la cavalerie une décharge faite à propos
:
éloigne celle-ci; le bataillon passe alors la rivière
ayant de l’eau jusqu’à la ceinture, se rallie de l’autre
côté sous le feu de l’ennemi ,
et fait l’arrière-garde de
la réserve, qui exécute sa retraite en bon ordre devant
des forces supérieures. Plusieurs officiers furent blessés
dans cette affaire : c’étaient les capitaines La Tour-
Ferrand et Guintrand, et les lieutenants d’Astier, Du-
puis, Chantepie, Beaupoil et Pagnon. Plus tard, le
prince héréditaire menaçant Wesel ,
le régiment y
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UE l’anciemse infanterie française. 377
est envoyé et se trouve ainsi au combat de Closter-
camps. Dès le début de l’action , le colonel reçut un
coup de feu à la cuisse : cette blessure fut cause que
le corps ne prit d’abord aucune part au combat; mais
ayant enfin reçu des ordres, il chargea les Hanovriens
et les fit plier. Les capitaines de Seigneur et Des Fa-
vières, et les lieutenants Plats et La Villaudray fu-
rent blessés. Il
y eut en outre 73 hommes mis hors
de combat.
En 1761 ,
le régiment, devenu Boisgelin (1), sortit
le 1 " mai de Cologne , où il avait encore passé l’hiver,
et fit partie de la réserve aux ordres du prince de
Condé. 11 se trouva cetteannée aux combats de Villing-
shausen (15 et 16 juillet) et de Roxel (30 août). Le
lieutenant de grenadiers Saint-Paul perdit la vie, le 28
juillet, dans une rencontre particulière qui eut lieu
près de Neuheim. Boisgelin eut cette année ses quar-
tiers d’hiver à Dusseldorf.
Il servit en 1 762 à la même armée. Le 25 août,
, ,
au combat du Johannisberg , un soldat, Jean Troury,
était allé ,
dès commencement de l’action se poster
le ,
au milieu du champ de bataille, sur un arbre qui fut
(<) Le comte de Boisgelin était précédemment colonel de Sain-
tonge. 11 fut fait brigadier le 2S juillet 1762. Marc-Antoine d'Hal-
lebout, lieutenant au corps en 1724, fut nommé lieutenant-colonel
le ISjanTier 1760, brigadier le 20 février 1761, et maréchal de camp
en 1767. Il fut remplacé le 22 juin 1767 par Joseph Rajne de Can-
tis, lieutenant en 1735, et brigadier le 3 janvier 1770.
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,
378 HISTOIRE
criblé de boulets. Il s’y tint constamment et donna
avis de la retraite des ennemis. Le capitaine Diisscrre
s’élança alors, à la tète de trente hommes, et s’em-
para de trois pièces de canon. Le 30 août, au combat
de F riedberg ,
le général Lückiier avait tourné la nion-
I lagne du Johannisberg avec quarante escadrons ,
pen-
dant que le prince héréditaire attaquait de front avec
dix-neuf bataillons. Les troupes françaises allaient
céder, quand Boisgelin arrive au pas de course qu’il
soutient depuis une heure ,
se jette dans un bois sur
lagauche, y rencontre 6,000 Anglais et Hanovricns,
en essuie deux décharges sans brûler une amorce
tombe sur eux à la baïonnette les enfonce et les met ,
en déroute. Le caporal Michel Boussillac s’élance seul
au milieu d’un ruisseau que l’ennemi cherchait à
mettre derrière lui; il en tue plusieurs et ramène ,
onze prisonniers. Le maréchal de Soubise lui donna
quatre louis d’or. Cette affaire, où l’armée ennemie
vit son général dangereusement blessé et perdit 600
hommes tués, 1500 prisonniers, 1200 chevaux, 13
canons et 2 étendards, et qui fut le dernier fait de
guerre auquel le régiment ait pris part sous la monar-
chie, couronna glorieusement sa belle carrière. Le roi
lui fit faire des compliments par le maréchal d’Estrées,
et lui accorda 14 croix de Saint-Louis et 15,000 livres
de gratifications (1). Lesautres corps félicitèrent le ré-
(1) ORDRE DU ROI. üe par le Roi,
« Trésorier général de l'extraordinaire des guerres, M. Jean-
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 379
giment de Boisgeliii sur sa belle conduite. Les offi-
ciers du régiment de La Couronne écrivirent àceuK de
Boisgclin la lettre suivante, qui est également hono-
rable pour les deux corps :
« Messieurs, c’est avec la plus grande satisfaction
« que nous apprenons le succès que vous venez d’avoir
a et la façon dont vous avez contribué à la gloire de
« monseigneur le prince de Coudé dans cette dernière
« affaire. La part que nous y prenons. Messieurs , ne
« nous fait regretter que de n’avoir pas pu partager
« avec vous les moments brillants de cette action, ou
« vous avez si bien soutenu votre réputation. Nous
« nous flattons que les liaisons anciennes qui doivent
« vous assurer de notre attachement et de toute notre
« estime ,
vous feront recevoir les témoignages que
« nous vous en donnons comme un gage nouveau de
t^aplisle Thomas de Pange, Nous voulons et vous mandons que, des
deniers qui soûl en vos mains, vous ayez à en payer comptaut au
sieur comte de Itoisgelin, biigadier et colonel du régiment d’iufau-
terie frauçoisc de son nom, la somme de quinze mille livresque
^ous ordonnons èlrc mise en ses mains, pour être par lui dislHbilée
sur le pied de sept mille livres aux otüciers de ce régiment, pour être
indemnisés des pertes qu’ils ont faites à Taifaire de Friedberg, le 30
aoilt dernier; et sur celui de huit mille livres aux sergents, capo-
raux, anspessades et soldats dudit régiment; laquelle somme Nous
leur accordons par gratilicalion extraordinaire, en considération do
la distinction avec laquelle ils se sont comportés dans cette journée!
et rapportant par vous le présent, etc. »
Donné 5 Versailles, le S septembre 1762; tigné^ Louis, et plusOas,
le duc de Choiseul.
380 HISTOIRB
« tous les sentiments et de l’amitié la plus inviolable
« avec laquelle ,
etc. »
Ajoutons que le régiment avait assez chèrement payé
la gloire acquise à Friedberg. Outre 28 soldats tués
sur place et 256 blessés ,
il avait à regretter les capi-
taines Saint-Sauveur, d’Hauteville ,
Dumas et Ran-
chin ,
et les lieutenants Rogon Oudet Desroulins
, , et
[Link] les blessés ,
se trouvaient le comman-
dant Dumesnil , les capitaines La Forgue de ,
Sarrant,
La Tour-Ferrand, Mézières Lenferna, ,
Chassignoles,
Des Favières, Mémarques, La Barrière ,
Champbrû-
lard, LaVerghue, Syry etd’Ouville, et les lieutenants
Beaupoil, Ricard, Chantepie, Bourguisson, d’Osmont,
La Feuillade Matheron, de Berne et Bagué.
,
La paix ayant été signée le régiment rentra en ,
France par la Flandre et se rendit à Calais en mars
,
1763. Par suite de l’ordonnance de réorganisation du
10 décembre 1762, il avait cessé d’être régiment de
gentilshommes et avait pris le titre de la province de
Béarn, porté avant lui par deux autres régiments.
Au mois de novembre 1764, Béarn se rendit à
Dunkerque. Il passa, en août 1765, à Tbionville. 11
alla à Brest en octobre à Metz en novembre 1769,
1 7 67 ,
à Tbionville en octobre 1 77 1 , à Valenciennes en sep-
tembre 1772, et à Metz en novembre 1774. En 1775,
le 4* bataillon fut dirigé sur Brest, et il s’embarqua
le 20 novembre pour se rendre à Saint-Domingue,
où il arriva le 18 janvier 1776.
Dans la réorganisation de 1776 ,
les 1“ et 3* batail-
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DE l’aRCIENHK IRFANTEHIE FKARÇAISB. 381
Ions formèrent le régiment de Béarn les 2* et 4* com-
;
posèrent le régiment d’Agénois.
L’ancien Béarn avait des drapeaux d’ordonnance
violet et jaune en quatre carrés. Le nouveau Béarn
les conserva. Le vieil uniforme ,
consistant en habit,
parements, revers, veste et culotte blanc piqué de bleu,
collet rouge,poches en travers, trois boutons jaunes
sur les poches, autantsur les parements, cinq aux revers
et quatre au-dessous, fut remplacé par un habit à col-
let, revers et parements roses avec les boutons jaunes.
Agénois différa de Béarn par les boutons blancs et
le collet vert. Quant à ses drapeaux, ils conservèrent
les deux carrés violets ;
les deux autres furent coupés
en deux triangles, l’un vert et l’autre jaune, les deux
triangles jaunes à l’intérieur.
BÉCUIII^I DI BÉIBIV.
15' BÉGlIfENT d’infanterie.
COLONELS ou MESTBES DE CAMP.
1. Marquis de CRËNOLLE (
Anne-Louis du Quingo ), 18 avril 1776.
2. Marquis de BARTILLAT (
Louis-François-Jules Jeannot ),.13 avril
1780.
3. Vicomte de BOISGELIN de KERDU (
Gilles-Dominique-Jean-Ma-
rie ),
1" mars 1788.
4. Comte de CASTELLANE (
Michel-Ange-Boniface-Marie ) , 23 juil-
let 1791.
5. DE MYON Jean-Charles ), 7 novembre 1791.
(
6. DE VARENNES Marie-Louis ), 7 mars 1792.
(
L’ordonnance de 1777 ayant mis fin au roulement
382 HISTOIRE
qui existait depuis 1666 entre les régynents de Bour-
bonnais, de Béarn et d’Auvergne, Béarn devint défini-
tivement le 15' d'infanterie. 11 quitta Metz au mois
d’octobre 1777 pour occuper la garnison de Verdun
et au mois d’octobre de l’année suivante il se rendit
à Valence et Montdauphin. En juillet 1779, il était
appelé sur les côtes de Picardie et occupait Montreuil
et Boulogne. 11 se rendit de là à Brest en novembre
1781, etenjuin 1784, après l’entier réglement de nos
différends avec l’Angleterre, il revint à Metz. La
crainte d’une nouvelle guerre maritime le fit envoyer
à Dieppe en octobre 1787, et en septembre 1789 il
vint au Havre, où son 2' bataillon s’embarqua à la fin
de 1791 pour passer à Saint-Domingue, d’où il n’est
point revenu. En janvier 1792, le reste du régiment
se rendit à Arras, et au commencement des hostilités
il fut jeté dans Lille ;
il s’illustra dans la magnifique
défense de cette place. Le capitaine Chabot, officier
d’un grand mérite, y fut tué. Le 8 octobre, ce fut le
bataillon de Béarn, commandé par le lieutenant-
colonel d’Orières, qui fut chargé d’aller s’assurer de
la retraite des Autrichiens et de combler leurs travaux.
Le bataillon termina cette campagne par la conquête
de la Belgique et la prise d’Anvers où il fut mis en
garnison. Rentré en France, après la bataille de
Neervs'inden, il fit en 1793 partie de l’armée du Nord
et fut versé le 14 janvier 1794 dans la 29' demi-bri-
gade, qui contribua à la seconde conquête de la Bel-
gique et à celle de la RoUande. La 30' demi-brigade
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DB L’ANCIEfmB IKFANTEjgilE FBARÇAI8B. 383
n’a jamais existé que suf le papier. Le dépôt du
2' bataillon de Béarn, resté dans les garnisons de la
Bretagne, est entré directement en 1796 dans la
formation de la 40' demi-brigade nouvelle (1).
RÉfilHEKT D'AGÉKOIS.
16® RÉGIMENT d’infanterie.
[Link] 00 MESTRES DE CAMP.
Miu'quis DE GRILLON ( Louis-Pierrc-Nolasque des Balbi de Ber-
tous ), t8 avril 1776.
2. Baron DE CAÜIGNAN (
Charles Ouplcix ), 11 novembre 1776.
3. Comie d’[Link] ( Antoine-Joseph-Eulalie de Beaumont),
3 octobre 1779.
4 . Marquis DE ROUGE (Catherine-Jean-Alexis), 1" juillet 1783.
3. Comte DE LA SALLE (
Jcan-Charlemagno de Maynier ), l** jan-
vier 1784.
6. UE [Link]ÉRE Pierre-Louis ), ?» juillet 1791.
(
7. LEBLANC de LA COURBE (
Jacques-Hyacinthe )
26 octobre 1792.
Le 1" bataillon d’Agénois, le seul qui fût alors en
(1) Le marquis de Crénolle, dernier colonel de l’ancien Béarn et
premier colonel du nouveau fut fait brigadier le 3 janvier 1770 et
maréchal de camp le U' mars 1780. Le marquis de Bartillat obtint
le grade de brigadier lu o décembre 1781, et celui de maréchal de
camp le 9 mars 1788. Le vicomte de Boisgelin eut ce dernier grade
pour retraite le 30 juin 1791. .M. de Myon avait été lieutenant-colo-
nel de Béarn du 7 mai 1789 au 21 octobre 1791. Antoine-Claude de
Neuville de La Bourlerie avait été nommé major le 22 juin 1767,,
lientenaut colonel le 21 avril 1777, brigadier le 1" mars 1780, et
maréchal de camp le 1*' jonvjer 1784.
384 HISTOIRE
France, quitta Metz le 20 juin 1776 pour aller à
Saarlouis, et au mois de septembre il se mit en route
pour Vannes. 11 se rendit de là à Saint-Servan en
mars 1777, à Brest en septembre, et il partit de ce port
le9 octobre de la même année pour passer à la Gua-
deloupe, d’où il rejoignit bientôt le 2* bataillon en
garnison depuis deux ans au Cap-Français.
En 1779, une du régiment s’embarqua sur
partie
la flotte du comte d’Estaing et prit une part glorieuse
au siège de Savannah. Le lieutenant Blandat tut tué
à la sortie du 24 septembre. Le 9 octobre, à l’attaque
infructueuse des retranchements, le capitaine Du
Barry et trois sous-lieutenants furent blessés. Après
cette expédition, le détachement d’Agénois fut jeté
dans l’ile de la Grenade.
En 1781, le régiment se réunit à la Martinique et
s’embarque tout entier le 5 août sur la flotte du comte
de Grasse pour aller renforcer l’armée que Rocham-
beau commandait sur le continent américain. Il arriva
le 15 août, avec Gâtinais et Touraine, dans la baie
de la Chesapeake, au moment où le général Cornwallis
était cerné dans ses retranchements d’York-Town
par Washington et Rochambeau. Le marquis de
Saint-Simon qui conduisait ce renfort débarqua le
2 septembre dans le haut du James-River et se porta
le4 à Williamsbourg à quatre lieues d’York-Town.
Le 25, l’investissement de cette position fut complet.
Le 3 octobre, deux compagnies de grenadiers et de
çhasseurs d’Agénois attaquent les piquets anglais et
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DE l’aNCIEN!<B INFANTERIE FRANÇAISE. 385
les forcent à se replier sur les ouvrages de la place.
La tranchée fut ouverte le 6 au soir ;
le 1 5, Agénois
repoussa une sortie, et 1e 19, Cornwallis se rendit
prisonnier de guerre avec 6,000 hommes de troupes
réglées et 1,500 matelots. Le régiment se rembarqua
le 5 novembre pour retourner à la Martinique (1).
Dans les derniers jours de 1781, une partie du
régiment prit encore passage sur les vaisseaux du
comte de Grasse et aborda le 11 janvier 1782 dans
la rade de l'ile Saint-Christophe. Pendant le siège de
Bristone-Hill, les grenadiers et chasseurs d’Âgénois
et de Touraine, en tout 300 hommes, étaient restés
à la garde du port de la Basse-Terre. Le 28, ils y
furent attaqués par 1,300 Anglais que l’amiral Howd
était parvenu à débarquer. Ils soutinrent pendant
une heure et demie un combat acharné, qui eût fini
par les détruire tous, s’ils n’eussent été secourus. La
perte des Français fut de 80 hommes, dont six officiers
tués ou blessés, presque tous du régiment d’Agénois.
Le reste du corps contribua à la prise de Bristone-Hill
qui capitula le 12 février, et où l’on fit prisonnier de
guerre le régiment Royal-Écossais, l’ancien Douglas,
qui avait quitté le service deFrance en 1678.
(1) Des trois premiers coloaels d'Agénois, Grillon est passé au ré>
giment d’Aquitaine, Cadignan est mort à Saint-Domingue, d’Au-
tichamp fut fait brigadier pour sa conduite à York-Town, et maré-
chal de camp le 13 juin 1783. M. de La Salle obtint aussi ce dernier
grade pour retraite en 1791. Blotteflère était lieutenant-colonel d'A-
génois depuis le 28 avril 1788, lorsqu'il remplaça M. de La Salle.
aisT. DE l'anc. i.\fanterie française, t. ni 2S
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38« HISTOIRE
Après cette cxpédilion, le flélachement remonta
sur la flotte et sc U’ouva aux comhats soutenus les 9
et 12 avril contre rauiiral Rodney. Il
y fut maltraité.
Le sous-lieutenant La Forgerie fut tué sur le Conqué-
rant, le capitaine Dumontcl fut blessé sur le Scipion,
le capitaine de Trourond sur /e Magnifique et le lieu-
tenant de Cosquet sur le Réfléchi. La plus grande
partie des compagnies de fusiliers étaient à bord des
vaisseaux V Hector et le César, dont le premier fut
pris et le deuxième sauta.
Les débris d’Agénois repassèrent en France en 1783
et étaient réunis à Nantes au mois de septembre.
Ils furent immédiatement dirigés sur Weissembourg ,
et excitèrent sur leur route les témoignages du plus
vif enthousiasme. Au mois d’octobre 1784, le régiment
se rendit au Fort-Louis du Rhin. 11 passa de là à
Strasbourg en juin 1783, à Poitiers au mois de no-
vembre de la même année, et à Saintes au mois
d’avril 1786. Pendant l’année 1788, ses deux batail-
lons occupèrent les îles de Ré et d’Oleron; en 1789,
ils parcoururent les garnisons de Marennes, Poitiers,
Niort et Rochefort, et ils se réunirent dans cette
dernière ville au mois d’octobre. En 1790, le corps
fournit des garnisons pour les vaisseaux et fut employé
à calmer les troubles qui agitèrent ce pays. Les
habitants de la Saintonge et de l’Aunis ont conservé
le souvenir de la modération et de l’humanité des
soldats d’Agénois,qui, pendant le cruel hiver de 1 789,
avaient distribué leur pain et leur bois aux pauvres.
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DB l’ ANCIENNE INFAMTERIE FRANÇAIS!. 387
Au mois de juin 1791, le 2' bataillon partit pour
Saint-Domingue, d'où il ne revint en 1794 que [Link]
officiers et vingt-trois hommes. Le 1' alla occu-
per les postes du Château-Trompette et de Blaye,
et fut dirigé sur Tours, puis sur Épernay en juillet
1792. .Au mois d’octobre, après la bataille de Valmy,
il rallia l’armée de Kellermann, et passa plus lard à
l’armée du Nord. Il prit part à la conquête de la
Belgique, occupa quelque temps Namur et se dis-
tingua, le 26 février 1793, au combat de Maéstricht
et le 18 mars à la bataille de Neerwinden. Il revint
alors sur la frontière, combattit devant Valenciennes
les 1^ avril et 23 mçii, participa à la défense de
Dunkerque et à la victoire de Hondscoote au mois
de septembre, se trouva le 17 novembre à l’afTaire
de Poperinghen, le 2 janvier 1794 à l’attaque du
poste de Roeschequeyde près d’Ypres, où il se dis-
tingua d’une manière toute particulière, au combat
de Mcnin le 29 avril, à ceux de Courtrai et de Wer-
wick au raoisde mai, au siège d’Ypres et à l’attaque de
l’ile de Cadzan ou ses grenadiers firent des prodiges
de valeur le 30 juillet. Le capitaine Latis traversa le
premier le détroit de Caeyscht. Deux mois après,
le 22 septembre 1794, ce bataillon entrait dans la 31*
demi-brigade qui servit à la conquête de la Hollande.
La 32* demi-brigade n’a pas été formée.
388 RISTOIRR
BÉ£IU£!«iT D'AÜVERGKE.
Je ne connais qu’une façon de faire fuir Auvergne.
C'est de battre la messe.
PHIUPPE T, BOi o'espsanE.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Baron du BOURG de L'ESPINASSE (Antoine du Maine), 6 mars
io97.
2. Comte DE LA SUZE (Gaspard de Champagne), février 1619.
3. Marquis de LAUZIËRES ^Charles), 1620.
4. Comte d'ESTISSAC (Benjamin de La Rochefoucauld), 20 décem*
bre 1621.
5. Prince de MARS1LLAC (François de La Rochefoucauld)) l*'mai
1629.
6. [Link] DE LEUVILLE (Louis-Olivier), 24 mars 1631.
7. Comte DE MAUGIHON ([Link]), 1" mars 1633.'# t»* L
V J O’') (1 ILl
8. Comte de LA ROUE (Balthazar), 13 mars 1641. J
9. Marquis DE BRINVILLIERS (Antoine de Gobelin), mars 1645.
10. Baron d’ESPIEZ (N. de Cossard ), 1647.
11. Marquis DE [Link] (
Jean-Louis de Louët). 4 juin 1650.
12. Marquis DE JANSON (N. de Forbin ), septembre 1635.
13. Comte de MOUSSY N. Le Bouteillierde Sentis ), 1661.
(
14. Comte DE SERY ( Paul de Sainl-Aignan ), 1664.
15. Duc deCHEVREUSE (Charles-Honoréd’Albert deLuynes), 1666.
16. Marquis de COEUVRES ( François-Annibal d’Estrées ), 1670.
17. Marquis DE NICOLAl de PRESLE (Nicolas), 24 avril 1680.
18. Marquis DE CHAVIGNY Claude-François de Boutbillier), 15
(
janvier 1695.
19. Chevalier d'IMECOURT (Jean-Louis de Wassinghac), 1'' avril
1703.
20. d'ALBA ( David ), 4 janvier 1705.
21. Comte deCLERMONTo'AMBOISE (Georges-Jacques), 5 juin 1716.
22. Marquis de CONTADES (
Georges-Erasme ), 15 juin 1734.
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DE l’aNCIEIWE IKFAETERIB FRANÇAISE. 389
23. Marquis de CLERMONT-GALLERANDE ( Annand-HeDri ), 21
février 1740.
24. Duc DE DURAS { Emmanuel-Félicité de Durfori), 6 mars 1743.
25. Marquis de CHATELLUX (
César-François de Beauvoir), -16 mai
1745.
26. Marquis de CHATELLUX (
Philippe-Louis de Beauvoir ), 30
septembre 1749.
27. Marquis de ROCHAMBEIAU ( Jean-Baptiste-Donatien de Vimeur),
'
7 mars 1759.
28. Marquis DE [Link]-CHAPTON (
Cbarles-François-Ferdi-
nand), 20 février 1761.
29. Vicomte de LAVAL (
Mathieu-Paul-Louis de Montmorency ), 4
août 1771.
Auvergne ! voilà un de ces noms qui ne périssent
point, qui passent de bouche en bouche comme une
expression de gloire. L’héroïque dévouement du cHc-
valier d’Assas a sans doute beaucoup contribué à
sauver ce nom de l’oubli où tant d’autres sont tombés;
mais le régiment d'Auvergne doit aussi sa renommée
à une bravoure proverbiale, qui lui avairvalu d’être
surnommé invicta legio. Pendant une carrière de près
de deux cents ans, il ne perdit jamais un drapeau.
La date régulière de sa création est la même que
celle du régiment de Bourbonnais. L’un et l’autre
furent mis sur pied par brevet du 6 mars 1597, à
l’occasion du siège d’Amiens. 11 fut formé avec des
bandes anciennes qui avaientservi la Ligue. Son pre-
mier mestre de camp, le baron du Bourg de L’Espi-
nasse, gentilhomme lyonnais, avait eu, dès l’année
1589, un régiment avec lequel il avait contribué à la
défense de Paris contre Henri IV. Dans les derniers
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890 HI8T01BB
temps de ce long siège, du Bourg et sou régiment
avaient la garde de la Bastille. Quand Paris sc rendit
au roi, en 1594, du Bourg aima mieux sortir de la
Bastille publiquement avec l’écharpe noire de la Ligue,
que de la remettre au roi pour de l’argent, ainsi que
le faisaient la plupart des gouverneurs (1 ). L’inflexible
mestre de camp avait juré fidélité au duc de Mayenne,
et ne se soumit qu’avec lui au commencement de 1595,
après avoir encore défendu Laon. Il servit ensuite
avec la même vertu Henri IV, qui l’estimait fort.
Le régiment du Bourg de L’Espinasse servit en 1597
à la reprise d’Amiens, et il continua de faire partie
de l’armée d’observation de Picardie, jusqu’au 6 mai
1^98. Par ordre de ce jour, il fut réformé et réduit à
la compagnie du mestre de camp, qui alla tenir garni-
son dans le Lyonnais.
En 1600, quand les différends qui existaient entre
le roi et le duc de Savoie, semblèrent ne pouvoir
plus s’arranger que par la voie des armes, le baron
du Bourg rétablit son régiment par brevet du 3 avril,
et fut chargé au mois d’août d’aller prendre possession
du marquisat de Saluces, que le duc de Savoie s’était
engagé à lui remettre. Ce fut alors que le duc leva
(<) Du Bourg tiut [Link] jours dans U Baslille, et lira quelques
coups d‘! canon dans In rue Saint-Antoine. C’est seulement dans celte
occasion, et à la bataille de 16.^2, que la Bislille a joué un rôle
dans nos guerres civiles modernes jusqu’en 1789, et il est remar- îi
quer que dans ces deux circonstances, elle tirait sur les troupes du
Roi. Du Bourg de l'Espinasse eut le brevet de maréchal de camp
le 16 décembre 1621.
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DE l'ancienne INFAinSmE FRANÇAISE. 301
tout à coup le masque et déclafa qu’il préférait la
guerre. Du Bourg, qui n’avait encore autour de lui
que 200 hommes, ne put exécuter cette mission, et
retourna à Lyon pour compléter son régiment. Il se
rendit ensuite au quartier général de l'armée sur les
confins de la Savoie, et ne parvint à la rallier qu’avec
les plus grandes difficultés, ayant constamment été
harcelé dans sa marche par un corps de 400 chevaux.
Grâce à l’habileté de son chef, le corps échappa a tant
de périls et prit une part brillante à la conquête de
la Savoie. Il se distingua particulièrement à la prise
de Chambéry et de Montmélian, et fut encore une fois
réduit à la compagnie du mestre de camp, le 17 jan-
vier 1601.
On trouve dans le Journal de Pierre de l’Estoile,
sous la date de 1600, l’anecdote suivante, également
honorable pour Henri IV et pour le baron de L’Kspi-
aasse. «Le mercredi 27 de septembre, on a reçu avis
«que le Roy étant à Grenoble, avoit trouvé dans sa
«chambre un billet qui l’avertissoit que Cliazeul et
«Dubourg, deux gentilshommes lyonnais, cher-
« choient l’occasion d’attenter sur sa personne. Mfe
«Roy ayant lu ce billet, reconnut que l’envie avoit
« inventé celte calomnie : il appela sur le moment
« Chazeul, qui étoit alors à sa suite, lui montra le
« billet, et Uassura en même temps que ce billet ne
«lui donnoit pas le moindre soupçon, ni défiance de
«sa fidélité. Dubourg qui étoit à Lyon, ayant appris
« cette nouvelle, suspendit la levée de son régimeat,
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392 HISTOIM
a et se rendit en poste auprès du Roy, nonobstant
«que Sa Majesté lui eût fait écrire qu’il ne doutoit
« pas de sa fidélité : il se présenta au Roy à la fin de
« son dîner qui, dès lors qu’il le vit, lui demanda pour-
« quoi il étoit venu. — Sire, répondit Duboiirg, le bruit
« court à Lyon que j’ai voulu tuer Sa Majesté je viens ;
«lui apporter ma tête. Non, répondit le Roy, je n’ai
O pas cru, ni ne croirai jamais les avis que les envieux
«me donnent; retournez à Lyon, achevez votre ré-
«giment; amenez-le en diligence; c’est la plus
« grande punition que vous puissiez donner à des en-
« ncmis inconnus. »
Remis sur pied le 31 mai 1602, à cause des menées
du maréchal de Biron avec l’Espagne et des troubles
de Metz, le régiment subit une troisième réforme en
1604. Celle-ci dut être moins dure que les précéden-
tes car voici ce que l’on lit dans les Mémoires de
,
Lesdig\iières, sous la date de 1 605. « Le marquis de
«Blacons détenoit la citadelle d’Orange. Enfin, le
« Roy voulant que la citadelle fût rendue au prince
«(d’Orange), ordonna à Lesdiguières de réduire Bla-
^cons à son devoir. En suitte de quoy, Lesdiguières
« prenant le régiment du Bourg qui estoit alors en
«garnison dans la province, avec 3 canons et 2,000
« hommes qu’il leva à ses dépens, se mist en estât de
« l’aller assiéger. Celui-ci capitula et rendit la cita-
«delle. :>
Les grands armements que préparait Henri IV en
1610 donnèrent encore lieu, le 16 février de cette
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 393
année, au rappel des capitaines réformés; mais l’as-
sassinat du roi fit avorter tous les projets de guerre,
et le régiment demeura dans les provinces de Bresse et
de Lyonnais. En 1613, il fut mis en mouvement pour
aller au secours du duc de Manloue, dont les posses-
sions de Monlferrat étaient menacées par le duc de
Savoie. Il devait s’embarquer en Provence et gagner
le Montferrat par Savone. Ce mouvement força le duc
de Savoie à faire son accommodement.
En 1615, Bourg de L’Espinasse se rendit à l’armée
du maréchal de Bois-Dauphin. 11 se trouva à toutes
les expéditions que fit cette armée, opposée dans les
provinces de Picardie, de Brie et de Champagne, à
celle des princes mécontents, et il prit part au siège
de Creil et à la surprise de Sens. Il se rendit ensuite
en Guyenne, où il fut réduit à la compagnie du mestre
de camp, le 6 mai 1616. Le baron de L’Espinasse ré-
tablit son régiment pour la dernière fois, le 27 août
suivant, et le commanda à l’armée de Bourbonnais,
sous le maréchal de Montigny. Il se trouva à le prise
de Donzy, d’Aulrain et autres petites places de cette
province, qui tenaient pour le prince de Condc.
11 demeura cinq ans dans le Bourbonnais, où il
perdit son vieux chef, le baron du Bourg de L’Espinasse,
à qui succéda le comte de La Suze, qui avait épousé
une petite fille de l'illustre amiral de Coligny. L’année
suivante, «Montbrun s’étoit soulevé dans leDauphi né,
« et ayant entrepris sur la ville de Grenoble, le comte
ede La Suze, esprit inquiet et factieux, huguenot,
m BBTOIRB
«s’alla joindre à lui (l). » II fut remptaeé par le mor''
i|uis de Lauzières, second du maréchal de Thé-
fils
mines qui du roi pour avoir
jouissait alors des faveurs
arrélé le prince de Condé. Ce nouveau raestre de camp
tira le régiment d’une province où il languissait dans
l’obscurité, et le conduisit en 1621 au siège de Saiat-
Jean-d’Angely. Il arriva devant cette place le 10 juin,
et dès le 14, étant de tranchée avec le régiment d’Es-
tissac, il repoussa vigoureusement une sortie. Après
la soumission de SaintrJean, Lauzières fit le siège de
Nérac, et resta en garnison dans les places de la
Guyenne pendant fameux siège de Montauban. Au
le
mois de décembre, il fut donné au comte d’Ëstist-
sBO (1) qui y ioeorpora, par ordre du 20 de ce mois,
un régiment de son nom levé eu 1615, et qui avait
servi avec distinctionaux sièges de Saint-Jean-rd'Anf
geJy, Nérac, Montauban et Monheurt.
Avec un pareil renfort, et avec un naeslre de camp
homme d’esprit et de cœur, le régioient ne pouvait
pas manquer de bien faire.
1622, Estissac se rendit à Nantes, et lut de la
fameuse expédition de l'ile de Rièz. Pendant que les
Gardes, Navarre et d'autres vieux corps traversaient
(1) La comtesse de La Suze ne pouvant s’accommoder h rtiumeur
bizarre de son mari, se sépaia de lui pour ne p'us le voir dans ce
monde, et se lit cu:boii>|ue pour ne pas courir le risque de le reo'
contrer dans l’autre. Ou atlr:l)ue ce mol à la reine Chrisliaii do
Suède.
(2) Le comte d’Estissac fut élevé au grade de lieutenanl-géné[Link]
<8 octobre iSâî, sans avoir été maréchal de caiop.
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DE l’aKCIENME mPANTBKIB FRANÇAISE.
le 16 avril le bras de merqui sépare l’île du continent
et surprenaient Soubise dans ses quartiers, il était
posté au bourg de Soulan, dont la possession assurait
les derrières de l’armée. Deux jours après, le régiment
faisait capituler le château de la Chaume. Il alla
ensuite avec Champagne faire le siège de Royan, et il
termina cette campagne par ceux de Tonneitis, de
Saint-Antonin et de Négrepelisse, après lesquels il
suivit le roi en Languedoc, où il fit encore les sièges
de Lunel et de Montpellier. Le capitaine de Courbon
fut tué devant Lunel, et du Fretté, enseigne de la
mestre de camp, devant Montpellier.
Eslissac demeura d'abord à la garde de cette pro-
vince : il fut employé sur les frontières de Picardie
pendant les années 1625 et 1626. L’année suivante
il fut appelé au blocus de La Rochelle, et fut chargé
de la garde de la fameuse digue. Pendant les combats
du 3 et du 4 octobre, contre la flotte anglaise, il était
sur la ligne de vaisseaux qui fermait l’ouverture de la
digue. Tallemant des Rcaux, raconte que pendant ce
siège, le duc de La Rochefoucauld, frère aîné du comte
au camp avec 1 ,500 gentilshommes
d’Estissac, arriva
de son gouvernement d'Angoumois, et qu’en les pré-
senlant-au roi, le cardinal de Richelieu présent, il dit :
«Sire, il n’y en a pas un qui ne soit mon parent, »
mais qu’Estissac le poussa rudement en lui soufflant
dans l’oreille : « Vous avec fait là un pas de clerc :
« les neveux du cardinal ne sont encore que des gre-
«dins, et vous allez faire claquer votre fouet.... Gare
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.
396 HISTOIRB
« à votre gouvernement. » En effet, dès l’été suivant,
Richelieu le lui ôta. ^
Après la soumission de La Rochelle, le régiment
séjourna quelque temps dans la province, et il fut
donné en 1629 au prince de Marsillac, neveu du
comte d’Estissac (1). 11 passa cette année en Piémont,
et se couvrit de gloire à côté des Gardes Françaises à
l’attaque du Pas de Suze. Quatorze de ses compagnies
attaquèrent les retranchements par la gauche et se
logèrent sur le mont de la Rruneüe qui domine la ci-
tadelle de Suze. Il contribua ensuite à faire lever le
siège de Casai, et repassant les Alpes avec Louis XIII,
il vint faire les sièges de Privas et d’Alais. Il retourna
en 1630 en Piémont, et se trouva au secours de Ca-
sai ,
au combat de Veillane, à la prise de Saluces et à
l’attaque des retranchements du pont de Carignan. Il
continua de servir en Italie Jusqu’au traité de Cbérasco,
après lequel il fut employé à maintenir la Provence
dans le devoir. 11 appartenait alors au marquis de
Leuville{2). En 1633, devenu Maugiron (3), il retourna
(1) Le prince de Mnrsillac maréchal de camp
fut fait le 19 mai
1646. C'est le célèbre auteur des Maximes.
(2) Le marquis de Leuville fut mis à la Bastille en 1634. Il fut
fait maréchal de camp le 4 mai 1646, et lieutenant-général le 4 no-
vembre 1050.
(3) Claude, comte de Maugiron, avait eu un régiment d’infanterie
de sou nom en 1610. 11 quitta Auvergne en 1641, et obtint le régi-
ment de cavalerie de la Reine-Mère à sa création en 1643. Il fut
nommé maréchal de camp le 27 septembre 1643, et lieutenant-gé-
néral le 12 Juin 1631
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 397
en Italie ,
où pendant deux ans il ne se passa aucun
fait de guerre remarquable. En 1635, les hostilités
prennent plus de gravité, et le régiment se trouve
au siège de Valence, à la prise de Candia et à celle du
château de Sartirane. Ce fut le 15 septembre de cette
année qu’il prit le titre de la province d’Auvergne :
ce nom devint bientôt célèbre à l’armée d’Italie.
En 1636, Auvergne est à la réduction d’OIleggio,
de Confienza, de Palestra, de Robbio, de Vespola et
au sanglant combat de Buflalora. En 1637 , il défend
Asti et fait des merveilles à l’affaire de Montebaldone.
En 1638, on le trouve au secours de Brem a et au ra-^ , . l,'ir
vitaillement de Verceil : en 1639 au secours de Casai ,
'
,
à la prise de Chivaao et au combat de la Boule de .
Quiers, où il fait des prodiges de valeur. En janvier
/,/,u ..r
1640, il contribue à la prise des châteaux de Busco, f,.J, n .
Dronnero et Brodel ,
et il laisse une compagnie à la
'
garde de Busco. Le 29 avril ,
il est à l’atlaquo des re- .
tranchements, dont le marquis de Léganèz avait en-
touré Casai. L’enseigne Gallet y est tué, et les capi-
taines Colombelle et La Levretière sont blessés. Il
participe ensuite au siège et à la prise de Turin ,
l’une
des opérations les plus importantes de cette guerre.
Dans le grand combat du 1
1
juillet ,
il soutient Néres-
tang, qui était plus particulièrement attaque. Le ca-
pitaine .Marin et le lieutenant Padejeus sont blessés.
Le 8 septembre, le prince Thomas, réduit aux abois
dans Turin ,
fait une sortie furieuse du côté du Valen-
tin. Auvergne arrive le premier sur le terrain et ren-
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m HfêTOlM
\erse les tètes de colonne du prince à coups de piques
et d’épées. Dans cette mêlée gigantesque, les journaux
du temps citent comme s’étant couverts de gloire les
capitaines Grillon de Fontvive, commandait le ([ui
régiment, Troussezard du Boulay Colombelle Du-
, , ,
verger et de Treolon les lieutenants Champérin blessé
;
d’un coup de pique à l’épaule, Genouillet, Randi»,
Chapolel, Filliolet, Evard, et les enseignes Marin,
Lafontaine et Saint-Hilaire. Turin se rendit le 19.
En 1641 Auvergne contribue à la défaite du car-
,
dinal de Savoie à Ivrée, au siège de celte ville, à la
levée du siège de Chivasso et à la prise de Ceva , Pia-
nezza. Mondovi et Coni. Le 23 août, devant cette
dernière place, après l’explosion d’une mine, Auvei’gne
s’empare d’une demi-lune; mais, comme c’était en
plein jour et à découvert ,
le grand feu des ennemis le
contraint à l’abandonner au bout d’une heure, malgré
ses efforts merveilleux et la bravoure du rcestre de
camp comte de La Roüe
, ,
qui fut blessé à la joue (1 ).
Le capitaine Duverger fut tué dans cette occasion, et
les capitaines Descros et Ducoudray blessés. Le 4 sep-
tembre ,
Auvergne se logea avec les Suisses sur le
derni-baslion de gauche de l’ouvrage à cornes.
En 1642, il prend part aux sièges de Crescentino
et de Nice, et enfin à celui de Torlone. A l’assaut du
10 novembre, il avait la tête de la deuxième attaque
et se logea dans le bastion ;
il
y perdit l’enseigne €au-
(1) Nommé maréchal de camp le 17 fétrier 1653.
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DE l’aNCIENNK infanterie FRANÇAISE. 399
bonne. Le capitaine Troiierzes et les lieutenants Cas-
telvcrd et Capillers furent blessés.
Le régiment ouvrit la campagne de 1 043 par le siège
de Trino , oii il fit le logement sur la brèche de la
demi-lune le 4 septembre. Plus tard ,
il s’empara do
vive force du pont sur la Stura ,
devant le château
d’Asti ,
qui capitula peu de jours après. 11 rentra en
France à la fia de cette année et passa l’hiver en
Guyenne.
De retour en Italie en 1644 ,
il participa à la prise
de Ponzone, au siège de Santia et à la reprise dii
château d’Asli, qui était retombé aux mains des troupes
espagnoles.
L’année 1643 offrit encore à Auvergne de brillantes
occasions. Les principaux théâtres où il signala sa va-
leur furent la prise de Vigevano ,
où le mesf re de camp
de Brinvilliers fut blessé, celle de la Rocca, et le
combat de I>a Mora, livré le 19 octobre, et dans le-
quel M. de Brinvilliers perdit la vie.
En 1646, le lieutenant Randin, renfermé avec 90
hommes dans la bicoque de Ponzone, y soutint un
siège de dix-neuf jours de tranchée ouverte, et n’en
sortit, le 13 août, avec les honneurs de la guerre,
qu’après avoir repoussé plusieum assauts et supporté
l’effet de quatre mines. Au mois de septembre ,
le ré-
giment s’embarqua à Oneille avec le maréchal du
Plessis-Praslin ,
et prit terre à l’ile d’Elbe dans la nuit
du 26 au 27. Il quitta cette île ,
le 4 octobre, pour
se rendre devant Piombino, dont les dehors furent
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400 HISTOIRE
aussitôt emportés presque sans coup La tranchée
férir.
fut ouverte le 5, à soixante pas des murs, et la gar-
nison terrifiée capitula le 9. Auvergne était de retour,
le 10 du môme mois, devant Portolongone ,
principale
ville del’île d’Elbe, qui présentait des difficultés plus
sérieuses. 11 se fil remarquer, entre tous, au siège de
cette ville, et le succès de l’expédition lui fut particu-
lièrement dû. A l’assaut du 22, malgré la résistance
désespérée de la garnison ,
il fit son logement sur la
brèche, et la place capitula le 29. Dans ce siège, il
eut à regretter la perte du major La Mothe frappé ,
d’une balle à la tête, et des enseignes Roqueservières
et Chàteauregnard. Le lieutenant-colonel Grillon de
Fontvive (1), les capitaines du Boulay ,
Coquelet Va-
randal; le lieutenant Guerpillière et l’enseigne Durci
En récompense de sa belle conduite,
y furent blessés.
Auvergne partagea avec les compagnies des Gardes
Suisses l’honneur d’occuper les postes de Portolon-
gone le jour de la capitulation; il
y demeura quelque
temps en garnison.A la fin de 1647, il retourna en
pour prendre part au siège de Crémone laissant
Italie ,
seulement quelques compagnies à la garde de Porto-
lopgone cette poignée de braves gens se défendit, en
:
1 650, pendant quarante-sept jours, contre une armée
espagnole.
Le siège de Crémone et la bataille gagnée sur les
(1) Il eut pour successeur le capitaine François-Paul de Nestier,
fait maréchal de camp le 26 octobre 1646.
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DE l'ancienne infanterie FRANÇAISE. 401
Impériaux par le maréchal du Plessis-Praslin ,
sous les
murs de cette ville occupèrent le régiment d’Auvergne
,
pendant l’année 1648. La paix de Westphalie ayant
fait cesser les hostilités en Italie ,
Auvergne eut pen-
dant quelques mois le temps de respirer, et en 1649
il se rendit en Catalogne. Les ennemis menaçaient
Barcelone ; il
y entra, au mois d’octobre ,
avec Cham-
pagne et Bourbonnais, ses émules de gloire, et leur
arrivée força les Espagnols à différer l’exécution de
leurs projets sur cette ville.
En 1650, pendant que la plupart des troupes étaient
rappelées en France, à cause des troubles de la Fronde,
Auvergne resta à Barcelone sur la défensive (1). Le
22 février, il s’emparade la ville de Terras, à huit lieues
de la capitale de la Catalogne. Après la capitulation
qui fit rentrer Barcelone sur le joug du roi d’Espagne,
le régiment se retira dans le Boussillon ,
et il reprit la
campagne en juin 1653 avec le marquis du Plessis-
, ,
Bellière. Le 21 de ce mois il emporta avec sa valeur , ,
accoutumée, les dehors de Castillon d’Ampulias, qui
se rendit le 4 juillet. Il fit ensuite le siège de Girone,
et se distingua au combat de Bordilly. En 1654, il est
au siège et à la prise de Villefranche ,
du
et à la levée
siège de Roses par les Elspagnols. Dix-huit compa-
gnies, commandées par le capitaine de Pauliac, se
rendirent alors à Toulon ,
et s’embarquèrent avec le
(1) Le marquis de GaWissoD, mestre de camp en 1650, eut le bre-
vet de maréchal de camp le 4 octobre 1651.
BIST. DE L’AKC. ÜIPAinERlB FBjUIÇAISE. T. III. 26
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402 mSTOIRB
duc de Guise pour l’expédilion de Naples (1). La flotte,
dispersée par les vents, n’arriva que le U novembre
dans le golfe de Naples , et l’armée prit terre
le 1 3 près
de Castellamare ,
qui fut aussitôt attaqué et emporté.
Le détachement d’Auvergne se fit admirer, ce jour-là,
par l’entrain qu’il mil à débusquer un bataillon espa-
gnol établi sur montagne qui domine Castellamare.
la
Cette expédition fut au reste, sans résultat. L’armée
,
se rembarqua le 24 , et était de retour à Toulon au
mois de décembre.
Auvergne servit, en 1655, au siège de Pavie, où il
perdit deux lieutenants. Il retourna la même année en
Catalogne ,
se trouva à la prise de Cap de Quiers et
força les Espagnols à lever le siège de Solsone. Revenu
en Italie l'année suivante ,
il eut une attaque au siège
de Valence ,
et fil des prodiges de valeur à l’assaut
livré le 31 août au bastion de l’Annonciade. Les ca-
pitaines de Cellerie et Prégéon y furent tués.
En 1657, il fait le siège d’Alexandrie, marche au
secours de Valence menacée, et se trouve ensuite à la
prise de Varas et de Novi. Le siège de Mortare ,
où fut
tué le capilaine de Capillcrs, en 1658 ,
fut la dernière
opération de cette guerre, terminée par la paix des
Pyrénées. Auvergne rentra alors en France, dont il
était éloigné depuisl'année 1633, et eut scs quartiers
dans la Provence. <
*
(1) Marc de Cugnac de Pauliac obtint en récompense de sa con-
duite dans cette expédition une compagnie aux gardes. 11 était ma-
réchal de camp du 17 avril 1652.
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,
DB l’ancienne IKTANTSRIÈ FRANÇAISE. 403
En 1664, il partit avec le comte de Moussy pour
aller au secours de l’empereur d’Allemagne, menacé
par une formidable armée turque. Le 1*''
août, il
combattit avec la plus grande vigueur à la bataille de
Saint-Gotthard; son colonel fut tué dès le commen-
cement de l’action. Louis XIV, fier de l’honneur
qu’Auvergne avait acquis aux armes françaises sur ces
lointains rivages de la Raab, combla de grâces tous
les officiers du régiment d’Auvergne, et accorda au
lieutenant-colonel, qui avait dignement commandé
le régiment après la mort du comte de Moussy ,
une
pension de 150 livres réversible sur tous ses succes-
seurs. Le régiment donné au jeune comte de Séry,
fut
qui avait fait en volontaire la campagne de Hongrie
et qu’on avait été obligé d arracher de force du champ
de bataille, où il venait d’être très-brièvement blessé.
Revenu en France, Auvergne fut appelé, en janvier
1666 à faire partie du camp de Croissy ce camp fut
,
:
levé à cause de la mort d’Anne d’Autriche; mais on
rappela les troupes au mois de mars au camp de
, ,
Monchy près de Compiègne.
,
En 1667, .Auvergne faisait partie d’une des quatre
brigades que le roi conduisit en l'iandre; il se trouva
ainsi au siège de Tournai, à celui de Douai, où il
releva, le 4 juillet, les Gardes Françaises, et exécuta
le passage du fossé sur des fascines, ce qui détermina
la capitulation ,
et au siège de Lille, où, le 20 août, il
repoussa une sortie. Son colonel y fut blessé. La même
année, il contribua à la défaite du général Marchin
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404 HISTOIRB
aux environs de Lille. Il passa l’hiver en Flandre ,
et
en 668 il prit part à la conquête de
1 la Franche-Comté.
Au mois de septembre 1670 , il fit partie de la petite
armée du marquis de Créqui qui ,
prit possession de
la Lorraine, et fit les sièges d’Épinal et de Chasté (1).
En 1672 ,
il était de l’armée commandée par le roi
en personne, et se trouva aux sièges d’Orsoy, de
Rheinberg, de Wesel, où il emporta seul les forts de
la Lippe, et d’Éraerik. Il était au fameux passage du
Rhin ,
à la prise de Doësbourg et d’Utrecht, sous le
prince de Condé ; enfin au combat de Woërden ,
le
10 octobre. Dans cette journée, le prince d’Orange
attaqua vainement le fort de Waarth ,
défendu par ,
trois compagnies d’Auvergne aux ordres du capitaine
Camus de Morton. Ce brave détachement repoussa
trois assauts et contraignit les assaillants à se retirer
avec perte de leurs meilleurs officiers et d’une frégate
qui fut coulée bas. Le capitaine de Pinguis fut tué à
cette mémorable affaire. A la fin de décembre, Au-
vergne fut de l’expédition du duc de Luxembourg,
en Hollande.
En 1673, il servit sous les ordres du grand Condé
et couvrit le siège de Maëstricht. En 1674, il se si-
gnala à la bataille de Séneff. L’action s’était engagée
dès le matin, mais aux avant-postes seulement. Ce ne
fut que vers le milieu du jour que le gros de l’infan-
terie entra en ligne. Dans ce moment l’ennemi occu-
(1) Louis de Jossaud, lieutenant-colonel d’Auvergne le 1" juin
16T1, fut fait brigadier le 24 février 1676.
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*
DB L’ANCIENim INFATTrERlE FRANÇAISE. 40S
pait en force du Fay, qui avait une église"
le village
susceptible d’une bonne défense, et un château
entouré d’une forte haie avec un marais d’un côté et
un bois de l’autre, où le prince d’Orange avait rais
plusieurs bataillons soutenus par toute la cavalerie
allemande. Le duc de Luxembourg attaqua l’ennemi du
côté du bois avec Auvergne, Condé, Enghien et Conti.
Un combat meurtrier s’engagea sur ce point ;
la nuit
ne put y mettre fin on continua de se fusiller pen-
:
dant deux heures sans résultat au clair de la lune.
Chacun coucha sur le terrain qu’il avait défendu;
mais le lendemain le prince d’Orange avait disparu.
Après cette sanglante bataille, Auvergne alla se refaire
à Metz, qu’il quitta le H novembre pour se rendre à
Trêves. Au mois de mai 1675, on le trouve au camp
de Charleville sous le maréchal de Créqui. Lorsque
Turenne eut été tué, il passa en Alsace, et après
avoir contribué à faire lever les sièges d’Haguenau et
de Saverne, il prit ses quartiers d’hiver à Colmar.
Au mois de janvier 1676, il fut employé par détache-
ments contre les Schnappans(l) qui désolaient les
rives du Rhin et leur fit une guerre fort active.
(I) Ce mot qui a la même valeur que bandit en français, a pour
racine le verbe Schnappen qui exprime une action soudaine, inopi-
née, comme un ressort qui se débande. Par le fait, les scbnappans
ou chenapans étaient des brigands qui se cachaient dans les fourrés
des lies du Rhin, guettaient les bateaux naviguant sur le fleuve ou
les voyageurs parcourant ses rives, et se jetaient sur eux à l’impro-
406 HISTOIRE
A l’ouverture de la campngne, il rallia l’armée du
duc de Luxembourg et combattit à Kokersberg.
Au commencement de 1G77, il passa à l’armée de
Flandre. Ses grenadiers se distinguèrent à l’attaque
de la contrescarpe de Valenciennes. La citadelle de
Cambrai capitula le 17 avril sous ses drapeaux. Après
avoir encore servi au siège de Saint-Omer, il retourna
sur le Rhin et se trouva à la défaite du prince de
Saxe-Eisenach et au siège de Fribourg.
Comme l'année précédente, il commença la cam-
pagne de 1678 en Flandre et prit part aux sièges
deGand et d’Ypres. Revenu sur le Rhin au mois de
juin, il SC trouva le 6 juillet au combat de Rheinfeld.
Les grenadiers d’Auvergne, sous les ordres du mar-
quis de Bouftlcrs, attaquèrent si vigoureusement les
retranchements du pont avec les dragons du Roi, que
l’infanterie ennemie fut obligée de se réfugier en dé-
sordre sur l’autre rive. Ils la poursuivirent dans la
ville l’épée dans les reins, en passèrent une partie par
les armes dans le Rhin.
et forcèrent le [Link] à sejeter
Cinq cents Impériaux périrent ce jour-là et parmi eux
SC trouvait le [Link] Charles de Rade. Les trophées de
la victoire furent trois pièces de canon et 800 prison-
niers. Le lendemain 7 juillet, Auvergne se signalait
encore à l’attaque des retranchenunts de Seckingen.
Celte laborieuse campagne se termina par les sièges
dcKclh et du château de Liehtemberg. Celle de 1679,
la dernière de cette guerre, vit encore les drapeaux
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DE l’ARCIEEKB lEFAirTEKIB FRANÇAISE. 407
d’Auvergne glorieusement portés à la bataille de
Mindcn (1).
En 1683, le régiment marche au siège de Courtrai
et après la prise de cette ville il
y reste en garnison.
En 1684, un de ses bataillons fait partie de l’armée
du maréchal de Créqui qui Luxembourg.
assiège
Ses grenadiers se distinguent le 27 mai à l’assaut des
* contregardes. Le lieutenant du Clost est tué à ce
siège. Le colonel de Nicolat, les capitaines Saint-
. Martin, Rigal, d’Argout, troislieutenants et l’aumônier
y sont blessés.
Loi'sque la guerre recommença en 1688, Auvergne
se rendit au siège de Philisbourg. Le 12 octobre,
à dix heures du soir, les grenadiers insultent le
chemin couvert d’une redoute située à l’extrémité de
la grande attaque. Ils se jettent l’épée à la main
par-dessus les palissades et l’emportent après avoir
tué tout ce qui était dedans. Le colonel de Nicolaï qui
les commandait fut blessé à la hanche. Nicolaï fut
encore blessé à la tête le surlendemain dans une
nouvelle Les capitaines de Blanzac et
entreprise.
Esclotairc furent aussi blessés à ce siège. I.e 1" no-
vembre, après le défilé de la garnison de Philisbourg,
(I) Les drapeaux d'o donnance du régiment d’Auvergne avaient
deux carrés violets et deux (arrés noirs. Le violet était la marque
distinctive des petits vieux: nous ne doutons point que le noir ne
fût un souvenir des bandes de Piémont. On a vu qu'Auvergne avait
été formé dans le Dauphiné et le Lyonnais.
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408 HISTOIRE
Auvergne prit possession de la place el il
y passa l’hi-
ver. En 1689, il aidait le marquis de Boufflers à faire
la conquête du Palatinat.
L’année suivante, il est à l’armée de Flandre et
combat àFleurus; il
y eut deux capitaines et quatre
lieutenants tués et douze autres officiers blessés. En
1691 ,
il prend part au siège de Mons ;
il était posté à
Nimy, quartier du prince deSoubise. Après ce siège, il
se rend à l’armée de la Moselle.
Au commencement de 1692, Auvergne fournit six
compagnies qui formèrent le noyau du 3' bataillon
de Navarre, etcampagne sur la Meuse et
il fit cette
en Flandre. Il se trouva au siège de Namur, où le
capitaine Régnault et le lieutenant Beaupuy furent
blessés, et au combat de Steenkerque. Il revint ensuite
sur la Moselle pour y prendre ses quartiers d’hiver ;
mais en janvier 1693, il fut rappelé en Flandre pour
le siège de Fumes, après lequel les deux bataillons se
rendirent en Allemagne à l’armée du maréchal de
Lorges(l). Au mois de juillet, ses grenadiers se dis-
tinguent avec ceux de Picardie à l’attaque d’ Oppenheim
et à celle de Wingemberg, où après deux assauts
terribles ils emportent le faubourg. Pendant ce temps-
là, le reste du régiment était en marche pour la
frontière des Alpes où il allait prendre part à la défense
de Pignerol. Dès le 24 juillet, le nom d’Auvergne
(1) Louis de Sailly, capitaiue en 1665, lieutenant-colonel le 17 no-
vembre 1687, fut fait brigadier le 30 mars 1693.
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DB l’aNCIBUNE infanterie FRANÇAISE. 409
retentissait avec éclat dans ce pays, témoin des anciens
exploits du régiment. Le capitaine d’Âffs, laissé avec
sa compagnie à la garde du fort Saint-Pierre, se voit
bientôt entouré par les troupes de Savoie : confiant
dans la valeur de ses soldats, il se fait jour l’épée à la
main à travers l’armée ennemie et rentre dans Pigne-
rol aux acclamations de la garnison. Dans le combat
du 27 juillet autour du fort Sainte-Brigitte, Auvergne
perd le capitaine de Fourcade. Le 4 août, à l’attaque
de la communication qui reliait le fort à la citadelle,
le capitaine de La Coudraye est mortellement blessé
d’un coup de baïonnette. Le 6, le capitaine de Mous-
solins, avec son lieutenant et dix hommes, donne si
vivement sur l’ennemi qui venait enfin de s’emparer
de cette communication et qui s’y retranchait, qu’il
fut saisi d’une terreur panique et s’enfuit laissant ses
outils sur le terrain. Au mois d’octobre, Auvergne
sortit de Pignerol pour combattre à la Marsaglia ;
il
était de retour en novembre dans la place qu’il avait
si bien defendue. Pendant les deux années suivantes,
Gattinat garda la défensive et ses troupes eurent peu
d’occasion de se signaler ;
mais en f 696 le régiment
fit le siège de Valence qui fut interrompu par la signa-
ture de la paix avec le duc de Savoie. Il se rendit
alors à l’armée d’Allemagne et ne posa les armes que
quand le traité de Riswick eut été conclu.
Le régiment de Talende levé en 1695 fut incorporé
dans Auvergne le 30 décembre 1698.
Au mois de décembre 1700, Auvergne se rendit
4i0 HiSTOlM
en Italie pour occuper la Lombardie au nom du nou-
veau roi d’Espagne, Philippe V. En 1701, il était sous
les ordres de Villeroy et se trouvait aux combats de
Carpi et de Ghiari. Â celte dernière affaire, la brigade
d’Auvergne fut chargée avec celle de Normandie d’at-
taquer par la droite le village de Ghiari où l’on
croyait qu’il n’y avait que quelques centaines d’hom-
mes. Elle poussa les gardes avancées, s’empara de
plusieurs cassines et d’une église voisine du premier
retranchement des ennemis. Elle en franchit deux
sans obstacles, mais arrivée au troisième, elle fut
reçue parle feu de 24 bataillons et de 50 pièces de
canon La brave brigade soutint pendant quatre heures
.
ce feu terrible, mais elle dut enfin battre en retraite»
Un détachement d’Auvergne passa l’hiver à Gré-
mone et contribua le 1" février 1702 à chasser les
Impériaux de cette ville où ils étaient entrés par sur-
prise. Le régiment suivit ensuite le duc de Vendôme
dans toutessesexpéditions, servit au combat deSanta*
Vittoria, à la prise de Heggio et de Modène, à la
bataille de Luzzara, à la prise de Luzzjra et de Bor-
goforte et alla passer l’hiver à Guastalla, où mourut
sou colonel, le marquis de Ghavigny.
Au commencement de 1703, le 2* bataillon, com-
mandé par le lieutenant-colonel de Bourgueil, se
rendit en Allemagne à l’armée du maréchal de Villars
et contribua au gain de la première bataille d’Hoch-
stedt. Bourgueil y fut dangereusemeut blessé. Le
1*' bataillon qui Mail resté sous les ordres de Ven-
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DE l’ ANCIENNE INFAN1VRIE FRANÇAISE. 411
dôme, l’accompagna dans son expédition sur les fron-
tières du Tyrol. Il se trouva le 26 juillet au combat de
San-Benedelto, où le passage des montagnes fut forcé,
puis à la prise de Bersello, de Nago, d'Arco et au
'
bombardement de Trente. Le but de cette expédition,
qui était de donnerla main à l'armée de Bavière,
ayant été manqué, Vendôme conduisit ses troupes
dans le Montferrat, où les deux bataillons réunis pri-
rent leurs quartiers d’hiver.
La campagne de 1704 commença par le siège de
Verceil. Auvergne faisait partie du corps commandé
par le comte Albergotti qui était chargé de la garde
des retranchements. Il fut employé plus activement
au siège dTvrée. Le 7 septembre, ses deux compagnies
de grenadiers empo tèrent un ouvrage avancé, dont
la prise amena la reddition de la ville. Peu après com-
mença le long et pénible siège de Vérue. Chargé le
29 octobre d’attaquer par la gauche le fort de Guer-
bignano, Auvergne l’emporte et s’y loge. Un soldat^
nommé Gabaret, fut fait officier sur la brèche par
M. de Vendôme. Ce brave homme avait arraché des
mains de l’ennemi le saucisson d'une mine auquel
on allait mettre le feu. Le 1*' mars 1705 eut lieu
l'attaque du fort de l’ile; les grenadiers d’Auvergne
et ceux de Bourgogne, soutenus par les deux bataillons
du régiment, se couvrirent de gloire à l’assaut de la
courtine et de la face qui regarde Pô. Auvergne le
avait faitune grande perte au siège de Vérue. Son
colonel, M. d’imécourt, d’une famille de braves, avait
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4i2 HISTOIRE
été tué le 26 décembre lorsqu’il venait d’être fait
maréchal de camp(l). Il avait eu huit frères au service
comme lui et il était le cinquième qui tombait sur le
champ de bataille. Le régiment fut alors donné à
M. d’Alba(2), qui y élait entré comme sous-lieute-
nant en 1665 et qui avait passé lentement par tous les
grades.
Le siège de Vérue fut suivi de celui de Chivasso.
Le 4 juillet, les grenadiers d’Auvergne s’élancent sur
lechemin couvert qu’une mine venait de bouleverser.
Dans ce moment, l’ennemi fait une sortie vigoureuse,
mais il est forcé de lâcher pied et de rentrer dans
la place. Après la prise de Chivasso, le régiment
rallie l’armée de Lombardie. Le 20 juillet les gre-
nadiers se distinguent encore, sous les ordres du ca-
pitaine de Reppe dans une reconnaissance que fit
Vendôme sur le poste des Tredeci-Naviglj entre son
camp
(2) et Zenivolta ils y attaquèrent une grand’garde
:
de 500 hommes et la culbutèrent. Le 16 août, le
régiment donnait avec sa bravoure accoutumée à la
bataille de Cassano. Le colonel d’Alba y reçut une
blessure considérable c’était la dixième depuis qu’il
:
(1) M. d'Imécourt était brigadier du 29 janvier 1702, et avait été
nommé maréchal de camp le 26 octobre 1704.
M. d'Âlba occupa successivement les charges de major le 4 janvier
1689 et de lieutenant-colonel le 16 décembre 1703, et fut fait bri-
gadier le 20 juillet 1711. 11 fut remplacé comme lieutenant-colonel
le 17 août 1706 par François de Lacger, qui était entré au corps en
1684, et qui fut nommé brigadier le 1*' février 1719.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 413
Le 16 octobre, Auvergne partageait la gloire
servait.
du régiment de La Marine à l’attaque des retranche-
ments de Gumbetto. Après cette campagne brillante, il
alla prendre ses quartiers d’hiver à Dezenzano.
Le 19 avril 1706, l’armée française battit le général
Rewentlau à Calcinato. La brigade d’Auvergne était
au centre et contribua vigoureusement au succès de
la journée. Bientôt après Vendôme fut obligé de voler
au secours de l’armée qui assiégeait Turin. Le régi-
ment entra dans les lignes le 27 juillet et assista à la
déroute de l’arméele 7 septembre. Réduit à 440 hom-
mes, il campagne sous les ordres du comte
acheva la
de Grancey, qui jeta un dernier rayon de gloire sur
* l’armée d’Italie en battant le 9 septembre le landgrave
de Hesse à Castiglione.
En 1707, Auvergne passe en Espagne où il n’arrive
qu’après la bataille d’Almanza. R se rend au siège de
Lérida. A l’assaut du 1 1 octobre, il prend la tête de
l’attaque sur le corps de place, chasse l’ennemi du
chemin couvert, et se loge sur la brèche le long de la
contregarde. Les assiégés, étonnés de ses rapides
progrès, sonnent le tocsin, garnissent les retranche-
ments intérieurs, et ouvrent sur le régiment un feu
épouvantable à bout portant. Mais rien n’ébranle
Auvergne, et à dix heures du soir, il était parfaite-
ment couvert et maître de son logement. Le 14, la
ville fut occupée et la citadelle capitula peu de jours
après.
Le 13 juin 1708, il investit Tortose, et le même
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414 WtTOIIIB
jour, aidé du régiment d’Orléans, il s’empare du
poste des Capucins et de 120 Espagnols qui le défen-
daient. Pendant ce siège, il campait dans un vallon
à la queue de la tranchée. M. d’Asfeld fit observer au
duc d’Orléans combien cette position était mauvaise.
« Je le sais, répondit le prince, mais je l’aidonnée au
«régiment d’Auvergne, il la rendra bonne. » Le ca-
pitaine de Lauzières fut tué à l’attaque du chemin
couvert, dans la nuit du 9 au 10 juillet.
Auvergne commence la campagne de 1709, en Es-
pagne, sous le maréchal deBezons. Au mois de juillet,
il passe en Roussillon, oü il est occupé pendant le
reste de l’année à faire la chasse aux Miquelets. En
1710, il est désigné pour faire partie de l’armée que *
commandait le maréchal de Berwick, sur la frontière
du Dauphiné, mais il n’y reste point longtemps. Quand
le duc de Vendôme fut envoyé au roi d’Espagne, pour
prendre le commandement de l’armée des Deux-Cou-
ronnes, il se souvint du régiment d’Auvergne, et
pria Philippe V de le demander à son grand-père.
Le roi d’Espagne accueillit d’autant plus aisément
l’idée de Vendôme, qu’il avait été à même d'apprécier
la valeur du régiment. «Je ne connais ,
disait un
« jour ce prince, qu’une façon de faire fuir Auvergne,
« c’est de battre la messe. » Ce corps comptait en effet
à cette époque un grand nombre d’officiers et de
soldats du haut Languedoc, protestants déguisés.
Auvergne revint donc en Espagne à la fin de 1710,
et fut aussitôt employé au siège de Girone. Le 29
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 415
décembre ,
la brèche paraissant praticable au fort
Rouge,lediicdeNoaillcs la fit reconnaître par un lieu-
tenant et huit grenadiers du régiment, Le lieutenant
en revint blessé à la joue, et fil savoir que la gar-
nison avait préparé trois fourneaux de raine ;
mais
trompés par quelques mouvements des Français, les
assiégés y mirent le feu trop tôt, et dès que ces mines
eurent produit leur effet, les grenadiers s’emparèrent
de l'ouvrage. Le 3 janvier, ces mêmes grenadiers,
conduits par le colonel d’Alba, donnèrent l’assaut au
bastion Sainte-Marie, qui fut à l’instant abandonné
par ses défenseurs, et Girone capitula le lendemain.
En 1711, Auvergne se signale à la prise de la Seu
d’Urgell, deVénasque et de Cardonne. Il continue de
servir en Catalogne jusqu’à la paix, occupé presque
constamment au blocus de Barcelone. En 1714, ce
blocus fut converti en siège, et le régiment se fit en-
core remarquer à l’assaut générc.l du 12 septembre,
qui fut le dernier acte de la guerre en Espagne. Le
lieutenant de grenadiers Sibille fut tué devant Barce-
lone ;
le capitaine du Rourc et quatre lieutenants et
sous-lieutenants, tous de grenadiers, y furent blessés.
Le 12 novembre de cette même année 1714, les
nombreux vides faits par la guerre dans les rangs
d’Auvergne, furent comblés par l’incorporation du
régiment de Blacons.
En 1719, les intrigues du ministrëre espagnol con-
traignirent le régent à envoyer une armée sur la
frontière des Pyrénées. Auvergne en fit partie et ser-
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,
416 HISTOIRB.
vit aux sièges de Fontarabie ,
de Saint-Sébastien
d’Urgell et de Roses. Il fut employé en 1720 au cor-
don sanitaire de Marseille, et était cantonné le long du
Rhône, depuis Tournon jusqu’à Beaucaire.
En 1732, le régiment était au camp d’Alsace. Au
mois d’octobre 733, il reprend le chemin de l’Italie,
1
théâtre de sa gloire passée et où de nouvelles palmes
l’attendent. 11 était à cette époque occupé aux travaux
de fortification de Metz, qui avaient déjà envoyé 800 de
ses meilleurs soldats à l’hôpital. Le ministre de la
guerre, M. d’Angervilliers, n’avait pour cette raison des-
tiné le régiment à aucune des deux armées d’Allemagne
et d’Italie; mais Auvergne n’était pas d’humeur à
rester en garnison, pendant que les autres vieux corps
se battaient. Il députa à Paris le capitaine marquis de
Clermont, et M. de Maillebois appuya sa réclamation
auprès du ministre, en écrivant à celui-ci : «Vous
« savez. Monseigneur, qu’un régiment tel que celui
« d’Auvergne décide souvent du gain d’une bataille...»
Auvergne donc pour l’Italie, et ne laissa guère
partit
d’hommesà l’hôpital. Avant que l’année fût terminée,
il avait déjà pris part aux sièges de Géra d’Adda, de
Pizzighetone et du château de Milan.
En 1734, il débute par la prise de Serravalle, de
Novare et de Tortone. Son colonel combattit le 4 juin
en volontaire à Colorno, et y fut mortellement blessé
d’un coup de fusil (1). Le 29 du même mois, Auvergne
(1) M. de Clermont d’Amboise mourut le 6 juin, il avait été nommé
brigadier le 20 février de celte année.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 417
est à labataille de Parme, où son nouveau colonel, le
marquis de Contades, est blessé, et jette les premiers
fondements d’une réputation militaire qui devait le
conduirejusqu’aumaréchalat(l ). Quelques jours après,
aux environs du village de IVIartinara, le roi de Sar-
daigne et le vieux maréchal de Yillars, précédés d’une
troupe de Gardes Piémontaises, tombent dans un parti
autrichien qui les enveloppe et fait feu sur eux. Les
Gardes sont culbutés ;
le roi et le maréchal étaient
pris sans les deux compagnies de grenadiers d’Auver-
gne qui accourent au bruit de la fusillade, chargent
les Impériaux, tuent 50 hommes, font 30 prisonniers
1
et ramènent Villars et le roi. Le i5 septembre, 50
hommes commandés par le capitaine de Gévaudan,
rendent le même service au maréchal de Broglie, lors-
que le comte de Kœnigsegg passa le Secchia à l’im-
proviste avec 10,000 hommes. Gévaudan, se voyant
près d’être accablé parle nombre, renvoie son ensei-
gne, M. d’Ormoy, avec quelques hommes. D’Ormoy
se ceint le corps de son drapeau, passe au travers de
l’ennemi et rejoint le régiment. Le détachement de
M. de Gévaudan périt presqu’en entier, le brave ca-
pitaine fut blessé et pris. Le surlendemain 17 septem-
bre, à Guastalla, Auvergne mit le comble à sa gloire.
11 combattit toute la journée avec un acharnement in-
croyable, et acheva la défaite des Autrichiens, en
(!) M. de Contades fut fait brigadier le 18 octobre 1734, maré-
chal de camp 1" janvier 1740, lieutenant-général 1" mai 1745, et
maréchal de France en 1758.
BIST. DE l’aNC. infanterie FRANÇAISE. T. III. 27
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418 HISTOIRE
emportant à la baïonnette, avec le régiment du Roi,
une cassine où les ennemis avaient placé un poste pour
protéger leur retraite.
Après la bataille, le roi de Sardaigne parcourant 1a
plaine et voyant 1e terrain sur lequel Auvergne avait
combattu tout jonché d’uniformes aux couleurs vio-
lettes (1 )
dit, en se tournant vers le maréchal deCoigny :
« Il ne nous reste donc plus de ces braves gens-là ?
Voyez, Sire, répond le maréchal, èn lui montrant au
loin Auvergne qui harcelait les Impériaux dans leur
fuite, voilà leurs débris qui battent encore vos enne-
mis. — Eh quoi ! s’écria le roi, prétendent-ils seuls
détrôner l’empereur? » Sur-le-champ Charles Emma-
nuel pique des deux, joint le régiment, l’arrête, paye
à sa bravoure le tribut d’éloges qu’il lui doit et lui
accorde des marques de sa satisfaction. Cette sanglante
bataille de Guastalla avait réduit Auvergne à 400
hommes. Il assista cependant encore au siège de la
Mirandole et il passa l’hiver à Lodi, où les officiers
rétablirent leurs compagnies. En 1735, il se trouva
à la prise de Gonzague, de Reggiolo, de Revere et de
Guastalla et ne quitta l’Italie pour rentrer en France
qu’au mois de septembre 1736.
Il était en garnison à Marseille quand il reçut l’ordre
de passer en Corse avec quatre autres régiments. Il
(1) Auvergne avait habit, veste et culotte blancs, collet et pare-
ments violets, boutons blancs et galon de chapeau en or; poches en
travers, 3 boutons sur les poches, et autant sur les parements. En
1776, le revers fut aussi violet, et il eut les boutons jaunes.
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pouvez
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toucher
chez
moi
la
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not
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 419
s’embarqua au mois de janvier 1738 pour Bastia.
Le comte de Vaux, depuis maréchal de France, et
qui trente ans plus tard devait soumettre définitive-
ment cette île à la France, était alors capitaine dans
Auvergne. Cette expédition, forte de 3,000 hommes
et commandée par le marquis de Boissieux, avait
pour mission de contraindre les Corses libres à se
remettre sous le joug odieux de la république de
Gènes, joug qu’ils venaient de secouer. Dans ce
de France faisait la police pour le
teraps-là, le roi
compte d’une république. Singulier pays que le
nôtre !
On avait cru à Paris qu’il suffirait de la présence
d’une poignée de Français dans l’ile pour amener les
Corses au point que l’on désirait. On s’était trompé.
Plusieurs mois se passèrent en pourparlers avec les
chefs du pays qui se disaient nos amis et ne voulaient
point nous combattre. Les discussions finirent par
s’aigrir, et au mois d’octobre il fallut en venir aux
voies de fait. Les Français occupèrent Borgo et Lu-
ciana. A cette nouvelle, les Corses qui tenaient leur
assemblée àOrezza, appellentla population aux armes,
et 3,000 hommes viennent attaquer Borgo que défen-
dait le capitaine de Courtois avec 500 soldats d’Au-
vergne. Le combat dura trois jours et deux nuits, et
ne cessa que par l’arrivée de M. de Boissieux avec
2,000 hommes qui dégagèrent le détachement d’Au-
vergne ;
mais ce ne fut point sans de douloureuses
pertes. Les Français rentrèrent à Bastia le H octobre
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420 HISTOIRE
harassés de fatigue et presque découragés d’une résis-
tance à laquelle ils étaient loin de s’attendre. M. de
Boissieux, malade de chagrin, écrivit aussitôt à la
cour pour demander un successeur. Ce fut Maillebois.
L’événement de Borgo qui avait affligé M. de Bois-
sieux et tous les soldats français, forcés d’étre les
exécuteurs d’une déplorable politique, attrista aussi
les Corses qui se voyaient en guerre déclarée avec une
puissance dont ils avaient désiré l’amitié. Maillebois
arriva en mars 1739 avec des renforts et prit le com-
mandement des mains de M. de Sasselange lieutenant-
colonel d’Auvergne qui l’exerçait avec vigueur depuis
la mort de M. de Boissieux arrivée le 2 février. Les
hostilités commencèrent alors sérieusement. Auvergne
prit part à presque toutes les affaires et notamment
à celle du 25 août 1739 où le 2' bataillon commandé
par le capitaine Fontbrune s’empara d’un poste
retranché près de Bastelica. Le capitaine de Vaux fut
hlessé dans cette occasion. Ce fut pendant cette guerre
de Corse que M. de Mascaron qui devait se faire con-
naître plus tard dans la guerre de partisan, fixa pour
la première fois l’attention sur lui. Il était lieutenant,
et quoiqu’il eût à peine 13 ans, il débuta par une
action digne d’un homme. Il faisait partie d’un déta-
chement qui gardait le fort de San-Pelegrino à cinq
lieues de Bastia sur le bord de la mer. Les Corses
surprirent un jour ce poste et massacrèrent plusieurs
soldats avant qu’ils eussent pu se mettre en état de
défense. Mascaron, qui, en vrai enfant, jouait en ce
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DE l’ancienne INFANTEBIE FRANÇAISE. 421
moment sur le bord de la mer, se souvient qu’il est
officier, rassemble une trentaine d’hommes, les anime
et avec eux force les Corses à la retraite.
Pendant l’hiver de 1739 à 1740, Auvergne fut
occupé à désarmer les montagnards du centre de l’île
et demeura ensuite en garnison à Bastia jusqu’au mois
d’avril 1741, qu’il fut rappelé en France. Au mois de
mars de l’année suivante il passa en Bavière pour
aller au secours de l’armée de Bohême compromise. Il
faisait partie de la division du marquis de Bambures.
II joignit le 20 mai à du maréchal
Seydlitz l’armée
de Broglie et prit part au combat de Sahay. Le 24 mai
ses grenadiers se distinguèrent à l’affaire qui décida
la levée du siège de Frawemberg.
En arrivant sous Prague au mois de juin, le feu
et la misère avaient déjà réduit le corps à 984 hom-
mes. Il fut chargé de garder le gué de la Moldaw
devant l’Hôtel des Invalides, mais il fut bientôt forcé
de se replier et prit poste dans la redoute de Piémont
sur le front d’attaque. Enfin le 17 août, l’établis-
sement de nouvelles batteries autrichiennes le contrai-
gnit à rentrer dans la ville. Le lendemain soir, il
faisait partie d’une sortie dans la colonne dirigée par
le duc de Biron. Le choc fut terrible. Les troupes de
France s’emparèrent d’une batterie de canons, et
Auvergne emporta d’emblée une redoute dont la prise
força le prince Charles à reculer ses postes. Auvergne
se signala encore à la sortie du 22 août et à celle du
1 4 septembre qui contraignit les Autrichiens à lever
422 HISTOIRE
le siège. Le colonel comte de Clermont y eut une
cuisse emportée par un boulet et mourut peu de jours
après.
En quittant Prague le 16 décembre, le régiment
laissait derrière lui neuf officiers et un grand nombre de
soldats malades ou blessés. L’armée fut peu inquiétée
dans sa pénible retraite; cependant les hussards
autrichiens voltigeaient continuellement sur ses
flancs. Le 18 au soir, au départ de Taklowitz, les
Croates et hussards, soutenus par 12 escadrons de
cuirassiers, tentèrent une attaque plus sérieuse sur
le centre de l’armée dans l’espoir de la couper ;
mais
Auvergne était là et leur donna une leçon dont ils
parurent se souvenir pendant le reste de la retraite.
Le régiment atteignit enfin les bords du Rhin en
février 1743. 11 escortait depuis Donauwerth l’état-
major de l’armée. Il ne comptait plus alors sous ses
drapeaux que 60 officiers et 700 soldats, quoiqu’il eût
reçu des milices à Prague. Les officiers mirent si bien
à profit, pour rétablir et pour instruire les recrues,
les derniers mois de l’hiver, qu’il présentait trois ba-
taillons complets à l’ouverture de la campagne de
1743.
Les deux premiers bataillons firent cette année
partie de l’armée du maréchal de Noailles et furent
placés le 23 juin avec Touraine et Orléans à la garde
dupont de Seiligenstadt sur le Mein. Le 27 eut lieu la
bataille de Dettingcn. Dans le rapport que le maré-
chal adressa au roi, il disait: « Nous avons emmené
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DE l’ancienne INFANT^IE FRANÇAISE. 423
une pièce de canon des cnneniis, qui a été prise par
le régiment d’Auvergne dont on ne peut dire assez
de bien à Votre Majesté. » Le rapport du prince de
Bombes est encore plus honorable pour le régiment.
«L’action fut engagée légèrement, dit-il; mais, malgré
la confusion, elle eût pu tourner différemment, si
l’infanterie se fût comportée autrement qu’elle n’a
fait. Ily a cependant des corps qui ont fait des mer-
veilles, comme le régiment d’Auvergne qui a pris une
pièce et l’a ramenée ici. Le duc de Duras s’est com-
porté à son ordinaire, c’est-à-dire tout au mieux (1 ). »
Au reste, les pertes du régiment à Dettingen furent
peu considérables. Il n’eut que 9 soldats tués, 7 of-
ficiers et 24 soldats blessés.
Auvergne acheva la campagne dans la basse Alsace,
au camp baraqué de Langschleithal et travailla aux
lignes de la Lauter depuis le pont de Salrabach
jusqu’au moulin de Beywath. Cette même année le
3' bataillon, qui avait été formé en Bavière avec les
hommes rentrés successivement de la Bohême, servit
sous le maréchal deBroglie, et lorsque les Autrichiens
eurent forcé le passage du Danube à Pochin le 5 juin,
il se retira au camp sous Batisbonne. Au mois de juil-
let, il ralliait les premiers bataillons en Alsace.
En 1744, Auvergne passe à l’armée de Flandre.
Il se rend d’abord à Douai où il sert de garde à Louis XV
(I) Le duc de Duras du 20 février 1743. Il devint
était brigadier
maréchal de camp le l" mai 1745, lieutenant-général le 10 ma;
1748, et maréchal de France en 1775.
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424 HISTOIRE
pendant son séjour dans cette ville. Il couvre ensuite
les sièges de Menin, d’Ypres et de Fumes et achève la
campagne au camp de Cour Irai.
En 1745, il est au siège de Tournai et ne fait qu’as-
sister à la bataille de Fontenoy. Sa brigade devait
occuper le château, le village et la redoute de Rume-
gnies ;
mais au plus fort de Normandie la bataille,
ayant dû marcher au secours des Irlandais, Auvergne
et Touraine se portèrent en avant pour le remplacer.
Une demi-heure après l’ennemi était en déroute. Les
grenadiers prirent leur revanche de cette inaction
devant la citadelle de Tournai. Ils
y montèrent neuf
fois la garde de tranchée. Le 12 août, deux bataillons
d’Auvergne avec les arquebusiers de Grassin occu-
pèrent l’abbaye d’Affelghem et le régiment termina
cettecampagne par les sièges d’Audenaërde, de
Termonde et d’Ath (1).
Au commencement de mai 1746, Auvergne arrive
au rendez-vous de l’armée près de Bruxelles. Le 6, il
pousse une pointe vers Louvain le 1 5 il paraît devant ;
Malinesqui venait d’être emportée par les volontaires
de la Morlière, et il en prend possession avec les ré-
giments de Piémont et du Roi. Le 21, la citadelle
d’Anvers est investie : il
y ouvre la tranchée devant le
bastion de Tolède dans la nuit du 2a au 26. Le 31,
la place avait capitulé. Mons ,
Charleroi ,
Namur
furent aussi témoins de la valeur du régiment, et ces
(1) Césarde Chatellui, qui commandait alors Auvergne, parvint
au grade de brigadier le {''janvier 1748.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 425
rapides succès furent couronnés par la de victoire
Rocoux. Le gain de la bataille dépendait de la prise
du village de Rocoux. La division du marquis d’Hé-
rouville, composée des brigades de Navarre, d’Auvergne
et de Royal, est chargée de cette périlleuse entreprise.
Auvergne doit attaquer par le centre avec Navarre.
Au moment de du régiment
s’ébranler, l’aumônier
faisait aux soldats une exhortation qui un paraissait
peu longue. Le lieutenant-colonel de Chaumouroux( 1 ),
impatienté, l’interrompit en criant : « Soldats,
M. l’abbé veut vous dire qu’il n’y a pas de salut
pour les lâches. Vive le roi et en avant ! » Auvergne
s’élance, et quoique foudroyé à bout portant par la
mousqueterie et la mitraille, il se précipite dans un
verger, s’empare d’une batterie, la tourne contre
l’ennemi et décide de son côté la victoire par ce hardi
coup de main. Deux redoutes sont successivement
enlevées à la baïonnette; le capitaine de Castaignos
en attaque une troisième avec ses grenadiers ;
le
sergent Vauchoux se jette le premier dans les retran-
chements, et l’ouvrage est emporté. Dès le commen-
cement de l’attaque, le grenadier Camatle s’était jeté
seul au milieu de l’ennemi et avait arraché des mains
de l’enseigne le drapeau d’un bataillon : Vauchoux
fut fait officier et Camatte porte-drapeau. A la fin de
cette campagne, Auvergne fut porté à quatre bataillons
comme tous les vieux corps.
(I) Jean-Amé de Chauniouroux, sous-lieutenant en 1706, major
le 27 mai 1743, lieutenant-colonel le 29 janvier 1744, et brigadier
le 1" janvier 1748.
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426 HISTOIRE
En avril 1747, le régiment est placé sous les ordres
du marquis de Contades, son ancien colonel, pour
faire les sièges des forts de la rive gauche du bas
Escaut. Les forts de la Perle et de Licfskenhoëck
n’arrêtent les Français qu’un instant. Les compagnies
de grenadiers et trois compagnies de fusiliers d’Au-
vergne, sous le commandement du lieutenant-colonel,
sont chargées de s’emparer du grand et du petit
Kjkuit. M. de Chaumouroux, malgré ses soixante ans,
se jette le premier sur les palissades. En un moment,
palissades, retranchements, fossés, escarpe, tout est
franchi et enlevé. Joseph Renard, grenadier, est blessé
à mort près des barrières. Deux camarades veulent le
secourir. — « Retournez au feu, mes amis, s’écrie-t-il,
je n’ai plus besoin que d’une chose, c’est de vous voir
vaincre. » Le 1" mai, on arrive devant Hulst; le 5,
les mêmes compagnies Zandbergqui cou-
attaquent le
vrait Hulst et tuept 3Q0 hommes aux Hollandais. Au
moment de l’assaut, l’officier général de tranchée
entamait une longue instruction au capitaine de grena-
diers Julien qui l’interrompit ainsi : « Je vous entends,
mon général, il faut vaincre, n’est-ce pas? Je le ferai. »
Et il le fit. Le 16 mai Axel capitulait. Ainsi en moins
d’un mois, toutes les places de la Flandre hollandaise
étaient prises. Auvergne se reposa quelques jours à
Hoél, puis il entra dans Anvers que les alliés faisaient
mine de vouloir assiéger. Au mois de juin, il rejoi-
gnit l’armée au camp de Tongres et le 2 juillet, il
assistait à la bataille de Lawfcld, placé sur les hauteurs
deHeerderen pour la sûreté du roi.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 4^7
En 1748, Auvergne n’arriva devant Maëstricht
qu’après l’ouverture de la tranchée. Il prit poste à la
gauche près de Westwesel avec Piémont et un peu en
arrière des Gardes. Le 4 mai, ses grenadiers, avec
ceux de Rohan et de La Fère, attaquent une flèche
en avant du chemin couvert. Ils chassent l’ennemi
jusqu’au corps de place et se réunissent dans la
flèche pour s’y loger. Mais cet ouvrage était miné:
une partie de nos braves est brûlée, mutilée et ense-
velie : les autres se maintiennent sur les ruines
jusqu’au lendemain malgré le feu des assiégés. Maës-
tricht se rendit deux jours après, et cette conquête
mit fin à la guerre de la succession d’Autriche (1).
Auvergne fut alors envoyé à Cambrai. En 1753, il
fît partie du camp d’Airaeries surSambre, et en 1756,
au commencement de la guerre de Sept Ans, il se
Normandie pour s’opposer au
rendit dans la basse
débarquement des Anglais. Il fît partie du camp
assemblé à Granville.
L’année suivante, il fut désigné pour l’armée du
Bas-Rhin et il passa dans le Hanovre avec le marécbod
de Richelieu. Arrivé à Cassel après 72 jours de mar-
che, il se trouva à la prise de Minden et de Hanovre
et à la poursuite de l’armée anglo-hanovrienne
jpsqu’à Closterseven. demeura ensuite au camp
Il
d’Halbcrstadt jusqu’au mois de novembre. Le désastre
(I) Le marquis de Chatcllux, coloacl en 1749, fut fait brigadier le
20 février 1761, maréchal de camp le 25 juillet 1762, et lieutenant-
général en 1781.
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428 HISTOIRE
de Soubise à Rosbach contraignit alors Richelieu à
rétrograder : mais, quand les alliés eurent violé la
convention de Closterseven, Richelieu étant revenu
dans le Hanovre, Auvergne prit part au passage de
vive force de l’Aller et se cantonna dans ce pays.
Au commencement de 1758, l’armée se replia vers
le Rhin. Le 3 mars, deux compagnies de grenadiers
d’Auvergne se trouventà la fâcheuse rencontre d’Ham-
melspring et s’y font tailler en pièces. Le brave Vau-
choux, alors lieutenant, y fut tué. La bataille de
Crefeld eut lieu au mois de juin; le régiment y eut
peu de part et prit ses quartiers à Cologne.
Il quitta cette ville le 15 mai 1759 et arriva le
3 juin à Nieder-Weymar, réndez-vous de l’armée.
Il du corps d’avant-garde du comte de Saint-
était
Germain et fit des prodiges de valeur le 1" août à
Minden. Le capitaine de Marsan et sept lieutenants
y furent blessés. Le régiment ne fit pas moins bien au
passage des gorges de Minden. L’avant-garde était
devenue l’arrière-garde. Le comte de Saint-Germain,
voyant l’ennemi gagner les hauteurs qui dominent
le passage, le fit attaquer par les brigades d’Auvergne,
d’Aquitaine et d’Anhalt qui le culbutèrent. Deux
compagnies de chasseurs d’Auvergne firent des mer-
veilles ce jour-là. Au mois de décembre, une partie
du régiment était bloquée dans Giessen. Le 7, le
prince Ferdinand de Brünswick fit sommer M. du
Blaisel qui commandait dans la place. « Il y a trente ans
que je sers le roi, répond le brave commandant, et
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DE l’ancienne iNFANTKRlÈ FRANÇAISE. 429
quelque temps que je suis guéri de la peur; quand
M. le prince Ferdinand voudra, nous commencerons. »
La place manquait de vivres :1e 10, 1 50 volontaires,
commandés par le capitaine de La Barre, forcent les
postes ennemis, vont surprendre Wiseck et par cette
action audacieuse déterminent l’ennemi, qui souffrait
de la saison avancée, à lever un blocus qu’il juge
inefficace. Le brave La Barre fut blessé dans cette
entreprise (1).
La campagne de 1760 est une des pages les plus
brillantes de l’histoire du régiment d Auvergne. Le
10 juillet, à la bataille de Corbach, placé en réserve
avec Orléans, il appuie l’attaque des régiments de
Navarre et du Roi, et quand 1 ennemi, rendu plus
audacieux par l’arrivée d’un gros corps de cavalerie,
veut reprendre l’offensive, Auvergne s ébranle
et
la retraite des Allemands. A la
décide lin de juillet il
contribue avec les Gardes Françaises, les régiments
du Roi, du Dauphin, de Vaubecourt, d Aquitaine,
d’Orléans, de La Mark et les Irlandais, à déposter le
prince Ferdinand du camp deSachsenhausen.
Le 1 1 août, le maréchal de Broglie, informé qu’un
corps considérable menace Marbourg, se
rend à
Merdenhagen où campait la division du comte de
Stainville, composée des brigades d’Auvergne et de
en 1759, en
(I) Le marquis de Rochambeau, colonel d’Auvergne
brigadier du 23 juil-
se démettant du régiment de La Marche, était
let 1756; il fut fait maréchal de camp le 20
février 1761, lieutenant-
général en 1780, et maréchal de France en 1791.
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430 HlSTOHtK
Bouillon, et lui prescrit d’aller chasser l’ennemi.
La division part le matin du 12 et arrive à Marien-
hagen où Auvergne a un engagement fort vif avec
un détachement qui se retirait vers Frankemberg et
lui 30 prisonniers. Le lendemain, Stainville se
fait
remet en marche et court vers Frankembei^ pour
joindre les généraux Bulow et Fersen. En arrivant
sur les hauteurs de Radern, il aperçoit l’ennemi en
bataille. Stainville après avoir renforcé sa gaiKhe
des deux bataillons de Bouillon et l’avoir appuyée à
un bois vis-à-vis du château de Lichtenfels, ordonne
à dix heures au régiment d’Auvergne d’attaquer
l’ennemi avec la Légion royale et huit escadrons de
dragons. L’élan d’Auvergne est irrésistible; dès les
premiers coups de feu, le comte de Fersen est tué;
ses soldats reculent; Auvergne occupe à l’instant les
hauteurs qu’ils abandonnent et les accule à une mon-
tagne escarpée derrière le village de Hallemberg. La
nuit approchait, et les Allemands auraient pu échap-
per à la faveur de l’obscurité; le régiment, acharné à
leur défaite, ne perd pas un instant, gravit avec la
plus grande audace une pente presque inaccessible,
tombe au milieu d'eux, en tue 400, et met le reste
dans la plus horrible déroute huit pièces de canon
:
furent les trophées de cette brillante journée.
Le 4 octobre, Auvergne quitte Weildungen, où il
était depuis quelque temps cantonné, pour se rap-
procher du Rhin. Il arrive le 13 à Neuss et entre le
lendemain dans le camp de Meurs, à cheval sur le
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DE l’aNCIBNIIB INFANTERIE FRANÇAISE. 431
(ihemin de Meurs à l’abbaye de Camps ou Kloster-
camps. Là se trouvaient, sous les ordres du marquis
de Castries, les brigades de Normandie, de La Tour-
du-Pin, d’Auvergne et d’Alsace et les chasseurs do
Fischer. La réserve, composée des brigades de La Cou-
ronne et de Bouillon était placée entre le camp et
Rheinberg. Pendant la nuit du 15 au 16, les chasseurs
de Fischer étaient en avant pour surveiller les mou-
vements de l’ennemi. Derrière eux, et pour les ap-
puyer au besoin, se tenaient tes grenadiers d’Auvergne
abrités par les haies qui bordent le canal de Gueldres
à Rheinberg. A la faveur de l’obscurité, un corps
angto-hanovrien parvient à tromper la vigilance des
chasseurs de Fischer, et les Français allaient être
surpris dans leursommeil sans le noble dévouement
du capitaine d’Assas. Se promenant à quelques pas
en avant du bivouac de ses grenadiers, il est tout
à coup cerné par les grenadiers hanovriens qui,
appuyant leurs baïonnettes sur sa poitrine, lui posent
l’alternative de se taire ou de mourir... Aux armes!
voilà les ennemis, s’écrie le brave chevalier, et il
tombe percé de coups (t). Mais ses grenadiers avertis
s’élancent aussitôt à la tête du chemin de Meurs,
contiennent l’ennemi et toute l’armée est bientôt sur
pied. Dans le furieux combat qui suivit cette surprise,
(I) En 1777, Louis XVI
créa une pension de 1,000 K^res, à perpé-
tuité,en fayeur des héritiers de Louis d'Assas. Cette pension a été
scrupuleusement payée par tous les gouyemements qui se sont suc-
cédé en France. C’est ainsi qu’une nation s'honore.
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432 HISTOIRE
Auvergne, placé au centre dans les marais, s’empara
d’un canon et d’un étendard; mais il paya ce succès
trop cher ,
il eut près de 800 hommes mis hors de
combat, et 58 officiers tués ou blessés (1). Le colonel
de Rochambeau et le lieutenant-colonel LaBartelle (2)
étaient parmi cesderniers. LecapitaineSaint-Firmin,
digne rival de d’Âssas, se fit tuer avec dix hommes qui
lui restaient de sa compagnie, en défendant un pont du
canal .Lesennemis,dansleurs rapports, parlaient de lui
avec admiration . Le capitaine de grenadiers de Castai-
gnos, àla tête de 60 hommes, s’était jeté despremiers au
milieu des ennemis et avait fait prisonnier le capitaine
Pool, commandant un bataillon de grenadiers anglais.
Un caporal, re\enant de congé, arrive la veille
de la bataille. Le lendemain il reçoit un coup de fusil
au travers du corps. Près d’expirer, il disait à ceux
qui l’emportaient « Mon Dieu ! que je suis heureux
d’être arrivé hier ! »
(1) Les officiers tués étaient les capitaines d’Assas, de Jui.^
gnan, Saint-Firmin, de Roquade, d’Alba, de Saignard et de La Ro-
che-Pancée; les lieutenants Dupuy et Laugier. Les blessés, outre le
colonel et le lieutenant-colonel, étaient le major Périchon, les
ai-
des-majors d’Haupré et du Roure; les capitaines Hoslallier, de
Lia-
bel, d Ollias,La Bune, Chambarlhac (depuis général de division).
Duquel, de Morgues, de Laval, de Regnerie, de Fontagnan,
de Fa-
ire,Chéry, Despans, de Barillac, La Ferté, Chaumourous,
Sasse-
lange, Malherbe, Saint-Victor, et 26 lieutenants ou
sous-lieutenants.
203 soldats furent tués et S 12 blessés.
(2) Dominique François Dumoulin Pentaignan de La Bartelle, vo-
lontaire en 1727, lieutenant-colonel 24juin 1758.
11 avait déjà été
blessé à Guastalla, au siège de Prague et à Rocoux.
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DE l’ ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 433
Le caporal Dupont était aux équipages. Il apprend
que la bataille s’engage et demande à rejoindre sa
compagnie. Mon capitaine, disait-il, est aux volon-
taires, la compagnie est sans lieutenants, sans sergents,
sans caporaux, et elle a beaucoup de recrues qui
pourraient faire quelque chose indigne du régiment
d’Auvergne.
Auvergne, presque détruit à Clostercamps, fut
envoyé à Dusseldorf et reçut l’ordre de rentrer en
France pour se rétablir. Mais il demanda avec de si
vives instances à continuer la guerre qu’on le lui
accorda. Il quitta Dusseldorf le 14 février 1761, et
contribua à la pénible mais glorieuse expédition dans
laquelle le maréchal de Broglie força les alliés à lever
les sièges de Ziegenheira et de Cassel. Pendant le
cours de cette campagne, Auvergne et Chamborand-
Hussards, deux illustres régiments, faisaient partie
d’un corps détaché aux ordres du marquis de Ro-
chambeau devenu général. C’est assez dire ce qu’une
noble émulation fit faii-e à ces braves. Le 15 Juillet,
à Villingshausen, les grenadiers et chasseurs d’Au-
vergne, conduits par le lieutenant de Chaumont,
sautent les premiers dans la redoute qui défendait les
approches du village de Villingshausen, s’en rendent
maîtres et s’y maintiennent jusqu’à l’arrivée du reste
de l’avant-garde du baron de Closen. Le soir, à dix
heures, le régiment avec celui de Poitou occupe en
force cette position où n’avaient pu se maintenir
quinze régiments d’infanterieanglaiseou hanovrienne.
UUT. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. III. 28
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434 HlgTOlRB
Le lendemain 16, la bataille recommença et son
issue ne nous fut point favorable. Auvergne y perdit
une centaine d’hommes. 11 termina la campagne par
le siège de Wolfenbùttel au mois d’octobre. Les quatre
pièces régimentaires, dirigées par le capitaine de
Villemejeanne, tirèrent toute la journée du 10 et
contribuèrent à démonter les batteries ennemies.
Wolfenbùttel se rendit le 11.
La campagne de 1762 fut insignifiante. On était
de part et d’autre las d’une guerre où Français et
Allemands se ruinaient sansprofit. Auvergne se trouva
le 21 septembre à la prise du château d’Amenebourg.
Il était au pied de la brèche, prêt à monter à l’assaut,
quand la garnison battit la chamade. Ce fut le colonel
marquis de Champagne-Chapton (1) qui arrêta les
articles de la capitulation.
Au mois de mars 1763, Auvergne arriva à Metz,
qu’il quitta au mois de mai pour se rendre à Douai.
Il fut à Strasbourg en octobre 1765, et il resta dans
cette ville jusqu’en juillet 1769 qu’il fut appelé au
camp de VerberieprèsCompiègne. Il se rendit ensuite
à Valenciennes, puis à Dunkerque en juin 1772,
àThionville en octobre 1772, à Givet en octobre 1774,
et à Lille en octobre 1775. Ce fut de là que partit son
4* bataillon pour aller à Nantes où il s’embarqua.
(1) M. de Champagae-Chapton fut fait brigadier le janvier
1769. Son successeur, le vicomte de Laval, obtint le même grade
le 1*' juillet 1784, et celui de maréchal de camp le 9 mars 1788.
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 435
Les autres bataillons allèrent à Valenciennes en avril
1776 et ce fut dans cette place que fut exécutée l’or-
donnance du 25 mars 1776, qui partageait Auvergne
en deux régiments. Les 1" et 3' bataillons restèrent
régiment d’Auvergne; les 2* et 4' formèrent le régi-
ment deGàtinais.
RÉGIUEAIT D’AGEERGNE.
17* RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS 00 MESTRES DE CAMP.
1. Vicomte DE LAVAL (Mathieu-Paul-Louis de Montmorency), 18
avril me.
2. Marquis de COÜRBON-BLÉNAC (Sophie-Jacques), 10 mars 1788.
3. DUMAS DE SAINT-MARCEL ( Guillaume-Mathieu ) 25 juillet
,
1791.
Le rang du régiment d’Auvergne fut définitivement
fixé par l’ordonnance du 19 février 1777. Son colonel
n’avait pas eu la main heureuse, et il dut marcher
après les régiments issus de Bourbonnais et de Béarn.
Il donc le numéro 17 et Gàtinais le numéro 18(1).
prit
La guerre de l’indépendance des États-Unis d’Amé-
rique venait de commencer. Le régiment fut envoyé
à Brest en mai-s 1777. Un détachement embarqué en
1778 sur le vaisseau la Ville de Paris de la flotte du
(1) Louis du Verdier, lieutenant-colonel d’Auvergne le 31 mai
1776, fut nommé brigadier le l*'mars 1780, et maréchal de camp
le l"janvier 1784.
Le marquis de Courbon eut le grade de maréchal de camp pour
retraite le 1" mars 1791.
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436 HisToms
comte d’Orvilliers, se distingua au combat d’Ouëssant,
et le lieutenant de Vinezac mérita une mention parti-
culière dans le rapport de l’amiral. Le capitaine de
Molore et le lieutenant de Fontmanoir y furent tués.
Auvergne quitta Brest en novembre 1778 pour
revenir à Lille. L’année suivante, il passa en juillet à
Berghes, et au mois de juin 1780 il alla garderies
côtes deNormandie aux environs d’Avranebes. Il se
rendit de là, en août 1782, à Guingamp, et enfin le
10 septembre, il s’embarqua sur l’escadre du chevalier
de Borda. Il arriva le 23 octobre au Fort-Royal de
la Martinique. Il était destiné à faire partie de l’expé-
dition projetée sur la Jamaïque ;
mais la paix se fit
l’année suivante, et après un court séjour aux Antilles,
11 débarqua sur les côtes de France au mois de juil-
let 1783.
Il fut alors envoyé à Lille, d’où U se rendit en mai
1787 à Dunkerque, en octobre 1787 à Calais, et
successivement à Condé, Le Quesnoy et Valenciennes
en 1788. Le contre-coup de la révolution se fit vive-
ment sentir dans le régiment d’Auvergne. Travaillé
en tous sens par les agents provocateurs qui cher-
chaient alors à pervertir l’armée, des querelles sur-
girent bientôt entre les soldats de ce vieux corps.
Au mois de mars 1790, les grenadiers voulurent chas-
ser un des leurs; le reste du régiment prit fait et
cause pour le soldat évincé, et il en résulta une
sanglante mêlée à la suite de laquelle les officiers et
les compagnies d’élite furent obligés de se retirer sur
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DE l’aHCIENNB UIJFAKTB81E FRANÇAISE. 440
les terres de l’Empire. Ce détadiement se rendit, en
longeant la frontière, à Conflans près de Metz pour
se mettre à la disposition du marquis de Bouillé^ et
il est probable que cette belle fraction d’Auvergne
eût été perdue pour le pays, si le reste du régiment,
dirigé |par de sages conseils, n’eût mis de côté de
déplorables animosités et n’eût rejoint bientôt les
dissidents. Auvergne demeura en garnison à Bitcbe
depuis cette époque jusqu’au 14 mai 1791 qu’il fut
envoyé à Phalsbourg. Ce brave régiment, plus qu’aucun
autre, fut alors travaillé par des tentatives d’embau-
chage de la part des émigrés. Le résultat de ces
menées fut de mettre le régiment en état complet
d’insurrection contre ses officiers. Ceux-ci furent
tous chassés et les soldats, restés sans chefs, se for-
mèrent en une société patriotique qui bientôt n’obéit
plus à rien. Enfin, un nouveau colonel, M. Dumas,
membre de l’Assemblée nationale, parvint à faire
rentrer le régiment dans le devoir. Il écrivit alors,
en date du 7 octobre, une lettre circuleûre à tous les
officiers pour les engager à venir reprendre leur
service, mais il ne s’en présenta que sept.
Au commencement de 1792, le 1" bataillon et la
compagnie de grenadiers du 2‘ se rendirent à l’armée
des Ardennes commandée par La Fayette. Le reste
du régiment fut placé à Metz et fit partie de l’armée
du Centre sous Kellcrmann. Les deux bataillons se
trouvèrent ainsi à la bataille de Valmy. Après l’éva-
Cuation du territoire de la République par les Prus-
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438 HISTOIRE
siens, les deux bataillons suivirent Dumouriez en
Belgique et combattirent à Jemmapes età Neerwinden.
Après la malheureuse issue de cette dernière journée,
l’armée se retira sur Cumptich et Pelleraberg. Le 22
mars 1793, au matin, les Impériaux firent une attaque
générale contre les postes de Pellemberg et de Corbeck.
Une colonne de grenadiers hongrois s’empara du
village de Blierbeck qui couvrait le front de la division
Le Veneur. Dans ce pressant danger. Le Veneur fit
marcher Auvergne, le seul corps de sa division que
n’avait point démoralisé la défaite de Neerwinden.
Ce brave régiment, le colonel Dumas en tête, se pré-
cipite au pas de charge et à la baïonnette sur les
Hongrois et les chasse après leur avoir pris deux canons
et tué la moitié de leurs bataillons.
L’armée française évacua cependant la Belgique et
se rallia sous location de Valenciennes. Auvergne prit
une part brillante à tous les petits combats livrés entre
Condé et Valenciennes: il se distingua surtout à
celui du 8 mai près de Raismes. Ce fut le 17“ qui
sauva l’honneur de la journée en faisant sous le feu
des batteries autrichiennes une retraite lente et bien
ordonnée.
Le 1" bataillon d’Auvergne continua de servir cette
année et la suivante à l’armée du Nord et contribua
en 1794 à la conquête de la Hollande. C’est pendant
cette expédition, le 16 août 1794, qu’il fut amalgamé
avec des volontaires pour former la 33' demi-brigade.
Le 2* bataillon d’Auvergne a fait les campagnes
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DE l’ancienne infanterie FRANÇAISE. 439
de 1793 et 1794 à l’armée de Sambre-et-Meuse et
esl devenu le noyau de la 34* demi-brigade. Son
amalgame eut lieu le 26 avril 1794.
BÉ£IHE!VT ROTiL-AimRGNE.
18® RÉGIMENT d’infanterie.
COLONELS OD MESTRES DE CAMP.
1. Marquis DE CAUPENNE (Louis-Henri), 18 avril 1776.
2. Comte de BRIEY de LANDRES ( Jean-Gabriel ), 9 mai 1778.
3. Marquis DE ROSTAING (
Just-Antoine-Henri-Marie-Germain ), 27
octobre 1778.
4. Vicomte DE ROCHAMBEAU (
Donatien-Marie- Joseph de Vimeur),
1" juillet 1783.
5. DE TOURVILLE (
Charles-Bertin-Gaston-Chapuy ) , 25 juillet
179t.
6. deFONTBONNE (
Alexandre-Louis ), 8 juillet 1792.
Pour se distinguer d’Auvergne ,
Gâtinais prit le
collet jaune et les boutons blancs. Ses drapeaux furent
noirs et violets, ces couleurs disposées comme dans les
drapeaux du régiment d’Auxerrois.
Le 2' bataillon, qui était à la Martinique depuis
le 20 novembre 1775, passa en 1777 à Saint-Do-
mingue. Le 1" bataillon, qui était allé à Calais en
juin 1776, partit à la fin de cette année pour Bor-
deaux et s’y embarqua le 23 septembre 1777 pour
rejoindre le 2* bataillon. Le régiment resta en gar-
nison au Cap jusqu’en 1779. Cette année, il fut
presque tout entier mis à bord de la flotte du comte
d’Estaing et se trouva du 1 5 septembre au 20 octobre
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440 H18TOIBR
au 8Îég« de Savannah sur le continent américain.
Les compagnies de chasseurs se couvrirent de gloire
le 9 octobre, à l’attaque des retranchements. ËUes
avaient pris pour mots d’ordre et de ralliement, Aur-
vergne et d'Assas. Le sous-lieutenant Levert entra le
premier dans les retranchements, dont les défenseurs,
étonnés de tant d’audace, prirent la fuite en jetant
leurs armes. Les Anglais revinrent bientôt plus nom-
breux, et ces braves compagnies, restées sans appui,
ayant perdu la moitié de leur effectif, furent obligées
de reculer. Elles se retirèrent en bon ordre, empor-
tant leurs morts et leurs blessés parmi lesquels étaient
le vicomte de Bethizy, colonel en deuxième, percé
de trois coups de feu à la main gauche, au bras droit
et dans le ventre, le capitaine de Sireuil frappé d’un
biscaïen au côté, le capitaine en second de Foucanld
renversé par le soufffe d’un boulet, le lieutenant de
Justamont tué raide, le chevalier de La Roche-Negly
qui avait reçu un biscaïen à la tête et qu’on fut obligé
de trépaner, et le chevalier de Tourville qu’une balle
avait traversédu téton droit à l’épaule. Le sous-lieu-
tenant Levert avait eu ses habits criblés de balles.
Après La Levée de ce siège, Gâtinais retourna au
Cap et en 1781 il fit partie du petit corps d’armée
que le marquis de Saint-Simon conduisit aux Etats-
Unis pour renforcer l’armée de Rochambeau. Il prit
une part glorieuse au -siège d’York-Town et à la
capitulation du général Cornwallis. Le 14 octobre,
avec Royal-Deux-Ponts, et sous les ordres du lieu-
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*DE l’ancienne INPANTBRIB FRANÇAISE. 441
tenant-colonel de Lestrade, il attaqua avec une
extrême bravoure et emporta d’emblée les deux
redoutes de la gauche des retranchements. Le capitaine
de chasseurs de Sireuil y fut encore blessé, et cette
fois très-grièvement, avec deux autres officiers.
Après la victoire, Washington, en exprimant sa re-
connaissance et son admiration aux généraux français,
les pria d’offrir en son nom aux régiments de Gàtinais
et Royal-Deux-Ponts les trois pièces de canon qu’ils
avaient enlevées dans les redoutes. Gàtinais se rem-
barqua peu après et revint à Saint-Domingue. En
1782, il fournit des détachements pour la garnison
des vaisseaux du comte de Grasse. Au combat naval
du 7 avril, le sergent Charles Daurier, depuis général
et baron de l’Empire, fut grièvement atteint de deux
blessures sur le vaisseau le Caton.
Une ordonnance du 1782 changea le
11 juillet
nom du régiment donna en récompense de sa
et lui
belle conduite en Amérique le titre de Royal-Auver-
gne (1).
Royal-Auvergne rentra en France en 1783 par
Rordeaux, et après un court séjour à Libourne, il se
mit en route au mois de septembre pour se rendre
(I) Cette faveur fut accordée au régiment sur la demande du mar-
quis de Rochambeau, qui, au siège d’York-Town, au moment d'une
attaque décisive, s’adressant aux grenadiers de Câlinais, leur avait
dit; « Enfants, montrez-nous que Gàtinais et Auvergne, c'est toat
un. » Les grenadiers jurèrent de se faire tuer jusqu’au dernier, pour
mériter qu’on leur rendit le titre d’Auvergne.
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442 HISTOIRE
à Nancy. 1787 à Calais, où il passa tran-
Il vint en
quillement, sans qu’on ail eu rien à lui reprocher, les
premières années delà révolution. En novembre 1791,
le 1" bataillon alla à Boulogne et le 2* au Havre. Trois
compagnies de ce dernier bataillon s’embarquèrent
la même année pour Saint-Domingue d’où elles ne
sont pas revenues.
Au commencement de la guerre, le 1" bataillon
fit partie de l’armée du Nord et le 2' fut mis en gar-
nison à Maubeuge. Le 3 mai 1792, le colonel de Tour-
ville (1) fit sortir de Maubeuge un détachement du
corps contre un parti de cavalerie légère autrichienne
qui occupait le poste de Bétigny. Il lui tua vingt hom-
mes et dispersa le reste. Quatre jours après, Chérin,
le dernier généalogiste des Ordres du roi, au
entrait
corps comme officier et s’y faisait aussitôt remarquer
(I) M. de Tourville avait été nommé major deGélinais le 18 avril
1776; il devint lieutenant-colonel le 20 avril 1788, et eut le grade
de maréchal de camp le 7 septembre 1792.
Deux autres colonels de Royal-Auvcrgne sont devenus officiers gé-
néraux ; le marquis de Rostaing fut fait brigadier le S décembre
1781, après la pi ise d’York-Town, et maréchal de camp le 13 juin
1783 ;
le vicomte de Rochambeau fut fait maréchal de camp le
30 juin 1791. Il a été tué à Leipzig en 1813.
Claude de Lestrade, lieutenant-colonel du régiment le 19 août
1777, fut fait brigadier le 5 décembre 1781 pour sa belle conduite
devant York-Town. Il eut le brevet de maréchal de camp le 9 mars
1788.
Le colonel de Fontbonne était entré comme lieutenant dans Au-
vergne en 1769 ;
il avait eu la chai'ge de lieutenant-colonel de Royal-
Auvergne le 28 avril 1792.
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DB L’ANCIBimB INFANTBRIB FRANÇAISB. 443
par une brillante valeur, qui lui valut en peu de temps
le grade d’adjudant-général.
A la fin de cette année, le 1 8* régiment servit à la
conquête des Pays-Bas, et après la bataille de Neer-
winden, il de Maubeuge, où
reprit ses postes autour
il eut de nombreuses occasions de montrer sa bra-
voure. 11 se distingua surtout dans les affaires des 10
et il juillet 1793. Peu après, les deux bataillons
furent envoyés dans la Vendée. Ils prirentune part
très-active à cette guerre, et lorsque la journée de
Savenay eut anéanti la grande armée catholique, ils
se rendirent à l’armée de Rhin-et-Moselle où ils furent
embrigadés, le 1" bataillon dans la 35* demi-brigade
formée le 17 août 1794, et le 2‘ dans la 36* demi-
brigade organisée le 21 novembre de la même
année.
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TABLE DES MATIÈRES.
RÉGIMENT DE NAVARRE 1
»ÉGi«gWT BE WAVARB», 5* «EGIMEWT p’iSFANTBRlB 80
BBGmENT d’aRHAGNAC, 6* REGlIlBfit p'iNFANTERlg 84
RÉGIMENT DE CHAMPAGNE 92
RÉGIMENT DE CHAMPAGTIE, T RÉGIMENT d’iWPANTERIB. . . . 163
RÉGIMENT d’aCSTRASIE, 8* RÉGIMENT p’iNFANTERlB 169
RÉGIMENT T)E NORMANDIR. . •
116
RÉGIMENT DE NORMANDIE. 9* REGIMENT p’iNEANTERlE. . . 227
RÉGIMENT DE NEtlSTRIE, 10* RÉGIMENT p’iNPANTERIE, . . . . 231
RÉGIMENT DE LA MARINE 235
RÉGIMENT PE LA MARINE, 1 1* RÉGIMENT p’iNgANTERIE. . . 279
RÉGIMENT p'aüXERROIS, 12’ RÉGIMENT p’iNEANTERlE. . . . 282
RÉGIMENT DE BOURBONNAIS 290
RÉGIMENT PE BOURBONNAIS, 13* RÉGIMENT P’PfFANTERlE. 32o
RÉGIMENT PE EORÉZ, 14“ RÉGIMENT p'iNBANTERlE 331
RÉGIMENT DE BÉARN
RÉGIMENT PE BÉARN, 15* RÉGIMENT p’iNFANTERIE 381
RÉGIMENT p’aGÉNOIS, 16* RÉGIMENT p’iNPANTERlE 383
RÉGIMENT D’AUVERGNE
RÉGIMENT p'aPVERGNE, 17' RÉGIMENT p’iNFANTEBlE. . . . A3S
RÉGIMENT ROTAL-APVERGNE, 18* RÉGIMENT p’iNFANTERlE. 439
FIN DE LA TABLE.
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