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NYPL RESEARCH LIBRARIES
3 3433 00690006 6
HISTOIRE
DE
L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
SUSPI
✓WZK
C
IMPRIMERIE DE BELIN -MANDAR .
SAINT-CLOUD .
HISTOIRE
DE L'ANCIENNE
1
INFANTERIE FRANÇAISE
ste r
دارم کهدردم Augu Victont
e 36
Vinc ,1810-
PAR LOUIS SUSANE ,
Capitaine d'artillerie,
Chefdu personnel de l'arme au ministère de la guerre.
PARIS ,
LIBRAIRIE MILITAIRE , MARITIME ET POLYTECHNIQUE
DE J. CORRÉARD ,
LIBRAIRE ÉDITEUR ET LIBRAIRE-COMMISSIONNAIRE ,
RUE CHRISTINE, 1 .
-
1849 .
} :
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
63248A
ASTOR. LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS
R 1922 L
PRÉFACE .
Il y a quelques années, en parcourant l'Histoire de la Milice
française du P. Daniel, je fus frappé de la justesse des réflexions
inspirées à l'auteur par un Mémoire sur le régiment d'infanterie
du Maine, Mémoire dont il fait une courte analyse .
Voici le passage de Daniel :
« Il a paru depuis peu une histoire du régiment du Maine écrite
>> avec esprit et dans un style cavalier par un jeune capitaine
» du corps, qui, depuis la paix , s'est fait un amusement d'arran-
» ger divers Mémoires qu'il avoit eu la curiosité de rassembler
» sur ce sujet ; curiosité digne d'un homme de son état , et dont
» il seroit à souhaiter que, dans chacun des plus considérables
» régimens , quelque officier se laissât piquer pour la gloire de
» ceux qui l'y ont précédé , sans quoi leurs plus belles actions
>> demeureront ensevelies dans l'oubli .
VI PRÉFACE .
» Il s'agit là non-seulement de la gloire de quelques particu-
>> liers , mais encore de celle de tout le corps ; car, faute d'avoir
>> fait ou recueilli de tels Mémoires, on sçaura un jour tout au
» plus qu'il y a eu un tel régiment dans les troupes de France,
» mais on en ignorera jusqu'à l'origine et jusques aux noms
» des commandans.
>> Personne ne s'est plus aperçu que moi de ce défaut dans
» cette partie de mon ouvrage . J'ai trouvé dans la plupart de
» ces corps un parfait oubli de ceux qui les avoient commandez
>> autrefois, aussi bien que du tems où ils avoient été créez , et des
>> actions mémorables où ils s'étoient particulièrement distin-
» guez…………….. J'ai fait inutilement des tentatives auprès de quel-
>> ques-uns, et je ne puis en dire plus que ce qu'on m'en a appris ;
» car les historiens ne descendent guères dans le détail de ce
» qui concerne les corps particuliers . »
L'auteur de l'Histoire de la Milice française, lorsqu'il écrivait
ces lignes au commencement du règne de Louis XV, était loin
de soupçonner avec quelle promptitude et quelle rigueur devait
s'accomplir sa prophétie. Pouvait-il prévoir, en effet , qu'au
moment où le XVIIIe siècle aurait achevé son cours, il ne reste-
rait plus de ces vaillants bataillons qui avaient entendu la voix
d'Henri IV, de Condé et de Turenne, qu'un souvenir enseveli au
fond du cœur de quelques vétérans ?
Ma curiosité ayant été vivement excitée par les réflexions de
Daniel, je voulus savoir s'il était possible de réparer l'oubli
des contemporains et de Daniel lui - même qui, en sa qualité
d'historiographe de France, avait plus que personne le temps et
toutes les facilités pour combler la lacune qu'il déplorait . Je me
PRÉFACE. VII
mis donc courageusement et sérieusement à l'œuvre , et je fus
entraîné peu à peu par les difficultés mêmes que je rencontrais
et par l'irrésistible penchant qui pousse l'intelligence humaine à
chercher le mot de toute énigme ; je fus entraîné, dis - je , à faire
un travail considérable, dont les résultats peuvent être de quel-
que utilité pour l'histoire de l'armée.
Je crois être parvenu , après dix ans de recherches , à combler
la lacune indiquée par Daniel, et avoir recueilli pour les personnes,
en très-petit nombre, qui prennent intérêt aux traditions mili-
taires, une moisson de faits positifs très-suffisante pour satis-
faire leur curiosité . Non-seulement on pourra ne plus ignorer
qu'il y ait eu un tel régiment dans les troupes de France, mais
on connaîtra son origine et les noms des commandants . Des Mé-
moires, tels que les désirait le bon Père, ont été rédigés , avec
tout l'esprit qu'on y a pu mettre, et dans un style que les lecteurs
trouveront peut-être trop cavalier ; enfin on a rectifié , chemin
faisant, un assez grand nombre d'erreurs qui déparent l'Histoire
de la Milice française, erreurs qu'aucun des auteurs , qui jusque
dans ces derniers temps ont écrit sur l'armée, n'a négligé de
copier très-scrupuleusement .
Ce travail, dont le but principal était de tracer les biographies
des anciens régiments , et d'abord des régiments d'infanterie,
devait naturellement commencer par un Mémoire renfermant
toutes les questions générales, tous les faits qui n'appartiennent
pas à un régiment en particulier, mais à l'arme tout entière.
Telles sont les questions qui se rattachent à l'établissement du
service à pied en France, à son développement et aux diverses
transformations qu'il a subies . On a également placé dans ce
Mémoire l'exposition de tous les détails relatifs à l'organisation
des troupes à pied , à leur armement , à leur instruction et à leurs
VIII PRÉFACE.
mœurs, qui eussent gèné la marche du récit des faits exclusive-
ment militaires composant la vie de chaque corps, et qui, d'ail-
leurs, eussent entraîné à de fréquentes répétitions .
Ce Mémoire tiendra lieu d'introduction ; puis viendront, s'il
plait à Dieu , les notices historiques de tous les régiments qui ont
vécu jusqu'à la Révolution.
Nous donnerons aussi un souvenir aux nombreux corps dont
la carrière avait été interrompue par la réforme avant cette
époque.
LOUIS SUSANE.
HISTOIRE
DE
L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
PREMIÈRE PARTIE.
ORIGINE ET DÉVELOPPEMENTS DE L'INFANTERIE EN FRANCE .
Regardez-la, elle fera bien; louez-la , elle fera mieux .
LACOMBE SAINT-MICHEL, Séance de l'assemblée
nationale du 23 avril 1792.
CHAPITRE PREMIER.
Etat de l'infanterie depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne
de Louis le Gros . Gaulois, Francs ; service à pied sous les deux
premières races. Influence de la féodalité sur le service à pied .
Anéantissement du service à pied . Origine du mot infanterie .
L'infanterie , plus nombreuse à elle seule que les
autres armes réunies, ne peut se recruter que par l'ap-
pel sous les drapeaux de toutes les classes qui forment la
masse des populations . Elle a donc dû partager le sort
de la multitude . Ainsi , abjecte et méprisée aux temps
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 1
2 HISTOIRE
où les peuples sommeillent, insouciants ou abrutis sous
le poids de leurs chaînes ; faible et incertaine dans ses
allures pendant ces époques moyennes où les sociétés
sont en travail d'une organisation , l'infanterie n'appa-
raît en effet dans toute sa force et sa puissance que
parmi les nations où l'inégalité des conditions et des
droits , base des institutions barbares , a fait place à un
ordre plus équitable et plus respectueux de la dignité
humaine . Aussi , une infanterie bien constituée est-elle ,
bien plus que la cavalerie , un indice certain de civilisa-
tion avancée , car elle suppose l'initiation du peuple
tout entier à ce sentiment sublime qu'on appelle patrio-
tisme , et la reconnaissance de son aptitude à prendre
part aux affaires les plus sérieuses de son pays . Il faut
d'ailleurs observer que la force de l'infanterie réside
principalement dans l'ordre, la discipline et la combi-
naison savante des mouvements , tandis que le courage
individuel et l'impétuosité du choc peuvent suffire pour
rendre la cavalerie redoutable .
Les Grecs et les Romains , qui représentent la portion
civilisée de l'antiquité , avaient une infanterie fortement
organisée, et qu'ils regardaient , ainsi que les nations
modernes, comme la partie essentielle de leurs armées .
Une des choses les plus dignes d'admiration dans les
constitutions de la République romaine , c'est l'organi-
sation de ces puissantes légions , qui ont conquis le
monde , et dans lesquelles les divers éléments d'une armée
étaient combinés d'une manière si rationnelle , qu'après
tant de révolutions survenues depuis dans la science
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 3
difficile de la guerre , elles sont restées le modèle de nos
modernes divisions .
L'époque la plus brillante pour les légions de Rome
fut celle où les provinces les plus voisines de la grande
capitale ayant été admises au droit de cité, versèrent
leur énergique jeunesse dans les vieux cadres romains ,
déjà énervés par trop de prospérité et de richesses . Ce
fut le temps de Pompée et de César . Les rudes enfants
de la Gaule se firent bientôt une place glorieuse ' parmi
les nouvelles cohortes (1 ) . A Pharsale, Pompée avait
les légionnaires de l'Italie , de l'Espagne et de la Grèce .
Avec César marchaient les Cisalpins et les Gaulois .
Mais l'Empire, en absorbant successivement toutes
les nations subjuguées , préparait lui-même sa déca-
dence . Pour garder des frontières aussi étendues, il
fallut de nouvelles légions . Le citoyen romain ne suffit
bientôt plus à remplir les vides d'une si vaste organi-
sation les peuples vaincus y furent appelés ; des
mercenaires étrangers imposèrent leurs services ; les
esclaves de la veille , les barbares qui allaient se dis-
puter les dépouilles de l'Empire , formèrent la majeure
partie de l'armée . Ce n'était plus l'armée romaine, et
Rome succomba autant par la trahison et la lâcheté
(1) Parmi les légions gauloises qui s'illustrèrent sous César, il ne
faut point oublier la fameuse dixième légion , surnommée l'Alouette,
de l'emblème de ses enseignes . César ne s'en séparait jamais. Elle fut
admise en masse au droit de cité romaine l'an 46 avant Jésus- Christ.
4 HISTOIRE
des auxiliaires que sous les coups redoublés de l'invasion .
Avec les dernières légions impériales , qui brillèrent
encore d'un éclat passager dans les Gaules sous Aëtius
et OEgidius , périrent les traditions de la tactique et de
l'organisation des armées. Les barbares durent faire
peu de cas d'une science qui n'avait pu prévaloir contre
la brutale impétuosité de leurs masses .
Les nouveaux maîtres de la Gaule , les Francs , les
Burgondes , les Wisigoths, lorsqu'ils franchirent pour la
première fois le Rhin au troisième siècle , n'avaient
point dans leurs armées d'organisation régulière . La
plupart de ces belliqueux enfants de la Germanie com-
battaient à pied ; mais on ne saurait donner le nom d'in-
fanterie à ces foules qui se ruaient sur l'ennemi sans
ordre et sans discipline, en brandissant leurs framées ( 1 )
et leurs francisques (2 ) , et en poussant d'effroyables
hurlements . Dans le combat, qui n'était que la somme
d'une multitude de duels , les principaux chefs étaient
entourés de leurs leudes ou fidèles , et ceux- ci se fai-
saient suivre à leur tour des guerriers d'un rang infé-
rieur. C'était la tactique et la formation confuse qu'on
(1 ) Javelots fort lourds, dont le fer portait deux petits crochets re-
courbés en fleur de lis, qui, en s'engageant dans les chairs ou dans
le cuir du bouclier de l'ennemi , livrait celui-ci à la merci du soldat
franc.
(2) Haches à double tranchant et à manche très-court, dont les
Francs se servaient de près et de loin .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 5
retrouve encore chez les sauvages de l'Océanie et de
l'Afrique centrale.
Cependant trois siècles entiers s'écoulèrent avant que
les Francs aient pu asseoir d'une manière définitive leur
domination sur la Gaule ; trois siècles de luttes inces-
santes où ils furent tour à tour ennemis des Gallo-
Romains pour étendre le territoire que l'Empire leur
avait cédé , et leurs alliés pour défendre leur établisse-
ment contre de nouvelles invasions . Dans ce long con-
tact avec les armées impériales , les Francs s'initièrent
à quelques-uns des secrets de la science militaire des
Romains, et leurs bandes mieux disciplinées purent
paraître avec éclat à côté des légions d'Aëtius dans ces
plaines de Châlons où vint se briser Attila : mais , en
général , leur génie sauvage se montrait rebelle à toutes
ces entraves auxquelles se soumettent les races civilisées ,
et ils continuaient à placer de préférence leur confiance
dans la vigueur de leurs bras et dans leur impétuosité
naturelle . Les soldats avaient abandonné la francisque
et la framée pour adopter la pique et l'épée, l'arc et le
javelot ; la distribution des commandements était cal-
quée sur la hiérarchie romaine ; les armées campaient
et se rangeaient en bataille comme les Romains ; mais ,
le signal une fois donné, on se battait à la franque.
Depuis que Clovis , converti à la religion chrétienne ,
et réunissant dans sa main les pouvoirs de chef des
Francs et de consul des Gallo-Romains , eut commencé
à fonder la nationalité française , ces deux peuples se
retrempèrent l'un par l'autre et se communiquèrent une
6 HISTOIRE
partie des qualités qui distinguaient chacun d'eux . Si
les Francs apportaient à la communauté leur énergique
vigueur , les Gaulois y versaient les habitudes d'ordre
et de discipline et les éléments d'organisation civile et
militaire qu'ils avaient acquis sous la domination ro-
maine . Il résulta de ce concours un ordre de choses
assez régulier, et qui rappelait, bien imparfaitement à
la vérité, le bel ensemble des institutions de Rome .
Comme sous les empereurs , la nation resta divisée en
deux classes distinctes , les hommes libres et les es-
claves .
Les hommes libres étaient les Francs et les nombreux
habitants des cités gauloises . Comme à Rome , ils se
subdivisaient en patriciens, plébéiens et affranchis .
Tous devaient au roi le service de guerre en proportion
de leur fortune . Tous aussi , même les affranchis , pou-
vaient par leur mérite et leurs services parvenir aux
emplois les plus élevés .
Les esclaves étaient les membres de ces familles déjà
livrées à la servitude dans la Gaule celtique , qui
avaient traversé la période romaine sans arriver à la
liberté, et qui s'étaient recrutées en route de tous les
prisonniers de guerre réduits selon la coutume en escla-
vage. Les esclaves ne figuraient guère dans les armées
qu'à l'état de bêtes de somme .
Nous avons dit que tous les hommes libres étaient
astreints au service militaire . Or , dans ces siècles de
luttes perpétuelles , comme l'état de guerre était devenu
l'état normal , insensiblement le mot miles , soldat ,
DE L'ANCIENNE - INFANTERIE FRANÇAISE . 7
devint l'équivalent d'homme libre . L'ensemble des
citoyens étant avant tout militaire , il en résulta que
l'administration du pays revêtit la forme d'un gouver-
nement militaire , tempéré seulement par l'autorité des
évêques alors très-respectée. Au sommet de la hiérar-
chie était le roi , dont le pouvoir était absolu , sinon en
droit, du moins de fait . Au-dessous de lui paraissaient
les ducs , duces , chargés du commandement des pro-
vinces , et généraux en chef , comme l'indique leur
nom , des troupes de leurs gouvernements . Après les ducs
marchaient les comtes , comites , les compagnons du
chef. Les comtes étaient à la tête de l'administration
des cités et de leurs territoires , c'est-à -dire des frac-
tions d'une même province . Ils levaient les hommes
de guerre et les commandaient immédiatement sous
la direction du duc , dont ils étaient ainsi les lieute-
nants généraux .
Venaient ensuite les bénéficiers . Ceux - ci étaient des
hommes qui , en récompense de leurs services , avaient
obtenu du roi la jouissance viagère d'un domaine ou
d'un office Après les bénéficiers, véritables officiers
particuliers de l'armée , paraissaient les simples milites .
Dans ces deux derniers ordres , les plus riches, ceux qui
avaient les moyens d'entretenir un cheval, formaient
la cavalerie . Les autres servaient à pied .
Enfin , au dernier degré de l'échelle des hommes li-
bres , les affranchis , tous gens de métier , exerçaient à
l'armée les diverses professions mécaniques dont la
8 HISTOIRE
science militaire de cette époque pouvait exiger l'em-
ploi .
Cette organisation militaire , qui atteignit tout son
développement sous Charlemagne , était belle et libérale ,
puisque chaque citoyen y contribuait à la défense de
la patrie en raison de sa fortune, et que chacun , avec
du mérite et de beaux services, pouvait arriver aux
hauts emplois . En effet, l'affranchi pouvait devenir
miles , le milés bénéficier , et le bénéficier comte et duc .
La féodalité anéantit tout cela .
Nous n'avons point ici à nous occuper de savoir si
la féodalité fut , oui ou non , une forme de gouvernement
transitoire nécessaire au développement de la nationa-
lité française . L'essentiel dans ce tableau est de bien
déterminer l'influence de ce régime sur les institutions
militaires .
Dans les temps qui précédèrent la mort de Charle-
magne , les offices et les bénéfices concédés aux
hommes qui avaient bien servi l'Etat n'étaient point
héréditaires , et cette circonstance maintenait l'égalité
entre tous les hommes libres, en s'opposant à la réunion
de plusieurs bénéfices sur une même tête et en conser-
vant à chacun la faculté d'arriver à l'état privilégié de
bénéficier . Mais sous les tristes successeurs de Charle-
magne , les ducs, les comtes , tous les hauts fonction-
naires profitèrent habilement de l'affaiblissement de
l'autorité royale . Aidés dans leurs ambitieux projets par
les sanglantes discordes qui divisaient les princes de
la famille carlovingienne, ils se rendirent peu à peu
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 9
inamovibles dans les provinces , les comtés et les dis-
tricts dont le gouvernement leur était confié. Sous pré-
texte de garder les terres du roi et de protéger leurs
administrés contre les incursions des Normands , ils
couvrirent de châteaux forts tous les points culminants
du territoire , et du haut de leurs tours ils arrachèrent
au monarque des chartes d'hérédité . De ces concessions
résulta pour la France une forme nouvelle de gouverne-
ment, la féodalité, dont l'esprit fut pendant sept siècles
contraire au développement de l'infanterie .
Lorsque les ducs , comtes et autres officiers , qui oc-
cupaient les hauts emplois au milieu du neuvième
siècle, furent ainsi parvenus à se faire déclarer hérédi-
taires, ils ne tardèrent point à se rendre presque com-
plétement indépendants du pouvoir royal . Une multi-
tude de circonstances vint les servir dans l'exécution
de leurs projets . C'étaient la faiblesse du prince , l'avi-
dité naissante du clergé, l'ambition des simples bénéfi-
ciers , l'ignorance de la masse du peuple , le mécontente-
ment de plusieurs provinces à la suite des démembrements
de l'empire de Charlemagne, et par-dessus tout l'extrême
misère des pays ruinés par les guerres et par les courses
des pirates du Nord .
Investis au nom du roi d'un pouvoir presque sans
bornes dans l'étendue de leurs duchés ou comtés , ras-
surés contre les retours de la fortune par l'hérédité de
leurs charges et par la solidité de leurs donjons , les
grands seigneurs féodaux se rendirent les maîtres
absolus de leurs provinces . Les bénéficiers, à leur tour,
40 HISTOIRE
se trouvant à la merci des comtes , et immédiatement
sous leur main , tandis que la protection royale devenait
de plus en plus faible et incertaine ; désireux aussi de
transformer leur fortune viagère en possession hérédi-
taire , se firent les complaisants des hauts barons (1 )
et les complices de leur despotisme. Ils en obtinrent
ainsi des titres d'hérédité, sous condition de ne point
reconnaître d'autre autorité immédiate que la leur .
Ceux que leur loyauté éloignait de pareilles transac-
tions , furent violemment dépouillés , et leurs bénéfices
transportés à d'autres .
En résumé, au bout de peu de temps , toute la terre
de France se trouva partagée entre un petit nombre de
familles , et la masse des hommes libres, tous ceux
surtout qui n'habitaient point les grandes cités , se virent
obligés , pour ne pas mourir de faim , de suivre le torrent,
de se mettre à la merci des propriétaires du sol , d'alié-
ner ce qu'ils avaient de plus précieux , la liberté . Les
seigneurs leur donnèrent donc à bail , mais sous les
conditions les plus onéreuses , quelques lambeaux de
champs à cultiver. Les esclaves , au contraire , gagnè-
(1) Le mot bar ou ber avait dans les idiomes teutoniques le même
sens que le vir des Latins, que le άvnp des Grecs . Il signifiait essen-
tiellement homme, par opposition à femina . Dans les temps féodaux ,
la valeur de ce mot se restreignit peu à peu et fut réservée pour
désigner les hommes distingués d'abord , puis seulement les hommes
de race noble, et enfin parmi ceux-ci les plus éminents.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 11
rent à cette révolution car , d'esclaves meubles , ils
passèrent à l'état de serfs attachés au sol .
Quelques grandes villes , assez puissantes pour se
faire respecter, échappèrent seules à cette soumission
générale .
Voici ce qui résulta de cette transformation . Au haut
de l'édifice social , il y avait un roi , ne possédant rien
ou presque rien en propre, n'ayant aucune action di-
1 recte sur le dernier de ses sujets ; par conséquent
impuissant près de lui un petit nombre de grands
vassaux, maîtres des provinces, reconnaissant le roi
pour suzerain , l'entourant d'hommages, mais ne lui
obéissant qu'autant que cela leur convenait ; puis trois
ou quatre mille familles de nobles , arrière-vassaux de
la couronne , mais d'abord vassaux des ducs et des
comtes , relevant d'eux seuls et leur rendant hommage
pour leurs terres ; enfin sur le dernier plan, la masse
des petits vassaux, colons et serfs , relevant chacun de
leurs seigneurs particuliers , ne possédant que par eux ,
enlacés dans un dédale de droits , de redevances , de
devoirs , de gênes , tout à fait inextricable , et comp-
tés les uns pour peu de chose , et les autres pour
rien .
Dans une société ainsi organisée , où l'on voyait d'une
part une minorité opulente et dominatrice , et de l'autre
une multitude dépouillée et opprimée, il devait inévi–
tablement arriver ceci : c'est que la noblesse allait se
croire d'une autre race que les vilains ; c'est qu'elle
12 HISTOIRE
allait accaparer le métier des armes , le seul où selon
l'esprit du temps il y eût de la gloire à acquérir ; c'est
qu'elle allait paraître sur les champs de bataille avec
de nouveaux moyens que par sa fortune elle pouvait
seule se procurer , et qui devaient pour longtemps
asseoir dans l'esprit des peuples le préjugé de sa su-
périorité.
C'est alors , en effet , qu'on vit les barons commen-
cer à se couvrir d'impénétrables armures , et se préci–
piter dans la mêlée , montés sur de puissants destriers
bardés de fer ; écrasant sous les pieds de leurs che-
vaux , démembrant avec leurs larges épées , assommant
à coups redoublés de masses d'armes les infortunés
piétons , arrachés quelques jours auparavant à la char-
rue et traînés sur le théâtre du carnage dans le simple
appareil des champs et avec des armes impuissantes ,
seulement pour faire nombre et , ce semble, pour servir
de but aux prouesses des chevaliers . Bientôt , tous les
hommes à qui était échu en partage un lambeau du
territoire de l'ancienne Gaule , imitèrent les grands
vassaux , et la portion privilégiée de la nation ne com-
battit plus qu'à cheval.
Le service à pied , abandonné aux vilains , était donc
condamné à disparaître . A l'avénement de la troisième
race, il n'y avait, pour ainsi dire, plus de soldats à pied ,
puisque , d'après les ordonnances des rois, les fiefs
n'étaient point obligés d'en fournir. Les armées se com-
posaient presque exclusivement de gens d'armes , armés
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 13
de pied en cap, c'est-à-dire de cavalerie . Les va-
lets (1 ) des gens d'armes constituaient seuls une espèce
d'infanterie . Serfs pour la plupart, à peine armés et
chargés du bagage de leurs seigneurs , ces malheureux
n'étaient comptés pour rien et servaient tout au plus à
relever leurs maîtres quand ils étaient renversés dans
la mêlée , ou à achever les ennemis qu'ils avaient
abattus .
C'est là pourtant qu'il faut voir l'origine de notre re-
doutable infanterie moderne , c'est là ce qui lui a valu
un nom qu'elle a su énergiquement ennoblir .
La plupart des mots qui composent notre vocabulaire
militaire nous sont venus de l'Italie , qui rentra avant
nous dans les voies de la civilisation . Dans l'organisa-
tion patriarcale des familles féodales, tout ce qui com-
posait l'entourage habituel du seigneur, après ses pa-
rents et ses officiers gentilshommes , tous ceux qui à
l'heure du repas venaient s'asseoir au bas de la longue
table du maître , clients , serviteurs , domestiques , étaient
appelés dans les pays de langue romane du nom defanti.
C'était ce même entourage qui suivait le baron à la
guerre , et qui combattait à pied près de lui . De ce mot
fante, que les Italiens ont conservé pour désigner le sol-
dat à pied, ils ont aussi faitfanteria etfantaccino , que
les Français adoptèrent au xvIe siècle sous les formes
(1) Valet signifie proprement petit vassal . De vassallus , on a fait
vassalletus, d'où vassalet, vaslet , valet.
14 HISTOIRE
infanterie ( 1 ) et fantassin (2) . Cette origine du mot in-
fanterie, la seule admissible, se trouve justifiée par les
différents noms qu'ont portés au moyen âge les hommes
qui combattaient à pied , tels que ceux d'ingénus , d'af-
franchis , de clients , de satellites , de sirvientes , de la-
quais , d'estaffiers , etc. , noms qui rentrent tous dans le
sens général qu'emporte le mot fante (3).
(1) On ne se servit d'abord en France que du mot fanterie qui
parut vers 1550. Carloix, la Popelinière l'écrivent ainsi. Ce ne fut
qu'à partir du temps de Henri III que la forme dérivée infanterie
commença à prévaloir.
(2) Il est assez original que le mot fantassin ait la même source,
ou plutôt soit le même mot, que celui qui sert à désigner ces petits
bons -hommes à ressort, ces marionnettes, ces fantochini, les délices
de nos jeunes soldats . Fantaccino, fantoccino, fantochino sont tous
des diminutifs de fante.
(3) Les ingénus, les affranchis, les clients étaient chez nous ce
qu'ils avaient été à Rome. Les satellites étaient des gardes du corps
qui n'abandonnaient jamais le seigneur, et exécutaient ses comman-
dements. Les sirvientes, ou servants d'armes, entretenaient et por-
taient les armes du baron . Cet emploi devint par la suite important,
et c'est de là, dit-on , que vient sergent . Les laquais, ou plutôt las-
quets, étaient, dans les provinces où dominait l'élément germanique,
des serfs distraits de la culture pour être attachés au service person-
nel du seigneur. Ce mot se trouve dans Monstrelet pour désigner des
soldats à pied. Lasquet est évidemment le même mot que lansquenet
employé plus tard pour désigner l'homme de pied allemand . On sait
que lansquenet n'est qu'une corruption du mot composé Lands-
Knecht, qui signifie littéralement serf de la terre. Estaffier vient de
l'italien staffiere, formé lui-même du mot staffa, étrier. L'estaffier
était le valet qui tenait l'étrier à son maître, et qui au besoin lui en
servait pour monter à cheval.
Il n'est pas indifférent de remarquer, comme confirmation de la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 15
Nous allons voir comment cette méprisable infanterie ,
cette domesticité armée , s'est élevée avec lenteur à la
haute position qu'elle occupe aujourd'hui , comment elle
est devenue la reine des batailles.
valeur primitive que nous assignons au mot fantassin, que jusqu'au
milieu du xviie siècle les soldats des régiments de cavalerie étaient
appelés maîtres. C'était évidemment un souvenir des temps chevale-
resques.
16 HISTOIRE
CHAPITRE II.
Milices des communes. Corporations d'arbalêtriers et d'archers. Mi-
lices féodales. Roultiers . Service à pied au XIIIe siècle. Influence des
croisades sur le service à pied . Grands-maîtres des arbalêtriers.
A l'époque de la révolution féodale , les villes les plus
considérables , et surtout celles où s'étaient le mieux
conservées les traditions des cités romaines , surent
garder une sorte d'indépendance ; elles n'avaient point
plié sous le joug des barons . Elles avaient puisé cette
force de résistance dans l'importance de leurs popula-
tions , dans un sentiment plus éclairé de leurs droits, et
aussi , il faut le dire , dans la solidité des murailles dont
elles avaient commencé à s'entourer pendant les incur-
sions des Normands . Mais , si ces villes avaient conservé
leur liberté dans l'intérieur de leurs murs, il n'en était
pas de même dans leurs relations avec l'extérieur . Ne
pouvant vivre que par le négoce , elles se voyaient blo-
quées rigoureusement par les barons , qui multipliaient
les péages et les vexations sur les pas de leurs mar-
chands et venaient fréquemment rançonner leurs fau-
bourgs.
Cependant, grâce à l'inertie du reste de la nation , et
au commerce qui s'était concentré tout entier dans leurs
mains , les bourgeois s'enrichissaient , prospéraient et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 17
jetaient de temps en temps un regard vers cette royauté
impuissante , qui , elle aussi , avait de longues humi-
liations à venger . Le xir° siècle vit poindre l'aurore de
la réaction .
Aux rois sans héritage de la race carlovingienne
avait succédé une nouvelle dynastie , dont le chef Hu-
gues-Capet, à son avénement à la couronne en 987 , se
trouvait par ses propriétés le plus puissant des grands
vassaux . Dès lors l'autorité royale ne fut plus seulement
une suzeraineté illusoire ; elle eut aussi la force en main ,
et, en confondant ses intérêts avec ceux des villes et du
clergé, elle commença cette longue lutte contre la féo-
dalité qui devait aboutir à la monarchie pure . Chacun
des pas de cette révolution devait être marqué par un
progrès pour l'infanterie .
On admet généralement que ce fut le roi Louis VI ,
dit le Gros , qui songea le premier à contracter une al-
liance avec les bourgeois des villes de son royaume .
Sous le règne de son père , le faible Philippe I , l'inso-
lence et les brigandages des gentilshommes avaient dé-
passé toutes les bornes. La réputation que s'était déjà
acquise le jeune Louis lorsqu'il parvint au trône ral-
luma l'espérance dans le cœur des opprimés , et leur
inspira une résolution qui devait être féconde en résul-
tats . Quelques villes se mirent dans la main du roi , et
le roi les érigea en communes . Cet établissement con-
sistait en priviléges, immunités et franchises très-éten-
dus qui constituaient en quelque sorte chaque cité en
république pour son administration intérieure ; mais , en
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, TOM. I. 2
18 HISTOIRE
retour , les communes ne reconnaissaient aucune auto-
rité intermédiaire entre elles et le roi . Elles avaient le
droit de s'armer et d'entretenir pour leur défense des
compagnies exclusivement composées de bourgeois ;
mais, au premier appel du roi , elles devaient mettre
leurs milices en campagne pour son service . Cette ins-
titution des communes et des milices bourgeoises , grâce
aux premières croisades qui apportèrent de grandes
perturbations dans la fortune de la classe noble , s'é-
tendit rapidement de proche en proche . Le roi se trouva
ainsi avoir de solides points d'appui au milieu des terres
des grands vassaux , et l'accroissement de la puissance
du roi faisait la sûreté des populations .
Les milices des communes , composées de citoyens
des villes, bourgeois et artisans , étaient essentiellement
des troupes d'infanterie . Elles ressemblaient à beaucoup
d'égards aux gardes nationales actuelles ; cependant on
peut dire qu'elles avaient quelque chose de plus mi-
litaire. Dans ces temps de désordres et de brigandages ,
où il n'y avait pas de sécurité à trois cents pas des portes
de la cité, où rien n'était plus commun que d'entendre
le sinistre tintement de la cloche d'alarme , où il régnait
d'ailleurs dans toute la population paisible une mer-
veilleuse terreur des barons et de leurs satellites , il
n'eût point suffi d'inscrire sur les contrôles de la milice
tous les hommes en état de porter les armes . Au jour du
danger, plus d'un , sans doute , eût trouvé dans ses af-
faires ou dans l'empressement de son voisin une excuse
suffisante pour ne point se montrer. Les communes ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 19
d'un autre côté , devaient fournir leur contingent pour
les guerres du roi . Ce service , qui exigeait de la part de
ceux qui en étaient chargés d'assez grands sacrifices ,
ne pouvait point être fait sans compensation et indis-
tinctement par tout le monde. On reconnut dès lors que
ces milices , pour remplir leur but , devaient être for-
mées , non pas de l'universalité des citoyens , mais d'un
certain nombre de volontaires choisis parmi les plus
forts et les plus hardis, et retenus sous les armes par
l'attrait de certaines prérogatives municipales . Puis ,
pour établir un lien, une sorte de point d'honneur entre
tous ces courages encore peu éprouvés , on fit jouer un
ressort bien simple, alors tout-puissant sur les imagi-
nations, la religion . Les volontaires furent réunis par pa-
roisse en compagnies , ou plutôt en congrégations reli-
gieuses dont le curé était le véritable chef. Les jours de
combat, le digne pasteur, après une chaleureuse allocu-
tion , se mettait à la tête de ses fidèles avec la bannière
révérée du saint de la paroisse (1 ) confiée à leur valeur ,
(1 ) La France n'avait point alors de symbole national . La chape
bleue de saint Martin de Tours et l'oriflamme pourpre de l'abbaye de
Saint-Denis étaient des bannières ecclésiastiques et non point des en-
seignes nationales . Elles avaient , suivant nous, une signification plus
élevée. Leur présence aux armées était une invocation à la protection
divine, comme l'Arche sainte chez les Hébreux , comme le Palladium
chez les Grecs, comme le Labarum de Constantin, dont l'oriflamme,
qui en reproduisait exactement la forme et la couleur, n'était peut-
être, du reste, qu'une copie remise en usage par Charlemagne devenu
20 HISTOIRE
et tous s'avançaient vers l'ennemi en chantant les
Psaumes . On retrouve là toute la tactique des Vendéens ,
et nos pères ont vu ce que des hommes simples et
croyants peuvent faire avec de tels moyens . Cette pre-
mière institution des milices était un grand progrès . Le
principe de l'aptitude des roturiers à porter les armes ,
pour leur propre défense et pour le service du roi ,
était admis . Le développement de ce principe et le
perfectionnement des milices devaient arriver à leur
tour.
Ce fut sous le règne guerrier de Philippe Auguste que
naquirent ces célèbres corporations d'arbalétriers , dont
il reste encore aujourd'hui des traces dans quelques-
unes des villes du nord de la France. Il est nécessaire
d'insister sur cette création , car c'est là bien certaine-
ment le premier essai d'organisation du service à pied
régulier dans notre pays.
Depuis la première formation des milices sous Louis
le Gros , ces troupes avaient fréquemment figuré dans
les armées , et les hommes qui les composaient avaient
rapporté des camps dans les villes l'habitude des armes.
et de nouvelles idées . On vit bientôt dans quelques
cités , à Paris, à Rouen , à Tournai , des bourgeois se
empereur d'Occident , enfin comme le Carroccio des républiques
italiennes. Le pennon bleu d'azur semé de fleurs de lis d'or du roi
de France n'était qu'une enseigne féodale et l'emblème particulier du
roi, considéré comme seigneur féodal du duché de France.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 214
réunir entre eux pour s'exercer au tir de l'arc et de
l'arbalète . Ce jeu fit aussitôt fureur . Tous les hommes
voulaient en être . Il fallut dès lors une habileté éprou-
vée et justifier d'autres conditions restrictives pour être
admis à faire partie de la confrérie du noble et plai-
santjeu de l'arbalète . L'importance de ces confréries ,
qui s'étaient rapidement multipliées dans les provinces
du Nord , fut bientôt appréciée . Dans chaque ville, les
hommes qui en faisaient partie étaient, sans contredit,
les meilleurs de la milice . On ne devait donc négliger
aucun moyen pour les encourager. Ce fut alors que le
roi leur accorda les priviléges les plus ambitionnés. En
vertu de chartes , qui ne furent pas partout les mêmes ,
mais qui se ressemblaient quant aux points principaux ,
les compagnies d'arbalétriers furent placées sous la pro-
tection du roi ; leurs membres étaient exempts du ser-
vice, du guet, de la taille , des aides ; des droits que l'on
payait sur les denrées , etc. En retour de ces privi-
léges , les arbalétriers devaient le service de guerre , pour
marcher en quelque lieu où il plaisait au roi de les en-
voyer . On conçoit quel dut être le résultat des précieux
avantages concédés aux arbalétriers . Comme le nombre
en était limité dans chaque ville, il y eut une émulation
extraordinaire entre tous les hommes pour se rendre
dignes d'obtenir les places vacantes . L'exercice des
armes devint une des occupations importantes des ci-
tadins, et le roi se trouva assuré d'une pépinière fé-
conde de bons soldats . On sait quelle part glorieuse les
22 HISTOIRE
arbalétriers des communes prirent à la victoire de Bou-
vines le 27 août 1244 (1 ) .
Les conséquences de cette institution ne devaient pas
tourner tout entières au profit du roi et des communes .
En même temps que les habitants des villes adoptaient
des mœurs plus guerrières , ils prenaient aussi des habi-
tudes plus turbulentes. On ne se contenta plus de faire
bonne garde autour de l'enceinte des cités et sur les
routes qui y conduisaient on entreprit des expéditions
contre les barons , et, usant de représailles que l'on de-
vait considérer comme très-légitimes , on porta le ravage
sur toutes les terres qui n'étaient pas sous la protection
immédiate du château féodal . Les arbalétriers excel-
laient dans cette guerre de surprises , où à la faveur de la
nuit et des difficultés du terrain , ils n'avaient rien à re-
douter des grands chevaux des hommes d'armes . Dans
cette situation nouvelle , la noblesse n'avait qu'un moyen
pour remettre quelques chances de son côté, et elle ne le
négligea pas . Elle comprit que tous ces hommes , qui
vivaient dans l'abjection autour d'elle , pouvaient dans
certaines circonstances être bons à quelque chose . Elle
arma ses vassaux et voulut qu'ils devinssent aussi de
bons arbalétriers, de bons archers .
(1) Les communes qui avaient envoyé leurs milices à l'armée de
Philippe Auguste étaient Noyon , Montdidier, Montreuil , Soissons ,
Bruyères , Crépy , Crandeleu , Veley, Corbie , Compiègne , Roye,
Amiens, Beauvais et Arras .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 23
Cette mesure était juste et bonne en soi , puisqu'elle
naissait du droit de légitime défense , et qu'elle impliquait
d'ailleurs la reconnaissance de l'aptitude de tout le monde
au métier des armes . Malheureusement les circons-
tances étaient on ne peut plus défavorables . Ces classes
que l'on émancipait ainsi , de fait , si brusquement, n'é-
taient point prêtes pour une semblable révolution.Démo-
ralisées par le servage , elles ne pouvaient voir dans le
fer qu'on leur mettait en main que la possibilité d'en
abuser dans l'occasion ; et cette occasion se présentait à
l'instant même , provoquante, inespérée . La noblesse
partait en foule pour la Terre -Sainte.
Il ne restait dans ces donjons , si redoutables naguère ,
que des vieillards , des femmes et des enfants . L'initia-
tion trop générale au maniement des armes de la po-
pulation ignorante et misérable du XIIIe siècle allait avoir
les plus funestes conséquences pour le pays et retar-
der pour longtemps encore la réhabilitation de l'infan-
terie .
Pendant que le roi et ses barons , laissant derrière
eux ces serfs à qui ils venaient, sans leur accorder la
liberté , de révéler le terrible secret qui sépare l'homme
libre de l'esclave, allaient remplir l'Orient du bruit de
leurs merveilleux exploits et porter la chevalerie à son
plus haut point de gloire , l'immense bouleversement
que produisit en Europe la migration de l'élite des po-
pulations , et l'impunité qu'assurait aux bandits et aux
déserteurs de la glèbe l'absence de toute autorité , firent
24 HISTOIRE
naître ces bandes de roultiers ( 1 ) qui , sous le nom de
Brabançons , de Coultereaux, d'Ecorcheurs , de Tard-
venus , désolèrent si longtemps le sol de la France et le
couvrirent de deuil . Qu'y avait-il à faire contre de pa-
reilles calamités qu'on n'avait pas su prévoir? Rien, sans
doute , car Philippe Auguste ne trouva qu'un moyen
d'atténuer les ravages des roultiers , et ce moyen fut
lui-même un grand mal . Dans les guerres qu'il eut à
soutenir contre l'Angleterre il les prit à sa solde , et ce
fatal exemple , suivi par ses successeurs , eut le triple
inconvénient d'encourager le recrutement de ces bandes ,
de retarder l'organisation d'une infanterie régulière , et
d'entretenir le mépris que nourrissait la noblesse pour
le service à pied .
Au XIe siècle l'infanterie des armées se composait
donc : des milices des communes , des petits vassaux de la
couronne et des fiefs et des bandes d'aventuriers . Voyons
quel fut le rôle de chacune de ces trois espèces de
troupes dans les guerres , quelles influences elles eurent.
l'une sur l'autre , quelle fut , en un mot , la figure de
cette infanterie au milieu des circonstances et des pré-
jugés où elle devait se mouvoir.
Quand le roi rassemblait une armée , soit pour une
expédition contre un feudataire rebelle, soit pour une
guerre de frontière , les communes envoyaient au rendez-
(1) En latin ruptuarii, de rumpere, rompre, briser, mettre en
pièces.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 25
vous leurs contingents de milices . Là , les divers contin-
gents étaient réunis pour former un corps compacte
d'arbalètriers et d'archers (1 ) , qui ne se mêlait point
avec les autres troupes à pied , et qui eût pu , dès lors ,
rendre de grands services , si l'impétuosité et la vanité
des hommes d'armes lui eût permis quelquefois de mon-
trer ce qu'il pouvait faire . Mais si le rôle des communes
était presque nul dans les batailles rangées , il n'en était
pas de même dans les marches , dans les retraites , ainsi
que dans l'attaque et la défense des places. Partout où
le chevalier, avec son fougueux coursier, avec sa pe-
sante armure et son courage désordonné, ne trouvait
plus l'occasion de briller , la valeur réfléchie et l'habileté
dans le maniement des armes de jet de l'arbalétrier de-
vaient naturellement reprendre leurs droits .
Ce que nous venons de dire des milices des communes
doit s'appliquer aussi en partie aux troupes féodales .
Elles faisaient assurément la partie la plus nombreuse
de l'infanterie; mais, attachées invariablement aux gens
d'armes, éparpillées sur toute l'étendue de l'armée en
une multitude de petits pelotons qui n'avaient aucun lien
entre eux , médiocrement armées et toujours en prise au
choc des chevaux amis ou ennemis , ces troupes ne pou-
vaient pas avoir la solidité que l'on rencontrait dans
(1) L'usage de l'arbalète était général dans les communes du nord
du royaume. Dans le midi, on se servait presque exclusivement de
l'arc.
26 HISTOIRE
l'occasion parmi les milices des communes . Cependant
on les voit déjà dans les grandes journées engager le
combat en s'avançant sur le front de l'armée pour lan-
cer les flèches qui remplissaient leurs trousses , escar-
moucher sur les ailes , suivre les hommes d'armes à la
charge pour dégager leurs seigneurs compromis et
achever les ennemis, poursuivre la victoire lorsque les
chevaux tués ou harassés contraignaient la chevalerie à
s'arrêter, ou protéger la retraite en disputant le passage
des villages et des défilés .
Quant aux roultiers , leur rôle était tout différent et
bien autrement lucratif. Les milices des communes ser-
vaient le roi par patriotisme et en échange de certains
priviléges ; les vassaux pour l'accomplissement du de-
voir féodal ; les aventuriers n'étaient mus que par l'at-
trait du pillage . Leurs grandes compagnies faisaient
autour de l'armée royale ce qu'on appela plus tard la
petite guerre , c'est-à-dire qu'en retour de la solde payée
à leurs capitaines , elles s'engageaient à ne point rava-
ger le domaine du prince qui les entretenait , et à exer-
cer de préférence leur savoir-faire sur les terres de
l'ennemi .
L'existence aventureuse , indépendante et sensuelle
de ces forbans avec qui la puissance royale était obligée
de traiter, dut paraître bien séduisante aux misérables
serfs de la glèbe . L'exemple contagieux de tant de li-
cences seigneuriales , de tant de bombances inouïes , de
tant de paillardises monstrueuses , couvertes de l'im-
punité la plus complète , était bien fait pour agir sur
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 27
des imaginations brutales et luxurieuses . Aussi voyait-
on, après chaque expédition militaire, ces bandes in-
fernales , au lieu de diminuer , se grossir d'une multi-
tude de déserteurs de l'infanterie féodale . Les bannis
des contrées voisines de la France , tous les hommes qui
avaient perdu dans les voyages de Palestine l'habitude
d'une vie paisible et sédentaire , y affluaient de toutes
parts . Bientôt elles régularisèrent leur organisation , re-
connurent des chefs habiles auxquels elles obéissaient
aveuglément , et se soumirent à une sorte de discipline .
Elles ne perdirent point pour cela leur caractère fé-
roce et impitoyable , et leurs ravages n'en devinrent
que plus redoutables . Il n'y avait alors que la religion
qui pût mettre un frein à de telles atrocités , et l'Eglise
s'était en quelque sorte faite la complice des roultiers .
N'y avait-il point, en effet , indulgence plénière pour
ceux qui prenaient part aux croisades contre les Sar-
rasins ou les Albigeois ? Or , un grand nombre de ces roul-
tiers avaient fait le voyage de Terre-Sainte , et le reste se
promettait bien de gagner l'indulgence avant de mourir .
Au milieu d'une situation aussi violente , la portion
la plus pure de l'infanterie, la milice des communes ,
disparut peu à peu des armées pour se renfermer dans
les villes et garantir contre les ravages des grandes
compagnies leurs familles et leurs fortunes . Il ne resta
donc plus pour le service à pied que les troupes féo-
dales de plus en plus démoralisées , et les aventuriers
qui tendaient de plus en plus à les absorber dans leurs
bandes, sur lesquelles nous aurons à revenir .
28 HISTOIRE
Pendant que les croisades produisaient des effets si
funestes au développement de l'infanterie , elles agis-
saient en sens inverse à l'égard de la cavalerie . Il est
d'abord incontestable que les dépenses excessives aux-
quelles furent entraînés les seigneurs pour payer les
frais de leur pieuse entreprise , ont été la cause de l'a-
liénation d'une grande partie de leurs fiefs , et par con-
séquent de l'élévation à l'état de propriétaires ou de
nobles d'un nombre assez considérable de nouvelles fa-
milles . De là une augmentation très-sensible des gens
d'armes , des hommes devant au suzerain le service à
cheval . D'un autre côté, le long contact de l'élite des
nations européennes avec les populations alors plus
éclairées de l'Orient eut une influence prodigieuse sur
les mœurs de la noblesse . Les merveilles de la splendide
et savante Constantinople , la bravoure indomptable ,
la foi inviolable , et la généreuse hospitalité des Arabes,
les fêtes guerrières , la politesse exquise et la chevale-
resque galanterie des Maures d'Espagne durent im-
pressionner vivement les imaginations naïves de nos
preux . Leur esprit inculte, mais naturellement tourné
vers le beau, dut saisir avec avidité cette lumière qui
jaillissait avec profusion sous leurs pas. Ils s'appro-
prièrent ces secrets de la science , ces raffinements de
la vie sociale , toutes ces vertus d'une civilisation avan-
cée . Ils revinrent donc meilleurs des croisades . Ils en
rapportèrent la véritable chevalerie ( 1 ) . Ainsi , pendant
(1) Les croisades, en mettant en contact les races diverses de l'Eu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 29
que la portion de la nation à laquelle était dévolu le
service à pied, s'enfonçait de plus en plus dans la dé-
rope, en excitant entre elles une rivalité de gloire et d'intérêts , firent
naître la première idée des distinctions nationales . En 1095 , à la
voix de Pierre l'Ermite, la chrétienté se lève en armes pour marcher
à la délivrance des saints lieux . Chaque guerrier, en témoignage du
vœu qu'il prononce, attache une croix d'étoffe sur sa poitrine. L'élo-
quence d'un pauvre moine venait de fonder la nationalité chrétienne
en présence de la nationalité musulmane , d'opposer la croix au crois-
sant. La croix de Pierre l'Ermite , telle est l'origine et la partie es-
sentielle des premières armoiries de toutes les nations de l'Europe .
Variable dans sa forme, dans sa couleur, et dans la couleur du fonds
sur lequel elle est posée, on la trouve dans les enseignes de tous les
peuples chrétiens qui , du XIIIe au XVe siècle, commencèrent à sortir
du chaos du régime féodal pour se constituer sur le principe de l'u-
nité. Dans la première ferveur des croisades, la croix était pour tout
le monde droite et d'étoffe rouge, cousue ordinairement sur une
cotte d'armes blanche . Plus tard, lorsque des intérêts mondains vin-
rent se mêler à la pensée religieuse de l'entreprise, et exciter les rivalités
des croisés des divers pays, chaque faction , pour se reconnaître, modifia
à son gré le signe général . La France , qui jouait incontestablement
le premier rôle dans ces pieuses guerres, était pour cela même l'objet
particulier des jalousies des autres nations. C'est à la suprématie
réelle qu'elle exerçait qu'il fallait échapper, au moins en apparence :
on ne pouvait contester aux fils aînés de l'Eglise le droit de porter le
véritable signe des croisades, la croix droite rouge ; on en adopta donc
d'autres . Les plus empressés à se distinguer ainsi furent précisément
les nations soumises à la suzeraineté féodale de la France. L'Angle-
terre prit la croix blanche ; la Bretagne adopta la croix noire ; la
Bourgogne conserva la croix rouge, mais elle changea sa forme et
inventa la croix connue depuis sous le nom de croix de Bourgogne
ou de Saint-André.
Cependant, le voyage de Terre-Sainte est pendant longtemps la
préoccupation unique des peuples de l'Occident ; la croisade est per-
30 HISTOIRE
considération ; celle qui composait la cavalerie rehaus-
sait encore sa position , en ajoutant à ses avantages
manente, et la croix, diversement modifiée , qui dans le principe
n'était que le signe de la lutte de la chrétienté contre l'islamisme,
acquiert peu à peu une signification nouvelle . Ses différentes formes
ne servent plus exclusivement à distinguer , dans les champs de la
Palestine, les divers bataillons de l'armée du Christ ; elles deviennent
les symboles avoués des nations dans leurs relations générales, dans
leur vie politique. C'est ainsi que la croix rouge devint pour un
temps l'emblème caractéristique des guerriers de la France.
Mais à une époque aussi essentiellement mobile que l'était le moyen
âge, où les intérêts les plus sérieux des Etats reposaient sur les
bases si fragiles de la suzeraineté et de l'hommage, de manière à
les faire dépendre à chaque instant de la modération du suzerain
et de l'ambition du vassal , à une époque qui ne fut qu'une longue
révolution, il ne pouvait point y avoir de stabilité pour des signes
que ne recommandaient point d'ailleurs d'antiques traditions.
Aussi, au temps de Philippe Auguste, voit on la croix rouge
disparaître un moment pour faire place à la croix blanche . Il
serait impossible d'assigner la cause certaine d'un pareil changement,
et si l'on ne partage point cette opinion sans preuves que l'adoption
du blanc a dû tenir à ce que les Français, vers ce temps-là , tour-
nèrent vers la sainte Vierge leur dévotion particulière, on ne peut
que hasarder d'autres hypothèses et réunir les faits propres à les ap-
puyer. C'est ce que nous faisons .
Le règne de Philippe Auguste marque le moment où la chevalerie
arrivait à son plus haut point de splendeur, celui où ses statuts
étaient observés avec le plus d'exactitude. Or, la partie essentielle du
costume d'un chevalier, celle qui était le signe de sa dignité (Lacurne
de Sainte-Palaye) , c'était en cérémonie le manteau , et dans les combats
la cotte d'armes. L'un et l'autre de ces vêtements devaient être d'écar-
late, la couleur noble par excellence, la couleur interdite aux vilains.
Il n'est point impossible que cette circonstance ait déterminé le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 31
naturels les vertus qui en légitiment la possession.
Ainsi s'approfondissait de jour en jour l'obstacle qui
changement de la couleur de la croix dans le pays de la chevalerie.
D'un autre côté , l'on sait que les emblèmes de couleur blanche
ont toujours été des marques d'autorité , de suprématie. Autrefois ,
comme aujourd'hui , un coursier blanc , une écharpe , une plume
blanche indiquaient le commandement, caractérisaient l'autorité su-
périeure . Il se peut que , dans la croisade de 1190 , entreprise en
commun par Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion, et pendant
laquelle ils furent loin d'être toujours d'accord , le roi de France, su-
zerain jaloux du roi d'Angleterre, n'ait pas voulu laisser à son am-
bitieux et entreprenant vassal la satisfaction de porter seul la croix
blanche.
Quoi qu'il en soit, depuis le temps de Philippe Auguste, la croix
blanche partage avec la croix rouge le privilége de symboliser les
armes françaises. Jusqu'au XVe siècle, elles se succèdent ou règnent
simultanément sans qu'on puisse der les motifs d'une si singu-
lière alternative , qu'on peut suppper cependant avoir tenu à des
détails perdus pour nous de la rivalité des couronnes de France et
d'Angleterre.
Charles VI , tiraillé entre le parti des Armagnacs et celui des Bourgui-
gnons et pressé de toutes parts par les Anglais, fit porter à ses troupes
tantôt la croix rouge , tantôt la croix blanche , jusqu'à ce qu'enfin ,
après la mort de cet infortuné prince, Henri VI d'Angleterre eût été
proclamé roi de France à Saint-Denis. Le nouveau souverain mit
alors l'une sur l'autre , dans son orgueilleux quartier, les croix
droites blanche et rouge d'Angleterre et de France ; il y ajouta les
croix obliques blanche et rouge des duchés de Guyenne et de Bour-
gogne, et crut ne rien laisser au roi de Bourges. Mais celui -ci avait
pour lui toutes les sympathies de la France et la haine du pays
contre les Anglais . Charles VII releva cette croix blanche que son
rival venait de jeter derrière l'emblème de sa nouvelle et passagère
conquête, et l'encadra dans la bannière d'azur aux fleurs de lis d'or
des ducs de France. Cette nouvelle enseigne qui proclamait d'une
32 HISTOIRE
éloignait les nobles du service de l'infanterie . Ainsi se
justifiait l'immense mépris dont les hommes d'armes
couvraient la piétraille ( 1 ) . Déplorable situation qui
coûta à la France les plus sanglantes défaites, les plus
cruelles humiliations .
manière si expressive l'union du roi et du peuple de France, et autour
de laquelle se serrèrent les braves guerriers qui purgèrent le sol
de la patrie de l'odieuse présence des Anglais, fut le premier et le plus
noble des drapeaux de l'ancienne armée. Connu d'abord sous le
nom de pennon royal , puis sous celui de grand étendard royal , il
devint plus tard le drapeau particulier du premier régiment de
France, du régiment des gardes françaises. Le pavillon d'azur par-
tagé en quatre quartiers par la croix droite blanche servit aussi jus-
qu'au XVIIe siècle à distinguer sur les mers tous les vaisseaux de la
France, et jusqu'au XVIIIe les navires de la marine marchande.
La croix ne se retrouve plus dans les drapeaux de quelques na-
tions modernes . Elle a disparu devant la prépondérance du principe
monarchique qui a fait prévaloir les bannières royales , ou devant des
révolutions populaires qui ont adopté un autre type pour leurs sym-
boles. Ces deux faits se sont manifestés successivement en France.
Les Etats qui ont conservé l'antique signe des croisades dans leurs
enseignes, sont : l'Angleterre, qui réunit toujours depuis Henri VI
les croix droites et obliques, rouges et blanches , superposées dans
un champ bleu ; le Danemark , qui a la croix droite blanche sur
fond rouge ; la Suède, la croix droite jaune sur fond bleu ; la Russie,
la croix de Saint-André, bleue sur fond blanc ; la Sardaigne, la croix
droite rouge renfermée dans une autre croix blanche sur fond
rouge ; l'Oldembourg, la croix droite rouge sur fond bleu. La Grèce
régénéréc a adopté, dans ces dernières années , l'ancien pavillon de la
France, c'est-à-dire la croix droite blanche sur fond bleu .
(1) Ce mot piétraille était un des mille termes de mépris dont se
servaient les gens d'armes pour désigner les hommes de pied . Le mot
piètre est encore employé pour dire un gueux , un misérable.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 33
Sans doute ces funestes conséquences des croisades
sur l'état de l'infanterie ne se manifestèrent point tout
d'un coup ; sans doute les communes fournirent encore
quelquefois à l'armée leurs habiles et fidèles arbalé-
triers ; sans doute il y eut encore dans les rangs des
contingents féodaux , des archers adroits et dévoués ;
mais ces troupes ne formaient plus dans l'ost du roi
qu'une minorité imperceptible et partageaient injuste-
ment le dédain qu'inspirait la masse des hommes de
pied.
Cependant les services que les archers et les arbalé-
triers pouvaient encore rendre furent assez appréciés
par saint Louis pour que ce prince ait jugé utile de
créer la charge de grand maître des arbalétriers ( 1 ) .
(1) La charge de grand maître des arbalétriers , ayant pour une
partie de ses attributions une grande analogie avec celle de colonel
général de l'infanterie créée plus tard, nous donnerons ici , d'après
Daniel, la liste des grands maîtres .
Thibaut de Montléar, sous saint Louis .
Renaud de Rouvray, en 1274.
Jean de Burlas, en 1284.
Jean le Picard , en 1298 .
Pierre de Courtisot , en 1305.
Thibaut, sire de Chépoy, en 1504.
Pierre de Galard, en 110.
Etienne de la Baume, en 1359.
Mathieu de Roye, en 1346.
Robert, sire d'Houdetot, en 1550.
Beaudoin de Lens , en 1559.
Nicolas de Ligne, en 1364.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 3
34 HISTOIRE
Cet officier avait le commandement supérieur de tous
les hommes de pied de l'armée , et prenait rang immé-
diatement après les maréchaux de France . Il avait , en
même temps , la direction des engigneurs , ouvriers ,
pionniers , de tous les hommes enfin chargés des travaux
de guerre , et de l'exécution des machines de jet et de
percussion.
Hugues de Châtillon , sire de Dampierre, en 1564 .
Marc de Grimaut, seigneur d'Antibes , en 1575.
Guichard Dauphin , seigneur de Jaligny, en 1379.
Renaud de Trie, en 1394.
Jean, sire de Bueil , en 1596.
Guichard Dauphin de Jaligny, rétabli en 1399 .
Jean Ier de Hangest, en 1403 .
Jean II de Hangest, en 1407 .
David, sire de Rambures , en 1411 .
Jean de Torsay, en 1415.
Jacques de la Baume, en 1418.
Hugues de Lannoy, seigneur de Santes, en 1421 .
Jean Malet, sire de Graville, en 1425 .
Jean, sire d'Auxi, de 1461 à 1463 .
Aymar de Prie, en 1523.
La charge de grand maître des arbalétriers fut supprimée une
première fois en 1463 par Louis XI . Rétablie soixante ans après, en
1523, lors du rétablissement des francs archers , elle fut définitive-
ment supprimée à la mort d'Aymar de Prie. Elle se trouvait rem-
placée par les charges de colonel général de l'infanterie et de grand
maître de l'artillerie.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 35
CHAPITRE III.
Etat du service à pied au XIVe siècle. Mercenaires étrangers . Grandes
compagnies . XVe siècle. Première institution des francs archers en
1448. Deuxième institution des francs archers en 1469.
Au XIVe siècle la démoralisation des gens de pied était
arrivée à son comble . Déjà Philippe le Bel , engagé dans
de longs démêlés avec les Flamands dont la force con-
sistait principalement en infantèrie , et ayant perdu
toute confiance dans la sienne , avait introduit le funeste
usage de soudoyer des troupes étrangères . Il avait fait ,
à ce sujet, des traités avec le dauphin de Viennois, avec
Jean de Bailleul, roi d'Ecosse , Erik, roi de Norwége , et
Albert , duc d'Autriche . Philippe de Valois en contracta
de pareils avec Henri , palatin du Rhin , et avec Jean ,
roi de Bohême. Il ne faudrait pas croire toutefois que
ces troupes valussent mieux que celles qui existaient
en France , mais on le croyait . En réalité , c'était tou-
jours des aventuriers , c'est-à-dire un ramassis d'hom-
mes fainéants , turbulents , vicieux , dont les princes ,
que nous avons nommés plus haut, étaient bien aises
de se débarrasser , comme fit quelques années plus tard
le sage Charles V, en envoyant les aventuriers français
en Espagne .
36 HISTOIRE
La présence des bandes étrangères dans les rangs de
l'armée n'empêcha point Philippe le Bel de voir l'élite
de ses chevaliers succomber , le 11 juillet 1302 , dans
les plaines de Courtrai sous les flèches des bourgeois de
Bruges et de Gand .
Le successeur de Philippe le Bel , Louis X, entreprit
aussi une expédition contre la Flandre , mais l'infanterie
de l'armée se conduisit si mal que tous les bagages tom-
bèrent au pouvoir de l'ennemi , et que le roi se vit forcé
de la licencier.
Deux ans après , en 1317 , Philippe V fait une tenta-
tive pour réorganiser les milices communales , et il doit
en partie à cette bonne mesure le traité avantageux
qu'il conclut en 1320 avec les Flamands .
Sous Philippe de Valois , la bataille de Cassel , gagnée
le 23 août 1328 par la chevalerie française sur les re-
doutables milices des communes de Flandre , tourne la
tête aux hommes d'armes et achève de les convaincre
de l'inutilité des gens de pied . Ils devaient bientôt, et la
France avec eux , pleurer amèrement cette erreur de
leur vanité .
A Crécy, le 25 août 1346 , on entendit un roi de
France , au moment de charger , crier à ses gens
d'armes : « Or tốt, tuez toute cette ribaudaille , car ils
nous empêchent la voie sans raison . » Propos aussi
insensé qu'atroce ! Les hommes d'armes ne se le firent
pas dire deux fois : mais pendant qu'ils jouaient des
mains contre leur propre infanterie , l'ennemi prenait
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 37
l'avantage et fit subir une cruelle défaite à l'armée fran-
çaise .
Le 19 septembre 1356 , à la bataille de Poitiers ,
50,000 Français , dont 16,000 hommes d'armes , furent
mis dans la plus complète déroute par 8,000 Gascons .
La petite armée du prince Noir était couverte par des
retranchements formidables , et séparée de celle du roi
Jean par un terrain inextricable , coupé de haies , de
ravins et de vignes. Les gentilshommes ne voulurent
pas laisser combattre l'infanterie . Ils s'élancèrent ,
comme si c'eût été en plaine , sur les pentes accidentées
du coteau occupé par l'ennemi . Ils payèrent cher leur
présomption : « Cette fois, ainsi que le dit M. Michelet ,
la noblesse ne se fit pas tuer comme à Courtrai et
à Crécy, elle se laissa prendre.
Crécy, Poitiers ! ces désastres immenses où la cheva-
lerie française se fit écraser sous les armes roturières
des archers anglais et gascons , étaient bien faits pour
rappeler la nécessité d'une bonne infanterie dans les
batailles mais l'orgueil des gentilshommes , qui ne
pouvaient s'accommoder de voir les petits vassaux et
les bourgeois marcher sur la même ligne qu'eux dans
les combats , qui , d'ailleurs , sentaient toute l'impor-
tance qu'eût acquise par là une classe jusqu'alors mé-
prisée , sut encore faire ajourner la réforme du service
à pied . On s'en tint aux bandes étrangères et aux roul-
tiers . Le roi était dans les fers , et pendant l'orageuse
régence du dauphin Charles, il y avait bien d'autres
choses plus pressantes à régler.
38 HISTOIRE
Jamais les brigandages des grandes compagnies n'a-
vaient revêtu un caractère aussi odieux qu'à cette époque
malheureuse. A la faveur du désordre général où se
trouvait le royaume, excitées par les intrigues de Charles
le Mauvais , roi de Navarre, renforcées par l'insurrec-
tion de paysans connue sous le nom de Jacquerie , elles
se livrèrent aux plus effroyables excès . Il fallut rassem-
bler les hommes d'armes pour marcher contre elles .
Le duc Jacques de Bourbon les attaqua à Brignais le
2 avril 1362 ; mais la noblesse devait encore recevoir
cet affront ; Bourbon fut complétement défait et blessé
à mort. La déroute de Brignais ! Ce fut par là que se
termina le règne de Jean II , le roi chevalier !
Après cet exploit mémorable, les roultiers , ne trou-
vant plus rien à ravager en France , passèrent en Italie .
Ils n'y restèrent pas longtemps . Les grandes compa-
gnies reparurent bientôt de ce côté des Alpes . Mais
Charles V venait de saisir d'une main ferme les rênes
de l'Etat. Un de ses premiers soins fut de chercher à dé-
barrasser la France des roultiers . Il les envoya en mars
1366 , sous la conduite du brave du Guesclin , au se-
cours de Henri de Transtamare qui disputait le trône
de Castille à Pierre le Cruel , allié des Anglais . Pour les
décider à franchir les Pyrénées , le roi fut contraint à
leur payer 200,000 florins ; ce qui n'empêcha pas ces
forbans , à leur passage à Avignon , d'exiger du pape,
outre l'absolution générale de tous leurs péchés , une
nouvelle contribution de 100,000 francs d'or . Le prince
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 39
Noir en fit justice . La plupart périrent le 3 avril 1367 à
la bataille de Navarrete .
Ce qui échappa de ces terribles bandes retourna en
Italie , et se mit au service de l'antipape et des villes
de Toscane . C'est là l'origine de ces célèbres condottieri
que nous retrouverons au XVIe siècle .
Les campagnes de la France purent donc respirer
pendant quelques années , mais les nécessités d'un état
de guerre permanent favorisèrent bientôt la formation
de nouvelles bandes . Sous le funeste règne de Charles VI
la confusion fut extrême. D'un bout à l'autre du pays
tout le monde avait les armes à la main . Français et
Anglais , Bourguignons et Armagnacs , bourgeois et
paysans, tous ne semblaient plus avoir qu'une même
pensée infernale , égorger , brûler, violer , détruire . Il n'y
avait plus que des aventuriers . Et cela dura pendant
l'interminable règne de quarante-deux ans de ce pauvre
roi insensé , et vingt-cinq ans encore sous son succes-
seur !
Enfin , quand Charles VII , réveillé par le merveilleux
héroïsme de Jeanne d'Arc , aidé par les vaillantes épées.
des Dunois, des Richemont , des Lahire , eut reconquis
son royaume sur les Anglais , et contraint les grands
vassaux à l'obéissance, instruit par tant de calamités ,
il sut reconnaître qu'un roi ne livre pas impunément
son royaume et l'honneur de sa couronne à la douteuse
fidélité des troupes étrangères et à la brutalité ruineuse
des aventuriers .
On attribue à Charles VII la création de l'armée per-
40 HISTOIRE
manente en France . Nous ne pensons point que les ins-
titutions de ce prince puissent être prises en ce sens , du
moins quant à l'infanterie . Une troupe permanente se
compose , en effet , d'hommes s'occupant exclusivement
de la profession des armes , soit pendant la paix , soit
pendant la guerre , et par conséquent entretenus en tout
temps par l'Etat . Il n'en était pas ainsi desfrancs ar-
chers. Sans doute Charles VII , qui forma à la même
époque les premières compagnies d'ordonnance de la
cavalerie , ne fut retenu à l'égard de l'infanterie que par
des difficultés d'exécution , des embarras financiers et
surtout des préjugés qu'il était alors impossible de vain-
cre ; sans doute il fit tout ce qu'il put ; mais , en réalité ,
la milice des francs archers ne fut qu'un renouvellement
des troupes communales de Louis le Gros , qu'une ex-
tension des confréries d'arbalétriers de Philippe Au-
guste. Nous ne pouvons mieux faire pour démontrer
l'analogie qui existe entre les anciennes milices des com-
munes et les francs archers que de rapporter ici les
principales dispositions de l'ordonnance du 28 avril
1448 .
<< Ordonnons qu'en chacune paroisse de nostre royau-
me y aura un archer qui sera et se tiendra continuelle-
ment en habillement suffisant et convenable de sala-
de (1 ) , dague , espée , jacque (2) ou hucque de brigan-
(1) Casque simple en fer battu .
(2) Espèce de tunique en peau, doublée de plusieurs toiles collées,
quelquefois revêtue de lames de fer.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 41
dine, et seront appelez les francs archers ; lesquels seront
esleus et choisis par nos eslus en chacune eslection , les
plus droits et aisez pour le faict et exercice de l'arc qui
se pourront trouver en chacune paroisse , sans avoir
égard ne faveur à la richesse et aux requestes que l'on
pourroit sur ce faire ; et seront tenus d'eux entretenir
en l'habillement susdit , et de tirer de l'arc et aller en
leur habillement toutes les festes et jours non ouvrables ,
afin qu'ils soient plus habiles et usitez audit faict et
exercice , pour nous servir toutes les fois qu'ils seront
par nous mandez , etc. , et leur ferons payer quatre
francs pour homme pour chaqu'un mois , pour le temps
qu'ils nous serviront .
>> Ordonnons qu'ils et chacun d'eux soient francs et
quittes , et iceux exemptons de toutes tailles et autres
charges quelconques , qui seront sus , par de nous en
nostre royaume , tant de fait et entretenement de nos
gens d'armes , de guet , garde et porte , que de toutes
autres subventions quelconques , excepté du fait des
....
aydes ordonnez pour la guerre , et gabelle du sel ……..
>> Ordonnons qu'ils feront le serment par-devant les-
dits eslus de bien et loyaument nous servir en leur
habillement envers tous et contre tous..... et ne servi-
ront aucun en fait de guerre ne audit habillement sans
nostre ordonnance .
>> Voulons que lesdits francs archers soient par nos
dits esleus enregistrez par noms et surnoms , et les pa-
roisses où ils seront demourans et que de ce sera fait
registre en la cour ,
42 HISTOIRE
» Donné aux Montils- lez-Tours , l'an 1448 , et de
nostre règne le vingt-sixième . »
Ainsi , comme on le voit , c'est toujours l'alliance de
la royauté avec les communes ; le service militaire exigé
temporairement en échange de certains priviléges ; tou-
jours la même défiance de la féodalité , le même détour
pour éviter l'intermédiaire hiérarchique qui séparait le
roi de la masse de ses sujets . Il y a , sans doute , quel-
que chose de plus impérieux dans l'ordonnance de Char-
les VII que dans les concessions de Louis le Gros et de
Philippe Auguste ; mais c'est qu'à l'époque où nous
sommes parvenus l'autorité royale avait déjà fait bien
des progrès ; c'est que les communes presque républi-
caines du XIIe siècle étaient bien déchues ; c'est que la
féodalité avait perdu bien du terrain .
Quoi qu'il en soit, pénétrons plus avant dans cette
institution des francs archers . Examinons comment
elle fut acceptée , quelle fut sa valeur réelle et ce qu'elle
devint .
Il est aisé de comprendre que cette création de Char-
les VII n'ait pas été vue de bon œil par la noblesse . Il
y avait là une atteinte grave portée aux droits féodaux ,
puisque le roi s'arrogeait le pouvoir de disposer des pe-
tits vassaux des fiefs sans recourir à l'intermédiaire
des seigneurs . L'orgueil des hommes d'armes devait
aussi se trouver offensé de voir monter la classe rotu-
rière à une position militaire , qui pouvait la mettre à
même de rendre sans eux d'importants services . Les
souvenirs d'Azincourt , de Crevant , de Verneuil étaient
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 43
encore assez présents à leur pensée pour leur faire en-
trevoir qu'un jour il faudrait partager avec l'infanterie
les bénéfices aussi bien que les dangers de la guerre .
D'ailleurs , les réformes dans lesquelles la royauté com-
mençait seulement à s'engager et qui en laissaient pré-
voir bien d'autres , ne trouvaient-elles point un puissant
auxiliaire dans une invention encore récente , mais dont
l'application commençait à s'étendre ? L'introduction des
armes à feu (1 ) dans les combats , en rendant les périls
(1) Nous ne prétendons point dire ici que l'usage des armes à feu
portatives fût adopté en France vers le milieu du xve siècle. On se
servait déjà de bombardes et autres pièces de gros calibre, mais tout
prouve que les Français, par esprit chevaleresque sans doute, ont été
les derniers à adopter les armes à main , et que l'emploi des arque-
buses n'a commencé à se généraliser que sous François Ier . Cepen-
dant la nouvelle invention ne pouvait être ignorée en 1448 , car on
l'appliquait depuis plus de vingt ans dans un pays voisin . Dès 1420
les Aragonais avaient des armes à feu portatives, comme il résulte
évidemment du passage suivant de Petrus Cirnæus , De rebus cor-
sicis, lib. 111. Il s'agit du siége de Bonifazio en Corse, qui eut lieu
dans les derniers mois de 1420.
« In caveis verò malorum, et turribus navium erant continuè
hostes jacientes tela, quibus item immixtæ erant perforatæ in cannæ
speciem fusilis æneæ manuales bombarda : Sclopetum vocant. Ges-
tatores, armatum hominem, emisså , impellente igni, glande plumbeâ
transfigebant. » Nous traduisons mot à mot : Dans les creux des mâts
(les hunes) et les tours des vaisseaux étaient continuellement des
ennemis lançant des traits , auxquels aussi étaient mêlées des bom-
bardes à main , d'airain fondu , percées en façon de canne : ils les
appellent scopettes . Les tireurs perçaient un homme cuirassé avec
un gland de plomb chassé par l'action du feu.
44 HISTOIRE
égaux pour tous , avait en effet porté un coup mortel
à la chevalerie. Désormais , les fines armures et la dex-
térité dans le maniement de la lance ou de l'épée ne
suffisaient plus, et tout homme qui n'avait pas peur de la
mort pouvait valoir un baron sur le champ de bataille .
On ne saurait trop le répéter, partout où l'on en trouve
l'occasion , l'invention des armes à feu , aussi bien que
celle de l'imprimerie , fut le signal de l'émancipation du
peuple , et leur emploi de plus en plus perfectionné l'a-
gent le plus puissant de la civilisation moderne . La pou-
dre , avec ses effets terribles et aveugles , devait un jour
rétablir l'égalité des conditions et faire prévaloir le cou-
rage moral et réfléchi , le seul vrai courage , sur cette
ardeur aventureuse , sur cet emportement féroce et ani-
mal que certains hommes tiraient de leur tempérament,
de leurs forces physiques , des préjugés de leur éduca-
tion et surtout de la confiance inspirée par la supério–
rité de leurs armes offensives et défensives .
A l'époque où nous sommes arrivés , toutes ces cho-
ses n'apparaissaient encore que dans un avenir lointain ,
mais elles étaient profondément senties par les classes
privilégiées . Aussi ne négligèrent-elles aucun des moyens
qui restaient à leur disposition pour retarder une révo-
lution inévitable , et d'abord pour entraver l'organisa-
tion de l'infanterie . La volonté de Charles VII s'était dé-
clarée , et l'on n'était déjà plus au temps où les vassaux
résistaient ouvertement et avec chance de succès à leur
suzerain : mais on avait encore à sa disposition la res-
source des sourdes menées , des petites tracasseries qui
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 45
pouvaient dégoûter les francs archers , et par-dessus
tout l'arme toujours puissante du ridicule . On va voir
si ces moyens réussirent .
Il faut d'abord en convenir franchement, si l'institu-
tion des francs archers , telle qu'elle découle de l'ordon-
nance du 28 avril 1448 , était plus étendue que celle
des milices des communes , si elle mettait à la disposi-
tion du roi un plus grand nombre d'hommes ; d'un au-
tre côté , elle ne pouvait pas présenter une force compa-
rable à celle des anciennes compagnies d'arbalétriers .
Celles-ci étaient composées de soldats d'une même ville ,
habitués les uns aux autres , reconnaissant des chefs
accoutumés à les commander . Il y avait entre les arba-
létriers une grande émulation pour l'entretien et l'exer-
cice de leurs armes . Tout cela ne pouvait point exister
chez les francs archers . Chez eux point de réunions en
armes , point d'exercice, point d'émulation . Une simple
obligation de tenir en état leur arc et leur habillement ,
et de s'en revêtir les jours de fêtes . Le franc archer ,
surtout celui des paroisses rurales , devait ressembler
beaucoup à certains gardes champêtres de nos jours .
On conçoit toute la difficulté qu'il devait y avoir, lors-
que le roi dressait une armée, à faire sortir tous ces
francs archers de leurs paroisses ; à les rassembler au
lieu du rendez-vous ; à les former en compagnies ; à les
soumettre à une discipline , à un ordre quelconque ; à
trouver des chefs qui voulussent entreprendre de les
commander. Si l'on ajoute à ces difficultés inhérentes à
l'institution même , les vexations de toute nature par
46 HISTOIRE
lesquelles le seigneur atteignait dans son village le pau-
vre franc archer, qui s'était fait étourdiment l'homme
du roi , les mauvais tours que lui jouaient par les routes
les gens d'armes et leurs pages , les avanies qui l'atten-
daient au camp , on pourra se faire une idée exacte de
cette milice des francs archers (1 ).
(1 ) Nous ne pouvons résister au plaisir de placer ici , du moins par
extraits, la très-spirituelle satire attribuée à Villon et intitulée
« Monologue du franc archier de Baignollet, avec son épitaphe . » >
D'après cette pièce précieuse, et à travers l'évidente exagération du
poëte, on se fera une idée plus juste de la milice des francs archers
qu'en lisant tous les raisonnements modernes écrits à ce sujet .
La pièce commence par un discours où le franc archer, satisfait
d'avoir échappé jusqu'à présent aux périls de la guerre, se vante
plaisamment de son courage, de sa prudence et de ses exploits .
Quelqu'un pousse derrière lui le cri de coquerico. Après un premier
moment de surprise bien pardonnable, notre héros conclut d'une
manière très-raisonnable qu'il doit y avoir une basse cour dans le
voisinage, et il se prépare à un combat terrible, qui sera sûrement
couronné par la victoire . Il s'avance intrépidement à travers un champ
de chanvre :
Adonc apperçoit le franc archier ung espoventail de chenevière,
faict en façon d'ung gendarme, croix blanche devant et croix noire
derrière, en la main tenant une arbaleste :
à part . Ha ! le sacrement de l'autel
Je suis affoibli , qu'esse c'y!
à l'espov. Ha! monseigneur, pour Dieu, mercy!
Hault le trait ! qu'aye la vie franche !
Je voy bien à vostre croix blanche,
Que nous sommes tout d'ung parti.
à part. Dont, tous les diables, est-il sorti,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 47
Cependant dans la première ferveur de l'institution
les francs archers rendirent quelques bons services ,
Tout seulet, ainsi effroyé? (avec cet air menaçant ?)
à l'espov. Comment estes-vous devoyé? (de votre compagnie)
Mettez sus, je gage l'amende.
Eh ! pour Dieu, mon amy, desbende
Au hault, ou au loing, ton baston .....
>> Adonc il advise sa croix noire .
à part. Par le sang-bieu, c'est ung Breton !
Et je dy que je suis Françoys !
Il en est faict de toy ceste fois !....
à l'espov. Vous ne savez pas que vous faictes ,
Déà, je suis Breton, si vous l'êtes,
Vive Sainct-Denis, ou Sainct-Yve,
Ne m'en chault qui, mais que je vive.....
à part. Eh! comment il ne cessera
Meshuy de me persécuter,
Et si ne me veult écouter.
à l'espov. En l'honneur de la passion
De Dieu, que j'aye confession,
Car je me sens jà fort malade.
Or, tenez, vela ma salade,
Qui n'est froissée, ne couppée,
Je la vous rens et mon espée,
Et faictes prier Dieu pour moy.....
à part. Tu meurs bien maulgré toy , Pernet,
Voyre maulgré toy et à force,
Puisqu'endurer fault ceste force.
au public. Priez Dieu pour l'âme, s'il vous plaist ,
Du franc archier de Baignollet,
Et m'escripvez , à un paraphe ,
Sur moi ce petit épitaphe :
Cy-gist Pernet le franc archier
Qui cy mourust sans desmarcher, (sans fuir)
48 HISTOIRE
et se comportèrent bien à Formigny le 15 août 1450 ,
et à Castillon le 17 juillet 1453 ; mais après la com-
Car de faire n'eust onc espace ;
Lequel Dieu, par sa saincte grâce,
Mette ès cieux avecques les âmes
Des francs archiers, et des gens d'armes.
Arrière des arbalétriers.
Je les hais tous, ce sont meurdriers.
Je les congnois bien de pieçà : (depuis longtemps)
Et mourut l'an qu'il trépassa.....
Ayant ainsi pourvu à ce dernier soin et l'épouvantail ne lâchant
point sa terrible flèche, le franc archer continue son monologue et
sa confession.
Item , morbieu, je me confesse
Du cinquième, séquentement.
Deffend-il pas expressement
Que nul cy ne soit point meurdrier?
à l'espov. Las ! monseigneur l'arbalestrier,
Gardez-bien ce commandement .
Quant à moy, par mon sacrement,
Meurdre ne fis onc qu'en poulaille…………
Cy laisse tomber à terre l'espoventail cil qui le tient .
Las ! monseigneur , vous estes cheu !
Jésus ! et qui vous a boutė ?..... (poussé)
Cy apperçoit le franc archier , de l'espoventail , que ce n'est pas ung
homme.
Par le corps-bieu ! j'en ay pour une ;
Il n'a pié, ne main , il ne hobe. (bouge)
Par le corps-bieu ! c'est une robe
Plaine de quoy ! Charbieu ! de paille.
Qu'esse-cy, morbieu ! On se raille,
Se cuiday-je, des gens de guerre !
Que la fièvre quartaine serre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 49
plète expulsion des Anglais du sol de la France , ils
retombèrent sous l'influence des vices de leur organi-
Celluy qui vous a mis icy :
Je le feray le plus marry ( repentant)
Par la vertubieu , qu'il fust oncques !
Se mocque- t'on de moy quelconques?
Et ce n'est, j'advoue Sainct-Pierre,
Qu'espoventail de chenevière
Que le vent a cy abattu !
La mort-bieu ! Vous serez battu
Tout au travers de ceste espée ………..
Le brave franc archier passe son épée au travers du corps de
l'ennemi, emporte sa robe comme trophée et entonne un chant de
triomphe.
Le caustique Rabelais s'est plusieurs fois amusé aux dépens des
francs archers . Il nous dépeint Bon Joan , capitaine des francs taupins,
qui, au moment du combat, prend l'ennemi pour le diable et tire ses
heures de sa braguette, afin de l'exorciser.
Voici une chanson que le Duchat a placée dans ses notes sur
Rabelais , et qui est une histoire plaisante et complète du franc
archer :
Un franc taupin un si bel homme estoit ,
Borgne et boiteux, pour mieux prendre visée ;
Et si avoit un fourreau sans espće ;
.Mais il avoit les mulles au talon .
Deriron, vignette sur vignon.
Un franc taupin un arc de frène avoit
Tout vermoulu , sa corde renouée ;
Sa flèche était de papier empennée.
Ferrée au bout d'un argot de chapon.
Deriron.....
Un franc taupin son testament fesoit
Honnestement dedans le presbytère ,
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I.
50 HISTOIRE
sation et des mauvaises plaisanteries des chevaliers .
Une paix de quelques années et la ligue du bien pu-
blic au commencement du règne de Louis XI achevé-
rent leur désorganisation .
Louis XI , ce terrible précurseur de Richelieu et de la
convention , ce roi peu chevaleresque et ami des petites
gens, devait être favorable au développement de l'in-
fanterie . Il n'y manqua point , et c'est à ce politique
consommé et clairvoyant, dont les moyens furent sou-
vent barbares , mais dont toutes les vues furent utiles à
la grandeur de la monarchie française , qu'on doit rap-
porter l'honneur de la création d'une véritable infante-
rie régulière .
Et si laissa sa femme à son vicaire,
Et lui bailla la clef de sa maison.
Deriron.....
Un franc taupin chez un bonhomme estoit,
Pour son dîner avoit de la mourue.
Il luy a dit : Jarnigoy ! je te tue ,
Si tu ne fais de la soupe à l'oignon.
Deriron.....
Un franc taupin de Hainaut revenoit ;
Sa chausse estoit au talon deschirée ;
Et si disoit qu'il venoit de l'armée ;
Mais onc n'avoit donné un horion .
Deriron.....
Un franc taupin en son hostel revint,
Et il trouva sa femme l'accouchée.
Adonc, dit- il, j'ai la billevesée ;
Un an a que ne fus en ma maison.
Deriron, vignette sur vignon.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 51
Il ne réussit point du premier coup . En montant sur le
trône en 1461 , ce prince trouva la noblesse prête à se
soulever contre lui . L'orage éclata en 1465. On com-.
prend que dans cette guerre civile , dite du bien public ,
Louis XI ne rencontra aucune ressource dans les francs
archers . Qui d'entre eux eût osé quitter le clocher de sa
paroisse pour affronter, non plus cette fois les quolibets
des hommes d'armes , mais la pointe de leurs épées ?
Après la bataille de Montlhéry et le désastreux traité de
Conflans , le roi songea d'abord à réorganiser les francs
archers sur de nouvelles bases ; et quoique cette seconde
institution n'ait pas eu de meilleurs résultats que celle de
Charles VII , nous ne devons pas moins en rappeler les
principales dispositions pour montrer toutes les tenta-
tives qui furent faites à l'égard de l'infanterie .
« Et premièrement pour conduire lesdits francs ar-
chiers , a esté ordonné et faict quatre capitaines géné-
rauls, dont les noms s'ensuivent : messire Aymar du
Puysieu, dit Cadorat , chevalier , conseiller et maistre
d'hostel du roy nostre sire , et bailly de Mantes ; Pierre
Aubert , seigneur de la Grange et bailly de Melun ;
messire Ruffec de Balzac , chevalier , sénéchal de Beau-
caire ; messire Pierre Comberel , seigneur de l'Isle . Et il
y aura ung chef par dessus tous lesdits capitaines, le-
quel le roy doit nommer.
» Item . A esté ordonné que on levera par tout ce
royaume seize mille francs archiers.
» Item. Que chacun desdits quatre capitaines aura
pour sa charge quatre mille francs archiers, à prendre
52 HISTOIRE
comme ci -après sera déclaré , où il y aura sept capitaines
qui en conduiront chacun cinq cents , et les autres cinq
cents pour fournir les quatre mille , chacun desdits qua-
tre capitaines (généraux ) en aura cinq cents .
» Item . Et pour lever lesdits seize mille francs ar-
chiers , l'on a desparti le royaume en quatre parties,
pour à chacun desdits quatre capitaines bailler ung quar-
tier comme il s'ensuit :
» Et premièrement , ledit messire Cadorat bailly de
Mantes , pour ce que son bailliage est près de Norman-
die , aura le pays de Normandie , en ce comprins les
terres de monseigneur d'Alençon , le Maine et Mortaing ,
les bailliages de Mantes , Chartres , Estampes et Dour-
dan , les comtés de Dreux , de Dunois et de Blois de çà
Loire ; et les autres terres qui sont par deçà la rivière
de Somme et d'Oise , en ce comprins l'eslection de Beau-
vais et d'Amiens deçà Somme ; la comté d'Eu et le pays
de Vimeu , sans toucher au bailliage de Vermandois . «
>> Item . Ledit Aubert bailly de Melun pour la seconde
desdites quatre parties , aura les quatre bailliages de
Champaigne c'est à sçavoir Chaumont , Vitry , Troyes
et Meaux les bailliages de Vermandois et Senlis
jusqu'à la rivière d'Oyse ; les comtés de Réthel et de
Porcien, de Marle, de Vertus , Brenne , Roussy , Grand-
pré et Joigny. Les duchiez de Valloys , comtés de Beau-
mont et de Soissons ; la prévôté et vicomté de Paris ;
le bailliage de Montargis, comprins les duchiez d'Orléans
et tout Gastinoys ; les bailliages de Melun et de Sens ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 53
avec les pays de Nivernois , Donziois et de Tournonoys ,
Morvant , Puysoys et l'eslection de Langres . «<
>> Item . Ledit messire Pierre Ruffec pour la tierce part
des dites parties , aura le pays de Berry et ce que contient
le bailliage de Chartres et le comté de Blois de là la
rivière de Loire en la Saulongne ; le bailliage de Saint-
Pierre le Monstier , Bourbonnois , Roennois , Forets ,
Beaujolois , Lyonnois , Auvergne hault et bas ; la Mar-
che , Combraille et Rouergue , avec les terres de mon-
seigneur d'Armaignac deçà et delà Garonne , la sénes-
chaussée de Bazas ; les comtez de Comminges , de
Lestrac et de Perdriac . >>
>> Item . Ledit messire Pierre Comberel pour la quarte
partie aura Poitou , Anjou , Touraine , Limosin hault et
bas, Saintonge , Aunys , Angoumois , Peregort, Quercy,
Agénois , Condomois, avec la séneschaussée de Guyenne ,
la séneschaussée des Landes , la comté de Bigorre , les
terres de monseigneur de Foix qu'il tient ès Landes en
Guyenne , et delà la Garonne , Bayonne , et le Bourg. «
>> Item . Lesdits quatre capitaines généraulx jureront
que justement ils asseiront et mettront sus lesdits francs
archiers és lieux et paroisses où ils n'ont point encore
esté assis , sans y commettre fraude . Et avecques ce
ne souffriront que les eslus ny autres quelconques
facent compositions ne appointements qui desrogent ou
préjudicient à l'encontre du roy . Et tout sur peine de
confiscation de leurs terres, offices et biens quelconques .
Et en bailleront chacun desdits quatre capitaines une
cédulle signée de sa main , que monseigneur le chance-
54 HISTOIRE
lier gardera . Et seront messeigneurs les mareschaux
présens à faire ladite cédulle ou obligation .
» Item . A esté ordonné que en chacun quartier y
aura ung lieutenant desdits capitaines : lequel aura
puissance que s'aucun franc archier s'en retourne sans
congié du capitaine général , il le fera pendre par la
gorge et ne sera mené en autre justice que devant ledit
lieutenant. «
>> Item. A esté ordonné que tous les francs archiers
que l'on mettra sus de nouvel , soient habillez de jac-
ques , salades , gantelets , espée , dague et voulge ( 1 ) ,
ou autre batton dont ils se sçauront aider . »
» Item . A pareillement esté ordonné que lesdits qua-
tre capitaines généraulx feront assembler chacun en son
quartier les esleus , baillys , vicomtes et autres officiers ,
ensemble les capitaines particuliers desdits francs ar-
chiers en quatre lieux de leur dit quartier : pour en cha-
cun desdits lieux y en assembler mille , et y faire la
montre (revue) . »
On voit dans le détail qui suit que pour les francs ar-
chers placés sous la charge du maître d'hôtel Cadorat ,
les lieux d'assemblée étaient : Rouen , Beauvais , Saint-
Lô et Chartres : les rendez-vous étaient assignés à Sens ,
Melun , Reims et Troyes pour ceux de Pierre Aubert .
Ils ne sont point fixés pour les deux autres corps .
Les dispositions que l'on vient de lire relativement
Epieu armé d'une lance longue et large. Faux à revers.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 55
à la réorganisation des francs archers sous Louis XI
sont contenues dans un mémoire très-détaillé dont l'au-
teur est cet Aymar de Puysieu , dit Cadorat , bailli de
Mantes , qui eut la charge des francs archers de la pro-
vince de Normandie . Ce mémoire , que le père Daniel
a transcrit tout entier dans son histoire de la milice fran-
çaise , ne paraît pas avoir suffisamment fixé l'attention
de cet écrivain . Il est pourtant d'un grand intérêt.
On y voit , en effet , par les prescriptions minutieuses
où l'on entre sur l'établissement des rôles et sur l'arme-
ment offensif et défensif ( 1 ) , par l'installation dans cha-
(1 ) « Il semble que les francs archers devraient se partager en
quatre armes les uns en voulges , les autres en lances, les autres
archers et les autres arbalétriers .
>> Ceux qui porteraient voulges , les devraient avoir moyennement
larges , et qu'ils eussent un peu de ventre , avec bonne tranche et
bon estoc. Lesdits guisarmiers auraient , en outre , salades à visière ,
gantelets, et grandes dagues sans épées.
>> Ceux qui porteraient lances , auraient aussi salades à visière et
gantelets , et de plus une épée moyennement longue , roide et bien
tranchante. Item , que leur lance soit de la longueur des lances de
joûte ; mais de même grosseur partout , excepté qu'elles aient au bas
un peu d'entaillure, et petit arrêt d'un demi- doigt de haut , derrière
l'entaillure, pour leur donner façon . Et faut que le fer soit tranchant
et un peu longuet.
» Les archers auront les salades sans visière ; arcs et trousses et
épées assez longues et roides , qui s'appellent épées bátardes . Et si
veulent porter boucliers , il n'y aura point de mal, et qu'ils aient les
dagues moyennes .
>> Les arbalétriers devraient avoir salades à visière qu'ils pussent
lever assez haut quand ils voudroyent , et que le dessous de la visière
56 HISTOIRE
que quartier d'un officier chargé de la police des francs
archers et muni du pouvoir de pendre par la gorge les
poltrons et les déserteurs , par l'institution de quatre
grandes divisions territoriales et de seize lieux d'assem-
blée , par la création des capitaines permanents chargés
de commander à la guerre et de faire des revues pen-
dant la paix , que l'on avait reconnu quelques-uns des
vices de l'organisation de Charles VII et qu'on avait
cherché à У remédier.
On trouve dans ce mémoire la première idée du
partage de la France en quatre grandes divisions mili-
taires , deux au nord et deux au midi de la Loire , qui ,
jusqu'au dix-huitième siècle , ont servi de bases à tout
notre système offensif et défensif.
Enfin , on y reconnaît que l'idée des légions provin-
ciales appartient bien plus au règne de Louis XI qu'à
celui de François Ier . L'esprit du xvre siècle a voulu
rétablir le grand nom des légions romaines pour une
institution qui n'y ressemblait guère : mais , en réalité ,
entre les francs archers de Louis XI et les légionnaires
ne les arme pas si fort qu'elle couvre la veue , et aussy que le côté
droit n'arrive pas si bas à la joue que le gauche, afin qu'ils puissent
asseoir leur arbrier à leur aise . Item , auront longues épées , et que
la ceinture hausse l'épée par derrière , afin qu'elle ne touche à terre .
Et seront leurs arbalestes de dix carreaux ou environ , et banderont
à quatre poulies ou à deux , s'ils sont bons bandeux. Et auront
trousses empanées et cirées , de dix-huit traits au moins, et n'auront
point de dagues.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 57
de François Ier il n'y a de différence que le nom . On
pourra s'en convaincre plus tard . Il suffit pour le mo-
ment de se rappeler que les nouveaux francs archers
formaient une milice de seize mille hommes , répartis en
quatre corps de quatre mille chacun . Chacun de ces
corps se recrutait dans un quartier du royaume et était
commandé par un capitaine général , qui avait 500
hommes sous sa charge particulière . Sept autres capi-
taines , subordonnés au capitaine général , comman-
daient aussi directement autant de fractions de 500 hom-
mes . Ces officiers répondaient ainsi à peu près aux tri-
buns de la légion romaine .
Certes , c'était là , au point de vue théorique , une ins-
titution remarquable et jusqu'alors sans exemple . Sa
date précise méritait d'être conservée ; heureusement
quelques observations faciles permettent de la fixer dans
des limites très-resserrées .
A la fin de 1648 , Louis XI tombe dans le piége de
Péronne , et pour recouvrer la liberté signe avec Char-
les le Téméraire le fameux traité du 14 octobre , par
lequel le roi de France renonçait à ses possessions si-
tuées au delà de la rivière de Somme . Or nous trouvons
dans l'ordonnance , et très-expressément spécifié , que
les francs archers de messire Cadorat devront être levés
dans les terres qui sont par deçà la rivière de Somme et
d'Oise , en ce comprins l'eslection de Beauvais et d'A-
miens deçà Somme . Cette ordonnance est donc postérieure
au 44 octobre 1468. D'un autre côté , la guerre recom-
mença en 1470 avec le duc de Bourgogne : il est donc
58 HISTOIRE
infiniment probable que le roi passa l'année 1469 à
préparer les moyens de rompre ses engagements de Pé-
ronne. Cette opinion se trouve encore appuyée par ces
deux faits : d'abord que les levées d'hommes ne sont
point indiquées pour le duché de Guyenne que Louis XI
donna le 29 avril 1469 à son frère Charles , mais seu-
lement pour la sénéchaussée de Guyenne ; et en second
lieu que l'ordonnance ne fixait des lieux d'assemblée
que pour les provinces voisines de la Picardie qui allait
être le théâtre des premières hostilités en 1470 , il eût
fallu aussi se mettre en garde contre les comtes de Foix
et d'Armagnac .
La date de la seconde institution des francs archers
est donc, suivant toute probabilité, de l'année 1469 .
Nous avons dit que cette création de Louis XI était
remarquable au point de vue théorique . On y trouve,
en effet , un esprit d'organisation régulière qui n'avait
point de précédent en France . Hiérarchie graduée et
division du commandement, facilité de rassemblement
et de surveillance, règlements administratif et discipli-
naire , sollicitude éclairée pour l'armement et l'équipe-
ment , répartition des soldats en deux espèces , l'une
chargée des armes d'estoc , l'autre des armes de jet,
c'est-à-dire prévision intelligente des services de l'in-
fanterie de bataille et de l'infanterie légère , rien n'y
manque, que des hommes capables de répondre à des
vues si élevées . Mais les francs archers étaient tou-
jours des francs archers , des rustres stupides et terri-
fiés à l'aspect d'un gendarme , des vilains qui ne
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 59
pouvaient perdre de vue le clocher natal , en un mot ,
comme dit Brantôme, «
< ce n'estoit la plupart que ma-
rauts , belîtres , mal armèz , mal complexionnèz ,
fainéants, pilleurs et mangeurs de peuple (1 ) . »
Louis XI n'en put tirer qu'un très-faible parti pendant
ses guerres contre les ducs de Bretagne et de Bourgogne ;
enfin, le petit nombre de francs archers qui suivait les
drapeaux , commandé par des officiers sans réputation
et abandonné par la cavalerie qui s'acharnait contre les
hommes d'armes bourguignons , fut anéanti le 7 août
1479, à la bataille de Guinegatte , sous les piques de
l'infanterie flamande .
Le roi ne chercha point à les rétablir. Depuis long-
temps il songeait à autre chose.
Avant d'entrer dans le récit de l'institution de
Louis XI , finissons-en avec les hommes de pied du
moyen âge en rappelant les divers noms et sobriquets
que leur avait valu le mépris des gendarmes . Nous
avons déjà dit l'origine des noms de fantassin , de la-
(1) Avant que le roy Louis onzième prist des estrangers à sa solde ,
les gens de pied de quoy on se servoit aux guerres, estoient peu de
cas, et les appeloit - on , francs archers ou francs taupins . Depuis on a
veu comme par l'exercitation ils se sont façonnés ; de sorte que si
on représentoit un de ces anciens francs taupins équipés comme ils
estoient lors, en présence de ces vieux et braves régiments de notre
infanterie moderne, qui est celuy d'eux , s'il n'avoit la mort entre les
dents, qui se peust garder de rire ? Et cependant les uns et les autres
ont esté recueillis en même champ ; la France les ayant tous produits
(Discours militaires de la Noue).
60 HISTOIRE
quais , d'estafier , de routier , de piètre . On appelait en-
core les hommes de pied rustres , péons, ribauds , bidaux ,
pétaux , taupins , piquichins , etc.
Le premier nom n'a pas besoin d'explication ; rustre
et roturier viennent de rusticus . Le second n'avait en
soi rien d'injurieux , puisque c'est la traduction du mot.
pedones, pedites , piétons . Mais la ligne de démarcation
qui existait entre la noblesse et la roture avait fini par lui
donner un sens méprisant . Ce mot péon a conservé cette
valeur en Espagne et surtout dans les colonies espa-
gnoles de l'Amérique du Sud . Le mot ribaud, comme
l'italien ribaldo, signifie proprement un vaurien , un
débauché . Le père Daniel , égaré par le nom d'enfants
perdus sous lequel on désignait les ribauds, en a tout
bonnement fait des grenadiers . C'est bien de l'honneur
aux grenadiers , et ils doivent savoir gré à la compagnie
de Jésus qui leur a trouvé de tels grands-pères . Si l'on
fait attention aux fonctions de leur chef, qui portait
burlesquement à la cour le nom de roi des ribauds , si
l'on remarque que ce personnage était chargé dans Paris.
des attributions les plus scabreuses du préfet de police
actuel , on pensera avec nous que les ribauds étaient,
non point des grenadiers , mais des vauriens attachés à
la fortune des nombreuses filles folles de leurs corps
qui suivaient alors les armées . Nous croyons que bi-
daux était une modification française du vié d'aze des
Gascons . Le sobriquet de pétaux rappelle évidemment
des habitudes grossières et par trop primitives . On dit
encore une pétaudière pour désigner une réunion où
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 64
chacun fait ce qu'il veut , sans égard pour ses voisins .
Le mot taupin ou franc taupin était le surnom des
francs archers , qu'on voyait , comme les taupes , sortir
de toutes parts de leurs trous pour aller en guerre , mais
qui se dépêchaient d'y rentrer au moindre bruit. Il est
permis de penser aussi qu'il y a quelque relation entre
ce sobriquet des francs archers et le nom de taupin attri-
bué à ce petit coléoptère à ressort , qui fait le mort avec
une si remarquable persévérance à l'aspect du moindre
danger, et qui , lorsqu'il croit ne plus être observé ,
s'échappe par un bond si prodigieux des mains de l'en-
nemi . Reste le nom de piquichins . En espagnol , pe-
queno signifie quelque chose de petit, de bas . Piqui-
chin ou piquinichin (on trouve les deux), serait alors.
un diminutif de pequeno, comme fantaccino est un di-
minutif defante. Le mot espagnol et le mot italien ont
le même sens . Il s'en est donc fallu de bien peu que
quelque terme comme péquinerie ne fut adopté au lieu
du mot infanterie .
62 HISTOIRE
CHAPITRE IV.
Infanterie suisse . Première capitulation avec les cantons . Création
des bandes françaises permanentes, dites de Picardie. Etat du ser-
vice à pied au commencement du XVIe siècle . Création des bandes
permanentes de Piémont.
Vers l'époque à laquelle nous sommes arrivés, il se
jouait aux portes de la France un drame inouï , prodi-
gieux dans son développement, et dont le dénoúment
frappa tous les esprits de stupeur. Un petit peuple ,
presque ignoré jusqu'alors , vivant démocratiquement au
milieu de ses montagnes , osait seul affronter le courroux
de Charles le Téméraire, le plus puissant prince qu'il y
eût alors en Europe, et en moins d'un an, 1476-1477,
Charles était battu à Granson , ruiné à Morat, et tué mi-
sérablement à Nancy . Louis XI , seul au monde peut-
être, quoique l'événement dépassât toutes ses espérances ,
avait pressenti un résultat aussi étrange . C'était lui qui
avait ménagé cette brouille entre les Suisses et le duc
de Bourgogne ; c'était lui qui avait encouragé les Suisses
à la résistance en leur prêtant son appui moral ; c'était
aussi lui qui devait recueillir les plus beaux fruits de
leur victoire .
C'est que Louis XI connaissait les Suisses . Etant en-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 63
core dauphin, il les avait vus de près le 26 août 1444,
à la bataille de Saint-Jacques . Il avait vu là douze
cents bourgeois ou paysans, renouvelant le prodige des
Thermopyles , affronter sans regarder en arrière une
armée de cinquante mille hommes aguerris . Onze cent
quatre-vingt-dix moururent ; mais avant de mordre la
poussière, ils avaient tué onze cents chevaliers et huit
mille fantassins . Ce spectacle si grandiose avait fait une
profonde impression sur l'esprit de Louis , naturellement
porté à se défier de la noblesse et à chercher ses points
d'appui dans les masses . On a vu les tentatives qu'il
avait faites pour créer en France une infanterie solide .
Les résultats de son ordonnance n'ayant point répondu
à son attente, il licencia vers la fin de 1479 ce qui
restait des francs archers et conçut un nouveau projet
où les Suisses devaient jouer le rôle de compères . On
sait que c'est là le nom que Louis XI donnait à ses bons
amis des ligues suisses .
On était alors en 1480. Des trêves venaient d'être
signées avec le roi d'Angleterre, avec le duc de Bre-
tagne et avec Maximilien qui avait épousé l'héritière
des ducs de Bourgogne . Le moment était favorable .
Louis XI rassemble dix mille hommes de pied et deux
mille cinq cents pionniers , les meilleurs que l'on pût
trouver parmi les anciens francs archers et les bandes
d'aventuriers qui avaient servi dans les dernières guer-
res, et les dirige avec quinze cents cavaliers de ses
ordonnances sur le Pont de l'Arche en Normandie .
Pendant ce temps , il traite avec les cantons pour une
64 HISTOIRE
levée de six mille Suisses . Pour cette première capitula-
tion , Zurich fournit mille hommes , Berne aussi mille
hommes , Lucerne huit cents hommes , Uri , Schwitz , Un-
terwalden, Zug et Glaris ensemble deux mille hommes ,
Fribourg et Soleure mille hommes , enfin Bienne cent
cinquante hommes . Ces vigoureux fantassins, comman-
dés par Guillaume de Diesbach , partent de Berne le
mercredi après la Saint-Laurent , au mois d'août 1480 ,
et se rendent au camp du Pont de l'Arche (1 ) .
Le terrible monarque y vint lui-même , fit commen-
cer sous ses yeux les exercices, et les vainqueurs de
Granson , de Morat et de Nancy servirent d'instructeurs
aux Français . Il n'est pas besoin de dire s'il fut obéi : le
grand prévôt Tristan et la potence étaient toujours là .
Les hommes de pied français apprirent enfin les mouve-
ments et les formations usités dans la meilleure , ou
plutôt dans la seule infanterie qu'il y eût alors en Europe ,
à combiner leur tactique avec celle de la cavalerie et de
l'artillerie , et à observer la discipline avec autant
d'exactitude que si l'on eût été en campagne . Au bout
d'un an, les Suisses , royalement payés , furent congé-
diés et retournèrent dans leur pays . Les Français demeu-
rèrent encore deux ans au Pont de l'Arche . Ce ne fut
qu'en 1483 que Louis XI, voyant sa fin approcher et
sentant qu'après sa mort ses redoutables voisins cher-
cheraient à ressaisir les provinces qu'il avait acquises
(1) Histoire militaire des Suisses, par M. de Zurlauben .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 65
à la couronne de France , envoya les nouvelles bandes
françaises occuper les garnisons de la Picardie et de l'Ar-
tois . Voilà pourquoi cette première infanterie régulière
et permanente prit le nom de bandes de Picardie .
Louis XI mourut le 30 août 1483 , et ne put voir les
bons effets de son institution . Lè génie de son successeur
était trop superficiel pour les apercevoir . Les services
des bandes de Picardie furent pourtant immenses sous
Charles VIII et Louis XII , mais ils furent obscurs , et
malheureusement en France on ne loue guère que les
actions brillantes . Les prévisions de Louis XI se trou-
vèrent justifiées. Les provinces du Nord furent attaquées
par Maximilien en 1486, sous la régence d'Anne de
Beaujeu, et jusqu'en 1493 que dura cette guerre, les
braves garnisons de la Picardie firent échouer tous les
efforts de l'ennemi . A partir de l'année suivante, le
théâtre de la guerre est transporté en Italie et les hosti-
lités cessent sur la frontière des Pays-Bas . Nous ne vou-
lons point dire qu'un pareil résultat fut dù uniquement
à la valeur déjà éprouvée des bandes de Picardie, mais
elle a dû y contribuer , et dans tous les cas on ne peut
méconnaître que la bonne et sûre garde que faisait cette
infanterie sur une frontière aussi exposée , a singulière-
ment facilité les brillantes et chevaleresques expéditions
de Naples et de Milan . Ces guerres lointaines et qui en-
gloutirent tant d'hommes et de richesses étaient impos-
sibles, si les places de la Picardie eussent été dégarnies
ou confiées seulement à des miliciens ou des aven-
turiers .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. 1 . 5
66 HISTOIRE
Laissons là pour un temps les bandes de Picardie dans
leur utile obscurité. Portons nos regards vers les Alpes .
Une armée se rassemble à Lyon . Jamais la France n'en
avait fourni une aussi magnifique . A sa tête est un jeune
roi , dont le caractère et les idées sont précisément l'in-
verse du caractère et des idées de son père . Il rêve en
ce moment la conquête du monde ou tout au moins la
reconstruction de l'empire de Charlemagne , et il va
commencer par l'Italie où l'appelle Louis le Maure . Au-
tour de lui se presse toute la noblesse de France, qui
respire enfin à l'aise après vingt ans de terreur . Elle
quitte en foule ces manoirs où l'avait reléguée la sombre
politique de Louis XI . Après tant d'années d'exil impo-
sées par un roi ennemi du faste et du bruit, elle reparaît
plus brillante, plus leste , plus brave , plus dédaigneuse
que jamais. Quelques beaux jours vont encore luire
pour la chevalerie . A côté de ces magnifiques hommes
d'armes à la cuirasse polie , au casque paré de plumes
flottantes, aux riches écharpes de soie , s'avancent fiè-
rement et à rangs serrés huit mille Suisses à qui Charles
a confié la garde de deux cents pièces de canon attelées ,
la plus formidable artillerie qui se fût jamais vue , le
fruit des sages économies du vieux roi . Après ces deux
troupes d'élite, et pour compléter le chiffre de soixante
mille hommes , marche confusément la multitude des
aventuriers français , bretons , provençaux , gascons et
génois , restes impurs des armées demeurées sans occu-
pation depuis le mariage du roi avec Anne de Bretagne
et la réunion des grands fiefs à la couronne . Quelques
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 67
bandes d'archers génois et gascons méritent à peine
d'être distinguées dans cette foule.
Cette armée , précédée de la terreur qu'inspire la
furia francese, va ouvrir par une marche triomphale
jusqu'aux extrémités du royaume de Naples la première
campagne d'une guerre qui occupera les deux premiers
tiers du xvIe siècle . Après de brillants succès dus à l'in-
trépidité de la gendarmerie , elle ne pourra rien con-
server de ses conquêtes à cause de la faiblesse de son
infanterie ; et au retour , alors que les combats, les ma-
ladies et la désertion l'auront réduite à huit mille
hommes , elle ne devra son salut à Fornoue, le 6 juillet
1495 , qu'à l'inébranlable fermeté des fantassins suisses .
Une leçon si frappante demeurera perdue . Pendant douze
ans encore, les chevaliers français iront, sans résultats
possibles , étonner l'Italie des prodiges de leur audace .
Il faudra qu'un jour les Suisses passent avec leurs invin-
cibles piques dans les rangs ennemis, pour faire com-
prendre que l'infanterie est la seule arme indispensable
à la guerre. Enfin , après tant de sang, le plus pur de la
France, répandu inutilement ; après tant d'années pas-
sées sur cette terre d'Italie , arrivée alors à son plus haut
point de splendeur ; après tant de combats soutenus
contre toutes les nations militaires de l'Europe , contre
les Suisses , les maîtres de l'infanterie , contre les Espa-
gnols , contre les Allemands , contre les Italiens , après
tant d'expériences laborieuses, tant de contacts instruc-
tifs , on arrivera à créer les bandes de Piémont sur le
modèle des bandes de Picardie, depuis longtemps ou-
68 HISTOIRE
bliées des Français , mais déjà imitées et perfectionnées
en Allemagne , en Angleterre et en Espagne .
On reconnait bien là le singulier caractère de notre in-
génieuse mais mobile nation . Qu'une idée féconde jail-
lisse du cerveau d'un homme de génie, nous nous en
occupons un instant, non pas à cause des fruits qu'on
en peut tirer, mais parce que c'est du nouveau , de l'im-
prévu nous jouons un instant avec elle comme des
enfants , puis nous la jetons là ; et ce n'est que lorsque
nos voisins l'ont ramassée , qu'ils l'ont façonnée, qu'ils
s'en servent contre nous , que nous comprenons la valeur
de l'invention et que nous réclamons la priorité .
Mais n'anticipons point sur les faits. Arrêtons- nous
un instant sur le seuil de ce grand xvi° siècle qui com-
mence une ère nouvelle pour l'art militaire comme pour
toutes les autres sciences humaines . A partir de ce mo-
ment tout devient intéressant pour l'histoire de l'infan-
terie, et avant de présenter les développements désor-
mais rapides de cette arme , il convient de bien marquer
le point de départ et l'état du service à pied dans les
premières années du règne de Louis XII .
A cette époque, les travaux du camp du Pont- de-
l'Arche étaient tombés dans l'oubli le plus complet. La
composition de l'armée était encore presque entièrement
féodale . Il y avait , d'une part, pour le service à cheval
les compagnies d'ordonnance déjà bien constituées et
autour d'elles une jeunesse brillante , indisciplinable ,
aventureuse , qui ne voyait dans les combats que de
grands tournois et qui ne songeait qu'à la gloire indivi-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 69
duelle qu'elle pouvait y acquérir . Malgré ce défaut
d'ordre et d'obéissance , cette cavalerie française était
la meilleure de l'Europe et parfaitement capable de
rendre tous les services qui sont de la spécialité des
troupes à cheval . Dans les siéges, cette brave et pré-
somptueuse noblesse mettait pied à terre et voulait tou-
jours monter la première à l'assaut : mais ses vigou-
reux efforts n'étaient pas toujours couronnés de succès
la pesanteur des armures , l'inefficacité des armes blan-
ches contre des feux d'artillerie et de mousqueterie ti-
rés de très-près , tout indiquait que ce n'était point là
le rôle des hommes d'armes . D'autre part, pour le ser-
vice à pied on avait des Suisses, des lansquenets et des
aventuriers . Mais les Suisses, enorgueillis par leurs vic-
toires récentes et par l'empressement que tous les Etats
de l'Europe mettaient à acheter leurs services , ne vou-
laient point servir dans les siéges, et prétendaient ne
combattre que dans les batailles rangées ; encore fallait-il
leur laisser choisir le poste qui leur convenait. Les lans-
quenets ne valaient point les Suisses et avaient les mêmes
prétentions qu'eux .
Les aventuriers n'étaient plus sans doute ces féroces
écorcheurs du commencement du xve siècle , mais ce
n'étaient point non plus de très-honnêtes gens . Leurs
services, au reste, étaient à peu près nuls . Conduits par
des chefs obscurs , presque tous Italiens ( 1 ) , qui avaient
(1) Les condottieri italiens, successeurs des chefs de roultiers du
70 HISTOIRE
intérêt à les ménager , ils étaient le plus souvent laissés
sans direction sur le champ de bataille , également prêts
à fuir , si la partie semblait dangereuse, ou à donner
quand la gendarmerie victorieuse leur ouvrait le che-
min du pillage .
Il n'y avait donc point réellement d'infanterie fran-
çaise. Voici , d'après Brantôme , le portrait peu flatteur
de ces aventuriers qui en tenoient lieu . « D'autres les
ont appelèz advanturiers de guerre tirèz de là les monts ,
et aussi que tels les trouverés-vous , mesme dans les
vieux romans du roy Louis XII , et du roy Françoys
premier , au commencement , et peints et représentèz
dans les vieilles peintures , tapisseries et vitres des mai-
sons anciennes et Dieu sçait comment représentèz et
habilléz , plus à la pandarde vrayement , comme l'on
disoit de ce temps , qu'à la propreté : portants des che-
mises à longues et grandes manches , comme Bohêmes
de jadis et Mores , qui leur duroient vestues plus de deux
XIVe siècle, étaient , en général , des gentilshommes ruinés de la Ro-
magne , qui vendaient leurs services au plus offrant. On ne peut
mieux exprimer le rôle qu'ils jouaient alors qu'en disant que c'étaient
des entrepreneurs d'infanterie . Quand ils avaient obtenu une adju-
dication , ils réunissaient autour d'eux tous les soldats de fortune, de
quelque pays qu'ils fussent, tous les vagabonds en grève , et en com-
posaient des bandes de 2 à 3,000 hommes qui servaient tant bien que
mal . Ces bandes s'épurèrent du moment où la création des bandes
françaises rendit leurs services moins utiles . A partir du temps de
François Ier elles fournirent d'excellents soldats . Beaucoup de chefs
appuyaient les prétentions du roi sur Milan , et s'étaient faits Français .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 71
ou trois mois sans changer , ainsi que j'ay ouï dire à
aucuns ; monstrants leurs poictrines velues et pelues et
toutes descouvertes , les chausses plus bigarrées , déchi-
quetées , et ballaffrées , usant de ces mots ; et la plûpart
monstroient la chair de la cuisse , voire des fesses . D'au
tres , plus propres , avoient du taffetas , en si grande
quantité , qu'ils le doubloient et appeloient chausses
bouffantes ; mais il falloit que la pluspart monstrassent
la jambe nue , une ou deux , et portoient leurs bas des-
chaussèz pendants à la ceinture..... C'estoient la plus-
part , gens de sac et de corde , méchants garniments ,
échappèz à la justice , et surtout force marquez de la
fleur de lys sur l'épaulle , essorillez , et qui cachoient les
oreilles , à dire vrai , par longs cheveux hérissez ,
barbes horribles , tant pour ceste raison que pour se
monstrer effroyables à leurs ennemis . »
Louis XII s'efforça de mettre quelque discipline dans
ses troupes et de relever l'état de l'infanterie . Il engagea
les gentilshommes à descendre de cheval , combla de
faveurs ceux qui consentirent à prendre de l'emploi dans
les bandes , et divisa celles-ci en compagnies de cent à
deux mille hommes , afin d'avoir les moyens de récom-
penser suivant leur mérite ou leur naissance les chefs
qu'il mit à leur tête. C'est à ces sages mesures qu'il dut
en partie les succès qu'il obtint en Italie. Les victoires
d'Agnadel et de Ravenne , remportées , malgré ou sans
les Suisses , sur les meilleures troupes d'Italie et d'Espa-
gne , montrèrent que la valeur de l'infanteric française
72 HISTOIRE
avait décuplé dès le moment qu'elle ne s'était plus senti
méprisée .
« Or , le roi Louys XII , dit Brantôme , estant venu à
la couronne et ayant retiré Milan qui luy appartenoit
et le royaume de Naples de mesme pour les acquérir et
garder , il fit de belles guerres et continuelles , tant contre
les Italiens qu'Espagnols . Pour ce , nostre infanterie
françoyse commença à se façonner un peu mieux , fors
qu'ils ne se pouvoient accomoder à ces harquebuzes , et
avoient toujours en singulière recommandation les ar-
balestes , et en rendoient de bons combats . Or , puis
après , ledit roy Louys , lorsque les Génois se révoltè-
rent de son obéyssance , il dressa une fort grosse armée
pour prendre leur ville , et d'autant qu'il avoit besoin
d'infanterie plus que de gendarmerie , il bailla sa charge
à plusieurs capitaines et braves gentils-hommes fran-
çoys de bonne maison , comme aux seigneurs de Mau-
giron (1 ) , de Vandenesse (2) , d'Espic ( 3 ) , de la Crotte (4)
de Bayard ( 5 ) , de Normanville , de Montcavray , de
Rossillon , de Trévil , de Silly le cadet , de Duras , le ca-
pitaine Odet (6) , le capitaine Imbaut (7) , le chevalier
(1) François de Maugiron.
(2) Jean de Chabannes, baron de Vandenesse , frère du célèbre La-
palice.
(5) François de Beusseraille , seigneur d'Espic.
(4) François de Daillon du Lude, seigneur de la Cropte.
(5) Pierre du Terrail, dit le chevalier Bayard .
(6) Odet d'Aydie.
(7) Imbaut de Revoire, seigneur de Romagnien.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 73
Blanc (1 ) , et plusieurs autres , desquels ny les uns , ny
les aultres , n'avoient charge de colonnel , ny le nom de
mestres de camp …………
... » Nous lisons dans les romans de
Bayard qu'il lui donna aussi charge de mille hommes
8
de pied ; «< ce que voyant , il l'accepta , encore qu'il
eust fait profession plus de cheval que de pied , mais à
luy tout estoit de guerre : toutesfois il dict et remonstra
au roy qu'il avoit trop de gens soubs sa charge que ces
mille, pour s'en acquitter très-dignement.... Par quoy,
il le pria de ne luy en donner que cinq cents , et qu'il
s'asseuroit, avec l'ayde de Dieu et de ses amis, de luy
faire mener une si belle trouppe , que , pour petite qu'elle
seroit, il battroit bien une plus grande deux fois que la
sienne.... Aussi fit-il cette compagnie de cinq cents
hommes , tous gens d'eslite ; si bien que plusieurs gen-
darmes quittèrent la lance pour prendre la picque avec
luy, comme il alla aussi ; et ce fut luy et sa trouppe qui
firent le grand effort à la prise de Gênes et en fût la prin-
cipale cause..... »
Ainsi voilà bien marqué le moment où les services
que l'infanterie est appelée à rendre , commencent à être
appréciés ; voilà bien marqué le jour où le guerrier de
noble sang consent à descendre de cheval et à se mêler
avec les vilains , et l'on est heureux de trouver notre bon
et loyal Bayard un des premiers parmi ceux qui don-
nèrent ce patriotique exemple . Ce fut donc au commen-
(1) Antoine d'Arces .
74 HISTOIRE
cement de l'année 1507 , devant Gênes (1 ) , que s'o-
péra cette heureuse révolution dans l'état du service à
pied.
Il n'est pas inutile d'expliquer ici les faits qui ame-
nèrent une innovation aussi importante , et quels furent
les graves motifs qui arrachèrent une aussi grosse con-
cession à la noblesse et à Bayard lui-même , qui , dans
une autre occasion , refusait de se mettre en péril et ha-
sard avec des piétons , dont l'un est cordonnier,
l'autre maréchal, l'autre boulanger, en un mot, gens
mécaniques.
Depuis quelque temps il existait un grand refroidis-
sement entre Louis XII et les Suisses . Cependant ce
prince, avant de passer les Alpes pour aller soumettre
la ville rebelle , avait demandé aux cantons dix mille
hommes d'infanterie qui devaient se rendre devant
Gênes. Mais ces troupes furent si lentes à faire leurs
préparatifs et si âpres à réclamer leur solde que Louis ,
naturellement colère , fut sur le point de les faire charger
par ses gendarmes . Enfin , un jour d'assaut, les Suisses
refusèrent d'y monter , prétextant qu'ils n'étaient venus
que pour combattre en rase campagne et non pour gra-
vir des rochers . Il fallut se passer d'eux : la nécessité et
l'indignation donnèrent à la France une infanterie vi-
goureuse, qui pendant le reste des guerres 'd'Italie se
grossit chaque jour, en recevant dans ses rangs les gen-
(1) Gênes ouvrit ses portes le 29 avril 1507 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 75
darmes démontés ou ruinés , les lances rompues, lanze
spezzate, comme disaient les Italiens (1 ) .
Voilà l'origine des bandes de Piémont, dont la renom-
mée va grandir rapidement et réveiller le souvenir des
bandes de Picardie . Pendant cinquante ans , alors que
la France aura à faire face à la plus formidable coalition
qu'elle eût encore attirée sur elle, ces deux corps rivaux
prendront une part brillante à tous les combats , à tous
les assauts ; mais leurs plus beaux titres de gloire sont
d'avoir l'un au nord , l'autre au midi , lorsque la victoire
cessait de nous sourire , maintenu contre toutes les atta-
ques les places où ils avaient leurs quartiers. L'armée
française sera plusieurs fois contrainte à abandonner
l'Italie ; l'ennemi envahira plus d'une fois notre fron-
tière vers l'Escaut , les Ardennes ou la Moselle , mais tous
ses efforts viendront se briser contre l'énergie des gar-
nisons de Picardie et de Champagne , de Piémont et de
Montferrat .
(1)Le nom de lanspessades, ou anspessades s'est conservéjusqu'au mi-
lieu du XVIIe siècle pour désigner des soldats de première classe , te-
nant rang intermédiaire entre les caporaux et les simples fantassins.
76 HISTOIRE
CHAPITRE V.
Influences de la renaissance et de l'état de guerre permanent sur les
progrès de l'infanterie. Troupes étrangères . Rétablissement de la
milice des francs archers. Création des légions provinciales.
Si les prétentions des rois de France sur le royaume
de Naples et le duché de Milan furent la cause des
guerres les plus ruineuses , si elles mirent souvent l'Etat
à deux doigts de sa perte , il ne faut pas oublier qu'on
leur doit ce qu'on est convenu d'appeler la renaissance ,
c'est-à-dire le réveil des esprits demeurés dans un état
de torpeur pendant tout le moyen âge , et qui , ranimés
tout à coup au contact de l'Italie , gardienne fidèle du
génie de l'antiquité, se remirent à marcher en avant
avec une ardeur nouvelle .
L'art militaire devait le premier répondre à cette im-
pulsion . La guerre cessa d'être seulement l'emploi de la
force brutale , elle devint une science.
Cette nouvelle manière d'envisager les choses rehaus-
sait le métier de soldat . Le gentilhomme découvrait peu
à peu dans le service à pied une grandeur jusqu'alors
ignorée : il s'apercevait que, tandis que dans une multi-
tude d'occasions la cavalerie était impuissante, l'infan-
terie avait partout et toujours un rôle brillant à jouer .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 77
Les préjugés chevaleresques tendaient donc à s'affaiblir ,
et l'on commençait à voir une foule de cadets de famille
s'enrôler dans les bandes (1 ) pour y porter la pique , et
rivaliser entre eux d'ardeur , d'exactitude et de soumis-
sion à la discipline pour arriver au grade ambitionné
(1) Parmy lesquelles il se jecta ung grand nombre de jeunes gen-
tilshommes , qui n'avoient pas moyen de se mettre à cheval ; car il y
avoit en ce temps- là , aux bandes françoyses , des places pour honorer
la noblesse, quand elle se vouloit ranger avec les gens de pied pour
faire leur apprentissage d'armes ; sçavoir : douze lanses- pessades en
chaque compaignie , à trente livres par moys chacune, et quatre payes
royales, à quarante livres par moys aussi chacune , qui estoit ung
assez honneste appoinctement pour entretenir et dresser beaucoup
de braves gentilshommes ; et estoient réservées lesdictes places à sol-
dats de cette qualité , que les capitaines ne donnoient pas , mais les
lieutenans de roy aux villes et provinces frontières ; et estoit leur se-
crette charge d'esclairer les actions des capitaines , n'estant subjects
ny obligés à aultres fonctions que de faire les rondes à leur tour ,
après lesquelles ils se retiroient en leur logis ; car, de passer les vingt-
et-quatre heures en garde, ils en estoient , et par faveur et par mé-
rite, exempts, et pour armes ordinaires portoient le corselet , et jamais
la harquebuze mesme que le gentilhomme françois qui suit les
bandes, desdaigne la hallebarde, c'est-à -dire , faire l'estat de sergent,
encore moins d'estre appellé caporal, alléguant que sont charges mé-
caniques ; car si ung soldat a enfrainct les ordonnances , ou failly en
sa faction , ils sont tenus de luy mettre la main sur le collet , et bien
souvent de l'attacher eux -mêmes au carquan ou collier , ou de l'ap-
pliquer à l'estrapade , ou bien de l'amener jusques au licu où il fault
qu'il passe par les armes ; si c'est par les picques, de le pousser dedans
les rancs en la miséricorde de son parrain ; si c'est par les harque-
buzades , de l'attacher eux- mêmes au posteau : qui sont traicts que le
gentilhomme abhorre , pour le moins en nostre nation françoise . >>
(Carloix, Histoire du maréchal de Vieilleville .)
78 HISTOIRE
d'enseigne, puis à la lieutenance et enfin au titre élevé
de capitaine . Le contact de ces jeunes hommes nobles
réagissait à son tour sur les soldats roturiers. Justement
enorgueillis de voir confondus dans leurs rangs les en-
fants de cette caste si haut placée alors dans l'opinion
de la multitude , ceux-ci acquéraient de la dignité, de
la confiance , et avec cet admirable élan du peuple qui
sait qu'on le regarde , qu'on va l'estimer , ils se jetaient
à corps perdu au milieu des périls les plus certains et
étonnaient les plus braves chevaliers par les prodiges
de leur audace et de leur intelligence (1 ) .
Telles furent , au xvre siècle , les vieilles bandes de Pi-
cardie et de Piémont . On pourrait craindre qu'un pareil
portrait parût flatté, si tous les écrits contemporains ne
s'accordaient à leur prodiguer l'éloge . C'est que le xvi
siècle fut une époque de mouvement, et que tous les
cœurs bien trempés purent aussi alors développer leurs
vertus naturelles .
A Marignan , le 14 septembre 1515 , l'infanterie reçut
un insigne honneur . Au moment le plus critique de la
journée , François Ier met pied à terre , saisit une pique ,
se place à la tête d'un gros bataillon et l'entraîne à la
(1) « J'en ay veu parvenir , qui ont porté la picque à six francs de
paye, faire des actes si belliqueux, et se sont trouvés si capables, qu'il
y en a eu prou qui estoyent fils de pauvres laboureurs , qui se sont
avancés plus avant que beaucoup de nobles , pour leur hardiesse et
vertu. » Commentaires de Montluc. On connaît le mot de Brantôme :
Ah ! qu'il s'est vu sortir de très-bons soldats de ces goujats !
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 79
charge, en criant : Qui m'aime , si me suive . Ce jour-
là l'infanteric fit un pas immense : elle vainquit les
Suisses . Ce ne fut pas sans peine qu'on fit reculer ces
terribles montagnards : le maréchal Trivulzio , qui avait
assisté à dix-sept batailles rangées , les appelait des jeux
d'enfants à côté de cette grande mêlée de Marignan qu'il
nommait un combat de géants . Après leur défaite , les
Suisses voyant détruit le prestige de leur supériorité ,
jurèrent la paix éternelle avec la France , et depuis ce
jour ils n'ont jamais cessé de se montrer ses fidèles al-
liés (1) .
Cependant, pour être justes , il faut dire que les ban-
des françaises n'étaient point seules à Marignan (2) .
Elles n'étaient pas encore assez nombreuses pour suffire
(1) L'alliance éternelle de la France et de la Suisse fut jurée à Fri-
bourg le 20 novembre 1516.
(2) L'infanterie de l'armée comptait environ 26,000 hommes , et
suivant du Bellay se décomposait ainsi : 4,000 Français sous huit ca-
pitaines, qui étaient : François de Montgommery, seigneur de Lorges,
Piraut de Maugiron , Richebourg , Lorteil , Lainet , Philippe de la
Tour, sieur de Vatillen , Pierre de Théis , sieur d'Hercule et le capi-
taine Commarchi ; 6,000 Gascons commandés par le célèbre Pierre
de Navarre ; 2,000 Génois conduits par Aymar de Prie , qui fut le
dernier grand maître des arbalétriers ; 8,000 lansquenets commandés
par le comte Wolf et le capitaine Brandhec ; enfin 6,000 vieux sol-
dats allemands , connus sous le nom de bandes noires , qui joignirent
l'armée à Novare , attirés au service de France par le duc Charles de
Gueldres , et qui obéissaient aux ordres de M. de Tavannes, gentil-
homme franc-comtois . Ainsi , à Marignan , il n'y avait que 10,000
hommes de pied français, et seulement 4,000 des bandes anciennes .
80 HISTOIRE
X au nouveau rôle que jouait l'infanterie . Depuis Char-
les VIII , il y avait aussi des lansquenets dans l'armée
française, et après la défection des Suisses, on leur avait
même confié la garde de l'artillerie, dont n'avaient pas
voulu, par morgue aristocratique, les gentilshommes du
service à pied . Toutefois la lettre que le roi écrivit sur
le champ de bataille à sa mère est remplie de l'éloge
des fantassins français et gascons .
Après la rentrée des Suisses au service de la France ,
il y en eut toujours des corps nombreux dans les ar-
mées , et ils furent remis en possession de l'honorable
privilége de garder l'artillerie , privilége qu'ils conser-
vèrent jusqu'à la création d'un corps spécial en 1671 .
Les lansquenets ( 1 ) continuèrent de former , ainsi que
les bandes des condottieri italiens et corses (2) , une por-
tion importante de l'infanterie .
Il y avait dès lors de bons esprits qui s'indignaient à
(1) De tous temps les petits princes des bords du Rhin avaient in-
cliné vers la France. Piusieurs d'entre eux qui appuyèrent la candi-
dature de François Ier à l'empire d'Allemagne , se voyant brouillés
avec Charles-Quint , n'eurent plus d'autres ressources que de vendre
des troupes au roi . Les persécutions dirigées par les empereurs contre
les luthériens devaient aussi en jeter un grand nombre dans nos rangs.
(2) Les premiers Corses furent entraînés au service de France , par
suite de la tyrannic de la compagnie génoise de Saint-Georges qui
exploitait leur pays, par le célèbre Sampiero di Bastelica , aïeul des
Ornano. Depuis cette époque , il y a toujours eu des Corses dans l'ar-
mée française , et ils se montrèrent toujours également braves et dé-
voués.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 84
l'idée de voir les intérêts du royaume livrés aux mains
des étrangers . Ils faisaient remarquer que ces troupes
coûtaient fort cher et voulaient être payées très-régu–
lièrement (1 ) ; qu'elles exigeaient dans les grandes oc-
casions les postes d'honneur au détriment des Français et
qu'elles refusaient souvent de concourir aux expéditions
hasardeuses ou obscures (2) : ils se plaignaient aussi avec
raison que plusieurs fois , soit par caprice , soit par tra-
hison, elles avaient fait défection dans des circonstances
délicates et avaient ainsi compromis le succès d'une
campagne et causé un grand dommage aux affaires du
roi (3) . Mais le plus grand nombre disait que l'infanterie
française ne faisait que commencer à se façonner ; que
les bandes bien constituées et bien commandées étaient
encore peu nombreuses ; que les bandes nouvelles ne
devaient pas encore de longtemps inspirer une grande
(1) « Estant le sieur de Lautrec à Monza (1522) , vindrent devers luy
les capitaines des Suisses, qui luy firent entendre que les compagnons
estoient ennuyés de campéger , et qu'ils demandoient de trois choses
l'une, argent, ou congé d'eux retirer, ou bien qu'il eust à les mener
au combat promptement, sans plus temporiser. » (Mémoires de Mar-
tin du Bellay . ) Lautrec n'avoit pas d'argent ; il fallut combattre. Il
fut complétement battu à la Bicoque (29 avril) , et après la bataille les
Suisses quittèrent le camp pour retourner chez eux.
(2) La même année, au siège de Novare, « les Suisses admonestez
par le seigneur de Montmorency d'aller à l'assaut, luy firent response
qu'ils estoient prêts de combattre en campagne, et que ce n'estoit leur
estat d'assaillir les places. » (Mémoires de du Bellay.)
(3) A Gênes en 1507 , à la Bicoque en 1522, etc.
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I.
82 HISTOIRE
confiance (1 ) ; qu'on savait ce qu'il fallait de peine pour
les lever, les dresser et les rompre à la discipline , par-
ce que , malgré quelques essais heureux , le caractère
français n'était point encore fait au service de l'infan-
terie. On disait aussi que les Suisses étaient certainement
(1) Quand Bayard fut chargé en 1521 de la défense de Mézières, on
lui donna deux bandes d'infanterie , chacune de mille hommes . La
première, qui avait pour capitaine Charles de Reffuges , dit l'écuyer
Boucar, était une vieille bande picarde ; la deuxième, commandée par
le baron de Montmoreau , était nouvelle . « Mais estans les pièces en
batterie, les gens de Montmoreau , comme gens non expérimentez ,
entrèrent en tel effroy , que malgré leurs capitaines , ils s'enfuirent
les uns par la porte, les autres se jettèrent par-dessus les murailles :
mais Bayard fit entendre aux autres soldats qu'il estoit bien aise de
ladite fuite, parce qu'estans tant de gens à la garde de ladite ville, ils
n'eussent point eu d'honneur ny de réputation à soustenir l'effort
de l'ennemy, et que la ville estoit d'autant vuidée de gens de lasche
cucur. » Avec ces 1,000 hommes Bayard résista un mois aux 40,000
du duc de Nassau , et ayant reçu du secours , força enfin les Alle-
mands à lever le siége. En apprenant la délivrance de Mézières
François Ier s'écria : Aujourd'huy Dieu s'est montré bon Français.
C'est à ce siége qu'on employa pour la première fois les bombes à
l'attaque des places . Il s'y passa aussi un fait qui prouve combien le
service à pied avait déjà gagné de terrain dans l'estime de la noblesse.
Un jour le comte d'Egmont envoya défier à la lance un chevalier
français. M. de Montmorency se présenta . 容 Mais le seigneur de
Lorges (François de Montgommery) pensant estre chose honteuse
qu'un homme d'armes françois fust provoqué par un Alleman , et
qu'on laissât l'homme de pied françois comme n'estant pareil à l'Al–
leman, demanda aussi s'il y avoit homme qui voulût combattre de la
picque, et qu'il seroit le champion pour l'attendre. Le seigneur de
Vaudray, du camp impérial, soudain s'y présenta. Ils se donnèrent
les coups de picques ordonnez , sans gaigner advantage l'un sur l'au-
tre. » (Du Bellay.)
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 83
les meilleurs hommes de pied de l'Europe ; qu'en ache-
tant les services des lansquenets et des bandes italiennes,
on liait à ses intérêts les petits souverains de l'Alle-
magne et de l'Italie , et que c'était autant de bons sol-
dats enlevés aux armées ennemies ; on ajoutait enfin ,
qu'au demeurant, dans la guerre générale qu'on avait à
soutenir , ce n'était pas trop de tant de monde , qu'il y
aurait de la place pour tous , et que les hommes de pied
français n'avaient qu'à gagner au contact des fantassins
étrangers , n'y ayant point de meilleur maître que l'é-
mulation .
Quelque spécieuses que puissent paraître aujour-
d'hui ces dernières raisons , nous croyons qu'elles étaient
bonnes au commencement du xvre siècle. Ce qu'il y
a de certain , c'est qu'elles prévalurent . Les bandes
suisses, allemandes et italiennes formèrent encore long-
temps le fonds de l'infanterie des armées d'opérations .
Les anciennes bandes de Picardie et de Piémont étaient
plus spécialement chargées de la défense des frontières
et ne sortaient des places qu'elles occupaient que pour
prendre part à quelques vigoureux coups de main ,
quand la guerre se rapprochait de leurs quartiers.
Chaque campagne donnait lieu à la levée d'un cer-
tain nombre de bandes nouvelles qui allaient au prin-
temps grossir l'armée aux approches de l'hiver , elles
étaient ordinairement licenciées : parfois quelques-unes
des meilleures étaient conservées pour entrer en gar-
nison dans les places conquises ou plus spécialement
RE
84 HISTOI
menacées , et prenaient ainsi rang parmi les anciennes
bandes entretenues .
En 1524 , la nécessité où se trouva François Ier de
faire face à l'ennemi sur toutes ses frontières de terre,
fit faire un pas remarquable à l'organisation militaire
du royaume . Cerné de toutes parts par les vastes pos-
sessions de Charles-Quint , ce prince revint , en la per-
fectionnant , à l'idée de Louis XI , et « meist son estat en
» quatre gouvernemens : au duc d'Alençon il donna la
>> charge de la Champagne ; au duc de Vendôme , de la
>> Picardie ; à messire Odet de Foix , seigneur de Lautrec ,
» du duché de Milan ; et à messire Guillaume Gouffier ,
>> seigneur de Bonnivet , la Guienne (1 ) . » Il partagea
aussi ses troupes en quatre armées , pour faire tête à la
fois vers les Pays-Bas , vers l'Allemagne , vers les Alpes
et vers les Pyrénées . Les bandes françaises se trouvè-
rent ainsi réparties en quatre grandes fractions : au
nord , les bandes de Picardie et les bandes de Champa-
gne ; au sud, les bandes de Piémont et celles de Guienne .
C'est de ces bandes que nous verrons se dégager peu à
peu les quatre premiers vieux régiments de France :
Picardie, Champagne, Piémont et Navarre.
Tous les éléments étaient prêts pour arriver promp-
tement à une bonne organisation de l'infanterie . A cette
époque , nous étions sous ce rapport au niveau des Al-
lemands, des Suisses et des Espagnols . C'étaient partout
(1) Mémoires de Martin du Bellay .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 85
des bandes de cinq cents à deux mille hommes , con-
duites par un capitaine , ayant sous ses ordres un ou
deux lieutenants et un enseigne ; susceptibles d'être
réunies en campagne pour former des corps compactes de
4,000 à 10,000 hommes, sous la charge d'un capitaine
général . On avait déjà adopté le principe , lorsqu'on for-
mait ainsi ces gros bataillons, d'associer les bandes d'un
même gouvernement militaire . Qu'y avait-il donc à faire
pour donner une forme régulière à l'infanterie ? Egaliser
les bandes , en les réduisant à un effectif qui n'outrat
point l'importance des capitaines particuliers , toujours
trop portés à se soustraire à l'obéissance du capitaine
général (1 ) ; agir de même à l'égard de celui-ci , en limi-
tant convenablement le nombre de bandes qu'il pouvait
réunir sous sa charge , enfin faire de l'état de capitaine
général un grade et non un emploi à commission tem-
poraire . Cela était bien simple . Cela fut exécuté par les
Allemands et les Espagnols , et Charles- Quint eut à sa
disposition les régiments d'Autriche et les tercios de
Castille ( 2 ) , pendant que la France se débattait encore
(1 ) A son retour de la prison de Madrid , en 1526, François Ier
ordonna que toutes les bandes d'infanterie seraient réduites à 300
hommes ; mais cette prescription ne fut pas longtemps exécutée.
Comment, en effet, dans un moment de danger , renvoyer un capi-
taine de bonne volonté qui se présente avec mille , deux mille , voire
dix mille hommes ?
(2) Martin du Bellay nomme des régiments de lansquenets dès X
1525, et il cite le Tercio de Lombardie , l'un des plus anciens corps
espagnols, en 1542.
86 HISTOIRE
entre les traditions du moyen âge et les souvenirs de
l'antiquité.
Il eût fallu , à la vérité, pour que notre pays marchât
du même pas que ses voisins , qu'il n'eût pas été lancé
dans une des situations les plus violentes de son his-
toire . Il eût fallu que les esprits d'élite eussent le loisir
de réfléchir sur ce qui était bon à imiter et sur ce qui
devait être rejeté comme contraire au génie particulier
de la nation . Malheureusement il n'en fut point ainsi .
La gravité des événements qui se succédèrent à partir
de 1521 , vint tout jeter dans la confusion . Il y eut né–
cessité de faire usage de tout ce qu'on avait sous la main,
bon ou mauvais . La fortune , en effet , semblait nous
abandonner . Les Impériaux , les Flamands et les Anglais
envahissaient la Champagne et la Picardie ; il avait fallu
évacuer l'Italie , et la Provence était menacée par les
troupes de Charles-Quint , que commandait un prince
français , un connétable de France , traître à sa patrie.
Nous éprouvions aussi des revers ou des trahisons du
côté de la Bourgogne et des Pyrénées . Dans cet urgent
besoin, au lieu de perfectionner les bandes, on fit un pas
rétrograde vers le xv° siècle ; on eut recours aux aven-
turiers ; on rétablit les francs archers .
Nous ne reparlerons point ici des compagnies d'aven-
turiers . C'était toujours la même composition immorale ,
la même indiscipline, la même nullité militaire . Fran-
çois Ier ne s'en servit d'ailleurs que dans les circonstances
extrêmes , et dans tout autre moment il abandonnait ces
vauriens à quiconque voudrait courir sus pour les tuer
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 87
impunément . Mais le rétablissement des francs archers
a eu des conséquences trop funestes au progrès de la véri-
table infanterie , pour que nous ne nous y arrêtions point .
On se souvient que le roi Louis XI avait aboli cette
milice en 4479 après la bataille de Guinegatte . Or ,
Louis XI n'était pas roi à abolir en même temps l'impôt
que représentait à l'égard des paroisses le service des
francs archers . Charles VII avait déjà rendu permanente
la taille ou contribution de guerre que tous les roturiers
devaient payer dans les circonstances extraordinaires .
Louis XI , en licenciant les francs archers , tripla cette
taille, et les paroisses , au lieu de fournir à l'Etat seize
mille hommes , durent payer annuellement la taille des
cinquante mille hommes de pied . C'est ainsi qu'on
l'appela . Son produit était censé appliqué dans les temps
ordinaires à l'entretien des troupes permanentes d'in-
fanterie . Il est clair que cette taille étant devenue un des
impôts réguliers supportés par les classes roturières , le
roi pouvait encore , dans les circonstances extraordi-
naires , faire un nouvel appel à ses fidèles sujets, et sui-
vant ce qu'il jugeait convenable , exiger une nouvelle
taille ou contribution de guerre , soit en miliciens , soit
en argent , soit en argent et en miliciens à la fois . C'est
ce que fit François Ier .
Il leva donc en 1523 les soldats des paroisses , et ces
soldats s'appelèrent , comme par le passé , francs ar-
chers (1 ) . Dans les années difficiles qui suivirent , après
(1) Daniel, qui avait certainement lu les Mémoires de Martin du
88 HISTOIRE
la désastreuse bataille de Pavie , après la captivité du
roi et son retour de Madrid à des conditions inexécuta-
bles , on ne pouvait point songer à renvoyer les francs
archers dans leurs foyers . Il en advint d'eux alors ,
comme plus tard des milices appelées par Louis XIV
dans la guerre de la succession d'Espagne, comme des
gardes nationales mobilisées pendant les guerres de la
révolution . Les circonstances pareilles conduisent tou-
jours aux mêmes expédients . Les milices du grand roi
devinrent des régiments , les gardes nationales de la ré-
publique formèrent des demi-brigades , celles de l'em-
pire se changèrent en cohortes : François Ier , avant tout
cela, avait transformé les francs archers en légions .
On a beaucoup disserté sur ces fameuses légions du
xvre siècle , et , d'après Daniel qui a montré une in-
croyable légèreté sur tout ce qui regarde l'origine des
premiers régiments de l'infanterie française , notre va-
nité nationale s'est habituée à voir à travers un mot so-
nore et une imitation assez pédantesque des formes
romaines, une institution d'une haute importance et à
Bellay, a feint de ne pas voir la réapparition des francs archers sous
François I. Il n'a pas pu ne pas apercevoir les passages suivants :
« L'amiral (Bonnivet) voyant Alexandrie abandonnée , y envoya
M. de Bussy d'Amboise avec deux mille francs archers. » Il est en-
core question des francs archers de Bussy au siége de Pavie en 1525.
« M. de Pontdormy fait entrer dans Montdidier le capitaine René
de la Palletière avec mille francs archers , dont il avait la charge. » etc.
Il est à remarquer que ce fut dans l'année 1525 que fut rétablie la
charge de grand maître des arbalétriers, supprimée depuis soixanté ans.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 89
laquelle il faudrait donner le nom de renaissance des
troupes à pied . Plusieurs même , malgré l'évidence des
faits, veulent que ces légions et les régiments soient une
seule et même chose , qui aurait changé de nom à une
certaine époque .
Le fait est que les légionnaires ne sont autres que les
francs archers , et que l'institution des légions n'est
qu'une répétition , à quelques différences de détail près ,
de l'institution des francs archers telle que Louis XI la
régla en 1469. Voici ce que dit des légionnaires un
homme qui les avait vus et commandés , le maréchal de
Vieilleville : « Aussi légionnaires ne sont pas tenus ny
réputez pour gens de guerre , ains sortent du labouraige
pour s'affranchir des tailles en servant quatre ou cinq
mois ou quelque aultre espace de temps, et apportent
certificat de leur service, que l'on appelle attestation……
.,
qui est enregistré aux greffes des juridictions auxquelles
ils sont subjects ... Le roy François le Grand leur donna
ce nom de légionnaires à l'ancienne façon des Romains ,
car ils s'appelloient au temps passé francs archiers, et en
Bretaigne, francs taupins . Mais voyant que le service de
telles gens mal aguerris estoit du tout inutile, on com-
mua cela en argent..... et de cest argent on en façonne
de braves hommes et vaillants capitaines (1 ) . »
Ce qui peut être vrai , c'est que François Ier , reconnais-
( 1) Mémoires du maréchal de Vieilleville, rédigés par son secré-
taire Vincent Carloix.
90 HISTOIRE
sant le peu de cas qu'il y avait à faire des francs archers ,
ait songé à rehausser l'amour-propre de cette milice et
surtout à tromper ses ennemis en rejetant des dénomina-
tions désormais ridicules et en en adoptant d'autres plus
imposantes . Voici , du reste , ce qu'il en fut de ces lé-
gions qui n'eurent qu'une existence éphémère ,
En 1533 , une nouvelle ligue venait de se former
contre la France entre le pape , l'empereur , le roi des
Romains , les ducs de Milan , de Savoie , de Ferrare et
de Mantoue, les républiques de Gênes , de Sienne et de
Lucques . François Ier se trouvait donc dans une situa-
tion plus dangereuse que jamais . Il ne pouvait dis-
traire les bandes qui gardaient les places : « Et cognois-
sant ce qu'il pouvoit tirer des estrangers, il se voulut
toutesfois fortifier de sa nation . Afin que soudain il eût
les hommes à son premier mandement, il ordonna avec-
ques ceux de son conseil , de dresser , à l'exemple des
Romains , en chaque province de son royaume, une lé-
gion de six mille hommes de pied dont il bailleroit la
charge à six gentils-hommes , lesquels auroient pour cha-
que mille hommes deux lieutenants, et soubs chacune
enseigne cinq cents hommes ; il donna de grands privi-
léges ausdits légionnaires, tant aux capitaines que sol-
dats , lesquels devoient une fois l'an en temps de paix
faire une monstre générale . Afin que les capitaines pus-
sent respondre de leurs soldats , ils devoient sçavoir le
nom et surnom de chacun, et le lieu de sa demeure,
tant pour les avoir soudainement prests à tous mande-
mens , que pour les chastier, s'ils fesoient faute : et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 91
pour cet effet, il despescha les commissaires à ce néces-
saires (1). »
(1) Martin du Bellay continue ainsi : « Environ le moys de may
mil cinq cent trente quatre, estant ledict seigneur adverti que les
légions estoient prestes , il voulut bien aller visiter les prochaines
de luy. Pour cet effect , il se trouva en sa ville de Rouen , ca-
pitale de Normandie , auquel lieu les monstres de la légion d'icelle
province furent faites en sa présence , dont estoyent capitaines six
gentilshommes, scavoir : le seigneur de Bacqueville , le seigneur de
la Salle , le seigneur de Saint- Aubin-l'Hermite , le seigneur de Saint-
Aubin - Gobellet , le seigneur de Cantelou-aux - deux-Amants, et le
seigneur de Salenelles. Ayant veu la légion de Normandie, de laquelle
il se contenta fort , il print le chemin d'Amiens , pour faire le sem-
blable de la légion de Picardie, et environ le 20 juing, se trouva ladite
légion en armes en la plaine tirant d'Amiens à Saint- Fuscien , de la-
quelle estoient capitaines le seigneur de Sercu , Jean de Mailly, sei-
gneur d'Auchy, Jean de Brabançon , seigneur de Cany, le seigneur de
Saisseval, le seigneur de Heilly , surnommé de Pisseleu ..... Ayant le
roy fait la monstre de Picardie , il print son chemin par la Cham-
pagne pour voir la monstre de la légion de cette province, laquelle
fut faicte près de la ville de Rheims . » Notre guide s'arrête ici ; mais
nous ajouterons d'après lui et les renseignements épars dans son récit
que le sixième capitaine de la légion de Picardie , qu'il ne nomme
pas , était ce René de la Palletière que nous avons vu en 1525 capi-
taine de mille francs archers à Montdidier ; que les capitaines de la
légion de Champagne étaient Jean d'Anglure , seigneur de Jours , le
seigneur de Quincy, le seigneur de Haraucourt , le vicomte de la Ri-
vière, Louis de Luxembourg, comte de Roussy , et son frère Jean de
Luxembourg, seigneur de Ghistelles. Parmi les chefs de la légion du
Dauphiné, il nomme le seigneur de Brisieux et le seigneur de Forges ;
les autres paraissent avoir été le seigneur de Mas, Jean d'Esbenault,
seigneur de Villeneuve , Jean de Pontevez , comte de Carces , et Roux
de Cormis. Dans la légion de Languedoc il nomme le chevalier
d'Ambres, et Montluc cite le sénéchal de Toulouse, seigneur de Fau-
92 HISTOIRE
Nous ajoutons à cette indication d'un témoin ocu-
laire que les légions formées par François Ier étaient au
nombre de sept . L'une fut levée en Normandie , la deuxiè-
me en Bretagne, la troisième en Picardie , la quatrième
en Languedoc, la cinquième en Guyenne , la sixième
dans les provinces de Champagne, Bourgogne et Ni-
vernais, et la septième dans le Dauphiné , la Provence ,
le Lyonnais et l'Auvergne . Les soldats devaient être
armés les uns de piques , les autres d'arquebuses ( 1 ) , de
doas, et Raymond de Pavie , baron de Forquevaux . Dans la légion de
Guyenne , nous trouvons les seigneurs de Fonterailles et d'Aubijoux
et Jean de Foix, comte de Carmain . Quant à la légion de Bretagne,
il n'en est question nulle part , soit qu'elle n'ait point été levée, soit
plutôt que la crainte d'un débarquement d'Espagnols ou d'Anglais
ait engagé le roi à la laisser dans sa province .
(1) Les arquebuses , c'est- à - dire les premières armes à feu réelle-
ment portatives et maniables , furent inventées en Italie, et ne furent
introduites en France qu'en 1521. On peut juger , par le rapport du
nombre des arquebusiers à celui des piquiers dans les légions , avec
quelle rapidité cette arme s'était propagée . Notre intention n'est point
d'expliquer dans cet ouvrage l'origine de tous les mots techniques à
mesure qu'ils se présenteront. Cependant nous croyons utile de le
faire pour quelques termes principaux , surtout lorsqu'ils ne dérivent
pas immédiatement du latin. Le mot arquebuse est dans ce cas , et il
est particulièrement intéressant parce qu'il exprime le passage des
armes de jet à ressort aux armes de jet où le projectile est chassé par
la force expansive de la poudre , le passage de l'arbalète à déclic à
l'arme à feu. Le mot arquebuse, en italien arcobugio, signifie littéra-
lement arc creux, arbalète forée . Les Français du XVIe siècle , avec
cet étonnant aplomb qui les distinguait , en voulant saisir absolument
à travers la consonnance d'un mot étranger quelque chose d'immė-
diatement traduisible en leur langue, en avaient fait d'abord hacque-
4
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 93
manière que sur un total de quarante-deux mille hom-
mes, il y eût douze mille arquebusiers . Les capitaines ,
lieutenants , enseignes et bas officiers devaient être , ainsi
que les soldats , du pays où la légion se levait. L'un des
six capitaines qui commandaient les fractions de mille
hommes , commandait en même temps la légion , mais
le roi se réservait la faculté de nommer, quand il le ju-
gerait à propos, un chef supérieur , sous le titre nouveau
de colonel (1 ) . Chaque capitaine avait sous lui deux lieu-
boute ou hacquebute , mot barbare , qui , à la rigueur , peut en vieux
français rendre l'idée d'un objet qu'on porte et qui frappe.
(1 ) Encore un mot qui a tout l'air de s'être introduit dans la lau-
gue française à la faveur d'un coq à l'âne : mais on lui pardonne
parce qu'il est gracieux , et qu'à tout prendre , il a fini par avoir un
sens beaucoup plus clair que n'eût pu faire le mot véritable. Voici ce
que nous croyons du mot colonel . Il est incontestable qu'à son appa-
rition, au commencement du XVIe siècle , ce mot se présente sous les
formes courounel , couronel , corounel , coronel , et qu'il n'y a que
quelques bien disants de la renaissance qui, vingt-cinq ans plus tard ,
écrivent colonnel , et même columnel . Il est également certain que
les auteurs français appliquent d'abord ce titre exclusivement aux
corps de fantassins allemands et italiens , et plus tard aux chefs mêmes
de ces corps .
Nous pensons que ce mot coronel , que l'on voit d'abord appliqué à
désigner des corps d'infanterie étrangère , puis devenir le titre de
leurs chefs , est un dérivé de l'allemand horn ou de l'italien corno ,
qui signifient tous les deux proprement corne , pointe, et métaphori-
quement aile d'armée , corps détaché. Le mot corno, ou son dimi-
nutif cornello s'appliquait donc à l'unité de formation de l'infanterie ,
la bande ou le bataillon, comme le diminutif cornetta, s'appliquait
à l'unité de formation de la cavalerie , la compagnie ou l'escadron .
Les Français en ont fait cornel et cornette. Par la suite le mot coronel,
94 HISTOIRE
tenants conduisant chacun cinq cents hommes et deux
enseignes . Au-dessous des lieutenants et des enseignes
étaient des centeniers commandant cent hommes , et
chaque bande de mille hommes avait quarante caps
d'escouades ou corporaux , quatre fourriers, six sergents ,
quatre tabourins et deux fifres. D'après tout ce qui vient
d'être dit, on doit reconnaître dans l'institution des lé-
gions une reproduction des francs archers de Louis XI .
Il n'y a de différences que dans le nom , les proportions et
quelques progrès de détail amenés par le temps . Leur
sort, du reste, devait être le même .
S'il est un reproche que l'on puisse surtout faire à
cette institution , c'est d'avoir été trop savante pour l'épo-
après avoir servi à désigner simultanément le corps et le chef du corps,
a fini par ne conserver que la dernière de ces acceptions. Pour le mot
cornette, il a continué pendant longtemps à désigner à la fois l'esca-
dron et l'un des principaux officiers de l'escadron . Quoi qu'il en soit,
le titre de cornel , de coronel ou colonel fit bientôt fortune en France ,
et à l'imitation de l'étranger , les officiers ayant charge pour comman-
der les gens de pied s'appelèrent coronels ou colonels . C'est alors que
les érudits , comme Brantôme, ont découvert que le mot venait à la
fois de columna et de corona . « De corona, parce que le chef général
de l'infanterie a été eslu de son roy comme triomphant et couronné
par-dessus tous les autres ; de columna , parce qu'il doit estre comme
une colonne ferme et stable et le principal appui de tous les soldats . »
Il n'y avait plus qu'à choisir. Les modernes ont heureusement tourné
la difficulté en introduisant le mot colonne dans leur tactique , et de-
puis qu'un chef peut commander à son régiment : Colonne en avant ,
il n'y a plus de raison pour se refuser à croire que colonel vient de
columna . Il resterait cependant à entrer en arrangement avec les Es-
pagnols qui ont maintenu la forme coronel.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 95
que à laquelle elle s'adressait ; c'est de ne pas avoir
assez tenu compte des mœurs du temps , de l'humeur
hasardeuse , ennemie de toute entrave de la noblesse et de
la grossièreté indisciplinable des paysans de ce temps-là ,
c'est d'avoir établi des cadres d'une grandeur hors de
proportion avec les ressources réelles de la France . Il
y avait, en 1534 , impossibilité de trouver et d'entrete-
nir quarante- deux mille bons hommes de pied, outre
les vieilles bandes. On serait, à la vérité, conduit à pen-
ser, si l'on en juge par les noms de certains chefs ou
capitaines de légionnaires, que quelques parties des
vieilles bandes ont servi de noyaux aux légions ; mais
cette mesure, si elle a eu lieu , après avoir produit d'abord
quelques bons effets , a dû ensuite contribuer à accélérer
la désorganisation des légions ; car le fier soldat des ban-
des, tel que nous le représentent les écrivains contempo-
rains , ne pouvait pas s'accommoder longtemps d'une
solidarité quelconque avec des hommes sans esprit mili-
taire, sans point d'honneur , la plupart sans courage, et,
comme le dit le maréchal de Vieilleville, les plus mal
disciplinez du monde et leurs capitainnes tout de
mesme. Ainsi , l'on voit dès l'année 1536 , la légion de
Dauphiné cassée à cause des désordres et des violences
qu'elle exerçait . La même année des fractions des légions
de Champagne et de Guienne sont pareillement cassées
et ignominieusement chassées d'Arles dont on leur avait
confié la défense ( 1 ) . On ne fut point obligé d'employer
(1) Pendant l'invasion de la Provence par Charles-Quint , on avait
96 HISTOIRE
la même rigueur vis-à-vis des autres légions , mais le
peu de services , ou plutôt les mauvais services (1 ) ,
mis en garnison à Arles 1,000 Champenois commandés par M. de
Jours et 1,000 Gascons sous le comte de Carmain . La bande du sei-
gneur de Jours, « lequel de sa personne estoit gentil compagnon et de
bonne volonté, » sc mit en pleine révolte, et l'on fut obligé de la ren-
voyer au camp. « Les bandes, arrivées au camp, furent publicquement
et en signe d'ignominie leurs enseignes ostées et désarborées. » Peu
de temps après, autre mutinerie d'aussi mauvaise et dangereuse con-
séquence dans la bande du comte de Carmain , qui faillit être tué.
Cette fois, un capitaine Arzac, chef de 500 hommes, était à la tête du
désordre. On les mit aussi hors d'Arles . « Lors fust audit Arzac son
enseigne ostée et luy et sa bande chassez de la compagnie , lesquels
passèrent au long des bandes sans tambourin . » (Martin du Bellay .)
(1) En 1545 , après la prise de Luxembourg , on y mit en garnison
dix mille hommes de pied des légions de Champagne et de Normandie,
sous le commandement du comte de Brienne. L'importance de ce
poste ne put rien contre l'indiscipline et la lâcheté des légionnaires.
« Quant aux légionnaires, desquels étoit général le comte de Brienne,
ils furent de si mauvaise volonté, que de dix mille, tant Champenois
que Normands, il n'en resta pas trois cents qu'ils ne retournassent en
France ; les capitaines demourèrent , mais soubs chacune enseigne il
n'y avoit pas 30 hommes . »
Deux ans après , en 1545 , les légionnaires mirent le comble à leur
honte . Une bande de mille hommes de la légion de Picardie , com-
mandée par un seigneur de Vervins , était dans Boulogne. Ils ren-
dirent la place aux Anglais , malgré les habitants qui voulaient se
défendre, malgré le secours que le roi leur envoyait. Vervins fut dé-
capité, et un bourgeois de Boulogne fit dans son indignation quelques
mauvais vers, dont voici un échantillon :
Les conards commandoient ; crians : à la muraille !
Et eux ne se bougeoient non plus qu'une canaille .
Un tas de vauriens, s'en alloient cuchier (coucher),
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 97
qu'on en pouvait attendre , firent qu'on cessa peu à peu
d'appeler ces légionnaires, et à la mort de François Ier 9
en 1547 , l'institution, sans avoir été abolie , tombait en
désuétude .
On conçoit que par un effet de réaction bien naturel ,
les bandes françaises durent profiter du discrédit où les
légions tombaient de plus en plus . Tous les jeunes hom-
mes qui , dans l'origine , avaient sollicité par un entraî-
nement de mode un grade dans les légions , devaient
faire retour aux bandes : d'un autre côté , ces dernières
devaient aussi se grossir de tous les légionnaires chez
qui le sentiment militaire s'était développé . A l'époque
où Henri II monta sur le trône ces bandes étaient arri-
vées au plus haut point de splendeur . C'est donc le mo-
ment de les bien faire connaître .
Quand venoient à l'assaut , et se faisoient muchier (moucher).
(Martin du Bellay).
Cette poésie est précieuse en ce qu'elle nous a conservé le nom de
guerre des légionnaires . Les Romains n'auraient pas inventé celui-là .
HIST. DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. 1. 7
98 HISTOIRE
CHAPITRE VI .
Division des bandes. Vieilles bandes de Picardie. Vieilles bandes de
Piémont . Bandes nouvelles. Etat des bandes. Capitaine et capitaine-
général, colonel et colonel -général . Mestre de camp et mestre de
camp-général . Régiment. Rétablissement des légions .
Au temps de Louis XI , la France était limitée au nord
et à l'est par les vastes Etats du duc de Bourgogne, et
avait de ce côté une frontière fort irrégulière qui ne s'é-
tendait guère au delà des bornes de la Normandie , de
l'Isle de France et de la Champagne . Après la mort de
Charles le Téméraire , le roi s'empara de la Picardie , de
l'Artois et du duché de Bourgogne , et ce fut pour assu-
rer ces conquêtes qu'il créa , en 1480 , les bandes d'in-
fanterie permanentes , qui prirent bientôt le nom de
bandes de Picardie , du nom de la province où se trou-
vaient leurs principaux quartiers .
Sous les successeurs de ce prince , toute l'activité
militaire de la France avait été transportée à l'autre
extrémité du royaume . Toutes les grandes entreprises
eurent pour but l'Italie . Là naquirent , comme on l'a vu,
en 1507 , les bandes de Piémont .
Les luttes de la maison de France et de la maison
d'Autriche remplirent les deux premiers tiers du xvi
siècle . On s'attaqua sur toutes les frontières communes , et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 99
surtout vers les Pays-Bas et vers le Piémont. La France
eut donc pendant soixante ans une armée de Picardie et
une armée de Piémont, des bandes de Picardie et des
bandes de Piémont . Lorsque François Ier eut, en 1521 ,
partagé en quatre gouvernements la surface de ses do-
maines , on vit aussi paraître des bandes de Champagne
et des bandes de Guyenne . On vit aussi des bandes a
Bretagne, de Normandie et de Bourgogne ; des bandes
de Dauphiné, de Provence et de Languedoc : mais toutes
ces formations , surtout les dernières , nées de besoins
momentanés pour des expéditions spéciales, n'avaient
qu'une valeur de circonstance ; les noms qui les distin-
guaient n'avaient qu'un sens restreint et particulier . Ces
bandes n'étaient , en réalité , que des détachements des
grandes bandes de Picardie et de Piémont . Une longue
habitude consacra donc ces dénominations , et sous
Louis XIV encore, tous les comptes de l'infanterie dans
les bureaux de la guerre étaient réglés sous deux cha-
pitres distincts : Picardie et Piémont .
Les bandes de Picardie et celles de Piémont se dis-
tinguaient les unes des autres par des caractères bien
tranchés et des allures très-différentes , qu'elles devaient
évidemment aux pays où elles se recrutaient et à la
nature des terrains sur lesquels elles avaient à agir . Ce
qu'il y a de singulier , ce qui prouve toute la puissance
des traditions, c'est que ces façons d'être se sont perpé-
tuées dans les régiments qui en sont sortis , et qu'au
xvII siècle , lorsque les corps depuis longtemps voya-
geaient dans toutes les directions et se recrutaient de
A
63248
100 HISTOIRE
côté et d'autre, on citait encore le calme et l'intrépidité
de Picardie, la discipline et le dévouement de Cham-
pagne , la morgue et l'impétuosité de Piémont, la fougue
et la turbulence de Navarre .
Les bandes de Picardie, dressées sous le regard sé-
vère de Louis XI par des instructeurs suisses, avaient
appris d'eux à conserver leurs rangs , à regarder en face
les charges de la cavalerie et à lui opposer un mur
inébranlable de piques , à serrer leurs files ouvertes par
le choc des chevaux et à mourir sur le terrain qui leur
était confié. Elles étaient éminemment propres au ser-
vice des batailles rangées . Comme toutes les troupes
françaises , elles montraient d'ailleurs une remarquable
aptitude pour les travaux longs et compliqués des
siéges, tels qu'on les faisait alors . Elles comptaient peu
de gentilshommes sous leurs enseignes ; presque tous
les officiers étaient vieux soldats de fortune , rompus à
toutes les pratiques du métier , inflexibles sur la disci-
pline et très-fiers de leur haute position qu'ils ne de-
vaient qu'à leur mérite et à leurs services . Les soldats ,
enfants pour la plupart des villes monotones et des plates
campagnes du Nord , étaient peu vifs , mais patients ; ils
manquaient de spontanéité, mais ils étaient très-soumis
à leurs chefs , et s'étaient habitués dans les garnisons
d'une frontière toujours menacée de surprises à obser-
ver scrupuleusement les plus minutieuses consignes . Ils
n'avaient point assez d'esprit pour être fanfarons , ni
assez de délicatesse pour aimer le luxe. Leurs armes et
leurs habillements étaient simples , mais toujours en
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 101
bon état . On pouvait leur reprocher un grand penchant
à l'ivrognerie et surtout leur brutalité et leur barbarie ,
quand , après la prise d'une ville , ils se sentaient débar-
rassés du frein de la discipline ( 1 ) .
Les bandes de Piémont avaient un tout autre aspect.
Les belles guerres qui se faisaient dans ce riche et poé-
tique pays d'Italie y attiraient en foule la jeune noblesse .
(1) Après la prise de Glajon en 1552 , « M. de Vieilleville trouva dix
soldats françois qui avoient esventré quinze ou seize corps morts des
Bourguignons (Impériaux) , et desvidoient leurs trippes comme les
trippières à la rivière ; et surmonté de colère , se rue dessus , et les
charge du baston qu'il tenoit , comme portent communément tous
seigneurs qui ont commandement en une armée ; et les battit bien ,
et les fit battre et fouller aux chevaux par ceux de sa suicte ; et s'en
alloit avecques cela, mais par grand malheur l'un d'eux va dire :
« Par la Mort-Dieu , Monsieur , vous nous aymez autant pauvres que
riches . On nous a assurés qu'ils ont avallé leur or et leurs escus :
estes-vous marry que nous les cherchions dedans leur ventre ? » A
ceste parolle, il se irrita davantaige , et despita tellement , qu'il pro-
testa devant Dieu qu'il les feroit tous présentement pandre ; et les fit
arrester, envoyant en diligence quérir le prévost des bandes , leur
disant « Tigresque canaille , quel oprobre faictes- vous à nature ?
Quelle abhominable cruauté avez-vous exercée aujourd'huy au chris-
tianisme? et de quel déshonneur avez - vous avilly les armes et foullé
aux pieds la bonne renommée de nostre nation , qui est estimée la
plus courtoise de toutes celles de l'univers ? Je jure Dieu que vous en
mourrez ! » Le prévost demeura trop à venir, qui fut cause que, pas-
sant par là quatre ou cinq cocquins, qui même avoient horreur d'une
telle abomination , ils s'offrirent de les pandre en leur donnant leurs
dépouilles ; ce qui leur fust prompteinent accordé . Ainsi finirent mi-
sérablement leurs jours ces barbares sauvaiges et détestables tripiers !
(Mémoires du maréchal de Vieilleville.)
102 HISTOIRE
Les cadets de Gascogne , de Languedoc , de Provence et
de Dauphiné se disputaient les places dans ces compa-
gnies , toutes commandées par les plus illustres cheva-
liers de France . Ils se trouvaient là en contact avec les
hommes les plus braves et les plus polis des villes ita-
liennes , et il s'établissait entre eux une rivalité à qui
servirait le mieux le roi , à qui mériterait le plus auprès
des dames. Le citadin ingénieux et imitateur des bords
de la Méditerranée , l'enfant éveillé et présomptueux des
rives de la Garonne , remplissaient les derniers rangs des
bandes et, se voyant en si bonne compagnie , finissaient
par se croire aussi quelque peu gentilshommes . C'était
donc du haut en bas une émulation prodigieuse à faire
quelque chose d'éclatant , d'impossible . Cette disposition
des esprits devait rendre les bandes de Piémont peu.
propres aux entreprises qui demandent de la discipline,
de l'ordre, de l'ensemble et une obéissance aveugle au
commandement ; mais dans les expéditions d'avant-
garde , dans la guerre de montagne , dans les surprises ,
dans les assauts , dans les combats sur mer, rien ne pou-
vait leur résister. Ce besoin de se montrer , de faire par-
ler de soi , qui dominait dans les bandes de Piémont , se
manifestait dans la vie ordinaire aussi bien que sur les
champs de bataille . Les moindres soldats se ruinaient
en armes de prix , en pourpoints magnifiques, en plumes
et en rubans . Dans les quartiers d'hiver, ils mettaient
leur gloire à commettre les plus bizarres excentricités .
Le tout dans le but de fixer les regards d'une beauté,
souvent imaginaire : mais qu'importe à l'enfant du Midi,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 103
pourvu qu'il paraisse succomber sous le poids des myr-
thes et des lauriers (1 ) .
Ce fut vers 1535 que les anciennes bandes françaises
se donnèrent le titre de vieilles bandes, et , comme on
peut le croire, ce titre fut d'abord adopté par les bandes
de Piémont . Brantôme semble insinuer que ce fut à l'imi-
tation des Espagnols (2) . Sans rejeter ce motif, il est
permis de penser que les bandes eurent aussi l'intention
(1 ) Le même maréchal de Vieilleville , en parlant des bandes de
Piémont qui étaient venues en 1552 à Metz , dit : « qu'il fesoit mer-
veilleusement beau voir ; car ce n'estoient qu'espées dorées et argen-
tées aux fourreaux de velours et bouts d'argent , collets de maroquins
de toutes couleurs à passemens d'or et d'argent ; bonnets de velours
à petites plumes des couleurs de leurs maîtresses , jusques aux fers d'or
sur les escarpes (souliers ) de velours , qui avoient en ce temps - là
grande vogue , et leurs soldats, quasi tous , morrions et fournimens
dorés , et les corsellets gravés , avec les bourguignottes (casques) de
mesme, et les picques de Biscaye aux poignées de velours, houppes
de franges de soye.
(2) Brantôme , après avoir raconté que Pierre de Navarre fut en-
voyé en Barbarie avec 4,000 soldats , « où ils firent de très- beaux ex-
ploits et des conquêtes très-belles , mesme qu'ils mirent en grand
destroit la ville d'Alger , tant aujourd'hui renommée , » ajoute que
ces 4,000 Espagnols arrivèrent en Italie pour aider le pape Jules II
contre François Ier : « Or , dit-il , ne faut point douter, venant de
ces guerres loingtaines et barbares , s'ils estoient superbes , comme
ils sont toujours coustumiers quand ils viennent de tels lieux et telles
belles factions , et piaffant , et s'ils bravoient de sorte qu'ils ne vou-
loient estre appelés autrement que soldados viejos ……… .. et ce nom de
soldados viejos seulement leur plaisoit et leur estoit agréable. » Le
rapprochement que suggère ce passage de Brantôme amène invo-
lontairement le sourire sur les lèvres .
104 HISTOIRE
de se distinguer des légionnaires qui parurent alors pour
la première fois dans les armées . Par la suite , les vieilles
bandes se montrèrent excessivement jalouses de cette
dénomination, et s'opposèrent avec raison à ce qu'elle
fût usurpée par d'autres troupes . Elles évitaient par là
de voir leur renommée compromise, mais elles contrac-
taient en même temps l'obligation de toujours bien faire.
On verra si elles furent fidèles à cet engagement d'hon-
neur .
C'est après le mauvais succès de l'institution des lé-
gions que l'on voit les bandes nouvelles se multiplier.
Ces bandes , levées pour les besoins de la guerre, n'é-
taient point comme les vieilles destinées à être entrete-
nues pendant la paix ; elles étaient même le plus souvent
licenciées à la fin de chaque campagne , mais l'organi-
sation des unes et des autres était la même , et c'est de
cette organisation qu'il faut parler.
Dans l'origine , l'effectif des bandes était indéterminé.
Il dépendait surtout de la naissance ou de la réputation
des capitaines . Comme la solde des gens de guerre était
alors loin d'être assurée , et qu'ils devaient vivre en
grande partie de leur butin et des rançons exigées des
prisonniers, il est clair qu'ils accouraient de préférence
sous les enseignes des chefs les plus renommés . Ils
avaient ainsi la certitude de prendre part aux expédi-
tions les plus lucratives et d'avoir les meilleurs quartiers
d'hiver. La force des bandes varia donc depuis cent
jusqu'à deux mille hommes . Après son retour de Madrid ,
le roi François Ier les mit toutes à trois cents hommes ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 105
mais cette ordonnance ne fut pas longtemps exécutée .
Au commencement du règne de Henri II , elles étaient
généralement de cinq cents hommes .
Le chef d'une bande ne porta jamais d'autre titre que
celui de capitaine, qui avait remplacé en 1355 celui de
chevalier banneret . Le mot capitaine , dans la langue de
l'époque , désignait un homme apte à commander quoi
que ce soit : au-dessous du capitaine , il y avait un lieu-
tenant et un enseigne (1 ) , puis des fourriers , des ser-
gents, des caps d'escouade ou caporaux , des anspes-
sades et des soldats , les uns piquiers , les autres
arquebusiers , enfin des tambours et des fifres .
Ainsi constituée, la bande formait un tout complet et
indépendant, ne relevant en garnison que du lieutenant
de roi , et en campagne que du général chargé de com-
mander l'infanterie .
La tactique de ce petit corps se réduisait à fort peu de
chose . Dans les batailles et dans les marches en présence
de l'ennemi, sa formation était toujours la même , un
carré plein , les piquiers au centre , les arquebusiers à
l'extérieur, le capitaine en avant , le lieutenant en serre-
file et l'enseigne au milieu du premier rang des piquiers .
Quand le combat s'engageait , les piquiers s'arrêtaient
et les arquebusiers dirigés par le lieutenant s'éparpil-
(1 ) Les emplois de lieutenant et d'enseigne datent de 1444 et celui
de sergent de 1485. Les fourriers , caps d'escouade , anspessades ,
tambours et fifres furent établis régulièrement en 1554 , à la forma-
tion des légions.
106 HISTOIRE
laient en tirailleurs . Si l'action devenait sérieuse , les
arquebusiers se retiraient derrière les piquiers et ceux-ci
soutenaient l'attaque en croisant le fer de leurs piques ,
ou s'élançaient à la charge sans rompre leur ordonnance .
Chaque bande renfermait donc ainsi de l'infanterie de
ligne et de l'infanterie légère, et l'équipement de ces
deux espèces de soldats répondait à leur destination
respective. Tous les officiers et les piquiers étaient armés
d'une longue pique et d'une épée droite ; ils portaient des
bourguignottes ou casques solides avec couvertures
d'oreilles, des corselets ou cuirasses en tout semblables
à celles des cuirassiers d'aujourd'hui , des brassards ,
des gantelets et des tassettes ou cuissards descendants
jusqu'au genou . Les arquebusiers , plus légèrement
vêtus , avaient des morions ou petits casques , des jac-
ques ou buffles et des manches de mailles . Ils portaient
aussi l'épée ou la dague .
r Telle était la bande française , le seul corps à pied
ayant alors une organisation régulière et permanente .
Voyons maintenant par quel procédé on formait en
temps de guerre des masses d'infanterie plus imposantes .
Il faut, avant tout , observer que dans les armées du xvre
siècle, on voyait rarement figurer l'infanterie pour un
chiffre plus élevé que trente mille hommes , parmi les-
quels il y avait toujours des troupes étrangères , suisses ,
allemandes ou italiennes , de sorte que le chiffre des
gens de pied français ne dépassait pas habituellement
douze mille hommes . On doit encore partager ce nombre
en deux parts : l'une pour les vieilles bandes et l'autre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 107
pour les bandes nouvelles qui se mêlaient rarement.
C'est ainsi sur des masses de six mille fantassins , en
moyenne , qu'il convient de raisonner .
Quand donc on formait une armée , on réunissait dix
ou douze bandes de même espèce , plus ou moins , en un
seul corps , et le roi donnait la charge, le régiment de
ce corps , en vertu d'une commission temporaire , quel-
quefois à l'un des capitaines , plus souvent à un gentil-
homme haut placé et même à un prince . Ce chef prenait
le titre de capitaine général des gens de pied français,
ou bien quand il y avait à l'armée plusieurs sortes de
troupes, il se nommait capitaine général des vieilles
bandes françaises , capitaine général des légionnaires .
Il en était de même des bandes étrangères qui for-
maient autant de corps séparés qu'il y avait de na-
tions , et chacun de ces corps était commandé par un
officier général . On comprend que ces corps qu'on ap-
pelait alors bataillons ( 1 ) , étaient exactement ce que
nous nommons à présent des divisions d'infanterie . C'est
ainsi qu'à la bataille de Cérisolles , gagnée le 11 avril
1544 , par le comte d'Enghien, l'infanterie de France ,
qui comptait environ douze mille hommes , était formée
en trois bataillons : à l'aile droite , quatre mille soldats
des vieilles bandes sous la charge de M. de Taix , au
centre trois mille Suisses sous les ordres de M. de Saint-
(1 ) Bataillon est un diminutif de bataille . Le mot bataille s'appli-
quait alors à une armée rangée en ligne pour combattre.
108 HISTOIRE
Julien, et à l'aile gauche cinq mille Italiens et Gruyériens
commandés par M. d'Escros, en l'absence du comte de
Gruyères (1 ) .
A la fin de la campagne, ces bataillons étaient dis-
sous , les pouvoirs des capitaines généraux cessaient ,
chaque bande retournait dans son quartier, et tout ren-
trait dans l'ordre habituel.
(1) Nous transcrivons ici un curieux passage de la Popelinière qui
se rapporte à l'armée qui occupa Metz le 10 avril 1552. « Il y avoit
trois bataillons quarréz de fanterie : le premier desquels estoit de
vieilles enseignes soldoyées et entretenues dès le temps du feu roy ès
guerres de Piedmont , de Champagne et de Boulogne avec d'autres
compagnées dressées au commencement de ces guerres ( sans y com-
prendre aucuns signalez soldats et jeunes gentilshommes de maison,
lesquelz y estoient pour leur plaisir et sans solde) faisant nombre de
quinze à seize mille hommes desquelz estoient de neuf à dix mille
armés de corsellets , avec les bourguignottes à bavières , brassats ,
gantelets et tassettes jusques au genouil , portant long bois et la plus-
part le pistolet à la ceinture . Et de cinq à six mille harquebuziers
armez de jacques et manches de mailles avec les morions riches et
beaux d'artifice . L'arquebuz ou scopette luisante, polie et légère , les
fournimens exquis et braves , le reste ayant armes selon la quallité
des personnes . Le second bataillon estoit de Gascons , Armignacs ,
Basques, Béarnois, Languedo , Périgourdins , Provençaux et Auver-
gnacs faisans monstre de dix à douze mil hommes , duits et usitèz à
la guerre tant marine que terrestre. Desquelz huit à neuf mille por-
toyent long bois , armez de corsellets et hallecretz . Et deux ou trois
mille harquebuziers avec mailles et morions. Le troisième estoit
d'Allemans , en nombre de sept à huit mille sous le comte de Rhein-
grave, leur colonel . Gens de guerre et asseurez comme ils donoyent
aparence en leur ordre et marche de bataille , assez bien armèz à
leur mode autans les picquiers qu'harquebuziers . >>
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 109
Vers cette époque de la victoire de Cérisolles , il se
faisait dans la langue militaire des changements et des
additions qui en eux-mêmes avaient peu d'importance,
mais qui, mal compris par des écrivains postérieurs ,
devaient produire une étrange confusion . La langue du
moyen âge ne pouvait plus suffire à exprimer la foule
d'idées nouvelles qu'enfantait la renaissance , et son génie
se prêtait difficilement à la construction des mots nou-
veaux . On empruntait donc aux idiomes étrangers des
mots tout faits : mais ces emprunts ne se faisaient pas
toujours avec intelligence , et grâces à l'imperturbable
naïveté de nos pères , il y avait tels mots , qui , après leur
naturalisation en France, se trouvaient exprimer des
choses fort différentes de celles qu'ils représentaient
dans leur pays d'origine . Avec le temps ces erreurs se
rectifièrent, mais alors on eut affaire à une autre espèce
d'étourdis , aux compilateurs sans critique , qui , lisant
par exemple dans les commentaires de Montluc le récit
de la journée de Cérisolles, sont sur le point de conclure
qu'il y avait, dès 1544 , des colonels , des mestres de
camp et des régiments , tout comme il y en avait au com-
mencement du xviiie siècle ( 1 ) .
(1) L'extrait suivant de Brantôme, qui fut militaire et contemporain
des faits qu'il raconte, exprime très-bien la maladie des beaux diseurs
de son siècle, maladie, du reste, dont il ne fut pas lui- même exempt.
Après avoir énuméré les capitaines fameux qui commandaient les
bandes aux guerres d'Italie sous Louis XII et François Ier, il ajoute :
« Or , tous ces capitaines , encore qu'ils commandassent à grosses
110 HISTOIRE
C'est donc de ces termes milifaires, colonel , mestre
de camp, régiment , que nous voulons parler, en nous
efforçant de leur restituer le véritable sens , la valeur
qu'ils eurent jusqu'aux guerres civiles .
Si l'on s'en rapporte aux mémoires de messieurs du
Bellay, que nous avons toujours pris de préférence pour
guides parce que ces deux hommes illustres étaient en
même temps des militaires d'un grade élevé , des diplo-
mates versés dans les affaires , et surtout des person-
nages remarquablement instruits pour leur époque , ce
serait vers l'année 1524 que le nom de colonel aurait été
porté pour la première fois par un officier français à
l'imitation des chefs de lansquenets ( 1 ) . On voit, en
trouppes, n'ont jamais été appellez que capitaines simplement des
colonnels nullement . Que s'il y a eu quelque escrivain moderne qui
les ait voulu nommer colonnels , il n'y faut point adjouter foy , mais
bien aux vieux exemplaires du passé , qui en ont parlé naïfvement
et sans fard, comme les modernes, qui veulent faire les pindariseurs
et des jolis à parler , et autant de mocqueries pour eux . Ainsi que
voulut faire une fois un prélat de par le monde , qui , voulant faire du
beau parleur , comme certes il est , il se mit à alléguer le prophète
Elie , qui estoit , se disoit- il , conseiller d'Estat du roy . » Ceci nous
rappèle qu'Arnaud d'Andilly, dans sa traduction de l'historien Jo-
sèphe, prétend que le roi Saul , charmé de la musique de David, lui
donna une place de gendarme dans sa garde .
(1) Nous avons déjà exprimé que le mot colonel ou coronel vient,
selon toute apparence , de l'Allemagne , en passant par l'Italie. Dans
les troupes étrangères, ce mot signifiait en même temps le chef et le
corps d'infanterie lui-même . On le trouve du moins appliqué plu-
sieurs fois dans ce dernier sens . Ainsi dans l'énumération des troupes
qui firent le siége de Landrecies en 1545 , Martin du Bellay cite : le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 111
effet, sous cette date , François de Montgommery, sei-
gneur de Lorges , qualifié du titre de colonel des gens de
pied français en Italie . A partir de ce moment , on trouve
le chef des bandes françaises appelé indifféremment
colonel et capitaine général , ce qui prouve que ce n'était
qu'un nouveau mot pour exprimer une chose ancienne .
Mais ce mot nouveau , outre l'attrait de la mode, avait
un avantage . Il établissait une distinction bien tranchée
entre le commandant supérieur des gens de pied et le
simple capitaine de bande . Aussi voit- on peu à peu la
dénomination officielle de capitaine général s'effacer et
disparaître tout à fait dans les dernières années du règne
de François I. Pendant ce temps , le titre de colonel
avait fait des progrès entre les mains des officiers qui
en avaient été revêtus . Avoir évincé ce nom de capi-
taine qui risquait de faire confondre le chef avec ses su-.
bordonnés , c'était quelque chose ; mais on regrettait cet
augmentatifgénéral, si propre à donner une haute idée
del'étendue d'un commandement . Il fallait donc le recon-
quérir, et voici comment on s'y prit . Des bandes de
Piémont le nom de colonel était passé aux bandes de Pi-
cardie, puis en Champagne, en Guyenne, enfin aux lé-
gionnaires . Il n'y eut bientôt plus de capitaine qui , se
collonel du sieur de Roignac (Rheinach ) de 4,000 Bas-Allemans ; le
collonel du sieur du Fresnoy , Lorrain , de 4,000 , le collonel de Lu-
dovic de 4,000 .....Il parle également du colonnel du seigneur Hercule
Visconti, du colonnel du comte Guy de Rangone , du colonnel du
seigneur Gabriel de Rimini..... etc.
112 HISTOIRE
trouvant appelé à commander temporairement les gens
de pied dans un détachement , ne prît ce titre . Cet abus
devait paraître insupportable aux gentilshommes hono-
rés du commandement en chef des vieilles bandes , et ils
profitèrent de la haute position qu'ils occupaient dans les
grandes armées de Picardie et d'Italie pour se donner le
titre de colonel général . Nous n'avons aucune raison
pour croire , comme le fait Daniel, que ce titre ait été
conféré officiellement à quelqu'un sous le règne de Fran-
çois Ier ; mais il est certain que deux officiers , au moins ,
se firent appeler ainsi du vivant de ce prince . Le premier
fut Charles de Cossé-Brissac , commissionné le 22 mai
1542 pour exercer la charge de commandant en chef des
gens de pied français des vieilles bandes de Piémont , qui
faisaient partie de l'armée conduite par le dauphin en
Roussillon le second fut Jean de Taix , nommé le 1er
mai 1543 au commandement des mêmes bandes à l'armée
d'Italie . L'année suivante , monsieur de Taix , après la vic-
toire de Cérisolles , emmena avec lui les vieilles bandes de
Piémont en France pour l'expédition d'Angleterre et
réunit sous son autorité toutes les vieilles bandes fran-
çaises . Dans cette position , Martin du Bellay , qui avait
sans doute ses raisons pour cela , le nomme tantôt colo-
nel , tantôt général et jamais colonel général .
A l'avénement de Henri II, les prétentions qui n'étaient
que tolérées par le vieux roi , reçurent la sanction du
nouveau souverain , heureux probablement de payer sa
bienvenue à la couronne . Henri II nomma donc par or-
donnance du 29 avril 1547 , un mois après la mort de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 113
son père , deux colonels généraux . Gaspard de Châtil-
lon, comte de Coligny , si célèbre depuis sous le nom de
monsieur l'Amiral , fut revêtu du titre de colonel général
des gens de pied français en deçà des monts ou de Pi-
cardie , et François de Gouffier, seigneur de Bonnivet , eut
la charge de colonel général des gens de pied français
au delà des monts ou de Piémont ( 1 ) . Ces deux officiers
(1) Nous donnons ici, comme nous l'avons fait pour les grands-
maîtres des arbalétriers , les listes des colonels généraux de l'infan-
terie française et étrangère .
Colonels généraux de l'infanterie en deçà des monts.
Gaspard de Châtillon , comte de Coligny, en 1547 .
François de Châtillon , seigneur d'Andelot , en 1553 jusqu'en 1569 .
Pendant les premières guerres civiles , la charge de colonel général
fut plusieurs fois ôtée à M. d'Andelot . Elle fut alors exercée par in-
térim , par :
Charles de la Rochefoucauld , comte de Randan , en 1562 , tué la
même année devant Rouen .
Sébastien de Luxembourg- Penthièvre , baron de Martigues, en
1562 , jusqu'en 1563.
Philippe Strozzi, en 1567 .
Colonels généraux de l'infanterie au delà des monts.
François de Gouffier, seigneur de Bonnivet , en 1547.
François de Vendôme, vidame de Chartres, en 1556.
Louis de Bourbon , prince de Condé, en 1558 .
Timoléon de Cossé , comte de Brissac , en 1561 , tué devant Mussi-
dan en 1569 .
En 1569, les deux colonels généraux titulaires étant morts à peu de
jours d'intervalle, les deux charges furent réunies en une seule sous le
titre de colonel général de l'infanteriefrançaise. Par la suite ce titre fut
changé en celui de colonel général de l'infanterie française et étran-
gère , les Suisses seuls ayant conservé un colonel général particulier .
HIST . DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM . I. 8
114 HISTOIRE
généraux , dont les fonctions étaient désormais permanen-
tes , eurent dès lors une autorité presque sans bornes sur
Colonels généraux de l'infanterie française et étrangère.
Philippe Strozzi, en 1569.
Jean-Louis de Nogaret, duc d'Epernon , en 1581 , jusqu'en 1641 .
Bernard de Nogaret de la Valette , duc d'Epernon , en 1610 , en
survivance jusqu'en 1641 .
Louis Gaston de Nogaret d'Epernon , duc de Foix - Candalle, en 1649 .
Ce dernier n'exerça qu'en survivance de son père, la charge de co-
lonel général ayant été supprimée en 1661 , à la mort du titulaire.
La charge de colonel général de l'infanterie française fut encore
exercée de 1721 à 1750 par Louis , duc de Chartres , puis duc d'Orléans,
et de 1780 à 1788 par Louis-Joseph de Bourbon , prince de Condé.
Les troupes d'infanterie étrangère eurent aussi leurs colonels gé-
néraux en 1547 .
Colonels généraux de l'infanterie italienne .
Pierre Strozzi , en 1547.
Jean Bernardin de San- Severino, duc de Somma , en 1558.
Jean Galéas de San-Severino, comte de Cajasso , en 1570 .
André de Birague, en 1575 .
César, commandeur de Birague , en 1579 .
Alphonse d'Ornano , en 1584.
Georges de Balbi , chevalier de Bertons , en 1588 .
Alexandre d'Elbène , en 1597.
Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, en 1608 .
Scipion de Champier, marquis de Vaux, en 1611 .
François de Galles du Bélier, baron de la Buisse, en 1612 .
La charge de colonel général de l'infanterie italienne fut sup-
primée en 1659 , et réunie à celle de colonel général de l'infanterie
française et étrangere.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 115
les bandes de leurs départements respectifs , et tous les
capitaines durent prendre leur attache .
Colonels généraux de l'infanterie corse.
San- Piero di Bastelica, en 1547.
Alphonse d'Ornano, en 1569 .
Jean-Baptiste d'Ornano , en 1597.
Henri-François-Alphonse, marquis d'Ornano, en 1643 .
Joseph-Charles , comte d'Ornano, en 1652 .
La charge de colonel général de l'infanterie corse fut supprimée en
1670, et réunie à celle de colonel général de l'infanterie française et
étrangère.
Colonels généraux de l'infanterie allemande.
François de Clèves , duc de Nevers, en 1547 .
Maurice, landgrave de Hesse-Cassel , en 1602 .
Cette charge fut supprimée et réunie , comme les précédentes , en
1632.
Colonel général de l'infanterie écossaise.
Jacques d'Estampes, maréchal de la Ferté- Imbaut, de 1643 à 1668
Colonel général de l'infanterie anglaise.
Rupert de Bavière, prince palatin du Rhin , de 1646 à 1660.
Colonel général de l'infanterie polonaise.
Jean Wladislas , prince Radziwill , de 1648 à 1654 .
Colonels généraux de l'infanterie suisse et grisonne.
Charles de Montmorency, duc de Damville, en 1571 .
Nicolas de Harlay, baron de Sancy , en 1596 .
Henri , duc de Rohan , en 1603 .
François, marquis de Bassompierre, en 1614 .
César du Cambout, marquis de Coislin , en 1635 .
Edme, marquis de la Châtre, en 1642.
116 HISTOIRE
Comme marque de leur dignité , ils se donnèrent une
garde à pied, composée d'abord d'une seule bande et
plus tard de deux , qu'ils faisaient commander par des
officiers nommés lieutenants-colonels , et ces bandes
prirent le nom de bandes ou compagnies colonelles .
Les enseignes de ces bandes , comme la cornette du com-
mandant en chef de la cavalerie , comme les enseignes
prétoriennes des Romains, furent entièrement blanches ,
ce qui les distinguait de toutes les autres (1). Ces ensei-
gnes furent aussi nommées enseignes colonelles , ou dra-
François, marquis de Bassompierre, pour la deuxième fois . en 1645 .
Charles de Schomberg , duc d'Halwin , en 1647 .
Eugène-Maurice de Savoie, comte de Soissons, en 1657 .
Louis-Auguste de Bourbon , duc du Maine, en 1674 .
Louis-Auguste de Bourbon , prince de Dombes , en 1736.
Etienne-François , duc de Choiseul-Stainville , en 1762 .
Charles-Philippe de Bourbon , comte d'Artois, de 1771 à 1792 .
La charge de colonel général des Suisses , créée le 17 juin 1571 , est
toujours restée indépendante.
(1) On a vu plus haut que depuis Charles VII , les enseignes fran-
çaises étaient caractérisées par une croix droite blanche. La couleur
du fonds n'y faisait rien , et était arbitraire. Un seul drapeau , l'éten-
dard royal, bleu d'azur aux fleurs de lis d'or écartelé par la croix
blanche , était fixe et servait de signe de ralliement à toute l'armée .
Il est à remarquer toutefois que l'enseigne à croix blanche ne fut ja-
mais en usage que dans les troupes à pied , c'est - à - dire dans les
troupes roturières. La cavalerie resta féodale jusqu'au bout. Les com-
pagnies d'ordonnance créées par Charles VII prirent pour étendards
les bannières particulières des grands seigneurs qu'elles avaient à
leur tête , et n'y placèrent point la croix blanche. Celle -ci ne figura
jamais dans les étendards de la cavalerie , même après la formation
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 417
peaux colonels , et n'étaient arborées que là où le colo-
nel général était présent .
Le colonel général commandait toujours en chef l'in-
des régiments, même lorsque les étendards et guidons cessèrent en
1666 d'être aux couleurs des mestres de camp.
C'est ici le lieu de parler des enseignes entièrement blanches, et de
leur restituer leur véritable sens . Ce fut aussi sous Charles VII que
parut la première bannière de cette couleur. C'est la cornette blanche,
à propos de laquelle on a beaucoup discouru , sans rien dire de rai-
sonnable , soit faute d'avoir lu avec attention les écrivains contempo-
rains, soit parce qu'on voulait y trouver ce qui n'y était pas.
Quand Charles VII eut créé les premières compagnies d'ordon-
nance de la gendarmerie , les gentilshommes qui n'étaient pas entrés
dans la composition de ces corps permanents , mais qui, en vertu de
leurs fiefs , devaient au roi le service à cheval , furent classés dans le
ban et l'arrière-ban . Lorsque cette réserve de gentilshommes était ap-
pelée à l'armée , elle était placée directement sous les ordres du com-
mandant en chef de la cavalerie . Celui-ci , comme marque de son au-
torité, faisait porter devant lui une bannière entièrement blanche ,
sans armoiries , qu'on appela la cornette blanche, et à laquelle se ral-
liaient sans difficulté toutes les bannières féodales . On conçoit d'après
cela pourquoi dans les anciens auteurs on trouve souvent ce nom de
cornette blanche appliqué à l'arrière-ban de la noblesse . La cornette
blanche du commandant en chef ou colonel général de la cavalerie
est le seul étendard blanc qu'ait jamais eu l'ancienne cavalerie fran-
çaise jusqu'à la révolution . Après la formation des régiments de cette
arme en 1655 , il fut confié à la compagnie colonelle du régiment du
colonel général. Le corps des dragons, qui ne comptait point dans la
cavalerie , eut aussi son guidon blanc placé à la tête du régiment du
colonel général des dragons .
- L'usage de l'enseigne blanche fut étendu, au XVIe siècle, au com-
mandant en chef, ou colonel général de l'infanterie , et cette enseigne
fut aussi la marque de son autorité sur les troupes à pied Seulement ,
tandis que le colonel général de la cavalerie n'eut jamais qu'un seul
118 HISTOIRE
fanterie de la principale armée de sa frontière ; mais il
arrivait souvent qu'il était nécessaire de former d'autres
corps de troupes pour des opérations particulières . Ainsi,
lorsque le grand feu de la guerre était en Picardie , on
pouvait avoir besoin d'un corps détaché en Normandie
ou en Champagne ; il y avait aussi quelquefois des expé-
ditions lointaines à entreprendre , un secours , par exem-
ple, à envoyer en Ecosse, comme cela arriva en 1558 .
Dans ces divers cas, la petite armée était composée sur
le modèle de la grande , et les gens de pied obéissaient à
un chef qui prenait le simple nom de colonel et qui
n'exerçait son pouvoir que temporairement et en vertu
d'une délégation du colonel général . Parfois , lorsqu'il
s'agissait surtout d'un corps auxiliaire envoyé à un prince
étranger , c'est-à- dire d'une expédition de longue durée,
le colonel était autorisé à user de quelques-unes des
prérogatives du colonel général, à faire des promotions
dans les bandes et à arborer l'enseigne blanche .
Il résulte de ce qui précède que dans toute armée ,
grande ou petite , il y avait un colonel , et qu'il n'y en
avait qu'un seul ; et cet officier était chargé du com-
mandement en chef de l'infanterie . Quand vinrent les
guerres civiles , cette règle fut souvent violée . Le colonel
général des bandes de Picardie était dans le parti protes-
tant, et il n'y avait plus d'armée d'Italie , de sorte que
étendard blanc , le colonel général de l'infanterie en eut un dans cha-
cun des régiments entretenus.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 119
monsieur de Brissac n'étendait plus son autorité que sur
quelques vieilles bandes de Piémont rentrées avec lui
en France . Dans cette situation , lorsque la discorde agi
tait son flambeau, chacun levait des troupes de sa propre
autorité, ici pour le roi , là pour la religion , et au milieu
de cette anarchie tout le monde prétendait au titre de co-
lonel et à la distinction de l'enseigne blanche . Il en
résulta de graves désordres qui ne s'apaisèrent qu'à la
création des régiments ( 1 ) . Après cette époque , l'ordre
(1) « Le premier colonel qu'eût Monsieur (le duc d'Anjou) , ce fût
M. de Bussy ..... Pour son premier coup d'essay, il commença à faire
des siennes , car il cuyda rebolver todo il mundo , comme dit l'espa-
gnol ..... Il faut savoir que M. de Turenne , venant trouver Mon-
sieur vers Moulins , il y emmena de ses forces . Entr'autres il y mena
quelques douze cents harquebusiers , tels quels , soubs la charge de
M. le comte de Lavadant , qui en estoit le colonel , et entra ainsi
et avec son drapeau blanc dans le camp. M. de Bussy , qui estoit
de soy assez ombrageux , sans que cette enseigne blanche luy por-
tast davantage d'ombre, il en parla à Monsieur pour la faire cacher ;
autrement il feroit quelque désordre , d'autant que cela le touchoit
par trop. Monsieur le pria de temporiser un peu , et qu'il ne falloit
pas mescontenter M. de Turenne, qui estoit un seigneur d'honneur
et de moyens , et qui volontairement l'estoit venu servir. M. de
Bussy temporise deux ou trois jours . Enfin perdant patience , se ré-
solut, luy avec douze honnestes hommes , braves et bien choisis et
déterminéz , montez sur de bons chevaux d'Espagne , de prendre ,
arracher et envahir ce drapeau des mains du port- enseigne- colonnelle
à la teste des troupes (Brantôme, Discours sur M. de Bussy).
Et ailleurs M. de Brissac avoit assuré mon frère d'Ardelay
autant qu'amy qu'il cust. Il avoit résolu s'il fust sorti du siége de
Chartres (1568) de se battre contre luy , ou qu'il quittast l'enseigne
blanche du régiment des Gascons , dont il estoit colonel..... Certes , s
120 HISTOIRE
commença à se rétablir . Il n'y eut plus qu'un seul colo-
nel général , commandant en chef l'infanterie française
de l'armée royale . Sous Henri III , la haute faveur dont
jouissait le duc d'Epernon alors colonel général fit
mon frère ne fust mort en ce siège, il ne faut point douter qu'ils ne se
fussent battus ; car il n'eust pas quitté ce qui luy avoit été donné de
son roy, et le tenoit déjà en main. Mesme ledit comte me disoit sou-
vent, car il m'aymoit fort : J'en suis bien marry , quand votre frère
sera sorty de là, nous nous battrons s'il ne quitte cela . Et en ryant,
je luy respondois : Il n'en faut pas douter ; mais de quoy vous im-
porte cela ? Vous n'avez rien à faire en France touchant vostre estat .
Vous n'estes que colonel de Piedmont..... Mais après je descouvris
qu'il avoit gagné M. de Strozze, et l'avoit fait jurer, que jamais il n'y
auroit qu'eux colonels , ny d'enseigne blanche en France que les
leurs ……….. Or , il ne se faut esbahir si M. de Strozze fit ce trait à
mon frère, auquel , comme j'ai dit , il estoit obligé , puisqu'il en fit un
pareil à monsieur son beau-frère , le comte de Tandes ..... Ce M. de
Tandes emmena au roy en cette troisième guerre mille hommes de
pied provençaux , et portoit l'enseigne blanche, et entra ainsi dans le
camp. Qui fust despité? ce fust le comte de Brissac. Et ayant gagné
M. de Strozze, par serment faict dès longtemps entr'eux, en fit parler
au comte , le remonstra à son général , luy en demanda raison , et
qu'il ne le pouvoit plus supporter à la veüe..... Enfin , le tout bien
pesé et disputé , que nul plus grand affront et despit n'est à un co-
lonel général , que de voir un autre se vouloir parangonner à luy, et
porter cette enseigne blanche, il fut arresté que ledit drapeau se plie-
roit. M. le comte de Tandes, souffrant cela impatiemment , luy qui
s'estoit veu premier en soy, et n'estre commandé que de soy- mesme...
et ne voulant obéir au comte de Brissac , ny à son beau- frère M. de
Strozze , ne se pleust guères à l'armée , et tost après ramena la plus
part de ses gens. Voilà la contention qui fust entre ces deux grands ,
et tout pour un morceau de taffetas blanc..... (Brantôme , Discours
sur M. de Brissac).
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 121
élever cette charge en office de la couronne , et dès lors
le titre de colonel fut exclusivement réservé aux per-
sonnages qui étaient revêtus de cet office . Les chefs des
régiments ne prirent le nom de colonels qu'en 1661 ,
après la suppression de la charge de colonel général
de l'infanterie.
Il n'en fut pas de même à l'égard des chefs des régi-
ments d'infanterie étrangère . Ils s'appelèrent toujours
colonels, quoiqu'il y eût aussi des colonels généraux .
Cela tenait à deux causes . La première , c'est que sou-
vent il n'y avait en France qu'un seul régiment d'une
même nation : alors le chef du régiment était en même
temps colonel général . C'est ainsi que les d'Ornano
furent colonels généraux de l'infanterie corse et colo-
nels du seul régiment corse qui fût alors au service
de France. La seconde raison , c'est que la charge de
colonel général d'une infanterie étrangère n'impliquait
pas le droit d'exercer son autorité sur cette troupe ,
mais, ce qui est bien différent , l'obligation de la pro-
téger auprès de la cour de France . Les colonels géné-
raux de l'infanterie suisse et grisonne , qui tous furent
français et de grande maison , n'exercèrent jamais
aucune action réelle sur les régiments suisses, puisque
ceux-ci , en vertu des capitulations , avaient leurs règle-
ments particuliers , leur justice militaire spéciale ; mais
ils recevaient tous les hommages dont on entoure de
hauts protecteurs . Les chefs des régiments étrangers ,
indépendants l'un de l'autre et affranchis de toute au-
122 HISTOIRE
torité supérieure , étaient donc de vrais colonels et
devaient s'appeler ainsi .
Nous avons suffisamment indiqué les phases qu'ont
subies le mot et l'emploi de colonel . Il nous faut main-
tenant parler d'un autre titre , dont le sens véritable a
été encore plus mal compris. Ce titre est celui de
mestre de camp. Il semble que ce mot, d'une tournure
toute française , eût dû dès le commencement avoir une
valeur bien définie . Il n'en fut point ainsi . C'est que ce
mot était , lui aussi , entré dans la langue militaire par
suite d'un de ces emprunts incomplets faits à l'étranger ,
où l'on prenait le terme sans prendre en même temps
la chose . A une époque que nous ne saurions préciser,
mais antérieure à l'année 1536 , on avait compris en
Espagne l'avantage qui résultait du fractionnement des
troupes en corps , ni trop gros , ni trop faibles , et autant
que possible égaux entre eux . L'infanterie espagnole,
qui se composait comme celle de France de bandes.
commandées par des capitaines et susceptibles d'être
réunies en campagne sous les ordres d'un capitaine
général , fut donc divisée en tercios ou régiments de la
force d'environ trois mille hommes , et ces tercios ( 1 ) ,
lorsqu'ils étaient assemblés , obéissaient à des officiers
nommés maestres de campo , qui servaient ainsi d'inter-
(1) La signification du mot tercio en espagnol ne peut se rendre en
français que par ces mots, charge divisée, autorité partagée, fraction-
nement.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 123
médiaires entre le capitaine général et les simples ca-
pitaines.
L'utilité de cet intermédiaire se faisait aussi sentir en
France , surtout dans les grandes armées de Picardie et
de Piémont , où un colonel avait quelquefois sous ses
ordres jusqu'à quinze mille hommes . On eut donc des
mestres de camp , mais on n'adopta qu'une partie de
l'institution espagnole : c'est- à-dire qu'il n'y eut de
mestres de camp que dans les grandes armées, et que ,
même dans celles-ci , il n'y en avait qu'un seul .
Cette nouveauté parut dans les dernières années du
règne de François Ier , et , si l'on en croit Brantôme, il y
a lieu de penser que ce fut le fameux Montluc qui fut
le premier revêtu de cette charge (1 ) en 1545 pour l'ex-
(1) Montluc, dans ses Conumentaires , s'attribue à lui - même le titre
de mestre de camp en 1545 , mais sans dire s'il fut le premier qui l'ait
porté, ce qui semble étonnant. Voici , du reste , le passage de Bran-
tôme : « Quant à nous autres Françoys, je m'en suis cent fois estonné,
et beaucoup de capitaines avec moy, comment le temps passé ils ont
pu faire tant de belles guerres sans collonnels et mestres de camp ; car
chaque capitaine estoit mestre de camp de leurs gens , fussent qu'ils
en eussent peu ou beaucoup. Du depuis , nous en avons eu en France à
quantité , mais non pas du règne du roy Françoys. Sur son déclin ,
M. de Montluc le fut seul devant Boulogne. Du temps du roy Henry II,
M. de Montluc l'a esté seul en Piedmont, et puis en sa place le baron
d'Espic , lorsqu'il fut esleu du roy son lieutenant dans Sienne en
Toscane... Le capitaine Aisnard l'a été seul . M. de Montmas seul , fors
aux places assiégées, où l'on commettoit un pour l'importance, ainsi
que fit monsieur de Guise le capitaine Fayas dedans Metz et autres
places de conséquence assiégées , ou qu'on alloit assiéger..... M. de
124 HISTOIRE
pédition d'Angleterre . Du Bellay ne cite point de mes-
tres de camp français avant cette époque , ce qui donne
un grand degré de probabilité à l'assertion de Bran-
tôme. On remarquera que ce nouvel officier apparaît
dans les armées au moment où la charge de colonel de
l'infanterie devient très-considérable, au moment même
ou M. de Taix réunit sous son commandement toutes
les bandes françaises assemblées entre le Havre et Bou-
logne pour une grande entreprise contre l'Angleterre .
C'est que, dans le principe , le mestre de camp ne fut
point un officier préposé au commandement d'une frac-
tion de l'infanterie , mais un adjoint au colonel général ,
un chef d'état-major chargé de tous les détails du com-
mandement , et placé entre le colonel général et les capi-
taines , séparés désormais par une trop grande distance .
Le mestre de camp transmettait aux troupes les ordres
du colonel général , conduisait les bandes dans les mar-
ches , choisissait l'assiette du camp , y maintenait les rè-
glements et la discipline , terminait les différends qui
Crozes le fut seul en Corsègue (Corse)..... M. de Boësce , gentilhomme
de Périgord , brave et vaillant homme , s'est veu le seul mestre de
camp, tant à la campagne que dans les villes : car la paix estoit faite,
et les compagnies resserrées aux garnisons ……….. Comme j'ay dit cy-de-
vant, sur le déclin du roy Françoys II et du commencement de
Charles IX (1560) , ne se trouva en la France qu'un seul mestre de
camp, à cause de la paix , qui resserra les compagnies dans les places
et garnisons..... » Cette assertion deux fois répétée d'une manière
si positive suffit bien pour démontrer qu'en 1560 il n'y avait point
encore de régiments .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 125
pouvaient survenir entre les capitaines , et les jours de
combat , désignait la place de bataille des diverses
bandes . L'action engagée , il secondait le colonel général
et prenait quelquefois sous ses ordres la direction de
quelque mouvement particulier . On voit que ces fonc-
tions primitives du mestre de camp étaient fort impor-
tantes aussi , les officiers revêtus de ce titre se multi-
plièrent rapidement . C'était pour les colonels généraux
un grand soulagement ( 1 ) , et d'un autre côté , c'était
un moyen commode de récompenser les services et les
connaissances militaires de quelques capitaines qui n'a-
vaient pas assez de naissance pour arriver aux hautes
charges. Il y eut donc bientôt autant de mestres de camp
que de colonels, c'est- à - dire un par armée ou détache-
ment d'armée . Sous Henri II , après l'occupation de Metz
et lorsque la puissance des Français en Italie se réduisit
à la possession de quelques places , on mit un mestre
de camp extraordinaire à la tête des garnisons les plus
importantes ; ainsi il y eut des mestres de camp à Metz,
à Sienne , à Turin... Ces mestres de camp avaient le
commandement supérieur des troupes à pied pendant
les quartiers d'hiver , lorsque le colonel général était
retourné à la cour . Les choses se passèrent ainsi jusqu'à
(1) « Je ne parleray point ici des généraux de la cavalerie , ny des
colonels de l'infanterie, parce que ce sont deux estats qui se doivent
donner aux princes ou grands seigneurs, et encore qu'ils soient jeunes
et peu expérimentez , cela n'importe, pourveu que le mestre de camp
soit bien expérimenté . » (Commentaires de Montluc. )
426 HISTOIRE
la mort de Henri II , et à cette époque , comme l'on était
en paix , il n'y avait plus en France qu'un seul mestre
de camp en fonctions , Brantôme le dit expressémentt ;
et cet officier était monsieur de Boëce , mestre de camp
de la garnison de Metz , ville récemment conquise .
Nous ajouterons que les mestres de camp des vieilles
bandes françaises, c'est-à -dire ceux qui étaient direc-
tement attachés aux colonels généraux tant en deçà
qu'au delà des monts , suivirent l'exemple de leurs
chefs et se firent appeler mestres de camp généraux ( 1 ) .
Les guerres civiles produisirent à l'égard du titre de
mestre de camp la même confusion que pour celui de
colonel . D'abord tous les gentilshommes qui levèrent
des troupes et qui prirent l'enseigne blanche , voulurent
avoir un mestre de camp sous eux , de sorte qu'on vit
telle levée, qui ne comptait pas mille hommes , avoir un
colonel et un mestre de camp . D'un autre côté , les ca-
pitaines de bandes , qui n'eussent pas osé se qualifier
de colonels , lorsqu'ils se mettaient en campagne pour
l'un ou l'autre parti , se donnaient au moins le nom de
-mestre de camp , qui ne tirait pas à conséquence , puis-
qu'il n'y avait plus alors de mestres de camp généraux
en charge pour s'opposer à un pareil abus , comme fai-
(1) Henri II entra à Metz le 18 avril 1552, et y laissa en garnison
dix vieilles bandes « avec le capitaine Boisse, qui est mestre de camp
général de toutes les bandes françoises de deçà les monts. » (Mẻ-
moires du maréchal de Vieilleville.)
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 127
saient les colonels généraux pour l'usurpation du titre
de colonel. Rien n'arrêta donc la multiplication des
mestres de camp , et cela vint à un tel point que Bran-
tôme a pu dire : « Vous avez eu tant en France de ces
mestres de camp , que j'en ferois perdre la mémoire à
ceux qui les voudroient apprendre par cœur..... mais ,
ma foy, la teste me fait mal , quand je les veux tous re-
passer par ma mémoire , car il y en a une milliace.....
il y en a tant eu et s'en fait tant tous les jours , que , par
manière de dire , il n'y a guères contrée en France , que,
si on en bat les buissons , on en verra sortir un mestre de
camp, ainsi qu'on disoit du temps passé des capitaines
de la Gascogne ..... » Après cet avilissement du nom de
mestre de camp , ce titre ne pouvait plus être porté par
un officier général ; il fut laissé aux chefs des régi-
ments (1 ).
Il nous reste maintenant à donner l'origine du mot
régiment et à expliquer comment il est arrivé peu à peu ,
vers la fin du seizième siècle , à signifier ce qu'il exprime
encore de nos jours , un corps de troupes organisé d'une
(1 ) On doit remarquer que depuis le moment où l'infanterie fut
organisée en régiments, et où les chefs de ces corps prirent le titre de
mestres de camp, il n'y eut plus de mestre de camp général des gens
de pied , et cette charge ne fut jamais rétablie. Dans la cavalerie et
les arquebusiers à cheval ou dragons , qui ne furent enrégimentés
qu'en 1655 , il y eut , au contraire, toujours des mestres de camp
généraux , exerçant , après les colonels généraux , la seconde charge de
ces armes.
128 HISTOIRE
manière permanente , assez nombreux pour avoir-par
lui- même une valeur imposante , et pourtant d'un ef-
fectif assez restreint pour que son instruction , sa disci-
pline et son administration puissent facilement être sur-
veillées , dans l'ensemble comme dans le détail , par un
seul homme ; une association habilement combinée , sa-
vamment graduée , dont tous les membres , quel que soit
leur caractère et leur humeur, arrivent nécessairement
à faire abstraction d'eux- mêmes , et à marcher vers un
but unique , le bien du service , l'honneur du drapeau ;
une famille militaire , ayant son nom , ses traditions et
son avenir, où les hommes passent sans que l'esprit qui
les anime change .
Quoique sa racine soit latine , le mot régiment n'est
arrivé en France qu'en passant par l'Allemagne . Martin
du Bellay se sert pour la première fois de cette expres-
sion sous la date de 1523 , en l'appliquant à des corps
X de lansquenets. Les équivalents français de régiment
étaient alors direction , gouvernement , conduite , charge .
Ces deux derniers mots étaient surtout employés pen-
dant la première moitié du xvIe siècle pour exprimer
l'autorité d'un chef sur une troupe . Ainsi l'on disait :
Tel capitaine ayant la charge ou la conduite de tant
d'hommes de pied ; tant d'enseignes dont a la charge ou
la conduite le seigneur de Lorges ; tant de gens de pied
étant sous la charge du capitaine la Mole . Peu à peu le
mot régiment , qui avait exactement la même significa-
tion, mais qui avait le mérite de la nouveauté, se subs-
titua aux anciens termes, et l'on dit : les bandes fran-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 129
çaises dont a le régiment le sieur de Taix ; les vieilles
enseignes de Piémont étant sous le régiment du comte
de Brissac . A partir du règne de Henri II , on ne parle
presque plus autrement , et l'on commence déjà à voir
le mot régiment employé dans un sens collectif, c'est-à-
dire, que par abréviation , on disait : les vieilles bandes
picardes du régiment de M. de Coligny et même le régi-
ment de Piémont , dont est colonel M. de Brissac . Il est
clair que pour des lecteurs inattentifs ou insuffisamment
renseignés de telles façons de parler semblent indiquer
que les régiments de Picardie et de Piémont existaient
sous Henri II ( 1 ) ; mais si l'on observe que ces tour-
(1 ) L'assertion si positive, si précise de Brantôme, que nous avons
citée plus haut, pourrait suffire pour témoigner qu'il n'y eut point de
régiments avant Charles IX ; cependant nous croyons utile de réfu-
ter les opinions d'un auteur qui jusqu'à présent fait autorité en ces
matières. Nous reprendrons donc les principaux faits cités par Daniel .
Le premier se rapporte à la bataille de Cérisolles en 1544 , où ,
d'après le récit de Montluc, il y avait des régiments. Daniel lui-même
avoue qu'il ne croit point qu'il y eût alors des régiments . En ceci
Daniel a eu raison , et pour un esprit logique il n'y avait qu'une con-
clusion à tirer de là , c'est qu'il fallait se défier des termes employés
par Montluc, dont les Commentaires , d'ailleurs , n'ont été rédigés que
sous Henri III . Cependant Daniel ne fait aucune difficulté d'admettre,
toujours d'après Montluc, qu'il y avait des régiments en 1558 au siége
de Thionville . Ici , bien que Daniel affirme qu'il n'a point épargné sa
peine pour débrouiller cette matière , nous sommes obligés de dire
que le célèbre historiographe de France a été très- malheureux .
Il reconnait que Montluc était au siége de Thionville colonel gé-
néral par intérim de l'infanterie , qu'il exerçait cette haute charge à
la place de M. d'Andelot , momentanément disgracié pour ses opi-
HIST . DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM . I. 9
130 HISTOIRE
nures abrégées ne sont point employées exclusivement,
et qu'elles figurent concurremment avec les anciennes
locutions dans les écrits des auteurs contemporains , on
reconnaîtra aisément qu'il n'y avait rien de changé dans
nions religieuses, et il ne voit pas qu'alors toutes les bandes fran-
çaises étaient sous le commandement de Montluc , et que Montluc
pouvait fort bien dire mon régiment , sans qu'il y eûl matière à con-
clure que cet illustre guerrier avait à lui , en propre , un corps de
dix ou douze enseignes , dont il fût le chef particulier , comme cela
eût pu être vrai quelques années plus tard . Daniel s'enferre d'autant
plus dans son erreur que dans le même récit Montluc dit que le roi
lui avait mandé de ne point quitter le siège de sa personne pour aller
au secours de Corbie , parce qu'il n'avait qui que ce fût pour com-
mander les régiments , s'il fallait donner bataille . Ainsi , selen Daniel ,
il y avait déjà plusieurs régiments . Il n'avait donc jamais remarqué
dans les écrits du XVIe siècle que non - seulement les armées se com-
posaient d'autant de bataillons , régiments ou divisions qu'il y avait
d'espèces de bandes, vieilles et nouvelles bandes françaises, légion-
naires, Italiens , Suisses , lansquenets , mais encore que l'on appelait
régiments les réunions temporaires des compagnies de gendarmes ,
d'arquebusiers à cheval , d'Albanais et autres troupes de cavalerie
légère. Pourquoi n'a-t-il pas conclu qu'il existait dès ce temps-là de
véritables régiments de cavalerie ? -- Le troisième fait qu'il cite est
aussi de 1558. Il a lu dans l'extraordinaire des guerres de cette année
cette inscription : Dix enseignes françoyses arrivées d'Italie dont le
sieur de la Mole est colonel , Tout autre qu'un esprit prévenu eût
conclu de là qu'il n'y avait point alors de régiments, car si ce corps
de la Mole eût été un régiment , pourquoi le registre officiel ne l'eût-il
pas appelé par son nom ? Le titre de colonel , qui n'a été appliqué au
chef d'un régiment français qu'en 1661 , n'inspire même aucune ré-
flexion à Daniel. Il est vrai qu'il avait une idée fixe, c'est que bandes,
légions , régiments sous Henri II , régiments sous Louis XIV , tout
cela était une seule et même chose avec des noms différents.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 131
l'organisation de l'infanterie , que cette expression de
régiment n'était encore sous Heuri II que l'équivalent
de charge , et que tout au plus pourrait-on dire qu'elle
s'appliquait , avec un sens collectif , à l'ensemble des
bandes reconnaissant l'autorité, soit du colonel général
en deçà des monts , soit du colonel général au delà des
monts, et par analogie, aux bandes réunies temporaire-
ment sous les ordres d'un colonel ou d'un mestre de
camp pour une expédition particulière ou la défense
d'une place , c'est-à-dire à des corps sans analogie avec
ce qu'on appela depuis des régiments , et ressemblant
plutôt aux divisions et aux brigades d'infanterie de nos
jours . Il est évident qu'il n'y eut de régiments vérita-
bles que le jour où des mestres de camp furent placés
d'une manière permanente à la tête d'un certain nom-
bre de bandes entretenues , et où ces mestres de camp
ne furent plus des officiers généraux exerçant une fonc-
tion générale .
De tout ce qui précède on peut conclure que sous les
règnes de François Ier et de Henri II , l'unité de formation
de l'infanterie était la bande ou compagnie d'environ
300 hommes commandée par un capitaine ; que pen-
dant la guerre et pour le temps de campagne seulement,
les bandes de même espèce étaient réunies dans chaque
armée pour former, sous le nom de bataillon , une divi-
sion ou brigade, commandée par un officier général
nommé d'abord capitaine général , puis colonel ; que,
dans les dernières années de François Ier , l'importance
de ces commandements d'infanterie s'étant accrue, cha-
132 HISTOIRE
que colonel eut sous lui un adjoint , appelé mestre de
camp ; qu'à partir de l'avénement de Henri II à la cou-
ronne , les charges de colonels , pour les bandes des gran-
des armées de Picardie et de Piémont , devinrent perma-
nentes , que les deux officiers qui en furent revêtus pri-
rent le titre de colonels généraux , et que leurs adjoints
s'appelèrent mestres de camp généraux ; enfin qu'à la
mort de Henri, la paix étant faite , l'état de l'infanterie
française régulière se composait du colonel général et
des vieilles bandes de Picardie , du colonel général et des
vieilles bandes de Piémont et d'un seul mestre de camp
chargé du commandement supérieur des garnisons de
Metz , Toul et Verdun , villes que leur situation enclavée
au milieu des terres de l'empereur et du duc de Lorraine
forçait de laisser sur le pied de guerre .
Pour achever le tableau de l'organisation de l'infan-
terie à cette époque , nous ajouterons que le colonel gé-
néral, en temps de guerre , outre le mestre de camp gé-
néral, avait encore au-dessous de lui deux autres officiers
auxiliaires , c'étaient le sergent de bataille (1 ) et le grand
prévôt des bandes . Le sergent de bataille avait pour
fonctions spéciales le soin des alignements et l'arrange-
(1) La charge de sergent de bataille fut créée en 1515. A la fin du
XVIe siècle, l'officier revêtu de cette charge prit le titre de sergent-
major général . Comme il n'y avait plus de mestre de camp général ,
elle avait acquis de l'importance. Elle fut supprimée en 1668 à la créa
tion des brigadiers.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 133
ment des troupes sur le champ de bataille . Le grand
prévôt était investi du pouvoir de juger en dernier res-
sort et de réprimer tous les délits contre la morale , la
discipline et les règlements militaires .
Ainsi l'on voit que l'infanterie d'une armée repro-
duisait exactement , mais sur des proportions plus
vastes , l'organisation de la bande , de l'unité de forma-
tion .
C'était d'une part : et de l'autre :
le colonel général, le capitaine,
le mestre de camp général , le lieutenant ,
l'enseigne colonel , l'enseigne ,
le sergent de bataille , le sergent,
le grand prévôt des bandes , le caporal (1 ) ,
les bandes , les gens de pied.
Avant de passer aux révolutions que subit cette orga-
nisation si simple pendant les premières années des
guerres de religion , il faut revenir une dernière fois sur
ces légionnaires, qui , dans les circonstances critiques ,
étaient appelés à grossir les rangs de l'infanterie .
Nous avons montré comment l'institution de François Ier,
après douze ans à peine de durée, était tombée dans une
déconsidération complète au moment où ce prince mourut .
Ces légions ne furent point abolies . Elles ne pouvaient
pas l'être, du moins dans leur principe , car elles repré-
(1) On a vu , d'après Vieilleville, que dans les bandes , les caporaux
étaient chargés de l'exécution des peines encourues par les soldats .
134 HISTOIRE
sentaient toujours la taille extraordinaire de guerre , c'est-
à-dire, si l'on peut parler ainsi , la levée en masse des ro-
turiers , correspondant à l'arrière-ban de la noblesse,
exigible l'un et l'autre quand l'Etat avait besoin de dé-
ployer toutes ses ressources (1 ) . Les légionnaires conti-
(1) Le passage suivant des Mémoires du maréchal de Vieilleville
est propre à donner l'idée des ressources de la France pour une
grande expédition au milieu du XVIe siècle , et de la valeur respec-
tive des divers éléments d'un semblable armement . Il s'agit de l'ar-
mée mise sur pied pour la conquête des Evêchés. C'est Henri II qui
parle en son conseil : « Nous avons encore quatre bons mois de
loisir pour mettre sus une gaillarde armée , de laquelle je veulx que
le rendez-vous soit sur la fin du mois de mars 1552 , aux environs
de Jouynville, et sur les limites de la frontière de Champagne………… . et
veulx, outre ma gendarmerie (il a dit plus haut que son effectif est de
4,500 hommes d'armes , ce qui suppose environ 25,000 hommes à
cheval), que j'augmenteray encores de 500 lances , remplir mon armée
de 6,000 chevaux-légiers, cent pour compaignie ; desquels, dès main-
tenant, je fais et constitue colonnel mon cousin le duc de Nemours ;
et ne vacqueray, tout le reste de ce mois d'octobre , que à distribuer
et despêcher des commissions pour les levées de ladicte cavallerie , et
pour cent enseignes de gens de pied , nouvelles bandes de 300 hommes
chacune, et de soixante compaignies de harquebuziers à cheval , cent
hommes pour compaignie ; avec quarente enseignes de vieilles bandes
que je tireray tant de Piedmont que des autres villes frontières de
mon royaume, qui sont de deux cents chacune ; et despêcheray en
Allemaigne à mes bons , fidelles pensionnaires , les colonnels de
pistoliers et lansquenets , de m'amener vingt cornettes de gens de
cheval, à trois cents hommes chacune , et six régimens de gens de
pied, à dix enseignes par régiment, de cinq cents hommes chacune ;
et m'asseure que mes bons confédérez les cantons de Suysse me
fourniront, aussitost que mandez , douze mille bons hommes ; sans
compter les légionnaires de Normandie, Champaigne et Picardie, qui
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 135
nuèrent donc de figurer, mais avec un rôle de plus en
plus obscur , dans les guerres des premières années de
Henri II . Une des plus désastreuses journées qui aient
jamais lui pour la France vint leur rendre une impor-
tance momentanée . Le 10 août 1557 , la majeure partie
des vieilles bandes de Picardie avait péri à Saint-
Quentin. Les débris de cette brave infanterie avaient été
obligés de se jeter dans les places pour arrêter un enne-
mi victorieux déjà arrivé au cœur de la France . Dans une
situation aussi désespérée , Henri II n'avait qu'un parti
à prendre : abandonner l'Italie , rappeler à lui à marches
forcées les vieilles bandes de Piémont , chercher à en im-
poser à ses adversaires en reconstruisant avec fracas
l'édifice ruiné des légions et obtenir par là une paix la
moins désavantageuse possible . C'est ce qui eut licu .
Pendant que le roi préparait avec éclat une réimpres-
sion de l'ordonnance de 1534 ( 1 ) , et faisait sonner bien
pourront revenir à douze mille hommes , et environ huict ou dix
mille bons chevaux des arrière-bans de la noblesse casanière de mon
royaume..... En quoy , tout l'hyver se passa ; et n'y avoit bonne ville,
où les tambourgs ne se fissent ouïr pour faire levée de gens de pied,
où toute la jeunesse des villes se desroboit de père et mère pour se
faire enroller, et la pluspart des boutiques demeurèrent vuides de
tous artisans , tant estoit grande l'ardeur , en toutes qualités de gens,
de faire ce voyage et de veoir la rivière de Rhin . »
(1) Voici les principales dispositions de l'ordonnance du 22 mars
1558 :
Le roy , ayant connu combien il lui est nécessaire pour la seureté ,
conservation et défense de son royaume , dresser et remettre sus une
136 HISTOIRE
haut cette nouvelle force de quarante- deux mille hommes
de pied que les légions allaient lui fournir , le duc de Guise
accourait du pied des Alpes , au milieu de l'hiver, avec
force de gens de pied , et, par les provinces d'iceluy, en forme de
légions , pour d'icelles forces se servir et ayder ainsi que l'affaire le
requerra, et que bon lui semblera, a faict les ordonnances qui se en-
suivent, lesquelles il veut dorénavant être gardées et observées invio-
lablement par tous ceux et ainsi qu'il appartiendra :
Et premièrement, ledit seigneur veut et entend dresser sept légions
de pied, en chacune desquelles légions y aura six mille hommes , qui
se lèveront et mettront sus dès cette heure ès pays et provinces de son
royaume cy- dessous déclarez : c'est à sçavoir : Au pays et duché de
Normandie se fera et dressera une légion ; au pays et duché de Bre--
tagne une autre légion ; au pays de Picardie et Isle de France , une
autre; au pays et duché de Bourgogne, comté de Champaigne et Niver-
nois , une autre ; ès pays de Dauphiné , Provence , Lyonnois et Au-
vergne, une autre ; au pays de Languedoc , une autre légion ; au pays
et duché de Guienne, une autre, qui feront en tout 42,000 hommes de
pied .
Et veut et entend ledict seigneur que tous les capitaines desdites
légions, lieutenants, enseignes, caporaux, chefs de bandes , sergents de
bataille et autres officiers d'icelles légions , soient tous du pays où se
levera ladite légion .
Lesquels gens de pied et chefs seront entièrement francs et exempts
de toutes tailles et tributs , pourvû toutesfois qu'il ne sera enrollé
homme ès bandes desdites légions, qui ait accoutumé de payer tailles
plus haut de vingt sols par an. Et là où aucun d'iceux auront accou-
tumé de païer plus grosse somme que lesdits vingt sols ; en ce cas ils
ne seront quittes et exemts que de ladite somme tant seulement
et païront l'outre plus en quoy ils pourroient avoir été imposéz à
la taille , tout ainsi qu'ils fairoient , s'ils n'estoient desdites légions .
Et quant aux capitaines, lieutenants et enseignes, ledit seigneur veut
et ordonne que durant le temps qu'ils auront lesdites charges , ils
soient quittes et exemts du devoir et service qu'ils seront tenus et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 137
une partie des vieilles bandes de Piémont, rassemblait
les restes des vieilles bandes de Picardie, et dès les pre-
miers jours de janvier 1558 , au moment où l'Europe
obligéz de lui faire à cause de leurs fiefs, si aucuns en ont, sans que,
pour raison de ce, on leur puisse aucune chose demander.
Et ordonne ledit seigneur , qu'en chacune légion , y aura quinze
enseignes sous treize capitaines particuliers et deux sous le colonel
de ladite légion , à raison de quatre cents hommes pour chaque en-
seigne, et en chacune légion y aura un sergent-majour, etc.
Pour terminer ce qui regarde les légions , nous ajouterons les dé-
tails suivants, qui serviront en même temps de réfutation à l'opinion
qui veut que les régiments de Picardie, de Champagne, etc., aient été
la continuation des légions de Picardie, de Champagne, etc.
La légion de Normandie eut pour premier colonel M. de Paloiseau ,
remplacé en 1562 par M. de Bricqueville d'Ausboc. Il n'en est plus
question après 1563 .
La légion de Bretagne paraît avoir été commandée par Sébastien
de Luxembourg , baron de Martigues. Ses arquebusiers figurent à la
bataille de Dreux en 1562. C'est la seule fois qu'il en soit fait mention .
La légion de Picardie eut successivement pour colonels , en 1558
M. de Crézègues, en 1562 M. de la Boëssière , en 1563 Claude d'Es-
tavaye , et en 1569 Antoine de Mailly, seigneur d'Auchy. Elle dispa-
raît vers cette époque.
La légion de Champagne est d'abord commandée par Claude
d'Anglure , seigneur de Jours , puis en 1567 par Claude de Diou ,
seigneur de Montpeyroux , enfin en 1569 par Antoine de Boves ,
seigneur de Rance. Il en est encore question en 1575.
La légion de Dauphiné a pour premier colonel le célèbre François
de Beaumont , baron des Adrets . Elle se divise en 1562. Remise sur
pied en 1567 sous le nom de légion de Lyonnois et aux ordres de
M. de Saint-Marcel . On cite encore les légionnaires de Provence en
1585, au siége de Montélimart.
La légion de Languedoc, colonel Louis de Foix d'Amboise, comte
d'Aubijoux, disparaît dès les premiers troubles.
La légion de Guyenne, colonel M. de Duras, dissipée en 1562, ré-
138 HISTOIRE
croyait la France écrasée , il reprenait sur les Anglais
cette ville de Calais qu'ils tenaient depuis deux cent
douze ans. Il courait de là en Champagne et le 23 juin
tablie en 1565 sous les ordres de M. de Tilladet de Saint-Orens, dis-
paraît peu après .
D'Aubigné cite, sous l'an 1562, une légion de Vendosmois com-
mandée par le poëte Ronsard . C'était sans doute une fraction de la
légion de Bretagne, ou de celle de Normandie.
Nous avons donné la chanson du Franc taupin . En voici une autre
de 1562 qui s'adresse aux légionnaires et qui exprime l'opinion des
contemporains sur cette milice. Cette pièce, conservée dans la collec-
tion Maurepas , et qui a pour titre chanson des Corporeaux, fut com-
posée après la bataille de Dreux , où, comme l'on sait, la victoire eût
échappé à l'armée royale sans l'héroïsme des Suisses et des vieilles
bandes. La chanson des Corporeaux n'est évidemment qu'une seconde
édition de celle du Franc taupin .
Un corporeau fait ses préparatifs
Pour se trouver des derniers à la guerre.
S'il en eust eu , il eust vendu sa terre,
Mais il vendit une botte d'oignons.
Viragon, vignette sur vignon.
Un corporeau , avant que de partir,
Dévotement fait chanter une messe ;
Et si vous a sainte hardiesse
De n'assaillir jamais que des oysons ,
Viragon, .....
Un corporeau bravement se monta
D'un asne fort qui portoit la poirée
Et son valet d'une pecque escrouppée ; (rosse morveuse)
Pour son sommier, il print le poullichon .
Viragon,.....
Un corporeau grève et cuissots avoit ,
Bien façonnez d'une longue citrouille,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 139
emportait Thionville d'assaut . Ces prodigieux exploits
accomplis par une poignée de vieux soldats amenèrent le
traité de Câteau-Cambrésis , et firent rentrer dans leur
Clouéz de bois qui jamais ne s'enrouille ;
Un plat d'estain il print pour son plastron.
Viragon,.....
Un corporeau des gantelets avoit,
Dont l'un étoit fait d'ozier et d'éclisse ;
Pour l'autre il print une grande écrevisse,
Et meit la main dedans le croupion .
Viragon ,.....
Un corporeau en son escu portoit
Le rouge et le blanc de la sommellerie ;
D'ongles de porc sa lance étoit garnie,
Et sa devise étoit : « Nous en fuirons . >>
Viragon,.....
Un corporeau une arbaleste avoit
D'un vieil cerceau d'une pipe rompue,
Sa corde étoit d'estouppe toute écrue,
De bois tortu étoit le vireton . (le trait)
Viragon,.....
Un corporeau une harquebuze avoit
D'un franc sureau cueilly de cette année,
Son casque étoit d'une courge escornée ,
Et les boullets de navets de maison.
Viragon,.....
Un corporeau sa brigandine avoit
De vieux drappeaux et de vieille féraille,
Et si gardoit pour un jour de bataille,
Un viel estoc d'un viel fer d'Arragon.
Viragon,.....
Un corporeau à la montre s'en va ;
Il a prié monsieur le commissaire
Delui passer sajument et son haire, (harnais, fourniment)
140 HISTOIRE
nullité ordinaire les soldats des légions , qui n'avaient
même pas eu le temps de joindre leurs enseignes .
Et l'advouer pour vaillant champion .
Viragon,.....
Un corporeau au trésorier s'en va :
Mortbieu ! Sangbieu ! puisque le roy me paye,
Despêchez -vous de me bailler ma paie,
Et me conter des escus ou testons.
Viragon,.....
Le trésorier à la bourse fouilla ,
Et luy a dit : « Corporeau, vaillant homme,
Contentez-vous , tenez, voilà en somme,
Quarante francs en méreaux et jettons (projectiles pour
Viragon,..... fronde)
Un corporeau retourne en sa maison ;
A son retour ses voisins il convie
Leur dit : Voyez , je suis encore en vie ;
Gardé me suis de six coups de canon .
Viragon ,.....
Un corporeau à ses voisins compta,
Qu'il avoit eu contre un reistre querelle,
Et toutefois qu'à grands coups de bouteille
Il l'avoit fait venir à la raison.
Viragon, .....
Un corporeau à ses amis jura
Ne retourner jamais à la bataille,
Si pour l'armer n'avoit une muraille
Cent pieds d'espais , et un voulge aussi long . (épieu)
Viragon ,.....
Un corporeau devant Dien protesta
Que, pour la peur qu'il avoit de combattre,
Il aimoit mieux chez lui se faire battre,
Que de chercher si loing les horions .
Viragon, vignette sur vignon.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 141
Quand vinrent les troubles excités sous Charles IX
par la différence de religion et par d'autres motifs poli-
tiques qu'il est inutile de spécifier ici , les légions , émi-
nemment empreintes par leur constitution même de
l'esprit de localité, furent entraînées dans tous les désor-
dres des guerres civiles , suivirent la fortune des gou-
verneurs de provinces , la plupart révoltés contre l'au-
torité royale , et disparurent peu à peu . Un grand nom-
bre de légionnaires entra dans la composition des
régiments levés par les divers partis , un plus grand
nombre se transforma en compagnies de garnison en-
tretenues par les villes et bourgs pour leur sûreté . Il
est question pour la dernière fois des légionnaires au
siége de Montélimart en 1585 .
142 HISTOIRE
CHAPITRE VII.
Etat des vieilles bandes sous François II. Premier essai d'organisa-
tion régimentaire en 1561. Première institution des Gardes-
françaises en 1563. Première institution des Gardes - suisses en
1567. Deuxième essai d'organisation régimentaire en 1567. Ins-
titution définitive des régiments en 1569.
Nous voici arrivés à la partie la plus délicate de ce
travail . Nous entrons dans une période de dix années
d'anarchie complète . D'un bout à l'autre du royaume,
il n'y a plus d'institutions militaires, ni d'armée ; tout le
monde est soldat pour son compte , pour sa propre
sûreté . Tout soldat qui réunit trente hommes autour de
lui , s'intitule capitaine ; tout capitaine qui en a deux
cents veut être mestre de camp , et dans chaque pro-
vince il y a des colonels pour le roi , et des colonels
pour la religion . La royauté , lasse de ne pas être obéie ,
renonce à commander, et n'a plus recours qu'à la ruse .
On conçoit que dans un pareil désordre , on chercherait
vainement les traces des décisions qui ont successive-
ment modifiél'ancienne formation de l'infanterie pour la
constituer en régiments . Les historiens contemporains ,
presque tous acteurs , ou du moins spectateurs très -inté-
ressés, dans le sombre drame qui se jouait en France ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 143
étaient trop pleins des grandes questions qui leur met-
taient les armes à la main pour s'occuper d'un détail
relativement insignifiant ; et c'est à peine si on trouve
çà et là dans leurs Mémoires quelques indices incom-
plets propres à guider les pas de la postérité curieuse .
Il est pourtant certain que c'est du milieu de ce chaos
qu'est sortie, inaperçue, sans bruit , cette institution des
régiments que n'avait pas su produire le règne régulier,
savant et militaire de François Ier . Il est certain qu'il
n'existait point de véritables régiments d'infanterie per-
manente avant 1560 , et qu'en 1570 , quatre , au moins,
de ces vieux corps , qui ont vécu jusqu'à la révolution ,
avaient commencé leur longue carrière .
Nous allons tâcher, en profitant des rares indications
fournies par les historiens des guerres civiles , mais sur-
tout en suivant pas à pas les traces des débris des
vieilles bandes , de déterminer d'une manière précise
l'origine des vieux corps .
Lorsque le roi Henri II fut mortellement blessé , le 10
juillet 1559 , au tournois de la rue Saint-Antoine , par
un tronçon de la lance du comte de Montgommery , la
France était en paix avec tout le monde ; les bandes
nouvelles avaient été licenciées et l'état de l'infanterie
ne comprenait que les vieilles bandes de Picardie sous
le colonel général d'Andelot et les vieilles bandes de
Piémont reconnaissant l'autorité du prince de Condé
leur colonel général . Voici quelles étaient la force et la
composition respectives de ces vieilles bandes .
Celles de Picardie comprenaient les bandes de Picar-
144 HISTOIRE
die proprement dites , au nombre d'une vingtaine d'en-
seignes, qui n'avaient point figuré au désastre de Saint-
Quentin et qui étaient réparties dans les places de la
frontière du Nord , et les bandes de Champagne , au
nombre de vingt-quatre , occupant les garnisons de
Metz , Toul , Verdun , Thionville et Marsal . Il y avait
encore quelques bandes, cinq ou six peut-être , envoyées
en 1558 en Ecosse et qui rentrèrent en 1560 , et enfin
une compagnie d'archers qui depuis François Ier fai-
sait partie de la garde des rois .
Les bandes de Piémont comptaient dix enseignes ve-
nues en France avec le duc de Guise à la fin de 1557
et ayant leurs quartiers, les unes à Calais et Guines et
les autres à Thionville ; seize enseignes qui évacuèrent
les places de l'Italie en 1559 , après le traité de Câteau-
Cambrésis , pour se rendre dans le Dauphiné , et dix
autres enseignes restées en Piémont dans les places de
Quiers, Asti , Turin , Pignerol et Chivasso laissées à la
France .
C'était donc , en tout, environ quatre-vingt-dix ensei-
gnes de gens de pied , présentant, à deux cents hommes
par enseigne, un effectif de dix - huit mille hommes , dix
mille sous le colonel général de Picardie et huit mille
sous le colonel général de Piémont .
La guerre civile commença le 15 mars 1560 par la
conjuration d'Amboise ou la tentative que firent les
protestants pour enlever cette ville où se tenait la cour .
Aussitôt après cette échauffourée , le roi se rendità Paris,
et le maréchal de Saint-André réunit sous les murs de la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 145
capitale les bandes récemment arrivées d'Ecosse et une
partie des enseignes de Picardie et de Champagne. La
cour, escortée par ces troupes quitta Paris le 10 octobre
pour gagner Orléans. En même temps les seize bandes
de Piémont, qui étaient dans le Dauphiné, arrivent sur
la Loire et sont cantonnées entre Gien et Montargis .
Ainsi à la mort de François II , qui arriva le 5 décem-
bre de cette même année , toutes les troupes d'infanterie,
qui avaient pu sans inconvénients être tirées des garni-
sons, étaient rassemblées autour d'Orléans . Mais ces
vieilles bandes s'étaient déjà divisées : une partie sui-
vait la fortune des colonels généraux tous les deux pro-
testants ; et l'on doit évaluer , tout au plus , à huit mille
le nombre des vieux soldats de l'armée catholique réu-
nis à Orléans , lors de l'avénement de Charles IX .
Le précieux passage de Brantôme, que nous transcri-
vons ici, apprend ce que l'on flt alors de cette infanterie.
<< Comme j'ay dit cy- devant , sur le déclin du roy Fran-
coys II et du commencement de Charles IX , ne se trouva
en la France qu'un seul mestre de camp , à cause de la
paix qui resserra les compagnies dans les places et garni
sons . La guerre civile vint à laquelle fallut pourvoir, et
pour ce, fallut dresser une armée sous la charge du roy de
Navarre , lieutenant général du roy , messieurs de Guise ,
le connestable et le maréchal de Saint-André, qu'on ap-
pelloit , les trois derniers , par ce nom de Triumvirat .
Pour l'infanterie furent esleus et constituez de l'inven-
tion de M. de Guise , qui s'entendoit à l'infanterie
aussi bien qu'homme de France , encore qu'il n'y ait été
HIST . DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM . I. 10
146 HISTOIRE
nourry, et l'aimoit fort, ces trois mestres de camp , à
mode des Espagnols, et iceux estoient le capitaine
Sarlabous l'aisné, que j'avois veu gouverneur de Dum-
barre en Ecosse , n'avoit pas long-temps ; le capitaine
Richelieu l'aisné , qui avoit esté autrefois lieutenant
d'une des colonnelles de monsieur de Bonnivet en Pied-
mont et gouverneur d'Albe , là mesme ; et le capitaine
Remello ; tous trois certes dignes de cette charge ; et
tous trois eurent leurs régiments à part, et sous eux trois
et leurs régiments , toute l'infanterie françoyse fut rangée ,
à mode de terces espagnols . Il y en avoit qui trouvoient
cette pluralité de mestres de camp un peu estrange .
Mais M. de Guise , qui sçavoit bien mieux que tous
eux comme il se falloit gouverner , l'ordonna ainsi... »
Ces quelques lignes, tombées de la plume d'un
homme si bien placé pour connaître les moindres par-
ticularités des choses de son temps, sont d'un prix ines-
timable pour l'histoire des régiments , et l'on ne saurait
trop s'étonner qu'elles n'aient point suffi pour redresser
les idées de Daniel et de ses copistes . Celui qui sait les
lire peut , en effet , en tirer naturellement les conséquences
suivantes .
Quand les diverses bandes d'infanterie d'Ecosse , de
Picardie, de Champagne et de Piémont, dont nous avons
parlé plus haut , furent réunies à Orléans à la fin de
1560 et qu'il fallut pourvoir à l'organisation de l'armée
royale, on se trouva dans un grand embarras relative-
ment au commandement des gens de pied , parce que les
deux colonels généraux étaient parmi les protestants et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 147
que la politique s'opposait à ce qu'on leur donnât de
nouveaux sujets de mécontentement en leur nommant
des successeurs ; parce que le seul mestre de camp qui
existât alors et à qui on aurait pu confier la conduite de
l'infanterie , sans porter atteinte aux priviléges des co-
lonels généraux , se trouvait àla tête des garnisons des
Evêchés et ne pouvait être distrait de cet important
service . Il y avait donc lieu de chercher un biais , de
trouver quelque chose de nouveau , qui remplit suffi-
samment le but qu'on se proposait , sans trop froisser
des susceptibilités qu'il fallait ménager . On rangea donc
l'infanterie de l'armée sous trois régiments commandés
par trois vieux capitaines, qui reçurent , à la vérité, le
nom de mestres de camp , mais aucun d'eux ne fut in-
vesti d'une autorité générale sur l'ensemble des bandes ;
aucun d'eux , non plus , ne pouvait par sa naissance ou
sa réputation militaire porter ombrage aux colonels gé-
néraux .
Les trois corps d'infanterie , qui furent ainsi organisés ,
sont incontestablement les premiers à qui l'on puisse
appliquer le nom de régiment dans le sens qui lui est
toujours resté depuis . Il nes'agit plus ici , sous le nom de
régiment , de la totalité de l'infanterie française d'une
armée , mais de corps séparés, ayant chacun un chef
particulier. Brantôme dit formellement que cette institu-
tion est de l'invention de M. de Guise , que c'était une
imitation des tercios espagnols, et que cette pluralité de
mestres de camp parut étrange . Ce fut donc une nou-
veauté, et dès lors il n'y a plus moyen de soutenir cette
148 HISTOIRE
opinion que la création des régiments remonte à l'année
1558 et qu'il faut en attribuer l'honneur à Henri II .
Ainsi , la formation des premiers régiments d'infante-
rie est due au duc de Guise ( 1 ) , et elle a eu lieu à Or-
léans, pendant la tenue des Etats , au commencement de
la minorité de Charles IX, dans les premiers mois de
l'année 1561 .
Quoique Brantôme dise que toute l'infanterie fran-
çaise fut rangée sous les trois régiments de Sarlabous ,
de Richelieu et de Remolle (ou Remello) , il ne faut ce-
pendant entendre ceci que pour les bandes qui étaient à
l'armée . Illyy avait encore, outre ces sept ou huit mille
vieux soldats , les garnisons laissées sur la frontière du
Nord depuis Calais jusqu'à Marsal , et les dix vieilles.
bandes de Piémont , qui n'évacuèrent les places qu'elles
occupaient qu'à la fin de 1562 , en vertu d'une conven-
tion avec le duc de Savoie, signée par le roi à Gaillon ,
le 26 septembre de cette année (2) .
Telles étaient les forces dont la cour pouvait disposer
en gens de pied , lorsque la guerre civile s'alluma sérieu-
sement au mois de mars 1562 , après le massacre de
Vassy. C'étaient trois régiments organisés et prêts à
marcher , et une quarantaine de vieilles bandes , sans
(1 ) François de Lorraine, duc de Guise, assassiné près d'Orléans
par Poltrot de Méré le 18 février 1565 .
(2) Histoire de France de la Popelinière, où nous avons beaucoup
puisé pour tous ces détails.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 149
doute fort réduites , distribuées dans les places . Au pre-
mier bruit de la catastrophe de Vassy, la noblesse pro-
testante, qui se tenait prête , s'empare des principales
villes du royaume et lève de tous côtés des troupes . Les
catholiques imitent cet exemple et en un clin d'œil
toutes les provinces sont sous les armes . Ceux de la re-
ligion trouvèrent surtout de grandes ressources dans le
midi , où ils purent recruter leur infanterie avec les vieux
soldats gascons et languedociens, licenciés depuis qu'il
n'y avait plus d'armée d'Italie . Ils se virent donc un
instant les plus forts entre la Loire et les Pyrénées , où
il n'y avait pas une seule bande royale . Il fallut pour-
voir à ce vide. La première commission fut donnée à
Montluc aussitôt après la prise d'Orléans par le prince
de Condé. Montluc leva d'abord six enseignes de vieux
soldats gascons et puis quatre autres et en forma un ré-
giment dont il fit mestre de camp son ancien lieutenant
Charry. Peu de temps après, la situation devenant de
plus en plus menaçante , on fait signer au roi , le 14 août,
des commissions pour lever trois autres régiments , l'un
en Normandie qui fut donné à M. d'Hémery , un autre
dans le Languedoc qui eut pour mestre de camp le baron
de Rieux , et le troisième en Poitou , Périgord et Quercy,
ayant pour chef M. de Sarlabous le jeune ( 1 ) . Enfin , au
(1 ) Chronologie militaire de Pinard . Nous nous sommes beaucoup
servi de cet excellent ouvrage pour toutes les dates de levée et de
licenciement des troup
150 HISTOIRE
mois de septembre , on rappela, comme nous l'avons
déjà dit, les dix vieilles bandes qui restaient au delà des
Alpes sous les ordres du comte de Brissac, récemment
nommé colonel général à la place du prince de Condé .
Ces dix vieilles bandes, connues dès lors sous le nom de
régiment de Brissac , vinrent d'abord s'établir dans le
Lyonnais . On ne toucha point en ce moment aux garni-
sons du Nord et des Evêchés .
Ainsi , au mois d'octobre 1562 , au moment où l'armée
protestante se rapprochait de Paris , et tendait la main
aux troupes allemandes que monsieur d'Andelot ame-
nait par la Lorraine et la Champagne , l'armée royale
comptait, outre les garnisons, sept régiments de vieilles
troupes reconnaissant l'autorité du comte de Randan (1 ),
nommé colonel général en deçà des monts à la place de
d'Andelot, et le régiment de Brissac n'obéissant qu'à son
colonel. Il y avait ensuite des bandes nouvelles et des
légionnaires ( 2 ) , que , par un abus de langage, on trouve
(1 ) Le comte de Randan fut tué peu de jours après au siège de
Rouen, et remplacé par le baron de Martigues .
(2) Daniel , en poursuivant son idée fixe de trouver les vieux corps
dès l'année 1562 , s'est armé de ce passage, relatif à la bataille de
Dreux, de l'Histoire italienne des guerres civiles par Davila . « Nel
corno destro del contestabile erano gli Suizzeri , fiancheggiati da i reg-
gimenti d'archibugieri di Bretagna e di Picardia . » Selon Daniel , c'est
là une preuve que le régiment de Picardie existait en 1562. En pre-
nant ainsi à la lettre les expressions de Davila, il aurait dû aussi con-
clure l'existence à cette époque du régiment de Bretagne, et de plus
que ces régiments étaient des régiments d'arquebusiers . Si Daniel
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 151
souvent désignés sous le nom de régiments , dans les
histoires contemporaines .
Voici quelle était la position de ces régiments le 19
décembre 1562 , jour de la bataille de Dreux . Charry
était à Chartres ; Hémery formait la garnison de Rouen
qui venait d'être repris ; Rieux , venu du Languedoc , les
deux Sarlabous , Richelieu , Remolle et Brissac faisaient
partie de l'armée du connétable . Après la bataille , mon-
sieur de Biron partit pour le midi de la France avec Re-
molle et Sarlabous le jeune . Celui- ci fut établi dans le
avait lu attentivement, et surtout comparé les textes de Davila , de
d'Aubigné et de la Popelinière, il aurait compris que ces prétendus
régiments de Picardie et de Bretagne n'étaient point des vieilles ban-
des . Celles-ci étaient à la réserve sous le duc de Guise, et réparèrent
le désordre occasionné par la déroute de ces Bretons et Picards. Il aurait
surtout vu cela clairement en jetant les yeux sur les gravures publiées
en 1570 par Tortorel et Périssin , représentant les différentes phases
de la bataille de Dreux , et où , à l'aide de légendes très-exactes, on
peut suivre les mouvements des divers bataillons. Ces légendes indi-
quent les différences qu'il y avait entre les vieilles bandes et les pré-
tendus régiments , car elles désignent ceux -ci par le nom de bataillon
d'arquebusiers bretons et français, et spécifient que les autres étaient
les vieilles bandes de MM . de Guise et de Brissac . Il est probable que
les régiments de Davila n'étaient autre chose que des détachements
d'arquebusiers tirés des légions de Bretagne et de Picardie . D'Aubigné
dit positivement que ces Bretons étaient venus avec M. de Martigues,
alors gouverneur de la Bretagne, et qu'il y avait dans l'armée des lé-
gionnaires . Trois faits dominent tout cela. C'est que le régiment de
Picardie n'a pris ce nom qu'en 1585 , c'est que le régiment de Breta-
gne n'a été créé qu'au milieu du XVIIe siècle, c'est qu'il n'y a eu de
régiments d'infanterie entièrement armés d'armes à feu qu'en 1671 .
152 HISTOIRE
Languedoc et Remolle en Provence . La première guerre
civile se termina le 19 mars 1563 par le traité de pacifi-
cation connu sous le nom d'édit d'Amboise . Parmi les
conventions principales de ce traité , il y eut un engage-
ment réciproque de licencier les troupes rassemblées de
part et d'autre et de remettre les choses sur l'ancien
pied, c'est-à-dire , relativement à l'infanterie , de ne con-
server que le nombre d'enseignes royales nécessaire aux
garnisons . Les protestants cassèrent immédiatement leurs
régiments de pied , et la reine-régente disloqua aussi le
régiment de Remolle qui était en Provence et celui du
jeune Sarlabous qui était dans le Languedoc , s'enga–
geant à rompre les autres régiments , aussitôt qu'on aurait
repris le Havre sur les Anglais . Monsieur d'Andelot fut
rétabli dans sa charge de colonel général de l'infanterie
française en deçà des monts , et pour lui ôter jusqu'au
moindre prétexte de mécontentement on renvoya le
comte de Brissac, colonel général de Piémont, avec ses
vieilles bandes dans les places du Dauphiné . Enfin pour
achever de calmer les méfiances de d'Andelot , on lui laissa
la faculté d'avoir autant d'enseignes colonelles qu'il y
avait de régiments dans l'étendue de son commandement .
Au lieu des deux enseignes colonelles auxquelles il avait
droit en vertu des anciennes prérogatives attachées à sa
charge, il eut donc une compagnie dévouée à ses inté-
rêts dans chacun des régiments de Richelieu , de Sarla-
bous l'aîné, de Charry , d'Hémery et de Rieux , qui étaient
provisoirement maintenus sur pied , et il put en établir
encore deux autres pour Remolle et Sarlabous le jeune,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 153
dont on dispersait les bandes , mais qui pouvaient être
rétablis au besoin . Voilà les sept enseignes colonelles de
monsieur d'Andelot, qui sont inscrites au compte de
l'extraordinaire des guerres de 1563 , et dont le père
Daniel n'a pu s'expliquer l'existence simultanée . Au prix
de ces concessions et de bien d'autres , les chefs réfor-
més consentirent à aider le roi à reprendre le Havre ,
qu'ils avaient eux -mêmes livré l'année précédente aux
Anglais .
Ce siége, auquel prirent part les régiments de Riche-
lieu , de Sarlabous aîné et de Charry , se termina le 28
juillet 1563 par la capitulation de la garnison anglaise ;
et le 1er août, conformément à la promesse faite à ceux
de la religion , tous les régiments furent cassés et réduits
en compagnies de garnison ( 1 ) . Le nombre des mestres
(1) Les renseignements suivants complètent l'histoire de ces pre-
miers régiments. Richelieu avait été formé avec l'enseigne de la
garde du roi et quelques bandes de Picardie. Après la prise du Havre,
quatre compagnies, parmi lesquelles était celle de la garde, entrè-
rent dans la première institution des Gardes-françaises . Sarlabous aîné
fut composé avec les bandes d'Ecosse et quelques compagnies picardes;
six compagnies restèrent en garnison au Havre. Remolle provenait
des bandes de Piémont rentrées en 1559. Charry fut formé en
Guyenne de vieux soldats des guerres de Piémont ; quatre compagnies
entrèrent dans les Gardes - françaises. Hémery fut formé de huit ban-
des de Champagne venues à l'armée pour faire le siége de Rouen ; ces
bandes y restèrent en garnison . Rieux était composé de vieux soldats
du Languedoc. Sarlabous le jeune, renfermait des Poitevins, des
Saintongeois et des Périgourdins . Brissac, c'étaient les dix derniè-
res vieilles bandes restées en Piémont jusqu'à la fin de 1562 .
154 HISTOIRE
de camp fut réduit à deux ; l'un pour être adjoint au
colonel général en deçà des monts , et l'autre pour ser-
vir sous le colonel général au delà des monts . Ces deux
mestres de camp furent Sarlabous le jeune et Remolle ,
qui avaient servi en qualité de volontaires à la prise du
Havre (1 ) . Jusque -là tout allait au gré des désirs des
chefs de la religion , et surtout de d'Andelot . L'infanterie
se trouvait rétablie exactement sur le pied où elle était
au temps de Henri II : des bandes de Picardie et de
Piémont , deux colonels généraux et deux mestres de
camp .
Mais Catherine de Médicis était trop prudente pour se
livrer ainsi desarmée à une reprise d'armes inopinée
des protestants , et elle n'était point assez scrupuleuse
pour craindre de manquer à sa parole . Elle méditait ,
d'ailleurs, un coup d'Etat , qui , dans sa pensée, devait
mettre un terme à toute cette agitation de la haute no-
blesse, où il y avait certes plus d'ambition que de reli-
gion : c'était de faire brusquement déclarer la majorité
du roi , quoiqu'il n'eût que treize ans , par le parlement
(1) Ces deux places de mestres de camp furent d'abord offertes à
Richelieu et Sarlabous aîné. Richelieu allait mourir . Sarlabous, qui
était de l'école de Montluc, ne se soucia point d'avoir rien à démêler
avec les colonels généraux, et préféra le commandement du Havre
qu'il garda jusqu'à sa mort en 1584. Charry était destiné au com-
mandement de la garde . Voilà comment Sarlabous jeune et Remolle
devinrent mestres de camp généraux . On ne sait point quels dédom-
magements furert donnés à MM. d'Hémery et de Rieux . On sait
seulement qu'ils rétablirent leurs régiments en 1567.`
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 155
de Rouen qu'ellesupposait plus souple que celui de Paris .
Pour cela , il lui fallait une force capable d'en impo-
ser et sur qui elle pût compter . Elle s'empressa donc,
aussitôt après la prise du Havre , de remercier les chefs
réformés, qui depuis plus d'un an n'avaient pas revu
leurs foyers , et les congédia gracieusement . Pour elle,
après avoir amusé le jeune Charles pendant deux ou
trois jours à distribuer des récompenses aux soldats
blessés et aux officiers qui s'étaient distingués, elle an-
nonça l'intention de se rendre à Paris à petites journées .
Elle se mit, en effet , en route le dimanche 1er août et
s'arrêta ce jour-là à Saint- Romain , avec les bandes de
Richelieu et de Charry qui retournaient dans leurs quar-
tiers . Richelieu , qui venait d'être mortellement blessé
devant le Havre , avait été sous les deux derniers rois
capitaine de la compagnie des archers de la garde , et
cette compagnie était entrée dans la formation de son ré-
giment . Charry était un des plus braves gentilshommes
de la Guyenne , fervent catholique , et recommandé tout
particulièrement à la reine-mère par le fidèle Montluc .
Son régiment contenait les plus vaillants soldats de la
Gascogne, presque tous vétérans des guerres d'Italie .
En voyant de si belles troupes , Catherine , qui se sentait
en ce moment libre et toute-puissante , se résolut à don-
ner au roi une garde imposante et qui n'obéît qu'à lui .
Elle réunit donc quatre compagnies de Richelieu et quatre
compagnies de Charry et en composa un corps de huit
enseignes , dont elle fit Charry mestre de camp . C'est ce
corps, appelé d'abord les enseignes de la garde du
156 HISTOIRE
roy (1 ) , qui , après plusieurs révolutions dans sa
constitution , prit enfin sous Henri III le nom de régi-
ment des Gardes -françaises .
Il est aisé de comprendre l'impression produite sur le
parti protestant par cette institution , directement opposée
à tout ce qui avait été promis dans l'édit d'Amboise .
L'explosion fut générale Les plaintes furent d'autant
plus vives que l'on s'était quitté avec plus de confiance
sur la brèche du Havre . On s'était cru presque bons
amis, et la cour n'avait répondu à la loyauté des réfor–
més que par une augmentation inouïe de la garde , et
cette garde avait déjà protégé le coup d'Etat de Rouen ,
et fait taire le mécontentement du parlement de Paris . Si
la guerre civile ne recommença pas à l'instant , c'est que
les chefs huguenots ne se sentirent pas en mesure de la
faire. Mais ils s'y préparèrent sourdement . En attendant ,
Charry, qui s'était refusé à reconnaître l'autorité de d'An-
delot et qui prétendait ne relever que du roi , fut assas-
siné, selon toute apparence sur l'ordre du colonel général .
Cet odieux attentat ralentit un peu la vivacité des plain-
(1 ) On doit remarquer que les Gardes-françaises ne furent point
instituées sous le nom de régiment , quoique ce fut un corps composé
de plusieurs bandes, ayant un mestre de camp et destiné à être en-
tretenu sur pied en temps de paix . A défaut d'autres preuves , ceci
suffirait pour démontrer qu'à cette époque le mot régiment n'avait
pas encore le sens bien déterminé qu'il eut plus tard . Régiment ex-
primait toujours une charge et non point un corps . Sans cela à quoi
bon la périphrase : Les enseignes de la garde du roy.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 157
tes des protestants , mais elles reprirent avec une nou-
velle intensité pendant le long voyage politique que la
reine-mère fit entreprendre à Charles IX à la fin de 1564 .
Le roi pendant deux ans parcourut pas à pas toutes les
provinces de son royaume pour écouter les plaintes et
recevoir les réclamations des divers partis . Il était suivi
partout par son régiment des gardes, que commandait
alors l'Italien Strozzi , et cette vue réveillait toutes les
méfiances et toutes les colères des réformés . Enfin , dans
l'assemblée des Notables tenue à Moulins en février
1566 , Charles IX fatigué de ces perpétuelles doléances ,
et espérant acheter un peu de tranquillité par cette con-
cession , promit de casser ses gardes aussitôt après son
"
retour à Paris. Il tint parole , et les compagnies furent
envoyées en garnison dans diverses places de la Picar-
die.
Ainsi donc les réformés avaient enfin gagné leur
procès. La Cour n'avait plus de défenseurs autour
d'elle . Il lui fallait désormais un temps considérable pour
se mettre en mesure de parer à une entreprise soudaine
de ceux de la religion , et l'on comptait bien ne pas lui
laisser ce temps . Mais l'on avait encore compté sans
l'astucieuse Catherine . Dès le commencement de 1567 ,
la reine - mère avait reconnu à des symptômes certains
que le parti protestant tramait quelque perfidie contre
la sûreté du roi . Trop avisée pour rappeler immédiate-
ment les compagnies de Picardie , ce qui n'eût pas man-
qué de servir de prétexte au prince de Condé et à l'ami-
ral , elle sollicita des cantons suisses une levée de 6,000
158 HISTOIRE
hommes, qui devaient se tenir prêts à marcher au pre-
mier signal . Pour faire entrer ces Suisses en France,
elle eut l'art infini d'inspirer des inquiétudes à messieurs
de la religion , au sujet des troupes espagnoles que le
duc d'Albe concentrait en Flandre , et ce fut sur les sol-
licitations pressantes de l'amiral lui-même , que le régi-
ment de Louis Pfiffer quitta Lucerne le 21 juillet pour
se rendre à Châlon- sur-Saône , où il devait rester provi-
soirement. Mais les indices d'un mouvement des hugue-
nots se multipliaient . La Cour quitta Paris pour se
rendre à Meaux , et Louis Pfiffer reçut subitement l'or-
dre de se transporter à marches forcées de Châlon à
Château-Thierry , et de là à Meaux .
En apprenant cette nouvelle , les protestants jetèrent
les hauts cris . et résolurent de tout tenter pour enlever
le roi , quand il se rendrait de Meaux à Paris . La reine-
mère hésita quelque temps avant d'entreprendre ce
périlleux voyage . Enfin , rassurée par la fermeté de
Pfiffer et la mâle contenance de ses soldats , elle se dé-
cida à confier la fortune de son fils à la loyauté et au
courage des Suisses , et le 28 septembre , la Cour tout
entière, prenant place au centre du bataillon , s'achemina
lentement vers Paris . « Tels furent les moyens , en fa-
veur desquels Sa Majesté se coula dedans Paris , sous
la fidelle et hardie scorte de ses Suisses : tous lesquels
incorporéz en un gros bataillon , quelques escarmou-
ches , quelques attaintes et attaques furieuses que les
plus animéz protestans leur sçussent donner, tournant
aucunes fois la tête de leurs troupes , lors des plus chau-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 159
·
des alarmes , pour prendre le hasard d'une bataille, à la-
quelle ils pensoient être invitéz : marchèrent néantmoins
toujours en masse , depuis Meaux jusques au Bourget ,
deux lieues de Paris, et six lieues de bon chemin, sans
jamais rompre le rang ordonné ; notable exemple aux -
François , que ne la dextre force (en laquelle mainctes
bestes ont l'avantage sur nous) , ne la furieuse vaillance ,
(plus naturelle aux lions , et telles autres brutes que
l'homme) , ne font le brave et vertueux guerrier ,……
ains l'obéissance au chef ( 1 ) . »
La mâle fermeté des Suisses de Pfiffer, leur admira-
ble constance à résister passivement aux attaques mul-
tipliées de la cavalerie protestante, sans se laisser
emporter au désir de charger , sans perdre de vue un
seul instant le but de leur mission , qui était de conduire
le roi à Paris, ces véritables vertus militaires , résultats
évidents de cette discipline inflexible , de cette con-
fiance en soi-même et dans les qualités d'un chef connu,
qu'on ne rencontre que dans les corps puissamment or-
ganisés, firent une profonde impression sur l'esprit de
Charles IX . A peine rentré au Louvre , il récompense le
vaillant régiment de Pfiffer , en l'attachant à sa personne
et en lui donnant le titre de Gardes suisses du Roy, et
prend la résolution de constituer l'infanterie française
sur ce modèle et pour toujours . Pour la seconde fois , un
grand exemple d'héroïsme donné par l'infanterie suisse
(1) Histoire de France de la Popelinière.
160 HISTOIRE
allait déterminer en France un grand progrès dans l'or-
ganisation des gens de pied . Le triomphe des Suisses
sur Charles le Téméraire avait conduit Louis XI à créer
les vieilles bandes ; la retraite de Meaux décidait Char-
les IX à établir des régiments permanents .
Ce même jour , 28 septembre 1567 , Charles appelle
Philippe Strozzi , mestre de camp de son ancien régiment
des gardes ; il lui donne commission pour exercer la
charge de colonel général de l'infanterie de Picardie à
la place de d'Andelot , et l'envoie rassembler en toute
hâte les bandes dispersées dans les places de la Nor-
mandie , de la Picardie et de la Champagne. Le roi
prescrit en même temps au comte de Brissac , colonel
général de Piémont , de marcher aussi sur Paris avec les
garnisons répandues dans les vallées du Rhône et de la
Saône .
Dès le 8 octobre , Strozzi , après avoir rassemblé à
Amiens les compagnies les plus rapprochées, et appelé
à lui deux des bandes de Sarlabous qui étaient au Havre,
arrivait , par une marche qui fut justement admirée , à
Pontoise, et passant la Seine à Poissy , entrait à Paris à
la tête de 2,000 vieux soldats . Les jours suivants , le
capitaine Sarrieu amenait le reste des enseignes de
Picardie , et le capitaine Gohas , la plus grande partie
des garnisons de la Champagne . Ils furent bientôt suivis
du comte de Brissac avec les bandes de Piémont et du
Grand-Prieur avec des compagnies du Languedoc , du
Limousin, du Quercy et de l'Auvergne . Enfin , dans les
derniers jours d'octobre , le connétable de Montmorency
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 161
se voyait à la tête d'environ 14,000 hommes de
pied français (1 ) , presque tous vieux soldats. Ce fut
alors , dans les jours qui précédèrent la bataille de Saint-
Denis , probablement le 27 octobre (2) , que Charles IX ,
mit à exécution le projet qu'il méditait sur l'organisation
de l'infanterie .
Les vieilles bandes furent partagées en deux por-
tions à peu près égales entre les deux colonels Strozzi et
Brissac, et ces deux corps , qui s'appelèrent le régiment
de Strozzi et le régiment de Brissac, furent eux-mêmes
(1) La Popelinière et d'Aubigné , tous deux historiens protestants,
diffèrent beaucoup sur ce chiffre. Suivant la Popelinière, toute l'in-
fanterie du connétable, à la bataille de Saint- Denis, ne formait que
18,000 hommes en quatre régiments : les deux de Strozzi et de
Brissac, celui des bourgeois de Paris et celui des Suisses de Pfiffer.
Or, en défalquant 6,000 Suisses et au moins 2,000 Parisiens, il reste
à peine 10,000 hommes pour les vieilles bandes. D'Aubigné prétend
que l'armée royale comptait 18,000 hommes de pied des bandes entre-
tenues , autant de Parisiens , bien armez et dorez comme calices, et
6,000 Suisses tout frais, sans compter ceux des Gardes, ce qui porte-
rait le chiffre de l'infanterie au delà de 40,000 hommes , nom-
bre évidemment exagéré, et qu'on n'explique que par l'humeur
que d'Aubigné dut ressentir du résultat de la bataille . Entre les nom-
bres de la Popelinière et de d'Aubigné , relatifs aux vieilles bandes ,
nous avons pris une moyenne , et ce nombre de 14,000 hommes se
trouve appuyé par d'autres considérations. On sait que le régiment
des Gardes fut alors porté à 12 enseignes. Il est permis de supposer
que les autres régiments furent à peu près composés de la même
manière. Ce serait donc pour six régiments, 72 enseignes . Or, 72 en-
seignes, à 200 hommes l'une, donnent 14,400 hommes.
(2) Plusieurs mestres de camp recurent des commissions ce jour-là
pour lever de nouveaux régiments.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 11
162 HISTOIRE
sous-divisés en trois régiments particuliers commandés
par des mestres de camp . Les mestres de camp de Strozzi
étaient Cosseins qui eut les compagnies des gardes
portées à douze , Sarrieu et Gohas dont les régiments
furent composés avec des bandes vieilles et nouvelles
des pays situés au nord de la Loire . Les mestres de
camp de Brissac étaient Honoux , qui garda les dix
vieilles enseignes de Piémont , Muns et la Barthe dont
les régiments furent formés avec les bandes des pro-
vinces méridionales . Ainsi , pour s'exprimer en langage
moderne, l'infanterie se trouvait partagée en deux divi-
sions , comprenant chacune trois brigades d'environ
deux mille quatre cents hommes ( 1 ) .
Cette organisation de l'infanterie ne devait point en-
(1) Cette organisation , que l'on trouve exposée de la même manière
dans tous les auteurs du temps , est ainsi racontée par Brantôme :
« Voilà doncques la guerre reprise plus que jamais ; et pour ce que
M.d'Andelot estoit de l'autre costé, M. de Strozzi tint sa place, et fut fait
par le roy colonnel et changé de nom de mestre de camp de ses capi-
taines . L'un fut Cossains , du régiment de la garde, Sarriou et l'aisné
Gouas (M. de la Noüe en son livre les nomme colonnels, dontje m'es-
bahis ; car ils ne furent honorez jamais de ce titre ) , non sans mes-
contentement d'autres capitaines plus vieux , comme Porcèz et aultres :
mais ainsy plut au roy, et fallut passer par là, qui pourtant se mirent
à obéir tous à Cossains . Les autres mestres de camp eurent des compa-
gnies nouvelles, dont pour ma part j'eus commission du roy d'en
lever deux; mais je n'en levois qu'une……
. M. de Brissac, autre colonnel
du Piedmont , eut aussi , comme M. de Strozzi , les trois mestres de
camp qui furent M. de Muns, vieux mestre de camp de Piedmont , le
gros la Berthe et Aunous... »
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 163
core être la dernière , mais, à partir de cette époque, il y
a toujours eu des régiments en France . La bande avait
cessé d'être l'unité d'organisation . L'ère des régiments
entretenus avait commencé. Il résulte , d'ailleurs , incon-
testablement de ce qui précède qu'il serait oiseux de vou-
loir chercher aux vieux corps une date de naissance
antérieure au mois d'octobre 1567. Poursuivons la tâche
que nous nous sommes imposée de chasser les nuages
qui enveloppent le berceau de ces vieux corps .
« Or, dit Brantôme , cette seconde guerre se passa par
le siége de Paris , plusieurs escarmouches là devant , et
puis la bataille de Saint-Denis ( 10 novembre 1567 ) .
Après , le voyage de Lorraine , et autres exploits de
guerre, sur laquelle on fit la paix de Chartres ( 23 mars
1568) . L'on envoya les trouppes aux garnisons : mais
d'autant que les régimens estoient accreus et les com-
pagnies , on renvoya le tout en Picardie , en Champagne ,
Bourgogne, Normandie et ailleurs.... Cette paix ne dura
pas six mois...., que la tierce guerre s'accommença , qui
apporta et engendra force beaux combats et grandes
factions , comme les deux signalées batailles de Jarnac et
Moncontour , le siége de Saint-Jean , de Poictiers , Muci-
dant, Nyort et d'autres . »
Ce fut pendant cette troisième guerre civile , et par
suite de plusieurs incidents , que furent définitivement
constitués les premiers vieux régiments .
L'armée catholique était commandée par le duc d'An-
jou , depuis roi sous le nom de Henri III . Après la ba-
taille de Jarnac, qui fut livrée le 13 mars 1569 , et
164 HISTOIRE
quelques tentatives infructueuses sur Cognac et Angou-
lême, le duc d'Anjou conduisit son armée dans le Péri-
gord et lui fit faire le siége de Mussidan . Le comte de
Brissac , colonel général de Piémont, y fut tué d'une ar-
quebusade . Sa charge était devenue inutile depuis que
la couronne avait renoncé à ses prétentions sur l'Italie ,
et l'on avait eu plusieurs fois l'occasion de reconnaître
les inconvénients qui résultaient de la présence de deux
colonels. généraux dans la même armée . Il était donc
déjà arrêté en principe qu'il n'y aurait plus désormais
qu'un seul colonel général de l'infanterie française . Les
régiments de M. de Brissac furent donc placés sous l'au-
torité de Philippe Strozzi , à l'exception toutefois des dix
vieilles enseignes que commandait le mestre de camp
Honoux . En considération des grands services qu'avait
rendus la famille de Brissac , on laissa ce régiment avec
le titre honorifique de colonel au jeune Charles de Brissac ,
frère du comte . Ce corps , qui est celui-là même qui fut
connu jusqu'à la révolution sous le nom de Piémont ,
resta indépendant du colonel général de l'infanterie jus-
qu'à l'année 1584.
Strozzi, après la prise de Mussidan , ramena en An-
goumois les trois régiments de Cosseins , de Sarrieu et de
Gohas aîné qui lui appartenaient depuis dix-huit mois
et les deux régiments de Gohas jeune (1 ) et de la Barthe
récemment mis sous ses ordres . On était alors à la fin
(1) Gohas jeune venait de succéder à Muns.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 165
·
de mai, et les généraux laissaient pour quelque temps
respirer leurs troupes épuisées par de sanglants combats .
L'infanterie royale était campée autour de la Rochefou-
cauld , quand on apprit que M. d'Andelot venait de mou-
rir à Saintes , le 27 mai . C'était un événement d'une
grande importance pour l'infanterie et pour Strozzi en
particulier .
En effet , celui-ci n'exerçait qu'un pouvoir intéri–
maire. A tous les pourparlers de paix la puissante maison
de Châtillon réclamait pour première condition le réta-
blissement de d'Andelot dans la charge de colonel géné-
ral. Or, dès que d'Andelot ressaisissait l'autorité , son
premier soin, dans la prévision d'une nouvelle rupture ,
était d'affaiblir l'armée royale . Il devait être et il était
opposé à la formation et à la permanence des régiments .
Après sa mort , Strozzi , devenu colonel général en titre
de toute l'infanterie française , put compléter , suivant
les intentions du roi , l'organisation ébauchée en 1567 .
Dans la situation où se trouvaient les affaires , il devenait
d'ailleurs indispensable de modifier les rapports des
mestres de camp avec le colonel général et de donner
aux premiers des fonctions plus déterminées que celles
d'adjoints au colonel général . Pendant les guerres civiles ,
il y avait, pour ainsi dire, autant d'armées que de pro-
vinces : le colonel général ne pouvait pas être partout à
la fois . S'il commandait l'infanterie de la principale
armée, il fallait d'autres officiers pour conduire les gens
de pied sur d'autres points . On eût bien pu , comme
autrefois , recourir à la ressource des colonels à commis-
166 HISTOIRE
sion temporaire, mais dans les circonstances présentes
cela ne devait plus convenir au colonel général , La
charge de ce grand officier était devenue fort importante
et ses priviléges très-étendus. Celui qui en était revêtu
s'en montrait fort jaloux , et n'eût point consenti , sur-
touten guerre civile , où il y a tant d'intrigues , de pas-
sions, d'intérêts , de petitesses en jeu , à partager , même
pour un instant , son autorité avec qui que ce fût . On a
déjà vu combien la simple usurpation de l'enseigne
blanche avait causé d'embarras . Il fallait donc trouver
autre chose . Or , l'institution des régiments séparés et
des mestres de camp chefs de régiments allait merveil -
leusement bien au-devant de toutes les difficultés . Ces
mestres de camp , en effet, pour ce qui était de l'admi-
nistration des corps , de leur instruction , de leur disci-
pline , de l'obéissance à des réglements généraux et de
l'avancement, ne dépendaient que du colonel général .
Peu importait après cela que , dans certains cas, pour les
opérations de la guerre, ils suivissent l'impulsion des
généraux d'armées . C'est ainsi que l'on arriva à la créa-
tion définitive des régiments séparés et permanents , tels
que les avait déjà compris le duc de Guise en 1561 .
Nous avons laissé Philippe Strozzi au camp de la Ro-
chefoucauld avec les trois régiments qui lui appartenaient
en propre et avec les deux qui lui venaient de la succes-
sion de Brissac. Le corps de Strozzi comptait quarante-
sept enseignes présentes , parmi lesquelles il y en avait
vingt qui appartenaient à la garde du roi . Le régiment du
comte de Brissac avait quarante enseignes au siége de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 167
Mussidan . Dix de ces compagnies ayant été réservées
pour former le régiment particulier du jeune Charles de
Brissac, il en restait trente sous les ordres de la Barthe
et du jeune Gohas . On voit que ces corps s'étaient ac-
crus, comme l'indique Brantôme , depuis la bataille de
Saint-Denis . Voici ce que Philippe Strozzi fit de toute
cette infanterie (1 ) .
Il destina un régiment à chacun de ses trois mestres
de camp , Cosseins , Sarrieu et Gohas l'aîné ; mais, au
lieu de leur laisser les bandes sur lesquelles ils avaient
déjà autorité , il fit , pour des motifs qu'il est impossible
de déterminer , un remaniement complet de ses quarante-
sept enseignes .
Cosseins eut un régiment de quinze enseignes, parmi
lesquelles il y eut six des anciennes compagnies des
gardes . Ce corps conserva le nom et les priviléges de
gardes du roi . C'est le régiment des Gardes françaises .
Sarrieu réunit sous son commandement dix enseignes
des gardes et six vieilles bandes picardes et se trouva
mestre de camp d'un régiment de seize compagnies , qui
prit plus tard le nom de Picardie .
Les quatre dernières compagnies des gardes et douze
bandes nouvelles , en tout seize bandes , furent réservées
pour Gohas aîné, alors occupé en Lorraine sous le duc
d'Aumale avec dix vieilles enseignes des garnisons de
(1 ) Les détails que nous donnons ici sont tirés de l'histoire du
régiment de Picardie par M. de Roussel .
168 HISTOIRE
Metz , Toul et Verdun . Gohas rejoignit, un mois après ,
l'armée du duc d'Anjou avec ses dix vieilles enseignes ,
et son régiment se trouva ainsi fort de vingt-six com-
pagnies . C'est le corps connu depuis sous le nom de
Champagne.
On a dit plus haut comment avait été composé le
régiment qui fut connu plus tard sous le nom de Pié-
mont.
La Barthe et Gohas jeune se partagèrent les trente
enseignes qui restaient du régiment de Brissac . Les
deux régiments qui en résultèrent n'ont point survécu
aux guerres de religion . Seulement celui de la Barthe,
devenu Béranger du Guast, entra pour quelque chose,
en 1574 , dans la réorganisation du régiment des Gardes
françaises .
Telle fut la constitution définitive des vieilles bandes
en régiments . Tel est le point de départ de ces nobles
corps , qui, pendant plus de deux siècles, ont porté avec
tant d'éclat les noms de Gardes françaises , de Picardie ,
de Champagne et de Piémont . Cette importante institu-
tion reçut son exécution au camp de la Rochefoucauld
près d'Angoulême dans les derniers jours de mai
1569.
Nous ajouterons , pour compléter ce qui concerne
l'origine des vieux corps , que précisément au même
moment, après la bataille de Jarnac où le chef des pro-
testants , le prince de Condé , venait d'être tué , les dé-
bris de l'armée calviniste se réunissaient à Tonnay-Cha-
rente et y proclamaient le jeune Henri de Navarre chef
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 169
et généralissime des réformés . Ils lui donnaient en même
temps pour sa garde une compagnie de deux cents
hommes, les plus braves et les plus déterminés qu'il y
eût parmi les huguenots . Cette garde du roi de Navarre ,
successivement accrue et recrutée avec les vieux soldats
de la Guyenne, est devenue le régiment protestant qui ,
à l'avénement de Henri IV à la couronne, pritrang, sous
le nom de Navarre, parmi les vieux corps de l'infanterie
française .
Il ne faudrait pas croire que l'organisation régimen-
taire de 1569 ait embrassé toute l'infanterie royale .
Elle n'absorba pas même la totalité des vieilles bandes .
Un certain nombre de celles-ci avait été laissé à la garde
des places frontières . Sarlabous l'aîné avait encore
quatre compagnies au Havre . Il y avait toujours huit
compagnies royales à Rouen : il y en avait à Amiens, à
Calais, à Péronne, à Doullens , à Laon , à Thionville , à
Metz , Verdun , Toul et Marsal : il y avait à Pignerol des
vieilles bandes dites de Montferrat ; il y avait des
bandes du Dauphiné et du Lyonnais . Ces bandes ne
furent enrégimentées que successivement et beaucoup
plus tard, mais les corps qui en furent composés s'ap-
puyèrent sur l'ancienneté de leurs éléments pour récla-
mer les priviléges dont jouissaient les vieux corps , et
sous le nom de moyens vieux ou de petits vieux régi-
ments entretenus , ils prirent enfin rang , au commence-
ment du XVIIe siècle , à la suite des régiments de Picar-
die, de Champagne , de Piémont et de Navarre .
Quant aux régiments de nouvelle levée , les désor-
170 HISTOIRE
dres des guerres civiles en firent naître un nombre
incroyable , Il y en eut , selon l'expression un peu hy-
perbolique de Brantôme, une milliace . Catholiques et
réformés, politiques et ligueurs , tous les hommes qui
pouvaient se recommander de quelque naissance , ou
d'un peu de mérite , obtenaient des commissions de mes-
tres de camp , et dressaient des régiments, en général ,
mal composés et qui ne duraient qu'autant que leurs
chefs étaient en crédit, ou que leur parti obtenait des
succès . Aucun d'eux n'a survécu à la paix de Vervins
en 1597 (1 ) . Il devait en être pendant longtemps encore
des régiments nouveaux comme, avant la période ré-
gimentaire, des bandes nouvelles , La France avait déjà
acquis en Europe une importance politique considérable,
mais ses ressources financières étaient encore fort res-
treintes et de plus très-mal administrées . Dans cette si-
tuation, il y avait nécessité de lever en temps de guerre
de grandes armées , et , en temps de paix , de les réduire à
ce qui était strictement nécessaire pour le service des pla-
ces frontières ; il y avait nécessité , en temps de guerre ,
de compenser par la quantité la mauvaise qualité des
troupes , et , lorsque survenait une trêve, toujours très-
courte, de licencier une masse de soldats , qui commen-
çaient à se former , au grand préjudice du trésor et de
(1) On donnera à la fin de ce mémoire la liste aussi complète que
possible des corps d'infanterie qui ont été successivement mis sur
pied depuis l'année 1561 jusqu'à la Révolution .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 171
la sécurité publique , nécessité déplorable , qui , jusqu'au
règne de Louis XIV, et au ministère du sage Colbert,
coûta des sommes prodigieuses à l'Etat , et tarit toutes
les sources de la prospérité générale . Ce n'est qu'à par-
1
tir de Louis XIV , que l'on commença à comprendre qu'il
y a économie à entretenir de fortes armées permanen-
tes, toujours prêtes à garantir le pays , et éloignant
ainsi les chances de guerre par le seul fait de leur
existence . Ce n'est que dans les temps modernes , et
après de funestes expériences , qu'il a été reconnu par
tous les esprits sages et pratiques qu'une puissante or-
ganisation militaire est la pierre fondamentale de la
grandeur et de la prospérité des Etats , que dans les
conditions actuelles de la société humaine , tout repose
sur l'armée paix , considération , crédit , et par consé-
quent indépendance, ordre , sécurité , travail, et par
conséquent liberté .
172 HISTOIRE
CHAPITRE VIII .
Etat de l'infanterie à la fin du XVIe siècle. Grades et composition
des régiments. Vieux corps et régiments nouveaux . Recrutement.
Solde . Passe-volants. Discipline. Justice militaire. Habillement,
armement et équipement . Tactique . Troupes étrangères.
Nous avons conduit l'histoire de l'infanterie jusqu'à
l'organisation des premiers régiments , c'est- à-dire jus-
qu'au seuil de la période moderne . Il nous reste encore
deux cents ans à parcourir. Pendant cette seconde
époque, nous ne rencontrerons plus de transformations
profondes dans l'institution des troupes à pied : nous
n'aurons plus qu'à enregistrer cette foule d'améliorations
de détail, qui , modifiant peu à peu le régiment du xvrª
siècle , si fort empreint des traditions et des bizarreries
du moyen âge , l'ont successivement amené à cet état
régulier, uniforme et savamment combiné, qui constitue
le régiment actuel .
Mais avant d'entrer dans cette nouvelle carrière , il
est utile de jeter un coup d'œil rapide sur le chemin déjà
parcouru et surtout de bien fixer les idées sur l'état de
l'infanterie à la fin du xvIe siècle .
Nous avons montré la vieille infanterie gallo-romaine
disparaissant peu à peu , et en même temps que les dé-
bris de la civilisation antique , dans les ténèbres des ins-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 173
titutions barbares , et son complet anéantissement au
IXe siècle après la révolution féodale .
Nous avons indiqué les premières lueurs de la réap-
parition du service à pied au xire siècle et cherché à dé-
finir les formes vagues et indécises sous lesquelles il
tendait à se manifester pendant ce long crépuscule du
moyen âge . Le droit de légitime défense , le besoin de se
garantir contre les violences des seigneurs féodaux , fit
surgir au sein des villes des gardes urbaines connues
sous le nom de milices des communes . La réaction de
cette mesure produisit les milices féodales . Ces deux
forces demeurèrent , vis-à-vis l'une de l'autre , en état
d'antagonisme, jusqu'au moment où la puissance royale ,
maîtrisant enfin toutes les puissances subalternes , les
fondit en une seule milice , celle des francs archers . Les
francs archers , c'est-à-dire des gardes urbaines et ru-
rales, mobilisables au gré du roi , c'était tout ce que pou-
vait donner le moyen âge.
Nous avons ensuite assisté à la naissance de l'infan-
terie permanente dans la dernière moitié du xve sièclè
et à son rapide développement au xvi sous l'influence
du prodigieux mouvement imprimé aux esprits par les
grandes découvertes contemporaines . L'apparition des
armes à feu dans les combats exigeait désormais des
cœurs plus fermes , des courages plus disciplinés , que
ceux des bourgeois ou des paysans distraits momenta-
nément de leurs travaux pacifiques ; il fallait des soldats .
Le besoin d'assurer par de bonnes garnisons la conquête
de nouvelles provinces , donna lieu à la création des
174 HISTOIRE
bandes permanentes de Picardie . Les difficultés nou-
velles que présentait la guerre de siége par suite du
nouvel armement des places fut l'occasion de la mise
sur pied des bandes de Piémont .
Nous avons dit comment cette nouvelle infanterie
fut d'abord organisée en bandes ou compagnies indé-
pendantes l'une de l'autre , ce qui dans les armées don-
nait à chaque chef ou capitaine une importance hors de
proportion avec les services qu'il pouvait rendre . Cet
inconvénient, de plus en plus senti à mesure que la
science de la guerre s'agrandissait , fit créer sous le règne
de François Ier de nouveaux officiers pour servir d'in-
termédiaires entre le chef de l'armée et les chefs de ban-
des . C'étaient le capitaine général ou colonel et ses deux
adjoints le mestre de camp et le sergent de bataille .
Ces trois officiers , qui n'exerçaient leur autorité qu'en
temps de guerre et en vertu de commissions provisoires ,
ne diminuaient par le fait en rien l'indépendance des
capitaines qui restaient, hors du champ de bataille, les
maîtres absolus de leurs bandes . Cela demeura ainsi
jusqu'à la première année du règne de Henri II qui créa
les colonels généraux permanents .
Tout changea de face alors . L'autorité du colonel
général, et par suite celle du mestre de camp général ,
pesant sur les capitaines aussi bien en temps de paix
qu'en temps de guerre et dans toutes les circonstances
de la vie militaire , la condition des chefs de bandes se
trouva singulièrement amoindrie . Déjà la multiplicité
des bandes avait altéré l'éclat du titre de capitaine . Du
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 175
moment que ce grade cessa d'être le plus élevé des
troupes à pied , il cessa aussi d'exciter au même degré
l'ambition de la haute noblesse , et il devint accessible
aux petits gentilshommes , et même aux soldats de for-
tune , circonstance qui tendait encore à raffermir la
puissance du colonel général et allait rendre possible une
nouvelle organisation , dans laquelle le grade de capi-
taine devait reculer au troisième rang . Dans le système
de Henri II , l'infanterie de chacun des deux départe-
ments de Picardie et de Piémont se composait d'un co-
lonel général réunissant sous son régiment la totalité
des bandes . Il y avait bien entre le colonel général et
les capitaines un mestre de camp général et un sergent
de bataille , mais l'autorité qu'exerçaient ces deux
officiers n'était qu'une délégation temporaire d'une par-
tie de l'autorité du colonel général . En réalité , ces offi-
ciers n'avaient que le grade de capitaine .
Le grand intervalle qui séparait le colonel général
des capitaines fut comblé au commencement des guerres
civiles par la multiplication et par l'amoindrissement
des mestres de camp . Dans un des essais tentés à cette
époque , l'infanterie de chaque colonel général fut par-
tagée en trois corps et l'on mit un mestre de camp à la
tête de chacun de ces corps , c'est- à-dire , en nous servant
du langage moderne , que chacune des deux divisions
d'infanterie de Picardie et de Piémont fut fractionnée en
trois brigades (1 ) . On voit que dans cette nouvelle orga-
(1) Pendant cette seconde guerre civile de 1567 , le vieux Montluc,
176 HISTOIRE
nisation , qui était celle de l'infanterie à la bataille de
Saint-Denis en 1567 , le titre de mestre de camp , qui
s'appliquait auparavant à un officier remplissant les
fonctions de commandant en second ou de chef d'état-
major de l'infanterie , était descendu à ne plus désigner
qu'un général de brigade .
Deux ans après, ce titre descendit encore , lorsque les
vieilles bandes furent constituées en régiments séparés
et permanents, mais il devint en même temps l'appella-
tion d'un grade nouveau . Le mestre de camp fut désor-
mais le chef permanent d'un certain nombre de bandes
réunies à jamais , et ce nouveau grade établi entre celui
de colonel général vers lequel peu d'ambitions osaient
élever leurs regards et celui de capitaine maintenant
trop effacé, se trouva admirablement approprié aux be-
soins de l'époque, en donnant les moyens d'utiliser une
foule de gentilshommes d'une fidélité intéressée , qui ne
voulaient plus être capitaines et qu'on ne pouvait pas
faire officiers généraux .
Depuis ce temps , bien des choses ont changé, mais le
fonds de l'organisation de l'infanterie n'a plus varié .
Voici quelle était , dans les détails , cette organisation
à la fin du xvre siècle .
qui commandait en Guyenne avec une autorité presque illimitée,
forma aussi son infanterie sur le même modèle. Ce corps, qui porta
le nom de régiment de Montluc, fut aussi partagé en trois parties
commandées chacune par un mestre de camp. Ces trois mestres de
camp de Montluc étaient son fils Fabian de Montluc, et deux de ses
parents, Leberon et Salignac.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 177
L'infanterie française se composait du colonel général
et de cinq régiments de vieilles bandes entretenues : les
Gardes françaises , Picardie , Champagne , Piémont et Na-
varre. Il y avait de plus un assez grand nombre de com-
pagnies franches , considérées aussi comme vieilles ban-
des et employées à la garde des places . En temps de
guerre , il y avait encore dans l'infanterie d'une armée
deux officiers à commission temporaire , le maréchal de
camp (1 ) et le sergent-major général , et un nombre plus
ou moins grand de régiments nouveaux .
Le colonel général , dont l'autorité , déjà fort grande ,
devint absolue à partir du duc d'Epernon revêtu de cette
charge en 1584 , commandait en chef toute l'infanterie
française aux armées et dans les garnisons . Il nommait
à tous les grades , faisait les règlements d'administration
et de discipline, avait dans chaque régiment une com-
pagnie qui était sa propriété particulière et voyait sa
personne entourée d'honneurs militaires refusés même
à des princes du sang.
Le maréchal de camp avait remplacé le mestre de
camp général . Il secondait le colonel général dans ses
nombreuses attributions et était spécialement chargé
du détail des marches et des campements .
(1 ) Ce ne fut qu'en 1598 que la charge de maréchal de camp deviut
un grade. Les fonctions du maréchal de camp jusqu'à la fin du dix-
huitième siècle n'avaient rien de commun avec celles du maréchal de
camp d'aujourd'hui , dont le titre n'a aucun rapport avec ses attribu-
tions.
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 12
178 HISTOIRE
Les fonctions du sergent- major général consistaient,
comme nous l'avons déjà dit pour le sergent de bataille ,
à diriger les mouvements et les formations sur le champ
de bataille .
Un régiment se composait d'un nombre indéterminé
de bandes , enseignes ou compagnies , car ces trois déno-
minations exprimaient une seule et même chose . Ce
nombre était , en général , au-dessus de cinq et ne dé-
passait pas trente . Les régiments de vieilles bandes
étaient les plus forts . L'effectif des corps de nouvelle
levée dépendait de l'importance du service auquel ils
étaient destinés et surtout de la naissance et de la répu-
tation du mestre de camp . Les régiments prenaient rang
entre eux d'après la date de leur commission de levée
et se primaient en toutes occasions d'après leur ancien-
neté. Cet usage n'avait que peu d'inconvénients pour les
nouveaux régiments dont la date de levée était pré-
cise et qui , d'ailleurs , étaient toujours sur l'arrière-
plan . Mais il n'en était pas de même à l'égard des vieux
corps . Ceux -ci , en effet , constitués tous le même jour
au moyen d'une répartition des bandes anciennes , pré-
tendaient tous aussi au poste d'honneur dans les com-
bats, à la tête des assauts et aux meilleurs quartiers . Ils
ne demandaient pas précisément tous le premier rang,
mais nul ne voulait du second . Cette question de point
d'honneur , qui eut souvent de fâcheuses conséquences ,
ne fut résolue qu'en 1666 , encore cette solution ne fut-
elle qu'une transaction . Jusque -là on se contenta d'é-
viter , autant que possible , la réunion de plusieurs vieux
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 179
régiments sur un même point . Ce procédé avait , d'ail-
leurs, l'avantage de donner à chaque corps d'armée un
bon noyau d'infanterie .
Quel que fût le nombre de compagnies qui composât
un régiment, il y en avait une qui appartenait au colonel
général , qui portait le nom de compagnie colonelle et
qui marchait la première . La colonelle représentait
l'autorité du colonel général et l'assurait dans chaque
corps . Elle était commandée par un capitaine, revêtu du
titre de lieutenant de la colonelle , ou par abréviation
lieutenant-colonel , et qui exerçait une surveillance ac-
tive sur tous les actes du mestre de camp et des autres
officiers , qui auraient pu être contraires aux préroga-
tives du colonel général . Celui-ci nommait directement,
ou par l'intermédiaire du lieutenant- colonel , à tous les
emplois de sa compagnie , qui se trouvait ainsi complé-
tement dans sa main et qui n'obéissait au mestre de
camp que dans le service général . Nous avons déjà dit
que cette compagnie se distinguait des autres par la cou-
leur de son drapeau qui était blanc .
Après la compagnie colonelle , c'est-à-dire an se-
cond rang, marchait la compagnie du mestre de camp ,
ou simplement la mestre de camp . Celle-ci , qui était la
propriété du chef du régiment, était commandée par un
capitaine qu'on appelait lieutenant de la mestre de
camp .
La troisième compagnie appartenait au sergent- major
du régiment , et était commandée directement par cet
officier . Toutes les autres compagnies suivaient d'après
480 HISTOIRE
le rang d'ancienneté des capitaines . Chacune d'elles avait
un drapeau ou enseigne de couleur .
Ce que nous venons de dire sur l'état des compagnies
suffit pour faire apprécier le mécanisme d'un régiment
et les relations des principaux grades entre eux.
On voit qu'à proprement parler il n'y avait dans
chaque régiment qu'un seul officier supérieur , le mestre de
camp . Celui- ci avait sous bien des rapports une autorité
moins entravée que celle du colonel actuel . Il possédait
personnellement une compagnie qui lui était dévouée , et
dans les corps de nouvelle levée il jouissait d'un privilége
qui flattait sa vanité, celui de faire porter au régiment
son nom et ses couleurs , mais il avait dans le lieutenant-
colonel un surveillant incommode .
Le lieutenant-colonel de cette époque n'avait rien de
commun dans son grade et dans ses attributions avec
l'officier qui porte aujourd'hui le même titre . C'était un
simple capitaine , sans action en dehors de sa compa-
gnie, et cependant son influence était énorme . Qui eût
osé enfreindre , en sa présence , les ordres du colonel
général ?
Le sergent-major , simple capitaine aussi , était cepen-
dant le second officier du régiment . Ce titre revenait or-
dinairement au plus ancien des capitaines . Ses fonctions
particulières avaient de l'analogie avec celles exercées
aujourd'hui par le lieutenant-colonel et les adjudants-
majors . Il était chargé de l'instruction , de la discipline,
rangeait le régiment en bataille , réglait le service jour-
nalier et commandait en l'absence du mestre de camp .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 181
Le personnel d'une compagnie comportait un capi-
taine , un lieutenant , un enseigne , un fourrier , deux
sergents , quatre caporaux , un fifre et un tambour , et
un nombre variable de soldats . Pendant les guerres ci-
viles , l'effectif d'une compagnie était généralement de
cent hommes . A partir de l'année 1585 , il y eut quel-
quefois des sous-lieutenants dans les compagnies .
Parmi ces différents grades , il en est deux seulement
dont il soit nécessaire de dire un mot . Les autres sont
encore aujourd'hui , à peu de chose près , ce qu'ils
étaient alors . Il n'en est pas de même du capitaine et
de l'enseigne . Le capitaine était propriétaire de sa com-
pagnie et l'administrait comme il l'entendait, trop sou-
vent suivant son intérêt personnel . Sous tout autre rap-
port son service était identique avec le service du
capitaine actuel , avec un peu plus d'importance peut-
être jusqu'à la création des commandants de bataillon .
L'enseigne , grade qui n'existe plus aujourd'hui que
dans la marine avec un sens détourné , était l'officier
chargé de porter le drapeau de la compagnie dans les
actions de guerre . Dans tout autre moment , il remplis-
sait les fonctions de deuxième lieutenant . Le sous-lieu-
tenant, quand il y en avait , ne marchait qu'après lui.
Après avoir ainsi décrit les divers éléments de l'or-
ganisation régimentaire , il nous reste à parler du mode
de recrutement , de la tenue , de l'armement , de la dis-
cipline , de l'instruction , de l'esprit de corps , enfin de
tout ce qui constitue la physionomie d'une troupe : mais ,
avant de pénétrer dans cette vie intime des régiments ,
182 HISTOIRE
il faut tout d'abord établir une distinction entre les vieux
et les nouveaux corps . Rien de comparable , en effet,
entre ces deux espèces de troupes . S'il était permis de
faire de pareils rapprochements , nous dirions que les
vieux corps , c'était déjà la garde impériale , et que les
nouveaux régiments , c'étaient encore les francs archers
et les ribauds . Ici un ramassis de rustres et de vagabonds ,
là de vrais soldats .
Au xvIe siècle , le métier de soldat était une profession
élevée , à laquelle on se consacrait dès l'enfance , et que
l'on suivait jusqu'à ce que l'affaissement des forces ne
permît plus de l'exercer . S'engager dans les bandes , c'é-
tait chercher fortune . Le sens de l'expression soldat de
fortune s'est un peu altéré depuis Louis XIV, parce que
ce roi , après avoir anéanti la puissance de la haute no-
blesse, lui réserva comme compensation les places d'of-
ficier, ce qui éloigna les classes moyennes de l'armée :
mais il n'en était point ainsi à l'époque dont nous par-
lons et les roturiers avaient alors une large part dans
tous les grades subalternes . Le soldat des vieilles bandes
était donc , en général , un enfant de la bourgeoisie , sou-
vent un cadet d'une pauvre famille de gentilshommes à
colombier , rarement un rustre . On conçoit ce qu'une
pareille origine , et le développement d'intelligence et de
passions relevées qu'elle suppose , devaient donner de
dignité, de force et de valeur aux hommes qui compo-
saient les vieux corps , surtout lorsqu'une longue habi-
tude de la guerre et de la discipline avait raffermi et
réglé leurs heureuses dispositions .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 183
Les motifs qui poussaient les fils de famille à se faire
soldats n'existent plus aujourd'hui , il faut donc les rap-
peler. Le premier de tous , c'était l'état de guerre per-
manent, et l'on a vu naguère la même cause produire
--
les mêmes effets . Mais il y avait alors bien d'autres
causes . La profession des armes était incontestablement
la première de toutes ; elle avait été longtemps le privi-
lége presque exclusif de la noblesse ; les classes placées
immédiatement au-dessous de celle-ci devaient donc être
fort empressées de s'y jeter . Dans un temps où l'admi-
nistration était à peu près nulle ; où les sciences et les
arts , et l'industrie qui en est l'application , et le com-
merce qui en est le but, étaient dans l'enfance ; les pro-
fessions civiles et celles dites libérales n'offraient guère
de débouché . Restaient l'église et la magistrature . Mais ,
dans l'église, ainsi que dans l'armée, les hauts emplois
n'étaient accessibles que pour la noblesse de cour ; les
cœurs virils , les têtes énergiques devaient préférer
l'épée et le hoqueton de soldat à la bure et au rosaire
du moine . Quant à la magistrature et à tous les états
plus ou moins louches que ce grand corps abritait sous
sa robe sévère , les charges en étaient héréditaires ou
vénales et par conséquent fermées aux cadets de fa-
mille . Ceux- ci étaient donc conduits presque inévitable-
ment vers le métier des armes . C'était le seul moyen de
faire fortune .
Tous ces soldats d'élite et de vocation entraient d'em-
blée ou finissaient par arriver aux vieilles bandes, qui
seules étaient entretenues en tous temps, et qui présen-
184 HISTOIRE
taient ainsi un ensemble qui n'a plus d'analogue . Il y
avait, en effet, dans ces bandes célèbres des hommes qui
avaient parcouru toute l'Europe à la recherche des com-
bats et de la fortune . Il y en avait qui , dans leur jeu-
nesse , avaient fait les campagnes d'Italie et de Corse et
pris part à la glorieuse défense de Malte ; il y en avait
qui , sous le grand duc de Guise , avaient fait échouer les
efforts de Charles-Quint contre Metz, chassé les Anglais
de Calais et pris Thionville ; il y en avait qui avaient
porté le renom de l'infanterie française en Ecosse ; d'au-
tres avaient combattu dans le Danemark, d'autres en
Hollande , d'autres en Portugal ; plusieurs avaient été
jusque sur les bords du Danube se mesurer corps à corps
avec les janissaires ; quelques-uns même avaient porté
leurs armes au delà des mers , au Maroc , aux Açores ,
au Brésil , au Canada ; tous avaient fidèlement servi la
cause nationale dans les guerres civiles depuis Dreux
jusqu'à Ivry . Il y avait dans les vieux corps des simples
soldats qui avaient été officiers , des capitaines qui
avaient étémestres de camp dansles régiments nouveaux .
En un mot , suivant une belle expression de Brantôme ,
c'étaient tous « vieux soldats choisis , la plupart qui
avaient commandé ou dignes de commander . >>
Les régiments de nouvelle levée offraient un tout
autre spectacle . Sauf un très-petit nombre d'entre eux
qui , grâces à certaines circonstances particulières , étaient
maintenus sur pied pendant quelques années , et acqué-
raient ainsi quelque consistance , ces corps ne vivaient
que la durée d'une campagne ou même celle d'une sim-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 185
ple expédition . Formés à la hâte au printemps avec
tout ce qui tombait sous la main , paysans enlevés vio-
lemment de leurs villages et conduits à coups de bâton
jusqu'aux lieux d'assemblée , vauriens des villes livrés
par le lieutenant criminel , bandes de voleurs de grand
chemin enrôlées par suite d'odieux marchés, ils présen-
taient la plus déplorable composition . Entièrement ef-
facés par les vieux corps , ils ne prenaient part qu'aux
opérations secondaires , et ne se distinguaient que les
jours de pillage . A la fin de la campagne ils étaient iné-
vitablement cassés et les hommes qui les composaient
vivaient de brigandage pendant l'hiver , en attendant
qu'ils pussent entrer dans une nouvelle formation . A
vrai dire , un nouveau régiment n'était qu'un sujet de
spéculation du haut en bas . L'Etat payait fort mal , ou
même pas du tout . Les mestres de camp engageaient
des capitaines au rabais , et les capitaines en agissaient
de même à l'égard de leurs compagnies . En définitive ,
tout le monde y trouvait son compte, en pillant , rançon-
nant et ruinant les provinces .
Nous allons maintenant pénétrer dans la vie de ces
régiments d'infanterie , et nous efforcer de les montrer
tels qu'ils étaient . Le tableau que nous allons faire du
soldat du xvIe siècle servira souvent à faire ressortir la
haute moralité, l'abnégation absolue et l'austère disci-
pline du soldat de nos jours .
Disons d'abord quelle était la solde des gens de pied
et quelles étaient les prestations dont ils jouissaient ré-
gulièrement d'après les ordonnances . Le capitaine rece-
186 HISTOIRE
vait par mois cent livres , le lieutenant cinquante , l'en-
seigne trente , le sergent quinze livres , le fourrier, le
caporal, le fifre et le tambour chacun douze livres , et le
simple soldat neuf livres . Certes, si l'on fait attention
qu'au xvre siècle la valeur de l'argent était au moins
triple de celle qu'il a de nos jours , on trouvera que les
gens de guerre, surtout les bas officiers et les soldats ,
n'étaient point maltraités. Il est vrai que l'Etat ne sol-
dait les troupes que pendant dix mois de l'année et ne
leur assurait rien de plus ; mais il leur permettait de
prendre. La terreur qu'inspire encore de notre temps
dans quelques provinces reculées le formidable nom de
soudard témoigne de la manière dont on usait de la per-
mission . C'est qu'alors le régime de la caserne était in-
connu et que les gens de guerre étaient logés chez les
habitants . Le règlement disait bien à la vérité : « Leurs
hostes ne seront tenus leur fournir pour ustence que
le lit, linge blanc et table et faculté de cuire leur viande
à leur feu , » mais il ajoutait : « Demeure à l'option
des hostes de nourrir les simples soldats à leur honneste
ordinaire . » Or , il y avait toujours moyen , moitié par
cajolerie , moitié par crainte , d'amener l'hôte à se char-
ger et de l'ordinaire et de la dépense , et une fois qu'on
en était là, les bons morceaux n'étaient pas assurément
pour lui. Il est inutile d'entrer dans l'énumération des
inconvénients de tous genres résultant de cette situation ,
où tout était tribulations pour l'hôte et bénéfices pour le
soldat . Mais ce n'était pas tout; le malheureux bourgeois
était encore tenu , « outre ce , leur bailler, chacun mois ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 187
soixante sols pour achepter souliers , cordes et plomb, »
c'est-à-dire , qu'il fournissait le petit équipement et les
munitions . Enfin , il y avait à ce règlement un dernier
article empreint d'une sollicitude comique pour les inté-
rêts de l'opprimé . « Les soldats tenans garnison , disait
cet article , pour n'incommoder leurs hostes , n'auront
aucuns goujats..... que de quatre en quatre un au plus . >>
Est-il besoin de dire que c'étaient surtout ces goujats ,
qu'aucun sentiment honorable ne pouvait retenir , qui
faisaient le désespoir des habitants ? Mais , au moins , ces
derniers avaient-ils un recours en protection contre les
abus dont ils étaient victimes ? Non , quand ces abus
n'atteignaient pas les proportions d'un crime . Hormis ce
cas, en effet , les officiers seuls avaient le droit de répri-
mer. Or, les officiers avaient sur la manière d'exploiter
un hôte des principes aussi lestes que leurs subordon-
nés ( 1 ) , et ils n'étaient point d'ailleurs désintéressés dans
la question . Les capitaines étaient propriétaires de leurs
compagnies et recevaient une prime proportionnelle au
nombre d'hommes réunis sous leur enseigne . Se priver
d'un soldat, soit en le livrant au prévôt , soit en le dégoû-
tant du service par trop de rigidité , revenait donc pour un
capitaine à retrancher lui-même une partie de son re-
venu ; tandis que la tolérance pour tout ce que les sol-
(1) La Popelinière, qui nous sert de guide dans ces détails, dit au
21º livre de son histoire : « Plusieurs chefs de notre âge disent qu'il
est impossible qu'un brave soldat soit homme de bien . »
188 HISTOIRE
dats pouvaient faire hors des rangs était un moyen cer-
tain de tenir sa compagnie complète . Le capitaine fer-
mait donc les yeux , et le réclamant était moins le maître
que jamais chez lui . D'après ce qui précède , on com-
prend que les gens de guerre vivaient à discrétion dans
les garnisons et que pour eux , en temps de paix , la vie
était douce et pleine de profits . Voyons ce qu'elle était
en campagne .
La douceur des mœurs actuelles nous empêche de
sentir assez vivement ce que fut autrefois la guerre . Au
XVI siècle , on admettait dans toute sa brutalité cette dé-
finition : L'art de la guerre consiste à faire le plus de
mal possible à ses ennemis . La guerre était donc surtout
une œuvre de dévastation et de pillage, une succession
de surprises , de stratagèmes, d'attaques de villages, et
de combats sans importance livrés en vue du butin .
Tout ennemi mort ou pris était dépouillé , toute ville
enlevée d'assaut était mise à sac . La frénésie du pillage
était même si forte durant les guerres civiles qu'il n'y
avait plus de capitulation qui ne fût violée (1 ) . Dans
(1 ) Le protestant la Popelinière cite un fait qui prouve que les
vieux corps se gardaient de souiller leurs enseignes par de sembla-
bles trahisons. En 1574 , la ville de Fontenay, après avoir soutenu
un furieux assaut , demandait à se rendre . « Ceux que le hasard mit
aux mains des nouvelles bandes furent maltraités ; mais les vieilles
bandes de Serriou (c'est le régiment de Picardie) firent si bonne
guerre aux leurs, qu'ils ont occasion de s'en louer et de se revenger
de cette courtoisie françoyse au premier endroit de reconnaissance .
En quoy plusieurs eurent occasion de remarquer deux choses. Pre-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 189
bien des cas même , à la faveur de l'incroyable confu-
sion des partis , on rançonnait les amis comme les enne-
mis . C'était plus tôt fait et plus sûr ( 1 ) . On peut donc dire
que pendant ces guerres , tandis qu'il n'y avait que ruine
et désolation pour les gens pacifiques , les soldats faisaient
fortune . Piller, dans ce triste temps , c'était l'usage, c'é-
tait le droit , mais c'était aussi , en quelque sorte , une
nécessité de la condition faite aux gens de guerre . Quel-
que révoltantes que nous paraissent aujourd'hui de
telles monstruosités , en présence des grandes choses
accomplies par les bandes du xvi° siècle, on éprouve le
besoin , sinon de les justifier, du moins d'expliquer com-
ment la soif de l'or et de véritables vertus militaires
pouvaient se rencontrer dans les mêmes hommes .
On a vu quelle était la solde des gens de guerre,
mais il s'en fallait de beaucoup que cette solde leur fùt
assurée . Non-seulement l'Etat ne les payait pas exac-
mièrement , la foy tousjours bien tenue par ceux qui sont pourvus
d'une âme plus généreuse. Secondement, que les soldats martiaux et
pratics au fait de guerre, savent jusques où s'étend le devoir du soldat :
mais encore prennent à honneur de le monstrer à ceux qui n'ont de
guerrier que la mine et vaine piaffe : aussi cruels que tigres en leur
prospérité et moindres que vicilles si la fortune commence à leur
tourner le dos. »
(1) Cette manière de procéder rappelle le mot célèbre du légat
d'Innocent III, au massacre de Béziers en 1209. Il s'agissait de savoir
comment on distinguerait les Albigeois des catholiques : « Tuez- les
tous, s'écria le prêtre, le Seigneur saura bien distinguer ceux qui
sont à lui. »
190 HISTOIRE
tement , mais il n'y avait point alors de vivres de cam-
pagne ; il n'y avait point d'ambulances ni d'hôpitaux
pour les malades et les blessés ; il n'y avait point de re-
traites pour les vieux serviteurs , point d'hôtel des inva-
lides pour les mutilés (1 ) . Quand la paix arrivait, les
vieux corps eux-mêmes subissaient une dure réforme .
Quel sort était donc réservé aux hommes que l'âge, les
blessures ou le licenciement mettaient hors du service
du roi et qui n'avaient pas su se préparer des ressources
contre ces éventualités ? La misère , le brigandage , ou
bien l'expatriation et le service étranger . Malheur donc
à ceux qui n'avaient rien amassé ! Quand Henri IV ,
après la ruine de la Ligue , se vit maître de son royaume
et licencia la plus grande partie de son armée , il se
trouva une foule de braves gens réduits à la plus af-
freuse détresse. « Ceux-là ont fait œuvres dignes de ré-
(1) Philippe Auguste eut le premier l'idée d'ouvrir un asile aux
soldats vieux ou mutilés. Pendant le moyen âge, un certain nombre
de ces victimes de la guerre étaient reçues dans des monastères en
qualité de moines-lais ou d'oblats . Ainsi remis à la grâce de Dieu ,
le vieux soldat était obligé de rendre certains services à la maison
dans laquelle on l'envoyait : il balayait l'église et sonnait les cloches .
Aussi, quoique le nombre des places d'oblats fût très-limité, il n'était
jamais rempli. Le vieux guerrier aimait mieux mendier son pain
comme Bélisaire. L'amiral de Coligny, et après lui Catherine de
Médicis firent des projets pour assurer l'existence des invalides , mais
les malheurs du temps ne permirent pas de les effectuer . Hehri IV,
créa , par ordre du 7 juillet 1605, la maison royale de la Charité
chrétienne, rue de l'Ourcine, qui fut le premier hôtel des Invalides.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 191
pentance et non pas bonnes œuvres , et ont fort bien
senty que la foi , sans les œuvres à la mode, est morte :
aussi meurent-ils de faim, et sont par la basse-cour du
Louvre , capitaines deschirés , mestres de camp mor-
fondus, chevau-légers estropiers , canonniers jambes de
bois , pétardiers dévisagés . Tout cela entre à troupes par
les degrés de la salle des Suysses , après avoir discouru ,
à genere petitorio , non suasorio , à déclamer contre
madame l'Ingratitude . Les capitaines portant la hotte ,
et les pauvres soldats le hoyau , exalter leur fidélité ,
monstrer leurs playes , conter leurs combats , leurs estats
perdus , faire de mauvais pasquins , crier contre les fi-
nanciers, discourir sur un ordre nouveau , menacer de
se faire croquan , et sur la monnoye de sa réputation
mandier quelque pauvre repas..... De plus , la Li-
maille (1 ) reprochant un jour au roy la longueur de ses
services et sa patience , et qu'il s'étoit rendu irréconci-
liable à ses voisins pour avoir exécuté fidèlement les
commandements de sa majesté , la cheûte du discours
fût qu'il n'avoit pas de quoy disner ..... Ventre saint-
gris, dit le roy, il y a tant d'années que mon royaume
est au pillage : pourquoi n'avez-vous rien volé ?... (2) »
(1 ) C'est sans doute le même qui fut tué en 1597 au siége d'Amiens,
étant lieutenant -colonel de Navarre .
(2) D'Aubigné . Confessions de Sancy . Il est juste de dire, pour at-
ténuer l'impression que laissent après eux les amers reproches adres-
sés à Henri IV par le caustique protestant, que les véritables causes
192 HISTOIRE
Que pourrait-on ajouter après un tel mot sorti de la
bouche d'Henri IV .
On volait donc et de toutes les manières , et les offi-
ciers eux-mêmes ne s'en faisaient pas faute (1 ) . Nous
de tant de misères sont bien antérieures au règne de ce prince.
L'extrême pénurie où quarante ans de guerre civile avaient réduit
le royaume, forcèrent Henri IV, malgré lui sans doute, à être ingrat
envers ceux qui l'avaient servi : mais ce qui restera un éternel hon-
neur pour sa mémoire, c'est qu'il fut le premier à trouver les moyens
de prévenir le retour du mal . On peut bien ajouter que les protes-
tants, assez mauvais politiques , comme tous les partis , s'étaient
imaginés que, pour prix de l'appui qu'ils donnaient à Henri IV, le
gouvernement du royaume leur serait livré. Henri IV, devenu roi ,
ne pouvait plus être d'aucun parti ; il ne livra point son royaume aux
protestants, et ceux -ci crièrent bien fort, plus fort que les anciens
ligueurs. Il est donc permis de penser qu'il y a un peu d'exagération
dans le tableau de d'Aubigné.
(1) « On avoit accoustumé de bailler à chacun des capitainnes tout
le payement de sa compagnie, qui en usoit à son plaisir, appoinctant
ses favoris et malcontentant les aultres, qui n'estoit sans en laisser
couler dans ses bouges , à cause des passe-volants, qui sont valets et
gens de boutique, qu'ils arment et desguisent en soldats , pour les
faire passer à la monstre. M. de Vieilleville rompit et annulla ceste
coustume comme abusive, pleine de larcin et grandement préjudicia-
ble au service du roy, et ordonna que, selon les rooles que retien-
droient devers eux les commissaires et controlleurs des guerres , la
monstre faicte, les soldats seroient appelés par nom et surnom, pas-
seroient devant eux, et seroient payés en leur présence... Et le
soldat fut mis hors de la cruaulté de son capitaine , qui lui en faisoit
payer beaucoup, et bien souvent jouoit sa monstre , luy faisant
accroire qu'il n'estoit sur le roolle qu'à cent sols ou six francs de
paye le fourrier, qui participoit au butin , ou pour mieux dire larcin ,
desguisoit ainsi les matières . » Vincent Carloix . Mcmoires du maré-
chal de Vieilleville.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
193
avons vu que les capitaines étaient payés en raison de
l'effectif de leurs compagnies . Il n'est pas besoin de dire
que la solde de tout homme absent par permission , par
maladie ou par décès rentrait dans la bourse du capitaine :
mais voici qui était plus fort . L'effectif porté sur les
feuilles de journées devait être et était supposé sincère .
Il ne l'était presque jamais . Telle compagnie était payée
pour cent hommes , qui n'en comptait que quatre- vingts .
Quand venaient les montres ou revues des commissaires
des guerres , on mettait effrontément une pique en main
aux goujats ou à quelques vauriens qui faisaient pour un
écu ce périlleux métier , et le tour était joué . Le capi-
taine touchait la solde et la prime de cent hommes et
n'en avait que quatre- vingts à payer . Ces faux soldats
qui complétaient les rangs aux jours de revue étaient ce
qu'on appelait des passe- volants . Ce criminel abus , si
commun dans l'ancienne armée et jusqu'aux dernières
années de la monarchie , qu'il n'entraînait pas le dés-
honneur des officiers qui en profitaient , a cependant pro-
voqué souvent des mesures sévères ; mais , chose bizarre
et qui peint bien l'état de la société ancienne , la répres-
sion ne menaçait jamais les vrais coupables . Henri III ,
qui fit le premier des ordonnances à ce sujet, condamna
les misérables qui faisaient le métier de passe- volants à
avoir le nez coupé, et n'osa pas aller plus loin .
Dans une armée établie sur de pareilles bases et vi-
vant ainsi presque au hasard , la discipline ne pouvait être
fort rrelâchée . L'amiral de Coligny , pendant qu'il
que fort
était colonel général, avait fait de beaux règlements et
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I.
15
194 HISTOIRE
avait tenu sévèrement la main à leur exécution (1 ) ;
mais les travaux de ce grand homme furent détruits en
partie par le désordre des guerres civiles . Il y avait alors
trop de gens intéressés au laisser-aller pour qu'il en fût
autrement. En dehors des vieux régiments où l'esprit
de corps tenait lieu de la loi devenue impuissante , les
gens de guerre étaient donc à peu près sans frein . Seule-
ment , de temps en temps , quand cela devenait trop fort ,
ou quand le grand prévôt des bandes était de mauvaise
humeur, il faisait un exemple . Il s'emparait d'un régi-
ment et le décimait . Sa justice était expéditive . Séance
tenante , en présence de l'armée en bataille , aidé de ses
archers et d'un moine , il faisait rouer les plus forcenés
vauriens et pendre le reste aux branches des arbres .
Quant à ceux qui n'avaient mérité qu'une correction , ils
passaient par les verges , enfourchaient pendant une
heure le cheval de bois (2) , ou recevaient l'estrapa-
(1) « C'est luy, dit Brantôme, qui a réglé et policé l'infanterie par
ces belles ordonnances que nous avons de luy aujourd'huy impri-
mées et tant praticquées, leües et publiées parmy nos bandes...
Elles ont été les plus belles et les plus politiques qui furent jamais
faites en France. Et croy que depuis qu'elles ont été faites , les vies
d'un million de personnes ont été conservées , et autant de leurs
biens et facultez : car auparavant , ce n'estoit que pillerie , volerie ,
briganderie, rançonnement , meurtres, querelles et paillardises parmi
les bandes, si bien qu'elles ressembloient plustôt compagnies d'ara-
bes et de brigands , que de nobles soldats . >>
(2) Le cheval de bois était un chevalet dont le chapeau était formé
d'une pièce de bois à arête vive . Un homme à cheval sur cet instru-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 195
de (1 ) . Dans tous les cas, ils ne sortaient des mains du
prévôt que morts ou estropiés .
Voici , du reste, ce qu'avait à faire un soldat peu dé-
sireux de fixer l'attention du terrible prévôt : « Etre
sage, avoir grand soin de ses armes, ne point sortir du
quartier (de la garnison ) se rendre exactement au
drapeau quand on doit monter la garde ; marcher en
ordre en y allant, les armes sur l'épaule , suivant son
chef de file, et ne quittant point la compagnie qu'avec
congé de son officier; ne point abandonner le corps de
garde, faire exactement sa sentinelle , ne se point que-
reller , bien obéir jusques aux moindres officiers ; ne
point faire de friponneries, et enfin ne point jurer le nom
de Dieu . (2 ) »
Mais il paraît que ces devoirs du soldat n'étaient pas.
toujours pris au sérieux , du moins dans leur partie la
plus essentielle ; car le brave la Noüe s'écrie dans ses
Discours politiques et militaires : « Et que sert-il d'ap-
prendre à tirer une harquebouzade ? Sçavoir ce que c'est
ment, devait au bout de quelques minutes endurer des souffrances
intolérables . On soumettait aussi à ce supplice les filles de joie qui
suivaient alors en grand nombre les corps .
(1) Le supplice de l'estrapade consistait à lier au patient les mains
derrière le dos et à lui attacher les poignets à l'extrémité d'une corde
qui allait passer sur la poulie d'une chèvre. On le hissait dans cette
position plus ou moins haut, et on le laissait retomber brusquement .
Il était rare qu'un homme sortit de là sans avoir les articulations
démises .
(2) Extrait des Mémoires du sieur de Pointis .
196 HISTOIRE
de gardes, sentinelles et escarmouches , et montrer une
brave contenance de soldat, si de l'autre costé en con-
tre-poids on s'abandonne à plusieurs vices ? Ceux qui
sont là le plus en règne, sont les blasphèmes contre
Dieu, les querelles contre les amis , les jeux jusques à
la chemise , et les ordes (sales) amours des femmes im-
pudiques, et pour le comble du désordre , une licence
effrénée à battre , piller et manger le peuple sans com-
passion . Voilà les abus que la plus part de nos gens de
pied commettent . >>
Le moyen le plus puissant qu'il y ait pour assurer
l'observation de la discipline , c'est , sans contredit , l'o-
bligation du costume militaire . Sous un habit particu-
lier, on échappe difficilement aux regards , et l'esprit de
corps ne souffre jamais qu'on déshonore l'uniforme . On
savait cela au seizième siècle , mais il se présentait une
difficulté insurmontable à l'adoption d'une tenue qui
distinguât les gens de guerre du reste de la population .
L'Etat ne fournissait point l'habillement aux troupes.
Chaque soldat se costumait donc à sa fantaisie et avait à
choisir parmi les habits si variés de formes , de couleurs
et d'ajustements du temps des derniers Valois . Quelques
capitaines cependant , assez riches pour en faire la dé-
pense, avaient déjà cherché à mettre un peu d'unifor-
mité dans le costume de leurs soldats . Ainsi, dès le
temps de François Ier , on avait eu des compagnies dont
tous les hommes portaient une manche aux couleurs du
capitaine . Cet usage cessa sous Henri II , et la manche
fut remplacée par l'écharpe . Celle-ci n'a disparu que
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 197
sous Louis XIV, au moment où l'habit uniforme fut
donné aux troupes . A la fin du seizième siècle , chaque
soldat portait généralement deux écharpes en croix ,
une aux couleurs du roi , l'autre à celle du capitaine ou
du mestre de camp . Pendant les guerres civiles , il s'in-
troduisit dans quelques corps un autre usage . C'est celui
des casaques ou hoquetons aux couleurs des partis (1 )
Ces vêtements , qui avaient la même destination que
les manteaux et capotes d'aujourd'hui , se voyaient de
(1 ) Nous avons dit dans les notes précédentes quelles étaient les
enseignes sous lesquelles combattaient les troupes françaises . On a vu
que la croix blanche sur les drapeaux et les habits était le signe natio-
nal , que l'emblème royal était l'étendard d'azur aux fleurs de lis
d'or, et que l'enseigne entièrement blanche n'était que la marque du
commandement général . Les choses demeurèrent en cet état jus-
qu'aux guerres de religion , avec cette restriction , que les croix sur
les habits tombaient en désuétude et qu'on les avait généralement
remplacées par des écharpes de même couleur.
Dans la prise d'armes de 1562, le prince de Condé, chef du parti
protestant, fit prendre à ses soldats des casaques et des écharpes
blanches, « pour marque d'une netteté de conscience au dessein par
eux faict, pour maintenir l'honneur de Dieu et du public (la Popeli-
nière). » Le parti catholique et royal adopta alors les écharpes et
casaques cramoisies . A la conférence de Thoury en 1562, Catherine
de Médicis voyant passer une troupe de protestants revêtus de la ca-
saque blanche, dit au prince de Condé : « Vos gens sont meuniers ,
mon cousin . Elle en eut cette réponse : C'est pour toucher vos asnes ,
madame. » (D'Aubigné , Histoire universelle. ) Ceci témoigne du peu
d'importance qu'on attachait alors à ces symboles . L'adoption des
écharpes rouges par les royaux ne fit point disparaître la croix
blanche. Elle continua de figurer sur les enseignes et les habits des
catholiques, tandis que les protestants la supprimèrent partout, et
198 HISTOIRE
plus loin que les écharpes , et répondaient mieux au but
spécial qu'on se proposait , celui de se reconnaître dans
les rencontres.
adoptèrent des vêtements entièrement blancs ou à fond blanc, et des
enseignes pleines.
Voici , d'ailleurs, quelles furent les marques distinctives des divers
partis pendant la durée des guerres civiles. Dans le principe tous les
catholiques prirent l'écharpe rouge en conservant la croix blanche :
Les fantassins, dit la Popelinière, « mesmement ceux qui sont armez
à la légière, comme arquebuziers, portent le mandil, ou tel autre ha-
bit remarqué d'un nombre de croix blanches, pour n'être prins con-
fédérez . » Lorsque , sous Henri III , le parti catholique se fut scindé
en deux , les catholiques royaux continuèrent seuls à porter l'écharpe
rouge. Les ligueurs adoptèrent d'autres couleurs. Ce fut d'abord le
noir. Après l'assassinat de Henri III , l'écharpe noire fut remplacée
par l'écharpe verte qui était la couleur des Guise . Enfin , quand la
Ligue se fut jetée dans les bras de l'Espagne pour résister à Henri IV,
ce parti porta simultanément les écharpes noire et rouge. (D'Aubigné,
Journal de l'Estoile, Chronologie novennaire.)
Quant aux réformés, ils portèrent tous la casaque blanche, « du
moins estoyt à toutes le fond blanc bordé de telle couleur que la de-
vise du chef demandoit ;... avec l'escharpe blanche pour les discerner
des catholiques,... les enseignes estoyent toutes pleines , fors de leurs
couleurs ou devises . » (La Popelinière. ) Après la bataille de Jarnac
(1569) et la mort du prince de Condé, les protestants changèrent
leur écharpe, et prirent celle du duc des Deux- Ponts qui leur amenait
de puissants secours : « A Moncontour, dit encore la Popelinière,
toute l'armée était en blanc, l'escharpe de taffetas jaune et noir. Ils
avoyent chargé ces couleurs depuis quatre mois en mémoire du duc
des Deux-Ponts. >>
Lorsque le roi de Navarre devint le chef du parti , l'écharpe blan-
che fut reprise et ne fut plus quittée.
Henri III et le parti royaliste abandonnèrent l'écharpe rouge pour
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 199 .
Il en était de l'armement comme de l'habillement .
L'Etat ne fournissait rien . Mais on était plus sévère pour
les armes que pour les habits . Les nombreuses pièces
d'armement qui nous restent de ce temps , attestent qu'on
y recherchait non-seulement une grande solidité , mais
aussi le luxe des ornements . Le colonel général Philippe
Strozzi s'occupa beaucoup de perfectionner l'armement de
l'infanterie , et, comme nous l'apprend Brantôme, cher-
cha à inspirer le goût des belles et bonnes armes (1 ) . Du
reprendre l'écharpe blanche le 8 mai 1589. Voici comment d'Aubigné
raconte cette nouvelle révolution (Confessions de Sancy ) . On sait que
le duc de Mayenne faillit prendre le roi à Tours et que ce prince ne
dut son salut qu'à l'arrivée de l'armée protestante . « Leroy, dit d'Au-
bigné, spectateur de ses nouveaux soldats , pour honorer leur valeur
prit l'escharpe blanche, ce qui fascha à plusieurs des siens, ne pou-
vans de bon cœur voir honorer la marque , contre laquelle ils avoyent
et avoyent encores tant de passion ; de ce rang furent d'O, Clermont
d'Antragues, Chasteau-Vieux et autres ; mais le mareschal d'Aumont,
Montigny, Crillon et gens de cette sorte , tenoyent bien autres propos,
et le mareschal adjoutoit qu'il n'y avoit que les bougres ( les mignons
d'Henri III ) qui ne vouloyent pas souffrir les huguenots . »
Après la mort d'Henri III , le parti national, s'étant fondu avec le
parti huguenot, reprit sans difficulté l'écharpe blanche, couleur que
le roi Henri IV, dit Péréfixe, affectionnait fort, et depuis ce moment
jusqu'à la révolution , c'est-à-dire pendant un espace de 200 ans
juste, les croix , écharpes et cravates blanches ont toujours été les
marques principales de la nationalité française.
(1) C'a esté aussi le premier qui a mis l'usage des mousquets en
France, et certes avec une très grande peine , car il ne trouvoit soldat
qui s'en voulust charger : mais , pour les gagner peu à peu , luy- même
au siége de la Rochelle (1572-73) , en faisoit porter toujours un à un
page ou à un laquais ; et quand il voyoit un beau coup à faire , il ti-
200 HISTOIRE .
reste, il n'y avait pas de modèles déterminés , et toute
arme qui remplissait les conditions essentielles d'un bon
service , était admise .
On a vu plus haut que dans chaque compagnie les
soldats étaient partagés en piquiers et en arquebusiers .
Pendant les guerres civiles , l'arquebuse commençait
déjà à faire place au mousquet ( 1 ) , de sorte qu'en réa-
lité il y avait trois espèces de soldats , les piquiers , les
arquebusiers et les mousquetaires.
Les piquiers , qui formaient toujours le fond de l'infan-
terie, avaient pour armes offensives une pique de qua-
torze pieds de longueur, y compris la lame , et l'épée
forte et droite . Leurs armes défensives étaient le casque
à cimier orné de plumes , le corselet , les cuissards et le
hausse-col .
Les arquebusiers, embarrassés d'une arme qui pesait
...Je vis, et plusieurs avec moy, ledit M. de Strozzi tuer un che-
roit....
val de cinq cens pas avec son mousquet... (Brantôme . )
(1) Le mousquet différait essentiellement de l'arquebuse par la
manière d'enflammer la charge. Dans l'arquebuse on mettait le feu
en rapprochant du bassinet un morceau de corde salpêtrée allumée,
qui était maintenue par une espèce de chien nommé serpentin . Il fal-
lait à chaque instant compasser cette mèche sur le serpentin . Dans
le mousquet , le feu était donné par une composition d'antimoine et
de fer, qui s'enflammait par un frottement dur. Le petit bruit pro-
duit par l'étincelle rappela celui d'une mouche (mosca en italien).
De là le diminutif moschetta ou moschetto, d'où nous avons fait
mousquet. En 1575 , suivant d'Aubigné, il y avait déjà vingt mous-
quetaires par compagnie.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 201
quelquefois jusqu'à vingt kilogrammes , n'avaient ni
casques ni cuissards. Quelques-uns portaient le buffle ou
veste en peau de bœuf ; le plus grand nombre se couvrait
du corselet qui atténuait l'effet du recul de l'arquebuse.
On distinguait les arquebusiers à la fourchette qui leur
servait à appuyer leur arme dans le tir, au paquet de
corde à mèche suspendu au ceinturon de l'épée , à la
bandoulière garnie de ses petites boîtes à charges toutes
faites, et à leurs chapeaux à larges bords .
Le mousquet parut en France en 1527 pour la pre-
mière fois . Il ne commença à devenir commun que vers
la fin du siècle . Sa légèreté, comparée à celle de l'ar-
quebuse , et le perfectionnement qui y fut apporté vers
1570 par l'invention de la platine à rouet, lui firent
alors de nombreux partisans . Les mousquetaires , desti-
nés au service de tirailleurs , avaient un équipement fort
leste . Un petit casque simple , ou morion sans ornements ,
<< pour estre plus dispos et maniants à l'escarmouche, »
un gilet sans manches en peau de buffle , une dague , une
poire à poudre en corne et un sac à balles , formaient
tout leur accoutrement . Quelques-uns avaient conservé
l'usage de la fourchette pour donner plus de justesse à
leur tir. Comme les mousquetaires ne combattaient ja-
mais en ligne , et que l'importance des services qu'ils
pouvaient rendre dépendait surtout de la célérité des
mouvements , on les vit presque tous, dès les premières
années des guerres de religion , se pourvoir d'un
bidet ou petit cheval coureur, dont ils se servaient pour
se transporter rapidement d'un point à un autre . C'est
202 HISTOIRE
là l'origine des dragons , qui s'appelèrent d'abord mous-
quetaires ou arquebusiers à cheval . Ce mélange d'hom-
mes à pied et d'hommes à cheval dans les régiments
d'infanterie se maintint jusqu'à l'année 1635 , où la
cavalerie et les dragons furent organisés pour la pre-
mière fois en régiments (1 ) .
Dans les dernières années du siècle parut une autre
innovation . Les propriétés des armes à feu rayées avaient
été déjà reconnues et utilisées . Lesdiguières , qui passa
sa vie à guerroyer dans les hautes montagnes du Dau-
phiné et de la Savoie , leva en 1591 un corps d'infan-
terie qu'il composa exclusivement de montagnards . Il
les arma de carabines rayées (2 ) et les appelait ses cou-
reurs . Il ne paraît point que la valeur de l'idée de Les-
diguières ait été comprise par ses contemporains ; du
moins ses coureurs ne furent point imités , et la carabine
à balle forcée resta pour longtemps encore ignorée entre
les mains de quelques chasseurs de chamois .
Les officiers et bas officiers étaient équipés comme les
(1 ) La dernière fois qu'on voit clairement des mousquetaires
montés dans les régiments d'infanterie, c'est à la date de 1652 , quand
Louis XIII, alors en Lorraine , détacha 400 mousquetaires des Gardes-
Françaises, pour aller combattre le duc de Montmorency en Lan-
guedoc.
(2) Carabine viendrait, dit-on , de canna bina, canne , canon
double, renforcé . Ce qu'il y a de certain, c'est que dans la marine
le mot carabiné est employé à peu près dans ce sens . On dit une
brise carabinée pour exprimer une forte brise.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 203
piquiers . Seulement les officiers portaient , au lieu de la
pique , une arme plus courte et à lame travaillée appelée
esponton (1 ) . Les sergents avaient la hallebarde ( 2) dont
le fer offrait des dimensions et des découpures formida-
bles . Cet armement particulier et la richesse plus ou
moins grande des différentes parties de l'habillement
étaient, au reste , les seules marques qui distinguassent
les chefs des simples soldats .
Outre les armes que nous venons de décrire , on voyait
encore, surtout dans les régiments nouveaux , des arba-
lètes , des arcs et des flèches, pour lesquels les Français
et les méridionaux , en particulier , eurent une prédilec-
tion marquée . On vit encore des archers au siége d'Os-
tende en 1603. La fronde fut employée pour la der-
nière fois en 1572 à la défense de Sancerre par les pro-
testants. Il est vrai qu'on la nomma alors par dérision
pistole de Sancerre .
L'exercice était déjà en honneur , mais il était peu
compliqué. Il consistait en un petit nombre de principes
(1) Esponton vient de l'italien spuntono , qui lui- même est formé
de punta, pointe.
(2) Hallebarde serait tiré de hasta bardata, pique bardée, ar-
mée. Comme les parties essentielles de la hallebarde étaient des lames
recourbées en arrière, et évidemment destinées à accrocher et à ti-
rer à soi, ce qui la distinguait de la pertuisane, qui ne présentait
qu'une lame large seulement propre à faire une ouverture, un pertuis ,
nous penchons à croire que hallebarde est formé de haller , tirer , et
de barde, armure .
204 HISTOIRE
sur le meilleur emploi des armes en diverses circons-
tances, et en quelques mouvements de parade , où l'on
n'exigeait ni précision , ni simultanéité . Ainsi les piquiers
apprenaient à croiser leurs armes , et à en présenter la
pointe dans toutes les directions possibles : on enseignait
à ceux du premier rang à passer la pique dans la main
gauche, en portant le haut du corps en avant et le pied
droit en arrière. Dans cette position ils appuyaient l'ex-
trémité du bois contre le pied droit , mettaient l'épée à
la main et présentaient ainsi deux pointes aux charges
de la cavalerie, tandis que les hommes des autres rangs
croisaient le fer par-dessus leurs têtes . Les arquebu-
siers et mousquetaires étaient exercés à charger leurs
armes de pied ferme et en marchant, et à tirer à la cible .
Le principal mouvement de parade était pour tout le
monde le port de l'arme sur l'épaule gauche , en prenant
certaine position martiale que l'on trouverait fort ridicule
aujourd'hui , et qui se rencontre chez certains suisses de
cathédrales .
Nous avons déjà dit un mot de la tactique des bandes .
Celle des régiments resta la même , c'est-à-dire une
réminiscence de la formation des phalanges macédo-
niennes . Le régiment , soit dans l'ordre en bataille , soit
dans l'ordre en colonne, se développait en autant de
petits carrés pleins qu'il y avait de compagnies , et
comptait par conséquent huit ou dix hommes de hauteur .
Les compagnies conservaient entre elles un intervalle
égal à leur front . Dans les engagements sérieux , chaque
régiment ne formait le plus souvent qu'un seul bataillon
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 205
plein dont la profondeur variait suivant l'effort à sup-
porter, ou suivant l'étendue du terrain à occuper.
Brantôme décrit ainsi un corps d'infanterie disposé pour
combattre .
<«< Il faut, dit-il , que le colonnel soit devant le batail-
>> lon , loing d'une picque , armé de toutes pièces, sa
>> bourguignotte en teste , et sa picque en main , et tous
>> ses capitaines en chef arméz de mesme à la teste du
>> bataillon , les enseignes au mitan , les lieutenants à la
» queue , les sergens aux costéz , le sergent-major, ou ,
» pour parler à l'ancienne mode, le sergent de ba-
» taille , à cheval , pour aller par les rangs , par le devant ,
» par le derrière et par les costéz ou aisles, afin de
>> mettre ordre promptement à ce qui est nécessaire...>>
Les guerres de religion , malgré leur caractère impie ,
furent une grande école pour les soldats de la France .
Les intérêts brûlants , qui leur mettaient les armes à la
main, avaient doublé leur ardeur, et, dans cette lutte à
mort , où le danger était partout, où les succès s'ache-
taient si cher, où les défaites étaient si terribles , leurs
chefs se montrèrent habiles à combiner des mouve-
ments, à préparer des surprises, à se ménager des re-
traites et à tirer enfin de leurs forces tout le parti pos-
sible . On avait trouvé dès lors le secret de faire marcher
l'infanterie , secret qui sembla se perdre dans les guer-
res méthodiques des deux siècles qui suivirent.
Les troupes d'infanterie étrangère , qui figurèrent
dans les armées françaises pendant les guerres civiles ,
présentaient à peu près le même aspect que les bandes
206 HISTOIRE
nationales, ce qui s'explique par le long contact que
ces troupes eurent ensemble, contact qui détermina des
emprunts réciproques .
Les Suisses seuls avaient conservé un caractère d'ori-
ginalité. Les restrictions stipulées dans leurs capitula-
tions, le renouvellement continuel des régiments qui
faisaient rarement plusieurs campagnes de suite avec
nous , la simplicité de mœurs de ces républicains au mi-
lieu du raffinement de la vie française et une certaine
rudesse native , les tenaient éloignés de leurs camarades
d'armes . Tout pleins encore de l'orgueil de leurs triom-
phes du xv° siècle, ils avaient conservé le costume et
l'armement des vainqueurs de Granson , la pique et le
sabre (1 ) , les chausses bouffantes et les toques à plu-
mes . Du reste , leur discipline était excellente , leur va-
leur et leur fidélité inébranlables. Quelques bandes d'a-
venturiers suisses servirent la Ligue , mais ces corps
mal organisés n'étaient point avoués par les cantons .
X Les lansquenets rappelaient les Suisses par l'étran-
geté de leurs costumes , mais ne les valaient point. Ce
n'étaient que des aventuriers : il y en avait dans tous
les partis. Dans l'occasion ils se montraient assez bons
soldats , mais indisciplinés , ivrognes , pillards et bru-
taux . Les Allemands , comme les Suisses , n'étaient pro-
pres qu'au service des batailles rangées , c'est-à-dire
qu'ils maniaient mieux la pique que le mousquet .
(1 ) Sabre est la traduction de l'allemand sabel.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 207
Les Italiens , au contraire , étaient d'excellents arque-
busiers et se montraient fort habiles dans la guerre
d'escarmouches et de siéges . Ils ressemblaient , d'ail-
leurs , parfaitement aux soldats français avec lesquels
ils furent constamment mêlés pendant tout le xvr siècle .
Parmi les Italiens , on distinguait les Corses , « soldats
fort lestes, hien policez et curieux de leur devoir (4 ) . »
C'est ce qu'ils sont encore .
La présence des troupes étrangères dans nos rangs
contribua, au reste, beaucoup à donner à nos guerres
civiles un caractère féroce et implacable .
Après la paix de Vervins , Henri IV ne conserva au
service de France que deux compagnies suisses et une
compagnie écossaise , qui faisaient partie de sa garde, et
le régiment corse d'Ornano.
(1) Histoire de France de d'Aubigné.
208 HISTOIRE
CHAPITRE IX.
Etat de l'infanterie depuis le commencement du dix-septième siècle
jusqu'à la paix des Pyrénées . Améliorations introduites sous le rè-
gne d'Henri IV . Garnisons . Règne de Louis XIII . Drapeaux blancs.
Essais de tenue uniforme. Bataillon . Baïonnette . Fusil .
Le xvIIe siècle ne fut qu'une longue bataille . Soixante-
neuf années de guerre, dont cinquante -deux sur le sol
étranger, trente-neuf batailles rangées et une multitude
de siéges entrepris à une époque où l'art de l'attaque et
de la défense des places arrivait à la perfection , telle
fut la magnifique carrière qu'eurent à parcourir ces ré-
giments d'infanterie que nous venons de voir naître .
Pendant les douze dernières années du règne d'Hen-
ri IV, la paix ne fut troublée qu'un instant par l'expé-
dition de Savoie . Le repos dont jouit alors la France fut
mis à profit pour cicatriser les blessures qu'avaient fai-
tes quarante années de guerre civile , et pour apporter
dans les institutions militaires l'ordre qui leur est indis-
pensable , et les améliorations que l'expérience avait fait
connaître .
Le premier soin d'Henri IV et de Sully fut de mettre
de l'ordre dans les finances , et, tout en diminuant les
charges du peuple , de se préparer des ressources pour
l'avenir .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 209
Ils firent d'abord subir une réforme sévère aux garni-
sons et aux mortes-payes , dont le nombre exagéré et
la mauvaise composition étaient une cause permanente
de désordres dans les villes et de réclamations de la
part des officiers municipaux .
Avant la création des bandes permanentes, il n'y
avait de garnisons que pendant la guerre et seulement
dans les places menacées . En temps de paix et dans les
provinces éloignées du théâtre des hostilités , lorsque la
guerre avait lieu, les villes se gardaient elles-mêmes .
Mais à partir du règne de Charles VII il commença à
en être autrement . A mesure qu'il reprenait une ville
aux Anglais , ce prince, instruit à ne plus avoir une con-
fiance illimitée dans les dispositions des habitants , y
mettait une garnison . Sous ses successeurs, les provin-
ces frontières nouvellement acquises à la couronne
furent gardées militairement par les bandes de Picardie
et de Piémont . Quand , sous Charles IX, les vieilles ban-
des furent rappelées des garnisons à l'armée et enrégi-
mentées pour la plupart , il fallut les remplacer dans les
postes qu'elles quittaient par des bandes nouvelles et des
légionnaires . La juste méfiance qu'on éprouvait, dans
ces temps de discordes, à l'égard de la fidélité de cer-
taines populations, la crainte qu'on avait , d'autre part,
de voir certaines villes importantes tomber entre les
mains des ennemis de la couronne , firent que le
nombre des garnisons fut considérablement augmenté.
Les réformés , de leur côté , et plus tard les ligueurs ,
poussés par des motifs semblables, en agirent de même,
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 14
210 HISTOIRE
de sorte qu'il n'y avait plus une bicoque en France qui
n'eût sa garnison .
Les soldats qui composaient ces garnisons étaient de
deux espèces . C'étaient , d'une part, tous les vauriens
du pays, qui avaient pris la pique ou le mousquet,
parce qu'au milieu des troubles qui agitaient le royaume,
il n'y avait pas de meilleur métier à faire , et qui préfé-
raient au service périlleux de l'armée et des batailles
le rôle plus sûr et plus lucratif de garnisaires . Ils for-
maient des bandes ou compagnies franches , soldées et
entretenues aux frais des villes , mais n'obéissant qu'au
gouverneur .
Il y avait, d'autre part, les mortes-payes . Ceux -ci
étaient d'anciens soldats , que l'âge ou des infirmités
rendaient impropres au service actif et qui par suite
avaient été rayés des rôles de l'armée . C'est de là que
venait leur nom. Ces vétérans passaient à la solde et
au service particulier des gouverneurs des villes et des
châteaux , dont ils devenaient ainsi les janissaires,
janissaires terribles, car la réforme les avait déjà saisis ,
et ils n'avaient pas leur fortune faite .
Si l'on considère que les gouverneurs , à la faveur de
a confusion et du tiraillement des partis, étaient parve-
nus à se rendre , pour ainsi dire , maîtres absolus et in-
dépendants des villes qu'ils étaient chargés de défendre ,
et que, dans la plupart des cas , ils ne pouvaient assu-
rer leur autorité que par la violence, on concevra l'é-
normité des abus engendrés par un pareil état de
choses .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 211
Henri IV, comme l'on sait , fut obligé de conquérir
une à une les provinces de son royaume et le plus sou-
vent de les acheter à leurs gouverneurs . Il ne toucha
point d'abord aux garnisons . Il avait encore trop d'in-
térêts à ménager . Mais , dès que la ligue fut morte, il
commença contre les oppresseurs des villes une rude
guerre, et ne s'arrêta que lorsqu'il les eut réduits à une
cinquantaine de bandes d'origine ancienne , qu'il ré-
partit dans les places les plus importantes. Quant aux
mortes-payes , après les avoir épurés, il leur confia la
garde de quelques châteaux forts . En 1602 , tout était
rentré dans l'ordre .
Une des choses qui fixa aussi immédiatement l'atten-
tion d'Henri IV et de son ministre, ce fut de trouver un
remède capable de prévenir le retour de cette démora-
lisation qui avait envahi l'armée pendant les guerres
civiles . « La forme et la discipline militaire , dit Sully,
étoient un des articles du gouvernement, qui avoient
le plus de besoin qu'on s'appliquât à y mettre une réfor-
mation. On a de la peine à comprendre que dans une
nation qui, depuis sa fondation , n'a presque jamais
cessé de porter les armes , et qui, même en quelque
manière, en a fait son unique métier, on eût attendu
jusque-là à y mettre l'ordre convenable . La milice
françoise n'avoit rien que de rebutant. On enrôlait par
force les soldats dans l'infanterie, et on les faisoit mar-
cher avec le bâton . On leur retenoit injustement leur
solde . On ne les menaçoit que de prison . Les gibets
étoient sans cesse devant leurs yeux . On les réduisoit à
212 HISTOIRE
tout tenter pour leur désertion , et pour parer à cet
inconvénient, il falloit que les prévôts les tinssent
comme assiégés sans cesse dans leur camp . Les officiers
eux-mêmes, mal payés , étoient en quelque manière
autorisés à la violence et au brigandage . Henri disoit
souvent, et il parloit en cela suivant l'expérience qu'il
en avoit faite lui-même, qu'il étoit impossible que
l'Etat fût jamais bien servi , tant qu'on n'établiroit pas
un autre ordre dans les troupes . »
Les causes du mal n'échappèrent point aux illustres
réformateurs . Elles étaient flagrantes , puisque ce mal
apparaissait à peine dans les vieux régiments . Les vices,
qui signalaient l'existence éphémère des corps de nou-
velle formation, tenaient donc à la mauvaise composi-
tion de leurs cadres et à la manière dont ils se recru-
taient , tenaient , comme on l'a déjà dit , à ce qu'un
régiment nouveau n'était du haut en bas qu'un objet
de spéculation .
Aussi pour la guerre de Savoie , en 1600 , Henri IV
aima mieux compléter les vieux corps avec des milices
que de lever des régiments nouveaux , et, dix ans plus
tard, lorsque ce prince tomba sous le poignard de Ra-
vaillac, c'était avec treize régiments d'infanterie seule-
ment (1 ) , mais tous composés de vieux soldats, qu'il
(1) Les treize régiments sur pied à la mort d'Henri IV étaient :
Les Gardes-Françaises, Picardie, Champagne, Piémont, Navarre,
Nérestang, Balagny, Bourg de l'Espinasse, Sault, Vaubecourt,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 213
allait entreprendre une lutte à mort contre la puissante
maison d'Autriche . Ainsi Henri IV et Sully avaient
compris combien il est préférable , au point de vue
militaire aussi bien que sous le rapport financier, d'a-
voir de gros et bons régiments et un petit nombre
d'états-majors . Cet exemple fut perdu pour leurs succes-
seurs qui prodiguèrent les commissions .
Parmi les améliorations dues au règne d'Henri IV, il
faut signaler de grands progrès dans le service de l'ar-
tillerie, l'institution des officiers ingénieurs et la pre-
mière idée des sapeurs . Au siége d'Amiens , en 1597 ,
le roi , fatigué de la poltronnerie des paysans requis
pour creuser les tranchées, sut profiter d'un moment
d'impatience de ses vieilles bandes et employa des
Beaumont, Portes et Ornano Corse. Les onze premiers de ces corps
ont vécu jusqu'à la révolution . Ces treize régiments présentant
ensemble un effectif de 50,000 hommes de pied , c'était en moyenne
3,846 hommes par régiment.
L'armée proposée par Sully, comme modèle, se composait de
50,000 hommes d'infanterie, coûtant neuf millions par an, l'année
étant de dix mois, 6,000 chevaux revenant à 3 millions 400,000 li-
vres, et 40 pièces de canon à 1,500,000 livres . Tous autres frais faits,
une pareille armée devait revenir à 15 millions pour dix mois . C'est
18 millions de livres pour douze mois, ou environ 50 millions de no-
tre monnaie pour la solde seulement . On voit qu'indépendamment
de toutes autres considérations, une armée coûtait alors plus cher
qu'aujourd'hui.
Il faut remarquer dans cette composition d'armée, les proportions
relatives des trois armes qui se rapprochent beaucoup plus de celles
adoptées aujourd'hui, que de celles des armées entretenues pendant
les règnes suivants.
214 HISTOIRE
soldats d'infanterie à ce travail . A la paix , il déter-
mina, au moyen d'une haute paye, un certain nombre
d'hommes par compagnie à se pourvoir d'outils propres
à remuer la terre ou à couper le bois. Depuis il y a
toujours eu des sapeurs dans les régiments jusqu'à la
création d'un corps spécial .
La minorité de Louis XIII vit renaître les troubles et
la guerre civile . Les mêmes désordres conduisirent aux
mêmes expédients . Ce qui restait de vieilles bandes
dans les garnisons fut enrégimenté, on donna des com-
missions pour lever des régiments nouveaux à tous
ceux qui en voulurent , enfin , pour que tout se passât
comme sous Charles IX, on rétablit la garde suisse du
roi, et cette fois pour rester entretenue.
Cependant pour établir une ligne de démarcation
tranchée entre les anciens et les nouveaux corps et en
même temps pour encourager les jeunes régiments à
bien faire , le colonel général de l'infanterie ne voulut
avoir de compagnies colonelles que dans les régiments
anciens . De cette manière , la possession d'un drapeau
blanc devint le privilége et la marque des corps perma-
nents, mais on laissait entrevoir aux formations tempo-
raires la possibilité d'obtenir le drapeau blanc , si elles
s'en montraient dignes . C'est ainsi que le mot drapeau
blanc est devenu, pendant la première moitié du xvire
siècle, le synonyme de régiment entretenu . En 1616 , le
nombre des drapeaux blancs était de douze , et il ne
varia pas jusqu'à l'année 1635. Ces corps étaient les
Gardes-Françaises , Picardie , Champagne , Piémont ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 215
Navarre, Normandie, Chappes, Rambures, Bourg de
l'Espinasse , Sault, Vaubecourt et Beaumont. Les six
premiers étaient distingués par le titre de vieux corps ;
les six autres étaient appelés petits vieux .
Les guerres de religion et de la Valteline donnèrent
lieu à la création d'un grand nombre de régiments fran-
çais et suisses . Il en fut surtout beaucoup levé de 1626
à 1628, à l'occasion du blocus et du siége de la Ro-
chelle . Après la reddition de cette ville et la pacification
du royaume, l'infanterie française, qui , depuis sa nou-
velle organisation , n'avait encore guère fait campagne
que sur le sol de la patrie, franchit enfin la frontière et
débuta d'une manière brillante sur les Alpes par
l'attaque du Pas de Suze et le combat de Veillane, où ,
guidée par le jeune et infortuné duc de Montmorency,
elle montra cet entrain , cette verve d'intrépidité et cette
vigueur d'initiative, connue déjà des Italiens sous le nom
pittoresque de Furiafrancese, et qui a toujours carac-
térisé depuis le soldat français .
Les vingt années qui venaient de s'écouler depuis
la mort d'Henri IV, furent remarquables par l'adoption
de l'exercice hollandais qui réglait le maniement de
l'arquebuse, du mousquet et de la pique, par l'abandon
de l'arquebuse qui disparaît définitivement en 1622
devant le mousquet de plus en plus perfectionné et
allégé (1 ) , et par des tentatives pour introduire dans les
(1) Au siége de Montauban , en 1621 , on vit une compagnie de ti-
216 HISTOIRE
troupes l'habitude des manœuvres d'ensemble , la régu–
larité et jusqu'à un certain point l'uniformité des cos-
tumes et de l'équipement . Ce fut surtout pendant le
long blocus de la Rochelle que ces essais eurent lieu .
Arnaud, mestre de camp du régiment de Champagne
et gouverneur du Fort-Louis construit pour gêner les
communications des Rochelais avec les flottes anglaises ,
consacrait les loisirs que lui laissait cette position à
l'étude de la tactique des anciens , dont il appliquait les
principes à l'instruction du corps dont il était le chef.
Ses travaux acquirent bientôt une telle renommée que
beaucoup de jeunes officiers venaient servir comme
volontaires au Fort-Louis , transformé ainsi en école
militaire . Vers la même époque , l'illustre Fabert, autre
soldat de fortune , faisait du régiment de Rambures ,
dont il était sergent-major , un régiment modèle .
Une question qui agita aussi les esprits pendant ces
guerres, ce fut de donner aux troupes d'un même parti
les moyens de se reconnaître dans la chaleur des com-
bats . Les exemples de corps servant sous les mêmes
drapeaux et s'entre-tuant , faute de signes de reconnais-
sance, étaient très-fréquents . L'absence d'un costume
uniforme prêtait d'ailleurs singulièrement aux surprises
et à tous les stratagèmes de la guerre . Au siége de Né-
grepelisse, en 1622 , Louis XIII , qui avait ordonné le
reurs en volant et en courant, dont le marquis, depuis maréchal de
Toiras , était le capitaine.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 217
sac de la ville et le massacre de tous les habitants à
cause de la lâche trahison dont ils s'étaient rendus cou-
pables l'année précédente vis-à-vis du régiment de
Vaillac, prévoyant que dans l'ardeur de l'assaut il
pourrait y avoir des méprises funestes , avait prescrit à
ses troupes de nouer quelque chose de blanc aux cor-
dons des chapeaux pour servir à distinguer les amis
des ennemis . Il paraît que ce moyen ne fut pas suffisant,
car pendant les années suivantes on voit, dans des cir-
constances analogues , les chefs ordonner à leurs soldats
de mettre leurs chemises par-dessus leurs habits . Cet
usage se maintint assez longtemps , puisque l'expression
donner l'assaut en chemises fait partie du langage de
l'époque (1 ) . Enfin , pendant le blocus de la Rochelle ,
les capitaines des Gardes-Françaises adoptèrent chacun
pour leurs compagnies une tenue particulière , qui de-
vait produire le même résultat . Cet exemple, encou-
ragé par Louis XIII qui était fort curieux de tous ces pe-
tits détails militaires (2) , fut depuis imité par les capi-
(1 ) Cet usage avait une origine très-ancienne . Il en est question
dans Rabelais . On en avait même fait le mot Camisade.
(2) On sait que Louis XIII était un habile tambour, qu'il passait
sa vie à faire faire l'exercice à son régiment des gardes, et qu'il avait
la prétention de connaître par leurs noms les quatre mille hommes
qui composaient alors ce corps . Voici une anecdote curieuse, rappor-
tée par Tallemant des Réaux, et qui n'est point déplacée ici. « Louis
XIII , qui faisoit tous les métiers, excepté celui de roi, et qui rasoit
fort bien, s'avisa un jour de couper la barbe à tous ses officiers, et ne
218 HISTOIRE
taines de plusieurs autres corps . C'était tout ce que l'on
pouvait faire alors , puisque l'Etat n'était point chargé
de l'habillement des troupes .
L'année 1635 est un moment excessivement remar-
quable dans l'histoire de l'armée . La cavalerie et les
dragons furent pour la première fois enrégimentés, et
l'infanterie se ressentit de l'impulsion donnée à toutes
les institutions militaires par le cardinal de Richelieu ,
qui venait de se décider à prendre parti dans la guerre
de Trente ans . Au moment où la France allait avoir sur
les bras toutes les forces de la monarchie espagnole ,
Richelieu admit plusieurs régiments au privilége du
drapeau blanc et porta à dix -neuf le nombre des régi-
ments entretenus (1 ) . Il créa un corps d'infanterie de
leur laissa qu'un petit toupet au menton . On en fit une chanson,
dont voici le premier couplet :
<< Hélas ! ma pauvre barbe,
Qu'est-ce qui t'a faite ainsi ?
C'est le grand roy Louis
Treizième du nom
Qui toute a ébarbé sa maison . >>
Nous ajouterons que c'est là l'origine du nom de royale donné à cet
ornement.
(1) Ces régiments étaient, outre les douze que nous avons nommés
plus haut, les régiments des Gardes suisses et Ecossaises, le régiment
lorrain de Chamblay, le régiment écossais d'Hepburne, et les régi-
ments français de Plessis-Praslin et de Lyonnais, enfin , le régiment
de la Marine, classé d'emblée après Normandie. En 1636 , trois nou-
veaux régiments français, Bourdonné, Montausier et Touraine, re-
curent encore le drapeau blanc. Après cette époque, il semble que
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 249
marine et lui donna rang parmi les vieux régiments .
Enfin, poursuivant toujours au milieu des complications
extérieures ses projets hostiles contre la noblesse , il
établit une nouvelle classe de régiments privilégiés qui
devaient avoir le pas sur ceux des gentilshommes, c'é-
taient les régiments de provinces (1 ) , c'est-à-dire por-
tant des noms de provinces au lieu des noms de leurs
mestres de camp .
l'usage d'octroyer le drapeau blanc se soit perdu , du moins il n'en
est plus fait mention . Bussy-Rabutin seul dit que son régiment, qui,
du reste, ne fut pas maintenu , avait été admis au même honneur. Il
est probable que la permanence de la guerre entraînant la perma-
nence des régiments, et leur permettant de se créer des titres, on
craignit de se créer aussi des embarras pour le moment où la paix et
les réformes arriveraient. Il est probable que le port du drapeau
blanc cessa alors d'être un privilége, et que tous les régiments en
eurent, car c'est vers cette époque que l'on commença à se servir par
toute l'Europe du drapeau blanc comme drapeau parlementaire . La
figure arborer le drapeau blanc, dans le sens de capituler , commence
à devenir commune dans les mémoires du milieu du dix- septième
siècle.
(1) Cette mesure de Richelieu et le but qu'il se proposait, sont si
bien marqués dans l'article suivant de la Gazette de France du 17
mai 1636 , que nous croyons devoir le rapporter ici : « La semaine
passée, le roy honora du drapeau blanc et augmenta de cinq compa-
gnies le régiment de Bourdonné, qui fut autrefois celui de Ménillet,
tellement qu'il est à présent de vingt compagnies comme les régi-
ments des provinces . » Ajoutons que parmi les régiments qui avaient
le drapeau blanc , cinq prirent alors le nom de provinces . Ce sont les
régiments de Maugiron , de Chamblay, d'Alincourt, de Montausier,
et de Sainte-Offange, qui prirent les noms d'Auvergne, de Lorraine,
de Lyonnais , d'Angoumois et de Touraine.
220 HISTOIRE
C'est à cette année 1635 que remonte la division des
régiments d'infanterie en bataillons . Cette division ne
fut d'abord que passagère . L'administration intérieure
des corps n'était pas assez avancée pour qu'il en fût
autrement . Mais on avait remarqué les inconvénients
qu'entraînaient dans les opérations stratégiques des
corps numériquement trop forts et inégaux comme l'é-
taient les régiments . Ce fut donc dans le but d'avoir une
unité de formation régulière , d'une force convenable et
déterminée , que l'on partagea, en temps de guerre seu-
lement, les régiments en bataillons (1 ) . Ces bataillons
étaient alors commandés par les plus anciens capi-
taines . A partir de ce moment l'on ne compta plus
l'infanterie dans les armées que par le nombre de
bataillons .
En même temps que Richelieu introduisait dans l'in-
fanterie française toutes les améliorations dont elle
était immédiatement susceptible , il ne négligeait aucun
moyen d'exciter son émulation et de préparer la voie à
de nouveaux perfectionnements , en mettant sous ses
yeux des exemples bons à imiter. C'est ainsi qu'il prit
encore en 1635 à sa solde les régiments d'infanterie
allemande du duc Bernard de Saxe-Weymar, célèbres
à cette époque sous le nom de Weymariens . Ce fut avec
(1) On voit que le sens du mot bataillon s'était altéré depuis le xvi©
siècle. Cependant il désignait toujours l'unité de formation au point
de vue de la tactique.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 221
ces troupes élevées à l'école de Gustave-Adolphe que le
grand Turenne commença à développer ces merveil-
leuses qualités de général en chef, qui , en raison des
grandes choses qu'il accomplit avec de petits moyens ,
le placent au premier rang des capitaines dont la France
s'honore .
A la fin de 1642 mourut Richelieu , dont le règne
avait été particulièrement favorable au développement
de l'infanterie, en portant les derniers coups à l'esprit
féodal . Peu de mois après, Louis XIII le suivait dans la
tombe , léguant à son successeur des troupes nom-
breuses (1 ) , bien organisées, bien commandées et par-
faitement aguerries .
Le règne de Louis le Grand , époque la plus brillante
des annales monarchiques , s'ouvrit par une victoire
éclatante. Pendant que Louis XIII s'acheminait vers
Saint-Denis , cinq jours après sa mort, le 19 mai 1643,
cette redoutable infanterie espagnole , dont la maison
d'Autriche était si fière , succombait dans les plaines de
Rocroi sous les coups de l'infanterie française . Cette
journée eut des résultats immenses . On l'a souvent ré-
pété, le soldat français a besoin d'avoir foi en sa force ;
l'impatience est le point saillant de son caractère ; les
(1) Le nombre des régiments d'infanterie sur pied , au moment de
la mort de Louis XIII , s'élevait au chiffre énorme de 139, parmi les-
quels on comptait trois régiments des gardes, un régiment écossais ,
six allemands, deux irlandais, cinq suisses, deux lorrains et un
italien .
222 HISTOIRE
guerres de chicane l'énervent ; les échecs le rebutent ;
illui faut de grandes victoires qui l'exaltent, ou de grands
revers qui l'indignent et qu'il brûle de venger . Le
succès inespéré de Rocroi , en imprimant dans son âme
la conviction qu'il était désormais le premier soldat du
monde, en excitant jusqu'au plus haut degré son ardeur,
fut la principale cause de cette suite non interrompue
de triomphes qui distingua le règne de Louis XIV jus-
qu'à la paix de Riswich, et qui fit de ce souverain l'ar-
bitre et en quelque sorte le maître de l'Europe .
La mort du grand cardinal et la minorité du nouveau
roi , en relevant les espérances de l'ennemi et en lui
faisant multiplier ses attaques, contraignit encore à aug-
menter les forces de la France . Il fallait, en effet , faire
face à la fois dans les Pays-Bas , en Allemagne , en Italie
et en Catalogne . Mais l'augmentation de l'infanterie
porta surtout sur les auxiliaires étrangers . Le cardinal
Mazarin , qui avait succédé à Richelieu , et qui avait
peut-être ses raisons pour cela , eut la manie des régi-
ments étrangers , surtout des italiens, et se fit même
colonel de plusieurs d'entre eux .
En 1645 , la première révolution d'Angleterre jeta
sur les côtes de France une foule d'émigrés , qui for-
mèrent des régiments dont le nombre s'accrut encore
après l'exécution de Charles Ier . Pendant cette même
année, les Pays-Bas commencèrent à faire défection à
l'Espagne et l'on vit des régiments wallons. L'année
1646 amena pour la première fois sous les drapeaux
français une nation valeureuse, qui plus tard devait
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 223
verser pour la France le plus pur de son sang . A la fin
de la guerre de Trente ans, à l'époque du mariage de
Marie-Louise de Gonzague avec Wladislas roi de Po-
logne, deux régiments polonais vinrent débarquer à
Calais et prendre parti dans les rangs français . En 1647
parut un régiment catalan , qui vint combler un dernier
vide , laissé par la nation espagnole , dans ce rendez→
vous de tous les peuples militaires de l'Europe , conviés
au service de Louis XIV .
La paix de Westphalie , en 1648 , ralentit le feu de la
guerre étrangère : mais , comme si les soldats ne de-
vaient pas avoir le temps de respirer sous ce belliqueux
règne , la guerre civile se ralluma . La Fronde , que l'on
représente généralement comme une échauffourée bur-
lesque, n'en donna pas moins lieu à des combats ter-
ribles . La bataille du faubourg Saint-Antoine, où Condé
et Turenne, combattant sous des drapeaux différents ,
déployèrent toutes les ressources de leur génie , en fut
un sanglant épisode, où l'infanterie fit un glorieux
apprentissage de cette guerre difficile des rues , qui ne
fut éclipsé dans la suite que par la prise de Saragosse .
Cependant la guerre avait continué contre l'Espagne.
La victoire, remportée par Turenne dans les dunes de
Dunkerque, y mit fin . La paix des Pyrénées, consolidée
par le mariage du roi avec l'infante Marie-Thérèse ,
donna enfin le repos au royaume après quarante ans
de guerre continue .
Pendant la longue prise d'armes que nous venons de
parcourir, il y eut peu de place pour les améliorations .
224 HISTOIRE
Cependant l'adoption définitive du mousquet eut pour
résultat, à mesure que cette arme se perfectionna et
devint plus maniable , de diminuer le nombre des pi-
quiers et de faire disparaître les corselets . Cette guerre
fut la dernière où il y ait eu de l'infanterie cuirassée .
Suivant Puységur , ce fut après la bataille de la Marfée ,
en 1641 , que les soldats se débarrassèrent du corselet ,
qui n'était plus pour eux qu'une charge inutile depuis
le perfectionnement des armes à feu . Les officiers seuls
le conservèrent encore quelque temps . Les piquiers des
gardes suisses continuèrent aussi de le porter jusqu'à la
suppression des piques , que la baïonnette allait rempla-
cer. Celle-ci fut inventée en 1640 ; bien imparfaite , à
la vérité, puisque son manche s'introduisait dans le
canon du mousquet (1 ) et que par conséquent cette arme
ne pouvait être employée comme arme de hast et
comme arme à feu que successivement . Les imperfec-
tions de ce système empêchèrent la baïonnette de faire
promptement fortune; cependant les officiers chargés du
(1 ) Le mot baïonnette vient de l'espagnol . Bayneta, dans cette
langue, signifie petite gaîne, petit fourreau . On a donné au contenu
le nom du contenant. Les premières baïonnettes se composaient
d'une lame, tranchante des deux côtés, d'un pied de longueur, ajus-
tée comme un fer de pique, sur un petit manche en bois de quatre
ou cinq pouces de long, qui s'enfonçait dans le canon, dont il avait
exactement le diamètre. Ce petit manche était renflé à l'endroit de sa
jonction avec la lame, pour maintenir la baïonnette à l'orifice du
canon . Pendant soixante ans, on ne trouva rien de mieux que cela .
La bayonnette à douille ne fut inventée qu'en 1701 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 225
commandement de petites troupes, comme avant-gardes ,
escortes , fourrages, proclamaient déjà combien il était
avantageux , dans de pareilles circonstances , d'avoir des
hommes qui fussent à la fois piquiers et mousquetaires.
A la paix des Pyrénées, les hommes armés de piques
ne formaient plus que la moitié de l'infanterie .
Les premiers fusils , c'est-à -dire les premières armes
à feu où l'inflammation de la charge s'opérât par le
choc d'un morceau de silex ( 1 ) contre une batterie
d'acier , inventés vers 1630 , ne parurent dans l'armée
française, après plusieurs perfectionnements , que pen-
dant les troubles de la Fronde . Le maréchal d'Hocquin-
court leva le premier, en 1652 , un régiment de fusiliers
pour l'armée de Catalogne .
N'oublions pas de dire que les tambours-majors da-
tent de 1651 , ainsi que les aides et les sous-aides-ma-
jors, officiers dont l'emploi correspondait à celui des
adjudants-majors actuels .
De tous les régiments d'infanterie qui existaient à la
paix des Pyrénées (2), Louis XIV n'en conserva sur
pied que quarante-huit, y compris ceux des Gardes
françaises et suisses , un régiment écossais , un régiment
(1) Fusil vient de l'italien fucile, qui est le nom du petit morceau
d'acier, du briquet, dont on se sert pour obtenir du feu en le frap-
pant sur un silex .
(2) Il y avait alors 114 régiments d'infanterie, dont 3 suisses,
2 écossais, 8 irlandais, 1 anglais , 5 italiens, 2 catalans et 6 allemands.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 15
226 HISTOIRE
allemand et un régiment catalan . Tous les autres furent
licenciés, incorporés ou réduits en compagnies de gar-
nison . Ceux qui survécurent furent même soumis à une
dure réforme . Excepté les vieux corps qui gardèrent
vingt compagnies , on ne leur laissa que quatre et même
deux compagnies .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 227
CHAPITRE X.
Etat de l'infanterie sous le règne de Louis XIV. Suppression de la
charge de colonel général. Conséquences de cette mesure. Rang
des régiments. Grenadiers. Uniforme. Armement . Création du
corps royal de l'artillerie. Milices . Troupes légères . Nouveaux ré-
giments de 1702.
L'espace de temps compris entre les années 1659 et
1672 est un de ces moments remarquables dans l'his-
toiredes nations , où un peuple , se reposant dans sa force
après de longues et laborieuses luttes, met à profit les
leçons du passé et l'expérience des hommes éminents que
les circonstances difficiles font toujours surgir pour
avancer d'un pas dans la voie des progrès. Quand un
tel peuple a pour chef un prince tel que l'était Louis XIV ,
à cette époque de son règne , jeune , plein de sentiments
nobles et fiers , désireux de s'instruire , surtout d'agir ;
quand un tel chef a pour ministres des hommes comme
Louvois et Colbert, pour généraux des Turenne et des
Condé, le pas est immense.
De cette époque date pour l'armée une foule d'amé-
liorations , qui achevèrent de faire disparaître les der-
nières traces du moyen âge . Ce fut là le commencement
de la prépondérance de l'infanterie.
La noblesse avait jusque-là toujours préféré le ser-
228 HISTOIRE
vice de la cavalerie : d'anciens préjugés, encore très-
vivaces , l'éloignaient du service à pied . D'ailleurs , la
gendarmerie française avait une vieille renommée que
la réputation naissante de l'infanterie n'était pas encore
parvenue à égaler . Les compagnies d'ordonnance , qui
ne commencèrent à être enrégimentées qu'en 1635 ,
flattaient l'amour d'indépendance qui caractérisait les
enfants des grandes maisons , et les offices de la cavale-
rie offraient à leur bouillant courage des occasions plus
fréquentes de se signaler . Aussi est-il à remarquer que
pendant les deux premiers tiers du xyire siècle la pro-
portion de la cavalerie dans les armées françaises était
encore très-forte . A Rocroi , le duc d'Enghien avait sept
mille chevaux sur une armée de vingt-deux mille
hommes . Turenne , à la bataille des Dunes, n'avait que
neuf mille fantassins pour six mille hommes de cava-
lerie .
Le cardinal de Richelieu qui porta de si rudes coups
à l'esprit aventureux et indépendant de la haute no-
blesse , en créant les régiments de cavalerie , fit descendre
les capitaines des compagnies de gendarmes et de che-
vau-légers au rang de subalternes . La chose perdit
dès lors beaucoup de son prix . Le cardinal Mazarin
suivit un autre système qui conduisit au même résultat.
Il délivra à tous ceux qui en voulurent des commissions
de mestres de camp de cavalerie , et permit aux gentils-
hommes moins riches de lever des compagnies . Les uns
et les autres se ruinèrent . Les folies de la Fronde ache-
vèrent l'œuvre de Richelieu et de Mazarin . Une noblesse
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 229
pauvre, criblée de dettes, et passionnée pour le luxe,
le faste et les plaisirs dispendieux , appartenait désor-
mais corps et âme au roi . Il n'avait plus qu'à faire con-
naître son bon plaisir.
Pour donner à cette noblesse , réduite à se contenter
des miettes de la royauté, un emploi qui ne blessât point
son orgueil, Louis XIV organisa sa maison militaire sur
un pied colossal . Les cadres de cette garde étaient, sans
doute, hors de proportion avec l'effectif général de
l'armée entretenue , mais il ne faut pas perdre de vue
que cette institution fut surtout un coup de politique
très-habile . Placés sans cesse sous l'œil d'un souve-
rain, que le bonheur constant de ses armes , la fierté de
son attitude vis -à-vis des autres puissances de l'Europe,
et la grandeur qu'il mettait dans ses moindres actions ,
élevaient si haut dans l'esprit d'une nation essentielle-
ment vaniteuse, les jeunes seigneurs considérèrent
comme un grand honneur de débuter dans la carrière
militaire par les plus minces emplois de sa maison . Ils
se rompirent à une discipline sévère , s'astreignirent
sans murmurer à tous les détails si fastidieux des posi-
tions subalternes, et poussant le sentiment du point
d'honneur et du dévouement jusqu'à l'exaltation , s'enrô-
lèrent en foule , pour porter le mousquet, dans le régi-
ment des Gardes françaises et surtout dans les régiments
du Roi et du Dauphin créés spécialement pour les rece-
voir : s'estimant heureux quand le grand roi , pour prix
de leur intrépidité et de leurs services, voulait bien leur
accorder une enseigne ou une compagnie . Ce fut ainsi
230 HISTOIRE
que la noblesse, plus sage alors qu'elle ne l'a été depuis ,
maintint incontestée , pendant un siècle encore, sa supé-
riorité sur une autre classe de la société française , dont
l'éducation était moins avancée.
Les nombreux siéges auxquels donnèrent lieu les
expéditions de Flandre et de Franche-Comté en 1667 et
1668 , achevèrent de mettre l'infanterie en évidence .
Louis XIV aimait la guerre de siéges , qui lui permettait
de diriger lui-même les opérations de son armée et de
montrer ses connaissances militaires , sans trop exposer
sa royale personne et sans se priver de son entourage
habituel de femmes et de courtisans . Sous l'influence des
idées personnelles du roi , qui était d'ailleurs flatté d'a-
voir pour lui l'opinion du grand Vauban , l'armée fut sur-
tout organisée pour la guerre de siéges , c'est-à-dire que
l'infanterie devint prépondérante , trop prépondérante
peut-être , et que la cavalerie fut réduite au rôle d'un
accessoire utile . Ainsi se termina une révolution commen-
cée depuis sept siècles , et pendant les phases de laquelle
on vit constamment les progrès de l'infanterie liés aux
progrès de la puissance royale, marchant les uns et les
autres du même pas sur les ruines des institutions féo-
dales.
Un des premiers actes de Louis XIV fut la suppression
de la charge de colonel général de l'infanterie , qui , deve-
nue héréditaire dans la famille des ducs d'Epernon , était
arrivée par une suite de concessions et d'empiétements à
posséder de tels priviléges que le roi n'avait pour ainsi
dire plus d'autorité sur les troupes à pied . Louis XIV
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 231
profita de la mort du dernier titulaire , Bernard de No-
garet, duc d'Epernon , pour supprimer cette charge gê-
nante et se réserva à lui-même tous les droits et privi-
léges de colonel général de l'infanterie ( 1 ) . L'édit du 26
juillet 1664 , qui frappait la charge de colonel général,
entraîna des modifications dans l'état des régiments
d'infanterie et dans les rapports des principaux officiers
entre eux . Ces modifications furent réglées par plu-
sieurs ordonnances successives et notamment par celle
du 28 juillet 1661 (2) . Par cette ordonnance les mestres
(1) C'est alors que l'enseigne blanche devint le symbole particulier
du roi, considéré comme chef des armées de terre et de mer.
(2) Nous transcrivons ici, d'après Daniel, les termes de cette ordon-
nance importante.
« Ordonnance du roy, portant que les mestres de camp des ré-
giments d'infanterie, estant à la solde de sa majesté, prendront dé-
sormais la qualité de colonels, et qu'ils les commanderont immédia-
tement sous l'autorité de sa majesté.
» De par le roy. Sa majesté ayant à l'occasion du décès de feu
monsieur le duc d'Espernon , vivant pair et colonel général de l'in-
fanterie de ce royaume, éteint et supprimé ladite charge de colonel
général, pour ne pouvoir jamais revivre ni être rétablie en quelque
manière, et pour quelque cause que ce puisse être : sa majesté a en
même tems résolu de prendre elle- même les soins auxquels les fonc-
tions de ladite charge s'étendoient sur toutes les troupes d'infanterie,
et de ne faire désormais répondre qu'à elle seule les principaux chefs
qui les commanderont, établissant l'ordre et la manière du comman-
dement qu'elle désire être gardé en chaque régiment.
» Et voulant sur cela faire sçavoir bien particulièrement ses inten-
tions, sa majesté a ordonné et ordonne :
>> Que tout mestre de camp d'infanterie prendra doresnavant le titre
et qualité de colonel , au lieu de celle de mestre de camp, sans toutes-
232 HISTOIRE
de camp d'infanterie prirent le titre de colonels et leurs
compagnies passèrent du deuxième rang au premier . Il
fois qu'il puisse prétendre comme colonel de plus grandes prérogati-
ves ni d'autres avantages que ceux dont il a joui ci -devant en qualité
de mestre de camp ;
>> Que la compagnie que chacun d'eux commande en ladite qua-
lité de mestre de camp , et qui marchoit après celle du colonel géné-
ral, tiendra le premier rang et prendra la droite sur toutes les autres
compagnies du régiment dont elle est, en toutes marches et occasions
de guerre, comme la colonnelle et la première d'iceluy ;
>> Que celle qui étoit la compagnie du feu colonel général , et qui
est commandée par le lieutenant - colonel en chaque corps , sera la
seconde d'icelui, et marchera immédiatement après ladite compagnie
colonnelle ; et que l'une et l'autre seront toujours la première et la se-
conde du régiment , et ne rouleront point avec les autres d'iceluy;
>> Que ladite seconde compagnie sera commandée par ledit lieute-
nant-colonel en chaque régiment , comme capitaine particulier
d'icelle ;
» Et afin qu'elle soit pourvue de pareil nombre d'officiers que les
autres compagnies du régiment, sa majesté entend que l'enseigne
colonel monte à la charge de lieutenant de ladite compagnie, pour en
faire la fonction tout ainsi et en la même manière que les lieutenants
des autres compagnies dudit régiment , et sa majesté pourvoira à la
charge d'enseigne de ladite compagnie , qui vacquera par cette pro-
motion ;
» Que lorsque la charge de lieutenant-colonel viendra à vacquer
dans chaque régiment, sa majesté y pourvoira ainsi qu'aux autres
compagnies d'iceluy, sans qu'aucun capitaine puisse prétendre y
devoir monter, soit par droit d'ancienneté, ou autrement.
>> Vent sa majesté que les lieutenants- colonels qui sont présente-
ment en charge dans les régiments, en considération des services
qu'ils y ont rendus, jouissent pendant tout le temps qu'ils possèdent
lesdites charges, des mêmes appointements dont ils étoient payez
jusqu'à présent, sans que ceux qui leur succèdent esdites charges
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 233
résulta , en outre, de la suppression du colonel général
plusieurs conséquences qu'il est nécessaire de faire res-
sortir.
Les chefs des régiments d'infanterie gagnèrent en
considération et en autorité réelle . Ayant désormais une
action immédiate sur les corps qu'ils commandaient, ils
durent déployer plus de zèle et plus d'amour-propre
dans une charge qui leur était devenue personnelle (1 ) .
Le drapeau blanc , qui était le signe de l'autorité su-
puissent prétendre ledit payement, ni d'autres avantages que ceux qui
leur seront dus en qualité de capitaines.
>> Mande et ordonne sa majesté aux colonels des régiments de son
infanterie françoise, lesquels en estoient ci-devant mestres de camp,
et aux commissaires des guerres ordonnez à la conduite et police des-
dits régiments, de tenir la main, chacun comme il appartiendra, à
l'exacte observation de la présente, laquelle sa majesté veut être leue
et publiée à la tête de chacun desdits corps , et affichée ès quartiers où
ils sont en garnison , à ce qu'aucun n'en prétende cause d'ignorance .
» Fait à Fontainebleau, le 28° jour de juillet 1661. Signé Louis.
Et plus bas, le Tellier. >»
Voilà le titre de colonel descendu à la valeur qu'il possède aujour-
d'hui. Les termes de cette ordonnance sont très-propres à faire ressor-
tir toute la différence qu'il y avait entre le colonel d'autrefois et le
nouveau colonel. Celui- ci n'est qu'un mestre de camp, un officier
commandant par délégation . L'ancien colonel était chef et maître de
ses gens.
(1) Il y avait un certain nombre de régiments dont le roi, les prin-
ces du sang ou quelques personnages distingués étaient colonels pro-
priétaires . Les officiers qui commandaient ces régiments n'avaient
que le titre de colonels-lieutenants. Mais, en réalité, ils étaient chefs
de corps aussi bien que les colonels.
234 HISTOIRE
périeure, passa dans l'ancienne compagnie du mestre de
camp devenue la première . Dès lors les chefs des régi-
ments de gentilshommes cessèrent de faire porter
leurs couleurs sur les autres drapeaux du régiment (1 ),
et ceux-ci désormais fixés devinrent des drapeaux.
d'ordonnance, comme l'étaient déjà ceux des régiments
à titres de provinces .
Le sens du mot lieutenant-colonel fut complétement
altéré . Le lieutenant-colonel perdit l'indépendance
dont il jouissait dans le régiment , et sa compagnie recula
d'un rang ; mais il devint le second officier du corps ,
et s'il ne cessa pas d'être un simple capitaine , il eut
cependant dès lors à remplir les fonctions d'un officier
supérieur. Quand le régiment avait en ligne deux ha-
taillons et que le colonel était à la tête du premier, le
lieutenant-colonel commandait le second . Pendant les
quartiers d'hiver , lorsqué le colonel était à Versailles ,
tout le poids du commandement dans ses détails les plus
compliqués retombait sur le lieutenant-colonel . A vrai
dire, les colonels ne commandaient , pour la plupart,
leurs régiments qu'en temps de campagne . Bientôt enfin
les abus des exigences aristocratiques , qui avaient suc-
cédé aux abus des exigences féodales , firent du lieute-
(1) A partir de 1661 , on ne vit de changements de drapeaux que
dans quelques-uns des régiments dont il est question dans la note
précédente. Ainsi, en 1675 , le régiment de Turenne ayant été donné
au duc du Maine, les drapeaux noirs de la maison de Bouillon furent
remplacés par d'autres drapeaux aux couleurs du fils de Louis XIV .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 235
nant-colonel, dans beaucoup de circonstances , l'homme
le plus essentiel et le chef réel du régiment ( 1 ) . Aussi
le titre de lieutenant- colonel , auquel Louis XIV n'avait
pas voulu qu'on pût monter par le seul droit d'an-
cienneté, fut-il presque toujours donné à des officiers
d'un grand mérite, et à qui il ne manquait que la nais-
sance et la fortune pour arriver à la tête de l'armée . Le
roi , pour entretenir le goût du service parmi ces braves
et utiles officiers , leur ouvrit une porte vers les hautes
charges . Comme la plupart d'entre eux étaient dans
l'impossibilité d'acheter des régiments et de devenir
colonels, il voulut que les lieutenants-colonels pussent
arriver au grade nouveau de brigadier (2) , sans passer
(1) C'est ce qui arrivait lorsqu'un régiment avait l'honneur d'être
commandé par un colonel à la bavette.
(2) Depuis une trentaine d'années , on avait commencé dans les armées
à réunir deux ou trois régiments pour former une brigade. Cette bri-
gade prenait le nom du régiment le plus ancien, et était commandée
par le mestre de camp de ce régiment, quelleque fût l'ancienneté de
cet officier . Ainsi le voulait le droit de préséancedes corps . Or , il arrivait
souvent que le commandant de la brigade était incapable et avait sous
ses ordres des mestres de camp plus anciens que lui . Pendant les
dernières campagnes qu'il fit en Flandre, Turenne avait déjà obtenu
que les brigades de cavalerie fussent commandées par des mestres de
camp expérimentés et commissionnés à cet effet. En 1667 , Louis XIV
créa des offices de brigadiers dans la cavalerie, et par une ordon-
nance du 30 mars 1668 il étendit cette institution à l'infanterie. Les
brigadiers , qui remplirent jusqu'en 1788 les fonctions attribuées
aujourd'hui aux maréchaux de camp, étaient officiers généraux, de
sorte que, par une combinaison bizarre, on vit des lieutenants-colo-
236 HISTOIRE
par celui de colonel . C'est en suivant cette route que
Cattinat, Vauban et Chevert sont parvenus , les deux
premiers à la dignité de maréchal de France , le der-
nier au grade de lieutenant général des armées du
roi.
Louis XIV , débarrassé des entraves qu'opposaient à
sa volonté les priviléges du colonel général , et avec
l'aide du sévère Louvois , introduisit dans ses troupes
l'ordre , l'uniformité et une discipline rigoureuse , ins-
titua l'administration militaire et régla le service à l'in-
térieur et en campagne.
Les attributions de chaque grade furent soigneuse-
ment définies et la hiérarchie établie sur des bases fixes .
Le pas de préséance des régiments d'infanterie n'avait
jamais été réglé d'une manière officielle . Cependant , par
suite des réformes et des licenciements auxquels la plu-
part de ces régiments avaient été soumis dans leur ori-
gine, ils étaient loin d'être d'accord sur le rang qu'ils
devaient occuper entre eux . Dans un temps où le droit
de choisir ses quartiers et de monter le premier à l'as-
saut appartenait au plus vieux régiment, cette lacune
dans les ordonnances avait souvent causé les contesta-
tions les plus graves et les plus dangereuses pour le
succès des opérations . Deux ordonnances des 19 et 28
nels de régiments, qui étaient officiers généraux, et qui étaient
quelquefois appelés à commander des brigades, où leurs colonels
devenaient leurs subordonnés .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 237
février 1666 , complétées par le règlement du 26
mars 1670 , firent disparaître toute incertitude à cet
égard (1 ) .
Les grenadiers furent créés en 1667. Les premières
grenades à main avaient été lancées au siége d'Arles en
1536. Depuis cette époque cette dangereuse mission
était confiée à des volontaires qu'on appelait enfants
perdus. Louis XIV, voulant utiliser cet esprit de gloire
qui anime le soldat français et s'assurer en même temps
des hommes qui joignissent à l'intrépidité l'expérience
et l'habileté dans ce périlleux exercice, institua dans
chaque compagnie d'infanterie quatre soldats d'élite
qu'il nomma grenadiers et à qui il fit une haute paye .
Cette création produisit un effet merveilleux . Les hom-
mes qui furent l'objet de cette distinction se signalèrent
dans les campagnes de Flandre et de Franche-Comté
par des traits d'une audace extraordinaire. Aussi les
grenadiers se multiplièrent-ils rapidement . En 1670 , le
(1) L'ordonnance du 19 février 1666 avait eu pour but de mettre
un terme aux contestations continuelles qui s'élevaient entre les ré-
giments de Champagne, de Piémont et de Navarre, en les déclarant
égaux en ancienneté et en établissant entre eux un roulement qui
donnait successivement par année le pas à chacun d'eux . C'est ce
qu'on appela le semestre. L'ordonnance du 28 février établit égale-
ment le semestre entre les régiments de Castelnau , de Rambures et
d'Auvergne, qui se trouvaient dans le même cas . Ce semestre régla
le rang annuel de ces six régiments, jusqu'à l'ordonnance du 19 fé-
vrier 1777, qui , après un tirage au sort, assigna à chacun de ces
corps un rang fixe.
238 HISTOIRE
régiment du Roi eut une compagnie entière de grena-
diers . Cette mesure fut bientôt étendue aux trente plus
anciens régiments et successivement à tous les autres .
Les grenadiers furent armés d'une petite hache et d'une
épée. En 1671 , on leur donna le fusil . Ils portaient de
plus douze ou quinze grenades renfermées dans un sac
de cuir, appelé grenadière .
L'uniforme, qui , ainsi que nous l'avons déjà dit,
avait été l'objet de plusieurs essais particuliers et incom-
plets, fut définitivement donné aux troupes en 1670 , et
les soldats furent dès lors habillés aux frais du roi. Les
Suisses seuls ne furent pas compris dans cette réforme .
Ils conservèrent leurs antiques pourpoints jusqu'à la
fin du siècle . Les premiers uniformes ne différaient
guère , quant à l'ensemble , du costume civil : c'é-
taient l'habit à larges basques , l'ample veste et le
feutre à bords ronds et plats qu'on retrouve en-
core chez les campagnards du centre de la France ;
mais tous les hommes d'un même régiment étaient
vêtus de la même manière , et c'était là le point es-
sentiel pour la discipline , pour la propreté , et pour la
considération que les soldats acquéraient à leurs pro-
pres yeux, en se voyant recouverts du même habit
que leurs officiers . Le premier uniforme porté par l'in-
fanterie française se composa d'un habit gris clair pour
tous les régiments (4 ) . Ceux -ci se distinguaient par la
(1) Pendant la période comprise entre 1670 et 1700, on trouve
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 239
couleur de la veste et de la culotte , et quelquefois par
celle de la doublure de l'habit qui ressortait dans les col-
lets et les parements retroussés . Ces couleurs distincti-
ves étaient le blanc , le rouge et le bleu de la livrée
royale . Un très-petit nombre de régiments , auxquels se
rattachaient certaines traditions ou qui avaient une ori-
gine étrangère, portait des couleurs différentes de celles
que nous venons de nommer ( 1 ) . Les hommes portaient,
en outre, sur leurs chapeaux des plumes ou des noeuds
de rubans (origine des cocardes) aux couleurs des colo-
nels . Enfin dans plusieurs corps les officiers et sous-
officiers avaient sur l'épaule gauche une touffe de rubans
(origine des épaulettes ) aux mêmes couleurs . Après la
paix de Riswick, le costume des troupes fut amélioré
et commença à prendre ce qu'on appelle le type mili-
taire. Les régiments d'infanterie reçurent le chapeau
uniforme à bords retroussés, galonné d'or ou d'argent
et orné de la cocarde noire . Les habits et vestes , coupés
d'une manière particulière et invariable dans chaque
corps, furent garnis de boutons métalliques qui dessi-
naient les devants , la taille et les poches . Le soulier à
souvent les régiments d'infanterie et de cavalerie, qui n'appartenaient
point au roi ou aux princes, désignés sous le nom de régiments gris,
de même qu'on disait la maison rouge, en parlant de la cavalerie
légère de la maison du roi.
(1 ) Ainsi le régiment de Piémont, qui venait des bandes noires,
eut le parement noir; le régiment de Dampierre, qui était d'origine
lorraine, le porta vert.
240 HISTOIRE
boucle , le ceinturon porte-épée et porte-giberne (1 ) et les
cheveux noués en bourse devinrent de rigueur .
L'année 1670 vit encore une innovation considérable .
Le fusil et la baïonnette , qui avaient fait des progrès dans
les mains du soldat, furent adoptés pour l'armement d'une
partie de l'infanterie par une ordonnance du 25 février .
Dès l'année suivante, on en donna aux grenadiers et
même à un régiment tout entier , celui des Fusiliers du
roi . Dès ce moment, les mousquets commencèrent à
disparaître . En 1699, il n'y en avait plus . La baïon-
nette devait aussi porter un coup mortel aux piques et
pertuisanes . Cependant ces dernières armes avaient
conservé de nombreux et zélés partisans , et Louvois lui-
même n'osa pas en prescrire l'abandon . Il fallut que
l'expérience eût démontré qu'en maintes circonstances
le courage du piquier se trouvait complétement paralysé
par l'inefficacité de son armement et qu'on fût parvenu
par l'invention de la baïonnette à douille à faire du
fusil une arme de jet et une arme de hast tout à la fois ,
pour voir disparaître les dernières piques . Les Suisses
les abandonnèrent les derniers en 1703 .
Il n'est pas besoin d'ajouter que le nouvel armement ,
(1) La giberne venait de paraître avec les cartouches à balles, et
remplaçait depuis peu les petites boîtes à charges suspendues au
baudrier ou à la bandoulière. La giberne se porta d'abord comme on
la voit aujourd'hui, attachée au ceinturon . Le mot giberne paraît
avoir la même origine que gibecière , et dériverait du grec kibba,
petit sac. Cartouche vient de carta, papier.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 244
étant devenu obligatoire , cessa d'être au compte du
soldat (1 ) , et qu'il amena l'introduction d'un nouvel
exercice et d'une nouvelle tactique . Après la paix de
Nimègue, en 1680 , le comte d'Artagnan de Montes-
quiou , depuis maréchal de France , fut envoyé succes-
sivement dans toutes les garnisons du royaume pour en
établir uniformément les principes . La conséquence
naturelle de l'adoption générale des armes à feu fut de
diminuer la profondeur des bataillons . Le nombre des
rangs d'une troupe d'infanterie en bataille , qui était
de dix à la fin du seizième siècle , n'était plus que de
quatre à la fin du dix-septième.
Ce fut encore en 1670 que l'ancien sergent-major du
régiment prit sous le nom de major la direction de la
comptabilité particulière du corps .
Nous avons nommé plus haut le régiment des Fusi-
liers du roi . L'établissement de ce corps , qui eut lieu en
1671 , est à lui seul un grand événement qui marque
d'une manière bien précise le moment où la puissance
royale est arrivée à son plus complet développement , le
moment où un simple signe de sa volonté suffit pour
faire taire tous les préjugés chevaleresques .
Jusqu'alors l'artillerie n'avait point été servie mili-
tairement . Considéré comme l'exercice d'un art mécani-
(1) Ce ne fut toutefois qu'en 1727 que l'Etat prit complétement à
sa charge l'armement du soldat . Jusque-là il était resté facultatif
dans beaucoup de corps sous le rapport du modèle.
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 16
242 HISTOIRE
que, le métier de l'artilleur était profondément méprisé
par la noblesse et ne pouvait dans ces temps de superbe
ignorance être pratiqué que par des gens de basse nais-
sance . Les soldats eux -mêmes , toujours prêts à se mo-
deler sur leurs chefs , auraient cru se déshonorer en dé-
posant la pique ou le mousquet pour prendre le refou-
loir . Les bouches à feu étaient donc servies par des
artisans, brevetés du Grand maître de l'artillerie en
qualité de canonniers, de bombardiers et d'ouvriers ,
sous la direction de certains ingénieurs qu'on appelait
commissaires de l'artillerie . Ces hommes n'étaient point.
considérés comme militaires , mais en retour de certains
avantages dont ils jouissaient , ils se trouvaient en
état de réquisition permanente et dans une position
qui a quelque analogie avec celle des officiers ma-
riniers et des matelots classés de nos jours . En campagne ,
la garde du matériel et du personnel de l'artillerie était
confiée à l'infanterie et ordinairement aux Suisses ,
quand il y en avait dans l'armée.
Un tel état de choses n'était plus en rapport avec les
institutions militaires au temps de Louis XIV, et surtout
avec le nouveau rôle que le matériel d'artillerie déjà
perfectionné était appelé à jouer sur les champs de ba-
taille. Le roi voulut rendre l'artillerie militaire et inau-
gurer cette innovation d'une manière éclatante et qui
manifestât bien sa pensée . Il créa donc un régiment
d'infanterie destiné spécialement à la garde de l'artillerie
et au besoin à son service, et pour le composer il prit
des compagnies dans les vieux corps et des officiers
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 243
dans son propre régiment . Il appela ce nouveau corps
le régiment des Fusiliers du roi , lui donna un uniforme
magnifique et voulut en être lui- même le colonel (1 ) .
C'en était fait l'armée était lancée dans une voie
nouvelle ; les dernières traces du moyen âge venaient
de disparaître ; le costume , l'armement, la discipline, •
les habitudes , tout prenait un caractère de fixité, une
physionomie particulière qui marquait une transition
complète entre les temps anciens et l'époque moderne.
Les institutions de Louis XIV s'amélioreront , subiront
les modifications que la mode , le progrès des sciences
et la marche de l'éducation nationale pourront exiger ;
des circonstances difficiles, quelques innovations mal-
heureuses viendront quelquefois en altérer l'ensemble ;
mais les grands principes sont posés ; l'armée est défini-
tivement constituée . Cent ans juste s'étaient écoulés
depuis la création des premiers régiments d'infanterie .
Dorénavant la France n'a plus rien à demander aux
(1 ) Suivant un contemporain , le lieutenant-colonel de Guignard ,
l'esprit de la noblesse serait dès cette époque tombé bien bas, car
voici ce qu'il dit dans son Ecole de Mars de la création du corps de
l'artillerie. << Dans l'origine, les nobles auraient cru se déshonorer
en entrant dans ce corps . Sa majesté ayant ordonné de forts appoin❤
tements pour les capitaines qui devaient commander les nouvelles
compagnies, cet appât acheva de détruire l'ancienne délicatesse ; les
plus qualifiés n'eurent plus aucune répugnance à devenir capitaines
de forgerons, de charpentiers, etc. , ce qui aurait paru singulier dans
un autre temps , faute de faire attention que tout ce qui est du métier
de la guerre fait honneur, sous quelque titre que ce soit. »
244 HISTOIRE
nations étrangères ; elles-mêmes viendront puiser chez
elle de grands exemples et payeront souvent bien cher
les leçons qu'elles recevront de la grande nation .
En 1672 , au moment où Louis XIV déclara la guerre
aux Etats généraux de Hollande ( 1 ) , l'infanterie fran-
çaise se composait de quarante-huit régiments de force
inégale. Les Gardes-Françaises comptaient trois mille
hommes . Les six vieux corps et les régiments du Roi,
Royal, du Dauphin , du duc d'Anjou et de la Reine
avaient chacun soixante-dix compagnies de cinquante-
trois hommes , y compris les officiers . Les autres avaient
trente-trois, vingt-quatre, vingt , dix-huit et seize com-
pagnies . Il y avait, en outre , quatorze régiments étran-
gers présentant un effectif de 28,256 hommes . L'infan-
terie tout entière , en y comprenant les deux régiments
des gardes, se composait donc de soixante-deux régi-
ments , et le nombre des soldats à pied sous les drapeaux
s'élevait au chiffre de 114,413 hommes , chiffre qui s'aug-
menta dès la première campagne de 15,000 hommes
par la création de trois cents nouvelles compagnies d'in-
fanterie destinées à compléter les régiments les plus
faibles .
La guerre de Hollande, terminée en 1678 par la
(1) On sait que cette guerre fut déterminée par un motif assez
futile. Louis XIV avait pris le soleil pour son emblème. L'ambassa-
deur hollandais Josué Van-Buninghem eut l'impertinence de faire
frapper une médaille qui le représentait avec le soleil au-dessus de
la tête et ces mots : Conspectu meo stetit sol.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 245
paix de Nimègue, porta la puissance de Louis XIV à
son apogée . Une armée , organisée d'une manière si
supérieure à celles des autres nations européennes ,
bien armée, bien exercée , soumise à une discipline sé-
vère , et conduite par Turenne et Condé , devait faire
des prodiges (1 ) . Mais Condé faisait ses dernières cam-
pagnes, et son émule de gloire , Turenne, tombait à
Salzbach frappé par un boulet de caǹon . Les succes-
seurs de ces grands hommes, ceux que madame de Sé-
vigné appelait spirituellement la monnaie de Tu-
renne (2) , avaient des talents , mais peu de génie .
Luxembourg seul , méconnu à cette époque et sur qui
tombaient principalement les épigrammes de l'illustre
marquise, devait maintenir intacte la gloire des armes
françaises .
Cette guerre de sept ans avait vu l'infanterie s'aug-
(1) On a beaucoup parlé, pour contester la discipline des troupes
en ce temps, des ravages exercés dans le Palatinat par l'armée de
Turenne, sur les habitations des gens paisibles. Il ne faut point ou-
blier, d'abord que ces terribles exécutions eurent lieu par l'ordre de
Louvois, puis que ces habitants paisibles s'étaient rendus coupables
d'une abominable atrocité vis-à-vis d'un certain nombre de soldats
français qui étaient tombés dans leurs mains. Ils les avaient attachés
aux arbres du chemin sur lequel devait passer Turenne , leur avaient
coupé les parties naturelles et les leur avaient mises dans la bouche.
Certes l'indignation était permise, et ce que l'on peut reprocher aux
soldats de Turenne, c'est de ne pas avoir été armés d'une vertu que
l'on trouve rarement, même en dehors des gens de guerre.
(2) A la mort de Turenne en 1675 , Louis XIV fit d'un seul coup
huit maréchaux de France.
246 HISTOIRE
menter de plusieurs régiments , la plupart étrangers , et
dont quelques-uns vécurent jusqu'à la révolution . De ce
nombre étaient quatre régiments suisses , les premiers ,
si l'on en excepte les gardes , qui aient été levés pour
rester d'une manière permanente au service de France .
Le nombre des régiments d'infanterie conservés sur pied
à la paix de Nimègue s'élevait à soixante-huit . Il y
avait, en outre , un grand nombre de bataillons de gar-
nison .
La paix fut de courte durée . La prépondérance que
Louis XIV avait acquise en Europe et son ambition peu
mesurée effrayaient les autres puissances qui y répon-
dirent par la ligue d'Augsbourg. Devant une aussi for-
midable coalition le roi dut augmenter ses forces .
L'année 1684 fut marquée par la création de trente
nouveaux régiments d'infanterie, levés sous le nom
d'autant de provinces et formés en partie avec les troi-
sièmes bataillons des vieux corps . Ces régiments étaient
spécialement destinés à la garde des places fortes et de-
vaient rendre disponibles pour les armées tous ceux
d'ancienne formation , qui prirent dès lors le nom de
régiments de campagne . Ce nouveau titre fut plus tard
donné comme récompense aux régiments de garnison
qui s'étaient bien conduits ( 1 ) , et offrit pendant quel-
que temps le même sens et le même prestige que l'an-
cienne dénomination de drapeau blanc.
(1) Les 30 régiments créés en 1684 furent mis au nombre des
régiments de campagne, par ordonnance du 19 septembre 1691 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 247
Des camps permanents furent en même temps établis
dans le double but d'avoir toujours assemblée une force
imposante, de perfectionner l'instruction des troupes
et de les rompre à la fatigue . Ce fut alors que l'infan-
terie fut employée pour la première fois aux grands
travaux d'utilité publique , aux fortifications des places,
au défrichement des bords de la Sarre, aux canaux de
Maintenon et de Briare , aux travaux de Marly , etc.
Pendant les années suivantes, on continua de mettre
sur pied de nouveaux corps (1 ) , de sorte qu'en 1688 ,
lorsque la guerre éclata sérieusement, l'infanterie comp-
tait déjà cent quinze régiments à un , à deux et à trois
bataillons . Les Gardes-Françaises formaient même six
bataillons, et la plupart des régiments suisses et alle-
mands en avaient quatre.
Jusqu'ici les armées ne s'étaient guère recrutées
qu'au moyen de volontaires . Les compagnies étant la
propriété des capitaines , ces officiers les tenaient au
complet par le raccolage, mais surtout en attirant au
service un certain nombre de leurs vassaux ou de leurs
(1 ) Louis XIV, pour en imposer à l'ennemi, usa alors d'un moyen
qui fut imité depuis sous l'Empire. Il forma avec des garnisons et
même avec des milices des bataillons qui prirent le titre des régiments
les plus célèbres et qui servirent dans les armées secondaires . Ainsi,
pendant que les régiments de Picardie, de Champagne, etc. , com-
battaient en Flandre ou sur le Rhin , il y avait sur les Alpes ou en
Catalogne des bataillons du même nom qui n'avaient de commun
avec les vieux corps que le titre.
248 HISTOIRE
compatriotes . Pour les formidables armements de
Louis XIV , ce moyen n'était plus suffisant . Après la
prise de Philisbourg, la coalition étrangère devenant
plus menaçante que jamais, on fut contraint d'avoir re-
cours à une mesure extraordinaire . Les milices, c'est-à-
dire l'arrière-ban de la rôture ( 1 ) , qui sommeillaient
depuis les légionnaires du seizième siècle, furent appelées
au service actif. L'ordonnance est du 29 novembre 1688 .
Cette levée produisit cent régiments d'un seul bataillon,
successivement mis sur pied pour la défense des places
et des côtes . Vers la fin de la guerre , l'affaiblissement
de l'infanterie régulière fit appeler aux armées les régi-
ments de milices ( 2 ) , et , à la paix de Riswick, les
hommes qui les composaient , au lieu d'être renvoyés
dans leurs foyers , furent incorporés dans les troupes
permanentes . Cette mesure arbitraire , souvent renou-
velée au xvinⓇ siècle , eut toujours des effets fàcheux
pour la discipline et pour la réputation des corps .
En 1691 , l'infanterie reçut un renfort plus efficace
(1) L'ordonnance du 29 novembre 1688 prescrit aux gouverneurs
de provinces et aux intendants de s'occuper sans relâche de mettre
sur pied des régiments d'infanterie qui soient toujours en estat de
marcher aux lieux où il sera jugé à propos pour la seûreté des frontiè-
res et des côtes, et cette levée doit être de 25,050 hommes, non com-
pris les officiers. Les localités qui payaient 4,000 livres de tailles
devaient fournir deux hommes , et les autres à proportion.
(2) Les vieux soldats donnèrent à ces miliciens le sobriquet de
salades, sans doute parce qu'ils s'étaient coiffés des vieux casques
rouillés de leurs pères, pour se donner un air martial.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 249
que celui des milices . La révolution d'Angleterre et les
désastres de Jacques II jetèrent sur les côtes de France
25,000 Irlandais qui combattirent dans nos rangs les
Anglais du roi Guillaume avec le courage de la haine et
du désespoir, et qui finirent par former des régiments
entretenus au service de France .
La guerre de Catalogne fit renouveler un essai déjà
tenté bien des fois, mais qui sortait trop des principes
de la tactique méthodique de ce temps pour réussir com-
plétement. Les armées qui servaient sur la frontière des
Pyrénées avaient eu dans les précédentes guerres à lut-
ter contre les miquelets espagnols . Ces hardis partisans ,
profitant avec intelligence de la connaissance qu'ils
avaient des gorges et des défilés de leurs montagnes,
détruisaient peu à peu les armées , en s'emparant des
convois de vivres et de munitions et en massacrant les
arrière-gardes et les détachements isolés . Le maréchal
de Noailles, qui commandait en 1689 l'armée de Cata-
logne, eut l'idée de leur opposer des soldats exercés à
leur manière . Il leva donc dans le Roussillon un régiment
de miquelets français , devenu célèbre sous le nom de
fusiliers ou d'arquebusiers de montagnes et qui lui ren-
dit d'éminents services (1).
(1) « Leur habillement consistoit en une veste rouge, passée dans
un haut de chausses à la façon des mariniers ; ils avoient les jambes
nues avec des souliers de cordes ou espardilles, un bonnet dit bar-
rète, de laine bleue, et un justaucorps à l'antique, couleur gris de
fer, doublé et parementé de bleu : ils avoient ordinairement ce jus-
250 HISTOIRE
Cette innovation fut bientôt goûtée . Sur toutes les
frontières, les difficultés du terrain et les territoires
neutres favorisaient singulièrement cette guerre de par-
tisans, qu'on appelait la petite guerre . Toutes les ar-
mées eurent donc des corps de troupes légères , organi-
sés sur le modèle des miquelets et qui portèrent le nom
de fusiliers de frontières (1 ) . Parmi ces corps, il en est
qui se rendirent justement célèbres . Nous nous conten-
terons de citer ici les fusiliers de la Croix , levés dans les
Ardennes et sur la frontière du Luxembourg . Ajoutons
que M. de la Croix est le premier qui ait érigé en corps
de doctrine le service des troupes légères .
Il serait inutile de rappeler ici toutes les formations
nouvelles qui eurent lieu jusqu'à la paix de Riswick . Il
suffira de dire que l'infanterie comptait, en y comprenant
taucorps attaché au col sans passer les bras dans les manches. Leurs
armes étoient deux pistolets sur la gauche de la ceinture, une dague
sur la droite, avec un fusil dit escopette, dont ils se servoient si adroi-
tement qu'ils ne manquoient guère leur coup . Ils avoient , au lieu de
tambour, un corneur par compagnie, qui se servoit d'une grosse co-
quille de limaçon de mer. Il y avoit dans ce régiment , commandé
par un gentilhomme du pays , cent compagnies de vingt-cinq hom-
mes chacune. Leur service ordinaire étoit de marcher au sommet des
montagnes pour couvrir la marche de l'armée dans les gorges, y assu-
rer le passage aux convois et aux fourrageurs. Ils escortoient les cour-
riers si vite qu'ils pussent aller, et faisoient volontiers la petite guerre,
mais ils ne valoient rien en plaine. » De Guignard, Ecole de Mars.
Ces fusiliers de montagnes furent remis sur pied dans toutes les
guerres qui eurent lieu jusqu'en 1734.
(1) Six de ces corps furent formés en 1695.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 251
les milices , deux cent cinquante-deux régiments sur
pied le 1er janvier 1698. Les réformes de cette année ré-
duisirent ce nombre à cent quarante -deux . Les colonels
dont les régiments étaient licenciés ou incorporés furent
mis , sous le titre de colonels réformés, à la suite des
corps maintenus, en attendant qu'il fût possible de les
replacer.
Cette dernière guerre du xviie siècle, qui se termina
encore sans diminuer l'éclat de la gloire de Louis XIV,
avait cependant exigé l'emploi de toutes les ressources
de la France et mis à découvert les limites de la puis-
sance du monarque . Le besoin que le roi avait eu de
tout le monde, et de fournir des stimulants nouveaux
au courage et au zèle de ses serviteurs , donna lieu à
deux mesures de haute justice et qui ne déplurent qu'aux
grands seigneurs .
La première de ces mesures fut la création de l'ordre
de Saint-Louis (1 ) . Il n'y avait alors en France qu'une
seule décoration militaire , le cordon bleu et la croix du
Saint-Esprit. Les chevaliers de cet ordre devaient faire
(1 ) La décoration de l'ordre de Saint-Louis consistait en une croix
d'or à huit pointes suspendue à un ruban couleur de feu . Elle portait
pour devise : Bellicæ virtutis præmium. Pour être chevalier de Saint-
Louis , il fallait jurer de vivre et de mourir dans la religion catholi-
que. Le 10 mars 1759 , Louis XV créa pour les officiers protestants
l'ordre du Mérite militaire. La décoration , composée, comme la croix
de Saint-Louis, d'une croix d'or à huit pointes, portait cet exergue :
Pro virtute bellicâ, et s'attachait avec un ruban bleu foncé.
252 HISTOIRE
preuve d'une naissance très - distinguée , ce qui ne
le rendait accessible que pour un petit nombre de per-
sonnes . D'après les conseils de Vauban et de d'Agues-
seau , Louis XIV , par un édit enregistré au parlement le
10 avril 1693 , fonda l'ordre de Saint-Louis , qui, au
lieu d'exiger la noblesse , la conférait . Pour devenir che-
valier de Saint-Louis, il fallait être officier , avoir vingt-
huit ans de service , ou avoir fait une action d'éclat.
D'un autre côté, la propriété des régiments engendrait
des abus qui mettaient un obstacle insurmontable à l'a-
vancement d'un grand nombre de bons officiers . Les
seigneurs, qui étaient propriétaires de régiments , en re-
tiraient des bénéfices considérables et ne voulaient point
les vendre, ou du moins ils en demandaient un prix
exorbitant , de sorte qu'on voyait des officiers généraux ,
même des maréchaux de France, qui restaient colonels
de régiments au grand préjudice du service , du bon or-
dre et de l'équité . Le roi remédia à ce qu'il y avait de
plus criant dans cet abus en exigeant que tous les offi-
ciers généraux , depuis le grade de maréchal de camp ,
se défissent de leurs régiments . Cette mesure en fit im-
médiatement baisser le prix , et permit de placer un cer-
tain nombre des colonels dont les corps avaient été ré-
formés à la paix de Riswick. 13
En résumé, pendant cette guerre , où la France avait
eu à lutter contre toute l'Europe , l'armée avait perdu .
Depuis la mort de Luxembourg , les généraux médiocres
l'avaient énervée. Les ressources extrêmes auxquelles
on avait dû avoir recours avaient altéré sa constitution
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 253
et relâché les liens de la discipline . Cependant Louis XIV ,
qui , sans avoir été vaincu , avait été amené à céder sur
un des points les plus sensibles à son orgueil, à reconnaî-
tre les conséquences de la révolution d'Angleterre , se
proposait de reprendre bientôt sa revanche . La succes-
sion au trône d'Espagne allait s'ouvrir .
En attendant, il s'agissait de montrer à l'Europe qui
croyait la France épuisée pour longtemps , de montrerà
la France elle-même qui commençait à douter de sa
force, tout ce qu'il y a d'énergie réparatrice , de fécon-
dité inépuisable dans ce noble pays , quand une volonté
puissante sait tirer parti de l'intelligence , de la sponta-
néité et de l'enthousiasme de ses généreux enfants .
Au commencement de 1698 , après avoir renvoyé
dans leurs garnisons les débris des vieux régiments ,
Louis XIV annonça qu'il assemblerait, au beau temps ,
un camp de 60,000 hommes à Compiègne. C'était , di-
sait le grand roi , pour l'instruction de son petit-fils le
duc de Bourgogne, et il voulait y assister lui- même
avec toute sa cour. Il témoignait en même temps qu'il
comptait que les troupes seraient belles et que chacun
s'y piquerait d'émulation . Il n'en fallait pas davantage
pour fixer les regards de l'Europe entière . « Non - seule-
ment, dit le duc de Saint-Simon , il n'y eut rien de si
parfaitement beau que les troupes et toutes à tel point ,
qu'on ne sut à quel corps en donner le prix , mais leurs
commandans ajoutèrent à la beauté majestueuse et
guerrière des hommes , des armes , des chevaux , les pa-
rures et les magnificences de la cour , et les officiers s'é-
254 HISTOIRE
puisèrent encore par des uniformes qui auroient pu or-
ner des fêtes . >>
Lorsque commença la guerre de la succession d'Es-
pagne en 1701 , l'armée était donc aussi belle qu'elle
le fut jamais , et elle était capable de faire plier encore
une fois l'Europe sous la volonté de Louis XIV ; mais le
roi se faisait vieux , et , comme il arrive trop souvent
aux vieillards , il avait des faiblesses et des flatteurs qui
savaient les exploiter .
Son entêtement pour les hommes qui avaient été jeu-
nes avec lui , et en particulier pour le maréchal de Ville-
roy, cette horreur singulière qui l'animait , depuis Lou-
vois , contre les ministres capables et qui le conduisit à se
servir de Chamillard , le plus honnête, mais aussi le plus
nul, le plus transparent de tous les secrétaires d'Etat,
et sa complaisance excessive pour madame de Main-
tenon qui voulait mettre partout ses créatures , furent
les premières causes des malheurs qui signalèrent la
guerre de la succession d'Espagne , et qui faillirent rui-
ner à jamais le royaume de France .
Dans le principe, on parut vouloir entrer dans une
bonne voie et revenir au système de Sully pour com-
pléter l'infanterie sans augmenter le nombre des cadres .
Une ordonnance du 26 janvier 1701 prescrivit la levée
de cinquante- sept bataillons de miliciens volontaires ,
destinés à porter à deux bataillons ceux des régiments
existants qui n'en avaient qu'un . Il n'est pas douteux
que cette mesure aurait pu produire un excellent ré-
sultat . Les recrues mêlés avec de vieux soldats eussent
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 255
eu le temps d'acquérir de l'aplomb et une instruction
militaire suffisante, puisqu'il s'écoula encore plus d'une
année avant que la guerre eût pris un caractère sérieux .
Mais cela ne rassurait pas complétement les minis-
tres timides et n'eût pas fait le compte des intrigants .
Aussi , le roi , à qui l'on exagérait sans cesse les diffi-
cultés de cette guerre , qu'on obsédait en même temps de
demandes de service , finit-il par céder . En janvier 1702
il ordonna la formation de cent nouveaux régiments à
un bataillon et il en distribua les commissions à des offi-
ciers qui devaient les lever à leurs dépens . Cette levée
fut la ruine de l'infanterie . L'organisation des nouveaux
états-majors enleva aux anciens cadres leurs meilleurs
officiers et porta la perturbation dans tous les corps .
Voici ce que dit M. de Guignard qui fut lui-même lieu-
tenant-colonel d'un de ces nouveaux régiments : « Les
soldats des anciens corps désertoient et se faisoient ad-
mettre avec des avantages dans les nouveaux , où ils
étoient ensuite assurés par les amnisties ... Parmi les
gens qui ont levé des régiments , il y a eu des aventu-
riers sans nom et sans expérience qui se faisoient ainsi
une position, qui voloient le roi et leurs officiers et leurs
soldats ... >>
On comprendra encore mieux l'affaiblissement gé-
néral qui dût se manifester dans toute l'infanterie, si
l'on considère qu'il fallut remplir tout d'un coup sept
mille places d'officiers ( 1 ) , que les préjugés du temps
(4) Les bataillons comptaient alors quinze compagnies et chaque
256 HISTOIRE
s'opposaient à ce qu'une partie de ces places fût donnée
à des sergents expérimentés et aguerris , et qu'il fallut
alors accepter les services d'une foule d'hommes nou-
veaux , d'une naissance suffisante , il est vrai , mais qui
n'avaient de militaire que l'habit .
Les mauvais officiers furent la cause immédiate de
tous les désastres de la guerre de la succession d'Es-
pagne . Dès la première campagne les soldats s'étaient
aguerris , mais les officiers restèrent ce qu'ils étaient , et
paralysèrent constamment , par leur indiscipline , leur
vanité et leur ignorance , la bonne volonté et les coura-
geux efforts des troupes . La correspondance du maré-
chal de Villars avec Chamillart en fait foi (1 ) . Hochstedt,
Ramilies , Turin , ne le prouvent du reste que trop !
compagnie avait trois officiers . Pour 157 bataillons nouveaux, c'est
donc 7,065 officiers .
(1) Lettre de Villars à Chamillart du 25 avril 1703, à propos d'une
attaque manquée sur le camp du prince de Bade . « Croyez-vous bien,
monsieur, que hors M. le comte du Bourg, dont je dois me louer,
personne ne m'a parlé pour m'ouvrir un moyen de réussir. Mais
tous ont voulu croire la chose impossible, sans l'avoir même étudiée…
..
Je ne vous le cèle pas, si la guerre dure, et celte léthargie dans les
esprits, un général qui veut agir , a trop de peine assurément. Je ne
connais plus la nation que dans le soldat, sa valeur est infinie...
Lettre de Villars à Chamillart du 2 mai 1703. « Vous me faites
l'honneur de me dire, monsieur, que je dois me conserver; vous sa-
vez qu'il ne marcherait pas peut-être quatre compagnies de grena-
diers, si je ne me mettais à la tête ; je l'ai encore éprouvé dans la
journée d'hier; je veux espérer que le trajet fait, je trouverai des
hommes, mais jusqu'à présent je n'en ai connu que dans le soldat,
tant l'horreur de se dépayser étonnoit tout le monde….. Je n'ai donc
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 257
Passons vite sur une époque où il n'y a aucun pro-
grès à signaler pour l'infanterie ( 1 ) . Disons seulement
que des deux cent soixante -quatorze régiments qui
figurèrent dans les armées de 1701 à 1715, Louis XIV
n'en conserva sur pied que cent vingt et un, en y com-
prenant les deux régiments des gardes .
Le dernier acte de son règne qui ait trait à notre
sujet , fut un acte de justice et de bonne politique . Les
rudes leçons de l'expérience n'avaient point été perdues
pour ce grand prince, qui fut plus grand encore dans le
fait autre chose que de mettre le pied à terre, au travers des bois et
des rochers, à la tête des premiers soldats, étant obligé de dire à
quelques officiers généraux : Quoi ! messieurs, il faut que moi maré-
chal de France, votre général , pour vous ébranler je marche le pre-
mier. Marchons donc !...
» Si je perds 500 hommes en attaquant les retranchements de
Bichel sans les emporter, on en dira 5,000 ; car vous savez, monsieur,
que toutes les compagnies d'infanterie auxquelles il manque quatorze
ou quinze hommes, les ont toujours perdus dans le combat, etc. »>
Lettre de Villars au roi du 16 mai . « Il faut, sire, que par une at-
tention continuelle, je discipline une armée dont le libertinage fait
fuir les peuples et nous fait manquer de tout... Grâces à Dieu , je re-
gagne tous les jours quelque chose sur le soldat , et je commence à
les apprivoiser avec les paysans ; mais l'officier n'est point accoutumé
au service régulier... >>
(1) Nous ne considérons point comme un progrès l'établissement
qui eut lieu en 1701 , de grands dépôts de recrues destinés à combler
les vides des régiments pendant la guerre . On y réunissait les enrô-
lés volontaires provoqués par des agents qui recevaient une prime
proportionnelle au nombre d'hommes qu'ils fournissaient. Ces
dépôts, qui furent supprimés en 1712, sont l'origine de l'ignoble
raccolage du quai de la Ferraille.
HIST. DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE . TOM . I. 17
258 HISTOIRE
malheur qu'il ne l'avait été dans la prospérité . La haute
noblesse l'avait mal servi dans sa détresse et s'était
montrée insatiable au milieu de la misère générale . Il la
frappa encore une fois avant de mourir. « Le roi , dit
Saint- Simon , taxa les régiments d'infanterie qui étoient
montés à un prix excessif. Cette vénalité de l'unique
porte par laquelle on puisse arriver aux grades supé-
rieurs est une grande plaie dans le militaire et arrête
bien des gens qui seroient d'excellents sujets . C'est une
gangrène qui ronge depuis longtemps tous les ordres et
toutes les parties de l'Etat , sous laquelle il est difficile
qu'il ne succombe . » Saint- Simon fut prophète : la mo-
narchie y a en effet succombé .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 259
CHAPITRE XI .
Tableau de l'infanterie au commencement du règne de Louis XV.
Classement des régiments en diverses catégories . Régiments des
Gardes, vieux, petits-vieux, royaux, des princes, de gentilshommes,
à prévôté . Régiments étrangers. Suisses . Casernement. Milices.
Les réformes opérées dans l'infanterie après la paix
de Rastadt , en réduisant de plus de moitié le nombre
des régiments, permirent de remplir les vides des cadres
de ceux qui furent conservés avec de vieux soldats
aguerris par quinze ans de guerre . A la mort de
Louis XIV , l'infanterie se trouva donc immédiatement
rétablie sur un bon pied , et elle offrit alors dans son dé-
veloppement le plus complet un système d'organisation
purement français et qui était le fruit de l'expérience
d'un grand règne .
Comme ce système , bien que sanctionné pendant la
régence dụ duc d'Orléans par les travaux du Conseil
supérieur de la guerre , va désormais subir l'influence
de nouvelles idées , se modifier au contact de l'école al-
lemande et perdre par conséquent de son originalité
pour tendre insensiblement vers une forme peu diffé-
rente de celle que l'infanterie présente de nos jours ,
nous croyons utile d'en faire connaître ici quelques dé-
tails propres à le caractériser .
260 HISTOIRE
Ainsi que nous l'avons dit plus haut , l'infanterie
comptait en 1715 cent vingt et un régiments . Il y avait
d'abord le régiment des Gardes françaises et celui des
Gardes suisses qui étaient hors ligne . Il en était de
même de Royal Artillerie (1 ) et de Royal Bombardiers ,
qui, tout en conservant leur rang d'ancienneté au mi-
lieu des régiments d'infanterie et les priviléges qui ré-
sultaient de ce rang, formaient cependant déjà un corps
distinct, ayant son service , son avancement et ses pri-
viléges à part . Restaient donc cent dix-sept régiments
pour l'infanterie proprement dite . Sur ce nombre , on
comptait quatre-vingt-quatorze régiments français, huit
suisses, cinq allemands , cinq irlandais , un italien , deux
wallons , un catalan et un piémontais .
Ces régiments se trouvaient dans des conditions très-
inégales sous les divers rapports des priviléges , des
honneurs , de l'effectif et par conséquent du prix que les
colonels y attachaient.
Les Gardes françaises et les Gardes suisses faisaient
partie de la maison du roi et formaient la garde en de-
hors du Louvre (2) , suivant l'expression consacrée
alors, c'est-à-dire que leur service auprès de la per-
(1 ) Le régiment des Fusiliers du roi avait pris ce titre en 1695.
(2) L'infanterie de la maison militaire du roi comprenait encore la
compagnie des Cent-Suisses, celle des gardes de la Prévôté de l'hôtel
et autres troupes analogues instituées pour la garde des appartements.
Ces corps, qui faisaient partie de la garde en dedans du Louvre, ayant
rarement fait campagne, nous nous abstiendrons d'en parler.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 261
sonne du roi se bornait à occuper les postes extérieurs
des résidences royales et à border la haie sur le pas-
sage du souverain dans les cérémonies publiques .
Les Gardes françaises avaient le pas sur les Gardes
suisses et dans toutes les circonstances prenaient la
droite . Ils en agissaient de même à l'égard de toute l'in-
fanterie , et en ceci jouissaient d'un privilége que n'a-
vaient pas les Gardes suisses . En effet, ce dernier corps ,
dans quelque position qu'il se trouvât placé avec des
régiments français , occupait invariablement le second
rang : ainsi , lorsque le régiment ou un détachement des
Gardes suisses se rencontrait , sans les Gardes fran-
çaises , avec d'autres régiments d'infanterie , il ne pre-
nait rang qu'après le plus ancien de ces régiments , qui
était alors censé tenir lieu des Gardes françaises . Ce
fuť sans doute à cause de cette particularité , et pour
éviter d'éveiller des susceptibilités nuisibles au bien du
service, qu'il fut réglé par Louis XIV que les deux ré-
giments des Gardes formeraient toujours brigade en-
semble , et que lorsqu'il y aurait lieu de faire un déta-
chement des Gardes , ce détachement serait composé
exclusivement de troupes des deux corps, sans qu'il pût
y être mêlé aucun soldat d'autres régiments .
La brigade des Gardes jouissait à l'armée de grands
priviléges . Dans les batailles elle avait toujours le poste
d'honneur et le choisissait elle- même , ordinairement au
centre de la première ligne . Souvent les Gardes fran-
çaises occupaient le centre de la première ligne et les
Gardes suisses le centre de la deuxième . Dans les siéges ,
262 HISTOIRE
les Gardes ouvraient la tranchée , avaient la tête des
assauts et entraient les premiers dans les places qui
capitulaient .
Pendant la paix , ces deux corps avaient leurs quar-
tiers dans les faubourgs de Paris , dont ils formaient
seuls la garnison , et détachaient chacun quatre com-
pagnies à Versailles pour faire le service du château .
Le commandement du régiment des Gardes françaises
appartenait habituellement à un maréchal de France ;
le lieutenant- colonel était un lieutenant général , les ca-
pitaines avaient le grade de colonel , les lieutenants
avaient le pas sur tous les capitaines de l'armée et les
enseignes sur tous les lieutenants . Les officiers des
Gardes suisses avaient une position analogue vis-à-vis
de ceux des autres régiments de leur nation .
Enfin les Gardes françaises comptaient trente-deux
compagnies, dont deux de grenadiers , réparties en six
bataillons , et chaque compagnie , qui en temps de guerre
présentait un effectif de deux cents hommes , avait son
drapeau. Les Gardes suisses n'avaient que douze com-
pagnies en quatre bataillons . Chaque compagnie avait
aussi son drapeau .
Tous les autres régiments d'infanterie , français ou
étrangers , se primaient entre eux en toute occasion ,
comme on l'a déjà dit, suivant leur rang d'ancienneté .
Les quatre-vingt-quatorze régiments français se dé-
composaient en plusieurs catégories distinctes . Tous
ceux qui avaient été levés avant la paix des Pyrénées ,
c'est-à-dire avant l'année 1659 , étaient considérés
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 263
comme vieilles troupes . Les principaux priviléges dont
ils jouissaient , comme tels , étaient de former les têtes
de brigades et de subir des réformes moins dures que
les autres à la paix .
Parmi les régiments , on distinguait encore les six
vieux et les six petits-vieux , qui formaient l'élite de
l'infanterie (1 ) . La part de gloire qui revient à ces
corps dans les guerres des xvir et xvIII° siècles est peut-
être plus belle que celles des Gardes . Ceux-ci , en effet,
depuis Louis XIV, firent presque toujours partie de
l'armée commandée en personne par le roi , et ce n'était
pas toujours devant cette armée que se présentaient les
difficultés sérieuses . Pendant que l'armée du roi faisait
des siéges en Flandre, d'autres armées maintenaient
l'ennemi en respect sur la Meuse, ou repoussaient ses at-
taques sur la Moselle , sur le Rhin , en Italie, en Cata-
logne . C'était là que servaient les vieux corps , et ils y
jouaient le rôle rempli par la brigade des Gardes à
l'armée de Flandre .
Quand les vieux corps se trouvaient dans la même
armée avec les Gardes, ils occupaient généralement
dans l'ordre de bataille l'extrémité des ailes de la
première ligne .
Parmi les priviléges dont jouissaient les vieux corps,
il y en avait un très-solide Le lieutenant-colonel y
(1 ) La division de la garde impériale en vieille et jeune garde a
quelque analogie avec celle des vieux et petits-vieux corps.
264 HISTOIRE
était doté d'une pension de 600 livres , en dehors de sa
solde ; le premier capitaine recevait 500 livres et les
quatre suivants chacun 400 livres . Des pensions ana-
logues avaient été accordées pour des services éclatants
aux premiers officiers de quelques autres régiments.
Royal, Dauphin, Aquitaine , la Reine , Royal-Vaisseaux
et la Couronne étaient traités à cet égard comme les
vieux corps . Artois , qui avait cédé son rang de sixième
des petits-vieux au régiment du Roi, recevait une pen-
sion de 600 livres pour son lieutenant-colonel et une
autre de 500 pour son premier capitaine . Le régiment
du Roi n'avait point de pensions , il possédait assez
d'autres avantages .
Les glorieux priviléges dont jouissaient les vieux corps
assuraient la bonne composition de ces régiments . Les
officiers des corps moins anciens considéraient comme
une magnifique récompense de leurs services , de passer
avec leurs grades dans les vieilles bandes . Ces officiers
de choix attiraient naturellement à eux les bas offi-
ciers les plus distingués et les meilleurs soldats, de sorte
que ces régiments étaient , en réalité , des régiments
d'élite , recrutés comme le fut plus tard une troupe cé-
Jèbre .
Les six vieux avaient chacun quinze drapeaux et
les petits-vieux chacun douze ( 1 ) .
(4) Nous continuons à donner des explications sur les enseignes des
troupes. A l'époque où nous sommes arrivés, chaque régiment, fran-
çais ou étranger, avait un drapeau colonel et un nombre variable de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 265
Les régiments français se décomposaient encore
drapeaux d'ordonnance. Ces derniers étaient exactement semblables
dans un même régiment , mais il n'y avait pas deux corps en France
qui les eussent tout à fait pareils . Une seule chose était commune à
toutes les enseignes, c'était la cravate blanche qui avait prévalu de-
puis Henri IV. La croix blanche n'était pas de rigueur absolue, puis-
que les étendards de la cavalerie n'en portaient point , et que deux
régiments français d'infanterie, Bourgogne et Royal-Comtois, créés
par Louis XIV, avaient dans leurs drapeaux , au lieu de cette croix
droite blanche, une croix de Saint-André rouge , c'est- à- dire une croix
oblique d'une autre couleur .
Le drapeau colonel de chaque régiment d'infanterie n'était point
lui- même une enseigne identique pour tous les corps . Comme les
drapeaux d'ordonnance, le drapeau colonel était partagé en quatre
parties par la croix , et si les drapeaux d'ordonnance du corps étaient
chargés de quelques armoiries ou ornements particuliers , ces objets
figuraient aussi sur l'enseigne colonelle . Ainsi le drapeau blanc des
Gardes françaises était , comme ceux d'azur , semé de fleurs de lys d'or
dans les quartiers et orné d'une couronne d'or dans chaque branche
de la croix. Il en était de même dans les régiments de Navarre , de
Bretagne, et dans beaucoup d'autres corps créés depuis le XVIe siècle.
Les drapeaux colonels des régiments de Bourgogne et Royal - Comtois
étaient coupés par la croix oblique rouge, ainsi que les drapeaux
d'ordonnance.
Nous avons déjà avancé plusieurs fois, contrairement à l'opinion
généralement reçue, que les drapeaux blancs des compagnies colo-
nelles n'étaient que les emblèmes particuliers, personnels , du colonel
général, que leur présence dans les régiments n'était que la mani-
festation de l'autorité supérieure militaire, que le drapeau blanc en-
fin, au moins dans l'armée de terre, n'avait point à un plus haut
degré que les autres drapeaux le caractère d'un symbole national,
qu'il n'était point, en un mot , ce qu'est aujourd'hui le drapeau trico-
lore . Cette assertion mérite d'être prouvée , et cela est facile, car les
faits qui l'appuient surabondent . En voici quelques-uns.
Et d'abord , si c'eût été un fait constant, incontestable, que le blanc
266 HISTOIRE
en régiments royaux , régiments de princes , régi-
était de toute antiquité , et en remontant jusqu'aux druides, l'em-
blème de la nationalité française, à quoi eût servi d'écrire des volu →
lumes pour le prouver ? Les dissertations sentimentales qui ont paru ,
au commencement de la restauration , sur la couleur des lys (lys qui,
du reste, étaient d'or dans les armes du roi de France) , établissent
précisément que le fait en question est contestable.
Voici ce que dit Rabelais, dans le chapitre neuvième de son
Gargantua, et cela va droit à l'adresse des modernes dissertateurs :
« Les couleurs de Gargantua feurent blanc et bleu ; et, par icelles,
vouloit son père qu'on entendist que celuy estoit une joye céleste. Car`
le blanc lui signifioit joye, plaisir, délices et resiouyssance; et le bleu,
choses célestes . J'entends bien que, lisans ces mots, vous vous moc-
quez du vieil beuveur, et repetez , et dictes, que blanc signifie foy, et
bleu fermeté . Mais sans vous mouvoir, courroccer , eschauffer, ny
altérer (car le temps est dangereux), respondez-moy, si bon vous
semble... >>
« Qui vous meut ? qui vous poinct ? qui vous dit que blanc signifie
foy; et bleu, fermeté ? Ung (dictes vous) livre trepelu , qui se vend par
les bisouarts et porteballes, au tiltre, le Blason des couleurs . Qui l'ha
faict ? Quiconques il soit, en ce ha esté prudent qu'il n'y ha point
mis son nom . Mais, au reste, je ne sçais quoy premier en luy je doibve
admirer, ou son oultrecuydance, ou sa besterie. Son oultrecuydance,
qui , sans raison , sans cause et sans apparence, ha ausé prescribre, de
son authorité privée, quelles choses seroyent dénotées par les cou-
leurs... Sa besterie , qui ha existimée que, sans aultres démonstrations
et arguments valables , le monde reigleroit ses devises par ses impo-
sitions badaudes. »
Revenons à l'enseigne blanche . Si l'enseigne blanche eût été autre
chose qu'un signe conventionnel de commandement, pense-t-on que
Brantôme eût terminé son récit de la dispute qui survint entre MM.
de Brissac et de Tende à propos de ce drapeau par des paroles aussi
irrévérencieuses que celles- ci ? « Voilà la contention qui feust entre
ces deux grands et tout pour un morceau de taffetas blanc . »
Si le drapeau blanc avait été, sous l'ancienne monarchie, une ensei-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 267
ments de gentilshommes et régiments de provin-
gne nationale dans toute l'accepțion du mot , il n'y a point à douter
que chacun des corps de l'armée n'en eût possédé au moins un . Or,
jusqu'à la révolution , la cavalerie, qui avait cependant un étendard par
compagnie, n'a jamais eu qu'un seul étendard blanc ; c'était la cor-
nette blanche, c'est-à-dire l'étendard de la compagnie du régiment
du colonel général de cette arme, qui appartenait en propre à cet of-
ficier. Dans l'infanterie même, jusqu'au règne de Louis XIV, il n'y
avait que les corps les plus anciens, ceux qui étaient entretenus en
tout temps, qui eussent le drapeau blanc.
La couleur blanche des enseignes colonelles n'était point particu-
lière à la France . Deux faits conservés par la Gazette de France dé-
montrent que ces enseignes étaient aussi de couleur blanche, au
XVIIe siècle, dans deux pays au moins, autres que la France, l'Espa-
gne et la Hollande . Voici ces faits.
En 1646 , le 5 janvier, le drapeau blanc du régiment espagnol de
Brouë, en garnison à Deynse, fut pris par les troupes du maréchal de
Gassion.
Au mois de septembre 1672, pendant l'expédition dirigée par
M. de Luxembourg contre Swammerdam et Bodegrave , le marquis
de Sourches , colonel du régiment dont nous donnerons l'histoire sous
le nom de Vintimille, prit lui-même le drapeau blanc d'un régiment
hollandais, et le général autorisa le brave colonel à en faire le dra-
peau colonel de son régiment .
Il est également certain que le drapeau de la compagnie colonelle
était blanc chez les Allemands. Il suffit d'ouvrir un dictionnaire
allemand pour s'assurer que le mot Leibfahne, qui signifie littéra-
lement drapeau personnel, doit se traduire en français par drapeau
blanc.
On peut enfin ajouter à ces faits, qu'alors comme aujourd'hui le
drapeau blanc était le drapeau parlementaire, et que par conséquent
son usage était général dans toute l'Europe. Dans le langage mili-
taire des deux derniers siècles, arborer le drapeau blanc, battre la
chamade et capituler étaient des expressions équivalentes . Cela seul
268 HISTOIRE
ces (1 ) . On comprend ce que cette division devait
apporter d'inégalité dans l'état des corps , et quelle
prouve mieux que tout ce que l'on pourrait dire que le drapeau
blanc n'était point un drapeau national .
Cette opinion n'est point infirmée par ce fait que les vaisseaux de
la marine royale portaient le pavillon blanc depuis 1661. D'abord
ce pavillon n'était pas exclusivement employé, puisque les galères,
aussi longtemps qu'il y en eut , portèrent le pavillon rouge. D'un autre
côté, l'adoption d'un pavillon particulier et unique pour les bâtiments
de guerre était une chose indispensable. Cela n'a pas besoin d'être dé-
montré. Pourquoi Louis XIVchoisit-il la couleur blanche pour le pavil-
lon? Sans doute, parce que le blanc emportait déjà, dans les armées de
terre, l'idée de l'autorité, du commandement . Sous Louis XIV , la ma-
rine marchande continua de porter l'ancien pavillon bleu et blanc,
et ce ne fut qu'après la mort de ce prince que les vaisseaux de la
Compagnie des Indes , et ensuite tous les navires du commerce usur-
pèrent le privilège du pavillon blanc. A la fin de la monarchie, il y
avait donc de fait un pavillon national pour la marine , et il n'y
avait point de drapeau national pour l'armée de terre. Ce fait , quel-
que bizarre qu'il paraisse, est si vrai que dans les discussions qui oc-
cupèrent l'Assemblée nationale en octobre 1790 , on ne s'occupa que
du pavillon. Il ne fut rien changé aux drapeaux des régiments que la
cravate.
Quant aux nœuds de rubans ou cocardes qui ornaient les chapeaux,
on n'y attacha aucune importance jusqu'à la révolution . Plusieurs
troupes, et entre autres les gardes du corps, la portèrent noire jusqu'à
la fin . Au commencement du XVIIIe siècle, l'usage de la cocarde
noire était général . Vers 1750 , les régiments français avaient une
cocarde bleue et blanche et les régiments étrangers une cocarde bleue
et rouge. Toute l'infanterie prit la cocarde blanche en 1770, quand
on remplaça par un galon noir le galon métallique qui bordait les
chapeaux .
(1) Le roi avait, sans compter Royal-Artillerie et Royal-Bombar-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 269
différence il devait y avoir , par exemple , entre le ré-
giment du Roi et le dernier des régiments à titre de
province.
Enfin le privilége apparaissait encore sous d'autres
formes . Il y avait aussi les régiments à prévôté et les ré-
giments fournis de l'ustensile .
Les régiments à prévôté étaient ceux qui avaient le
droit de former dans leur propre sein un conseil de
guerre et de juger en famille tous les délits d'insubor-
dination et toutes les infractions aux règlements mili-
taires . Leur état-major comprenait , à cet effet , un pré-
vôt , une escouade d'archers et un exécuteur. Les corps
qui ne jouissaient pas de la prévôté étaient soumis à la
justice, généralement très-expéditive , du grand prévôt
de l'armée . Il y avait des régiments très-anciens , Poitou ,
par exemple, qui ne possédaient pas la prévôté.
On comprenait sous le nom d'ustensile tous les
objets nécessaires pour le campement et la cuisine du
soldat, ainsi que les voitures et les chevaux indispen-
diers, neuf régiments dont il était colonel-propriétaire . C'étaient le
régiment du Roi, Royal , Royal -Vaisseaux , la Couronne , Royal- Rous-
sillon, Royal-Marine, Royal- Italien , Royal- Comtois et Royal- Bavière.
Il y avait en 1715 dix régiments appartenant à des princes de la
famille royale, c'étaient ceux du Dauphin, du duc du Maine, de la
Reine, du duc d'Orléans, du prince de Condé, du duc de Bourbon,
du comte de Toulouse, du duc de Chartres, du prince de Conti et du
duc d'Enghien . Il y avait en outre quinze régiments de gentilshom-
mes français, dont trois étaient petits-vieux. Ces nombres ont varié
depuis.
270 HISTOIRE
sables pour le transport de ce matériel . Le roi en faisait
les frais dans certains régiments seulement qui avaient
obtenu cette faveur à titre de récompense.
Tous ces priviléges et quelques autres encore pure-
ment honorifiques, mais fort ambitionnés aussi , établis-
saient une inégalité bien tranchée entre les divers corps ;
cependant il ne paraît pas que cette inégalité, grâces
sans doute à l'habitude de la voir partout , ait jamais eu
de graves inconvénients . Les régiments disgraciés se
contentaient de leur modeste rôle sur le champ de ba-
taille , acceptaient les mauvais quartiers et cédaient par-
tout le pas aux privilégiés comme à des supérieurs .
L'effectifde ces régiments et le nombre de leurs ba-
taillons , soit en temps de paix , soit en temps de guerre ,
variait suivant les différentes classes où ils étaient ran-
gés ; mais tous les bataillons étaient de quinze compa-
gnies dont une de grenadiers , excepté dans les Gardes
qui avaient, comme on l'a vu , une organisation particu-
lière. Les compagnies ayant été mises en 1714 à qua-
rante-cinq hommes , c'était par bataillon six cent
soixante-quinze hommes dont quarante-cinq officiers :
un officier pour quinze soldats . Chaque bataillon avait
ordinairement trois drapeaux . Lorsqu'il y avait plu-
sieurs bataillons dans un régiment, les compagnies de
grenadiers suivaient entre elles l'ancienneté de leurs ca-
pitaines pour servir à la tête du premier ou des autres
bataillons . « La compagnie colonelle et celle du lieutenant-
colonel demeurent toujours au premier bataillon, et les
premiers capitaines sont chacun avec leurs compagnies
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 271
à la tête de chacun des autres bataillons , avec le titre de
commandants. Celui d'ensuite, dit premier factionnaire,
est au premier bataillon , celui qui le suit au deuxième , le
suivant au troisième , et ainsi de suite , de sorte qu'il y
a dans chaque bataillon un nombre égal d'anciens et de
nouveaux capitaines . Quand on forme un nouveau ba-
taillon, ou qu'un bataillon détaché rentre au corps , il est
fait d'après ces principes une nouvelle distribution des
compagnies . >>
Monsieur de Guignard à qui nous empruntons ces dé-
tails nous fournit encore les suivants :
« Tous les officiers doivent porter en fonction un
hausse-col de cuivre jaune, tout uni , sans armoiries ,
chiffres ni devises (1 ) ; ils doivent le placer sous la cra-
vate joignant le col . Les colonels , lieutenants-colonels et
capitaines sont armés d'un esponton , long de sept pieds
et demi à huit pieds ; les lieutenants et autres officiers
subalternes d'un fusil avec la baïonnette à douille (2) et
la cartouche (giberne) ; les sergents d'une hallebarde lon-
gue de six pieds et demi , compris le fer . Les caporaux ,
anspessades et soldats portent un fusil de trois pieds huit
pouces de longueur depuis la lumière du bassinet jus-
(1 ) Dans les Gardes françaises on portait le hausse- col doré. Les
officiers suisses avaient le hausse- col argenté, et ceux des régiments
étrangers en acier.
(2) Il n'y avait d'exception que dans les régiments des Gardes,
dont tous les officiers étaient armés de l'esponton . Ils le gardèrent
jusqu'en 1774.
272 HISTOIRE
qu'à l'extrémité du canon et du calibre au moins de vingt
balles à la livre . Chaque fusil doit avoir sa baïonnette
à douille ajustée , et chaque soldat une cartouche con-
tenant vingt coups à tirer, avec un fourniment ( 1 ) porté
par un cordon en bandoulière , de la gauche à la droite.
Les officiers et sergents de grenadiers sont armés de
fusils et de baïonnettes , avec la cartouche et le fourni-
ment comme ci-dessus .
>>> Il y a dans chaque compagnie , sans excepter celles
de grenadiers , un nombre d'outils dont les deux tiers
sont propres à remuer la terre et les autres tranchants ;
ces outils sont portés par un pareil nombre de soldats,
qui ont une augmentation de solde .
>>> L'infanterie se forme sur quatre rangs , ou sur cinq
rangs, quand les bataillons sont de sept à huit cents
hommes.
>>> Quand on veut défiler , le régiment étant en bataille
se forme en colonne par division par un quart de con-
version . Il doit y avoir des officiers à la tête de chaque
division, et des sergents sur les ailes des rangs du côté
de la personne à qui l'on rend les honneurs . Les tam-
bours doivent être moitié entre le deuxième et le troi-
sième rang de la tête et moitié entre le deuxième et le
troisième rang de la queue . La compagnie de grena-
diers marche en tête de chaque bataillon , le capitaine
(1) On appelait fourniment une petite boite qui contenait de la
poudre fine pour amorcer.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 273
à la tête, le sous-lieutenant à un pas derrière lui , le
lieutenant à la queue . Le colonel est à la tête de la pre-
mière division ; le lieutenant-colonel à côté de lui à la
longueur de l'esponton , et derrière eux la moitié des ca-
pitaines aussi à la longueur de l'esponton , et l'autre moi-
tié à la queue ; les subalternes dans les autres divisions ,
et les drapeaux à la tête de la division du centre . »
Parmi les régiments étrangers , il n'y avait réelle-
ment que les Suisses qui eussent un régime exception-
nel .
Les régiments allemands et wallons n'avaient guère
d'étranger que leurs colonels et leurs titres . Ils se recru-
taient dans les pays du nord et de l'est de la France , et
notamment dans la province d'Alsace , dont un de ces
corps portait même le nom. Ils recevaient aussi les dé-
serteurs de race germanique . En temps de guerre le
nombre en était assez considérable , mais pendant la
paix cette ressource n'eût point suffi pour tenir les cadres
aucomplet.
Les vingt-cinq mille Irlandais ou catholiques anglais
et écossais, qui avaient suivi Jacques II en France , et
qui avaient formé alors des corps nombreux et braves,
étaient fort réduits en 1745. Il en restait à peine assez
pour composer cinq faibles régiments d'un seul batail-
lon . A partir de ce moment , les nobles familles irlan-
daises , qui s'établirent en France et dont les descen-
dants naturalisés peuplent encore les rangs de notre
armée, continuèrent d'en fournir les officiers, mais les
soldats, sauf un petit nombre , cessèrent d'ètre Irlandais .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 48
274 HISTOIRE
Ce furent des déserteurs de toutes les armées du Nord .
Dans les corps italiens , on trouvait des soldats de tou-
tes les nations méridionales , des Italiens, des Savoyards ,
des Piémontais , des Corses , des Espagnols et des Por-
tugais . Comme le recrutement en était fort difficile , il
s'y glissait baucoup de Gascons .
Quant au régiment Royal- Roussillon , nommé d'abord
Royal -Catalan , depuis longtemps il ne renfermait plus
que des sujets français. Il en fut de même peu à peu de
tous les autres corps étrangers, qui à l'époque de la ré-
volution se trouvaient, si l'on peut se servir de cette
expression, complétement francisés .
Dans ces divers régiments, malgré leur composition
hétérogène , les commandements se faisaient dans la
langue indiquée par le titre . On leur conservait , sur le
pied de paix, un effectif plus fort que dans la plupart
des régiments français, ce qui s'explique par la diffi-
culté qu'il y avait à les recruter, et par l'obligation où
l'on se trouvait de garder des hommes que les réformes
eussent laissés sans ressources et rendus peut- être dan-
gereux . Plusieurs de ces corps , d'ailleurs , appartenaient
au roi , et les autres avaient pour colonels propriétaires
des princes ou des gentilshommes étrangers , qu'il im-
portait d'attacher à la France . La solde y était aussi un
peu plus forte que dans les régiments français .
A cela près, les troupes étrangères étaient soumises
à la même organisation et à la même discipline que les
troupes nationales . Elles servaient , en'général , très -bien
parce que l'esprit de corps y était fort prononcé, que les
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 275
vieux soldats y étaient nombreux et que les offi-
ciers naissaient et mouraient dans le régiment.
Quant aux Suisses , ils ne faisaient partie de l'armée
française qu'à titre d'alliés et d'auxiliaires permanents .
Tout en servant fidèlement la France , ils ne cessaient
point d'être Suisses et d'être avoués par les Cantons .
Leurs capitulations renfermaient des conditions restric-
tives qui leur laissaient une indépendance absolue pour
leur régime intérieur et qui déterminaient même cer-
tains cas , où l'on ne pouvait pas exiger d'eux un service
de guerre. Ainsi les régiments suisses ne devaient pas
être employés contre l'empereur au delà du Rhin et des
Alpes, et contre l'Espagne au delà des Pyrénées . Un ré-
giment bernois était même engagé sous la condition de
ne pas servir contre les puissances protestantes . Tous
jouissaient d'une solde assez élevée, du libre exercice
de la religion et de leur justice particulière , apparte-
nant aux seuls officiers du corps, qui prononçaient des
jugements sans appel. De pareilles conditions étaient
sans doute fort gênantes, mais la France avait un très-
grand intérêt à s'attacher la Suisse , et de plus les trou-
pes suisses remplissaient toujours loyalement leurs
engagements, et étaient des modèles de bravoure et de
discipline .
Les régiments suisses avaient tous douze compagnies
de deux cents hommes et autant de drapeaux que de
compagnies . En temps de guerre, ils se formaient en
quatre bataillons . Les Gardes suisses avaient des com-
276 HISTOIRE
pagnies de tous les cantons . Les autres corps étaient
avoués par un ou deux cantons .
La tenue des différents corps de l'infanterie fut fixée
de 1704 à 1703. Les Gardes françaises , Royal
Artillerieet Royal Bombardiers, corps hors ligne , eurent
l'habit bleu de roi ; les autres régiments français prirent
l'habit blanc ; les Suisses et les Irlandais furent distin-
gués par l'habit rouge garance ; enfin les régiments
étrangers , autres que les Suisses et les Irlandais , portè-
rent l'habit bleu turquin . Un seul régiment fit exception
pendant quelque temps à cette règle, c'était Royal -Ita-
lien qui avait l'habit brun clair.
Les régiments de même espèce se distinguaient entre
eux par la forme des poches et par la disposition et le
métal des boutons, mais surtout par la couleur des dou-
blures, vestes et culottes . Parmi les corps français,
ceux qui appartenaient au roi avaient le bleu pour cou-
leur distinctive principale , les régiments des princes
portaient le rouge écarlate ; les autres , régiments de
gentilshommes et régiments de provinces , étaient
caractérisés par la couleur noire, par le violet, le cra-
moisi , le jaune ou le vert . Le régiment de Picardie se
distinguait entre tous par un costume entièrement
blanc .
Les régiments étrangers avaient aussi leurs couleurs
tranchantes : c'était le bleu qui dominait chez les Suisses ,
le jaune parmi les Allemands , et le vert dans les corps
irlandais .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 277
Les tambours portaient dans tous les régiments la
livrée du roi ou celle des colonels propriétaires .
Les années qui s'écoulèrent entre la mort de Louis XIV
et la guerre de la succession d'Autriche , n'altérèrent pas
sensiblement la physionomie de l'infanterie . Elles ne
sont marquées que par quelques modifications de détail
que nous allons rapporter de suite .
Le premier acte relatif à l'armée qui ait préoccupé
le régent fut la réalisation d'une grande pensée de
Louis XIV , dont les dépenses des dernières guerres
avaient nécessité l'ajournement . Nous voulons parler
du casernement des troupes . On avait commencé, le 14
janvier 1692 , dans les faubourgs de Paris des casernes
pour les Gardes françaises et suisses . Ces casernes furent
achevées en 1716 , et un arrêt du Conseil de la guerre
prescrivit en même temps que des établissements sem-
blables seraient élevés par les soins de l'Etat, mais aux
frais des populations, dans toutes les villes qui en vou-
draient faire la dépense . Une pareille mesure était trop
dans les intérêts des habitants des principales garnisons
du royaume, pour qu'ils ne saisissent pas avec empres-
sement ce moyen de se débarrasser du contact trop im-
médiat des gens de guerre , qu'ils étaient obligés de
loger chez eux . En attendant la construction des caser-
nes, on s'appliqua , autant que cela était possible, avec
-le concours des autorités municipales , à loger les soldats
dans des maisons louées à cet effet. Il ne fallut, du reste,
rien de moins que la révolution et la suppression des
ordres monastiques pour assurer le couvert aux troupes .
278 HISTOIRE
Toutefois l'amélioration introduite dès lors dans les
quartiers et le changement produit dans la condition du
soldat , par l'habillement et l'armement uniformes four-
nis par l'Etat, permirent en 1718 d'abaisser considéra-
blement la solde des troupes , sans diminuer leur bien-
être . La paye journalière du simple soldat d'infanterie
fut alors réglée à 6 sous 10 deniers , solde qui , en
ayant égard à la dépréciation de l'argent, est plus forte
que celle du fantassin actuel.
Un des inconvénients dont on avait eu à se plaindre
dans l'infanterie, c'était le nombre des officiers , tout à
fait disproportionné avec l'effectif des régiments. C'é-
tait pour l'Etat une cause de dépenses sans aucune com-
pensation, car on ne pouvait tenir ces cadres d'officiers
au complet qu'en y admettant beaucoup de jeunes gens
libertins, ignorants et indisciplinables . On réduisit donc
le nombre des compagnies dans chaque bataillon de
quinze à neuf, en y comprenant toujours une compagnie
de grenadiers (1 ) .
Pour éviter à l'avenir les désordres des nouvelles le-
vées et les abus qu'on avait faits des milices pour le
recrutement des corps , un règlement de 1719 organisa
les milices provinciales d'une manière régulière et per-
manente . Elles furent réparties en autant de bataillons
(1) Les bataillons furent remis à quinze compagnies en 1734, pour
la guerre de la succession de Pologne, et restèrent ainsi jusqu'en
1749 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 279
qu'il y avait de régiments d'infanterie française, en
laissant de côté le régiment des Gardes et le régiment du
Roi, et chacun de ces bataillons était destiné à doubler,
au besoin, un régiment (1 ) .
L'année 1719 fut aussi signalée par la création d'un
corps spécialement affecté à la garnison des colonies .
Après la paix des Pyrénées, en 1661 , Louis XIV avait
envoyé aux colonies quelques-uns des corps qui de-
vaient être réformés , mais les soldats qui les compo-
saient se jetèrent tous dans les flibustiers , dont c'était
alors le beau temps , Depuis , la garde des colonies avait
été laissée aux milices locales et à quelques compagnies
franches entretenues par les gouverneurs . Le régiment
étranger de Karrer fut le premier corps levé pour le ser-
vice des colonies .
Les troupes de l'artillerie reçurent , en 1720 , une or-
ganisation plus rationnelle et plus conforme à leur des-
tination .
Le régent rétablit en 1724 , enfaveur de son fils Louis
duc de Chartres , la charge de colonel général de l'infan-
terie française et étrangère ; mais cette charge , exercée
par un prince que tous ses goûts éloignaient du monde,
(1 ) Les milices furent organisées en 93 bataillons , qui furent as-
semblés pour la première fois en 1726. En 1734 , on en composa 40
régiments à deux bataillons, et 15 régiments à un bataillon . Trente
bataillons supplémentaires levés en 1755 restèrent séparés. A la paix
de 1756 , on conserva sur pied cent bataillons de milices provinciales ,
un par généralité.
280 HISTOIRE
et qui finit par se démettre de son titre en 1730 pour se
retirer dans l'abbaye de Sainte-Geneviève , n'apporta
aucune modification à l'état de l'infanterie . Seulement ,
pendant neuf ans , les chefs des régiments avaient cessé
de s'appeler colonels, et avaient repris l'ancienne déno-
mination de mestres de camp .
Depuis l'adoption générale du fusil , qui présentait
dans le tir une rapidité et une justesse bien plus grandes
que les anciennes armes à feu , l'emploi des grenades à
main était devenu trop dangereux et commençait à
tomber en désuétude . Les grenadiers avaient changé de
rôle , sinon de titre . Ils étaient devenus les éclaireurs et
les tirailleurs de l'infanterie, et ne combattaient plus que
hors ligne . C'était, sans doute , un service digné de sol-
dats d'élite , mais on avait, dès cette époque , l'habitude
de remplir les compagnies de grenadiers des hommes
les plus grands et les plus forts des régiments . Il était
aisé de comprendre que ce service de tirailleurs con-
viendrait mieux à des jeunes gens d'une moindre taille ,
mais lestes et adroits . La première compagnie de chas-
seurs paraît avoir été levée en 1725 à titre d'essai .
L'infanterie de Louis XIV , améliorée pendant la mino-
rité de Louis XV , fit d'une manière brillante les campa-
gnes de la guerre de la succession de Pologne, et son
organisation était déjà assez puissante pour qu'on ne
fût pas obligé d'avoir recours à de nouvelles levées ,
comme cela avait eu lieu dans toutes les guerres précé-
dentes . Elle passa du pied de guerre au pied de paix avec
la même facilité, sans diminution de cadres . Louis XIV
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 281
avait laissé cent vingt et un régiments ; Louis XV
en possédait cent vingt-deux au commencement de
1740. Celui qui faisait la différence était Royal Corse ,
levé en 1739 , lors de la première occupation de l'île de
Corse par les Français .
282 HISTOIRE
CHAPITRE XII .
Modifications survenues de 1740 à 1774 dans la constitution de l'in-
fanterie. Influence de l'école allemande. Troupes légères ; grena-
diers de France et grenadiers royaux . Infanterie des colonies.
A partir de 1740 un singulier phénomène commence
à se manifester dans l'armée . La constitution des troupes
se perfectionne et leur valeur diminue . Le scepticisme
qui succéda à la compression morale des dernières an-
nées de Louis XIV portait ses premiers fruits . Les vieil-
les croyances de nos pères, leur enthousiasme pour le
service de Dieu , du roi et des dames , qui avaient entre-
tenu pendant si longtemps leur héroïsme guerrier , dis-
paraissaient de jour en jour sous les attaques de la philo-
sophie moderne, et celle-ci ne laissait encore entrevoir
qu'à quelques esprits supérieurs le nouveau mobile qui
devait un jour réveiller les passions généreuses de la
nation , l'amour de la patrie et de la liberté .
Les officiers de l'armée n'étaient plus ces rudes et fa-
natiques batailleurs du xvIe siècle ; ces gentilshommes
enthousiastes et dévoués du grand roi ; c'était une gé-
nération de petits-maîtres, libertins , légers , insou-
ciants, railleurs , plus assidus dans les ruelles et les tripots
qu'à leurs compagnies, braves toujours , voulant bien
mourir, mais non pas souffrir avec le soldat .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 283
La bourgeoisie , devenue riche et lettrée , vivant pres-
que de pair avec les gentilshommes dans la société , al-
liant ses familles à celles de la noblesse à qui elle four-
nissait des filles bien dotées ( 1 ) , avait complétement
disparu des troupes , où elle ne pouvait rien espérer de
mieux que la hallebarde de sergent .
Les rangs inférieurs de l'armée se recrutaient donc
dans les dernières classes de la population , et princi-
palement parmi tous ces vauriens des grandes villes que
le raccolage ramassait sur le quai de la Ferraille et dans
les cabarets des faubourgs , et qui venaient cacher dans
les casernes leurs antécédents et leurs noms sous les so-
briquets pittoresques de Va-de-bon -coeur, la Tulipe,
Tranche-montagne, Brin-d'amour, la Terreur, Belle-
rose, Sans-quartier, etc.
Cependant jamais les grandes vertus morales qui re-
haussent le soldat à ses propres yeux , jamais la con-
fiance dans les chefs , jamais l'habileté de ceux-ci ,
n'eussent été plus nécessaires qu'à l'époque où nous som-
mes arrivés . Le temps des chicanes de frontières et des
opérations théâtrales autour des places fortes était
passé. Celui des grandes combinaisons stratégiques et
des guerres d'invasion allait commencer .
La guerre de la succession d'Autriche , qui s'alluma en
1741 , transporta tout à coup l'armée française au mi-
(1) On sait que les nobles qui épousaient ainsi de riches bourgeoi-
ses appelaient cela fumer leurs terres .
284 HISTOIRE
lieu de la Bohême , dans un pays tout nouveau pour elle
et plus éloigné de nos frontières qu'aucun de ceux où
elle avait eu à agir . Tout alla bien aussi longtemps que
l'armée marcha en avant, mais on n'avait rien préparé
pour la maintenir dans sa conquête. On avait compté sur
la bonne volonté du roi de Prusse et des Saxons . Les
Saxons et le roi de Prusse firent leur paix séparée avec
l'Autriche (1 ) , et les Français , abandonnés à eux -mêmes
sur une terre qu'ils avaient ravagée, furent contraints
de se renfermer dans Prague, où ils furent bientôt étroi-
tement bloqués par les troupes de Marie-Thérèse .
Nous nous refusons à peindre la démoralisation qui
s'empara de cette armée , dont les cadres épuisés ve-
naient d'être remplis par des miliciens conduits de force
jusqu'en Bohême , lorsque, vers la fin de la campagne
de 1742 , les rigueurs de l'hiver vinrent s'ajouter aux
misères d'une guerre déjà désastreuse . Voici ce qu'é-
crivait le 2 décembre , quelques jours avant le com-
mencement de la fameuse retraite qui fait son princi-
pal titre de gloire , le maréchal de Bellisle au marquis
de Breteuil, alors ministre de la guerre . « La désertion
augmente ainsi que les maladies , et le mauvais esprit
de l'officier est au delà de toute expression ; je n'oserais
vous en mander les particularités qui font honte à
la nation . >>
(1) C'est de cette époque que date le proverbe : Travailler pour le
roi de Prusse.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 285
La France ne fut consolée à cette époque malheureuse
que par des actes individuels d'héroïsme, par les belles
défenses que firent dans Prague et dans Egra quelques
poignées de braves qui se dévouèrent au salut de tous ,
et surtout par l'admirable conduite de Chevert, ce héros
plébéien dont le nom manque à la liste des maréchaux
de France .
En 1743 , on resta sur la défensive le long du Rhin .
Il se présenta dans cette campagne une occasion unique.
A Dettingen , la France fut sur le point de prendre sa
revanche de la bataille de Poitiers . Le roi d'Angleterre ,
cerné dans un défilé avec son armée , ne pouvait nous
échapper. Il n'avait plus qu'à rendre son épée . L'indis-
cipline des officiers , la désobéissance d'un lieutenant
général , la faiblesse d'un maréchal de France , firent
échouer les plus habiles dispositions . Au lieu d'une belle
et grande victoire , on dut se résigner à inscrire encore
dans nos fastes militaires une honteuse défaite.
Le mal était à son comble. Outre l'influence ordinaire
de la misère et de la démoralisation sur les armées , nos
soldats s'étaient gâtés en Allemagne au contact de ces
brigands enrégimentés qu'on appelait les Pandours et
les Croates , et se livraient à leur exemple à tous les
excès. Il fallait à tout prix remédier à un tel état de
choses.
Il y avait alors à la tête des affaires de la guerre un
ministre puissant et hardi qui venait de succéder au
marquis de Breteuil . C'était d'Argenson . Pour marcher
avec lui dans le système de réformes qu'il méditait,
286 HISTOIRE
d'Argenson avait besoin d'un chef militaire qui le com-
prît, qui eût dans la tête et dans le cœur la force néces-
saire à l'exécution de ses projets . Cet homme ne se
trouvant pas parmi les principaux officiers généraux
français, le ministre jeta les yeux sur un illustre étran-
ger, qui, seul, avait su faire combattre ses troupes et
obtenir des succès . Ce général était Maurice comte de
Saxe .
Maurice de Saxe, élevé dans les principes sévères ,
mais un peu minutieux de l'école allemande , était entré
au service de France en 1720 , et avait immédiatement
obtenu du régent la propriété du régiment étranger de
Sparre. Il s'était appliqué à y introduire cette régularité
peut-être excessive, cette précision mathématique qui
distinguaient déjà l'armée prussienne. Son exemple fut
imité par les colonels des autres régiments allemands(1 ) ,
(1) Les colonels français, séduits par la beauté des manœuvres du
régiment de Saxe, s'empressèrent aussi de suivre l'exemple donné ,
et alors commença le règne du pas emboîté et cadencé inventé par le
comte de Bombelles, et de l'exercice décomposé et à temps marqués.
Ces innovations avaient certes du bon, et Dieu nous garde de les
blâmer ! mais, malheureusement , ce qui n'était qu'un accessoire utile
ne devait pas tarder à devenir l'objet principal des soins des officiers
d'infanterie. L'aspect des régiments en devint plus satisfaisant et plus
propre à faire honneur aux colonels sur les champs de manœuvre,
mais il est douteux que la valeur militaire de ces corps en ait été aug-
mentée. Toutes ces règles étroites, toutes ces formalités gênantes qui
peuvent être excellentes pour des soldats passifs , comme les soldats
du Nord, doivent, suivant nous, quand elles sont poussées à l'excès
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 287
et c'est à la tête d'une division composée de ces corps
que le comte de Saxe s'était fait remarquer pendant les
campagnes de 1742 et 1743.
comme elles le furent alors , diminuer la force des soldats français,
qui réside principalement dans leur vive intelligence , dans leur en-
train et dans leur spontanéité. Il ne peut pas être bon de comprimer ces
choses -là au delà d'un certain degré. Pour rétablir l'équilibre il eût
fallu , en même temps qu'on mécanisait ainsi (qu'on nous pardonne
le mot) les soldats, que les officiers fussent devenus très - habiles à
faire marcher cette mécanique, et il n'en fut point ainsi vers 1740 .
L'effet le plus immédiat de ce goût nouveau pour l'exercice régulier
fut de faire retrousser les basques du vaste habit- tunique de Louis
XIV, qui gênaient l'escamotage des temps du maniement des armes,
pour les réunir en arrière par une agrafe . Ainsi commença cette
longue conspiration contre le bien -être des hommes , qui se manifesta
par le rétrécissement graduel de toutes les parties de l'habillement,
par la suppression de tout ce qui pouvait faire saillie au dehors et ac-
crocher au passage un battant de capucine, et qui aboutit enfin à cet
idéal de l'uniforme que nous avons tous connu , et dans lequel retrous-
sis, parements, poches, doublure, n'existaient plus qu'à l'état de fictions
indiquées par un passe-poil . Ce fut vers la même époque, et pour les
mêmes motifs, qu'on prit à l'Allemagne les buffleteries en croix qui
comprimaient la poitrine, mais qui avaient l'avantage de rejeter en
arrière l'épée et la giberne ; les longues guétres qui sanglaient les
jambes et arrêtaient la circulation dans cet utile meuble du fantassin;
les cols qui contraignaient à tenir la tête droite, même en face du so-
leil, et leur corollaire, les schakos à équilibre instable, affectés d'a-
bord aux seules troupes légères, mais imposés peu à peu à tout le
monde ; le papillotage des cheveux et les queues serrées au détri-
ment du cuir chevelu . Le soldat était mal à l'aise, il est vrai, mais il
était ficelé .
Il n'a pas fallu moins de cent ans d'expérience et la
guerre d'Afrique, sous une température de quarante degrés, pour
ramener à peu près la tenue de l'infanterie au point où elle était en
1740.
288 HISTOIRE
Après la déroute de Dettingen , le ministre fit mettre
les débris de l'armée sous les ordres du comte , qui s'ap-
pliqua sans relâche à y rétablir l'ordre et la disci-
pline (1 ) . Ses efforts furent couronnés de succès et pré-
servèrent la France de l'invasion dont la menaçait
l'archiduc Charles-
(1) Voici un fragment d'une lettre écrite à M. d'Argenson par le
comte de Saxe et datée du camp de Spire, 18 juillet 1745. On verra
qu'il y avait fort à faire.
« Quoique je n'aie le commandement de cette armée que pour quel-
ques jours, le désordre et l'indiscipline y sont si grands que je n'ai pu
me dispenser d'y faire des actes de sévérité . Il s'était établi ici un jeu
dans un café. Le grand prévôt s'y est porté par mon ordre pour dé-
fendre de donner à jouer un officier dont je n'ai pu découvrir le
nom a donné quatre coups d'épée au grand prévôt. Le lendemain ,
sur ce que j'ai appris qu'on y jouait de nouveau , le procureur du roi
de la maréchaussée s'y est transporté pour faire arrêter l'hôte; les of-
ficiers ont voulu le jeter par les fenêtres et se sont aussitôt dissipés . Le
troisième jour, la femme de l'hôte est venue trouver le procureur du
roi, disant que les officiers lui avaient enfoncé ses portes et s'étaient
établis à jouer chez elle . J'y envoyai M. de Broglie, aide-major gé-
néral, pour sçavoir leurs noms : il a pris la garde de la place et s'y
est transporté, il y a encore trouvé quatre officiers qui ne jouaient
pas, à ce qu'ils disaient : il a pris leurs noms, dont un s'est donné un
faux nom . J'ai envoyé les trois premiers en prison à Landau , et fait
moucher le quatrième, dont l'uniforme est de Champagne, qui se
nomme..... et est capitaine dans ledit régiment . Je l'ai fait arrêter et
envoyer pareillement à Landau . Cet officier mérite une plus ample
punition pour avoir déguisé son nom .
» Aujourd'hui le garde - magasin s'est venu plaindre que l'on pillait
son magasin et qu'on avait forcé la garde; j'ai envoyé à ce désordre
pour être informé du fait... J'ai envoyé en prison à Landau les offi-
ciers pour n'avoir pas contenu leurs gens : il y en avait, sans doute,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 289
En 1744 , le comte de Saxe nommé maréchal de
France , fut appelé au commandement de la grande ar-
mée de Flandre . Il consacra toute cette campagne à l'é-
ducation morale et à l'instruction militaire de ses troupes
rassemblées au camp de Courtrai ( 1 ) . C'est cette armée
beaucoup d'autres de coupables, mais en pareille occasion les preuves
manquent, et les officiers ne se font pas scrupule de mentir comme
des laquais...
» Jusqu'à présent l'impunité a été fort grande. Nous en avons eu
une preuve à Wimpfen , qui n'a point d'exemple. Deux grenadiers
du régiment de Poictou ont assassiné en plein jour, devant plus de
mille témoins, au beau milieu du quartier général , un de leurs cama-
rades, l'ont dépouillé et volé, et l'ont jeté dans la rivière, sans qu'au-
cune garde, aucun officier se soit mis en devoir de les arrêter . J'en
fus sur-le-champ informé ; j'envoyai au régiment : ils s'en étoient tran-
quillement retournés à leurs compagnies comme s'ils n'avoient rien
fait. Je les ai fait arrêter. Le prévôt, ne trouve aucun témoin qui dé-
pose contre eux ... Il se fait tous les jours des assassinats dans l'armée ;
on y vole des chevaux , et les officiers les gardent tranquillement à
leurs piquets . On en a trouvé qui étaient déguisés, ils disent les avoir
achetés des passants ; enfin , il faut une grande sévérité pour y mettre
l'ordre, la discipline et l'honneur.
» Je ne sçais si ma franchise vous sera agréable , mais je crois de
mon devoir de ne vous rien déguiser et de ne vous rien laisser
ignorer. »
(1) Pendant que le maréchal de Saxe secondant si bien les efforts
de M. d'Argenson , rétablissait l'armée française au camp de Courtrai,
un autre maréchal envoyait cette note au ministre, au milieu d'un
volumineux mémoire sur l'approvisionnement des places :
« Le tabac est nécessaire pour amuser le soldat, qui s'en est fait une
si grande habitude qu'il ne peut plus s'en passer : cela s'est vu dans
plusieurs siéges, où ils se sont plaints d'en manquer.
>> Cette manie va si loin parmi eux , qu'au défaut du tabac, ils ont
fumé des feuilles de chêne et de noyer. Elle ne se borne pas au sim-
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 19
290 HISTOIRE
qui gagna les batailles de Fontenoi , de Rocoux et de
Lawfeld, qui prit Berg-op-Zoom et Maëstricht .
Cette guerre de la succession d'Autriche amena l'éta-
blissement définitif du service des troupes légères . On
avait continuéjusqu'alors à remettre sur pied en temps de
guerre les milices de Roussillon , connues sous le nom de
fusiliers de montagnes , qu'on opposait aux miquelets
des Pyrénées ou aux barbets des Alpes . Ce corps fut
encore rétabli , mais pour la dernière fois , le 12 février
1744, au moment où le feu des hostilités s'étendant de
proche en proche , atteignait la Savoie et nous forçait à
envoyer une armée sur cette frontière . Mais, dès l'an-
née précédente , un nouveau corps de troupes légères ,
conçu sur d'autre bases , avait été formé en Allemagne
pour combattre les Pandours, qui avaient si puissamment
contribué à jeter la désolation dans l'armée française
par leurs entreprises sur ses flancs, sur ses détache-
ments et sur ses lignes de communication .
ple soldat : l'officier y participe aussi , en le prisant en poudre ou en
fumée. La vérité est que rien ne contribue plus à désennuyer l'oi-
siveté et à émousser le grand besoin qu'il a de manger. Le soldat se
trouvant donc dans ce cas, j'ai cru en devoir faire un article.
» Une livre de tabac contient 112 pipes, d'expérience faite, que
nous poserons ici pour 100, à cause du déchet ; supposant donc qua-
tre pipes par jour pour chaque soldat , viendra ce qui suit à chaque
place pour trois mois, qui, étant bien ménagés, iront bien jusqu'à
quatre :
>> Pour une place de 4 bastions 8640 livres, pour une place de
6 bastions 10,800 livres, pour une place de 8 bastions, etc. , etc. »
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 291
Ce corps est celui qui s'est rendu si célèbre sous le
nom de chasseurs de Fischer.
Jean-Chrétien Fischer, simple domestique, com-
mença à se faire connaître à la fin de 1742 pendant
l'investissement de Prague par les Autrichiens . Il se
mettait à la tête de ses camarades armés qui allaient
faire pâturer les chevaux de leurs maîtres dans les îles
de la Moldaw, et repoussait les attaques des hussards
autrichiens qui passaient la rivière à gué pour venir
les leur enlever. La bravoure et l'intelligence déployées
par Fischer dans plusieurs affaires qu'il eut à soutenir
fixèrent l'attention sur lui , et comme on avait alors be-
soin de braves gens sans regarder d'où ils venaient, on
l'autorisa à organiser sa petite troupe et on le laissa
maître de la diriger à son gré . Les services que Fischer
rendit en 1743 et la protection du comte de Saxe firent
alors complètement passer par -dessus les préjugés , et le
1er
er novembre de cette année , cette compagnie de do-
mestiques courageux prit rang dans l'armée sous le nom
de chasseurs de Fischer (1 ) . Ce corps , et quelques
autres qui furent successivement créés sur le même mo-
dèle (2), permettaient aux gens de rien qui s'y enrô-
(1) Singulière destinée ! l'infanterie légère , comme sa sœur aînée,
devait naître dans la classe servile et justifier, elle aussi, son nom
d'infanterie .
(2) Les arquebusiers de Grassin formés le 1erjanvier 1744; les volon-
taires royaux, le 15 août 1745 ; les fusiliers de la Morlière, le 16 octo-
bre 1745 ; Royal- Cantabres, le 15 décembre 1745 ; les volontaires de
292 HISTOIRE
laient de faire fortune : aussi s'accrurent- ils rapidement .
Vers la fin de la guerre Fischer avait sous ses ordres
quatre cents chasseurs à pied , deux cents chasseurs à
cheval et quelques ouvriers . C'était un petit corps
d'armée capable de se suffire à lui-même dans son ser-
vice spécial. Il se fit un nom illustre dans cette guerre
et dans celle de 1757 , et c'est à lui que remonte l'ori-
gine des chasseurs à pied et des chasseurs à cheval , ces
deux troupes éminemment françaises .
La création d'une troupe spéciale pour le service des
flanqueurs fit rentrer les grenadiers dans les rangs des
bataillons . Ils devinrent alors ce qu'ils sont encore au-
jourd'hui , la réserve des régiments , et ne furent plus
employés en détachements que pour des actions de vi-
gueur. Ce nouveau rôle , qui convenait si bien à des
soldats d'élite , leur fournit des occasions de rendre de
signalés services , et fit comprendre l'utilité pour un gé-
néral d'avoir sous la main dans le moment décisif d'une
action une troupe énergique et solide . Aussi , à la
fin de la guerre, en 1749 , lorsqu'on réduisit le nombre
Gantèz , le 30 janvier 1746 , et les volontaires bretons, le 30 octobre
1746. La plupart de ces corps, ainsi que celui de Fischer, étaient
composés d'infanterie et de cavalerie. Ils avaient pour armes le fusil
ou la carabine et le sabre. Leurs costumes étaient fort bizarres et
calqués, en général , sur ceux des Pandours ou des Croates. Ils avaient
dans leurs habits des couleurs inusitées jusqu'alors dans l'armée
française. Les chasseurs de Fischer avaient leur uniforme entière-
ment vert.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 293
des régiments d'infanterie , les compagnies de grena-
diers des régiments supprimés furent-elles réunies en
un corps spécial sous le titre de régiment des Grena-
diers de France .
L'ordonnance du 10 mars 1749 apporta des amélio–
rations sensibles dans la constitution de l'infanterie . Dix-
huit régiments français ( 1 ) et plusieurs régiments étran-
gers furent supprimés et incorporés dans les corps plus
anciens qui n'avaient qu'un seul bataillon et qui furent
ainsi portés à deux . Les compagnies de grenadiers des
corps français supprimés formèrent, comme on l'a dit ,
le régiment des Grenadiers de France , qui prit rang d'a-
près la date de création des grenadiers en 1667 .
Les colonels , lieutenants-colonels et commandants de
bataillon cessèrent d'avoir des compagnies . Les batail-
lons furent réduits de quinze à treize compagnies , dont
une de grenadiers , et le nombre des drapeaux ne fut
plus que de deux par bataillon . Le drapeau blanc ou co-
lonel fut placé dans la première compagnie de fusiliers
du premier bataillon .
Par suite de ces modifications, l'état de l'infanterie
comprenait en 1750 , outre les deux régiments des Gar-
des, les Grenadiers de France et Royal Artillerie , 80 ré-
(1) Les régiments français supprimés en 1749 étaient Vexin
Aunis, Beauce, Dauphiné, Vivarais, Luxembourg, Bassigny, Beau-
jolais, Ponthieu, Escars, Fleury, la Tour d'Auvergne, Blaisois, Gâti-
nais, Auxerrois , Agénois, Santerre, et Landes. Tous ces corps dataient
de Louis XIV .
294 HISTOIRE
giments français , dont douze à quatre bataillons , cin-
quante-deux à deux bataillons, et seize à un bataillon ;
trente et un régiments étrangers dont dix suisses , douze
allemands, un italien , un corse , sept irlandais et un
écossais , enfin six corps de troupes légères . Le tout pré-
sentait un effectif de 181,000 hommes .
Les six années de paix qui suivirent furent mises à
profit pour faire fructifier dans les corps les éléments
d'ordre et d'instruction que le maréchal de Saxe y avait
déposés et pour y introduire toutes les améliorations de dé-
tails que réclamait l'organisation intérieure des corps ( 1 ) .
L'infanterie était fort belle, et aussi bonne que pou-
vait le permettre le mode de recrutement alors en usa-
ge, au moment où éclata la guerre de sept ans . Cette
infanterie débuta d'une manière brillante en 1756 à la
prise de Port-Mahon , et en 1757 à la bataille d'Hastem-
beek, qui fut suivie de la conquête rapide du Hanovre .
Pourquoi donc les suites de cette guerre furent-elles si
funestes? Pourquoi la France n'en recueillit-elle que
de la honte ? Pourquoi l'armée française tomba-t-elle
(1) C'est à cette époque que l'on s'occupa de régler les batteries de
tambours. Il y avait eu jusque-là complète anarchie; chaque régiment
avait les siennes, ce qui était un inconvénient beaucoup plus grave
que cela ne semble au premier abord. En 1754, tous les tambours-
majors furent appelés à Paris, et mis sous les ordres du tambour-
major des Gardes-Françaises, qui les instruisit pendant trois mois
sur l'esplanade des Invalides. Le 1er décembre , il les conduisit
à Versailles, et leur fit battre l'ordonnance sous les fenêtres du roi ,
en présence de toute la cour. Quelle journée pour le tambour-major
des Gardes-Françaises ! L'histoire n'a pas conservé son nom .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 295
tout à coup dans un tel discrédit en Europe, que cin-
quante ans après , les Prussiens nous tenaient encore
pour de si méprisables soldats , qu'il ne fallut rien moins
que le coup de massue d'Iéna pour les faire revenir de
leur idée? C'est que les affaires les plus sérieuses de l'E-
tat se traitaient alors chez madame de Pompadour , c'est
que les commandements furent surtout donnés aux fa-
voris de cette belle ; c'est qu'au lieu de placer la direc-
tion suprême des opérations de la guerre dans une seule
main , soit qu'on n'eût pas trouvé de général capable
d'une aussi grande tâche, soit qu'on ait voulu complaire
à plusieurs, on partagea l'armée entre trois ou quatre
chefs jaloux les uns des autres , très-prompts à tenter
seuls des entreprises qui leur promettaient gloire ou
profit, très-lents à porter secours à leurs collègues com-
promis. C'est encore que nous avions pour alliés les Au-
trichiens , c'est-à-dire de toutes les troupes de l'Europe
celles dont la manière de faire la guerre , carrée , pleine
de précautions et de délais , est la plus antipathique avec
le génie prompt et audacieux des soldats français . C'est
encore que nos faibles maréchaux , obligés avant d'agir
de prendre conseil à Versailles et à Vienne, avaient en
tête le grand Frédéric , et que cet illustre capitaine , seul
juge et maître de ses actions , avait transporté sous sa
tente toute la fortune de la Prusse (1 ) .
(1 ) Les causes de nos désastres pendant la guerre de sept ans sont
trop bien exprimées dans les facéties 'suivantes, pour que nous ne
296 HISTOIRE
Aussi fùmes-nous battus et après cette longue
prise d'armes , la France en fut réduite à chanter l'hé-
préférions pas, suivant notre habitude, les substituer à nos propres
jugements. Chacun appréciera.
Un jour le comte de Saint-Germain , qui avait un commandement
dans l'armée, dinait chez le général en chef. En sortant de table
celui-ci quitta la compagnie, sous prétexte qu'il avait à écrire à la
cour. - Que peut-il mander à la cour, dit quelqu'un ? il ne se passe
rien, et il écrit toujours. ― Sur cela, M. de Saint-Germain se mit à
détailler une correspondance entière qu'il imagina entre le général
et la cour. Voici , dit-il, ce qu'il mande.
« Je me suis levé aujourd'hui à neuf heures, après avoir fort bien
dormi et même ronflé. J'ai été faire à dix heures une reconnaissance
dans laquelle je n'ai rien vu . Je suis rentré au quartier général à
onze heures ; on m'a fait la barbe, et mon valet de chambre, en frisant
ma perruque, au lieu de commencer par le côté droit, selon son usage,
a commencé par le côté gauche. >>
Le ministre lui répond : « Votre dernière dépêche , qui est fort inté-
ressante, nous a suggéré des réflexions profondes qu'il est bon de
vous communiquer . Pourquoi ne vous êtes-vous pas levé à huit heu-
res ? Vous eussiez pu faire à neuf, et non à dix, la reconnaissance
dont vous parlez, et dans laquelle vous eussiez peut-être vu quelque
chose. Il est tout simple qu'on vous ait rasé,... surtout si votre barbe
était longue... Dieu veuille qu'on ne vous ait pas écorché !... mais il
est extraordinaire que votre valet de chambre ait dérogé à son usage
en commençant à papilloter votre perruque du côté gauche... Comme
le roi en a été surpris, vous voudrez bien m'en mander les raisons
par un courrier exprès, afin que je puisse au plus tôt en rendre
compte à sa majesté, dont je vous ferai voir les intentions ulté-
rieures . >>
Le général réplique au ministre : « Vous voudrez bien observer
que je n'ai pas dit qu'on eùt mis des papillottes à ma perruque , mais
seulement qu'on l'avait frisée, ce qui est très-différent; et quoiqu'on
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 297
roïsme d'un simple capitaine d'infanterie qui avait pré-
féré la mort au déshonneur ! Le cri de d'Assas , ce cri
que des milliers de poitrines françaises ont poussé sur
mille champs de carnage, sans que l'ingrate renommée
se soit donné la peine de le recueillir , voilà le seul sou-
venir glorieux qui nous soit resté de cette malheureuse
guerre de sept ans . On n'osa plus parler du rocher de
ait commencé par le côté gauche, vous pouvez tranquilliser le roi et
l'assurer qu'il n'en résultera aucun inconvénient essentiel... >>
Les couplets suivants, attribués au marquis de Voyer d'Argenson ,
sont dirigés contre M. de Vaux, lieutenant général et surtout
courtisan, qui fit une apparition à l'armée en 1761 , et qui revint à la
cour après la défaite de Villingshausen . Ils se chantaient sur l'air :
Reçois dans ton galetas.
Nos seigneurs les maréchaux,
Remplis d'une ardeur guerrière,
Ont dit à monsieur de Vaux :
Vous avez l'air fort militaire.
Il faudra vous régaler
Par un plat de notre métier.
Comme on vous regardera
Quand vous irez à Versailles ,
Chacun tout bas se dira :
Mais!... il revient de la bataille :
Vous entendrez dire au Roi :
Il en sait presque autant que moi .
En effet, on s'est battu ;
Combat, sottises et défaite,
En un jour il a tout vu,
Et voilà la campagne faite.
Il disait, en s'en allant,
Mais j'en aurais bien fait autant .
298 HISTOIRE
Mahon, si intrépidement escaladé par notre infanterie, à
partir du jour où l'on dut remettre cette conquête aux
Anglais ; la victoire d'Hastembeek fut effacée par la dé-
route de Rosbach ; l'héroïsme de Montcalm et de sa poi-
gnée de braves demeura enseveli avec les os de ces
nobles fils de la France sur les rives du Saint-Laurent :
on ne prononça plus leurs noms parce qu'il eût fallu en
même temps parler du Canada.
Plusieurs modifications de détail furent introduites
dans l'infanterie pendant le cours de cette guerre. Nous
les donnons ici par ordre de date .
Le 1er janvier 1757 , le régiment Royal Artillerie
fut augmenté d'un 6 bataillon , et le 20 janvier une
pièce de canon à la suédoise fut donnée à chaque batail-
lon de l'infanterie . Cette pièce fut retirée à la paix .
Le même jour on augmenta chaque bataillon d'une
compagnie de chasseurs à pied . Cette compagnie, qui
fut considérée comme compagnie d'élite aussi bien que
les grenadiers , fut licenciée à la fin de la guerre.
Le 5 mai 1758 , le génie fut séparé de l'artillerie , et
les bataillons de ce dernier corps prirent le titre de bri-
gades .
Une ordonnance du 12 janvier 1759 prescrivit que
les différents grades d'officier seraient distingués par
des épaulettes . Cette nouveauté fut très-mal reçue . Cette
épaulette , que depuis l'on a été si fier de porter, fut ap-
pelée la guenille de Choiseul . On n'aimait pas le pre-
mier ministre, c'est tout dire .
En 1762 , le corps de l'artillerie fut encore aug-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 299
menté et porté à sept brigades . La septième brigade, af-
fectée d'abord au service spécial des colonies , rentra plus
tard dans le service ordinaire .
Enfin , la paix amena de nombreuses réformes . On
sabra sans pitié une armée dont les généraux s'étaient
fait battre . Du reste , ces réformes , qui durent être
amères pour ceux qui les supportèrent, étaient bonnes .
Une première ordonnance du 25 novembre 1762 ,
complétant celle de 1749 , réforma dix régiments d'in-
fanterie française et un nombre aussi grand de régi-
ments étrangers . Les régiments français licenciés ver-
sèrent leurs grenadiers dans le corps des Grenadiers de
France, et les hommes des autres compagnies allèrent
renforcer les régiments qui étaient dans les colonies . La
perte du Canada faisait sentir la nécessité de bien gar-
der ce qui restait de nos possessions lointaines . On af-
fecta dans ce but au service spécial des colonies les
vingt-trois derniers régiments français , qui prirent pour
se distinguer des autres la couleur vert de Saxe dans
les revers , parements et collets . Trois nouvelles brigades
d'artillerie furent aussi créées pour la défense des pays
d'outre-mer, mais elles furent bientôt fondues dans le
corps royal .
L'ordonnance constitutive du 10 décembre 1762 ré-
gla ainsi la composition de l'infanterie . Deux régiments
des Gardes , françaises et suisses , un régiment des Gre-
nadiers de France , Royal Artillerie , soixante-cinq régi-
ments français , dont dix-neuf à quatre bataillons ,
trente-neuf à deux et sept à un bataillon ; onze régi-
300 HISTOIRE
ments suisses, huit allemands, un italien, cinq irlan-
dais, et six légions de troupes légères . En totalité cent
régiments .
Les régiments de gentilshommes prirent des titres de
province . Tous les corps portèrent sur leurs boutons le
numéro indiqué par leur rang d'ancienneté. Leur prix
fut égalisé et taxé, ce qui coupa court à d'odieux bro-
cantages . Les plus anciens régiments français , sauf ceux
des Princes qui ne se vendaient pas, furent taxés à
quarante mille livres ; les vingt-trois derniers , c'est-à-
dire ceux affectés au service des colonies , le furent à
vingt mille livres seulement .
L'administration des compagnies fut enlevée aux ca-
pitaines et confiée à un quartier-maître trésorier, ce qui
fit cesser bien des abus , et entre autres celui des passe-
volants.
Le grade d'enseigne fut supprimé, et l'on mit dans
chaque régiment le nombre de sous-lieutenants porte-
drapeaux nécessaire .
Ces améliorations , qui font honneur au ministère de
M. de Choiseul , furent continuées pendant les années
suivantes.
Le 13 août 1765 , les sept brigades de Royal Artillerie
furent transformées en autant de régiments différents ,
qui prirent les noms des sept écoles où ces corps étaient
alors en garnison . Les sept régiments de la Fère , Metz ,
Besançon, Grenoble , Strasbourg , Auxonne et Toul , réu-
nis sous le commandement d'un inspecteur général per-
manent, continuèrent de compter dans l'infanterie sous
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 301
le nom collectif de Royal Artillerie , et Royal Artille-
rie garda le rang qu'il avait toujours eu entre le régi-
giment allemand d'Anhalt et Royal Italien .
Une décision du 19 avril 1766 institua une musique
dans tous les corps d'infanterie.
Le grade de lieutenant-colonel fut créé en 1767. Jus
que-là cet officier n'avait que le grade de capitaine .
En 1771 les sous-aides-majors furent remplacés par
des adjudants sous-officiers .
Le corps des Grenadiers de France, malgré les servi-
ces qu'il avait rendus , fut supprimé le 4 août 1771. On
s'était aperçu que le recrutement de ce corps épuisait
les régiments d'infanterie . On institua , comme compen-
sation , le chevron et la haute paye de vétéran pour les
vieux soldats .
Des considérations de la même nature , et de plus l'em-
barras que causait l'entretien des troupes détachées aux
colonies , fit rentrer , le 18 février 1772 , au service or di-
naire les vingt-trois régiments affectés à la garde des
pays d'outre-mer . Ils furent remplacés dans ce service par
huit régiments spéciaux de deux bataillons chacun . On
créa en même temps un corps royal d'infanterie de ma-
rine, pour le service des ports et la garnison des vais-
seaux . Ce corps comptait aussi huit régiments , qui furent
réunis en un seul le 26 décembre 1774 ( 1 ) .
Les désastres de la guerre de sept ans , que les chefs
(1 ) Ce corps fut supprimé le 9 pluviôse an 11 .
302 HISTOIRE
de l'armée voulurent attribuer à la supériorité de l'ins-
truction des troupes prussiennes et non point à leurs
propres fautes, donna l'idée de réunir tous les ans des
troupes dans un camp d'instruction . A partir de l'an-
née 1765 , le camp de Compiègne vit successivement
passer la plupart des régiments d'infanterie . Malheureu-
sement, ainsi que le fait remarquer Jomini , on y ou-
blia le principal pour l'accessoire . On s'imagina que les
armées de Frédéric n'avaient dû leurs triomphes qu'à la
manière de marcher le pas oblique et à la coupe des ha-
bits . Cette instruction dispendieuse n'eut doncen définitive
que peu de résultats . Les soldats y acquirent à la vérité
de l'aplomb dans les manœuvres et de la régularité dans
la tenue , mais l'art de la stratégie y fut plutôt faussé que
perfectionné par l'engouement des principes de l'école
allemande , dont l'application ne saurait convenir en
tous points au génie particulier des troupes françaises .
Pour compléter le récit des modifications survenues
dans l'infanterie pendant le règne de Louis XV, il nous
reste à dire un mot des milices provinciales qui, en
temps de guerre, devaient contribuer à la défense du
royaume, et dans les cas extrêmes combler les vides
que la mort et la désertion creusaient dans les rangs de
l'armée permanente , vides que le mode de recrutement
alors en usage, et auquel certaines personnes voudraient
voir revenir aujourd'hui , était incapable de remplir.
Après la paix d'Utrecht , les milices qui avaient, pour
ainsi dire , supporté tout le poids des dernières campa-
gnes de la guerre de la succession d'Espagne, furent
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 303
renvoyées dans leurs foyers . Pendant longtemps on ne
demanda plus rien aux survivants, sinon de repeupler
le pays . En 1726 , lorsque le mal fut à peu près ré-
paré, on se souvint d'elles et on les forma en 93 batail-
lons . En 1733 on en leva 30 nouveaux . En 1734 , on or-
ganisa ces 123 bataillons en 40 régiments provinciaux
à deux bataillons . Le reste demeura en bataillons sépa-
rés. A la paix de 1736 , on ne conserva que 100 batail-
lons de milices , un par généralité .
En 1741 on ajouta à ces 100 bataillons , neuf batail-
lons nouveaux levés en Lorraine et trois bataillons de la
ville de Paris . L'année suivante, ce qu'il y avait de
meilleur dans les milices fut envoyé en Allemagne pour
rétablir nos régiments écrasés . Ce système, dont on se
trouva bien pour le moment, fut continué pendant toute
la guerre , et comme on avait remarqué qu'il se trouvait
parmi ces paysans des hommes qui aspiraient fière-
ment l'odeur de la poudre , on tira des milices onze ré-
giments d'infanterie à qui l'on donna le titre de grena-
diers royaux . «
< On vit , dit M. d'Espagnac, qui com-
mandait un de ces régiments , dans les grenadiers
royaux ce que peut le point d'honneur chez les hommes,
des paysans sortis de leurs villages , à qui on avait
donné le nom de grenadiers , servir dès leur arrivée
à l'armée avec le même courage et la même distinction
que les grenadiers des anciens corps . » Pour récompen-
ser leur belle conduite, ces régiments de grenadiers
royaux furent maintenus sur pied à la paix de 1749 .
Le reste des milices forma 105 bataillons.
304 HISTOIRE
En 1757 , on tira de chacun des 105 bataillons deux
compagnies de fusiliers choisis, ce qui forma 24 batail-
lons détachés et actifs .
En 1759 , 100 bataillons provinciaux furent attachés
aux régiments d'infanterie qui portaient le même titre
de province . Les milices se composaient alors , outre ces
100 bataillons et les grenadiers royaux , de deux régi-
ments de milices de Lorraine , d'un bataillon de la ville
de Paris , de six régiments d'infanterie boulonnaise ( 1 ) ,
d'un régiment de Perpignan , de trente-cinq compagnies
de Roussillon (2) , d'un bataillon de Béarn et de la com-
pagnie de Montboissier à qui était confiée la garde des
îles de Lérins .
Le 1er février 1763 , les milices reçurent une nouvelle
organisation . Les régiments de grenadiers royaux
avaient été licenciés le 10 décembre 1762 , ainsi que
tous les corps particuliers nommés tout à l'heure . On
forma alors trente et un régiments de recrues d'un batail-
lon , dont un régiment pour les colonies , et en outre
un régiment spécial de deux bataillons pour la ville de
Paris. On espérait ainsi détruire le raccolage . Cette me-
sure n'eut point, à ce qu'il paraît , le succès qu'on s'en
promettait, puisque le nombre des régiments de recrues ,
qui avait été porté à 33 en 1765 , fut réduit à sept le
(1) Les milices du pays, qu'on appelait autrefois le Pays recon-
quis, avaient des priviléges particuliers.
(2) C'étaient les anciens fusiliers de montagnes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 305
31 décembre 1766 , à six le 30 avril 1767 et à un le 30
mai 1768. Le seul qui fut alors conservé était celui des
colonies il fut lui-même supprimé le 2 mars 1773 .
Les milices furent rappelées le 4 août 1771 sous le
nom de troupes provinciales , qui prirent rang dans l'in-
fanterie de l'armée après les régiments créés sous
Louis XIV ( 1 ) . Les troupes provinciales formèrent alors
douze régiments de grenadiers royaux et 47 régiments
provinciaux . Ce dernier nombre fut bientôt porté à 50 .
(1) Les troupes provinciales occupaient alors dans l'infanterie le 86°
rang entre Royal - Bavière et Salis-Marschlins. 30
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 20
306 HISTOIRE
CHAPITRE XIII.
Améliorations apportées dans l'état de l'infanterie de 1774 à 1789.
Etat de cette arme au moment de la révolution . Volontaires natio-
naux . Esprit de l'armée à cette époque. Causes de la destruction des
anciens régiments d'infanterie.
Pendant les quinze années qui nous séparent encore de
la révolution , les réformes et les améliorations se suc-
cédèrent avec rapidité et amenèrent l'organisation de
l'infanterie à un état très peu différent de celui que nous
voyons de nosjours .
Sous le court ministère du maréchal du Muy, on fit
un pas vers l'uniformité de composition des corps . Huit
régiments français à quatre bataillons furent dédoublés
par ordonnance du 26 avril 1775 et formèrent 16 régi-
ments à deux bataillons . On supprima en même temps.
cinq régiments des moins anciens parmi les corps fran-
çais et trois régiments irlandais . Le nombre des régi-
ments resta ainsi le même qu'auparavant . Les douze
vieux corps conservèrent sculs quatre bataillons , tous
les autres en eurent deux .
La même ordonnance créa des emplois de colonels en
2º et de chefs de bataillon dans tous les corps . Les chefs
de bataillon furent supprimés en 1776. Les colonels en
2e furent maintenus jusqu'en 1788.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 307
Le comte de Saint-Germain , qui succéda au maréchal
du Muy, licencia le 15 décembre 1775 les troupes pro-
vinciales , et termina par l'ordonnance du 25 mars 1776
l'œuvre de son prédécesseur . Les vieux corps furent dé-
doublés et formèrent chacun deux régiments à deux ba-
taillons . Le régiment du Roi seul conserva quatre ba-
taillons. Les légions de troupes légères furent en même
temps dissoutes . Leurs escadrons de cavalerie furent dis-
tribués, sous le nom de chasseurs à cheval , dans les régi-
ments de dragons ( 1 ) , et les compagnies de chasseurs à
pied furent réparties entre les bataillons de l'infanterie .
Tous les bataillons furent alors composés de six compa-
gnies, une de grenadiers et une de chasseurs , chacune
de 101 hommes, et quatre compagnies de fusiliers cha-
cune de 146 hommes . On mit dans chaque compagnie
un sergent-major placé au- dessus de l'ancien fourrier et
un frater-chirurgien-barbier.
Les régiments formèrent des brigades et des divisions
permanentes comme en Prusse (2).
Le 30 janvier 1778 , au début de la guerre d'Améri-
que, les troupes provinciales furent rappelées et recurent
une organisation nouvelle . Sur les 106 bataillons levés ,
26 furent détachés pour composer 13 régiments à deux
bataillons . Sept de ces régiments furent attachés aux
(1) Les escadrons de chasseurs à cheval quittèrent les dragons en
1779, et formèrent six régiments de chasseurs à cheval.
(2) L'ordre divisionnaire avait déjà été essayé en 1744.
308 HISTOIRE
sept régiments d'artillerie ; cinq autres furent formés
sous le titre de régiments d'état- major ( 1 ) , le 13º était le
régiment de Paris , auquel on joignit bientôt le régiment
de l'Isle de France . Les 80 bataillons restants formèrent
les troisièmes bataillons , dits bataillons de garnison , des
80 régiments français de la ligne . Les compagnies de
grenadiers en furent toutefois distraites et composèrent
43 régiments de grenadiers royaux .
La charge de colonel général de l'infanterie fut réta-
blie le 5 avril 1780 en faveur du prince de Condé . Les
chefs des régiments reprirent donc le titre de mestres de
camp et le portèrent jusqu'en 1788 , époque où la charge
fut une dernière fois supprimée . Une ordonnance du
6 avril 1780 relative aux priviléges et fonctions du colo-
nel général réduisit le nombre des drapeaux à un par ba-
taillon (2) .
Le 8 août 1784 , les compagnies de chasseurs furent
séparées des régiments et réunies en bataillons de qua-
tre compagnies . Ces bataillons furent attachés aux six
régiments de chasseurs à cheval. C'était un retour vers
les légions légères, mais ce mode d'organisation ne dura
pas longtemps , et l'ordonnance du 17 mars 1788 consti-
(1 ) Nous n'avons pas pu déterminer quel était le service particu-
lier de ces régiments d'état-major.
(2) Une décision du 12 juillet 1784 créa un troisième porte- dra-
peau dans le régiment Colonel général pour porter le drapeau du
colonel général.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 309
tua définitivement l'infanterie légère , qui fut alors for-
mée en douze bataillons de chasseurs à pied ( 1 ) ,
composés chacun de quatre compagnies . Dans chaque
compagnie il y avait douze carabiniers .
A la même époque les bataillons de l'infanterie
de ligne furent mis à neuf compagnies , dont une de
grenadiers . Le nombre des bataillons était de deux par
régiment , excepté dans les régiments des Gardes et
dans celui du Roi qui avaient une organisation à part,
et à chaque régiment français était attaché un batail-
lon de troupes provinciales qui lui formait une ré-
serve.
Le corps de l'artillerie , toujours compris dans l'infan-
terie, se composait de sept régiments de deux bataillons.
Chacun de ces régiments était doublé par un régiment
provincial . On avait créé, le 24 octobre 1784 , un nou-
veau régiment destiné au service spécial des colonies .
Ce corps prit rang avec le n° 8 dans l'artillerie de terre
le 27 août 1792 .
En résumé, au 1er janvier 1789 , lorsque la révolution
allait éclater , l'infanterie régulière se composait de deux
régiments des Gardes, de 102 régiments d'infanterie de
ligne, de 12 bataillons de chasseurs à pied , de 8 régi-
ments d'artillerie et de sept régiments d'infanterie des
( 1 ) Ces douze bataillons furent formés avec les six bataillons atta-
chés aux chasseurs à cheval et avec les régiments d'infanterie Royal-
Italien, Royal-Corse et de Montréal .
310 HISTOIRE
colonies (1 ) , présentant un total de 258 bataillons, aux-
(1) Etat de l'infanterie au 1er janvier 1789.
NOS ET NOMS DES RÉGIMENTS . NOS ET NOMS DES RÉGIMENTS .
Gardes Françaises, 6 bat. Gardes Suisses, 4 bat.
INFANTERIE DE LIGNE .
1 Colonel général . 52 Aunis.
2 Picardie. 33 Bassigny.
3 Piémont. 54 Touraine.
4 Provence. 35 Angoulême.
5 Navarre . 56 Aquitaine .
6 Armagnac. 37 Anjou .
7 Champagne. 38 Maréchal de Turenne.
8 Austrasie. 39 Dauphiné .
9 Normandie. 40 Isle de France.
10 Neustrie . 41 Soissonnais.
11 La Marine . 42 La Reine.
12 Auxerrois . 43 Limosin.
13 Bourbonnais . 44 Royal-Vaisseaux .
14 Forez . 45 Orléans.
15 Béarn . 46 La Couronne .
16 Agénois. 47 Bretagne .
17 Auvergne . 48 Lorraine.
18 Royal-Auvergne. 49 Artois.
19 Flandre. 50 Vintimille.
20 Cambrésis . 51 Hainaut.
21 Guyenne. 52 La Sarre.
22 Viennois. 55 La Fère.
23 Le Roi, 4 bat. 54 Alsace allemand.
24 Royal . 55 Royal-Roussillon.
25 Brie. 56 Condé .
26 Poitou. 57 Bourbon.
27 Bresse. 58 Beauvoisis.
28 Lyonnais. 59 Rouergue .
29 Maine. 60 Bourgogne.
30 Le Dauphin. 61 Royal-Marine.
31 Perche. 62 Vermandois .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 311
quels il faut ajouter 106 bataillons de troupes provinciales .
NOS ET NOMS DES RÉGIMENTS . NOS ET NOMS DES RÉGIMENTS .
Suite de l'infanterie de ligne.
A- rtillerie
65 Salm-Salm allemand . 82 Angoumois .
Royal
La Fère. 85 Conti.
Metz . 84 Saintonge.
Besançon. 85 Foix.
Grenoble . 86 Rohan.
64
Strasbourg. 87 Diesbach suisse.
Auxonne. 88 Courten suisse.
Toul. 89 Dillon irlandais .
Colonies . 90 Berwick irlandais .
65 Ernst suisse. 91 Royal-Suédois allemand.
66 Salis-Samade suisse. 92 Chartres .
67 Sonnemberg suisse. 93 Barrois.
68 Castellas suisse. 94 Walsh irlandais.
69 Languedoc . 95 Enghien .
70 Beauce. 96 Royal - Hesse - Darmstadt
71 Vigier suisse. allemand.
72 Médoc. 97 Troupes provinciales.
75 Vivarais. 106 bat.
74 Vexin. 98 Salis-Marschlins suisse.
75 Royal-Comtois . 99 Nassau allemand.
76 Beaujolais. 100 Steiner suisse.
77 Monsieur. 101 Bouillon allemand.
78 Châteauvieux suisse . 102 Royal-Deux- Ponts allem .
79 La Mark allemand. 103 Rheinach suisse .
80 Penthièvre . 104 Royal- Liégeois allemand.
81 Boulonnais .
Infanterie légère .
1 Chasseurs royaux de Pro- 6 Chasseurs bretons.
vence. 7 Chasseurs d'Auvergne .
2 Chasseurs royaux de Dau- 8 Chasseurs des Vosges.
phiné. 9 Chasseurs des Cévennes .
5 Chasseurs royaux corses. 10 Chasseurs du Gévaudan .
4 Chasseurs corses . 11 Chasseurs des Ardennes.
5 Chasseurs cantabres . 12 Chasseurs du Roussillon.
312 HISTOIRE
Cette organisation générale de l'infanterie laissait
peu à désirer , puisqu'elle était sensiblement la même
que celle de notre infanterie actuelle . Les bizarreries et
les abus, nés des préjugés d'une autre époque , avaient
disparu , et l'égalité régnait entre les régiments de la ligne .
Des règlements sévèrement exécutés avaient fixé l'arme-
ment , l'équipement et l'habillement des divers corps (1 ) .
Nº ET NOMS DES RÉGIMENTS. NOS ET NOMS DES RÉGIMENTS.
INFANTERIE DES COLONIES.
1 Cap français . 5 Ile de France.
2 Port au Prince. 6 Ile Bourbon .
3 La Martinique. 7 Pondichéry.
4 La Guadeloupe.
(1) L'infanterie était armée à cette époque des fusils du modèle de
1777, qui ont fait toutes les guerres de la révolution et de l'empire.
Les sacs, buffleteries, gibernes, capotes étaient devenus uniformes , et
le règlement de 1779 avait fixé la forme et les couleurs de l'habille-
ment des troupes . Nous donnons ici les principales dispositions de ce
règlement, qui n'a reçu que de très - légères modifications jusqu'au
moment où prévalut l'uniforme des volontaires nationaux . On verra
que ce règlement de 1779 a servi de modèle à ceux de 1806 et de 1816
pour l'habillement des troupes à pied .
Composition de l'habillement de l'infanterie. -Habit à la française,
veste, gilet et culotte, revers agrafės jusqu'au tiers de leur longueur,
garnis de sept petits boutons, trois gros au-dessous du côté droit,
pattes de poches figurées par un passepoil de la couleur tranchante,
garnies de trois boutons ; parements coupés à quatre pouces de long,
fermés par quatre petits boutons ; parements, revers et pattes de po-
ches détachés par un passepoil de la couleur tranchante. Epaulettes
de drap liserées ; les grenadiers les portent rouges doublées de blanc,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 313
Tous les documents étaient rassemblés pour la ré-
les chasseurs vertes. Les fusiliers ont une fleur de lys de la couleur
tranchante aux retroussis , les grenadiers une grenade, les chasseurs
un cor de chasse. Chapeau bordé d'un galon noir avec un petit bouton .
Les grenadiers (ils reprirent en 1788 le bonnet à poil abandonné en
1779) portent au-dessus une houppe ronde de laine rouge de deux pou-
ces d'épaisseur , les chasseurs une houppe de laine verte. Quant aux
compagnies de fusiliers, la 1re compagnie du 1er bataillon a un pompon
bleu de roi, la 2º un pompon aurore, la 3º violet, la 4º cramoisi . Les com-
pagniesdu 2 bataillon ont des pompons moitié blancs , moitié des cou-
leurs ci-dessus nommées . Dans les bataillons de chasseurs (ordonnance
du 1er octobre 1786) la 1 compagnie a le pompon écarlate, la 2º bleu
ciel, la 3 rose et la 4º souci . Toutes les troupes ont la longue guêtre
noire en hiver et blanche en été. Les grenadiers et les chasseurs ont
le sabre, avec dragonnes rouges ou vertes. Les tambours sont habil-
lés à la livrée du roi ou des colonels propriétaires .
Gardes Françaises.- Habit bleu de roi, doublé d'écarlate, sans re-
vers, boutonnières garnies d'un large galon blanc, veste et culotte
blanches. Les grenadiers portent le bonnet à poil à plaque. Boutons
blancs .
Gardes Suisses. - Habit écarlate , doublé de bleu , revers bleu ,
boutonnières garnies d'un large galon blanc. Veste et culotte blan-
ches. Les grenadiers portent le bonnet à poil à plaque. Boutons
blancs.
Régiment du Roi. - Habit blanc, doublé de bleu céleste foncé,
boutonnières garnies d'un galon aurore, veste et culotte blanches,
boutons blancs.
Régiment de Picardie. - Entièrement blanc . Devenu Colonel-géné-
ral en 1780 , il prit la doublure cramoisie avec les boutonnières en ga-
lon aurore .
Les régiments d'artillerie ont habit, veste, culotte, collet et revers
bleu de roi, avec la doublure et les parements écarlate.
Les chasseurs à pied (ordonnance du 8 août 1784) ont habit vert
foncé en frac, veste et culotte chamois, boutons blancs, avec les cou-
leurs distinctives suivantes pour la doublure, les revers et les pare-
314 HISTOIRE
daction d'une théorie définitive sur les exercices, les
ments : chasseurs des Alpes écarlate, Pyrénées cramoisi , Vosges citron,
Cévennes chamois, Gévaudan aurore, Ardennes blanc. Ils portent
sur l'épaule droite une contre épaulette de drap parcil à l'habit et sur
l'épaule gauche une épaulette fond blanc losangée de la couleur dis-
tinctive. Pour le bataillon des Ardennes l'épaulette est entièrement
verte. Casque en cuir bouilli (ce casque avait été mis en essai dès
1774 dans quelques régiments d'infanterie).
Les autres régiments furent partagés en séries . Tous les régiments
français eurent l'habit blanc, les suisses et les irlandais l'habit rouge
garance, et les autres régiments étrangers l'habit bleu céleste foncé.
La doublure, la veste et la culotte blanches étaient communs à tous.
Les régiments français , autres que les régiments royaux et ceux des
princes, étaient partagés en séries de six dans leur ordre d'ancienneté.
Chaque série avait une couleur particulière. Les six régiments de
chaque série formaient 2 divisions de 3 régiments. La 1 division
avait les boutons jaunes et les poches en travers ; la 2 les boutons
blancs et les poches en long. Le 1er de chaque division avait les
revers et les parements de la couleur tranchante, le 2º les revers seu-
lement, le 5 les parements seulement.
1re série , bleu céleste . Picardie, Piémont, Provence, - Navarre,
Armagnac, Champagne.
2º série, panne noire. Austrasie, Normandie, Neustrie , - la Ma-
rine, Auxerrois, Bourbonnais.
3º série, violet. Forez , Béarn , Agénois, - Auvergne, Royal-Auver-
gne , Flandre .
4 série, gris de fer. Cambrésis , Guyenne , Viennois, ― Brie, Poitou ,
Bresse.
5ºsérie, rose. Lyonnais , Maine, Perche, -Aunis , Bassigny,Touraine.
6 série, jonquille . Angoulême, Aquitaine , Anjou , - Maréchal de
Turenne, Dauphiné, Isle de France.
7e série, cramoisi. Soissonnais, Limosin , Bretagne, -- Lorraine,
Vintimille, Hainaut.
8e série, gris argentin . La Sarre, la Fère, Beauvoisis, -
— Rouergue,
Bourgogne, Vermandois.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 315
évolutions et le service de l'infanterie (ce règlement,
9° série, aurore. Languedoc, Beauce, Médoc, - Vivarais, Vexin,
Beaujolais.
10° série, vert foncé. Boulonnais, Angoumois, Saintonge, - Foix,
Rohan, Barrois.
Les régiments royaux formaient une série de sept ayant le bleu de
roi pour couleur distinctive. Cette série était partagée en deux divi-
sions comme les précédentes . 1re division : Royal , le Dauphin, Royal-
Vaisseaux et la Couronne ; ― 2º division Royal- Roussillon, Royal-
Marine et Royal - Comtois . Le régiment Royal avait les boutons jau-
nes et les revers, parements et retroussis de la couleurs tranchante .
Les six autres suivaient l'ordre indiqué pour les séries précédentes.
Les régiments des Princes formaient une série de dix ayant le
rouge écarlate pour couleur distinctive. Cette série était partagée en
deux divisions de cinq distinguées par le métal des boutons et la forme
des poches . - Le 1er de chaque division avait revers, parements et
retroussis de la couleur tranchante, le 2º les revers et parements, le
5 les revers, le 4º les parements , le 5º les retroussis . 1e division :
la Reine, Orléans, Artois, Condé et Bourbon ; - 2e division : Mon-
sieur, Penthièvre, Conti, Chartres et Enghien .
RÉGIMENTS ÉTRANGERS .
NOMS PARE- PASSE-
des REVERS. MENT. COLLET. POIL. POCHES. BOUTONS.
REGIMENTS.
FFFFFFF
Ernst. Noir. Noir. Rouge. Blanc. en travers. Blancs.
Salis-Samade. Citron. Citron. Rouge. Citron. id. id.
Sonnemberg. Bleu céles- Bleu céles- Bleu céles- Bleu céles- en long. id.
te. te. te. te.
Castellas. Bleu. Bleu. Bleu. Blanc. en travers. id.
PP
Vigier. Chamois. Chamois. Rouge. Chamois. id. id.
Châteauvieux. Jaune. Jaune. Rouge. Blanc. id.
Diesbach. Bleu céles- Bleu céles- Bleu céles- Blanc. id. id.
te. te. te. id. id .
Courten . Bleu. Bleu. Rouge. Blanc. id. id.
Salis Marsch- Bleu. Bleu. Rouge. Bleu. id.
lins.
Steiner. • Blen, Bleu. Aurore. Bleu. id. id .
Reinach. Blanc. Blanc. Blanc. Blanc. id.
316 HISTOIRE
qui a paru en 1790 , est dû en grande partie à Gui-
bert) . Le comte de Saint-Germain ( 1 ), et après lui
Suite des régiments étrangers.
NOMS PARE- PASSE-
des REVERS. MENT. COLLET. POIL. POCHES. BOUTONS .
REGIMENTS.
Dillon. Jonquille. Jonquille. Blanc. Jonquille. en travers. Blancs.
Berwick. Noir. Noir. Jaune. Noir. id. Jaunes.
Walsh. Bleu. Blen. Jaune. Bleu. id . id.
Alsace. Rouge. Rouge. Rouge. Blancs.
Salm-Salm. Citron. Citron. Citron. id .
Royal-Italien. Jonquille [Link]. id.
La Mark. Jonquille. Jonquille. Rouge. id .
Royal-Suédois. Chamois. Chamois. Chamois. id.
Royal - Hesse- Noir. Noir. Noir. id.
Darmstadt.
Royal-Corse. Jonquille Jonquille. Bleu céles- id.
PPP
te.
Nassau. Orange. Orange. Orange. id.
Bouillon. Blanc. Blanc. Blanc. id.
Royal Deux- Citron . Citron. Bleu céles- id.
Ponts. te,
Royal Liégeois. Noir. Noir. Rouge. id.
Les troupes provinciales avaient l'habit blanc avec le collet bleu de
roi, les troupes coloniales l'habit bleu avec les revers, collets et pare-
ments de diverses couleurs .
(1) Le comte de Saint- Germain , pendant son ministère, chercha à
réformer beaucoup d'abus et avait manifesté l'intention d'admettre
pour une certaine proportion les sous-officiers aux places d'officiers .
Impuissant à vaincre les résistances qu'il trouvait sur son chemin,
il se démit du pouvoir en disant : « Je me retire, je ne veux point
assister aux funérailles de l'armée . La mémoire du comte de Saint-
Germain est demeurée impopulaire parce qu'il introduisit dans l'ar-
mée française les punitions corporelles en usage chez les Allemands.
Ce ministre, qui avait longtemps servi en Allemagne, et qui céda, lui
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 317
le maréchal de Ségur, ministre de la guerre , avait
établi les droits de l'ancienneté à l'avancement et
coupé court au scandale des grades achetés . Les
réformes de 1788 avaient supprimé le grade de bri-
gadier ( 1 ) , désormais incompatible avec la hiérar-
chie , puisqu'il pouvait conférer à un simple lieute-
nant-colonel une position militaire supérieure à celle
de son colonel : elles avaient en même temps rendu au
lieutenant-colonel de régiment son importance et ses
chances naturelles à l'avancement , en faisant disparaî-
tre le grade de colonel en 2º , établi comme une survi-
vance au commandement des régiments en faveur de la
haute noblesse.
La composition des corps , et par suite leur discipline
et leur instruction étaient excellentes . La classe des sous-
officiers surtout était remarquable . Cela tenait au choix
sévère qui présida au recrutement pendant les années
de paix qui suivirent la guerre de sept ans , à l'impor-
tance qu'avait acquise le rôle des subalternes dans un
temps où les officiers montraient peu de zèle pour les
détails du service , mais surtout à l'élan généreux im-
aussi, à un engouement général de son temps, se trompa certes sur
ce point, et méconnut grandement l'esprit fier et susceptible du sol-
dat français. Cependant on ne doit point oublier ce qu'il a fait de
bien.
(1 ) C'est alors que les maréchaux de camp ont pris les attributions
dont ils furent revêtus jusqu'à cos derniers temps.
318 HISTOIRE
primé à la partie moyenne de la nation par la guerre
d'Amérique . Le secours donné par le gouvernement
monarchique de la France aux citoyens libres des Etats-
Unis faisait pressentir que le temps n'était pas loin où
tous les hommes de valeur , quelle que fût leur naissance ,
jouiraient d'un droit égal à mourir aux premiers rangs
des défenseurs de la patrie . C'est ce vague instinct qui
conduisit alors sous les drapeaux cette génération hé-
roïque à laquelle la révolution demanda , quelques an-
nées plus tard, des chefs pour ses innombrables batail-
lons.
Cependant la noblesse de cour , qui avait partagé l'en-
thousiasme excité dans la nation par la lutte glorieuse
des Américains contre leurs oppresseurs, sentit tout ce
qu'il y avait de menaçant pour elle dans ce mouvement
d'idées qu'elle avait contribué à faire naître par l'incon-
séquence de sa conduite pendant tout le cours du xvire
siècle . En jetant un regard rétrospectif vers le passé,
elle mesura avec frayeur le terrain qu'elle avait perdu
depuis les temps féodaux et l'amoindrissement graduel
de son rôle dans l'armée au profit des petits gentils-
hommes et du tiers état. Au lieu d'accepter franchement
une dernière et inévitable défaite , elle crut pouvoir arrêter
le torrent en lui opposant la puérile ordonnance du 22
mai 1781 , qui exigeait pour être officier la preuve de
quatre quartiers de noblesse . Cette ordonnance, rendue
par suite d'intrigues de cour et malgré les remontrances
du ministre de la guerre , eut pour résultat de faire ger-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 319
mer la désaffection et un sourd mécontentement dans
les rangs inférieurs des troupes et surtout de l'infanterie .
Une dernière maladresse des nobles , l'émigration (1 ) ,
devait achever la révolution dans l'armée , et perdre en
même temps la monarchie qu'ils avaient compromise
aux yeux des soldats .
L'attitude conservée par la masse de l'armée , dans
les circonstances difficiles qu'elle eut à traverser jus-
qu'au moment où elle s'élança vers nos frontières enva-
hies, fut pleine de calme , de sagesse et de modération.
Fille du peuple , elle accueillit avec joie une révolution
qui détruisait tous les priviléges, mais elle sut compri-
mer l'essor de ses sentiments personnels . Abandonnée
par la plupart des chefs à qui elle était habituée à obéir,
livrée à elle-même , elle comprit qu'il ne lui appartenait
point de disposer de la force terrible qu'elle avait entre
les mains, qu'elle devait demeurer étrangère aux luttes
des partis et attendre ce que la patrie exigerait d'elle
par la voix de ses législateurs . L'armée possédait déjà
cet admirable sens moral , dont elle a depuis . donné
tant de preuves et sur lequel repose le salut de la
France .
Sans doute , dans ces terribles moments , la plupart des
régiments furent agités par des troubles et des actes d'in-
(1) Le 16 octobre 1791 , le ministre de la guerre déclarait à l'As-
semblée nationale, que plus de 1,900 officiers avaient abandonné leur
drapeau.
320 HISTOIRE
discipline. Mais trois corps seulement, parmi ceux qui
composaient alors l'infanterie , méconnurent leurs devoirs
en faisant usage, au profit de leurs propres passions, des
armes que le pays leur avait confiées , et, chose remar-
quable ! ces trois corps étaient les Gardes Françaises , le
régiment du Roi et le régiment suisse de Châteauvieux .
Mémorable exemple pour les princes qui comptent
trop sur les troupes privilégiées et pour les peuples
qui les regardent comme une menace contre leur
liberté, ou comme un obstacle à leurs justes réclama-
tions !
Le régiment des Gardes Françaises, qui avait contri-
bué le 14 juillet 1789 à l'attaque de la Bastille , ne pou-
vait plus continuer à faire partie de l'armée . Il fut li-
cencié le 31 août , et ses compagnies furent distribuées ,
sous le nom de compagnies du centre soldées , dans les
bataillons de la garde nationale de Paris , qui , levée spon-
tanément en juillet , commençait alors à s'organiser ( 1 )
sous la direction de la Fayette.
La formation des gardes nationales (2) par toute la
(1 ) Les compagnies des Gardes Françaises furent retirées de la
garde nationale le 20 novembre 1791 , et formèrent trois nouveaux
régiments d'infanterie de ligne, deux bataillons d'infanterie légère et
trois divisions de gendarmerie. Après la suppression des Gardes
Françaises, suivie bientôt de celle de tous les anciens corps de la
maison du roi, on forma, le 16 octobre 1791 , une garde constitution-
nelle composée d'infanterie et de cavalerie . Cette garde fut elle-même
licenciée le 29 mai 1792.
(2) La garde nationale fut instituée le 15 juillet 1789. Son uniforme
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 321
France conduisit au licenciement des troupes provin-
ciales qu'elles étaient destinées à remplacer . Ces troupes
fut copié sur celui des Gardes françaises. Son premier drapeau fut
celui des Gardes françaises modifié suivant les idées du jour. C'était
encore un drapeau bleu d'azur semé de fleurs de lys d'or, traversé
par une croix blanche. Au centre de la croix , d'un côté, était la Bas-
tille embrasée, et au-dessus cette devise : Ex servitute libertas. L'au-
tre côté portait une couronne civique et ces mots : Pro patriâ et lege.
Les quatre bouts de la croix étaient chargés d'un bonnet de la liberté,
au lieu de la couronne royale. Ce fut là le premier drapeau révolu-
tionnaire, et pendant plus d'un an on ne songea à rien autre chose.
Au mois d'octobre 1790, par suite des troubles survenus dans le
port de Brest, la question dn pavillon fut traitée dans l'Assemblée
nationale, et le 22 octobre un décret décida que le pavillon national
serait blanc avec un quartier tricolore destiné à remplacer les armes
du roi de France. Le même jour, on remplaça l'écharpe blanche des
drapeaux de l'armée par une écharpe tricolore . Cette modification
eut lieu sur la proposition de M. de Praslin. Un fait avait provoqué
cette motion . C'est que le vicomte de Mirabeau, frère du célèbre tri-
bun et colonel du régiment de Touraine, avait jugé à propos , en
abandonnant son corps, d'emporter les cravates blanches de ses dra-
peaux .
Ce ne fut qu'en 1793 que prévalurent le drapeau et le pavillon
tricolores. Les vieilles enseignes des régiments furent brûlées en
place de Grève le 15 août de cette année.
Il resterait à dire d'où venait l'idée des trois couleurs, bleu , blanc
et rouge .
S'il est un fait qui soit éminemment propre à démontrer quelle
réserve on doit apporter dans l'établissement d'un point historique
sur lequel il n'existe point un nombre suffisant de documents posi-
tifs, c'est l'obscurité qui enveloppe le choix du symbole tricolore ,
bleu, blanc et rouge, comme le signe exclusif de la nationalité fran-
çaise .
Il ne s'agit point là, en effet, d'un détail insignifiant, appartenant
HIST . DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 21
322 HISTOIRE
furent donc supprimées le 20 septembre . Elles fourni-
rent des cadres tout faits et excellents aux premiers ba-
taillons de volontaires nationaux .
à l'époque pharaonniene ou aux annales des Japonais . Il s'agit de
l'emblème de la révolution la plus formidable et la plus féconde des
temps modernes; il s'agit d'un fait de notre propre histoire, accompli
il y a moins de soixante ans et dont il existe encore des témoins .
Si l'on consulte ces contemporains du drapeau tricolore, chacun
d'eux répondra que les vainqueurs de la Bastille, au 14 juillet 1789 ,
portaient un nœud de rubans rouges et bleus, couleurs de la ville de
Paris, que le blanc y fut ajouté plus tard; mais nul ne pourra préci-
ser la date et les motifs de l'adoption définitive de ces trois couleurs
comme emblème de la régénération de la France.
Diverses explications plus ou moins ingénieuses ont été données .
Leur multiplicité est une preuve de plus de l'absence de toute indi-
cation positive.
Certains ennemis de la révolution ont affecté de voir dans le dra-
peau tricolore les couleurs de la livrée d'Orléans ; ils ont oublié de
remarquer que la livrée royale reproduisait les mêmes couleurs en
sens inverse.
Les constitutionnels théoriciens ont voulu y reconnaître l'union
des trois ordres , mais il eût fallu d'abord démontrer pourquoi et
comment le blanc représentait le clergé, le rouge la noblesse et le
bleu le tiers état.
D'autres, donnant une forme au principe de l'alliance du peuple
avec le roi, ont affirmé que l'invention de la cocarde tricolore est due
à Louis XVI, qui , en arrivant à l'Hôtel-de-Ville quelques jours après
la prise de la Bastille , aurait reçu des mains de Bailly une cocarde
parisienne, et l'aurait, à l'instigation de Lafayette, placée par-dessus
sa cocarde blanche.
D'autres encore ont soutenu que la cause du choix des trois cou-
leurs a été tout a fait fortuite ; qu'après la prise de la Bastille , les
compagnies des Gardes françaises ayant servi de noyaux aux batail-
lons de la garde nationale, l'habit de ces braves soldats , qui était bleu ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 323
Les régiments des colonies , assez mal composés en
général (1 ) , et qui n'avaient pas su résister aux désor-
dres dont les Antilles devinrent le théâtre par suite des
événements de la métropole, furent licenciés le 30 oc-
tobre. Leurs débris composèrent, le 16 octobre 1791 , six
régiments qui prirent rang à la queue de l'infanterie de
ligne.
Les régiments suisses ne cessèrent de faire partie de
l'armée française que le 20 août 1792. Ces corps furent
congédiés avec tous les égards que méritaient leurs
longs et loyaux services . Les sous -officiers et les soldats
eurent la faculté d'entrer dans l'organisation des nom-
breux bataillons auxiliaires qui se formaient alors de
avec distinctions rouges et blanches , a déterminé l'uniforme de la
garde nationale, d'où ces mêmes couleurs ont passé dans la cocarde,
puis dans le drapeau .
Si nous avions à choisir, nous préférerions cette dernière explica-
tion, car elle rend parfaitement compte de l'adoption populaire de
ces couleurs , indépendamment de tout décret officiel , sans qu'on ait
besoin de recourir à l'hypothèse de quelque symbole mystérieux, au-
quel personne à coup sûr n'a songé dans le moment même ; car elle
fait comprendre comment plus tard , quand l'esprit constitutionnel
eut disparu sous la compression des passions révolutionnaires, les dé-
magogues si acharnés après tout ce qui rappelait la monarchie af-
fectèrent de ne point voir que ces couleurs portées avec enthousiasme
par l'universalité des citoyens étaient les couleurs mêmes de la
royauté détrônée.
(1) Ces régiments se recrutaient en grande partie avec les mauvais
sujets des grandes villes, que la police ramassait dans les tripots et
ailleurs. Aux Antilles, ils étaient fort méprisés par les créoles et vi-
vaient avec les nègres et les mulâtres qui les appelaient petits blancs.
324 HISTOIRE
toutes parts . Beaucoup d'entre eux furent admis dans
la légion germanique . Quant aux autres corps étran-
gers , allemands , italiens, irlandais, depuis longtemps
ils n'avaient guère d'étranger que le nom . Un décret du
21 juillet 1791 les assimila aux troupes françaises .
La loi du 1er janvier 1791 , qui avait fixé la composi-
tion de l'armée (1 ) , prescrivit la suppression des noms
portés par les régiments et leur substitua des numéros
distribués suivant l'ordre d'ancienneté . Cette mesure ,
qui était une conséquence rigoureuse de l'abolition gé-
nérale des titres , ne paraît pas avoir été bien accueillie .
Il est certain que l'on continua , même en 1793 , à se ser-
vir des anciens noms . Il n'est point impossible que cette
obstination du public à répéter des noms , toujours bien
placés dans les bulletins des armées , ait été une des
causes de la sourde haine que les sans-culottes nourri-
rent contre les troupes de ligne , et qui les conduisit , au
grand détriment de la France, à les désorganiser.
Un décret du 28 janvier 1791 appela sous les dra-
peaux 100,000 volontaires nationaux destinés à
remplir les cadres de l'infanterie de ligne qui ne
comptait alors que 1.25,000 hommes . Ces premiers vo-
(1 ) Au 1er janvier 1791 , l'infanterie se composait de 82 régi-
ments français, 24 régiments étrangers, 12 bataillons de chasseurs et
sept régiments d'artillerie. Les régiments avaient deux bataillons de
neuf compagnies dont une de grenadiers. Les bataillons de chasseurs
Comptaient huit compagnies. En janvier 1793, il y avait 111 régi-
ments deligne, 14 bataillons de chasseurs et huit régiments d'artillerie .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 325
lontaires furent bientôt suivis par une foule de batail-
lons de la garde nationale mobilisée. Un décret du 24
juillet 1794 en créa 170. Ce nombre fut porté à 200 ,
le 15 mars 1792. Au mois de mai de la même
année, il y en avait 214. Ce nombre s'accrut jusqu'à
454 au mois de janvier 1793. A partir de ce moment ,
il devient presque impossible de les compter . Le nombre
total de ces bataillons a dépassé 900 , mais grâce au
désordre général des administrations et à l'extrême li-
berté dont jouissaient les volontaires et dont ils profi-
taient pour s'amalgamer, pour changer d'organisation
et de titre, et même pour rentrer chez eux sans bruit,
il serait impossible aujourd'hui d'en faire un compte
exact et complet .
Parmi ces bataillons , les premiers , ceux qui mar-
chèrent à la frontière au moment où les Autrichiens atta-
quaient la Flandre et les Prussiens la Champagne , furent
excellents . Composés avec l'élite de la jeunesse enthou-
siaste de cette époque , renfermant un grand nombre
de soldats congédiés depuis la guerre d'Amérique et
encadrés par les sous-officiers des troupes provinciales ,
qui surtout dans les pays de côtes et de frontières
avaient un véritable esprit militaire , ces bataillons va-
lurent bientôt les troupes de ligne et rivalisèrent avec
elles de patriotisme , de bravoure et de discipline . On
doit en dire autant des corps spéciaux levés en 1792 et
au commencement de 1793 sous le nom de légions . Ces
corps , composés d'infanterie , de cavalerie et d'artillerie ,
rendirent d'éminents services et furent l'école où se
326 HISTOIRE
formèrent beaucoup de nos meilleurs généraux (1 ) .
Quant aux bataillons qui s'organisèrent après la
journée du 10 août et ensuite sous le régime de la ter-
reur, beaucoup d'entre eux furent braves, quelques-
uns rendirent des services , tous furent indisciplinables et
plus nuisibles qu'utiles aux généraux qui furent con-
traints de les commander . Les uns , recrutés parmi l'i-
gnoble populace des carrefours et commandés par des
aboyeurs de clubs et de place publique, après avoir
fait leurs premières armes dans les cités comme sup-
pôts de la plus atroce tyrannie , ne parurent aux armées
que lorsque leurs excès eurent fait peur au comité de
salut public lui-même . Les autres , composés d'hommes
de mauvaise volonté et contraints par la réquisition ,
abusèrent de leur titre de volontaires pour ne faire que
ce qui leur convenait . C'est l'indiscipline , l'ignorance ,
l'outrecuidance et même la lâcheté d'un grand nombre
de ces bataillons qui causèrent les désastres que la na-
(1) Les principales de ces légions furent : la légion du Nord , la lé-
gion du Centre et celle du Rhin , créées le 20 juin 1792 , pour être at–
tachées à chacune des trois armées du Nord , du Centre et du Rhin;
la légion du Midi créée le 21 juin ; la légion Allobroge ou des Alpes,
créée le 13 août ; la légion franche étrangère ou Américaine créée le
26 août ; la légion Germanique créée le 4 septembre ; la légion des
Pyrénées créée le 16 septembre ; la légion des Ardennes créée le 12
décembre ; la légion Batave créée le 25 janvier 1795 ; la légion des
montagnes des Pyrénées créée le 29 janvier. Toutes ces légions furent
dissoutes au mois de février 1794, et leur infanterie fut incorporée
dans les bataillons d'infanterie légère, dont le nombre fut porté à 22.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 327
tion éprouva en 1793 sur le Rhin , en Belgique et sur-
tout dans la Vendée , qui usèrent successivement tous les
généraux de la république, et qui conduisirent à l'écha-
faud Biron, Custine , Montesquiou , Beauharnais , le
victorieux Houchard lui-même et tant d'autres , dont le
crime réel était d'avoir écrit à la Convention : Envoyez-
nous des troupes réglées, et délivrez-nous des sans-
culottes .
La Convention punit cruellement tous ceux qui osè-
rent s'exprimer ainsi à l'égard d'une certaine partie des
volontaires ; cependant elle savait bien que l'accusation
était fondée , elle qui , après la ridicule campagne de
l'armée révolutionnaire contre les insurgés de l'Ouest ,
envoya dans la Vendée les braves garnisons de Mayence
et de Valenciennes, avec Aubert-Dubayet, Kléber et
Marceau.
A cette époque terrible où les mensonges les plus au-
dacieux trouvaient crédit pourvu qu'ils flattassent les
passions populaires ou qu'ils servissent les intérêts des
maîtres de la France , l'armée était accusée de royalisme
et d'aristocratie . Ce qu'il y avait de vrai , c'est que tous
les hommes de cœur se précipitaient alors dans les
rangs de l'armée , heureux d'opposer leurs poitrines aux
baïonnettes étrangères en tournant le dos aux ignobles
saturnales qui se jouaient dans les villes . Les vertus de
l'armée faisaient ombre au tableau . Il fallait un prétexte
quelconque pour l'anéantir . Il n'était point possible de
l'accuser de trahison ou de mollesse . Elle avait fait re-
culer les Prussiens jusqu'au Rhin et conquis la Belgi-
328 HISTOIRE
que , et on ne l'avait jamais entendue pousser le détestable
cri de sauve qui peut . Les Athéniens de 1793 la traitè-
rent donc comme autrefois fut traité Aristide . Il faut re-
marquer, pour bien apprécier la valeur de cette accusation
de royalisme et d'aristocratie dirigée contre des soldats
qui, presque sans vêtements , sans pain et sans solde ,
défendaient alors la France contre les attaques de toutes
les monarchies de l'Europe coalisées , que les mesures
qui en furent la conséquence n'atteignirent que l'infan-
terie . Serait-ce par hasard que la cavalerie et l'artillerie
eussent été à cette époque moins royalistes , moins aristo-
crates que l'infanterie ? Ne serait-ce point plutôt parce
qu'il eût été absolument insensé de désorganiser des ar-
mes qu'on n'improvise pas avec des volontaires , même
en France .
Dès l'année 1792 on avait commencé le démembre-
ment des régiments , en envoyant les premiers bataillons
à une armée , les deuxièmes à une autre et les grena-
diers à une troisième . C'était , disait-on , parce qu'il était
moins facile de corrompre en détail qu'en masse . Mais
la véritable raison était que l'infanterie régulière était
alors peu nombreuse , et que l'on voulait avoir partout ,
dans toutes les armées , dans toutes les divisions , dans
toutes les brigades , dans toutes les places fortes , un bon
noyau de troupes solides qui pût servir de point d'appui
et d'exemple aux volontaires . La continuation de ce sys-
tème eût assurément produit d'excellents résultats , et,
les volontaires une fois instruits et aguerris , on eût pu
en former des régiments provisoires pour la durée de la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 329
guerre, sans toucher à l'institution des troupes perma-
nentes , dont la valeur réside en grande partie dans les
traditions d'un glorieux passé . Mais ce système avait ,
aux yeux des hommes qui commençaient à mener la
révolution, l'inconvénient de subordonner en quelque
sorte les volontaires nationaux aux soldats . C'était pré-
cisément le contraire de ce qu'ils désiraient, et comme il
n'eût pas été très-rationnel de proclamer alors, en pré-
sence de l'ennemi , la supériorité des volontaires sur les
troupes réglées , ils tournèrent assez habilement la diffi-
culté en faisant décider qu'à l'avenir tous les défenseurs
de la patrie seraient indistinctement appelés dans les bul-
letins volontaires nationaux , et cette dénomination fut
maintenue , même lorsque les vides creusés par la guerre
dans les cadres de l'infanterie ne furent plus comblés
qu'au moyen de la réquisition permanente .
Cependant les généraux qui commandaient les ar-
mées n'avaient pas bien compris la valeur de cet expé-
dient, et ils continuaient à faire une différence entre les
bataillons de ligne et les bataillons de volontaires . Cette
différence , qui n'était pas ordinairement à l'avantage des
derniers , surtout depuis l'arrivée dans les camps des
hommes qui se faisaient honneur du titre de sans-culot-
tes , excita la colère des clubistes . C'est alors que les
vainqueurs de Jemmapes furent déclarés aristocrates et
que la destruction des vieux régiments fut résolue .
Le 13 janvier 1793 , le général Valence , chargé de
préparer les bases d'une nouvelle organisation de l'in-
fanterie qui fût en rapport avec les besoins et aussi avec
330 HISTOIRE
les passions du moment, lut au comité de sûreté géné-
rale un mémoire où il proposait d'embrigader toute l'in-
fanterie, en attachant deux bataillons nationaux à cha-
que bataillon de vieilles troupes . Ce projet, converti en
loi le 24 février 1793 sur le rapport de Cochon Lappa-
rent, donnait lieu à la formation de 198 demi -brigades
de ligne et de 14 demi-brigades légères . A la paix , les
demi-brigades conservées sur pied devaient prendre les
noms des départements . Cette loi , qui impliquait un re-
maniement général de près de mille bataillons dissémi-
nés sur toutes les frontières et aux colonies , au milieu
des embarras de la guerre et d'une situation des plus
critiques, ne put point être exécutée immédiatement .
Pendant le cours de l'année 1793 , l'arrivée de nouveaux
bataillons de sans -culottes et de réquisitionnaires mit le
comble au désordre qui régnait dans les armées . La pro-
tection accordée par les représentants du peuple aux
hommes qui se distinguaient par l'exagération de leurs
principes révolutionnaires au détriment de ceux qui n'a-
vaient que du mérite et du courage, et la singulière ma-
nière dont ces hauts personnages entendaient les droits
à l'avancement et aux récompenses ( 1 ) , commençaient
(1 ) Beaucoup de représentants avaient pour système de ne nom-
mer aux grades que ce qu'on appelait de chauds patriotes. D'autres
poussèrent l'absurdité jusqu'à donner toujours la préférence au plus
âgé, non pas des candidats, mais du bataillon . Enfin , dans certaines
armées, on laissait aux soldats le soin de faire et défaire leurs offi-
ciers.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 331
déjà à produire les plus funestes effets dans les vieux
bataillons . Aussi la Convention revint-elle à l'idée de
faire exécuter la loi de l'embrigadement , espérant par
là mettre un peu d'ordre dans cette anarchie.
La loi du 21 février 1793 fut donc de nouveau dis-
cutée au mois de janvier 1794 , et nous citerons ici une
partie du discours prononcé à cette occasion par Dubois-
Crancé. Il soulève un coin du voile.
A cette époque, il était convenu d'attribuer aux Gi-
rondins, morts depuis sept mois, l'inexécution de la loi
et tous les désordres qu'on ne pouvait plus cacher.
« Quel était, dit Dubois-Crancé, le but de la loi du
24 février ? C'était alors de déroyaliser les régiments,
de rompre l'esprit de la ligne , de confondre tous les
éléments dangereux . Voilà pourquoi l'aristocratie s'y
est opposée .
» J'ajoute qu'il résulterait de grands avantages de
l'amalgame pour l'instruction et la discipline . Cette
considération est de la plus haute importance , elle
doit étre SENTIE par la Convention, et j'en ai développé
suffisamment les motifs dans le rapport qui a pré-
cédé la loi du 24 février, et dans celui qui lui a été
distribué hier.
>> Reste l'article de la finance . Sur ce point, comme
sur tous les autres , l'amalgame présente d'énormes
avantages. Niera-t-on la dilapidation extraordi-
naire que l'ignorance ou la mauvaise foi de quelques
individus ont introduite dans l'administration des ba-
taillons de volontaires , et , en effet, pouvait-on exiger
332 HISTOIRE
cette exactitude scrupuleuse et variée à l'infini
d'hommes que le zèle , que l'amour de la patrie a por-
tés subitement aux frontières . »
>> Niera-t-on que les bataillons de ci- devant ligne ont
dans leur sein des officiers, des quartiers-maîtres , des
sergents-majors , exercés de longue main à la comptabi-
lité, et qu'en général les conseils d'administration de
ces corps sont mieux organisés que ceux des volontai-
res .
<< On oppose qu'il faudra épurer les comptes de cha-
que bataillon. Eh ! sans doute, ilfaudrait bien lefaire
quand même les bataillons resteraient comme ils
sont..... Voulez-vous perpétuer les abus, dépenser
encore trois cent millions de trop cette année, pen-
dant que le soldat est tout nud ! »
Ainsi , il reste bien entendu que la mesure qui vint
frapper l'infanterie de ligne fut une mesure de pur os-
tracisme , qu'elle n'eut pas d'autre but que de masquer
l'indiscipline , le défaut d'instruction et d'ordre , peut-être
pis , d'une grande partie des bataillons de volontaires , et
que l'accusation de royalisme portée contre les vrais dé-
fenseurs de la France ne fut qu'un prétexte et un men-
songe.
A la suite du discours de Dubois-Crancé , l'exécution
de l'amalgame fut décrétée . C'était le 28 janvier
1794.
Ainsi finirent ces vieux corps dont nous avons entre-
pris de conserver le souvenir .
Restes de ces bandes illustres qui , au xvie siècle , dé-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 333
fendirent intrépidement la patrie contre la coalition de
presque tous les Etats européens obéissants à la voix re-
doutable de Charles- Quint, ils avaient aidé Henri IV, ce
roi dont le peuple a gardé la mémoire , à conquérir son
royaume ; ils avaient écrasé à Casal , à Rocroi, à Fri-
bourg, à Lens , aux Dunes cette puissante Espagne qui
depuis nes'est plus relevée ; à Séneff, à Cassel , à Fleurus,
à la Marsaglia, à Almanza, à Denain , ils avaient vain-
cu l'Europe entière liguée contre Louis XIV, donné un roi
à l'Espagne et abaissé la maison d'Autriche ; ils avaient
enrichi la couronne de France de ces beaux fleurons
qu'on appelle Artois , Flandre , Lorraine , Alsace , Franche-
Comté, Bresse , Roussillon , Corse . Seuls au monde ils
avaient su porter des coups terribles à l'insaisissable
Angleterre, qui se souvient encore de Fontenoy, de Ro-
coux , de Lawfeld , de Mahon , d'Haastembeck , de Saint-
Cast, d'York-Town .
A qui, après Dieu et Washington , l'Union améri-
caine dut-elle sa liberté ? Et lorsqu'une révolution inévi-
table, parce que son principe était juste, ramena sur
nous l'ouragan des coalitions , qui s'élança à la fron-
tière, sans regarder ce qui se passait en arrière , qui ou-
vrit ses rangs aux premiers et vrais volontaires qui
n'avaient à opposer à la savante tactique des élèves de
Frédéric que leur courage et leur enthousiasme ? Qui
leur apprit à se servir de l'invincible baïonnette ? Qui leur
montra le chemin de la victoire ? Qui leur enseigna les
véritables vertus militaires , l'abnégation , la patience ,
l'obéissance, dans un temps où toutes ces choses étaient
334 HISTOIRE
si difficiles et si rares ? Qui fournit des cadres parfaits
aux héroïques demi-brigades de la république , aux im-
mortels régiments de l'empire ?
A toutes ces questions il n'y a qu'une réponse : - La
vieille infanterie française .
La vieille infanterie française ! ... Elle est aujourd'hui
couchée tout entière dans la tombe, et nos yeux cher-
chent vainement une inscription qui rappelle sa gloire
au passant !
Fidèles jusqu'à leur dernière heure à la noble devise
des guerriers de France , Honneur et Patrie, les vieilles
bandes, toujours braves, toujours dévouées , toujours
pures, ont disparu , dispersées par la tourmente des pas-
sions révolutionnaires , après avoir encore ajouté les
glorieux noms de Valmy , de Jemmapes et de Fleurus à
cette longue liste de triomphes qui commence à Mari-
gnan ; après avoir, les premières , couronné de lauriers
impérissables ce noble étendard de la France régénérée ,
où elles voyaient avec bonheur , réunies sur la même
lance , l'antique oriflamme de saint Louis, la bannière
d'azur de Charles VII et la cornette blanche d'Hen-
ri IV.
Calmes, résignées , elles se sont dispersése sans bruit ,
les vieilles bandes , disséminant çà et là dans les rangs de
la nouvelle armée des soldats qui s'appelaient: Bonaparte,
Bernadotte , la Tour d'Auvergne , Hoche , Marceau, De-
saix , Pérignon , Moncey , Jourdan , Masséna , Soult, Le-
febvre, Serrurier , Victor , Macdonald , Oudinot , Marmont ,
Gouvion Saint-Cyr , Lauriston , Molitor, Gérard, Clausel ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 335
Valée, les plus beaux noms de la république, dix-huit
maréchaux de France, et cet homme dont le nom fait
encore trembler le monde, Napoléon !
336 HISTOIRE
CHAPITRE XIV .
Tableaux indiquant ce que sont devenus les anciens corps. Organisa-
tion de 1794 , Organisation de 1796. Organisation de 1814. Organi-
sation de 1815. Organisation de 1816. Organisation de 1820.
Pour compléter l'histoire de l'ancienne infanterie, il
nous reste à dire ce que ses débris sont devenus . Afin
qu'on puisse les suivre à travers les diverses orga-
nisations qui se sont succédé depuis l'embrigade-
ment jusqu'à nos jours, nous avons dressé des ta-
bleaux détaillés qui permettront en même temps de re-
connaître par quels liens les régiments de l'infanterie
actuelle se rattachent à leurs aînés .
ORGANISATION DE 1794.
L'infanterie régulière se composait en 1794 de 99 ré-
giments de ligne, tous à deux bataillons , et de 14 ba-
taillons de chasseurs .
Voici d'une part les numéros que portaient ces corps ,
leurs anciens noms et l'année de leur création , et de
l'autre les numéros et la composition des demi -brigades
auxquelles ils ont servi de noyaux . On remarquera que
cette première organisation , dite embrigadement , n'a
pas été complète, et qu'un certain nombre de batail-
lons y a échappé .
17
34
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 337
INFANTERIE DE LIGNE.
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de DES
leur demi-bri-
corps. NOMS . création . gades DEMI-BRIGADES .
formées.
Regiments 1er bataillon du 1er de ligne.
Bataillon de la Butte des
Moulins (Paris).
3º bataillon du Loiret.
1 Colonel gé- 1569
néral. 2º bataillon du 1er de ligne.
4e bataillon de la formation
de la Somme.
5e bataillon de Paris.
1er bataillon du 2º de ligne.
5e bataillon de la formation
de l'Aisne.
5e bataillon de la Côte-d'Or .
1er, 2e et 3 bataillons du dis-
2 Picardie. 1776 trict de Lille.
2e bataillon du 2º de ligne.
4 Je bataillon de la Républi-
que (Paris) .
4 bat. de la Haute-Saône.
1er bataillon du 3º de ligne.
1er bataillon du Doubs.
4e batailion de la Seine-In-
férieure.
3 Piémont. 1569
2e bataillon du 3º de ligne.
6 2e bataillon de l'Aube .
10e bataillon des Vosges.
Cette demi - brigade n'a pas
été formée.
4 Provence. 1776
( Cette demi - brigade n'a pas
été formée .
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANCAISE. TOM. I. 22
338 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMEROS COMPOSITION
ANCIENS des
de demi-bri- des
des leur
NOMS . gades
création. formées. DEMI-BRIGADES .
corps.
1er bataillon du 5e de ligne.
9 3e bataillon du Nord .
2e bataillon du Finistère.
205
Navarre. 1569
2e bataillon du 5º de ligne .
10 1erbataillond'Indre- et-Loire.
2ºbataillon d'Indre-et-Loire.
11 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
6 Armagnac. 1776
2e bataillon du 6º de ligne.
12 ge bataillon de la Manche.
12e bataillon de la Manche.
1er bataillon du 7e de ligne.
15 5e bataillon de la Gironde.
6e bataillon de la Gironde.
7 Champagne 1569
2e bataillon du 7º de ligne.
14 1er bataillon du Gard .
2e bataillon du Gard.
15 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
8 Austrasie. 1776 2ª bataillon du 8º de ligne .
2 bataillon de la Haute-
16
Marne.
3e bataillon du Cantal.
1er bataillon du 9º de ligne.
2º bataillon de l'Indre.
17 3e bataillon de la Seine-In-
9 Normandie. 1597 férieure.
18 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
339
NUMÉROS NUMEROS COMPOSITION
ANCIENS DATE des
des de demi-bri-
leur des
corps. NOMS. création. gades
formées. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 10° de ligne.
19 2e bataillon du mont Blanc.
5e bataillon des Basses-Al-
pes.
10 Neustrie. 1776
2º bataillon du 10º de ligne .
2e bataillon de la formation
20
20 de la Lozère.
2º bataillon des chasseurs de
l'Isère.
1er bataillon du 11º de ligne.
2e bataillon du Var.
16
21
1er bataillon de la Haute-
Garonne .
11 La Marine. 1655
2º bataillon du 14° de ligne .
Bataillon de Martigues ( Bou-
76
22 ches -du- Rhône . )
20° bataillon des Bouches-
du- Rhône (Marseille) .
1er batailonldu 12º de ligne.
2e bataillon du Pas-de-Ca-
35
25
lais.
12 Auxerrois. 1776 5e bataillon du Calvados .
2º bataillon du 12º de ligne.
74
24 3e bataillon de la Somme.
10° bataillon des réserves.
1er bataillon du 13º de ligne.
25
25 4e bataillon du Jura.
133
13 Bourbon- 1597 4e bataillon du Doubs .
nais.
2e bataillon du 13º de ligne .
26 4 bataillon de la Manche .
ge bat. de Seine-et-Oise .
340 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
1er bataillon du 14º de ligne.
27
27 1er bat. du Pas-de-Calais .
11e bataillon des Fédérés .
14 Forez. 1776
2e bataillon du 14º de ligne.
28 6e bataillon de la Manche.
10 bataillon de la Manche.
1er bataillon du 15º de ligne.
29 4e bataillon de la formation
Béarn. 1597 de la Sarthe .
15
14e bataillon des Fédérés .
50 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
1er bataillon du 16º de ligne.
1er bataillon d'Ille-et-Vi-
31 laine.
16 Agénois. 1776 2e bataillon d'Ille-et-Vi-
laine.
Cette demi- brigade n'a pas
322
été formée.
1er bataillon du 17º de ligne.
33
35 10e bat . de Seine -et-Oise.
2e bataillon de la Nièvre.
17 Auvergne. 1597 2e bataillon du 17º de ligne.
742
34 4e bataillon de la Moselle .
3e bataillon de la Meuse.
1er bataillon du 18º de ligne.
335
3 bataillon de la Meurthe.
5e bataillon de la Meurthe.
18 Royal- Au- 1776
2º bataillon du 18º de ligne.
vergne. 36 1er bataillon du Loiret.
5e bataillon de la Somme .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 341
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
11
Cette demi-brigade n'a pas
37
été formée.
19 Flandre. 1597
1
2e bataillon du 19e de ligne.
38 1er bataillon de la Somme.
3e bataillon de l'Aube.
1er bataillon du 20º de ligne.
2e bataillon des Basses-Py-
69
59 rénées .
5e bataillon des Basses-Py-
rénées.
20 Cambrésis . 1776
2e bataillon du 20° de ligne.
3e bataillon des Landes.
40
3e bataillon des Hautes-Py-
rénées.
1er bataillon du 21º de ligne.
41 2e bataillon du Doubs .
4e bataillon de l'Eure.
16
21 Guyenne. 1610 2e bataillon du 21 de ligne.
3e bataillon de la Corrèze.
42 1er bataillon des Amis du
Bas-Rhin.
1er bataillon du 22e de ligne.
4e bataillon de Seine - et-
43 Oise.
5e bataillon du Lot.
22
22 Viennois. 1776
2e bataillon du 22º de ligne.
44 2e bataillon de la Corrèze.
5 bataillon du Rhône.
342 HISTOIRE
NUMEROS NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS DATE des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 25° de ligne .
1er bataillon des Basses-Al-
45
pes.
1644 1er bataillon de la Lozère.
25 Royal.
2e bataillon du 23º de ligne.
46 4 bataillon de l'Isère.
6e bataillon de l'Isère.
1er bataillon du 24º de ligne.
4 Bataillon des Deux-Sè-
47
vres.
9e bataillon de la Côte- d'Or.
24 Brie. 1775
2 bataillon du 24° de ligne.
1er bataillon du Calvados.
48
1er bataillon des Bouches-
du Rhône.
cr bataillon du 25° de ligne.
1er
49 4 bataillon du Nord.
5º bataillon de l'Oise.
25 Poitou. 1616
2 bataillon du 25º de ligne .
59
5e bataillon de l'Oise.
50
6e bataillon de la Seine-Infe-
rieure.
1er bataillon du 26° de ligne.
5 bataillon des Hautes-Al-
51 pes.
5 bataillon des Hautes -Al-
36
26 Bresse. 1775 pes .
2e bataillon du 26′ de ligne.
2e bataillon de Vaucluse.
52
5 bataillon des Bouches-du-
Rhône.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 343
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
1er bataillon du 27 de ligne.
1er bataillon de la formation
115 53 du Bas- Rhin .
27
27 Lyonnais. 1616 3 bataillon de la Moselle.
2º bataillon du 27" de ligne.
54 1er bat . du Puy-de-Dôme.
1er bataillon de l'Indre.
1er bataillon du 28° de ligne.
55 2 bataillon de l'Ardèche.
3 bataillon de l'Ardèche.
28 Maine. 1775
2e bataillon du 28° de ligne.
56 2º bataillon de l'Arriége.
2º bataillon de l'Aveyron .
57 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
29 Dauphin. 1617
58 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
1er bataillon du 30° de ligne.
69
59 4e bataillon de Paris.
7 bat. de Rhône-et-Loire.
30 Perche. 1775 2 bataillon du 50° de ligne.
8 bataillon de la formation
60 de la Côte-d'Or.
2e bataillon de la formation
d'Angers .
1er bataillon du 31 ° de ligne.
61 1er bataillon du Morbihan.
1624 Se bataillon de la Manche.
51 Aunis.
62 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
344 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . gades
création . formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
65 Cette demi-brigade n'a pas
32 1775 été formée.
Bassigny. Cette demi-brigade n'a pas
64 été formée.
1er bataillon du 33° de ligne.
65 5 bataillon de la Gironde.
1er bataillon du Mont-Ter-
rible.
33
33 Touraine . 1625
2 bataillon du 33° de ligne.
9 bataillon du Doubs .
66 4º bataillon du Var.
1er bataillon de l'Eure.
1er bataillon du 34º de ligne.
67 2º bataillon de Paris.
11 bataillon de la Manche.
34 Angoulê- 1775 2º bataillon du 34º de ligne.
me. 2 bataillon de la formation
68
de Loir- et-Cher.
13 bataillon des réserves .
1er bataillon du 35º de ligne .
69
1er bataillon des Hautes-Al-
pes .
115
55 1629 5 bataillon de la Drôme.
Aquitaine.
2º bataillon du 35º de ligne .
70
70 1er bataillon des Landes.
1er bataillon de l'Ardèche.
1er bataillon du 36° de ligne.
114
71 2e bataillon de la Meuse.
13 bataillon des Fédérés .
38
56 Anjou. 1775
2 bataillon du 36° de ligne.
72 6e bataillon du Jura.
2 bataillon de la Gironde.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 345
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
de des
des leur demi-bri- des
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 37° de ligne.
73 12º bataillon des Vosges .
6e bataillon de la Meuse.
37
37 Maréchal- 1629
de-Turenne 2º bataillon du 37° de ligne.
74 2º bataillon de la Charente.
8 bataillon du Jura.
1er bataillon du 38° de ligne.
15
75 1r bataillon des Vosges.
17º bataillon de la Côte-d'Or.
38 Dauphiné. 1629 2 bataillon du 58° de ligne.
76
10e bataillon de la Seine-In-
76
férieure.
9e bataillon des Fédérés .
77 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
59
39 Isle -de- 1629
France . 78 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
1er bataillon du 40° de ligne.
3º bataillon de Saône - et-
79
79
Loire.
3 bataillon du Gard.
40 Soissonnais 1650
2º bataillon du 40º de ligne .
1er bataillon de la Haute-
80 Saône.
3 bataillon du Haut-Rhin .
81 ( Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
41 La Reine. 1655
668
82 Cette demi- brigade n'a pas
été formée .
346 HISTOIRE
NUMEROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création . formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 42e de ligne.
83 4e bataillon de la Drôme.
2e bataillon de l'Isère.
64
42 Limosin. 1635 2e bataillon du 42º de ligne .
84 4 bataillon de Rhône-et-
Loire.
2 bataillon du Cantal.
1er bataillon du 43º de ligne.
1er bataillon de la Haute-
35
85 Marne.
5º bataillon du Haut- Rhin .
125
45 Royal-Vais- 1638
seaux. 2e bataillon du 45° de ligne.
19° bataillon de Paris (Pont-
86 Neuf).
3 bataillon du Puy - de-
Dôme.
1er bataillon du 44º de ligne.
87 2e bataillon du Loiret.
3e bataillon de la Côte-d'Or.
44 Orléans . 1642
88 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
1er bataillon du 45º de ligne.
89 1er bataillon de la Vendée .
1er bataillon de la Meurthe .
45 La Cou- 1645
ronne.
2 bataillon du 45 ° de ligne .
90 Se bataillon des Fédérés .
4 bataillon du Nord (Lille).
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 347
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMEROS COMPOSITION
de des
des leur demi-bri- des
NOMS. création . gades DEMI-BRIGADES .
corps formées.
1er bataillon du 46º de ligne .
91 1er bataillon du Jura.
1er bataillon de l'Ain .
46 Bretagne . 1644
2º bataillon du 46º de ligne.
5 bataillon de la Haute-
92
Saône,
2 bataillon d'Eure-et- Loir.
1er bataillon du 47° de ligne .
35
1er bataillon de Seine-et-
95
Marne.
6e bataillon du Haut-Rhin.
47 1644 2 bataillon du 47° de ligne.
Lorraine. 1er bataillon de Saône-et-
Loire.
94 1er bataillon du Cher.
5e bataillon de l'Yonne.
Partie d'un bataillon de
Maine-et-Loire.
1er bataillon du 48° de ligne .
35
95 2 bataillon de la Creuse.
8 bataillon de la Haute-
48 Artois. 1610 Saône.
36
96 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
1er bataillon du 49° de li-
gne.
26
97 2e bataillon du Calvados .
49 2e bataillon de Maine-et-
Vintimille. 1647 Loire.
98 Cette demi -brigade n'a pas
été formée .
348 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 50° de ligne.
1er bataillon des Bouches-du-
99 Rhône.
4º bataillon des Bouches-du-
50
50 Hainaut. 1651 Rhône.
2º bataillon du 50° de ligne.
7e bataillon des Bouches-du-
100 Rhône.
Bataillon de Tarascon (Bou-
ches-du-Rhône).
1er bataillon du 51º de ligne.
3 bataillon des Bouches-du-
101 Rhône.
6e bataillon des Bouches-du-
51 La Sarre. 1651 Rhône .
2º bataillon du 51º de ligne.
102 3 bataillon du Var.
6e bataillon du Var.
1er bataillon du 52º.
1er bataillon de Marseille
103 (Bouches-du-Rhône) .
2e bataillon de Luberon
52 La Fère. 1654 (Bouches-du-Rhône).
2º bataillon du 52º de ligne.
104 1er bataillon de la Nièvre.
1er bataillon de la Corse.
1er bataillon du 53º de ligne.
105 1er bataillon du Gers.
35
55 Alsace. 1656 2º bataillon du Gers.
106 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 349
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
des
de's de demi-bri- des
leur gades
NOMS. création. formées. DEMI-BRIGADES.
corps.
1er bataillon du 54º de ligne.
107 3º bataillon de l'Yonne.
4 bataillon de l'Yonne.
54 Royal- 1657
Roussillon. 2e bataillon du 54 de ligne.
108 1er bataillon du Lot.
2e bataillon du Lot.
1er bataillon du 55º de ligne.
7 bataillon de Seine - et-
109 Oise .
5 bataillon de Rhône - et-
1659 Loire.
55 Condé.
2e bataillon du 55º de ligne .
110 6e bataillon de la Meurthe.
7e bataillon de la Meurthe.
4er bataillon du 56º de ligne.
111 1er bataillon de l'Orne.
2º bataillon de la Meurthe.
39
56 Bourbon. 1666
2º bataillon du 56º de ligne.
7e bataillon du Doubs.
112 2 bataillon des Deux-Sè-
vres .
1er bataillon du 57° de ligne.
6º bataillon des Landes .
113 6 bataillon de Lot-et-Ga-
ronne.
57 Beauvoisis. 1667
2e bataillon du 57° de ligne.
114 10 bataillon de la Gironde.
14 bataillon de la Gironde.
350 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri-
leur des
NOMS . gades
création . formées.
corps . DEMI-BRIGADES .
Cette demi-brigade n'a pas
115 été formée.
58 Rouergue. 1667 2º bataillon du 58° de ligne.
2e bataillon de la Moselle .
116 1er bataillon de Lot- et-Ga-
ronne.
1er bataillon du 59º de ligne.
117 2º bataillon de la Côte-d'Or.
1er bat. de la Haute - Loire.
39
59 Bourgogne . 1668
2º bataillon du 59º de ligne.
118 2º bataillon de la Drôme.
3 bataillon de l'Isére.
119 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
60 Royal - Ma- 1669
rine . 120 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
1er bataillon du 61º de ligne.
1er bataillon de l'Union (Bou-
121 ches - du- Rhône).
7° bataillon du Var.
61 Verman- 1669
dois. 2e bataillon du 61º de ligne .
2e bataillon de la Haute-
122 Marne.
2 bataillon de la Haute-
Marne.
1er bataillon du 62º de ligne.
123 2º bataillon de la Somme.
62 Salm - Salm . 1670 1°r bataillon de la Vienne.
124 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 351
NUMÉROS DATE NUMEROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
13
63 Ernst. 1672
64 Salis-Sama-
de. 1672
Régiments suisses licenciés
65 Sonnem- en 1792.
berg. 1672
66 Castellas . 1672
125 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
67 Languedoc. 1672 Cette demi-brigade n'a pas
126 été formée.
1er bataillon du 68º de ligne .
2 bataillon du Haut-Rhin.
127 5 bataillon de la Haute-
Marne.
68 Beauce. 1675 2 bataillon du 68° de ligne .
3e bataillon de la formation
128 de l'Eure.
6 bataillon de la formation
de l'Oise.
Régiment suisse licencié
69 Vigier. 1673 en 1792.
1er bataillon du 70° de ligne.
129 1er bataillon de l'Hérault.
2 bataillon de l'Hérault.
2 bataillon du 70º de ligne.
707
0 Médoc . 1673
4 bataillon de la Haute-Ga-
150 ronne.
5 bataillon de la Haute-Ga-
ronne .
e
352 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri-
leur des
NOMS . gades
création. formées
corps. . DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 71º de ligne.
131 8ebataillon de Paris.
17e bataillon des volontaires
nationaux .
71 Vivarais . 1674
2º bataillon du 71º de ligne.
152 2e bataillon du Cher.
5e bataillon de la Marne.
133 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
12
72 Vexin . 1674 2e bataillon du 72º de ligne.
3 bataillon des Basses- Py-
134 rénées.
4 bataillon des Basses-Py-
rénées.
113
73 155 Cette demi - brigade n'a pas
Royal-
1674 été formée.
Comtois .
Cette demi-brigade n'a pas
136 été formée.
137 Cette demi- brigade n'a pas
été formée.
74 Beaujolais. 1674 2e bataillon du 74° de ligne.
138 5 bataillon des Vosges .
2e bataillon de la Vienne.
1er bataillon du 75º de ligne .
159 5 bataillon d'Indre-et-Loire.
5 bataillon de Seine-et-
75 Monsieur. 1674 Marne.
72e bataillon du 75° de ligne.
140 3e bataillon du Doubs.
11e bataillon du Jura.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 353
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
de des
des leur demi-bri- des
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES..
76 Château- 1677 Régiment suisse licencié
vieux . en 1792 .
1er bataillon du 77° de ligne.
141 3 bataillon de l'Aisne.
7 bataillon du Calvados .
1127
7 La Mark. 1680 2º bataillon du 77 ° de ligne.
142 4e bataillon de la Charente-
Inférieure.
3e bataillon de l'Orne.
1er bataillon du 78° de ligne.
143 4 bataillon du Loiret.
5 bataillon de la Marne.
78 Penthièvre. 1684 2º bataillon du 78" de ligne.
7e bataillon de la formation
144 d'Orléans.
8e bataillon de la formation
d'Orléans .
1er bataillon du 79º de ligne.
145 2º bat . des Hautes- Pyrénées.
3 bataillon de la Haute-
Vienne.
19
79 Boulonnais 1684
2 bataillon du 79° de ligne.
146 1er bataillon de la Côte- d'Or.
8e bataillon de l'Isère .
1er bataillon du 80° de ligne .
147 2º bataillon de l'Aude.
3 bataillon de l'Aude.
80 Angoumois 1684
2e bataillon du 80º de ligne.
148 7e bataillon de la Gironde.
11 bataillon de la Gironde .
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 23
354 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 81º de ligne.
6e bataillon de la Haute-
149 Saône.
5e bataillon de l'Orne.
81 Conti. 1684
2 bataillon du 81º de ligne.
1er bataillon de l'Aisne.
150
2e bataillon des Basses -Al-
pes.
151 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
68
82 Saintonge. 1684 2e bataillon du 82º de ligne.
152 7e bataillon de la Marne.
6º bataillon du Bas-Rhin .
155 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
85 Foix . 1684 2e bataillon du 83° de ligne.
1er bataillon de Valencien-
154 nes.
1er bataillon républicain de
Paris.
155 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
84 Rohan. 1684
156 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
Régiment suisse licencié
85 Diesbach. 1690 en 1792 .
Régiment suisse licencié
33
86 Courten. 1690 en 1792.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 355
NUMEROS NUMÉROS
ANCIENS DATE COMPOSITION
des de des
leur demi-bri- des
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 87° de ligne .
157 15º bataillon des Vosges.
87 Dillon. 1690 4e bataillon de Loir-et-Cher.
158 Cette demi- brigade n'a pas
été formée.
1 bataillon du 88 de ligne.
12e bataillon de la formation
du Jura.
4 bataillon de la Côte-d'Or.
4 bataillon de la formation
159 d'Orléans.
88 Berwick. 1690 1er bataillon des Vengeurs
(Vendée).
2º bataillon de l'Ain .
6 bataillon du Calvados.
Cette demi- brigade n'a pas
160 été formée.
1er bataillon du 89º de ligne .
9e bataillon de la formation
161 du Nord.
69
89 Royal - Sué- Bataillon de Molière (Paris) .
dois. 1690
2e bataillon du 89º de ligne .
Bataillon de la Commune et
162 des Arcis . (Paris . )
6c bataillon bis du Calvados.
1er bataillon du 90º de ligne .
163 15e bataillon des réserves.
25 bataillon des réserves.
30
90 Chartres. 1691
2e bataillon du 90° de ligne.
164 1er bataillon d'Eure- et-Loir.
8e bataillon de la Meurthe.
356 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
1er bataillon du 91 ° de ligne.
165 1er bataillon d'Aix (Bouches-
du-Rhône) .
1er bataillon du Var.
16
91 Barrois. 1692
2º bataillon du 91 ° de ligne.
166 5 bataillon du Var.
9e bataillon du Var.
167 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
66
92 Walsch. 1697
168 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
1er bataillon du 93° de ligne.
er bataillon des Pyrénées-
169 Orientales .
6 bataillon de Saône-et-
Loire.
33
93 Enghien . 1706
2e bataillon du 93º de ligne.
170 1er bataillon de Chaumont
(Haute-Marne) .
10° bataillon du Jura.
1er bataillon du 94° de ligne.
73
94 Royal -Hes- 171 2 bataillon de la Marne.
se-Darm- 2 bataillon des Hautes-Al-
stadt. 1709 pes.
2º bataillon du 94º de ligne .
172 4º bataillon de la Marne.
6e bataillon de la Marne.
35
95 Salis -Mars-
chlins . 1754 Régiment suisse licencié en
1795 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 357
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
de des
des leur demi-bri- des
corps . NOMS. création . gades
formées. DEMI-BRIGADES .
1er bataillon du 96º de ligne.
173 5 bataillon de la Moselle .
6 bataillon des Vosges .
96
96 Nassau. 1745 2e bataillon du 96º de ligne.
174 1er bataillon de la Haute-
Vienne.
6e bataillon de l'Yonne.
473
97 Steiner. 1752 Régiment suisse licencié en
1792 .
175 1er bataillon du 98° de ligne.
5 bataillon du Nord.
11 bataillon des Vosges.
98 Bouillon. 1757
2e bataillon du 98° de ligne.
4 bataillon des Fédérés .
176
Bataillon de Popincourt (Pa-
ris) .
1er bataillon du 99º de ligne.
177 1er bataillon du Haut-Rhin.
3ºbataillon du Bas-Rhin .
66
99 Royal -Deux
Ponts. 1757
2e bataillon du 99º de ligne.
6e bataillon du Nord.
178
7ebataillon de la Seine- Infé-
rieure.
100 Eptingen . 1758 Régiment suisse licencié en
1792.
101 Royal - Lié-
geois . 1787 Licencié en 1792.
358 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS des
des de demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
1er bataillon du 102º de ligne .
179 6 bataillon de Paris .
7 bataillon de l'Oise.
102 Ex - gardes
françaises. 1791 2e bataillon du 102° de ligne.
180 7 bataillon de la Haute-
Saône.
2e bataillon de Lot - et - Ga-
ronne.
1r bataillon du 103° de ligne.
181 1er bataillon de Rhône-et-
Loire.
Bataillon de l'Arsenal (Paris).
103 Ex - gardes
françaises. 1791 2º bataillon du 105º de ligne.
2e bataillon des Côtes-du-
182 Nord.
7e bataillon du Bas-Rhin .
1er bataillon du 104º de ligne.
185 1er bataillon de l'Oise.
5e bataillon des réserves.
104 Ex - gardes
françaises. 1791 2 bataillon du 104º de ligne.
27e bataillon des réserves .
184
9ebataillon du Pas-de-Calais .
1er bataillon du 105° de ligne .
4 bataillon de la Meurthe.
185
1 bataillon de la Républi-
105 Ex -régi- que.
ment duroi. 1665 2e bataillon du 105 de ligne .
2e bataillon de Rhône-et-
186 Loire.
2e bataillon du Bas-Rhin.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 359
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
de des
des leur demi-bri- des
NOMS . gades
création . formées.
corps. DEMI-BRIGADES .
187 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
106 Cap-Fran-
cais. 1772
188 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
189 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
107 Pondiché-
ry. 1772
190 Cette demi -brigade n'a pas
été formée .
191 Cette demi-brigade n'a pas
été formée .
108 Ile de-
France. 1772
192 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
1er bataillon du 109º de ligne.
1er bataillon de l'Yonne.
109 Guadelou- 193 Je bataillon de la Loire-Infė-
pe et Marti- rieure.
nique. 1772
2º bataillon du 109° de ligne .
4 bataillon du Bas-Rhin .
194 12° bataillon du Doubs.
195 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
110 Port - au-
Prince. 1772 2º bataillon du 110° de ligne.
196 Bataillon de l'Egalité (Cha-
rente-Inférieure .
7 с bataillon de la Manche.
360 HISTOIRE
NUMÉROS NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS DATE des
des de demi-bri- des
leur
NOMS . création . gades
corps. formées . DEMI -BRIGADES .
1er bataillon du 111 ° de ligne.
197 2e bataillon de la Seine-Infé-
111 Bataillons rieure.
coloniaux . 1772 7e bataillon de la Somme.
198 Cette demi-brigade n'a pas
été formée.
INFANTERIE LÉGÈRE .
1 Chasseurs 1er bataillon de chasseurs à
royaux de pied .
Provence. 1788 1 9e bataillon de l'Isère.
1er bataillon franc de la Rė-
publique.
2 Chasseurs
2 bataillon de chasseurs à
royaux de
1788 2 pied .
Dauphiné. 8 bataillon de la Gironde .
1er bataillon des Vengeurs.
Je bataillon de chasseurs à
5 Chasseurs pied.
royaux cor- 2 bataillon de chasseurs ré-
10
ses. 1788 volutionnaires .
1er bataillon des chasseurs
des Alpes .
Chasseurs des Hautes-Alpes .
4e bataillon de chasseurs à
4 Chasseurs pied .
Corses. 1788 4 1er bataillon de la Creuse.
5 bataillon de l'Ain.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 361
NUMÉROS ANCIENS DATE NUMÉROS COMPOSITION
de des
des leur demi- bri- des
NOMS. gades
création. formées.
corps. DEMI-BRIGADES.
5 bataillon de chasseurs à
5 Chasseurs pied .
fer bataillon de chasseurs des
cantabres . 1788 5
montagnes.
2 bataillon de chasseurs des
montagnes.
6e bataillon de chasseurs à
6 Chasseurs pied.
bretons. 1788 6 8 bataillon du Calvados.
4 bataillon de Saône-et-
Loire.
7e bataillon de chasseurs à
7 Chasseurs pied.
d'Auvergne 1788 7 1er bataillon de la Corrèze.
2º bataillon de la Dordogne.
8 bataillon de chasseurs à
8 Chasseurs pied.
des Vosges . 1788 8 1 bataillon du Cantal.
2º bataillon de la légion de la
Moselle.
9e bataillon de chasseurs à
9 Chasseurs pied .
des Céven- Bataillon des chasseurs de
nes . 1788 9 l'Aisne.
Bataillon des chasseurs de
Seine-et-Marne.
10 bataillon de chasseurs à
10 Chasseurs pied.
du Gévau- 16 bataillon de chasseurs
100
dan . 1788 10 (légion du Centre) .
1er bataillon de la légion de
la Moselle.
362 HISTOIRE
NUMÉROS DATE NUMÉROS COMPOSITION
ANCIENS de des
des demi-bri- des
leur
NOMS. gades
création . formées. DEMI-BRIGADES.
corps.
11 bataillon de chasseurs à
pied.
11 Chasseurs Bataillon des chasseurs du
des Arden- Cher.
nes . 1788 11 Bataillon des chasseurs de
Loir-et-Cher.
Bataillon des chasseurs de la
Meuse.
12e bataillon de chasseurs à
12 Chasseurs pied.
de Roussil- 5 bataillon de la Haute-
lon . 1788 12
Saône.
2 bataillon de Lot-et-Ga-
ronne .
13 bataillon de chasseurs à
13 Ex-Gar- pied.
des françai- Bataillon de grenadiers et
ses. 1791 13 chasseurs de Reims.
17 bataillon de chasseurs
volontaires.
14 Ex-Gar- 14 bataillon de chasseurs à
des françai- pied.
ses. 1791 14 5º bataillon de tirailleurs .
Bataillon de chasseurs de
Mont-Cassel (Nord).
On voit par ce tableau que l'amalgame des batail-
lons de la ligne avec les bataillons de volontaires ne put
point s'effectuer d'une manière complète, grâce au dé-
sordre général des administrations , qui allait jusqu'à
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 363
ignorer le nombre , la désignation et l'emplacement des
corps . C'est surtout dans les armées de l'Ouest que des
difficultés inextricables s'opposèrent à la formation des
demi-brigades .
En résumé, sur 198 demi-brigades de ligne , 48 ne fu-
rent point formées , et les bataillons réguliers qui de-
vaient leur servir de noyaux continuèrent d'exister iso-
lément .
En compensation , il parut des demi-brigades entière-
ment composées de volontaires , ce qui porta le chiffre des
demi-brigades de ligne à 211 et celui des demi-briga-
des légères à 32 .
Un nombre très-considérable de bataillons de volon-
taires demeura encore en dehors de toute formation ré-
gulière .
Il n'est pas besoin de dire que tous ces corps avaient
des effectifs très-variables et , en général , fort restreints .
Ce fut pour mettre enfin de l'ordre dans cette confusion
que fut décrétée la réorganisation du 18 nivôse an iv
(1er février 1796) , qui prescrivit le remaniement complet
de tous les bataillons sur pied et leur fusion dans 110
demi-brigades d'infanterie de ligne et 30 demi-brigades
d'infanterie légère .
Cette opération, confiée aux généraux commandants
en chef des armées et mise à exécution dans les cinq
premiers mois de 1796 , fut réglée de la manière sui-
vante, sans avoir égard aux numéros des anciennes
demi-brigades .
L'infanterie de l'armée du Nord dut être réorganisée
364 HISTOIRE
en 12 demi-brigades de ligne et 2 demi-brigades légè-
res ;
Celle de l'armée de Sambre-et-Meuse en 21 demi-
brigades de ligne et 5 demi-brigades légères ;
Celle de l'armée de Rhin-et-Moselle en 24 demi-bri-
gades de ligne et 5 demi-brigades légères ;
Celle de l'armée d'Italie en 14 demi-brigades de ligne
et 6 demi-brigades légères ;
Celle de l'armée des Alpes en 5 demi-brigades de li-
gne et 4 demi-brigades légères ;
Celle de l'armée des côtes de l'Océan , en 16 demi-bri-
gades de ligne et 6 demi-brigades légères ;
Enfin l'infanterie de l'armée de l'Intérieur , en 24
demi-brigades de ligne et 2 demi-brigades légères.
Quant au numérotage des demi-brigades nouvelles ,
le nº 1 pour l'infanterie de ligne et pour l'infanterie lé-
gère fut donné à l'armée du Nord , le n° 2 à l'armée de
Sambre-et-Meuse , le nº 3 à l'armée du Rhin- et-Moselle ,
et ainsi de suite , en recommençant par l'armée du
Nord .
Le tableau suivant indique ce que sont devenus dans
l'organisation de 1796 les demi-brigades de 1794 et les
bataillons des régiments anciens dont l'embrigadement
n'avait pas eu lieu.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 365
1746
INFANTERIE DE LIGNE.
1794
NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS
des an- des des des an- des des
ciennes anciens régiments nouvelles ciennes anciens régiments nouvelles
222222
demi- non demi- demi- non demi-
brigades. embrigadés. brigades. brigades. embrigadés. brigades.
12346
31 24 61
9 25 50
8 26 108
31 27 23
24 28 40
100 29 14
1er batail- 2e bataillon Perdu à
lon du 4e ré- du 15e régi- Saint-Do-
giment de li- ment de ligne. mingne.
gne. 52 31 » 42
2e bataillon Perdu 2e bataillon Perdu à
du 4e régi- aux colo- du 16e régi- Saint- Do-
ment de ligne. nics. ment de ligne. mingue .
8888
9 >> 105 33 D 17
10 55 34 » 45
88888
1erbataillon 35 » 106
du 6e régi- 36 84
ment de ligne. 28 1er bataillon
261
» 81 du 19e régi-
15 80 ment de li-
325
14 65 gne. 55
1er bataillon 38 >> 21
du 8° régiment 39 >>> 4
de ligne. 27 40 27
69
16 26 41 93
17 46 42 58
>> 2e bataillon Perdu à 43 54
du 9 régi- Saint-Do- 44 22
ment de ligne. mingue. 45 18 et 19
19 69 et 80 46 59
20 11 47 97
2453
21 48 48
22 » 65 49 " 15
25 >> 67 50 » 70
"
366 HISTOIRE
NUMEROS BATAILLONS NUMEROS NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS
des an- des des des an- des des
ciennes anciens régiments nouvelles ciennes anciens régiments nouvelles
demi- non demi- demi- non demi-
brigades. embrigadés brigades. brigades. embrigadés. brigades.
51 63 71 92
52 MB 4, 22 et 72 30
27 légè- 73 74
res. 74 109
55 10 75 56
ལོ
ོ་་
54 89 76 76
4 de li- 1er batail-
gne et 5 lon du 39 ré-
légère . giment de li-
56 " 85 46
gne.
1er batail- 2º bataillon Perdu
lon 29 régi- du 59 régi- aux colo-
ment de ligne . 15 ment de li- nies.
>> 2e bataillon
333
88888
gne.
du 29 régi- 79 79
ment de li- 80 83
gne. 13 1er bataillon
59 102 du 41 régi-
60 » 12 ment de ligne. 86
61 76 2 bataillon Perdu
2e bataillon du 41 régi- aux colo-
du 51 régi- ment de ligne. nies.
ment de li- 83 » 57
gnc. 76 84 » 25
1er batail- 85 >> 34
lon du 52e ré- 86 103
giment de li- 87 78
gne. 81 D. 2º bataillon
D 2e bataillon du 44 régi-
du 52e régi- ment de ligne. 44
ment de li-
gne. 81 89 79
365339
>> 68 90
66 ע 91 ongblad 55
96
67 D 58 92 44
68 » 15 99 49
ע 18 27 2
70 75 95 62
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 367
NUMEROS BATAILLONS NUMÉROS NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS
des an- des des des an- des des
ciennes anciens régiments nouvelles ciennes anciens régiments nouvelles
demi- non demi- demi- non demi-
brigades. embrigadés. brigades. brigades. embrigadés. brigades.
» 2e bataillon Perdu à > 2 bataillon
du 48 régi - Saint- Do- du 60 régi-
38585
ment de li- mingue. ment de ligne . 23
gne. 121 >>> 59
97 >>> 73 122 » 57
ע 2e bataillon 125 » 99
du 49 régi- 2º bataillon
ment de ligne. 7 du 62 régi-
ment de ligne. 94
99 51 >> 1er bataillon
100 45 du 67 régi-
101 25 ment de ligne. 34
102 69 2. bataillon
103 11 du 670 régi-
104 85 ment de ligne.
105 51 127 » ©
f
1o
id
སm
རྞ
ྒྱུ
>> 2e bataillon Perdu à 128 »
>> 32
du 55 régi - la Guya- 129
ment de ligne. ne. 130 ע 4
107 12 et 46 131
108 21 de 132 108
ligne, 14 » 1erbataillon
légère . du 72 régi-
1983
109 D 31 ment de ligne. 70
110 16 134 >> 70
111 37 «< 1erbataillon
112 88 du 75 régi-
113 85 ment de ligne. 70
114 55 2e bataillon Perdu à
85335
1er bataillon du 75 régi- Saint-Do-
du 58 régi- ment de ligne . mingue.
mentde ligne . 1erbataillon
2
55
116 84 du 74 régi-
117 75 ment de ligne. 70
118 32 158 » 61
>> 1er bataillon 139 >> 21
140 » 62
du 60° régi-
20
ment de ligne. 20 141 86
368 HISTOIRE
NUMEROS BATAILLONS NUMEROS NUMÉROS BATAILLONS NUMEROS
des an- des des des an- des des
ciennes anciens régiments nouvelles ciennes anciens régiments nouvelles
demi- non demi- demi- non demi-
brigades. embrigadés brigades. brigades. embrigadés. brigades.
142 86 1er bataillon
143 52 du 92 régi-
144 52 ment de ligne. 47
145 4 2e bataillon Perdu à
146 >> 5 du 92e régi- Saint- Do-
147 >> 4 ment de ligne. mingue.
148 34 169 21 de
149 83 et 105 obdas ligne et
76
150 21 24 légère
» 1er bataillon 170 26 et 69
du 82 régi- 171 94
ment de ligne. 81 172 99
152 D 75 173 37 et 88
» 1er bataillon 174 49
du 83 régi- 175 67
ment de ligne. 7 176 20 et 23
154 >> 10 légè- 177 892 et 102
re. 178 17
1er bataillon 13 légère 179 20
du 84 régi- 180 19 de
ment deligne. ligne et
2 bataillon 15 légère 18 légère
du 84e régi- 181 78 et 92
ment de ligne. 182 68
157 >> 70 185 28
2 bataillon Perdu à 184 40
du 87 régi- Saint-Do- 185 74
ment de ligne. mingue. 186 44
159 10 ” 1erbataillon 111
2e bataillon Perdu à du 106 régi-
du 88 régi- Saint- Do- ment de ligne. 13
ment de ligne. mingue. » 2e bataillon
161 73 du 106 régi-
162 105 ment de ligne. 15
165 56 1erbataillon Perdu
164 29 du 107e régi- aux colo-
165 45 ment de li- nies.
166 69 gne
gne . .sh
sho
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 369
NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS NUMÉROS BATAILLONS NUMÉROS
des an- des des des an- des des
ciennes anciens régiments nouvelles ciennes anciens régiments nouvelles
demi- non demi- demi- non demi-
brigades. embrigadés. brigades. brigades. embrigadés. brigades.
50
2e bataillon Perdu 194 50
du 107 régi- aux colo- 1erbataillon
888885
ment de ligne. nies. du 110e régi-
1erbataillon Perdu ment de ligne. 55
du 108 régi- aux colo- 196 6
ment de ligne. nies. 197
2e bataillon Perdu
du 108 régi- aux colo- » 2e bataillon
ment de [Link]. du 111 régi- |
195 5 ment deligne. 58
INFANTERIE LÉGÈRE .
280
123456
17. légère 9 19 légère.
12 légère 10 20 légère
11 légère 11 5 , 12
21 légère et 33 de
24 légère ligne.
5 et 29
234
légères. 12 16 légère
78
5 légère. 15 25 légère
4 légère. 14 1er légère
Voici maintenant la composition de ces nouvelles
demi-brigades de 1796 , qui prirent le nom de régi-
ments , en 1803 .
HIST. DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . TOM. I. 24
1796
370 HISTOIRE
INFANTERIE DE LIGNE.
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où elles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées . gades.
1 Nord. 131e ancienne. Concourt en
En 1814 les 4e et 5e
1816 à la forma-
bataillons du 133e de
tion de la légion
ligne formé en 1813
du Rhône.
avec les cohortes.
94e ancienne. An XII le 78e de Concourt en
2 Sambre-et- 5e bataillon de l'Yonne. ligue. 1816 à la forma-
Meuse. Partie d'un bataillon tion de la légion
de Maine-et-Loire. de Lot- et- Ga-i
ronne.
8 Rhin-et-Mo- 91e ancienne. An XII le 83e del Concourt en
selle. 127e ancienne. ligne; en 1814, 1er, 3e 1816 à la forma-
et 4e bataillons du 33e tion de la légion
léger, créé en 1808. du Puy-de-Dôme.
39e ancienne. En 1814, le 2e ba- Concourt en
2e bataillon de la 55e taillon du 113e de 1816 à la forma-
ancienne. ligne, formé en 1808 tion de la légion
130e ancienne. destroupes toscanes;en de l'Indre.
4 Italie. 145e ancienne. 1814 le 2e bataillon du
147e ancienne. 127e de ligne, formé
14e provisoire (volon- en 1811 de troupes ha-
taires). novriennes.
9 bataillons de volon-
taires de l'Aude.
146e ancienne. An XII le 87e de Concourt en
Alpes. 193e ancienne. ligne ; en 1814 le 1er ba- 1816 à la forma-
1er bataillon de la 11e taillon du 114e de tion de la légion
légère ancienne. ligne , formé en 1808. de Saône -et-
Loire .
196e ancienne. En 1814, le 2e ba- Concourt en
6e provisoire (volon- taillon du 131e de 1816 à la forma-
taires). ligne, formé en 1812 tion de la légion
3e, 7e et 10e bataillons du régiment de l'île de du Tarn.
6 Côtes de l'O- de Paris. Walcheren.
céan. 4e bataillon de la Sar-
the.
Bataillon de Chartres.
1es bataillon de Ver-
sailles.
2e bataillon du 49e ré- Verse en 180% son Concourt en
giment ancien. 3e bataillon dans le 45e 1816 à la forma-
1er bataillon du 83e ré- de ligne et reçoit le tion de la légion
giment ancien. ter bataillon du 31c de du Puy-de-Dôme.
7 Intérieur. 128e ancienne. ligne.
3e et 7e bataillons de Reçoit en 1814 les
Paris (partie). 1er et 4e bataillons du
7e bataillon de l'Yonne. 112e de ligne formé an
16 bataillon des Fédé- x de troupes piémon-
rés. taises.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 371
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi- br- successives.
formées. gades.
3e ancienne. En 1814 , les 1er, 4e, Concourt en
8 Nord . 1er, 2e et 3e bataillons 6e , et 7e bataillons du 1816 à la forma-
du district de Lille. 122e de ligne formé en tion de la légion
1809. des Pyrénées-O-
2e ancienne. En 1814 , les 2e, 7e rientales.
9 Sambre et- 1er et 3e bataillons delet 9e bataillons du 35e Concourt en
Meuse. la 161e ancienne. léger, formé en 1812 1816 à la forma-
du 1er régiment de la tion de la légion
Méditerranée. de l'Ain .
53e ancienne. En 1803 le 1er ba- Concourt en
159e ancienne . taillon de la 820 de 1816 à la forma-
4e bataillon de la for- ligne; en 1814, le 2e tion de la légion
mation d'Orléans. bataillon du 114e de de l'Aude.
10 Rhin-et-Mo-. 1er bataillon des Ven- ligne formé en 1808 et
selle. geurs (Vendée). le 4e bataillon du 118e
2e bataillon de l'Ain . de ligne, formé en
6e bataillon du Calva- 1808.
dos.
20e ancienne. An xi , la 104e de Concourt en
103e ancienne. ligne, en 1814 , le 4e 1816 à la forma-
4e provisoire (volontai- bataillon du 114e de tion de la légion)
res). ligne formé en 1808 et du Gard.
11 Italie. 2e bataillon de la 7e le 1er bataillon du 121e
provisoire (volontai- formé en 1809.
res).
15e provisoire (volon-
taires).
60e ancienne. En 1804 le 3e batail- Concourt en
3e bataillon de la 170c lon de la 86e de ligne. 1816 à la forma-
12 Alpes. ancienne. En 1814 , les 3e, 4e et tion de la légion
3e bataillon de la 11e 5e bataillons du 136e de de la Seine.
légère ancienne. ligne, formé en 1813
avec les cohortes, le
146e de ligne formé en
1813 de cohortes, et le
2e bataillon du 1560
formé en 1813 de co-
hortes.
29e régiment ancien. En 1814, le se ba- Concourt en
106e régiment ancien. taillon du 116e de li- 1816 à la forma-
49e ancienne. gne, formé en 1808 ; tion de la légion
1er bataillon des Fédé- les 2e et 7e bataillons de la Drôme.
13 Côtes de l'O- rés. du 121e,formé en 1809,
céan. 6e bataillon de Rhône- et le 6e bataillon du
et-Loire. 143e, formé en 1813
2e bataillon de la for- avec les cohortes.
mation d'Orléans.
19e bataillon des ré-
serves.
372
NUMER OS HISTOIRE
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
29e ancienne. En 1814, les 3e, 4e Concourt en
14 Intérieur . Demi-brigade de la et se bataillons du 113e 1816 à la forma-
Seine-Inférieure (vo- de ligne, formé en 1808 tion de la légion
lontaire). avec les troupes tos- de la Côte-d'Or.
canes.
15 Nord. 68e ancienne. An xi , le 107e de li- Concourt en
gne, en 1814 les 1er et 1816 à la forma-
2e bataillons du 140e, tion de la légion
formé en 1813 avec les du Calvados.
cohortes.
110e ancienne. En 1814, les 2e et se Concourt en
16 Sambre -et- 2e et 3e bataillons de la bataillons du 145e for- 1816 à la forma-
Meuse. demi - brigade de mé en 1813 avec les co- tion de la légion
l'Yonne (volontaires) hortes. de Vaucluse.
33e ancienne. An XII, la 41e de li- Concourt en
17 Rhin-et-Mo- 178e ancienne. gne; en 1814, lesier, 2e 1816 à la forma-
selle. Demi-brigade d'Eure- et 3e bataillons du 123e tion de la légion
et-Landes (volontai- de ligne, formé en 1810 des Côtes-du-
res). de troupes hollandai- Nord.
ses; les 6e et 7e batail-
lons du 131e, formé en
1812 du régiment de
l'île de Walcheren , et
le 147e formé en 1813
avec les cohortes.
2e bataillon de la 45e En 1814, les 3e, 4e Concourt en
ancienne. et se bataillons du 152e 1816 à la forma-
69e ancienne. de ligne, formé en tion de la légion
18 Italie. 211e ancienne (volon- 1813 avec les cohortes. de Maine -et-
taires). Loire.
se et ce provisoires (vo-
lontaires).
1er et 3e bataillons de En 1814, le 1er ba- Concourt en
19 Alpes. la 45e ancienne. taillon du127e de ligne, 1816 a la forma-
1er et 2e bataillons 'de formé en 1811 de trou- tion de la légion
la 180e ancienne. pes hanovriennes, et le des Hautes-Alpes
2e bataillon du 33e lé-
ger, formé en 1808.
1er bataillon du 60e An XII, la 91e de li- Concourt en
régiment ancien. gne; en 1814, les 3e 1816 à la forma-
1er bataillon de la 176e et sebataillons du 156e tion de la légion
ancienne.* de ligne, formé en de la Loire.
179e ancienne. 1813 avec les cohortes.
11ebataillon formation
Côtes de l'O- de la Haute- Saône.
20
20
céan. 2e bataillon de Valen-
ciennes.
se bataillon du Bas-
Rhin.
15e bataillon des Fédé-
rés.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 373
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùelles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
38e ancienne. An x1 , la 109e de li- Concourt en
Partie de la 108e an- gne; en 1814, les 3e et 1814 à la forma-
cienne. se bataillons du 151e tion de la légion
Partie de la 139e an- de ligne formé en 1813 de l'Ardèche.
cienne. avec les cohortes.
21 Intérieur. Partie de la 150е an-
cienne.
Partie de la 169e an-
cienne.
Partie du 6e bataillon
du Pas-de-Calais.
22 Nord. 44e ancienne. En 1814, le зe ba- Concourt en
taillon du 131e de li- 1816 à la forma-
gne formé en 1812 du tion de la légion
régiment de l'île de du Loiret.
Walcheren.
2e bataillon du 60e ré- An xi la 73e de li- Concourt en
23 Sambre-et- 27egiment ancien.
ancienne.
gne, en 1814 les 2e, 3e, 1816 à la forma-
4e bataillons du 144e tion de la légion
Meuse. 3e bataillon de la 176e de ligne, formé en 1813 de l'Yonne.
ancienne. avec les cohortes.
24 Rhin-et-Mo- 5e ancienne. An xi la 49e de li- Concourt en
selle. 206e ancienne (volon- gne. 1816 à la forma-
taires). En 1814 , les 4e et se tion de la légion
bataillons du 137e ré- du Cher.
giment de ligne, formé
en 1813 avec les co-
hartes.
3e compagnie de gre- En 1814 le 124e de Concourt en
nadiers de la 26e an- ligne, formé en 1810 1816 à la forma-
cienne. de troupes hollandaises tion de la légion
25 Iatlie. 84e ancienne. et le 148e de ligne for- du Cantal.
2
101e ancienne. mé en 1813 avec les
1er provisoire (volon- cohortes.
taires).
An XII, moitiédu 74e Concourt en
16e ancienne. de ligne; en 1814, les 1816 à la forma-
ter bataillon de la 170e 1er, 3e, 4e, se, 6e et 7e tion de la légion
ancienne. bataillons du 132e de de la Vendée.
26
26 Alpes. 4e bataillon des Côtes- ligne, formé en 1812
du Nord. du régiment de l'île de
2e bataillon de l'Oise. Ré.
5e bataillon de l'ex-lé-
gion de police.
374 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où elles furent Observations.
nouvelles demi- bri- successives.
formées. gades.
1er bataillon du se ré-| En 1814, les 3e, 4e, Concourt en
giment ancien. 5e et 6e bataillons du 1816 à la forma-
40e ancienne. 121e de ligne, formé en tion de la légion
Demi-brigade de l'Al- 1809, et le 138e de li- d'Indre-et-Loire.
lier. gne, formé en 1813
27 Côtes de l'O- 3e bataillon de la for- avec les cohortes.
céan. mation de l'Allier.
1er bataillon de la Gi-
ronde.
4e bataillon d'Indre-
et-Loire.
1er bataillons du 6e ré- En 1814, les 4e et se Concourt en
giment ancien. bataillons du 123e, et le 1816 à la forma-
183e ancienne. 126e de ligne formés en tion de la légion
4e bataillon de la for- 1810 de troupes hol- de la Meuse.
mation de Lot-et- landaises.
Intérieur. Garonne.
28 6e et 9e bataillon des
réserves.
1er bataillon de la
Manche.
4e bataillon de la Meu-
se.
29 Nord. 164e ancienne. En 1814 le 150e de Concourt en
ligne formé en 1813 1816 à la forma-
avec les cohortes. tion de la légion
de la Haute-
Garonne.
Sambre - et- 72e ancienne. En 1814, les 1er et 4e Concourt en
30 Meuse. 3e bataillon de la 175e bataillons du 156e de 1816 à la forma-
ancienne. ligne, formé en 1813 tion de la légion
avec les cohortes. de la Charente .
1re ancienne. Incorporé an x11, le Numéro va-
Rhin-et-Mo- 2e bataillon de la 4e 1er bataillon dans le 7e cant sous l'em-
31 selle. ancienne. de ligne et le 2e dans pire.
109e ancienne. le 105e.
21e ancienne. Prend en 1814 le Concourt en
118e ancienne. no 31 , redevient 32e 1816 à la forma-
32 Italie. 129e ancienne. pendan t les centjours. tion de la légion
3e compagnie des gre- de l'Aisne.
nadiers de la 80e an-
cienne.
1er bataillon du 110e Prend en 1814 le no Concourt en
régiment ancien. 32, redevient 33e pen- 1816 à la forma-
10e ancienne. dant les cent jours, tion de la légion
33 90e ancienne. reçoit en 1814 les 1er de Loir-et-Cher.
Alpes. 5e bataillon de la for- et 2e bataillons du 137e
mation de la Sarthe. de ligne, formé en
2e bataillon de la 11e1813 avec les cohortes.
légère ancienne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 375
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
1er et 2e bataillons du Reçoit an xi le 80e Concourt en
67e régiment ancien. de ligne et en 1814 le 1816 à la forma-
85e ancienne. 125e formé en 1810 de tion de la légion
148e ancienne. troupes hollandaises, de Seine- et-Õise.
34 Côtes de l'O- 3e bataillon de la for- le 4e bataillon du 131e,
céan. mation de Seine-et- formé en 1812 du ré-
Oise. giment de l'île de Wal-
3e bataillon d'Arras. cheren, et le 134e, for-
2e bataillon de Paris mé en 1813 du 1er ré-
(3e formation). giment de Paris.
Prend en 1814 le no
33, reprend en 1815 le
no 34.
114e ancienne. An XII, le 71e de li- Concourt en
1er et 2e bataillons de gne, en 1814 le 1er et 1816 à la forma-
la demi-brigade de 2e bataillon du 18e lé- tion de la légion
Lot-et-Landes. ger et le 22e léger. de Vaucluse .
35 Intérieur. 2e bataillon de la 2e Prend en 1814 le no 1
provisoire (volontai- 34, redevient 35e en
res). 1815.
29e légère ancienne
(volontaires).
163e ancienne. En 1814' le 142e de Concourt en
se bataillon du Pas-de- ligne formé en 1813 1816 à la forma-
Calais. avec les cohortes. tion de la légion
36 Nord. 4e bataillon du Morbi- Prend en 1814 le no d'Indre-et-Loire.
han. 35, redevient 36e en
Grenadiers du 1er ba- 1815.
taillon de la Moselle.
111e ancienne. An XII, le 38e de li- Concourt en
37 Sambre-et- 1er et 2e bataillons dela gne , en 1814 les 3e, 4e 1816 à la forma-
Meuse. 173e ancienne. et se bataillons du 154e tion de la légion
formé en 1813 avec les des Deux- Sèvres .
cohortes .
Prend le no 36 en
1814 , redevient 37e en
1815 .
42e ancienne. Incorporé an XII Numéro va-
38 Rhin-et-Mo- 200e ancienne (volon- dans le 37e de ligne. cant sous l'em-
selle. taires). pire.
376 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
16e ancienne. En 1814 le 6e batail- Concourt en
121e ancienne. lon du 116e de ligne, 1816 à la forma-
39 Italie. 4e bataillon des Basses- formé en 1808, et les tion de la légion
Alpes. 30, 4e et 5e bataillons de l'Aveyron.
10e bataillon de l'[Link] 133e, formé en
1812 , du 2c régiment
de la Méditerranée.
Prend en 1814 le no
37, redevient 39e en
1813.
Dépôt du 2e bataillon En 1814 les 2e et 3e Concourt en
du 15e régiment an- bataillons du 128e ré- 1816 à la forma-
cien. giment, formé en 1811 tion de la légion
40 Côtes de l'O- 28e ancienne. de troupes hanovrien- du Doubs.
céan. 184e ancienne. nes.
2e bataillon de l'Eure. Prend en 1814 le no
3e bataillon de Rouen. 38, redevient 40e en
1815.
4e bataillon de l'ex-lé- Incorporé an XII Numéro va-
gion de police. dans le 17e de ligne. cant sous l'em-1
7ebataillon desFédérés. pire.
1er bataillon de la Cha-
rente-Inférieure.
41 Intérieur. 2e bataillon du Gard.
3e bataillon du Morbi-
han.
4e bataillon de l'Aisne.
7e bataillon de Paris
(Théâtre-Français) .
12
42 Nord. 31e ancienne. En 1814 le se batail- Concourt en
lon du 112e de ligne, 1816 à la forma-
formé an x avec l'in- tion de la légion
fanterie piémontaise, de la Corrèze.
et les se et se batail-
lons du 35e léger, for-
mé en 1812 avec le 1er
régiment de la Médi-
terranée.
Prend en 1814 le no
39, redevient le 42e en
1815.
34e ancienne. En 1814 les 4e et 5e Concourt en
43 Sambre- et- 3e bataillon de la 149e bataillons du 141e de 1816 à la forma-
Meuse. ancienne. ligne, formé en 1813 tion de la légion
avec les cohortes. de l'Eure.
Prend en 1814 le no
40, redevient le 43º en
1815.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 377
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
2e bataillon du 44e ré- En 1814 le 3e batail- Concourt en
44 Rhin-et-Mo- 92egiment ancien. lon du 114e de ligne, 1816 à la forma-
selle. ancienne. et le 6e bataillon du tion de la légion
186e ancienne. 118e, formés en 1808 . de la Dordogne.
Prend en 1814 le no 1
41, redevient le 44e en
1815.
100e ancienne. En 1804 le 3e batail- Concourt en
45 Italie. 165e ancienne. lon de la 7e de ligne; 1816 à la forma-
Bataillon de Montferme en 1814, les 2e et 4e tion de la légion
(Basses-Alpes). bataillons du 139e de de l'Oise.
ligne, et les 1er et 2e
du 154e de ligne, for-
més en 1813 avec les
cohortes.
Prend en 1814 le no
42, redevient le 45e en
1815 .
Dépôt du 2e bataillon Passé en 1798 au ser- Le 460 concourt
du 9e régiment an- vice de la marine. Il a en 1816 à la for-
46 Côtes de l'O- cien. été formé alors une mation de la lé-
céan. 17e ancienne. autre 46e avec la 2egion du Jura.
1er et 2e bataillon de légion des Francs, le-
la 107e ancienne. vée le 22 fructidor an
VII. Celle-ci a reçu en
1814 les 1er et 4e ba-
taillons du 130e de li-
gne, formé en 1813, et
les 2e, 3e et 4e batail-
lons du 21e léger. Le
46e a pris en 1814 le
no 43 et est redevenu
le 46e en 1815.
1er bataillon du 92e ré- En 1814 le 36e léger, Concourt en
giment ancien. formé en 1812 du régi- 1816 à la forma-
47 Intérieur. 2e bataillon de la for- ment de Belle-Isle. tion de la légion
47
mation de l'Orne. Prend en 1814 le no du Finistère.
6e bataillon de Paris 44 , redevient 47e en
(Bon- Conseil). 1815 .
48e ancienne. Prend en 1814 le no Concourt en
48 Nord. 2e bataillon du Nord. 45, redevient 48e en 1816 à la forma-
2e bataillon des Ar- 1815. tion de la légion
dennes. du Lot.
49 Sambre - et- 93e ancienne. Incorporée an XII Numéro va-
Meuse. 174e ancienne. dans le 24e de ligne. cant sous l'em-
pire.
378 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
Observations.
.
oùellesfurent nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades .
25e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
194e ancienne. 1er et se bataillons du 1816 à la forma-
50 Rhin-et-Mo- 2e bataillon de la 204e 144e de ligne, formé tion de la légion
selle. ancienne (volontai- en 1813 avec les co- de la Sarthe.
res). hortes.
Prend en 1814 le no
46, redevient 50e en
1815 .
99e ancienne. Reçoit en 1814 le 1er Concourt en
105e ancienne. bataillon du 139e de 1816 à la forma-
199e anciennes (volon- ligne, formé en 1813 tion de la légion
taires). avec les cohortes. de la Vienne.
13e provisoire (volon- Prend en 1814 le no
taire). 47, redevient le 51e en
51 Italie. 3e compagnie de gre- 1815.
nadiers de la 14e an-
cienne.
2e compagnie de gre-
nadiers de la 26e an-
cienne.
1er bataillon du 4e ré- Reçoit en 1814 le 2e Concourt en
giment ancien . bataillon du 132e de 1816 à la forma-
Dépôt du 2e bataillon ligne, formé en 1812 tion de la légion
du 4e régiment an- du régime1er nt de l'île de de l'Arriège .
cien. Rhé, les et 2e ba-
143e ancienne. taillons du 133e, for-
52 Côtes de l'O- 144e ancienne. mé en 1812 du 2e régi-
céan. se bataillon de la for- ment de la Méditerra-
mation de Loir-et- née, et les 4e et 6e
Cher. bataillons du 35e léger,
3e bataillon d'Ille-et- formé en 1812 du 1er
Vilaine. régiment de la Médi-
terranée .
Prend en 1814 le no
48, redevient 520 en
1815.
2e bataillon de la 176e Reçoit en 1814 le 6e Concourt en
ancienne. bataillon du 115e de 1816 à la forma-
202e ancienne (volon- ligne, formé en 1808, tion de la légion
et les 1er et 3e batail- de l'Isère .
58 Intérieur. taires).
19e bis légère (volon- lons du 35e léger, for-
mé en 1812 du 1er ré-
taires).
giment de la Méditer-
ranée.
Prend en 1814 le no
49, redevient le 53e en
1815.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 379
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où elles furent nouvelles demi-bri- Observations.
successives.
formées. gades.
54 Nord. 43e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
1er, 3e et 4e bataillons 1816 à la forma-
du 145e de ligne et le tion de la légion||
155e de ligne, formé de la Creuse.
en 1813 avec les co-
hortes.
Prend en 1814 le no
50, redevient 54e en
1815.
1er bataillon du 19e ré- An xi le 1er batail- Concourt en
giment ancien. lon de la 110e, en 1814 1816 à la forma-
1er bataillon du 58e ré- le se bataillon du 153e tion de la légion
giment ancien. régiment de ligne, de la Marne.
2e bataillon de la for- formé en 1813 avec les
mation de la Haute- cohortes.
55 Sambre -et-. Vienne. Prend en 1814 le no
Meuse. 6e bataillon de Seine- 51 , redevient le 55e en
et-Oise. 1815 .
2e bataillon des réser-
ves.
1er bataillon de la Mo-
selle.
75e ancienne. Reçoit an XII la 68e) Concourt en
56 Rhin-et-Mo- 108e ancienne. de ligne, en 1814 les 1816 à la forma-
selle. 1er et 2e bataillons du tion de la légion
153e de ligne formé en du Nord.
1813 avec les cohortes.
Prend en 1814 le no
52, redevient en 1815
le 56e.
83e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
122e ancienne. 1er, 4e et se bataillons 1816 à la forma-
зe bataillon de la 209e du 128e de ligne, for- tion de la légion
ancienne (volontai- mé en 1811 avec les du Haut-Rhin.
res). troupes hanovriennes,
3e bataillon de la 2e et le 4e bataillon du 17c
provisoire (volontai- léger.
57 Italie. res). Prend en 1814 le no
1er bataillon de la for- 53, redevient 57e en
mation de Loir-et- 1815.
Cher.
1er et 3e bataillon de
la 3e provisoire (vo-
lontaires).
10e bataillon de l'Isè-
re.
380 HISTOIRE
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
2e bataillon du 92e ré- Reçoit en 1814 les Concourt en
giment ancien. 1er, 2e et 3e bataillons 1816 à la forma-
2e bataillon du 111e ré- du 135e de ligne, for- tion de la légion
giment ancien. mé en 1813 avec les des Vosges.
67e ancienne. cohortes.
89
58 Côtes de l'O- 197e ancienne. Prend le no 54 en
céan.
1erbataillon provisoire 1814, redevient 58e en
des Côtes de Brest. 1815.
4e bataillon de la Gi-
ronde.
59 Intérieur. N'a pas été formée en Formée en 1798 d'un Concourt en
1796. bataillon de la 56e et 1816 à la forma-
de conscrits. Reçoit en tion de la légion
1814 les 1er et 2e ba- de l'Orne.
taillons du 136e de li-
gne , formé en 1813
avec les cohortes.
Prend le no 55 en
1814, redevient 59e en
1815 .
1er bataillon des Côtes- Reçoit an x la 97e Concourt en
du-Nord. de ligne. En 1814 les 1816 à la forma-
6e bataillon desFédérés 5e et 6e bataillons du tion de la légion
9e bataillon de la Meur- 114e de ligne formé en de Tarn-et-Ga-
69
60 Nord. the. 1808. ronne.
4e bataillon des volon- Prend en 1814 le no
taires nationaux . 56, redevient 60e en
1815.
61 Sambre- et- 24e ancienne, Reçoit en 1814 les 3e Concourt en
Meuse. 138e ancienne. et se bataillons du 139e 1816 à la forma-
de ligne, formé en tion de la légion
1813 avec les cohortes. de la Manche.
Prend en 1814 le no
57, redevient 61e en
1815.
3e bataillon de la 4e an- Reçoit an xi la 99e Concourt en
cienne. de ligne, en 1814 les 2e 1816 à la forma-
62 Rhin-et-Mo-- 95e ancienne. et 3e bataillons du 112e tion de la légion
selle. 140e ancienne. de ligne, formé an x de l'Hérault.
avec l'infanterie pié-
montaise.
Prend en 1814 le no
58, redevient 62e en
1815 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 381
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
14e ancienne. Reçoit en 1803 le 1er Concourt en
22e ancienne. bataillon de la 66e de 1816 à la forma-
51e ancienne. ligne; en 1814, les 3e et tion de la légion
63 Italie. Demi-brigade des 4e bataillons du 143e de l'Allier.
Deux-Sèvres (volon- et le 1er bataillon du
taires). 151e de ligne, formés
10e provisoire volon- en 1813 avec les co-
taires). hortes.
Prend en 1814 le no
59, redevient 63 en
1815.
8e bataillon de la for- Reçoiten 1814 les se Concourt en
mation d'Orléans. et 6e bataillons du 130e 1816 à la forma-
1er, 2e et 4e bataillons de ligne formé en 1811 tion de la légion
de la Loire-Infé- et le 1er bataillon du de la Mayenne.
rieure. 143e, formé en 1813
Sebataillon de la Seine- avec les cohortes.
Inférieure. Prend en 1814 le no
6e bataillon de la Cha- 60, redevient 64e en
rente-Inférieure. 1815.
14e bataillon de la
Charente.
4e bataillon des Arden-
64 Côtes de l'O-< nes.
céan. 4e bataillon de l'Orne.
1er bataillon des réser-
ves.
2e bataillon de la Réu-
nion (Paris).
1er bataillon des Amis,
de la République
(Paris).
15e bataillon d'Orléans
(Loiret).
2e bataillon de la Ré-
publique (Paris).
65 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an vi d'un Concourt en
1796. noyau pris dans les 4e 1816 à la forma-
et 16e de ligne et de tion de la légion
conscrits. de la Loire-Infé-
Prend en 1814 le no rieure.
61, redevient 65e en
11815.
382
NUMÉROS HISTOIRE
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùelles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
66 Nord. Demi-brigade du Finis- Verse en 1803 sonier Concourt en
tère (volontaires). bataillon dans la 63e. 1816 à la forma-
Reçoit en 1814 les tion de la légion
3e, 5e et 6e bataillons de la Gironde.
du 120e de ligne, for-
mé en 1808.
Prend en 1814 le no
62, redevient 66e en
1815.
23e ancienne. Reçoit en 1814 le se Concourt en
2e bataillon de la 175e bataillon du 119e de 1816 à la forma-
ancienne. ligne, formé en 1808. tion de la légion
67 Sambre et- 1er bataillon de la de- Prend en 1814 le n de la Haute-Loire
Meuse. mi-brigade de l'Yon- 63, redevient 67e en
ne (volontaires). 1815.
65c ancienne. Incorporéan XII dans Numéro va-
182e ancienne. le 56e de ligne. cant sous l'em-
1er et 2e bataillons de! pire.
la demi-brigade des
Landes (volontaires).
25e bataillon des ré-
68 Rhin-et-Mo- serves.
selle. 6e bataillon de la Som-
me.
10e bataillon de la
Meurthe.
3e bataillon de Maine-
et-Loire.
19e ancienne. Reçoit en 1814 le 2e Concourt eu
102e ancienne. bataillon du 122e de 1816 à la forma-
69
69 Italie. 166e ancienne. ligne, formé en 1809. tion de la légion
2e bataillon de la 170e Prend en 1814 le no des Basses-Alpes.
ancienne. 64, redevient 69e en
11815.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 383
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
1er bataillon du 72e ré- Reçoit en 1814 les 3e, Concourt en
giment ancien. 4e et se bataillons du 1816 à la forma-
1er bataillon du 73e ré- 140e régiment formé tion de la légion
giment ancien. en 1813 avec les co- du Morbihan.
1er bataillon du 74e ré- hortes.
giment ancien. Prend en 1814 le no
50e ancienne. 65 , redevient le 70e en
134e ancienne. 1815.
157e ancienne.
4e bataillon de la for-
mation de l'Hérault.
70 Côtes de l'O- Se bataillon de la Dor-
céan. dogne.
5e bataillon de Lot-et-
Garonne.
4e bataillon du Calva-
dos.
3e bataillon de la Cha-
rente.
Dépôt du 12e bataillon
de la République.
Dépôt du 2e bataillon
du 73e régiment an-
cien.
71 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an vi avec Numéro va-
1796 . des détachements. In- cant sous l'em-
corporée an XII dans le pire.
35c de ligne.
72 Nord. 199e bis (demi-brigade] Reçoit en 1814 le 1er Concourt en
12
des Lombards). bataillon du 113e de 1816 à la forma-
ligne, formé en 1808 tion de la légion
de troupes toscanes, et de la Somme.
les 3e et 5e bataillons
du 122e, formé en 1809 .
Prend en 1814 le no
66, redevient le 72º en
1815 .
97e ancienne. Incorporéeanxidans Numéro va-
2e bataillon de la 161e le 23e de ligne. cant sous l'em-
ancienne. pire.
Sambre - et- 1r bataillon de la for-
133
73
Meuse. mation de la Sarthe.
1er bataillou de la
Mayenne.
Incorporée anaudans Numéro va
74 Rhin-et-Mo- 185cancienne.
( 73e
ancienne. cant sous l'em-
selle. les 26e et 89e de ligue.
pire.
384 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùelles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
70e ancienne. Reçoit en 1814 les 2e Concourt en
117e ancienne. et Зе bataillons du 1816 à la forma-
1520 ancienne. 130e de ligne, formé tion de la légion
75 Italie. 1re compagnie de gre- en 1811. du Morbihan.
nadiers de la 26e an- Prend en 1814 le no
cienne. 67, redevient 75e en
1815 .
2e bataillon du 31e ré- Reçoit en 1814 le 2e Concourt en
giment ancien. bataillon du 143e de 1816 à la forma-
76 Côtes de l'O- 61e ancienne. ligne, les 2e et se ba- tion de la légion
céan. 76e ancienne. taillons du 151e formés de la Nièvre.
5e bataillon des Fédé- en 1813 avec les co-
rés. hortes, et les 5e et 6e
bataillons du 33e léger
formé en 1808.
Prend en 1814 le no
67, redevient le 76e en
1815.
N'a pas été formée en Formée an vii de dé- Numéro va-
77
77 Intérieur. 1796. tachements de divers cant sous l'em-
[Link]ée an xi pire.
dans le 79e de ligne.
87e ancienne. Incorporée an XII Numéro va-
78 Sambre-et- 1er et 2e bataillons de la dans le 2e de ligne. cant sous l'em-
Meuse. 181e ancienne. pire.
79e ancienne. Reçoit an XII la 77º, Concourt en
89e ancienne. en 1814 les 5e et 7e 1816 à la forma-
198e bis ancienne (de- bataillons du 117e de tion de la légion
79 Rhin-et-Mo- mi-brigade du Pas- ligne, formé en 1808. de la Haute-Ga-
19
selle. de-Calais). Prend le no 69 en ronne.
7e bataillon de la Cha- 1814, redevient le 79e
rente-Inférieure. en 1815.
13e ancienne. Incorporée an XII dans Numéro va-
2e et 3e bataillons de la le 34e de ligne. cant sous l'em-
demi -brigade du pire.
Jura et de l'Hérault.
3e bataillon de la 7e
80 Italie. provisoire.
1er bataillon des Gra-
villiers (Paris).
Partie du 3e bataillon
de Vaucluse.
Détachement de la 19e
ancienne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 385
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi- bri- successives.
formées. gades.
1er et 2e bataillons du Reçoit en 1814 le 4e Concourt en
32e régiment ancien. bataillon du 117e de 1816 à la forma-
Dépôt du 37e régiment ligne, formé en 1808 , tion de la légion
ancien. et le 5e hataillon du de l'Aude.
81 Côtes de l'O- 1errégiment
bataillon du 82e143e, formé en 1813
ancien. avec les cohortes.
céan. 12e ancienne. Prend en 1814 le no
1er bataillon de la for- 70, redevient 81e en
mation de la Seine- 1815 .
Inférieure.
82 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an vi avec Concourt en
1786. des détachements de 1816 à la forma-
divers corps et des tion de la légion
conscrits, verse en de la Charente-
1804 son 1er bataillon Inférieure.
dans le 10e de ligne.
Reçoit en 1814 les 1er,
2e, 3e et 6e bataillons!
du 117e de ligne, for-
mé en 1808.
Prend en 1814 le no
71, redevient 82e en
1815.
80e ancienne. Incorporée an XII Numéro va-
83 Sambre-et- 2e bataillon de la 149e dans le зe de ligne. cant sous l'em-
Meuse. ancienne. pire.
36e ancienne. Reçoit en 1814 le 1er Concourt en
84 116e ancienne.
Rhin-et-Mo- 6e bataillon du 116e régi- 1816 à la forma-
selle. bataillon de la for- ment formé en 1808. tion de la légion
mation d'Orléans. Prend en 1814 le no du Var.
72, redevient 84e en
1815.
56e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
104e ancienne. 1er, 2e et 3e bataillons 1816 à la forma-
113e ancienne. du 141e de ligne, et tion de la légion
1er et 2e bataillons de les 1er et 2e du 152e, de Seine-et-Mar-
88
85 Italie. la 209e ancienne (vo- formés en 1813 avec ne.
lontaires). les cohortes.
1er bataillon de Maine- Prend en 1814 le no
et-Loire. 73, redevient 85e en
8e bataillon de Saône- 1815 .
et-Loire.
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 25
386 HISTOIRE
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
fer bataillon du 41e ré- Reçoit en 1804 les Concourt en
giment ancien. 2e et 3e bataillons de 1816 à la forma-
1eret 3e bataillons de la la 110e de ligne, en tion de la légion
141e ancienne. 1814 les 1er et 4e ba- du Finistère.
142e ancienne. tailons du 119e de li-
86 Côtes de l'O- 1er, 8e, 13 et 14e batail- gne formé en 1808.
céan. lons de Seine-et-Qise. Prend en 1814 le no
2e bataillon du Pas-de- 74, redevient 86e en
Calais. 1815 .
12e bataillon de la for-
mation d'Orléans.
87 Intérieur. N'a pas été formé en Formé an vi , avec Numéro va-
1796. des détachements des cant sous l'em-
autres corps, incorporé pire.
an xi dans le se de li-
gne.
112e aucienne. Reçoit en 1814 les 1er Concourt en
88 Sambre - et- 3e bataillon de la 173e et se bataillon du 131e 1816 à la forma-
Meuse. ancienne. de ligne, formé en tion de la légion
1812, du régiment de du Pas-de-Calais.
l'île de Walcheren.
Prend en 1814 le no
75, redevient 88e en
1815 .
1er bataillon de la 4e IncorporéAn XII dans Numéro va-
ancienne. le 86e de ligne. cant sous l'em-
54e ancienne. pire.
89 Rhin-et-Mo- 3e bataillon de la
selle. Mayenne.
Bataillon de Barbezieux
(Charente).
Numéro va-
309
0 Côtes de l'O- N'a pas été formée en Formé An vir, d'un
céan. 1796. noyau tiré des 89e et cant sous l'em-
96e et de conscrits, in- pire.
corporé An XII dans le
93 de ligne.
N'a pas été formée en Formé An vi d'un Numéro va-
91 Intérieur. 1796. noyau des 10e et 43e cant sous l'em-
de ligne et de conscrits, pire.
incorporé An XII dans
le 20e de ligne.
71e ancienne. Reçoit An x la 98e, Concourt en
3e bataillon de la 177e en 1814 le 2e bataillon 1816 à la forma-|
92 Sambre et- ancienne. du 116 de ligne, formé tion de la légion
Meuse. 3e bataillon de la 181een 1808 . de la Charente-
ancienue. Prend en 1814 le no Inférieure.
76, redevient 92e en
1815.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 387
.NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
oùellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
41e ancienne . Reçoit an xi la 90e, " Concourt en
93 Rhin-et-Mo- 207e ancienne (volon- en 1814 le 3e bataillon 1816 à la forma-
selle. taires). du 116e de ligne, formé tion de la légion
en 1808. de la Lozère.
Prend en 1814 le no
77, redevient 93e en
1815.
2e bataillon du 62e ré- Reçoit en 1814 les Concourt en
giment ancien. 2e et 3e bataillon du 1816 à la forma-
171e ancienne. 119e de ligne formé en tion de la légion
Se bataillon du Bas- 1808. des Basses-Pyré-|
46
94 Côtes de l'O- Rhin. Prend en 1814 le no nées.
céan. 7e bataillon du Jura. 78, redevient 94e en
2e bataillon des Vosges. 1815.
4e bataillon du Haut-
Rhin.
N'a pas été formée en Formé an VII de dé- Concourt en
35
95 Intérieur. tachements des autres
1796. 1816 à la forma-
corps et de conscrits; tion de la légion
reçoit en 1814 les 1er et de l'Indre.
2e bataillon du 115 de
ligne, formé en 1808.
Prend en 1814 le no
79, redevient 95e en
1815.
96 Sambre - et- 66e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
Meuse. 1er bataillon de l'Eure. 3º, 4e et se bataillons 1816 à la forma-
du 115e de ligne formé tion de la légion
en 1808. de la Moselle.
Prend en 1814 le no
80 , redevient 96e en
1815.
47e ancienne. Incorporé An xii dans Numéro va-
1er bataillon de la 204e la 60e de ligne. cant sous l'em-
35
97 Rhin-et-Mo- ancienne (volont. ). pire.
selle. 209e bis anc. (volon-
taires).
98 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an VII d'un Numéro va-
1796. noyau des 27e et 70e cant sous l'em-
deligne et de conscrits, pire.
incorporée an XII dans
le 92e de ligne.
99 Sambre - et- 123e ancienne. Incorporé all XII Numéro va-
Meuse. 172e ancienne. dans le 62 de ligne. cant sous l'em-
pire.
388
NUMÉROS HISTOIRE
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùjelles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
6e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
100 Rhin-et-Mo- 203e ancienne (volon- 1er, 2e et 3e bataillons 1816 à la forma-
selle. taires). du 118e formé en 1808 tion de la légion
et le se bataillon du de la Haute-Mar-
17e léger. ne.
Prend en 1814 le no
81, redevient 100e en
1815.
101 Intérieur . N'a pas été formée en Formée an VII, de Concourt en
1796 . noyaux fournis par les 1816 à la forma-
38e et 80e de ligne et tion de la légion
20e légère , reçoit en des Deux-Sèvres.
1814 le 4e bataillon du
116e formé en 1808.
Prend en 1814 le no
82, redevient 101e en
1815.
1er bataillon du 30e ré- Reçoit en 1814 le Se Concourt en
giment ancien. bataillon du 118e de 1816 à la forma-
1er bataillon du 99e ré- ligne formé en 1808. tion de la légion
giment ancien. Prend en 1814 le nodes Landes.
4e bataillon de Paris. 83, redevient 102e en
102 Sambre - et- 7e bataillon de Rhône- 1815.
Meuse. et-Loire.
1er bataillon du Haut-
Rhin.
3e bataillon du Bas-
Rhin.
86e ancienne . Reçoit en 1814 les Concourt en
103 Rhin-et-Mo- 162e ancienne. 1er et 2e bataillons du 1816 à la forma-
selle. 120e de ligne formé en tion de la légion
1808. de la Meurthe.
Prend en 1814 le no
84, redevient 103e en
1815 .
N'a pas été formée en Formée an vii, de Concourt en
104 Intérieur. 1796. détachements des 74e 1816 à la forma-
et 114e anciennes, in- tion de la légion
corporée an XII dans le de la Haute-
11e de ligne , rétablie Saône.
en 1804, reçoit en 1814
le 3e bataillon du 137e
de ligne, formé en
1813 avec les cohortes.
Prend en 1814 le no
85, redevient 104e en
1815.
NUMEROS DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 389
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùellesfurent nouvelles demi-bri- Observations.
successives.
formées. gades.
9e ancienne. Reçoit en 1814 le 3e Concourt en
105 Sambre - et- 1er bataillon de la 149e bataillon du 127e de 1816 à la forma-
Meuse. ancienne. ligne formé en 1811 de tion de la légion
troupes hanovriennes de la Haute- Vien-
Prend en 1814 le no ne.
86, redevient 105e en
1815.
35e ancienne. Reçoit en 1814 le 4e Concourt en
106 Rhin-et-Mo- 201e ancienne (volon- batailon du 120e de li- 1816 à la forma-
selle. taires). gne formé en 1808. tion de la légion
Prend en 1814 le no des Bouches-du-
87, redevient 106e en Rhône.
1815.
107 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an vII, des Concourt en
1796. détachements du 26e et 1816 à la forma-
105e de ligne, incor- tion de la légion
porée an XII dans le 15e de la Seine-Infé-
de ligne, rétablie en rieure.
1804. Reçoit en 1814 le
149e et les 3e et 4e
bataillons du 153e for-
més en 1813 avec les
cohortes.
Prend en 1814 le no
88, redevient 107e en
1815.
Sambre - et- 26e ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt eu
108 132e ancienne. 4e et se bataillons du 1816 à la forma-
Meuse. 127e et le 129e de li- tion de la légion
gne, formés en 1811 de la Seine-Infé-
des troupes hanovrien- rieure.
nes.
Prend en 1814 le no
89, redevient 108e en
1815 .
74e ancienne. Incorporée an XII Numéro va-
109 Rhin-et-Mo- 205e ancienne (volon- dans le 21e de ligne. cant sous l'em-
selle. taires). pire.
110 Intérieur. N'a pas été formée en Formée an vii de déta- Numéro va-
1796. chements des 34e et 50e cant sous l'em-
de ligne et de conscrits, pire.
Incorporés an XII, le
1er bataillon dans le
55e et les 2e et 3e ba-
taillons dans le 86e.
390 HISTOIRE
INFANTERIE LÉGÈRE.
INICIA
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùelles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
Nord. 14e légère ancienne. Concourt en
1816 à la forma-
tion de la légion
des Hautes-Py-
rénées.
21e légère ancienne Concourt en
(volontaires). 1816 à la forma-
compagnie franche de tion de la légion
2 Sambre -et- Seine-et-Marne. d'Eure-et-Loir.
Meuse. Eclaireurs de la 23e lé-
gère ancienne ( vo-
lontaires).
7e légère ancienne. Reçoit en 1804 les ge Concourt en
3 Rhin-et-Mo- 15e légère ancienne et se bataillons de la 1816 à la forma-
selle. (volontaires). 19e légère. En 1814 tion de la légion
les 1er et 7e bataillons des Basses-Py-
du 21e léger, et le 31e rénées.
léger, formé an x avec
les troupes piémon-
taises.
se légère ancienne. Reçoit en 1814 les Concourt en
1er bataillon de la 52e 1er, 2e et 6e bataillons 1816 à la forma-
de ligne ancienne. du 23e léger. tion de la légion
4 Italie. 5e bataillon de l'Isère. de la Gironde.
1er de la Charente.
Bataillon de Nyons
(Drôme).
to-aids
Alon
1er bataillon de la 6e Reçoit en 1814 le Concourt en
légère ancienne. 37e léger, formé en 1816 à la forma-
22e légère ancienne 1813 avec les hommes tion de la légion
1er et 3e bataillons de de la réserve. de la Manche.
la 55e de ligne an-
Alpes. cienne.
210e de ligne ancienne
(volontaires).
2e bataillon de la se
provisoire (volontai-
res).
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 391
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
19e légère anclenne Reçoit en 1814 le 24e Concourt en
(volontaires). léger. 1816 à la forma-
Chasseurs de Saône-et- tion de la légion
Loire. de l'Aube.
2e bataillon des chas-
seurs réunis.
Bataillon de chasseurs
de Paris.
Bataillon de chasseurs dubalahd
de la Charente.
6e bataillon de Paris
(pour la Vendée).
6 bataillon de Paris Adne ob ghar
Côtes de l'O- 9e(Saint-Laurent).
céan. 11e bataillon de Paris lesl
(de la République).
2e bataillon du Mor-
bihan.
se bataillon de la for-
mation d'Orléans.
Compagnie franche
de chasseurs d'E-
vreux.
Compagnie franche de
grenadiers des Côtes-
du-Nord.
abelllated/ 951 RI
20e légère ancienne Reçoit an xi le 200 Concourt en
(volontaires) . léger, en 1814 les 5e 1816 à la forma-
Demi-brigade des Au- et 6e bataillons du 21e tion'de la légion
rois. léger et le 26e léger. du Cher.
ter bataillon de la
demi - brigade du
Jura et de l'Hérault.
7 Intérieur. Demi - brigade de lamellid
Sarthe.
2e bataillon du Pan-
théon (Paris).
1er bataillon de Saint-
Amand (Nord). O ab 363
Bataillon deJemmapes.
30e légère ancienne Reçoit en 1814 les Concourt en
(volontaires). 3e et 4e bataillons du 1816 à la forma-
se bataillon des réser- 18e léger et le 34e tion de la légion
8 Nord. ves. léger formé en 1810. des Pyrénées-
Bataillon de l'Egalité Orientales.
(Seine Inférieure ).
1er bataillon de tirail- alb moltiaid ship
leurs,
392 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où elles furent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
9 Sambre-et- 9e légère ancienne. Concourt en
Meuse. 1816 à la forma-
tion de la légion
des Ardennes.
17e légère ancienne Reçoit en 1814 les Concourt en
(volontaires). 1er, 2e et 3e bataillons 1816 à la forma-||
20e bis légère (volont.). du 17e léger et le 25e tion de la légion
154e de ligne ancienne. léger. du Bas-Rhin.
10 Rhin-et-Mo- 3e bataillon de la demi-
selle. brigade des Landes. |
5e bataillon de chas-
seurs à pied de l'ar-
mée du Nord.
1er bataillon de l'Aube.
11 Italie. se légère ancienne. Supprimée en 1798, Concourt en
réorganisée en 1799 1816 à la forma-
avec des détachements tion de la légion
des 9e et 24e légères, d'Ille -et-Vilaine.
incorporée en1804dans
le se léger, réorganisée
en 1811 avec des ba-
taillons italien , corse,
et valaisan.
Reçoit en 1814 le 29e
léger et la légion
corse.
2e légère ancienne. Reçoit en 1814 le Concourt en
Alpes.
124
1er bataillon de la 2e 16e léger et les 2º, 4e et 1816 à la forma-
provisoire (volontai- 6e bataillons du 28e tion de la légion
res). léger. du Gers.
Demi-brigade de Paris Reçoit en 1814 le Concourt en
et des Vosges. 27e léger et les 1er, 3e 1816 à la forma-
1er et 2e bataillon du et se bataillons du 28e tion de la légion
84e régiment ancien. léger. de la Vienne.
2e bataillon de tirail-
leurs.
17e bataillon de chas-
seurs ( Haute - Ga-
ronne).
22e bataillon de chas-
13 Côtes de l'O- seurs (légion germa-
céan .é nique).
23e bataillon de chas-
seurs (Bardou).
5e bataillon de l'Unité
(Paris).
2e et 3e bataillons de
Fédérés.
3e et 11e bataillons del
la formation d'Or-
léans.
6e bataillon de la Côte-
d'Or.
•
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 393
NUMÉROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent nouvelles demi- bri- Observations.
successives.
formées. gades.
11e légion des Reçoit en 1814 les Concourt en
Francs . 5e et 6e bataillons du 1816 à la forma-
14 Intérieur. Partie de la 108e de li- 18e léger, formé en tion de la légion
gne ancienne . 1808 de troupes tos- de la Drôme .
Partie de la 139e de canes.
ligne ancienne.
15 Demi-brigade de tirail- Reçoit en 1814 les Concourt en
Nord.
leurs (volontaires ) . 3e, 4e et se bataillons 1816 à la forma-
du 23e léger. tion de la légion
12e légère ancienne. Reçoit an xi la 29e de la Haute-
23e légère ancienne légère. Vienne .
16 Sambre-et- (volontaires ). Incorporée en 1814
Meuse. 3e bataillon de la 204e dans le 12e léger.
de ligne ancienne
(volontaires).
1re légère ancienne. Incorporée en 1814
32e légère ancienne les 1er, 2e et 3e batail-
17 Italie. (volontaires). lons dans le 10e leger,
Corps d'infanterie lé- le 4e bataillon dans
gère formé à l'armée le 57e de ligne et le 5e
d'Italie. bataillon dans le 100e1
de ligne.
зe bataillon de la 180e Incorporée en 1814,
de ligne ancienne. les 1er et 2e bataillons
18 Alpes. 200e de ligne ancienne dans le 350 de ligne,
(volontaires). les 3e et 4e bataillons
12e provisoire (volon- dans le 8e léger, les 5e
taires). et 6e bataillons dans le
14e léger.
19 Côtes de l'O- N'a pas été formée en Formée anvii de par-
céan. 1796. tie de la 31e division
de gendarmes à pied,
de détachements des
3e et 6e légères, de
partie du зe bataillon
de l'Aisne, partie de
l'ancienne 141e de li-
gne et d'une demi-
brigade étrangère.
Incorporée en 1814
dans le 1er léger.
20
20 Sambre-et- 10e légère ancienne. Incorporéeanxu dans Numéro va-
Meuse. le 7e léger. cant sous l'em-
pire.
4e légère ancienne. Incorporée en 1814,
16
21 Rhin-et-Mo- 14e légère bis ancienne. les 1er et 7e bataillons
selle. 2te légère bis ancienne. Į dans le 3e léger, les 2e
3e et 4e dans le 46e de
ligne, les 5e et 6 dans
le 7e léger.
394
NUMÉROS HISTOIRE
ARMÉES COMPOSITION MOIT
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
16e légère ancienne. Incorporée en 1814
52e de ligne ancienne. dans le 35e de ligne.
726
22 Italie. se bataillon des Basses-
Alpes.
11e bataillon de l'Ain.
18e légère ancienne. Incorporée en 1814,
3e bataillon de la demi- les 1er, 2e et 6e batail-
brigade de Lot-et- lons dans le 4e léger,
158 Landes. et les 3e, 4e et se dans
1er bataillon de la 7e le 15e léger.
provisoire.
2e bataillon de Seine-
86
23 Alpes. et-Oise. Al 50 mettiala
Bataillon de Saint-De- oda ang
nis.
4e bataillon de l'Hé-
rault.
Grenadiers de la demi-
brigade de la Sarthe.
5e légère ancienne. Incorporée en 1814
Demi-brigade des chas- dans le 6e léger.
seurs de montagnes. molltend
1er bataillon des chas- org ch
seurs francs de ab og
Mayenne.
ter bataillon des chas-
seurs de Cassel,
26
24 Côtes de l'O- зe bataillon des Ar-
céan. dennes.
Légion nantaise.
Chasseurs du Mont-
des-Chats.
2e bataillon des chas-
seurs francs duNord.
Partie de la 169e de
ligne ancienne.
25 Sambre-et- 13e légère ancienne. Reçoit an xi la 80e
Meuse. légère. Incorporée en
1814 dans le 10e léger.
1er bataillon des chas- Incorporée en 1814
seurs de la Meuse. dans le 7e léger.
Bataillon des chas-
seurs du Rhin.
6e bataillon des chas- ie rondl
26 Rhin-et-Mo- seurs du Nord. and late --
selle. 1er batail lon de la siglate
légion des Alpes.
2e bataillon de l'Al-
lier.
9e bataillon de l'Ain.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 395
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
oùelles furent nouvelles demi-bri- Observations.
successives.
formées. gades.
Demi-brigade des Al- Incorporée en 1814
lobroges. dans le 13e léger.
15e légère ancienne.
2e bataillon de la 52e
de ligne ancienne.
27 Italie. 11e provisoire (volont.)
1er bataillon des tirail-
leurs des Alpes.
Grenadiers du 1er ba-
taillon des Gravil-
liers (Paris).
Demi-brigade de l'Ar- Incorporée en 1814
dèche. les 1er, 3e et se batail-
Demi-brigade de Gers- lons dans le 13e léger,
et-Gironde. les 2e, 4e et ce dans le
Demi-brigade de Gers- 12e léger.
et-Bayonne.
Demi-brigade de Gi-
ronde et Lot-et-
Garonne.
1er et 2ebataillons d'in-
fanterie légère.
4e bataillon de la Dor-
dogne.
31e bataillon des ré-
28 Côtes de l'O- serves.
céan. 5e bataillon de la Cha-
rente-Inférieure.
1er bataillon de Paris
pour la Vendée.
Bataillon de Chinon
(Indre-et-Loire).
12e bataillon de la
Haute-Saône.
14e bataillon de la for-
mation d'Orléans.
4e bataillon de Maine-
et-Loire.
2e bataillon de Saint-
Amand (Nord.
2e et 3e bataillons de la Incorporée an XII
6e légère ancienne. dans le 16e léger, ré-
1 8e légère bis ancienne tablie en 1811.
(volontaires). Incorporée en 1814
29 Italie. Demi-brigade de la dans le 11e léger.
Haute-Saône.
1er bataillon d'Apt
(Bouches -du - Rhô-
ne).
396 HISTOIRE
NUMEROS
ARMÉES COMPOSITION
des INCORPORATIONS
.
où ellesfurent Observations.
nouvelles demi-bri- successives.
formées. gades.
Demi - brigade de la Incorporée an XII cant Numéro va-
sous l'em-
Dordogne. dans le 25e léger.
Зе bataillon de la pire.
Nièvre.
se bataillon de la
Somme.
3e bataillon des Vos-
ges.
2e bataillon de la
Haute-Saône.
3e bataillon de Lot-et-
30 Côtes de l'O- Garonne.
céan. 10e bataillon du Var.
3e bataillon de la Cha-
rente-Inférieure.
ge bataillon de la
Sarthe.
6e bataillon du Nord.
1er bataillon de Cam-
brai.
2e bataillon de la lé-
gion des Ardennes.
1er bataillon du Nord.
Au 1er avril 1814 , au moment de la chute de l'empire ,
l'infanterie se composait , indépendamment de 35 régi-
ments de la vieille et de la jeune garde , de 135 régi-
ments d'infanterie ( il y avait 21 numéros vacants sur
156) et de 35 régiments d'infanterie légère (il y avait 2
numéros vacants sur 37) . L'infanterie comptait encore
4 régiments suisses , 4 étrangers , 4 polonais, 3 portugais ,
1 espagnol, 1 illyrien et 6 croates .
Après l'abdication de l'empereur ( 11 avril ) ,
Louis XVIII s'occupa de réorganiser une armée . Dès le 12
mai 1844 parut une ordonnance qui réduisait le nombre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 397
des régiments d'infanterie de ligne à 90 et celui des
régiments d'infanterie légère à 15 .
Les 90 régiments d'infanterie de ligne furent formés
des 111 premiers régiments de l'empire , qui prirent,
suivant leur ancienneté, les numéros de la série natu-
relle , comblant ainsi les vides qui y existaient . Les ré-
giments portant les numéros de 112 à 156 furent incor-
porés dans les autres .
Les 15 régiments d'infanterie légère furent les 15
premiers régiments de l'empire dans lesquels ceux
portant les numéros de 16 à 37 furent incorporés .
Mais pendant que le nouveau gouvernement organi-
sait ainsi l'armée sur de nouvelles bases , l'empereur dé-
barquait à Cannes et franchissait en quinze jours la dis-
tance qui le séparait de Paris . L'armée se rallia
autour de son ancien chef et reprit avec la cocarde tri-
colore ses anciennes dénominations . Les régiments d'in-
fanterie conservés par l'organisation du 12 mai repri-
rent les numéros sous lesquels ils avaient combattu: On
n'eut pas le temps de rétablir les autres .
Après Waterloo , les débris de l'armée rejetés der-
rière la Loire furent licenciés , et l'on ne conserva des
anciens corps que les conseils d'administration et quel-
ques vieux soldats qui n'avaient pas d'autre famille que
le régiment .
La restauration voulut alors reconstituer l'armée sur
des bases toutes nouvelles et qui détruisissent l'ancien
esprit de corps .
L'infanterie fut formée de 86 légions départementales ,
398 HISTOIRE
numérotées suivant l'ordre alphabétique . On laissa d'a-
bord au dehors la légion de la Corse ; mais le département
du Mont-Blanc ayant été distrait du territoire français ,
la légion de la Corse prit plus tard le n° 54 qui apparte-
nait au Mont-Blanc .
Les dépôts des régiments d'infanterie de ligne li-
cenciés , numérotés de 1 à 108 , et ceux des 15 régiments
d'infanterie légère , furent envoyés dans les chefs-lieux
de départements pour concourir à la formation des lé-
gions départementales et leur servir de noyau, et l'or-
ganisation légionnaire fut exécutée de la manière sui-
vante :
NUMÉROS FORMÉES VERSÉES EN 1820
NOMS DES LÉGIONS.
des légions du dans le
1251567
Ain . ge de ligne . 1er de ligne .
Aisne , 52° de ligne . 2º de ligne.
Allier. 65° de ligne. 3º de ligne .
4 Alpes (Basses- ) . 69º de ligne. 2º léger.
Alpes ( Hautes-) . 19º de ligne . 5 léger.
Ardèche . 21º de ligne. 4° léger.
Ardennes. 9° léger. 1er léger.
Arriége . 52º de ligne. 5º léger.
9 Aube. 6e léger. 4º de ligne.
10 Aude. 10° et 81 ° deligne. 41 de ligne.
11 Aveyron. 39° de ligne. 5º de ligne.
12 Bouches-du-Rhône 106° de ligne. 6º de ligne.
13 Calvados. 15 de ligne. 7e de ligne.
14 Cantal . 25º de ligne. 8° de ligne.
15 Charente. 30º de ligne. 42 de ligne .
16 Charente-Infér. 82° et 92° de ligne 45 de ligne.
17 Cher. 24° de ligne et 7° 9° de ligne.
léger.
18 Corrèze. 42e de ligne. 10° de ligne.
19 Côte d'Or. 14º de ligne . 11º de ligne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 399
NUMÉROS FORMÉES VERSÉES EN 1820
NOMS DES LÉGIONS .
des légions de dans le
20 Côtes-du-Nord. 17º de ligne . 12º de ligne.
2223248N
21 Creuse. 54º de ligne. 6e léger.
Dordogne. 44° de ligne. 13º de ligne.
25 Doubs. 40º de ligne . 44 de ligne.
Drôme. 15 de ligne et 14° 5 ° de ligne .
CHERR
léger.
25 Eure. 43e de ligne. 14º de ligne.
26 Eure-et-Loir. 2º léger. 45º de ligne.
AN
AR
27 Finistère. 47 et 86° de li- 15° de ligne.
gne .
28 Gard . 11. de ligne. 16° de ligne .
29 Garonne (Haute-) . 29 et 79° de li- 17 de ligne.
gne.
50 Gers . 12€ léger. 18e de ligne.
31 Gironde. 66 de ligne et 4° 19° de ligne.
léger .
32 Hérault. 62 de ligne. 20º de ligne.
55 Ille-et-Villaine. 11 léger. 21º de ligne.
54 Indre. 4º et 95° de ligne . 9° de ligne.
55 Indre-et-Loire. 27 et 56 de ligne . 46° de ligne .
36 Isère. 53° de ligne. 22º de ligne.
37 Jura. 46° de ligne. 7° léger.
38 Landes. 102 ° de ligne. 18 de ligne .
39 Loir-et-Cher. 33°de ligne. 47° de ligne .
40 Loire. 20º de ligne. 8eléger.
41 Loire (Haute-) . €7° de ligne. 9e léger.
42 Loire-Inférieure. 65° de ligne. 23 de ligne .
43 Loiret. 22e de ligne. 48° de ligne.
44 Lot . 48° de ligne. 49° de ligne.
**
45 Lot-et-Garonne. 2º de ligne. 50° de ligne.
46 Lozère. 93° de ligne. 10º de ligne.
47 Maine-et-Loire. 18e de ligne . 24º de ligne.
♡
48 Manche . 61 ° de ligne et 5° 25° de ligne.
léger.
GoFNAND
49 Marne. 55 de ligne . 51°de ligne.
50 Marne (Haute-). 100 de ligne. 11º léger.
51 Mayenne. 64e de ligne. 12 léger.
52 Meurthe. 105° de ligne. 52º de ligne.
55 Meuse. 28° de ligne. 55º de ligne.
54 Corse. Chasseurs corses . 10c léger.
55 Morbihan . 70° et 75° de ligne . 26° de ligne.
400 HISTOIRE
NUMÉROS FORMÉES VERSÉES EN 1820
NOMS DES LÉGIONS.
des légions du dans le
BARCUS
56 Moselle. 96º de ligne. 27° de ligne.
57 Nièvre. 76º de ligne. 5º de ligne.
58 Nord. 56e de ligne. 28° de ligne .
59 Oise. 45º de ligne. 30° de ligne.
60 Orne 59' de ligne. 51° de ligne.
61 Pas-de-Calais. 88" de ligne . 32°e de ligne.
62 Puy-de-Dôme. 3 et 7° de ligne . 35° de ligne.
65 Pyrénées ( Basses- ) .
94 de ligne et 3 13 léger.
léger.
$5
64 Pyrénées (Hautes- ) 1er léger . 14º léger .
65 Pyrénées ( Orienta- 8 de ligne et 8 15 léger.
les). léger.
2508 RFNPNP
66 Rhin ( Bas- ). 10° léger. 34° de ligne.
67 Rhin ( Haut-). 57º de ligne. 35° de ligne.
68 Rhône. 1er de ligne 54° de ligne.
69 Saône (Haute-). 104 de ligne. 16c léger.
70 Saône-et- Loire. 5º de ligne. 36° de ligne.
71 Sarthe. 50° de ligne. 37° de ligne.
72 Seine. 12 ° de ligne. 55 de ligne.
73 Seine-et-Marne. 85 de ligne. 56 de ligne.
74 Seine-et-Oise. 54 de ligne. 38° de ligne .
75 Seine-Inférieure. 107 et 108 de li- 39° de ligne.
gne.
:
76 Sèvres ( Deux-). 37 et 101 de li- 4 de ligne .
gne .
FAR
77 Somme. 72º de ligne. 40º de ligne.
78 Tarn . 6º de ligne. 57° de ligne.
79 Tarn-et-Garonne. 60 de ligne. 58 de ligne.
80 Var. 84º de ligne . 17º léger.
81 Vaucluse. 16 et 55 de li- 18 léger.
gne.
82 Vendée. 26 de ligne. 8e de ligne.
85 Vienne. 51° de ligne et 13º 59° de ligne.
léger.
84 Vienne (Haute-). 105 de ligne et 19 léger.
15º lėger.
1000
85 Vosges. 58º de ligne. 20€ léger.
86 Yonne. 23 de ligne. 60° de ligne.
DE L'ANCIENE INFANTERIE FRANÇAISE . 401
Chacune de ces légions devait avoir 3 bataillons , dont 2
de ligne et de chasseurs à pied , et 3 cadres de compagnies
formant dépôt . Il devait y avoir aussi par légion 1 com-
pagnie d'éclaireurs à cheval et 1 compagnie d'artillerie .
Mais l'occupation d'une grande partie du territoire
par les armées étrangères, le besoin d'économies et la
défiance qu'inspiraient au gouvernement les militaires
de l'ancienne armée , firent prendre le parti de ne former
d'abord qu'un bataillon` de ligne dit bataillon de gar-
nison et un dépôt qui resta au chef-lieu du département
de la légion .
Lorsqu'en 1818 le départ des alliés fitsonger à augmen-
ter l'effectif de l'armée et qu'on appela 80,000 hommes
des classes de 1816 et 1817 , on voulut former toutes les
légions sur le même pied , en mêlant les contingents dé-
partementaux : mais des habitudes guerrières et la mi-
sère ayant porté un grand nombre d'hommes à devancer
l'appel et à profiter du bénéfice de l'ordonnance pour
prendre du service dans la légion de leur département ,
l'égalité fut rompue, et le ministre se décida à diviser les
déparments en quatre classes suivant leur population .
Il en résulta cette nouvelle organisation :
Huit départements eurent deux légions à 3 bataillons ,
3 eurent une légion de 4 bataillons , 48 une légion à 3
bataillons , et 27 une légion à 2 bataillons . Dix de ces
dernières furent organisées en infanterielégère . C'étaient
celles des départements montagneux . Les légions à 3 ct
à 4 bataillons n'eurent qu'un seul bataillon de chasseurs
à pied ; celles à 2 bataillons n'en eurent pas .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. TOM. I. 26
402 HISTOIRE
Les départements qui eurent deux légions étaient :
Nord, Manche, Pas-de-Calais , Côtes- du-Nord , Ille - et-
Vilaine, Seine, Seine-Inférieure et Gironde .
Les légions légères furent celles des départements des
Basses-Alpes , des Hautes-Alpes , de la Creuse , de la Corse,
des Hautes-Pyrénées, des Pyrénées-Orientales, de la
Haute-Vienne, du Jura , et des Vosges .
L'ensemble de l'infanterie présentait un total de 94
légions et de 258 bataillons.
Cette organisation fut changée dès le 23 octobre 1820 .
Les considérants du rapport du ministre Latour - Mau-
bourg renferment quelques observations dignes de fixer
l'attention .
Après avoir reconnu que la formation par départe-
ments a facilité l'exécution de la loi du 10 mars 1818 sur
le recrutement, il signale l'inégalité de taille et de force
des hommes , l'inégalité d'intelligence et d'instruction
pour les candidats : la différence de langage et d'habitudes
qui isolent trop les uns des autres les différents corps
et peuvent altérer l'harmonie qui doit régner entre eux .
Ces causes sans cesse agissantes tendent à former des
corps provinciaux et non pas une infanterie homogène
et nationale .
A la guerre un événement malheureux peut peser
sur un seul département et rendre pour longtemps im-
possible la réorganisation de la légion, etc.
L'ordonnance du 23 octobre 1820 réorganisa l'infan-
terie en 80 régiments , dont 60 de ligne et 20 d'infanterie
légère .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 403
Ces régiments furent formés au moyen des légions de
la manière suivante :
INFANTERIE DE LIGNE.
NUMÉROS NUMÉROS
FORMÉS DE LA LÉGION FORMÉS DE LA LÉGION
des ré- des ré-
de de
giments. giments.
12
2285
Ain. Nord.
3
Aisne. 29 Nord bis.
Allier. 30 Oise.
Nièvre. 31 Orne.
Aube. 32 Pas-de-Calais .
597
4 Deux-Sèvres . 53 Puy-de-Dôme,
Aveyron. 34 Bas-Rhin.
Drôme . 35 Haut-Rhin .
FAN222222
36
AMELEON
6 Bouches-du-Rhône. Saône-et-Loire.
Calvados. 37 Sarthe.
Cantal. 58 Seine-et-Oise.
∞
Vendée . 59 Seine-Inférieure.
Cher. 40 Somme.
9 Indre.
41 Aude .
10 Corrèze. Ille-et-Vilaine bis.
22
Lozère. 42 Charente.
A
11 Côte d'Or. Charente-Inférieure .
12 43
Côtes-du-Nord. Manche bis.
13 Doubs.
420
Dordogne. 44
14 Eure. Pas-de-Calais bis.
15 Finistère . 45 Eure- et-Loir.
16 Gard . 46 Indre -et-Loire.
17 Haute-Garonne. 47 Loir-et-Cher,
Gers. Seine bis.
18 48
Landes . Loiret.
19 Gironde. Lot.
9
49
20 Hérault. Gironde bis.
21 Ille-et-Vilaine. Lot-et-Garonne.
8 58685
50
Isère. Seine-Inférieure bis.
23 Loire-Inférieure. 51 Marne.
24 Maine-et-Loire. 52 Meurthe.
25 Manche. Meuse.
26 Morbihan. 54 Rhône.
27 Moselle. Seine.
404 HISTOIRE
NUMÉROS NUMEROS
FORMÉS DE LA LÉGION FORMES DE LA LÉGION
des ré- des ré-
de de
giments. giments.
56 Seine-et-Marne. 59 Vienne .
57 Tarn . Côtes-du-Nord bis.
58 Tarn-et-Garonne. 60 Yonne.
INFANTERIE LÉGÈRE .
12
1234567840
Ardennes. 11 Haute-Marne.
Basses- Alpes. 12 Mayenne.
Hautes - Alpes. 13 Basses-Pyrénées .
Ardèche. 14 Hautes-Pyrénées .
Arriége. 15 Pyrénées-Orientales.
Creuse. 16 Haute-Loire.
Jura. 17 Var.
Loire. 18 Vaucluse.
9 Haute-Loire. 19 Haute-Vienne.
Corse. 20 Vosges.
A ces régiments vinrent s'en ajouter le 2 février 1823
4 nouveaux qui prirent rang à la suite des régiments
de ligne avec les numéros 61 , 62 , 63, et 64. Après la
révolution de juillet , le 17 août 1830 , on forma les 65º et
66º de ligne avec les débris de la garde royale .
Le régiment étranger de Hohenlohe naturalisé en
⚫ masse devint le 21 léger le 5 janvier 1834 .
Le 4 mai de la même année les volontaires parisiens
formèrent le 67° régiment d'infanterie de ligne .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 405
Enfin en 1840 , une ordonnance du 29 septembre créa
8 nouveaux régiments d'infanterie de ligne qui prirent
les numéros de 68 à 75 , et 4 régiments d'infanterie légère
qui prirent les numéros de 22 à 25 .
10 bataillons de chasseurs à pied furent formés le 28
septembre de la même année.
Telle est actuellement en 1848 la composition de l'in-
fanterie régulière , 100 régiments , dont 75 de ligne et
25 d'infanterie légère , et 10 bataillons de chasseurs à
pied, auxquels on peut ajouter 2 régiments de la légion
étrangère, 1 régiment de zouaves , 3 bataillons de tirail-
leurs indigènes et 3 bataillons d'infanterie légère, corps
spécialement affectés au service de l'Afrique.
FIN .
TABLE DES MATIÈRES .
PRÉFACE.
CHAPITRE PREMIER.
Etat de l'infanterie depuis l'origine de la monarchie jusqu'au règne
de Louis le Gros. Gaulois, Francs ; service à pied sous les deux
premières races. Influence de la féodalité sur le service à pied .
Anéantissement du service à pied . Origine du mot infanterie. 1
CHAPITRE II.
Milices des communes . Corporations d'arbalétriers et d'archers. Mi-
•
lices féodales. Roultiers. Service à pied au XIIIe siècle. Influence des
croisades sur le service à [Link] maîtres des arbalétriers. 16
CHAPITRE III.
Etat du service à pied au XIVe siècle. Mercenaires étrangers. Grandes
compagnies . XVe siècle. Première institution des francs archers en
1448. Deuxième institution des francs archers en 1469 . 35
CHAPITRE IV.
Infanterie suisse . Première capitulation avec les cantons. Création
des bandes françaises permanentes, dites de Picardie. Etat du ser-
vice à pied au commencement du XVIe siècle . Création des bandes
permanentes de Piémont. 62
CHAPITRE V.
Influences de la renaissance et de l'état de guerre permanent sur les
TABLE DES MATIÈRES . 407
progrès de l'infanterie. Troupes étrangères. Rétablissement de la
milice des francs archers. Création des légions provinciales. 76
CHAPITRE VI .
Division des bandes. Vieilles bandes de Picardie. Vieilles bandes de
Piémont. Bandes nouvelles. Etat des bandes. Capitaine et capitaine
général, colonel et colonel général . Mestre de camp et mestre de
camp général . Régiment . Rétablissement des légions. 98
CHAPITRE VII.
Etat des vieilles bandes sous François II . Premier essai d'organisa-
tion régimentaire en 1561. Première institution des Gardes
françaises en 1563. Première institution des Gardes suisses en
1567. Deuxième essai d'organisation régimentaire en 1567. Ins-
titution définitive des régiments en 1569. 142
CHAPITRE VIII .
Etat de l'infanterie à la fin du XVIe siècle . Grades et composition
des régiments. Vieux corps et régiments nouveaux . Recrutement.
Solde. Passe-volants. Discipline . Justice militaire. Habillement,
armement et équipement. Tactique. Troupes étrangères . 172
CHAPITRE IX.
Etat de l'infanterie depuis le commencement du dix-septième siècle
jusqu'à la paix des Pyrénées . Améliorations introduites sous le rè-
gne d'Henri IV . Garnisons. Règne de Louis XIII . Drapeaux blancs.
Essais de tenue uniforme . Bataillon. Baïonnette . Fusil . 208
CHAPITRE X.
Etat de l'infanterie sous le règne de Louis XIV. Suppression de la
charge de colonel général . Conséquences de cette mesure. Rang
des régiments. Grenadiers. Uniforme. Armement. Création du
corps royal de l'artillerie. Milices . Troupes légères. Nouveaux ré-
giments de 1702 . 227
408 TABLE DES MATIÈRES .
CHAPITRE XI.
Tableau de l'infanterie au commencement du règne de Louis XV.
Classement des régiments en diverses catégories . Régiments des
Gardes, vieux , petits-vieux, royaux , des princes , de gentilshommes ,
à prévôté. Régiments étrangers. [Link]. Milices . 259
CHAPITRE XII.
Modifications survenues de 1740 à 1774 dans la constitution de l'in-
fanterie. Influence de l'école allemande. Troupes légères ; grena-
diers de France et grenadiers royaux . Infanterie des colonies. 282
CHAPITRE XIII .
Améliorations apportées dans l'état de l'infanterie de 1774 à 1789 .
Etat de cette arme au moment de la révolution . Volontaires natio-
naux . Esprit de l'armée à cette époque . Causes de la destruction des
anciens régiments d'infanterie. 306
CHAPITRE XIV .
Tableaux indiquant ce que sont devenus les anciens corps. Organisa-
tion de 1794. Organisation de 1796. Organisation de 1814. Organi-
sation de 1815. Organisation de 1816. Organisation de 1820. 336
FIN DE LA TABLE .
کناره
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