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HISTOIRE
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L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
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Paris, Imp. de H. Vrayet de Surcy et C , rue de Sèvres, 37,
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HISTOIRE
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DE L'ANCIENNE
INFANTERIE FRANÇAISE .
PAR LOUIS SUSANE ,
Chef d'escadron d'artillerie.
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1894 TOME CINQUIÈME,
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PARIS ,
LIBRAIRIE MILITAIRE , MARITIME ET POLYTECHNIQUE
DE J. CORRÉARD ,
LIBRAIRE-ÉDITEUR ET LIBRAIRE-COMMISSIONNAIRE,
Rue Christine, 1 .
1851 .
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HISTOIRE LY DE
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DE
L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE.
DEUXIÈME PARTIE.
NOTICES HISTORIQUES DES RÉGIMENTS SUR PIED EN 1789 .
RÉGIMENT DE DAUPHINÉ.
BIBLIOT
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HÈQU
LYON
38° RÉGIMENT D'INFANTERIE .
189 *
THE Je vous ai vu combattre à Weissenfels.
DE LA LE MARQUIS DE CRILLON.
VILLE DE
LYON MESTRES DE CAMP OU COLONELS .
1. Marquis DE NETTANCOURT ( Louis ) , 26 octobre 1629.
2. Comte DE NETTANCOURT DE VILLERS (Claude) , 7 juin 1638 .
3. Comte DE NETTANCOURT DE VILLERS (Louis ) , 14 avril 1645 .
4. Marquis DE DAMPIERRE ( Henri du Val ) , 18 décembre 1652 .
5. Comte DE DAMPIERRE ( Henri du Val ) , 30 septembre 1669 .
6. Duc D'HUMIÈRES ( Louis -François d'Aumont ) , 12 mars 1689 .
7. Marquis DE CHAROST ( Louis -Joseph de Béthune ) , 9 fé-
vrier 1702.
8. Chevalier DE BETHUNE ( Michel-François ) , 1er octobre 1709 .
9. Marquis DE SAILLANT ( Charles-François d'Estaing ) , 2 avril
1712.
10. Comte DE NOAILLES ( Philippe ) , 10 mars 1734 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V.
2 HISTOIRE
11. Marquis DE CUSTINES ( Marc- Antoine ) , 29 juin 1744.
12. Marquis DE SAINT-CHAMOND ( Charles-Louis -Auguste de La
Vieuville ) , 1er février 1749 .
13. Comte DE ROSEN ( Eugène-Octave- Augustin ) , 11 mai 1762 .
14. Vicomte DE PONS (Charles-Armand-Augustin), 3 janvier 1770.
15. Marquis DE MAC-MAHON ( Charles- Laure ) , 10 mars 1788 .
16. LE BOEUF ( Charles ) , 23 novembre 1791 .
17. DE LA GARDIOLLE (Charles-Philibert de Lacour) , 13 mai 1792.
Ce régiment , comme celui de Guyenne , était
d'origine lorraine et avait eu pour fondateur un
membre de la famille de Nettancourt . Levé , en vertu
d'un ordre du 26 octobre 1629 , par le marquis Louis
de Nettancourt , capitaine au régiment de Vaube-
court , au moment où Louis XIII armait contre le
duc de Savoie , il ne prit toutefois aucune part à la
guerre qui eut lieu sur les Alpes en 1630 , et fit ses
premières armes , en 1631 , au siége de la citadelle-
de Verdun . En 1633 , il servit au siége de Nancy , et
en 1634 il contribua à la prise de Bitche , de La
Mothe , de Saverne et d'Haguenau . Passant ensuite
le Rhin , il occupa Manheim au mois d'octobre et
marcha au secours d'Heidelberg en décembre. Il
était en ce moment fort de quatorze compagnies .
En 1635 , Nettancourt prit part à la défaite du duc
de Lorraine , près de Fresche en Alsace , à la réduc-
tion de Spire et de Vaudémont, et à la chasse donnée ,
au mois d'octobre , au général Gallas , qui avait péné-
tré jusqu'aux confins de la Champagne . On le trouve ,
en 1636 , au ravitaillement de Colmar et d'Haguenau ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 3
et au siége de Saverne . Son mestre de camp fut blessé
d'une mousquetade , au cou , au grand assaut livré à
cette place. L'année suivante , la plus grande partie
des troupes de l'armée du Rhin passe en Flandre ;
Nettancourt est de ce détachement et contribue à la
prise de Landrecies , de Maubeuge et de La Capelle ,
ainsi qu'à la défense de Maubeuge , sous Turenne. Il
fit , en 1638 , le siége de Saint- Omer . Un jour qu'il
était chargé de la garde de deux redoutes sur la gauche
de Nieulet , il fut vivement attaqué et fit une bel e
résistance . La première de ces redoutes fut emportée
par l'ennemi après la mort du lieutenant-colonel
de Montreuil ( 1 ) et du capitaine Desforges ; la seconde
fut conservée ; elle était défendue par le capitaine
Claude de Nettancourt , frère du mestre de camp (2) .
A la fin de cette année , le régiment repassa en
Lorraine ; il se trouva à la prise de Blamont et de
Lunéville , et se mit en route , le 26 novembre , pour
aller joindre l'armée du duc de Saxe-Weimar, occu-
pée au siége de Brisach .
Depuis cette époque jusqu'au traité de Munster , en
1648 , Nettancourt fut constamment employé en
Allemagne , et se recruta dans ce pays . Il en résulta
(1 ) François d'Ernecourt, baron de Montreuil, capitaine à la
création, lieutenant-colonel en 1636 .
(2) Claude de Nettancourt succéda cette année , en qualité de
mestre de camp, à son frère Louis nommé maréchal de camp le
7 juin.
4 HISTOIRE
que ce corps , au bout de peu de temps , ne compta
plus dans ses rangs que des soldats allemands . Aussi ,
Richelieu , sur la demande du mestre de camp qui
n'était point sujet français , consentit- il à mettre ce
régiment sur le pied d'égalité avec les troupes wey-
mariennes et suédoises , qui composaient la majeure
partie de l'armée entretenue par la France au delà
du Rhin , et à lui donner la paye étrangère qu'il a
conservée jusqu'à l'année 1687. Nettancourt prit en
même temps l'écharpe verte et des drapeaux verts
marqués d'un losange blanc dans chaque quartier (1 ) .
C'est d'après ces faits mal interprétés qu'on a com-
posé sur ce corps une histoire insoutenable , qui le fait
descendre d'un régiment de lansquenets amené en
France en 1596 .
Après la prise de Brisach , Nettancourt fut mis en
garnison à Kreutznach . Il fournit au mois d'avril 1639
un détachement pour le secours de Bingen . Dans
les premiers jours de janvier 1640 , il était à ce fameux
passage du Rhin , effectué au moyen de trente petits
bateaux , et qui dura huit jours et huit nuits . Il fut
alors établi à Wetter, et joignit au mois de mai l'ar-
(1) Lorsque l'uniforme fut donné aux troupes, cette couleur verte
s'est reproduite sur l'habillement du corps qui , pendant long-
temps s'est ainsi distingué de tous les autres. Il avait habit et veste
blancs ou gris blanc, avec le collet et le parement vert-clair : bou-
tons et galon de chapeau d'or : trois boutons sur le parement et
sept sur la poche coupée en écusson . Sous Louis XV, la couleur
distinctive verte fut remplacée par le rouge.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 5
mée du général suédois Banier. Le 17 janvier 1642 ,
il prit une part glorieuse à la défaite des Impériaux
à Kampen , et mérita pour sa conduite les éloges de
toute l'armée . Le lieutenant- colonel La Gruyère (1 ) ,
qui y montra une valeur extraordinaire , reçut du roi ,
à cette occasion , le brevet d'une pension de 2,000
livres . Le régiment occupa Kampen jusqu'à la belle
saison ; il se trouva ensuite à la prise d'assaut de
Leicknich et à quelques affaires secondaires , dans
l'une desquelles le capitaine La Chapelle fut blessé.
Il eut ses quartiers d'hiver dans le Brisgaw.
En 1643 , Nettancourt servit en Souabe sous le
maréchal de Guébriand , et ouvrit la tranchée devant
Rothweil . Il fit des prodiges de valeur à l'assaut livré
le 17 novembre ; le capitaine d'Auger y fut blessé à
la cuisse . Rothweil capitula le 19. On sait que le ma-
réchal de Guébriand fut mortellement blessé à ce
siége. Quelques jours après , le 24 , l'armée passée
sous le commandement du comte de Rantzaw fut
surprise et complétement battue à Dutlingen . Le ré-
giment soutint à l'arrière-garde les efforts du vain-
queur. Le capitaine d'Auger se fit encore remarquer
dans cette retraite .
Nettancourt se trouva l'année suivante à la fameuse
bataille de Fribourg , qui dura quatre jours . Le lieu-
tenant-colonel de La Gruyère et le capitaine d'Au-
( 1 ) François Maillart de La Gruyère , lieutenant-colonel en
1638 .
6 HISTOIRE
ger (1 ) y furent blessés , et leurs noms furent encore
mis à l'ordre de l'armée . Le régiment contribua en-
suite à la conquête de Philisbourg , de Worms , de
Mayence , de Landau , de Manheim et de Neustadt ,
au secours de Spire et de Baccarat, et à la prise du
château de Kreutznach , où périt le capitaine Fleur
d'Épine. Il eut ses quartiers d'hiver à Kreutznach .
En 1645 , conduit par Louis de Nettancourt, qui
venait de succéder à son père (2) , le régiment se
trouve à l'escalade de Germesheim , à la prise de
Stuttgard , à la défaite de Mariendal , où le brave
La Gruyère se fait tuer, à la conquête de Rothem-
bourg et à la victoire disputée de Nordlingen . Il
demeure inactif pendant la campagne de 1646 ;
en 1647 , il fait le siége de Tubingen , où le lieute-
nant Dorlodot est tué à l'assaut du 14 mars, contri-
bue à la prise d'Aschaffembourg et de Darmstadt ,
et vient prendre ses quartiers en deçà du Rhin pour
se rétablir. Quand il rentra en Allemagne en 1648 ,
il comptait à peine 250 hommes sous ses drapeaux .
Cette campagne fut, au reste, insignifiante ; les deux
partis attendaient le résultat des conférences ou-
vertes à Münster. Le régiment mit ce temps à profit
pour se recruter, et quand il repassa en France , au
( 1 ) Guy Aldonse d'Auger obtint un régiment de cavalerie en
1671 , et devint lieutenant-général.
(2) Louis de Nettancourt mourut dans l'hiver de 1647. Son père
reprit le régiment le 26 janvier 1648.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 7
mois d'avril 1649, il était au complet et entièrement
composé d'Allemands provenant des troupes de cette
nation que la paix fit réformer .
Nettancourt , malgré sa composition , résista aux
séductions de Turenne , qui se déclarait en ce mo-
ment contre la cour ; cette circonstance est peut- être
la vraie cause de son maintien sur pied dans un
temps où tant d'autres corps étaient supprimés . Il fut
appelé des bords du Rhin à l'armée de Flandre, et
se trouva, le 25 août , à la prise de Condé . En 1650 ,
il fit partie de l'armée du maréchal du Plessis-Pras-
lin opposée aux Espagnols commandés par Turenne ,
et il combattit à Rhétel le 15 décembre. Il passa
encore l'année 1651 dans les provinces du nord ,
et, en 1652 , il était , sous les ordres de Turenne ,
raccommodé avec Mazarin , au siége d'Étampes et à
la bataille du faubourg Saint-Antoine. Il s'était fait
remarquer le jour où Turenne , cerné par l'armée
lorraine dans son camp de Villeneuve-Saint- Geor-
ges, fut obligé de décamper et faillit être pris . Dans
cette occasion, Nettancourt combattit à l'arrière-
garde et montra une grande résolution .
En 1653 , le régiment, qui depuis la fin de l'an-
née précédente était passé dans la maison de Dam-
pierre, fit les siéges de Vervins , de Rhétel , de Mou-
zon et de Sainte-Ménehould . Il se signala au dernier
de ces siéges , le 23 novembre , en emportant une
demi-lune, et en mettant, le même jour, dans une
affreuse déroute un gros corps de cavalerie du prince
8 HISTOIRE
de Condé, qui voulait le forcer dans ses quartiers .
La ville se rendit le 27 , et Dampierre y entra en
garnison le 22 décembre . Il en sortit au début de la
campagne de 1654 pour se rendre au siége de Ste-
nay, sous Fabert . Il fut ensuite envoyé devant Arras ,
et prit part, le 25 août, à l'attaque des lignes espa-
gnoles . Au mois d'octobre, il fut dirigé sur la Lor-
raine ; il arriva le 25 devant Clermont-en-Argonne et
en fit l'investissement . Il avait son quartier au vil-
lage d'Ozeville , et se distingua à l'attaque du 5 no-
vembre. Après la prise de cette place, il retourna à
Sainte- Ménehould et y passa l'hiver.
En 1655 , Dampierre reparaît en Flandre et fait le
siége de Landrecies . Le 6 juillet, son mestre de camp
fut couvert de terre par un boulet de canon et reçut
une forte contusion . Le régiment servit encore cette
année à la prise de Condé et de Saint-Ghislain , et,
en 1656 , il était au siége de Valenciennes , que l'ar-
mée française fut obligée de lever.
L'année suivante , il débuta en Champagne de-
vant Montmédy ; mais , après la bataille des Dunes ,
il fut appelé en Flandre pour le siége de Gravelines .
Il contribua ensuite à la prise d'Audenaërde , où il
fut mis en garnison , et où il demeura jusqu'au
25 février 1660 , que cette place fut restituée aux
Espagnols en vertu du traité des Pyrénées . On l'en-
voya alors en Champagne ; il se trouvait compris
parmi les régiments qui devaient être licenciés cette
année . Cette mesure fut fort mal prise par le corps,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 9
qui se mutina, et qui resta , malgré le commissaire
des guerres , assemblé dans ses quartiers . Ceux-ci se
trouvaient placés autour des terres du marquis de
Dampierre, qui fournissait à ses hommes les moyens
de subsister. Les officiers surent enfin si bien faire
valoir auprès du cardinal Mazarin les services du
régiment, que celui-ci fut maintenu , mais à quatre
compagnies de 100 hommes seulement.
En 1667 , Dampierre fut porté à onze compa-
gnies par l'incorporation de sept compagnies alle-
mandes qui avaient été conservées pour les garni-
sons des places . Pendant la campagne de Flandre ,
il demeura au camp assemblé sous Rocroi pour la
sûreté de la frontière de Champagne . En 1669 , le
colonel partit avec ceux de ses hommes qui étaient
allemands pour aller au secours de Candie , assiégé
par les Turcs . M. de Dampierre fit des prodiges de
valeur à la sortie du 25 juin et se fit tuer ( 1 ) . La
portion du régiment qu'il avait amenée avec lui fut
complétement anéantie , de sorte que le corps se
trouvait en 1670 réduit à quatre compagnies . Dans
l'ordonnance de cette année , qui fixa le rang des
régiments d'infanterie , Dampierre eut le nu–
méro 23. Il y avait alors un régiment de La Mothe
entre Turenne et lui . Ce régiment ayant été cassé
(1 ) M. de Dampierre a été le premier des brigadiers d'infanterie .
Son nom ouvre la liste des officiers nommés à ce grade le 27
mars 1668. Son fils le remplaça à la tête du corps.
10 HISTOIRE
en 1673 , Dampierre devint le 22 , et en 1678 , après
le départ de Douglas-écossais , il prit le 21 rang ,
qu'il a conservé jusqu'au dédoublement de 1775.
En 1671 , Louis XIV se préparait à faire la guerre
aux États-généraux de Hollande . Dampierre fut porté
à seize compagnies . Il fit les trois premières campa-
gnes de cette guerre dans les Pays-Bas . Douze com-
pagnies étaient , en 1674 , en garnison à Grave ,
quand le général Rabenhaupt vint mettre le siége
devant cette place . C'est de ce siége que date sur-
tout la réputation du corps . A la sortie du 30 août,
la compagnie du capitaine de Querville enleva à
l'ennemi , en plein jour, 130 hommes et trois dra-
peaux . Le 28 septembre, la compagnie du capitaine
Despeyroux prit ou tua 200 hommes aux Alliés . Cha-
que journée de ce siége fut marquée par une action
de bravoure de la part du régiment , dont presque
tous les officiers furent atteints par le fer ou le feu
de l'ennemi . Quatre capitaines et cinq lieutenants
perdirent la vie , c'étaient MM . Coudran , Tragny,
Milan et d'Auger, La Haie , Clément , Linage, La
Pottée et La Gaudinière . Les blessés étaient le lieu-
tenant-colonel de Vignolles, le major de Villers , les
capitaines de Bellegarde , Francpré , Dachery, Des-
peyroux ( 1 ), Vitry, Ferrand , Tournin (2), Germon-
(1 ) Jacques Despeyroux parvint à la charge de lieutenant- colonel
en 1675.
(2) Jean-Joseph Tournin, entré au corps en 1665 , major 20 dé-
↓
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 11
ville et Deschapelles , et les lieutenants d'Aguille-
court , Croisel , Danty, Billard , Belleroche , Desro-
chers , Saint-Maur et de Vertus .
Après la capitulation de Grave , le bataillon qui
l'avait si bien défendu fut mis en garnison à Char-
leroi . Au mois d'octobre 1675 , il quitta cette ville ,
contribua à la prise de Thuin-sur-Sambre , et fut
chargé de le garder . Le reste du régiment servit
cette année avec Turenne. Il se trouva au combat de
Turkheim et à celui d'Altenheim ,
En 1676 , Dampierre était tout entier à l'armée de
Flandre et participa à la prise de Condé , de Bou-
chain et d'Aire . Envoyé sur le Rhin en 1677 , il fait
le siége de Fribourg, et l'année suivante il se distin-
gue à l'attaque du pont de Seckingen et à la réduc-
tion de Kelh . Ce fort fut rasé et l'armée repassa sur
la rive gauche du Rhin . Dampierre resta avec le ré-
giment du Maine sur la rive ennemie pour protéger
le passage de l'armée et détruire ensuite le pont.
Le 16 septembre , il y eut encore une affaire auprès
de Strasbourg. Des troupes de cette ville voulurent
attaquer neufescadrons français qui côtoyaient leurs
glacis. Dampierre accourut au secours de la cavale-
rie et rejeta les Strasbourgeois dans leurs chemins
couverts . Le régiment fit encore la campagne de
1679 sur cette frontière et se trouva à la bataille de
Minden .
cembre 1677 , lieutenant- colonel 13 juin 1684 , brigadier 29 jan-
vier 1702, et maréchal de camp 12 novembre 1708.
12 HISTOIRE
En 1684 , il fait partie de l'armée de Roussillon ,
commandée par le maréchal de Bellefonds. Le 11
mai , il prend part au combat du Ter , et le 21 , se
trouvant le plus ancien régiment présent , il ouvre
la tranchée devant Girone . Le jour de l'assaut , il
était chargé d'une fausse attaque . L'ardeur des sol-
dats la rendit réelle . Ils commencèrent par s'empa-
rer de la demi-lune qui se trouvait devant eux , et
pour arriver aux brèches , ils se mirent à franchir
plusieurs fossés , un marais et un ruisseau , guéable
à la vérité, mais dans lequel les Espagnols avaient mis
des planches garnies de clous , et ils arrivèrent enfin
à travers des obstacles réputés insurmontables jus-
qu'à la place de la ville , où ils trouvèrent le peuple
et la garnison réunis , et résolus à se défendre . Mal-
heureusement cet acte d'audace n'était point entré
dans le plan des généraux , et rien n'avait été pré-
paré pour soutenir le régiment . Surpris dans son élan
par une résistance à laquelle il ne s'attendait point,
il fut obligé de reculer devant des forces supérieures ,
et ne put même pas conserver sa demi-lune, faute
d'outils et de travailleurs. De semblables témérités
ne peuvent pas se passer du succès . Cette journée
coûta au corps un grand nombre de soldats et huit
officiers , parmi lesquels se trouvaient le lieutenant-
colonel Despeyroux et deux de ses frères . Le capi-
taine de Vassan y fut grièvement blessé . Dampierre
fut envoyé dans le Roussillon pour se rétablir. Che-
min faisant, le 18 juin , le lieutenant La Fleur , avec
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 13
100 hommes, détruisit une bande de miquelets aux
environs de Campredon . Le régiment resta en gar-
nison à Perpignan jusqu'en 1686. Il fut dirigé cette
année sur la frontière de Piémont pour y faire la
guerre aux Barbets.
Il était en garnison à Casal depuis 1688 , quand il
reçut l'ordre, en 1689 , de retourner en Roussillon à
l'armée du duc de Noailles. Il venait de prendre le
nom de Chappes , qu'il échangea bientôt contre ce-
lui d'Humières (1 ) . Il débuta , au mois de mai , par
le siége de Campredon ; il vint au secours de cette
ville au mois de septembre , et pendant toute cette
année , ses grenadiers firent une guerre acharnée aux
miquelets.
Le régiment passa , en 1690 , en Flandre, et com-
battit à Fleurus . Il fit, en 1691 , le siége de Mons et
assista au combat de Leuze . Il hiverna à Staden en-
tre Furnes et Menin , et y fut rejoint, au commence-
ment de 1692 , par un 2 bataillon qui venait d'être
formé à Montreuil avec des détachements des régi-
ments de Feuquières , de Bric , de Dauphiné et de
Bassigny. Au début de la campagne , il se réunit à
Menin et se rendit au siége de Namur . Il se trouva ,
plus tard , à la bataille de Steenkerque, et au bombar-
(1) Le marquis de Chappes prit, en 1690 , le titre de duc
d'Humières , en épousant la fille du maréchal d'Humières. Il devint
brigadier le 3 janvier 1696, maréchal de camp le 29 janvier 1702 ,
et lieutenant-général le 26 octobre 1704.
14 HISTOIRE
dement de Charleroi . En 1693 , Humières était de la
brigade de Navarre ; il combattit avec ce vieux régi-
ment à Neerwinden , où il perdit le capitaine Dau-
benton , et eut sept officiers blessés . Parmi ceux- ci ,
se trouvait le capitaine de Vassan , lieutenant-colo-
nel en 1706 , et le capitaine de La Tour, lieutenant-
colonel en 1708. Au siége de Charleroi , qui suivit
la bataille de Neerwinden , la 1 " compagnie de gre-
nadiers d'Humières fut chargée de l'attaque du che-
min couvert elle s'y comporta avec beaucoup de
valeur ; son capitaine , M. de Bacqueville , y reçut
une blessure très-grave . Le régiment ne fit rien en
1694. Il se trouva , en 1695 , au bombardement de
Bruxelles . Au mois de juillet de cette même année,
les Anglais bombardèrent Dunkerque . Humières
avait quelques compagnies détachées dans cette ville ;
le capitaine de l'une d'elles , M. du Bordage, fut tué
dans le fort Risban . En 1696 , le régiment fut en-
voyé en Italie et fit le siége de Valencia . Revenu en
Flandre en 1697 , il servit au siége d'Ath , et , en
1698 , il fit partie du camp de Compiègne, après le-
quel il fut mis en garnison à Calais .
Le 1 bataillon passa dans les Pays-Bas en 1701 ,
et occupa Aërschott pour le roi d'Espagne . L'année
suivante , le gros du régiment , avec son nouveau co-
lonel , M. de Charost , fut mis en garnison dans la ci-
tadelle de Liége : le reste fut jeté dans Kayserswaërth ,
et s'y défendit vaillamment. Le capitaine de Blacy,
et la plupart de ses grenadiers , s'y firent tuer ; ' e lieu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 15
tenant de Quay y fut dangereusement blessé . Après
l'expédition du maréchal de Boufflers sur Nimègue ,
les deux bataillons furent réunis dans la citadelle de
Liége , où ils furent bientôt assiégés. La brèche se
trouva praticable le 22 octobre , et l'ennemi livra
l'assaut ; le 2e bataillon le repoussa deux fois , mais
les assiégeants ayant trouvé moyen de pénétrer dans
la ville par les portes de communication de la ville ,
ce bataillon , pris de front et par derrière, fut obligé
de céder le terrain après avoir perdu 300 hommes .
Treize officiers se firent tuer sur la brèche, c'étaient
les capitaines La Villemeneust, Tolleville, La Levre-
tière, Francval , Langentée et Lesquen , et sept lieu-
tenants . Les débris du régiment faits prisonniers de
guerre , inhumainement traités et volés , furent en-
voyés en Hollande et échangés en 1703 contre les
soldats alliés , pris au combat d'Eckeren . A leur re-
tour en France , ils furent dirigés sur Béthune , qu'on
avait désigné comme quartier d'assemblée du régi-
ment, et ils y furent rejoints par le lieutenant- colo-
nel Tournin avec 400 hommes , dont une centaine
venait de la défense de Bonn ; les autres sortaient
des hôpitaux ou des lignes de Gand qui avaient servi
de refuge aux soldats qui étaient parvenus à s'échap-
per de la citadelle de Liége .
Charost commença la campagne de 1704 en Flan-
dre . Après le désastre de l'armée de Bavière à
Hochstedt , il fut envoyé sur le Rhin pour protéger
sa retraite . Il resta sur cette frontière pendant les
16 HISTOIRE
années 1705 et 1706 , et fut employé au siége d'Ha-
guenau , où le major La Tour fut blessé , au secours
du Fort-Louis , à la prise de Drusenheim , de Lau-
terbourg et de l'île du Marquisat. Il accompagna , en
1707 , le maréchal de Villars dans son expédition en
Souabe et en Franconie , et il contribua à la prise de
Schorndorf, où il fut laissé en garnison . Il passa , à
la fin de cette année , en Flandre , et il se trouva ,
en 1708 , à la bataille d'Audenaërde , où il lui arriva
une des choses les plus extraordinaires qui se soient
vues à la guerre . Il y perdit 50 hommes, tous enlevés ,
dit-on , par la même volée de canon . Après la dé-
route de l'armée , on l'envoya avec Navarre dans l'île
de Cadzan , et , pendant le siége de Lille , il fit partie
du camp de Meldert , commandé par le marquis
d'Hautefort. Il fut employé , pendant les mois d'oc-
tobre et de novembre , à relever les fortifications de
La Bassée , et il passa l'hiver à Saint- Omer. On le
trouve , le 4 juillet 1709 , avec Navarre , à la prise de
Warneton , et trois mois après on le voit combattre
avec valeur à la bataille de Malplaquet. Sa brigade ,
placée dans les bois à la gauche de la première ligne,
soutint le choc de deux grosses colonnes alliées où
se trouvaient les bataillons des Gardes Anglaises. Le
2e bataillon du régiment ouvrit sur l'une de ces co-
lonnes un feu si vif que les Anglais se retirèrent hors
de portée . Ils revinrent bientôt avec plus d'ordre et
d'assurance , et osèrent planter leurs drapeaux sur
les retranchements qui couvraient le régiment . Celui-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 17
ci leur en prit deux et les repoussa encore une fois .
Mais enveloppé bientôt par de nouvelles troupes et
demeuré seul sur le point où il combattait , le mar-
quis de Charost songea à battre en retraite. Il le fit
bravement , s'ouvrit un passage à la baïonnette , et
rejoignit le gros de l'armée . Là , il fournit encore
trois charges , dans l'une desquelles ce valeureux co-
lonel fut tué au milieu des débris de son régiment (1 ) ;
avec lui périrent les capitaines Mauny , Dodinghar,
Manezy, Salers, La Boussaye, La Mothe et Grousse, et
l'aide-major de Peynant. Le major de Redon mourut
des blessures qu'il y reçut . Parmi les autres blessés
se trouvaient M. de La Chauverie , qui venait d'être
pourvu de la charge de lieutenant-colonel , et les ca-
pitaines d'Ableville et de Soulvignac qui lui succé-
dèrent , le premier en 1720 et le second en 1725. Le
régiment se retira à Péronne et Doullens .
En 1710 , le lieutenant- général comte Albergotti ,
qui avait été témoin de sa valeur à Malplaquet , le
demanda pour la défense de Douai , dont il avait le
commandement . Cette place fut investie le 22 avril
et résista pendant cinquante- deux jours de tranchée
ouverte . Le régiment s'efforça de justifier la bonne
opinion que le général avait de lui , et se couvrit de
(1) M. de Charost était brigadier du 19 juin 1708. Il fut rem-
placé par son frère le chevalier de Béthune qui mourut à la fin
de 1711.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE, T. V. 2
18 HISTOIRE
gloire dans toutes les occasions importantes , à la
sortie du 8 mai , où les deux capitaines de grenadiers,
MM. de Montigny et de Courcenay furent blessés , le
dernier mortellement , à la défense de la demi -lune
et à l'assaut du 23 juin , où par un feu terrible il
arrêta l'élan de l'ennemi et donna le temps aux autres
corps de la garnison de venir le soutenir . Ce siége ,
qui se termina par la capitulation la plus honorable ,
coûta au corps plus de 300 hommes et un grand
nombre d'officiers . Parmi les morts se trouvaient ,
outre M. de Courcenay, les capitaines Dossat, Dodicq,
Bonrepos , Tournin , Savigny et Maron . Le régiment
de Béthune ne put fournir , pendant tout le reste de
la campagne , qu'un seul bataillon : il eut ses quar-
tiers d'hiver à Rheims.
Envoyé sur le Rhin en 1711 , il demeura pendant
deux ans sur la défensive ; mais , en 1713 , les affaires
avaient changé de face . Le régiment , devenu Saillant ,
ouvrit la tranchée le 25 juin , devant Landau , à l'at-
taque de gauche. La compagnie de grenadiers du ca-
pitaine de Montigny emporta de vive force l'ouvrage
dit de l'Hirondelle , et y perdit 22 hommes . On savait
que cet ouvrage était miné . Le lieutenant de Gouf-
freville saisit au collet l'officier qui y commandait ,
et lui demanda où était le saucisson . Sur le refus de
l'autrichien , l'intrépide lieutenant l'enlace étroite-
ment dans ses bras et lui dit : « Eh bien ! nous sau-
terons ensemble . » Ils sautèrent , en effet , mais ce
fut avec tant de bonheur pour Gouffreville , que son
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 19
ennemi fut tué , et que lui en fut quitte pour des
contusions.
Au mois de septembre , le régiment prit part à
l'attaque du camp retranché du général Vaubonne ,
établi dans les montagnes au-dessus de Fribourg , et
il y engagea un combat opiniâtre dont il sortit vain-
queur. Il ouvrit ensuite la tranchée devant Fribourg
avec les Gardes Françaises , et ses grenadiers y repous-
sèrent plusieurs sorties. La 2 compagnie de grena-
diers emporta le chemin couvert , mais elle perdit
dans cette action une vingtaine d'hommes et le capi-
taine de Mazereville . Le brave Gouffreville y fut dan-
gereusement blessé .
Le régiment de Saillant était en garnison à Bayonne
au moment de la conspiration de Cellamare. Le co-
lonel (1 ) fut mis à la Bastille par le régent , en même
temps que M. de Richelieu , pour avoir prêté l'oreille
aux propositions de l'Espagne , et promis , dit-on ,
de livrer Bayonne . Dans la guerre de 1719 , qui fut
déterminée par cette intrigue , le corps fit partie de
l'armée du maréchal de Berwick , et se trouva aux
siéges de Fontarabie , de Saint-Sébastien , d'Urgell et
de Roses . Le fils du colonel , capitaine au régiment ,
fut mortellement blessé devant Fontarabie. Le capi-
taine La Devèze , placé avec sa compagnie de 50
(1 ) M. de Saillant a été nommé brigadier le 1 ** février 1719 ,
maréchal de camp le 20 février 1734, et lieutenant-général le
18 octobre 1734. Il avait pris, en 1732, le titre de comte d'Estaing.
20 HISTOIRE
hommes , dans une redoute près d'Urgell , y fut assailli
par 300 Espagnols . Il les repoussa quatre fois , et en
tua les deux tiers . L'ennemi recommença le lende-
main son attaque avec du canon , et La Devèze dut
capituler ; mais il ne le fit qu'après que les boulets
eurent complétement bouleversé sa redoute .
En 1733 , le régiment , augmenté d'un 3° bataillon ,
fit partie de l'armée d'Allemagne . Devenu Noailles
en 1734 , il fournit ses deux premiers bataillons pour
le siége de Philisbourg , où ils perdirent une centaine
d'hommes . A l'attaque des lignes d'Ettlingen , son
jeune colonel entra le premier , l'épée à la main ,
dans les retranchements de l'ennemi . Les trois ba-
taillons furent réunis à Colmar à la fin de cette cam-
pagne . Ils firent encore sur le Rhin celle de 1735 ,
et prirent leurs quartiers à Kelh et Neufbrisach .
Noailles resta en Alsace jusqu'en 1737. Envoyé à
cette époque dans le Languedoc , il occupa d'abord
les garnisons de Montpellier, Nîmes et Alais, et , aut
mois d'octobre de la même année , il se rendit dans
les places du Roussillon . En 1739 , il fut réparti
dans les villes des Cévennes , et se trouva réuni à
Besançon en 1741. Il était à Strasbourg en 1742, et
ce fut de là qu'il partit au mois d'avril pour rallier
l'armée de Bavière .
Il arriva au mois de mai sur les bords du Danube .
Cinq cents hommes, chargés de s'emparer d'un pont
sur ce fleuve aux environs du château de Hickesberg,
tombèrent dans une embuscade qui leur eût été fu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 21
neste, si le comte de Noailles ne fût venu les dégager
avec le reste du régiment. Le brave colonel chargea
cinq fois l'ennemi , rétablit l'ordre , ranima les coura-
ges , et rentra au camp sans autre perte qu'une quaran-
taine d'hommes , parmi lesquels se trouvait le sous-
lieutenant de Laval . Pendant les deux mois qui sui-
virent, Noailles demeura au camp de Nieder-Altach .
En septembre , il se mit en marche pour se rappro-
cher de la Bohême . Le colonel était absent , et les
officiers laissaient leurs hommes se disperser pour la
maraude , sans se méfier des hussards autrichiens ,
qui un jour enveloppèrent les traînards. Dans ce
danger pressant , ceux-ci se réunissent et se don-
nent un chef. Leur choix tombe unanimement sur
le caporal de grenadiers Bourguignon . Cet homme,
improvisé général , se tire de ce pas difficile avec
honneur et rejoint l'armée sans avoir été entamé.
Le comte de Saxe , accouru au bruit de la fusillade,
ne vit pas sans étonnement les dispositions prises
par Bourguignon et lui fit donner une gratification.
Ce brave caporal fut tué l'année suivante à la ba-
taille de Dettingen .
Le régiment acheva la campagne de 1742 sous
les ordres du comte de Saxe et se trouva à la prise
de Plan , où le capitaine de grenadiers de Flavacourt
fut dangereusement blessé , à l'attaque des défilés de
Meyringen et de Falkenau , à la réduction d'Elnbo-
gen , de Kaaden et à l'affaire de Closterlée . Il passa
l'hiver aux environs de Deckendorf. Il était dès lors
22 HISTOIRE
fort affaibli , et la retraite de 1743 acheva de le rui-
ner . Dans cette retraite , il fut toujours employé à
l'arrière -garde, et sauva un jour, par son intrépi-
dité, un parc de dix bouches à feu . Enfin , parti de
Donauwerth le 1er février 1743 , il arriva à Verdun
comptant à peine 500 hommes sous ses drapeaux . Le
roi , satisfait de ses services , lui accorda des miliciens ,
et il put se remettre en campagne la même année.
Envoyé au mois de juin à l'armée du maréchal
de Noailles , il se trouva le 27 à la bataille de Det-
tingen . Il y prit poste à la gauche de la Maison du
roi et fit des prodiges de valeur chèrement payés .
Le capitaine Dolive , les lieutenants Talivert, Menou
et La Meynière , et 29 hommes, furent tués. Le
nombre des blessés s'élevait à 104 , et parmi eux se
trouvaient les capitaines de Redon, Guy, Beaulieu,
de Termes , Lalande de Vernon et Carbon , et lès
lieutenants Précour , Verdesme, de Noë, du Fourny
et La Mazelière . Le comte de Noailles ( 1 ) , qui pen-
dant toute la bataille voulut porter lui-même un des
drapeaux de son régiment , eut deux chevaux tués
sous lui . Noailles acheva cette campagne en Alsace
et retourna prendre ses quartiers d'hiver à Verdun .
En mars 1744 il se rendit à Valenciennes, où il
(1) Le comte de Noailles était brigadier du 20 février 1743 ; il
devint maréchal de camp le 2 mai 1744, lieutenant- général le
10 mai 1748 , et maréchal de France en 1775 , sous le nom de duc
de Mouchy.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 23
eut l'honneur de servir de garde à Louis XV pen-
dant le séjour que ce prince fit dans cette ville . Il as-
sista , sans y prendre part, au siége de Menin , servit
à ceux d'Ypres , de La Knoque et de Furnes , et, au
mois de juillet, sous le nom de Custines (1 ), il passa
en Alsace et combattit à Augenheim, où furent bles-
sés le capitaine La Porte et le lieutenant du Petit-
Thouars . Il termina cette campagne par le siége de
Fribourg ; il y monta six fois la garde de tranchée,
et ses grenadiers se firent si fort remarquer , que le
roi se fit présenter leurs capitaines et accorda des
pensions aux officiers et des gratifications aux hom-
mes. Ce fut à ce siége que M. de Custines , au mo-
ment de monter à la tranchée avec les Gardes Suisses,
et interprétant à son avantage le règlement, voulut
avoir le pas sur ces Gardes et être chef de tranchée ,
parce que les Gardes Françaises n'étaient pas de ser-
vice ce jour-là. M. de Custines vit sa réclamation
rejetée . La prise de Fribourg avait coûté 400 hom-
mes au corps . Les lieutenants de Calonne , du
Fourny et Pennelan y furent tués.
Custines passa l'hiver à Fribourg et fit encore la
campagne de 1745 sur le Rhin . Il eut ses quartiers
(1) M. de Custines , père du général républicain , fut nommé bri-
gadier le 1er mai 1745 , et maréchal de camp le 10 mai 1748. Il se
démit du régiment en janvier 1749 , et fut tué à Rosbach .
Le lieutenant-colonel contemporain est Jean Roussel de Prèz,
cadet en 1700 , lieutenant- colonel le 31 octobre 1743 , et brigadier
le 1erjanvier 1748.
24 HISTOIRE
d'hiver à Toul et passa à l'armée de Flandre en
avril 1746. A la bataille de Rocoux, il devait attaquer
deux redoutes ; mais l'ennemi , les ayant abandon-
nées, il eut peu de chose à faire . Au mois d'avril
1747 , i sortit de Namur , où il avait hiverné , se
rendit au camp de Malines , et , ralliant bientôt la
grande armée , il assista sans combattre à la bataille
de Lawfeld . Le 9 juillet , il quitta l'armée du roi
pour se rendre à celle du comte de Lowendhal, oc-
cupée au siége de Berg-op-Zoom. Après avoir monté
deux gardes devant cette place, il fut chargé avec le
régiment de Touraine de faire le siége du fort de
Rowers . Une compagnie de grenadiers se couvrit de
gloire en repoussant la sortie que firent les assiégés
dans la nuit du 29 au 30 août. Le capitaine de
Roussy et le sous-lieutenant Comtois furent tués. Le
lieutenant de Rouch , seul survivant des officiers de
la compagnie, reçut le brevet d'une pension . Après
la prise de ce fort , Custines revint devant Berg-op-
Zoom, et, le 16 septembre , le 1er bataillon monta à
l'assaut du bastion de droite pendant que les deux
derniers gardaient les lignes en avant du fort de
Rowers et faisaient de fausses attaques sur d'autres
ouvrages extérieurs. Outre les officiers tués devant
Rowers , le régiment perdit à ce siége les capitaines
de Classé et de Méja et les lieutenants Bailly et Raf-
fart ; les capitaines de Roussel et de Broc furent bles-
sés . Le régiment acheva cette campagne par l'atta-
ue des forts situés sur l'Escaut , entre Berg - op-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 25
Zoom et Anvers et prit une part distinguée au suc-
cès de toutes ces opérations. La compagnie de gre-
nadiers de Carraud détermina par sa hardiesse la
capitulation du fort Frédéric-Henri .
Custines passa l'hiver à Namur , où il leva un
4 bataillon , et servit en 1748 au siége de Maëstricht.
Il était placé avec deux autres régiments au château
de Rasen, sur la rive gauche de la Meuse, et devait
contribuer à l'attaque de Wick . Dans la nuit du 29
au 30 avril, vingt hommes furent enterrés par l'effet
d'une mine .
Après la capitulation de Maëstricht , Custines fut
cantonné autour de Limbourg, et il rentra en France
au mois d'octobre . Son 4 bataillon fut réformé à
Saint- Quentin , et les trois autres se rendirent à Saar-
louis. En février 1749 , le régiment , qui venait de
prendre le nom de Saint-Chamond , vint à Metz, où
son 3e bataillon fut aussi réformé . Il retourna en-
suite à Saarlouis et occupa successivement les gar-
nisons de Landau en octobre 1750 , d'Huningue en
octobre 1751 , de Montdauphin en octobre 1752 ,
d'Embrun , Grenoble et Fort-Barraux en 1753 , de
Perpignan , Collioure et Montlouis en 1754. Il se ren-
dit à Toulon en 1756 , et devait s'y embarquer pour
l'expédition de Minorque ; mais quand il y arriva ,
l'armée avait profité d'un vent favorable et était déjà
partie . Il fut alors envoyé dans le Vivarais , d'où il se
mit en route pour Nantes , au commencement de
1757. A son passage à Angoulême , le 13 mai , il
26 HISTOIRE
trouva l'ordre de se diriger sur Strasbourg , pour faire
partie de l'armée du prince de Soubise .
Saint-Chamond prit part à toutes les opérations
de cette campagne , mais il se distingua d'une ma-
nière toute particulière à la défense du pont de
Weissenfels, le 30 octobre . Les Prussiens s'étant pré-
sentés en force devant cette ville , elle fut évacuée
sur-le-champ par les troupes françaises . Les deux
compagnies de grenadiers du régiment , comman-
dées par les capitaines Chabert et de Grèze , char-
gées de faire l'arrière- garde , étaient vivement pres-
sées au passage du pont dont l'ennemi voulait s'em-
parer pour avoir le moyen de poursuivre leur pointe .
Les grenadiers leur tinrent tête pendant vingt mi-
nutes, donnèrent ainsi le temps d'incendier le pont
et franchirent intrépidement celui- ci à travers les
flammes au moment où il allait s'écrouler .
Le marquis de Crillon , témoin de leur valeur, en
rendit un compte spécial au roi , qui accorda des
pensions de 200 livres à chaque capitaine , 300 li-
vres de gratification aux lieutenants , 200 aux sous-
lieutenants , 20 aux sergents, et 10 livres à chaque
grenadier. Le capitaine de Grèze avait été blessé
d'un coup de feu au genou dans cette affaire (1 ) .
(1 ) Voici la lettre par laquelle le marquis de Crillon annonçait
ces faveurs aux officiers de grenadiers ;
« Versailles, 24 mars 1758.
« Mes chers enfants, je vous ai vu combattre à Weissenfels , et j'ai
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE , 27
La déplorable bataille de Rosbach termina cette
campagne . Le régiment y appuyait sa droite à la
gauche de Piémont et y souffrit autant que ce vieux
corps . Il y perdit 400 hommes . Le lieutenant-colo-
nel Lalande de Vernon, les capitaines Chabert, Cail-
laud, de Bonne, Saint- Florent et Montfalcon , et le
lieutenant Bourret, furent tués ou mortellement bles-
sés. Les, officiers blessés , et la plupart faits prison-
niers , étaient le colonel de Saint- Chamond , les
capitaines de Chasteliers , La Motte, Droisy, Malau-
tier , Montignac , Viguier , Buffan , Boislambert , La
Groslée , Guy , Dumouceau , Duclos , Nouveau , de
Joncquoy, de Roussy, Le Cornier , Signy, La Maze-
lière , Le Petit, Duverney , Galancourt, de Tarne et
Le Bé , et cinq lieutenants .
Saint-Chamond se retira d'abord aux environs de
Dusseldorf, puis en France , et fut dirigé sur Lille.
Il y arriva le 18 avril 1758 , et, quatre jours après,
mis toute må gloire à faire couronner votre valeur. S. M. vient
d'accorder à chacun de vous une gratification à ce sujet, et charge
son ministre de vous témoigner de sa part la satisfaction qu'elle a
eue de votre conduite . Une grâce si distinguée doit vous animer
davantage à soutenir toujours avec le même éclat la réputation de
votre régiment et l'honneur des grenadiers français . Ne perdez ja-
mais de vue la discipline, rien ne vous sera impossible à exé-
cuter. Je souhaite que vous trouviez bientôt de nouvelles occasions
de vous acquérir de l'honneur. Je serai toujours fort aise d'en être
le témoin. Adieu , mes braves enfants, souvenez-vous quelquefois
de votre ami,
« Le marquis DE Crillon. »
28 HISTOIRE
il reçut l'ordre de partir pour Coutances pour dé-
fendre les côtes de la Basse-Normandie contre les
entreprises des Anglais . Les descentes que l'ennemi
exécuta sur plusieurs points força le corps à tenir la
campagne jusqu'à l'automne . Le combat de Saint-
Cast dégoûta enfin les Anglais de ces tentatives, et le
régiment put se retirer à Alençon pour se remettre
de ses pertes et de ses fatigues . En mars 1759 , il alla
à Belle -Isle- en-Mer , d'où il passa à Brest en octobre
1760 , à Morlaix et au Conquet en avril 1761 , et à
Hennebon en décembre de la même année . En 1762 ,
il parcourut les garnisons de Saint-Jean d'Angély,
La Rochelle et l'île de Ré , et ce fut dans cette île
qu'il prit, par suite de l'ordonnance du 10 décembre,
le titre de la province de Dauphiné , qui avait déjà
été porté par deux autres régiments ( 1 ) .
Dauphiné se rendit au Havre au mois de mai 1763.
Il passa de là à Brest en novembre 1764 , à Berghes
en novembre 1767 , à Belfort en novembre 1768 , et
à Phalsbourg et Fort-Louis en juin 1769. En 1770,
il fut dirigé sur la Corse , où il débarqua le 4 septem-
bre. Revenu sur le continent en 1774 , il resta à Tou-
lon depuis le mois de juin de cette année jusqu'en
(1 ) M. de Rosen, alors colonel du corps, était brigadier du 25
juillet 1762 , et devint maréchal de camp le 3 janvier 1770. Le vi-
comte de Pons obtint les mêmes grades le 5 décembre 1781 et le
9 mars 1788. M. de Mac-Mahon fut fait maréchal de camp le
1 mars 1791. La Gardiolle, capitaine au corps dès 1759 , fut fait
lieutenant-colonel le 25 juillet 1791 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 29
mai 1775 , et se rendit alors à Antibes et Monaco . Il
fut rappelé à Toulon au mois d'octobre 1775 , et de-
puis il est allé à Aix en août 1776 ( 1 ) , à Nîmes en no-
vembre 1776 , à Briançon en octobre 1777, à Greno-
ble en novembre 1778 , à Briançon en mars 1781 , à
Toulon et Marseille en février 1783. Il avait fourni
un détachement de 200 hommes pour la garnison
des vaisseaux pendant les trois dernières campagnes
de la guerre d'Amérique , et, en 1782 , pendant les
troubles de Genève , il avait été un instant cantonné
dans le pays de Gex.
Dauphiné se trouva réuni à Toulon en octobre
1787 9, et il était encore dans cette ville lors de
l'émeute du 30 novembre 1789 , où le peuple, irrité
par l'imprudence de quelques officiers de la flotte,
qui avaient affecté de mettre des cocardes noires à
leurs chapeaux , s'empara de tous les postes et mit en
prison le comte Albert de Rioms, commandant de la
marine. Le régiment , dans cette pénible circon-
stance, agit avec beaucoup de calme et de modéra-
tion , ce qui lui valut , de la part du parti rétrograde,
de grossières injures, et l'absurde accusation d'avoir
encouragé les excès de la populace de Toulon . Il ne
lui fut point difficile , au reste , de se justifier , et il
produisit même un certificat du comte de Rioms, quí
attestait sa discipline et son zèle pour le bon ordre.
(1 ) Dauphiné prit cette année les revers et parements cramoisis
avec le collet bleu de roi.
F
30 HISTOIRE
Une occasion se présenta bientôt de prouver qu'il
avait été calomnié.
Le 11 août 1790 , une bande de la plus infime po-
pulace de Toulon s'empara de M. de Castelet , com-
mandant en second de la marine , et voulait sacrifier
cet officier à ses passions de cannibales. M. de Cas-
telet ne dut la vie qu'au courage de quelques soldats
des régiments de Dauphiné et de Barrois. Au pre-
mier tumulte, le caporal Tance , qui commandait un
poste de quatre hommes , s'élance au secours du mal-
heureux officier avec les grenadiers Menard et Hu-
cher, et aidé de quelques soldats de Barrois qui pas-
saient, il lutte pendant une heure contre une foule
furieuse. Accablés, enfin , de coups de pierres et aveu-
glés par le sable que des enfants leur jetaient dans
les yeux , ces braves soldats ont la douleur de voir
que M. de Castelet leur est arraché et qu'on l'entraîne ·
vers un réverbère pour le pendre . Au moment où le
sacrifice allait être consommé, un soldat de Barrois
coupe la corde , et quelques autres hommes des
deux corps parviennent à faire entrer la victime
dans le jardin de l'hôpital . Parmi eux se trouvaient
les fusiliers et chasseurs de Dauphiné , Yvon, Vente,
Bracherot et Raffin . Cependant la générale battait
dans la ville , les deux régiments couraient aux
armes , les coupables étaient arrêtés , et force restait
encore une fois à la loi .
Mais au milieu de ces populations incandescentes ,
où les partis se balançaient en nombre et en violence ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 31
il était difficile qu'un corps , tiraillé dans tous les
sens , se maintînt longtemps dans la ligne de la sa-
gesse. Le régiment de Dauphiné donna bientôt
l'exemple de la plus terrible insubordination . Il ve-
nait de quitter Uzès, où il était depuis six mois , pour
se rendre à Nîmes . Le 14 février 1791 , des troubles
éclatent à Uzès . Dans cette circonstance, les soldats
égarés par leur patriotisme, et tenus en méfiance par
les rassemblements d'émigrés qui assiégeaient alors
toutes nos frontières , se résolvent à agir seuls . Deux
cent trente hommes quittent Nîmes et volent à Uzès
sans leurs chefs . Les officiers voulurent les suivre et
user de sévérité . Il en résulta une insurrection com-
plète . Tous les officiers furent obligés de prendre la
fuite, et les soldats se formèrent en une société par-
ticulière , qui bientôt n'obéit plus à rien et résista
même aux décrets de l'Assemblée nationale . La moi-
tié de l'année 1791 se passa dans ce désordre . En-
fin , la raison rentra peu à peu dans les esprits, et le
régiment se soumit , au mois d'octobre, à l'ordre qui
l'envoyait à Belfort.
Au commencement de la guerre, en 1792 , le
2 bataillon fut dirigé sur Sédan . Le 1er demeura à
Belfort jusqu'au mois d'août ; il se rendit alors à Be-
sançon, et plus tard au camp de Bourgoin , où le gé-
néral Montesquiou assemblait l'armée qui allait con-
quérir la Savoie. En 1793 , ce bataillon passa de l'ar-
mée des Alpes à celle des Ardennes . Il fit , sous
Jourdan , cette campagne et une partie de celle de
32 HISTOIRE
1794. Incorporé alors dans l'armée de la Moselle , il
se distingua d'une manière particulière dans un
combat livré, au mois de novembre, à Blascheid , sur
la route de Luxembourg à Liége , et fut versé , le
19 juin 1795 , dans la 75º demi -brigade .
Le" 2e bataillon , pendant l'invasion de la Champa-
gne , en 1792 , fut appelé de Sédan au camp de Châ-
lons. Il fut ensuite mis en garnison à Givet, et passa ,
en 1793 , dans la Vendée . Après la destruction de la
grande armée royaliste , il fut dirigé sur l'armée du
Nord, et entra , en 1794 , dans la composition de la
76e demi-brigade.
333338
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE .
RÉGIMENT D'ISLE DE FRANCE.
39 RÉGIMENT D'INFANTERIE .
On ne va point plus gaiement aux
nopces.
MÉMOIRE DU XVIIE SIÈCLE.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Baron DE MESLE ( N. ) , 26 octobre 1629.
2. DE LA BLOQUERIE ( N. ) , 10 août 1633 .
3. DE VALLEMONT ( N. ) , août 1637.
4. Comte DE GUICHE ( Antoine de Gramont ) , 1er octobre 1641 .
5. Comte DE LOUVIGNY ( Antoine-Charles de Gramont ) , 11 oc-
tobre 1665 .
6. Comte DE GUICHE ( Antoine de Gramont ) , 20 février 1687 .
7. Duc DE NOAILLES ( Anne- Jules ) , 1er juin 1696 .
8. Marquis DE COETQUEN ( Malo-Auguste ) , 20 novembre 1696.
9. Marquis DE TOURVILLE ( Jean-Baptiste-César de Costentin ) ,
23 février 1709.
10. Marquis DE MEUSE ( Henri-Louis de Choiseul ) , 30 juillet 1712.
11. Comte DE MEUSE ( Maximilien de Choiseul ) , 20 février 1734 .
12. Marquis DE MONTMORIN SAINT-HÉREM ( Jean- Baptiste-Fran-
çois ) , 3 novembre 1738.
13. Marquis DE MONTMORIN SAINT- HÉREM ( Jean -Baptiste -Ca-
lixte ) , 1er décembre 1745 .
14. Comte DE CRÉNOLLE ( Anne -Louis du Quingo ) , 1er décem-
bre 1762.
15. Marquis DE BÉRANGER ( Raymond-Pierre du Guast ) , 30 no-
vembre 1764.
16. Vicomte D'HAUTEFEUILLE ( Joseph Texier ) , 13 avril 1780 .
17. Marquis DE MONTGAILLARD ( Charles-Bernard-Joseph Percin
de La Vallette ) , 10 mars 1788 .
HIST . DE L'ANC . INFANTERIE FRANCAISE. T. V. 3
34 HISTOIRE
18. Comte DE SAYSSEVAL ( Claude-Jean-Henri ) , 4 mai 1788 .
19. DE LORAS ( Jean- François ) , 25 juillet 1791 .
20. PRAT ( Jean-François- Régis-Alexis-Marie ) , 14 janvier 1793.
Ce régiment est d'origine liégeoise , et ses deux
premiers colonels furent liégeois . La tradition rap-
porte , qu'avant d'arriver en France, il formait la
garde du prince-évêque de Liége (1 ) . Quoi qu'il en
soit, ce corps fut admis au service du roi par lettres
du 26 octobre 1629 , et en même temps que plu-
sieurs autres régiments liégeois , à la fin de la pre-
mière campagne de Savoie. Il était commandé par le
baron de Mesle , qui le conduisit en 1630 sur les
Alpes. Il se trouva au combat de Veillane , vint
prendre ses quartiers d'hiver en Lorraine , et fut li-
cencié au commencement de 1631. Son colonel
était mort , et il était, en ce moment, sous les ordres
du lieutenant-colonel de Hautepenne , de la famille
de Barlaymont .
Le régiment fut rappelé en France le 10 août 1633 .
Il était , cette fois , fort de douze enseignes , et avait
pour chef le colonel La Bloquerie, sous le nom du-
quel il s'acquit une grande réputation .
(1 ) En admettant que les couleurs des drapeaux aient éu à l'ori-
gine une signification , on trouverait dans les enseignes de ce régi-
ment, un témoignage en faveur de cette opinion. Ces drapeaux se
composaient, en effet, de deux quartiers violets, couleur de l'épisco-
pat et de deux quatiers verts , couleur affectée, comme on l'a vu,
aux troupes étrangères du Nord.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 35
Il prit part , en 1633 , à la conquête de la Lor-
raine, et fit, au mois de septembre , le siége de Nancy.
Il y avait construit une redoute qui , dans le plan des
attaques de cette ville , est désignée sous le nom de
redoute des Liégeois . Après l'occupation de la capi-
tale de la Lorraine , le régiment fut envoyé à Ha-
guenau .
Au mois de mai 1634 , le maréchal de La Force or-
donne au colonel La Bloquerie d'aller observer le
château de Wildenstein dans les montagnes de la
Haute- Alsace , et d'enlever, s'il était possible , ce lieu
de refuge des Lorrains . Le colonel prend avec lui
quatre de ses compagnies et huit cornettes de cava-
lerie , bat complétement , chemin faisant , près de
Thann, 800 fantassins et 600 chevaux lorrains, et va
attendre, à Gérarmer, le reste de son régiment . Dès
qu'il a réuni toutes ses forces , il investit Wildens-
tein le 15 juin . L'attaque de ce château , défendu
par 500 hommes et situé sur des rochers élevés , pré-
sentait de grandes difficultés . Une partie des défen-
seurs de ce nid d'aigle s'était logée dans les anfrac-
tuosités de la montagne avec des arquebuses à croc
et rendait les approches excessivement périlleuses .
Ce ne fut qu'au bout de trois semaines que La Blo-
querie parvint à les débusquer et à commencer le
siége du château . Celui - ci capitula le 5 août et le ré-
giment retourna à Haguenau . Quelques mois après,
il eut encore le principal honneur d'une autre en-
treprise importante. M. de Feuquières , ambassadeur
36 HISTOIRE
du roi en Allemagne , avait persuadé aux habitants
de Philisbourg de se donner à la France , mais ils
étaient tenus en respect par une garnison impériale .
Le 3 octobre, La Bloquerie reçoit avis de Feuquiè–
res de se trouver le lendemain , à cinq heures du ma-
tin , sur les bords du Rhin , vis-à-vis de Philisbourg.
Exact au rendez-vous et informé du projet de l'am-
bassadeur , il s'empare , sans coup férir, de la re-
doute de Stolhofen , située entre la ville et le fleuve,
et par cette action hardie détermine la garnison , déjà
intimidée par l'attitude des habitants , à évacuer
Philisbourg, que le régiment occupa le 7 .
En mars 1635 , celui-ci marche au siége de Spire
et se trouve de garde aux tranchées , le 19 mars ,
lorsqu'on donne l'assaut au corps de place . Chargé
de l'attaque du centre , et animé par la réputation
des deux régiments français , Turenne et Ménillet,
qui le flanquaient à droite et à gauche , il fit des pro-
diges de bravoure . « On ne va pas plus gaiement
aux nopces que ses soldats à l'assaut, » dit la rela-
tion de ce siége , en parlant du colonel La Blo-
querie.
Après cet exploit , il demeura en garnison dans
les places du Rhin . En 1636 , il fit partie de l'armée
de Champagne, commandée par le comte de Sois-
sons. L'année suivante , il fit la guerre sur la Meuse ,
et s'empara le 19 juillet du château de Dinau, entre
Stenay et Mouzon . Quelques jours après , le brave
colonel La Bloquerie mourait de la peste, et son ré-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 37
giment était donné au sieur de Vallemont , gentil-
homme de Picardie , sans cesser d'être sur le pied
étranger. Il fut dans le même temps mis en garni-
son à Damvilliers .
Vers la fin de décembre , deux déserteurs du régi-
ment lorrain de Bronz viennent trouver le colonel
Vallemont et lui disent que leur corps, qui était à
Montcantin, village à six lieues de là , se gardait mal
et qu'il serait facile de le surprendre . Vallemont
part , dans la nuit du 2 au 3 janvier 1638 , avec
50 hommes du régiment de Rambures et 350 hom-
mes du sien, arrive près de Montcantin à la pointe
du jour, charge les soldats de Rambures d'occuper
toutes les issues , et , pénétrant dans le bourg avec
300 hommes déterminés , dirigés par les capitaines
Lartez et La Rivière, il s'en rend maître, et force la
garnison à demander quartier. « Parmi le butin des
vainqueurs se trouvait, dit l'histoire , une belle da-
moiselle , en l'aâge de dix-sept ans , fille d'un offi-
cier lorrain ; mais la courtoisie françoise la fit ren-
dre à l'instant à ceux qui la demandoient, voire sans
rançon , mais non sans faire honte aux ennemis ,
qui ne rougissoient point , quand ils le pouvoient,
d'exiger rançon jusques des enfants . >>
Au mois d'août 1638 , Vallemont alla faire le siége
du Câtelet, après lequel il entra en quartiers dans
le Câteau-Cambrésis . Il fut assiégé dans cette place
en février 1639 , mais l'ennemi fut obligé de se reti-
ter. Le régiment ne reprit point la campagne cette
38 HISTOIRE
année ni la suivante . En 1641 , il fut appelé au
siége d'Aire , où , le 21 juin , un coup de canon de la
ville coupa la cuisse au lieutenant Saint-Pierre et
tua neuf hommes . A la fin de cette année , le régi-
ment fut donné au maréchal de Guiche, connu plus
tard sous le nom de maréchal de Gramont, et qui
devint colonel des Gardes Françaises . Il continua
d'être considéré comme corps étranger , car on le
trouve encore pendant quelques années désigné
sous le titre de Gramont-liégeois .
En 1642 , Gramont fit partie de l'armée de Cham-
pagne , dont on avait confié le commandement à son
colonel ; il partagea la mauvaise fortune de celui-ci
à la bataille de Honnecourt. Après cette déroute , il
fut jeté dans La Bassée, où il fut immédiatement as-
siégé par les Espagnols. Dès le premier jour de l'in-
vestissement, il fit une sortie , dans laquelle le capi-
taine Didier fut tué ; les capitaines Perrault et d'El-
van furent blessés . Le 25 avril , dans une nouvelle
sortie, les capitaines La Laque et Martel furent bles-
sés à leur tour. Le régiment évacua La Bassée le
13 mai , après une capitulation des plus honorables,
et se retira à Calais . A la fin de l'année , il fut mis en
garnison à Arras , qu'il quitta au printemps de 1643
pour joindre l'armée du duc d'Enghien . Il combat-
tit le 19 mai à Rocroi , et, au mois de juillet, il était
au siége de Thionville . Il s'y fit remarquer, le 18 , ¿
côté de Picardie et de La Marine , à la prise de l
contrescarpe. Il continua de servir, en 1644 , sos
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 39
le duc d'Enghien , concourut à la prise de plu-
sieurs petites places du Luxembourg , marcha au se-
cours de l'armée d'Allemagne et prit une part glo-
rieuse aux combats dont l'ensemble compose ce
que l'on appelle la bataille de Fribourg . Il y perdit les
capitaines Lépine et Lécuyer, et termina cette cam-
pagne par la prise de Philisbourg et de quelques au-
tres places du Rhin .
En 1645 , Gramont débuta dans le Luxembourg .
Appelé en Allemagne après l'échec subi par Turenne
à Mariendal , il combattit vaillamment à Nordlingen .
On sait que son colonel , le maréchal de Gramont,
qui commandait l'aile droite , y fut pris .
L'année suivante , le régiment faisait partie de
l'armée de Flandre . Il se trouva à la prise de Cour-
trai et fut du corps de troupes qui se joignit , à la fin
de la campagne , à l'armée du prince d'Orange pour
faire le siége d'Anvers. Il fit la petite guerre sur
cette frontière pendant la campagne de 1647 , et, en
1648 , il combattit à Lens.
Les premiers troubles de la Fronde l'appelèrent
aux environs de Paris . Il y passa l'hiver de 1648 à
1649, et le maréchal de Gramont l'envoya ensuite
dans son gouvernement de Bayonne , où il demeura
en garnison pendant toute la durée des troubles . Il
fit partie, en 1652 , du petit corps d'armée qui opéra
dans la Saintonge , l'Angoumois et le Bordelais . II
se distingua au siége de Saintes . Au commencement
de 1653 , il se rendit dans le Roussillon avec le mar-
40 HISTOIRE
quis du Plessis-Bellière . Il servit au mois de juin au
siége de Castillon , et revint à la fin de l'année à
Bayonne . Il garda jusqu'en 1657 cette frontière, la
seule où il ne s'exerçât point d'hostilités , de toutes
celles sur lesquelles les monarchies de France et
d'Espagne étaient en contact. Gramont se rendit en
1657 en Italie . Le 5 août 1658 , il ouvrit la tranchée
devant Mortare avec le régiment de Navarre. Le 13 ,
il repoussa une sortie.
Rentré en France en 1659 , etréduit à quatre com-
pagnies , il fit partie , en 1664 , du secours envoyé
par Louis XIV à l'Empereur, et qui prit une part si
honorable au succès de la bataille de Saint-Gotthard ,
livrée le 1er août . Revenu sur le Rhin au mois de dé-
cembre , il fut mis en garnison dans la Champagne ,
et , en 1665 , il fut encore des 4,000 hommes d'in-
fanterie qui marchèrent , sous les ordres de M. de
Pradel , au secours des États-généraux de Hollande
contre l'évêque de Münster . Parti de Mézières le 3
novembre , le régiment , qui s'appelait alors Louvi-
gny ( 1 ) , arriva le 10 à Maëstricht, et se distingua au
siége de Lochem , qui battit la chamade sous ses dra-
( 1 ) Il venait d'être cédé par le maréchal de Gramont à son fils
le comte de Louvigny, qui prit, en 1673, le nom de comte de
Guiche, et en 1678 celui de duc de Gramont. Celui-ci devint bri-
gadier le 12 mars 1675 , et céda le régiment à son frère en 1687.
Réné de Perousse des Bonnays, lieutenant-colonel 20 janvier
1667 , fut fait brigadier 15 août 1672, et maréchal de camp 25 fé-
vrier 1677.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 41
peaux , le 14 décembre . Son jeune colonel , qui fai-
sait ses premières armes , s'y comporta très-bien , et
ramena aussitôt son régiment en France pour le camp
que le roi assembla , au mois de janvier 1666 , entre
Croissy et Montsur, près d'Amiens . Ce camp , inter-
rompu par la mort de la reine-mère , fut repris au
mois de mars , et eut lieu cette fois dans la plaine de
Monchy, aux environs de Compiègne .
En 1667 , Louvigny suivit le roi à la conquête de
la Flandre , et contribua à la prise de Tournai , de
Douai et de Lille. A ce dernier siége , le maréchal de
Gramont voulut monter la tranchée à son rang de
colonel , à la tête du régiment de son fils . Après la
prise de Lille , le corps se rendit à Metz , qu'il quitta
le 28 octobre avec le marquis de Créqui , pour se
rendre dans le Luxembourg . Cette expédition n'eut
point de suite . En 1668 , Louvigny participe à la pre-
mière conquête de la Franche-Comté , et , en 1670 ,
il est à la prise de possession de la Lorraine . Il assista
aux siéges d'Épinal , de Chasté et de Longwy.
La campagne de Hollande , en 1672 , lui ouvrit une
nouvelle carrière de gloire . Il se trouva successive-
ment aux siéges de Maseyck , Saint- Trond , Tongres ,
Burick , Rées , Arnheim , Skenke . Il se distingua , à
côté de Champagne , à la prise du fort de Nimègue ,
ou Knotzembourg , et servit encore à la soumission
de Crèvecœur et de l'île de Bommel . A la fin de cette
année , il marcha avec Turenne à la rencontre des
troupes brandebourgeoises qui venaient au secours
42 HISTOIRE
des Hollandais . Il les poursuivit au delà du Rhin , et
contribua , au commencement de 1673 , à la prise
d'Unna , de Kamen , d'Altena, de Zoëster et de Bil-
felden . Après avoir achevé la campagne sur le Rhin ,
il vint prendre ses quartiers en Bourgogne , et fit ,
en 1674 , sous le nom de Guiche, le siége de Besan-
çon , après lequel il se mit en marche pour le Rous-
sillon .
L'armée que le maréchal de Schomb
erg comman-
dait sur cette frontière garda cette année la défensive .
En janvier 1675 , le régiment alla s'embarquer à
Toulon avec Crussol , sur la flotte de M. de Vivonne ,
pour passer à Messine . Il resta en garnison dans cette
ville jusqu'au mois de septembre ; il fut alors envoyé
à Agosta , dont le maréchal de Vivonne venait de se
rendre maître . Il rentra en France en avril 1678 , et
fut placé dans les quartiers du Dauphiné . En 1681 ,
il était du détachement qui alla , le 1er octobre , avec
Cattinat , occuper la citadelle de Casal , remise au
roi par le duc de Mantoue .
Redevenu Guiche ( 1 ) en 1687 , le régiment com-
mença la guerre de 1688 à l'armée du dauphin , et
fit le siége de Philisbourg , où ses grenadiers se firent
remarquer à l'assaut de l'ouvrage à cornes , puis ceux
(1) Ce comte de Guiche est le même qui devint colonel des Gardes
Françaises en 1704. Il est un excellent lieutenant- colonel dans
Charles d'Espalongue de La Badie , capitaine au corps dès 1672 ,
lieutenant-colonel 7 août 1691 , brigadier 28 avril 1694 , maréchal
de camp 29 janvier 1702 et lieutenant-général 26 octobre 1704.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 43
de Manheim , de Spire , de Worms , d'Oppenheim et
de Trèves . Passé , en 1689 , à l'armée de Flandre , il
assista au combat de Walcourt. Il combattit, en 1690 ,
à Fleurus , et , en 1691 , il prit part au siége de Mons.
Il avait son quartier à Nimy avec M. de Soubise.
Sept soldats de Guiche se signalèrent , le 7 avril , par
un trait d'audace effrontée qui mérite d'être rapporté .
Ces hommes descendirent en plein jour de l'ouvrage
à cornes dans le chemin couvert du corps de place ;
ils y prirent trois barils de poudre et un panier de
grenades , et les rapportèrent dans la tranchée. Après
la prise de Mons , Guiche quitta l'armée du roi pour
passer à celle du maréchal de Luxembourg ; il se
trouva au bombardement de Liége et au combat de
Leuze , livré le 18 septembre , et quelques jours après
il entra en quartiers d'hiver à Courtrai . Il contribua,
en 1692 , à la prise de Namur. Au mois de juillet , le
roi , craignant que l'ennemi n'eût des vues sur Dun-
kerque , ordonna à M. de Luxembourg d'y envoyer le
régiment. Celui-ci se trouva néanmoins , plus tard ,
au bombardement de Charleroi .
La campagne de 1693 fut glorieuse pour Guiche.
Il débuta par le combat de Tongres ; il fit ensuite le
siége d'Huy , et , le 29 juillet , il fit admirer sa valeur
à Neerwinden . Il était placé au centre avec les Gardes .
Les brigades de l'aile gauche venaient d'emporter le
village de Neerwinden ; le prince d'Orange , compre-
nant que là était la clef de sa position , y envoie des
troupes fraîches qui le reprennent . C'est alors que
44 HISTOIRE
le duc de Bourbon , se mettant à la tête de la brigade
de Guiche , attaque Neerwinden pour la deuxième
fois , et en chasse l'ennemi après la plus opiniâtre ré-
sistance. Le régiment y fut bientôt attaqué par de
nouvelles forces ; il perdit , il est vrai , un peu de
terrain , mais aucun effort ne put le déposter du bas
de Neerwinden . Après la victoire , il se rendit
devant Charleroi , dont la prise termina cette cam-
pagne.
Guiche continua de servir dans les Pays- Bas. II
passa la campagne de 1694 dans Namur, et se trouva,
en 1695 , à la défaite du prince de Vaudémont , sur
les bords de la Lys , et au bombardement de Bruxelles .
Il servit , en 1697 , sur la Meuse , et en 1698 il fit
partie du camp de Compiègne . Le 30 décembre de
cette année , on y incorpora les fusiliers de La Croix ,
excellent corps de troupes légères levé en 1695 .
Le régiment avait été acheté , en 1696 , par le ma-
réchal duc de Noailles ( 1 ) , qui l'avait cédé quelques
mois après à son gendre , le marquis de Coëtquen (2) .
A l'ouverture de la guerre de la succession d'Es-
pagne, Coëtquen fut envoyé dans le pays de Gueldres ,
(1 ) Le maréchal de Noailles était brigadier du 13 février 1674 ,
maréchal de camp du 25 février 1677 , et lieutenant-général du
25 juin 1682. Il avait reçu le bâton le 27 mars 1693.
(2) Le marquis de Coëtquen fut fait brigadier le 26 octobre 1704 ,
maréchal de camp le 12 novembre 1708, et lieutenant- général le
8 mars 1718. Il avait eu une jambe emportée d'un coup de canon
la veille de la bataille de Malplaquet .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 45
et occupa Venloo . Il se rendit à Strasbourg au com-
mencement de 1702 , et quitta cette ville au mois de
septembre pour suivre Villars à Huningue. Il contri-
bua , le 14 octobre , au succès de la journée de Fried-
lingen . En février 1703 , il fit le siége de Kelh ; il se
trouva plus tard à l'attaque des retranchements de
Stolhoffen , et , pénétrant en Bavière , il prit part aux
affaires de la vallée du Hornberg et de Munderkir-
chen , et à la première bataille d'Hochstedt. Il ter-
mina cette glorieuse campagne par la prise de Kemp-
ten et d'Augsbourg . En 1704 , il se trouvait sous les
ordres de Marchin , et se conduisit bien à la funeste
journée d'Hochstedt . Dans la lettre que Marchin
écrivit après la déroute au ministre Chamillard , il
disait , en parlant du régiment : « Il est parfaitement
bon et a fait son devoir avec distinction à la journée
d'Hochstedt. »
Revenu sur le Rhin, Coëtquen fut mis en garni-
son à Colmar. Il servit en 1705 sur la Moselle avec
Villars, et se trouva en 1706 , sous cet illustre chef,
à la prise du Fort-Louis, de Drusenheim , de l'île du
Marquisat et de Lauterbourg . Passant en 1707 dans
la Souabe et la Franconie , il prit part , du 20 au
22 juin, à l'attaque des retranchements du général
Janus dans les gorges de Lorch .
Les revers de l'armée de Flandre l'appelèrent
dans les Pays-Bas en 1708. Jeté dans Lille, il contri-
bua à la belle défense qu'y fit le maréchal de Bouf-
flers . Le prince Eugène ouvrit la tranchée le
46 HISTOIRE
22 août ; le même jour , les deux compagnies de gre-
nadiers de Coëtquen furent placées dans une cha-
pelle, d'où elles incommodèrent si fort les travail-
leurs , que, le 24 , Eugène mit en mouvement 300
grenadiers , soutenus par quelques bataillons, pour
les déloger. Leur résistance fut énergique ; les deux
capitaines, La Jonchère et Fayolle , tous deux offi-
eiers de distinction , se firent tuer avec 50 de leurs
hommes ; tout le reste fut fait prisonnier de guerre .
Les Alliés perdirent là plus de 200 hommes ; 300
autres furent blessés, et parmi ceux-ci se trouvait un
major des troupes palatines. Le régiment se fit en-
core remarquer dans plusieurs sorties, et, le 5 octo-
bre, à la défense du chemin couvert , où le lieute-
nant- colonel fut dangereusement blessé.
En 1709 , le régiment, sous le nom de Tourville ,
prit sa part de la sanglante lutte de Malplaquet. Il se
trouva en 1711 au combat d'Arleux , et l'année sui-
vante il se distingua à Denain . Son colonel , fils
unique de l'illustre amiral de ce nom , y perdit la
vie. M. de Choiseul -Meuse (1 ) , qui lui succéda à la
tête du corps , y avait été dangereusement blessé . Le
régiment termina cette campagne par les siéges de
Douai, du Quesnoy et de Bouchain . Il se rendit en
1713 sur le Rhin , et fit les siéges de Landau et de
Fribourg .
(1 ) Le marquis de Meuse devint brigadier le 1er février 1719 ,
maréchal de camp le 20 février 1734 , et lieutenant-général le
1er mars 1738.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 47
Le régiment de Meuse fit , en 1727 , partie du
camp de la Moselle. Il se rendit, en 1733 , à l'armée
d'Allemagne , participa , l'année suivante , à l'attaque
des lignes d'Ettlingen et au siége de Philisbourg, et
passa l'hiver à Worms avec Bourbonnais . Au com-
mencement de la campagne de 1735 , il fut placé
dans le corps particulier aux ordres du marquis de
Dreux, et campa à Nieder-Ulm sur la Seltz.
Devenu Montmorin en 1738 , il fut dirigé en 1741
sur l'armée du maréchal de Maillebois et passa l'hi-
ver en Westphalie . En juin 1742 , ses deux bataillons
faisaient partie du camp d'Halteren . Enfin , il partit
de Dusseldorf au mois d'août pour aller au secours
de l'armée de Bohême. Poitou et Montmorin furent
les deux premiers régiments qui opérèrent leur
jonction avec le corps du comte de Saxe . Montmo-
rin se trouva cette année à la prise d'Elnbogen et de
Kaaden, au secours de Braunau et au ravitaillement
d'Egra. En janvier 1743 , il était dans les lignes de la
Naab ; en février , il contribua à la prise de Schmid-
mülh, de Rieden et d'Enstorf, et fut chargé de garder
Rieden . Le 15 avril, il fit partie du corps placé sous
les ordres du lieutenant -général marquis du Chayla
qui alla ravitailler la garnison d'Egra . Après cette
expédition , le régiment vint, relever Alsace à Am-
berg. A la fin de mai , il reçut l'ordre de rallier le
maréchal de Broglie . Il commença son mouvement
le 8 juin , se replia sur Ingolstadt , en passant par
Pfaffenhofen et Dietfurth , et joignit en quatre mar-
48 HISTOIRE
ches l'armée, qui commença peu de jours après sa
retraite sur le Rhin . Arrivé en Alsace au mois de
juillet, Montmorin fut placé sous les ordres du comte
de Clermont et cantonné aux environs de Neufbri-
sach . Le 5 août, le colonel partit avec ses deux com-
pagnies de grenadiers et 100 fusiliers pour s'opposer
aux entreprises d'une bande de pandours qui fai-
sait mine de vouloir passer le Rhin au-dessous de
Brisach . Ces pandours étaient commandés par le
fameux baron de Trenck , qui faillit tomber dans les
mains des grenadiers de Montmorin , et qui fut fort
heureux d'en être quitte pour être obligé de renon-
cer à son projet. Au mois de septembre, le régiment
fit partie du camp de Chalempey, et, pendant tout
le reste de cette campagne , il fit un service fort ac-
tif pour surveiller les desseins du prince Charles ,
qui cherchait à pénétrer en Alsace . Il eut ses quar-
tiers d'hiver à Strasbourg , après avoir été rallié
par un piquet de 62 hommes qui revenait de la dé-
fense d'Ingolstadt .
En 1744 , Montmorin fut encore employé à la
garde des passages du Rhin ; et , quand les Autri-
chiens eurent réussi à franchir ce fleuve, il contri-
bua vigoureusement, le 5 juillet , à la reprise de Weis-
sembourg et des lignes de la Lauter. Dans cette
sanglante affaire , il perdit quinze hommes et eut
trente-cinq blessés. Parmi ces derniers était le co-
lonel (1 ) , le capitaine du Châtelet et les lieutenants
(1) M. de Montmorin fut nommé brigadier 20 février 1743,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE , 49
La Roche , Duhaut et Terrière . Il se trouva plus
tard au glorieux combat d'Augenheim et au siége
de Fribourg, après lequel il se rendit à l'armée du
Bas-Rhin , commandée par le maréchal de Maille-
bois. Il continua de servir sur le Rhin en 1745 , et,
en 1746, il passa sur la Meuse, prit part aux siéges
de Mons et de Charleroi , et se trouva, le 10 octo-
bre, à la bataille de Rocoux , où sa brigade , avec
celle de Navarre , formait la division du comte d'Hé-
rouville. La brigade de Montmorin , commandée par
le comte de Chabannes, plia à la première décharge
et perdit du terrain ; mais le colonel rallia promp-
tement son régiment, arracha un drapeau des mains
de celui qui le portait et alla le planter sur le bord
des retranchements ennemis. Ses soldats , ranimés
par son audace , se précipitent sur ses pas dans le
chemin qui sépare les villages de Varoux et de Ro-
coux, et emportent les redoutes établies sur ce point.
Le corps perdit dans cette action presque tous ses
grenadiers et un nombre considérable d'officiers.
Les capitaines de Laydet et de La Coste , tous deux
parvenus plus tard à la charge de lieutenant- colo-
nel , y furent blessés . Le colonel y fut aussi blessé
maréchal de camp 1er mai 1743 , et lieutenant-général 10 mai 1748 .
Son fils , qui lui succéda en 1745 , obtint le grade de brigadier le
10 février 1759 , et celui de maréchal de camp le 25 juillet 1762 .
Etienne du Bouchet de Faucon, sous-lieutenant en 1705 , et lieu-
tenant-colonel 6 novembre 1740, devint brigadier 20 mars 1747 .
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE, T. V. 4
50 HISTOIRE
et présenta au roi quatre pièces de canon enlevées
par son brave régiment , qui obtint pour quartier
d'hiver la ville de Bruxelles .
Pendant les mois d'avril et de mai 1747 , Mont-
morin fut employé à la conquête de la Flandre hol-
landaise . A la fin de mai , il fut cantonné à Hing-
hem et Bornhem aux environs de Malines , avec
ordre de se porter sur Anvers à la première réquisi-
tion du comte de Lowendhal qui y commandait, les
Alliés semblart se préparer à faire le siége de cette
forte ville. Au mois de juin , le régiment fut appelé
à la grande armée , et se trouva le 2 juillet à la ba-
taille de Lawfeld . Placé avec le régiment du Roi vis-
à-vis du village de Vlitingen , il repoussa deux atta-
ques du comte de Waldeck. Quand le régiment du
Roi fut envoyé au secours des troupes lancées sur le
bourg de Lawfeld, Montmorin , laissé seul à Vlitin-
gen pour contenir les Hollandais qui cherchaient à
percer le centre de la ligne française , accomplit avec
fermeté cette mission et demeura inébranlable . Le
16 août, le régiment partit du camp d'Hameln pour
se rendre à Eckeren , et de là devant Berg-op-Zoom ,
qu'assiégeait le comte de Lowendhal . Il arriva encore
à temps pour prendre part à l'assaut livré le 16 sep-
tembre à la demi-lune , et il s'y couvrit de gloire à
côté du régiment du Dauphin . Il quitta Berg-op-
Zoom le 25 septembre pour se rendre au camp de
Capellen . A la fin de cette année , Montmorin , qui
s'était déjà augmenté d'un 3° bataillon en 1745 , en
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 51
leva un 4º. Les trois premiers firent en 1748 le siége
de Maëstricht . Après la prise de cette place , ils se ren-
dirent à Bruxelles, qu'ils quittèrent en octobre pour
se rendre à Valenciennes, où les 3° et 4 bataillons
furent réformés.
En 1754 , Montmorin était au camp de Plobzheim ,
en Alsace. Dirigé , en 1756 , sur Toulon , il s'embar-
qua au mois d'octobre pour l'île de Corse, et , arrivé à
Calvi le 1er novembre , il releva immédiatement les
postes occupés par les troupes de la république de
Gênes. Voici ce qui avait déterminé cette expédition .
En 1755 , les Corses , fatigués du manque d'unité qui
marquait les actes de leur gouvernement , avaient
jeté les yeux sur Pascal Paoli , alors officier au ser-
vice de Naples, et lui avaient remis le pouvoir. Cette
haute position avait excité l'envie d'un autre chef
corse , nommé Matra , qui bientôt réunit ses parti-
sans et commença , contre Paoli , une lutte achar-
née. Cette guerre civile parut aux Gênois une bonne
occasion pour rétablir leur puissance dans l'île , et
ils fournirent des secours à Matra . Mais , celui-ci
ayant été tué dans un combat en février 1756 , ses
partisans se dispersèrent, et la république de Gênes,
craignant de voir ses villes du littoral attaquées par
Paoli vainqueur et irrité , appela la France à son se-
cours. Le ministère français , qui soupçonnait ou qui
feignait de croire que les Anglais avaient des des-
seins sur l'île , accueillit avec empressement la de-
mande des Gênois , et envoya en Corse M. de Cas-
52 HISTOIRE
tries avec 3,000 hommes. Les Français, pendant un
séjour de deux ans dans l'ile , observèrent la plus
exacte neutralité entre les Corses et leurs anciens op-
presseurs, et se firent aimer des populations au mi-
lieu desquelles ils vivaient . Ils remirent les places
qu'ils occupaient aux Gênois , en février 1759 , et re-
passèrent sur le continent, laissant derrière eux ,
parmi les Corses , le désir , si la liberté devait être
perdue, de devenir Français .
Montmorin resta employé à la garde des côtes de
la Provence depuis mars 1759 jusqu'en mai 1761. Il
fut alors envoyé dans l'Aunis , et , au printemps de
1762 , il fit partie du corps d'armée de 10,000 hom-
mes que Louis XV , en vertu du pacte de famille ,
envoya au secours du roi d'Espagne, engagé dans une
guerre avec le Portugal et l'Angleterre . Le régiment
assista au siége d'Alméida , et rentra en France la
même année . L'ordonnance du 10 décembre lui
donna le titre de la province d'Isle-de-France , que
d'autres corps avaient déjà porté ( 1 ) .
A sa rentrée en France, le régiment fut mis en gar-
(1 ) Il avait alors pour colonel le marquis de Crénolle , passé à Béarn
en 1764. Son successeur, le marquis de Béranger, devint briga-
dier le 20 avril 1768 , et maréchal de camp le 1er mai 1780. M. de
Montgaillard n'a figuré à la tête du corps que pendant quelques
jours ; il est passé au commandement de Guyenne.
François vicomte de Foucauld, major 19 février 1766, et lieute-
nant-colonel 7 mai 1777 , fut fait brigadier 1er mai 1780 , et maré-
chal de camp le fer janvier 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 53
nison à Bayonne , d'où il fut à Blaye en novembre
1763 , au Château-Trompette de Bordeaux et à Mar-
mande en avril 1764 , à Toulon en novembre 1764 ,
à Antibes en avril 1766 , à Briançon en octobre
1766, à Montdauphin en octobre 1767 , à Dunker-
que en novembre 1768 , à Aire en mai 1770 , au
Quesnoy en mai 1771 , à Belfort en octobre 1773 , et
à Perpignan en septembre 1775. Par suite du dédou-
blement des vieux régiments opéré en 1775 et 1776 ,
Isle-de-France , qui occupait le 22′ rang dans l'infan-
terie, recula au 40' , qu'il garda jusqu'au licencie-
ment du régiment du Roi . C'est à la même époque
qu'il quitta son vieil uniforme , qui se composait
d'habit et culotte blancs , collet , veste et parements
rouges , boutons jaunes, doubles poches en long gar-
nies chacune de six boutons réunis par deux , trois
boutons sur la manche et chapeau bordé d'or , pour
prendre, suivant le règlement de 1776 , le revers et
les parements rouge piqué de blanc , avec le collet
bleu de roi et les boutons blancs.
Le régiment d'Isle-de-France passa en mai 1776
de Perpignan à Toulon , et s'embarqua aussitôt pour
Ajaccio , où il arriva le 9 juin . Revenu à Toulon le
6 novembre 1778 , il fut envoyé à Nîmes, d'où il
passa à Perpignan en juin 1779 , puis à Nantes en
novembre 1781 , à Taillebourg sur la Charente en
octobre 1782 , à Poitiers en mai 1783 , à Caen en oc-
tobre 1783 , à Coutances en octobre 1785 , et en oc-
tobre 1787 à Landernau , où il séjourna pendant les
54 HISTOIRE
troubles de l'Irlande . Il revint à Coutances et Gran-
ville en décembre 1787 , et se rendit à Brest en octo-
bre 1790 .
Le 2 bataillon partit en janvier 1791 pour les An-
tilles, d'où il n'est point revenu . Le 1e bataillon oc-
cupa Saint-Pol-de-Léon et Quimper en juillet 1791 ,
et rentra à Brest en mai 1792 .
Pendant toute la campagne de 1793 , ce bataillon
fit partie de l'armée des côtes de Brest , qui vint se
réunir aux autres armées républicaines de l'Ouest,
quand les royalistes passèrent sur la rive droite de la
Loire. Ce bataillon se trouva aux affaires de Gran-
ville et de Dol , aux batailles du Mans et de Savenay,
et se distingua particulièrement , le 5 janvier 1794 , à
la prise de Noirmoutiers. La dernière fois qu'il soit
fait mention de lui , c'est au combat de Fréligné, en
Vendée , livré le 29 floréal an II . Le colonel Prat y
fut tué.
L'organisation des premières demi-brigades n'a
point été réalisée pour ce corps . Les 77° et 78° n'ont
jamais existé. En 1796 , le 1er bataillon et le dépôt
du 2e bataillon du régiment d'Isle-de-France sont
entrés directement dans la formation de la 46° demi-
brigade nouvelle , passée en 1798 au service de la
marine.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 55
RÉGIMENT DE SOISSONNAIS.
40€ RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Je viens combattre avec vous.
LE DUC DE VENDÔME.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Comte DE GRANCEY ( Jacques Rouxel de Médavy ) , 3 février
1630.
2. Comte DE GRANCEY ( Pierre Rouxel de Médavy ) , 17 août 1653.
3. Marquis DE GRANCEY (François-Bénédict Rouxel de Médavy ) ,
15 mars 1659 . 1
4. Comte DE GRANCEY ( Jacques-Léonor Rouxel de Médavy ) ,
7 mars 1675 .
5. Marquis DE GRANCEY ( François Rouxel de Médavy) , 1 avril
1693.
6. Marquis DE LA CHESNELAYE ( Adolphe-Charles de Romilley) ,
23 mars 1707.
7. Marquis DE SOUVRE ( François-Louis Le Tellier de Louvois ),
13 octobre 1730.
8. Comte DE LAURAGUAIS ( Louis de Villars-Brancas ) , 6 mars
1743.
9. Comte DE SEGUR (Henri-Philippe ), 1er décembre 1745 .
10. Marquis DE BRIQUEVILLE ( N. de La Luzerne ) , 25 août 1749.
11. Baron DE JUIGNÉ ( Léon -Marguerite Le Clerc ) , 22 juin 1767 .
12. Comte DE SAINT-MAIME ( Jean-Baptiste-Louis - Philippe de
Félix d'Ollières ) , 29 juin 1775 .
13. Comte DE LA TOUR-MAUBOURG ( Marie-Charles- César Flori-
mond de Fay ) , 10 mars 1788 .
14. D'ESPEYRON ( Pierre ) , 25 juillet 1791.
56 HISTOIRE
15. DE LAFONT ( Jean-Jacques- François-Barthélemy ) , 23 mars
1792.
16. BROBECQUE ( Jacques-Grégoire-Louis ) , 27 mai 1792 .
17. DUPORTAL ( Félix-Antoine ) , 8 mars 1793 .
Ce régiment avait la prétention d'être un des plus
anciens de France et d'être la continuation du ré-
giment de Graville formé en 1598 , au château des
Marches en Savoie , avec des vieilles bandes dites de
Perche. Il est, en effet, possible , qu'après la paix de
Vervins, des bandes anciennes , qui auraient été in-
corporées momentanément dans le régiment de Gra-
ville, aient été conservées sur pied pour occuper, en
qualité de garnisons , quelques places des Alpes , et
qu'elles se soient ainsi maintenues pendant une tren-
taine d'années . Ce qui est certain , c'est que le régi-
ment, dont nous racontons l'histoire , a été créé par
ordonnance du 3 février 1630 , en faveur du comte
de Grancey et pendant la guerre de Savoie . Que des
débris de vieilles compagnies franches y aient été
versés à sa formation , peu importe , ce semble , puis-
que la plupart des régiments de pied , organisés au
commencement du xvne siècle , se trouvaient dans
le même cas . Le rang que celui- ci a toujours occupé
prouve, du reste, que sa prétention n'était pas fon-
dée ; du moins elle n'a jamais été accueillie .
Grancey débuta , l'année même de sa création , en
occupant Saint-Jean -de - Maurienne avec le régiment
devenu Touraine . Il quitta cette ville le 15 août pour
l'attaque de Veillane, qui eut lieu le 19. La ville fut
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 57
emportée d'emblée , et le château capitula huit jours
après. Le régiment fut réformé au commencement
de 1631 et rétabli le 8 juillet suivant . Il fut alors em-
ployé en Lorraine et contribua à la prise de Vic et
de Moyenvic . En 1632 , il se mit en route pour le
Languedoc , où le parti du duc d'Orléans avait pris
les armes. Après la bataille de Castelnaudary, il re-
broussa chemin et alla faire le siége de Trèves . On
le trouve, en 1633 , à celui d'Épinal, et, en 1634, à
la prise d'Haguenau , de Bitche et de La Mothe , et au
secours d'Heidelberg et de Philisbourg. Il continua
de servir sur le Rhin en 1635 , et lorsque Louis XIII ,
par une ordonnance datée du 8 décembre , mit ses
meilleurs régiments d'infanterie sous des titres de
province , celui- ci reçut le nom de Perche. Était-
ce un souvenir de la relation qui existait entre le ré-
giment de Grancey et l'ancien régiment de Graville ?
Ce nom de Perche, au contraire , a -t-il été la cause
d'une confusion entre deux corps qui n'avaient de
commun que le titre ? C'est ce qu'il est impossible de
décider .
Perche servit , en 1636 , au fameux siége de Sa-
verne . Son mestre de camp y fut blessé et obtint
dans le même temps le gouvernement de Montbé-
liard . Le régiment vint alors s'établir dans cette ville
et prit part, pendant deux ans, aux nombreuses ex-
péditions entreprises par son chef dans les monta-
gnes de la Franche- Comté (1 ) ..
(1 ) M. de Grancey devint maréchal de camp le 17 octobre 1636 ,
58 HISTOIRE
Il opéra , en 4637 , autour de Bâle et de Montbé-
liard , fit lever le siége d'Héricourt, s'empara de
Sainte -Ursanne et fit le siége de Saint-Hippolyte , où
le comte de Grancey eut un genou fracassé. Le 2
juillet, il prit d'assaut l'Isle -sur- le-Doubs . Au mois
de juin 1638 , Lure était assiégé par les Francs-Com-
tois . Le 15 , 300 hommes de Perche, commandés par
les capitaines Durauville , Bellemare et La Fontaine ,
auxquels se joignent en volontaires le lieutenant-
colonel de Valhesbert et tous les officiers du régi-
ment, partent de Montbéliard , arrivent devant Lure
dans la soirée du lendemain, s'emparent à l'instant
du fort des Granges et forcent l'ennemi à lever le
siége. Le lieutenant de Téligny fut grièvement
blessé à la tête dans cette affaire . Au mois d'août, le
régiment mit en déroute , près de Montbéliard , trois
régiments lorrains. Dans cette rencontre , le capi-
taine du Fresne reçut trois blessures considérables,
et le capitaine La Fortune eut un genou brisé d'un
coup de pistolet. Ces succès attirèrent enfin sur les
bras du régiment une mauvaise affaire . Une armée
vint lui barrer le passage un jour qu'il était sorti de
Montbéliard ; il soutint , sous les murs mêmes de la
ville, un combat désespéré , et fut presque entière-
ment détruit.
Rétabli en 1639 , sous le nom de Grancey, et à
lieutenant-général le 27 novembre 1646 , et maréchal de France
en 1651 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 59
douze compagnies , il se rendit, au mois d'avril , à
l'armée du marquis de Feuquières, où l'attendait un
nouveau désastre . Il suivit la fortune de Navarre au
siége et à la bataille de Thionville et fut , comme lui ,
entièrement défait , grâce à la lâcheté d'une partie
de la cavalerie (1 ) . Le comte de Grancey rallia les dé-
bris de l'infanterie et fit sa retraite sur Metz .
En 1640 , Grancey fit partie de l'armée de Flan-
dre et fut employé au siége d'Arras . Le 18 juillet , il
s'empara de la contrescarpe malgré les énergiques
efforts des assiégés . Le 30 , il était de garde dans les
lignes, quand celles- ci furent attaquées par les Es-
pagnols . Il partagea d'abord la terreur et la déroute
des Gardes Suisses, mais bientôt le dépit et la honte
les ramenèrent tous au combat , et le terrain perdu
fut repris.
Le régiment repassa en Lorraine au mois d'août
1641 , et contribua à la prise de Bar-le-Duc, de Pont-
à-Mousson , de Saint-Mihiel , de Ligny , de Gondre-
court et de Neufchâteau. Le château de cette der-
nière ville ne capitula qu'après un rude combat dans
lequel furent blessés les lieutenants de Trémond et
Martel. Le comte de Grancey y fut contusionné par
un gros éclat d'un canon qui creva et qui emporta la
tête de son cheval. Le régiment servit ensuite au
(1) Guillaume Le Sens , marquis de Folleville, était alors lieute-
nant-colonel du corps et fut blessé . Cet officier eut un régiment
d'infanterie en 1643, et devint lieutenant-général en 1653.
60 HISTOIRE
siége de Mirecourt , où périt le capitaine de Belle-
mare et à ceux d'Épinal et de Chasté. Passant de là en
Franche-Comté , il fit , le 15 septembre, les appro-
ches de Jonvelle , et le lendemain , sous les ordres du
capitaine de Valhesbert ( 1 ), il livra un assaut si brus-
que , que l'ennemi abandonna les murailles après
avoir tiré quelques coups de mousquet et se retira
dans le château , qui ne résista que deux jours . Au
mois d'octobre , Grancey se rendit devant Dieuze ,
dont on fut obligé de lever le siége , parce que les Lor-
rains détruisirent les écluses de l'étang de Lindre et
inondèrent le pays .
Grancey , porté à trente compagnies , quitta le 2
juin Pont-à-Mousson , où il avait passé l'hiver , et
courut en Champagne pour recueillir les débris de
l'armée du maréchal de Gramont , battu à Honne-
court. Après un court séjour à Mouzon , il se rendit ,
au mois de juillet , devant Dieuze , dont on voulait
s'emparer à tout prix . Le 15 juillet , le régiment étant
de garde aux tranchées , on donna l'assaut à la Sa-
line. Il se précipita avec une ardeur incroyable dans
le fossé , quoique les hommes y eussent de l'eau jus-
qu'aux aisselles, renversa les palissades, pénétra dans
l'enceinte de la Saline , et poursuivit la garnison , l'épée
dans les reins, jusqu'au pont qui sépare la Saline de
la ville . Le capitaine de Chambrecé fut tué dans cette
(1) Lieutenant-colonel 13 janvier 1642 , maréchal de camp 17 fé-
vrier 1652. C'est le second lieutenant- colonel de ce nom .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 61
brillante affaire d'un coup d'arquebuse à croc ; l'en-
seigne des Aunetz y périt aussi . La ville se rendit
le 17.
Au mois de septembre , Grancey reçut l'ordre de
se diriger sur le Roussillon , où le roi était alors oc-
cupé à faire le siége de Perpignan . Le 17 septembre,
étant arrivé entre Montigny-le-Roi et Langres , près
du château de Rey , il fut attaqué par un gros corps
d'Espagnols , qu'il mit en déroute après un combat
acharné dans lequel le comte de Grancey fut blessé.
Ce combat fut cause que le régiment n'alla pas plus
loin . Il hiverna dans la Franche-Comté .
En 1643 , il joignit devant Thionville l'armée du
duc d'Enghien qui venait de gagner la bataille de
Rocroi. Le 15 juillet , il fit un beau logement sur la
pointe de la contrescarpe , et le lendemain il repoussa
vigoureusement une sortie . L'année suivante , il fit
partie de l'armée de Flandre , commandée par le duc
d'Orléans , et servit au siége de Gravelines . Le lieu-
tenant-colonel de Valhesbert y fut blessé d'un coup
de mousquet dans la bouche . Le comte de Grancey
ayant obtenu le gouvernement de Gravelines , le ré-
giment y fut mis en garnison , et il y demeura jus-
qu'en 1652. Ce gouvernement valut le bâton de ma-
réchal au comte de Grancey, par une boutade assez
singulière. En 1650 , au plus fort des troubles de la
Fronde , Mazarin annonça une promotion de maré-
chaux , et laissa courir d'avance les noms de quatre
lieutenants-généraux auxquels il destinait cet hon-
62 HISTOIRE
neur. Grancey , qui avait des titres réels , n'en était
pas. Il quitta alors Paris avec beaucoup de bruit
pour se retirer dans son gouvernement , en disant
tout haut que les Espagnols seraient bien aises de ra-
voir Gravelines . Dans ce temps de désordre , une pa-
reille chose était possible ; le cardinal eut peur et
envoya le bâton à Grancey.
Les Espagnols tenaient effectivement beaucoup à
Gravelines . Ils firent des sacrifices énormes, en 1652 ,
pour la remettre en leur pouvoir . Le régiment dé-
fendit bien la place et ne la rendit qu'à des condi-
tions honorables.
En 1653 , le maréchal de Grancey obtint le com-
mandement des troupes françaises en Piémont . Il se
démit du régiment en faveur de son fils (1 ) , et celui-
ci le conduisit en Italie. Il entra en campagne au
mois de septembre , et débuta par la prise de Serra-
valle. Le 23 , il disputa aux Espagnols le passage du
Tanaro à la Roquette. Le comte de Grancey y fut
blessé de deux coups de pique à la cuisse , en con-
duisant ses enseignes sur les retranchements des Es-
pagnols , d'où d'autres corps venaient d'être repous-
sés. Il les emporta et poursuivit longtemps l'ennemi
dans sa retraite . Grancey termina cette campagne
par la prise de Carpignano , et eut ses quartiers d'hi-
ver dans la vallée de Saint-Martin .
(1 ) Maréchal de camp 7 novembre 1651 , et lieutenant-général
5 juin 1653 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 63
Le combat du 10 octobre , sur les bords de la Bor-
mida , seul événement remarquable de la campagne
de 1654 en Italie , est un fait d'armes particulier
aux régiments de Navarre et de Grancey . Ces deux
braves corps y taillèrent en pièces deux régiments
espagnols . Le capitaine La Chasse y fut blessé . La
campagne de 1655 fut insignifiante.
En 1656 , Grancey fait le siége de Valencia , après
lequel il rentre en France et se dirige sur Thion-
ville, où il passe l'année 1657. En 1658 , il est appelé
au siége de Dunkerque ; il garde les tranchées pen-
dant la bataille des Dunes , et contribue puissamment,
au mois de septembre , à la reprise de Gravelines . Il
y emporte l'ouvrage à cornes , dans la nuit du 19 au
20 , et y est rétabli en garnison .
En 1664 , Grancey passa en Hongrie avec le comte
de Coligny ; il combattit à Saint-Gotthard , à côté du
régiment d'Espagny , devenu Guyenne . Il fut appelé ,
en 1666 , au camp de Monchy , et , en 1669 , il fut
envoyé au secours de Candie , et perdit le lieutenant
d'Avenne au combat du 25 juin . Revenu en France
la même année , il fut porté , en 1671 , à vingt com-
pagnies , et marcha l'année suivante à la conquête
de la Hollande. Il assista à la prise de plusieurs places,
et notamment à celle d'Orsoy , où son colonel fut
grièvement blessé au genou : c'était le second fils du
maréchal de Grancey. Ne pouvant plus servir sur
terre , il passa dans la marine , et y parvint au grade
de lieutenant-général le 4 septembre 1679 .
64 HISTOIRE
Pendant les années qui suivirent , le régiment de
Grancey demeura en garnison dans les places con-
quises. Au mois de mai 1675 , il rallia au camp de
Charleville l'armée du maréchal de Créqui , et com-
battit vaillamment à la journée de Consaarbrück . Son
colonel y fut blessé et fait prisonnier ( 1 ) . En 1676 , il
contribua à faire lever le siége de Maëstricht . Il se
trouva , en 1677 , à la prise de Saint- Ghislain , et ,
en 1678 , à la bataille de Saint-Denis .
En 1683 , Grancey sert au siége de Courtrai . En
1688 , il fait partie de l'armée du dauphin et assiste
à la conquête de Philisbourg , Manheim , Spire ,
Worms , Oppenheim , Trèves et Frankenthal . En
1689 , il est employé , sous M. d'Asfeld , à la défense
de Bonn .
En 1690 , Grancey passa sur un théâtre plus favo-
rable aux régiments , qui , comme lui , n'avaient pas
le privilége du rang . Ses deux bataillons arrivèrent à
l'armée d'Italie , où il n'y avait point alors de vieux
corps . Ils débutèrent , le 6 août , par la prise de Ca-
hours ; le capitaine de Raucourt y fut tué , et le ca-
pitaine de Joigny blessé . Le 17 , sous les ordres du
marquis de Feuquières , ils emportent les hauteurs
de Saluces , et , le 18 , ils occupent la droite de la
première ligne à la bataille de Staffarde . Le régiment
(1 ) Ce comte de Grancey, fils du précédent, fut fait brigadier le
24 août 1688, maréchal de camp le 30 mars 1693 , lieutenant-gé-
néral le 29 janvier 1702, et maréchal de France le 2 février 1724.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 65
avait devant lui un marais qui le séparait de l'aile
gauche ennemie. Cet obstacle ne l'arrête pas un in-
stant; il culbute la première ligne de l'infanterie alliée ,
s'empare des haies qui bordent le marais , s'élance
l'épée à la main sur la seconde ligne et la rompt en-
core . Cette charge , exécutée avec un entrain mer-
veilleux , ne laissa pas le temps à l'ennemi de se ral-
lier . Son infanterie , rejetée dans les bois le long du
Pô , chercha son salut dans la fuite . Les troupes qui
avaient eu particulièrement affaire avec Grancey
étaient un régiment espagnol , un autre allemand et
le régiment de Savoie . Ils furent tous trois ruinés ,
et le dernier avait laissé sur le champ de bataille son
colonel et huit capitaines. Grancey avait perdu le ca-
pitaine de Prie ; le lieutenant- colonel du Châtel avait
été blessé .
Le régiment termina cette belle campagne par la
prise de Saluces et de Suze . Il se trouva l'année sui-
vante à la réduction de Nice , de Veillane , de Car-
magnola , du château de Montmélian et de Villefran-
che , et à la reprise de Suze . En 1692 , l'armée de
Cattinat se tint sur la défensive : Grancey contribua
à la défense de Suze et de Pignerol .
Le 4 octobre 1693 , à la Marsaglia , le régiment
avait la droite de la deuxième ligne d'infanterie . Il
était placé en réserve derrière deux corps moins an-
ciens que lui , Perche et Vendôme. Il les suivit dans
leur beau mouvement sur l'aile gauche de la cavalerie
ennemie , et , après la dispersion de celle- ci , il mit
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. v. 5
66 HISTOIRE
dans un affreux désordre l'infanterie de cette aile. Il
continua de servir en Piémont pendant les trois cam-
pagnes suivantes , et fit , en 1696 , le siége de Valen-
cia . Après la levée de ce siége , il se rendit à l'armée
du marquis de Boufflers , sur la Meuse , et , en 1697 ,
il fit le siége d'Ath sous Cattinat.
Grancey fit la première campagne de la guerre de
la succession d'Espagne sur le Rhin . Il passa en Italie
en janvier 1702 , et fut attaché au corps du prince de
Vaudémont, gouverneur du Milanais pour Philippe V.
Ce corps devait rester en observation pendant les
mouvements du duc de Vendôme . Le 15 août , tout
le monde fut appelé sur le champ de bataille de
Luzzara , et le régiment partagea la gloire que s'ac-
quit Piémont ce jour-là . A la quatrième charge que
fournirent ces braves régiments , le marquis de Gran-
cey ( 1 ) reçut un coup de mousquet qui lui brisa la
main . Éloigné un moment de la mêlée pour faire
panser sa blessure , il apprend que son régiment est
près de céder au feu terrible des Autrichiens ; il vole
retrouver ses soldats , les ranime , et reste enfin
maître avec eux du terrain qu'ils ont arrosé de leur
sang. Grancey contribue encore cette année à la prise
de Luzzara et de Borgoforte , et prend ses quartiers
d'hiver à Castiglione .
En 1703 , il suit Vendôme dans sa marche vers le
(1) Frère du précédent, brigadier 23 décembre 1702 , maréchal
de camp 21 septembre 1706 , et lieutenant-général 8 mars 1718.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 67
Tyrol . Un bataillon est laissé à Dezenzano sur le lac
de Garda ; l'autre concourt à la prise des retranche-
ments des Impériaux dans les vallées de Leder et dè
Nota , et à la soumission de Riva , Nago , Arco et
Torbole . Après cette expédition , le régiment descend
dans le Montferrat et y passe l'hiver. En 1704 , il sert,
sous le comte Albergotti , au siége de Verceil et à
celui d'Ivrée . Il commence encore cette année le
siége de Vérue , où il rend de brillants services. Le
19 janvier 1705 , l'ennemi avait occupé en force le
village de Santo-Moro , aux environs de Vérue . Le
comte d'Estaing détache aussitôt le capitaine de gre-
nadiers de Mailly avec sa compagnie et trois autres
compagnies de grenadiers tirées des régiments de La
Marine , Royal et de Bresse . Mailly évite la plaine ,
franchit des passages réputés impraticables , descend
dans le village deux heures avant le jour, trouve
l'ennemi sous les armes , le culbute cependant , tue
ce qui résiste , met le reste en fuite et prend un lieu-
tenant , un sergent et quinze soldats . Le 1er mars ,
Grancey partage avec Auvergne une attaque contre
le fort de l'Isle , dont la prise amène peu après la ca-
pitulation de Vérue . Le 31 mai , le régiment se trouve
à l'affaire de Moscolino ; le capitaine de Montgon y
est blessé. Le 16 août , à la bataille de Cassano , il
occupait le centre de l'infanterie. Ce fut un des points
où le prince Eugène dirigea ses attaques. Les Impé-
riaux font d'abord plier les troupes françaises , mais
Grancey se réunit au régiment irlandais de Bourke
68 HISTOIRE
et retourne à la charge , guidé par Vendôme lui-
mêine , qui venait d'avoir son cheval tué , et qui s'é-
tait jeté au milieu des grenadiers en leur disant : « Je
viens combattre avec vous . » Cette charge fut terri-
ble ; les grenadiers , animés au plus haut degré par
la présence du général , taillèrent en pièces tout ce
qui se rencontra devant eux . Cependant une partie
de l'armée ennemie était parvenue à passer le Navi-
glio . Le régiment , échauffé par son premier succès,
court à ces nouveaux adversaires , les culbute dans la
rivière , en tue un grand nombre , va planter ses dra-
peaux sur l'autre rive , et s'y maintient jusqu'à ce
qu'on lui ait envoyé l'ordre de revenir . Le 16 octo-
bre , Grancey le dispute d'audace à La Marine à l'at-
taque de droite des retranchements de Gumbetto ,
qui furent enlevés après deux heures d'un combat
acharné. A la fin de cette laborieuse campagne , le
régiment prit ses quartiers d'hiver dans le Crémonais,
le 1 bataillon à Volange et le 2 à Ustiano .
Le 19 avril 1706 , Grancey est à la bataille de Cal-
cinato . Placé à l'extrême gauche , il prit d'abord peu
de part à l'action ; mais , quand l'aile droite française
eut enfoncé la gauche des Alliés , il reçut l'ordre de
passer rapidement la Chiesa au pont de Calcinato ,
et de couper la retraite aux fuyards. Il exécuta ce
mouvement avec justesse et vigueur , s'empara en un
clin d'œil de toutes les cassines qui couvraient le
débouché du pont , et contribua ainsi à rendre com-
plète la défaite des Impériaux . Au mois de septembre,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 69
il participa encore au succès de la journée de Casti-
glione , où le comte de Grancey , son ancien colonel ,
battit le landgrave de Hesse . Mais , deux jours aupa-
ravant , les lignes françaises , devant Turin , avaient
été forcées par le prince Eugène , et notre principale
armée, sur cette frontière , avait été mise dans une af-
freuse déroute . L'Italie était perdue , et le régiment dut
repasser les Alpes . Il demeura d'abord dans la Savoie,
et , en 1707 , sous le nom de La Chesnelaye ( 1 ) , il vola
à la défense de Toulon . Après la retraite des Autri-
chiens , il revint dans la Savoie , dont il défendit les
passages jusqu'en 1712. Appelé , en 1713 , à l'armée
du Rhin , il fit le siége de Landau , ct resta en gar-
nison dans cette place après sa capitulation .
Le régiment fit, en 1727 , partie du camp assem-
semblé à Aimeries -sur-Sambre . Il prit, en 1730 , le
nom de Souvré (2) , et, en 1732 , il était au camp de
· la Moselle . A la fin de l'année suivante , il passa en-
core une fois les Alpes ; l'Italie lui était favorable . Il
servit en 1733 aux siéges de Gera d'Adda , de Piz-
zighetone et du château de Milan , et commença la
(1) M. de La Chesnelaye devint brigadier le 1er février 1719 .
Jacques de Launay, sous-lieutenant en 1687 , major en 1702 , lieu-
tenant-colonel 7 février 1706 , devint aussi brigadier le 3 avril 1721 .
(2) M. de Souvré a été nommé brigadier le 18 octobre 1734, ma-
réchal de camp le 20 février 1743, et lieutenant-général le 1º′
janvier 1748. Philippe de Coucy de Bercy, lieutenant en 1698 , et
lieutenant-colonel le 18 décembre 1734, devint brigadier le 20
mars 1747.
70 HISTOIRE
campagne de 1734 par les siéges de Novarre , du fort
d'Arrona et de Tortone ; il assista le 29 juin à la
bataille de Parme , et il contribua puissamment , le
17 septembre , à la victoire de Guastalla . Dans l'or-
dre de cette journée , il était placé à l'aile droite ;
mais, tous les efforts de l'ennemi s'étant portés sur
notre gauche , le maréchal de Coigny y appela Sou-
vré, qui fut jeté dans un angle entre la cavalerie et
la chaussée . Il contint énergiquement l'infanterie
impériale qui voulait déboucher par cette chaussée ,
et, après que la cavalerie autrichienne eût été con-
trainte à se replier , il chargea l'infanterie avec le
régiment du Roi et la rejeta complétement dans
les bois . Le colonel de Souvré fut blessé dans cette
charge d'un coup de sabre sur la tête et de deux
coups de fusil ; le lieutenant Duvalès , plus tard lieu-
tenant -colonel , y reçut aussi une balle dans l'épaule .
Souvré passa l'hiver dans le Parmésan , faisant
partie du corps d'observation du maréchal de Bro-
glie. Il concourut, en 1735 , à la prise du château
de Gonzague, de Reggiolo et de Revere , et rentra
en France en septembre 1736 .
Désigné en 1741 pour faire partie de l'armée de Ba-
vière, Souvré partit le 22 septembre du Fort-Louis
du Rhin , et se rendit d'abord à Lawingen . Il fut pres-
que aussitôt envoyé à Braunau et Hantenberg pour fer-
mer les passages du Tyrol à des troupes autrichiennes
venant d'Italie . Il resta peu de temps dans cette posi-
tion , car le 9 octobre il reçut l'ordre d'aller se jeter
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 71
dans Lintz , où il fut investi le 1er janvier 1742 .
Après une magnifique défense dans cette ville ou-
verte , la garnison de Lintz fut obligée de capituler
en s'engageant à ne pas servir d'un an . Souvré reprit
donc le chemin de la France et arriva au mois de
mars en Alsace, où il fut établi dans les villages
de Bleisweiler et Oberhofen , près de Landau . Le
5 juin 1743 , il joignit l'armée du maréchal de
Noailles au camp de Nordheim , et combattit le 27 à
la malheureuse journée de Dettingen . Il acheva la
campagne dans la basse Alsace, cantonné entre Lau-
terbourg et le Fort-Louis. Il avait été donné cette
année au comte de Lauraguais (1).
Le régiment continua de servir , en 1744 , à la
défense des bords du Rhin ; il se trouva à la reprise
de Weissembourg et des lignes de la Lauter , à l'af-
faire d'Augenheim et au siége de Fribourg . En
1745 , l'armée d'Alsace, commandée par le prince
de Conti , demeura sur la défensive . En 1746 , le
régiment , devenu Ségur, se rendit sur la Meuse ; il
couvrit les opérations du siége de Mons, prit ensuite
part aux travaux des siéges de Charleroi et de Na-
mur, monta à l'assaut du fort Coquelet de Namur,
et combattit le 10 octobre à Rocoux . Pendant que
les régiments de Picardie et de Monaco forçaient les
troupes retranchées dans les vergers d'Ance , la bri-
(1) M. de Lauraguais est brigadier du 20 février 1743, maréchal
de camp du 1er mai 1745 , et lieutenant-général du 10 mai 1748.
72 HISTOIRE
gade de Ségur, soutenue par celle de Bourbon , at-
taquait le village lui-même . Ce moment fut très-vif
et très-meurtrier . Ségur s'empara avec un entrain
merveilleux des premières haies et ouvrit un feu de
flanc terrible sur les troupes qui bordaient le che-
min creux . Celles-ci ne purent résister et se déban-
dèrent dans la plaine , abandonnant au régiment six
pièces de canon . M. de Ségur reçut dans cette ba-
taille une balle qui, entrant par la poitrine, sortit
par le dos.
L'année suivante, le corps ne se comporta pas
avec moins de bravoure à Lawfeld . Il y combattit à
côté de Monaco , devenu Flandre , et fournit cinq
charges successives contre le village de Lawfeld . Le
jeune et intrépide comte de Ségur y eut un bras
emporté par un boulet. Il avait été longtemps sur
le point de mourir du coup de feu qu'il avait reçu à
Rocoux, et il était à peine guéri lorsque cette nou-
velle blessure le mit encore une fois en danger de
mort. Louis XV, en complimentant son père, trouva
un de ces mots heureux qui étaient familiers à ce
prince spirituel . « Votre fils , lui dit - il , méritait,
comme Achille, d'être invulnérable ( 1 ) . »
Le régiment de Ségur ne fut point employé acti-
vement en 1748. L'année suivante, il prit le nom
(1 ) M. de Ségur est devenu brigadier le 27 juillet 1747 , maréchal
de camp le 25 août 1749 , lieutenant- général le 18 mai 1760, et ma-
réchal de France en 1783.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 73
de Briqueville , et fut réduit à deux bataillons, le 3º
levé en 1745 et le 4° formé en 1747 ayant été li-
cenciés .
Le 9 avril 1756, Briqueville s'embarqua à Toulon
avec le duc de Richelieu pour l'expédition de Mi-
norque. Il se distingua extrêmement à l'assaut géné-
ral du 27 juin ; il était chef de tranchée de l'atta-
que de gauche dirigée sur les forts de Strugen et
d'Argyle , et sur les redoutes de la Reine et de
Kent. Sous la conduite du lieutenant-colonel de
Sudes , il fit des merveilles à l'attaque de la redoute
de la Reine , dont la prise lui coûta des pertes
énormes. Les capitaines Guillier, de Selle , Mongeot,
La Mothe, Méreux et Sinety, les lieutenants Poiron ,
Sainte-Croix , Magendie et de Rupière , y furent tous
blessés très-dangereusement . Le capitaine Guillier
mourut de ses blessures .
Le régiment quitta l'île de Minorque aussitôt
après sa soumission, et il demeura pendant les cam-
pagnes suivantes à Toulon . En 1760 , il fut le pre-
mier corps qui partit des garnisons de France pour
aller renforcer l'armée d'Allemagne . Il passa le
4 octobre à Liége, se rendant à marches forcées
à Cologne. Le 16 du même mois , il fut un des
cinq régiments qui soutinrent le terrible choc de
Clostercamps. Il y perdit 127 hommes : le com-
mandant de bataillon de Thézut , le major An-
selme , l'aide-major Belair, les capitaines Nolivot ,
Valée , Fayet , Sévin , Droullin et Gilbert , furent
blessés.
74 HISTOIRE
Le 3 juillet 1761 , Briqueville se fit encore remar-
quer au combat de Werle ou de Schaffhausen . Ses
compagnies d'élite contribuèrent à chasser l'en-
nemi du village et du moulin de Schaffhausen ,
dans lesquels il commençait à se retrancher . Les
15 et 16 juillet, le régiment suivit les mouvements
des Gardes Françaises aux combats de Willingshau-
sen, et, le 30 août, il se couvrit de gloire au combat
de Münster ou de Roxel. Le général Kilmansegg
était sorti de Münster et s'avançait sur deux colonnes
vers les villages de Bozensell et d'Albachten , occupés
par des troupes légères et par des dragons qui al-
laient être écrasés, lorsque les brigades de Brique-
ville, de La Couronne et de Bouillon arrivèrent, pré-
cédées de leurs grenadiers et chasseurs réunis en ba-
taillons . L'ennemi fut mis en désordre dans un in-
stant. Il se réfugia dans le village de Roxel et s'y
retrancha, mais il en fut encore débusqué avec une
perte de 400 hommes et poussé sous le canon de
Münster .
En 1762 , le régiment se trouva au combat de
Friedberg. Il rentra peu après en France. Par suite
de l'ordonnance du 10 décembre , il cessa d'être ré-
giment de gentilshommes , et prit le titre de Sois-
sonnais que laissait vacant un corps supprimé cette
même année ( 1 ) .
(1) M. de Briqueville fut fait brigadier le 25 juillet 1762, et ma-
réchal de camp le 16 avril 1767. Jean Coufein Duvalès , lieutenant-
colonel le 22 avril 1762, a été nommé brigadier le 22 janvier 1769.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE française . 75
Il était alors en garnison à Berghes et Gravelines ,
d'où il passa à Dunkerque en mai 1763 , à Briançon
enjuin 1764 , à Perpignan en août 1765 , à Collioure
et Montlouis en juin 1766 , et en Corse en juin 1768.
Il prit part cette année et la suivante à toutes les
opérations qui amenèrent la soumission complète
de cette île , et se distingua particulièrement à l'at-
taque des villages de Burgo et de Loreta. Rentré en
France au milieu de 1770 , il fut envoyé à Bayonne,
où il arriva au mois d'octobre , et depuis il est allé à
Brest en juin 1773 , à Arras eu octobre 1775 , à
Lille en avril 1776 , à Valenciennes en septembre
1776 , à Bouchain en octobre 1777 , à Dunkerque
en avril 1778. A partir de ce moment , il fut employé
sur les côtes de Normandie, à Valognes , au Havre , à
Honfleur et Pont-Audemer jusqu'au printemps de
1780. Au mois de mars de cette année , le 1 ba-
taillon de Soissonnais fut envoyé à Châteaudun , et le
2e se dirigea sur Brest , où il s'embarqua le 6 avril
avec le marquis de Rochambeau pour aller porter
secours aux États-Unis d'Amérique. Débarqué au
Parmi les derniers colonels du corps, le comte de Saint- Maime ,
qui prit le titre de comte du Muy le 22 mai 1784, fut fait bri
gadier le 1er janvier 1784, et maréchal de camp le 9 mars 1788 ;
M. de La Tour- Maubourg est passé en 1791 colonel du 3º régiment
de chasseurs à cheval et est devenu général de division sous l'em-
pire; M. d'Espeyron avait été nommé major au corps le 24 mars 1780,
et lieutenant-colonel le 15 avril 1784 ; M. Brobecque était lieute-
nant-colonel du 23 mars 1792.
76 HISTOIRE
mois d'août près de New-York avec Bourbonnais , il
fut comme lui d'abord employé à la garde des forts
du Rhode-Island , et fit partie de l'armée commandée
par Washington , qui , en juin 1781 , vint investir
York-Town , où s'était retranchée l'armée de lord
Cornwallis . Le 21 juillet , les compagnies d'élite de
Soissonnais prirent part à l'expédition du chevalier
de Châtellux sur Kings-Bridge. Le 15 août , après
que l'armée eut contraint les Anglais à replier tous
leurs postes , le bataillon de Soissonnais vint à Phi-
ladelphie rendre les honneurs au Congrès . Enfin , le
28 septembre , il revint devant York-Town , et il y
ouvrit la tranchée à gauche avec Bourbonnais , dans
la nuit du 6 au 7 octobre . Cornwallis se rendit le 19 ,
et le bataillon prit alors ses quartiers d'hiver à
Hampton. Il y demeura jusqu'au mois de mars 1783 ,
époque à laquelle il s'embarqua pour revenir en
France .
Les deux bataillons du régiment se trouvèrent
réunis à Montpellier le 6 septembre 1783 , et ils ne
bougèrent pas du Languedoc jusqu'à la révolution .
En avril 1789 , Soissonnais fut envoyé à Aix ; il fut
de là à Montelimart au mois de septembre , et le 24
décembre 1790 le 2 bataillon occupa Avignon , qui
voulait se réunir à la France , et où d'horribles désor-
dres allaient avoir lieu .
Dans ces circonstances critiques , divers partis se
formèrent dans le Comtat- Venaissin . Dès l'arrivée
du bataillon dans la ville , on chercha à pervertir les
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 77
soldats, et, en faisant courir le bruit ridicule que le
lieutenant-colonel d'Espeyron , qui commandait le
bataillon , voulait conserver Avignon au pape , on
parvint à entraîner 89 hommes ,de Soissonnais qui
formèrent le premier noyau de cette armée du fa-
meux Jourdan Coupe-Tête , qui pendant dix-huit
mois ensanglanta la province et commit les crines
les plus atroces . Le reste du bataillon demeura fidèle
à son drapeau , et fut quelque temps tenu comme
prisonnier à Avignon . En mars 1791 , il fut libre de
se retirer à Nîmes , et il y fut rejoint , le 20 avril ,
par le 1 " bataillon qui était depuis peu à Saint-
Ambroix . Au mois de juin , le régiment fit partie de
la petite armée chargée de rétablir l'ordre dans ce
malheureux pays , et qui força Jourdan et ses canni-
bales à lever le siége de Carpentras . Soissonnais fut
mis en garnison à Avignon . Il y resta jusqu'à la fin
de l'année , et se rendit au commencement de 1792
à Grenoble , où il fut abandonné , au mois de février,
par tous ses officiers , à l'exception de cinq . Malgré
cette inexcusable trahison de leurs chefs , les soldats
se maintinrent dans une exacte discipline.
Soissonnais passa une partie de l'année sur cette
frontière , soit à Montdauphin , soit à l'armée de
Montesquiou , et quand les hostilités commencèrent
sur le Rhin , il se mit en marche pour rallier l'armée
du maréchal Lückner. Cette destination fut changée
en route .
Le 1er bataillon s'arrêta à Belfort . Il a fait les cam-
78 HISTOIRE
pagnes de 1793 , 1794 et 1795 aux armées du Rhin
et de la Moselle , et a été amalgamé , le 16 février 1796 ".
,
dans la 79 demi-brigade de première formation ,
fondue elle- même peu après dans la 79° nouvelle .
Le 2 bataillon fut dirigé sur Longwy et servit entre
la Meuse et le Rhin . Il se fit remarquer, en décembre
1793 , aux affaires qui amenèrent la reprise des lignes
de la Lauter, et fut versé , le 2 mai 1794 , dans la
80° demi-brigade , qui passa bientôt à l'armée de
Sambre-et-Meuse , et qui envoya , en 1795 , ses trois
compagnies de grenadiers en Italie , où elles ont con-
couru à la formation de la brave 32º.
Le régiment dont on vient de suivre l'histoire avait
eu, comme ses contemporains , douze drapeaux . Ceux
d'ordonnance étaient rouge et noir dans chaque
quartier , par triangles ayant leur base commune
sur la diagonale de l'étoffe . Son ancien uniforme était
blanc , avec collet et parements rouges , boutons
et galon de chapeau jaunes , poches en travers gar-
nies de trois boutons , autant sur la manche et un
en dedans . De 1776 à 1779 , il se distingua par le
revers et les parements rouge piqué de blanc , le
collet bleu céleste et les boutons jaunes .
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 79
RÉGIMENT DE LA REINE.
41e RÉGIMENT d'infanterie.
Séneff......
COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.
1. DE BOYONS ( N. ) , 3 octobre 1634.
2. Marquis D'HUXELLES ( Louis Châlons du Blé ) , 15 novembre
1638.
3. Marquis DE RIBERPRÉ ( Charles de Moy ) , 11 février 1659.
4. Marquis DE MOUSSY ( Armand-François Le Bouteillier de
Senlis ) , 18 juin 1662 .
5. Marquis DE CRÉNANT ( Pierre de Perrien ) , 30 janvier 1675.
6. Marquis DE COURTEUVAUX ( Michel-François Le Tellier ),
mai 1688 .
7. Comte DE TESSÉ ( René de Froulay ) , mars 1691 .
8. Comte DE CHAMARANDE ( Louis d'Ornaison ) , 20 mars 1693.
9. Marquis DE BUZANÇOIS ( N. d'Ornaison ) , 29 janvier 1702.
10. Duc DE BETHUNE ( Louis-Pierre-Maximilien de Sully ) , 27 oc-
tobre 1706.
11. Chevalier D'AMBRES ( Daniel-François de Gelas de Voisins de
Lautrec ) , 28 avril 1711 .
12. Comte DE TESSÉ ( René- Marie de Froulay ) , 21 août 1734.
13. Marquis DE TESSÉ ( René-Marie de Froulay ) , 19 septembre
1742 .
14. Marquis DE GOUY D'ARCY ( Charles ) , 12 août 1746 .
15. Marquis DE CRUSSOL D'AMBOISE ( Anne- Emmanuel-Fran-
çois-Georges ) , 10 février 1759.
16. Comte DE TAVANNES ( Charles -François-Casimir de Sauix ) ,
1er décembre 1762.
17. Vicomte de TAVANNES (Charles-Dominique-Sulpice de Saulx) ,
11 juin 1774.
80 HISTOIRE
18. DE CARBONNIE ( Marc ) , 25 juillet 1791 .
19. DE VERGÈS ( Guillaume de La Grange ) , 27 mai 1792.
Ce corps, qui devait parcourir une belle carrière,
eut une origine très-obscure, et qu'il nous eût peut-
être été impossible de préciser, si Pinard , dans sa
Chronologie militaire, en transcrivant l'état des ser-
vices du marquis d'Huxelles, ne nous eût point ap-
pris que cet officier avait été « pourvu le 15 novem-
bre 1638 d'un régiment d'infanterie vacant par la
mort du sieur de . Boyons . » Il restait à savoir d'où
venait ce régiment de Boyons . La Gazette de France
seule nomme ce corps ; mais ce qu'elle en dit se rap-
porte aussi à l'année 1638. Il résulte cependant du
rang que le régiment de La Reine a occupé , après
Soissonnais levé le 3 février 1630 et avant Limou-
sin créé le 20 mars 1635 , que M. de Boyons a dû
obtenir sa commission , au plus tard , dans les pre-
miers mois de 1635. Nous avons fixé cette date au
3 octobre 1634, et voici les motifs qui nous ont dé-
terminé .
La première fois qu'il est question de Boyons
dans l'histoire , il est en garnison à Nancy. Cette
ville avait ouvert ses portes à Louis XIII en septem-
bre 1633, et, en raison de son importance, elle avait
alors reçu une garnison composée de détachements
des vieux corps. Ces détachements quittèrent suc-
cessivement Nancy en 1634 pour participer avec
leurs régiments aux opérations qui marquèrent
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . -81
cette campagne ; les derniers se mirent en route au
mois de novembre pour se rendre , les uns au siége
de Brisach , les autres à l'armée du duc de Rohan , et
ils furent remplacés par des régiments de nouvelle
levée , créés par ordonnance du 3 octobre , et for-
més en Lorraine et sur les confins de ce duché .
Boyons (1 ) doit être un de ces régiments nouveaux .
L'obscurité du nom du mestre de camp et les deux
quartiers verts qui figuraient sur les drapeaux du
corps nous semblent encore venir à l'appui de cette
hypothèse (2).
Au mois d'avril 1638 , le fameux Jean de Werth,
fait prisonnier à la bataille de Rheinfeld par le duc
Bernard de Saxe-Weymar, fut envoyé en France et
Quatre cents mousquetaires de
dirigé sur Paris .
Boyons, commandés par le lieutenant- colonel de Pa-
leville , lui servirent d'escorte de Nancy à Vitry-le-
Français . Au mois de juillet, le régiment fut avec le
vicomte de Turenne au siége de Remiremont , et
M. de Boyons y fut mortellement blessé dans une
sortie . Le corps se rendit ensuite à l'armée du duc
de Saxe-Weymar et se trouva , le 11 août , à la ba-
(1 ) C'est peut-être Bayons, ou Bayon , qu'il faudrait lire . Du
moins existe- t-il un bourg du nom de Bayon, et anciennement for-
tifié, dans l'arrondissement de Lunéville .
(2) Les drapeaux du régiment avaient deux quartiers verts et
deux quartiers noirs. Quand il devint la propriété de la reine ,
on y ajouta quatre couronnes se faisant face au centre de la croix
qui fut semée de fleurs de lis.
HIST . DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 6
82 HISTOIRE
taille de Rheinau ; il y combattit sous les ordres du
comte de Guébriand . Le 15 novembre, comme on
l'a déjà vu , il devint la propriété du marquis
d'Huxelles (1 ) , et, sous ce chef illustre , il com-
mença une série d'exploits qui devaient lui assurer
plus tard la permanence dans l'armée.
En 1639 , Huxelles sert en Lorraine et se distin-
gue à la prise de Morhange et à celle du château de
Moyen , où 200 hommes sont laissés en garnison le
6 septembre. Il passe encore l'année 1640 en Lor-
raine , et , en 1641 , il fait partie de l'armée de Cham-
pagne . Il se trouve ainsi à la bataille de la Marfée
ou de Sédan. En 1642 , il arrive dans le Roussillon ,
et l'année suivante il contribue à faire lever par les
Espagnols les siéges de Mirabel, de Flix et de Cap-de-
Quiers. Il prend ses quartiers d'hiver à Lérida et y
est assiégé dès le début de la campagne de 1644 .
Quand le maréchal de La Mothe-Houdancourt vint,
le 15 mars, attaquer les lignes des Espagnols, il sor-
tit de la place et combattit avec un tel acharne-
ment, que le soir il ne comptait plus sous ses dra-
peaux que 18 officiers et 442 soldats . Après la
malheureuse issue de cette affaire , il évacua Lérida,
rallia l'armée , et, au mois de juin , s'empara seul de
la ville et du château de Castillon , dont la garnison
incommodait nos fourrageurs . La ville fut emportée
(1) M. d'Huxelles fut fait maréchal de camp le 18 juin 1663, et
lieutenant-général le 30 janvier 1650.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 83
d'emblée , et le château, défendu par 200 hommes
du régiment de don Esteban de Mascarenhas , se
rendit cinq jours après . Pendant le siége de Tarra-
gone , Huxelles fut laissé en observation à Balaguer
pour veiller sur les mouvements de l'ennemi de ce
côté. Le 7 avril 1645 , il ouvrit la tranchée devant
Roses ; il se distingua à ce siége dans toutes les occa-
sions . Le 5 mai , il attaqua les retranchements du
glacis ; le 10 , il se logea sur la contrescarpe ; le 14 ,
il contribua à repousser une grande sortie , et , le 27 ,
il eut la tête du grand assaut qui amena le lende-
main la capitulation de la place. Cette conquête lui
coûta cher. Sans parler du marquis d'Huxelles, qui
y reçut une balle de mousquet dans son pourpoint,
le lieutenant- colonel de Béthencourt y fut mortel-
lement blessé ; le capitaine de Bièvre et les lieute-
nants Neubourg et Joly furent tués ; les capitaines
Puechgaillard, Chancourt, Saint-Étienne , La Pierre,
Randon , de Fabrique , Arnould , Forcaltz et La De-
vèze y furent plus ou moins grièvement blessés ,
ainsi que quatre lieutenants.
Au mois de mai 1646 , Huxelles , désigné pour
faire partie de l'expédition des présides d'Italie ,
s'embarqua à Vay, près de Gênes avec le prince Tho-
mas de Savoie, et assista , le 14, à l'ouverture de la
tranchée devant Orbitello . Il prit part, le 27 juin , à
la défaite d'un corps napolitain qui voulait entrer
dans la place . Ce siége ayant été levé, il retourna en
Piémont , et se rembarqua en septembre pour les
84 HISTOIRE
siéges de Piombino et de Portolongone . Il perdit
devant cette dernière ville le lieutenant de Suazance;
le capitaine de Valory et le lieutenant Saint-Michel
y furent blessés . Revenu en Piémont en juin 1647,
Huxelles rallia l'armée d'Italie à Ponte di Stura, et
se trouva le 28 décembre au combat de Cividale,
près de Bozzolo ; le capitaine La Pinsonnière , qui le
commandait ce jour-là , fut grièvement blessé . En
1648 , il prit part au combat de Casal -Maggiore et à la
bataille de Crémone , où furent blessés les capitaines
La Salle, La Faige, Saint-Paul et deux lieutenants.
A la fin de cette même année , il eut ses quartiers
d'hiver dans le Dauphiné . Il rentra, au mois de juin
1649 , dans le Montferrat, et fut rappelé peu après
en France par le progrès des troubles de la Fronde
et par la nécessité de défendre la frontière du nord
contre les Espagnols .
Huxelles joignit l'armée que le comte d'Harcourt
commandait en Flandre et se trouva au siége de Cam-
brai et à la prise de Condé . Il était à Dijon en février
1650 , et il fut employé cette année, sous le duc de
Vendôme, à la pacification de la Bourgogne , soulevée
à la nouvelle de l'arrestation du prince de Condé. Il
servit au mois d'avril au siége de Bellegarde , et, après
la prise de cette place, il repassa en Piémont. Ce fut
pour peu de temps . En janvier 1651 , il était rappelé
de ce côté des Alpes pour surveiller la Bourgogne . A la
fin de cette campagne , il vint sur la Loire, et, au com-
mencement de 1652 , il gardait le pont de Gergeau .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 85
Plus tard , il combattit vigoureusement sous Turenne
à Étampes et au faubourg Saint-Antoine . Dans cette
célèbre rencontre , il était à l'aile gauche près de la
Seine avec le régiment de Carignan . Quoique les
deux lieutenants-colonels , qui commandaient ces
corps , eussent été tués dès les premiers coups de
mousquet, les soldats marchèrent , sans se laisser in-
timider, sur les murs de jardins à l'abri desquels l'en-
nemi les fusillait et engagèrent avec lui un combat
acharné. Jetant bas leurs mousquets inutiles dans la
mêlée , ils se battaient à coups de pierre , et cher-
chaient à immoler leurs adversaires en introduisant
leurs épées dans les trous des murailles qu'ils agran-
dissaient avec les mains, faute d'instruments. Après
plusieurs heures de cette lutte furieuse, ils finirent
par abattre ces murs et par chasser les troupes de
Condé de tous les jardins de la rue de Charenton .
A la fin de cette campagne, Huxelles retourne en
Bourgogne, et il recommence , au mois de mai 1653 ,
le siége de Bellegarde de nouveau révoltée , qui était
cette fois défendue par le comte de Boutteville ,
devenu depuis si célèbre sous le nom de maréchal
de Luxembourg. La réduction de Bellegarde fut
particulièrement due aux efforts du régiment, et elle
capitula enfin , le 6 juin , sous ses drapeaux . Le ca-
pitaine Laborde avait été blessé grièvement à ce
siége.
Le régiment resta quelque temps à Bellegarde
pour en démolir les fortifications ; il se rendit ensuite
86 HISTOIRE
à l'armée de Champagne et fit les siéges de Rhétel,
de Mouzon et de Sainte-Ménehould . Il se distingua
fort au dernier de ces siéges. Il y ouvrit la tranchée,
le 31 octobre , du côté de la porte des Bois, et , le
23 novembre, il emporta avec les Gardes une demi-
lune à droite de la brèche.
En février 1654 , Huxelles suit le maréchal de La
Ferté au siége de Belfort ; il y perd quelques offi-
ciers . Il passe ensuite en Picardie , contribue le
25 août à la défaite des Espagnols devant Arras , et
arrive le 25 octobre devant Clermont en Argonne ,
qui est immédiatement assiégé . Le 6 et le 8 novem-
bre , il attaque le fort de l'Église , où les lieutenants
Thomassin et du Plessis sont blessés , et il entre dans
la place le 23 .
En 1655 , il fait le siége de Landrecies , puis ce-
lui de Condé . Le 17 août , il se rend maître , avec
Espagny, d'une demi-lune de Condé et s'y loge mal-
gré le feu de la place et une résistance si vigoureuse ,
que ceux qui s'étaient trouvés aux siéges les plus
mémorables n'avaient jamais rien vu de pareil . Le
lieutenant - colonel Saint - Paul Y fut grièvement
blessé, et Condé capitula le lendemain , avant que le
régiment eût été relevé . Celui-ci assista encore
cette année à la prise de Saint-Ghislain . L'année sui-
vante , il se trouva au malheureux siége de Valen-
ciennes et prit sa revanche , en contribuant à forcer les
Espagnols de lever celui de Saint-Ghislain . Il fit en
1657 le siége de Montmédy ; il y repoussa une sortie
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 87
le 9 juillet . En 1658 , il participa aux opérations du
siége de Dunkerque et demeura dans les lignes pen-
dant la bataille des Dunes . Il fut ensuite au siége de
Gravelines, où son brave mestre de camp , le mar-
quis d'Huxelles , reçut le 8 août une blessure dont
il mourut cinq jours après . Il était depuis longtemps
lieutenant-général , et « mourut de dépit , dit Puysé-
gur, de n'avoir pas été fait maréchal de France
comme Castelnau . » Les contemporains sont rare-
ment justes les uns pour les autres : il nous semble
que le marquis d'Huxelles avait assez bien servi pour
mériter une autre oraison funèbre, et, dans tous les
cas, que sa mort était suffisamment motivée par la
blessure qu'il avait reçue devant Gravelines.
Comme le régiment était bon , le cardinal Mazarin
le prit pour lui ; et quand la paix fut assurée, il y in-
corpora, par ordre du 11 février 1659 , un des nom-
breux régiments qu'il possédait déjà , et qui était
commandé par M. de Riberpré . Le corps ainsi com-
plété prit le titre de Mazarin-Français, et eut pour
colonel-lieutenant M. de Riberpré (1 ) . Après la mort
du cardinal , le régiment , par brevet du 12 mars
1661 , fut mis sous le nom de La Reine , Marie-Thé-
rèse d'Autriche , et depuis il a toujours été la pro-
priété de la reine de France, qui en était colonel . Ce
(1 ) M. de Riberpré était maréchal de camp du 23 avril 1649 , et
lieutenant général du 8 octobre 1656.
88 HISTOIRE
fut aussi en 1661 qu'on y incorpora l'ancien régi-
ment de Limosin , levé en 1650 .
En 1662 , le commandement du régiment de La
Reine fut donné au marquis de Moussy, qui fut un
de ses plus braves chefs . On trouve le corps en mars
1666 au camp de Monchy , et en 1667 , lorsque la
guerre commença avec l'Espagne , il fit partie des
troupes , placées sous les ordres du maréchal d'Au-
mont, qui s'emparèrent de Berghes le 6 juin et de
Furnes le 12. Le lieutenant - colonel Delbots fut
laissé dans cette dernière place avec douze compa-
gnies ; les autres continuèrent la campagne et pri-
rent part en 1668 à la soumission de la Franche-
Comté.
La Reine fit la campagne de 1672 sous les ordres
du duc d'Orléans . Il se distingua au siége de Zut-
phen, qui capitula le 24 juin sous ses drapeaux, as-
sista à la prise de Deventer, d'Utrecht et de l'île de
Bommel , et fut mis en garnison à Utrecht. Le 26
novembre , 900 hommes de la garnison hollandaise
d'Oudewatter étant sortis pour enlever des fourrages,
le régiment marcha contre eux , les mit dans une
déroute complète et fit 400 prisonniers . A la fin de
décembre, il fit partie de la fameuse expédition que
le duc de Luxembourg conduisit à travers les glaces
et les neiges jusqu'au fond de la Hollande , et il par-
ticipa à la destruction de Bodegrave et de Swan-
merdam .
A la fin de mai 1673 , quelques compagnies se
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 89
trouvaient détachées à la garde du fort de Waarth .
Cinq cents Hollandais, habillés à la suisse , s'appro-
chent du fort , et, au qui vive , ils répondent France ,
disant qu'ils étaient des Suisses envoyés pour renfor-
cer la garnison . Le capitaine de Vieuxfossé , qui
avait le commandement de la place , n'ajouta point
foi à leurs paroles , et répondit par quelques volées de
canon qui les dispersèrent . Quelques jours après, le
régiment évacua Utrecht , et fut cantonné à Muyde-
berg.
En 1674 , La Reine faisait partie de l'armée de
Flandre, commandée par le prince de Condé, et se
trouva à la sanglante bataille de Séneff, le 11 août.
Le régiment commença le combat avec Navarre . Il
passa le ruisseau du Piéton et attaqua le village et l'é-
glise de Séneff, où l'infanterie d'Espagne et les Gar-
des du prince d'Orange furent écrasés . Poursuivant
ensuite l'ennemi de haie en haie, il livra un second
combat contre les troupes retranchées dans le vil-
lage de Fay et les dispersa . Après cette bataille , il
contribua à la levée du siége d'Audenaërde , que le
prince d'Orange avait entrepris pour dissimuler sa
défaite . A la fin de cette campagne, le régiment alla
joindre Turenne en Alsace et prit une très-grande
part, le 5 janvier 1675 , au succès de la rencontre de
Turkheim . La Reine fut un des quatre régiments qui ,
franchissant à l'extrême gauche la rivière de Fech ,
tombèrent sur le flanc des Impériaux et achevèrent
leur déroute. Le régiment fit une grande perte ce
90 HISTOIRE
jour-là son brave colonel , le marquis de Moussy,
resta sur le champ de bataille ( 1 ) . Donné au marquis
de Crénant , qui , lui aussi , était digne de le com-
mander, il suivit Turenne dans ses savantes mancu-
vres contre Montecuculli , et , après la mort de ce
grand homme , il combattit encore à Altenheim et
passa ensuite à l'armée de la Meuse . Il contribua
alors à la prise de Dinant, Huy et Limbourg , et alla
terminer cette campagne en Alsace avec M. de
Luxembourg , qui fit lever les siéges d'Haguenau et
de Saverne .
En 1676 , La Reine fait partie de l'armée du roi .
Il fait le siége de Condé, couvre celui de Bouchain ,
et arrive , au mois de juillet , devant Aire. Le 30 ,
malgré la vive résistance des assiégés, il parvient à se
loger sur le chemin couvert du corps de la place qui
capitule aussitôt .
Au mois de mars 1677 , il est au siége de Valen-
er
ciennes, puis à celui de Cambrai qu'il quitte le 1 "
avril pour aller renforcer devant Saint-Omer l'armée
du duc d'Orléans menacée dans ses lignes par le
prince d'Orange. Il se trouve ainsi le 11 à la bataille
de Cassel . Il y était à la droite de la première ligne ,
à côté de Navarre , et perdit le capitaine Sébastier,
(1 ) M. de Moussy était brigadier du 16 janvier 1673. Son succes-
seur, M. de Crénant, devint brigadier le 30 mars 1683 , maréchal de
camp le 24 août 1688, lieutenant-général le 30 mars 1693, et fut
tué à Crémone en 1702.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 91
un lieutenant et un sous-lieutenant. Le lieutenant-
colonel Des Farges ( 1 ) , les capitaines Grimperé, Val-
croisseau, Duval, Montgrain et Bonnet , six lieute-
nants et deux sous-lieutenants furent blessés . Après
la bataille , il retourna devant Saint- Omer et con-
tribua aux travaux du siége .
La campagne de 1678 ne fut pas moins glorieuse
pour le corps. Il débuta , au mois de mars , par le
siége de Gand ; il passa de là à celui d'Ypres , où le
capitaine Villeneuve , qui faisait les fonctions d'ingé-
nieur, fut blessé à mort à l'assaut du 24 mars , et il se
trouva le 14 août à la bataille de Saint-Denis . Il Y
combattit avec le régiment du Roi à la défense et à la
reprise du défilé ; il y eut un officier tué et huit
blessés.
La paix ayant été signée avec l'Espagne et la Hol-
lande , La Reine se rendit à l'armée du maréchal de
Créqui sur la frontière d'Allemagne , et y servit jus-
qu'à la paix générale .
Au mois de mai 1684 , on le retrouve sous le
même maréchal de Créqui devant Luxembourg.
Dans ce siége meurtrier, où il monta plusieurs fois
la garde des tranchées avec le régiment de La Ma-
(1 ) Des Farges, capitaine au corps 3 mars 1661 , lieutenant- co-
lonel depuis le 14 novembre 1670 jusqu'en 1683 , passa dans le
royaume de Siam, devint commandant en chef des troupes de ce
pays, et obtint le brevet de maréchal de camp en France le 26 jan-
vier 1687.
:
92 HISTOIRE
rine, il fut tellement favorisé par le sort, qu'il n'eut
aucun officier atteint par le feu de l'ennemi , et que
ce fut sous ses drapeaux que le prince de Chimay se
décida , le 31 , à battre la chamade . Le régiment s'é-
tait distingué , le 12, à la prise de l'église du fau-
bourg de Grump.
Quand laligue d'Augsbourg eut contraint Louis XIV
à reprendre les armes, La Reine fit partie de l'armée
du dauphin . Il servit, en 1688 , au siége de Philis-
bourg, qui coûta la vie au sous- lieutenant de grena-
diers du Vernay, et une grave blessure au capitaine
de Mauroy. Il participa ensuite à la conquête de
Manheim , de Frankenthal et de Mayence , et prit ses
quartiers d'hiver à Heidelberg . Le 31 janvier 1689 ,
il mit dans une complète déroute 600 hommes de
Hesse-Cassel qui faisaient des courses jusqu'aux fau-
bourgs de cette ville . Quand la campagne fut ou-
verte, il fit partie de l'armée de Boufflers, et contri-
bua à la conquête du Palatinat. Le régiment servit
encore , en 1690 , à l'armée d'Allemagne , sous le ma-
réchal de Lorges ; et, en 1691 , il fut appelé en Flan-
dre , où il débuta par le siége de Mons . Le 3 juillet ,
le bruit s'étant répandu que le prince d'Orange avait
dessein d'assiéger Dinant , le colonel-lieutenant ,
marquis de Courtenvaux , qui avait déjà dans cette
ville quelques compagnies de son régiment , sollicita
et obtint la faveur de s'y jeter avec le reste . Mais l'is-
sue du combat de cavalerie , livré à Leuze, modifia
les opérations des armées , et le régiment reprit sa
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 93
place de bataille dans celle de M. de Luxembourg.
Il eut , cette année , ses quartiers d'hiver à Roose-
becke .
En 1692 , La Reine est au siége de Namur ; une
compagnie de grenadiers s'y distingue, le 3 juin , à la
prise du chemin couvert. Le 24 , le lieutenant de Mas-
siac, avec vingt grenadiers , charge quarante maîtres
sortis d'Audenaerde , qui sont tous tués ou pris . Le
roi, apprenant que M. de Luxembourg était en pré-
sence des ennemis, détacha de son armée un batail-
lon de La Reine, qui joignit le maréchal et combat-
tit à Steenkerque avec Navarre . Le régiment termina
cette campagne par le bombardement de Charleroy.
En 1693 , le régiment fut donné au comte de Cha-
marande. « Il était, dit Saint-Simon , fort joliment fait,
discret, sage , respectueux et fort au gré des dames du
meilleur air , et se distingua fort à la guerre (1 ) .» Sous
ce beau colonel-lieutenant , La Reine servit en 1693
sur la Moselle , puis il revint en Flandre à l'armée du
roi et partit, le 12 juin , de Namur pour aller renfor-
cer l'armée d'Allemagne. Il revint, à l'automne, sur
(1) Le comte de Chamarande , fils d'un homme qui avait été valet
de chambre du roi et précédemment porte-parasol du cardinal Ma-
zarin, devint brigadier le 30 mars 1693 , maréchal de camp le
29 janvier 1702 , et lieutenant-général le 10 février 1704.
François-Laurent Wacquet de Tot, entré au corps en 1672, fut
fait lieutenant-colonel le 1 janvier 1689, brigadier le 3 janvier
1696, et maréchal de camp le 26 octobre 1704.
94 HISTOIRE
la frontière des Pays-Bas , et fut employé , pendant
l'hiver, entre la Lys et la mer. Il garda , en 1694 , les
côtes de la Normandie, fit la campagne suivante sur
le Rhin et celle de 1696 en Flandre . Le maréchal de
Villeroy ayant appris que le prince d'Orange avait
envoyé des renforts à l'électeur de Bavière qui ma-
nœuvrait sur la Meuse , détacha , le 12 juin , de son
armée , le régiment de La Reine , et quelques autres
qui restèrent cantonnés à Potte sur l'Escaut . Cette
même année , le régiment avait un détachement sur
les côtes de la basse Bretagne . Le lieutenant La
Baste fit, avec quinze hommes , une belle résistance
dans la petite île de Hédic , et , renfermé dans deux
tours , il força un détachement anglais à se rembar-
quer avec perte de 80 hommes . Le capitaine de Ser-
cave fut aussi intrépide et aussi heureux à la défense
de Bellisle . Les trois bataillons , que comptait alors
le régiment de La Reine, furent réunis à Strasbourg
l'hiver suivant, et, en 1697 , ils servirent sur le Rhin
avec le maréchal de Choiseul . Un détachement de
grenadiers , commandé par le lieutenant de Marcias ,
se distingua , le 12 juillet, à Steinbach , près Baden ,
dans un combat livré à la cavalerie du colonel Vau-
bonne. Le régiment, ramené en France à la paix , fit
partie, en 1698 , du camp de Compiègne.
En 1701 , les trois bataillons passèrent en Flan-
dre et y occupèrent quelques places au nom de Phi-
lippe V. Ils quittèrent ces places le 8 juin 1702 pour
se rendre à l'armée d'Allemagne. Au mois de sep-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 95
tembre, le régiment sort de Strasbourg avec Villars
pour marcher vers Huningue , et, le 14 octobre , sa
brigade combat en première ligne à Friedlingen ,
à côté des brigades de Champagne et de Bourbon-
nais. En février 1703 , La Reine , qui avait passé
l'hiver à Bitche et Hombourg, se rend au siége de
Kelh . Le 4 mars , il attaque le chemin couvert de
l'ouvrage à cornes et l'emporte , malgré la vive ré-
sistance des assiégés . Le capitaine Lescarmoussier
et le lieutenant Chevalier sont tués . Le régiment
contribue ensuite à l'attaque des lignes de Stolho-
fen, et, passant avec Villars en Bavière , il se trouve
aux combats livrés dans la vallée de Hornberg et à
Munderkirchen . Le 20 septembre , il participe au
succès de la première bataille d'Hochstedt et coopère
à la prise de Kempten , d'Augsbourg et d'Ulm . En
1704, il fait partie du corps de Marchin , et il as-
siste à la deuxième journée d'Hochstedt . Revenu sur
le Rhin, il est mis en quartier d'hiver à Strasbourg .
Cette mème année , un détachement du corps gar-
dait les débouchés des Alpes de Provence . La com-
pagnie du capitaine de Lème se défendit , au mois
de juin, pendant sept jours dans le château de Cué-
bris, et fut enfin délivrée par le comte de Grignan .
Le régiment servit d'abord en 1705 sur la Mo-
selle avec Villars . Il partit le 17 août pour se rendre
en Italie . En 1706 , il était au siége de Turin ; ses
grenadiers repoussèrent une sortie le 22 juin , et, le
16 juillet , le colonel marquis de Buzançois fut tué
96 'HISTOIRE
d'un coup de fusil dans la tête. Après la malheu-
reuse issue du siége de Turin, La Reine rentra en
France, et les 779 hommes qui lui restaient allèrent
rejoindre le maréchal de Villars en Alsace. Le régi-
ment se trouva en 1707 à toutes les expéditions de
ce hardi général, à la prise des lignes de Stolhofen ,
à celle d'Ettlingen , de Pfortzheim, de Winhing et de
Schorndorf et à la défaite du général Janus . L'année
suivante, il fit partie de l'armée de Flandre, assista à
a bataille d'Audenaërde , et , pendant le siége de
Lille, il demeura au camp de Meldert avec le mar—
quis d'Hautefort .
En 1709 , La Reine servit sous le comte Alber-
gotti et combattit bravement à Malplaquet . Il fut de
la fameuse charge que Villars conduisit lui-même
contre les Anglais maîtres du bois de Sart, et dans
laquelle ce maréchal fut blessé au genou . Le colo-
nel de Béthune y fut aussi blessé . Pendant les trois
campagnes suivantes , La Reine continua de servir
en Flandre. Après l'affaire de Denain , sa brigade fut
une des six qui furent envoyées avec le maréchal de
Montesquiou pour s'emparer de Marchiennes. Le
régiment servit aussi avec distinction à la prise du
fort de Scarpe de Douai , et à celle du Quesnoy . En
1713 , il fut envoyé à l'armée du Rhin, et il concou-
rut à la prise de Landau , à la défaite du général
Vaubonne , et enfin au siége de Fribourg. Dès le
lendemain de l'ouverture de la tranchée, le 2 octo-
bre, les assiégés lancèrent une sortie de 400 hom-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 97
mes sur la gauche de la tranchée qui était en l'air .
La Reine se forma rapidement sur le revers de la
tranchée et fit une décharge si à propos, que l'élan
de l'ennemi fut rompu . Cependant celui- ci se rallia,
et il fallut une deuxième décharge , faite à bout por-
tant, qui le força à se retirer avec précipitation dans
le chemin couvert.
En 1714 , La Reine se rendit en Espagne, où les
Catalans ne voulaient pas poser les armes . Il prit
part à toutes les opérations du siége de Barcelone , et ,
à l'assaut du 11 septembre, il avait la tête d'une des
quatre colonnes qui pénétrèrent dans la place . Ren-
tré peu après en France , il reçut , le 1er février 1715 ,
les hommes du régiment réformé d'Eppeville .
Après avoir combattu quinze ans pour mettre le
duc d'Anjou sur le trône d'Espagne et avoir failli se
perdre, la France dut reprendre les armes en 1719
pour combattre le roi d'Espagne . Le régiment de La
Reine fit partie de l'armée réunie sur les Pyrénées
et se distingua au siége de Castel-Leon , dont la gar-
nison fut faite prisonnière de guerre (1 ) .
Pendant la guerre de la succession de Pologne , le
(1) Le chevalier d'Ambres, qui commandait alors le régiment
fut fait brigadier le 1er février 1719 , maréchal de camp le 20 fé-
vrier 1734, lieutenant-général le 1er mars 1738 , et maréchal de
France, sous le nom de vicomte de Lautrec , en 1757 .
Son successeur, le comte de Tessé fut nommé brigadier le 1 " jan-
vier 1740.
HIST. DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE. T. V 7
98 HISTOIRE
régiment servit en Italie . Il se trouva, en 1733 , aux
siéges de Gera-d'Adda et de Pizzighetone , et à l'oc-
cupation de Crémone . Il commença la campagne de
1734 par la prise de Tortone, Novarre et Serravalle ,
et combattit à Colorno, à Parme, sur la Secchia et à
Guastalla. Il contribua, en 1735 , à la réduction de
Revere, de Reggio et de Gonzague , et, le 25 octo-
bre, sous les ordres du lieutenant-colonel d'Ailly, il
mit en déroute un parti autrichien dans les gorges
de Val-Pantena . Il revint en France en 1736 .
En 1741 , La Reine entra dans la composition du
corps du comte de Gassion , destiné pour la Bohème.
Il partit le 20 septembre de Lauterbourg avec les ré–
giments de Piémont et de Luxembourg, et arriva le
16 octobre à Amberg . Le 2 novembre , il était à
Pilsen ; il se trouva à la prise de Prague le 26 , et fut
ensuite envoyé à Protiwein ; mais ce poste fut bien-
tôt abandonné , et le régiment se rendit au camp de
Pissek . Le 22 décembre , les Autrichiens tentèrent
une surprise sur Pissek . Ils furent vigoureusement
reçus par La Marine et La Reine, et contraints à se
retirer en désordre . Malheureusement le lendemain
une compagnie de grenadiers du régiment, détachée
pour observer leurs mouvements, se laissa surpren–
dre et fut écrasée . Le capitaine Delmas , qui la
commandait , resta sur le terrain du combat. En
janvier 1742 , le régiment fut envoyé à Wollin , poste
important dont la possession assurait la communica-
tion de Strakonitz avec le château de Winterberg.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 99
Des détachements du corps faisaient journellement
le service d'escorte pour les convois . Un jour le ca-
pitaine de Beaufouteau fut attaqué vivement, près de
Czkyn, par des dragons et des hussards. Cerné de
toutes parts, il se fait jour l'épée à la main , réussit à
gagner le cimetière du village , y repousse trois atta-
ques et donne le temps au régiment, averti par le
bruit de la fusillade , de venir à son secours . Le
25 mai , La Reine combattit à Sahay et se retira en-
suite sous Prague . A cette époque, la guerre, la ma-
ladie et la misère l'avaient déjà réduit à 333 hom-
mes . Il reçut alors quelques milices qui le mirent en
état de prendre part à la défense de la capitale de la
Bohême . Sa brigade, qui comprenait les régiments
dé Tournaisis et de Foix , fit des prodiges de valeur
à la grande sortie du 22 août et y fut écrasée . Pen-
dant que les brigades de Navarre, d'Auvergne et du
Roi renversaient tout et voyaient fuir les Autrichiens
devant leurs baïonnettes , la brigade de La Reine,
obligée de défiler homme par homme en présence
d'un ennemi supérieur en nombre et qui , à l'abri
d'une bonne muraille crénelée , faisait un feu d'en-
fer, vit échouer tous ses efforts pour pénétrer jus-
qu'aux retranchements des ennemis . Trois fois elle
revint à la charge avec une valeur inexprimable, et
trois fois elle fut forcée de reculer , laissant le terrain
jonché de cadavres . Le colonel comte de Tessé et le
lieutenant - colonel Duval périrent dans cette glo-
rieuse et néfaste journée .
THE
LIO
HÈQUE
BE
DE LAVILLE
BIB
1894 市
100 HISTOIRE
Le régiment quitta Prague le 16 décembre, aban-
donnant, à la générosité des Autrichiens , la plupart
de ses officiers et ses plus braves soldats blessés ou
malades dans les hôpitaux , et rentra en France au
mois de février 1743 , après avoir partagé, pendant la
retraite , les travaux et la misère de Piémont. Il de-
meura , pendant toute cette année , dans les garni-
sons de l'Alsace, occupé à remplir les vides de ses
cadres. Au mois de juillet , malgré la rentrée d'un
grand nombre d'écloppés, il ne comptait encore sous
ses drapeaux que 60 officiers et 380 soldats.
2 La Reine se rendit , en 1744 , à l'armée d'Italie, et
prit part à la conquète du comté de Nice . Il se trouva
à l'attaque des retranchements de Montalban et de
Villefranche , à la prise de Château-Dauphin et de
Démont, au siége de Coni et à la bataille de la Ma-
dona del Ulmo . Il franchit de nouveau les Alpes en
1745 par la vallée de Spino , et contribua à la sou-
mission d'Acqui , de Serravalle , de Tortone, de Plai-
sance, de Parme et de Pavie. Il combattit aussi à Ri-
varone et fit les siéges d'Alexandrie , de Valencia ,
d'Asti et de Casal . La campagne de 1746 ne fut pas
moins bien remplie . Le régiment marcha au secours
de Valencia, fit, au mois de mai , le siége d'Acqui et
se trouva, le 16 juin , au combat de Plaisance, où le
colonel de Tessé fut grièvement blessé ( 1 ) . Il resta
(1 ) M. de Tessé fut obligé de quitter le service et fut remplacé pár
M. de Gouy d'Arcy , colonel de l'ancien Gâtinais, qui devint briga-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 101
ensuite quelque temps à Lodi et en sortit le 8 août
pour regagner la France. Il assista ainsi , le 10 , au
combat sanglant livré sur les bords du Tidone , où
l'ennemi , qui comptait nous fermer la retraite, fut
vigoureusement refoulé . Il servit ensuite à la défense
de la Provence , et passa les premiers mois de la
campagne de 1747 au camp de Tournoux , qu'il
quitta , en juillet , pour marcher à l'attaque des re-
tranchements du col de l'Assiette . Dans cette affaire ,
qui eut lieu le 19 , il fut chargé, avec Bourbonnais ,
d'attaquer la droite des Piémontais sur le penchant
de la montagne du côté d'Exiles , et partagea la gloire
que s'acquit ce vieux corps. Le colonel Gouy d'Arcy
et le capitaine de Roquemaure furent blessés. Après
cette sanglante affaire, La Reine se retira d'abord au
camp de Barcelonette , puis , au mois d'août , au
camp de Castellane. Il rejoignit l'armée le 31 et
acheva la campagne dans le comté de Nice. Il de-
meura sur le Var jusqu'à la paix , après laquelle , ré-
duit à deux bataillons, il alla occuper la garnison de
Montpellier.
Le 3 mai 1755 , le 2e bataillon du régiment, com-
mandé par le capitaine de Roquemaure ayant rang
de lieutenant-colonel ( 1 ) , s'embarqua à Rochefort
dier 11 septembre 1747 et maréchal de camp 10 février 1759 , lieu-
tenant-général en 1780. Celui-ci eut pour successeur le marquis
de Crussol, brigadier 10 février 1759, maréchal de camp 25 juil-
let 1762 , et lieutenant-général en 1780 .
(1 ) Jean-Georges Dejean de Roquemaure , enseigne en 1723 , lieu-
102 HISTOIRE
avec le baron de Dieskau pour passer au Canada . Il
servit , dans cette colonie, sous les ordres du marquis
de Montcalm , jusqu'aux désastres qui nous firent
abandonner pour jamais les rives du Saint-Laurent.
Ce bataillon , le plus ancien de la petite armée de
Montcalm , se trouva à tous les actes de cette lutte
héroïque de six ans. Le 8 septembre 1755 , on le voit
au secours du fort Frédéric ; en 1756 , il est aux sié-
ges de Chouégan et d'Oswégo , et il passe l'hiver à
mettre en état de défense les forts Carillon et Frédé-
ric ; en 1757 , il fait le siége du fort Georges , ce
siége dont Fenimore Cooper a fait un si intéressant
épisode de son roman du Dernier des Mohicans . Le
8 juillet 1758 , le bataillon défendit avec acharne-
ment les retranchements du fort Carillon et força
l'ennemi à se retirer : il y perdit le lieutenant Dau-
din et sept soldats ; les capitaines d'Hébécourt et Le
Comte , deux lieutenants et quarante- cinq soldats y
furent blessés . En 1759 , il est à l'affaire du Saut-
Montmorency ; enfin , en 1760 , il prend une part
brillante à la défense de Québec, à la glorieuse , mais
funeste bataille livrée le 28 avril sous les murs de
cette place, et enfin à la défense de Montréal . Après
la capitulation de cette dernière ville, le bataillon de
tenant-colonel en pied 15 août 1760 , brigadier 9 février 1760 et
maréchal de camp 25 juillet 1762. Son successeur , Pierre-Ange
de Marillac, enseigne en 1729 , lieutenant-colonel 5 juin 1763 , fut
fait brigadier 22 janvier 1769 , et maréchal de camp 1er mars 1780 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 103
La Reine s'embarqua pour la France . Il rejoignit, en
er
Allemagne , le 1 bataillon, qui avait passé dans les
places les quatre premières campagnes de la guerre
de Sept-Ans, et qui venait de débuter , le 10 octobre ,
au combat de Clostercamps .
Le régiment servit en Allemagne pendant les an-
nées 1761 et 1762 , et , à la paix, il fut mis en garni-
son à Aire. Au mois de mai 1763 , il fut envoyé à
Maubeuge , et il alla ensuite à Dunkerque en avril
1764 , à Valenciennes en novembre 1764 , au Havre
en septembre 1.766 , à Brest en novembre 1767 , et à La
Rochelle en octobre 1768. Au mois de novembre
1770 , le 1er bataillon arrive à Besançon , et le 2º s'é-
tablit à Versoix , sur le bord du lac de Genève . On
trouve le régiment à Lille dès le commencement de
l'année suivante, et il se rend de là à Landrecies en
mars 1773 , à Arras en septembre 1773 , à Dunker-
que en octobre 1775 , à Béthune et Saint-Venant en
octobre 1777 , à Pont-Audemer et Honfleur en mai
1778 , au camp de Vaussieux en septembre , et à
Brest en octobre de la même année. Un détachement,
embarqué sur l'escadre de M. de Vaudreuil, contri-
bue, le 31 janvier 1779 , sous les ordres du duc de
Lauzun , à la reprise de Saint-Louis du Sénégal , et
successivement à la conquête de tous les forts et
comptoirs de cette colonie occupés par les Anglais .
Le gros du régiment se rendit en avril 1779 à Lo-
rient et Port-Louis , d'où il fut à Caen au mois
de septembre, et à Toul au mois de décembre. Le
104 HISTOIRE
1ermai 1780 , La Reine arrivait à Metz , d'où il détacha,
en septembre 1781 , quatre compagnies à Longwy,
et son 1er bataillon à Montmédy. Le corps était de
nouveau réuni en octobre 1782 à Metz , et il quitta
cette ville en octobre 1783 pour se rendre à Valo-
gnes , où il demeura en garnison jusqu'à la révolu-
tion (1).
Ce fut un officier du régiment de La Reine ,
nommé Élie, alors en congé à Paris, qui dirigea l'at-
taque de la Bastille le 14 juillet 1789. Reconnu pour
chef par les assaillants , il montra , dans ce poste épi-
neux , autant d'humanité que de courage . Après la
reddition de la vieille forteresse, Élie , porté en triom-
phe à l'Hôtel-de-Ville , usa de son ascendant sur la
multitude pour apaiser sa fureur et sauver les prison-
niers. Ce fut entre ses mains que les Invalides et les
Suisses , échappés au massacre , jurèrent fidélité à la
nation , et ce îut à lui que le peuple confia le com-
mandement militaire de sa conquête . Il le conserva
jusqu'à l'entière destruction de la Bastille ( 2) .
Au mois de mai 1790 , l'état-major et quatre com-
(1 ) Le comte de Tavannes, colonel-lieutenant en 1762 , fut fait
brigadier 22 janvier 1769 et maréchal de camp en 1780. Son frère ,
le vicomte, qui lui succéda, obtint le grade de maréchal de camp
le 11 juin 1790. Le colonel de Carbonnié , lieutenant en 1747 , avait
été nommé lieutenant-colonel au corps le 8 août 1782 ; Vergès,
Lieutenant en 1755 , avait eu la même charge le 13 avril 1792 .
(2) Élie est devenu général de division en 1793 , et gouverneur
de Givet.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 105
pagnies de La Reine quittèrent Valognes pour se ren-
dre à Cherbourg. En octobre 1791 , le régiment avait
un bataillon à Bayeux , et l'autre à Valognes. Un
mois plus tard, le 1er se dirigeait sur Vannes, et le 2º
sur Lorient. Celui-ci s'embarqua le 9 janvier 1792
sur le Duguay-Trouin pour passer à Saint-Domingue,
d'où il n'est point revenu, ses débris ayant été versés
dans les corps coloniaux .
Le 1er bataillon s'établit à Port-Louis en février
1792 , et fit toutes les campagnes des armées de
l'Ouest . Il se distingua particulièrement et fut pres-
que anéanti dans les combats livrés les 21 , 22 et 23
novembre 1793 autour de Dol et d'Antrain , où il fut
complétement sacrifié par le général en chef Rossi-
gnol, dont l'impéritie égalait au moins la ferveur ré-
volutionnaire . Depuis ce temps, les débris du batail-
lon restèrent en garnison dans la Bretagne . En 1795,
lors de la descente des Émigrés et des Anglais dans
la presqu'ile de Quiberon , les 300 hommes , qui
composaient le bataillon , étaient dans le fort Pen-
thièvre . Assaillis le 3 juillet par le feu des chaloupes
anglaises et des batteries royalistes, dépourvus de vi-
vres et de munitions de guerre, ces soldats, après une
résistance de sept heures, se rendirent à discrétion .
Les royalistes , pleins d'une folle confiance , eurent
l'incroyable sottise de les incorporer dans le régi-
ment émigré d'Hervilly . Ils poussèrent même l'aveu-
glement jusqu'à laisser une compagnie complète de
La Reine à la garde du fort. Quand , dans la nuit du
406 HISTOIRE
20, par un temps d'orage, Hoche se présenta pour re-
prendre le fort Penthièvre, ses colonnes furent gui-
dées par les sergents-majors Nicolas Litté et Antoine
Mauvage , qui étaient parvenus à s'échapper du fort
et qui lui livrèrent même le mot d'ordre des Émi-
grés (1 ) . On sait que les troupes de Hoche , rebutées
par le temps affreux qu'il faisait et par les boulets de
la flotte, allaient renoncer à leur attaque quand , aux
premières clartés du jour, ils aperçurent le drapeau
tricolore flottant sur le fort Penthièvre. C'étaient les
soldats de La Reine qui avaient ouvert leurs portes à
l'adjudant-général Ménage et à 300 grenadiers.
Ce qui restait du régiment de La Reine est entré di-
rectement , le 21 novembre 1796 , dans la composi-
tion de la 86º demi-brigade de deuxième forma-
tion .
L'ancien uniforme de La Reine se composait d'ha-
bit et culotte blancs , ou gris blanc , collet et pare-
ments rouges, veste bleue , pattes en écusson , bou-
tons blancs, huit boutons sur la poche, dont quatre
de chaque côté , trois sur la manche, chapeau bordé
d'argent. Le règlement de 1776 avait donné au corps
le collet bleu de roi , les revers et parements rouges
et les boutons blancs .
(1 ) Tallien donna à ces deux sous-officiers des brevets de capi-
taine .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 107
RÉGIMENT DE LIMOUSIN.
42° RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Egra.....
MESTRES DE CAMP OU COLONELS
1. Marquis DE CALVISSON ( N. de Louët ) , 20 mars 1635.
2. Marquis DE MONTPEZAT ( Jean-François de Trémollet de Buc-
celli , 18 octobre 1638 .
3. Marquis DE MONTPEZAT ( N. de Trémollet de Buccelli ) ,
26 avril 1674.
4. Comte DE MEILLY ( Louis de La Palud de Bouligneux ) , 26 mai
"
1684.
5. Marquis DE GIVRY ( N. du Bois ), janvier 1703 .
6. PHELIPPES DE LA HOUSSAYE ( Nicolas-Léon ) , 8 avril 1706.
7. Duc DE NIVERNAIS ( Louis-Jules Barbon Mancini Mazzarini) ,
10 mars 1734.
8. Prince DE ROBECQUE ( Anne-Louis-Alexandre de Montmo-
rency ) , 6 avril 1744 .
9. Marquis DE MIRAN ( Joseph-Roger de Verdusant ) , 10 février
1759 .
10. Marquis DE MORBECQ (Louis-Anne-Alexandre de Montmorency) ,
)
20 février 1761 .
11. Comte DE DAMAS-CRUX ( Louis-Étienne-François ) , 1 ″ dé-
cembre 1762.
12. Vicomte DE CHALABRE ( Louis-Gabriel Bruyères ) , 13 avril
1780.
13. Comte DE VIRIEU ( François-Henri ) , 12 mars 1786.
14. DE BUONAVITA ( Joseph ) , 21 octobre 1791 .
108 HISTOIRE
15. DE CLOSEN ( Jean-Christophe-Louis-Frédéric-Ignace ) , 23 no-
vembre 1791 .
16. DE MAILLARD ( François-Charles ) , 5 février 1792.
17. DE LAISSAC ( Guillaume Ayrolles Desangles ) , 16 octobre
1792.
Ce régiment , qui porta d'abord les noms de ses
chefs , fut levé par le marquis de Calvisson , qui en
eut commission le 20 mars 1635. M. de Calvisson
avait déjà levé un régiment d'hommes de pied
en 1622. Il demeure bien entendu que le corps
de 1635 prétendait être la continuation de celui
de 1622.
Calvisson fit sa première campagne en Italie dès
l'année 1635. Il prit part au siége de Valencia, à la
prise de Candia et à celle du château de Sartirane . Le
22 juin 1636 , il montra une grande bravoure au
combat de Buffalora sur les bords du Tésin , et mérita
d'être cité parmi les corps qui se distinguèrent le
plus . Le capitaine baron de La Fare- La - Salle y eut
un bras fracassé . En 1637 , le régiment contribua à
la défense d'Asti , et se fit encore remarquer, à côté de
Lyonnais , au combat de Montebaldone livré aux
troupes du duc de Modène .
En 1638 , il marcha au secours de Brema et de
Verceil, et il prit le nom du marquis de Montpezat ( 1 ) ,
(1 ) Le marquis de Montpezat, capitaine au corps à la création,
fut fait lieutenant-colonel le 30 juin 1637, mestre de camp le 18 oc-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 109
qui le commanda pendant trente-six ans. En 1639 ,
on trouve le régiment au combat de Cencio, au se-
cours de Casal, à la reprise de Chivasso et au combat
de la Route de Quiers . Au mois de décembre , pen-
dant qu'il se rendait de Coni à Chérasco , il fut atta-
qué par trois compagnies de carabins du cardinal de
Savoie et les tailla en pièces.
En mai 1640 , Montpezat se distingue à l'affaire
de Chérasco. Il se rend ensuite au siége de Turin . Il
ne prend aucune part à la journée du 11 juillet , où
les Espagnols attaquent nos lignes ; mais , le 8 sep-
tembre , l'ennemi s'étant emparé par surprise de la
redoute de la Roquette , le régiment , qui était de
garde à la tranchée , accourt et le chasse après un
vigoureux combat , dans lequel les lieutenants Ca-
brier, Verdelet et Douillon sont blessés . Le corps
montre la même valeur, en 1641 , au combat d'Ivrée ,
à la levée du siége de Chivasso et à la prise de
Coni , et termine cette campagne par l'attaque du
château de Démont. A l'assaut
+ du 17 octobre, il perd
l'enseigne de Vival ; le capitaine Bimard y est blessé .
En novembre 1642 , il est au siége du château de
Tortone , qui capitule le 25 , au moment où il allait
monter à l'assaut avec les régiments de Nérestang et
de Villandry. La conquête de cette place coûte au
tobre 1638, maréchal de camp le 4 mai 1646, et lieutenant-géné-
ral le 10 mars 1651.
110 HISTOIRE
corps ses plus braves officiers , les capitaines Thierry,
de Robiac , Bimard , Froment et Gautier ; les lieute-
tenants de Margarot , de Trémollet , Piquet et de
Lanzelergues , et l'enseigne La Ferrière sont tués . Le
lieutenant-colonel de Piémarcèz et presque tous les
autres officiers sont blessés .
En 1643 , Montpezat assiége Trino , et se couvre
de gloire à l'assaut de la demi-lune , le 8 septembre .
Le mestre de camp y est blessé d'un coup de pierre
au genou ; le major Guilloti et sept autres officiers y
sont aussi plus ou moins grièvement atteints par le
fer ou le feu de l'ennemi . Le 14 juillet 1644 , le ré-
giment investit pour la seconde fois le château de
Sartirane qui capitule immédiatement. Il se rend de
là au siége de Santia , où , le 24 août , il repousse
énergiquement une sortie. Garcin , lieutenant de la
mestre de camp , y est dangereusement blessé . Le
lendemain , le capitaine Gautier tombe frappé d'un
coup de pertuisane.
En 1645 , Montpezat était passé à l'armée de Ca-
talogne. Il fit sur cette frontière le siége de Balaguer ,
et se distingua , le 12 août , en battant avec Cham-
pagne un secours qui voulait entrer dans la place.
Retourné en Piémont à la fin de ce même mois , il
contribua à la prise de la Rocca de Vigevano , et se
trouva , le 19 octobre , au combat de la Mora .
Au mois de septembre 1646 , il fit partie du corps
d'armée qui s'embarqua avec le maréchal du Plessis-
Praslin pour l'expédition dirigée contre les présides
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 111
d'Italie. Il contribua ainsi , le 9 octobre , à la prise
de Piombino , et peu après au siége de Portolongone ,
dans l'île d'Elbe . Le lieutenant-colonel de Robiac ,
le major de Trémollet , les capitaines Ribes , Greffe-
ville et La Baume- Candiac , le lieutenant Barthélemy
et l'enseigne Valette, furent blessés dans les diverses
actions qui se passèrent devant cette place. Après sa
prise , au mois de novembre , le régiment se rem-
barqua et fut dirigé sur la Catalogne , où il servit au
long siége de Lérida. Il revint en Italie à la fin de
1647 , et il retourna , en 1648 , en Catalogne , pour
le siége de Tortose . Il demeura encore en Espagne
pendant la campagne de 1649 , après laquelle il se
rendit à Casal, dans le Montferrat, où il devait rester
en garnison .
Les troubles de la province de Guyenne [Link]
rappeler en France en janvier 1651. Il servit , pen-
dant cette campagne et une partie de la suivante ,
contre les mécontents , et il était de retour en Pié-
mont en septembre 1652. Il fut alors placé sous les
ordres du prince Thomas de Savoie ; mais , en 1653,
il fut appelé en Roussillon , et il contribua , le 4 juillet,
à la prise de Castillon , où il resta en garnison jus-
qu'au mois de septembre . Renvoyé de nouveau à
l'armée d'Italie , il se trouva , peu de jours après
son arrivée , le 23 septembre, au combat de la Ro-
quette, surles rives du Tanaro , puis à la prise de Carpi-
gnano . Enfin , il eut ses quartiers d'hiver à Crescen-
tino , où il resta pendant toute la campagne suivante.
112 HISTOIRE
Le capitaine de Saint-Germain , qui servait en qua-
lité d'aide de camp auprès du maréchal de Grancey,
fut tué , le 10 octobre 1654 , au combat de la Bor-
mida.
En 1655 , le régiment , dont le mestre de camp
servait en Flandre , demeura inactif dans les garni-
sons du Piémont. On le trouve l'année suivante au
siége de Valencia , où , le 13 août, il rivalise de bra-
voure avec Auvergné pour repousser une sortie que
firent les assiégés au moment même où l'armée es→→
pagnole attaquait nos lignes . En 1658 , il fait le siége
de Mortare , et il y ouvre la tranchée , le 5 août , avec
Normandie , à l'attaque de gauche.
Montpezat repassa les Alpes en 1659 , et vint s'é-
tablir dans le Languedoc . Il fit partie , en 1662 , de
l'expédition dirigée contre les révoltés du Boulonnais ,
et , son colonel , le marquis de Montpezat , ayant été
pourvu du gouvernement d'Arras , il y fut mis en
garnison et y resta jusqu'en 1669. Cette année , il
fut désigné pour passer dans l'île de Candie. Il s'em-
barqua à Toulon le 5 juin , arriva le 22 à Candie , et
le 25 il se fit remarquer par sa bravoure dans la grande
sortie de la garnison de cette place . Le capitaine de
Trémollet y fut tué , et le capitaine de Villevieille y
reçut deux blessures. Revenu en France au mois de
septembre , le régiment retourna à Arras et de-
meura à la garde de cette place importante pen-
*
dant les deux premières années de la guerre de
Hollande .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 113
En 1674 , le vieux marquis de Montpezat se démit
du régiment en faveur de son fils. Le nouveau colonel
conduisit le corps à l'armée , et se fit remarquer, au
mois de mai, à la tête de ses grenadiers , au siége du
fort de Navagne , près de Maëstricht . Quelques mois
plus tard, il combattait à Séneff. Montpezat continua
de servir en Flandre en 1675 , et se distingua , au
mois d'octobre , dans un combat livré sur les bords
de l'Escaut, près de Weler . En avril 1676 , il fit partie
de l'expédition que le maréchal d'Humières conduisit
dans le riche pays de Waës . Il perdit son lieutenant-
colonel , M. de Robiac , dans une affaire qui eut lieu
sur le canal de Bruges (1 ) . Le régiment se fit encore
remarquer à l'escarmouche du pont de Locker et à
la poursuite des Espagnols , qui ne se rallièrent que
sous le canon de Termonde . Quelques jours après , il
rejoignait l'armée du roi et assistait à la prise de Con-
dé , où son nouveau lieutenant-colonel méritait , par
sa conduite , le grade de brigadier (2) . Montpezat fit
encore cette année les siéges de Bouchain et d'Aire .
Il servit , en 1677 , sur la Meuse , entre Charleroi et
Stenay. En 1678 , il fit les siéges de Gand et d'Ypres ,
et se trouva à la bataille de Saint- Denis .
La paix de Nimègue ramena le régiment à Arras .
(1 ) Louis de Trémollet de Robiac de Montpezat, lieutenant-rolo-
nel 30 juin 1662 , brigadier 26 avril 1674.
(2) Annibal Pavée, chevalier de Villevieille, capitaine en 1667,
lientenant-colonel 24 avril 1676, brigadier 4 janvier 1707.
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V.
114 HISTOIRE
Celui-ci fit partie , en 1684 , de l'armée du roi qui
couvrait les opérations du siége de Luxembourg. Le
colonel de Montpezat servit en volontaire à ce siége ,
et y fut tué le 23 mai d'un coup de mousquet. Ce fut
alors , et par brevet du 15 juin , que le régiment prit
le titre de la province de Limousin ( 1 ) , qu'il a tou-
jours conservé depuis .
En 1688 , Limousin fait le siége de Philisbourg .
Il se distingue à l'attaque du 27 octobre , en s'empa-
rant de deux corps de garde palissadés , et perd
dans cette affaire un capitaine et deux sergents .
Il contribue ensuite à la prise de Manheim et de Fran-
kenthal .
L'année suivante , il sert en Allemagne sous le
maréchal de Duras , et , en 1690 , il fait partie de
l'armée de la Moselle , commandée par le marquis de
Boufflers. Il joint au mois de juin l'armée du maré-
chal de Luxembourg , et combat à Fleurus .
Porté à deux bataillons en 1691 , il se rend en
Piémont , coopère à la soumission des ville et château
de Villefranche , de Montalban , de Sant'Ospizio , de
Nice , de Veillane , de Carmagnola , et il fait le siége
de Montmélian , qui coûte la vie à deux capitaines.
Revenu en Flandre en 1692 , il prend part aux
opérations du siége difficile de Namur, combat à
(1 ) Nous écrivons Limousin au lieu de Limosin , par la même rai-
son qui nous a fait adopter l'orthographe de Piémont et de Poitou ,
au lieu de Piedmont et de Poictou .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 115
Steenkerque et se trouve au bombardement de Char-
leroi . En 1693 , le régiment passe à l'armée du Rhin ,
où il occupe , dans l'ordre de bataille, l'extrême gauche
de la 2 ligne. L'année suivante , on le retrouve en
Piémont . La campagne se passe sur la défensive , et ,
au mois de novembre , Limousin est mis en garnison
à Pignerol , où il demeure jusqu'en 1696. Il est ap-
pelé cette année au siége de Valencia . Il y partage
les travaux d'Auvergne jusqu'au moment où la dé-
claration de la neutralité de la Savoie amène la levée
de ce siége. Rentré peu après en France , il fait la
campagne de 1.697 , sur la Meuse , avec Boufflers .
A la fin de l'année 1700 , Limousin se mit en
route pour l'Italie . Il servit , en 1701 , sous les or-
dres de Cattinat et de Villeroy , et se trouva aux af-
faires de Carpi et de Chiari : le colonel fut blessé
dans le dernier de ces combats (1 ) . Le régiment fut
ensuite jeté dans Mantoue , et il eut de nombreuses
occasions de se distinguer pendant le long blocus de
cette place. Il perdit son lieutenant- colonel dans un
combat livré en février 1702. Le 24 du même mois ,
le lieutenant La Paumelle , envoyé en course au de-
hors , soutint glorieusement une attaque près de
Castiglione-Mantovano . Ce brave officier se fit tuer,
le 20 avril , dans une nouvelle entreprise dont il eut
la conduite.
(1 ) Le comte de Meilly, qui prit en 1693 le nom de comte de
Bouligneux, a été nommé brigadier 30 mars 1693 , maréchal de
camp 29 janvier 1702 , et lieutenant-général 10 février 1704.
116 HISTOIRE
Limousin , débloqué le 25 mai 1702 , quitta Man-
toue pour rejoindre l'armée , et se trouva aux affaires
de Santa-Vittoria et de Luzzara . On sait que dans
cette dernière bataille , le prince Eugène pensa sur-
prendre l'armée française . Ce fut un capitaine de
Limousin qui , montant sur la digue du Zéro , dé-
couvrit les manoeuvres de l'armée impériale qui se
mettait en bataille à l'abri de cette digue. Il donna
aussitôt l'alarme , et , en un clin d'œil , les régiments
français furent à leur poste. Cet officier, dont on
n'a pas retrouvé le nom , en récompense de sa vigi-
lance , fut chargé , par le duc de Vendôme , d'aller
porter à la cour les premières nouvelles de la bataille
et les drapeaux enlevés à l'ennemi . Il se troubla si
fort en présence de Louis XIV, et s'embarrassa si bien
dans son récit , que la jeune duchesse de Bourgogne
se prit à éclater de rire . La bonne humeur de la
princesse remit l'officier dans son aplomb , et il s'en
tira au moyen de cette gasconnade qui fit fortune :
« Croyez-vous donc , madame , dit- il gravement ,
qu'il soit aussi aisé de raconter une bataille qu'à
M. de Vendôme de la gagner . >>
Cependant , le régiment de Limousin poursuivait
les conséquences de la journée de Luzzara et coopé-
rait à la prise de Luzzara , de Guastalla et de Borgo-
forte. En 1703 , il fit d'abord partie du corps placé
sous les ordres du prince de Vaudémont , gouverneur
du Milanais , pour le roi d'Espagne , et partagea les
travaux de Normandie au blocus de Bersello . Il rallia,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 117
le 10 mai , l'armée de Vendôme , et fit avec ce géné-
ral l'expédition du Tyrol.
Après avoir hiverné dans le Montferrat , il servit ,
en 1704 , aux sièges de Verceil et d'Ivrée , et com-
mença celui de Vérue , qui se prolongea jusqu'au
printemps de 1705. Cette année , il fut mis sous les
ordres du grand prieur de Vendôme , et il ouvrit la
tranchée , le 19 avril , devant la Mirandole . Le 31
mai , pendant que le reste du régiment combattait à
la cassine de Moscolino , les deux compagnies de
grenadiers gardaient les retranchements de la tête
du pont de la Chiesa . Limousin rejoignit ensuite
l'armée du duc de Vendôme , combattit le 16 août à
Cassano , et prit ses quartiers d'hiver à Carpenedole .
Le 19 avril 1706 , à la bataille de Calcinato , les
deux bataillons reçurent l'ordre de charger en flanc
une colonne ennemie qui cherchait à percer notre
centre . Cette manoeuvre , parfaitement dirigée par
le brigadier Destouches , et engagée avec vigueur par
le régiment , fut en grande partie cause du gain de
la journée , et fit perdre bien du monde aux Impé-
riaux . Limousin se rendit peu après devant Turin , et
se trouva , le 7 septembre , à la déroute de l'armée
française sous les murs de cette ville . Deux jours
après , à Castiglione , sous les ordres du comte de
Grancey , il prenait une revanche de ce grand échec ,
auquel d'ailleurs il n'avait fait qu'assister l'arme au
bras . Malgré le succès de Castiglione , le régiment fut
obligé de repasser les Alpes . Il prit ses cantonnements
118 HISTOIRE
dans la Provence , et , en 1707 , il participa à la dé-
fense de Toulon on le chargea particulièrement de
la garde des hauteurs de Sainte-Anne . Le 15 août,
aidé du régiment de La Sarre , il chassa l'ennemi
de la position de la Croix-Faron .
Pendant l'année 1708 , Limousin servit dans la
Maurienne . Il contribua à la prise de Césanne , et
après la campagne il fut dirigé sur la Flandre . Il se
trouva , en 1709 , à la grande bataille de Malplaquet ,
et il resta sur cette frontière jusqu'au 28 juin 1711 .
Il quitta alors la Flandre pour aller renforcer l'armée
du Rhin , mais il revint sur ses pas au commence-
ment de 1712 , et se trouva cette année au célèbre
combat de Denain , où l'audace de Villars sauva
peut- être la France d'une ruine complète . Le régi-
ment assista ensuite à la prise de Douai , du Quesnoy
et de Bouchain . Il fit , en 1713 , les siéges de Landau
et de Fribourg , et se distingua , le 13 octobre , en
repoussant une sortie de la garnison de la dernière
de ces places , dans laquelle il fut établi après la ca-
pitulation .
Limousin a fait la campagne de 1719 contre l'Es-
pagne ( 1 ) . Il fut employé aux siéges de Fontarabie et
(1 ) Le colonel Phelippes, qui commandait alors le corps , fut fai
brigadier 1 février 1719 , maréchal de camp 20 février 1734 , et
lieutenant-général 1er mars 1738.
Gabriel Soulié , lieutenant en 1685 , major 14 octobre 1710 , et
lieutenant-colonel 15 décembre 1719, devint brigadier le 1er août
1734.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 119
de Saint- Sébastien et demeura jusqu'à la fin de l'an-
née en observation sur la frontière de Navarre . En
1727 , il fit partie du camp de la Saône et, en 1733 ,
il participa à l'occupation de la Lorraine . Il se ren-
dit, en 1734 , à l'armée du Rhin , se trouva à l'atta-
que des lignes d'Ettlingen et fut employé au siége de
Philisbourg. Le capitaine de grenadiers Dubourg
fut tué le 16 juin à ce siége d'un coup de canon . En
1735 , le régiment combattit à Klausen .
Appelé, en 1741 , à faire partie de l'armée de
Westphalie, commandée par le maréchal de Maille-
bois, Limousin partit le 28 août du camp de Sédan
avec la 1 " division , et après plusieurs mouvements
sur les bords du Rhin , il prit ses quartiers d'hiver à
Dusseldorf , où il demeura jusqu'au mois d'août
1742. L'armée de Westphalie se mit alors en route
pour opérer sa jonction avec l'armée de Bavière et
porter secours aux troupes de Bohême . Le régiment
servit à la prise d'Égra et , au mois de novembre , ses
deux bataillons furent établis à Statt-Amhof pour
couvrir la marche des gros bagages de l'armée du
maréchal de Broglie . Il fut laissé dans ce poste pen-
dant tout l'hiver pour garder les passages du Danube
depuis Donaustauf jusqu'à Straubing . Les maladies
et la misère le réduisirent alors à 350 hommes.
En avril 1743 , la brigade de Limousin, compre-
nant un bataillon de Bourgogne , un de Médoc et un
de Ponthieu , fut réunie à Amberg sous les ordres de
M. de La Clavière , et partit le 15 pour ravitailler
120 HISTOIRE
Égra et en relever la garnison . Cette brigade entra
le 19 dans Égra. Ici commence pour le régiment une
période de gloire et de souffrances. Le 4 juin , le
comte Kolowrath arrive devant Égra et établit ri-
goureusement le blocus de cette place dont , depuis
deux mois , des nuées de hussards et de pandours in-
terceptaient déjà toutes les communications. Le 9,
il somme le commandant , M. d'Hérouville , de se
rendre. La garnison , restée seule au milieu de l'Al-
lemagne , à 300 lieues de la France, voulait une ca-
pitulation honorable ; mais le général autrichien
exigeait qu'elle déposât ses armes et ses drapeaux .
Officiers et soldats jurèrent qu'ils périraient plutôt
que de rendre Égra à ces conditions, et beaucoup
d'entre eux devaient tenir leur parole . Les proposi-
tions de Kolowrath furent repoussées , et le blocus fut
resserré. Bientôt ces braves troupes furent en proie
à la plus affreuse famine . On mangea les chiens ; on
vendit au poids de l'or les rats et les souris , et l'é-
quarrisseur de la ville fut soupçonné de trafiquer
d'une viande dont l'idée seule fait frémir . Le soldat
bientôt ne vécut plus que d'herbes crues et des en-
trailles des chevaux abattus pour la table des offi-
ciers . « La faim était telle par la vivacité du bon air,
que toute la garnison demeurait d'accord que l'on ne
pouvait satisfaire son appétit à aucun prix , et c'est
néanmoins dans ce temps qu'il ne désertait personne
et que l'on n'entendait aucun murmure . Le 25 août ,
jour de la fête du roi , les aumôniers célébrèrent la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 121
grand'messe avec pompe ; les officiers firent de la
musique ; le marquis d'Hérouville donna un grand
dîner, dont les derniers chevaux de la garnison firent
les honneurs , et, sur le soir, les régiments en grande
ténue prirent les armes pour faire une décharge de
mousqueterie sur le rempart , et la gaieté françoise
trouva moyen de suppléer , ce jour-là , à tout ce qui
manquoit pour fêter le roi . >»
Les Autrichiens furent frappés d'admiration de
tant de constance et de fermeté de cœur . Depuis ce
jour, ils relâchèrent un peu la rigueur du blocus ; les
pandours eux-mêmes souffrirent que les soldats
vinssent couper des épis à trente pas de leurs pos-
tes ; quelques-uns même poussèrent l'humanité jus-
qu'à leur donner des pommes de terre . Enfin , le 7
septembre, il fallut se rendre sous peine de mourir
de faim. La garnison , prisonnière de guerre , fut con-
duite en Bohême . Les officiers , parmi lesquels se
trouvait M. de Viomesnil, mort maréchal de France ,
furent renvoyés en France sur parole ( 1 ) .
(1 ) Les chefs du régiment étaient à cette époque le duc de Niver-
nais, nommé brigadier le 20 février 1743 , qui nese trouva point à la
défense d'Égra, et Joseph Pascal, sous-lieutenant en 1707, major
13 janvier 1741 , lieutenant-colonel 11 avril 1742 , et brigadier
1er mai 1745.
Le comte d'Estaires, colonel en 1744 , prit en 1745 le titre de
prince de Robecque. Il devint brigadier 1er janvier 1748 , maréchal
de camp 10 février 1759 , et lieutenant- général 25 juillet 1762. Son
successeur, le marquis de Miran , est passé en 1761 à Bourbonnais.
122 HISTOIRE
Echangé l'année suivante , Limousin passa l'an-
née 1745 à se rétablir , et , en 1746 , il se rendit à
l'armée de Flandre. Dès le mois de janvier il assiste
au siége de Bruxelles , puis à celui de Namur , et enfin
à la bataille de Rocoux, où il faisait partie de la divi-
sion du marquis de Maubourg. Il commence encore
la campagne de 1747 à la grande armée de Flandre,
passe le mois de mai au camp de Malines, se rend le
1 juin dans la Flandre hollandaise, demeure quel-
que temps à Anvers, et arrive enfin devant Berg-op-
Zoom avec le comte de Lowendhal . Il se distingue à
ce siége, et surtout au grand assaut du 16 septembre ,
où son 1 ° bataillon attaquait le bastion de gauche. Il
quitta Berg-op-Zoom le lendemain de sa reddition
et se rendit au camp de Kapellen . Il fit, en 1748 , le
siége de Maëstricht ; il y avait son poste au- dessus
du château de Rasen ,
En 1754 , Limousin fit partie du camp de Saar-
louis , et en 1756 il était de celui de Cherbourg . Il
continua de servir sur les côtes de la Normandie pen-
dant les quatre campagnes suivantes , et il fit celles
de 1761 et 1762 en Allemagne . Il se fit remarquer ,
le 16 juillet 1761 , auprès de Piémont, au combat de
Schedingen , dont le résultat heureux fut annulé par
l'échec de Villingshausen .
Le marquis de Morbecq est devenu brigadier le 20 février 1761 , ma-
réchal de camp le 25 juillet 1762 , et lieutenant- général en 1781 .
Le comte de Damas -Crux, précédemment colonel de Foix, fut fait
brigadier 27 juillet 1769, et maréchal de camp 1ª mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE 123
A la paix, le régiment alla tenir garnison à Douai.
Il se rendit ensuite à Condé en mai 1763 , à Avesnes
et Landrecies en avril 1764, à Huningue en novem-
bre 1764, à Strasbourg en septembre 1766 , à Lan-
dau en août 1767 , au camp de Verberie en juillet
1769, et, après la levée de ce camp, au Havre . Le
2e bataillon s'embarqua le 22 décembre 1770 pour la
er
Martinique , et le 1 alla tenir garnison à Dinan en
janvier 1771. Le 2e bataillon , après un séjour de
moins d'une année aux Antilles , était de retour au
Havre le 11 décembre 1771 , et le régiment tout en-
tier fut envoyé à Verdun en mai 1772. Il est allé de-
puis à Longwy en septembre 1773 , à Metz en octobre
1774, et à Thionville en novembre 1778 .
Pendant la guerre d'Amérique , de 1779 à 1780 ,
Limousin fut employé sur les côtes de la basse Nor-
mandie , et il occupa successivement Avranches ,
Mortain, Cancale , Granville et Coutances, Honfleur
et Pont-Audemer. En novembre 1780, il fut réuni à
Brest et fournit alors des détachements pour la gar-
nison des vaisseaux . Il quitta Brest en octobre 1781
pour se rendre à Saint-Omer et Béthune , d'où il
passa à Dunkerque en octobre 1782 et à Toulon en
avril 1783. Il s'embarqua , dès son arrivée dans cette
er
ville , pour la Corse , et arriva le 1 " mai à Ajaccio , où
il est resté en garnison jusqu'au mois de décembre
1792 ( 1 ) . Le régiment reçut , à cette époque , l'ordre
(1 ) Le vicomte de Chalabre , colonel en 1780, fut fait brigadier
124 HISTOIRE
de se rendre à l'île Saint-Pierre pour s'embarquer
sur la flotte de l'amiral Truguet qui devait opérer
une descente en Sardaigne . Le jeune Napoléon Bona-
parte faisait partie du corps expéditionnaire et allait
faire ses premières armes . L'entreprise , contrariée
par la tempête , n'eut point de succès, et Limousin
rentra à Ajaccio au commencement de mars 1793 .
Rappelés peu après sur le continent , les deux batail-
lons du régiment furent dirigés sur l'armée des Alpes,
et, dans le courant de 1794 , ils servirent de noyaux
aux 83° et 84° demi-brigades .
La 83 a été formée le 29 juillet, et la 84 ' le 2 jan-
vier.
Le régiment de Limousin avait porté , sous
Louis XIV et sous Lous XV, un uniforme composé
d'habit et culotte gris blancs ou blancs , avec le collet,
la veste et les parements rouges et les boutons jaunes .
Les poches étaient en travers et garnies de quatre
boutons . Il y avait aussi quatre boutons sur la man-
che, et le chapeau était bordé d'or . Cette tenue , mo-
difiée suivant le temps dans sa coupe , fut remplacée ,
1er janvier 1784. M. de Virieu a été tué à Lyon en 1793. Buonavita,
passé au 84*, est devenu général de brigade. De Maillard était ma-
jor au corps depuis le 15 avril 1784. De Laissac, lieutenant au corps
en 1758 , fut fait lieutenant-colonel le 12 juillet 1792 , et colonel
peu après.
Claude Le Moynier, lieutenant en 1734, major 14 septembre
1764 , lieutenant- colonel 24 mars 1772 , parvint au grade de briga-
dier le 1er mars 1780.
de l'ancienne infanterie française . 125
en 1776, par l'habit blanc à collet noir, revers et pa-
rements rouges piqués de blanc, et boutons jaunes .
Les drapeaux d'ordonnance de ce corps avaient
chacun de leurs quartiers partagés en trois triangles
ayant leurs sommets vers le centre de la croix . Ces
triangles étaient verts , cramoisis et aurores .
126 HISTOIRE
RÉGIMENT ROYAL DES VAISSEAUX .
43. RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Nous avons recouvré Créinone,
Et perdu notre général.
CHANSON DE 1702.
COLONELS ET COLONELS-LIEUTENANTS.
1. D'ESCOUBLEAU DE SOURDIS ( Henri ) , 13 mars 1638.
2. Cardinal DE RICHELIEU ( Armand-Jean de Plessis ) , 3 février
1640.
3. Cardinal MAZARIN ( Giulio Mazzarini ) , 10 mars 1644 .
4. Duc DE CANDALE ( Louis-Charles-Gaston de Nogaret de Foix) ,
25 juin 1650.
5. Duc DE MERCOEUR ( Louis de Vendôme ) , 15 mars 1661 .
6. LE BRET ( Alexandre ) , 20 septembre 1669.
7. Marquis DE GANDELUS (Louis Potier de Gesvres) , 29 mars 1679.
8. Comte DE MAILLY ( Louis ) , 24 avril 1689 .
9. Marquis DE NÉVET ( René ) , 29 avril 1692.
10. Chevalier D'ENTRAGUES ( Hyacinthe de Montvalat ), 16 juin
1699 .
11. Comte DE MONTENDRE (Isaac-Charles de La Rochefoucauld) ,
1er mars 1702.
12. Marquis DE GUERCHY ( Louis de Regnier ) , 27 août 1702 .
13. DE COLLANDRE ( Thomas Le Gendre ) , 14 juin 1705.
14. Comte DE MARCIEU ( Pierre-Aimé de Guiffrey ) , 6 mars 1719 .
15. Comte DE GUERCHY ( Claude-Louis-François de Regnier ),
25 novembre 1734 .
16 Chevalier D'AUBETERRE ( Jean-Baptiste-Charles-Hubert d'Es-
parbès de Lussan ) , 26 mai 1745 .
17. Comte D'AUBETERRE LA SERRE ( Louis-Henri d'Esparbès de
Lussan ) , 21 février 1746.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 127
18. Comte DE CIVRAC ( François-Emmery de Durfort), 7 août 1747.
19. Marquis DE MONTESQUIOU (Anne-Pierre), 30 novembre 1761 .
20. Comte D'OSSUN ( Charles-Pierre-Hyacinthe) , 28 juillet 1773.
21. Marquis DE GOUVERNET ( Frédéric-Séraphin de La Tour-du-
Pin-Paulin ) , 10 mars 1788.
22. DE KERCARADEC ( Joseph-Marie Rogon ) , 21 octobre 1791 .
23. DE SICARD ( Anselme ) , 16 mai 1792.
24. VERGES ( François ) , 4 septembre 1792 .
Ce corps fut levé sous le nom de régiment des
Vaisseaux , et pour le service de mer , par Henri
d'Escoubleau de Sourdis , archevêque de Bordeaux ,
l'un de ces prélats à moustaches de l'époque de Ri-
chelieu , qui réunissait à ses fonctions sacrées la
charge de lieutenant-général des armées navales. La
commission de levée est du 13 mars 1638 ; ainsi ce
régiment date de l'année de la naissance de
Louis XIV .
Il servit la même année sur la flotte de l'archevê-
que, qui était chargé de concourir avec le prince de
Condé à pousser les hostilités contre l'Espagne du
côté de la Biscaye . Embarqué à La Rochelle, il arriva
le 4 août devant le port du Passage , se trouva le 22
à la bataille navale de Gattari , et descendit à terre
pour faire le siége de Fontarabie . Rembarqué sur la
flotte après cette opération , il participa à l'attaque de
deux galions dans la rade de Laredo . Trois batteries
desix pièces et 2,000 hommes défendaient la côte.
Les 2,000 homines furent mis en fuite et les galions
pillés. La ville de Laredo se rendit le 14 août . Deux
128 HISTOIRE
jours après , le régiment contribuait à la prise du
fort Sant'Ogno . Retourné peu après à La Rochelle ,
il passa l'hiver dans cette ville et , le 18 mai 1639 ,
il partit de la rade de Saint-Martin de Ré pour se
rendre devant La Corogne. Arrivé le 8 juin en vue
de ce port, il se trouva le même jour à un grand
combat livré à quarante- cinq vaisseaux d'Espagne .
Au commencement de 1640 , le cardinal de Ri-
chelieu , surintendant de la navigation , jaloux des
succès maritimes de l'archevêque de Bordeaux , dis-
gracia ce prélat et le relégua à Carpentras. Il prit
pour lui le régiment ( 1) et l'envoya dans la Méditer-
ranée . Arrivé au mois de juillet à Toulon , ce corps
demeura le reste de l'année dans cette ville, et, en
1641 , il s'embarqua pour passer à Tarragone. Il prit
part à quelques opérations sur les côtes de la Catalo-
gne , puis il vint , en juin , contribuer à la prise
d'Elne en Roussillon . Il servit cette année et la sui-
vante à la conquête de cette province , et, après la
mort de Richelieu , il fut réduit à une compagnie
franche, par ordre du 30 août 1643 .
Le cardinal Mazarin le rétablit pour lui , le
10 mars 1644 , sous le nom de Vaisseaux - Mazarin ,
avec des compagnies tirées des vieux régiments et
(1) Le cardinal eut alors en propriété les régiments d'infanterie
de La Marine, des Vaisseaux et du Havre, un régiment de cavalerie ,
un régiment de dragons, une compagnie de gardes, une de gendar-
mes et une de chevau-légers.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 129
le plaça à Perpignan , où il tint constamment garni-
son jusqu'à l'année 1654. Deux membres de la fa-
mille de Noailles le commandèrent d'abord succes-
sivement en qualité de colonels-lieutenants (1 ). En
1648, on y incorpora le régiment du Breuil (2) , levé
en 1635 et qui tenait aussi garnison à Perpignan .
Lorsque le cardinal Mazarin , battu un instant par
la Fronde, quitta le royaume en 1650 , le régiment
fut donné, par ordre du 25 juin , au duc de Candale,
fils du duc d'Épernon , colonel général de l'infante-
rie . Ce nouveau chef donna au corps le titre de
Vaisseaux-Candale , lui fit prendre l'attache du colo-
nel général de l'infanterie et y incorpora en 1652 un
régiment levé en 1649 sous le nom de Candale .
Sorti de Perpignan en 1654 , Vaisseaux-Candale
prit une part active aux guerres du Roussillon et de
la Catalogne . Dans cette campagne, il se trouva à la
prise de Villefranche, au ravitaillement de Roses et au
siége de Puycerda , où le lieutenant-colonel Le Bret
eut la main percée par une balle . L'année suivante ,
le régiment est à la prise de Cap de Quiers , à la sou-
(1 ) Le comte François de Noailles, maréchal de camp du 15
mars 1628 , et colonel- lieutenant le 25 mars 1644, remplacé , 1er fé-
vrier 1646 , par son fils le baron Anne de Noailles , maréchal de
camp 28 mai 1643, lieutenant-général 12 septembre 1650, capi-
taine des gardes du corps et duc de Noailles en 1663 .
(2) Georges du Breuil, qui en était mestre de camp , devint
lieutenant-colonel des Vaisseaux, et fut fait maréchal de camp le 10
mai 1651 .
HISTOIRE DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . T. V. 9
130 HISTOIRE
mission de Castillon et de Cadagnes, et le 13 août
au combat de Solsone. A son retour d'Espagne en
1659 , il fut placé dans les garnisons de la Provence.
Le cardinal Mazarin avait repris le régiment à la
mort du duc de Candale , arrivée en janvier 1658 , et
il y avait établi , le 12 avril , Le Bret en qualité de co-
lonel-lieutenant (1 ) . Le titre du régiment avait été
en même temps modifié ; il était redevenu Vais-
seaux-Mazarin . Ce titre fut encore changé à la mort
du cardinal . On imposa alors au corps celui de Vais-
seaux-Provence , qui rappelait le nom de la province
dans laquelle il était stationné . Le régiment devint à
la même époque la propriété du duc de Mercœur ,
lieutenant-général pour le roi en Provence, et de-
puis cardinal de Vendôme . C'était le quatrième pré-
lat qui marchait à sa tête . Il est vrai que ce dernier
n'était point dans les ordres .
A la fin de 1662 , après la fameuse affaire du duc
de Créqui à Rome, Vaisseaux -Provence fut porté de
dix à douze compagnies, et l'année suivante il passa
en Italie avec le maréchal du Plessis- Praslin pour
appuyer la demande de réparations que Louis XIV
exigeait du pape. Ce démêlé s'arrangea par le traité
de Pise ; le régiment revint en Provence , et , en
(1 ) Alexandre Le Bret, d'abord capitaine au régiment de Pié-
mont, passé dans celui-ci avec sa compagnie 10 mars 1644 , lieu-
tenant-colonel 14 avril 1654 , maréchal de camp 20 octobre 1665 ,
colonel-lieutenant pour le roi 20 septembre 1669, lieutenant-géné-
ral 13 février 1674.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 131
1664 , il fournit huit compagnies pour l'expédition
d'Afrique . Après le débarquement à Djigelly, le
22 juillet, ces compagnies furent chargées d'occuper
les postes qui pouvaient assurer la possession de la
ville . On sait que les maladies firent manquer le but
de cette entreprise et qu'avant la fin de l'année la
flotte était de retour à Toulon.
Le régiment quitta la Provence en 1667 pour se
rendre à l'armée de Flandre . Il prit part aux siéges
de Tournai , de Douai et de Lille . Il était, après cette
campagne, en garnison à Douai , quand le colonel-
lieutenant Le Bret, qui commandait en même temps
la place , en détacha 250 hommes , sous les ordres
du capitaine Lottin , pour escorter un convoi de ba-
teaux chargés de munitions , qui devait descendre.
par la Scarpe et l'Escaut jusqu'à Tournai . Cette es-
corte se vit attaquée , à la hauteur de Saint-Amand ,
par des forces supérieures. Elle tint ferme cependant
jusqu'à l'arrivée de Le Bret, qui la suivait avec de la
cavalerie pour la soutenir au besoin . Après un com-
bat fort vif, l'ennemi fut obligé de se retirer sans
avoir pu enlever un seul bateau . Louis XIV , in-
formé d'une si belle conduite, en marqua sa satisfac-
tion à Le Bret par une lettre qu'il eut ordre de
lire au corps assemblé . Le roi y annonçait qu'en
considération de ce fait d'armes , il voulait être le
colonel du régiment . Il lui accordait le grand état-
major, et ordonnait à son trésorier de compter sur-
le-champ une gratification de 100 louis à chaque
132 HISTOIRE
capitaine de l'escorte, 50 à chaque lieutenant , 3 à
chaque sergent et 1 à chaque soldat . C'est ainsi que
le régiment devint Royal des Vaisseaux . Toutefois le
brevet de ce titre ne fut expédié que le 20 septem-
bre 1669 , après la mort du cardinal de Ven ' ôme (1) .
Royal-Vaisseaux , qui avait continué d'occuper la
garnison de Douai , et qui avait eu l'honneur de
manœuvrer devant le roi le 14 mai 1670 , fut porté
en 1671 à 70 compagnies comme les vieux corps .
Trente de ces compagnies prirent part à la campagne
de 1672 , en Hollande , et firent tous les siéges que
le roi commanda en personne . Elles servirent aussi ,
sous le duc d'Orléans , à celui de Zutphen , et pen-
dant l'hiver elles firent partie du corps que Turenne
conduisit en Westphalie .
En 1673 , on trouve le régiment au siége de Maës-
tricht. Il avait pris poste au quartier du chevalier de
Lorraine , au delà de la Meuse , et il s'épargna si peu
que ses pertes en tués et blessés montèrent à 50 offi-
ciers et plus de 200 soldats . Le lieutenant-colonel
( 1 ) Nous pensons que ce fut à cette époque que le régiment re-
çut les drapeaux d'ordonnance qu'il a toujours gardés depuis. Ces
drapeaux avaient un quartier aurore, un rouge, un vert et un
noir. La croix était semée de fleurs de lis d'or, et au centre
était un grand vaisseau de guerre. On remarquera qu'aucun des cinq
pavillons qui ornaient ce vaisseau n'était blanc. Les pavillons les
plus honorables , ceux de poupe et du grand mât, étaient, le pre-
mier rouge et le second bleu . Les autres étaient aussi bleus ou
rouges.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 133
d'Aubarède ( 1 ) y reçut une balle au front , et M. de
Ricard, lieutenant de la colonnelle , y fut tué.
Royal-Vaisseaux , qui avait participé à la conquête
de la Franche-Comté au commencement de 1674 ;
fut ensuite rappelé sur la frontière du Nord , et se
trouva à la bataille de Séneff. Il y formait brigade
avec le régiment du Roi , et perdit les capitaines de
Billy et de Villiers et trois lieutenants. Quarante-
cinq officiers y furent blessés . Envoyé en Lorraine
pour se rétablir , le régiment rentra bientôt en cam-
pagne , contribua à la prise de Remiremont et au
succès de la journée d'Ensheim . En janvier 1675 , il
combattit à Turckheim avec La Marine et Orléans ,
et fut un des quatre régiments qui déterminèrent la
déroute de l'ennemi en passant audacieusement la
Fech sous un feu épouvantable.
Au printemps de cette année , Royal- Vaisseaux
fut envoyé sur la Meuse et se trouva à la prise de
Dinant , Huy et Limbourg. Après le siége de cette
dernière place , un de ses bataillons fut mis en gar-
nison à Saint-Trond.
En 1676 , le régiment est à l'armée de Flandre et
fait les siéges de Condé et de Bouchain . Il se distin-
gue particulièrement à l'attaque de la contrescarpe
(1) Bernard d'Astorg d'Olthon, comte d'Aubarède , entré au corps
en 1641 , lieutenant-colonel 22 décembre 1670 ; il exerça jusqu'au
25 mars 1678 , et parvint au grade de lieutenant-général le 3 jan-
vier 1696.
134 HISTOIRE
de Bouchain . Au mois de juillet , il quitte l'armée
du roi pour faire le siége d'Aire avec le maréchal de
Créqui . Cette même année , il avait trois compagnies
détachées à Philisbourg ; elles coopérèrent à la belle
défense de cette place. En 1677 , le régiment débute
par le siége de Valenciennes , et marche ensuite au
secours du duc d'Orléans qui assiégeait Saint-Omer,
et qui était menacé dans ses lignes par le prince
d'Orange. Il était en première ligne , le 11 avril , à
la bataille de Cassel , et il y combattit avec une grande
bravoure. Le major Lauzier , les capitaines La Tour-
nelle , La Boëssière , d'Arbouville , Lamarre et Re-
nouard, trois lieutenants et cinq sous- lieutenants , y
furent blessés . Royal-Vaisseaux acheva le siége de
Saint- Omer, et , au mois de décembre , il fit celui de
Saint-Ghislain , où le lieutenant- colonel d'Aubarède
reçut un coup de feu . Il termina la guerre sur cette
frontière , en 1678 , par la prise de Gand , qui lui
coûta trois officiers , et par celle d'Ypres . Après la
bataille de Saint-Denis , à laquelle il prit peu de part,
il se rendit à l'armée d'Allemagne , et se trouva du
25 au 27 juillet à la prise de Kelh . Cette place ayant été
détruite , le maréchal de Créqui repassa le Rhin et
investit Strasbourg , où le comte de Mercy s'était
réfugié. Le régiment franchit l'Ill en croupe de la
cavalerie , et prit poste à la Rupertchau : c'était le 9
août . Il contribua à la prise des forts qui entouraient
Strasbourg , et la paix définitive ayant été signée , il
fut envoyé à Besançon pour y tenir garnison .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 135
Il était en 1680 à Schlestadt , et en 1681 à Brisach.
Il quitta cette ville au mois de septembre de la
même année , pour aller, avec Cattinat , prendre
possession de la citadelle de Casal que Louis XIV se
faisait remettre par le duc de Mantoue . Rentré en
France après cette expédition , le régiment fut en-
voyé à Dunkerque , puis à Aire en 1683. Son 1 " ba-
taillon quitta cette ville pour faire le siége de Cour-
trai sous le maréchal d'Humières . Le major d'Autre-
ville y fut blessé . Pendant ce temps , le 2 bataillon
faisait partie du corps du maréchal de Créqui qui
bloquait Luxembourg . Le capitaine de Pennes , placé
avec sa compagnie dans un château du voisinage , et
vivement attaqué par la garnison de la place , fit une
belle résistance et se maintint dans son poste . Pen-
dant le siége de Luxembourg , en 1684 , Royal-Vais-
seaux fit partie du corps d'observation , et , après la
prise de cette forte ville , il fut mis en garnison à
Verdun , où Louis XIV le passa pour la deuxième fois
en revue le 18 mai 1687. En 1688 , il se signala aux
siéges de Philisbourg , de Manheim et de Francken-
thal .Il passa l'hiver à Strasbourg, et , le 29 mars 1689,
il se trouva avec Navarre à l'attaque infructueuse
d'Oberkirch , où son colonel-lieutenant , le marquis
de Gandelus , fut mortellement blessé (1 ) . Après cette
(1 ) Le marquis de Gandelus était brigadier du 24 août 1688. Son
successeur le comte de Mailly, devint brigadier 25 avril 1691 , mestre
de camp général des dragons 29 avril 1692, et maréchal de camp
30 mars 1693.
136 HISTOIRE
affaire , le régiment fut envoyé à Landau pour en
réparer les fortifications . Le 1er bataillon , seul , prit
quelque part aux manœuvres du maréchal de Duras ,
sur la fin de la campagne . Celle de 1690 , que le ré-
giment fit encore sur le Rhin , fut insignifiante , et ,
en 1691 , le corps fut dirigé sur l'armée de Flandre.
Il y débuta par le siége de Mons , où ses grenadiers
firent des prodiges de valeur, le 6 avril , à l'attaque
de l'ouvrage à cornes . Tous les officiers de grenadiers
furent blessés ; le capitaine Constant et le lieutenant
Villedière y trouvèrent la mort . Le régiment acheva
la campagne sous les ordres du maréchal de Luxem-
bourg , et prit ses quartiers d'hiver à Beveren .
Porté à trois bataillons en 1692 , Royal-Vaisseaux
est appelé cette année au siége de Namur . A l'attaque
du château, le 7 juin , il déloge l'ennemi des hau-
teurs voisines. Le capitaine de Pomarel, qui com-
mandait le 2e bataillon , deux sergents et vingt -deux
soldats , périssent dans cette brillante affaire ; une
quinzaine d'officiers y sont blessés, et parmi eux les
capitaines Gagnier et Chassenay. Le 13 , les grena-
diers se font remarquer à la prise du fort de la Cas-
sotie ; les jours suivants ils déploient la même éner-
gie à l'attaque du chemin couvert et à l'assaut du
fort Guillaume. La prise de Namur fut suivie de la
victoire de Steenkerque , qui mit le comble à la
gloire du corps . Huit officiers et 135 hommes y per-
dirent la vie : le nombre des blessés s'éleva à 406 ,
parmi lesquels il y avait 52 officiers . Royal-Vais-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 137
seaux alla se remettre de ses pertes et de ses fatigues
dans divers cantonnements autour d'Ath .
En 1693 , il commença la campagne devant Char-
leroi . Après la capitulation de cette ville , il passa à
l'armée d'Allemagne et y servit jusqu'à la paix de Ris-
wyck sans autre incident que celui-ci . Le 12 juillet
1697 , cent grenadiers , par leur bonne contenance et
un feu bien dirigé, sauvèrent un détachement de ca-
valerie envoyé en fourrage à Steinbach, à une lieue
de Baden .
Quand éclata la guerre de la succession d'Espagne
en 1701 , Royal- Vaisseaux fit d'abord partie de l'ar-
mée d'Allemagne ; mais il fut bientôt dirigé sur l'I-
talie , et il se trouva , le 7 septembre, au combat de
Chiari . En janvier 1702 , il entra dans Crémone . Il
lui était réservé de trouver dans cette place une de
ces occasions qui fixent un nom sur les tables de
l'histoire . Nous voulons parler de la fameuse surprise
de Crémone par le prince Eugène .
Le maréchal de Villeroy, ce type des généraux
ignares et présomptueux, venait de se renfermer
dans cette ville . Quoique récemment battu à Chiari,
il ne parlait qu'avec un superbe mépris des généraux
de l'Empereur , et annonçait qu'il allait leur faire
danser le rigaudon pendant le carnaval . Eugène , pi-
qué , se promit de le prévenir et lui prépara une
alerte des plus désagréables .
Il gagna un prêtre, nommé Cassoli , prévôt de l'é-
glise de Notre -Dame-la-Neuve, qui avait sa maison
138 HISTOIRE
placée au-dessus d'un égout conduisant les immon-
dices de la ville dans le fossé , et dont l'entrée n'é-
tait point grillée par suite de la plus incroyable né-
gligence. Dans la nuit du 1er février , Eugène intro-
duit par cet égout un détachement de 400 hommes
d'infanterie, qui , pénétrant aussitôt dans la ville,
surprend les postes les plus voisins, les égorge , s'em-
pare des portes Sainte-Marguerite , de Tous les Saints
et du Pô, et donne ainsi un libre passage à un gros
corps d'infanterie et de cavalerie conduit par Eugène
en personne. Tout cela se fit si rapidement et avec
tant d'ordre , que les Impériaux étaient déjà maîtres
de l'Hôtel-de-Ville et des principales places, avant
que Villeroy en eût avis.
Quelques soldats de Royal-Vaisseaux donnèrent la
première alerte . Ils se trouvaient ce jour-là sur
pied avant le jour , parce que le colonel d'Entragues
avait ordonné une manœuvre pour le 1 " bataillon .
Ce bataillon , quoiqu'il n'eût pas plus de 200 hom-
mes sous ses drapeaux , conduit par son brave colo-
nel, marche le premier contre les cuirassiers de l'Em-
pereur qui s'étaient mis en bataille sur la place Sab-
batine . « Messieurs les Tudesques, s'écrie d'Entra-
gues, soyez les bien -venus : vous avez un peu dérangé
notre toilette ; nous allons pourtant vous faire les
honneurs autant qu'il nous sera possible, » et ap-
prochant à longueur d'esponton , il fait exécuter une
décharge qui couche une partie des cuirassiers sur le
carreau et contraint le reste à se réfugier dans les
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 139
rues . Cependant le bataillon , fusillé à bout portant
par des tirailleurs embusqués dans les maisons voi-
sines, ne peut se maintenir sur cette place ; il recule,
emportant avec lui le brave d'Entragues et le major
Despars, tous les deux blessés à mort (1 ) .
Pendant ce temps , la garnison avait pris les ar-
mes . Les soldats , logés dans tous les quartiers de la
ville, se réunissaient par pelotons et accouraient à la
fusillade ; mais partout ils se voyaient arrêtés par des
forces supérieures . Ce fut un moment d'inexprima-
ble confusion ; Crémone et l'armée allaient être per-
dues quand le capitaine de grenadiers de La Motte,
qui avait pris le commandement du 1er bataillon ,
après la blessure du colonel , proposa aux officiers de
se porter sur le rempart et d'attendre sur l'esplanade
la jonction du reste de la garnison , afin de tenter
ensemble un suprême effort. L'avis fut adopté, mais
son exécution était périlleuse . Le bataillon fut obligé
de défiler par une ruelle étroite, enfilée par le feu
des ennemis qui étaient trois cents dans l'église
Notre-Dame et dans la maison de Cassoli . Rallié
enfin par quelques compagnies et poussé par le dé-
sespoir, le bataillon se précipite sur ces deux postes,
et les soldats qui les occupaient , frappés d'une ter-
reur subite , se rendent à discrétion . Ce premier suc-
cès change la face des affaires . Les portes de Tous
(1) Le chevalier d'Entragues avait le brevet de brigadier depuis
deux jours. Sa nomination était du 29 janvier.
140 HISTOIRE
les Saints et Sainte-Marguerite sont réoccupées et se
ferment devant les renforts que pouvaient attendre
les Impériaux . Cette précaution prise , les Français
s'élancent dans la grande rue sur les cuirassiers de
l'Empereur. Leur chef s'avance le sabre haut, promet
bon quartier si l'on veut se rendre et porte la main
sur un drapeau de Royal-Vaisseaux . Un coup d'es-
ponton l'étend sans vie au pied du drapeau . Les cui-
rassiers, démoralisés, tournent bride et s'enfuient
sous une grêle de balles . Les autres corps de la gar-
nison obtiennent, sur d'autres points, le même suc-
cès , et le prince Eugène est forcé d'évacuer Crémone ,
après en avoir été presque le maître pendant douze
heures. « J'ai manqué mon coup d'un quart d'heure ,
disait-il en se retirant . » La chance, en effet, n'avait
tourné contre lui que parce que quelques soldats
avaient devancé l'heure ordinaire de l'appel pour
aller réveiller leurs officiers .
Les Impériaux perdirent 2,000 hommes dans cette
échauffourée , et les Français la moitié de ce nombre .
Le régiment eut, lui seul, 60 officiers tués ou blessés .
Parmi les morts étaient le colonel , le major et les ca-
pitaines d'Héricourt, La Jonquière et Sorel .
Le maréchal de Villeroy , éveillé par le bruit de la
mousqueterie, et sorti de chez lui pour savoir ce qui
se passait, était tombé au milieu des Allemands au
détour de la première rue . Un officier du régiment
de Ragin , jugeant à l'habit que c'était un officier de
marque , l'arrêta et le fit mettre en lieu de sûreté .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 141
On fit à ce propos le quatrain suivant, qui se chanta
longtemps dans l'armée , et surtout dans Royal-Vais-
seaux :
Palsambleu ! la nouvelle est bonne ,
Et notre bonheur sans égal,
Nous avons recouvré Crémone
Et perdu notre général.
Quelque temps après , le régiment combattait à
Luzzara . Placé à la droite de Piémont , il partagea
dans cette journée les travaux et la gloire de ce
vieux corps . Son nouveau colonel, M. de Monten-
tendre (1 ) , y fut tué avec les capitaines Morin et de
Villeneuve . En 1703 , Royal-Vaisseaux contribua à
la défaite de l'arrière-garde du général Staremberg
à Stradella et à la victoire de Castelnuovo de Bor-
mia . Il suivit le duc de Vendôme dans le Trentin ,
assista à la prise de Bersello , de Nago et d'Arco , et
enfin prit part au combat de San -Sebastiano .
Après avoir passé l'hiver en Piémont, il servit en
1704 aux siéges d'Asti , d'Ivrée , de Verceil et de
Vérue . Le 26 décembre, les grenadiers , ayant à leur
tête le colonel de Guerchy, contribuèrent puissam-
ment à la déroute d'un corps de 3,000 hommes
(1 ) Le comte de Montendre, qui avait été blessé à Crémone , était
brigadier du 29 janvier 1702. M. de Cuerchy, qui le remplaça, était
colonel du régiment de Thiérache, et brigadier , lui aussi , du 29 jan-
vier 1702. Il est devenu maréchal de camp le 26 octobre 1704, et
lieutenant-général le 29 mars 1710.
142 HISTOIRE
sortis de Vérue . Après la prise de cette place , le ré-
giment fit le siége de Chivasso , combattit à Cassano
et participa à la prise de Soncino . Il était en 1706 à
l'affaire de Calcinato et au siége de Turin . Un de
ses bataillons y repoussa vigoureusement une sortie .
Pendant la bataille du 7 septembre, qui amena la
levée du siége , Royal-Vaisseaux était chargé de la
garde d'un pont, dont la conservation assura la re-
traite des débris de l'armée .
Envoyé en 1707 à l'armée d'Espagne , le régiment
assista à la bataille d'Almanza . Il fit ensuite le siége
de Lérida, et le 20 septembre il ouvrit la tranchée
devant Ciudad-Rodrigo . La brèche n'était pas encore
praticable , quand la poudre vint à manquer. Le
marquis de Bay , commandant du siége , forcé de
brusquer l'assaut ou de décamper, offrit cette alter-
native au régiment, dont c'était le tour de marcher .
Il n'hésita point, et la place fut emportée d'emblée
le 4 octobre . La garnison , qui voulait se réfugier
dans le château , fut coupée par les grenadiers de
Royal-Vaisseaux , et la compagnie du capitaine Carles
fit à elle seule tout un bataillon prisonnier. Les Al-
liés perdirent ce jour- là 400 hommes tués , 2,000
prisonniers, 56 drapeaux ou étendards et seize bou-
ches à feu .
En 1708 , un bataillon rentra en France et fut en-
voyé à Lille, qu'il contribua à défendre pendant le
mémorable siége que le maréchal de Boufflers y
soutint. Les deux autres bataillons restèrent en Espa-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 443
gue et firent le siége de Tortose . A la fin de 1709 , le
régiment se trouvait réuni en Flandre ; il fit sur
cette frontière les trois campagnes suivantes . Il était
en 1711 à l'attaque d'Arleux et à celle du camp
d'Hordain . En 1712 , il fut un des corps qui se dis-
tinguèrent le plus à Denain . Il y emporta, après une
lutte sanglante , une redoute défendue par des gre-
nadiers . Les capitaines Carles et Capelle trouvèrent
la mort dans ce combat. Royal-Vaisseaux fit encore
cette année le siége de Douai , où ses grenadiers se
couvrirent de gloire à la prise du chemin couvert , et
ceux du Quesnoy et de Bouchain . Il se rendit en
1713 sur le Rhin , couvrit les opérations du siége de
Landau et monta quelques gardes à celui de Fri-
bourg. Le 3 bataillon fut licencié en 1714 , et les
cadres des deux premiers furent remplis le 30 juillet
1715 par l'incorporation d'une partie des hommes
du régiment réformé de Valouze ( 1 ) .
En 1719 , le régiment fut appelé sur les Pyrénées .
Il prit part dans cette courte guerre aux siéges de
Fontarabie , Castelleone , Saint-Sébastien , Urgell et
Roses .
(1) Le régiment était alors commandé par M. de Collandre , bri-
gadier 29 mars 1710 , et maréchal de camp 1 " février 1719. Josias
de La Maselière , lieutenant en 1682, major 16 juin 1706 , et lieu-
tenant-colonel 28 février 1711 , devint brigadier le 1er février 1719.
Le comte de Marcieu , successeur de M. de Collandre , fut fait bri-
gadier le 3 avril 1721 , maréchal de camp le 1er août 1734, et lieu-
tenant-général le 20 février 1743.
144 HISTOIRE
Rétabli à trois bataillons . en 1734 et dirigé sur
l'armée du Rhin , il prend part à l'attaque des lignes
d'Ettlingen et au siége de Philisbourg , L'année sui-
vante, il combat à Klausen , où son colonel , M. de
Marcieu , est blessé , et il achève la campagne au
camp de Rower avec La Marine.
Royal -Vaisseaux était à Metz en 1741 , quand il re-
çut l'ordre de se rendre sur le Rhin . Il franchit le
fleuve, le 21 août, au Fort- Louis , et se rendit en
Bavière. L'armée, assemblée à Donauwerth , fit une
pointe jusqu'aux portes de Vienne . Après cette ex-
pédition , le régiment fut placé dans Enns , où il eut
souvent à lutter contre les attaques des troupes lé-
gères autrichiennes . Le 9 décembre , un parti de
hussards s'empara d'un faubourg situé de l'autre
côté de la rivière et auquel devait aboutir le pont
que les Français rétablissaient. De ce poste, les hus-
sards empêchaient la continuation du travail . Deux
compagnies de grenadiers de Royal-Vaisseaux reçu-
rent l'ordre de les chasser de ce faubourg . Conduites
par le capitaine du Breuil, elles s'embarquèrent sur
plusieurs bateaux , pendant que le capitaine Campre-
don, avec 100 fusiliers , se plaçait à l'entrée du pont
du côté de la ville et ouvrait un feu vif sur les mai-
sons où l'ennemi se tenait embusqué . A la faveur de
cette diversion , les grenadiers, quoique leurs bateaux
se fussent engravés , touchèrent bord sur l'autre
rive et mirent en déroute les hussards . Peu de jours
après , le capitaine de Clermont-Rochechouart se fit
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 145
tuer sur ce même pont d'Enns , en repoussant une
nouvelle attaque faite par un corps de pandours qui
avait amené avec lui quatre pièces de canon .
Après l'affaire de Galenkirchen , Royal-Vaisseaux ,
forcé d'évacuer Enns , se replia sur Lintz , où , en
janvier 1742 , il dut subir la capitulation imposée au
comte de Ségur. Pendant la belle défense que fit la
garnison de Lintz , le régiment , qui s'était distingué
à la sortie du 16 et à l'attaque du 23 janvier, perdit
son lieutenant-colonel , M. de Pérille , et le capitaine
d'Apchier. Rentré en France sous la condition de
ne point servir pendant un an , il occupa Saarlouis
et Strasbourg jusqu'en juin 1743. Il fit alors partie
du corps de douze bataillons qui se rendit au camp
de Donaüwerth au-devant de l'armée de Bavière . Il
campa d'abord entre Kelheim et Ratisbonne , et
quand le maréchal de Broglie décida son mouvement
de retraite , il marcha à l'avant- garde et vint ache-
ver la campagne à Spire. Il travailla pendant quelque
temps à la réparation des lignes de la Lauter, et eut
ses quartiers d'hiver à Metz . En 1744 , il se rendit à
l'armée de Flandre , passa la campagne au camp de
Courtrai , et fut placé pendant l'hiver dans Ypres ,
qu'il quitta en avril 1745 pour faire le siége de
Tournai .
La bataille de Fontenoy , épisode de ce siége , fut
un jour de gloire pour Royal-Vaisseaux . Il était placé
à l'aile gauche , avec Normandie et la brigade irlan-
daise , près du village de Ramecroix . Quand les
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE française, t. V. 40
146 HISTOIRE
Gardes Françaises engagèrent l'action , il vint se
placer derrière leurs bataillons , et , après leur re-
traite , il s'élança seul trois fois contre la colonne an-
glaise . Trois fois il fut repoussé , mais autant de fois
il se rallia sans désordre autour de son brave colonel-
lieutenant , le comte de Guerchy (1 ) , qui avait eu son
cheval tué sous lui . Dans ce moment critique , où la
bataille semblait perdue , le maréchal de Saxe aper-
cevant un corps dont les rangs s'éclaircissaient à
chaque seconde sans qu'il parût vouloir céder un
pouce de terrain , demanda son nom . « On lui dit
que c'était le régiment des Vaisseaux que comman-
dait M. de Guerchy. Voilà qui est admirable , s'écria-
t-il ! comment se peut-il faire que de telles troupes
ne soient pas victorieuses ? » Sur la fin de la journée ,
le maréchal se souvint de Royal-Vaisseaux : il le lança
encore une fois avec Normandie et les Irlandais sur le
flanc droit de l'ennemi . On sait que ce fut cette charge
qui détermina enfin la déroute de la colonne du duc
de Cumberland . Le régiment laissa dans les champs
de Fontenoy les capitaines de Lévis , Danton , Pérille,
Dezières , d'Antremont , du Rozel , d'Alègre et dix
lieutenants . Le lieutenant- colonel du Breuil fut très-
dangereusement blessé ; le capitaine La Fargue (2 )
(1 ) M. de Guerchy obtint le régiment du Roi en récompense de
sa conduite .
(2) Jean de La Fargue, lieutenant en 1709, lieutenant-colonel
26 mai 1745, brigadier 27 juillet 1747 , maréchal de camp 20 fé-
vrier 1761 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 147
qui lui succéda , et trente-deux autres officiers furent
aussi atteints par le feu de l'ennemi : un tiers des
soldats était couché sur le champ de bataille .
Royal-Vaisseaux , revenu devant Tournai , se dis-
tingua au siége de la citadelle de cette ville . Il four-
nit encore cette année des détachements pour les
siéges d'Audenaërde et de Termonde , et eut ses
quartiers d'hiver à Gand .
En 1746 , il prit part aux opérations du siége de
Bruxelles, où fut tué son nouveau colonel-lieutenant ,
le chevalier d'Aubeterre (1 ) . Après un court séjour
à Bruxelles , le régiment se rendit à Louvain pour
l'ouverture de la campagne. Il se trouva au combat
de Quircon , couvrit les siéges d'Anvers , de Mons ,
de Charleroi et de Namur , et combattit avec la plus
grande valeur à Rocoux. Il y attaqua les vergers du
village de ce nom , en compagnie de Rouergue et de
Beauvoisis.
En 1747 , le régiment , qui était allé passer l'hiver
à Falaise pour défendre cette partie des côtes de la
Normandie contre les entreprises des Anglais , rejoint
l'armée sous Malines le 28 mai , et le 2 juillet il prend
une part très- brillante au succès de la journée de
Lawfeld . Le gain de la bataille dépendait de la prise
de ce village contre lequel deux attaques avaient déjà
(1) Le chevalier d'Aubeterre était précédemment colonel d'un
régiment de son nom, qui s'était aussi couvert de gloire à Fontenoy.
Il fut remplacé par son frère .
148 HISTOIRE
échoué . Le roi y fit marcher les brigades de Royal-
Vaisseaux et des Irlandais qui , ralliant les troupes
repoussées , parvinrent à faire perdre du terrain au
duc de Cumberland . Dans cette charge terrible contre
l'élite des soldats de l'Angleterre , le régiment perdit
encore son colonel-lieutenant , M. d'Aubeterre-La-
Serre , et avec lui le major de Boissonade , les capi-
taines Saint-Dizier, Villargèle , Montgeffont , Battine,
de Forbin- Gardanne , de Marle , La Tuilerie , Saint-
Aignan , Geoffroy , de Latier, Dezières , Bonneval et
douze lieutenants . Le lieutenant- colonel La Fargue
fut blessé .
Des pertes si énormes n'empêchèrent point Royal-
Vaisseaux de faire le siége de Berg-op-Zoom. Il
quitta l'armée du roi le 8 juillet , et joignit le corps
du comte de Lowendhal à Malines . C'étaît lui et
Beauvoisis qui avaient la tête de l'assaut le jour où
Berg-op-Zoom fut emporté . En un clin d'œil , ces
deux braves régiments eurent franchi la brèche et
refoulé les assiégés dans les rues. Arrivés sur la place
d'armes , ils attaquent des maisons d'où partait un
feu très-vif, et tombant à la baïonnette sur les régi-
ments hollandais de Rechteren et de Collier , ils les
anéantissent. Sortant ensuite par la porte du port ,
Royal-Vaisseaux se présente devant le fort de Zend
qui se rend à discrétion . Les capitaines d'Arman-
court et La Gache sont tués dans cette brillante
journée .
Royal-Vaisseaux quitta Berg -op-Zoom le 25 sep-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 149
tembre pour se rendre au camp de Kapellen . Il ter-
mina cette guerre , en 1748 , par le siége de Maës-
tricht. Il prit part à la grande attaque et perdit quatre
officiers . Il avait été porté à quatre bataillons le 1 **
juillet 1747. Le 4º fut réformé le 1er septembre 1748
et le 3º le 15 janvier 1749 , à Saint-Omer, qui avait
été assigné pour garnison au régiment.
Pendant les années suivantes , Royal-Vaisseaux
occupa Aire , Lille et Cambrai . En 1753 , il fit partie
du camp assemblé à Mézières ; il fut ensuite à Condé
et au Quesnoy. Il était en 1756 au camp de Granville.
Cinquante hommes détachés sous les ordres du che-
valier d'Eyragues , dans les îles Chaussey , y furent
attaqués , le 19 juillet , par une escadre ang'aise .
D'Eyragues n'avait pour toute défense qu'une espéce
de fortin à peine ébauché et une seule pièce de
canon en fer. Il se servit cependant si à propos de
l'un et de l'autre , qu'il persuada aux Anglais qu'il
était en état de tenir dans ce poste . Ils lui accordèrent
les honneurs de la guerre et ramenèrent le détache-
ment sur le continent. Le régiment passa cet hiver à
Coutances et Bayeux , et se rendit en 1757 sur les
côtes de la Saintonge. Il était en Bretagne en 1758 ,
et il se trouva , le 11 septembre , au combat de Saint-
Cast, où le capitaine La Canorgue fut tué ( 1 ) .
(1) Le comte de Civrac , alors colonel-lieutenant, a été nommé bri-
gadier le 1er mai 1758 , et maréchal de camp le 20 février 1761. Le
marquis de Montesquiou est devenu brigadier le 20 avril 1768. Le
150 HISTOIRE
Royal - Vaisseaux occupa ensuite successivement
les villes de Dinan , Niort, La Rochelle et Bayonne,
et fit partie en 1762 du corps auxiliaire envoyé au
roi d'Espagne pour agir en Portugal. Rentré en
France au commencement de l'année suivante , il
occupa d'abord les places de Montlouis et de Ville-
franche , d'où il passa à Toulouse en mai 1763 , à
Douai en avril 1764 , à Maubeuge en septembre
1764 et à Lille en août 1766. En juin 1767 , il fut
appelé au camp de Compiègne, et à la séparation
des troupes il se rendit à Mézières . Au mois de mai
1770 , la crainte de nouvelles hostilités avec l'Angle-
terre le fit diriger sur Valognes . Le 2 bataillon alla
s'embarquer au Havre le 6 janvier 1771 pour passer
aux Antilles . Le 1er bataillon se rendit à la même
époque à Saint-Servan , d'où il alla par mer à Brest
à la fin de juillet. Cette traversée fut signalée
par un malheureux accident qui donna au sergent
Mezières l'occasion de montrer un courage et un
dévouement admirables . Une des barques qui trans-
portaient le bataillon fit naufrage , et la mer englou-
tit une compagnie tout entière . Mezières , par son
sang-froid et sa vigueur, parvint à sauver 30 hom-
comte d'Ossun a été fait brigadier le 1er janvier 1784 , et maréchal
de camp le 9 mars 1788. Pierre de Saint-Angel, chevalier de La
Garde, capitaine en 1745 , lieutenant- colonel 16 avril 1767 , est de-
venu brigadier le 1er mars 1780 , et maréchal de camp le 1er jan-
vier 1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 151
mes, et mérita que le roi lui accordât une pension .
Le 2e bataillon , après un court séjour à la Marti-
nique, était de retour au Havre le 11 , décembre . Il se
rendit à Alençon au mois de janvier 1772 , et tout le
régiment était réuni à Maubeuge le 12 mai . Il fut de
là à La Rochelle en octobre 1773 , à Bazas en juin
1775 , à Dax et Saint-Sever en janvier 1776 , et à
Bayonne en septembre 1776. En juin 1777 , le
1 bataillon fut placé au Château - Trompette de
Bordeaux, et le 2e à Blaye. C'était au début de la
guerre d'Amérique. Depuis, les bataillons de Royal
Vaisseaux ont parcouru les cantonnements de Ma-
rennes et Libourne , Alençon , Fougères , Antrain ,
Tours et Saintes . En novembre 1780 , le 1er bataillon
était placé à Maubeuge , et le 2º au Quesnoy . En sep-
tembre 1781 , ils échangèrent ces garnisons contre
celles de Lille et de Douai . Enfin le régiment fut
réuni à Calais en octobre 1783 , et il alla depuis à
Saint-Omer en octobre 1784 , à Aire en septembre
1786 , à Saint-Venant, Béthune et Arras en octobre
1787 , à Saint-Omer en mars 1788 et à Lille en dé-
cembre 1789.
Ce fut dans cette ville qu'il subit le contre-coup de
la révolution . La garnison de Lille se composait alors
des régiments d'infanterie du Colonel- Général , Royal
des Vaisseaux et de La Couronne , et des chasseurs à
cheval de Normandie. Ces troupes placées sur l'ex-
trême frontière, dans une ville très-importante , fu-4
rent travaillées à cette époque par les intrigants du
152 HISTOIRE
dedans et du dehors . Les soldats de l'infanterie et
ceux de la cavalerie n'appréciaient point, à ce qu'il
paraît , de la même manière , les événements con-
temporains ; il en résulta des querelles très-graves .
Le désordre commença le 9 avril 1790 par un duel
entre un grenadier de Royal-Vaisseaux et un chas-
seur de Normandie ; le grenadier fut tué. Ce duel
est suivi le même jour d'une autre rencontre entre
un soldat de La Couronne et un chasseur de Nor-
mandie. Le fantassin reçoit quatre coups de sabre et
meurt le même jour . Mais un bourgeois , témoin
de cette dernière affaire , court à la ville et rapporte
aux grenadiers des deux régiments qu'il a vu les té-
moins assassiner le soldat de La Couronne , et voilà
la guerre allumée . On court aux armes , on s'assem-
ble par pelotons et l'on s'insulte dans les rues . Un
chasseur à cheval provoqué tire un coup de pistolet
sur une sentinelle de Royal -Vaisseaux et tue mal-
adroitement un citoyen . Le trouble est à son comble
dans Lille : les officiers des différents corps font tous
leurs efforts pour apaiser l'effervescence des soldats ;
mais malheureusement, et ceci est inexplicable , au
moment où le calme semblait renaître , un piquet
de chasseurs à cheval , commandé par un capitaine et
un lieutenant, charge au galop et sabre en main les
soldats d'infanterie . Tout espoir de pacification est
alors perdu les régiments Royal-Vaisseaux et de La
Couronne s'emparent de la place et des principaux
débouchés, et , favorisés par les bourgeois , repous-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 153
sent victorieusement deux attaques des chasseurs de
Normandie , qui sont enfin obligés de se réfugier
dans la citadelle . Ils y sont reçus par les soldats de
Colonel-Général , restés jusqu'alors étrangers au tu-
multe , et ces deux régiments s'apprêtent à soutenir
un siége, retenant par force au milieu d'eux le géné-
ral marquis de Livarot, qui était venu à la citadelle
pour leur représenter le péril de leur position . La
cour, promptement informée de ces faits, donna tort
aux régiments Royal- Vaisseaux et de La Couronne,
et le ministre leur expédia l'ordre de sortir de Lille .
Mais les Lillois s'opposèrent à l'exécution de cet or-
dre et déclarèrent qu'ils entendaient , ou que per-
sonne ne partit, ou que les quatre régiments quittas-
sent en même temps leur cité . Ce dernier parti fut
enfin adopté , et Royal- Vaisseaux se mit en route
pour Mézières , d'où il se rendit au mois de juin à
Strasbourg. En janvier 1791 , un ordre de Bouillé
l'appela à Verdun , et il était placé à Sédan lorsque
le roi s'échappa de Paris . Cette circonstance donne
lieu de penser que le régiment, malgré les événe-
ments de Lille, était demeuré ferme dans la disci-
pline et attaché à ses chefs .
Pendant l'année qui s'écoula encore avant le com-
mencement des hostilités , Royal - Vaisseaux tra-
vailla avec ardeur à mettre la place de Sédan en état
de défense . Au mois de mai 1792 , le 2 bataillon
fut envoyé à Givet, et le 1 " fit partie de l'armée des
Ardennes, commandée par La Fayette . Ce fut le co-
154 HISTOIRE
lonel de Sicard ( 1 ) qui vint annoncer au ministre de
la guerre que ce général avait quitté le camp de
Sédan dans la nuit du 19 au 20 août. C'était à ce
même officier que La Fayette avait confié la garde
des trois députés de l'Assemblée qu'il avait fait ar-
rêter .
er
A la fin de 1792 , le 1 bataillon servit à la con-
quête de la Belgique ; il se trouva à la bataille de
Jemmapes et fut mis en garnison à Namur . Après
les revers de l'armée française, il rétrograda sur
Charlemont et enfin sur Valenciennes. Il contribua
à la belle défense de cette dernière ville , et, après
sa capitulation, il se retira à Laon , d'où il fut en-
voyé dans la Vendée . Le 16 avril 1794 , ce batail-
lon est entré dans la formation de la 85 ° demi-bri-
gade, qui continua de servir dans l'Ouest.
Le 2º bataillon de Royal -Vaisseaux servit en 1793
à l'armée des Ardennes, et fut versé, au commence-
ment de 1794 , dans la 86e demi-brigade qui passa à
l'armée des Alpes la même année.
Nous avons donné plus haut la description des
drapeaux d'ordonnance du régiment Royal-des-
Vaisseaux . Son costume, sous Louis XIV et Louis XV,
(1 ) Les trois derniers colonels de Royal -Vaisseaux avaient été
lieutenants-colonels au corps. Kercaradec, lieutenant en 1758 , et
major le 3 juin 1779 , parvint à cette charge le 3 mai 1787. De Si-
card remplaça Kercaradec le 21 octobre 1791 , et eut pour succes-
seur Vergès le 16 mai 1792. Kercaradec et Vergès sont devenus gé-
néraux de brigade sous la république.
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 155
consistait en habit et culotte blancs ou gris blanc ,
veste rouge , collet et parements bleus, boutons et
galon de chapeau jaunes ; doubles poches en long
garnies chacune de trois boutons et six sur la man-
che . De 1776 à 1779 , il eut le collet rouge avec les
revers et parements bleus de roi et les boutons
jaunes .
156 HISTOIRE
RÉGIMENT D'ORLÉANS .
44 RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Sire, on ne vit pas vieux dans votre
régiment d'Orléans.
UN OFFICIER A LOUIS XIV.
COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.
1. Comte DEGLI ODDI ( César ) , 7 mai 1642.
2. Marquis BUFFALINI ( Nicolas-Jules ) , 5 juin 1645 .
3. Comte DE DANISY ( Louis Gausselin) , 20 décembre 1647 .
4. Comte DE DANISY ( N. Gausselin ) , mars 1655 .
5. Marquis DE BEAUFORT ( N. ) , 1665.
6. Marquis D'AUBIJOUX ( Simon-François du Caylar de Toiras ) ,
16 avril 1674.
7. Comte DE CLERMONT-TONNERRE ( Jean-Baptiste ) , 9 no-
vembre 1678.
8. Comte DE BAILLEUL ( Claude-Alexis ) , 20 juillet 1684.
9. Marquis DE BRANCAS ( Louis -Antoine ) , 25 juillet 1699.
10. Marquis DE LA VILLEMENEUST ( Joseph de Lesquen ) 1r jan-
vier 1706 .
11. Marquis DE JUIGNÉ ( N. Le Clerc ) , 20 novembre 1722 .
12. Comte DE CLERMONT - GALLERANDE ( Louis - Georges ) ,
4 3 octobre 1734.
13. Comte DE BOURDEILLES ( Henri ) , 6 mars 1743 .
14. Comte DE BALEROY ( Charles-Auguste de La Cour ) , 7 avril
1746.
15. Comte DE SAUJON (Charles-Olive-Floris Campet) , 29 avril 1757.
16. Comte DE BLOT ( Gilbert de Chauvigny ) , 14 mars 1758 .
17. Comte DE MONTAUSIER ( Anne-André-Marie de Crussol ) ,
30 novembre 1761 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 157
18. Comte DE BARBANÇON (Augustin-Jean-Louis-Antoine du Prat),
23 juin 1775.
19. Comte DE VAUBAN (Jacques-Anne-Joseph Le Prestre ) , 1ºrjan-
vier 1784 .
20. DE CHATEIGNIER (Charles de La Châteigneraie de Sainte-Foix),
25 juillet 1791 .
21. DE LAGRANGE ( Jean-Charles Gerboult ) , 10 juin 1792.
22. DE FÉLIX ( Jean-Joseph Doyen ) , 8 mars 1793.
Le régiment d'Orléans était d'origine italienne . Il
avait appartenu au cardinal Mazarin , qui l'avait fait
lever dans les premiers mois de 1642 et pour l'expé-
dition de Roussillon , par le comte Degli Oddi , qui
en fut le premier colonel-lieutenant ( 1 ) . « Le 7 mai,
dit la Gazette de France en rapportant les nouvelles
du camp devant Perpignan , le roi a vu le régiment
italien du cardinal Mazarin , qu'il a trouvé très-
beau . >> Nous avons adopté cette date pour la prise
de rang du régiment dans l'infanterie de France.
Ce corps débuta d'une manière brillante au siége
de Perpignan , où il eut l'honneur d'être logé au
quartier du roi , et après la prise de la place, il y fut
laissé en garnison pendant quelques mois . A la fin
(1 ) Le comte Degli Oddi est passé , en 1645, au commandement
d'un second régimentitalien, appartenant aussi au cardinal Mazarin .
Ce dernier corps , avec lequel on a confondu celui qui nous occupe ,
avait été levé le 12 juillet 1644, et porta indifféremment les titres
de Mazarin-Italien 2me et de Royal-Italien. Degli-Oddi a encore
commandé un 3me régiment italien de son nom , qu'il avait levé
pour son compte le 21 mai 1652.
158 HISTOIRE
de la campagne, on l'envoya prendre ses quartiers
d'hiver dans la Bourgogne. En février 1643, il four-
nit 600 hommes pour le ravitaillement de Poligny.
Ce détachement se distingua dans un combat acharné
livré à cette occasion .
Au mois de juillet, le régiment joignit , sous
Thionville , l'armée du duc d'Enghien et prit une
part fort active aux opérations du siége de cette
place. Le soir du 15 , conduit par le lieutenant-co-
lonel Campi (1 ) , il emporte un retranchement palis-
sadé que les assiégés avaient construit sur le glacis,
et après en avoir chassé les défenseurs , il s'y établit
solidement . Le lendemain , il y est inutilement atta-
qué par une grande sortie .
Il commença la campagne de 1644 par la prise de
plusieurs petites places du Luxembourg . Quand Fri-
bourg fut menacé , il suivit le duc d'Enghien qui
courait au secours de cette ville , mais l'armée arriva
trop tard ; Fribourg avait capitulé et l'ennemi s'é-
tait couvert de retranchements formidables . Il fallut
trois jours de lutte acharnée pour le déposter. Dans
ces journées des 3 , 5 et 9 août , auxquelles on a
donné le nom de bataille de Fribourg, le régiment se
montra le digne émule des corps français , et il lui
revient une belle part de la gloire de cette affaire .
Après la prise de Philisbourg , Worms , Spire et
(1 ) Carlo-Teofilo Campi , lieutenant-colonel 21 décembre 1642,
maréchal de camp 29 avril 1649.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 159
Mayence , que les armées réunies d'Enghien et de
Turenne soumirent en courant , le régiment vint
prendre ses quartiers d'hiver en Lorraine, et au mois
de mars 1645 , il alla remplacer au siége de La Mo-
the le régiment écossais de Douglas , appelé à l'armée
de Flandre . Le 30 mars , un secours de troupes lor-
raines voulut entrer dans la place . Après un combat
terrible, dans lequel le lieutenant- colonel Campi eut
son cheval tué sous lui , le régiment parvint à les re-
jeter en désordre dans la campagne . Ce fut pendant
ce siége que le comte Degli Oddi, qui n'avait jamais
servi à la tête du corps, fut remplacé par le marquis
Buffalini ( 1 ) , parent du cardinal Mazarin et capitaine
aux Gardes Françaises , qui commandait les quatre
compagnies de ce corps d'élite qui prirent part à la
réduction de La Mothe. Disons aussi , avant d'aller
plus loin, que ce fut le 11 juillet 1645 que le régi-
ment prit officiellement rang dans l'infanterie, Ma-
zarin s'en étant déclaré colonel et l'ayant mis sous
le titre de Mazarin-Italien .
A la nouvelle du revers éprouvé le 5 mai à Ma-
riendhal par Turenne , le duc d'Enghien rassemble
ses régiments et s'enfonce dans l'Allemagne . Mazarin-
Italien passe le Rhin le 30 juin à Spire, et le 3 août
il contribue à la victoire de Nordlingen qui vient ren-
dre leur prestige aux armes françaises . Le régiment
fut de l'attaque acharnée du village d'Alteren , où
(1) Il eut le brevet de maréchal de camp le 12 septembre 1646 .
160 HISTOIRE
l'infanterie se vit plusieurs fois repoussée . Buffalini
y fit des prodiges de valeur. Saisissant un drapeau,
il se jeta au plus fort de la mêlée : soixante braves se
précipitèrent sur ses pas et y trouvèrent tous la mort.
Buffalini , grièvement blessé , fut emmené prisonnier
pendant que la victoire se décidait à da gauche . Ce
brave officier fut aussitôt échangé.
« Le 19 mai 1646 , Mazarin-Italien , composé de
neuf compagnies comptant 1,400 ou 1,500 bons
hommes , et commandé par le marquis Buffalini , fut
passé en revue par le Roy à Compiègne . » Il se rendit
de là au siége de Longwy. Il y ouvrit la tranchée le
1 juillet avec les Gardes Suisses : le 8 , il força un
retranchement sur le chemin couvert avec un rare
courage , chassa l'ennemi et le poursuivit , l'épée dans
les reins , jusque sur le pont-levis du donjon en tra-
versant toute la ville , et sans autre perte que celle
d'un lieutenant. Le régiment s'y était porté avec tant
d'ardeur que quelques soldats entrèrent pêle-mêle
avec les Lorrains jusqu'au milieu des barrières de la
porte , d'où ils eurent peine à se retirer . Le lende-
main , le major Vasari fit un bon logement sur le bord
du fossé du donjon . Le 10 , le lieutenant- colonel
Campi se saisit d'une demi-lune et la place capitula
le 12. Trois jours après , le régiment mettait en dé-
route 200 Lorrains de la garnison d'Arlon .
Après ces exploits , Mazarin -Italien passe en Flan-
dre et arrive devant Mardyk , qui capitule le 24 août .
Le lieutenant Baldovino est blessé à ce siége . La
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 161
prise de Dunkerque , qui se rend le 7 octobre , ter-
mine cette belle campagne. En 1647 , le régiment
continua de servir en Flandre . Il entra le 20 juillet
dans le Câtelet et y demeura en garnison . Il fut cette
année donné au comte de Danisy, qui s'était signalé
dans la charge de lieutenant- colonel du régiment
français du cardinal (1 ) .
En mars 1648 , Mazarin -Italien « fut augmenté et
mis sur le meilleur pied par l'arrivée d'une nom-
breuse recrue commandée par des officiers de la pre-
mière noblesse d'Italie . » Il se distingua au siége
d'Ypres , combattit le 19 août en deuxième ligne à
la bataille de Lens , et prit ses quartiers d'hiver dans
l'Artois. Au mois de novembre , 100 mousquetaires,
commandés par le capitaine La Vougada , défirent
complétement, près d'Auchy-les -Moines, un parti de
la garnison espagnole d'Aire .
A la fin de 1648 , les premiers troubles de la
Fronde appelèrent le régiment aux environs de
Paris . Il se trouva , le 24 février 1649 , sous le comte
de Grancey , à la prise de Brie- Comte-Robert . Re-
tourné au printemps à l'armée de Flandre , il prit
part au siége de Condé , qui se rendit le 25 août . Il
servait , en 1650 , sous le maréchal du Plessis-
Praslin. Au mois d'août , il fut jeté dans Mouzon et
contribua à l'héroïque défense de cette place . Au dé-
(1 ) Le comte de Danisy parvint au grade de maréchal de camp
le 11 juin 1651 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 11
162 HISTOIRE
but du siége, l'enseigne Coraglia se fit remarquer par
des sorties audacieuses . Le régiment était chargé ,
avec Montausier, de la garde des dehors. Le 14 oc-
tobre, il est attaqué dans ses retranchements par des
troupes nombreuses . Obligé de céder après la plus
énergique résistance , il se retire dans une demi-
lune et recommence la lutte. Le nombre l'emporte
enfin , et il rentre dans la ville . Le capitaine Bara se
signale dans cette retraite par la valeur la plus bril-
lante, et est fait prisonnier en rentrant le dernier
dans la place. Après la capitulation de Mouzon , si-
gnée le 5 novembre, le régiment se retira à Don-
chéry, d'où il rallia l'armée du maréchal du Plessis .
Détaché de nouveau pendant le siége de Rhétel , il
entrait vainqueur le 15 décembre dans Château-
Porcien , le jour même où le maréchal battait Tu-
renne . Le capitaine Sant'-Andrea fut laissé dans
Château-Porcien avec sa compagnie .
En janvier 1651 , Mazarin augmenta son régiment
de trois compagnies corses . Peu après , le cardinal
fut obligé de quitter le royaume et de se retirer à Co-
logne. Ce corps fut alors donné à Philippe de France ,
duc d'Anjou , frère de Louis XIV, et il prit , par bre-
vet du 24 avril , le titre d'Anjou -Étranger. A partir
de ce moment , le régiment commence à se recruter
en France , et dix ans après à peine restait-il quel-
ques traces de son origine italienne .
Pendant cette année 1651 , le régiment fit la
guerre en Lorraine . Il se distingua au siége de
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 163
Chasté. Le comte de Danisy y reçut un coup de
mousquet au travers du corps en repoussant une sor◄
tie. En 1652 , Anjou- Étranger fut envoyé dans le
Perry sous les ordres de M. de Palluau , chargé de
mettre à la raison les places qui tenaient pour le
prince de Condé. Il passa la plus grande partie de
l'année devant la ville de Montrond . Il y entra enfin
le 1er septembre et y demeura le temps nécessaire
pour en raser les fortifications. Au mois de novem-
bre , il fut dirigé sur le Roussillon et mis en garnison
à Collioure . Passé en Catalogne en juillet 1653 , il
servit au siége de Girone et fut écrasé au combat de
Bordilly le 22 septembre.
Rétabli à 20 compagnies en 1654 , il fait le siége
de Villefranche , se distingue le 3 juillet, à côté de
Normandie, à l'assaut de la demi-lune , et contribue
ensuite à la prise de Puycerda, qui se rend le 10 oc-
tobre . On le trouve , en 1655 , à la prise de Cap de
Quiers , et le 17 juillet 1656 , avec Champagne et
Normandie , il emporte d'assaut le château de Bora-
çan . En mai 1657 , il contraint les Espagnols à lever
le siége d'Urgell, et il continue de servir en Catalogne
jusqu'à la paix des Pyrénées .
A la mort de Gaston , frère de Louis XIII , en 1660 ,
Philippe de France prit le nom de duc d'Orléans , et
le 12 avril dé cette année , le régiment d'Anjou-
Étranger , et un autre régiment français du même
prince, levé en 1647 , furent fondus en un seul corps ,
qui reçut le titre d'Orléans qu'il a toujours porté depuis .
164 HISTOIRE
Pendant les années de calme qui suivirent, le ré-
giment demeura cantonné à Villers- Cotterets et aux
environs , sur les terres de l'apanage de son chef. Il
avait été réduit, en 1663 , à six compagnies. En mars
1666, il fit partie du camp de Compiègne et, en 1667 ,
il prit une part très- active à la campagne de Flandre .
Le 18 août , il ouvrit la tranchée devant Lille avec
Picardie à l'attaque de gauche : le 25 , ces deux régi-
ments emportèrent ensemble le chemin couvert, et
malgré les difficultés que faisait naître un temps épou-
vantable, ils parvinrent à s'y loger . En février 1668 ,
Orléans entra dans la Franche-Comté , et pendant que
le gros de l'armée assiégeait Besançon , il investit
Salins qui se rendit à la première sommation .
Porté à 30 compagnies en 1671 , le régiment fit
la campagne de Hollande , en 1672 , avec le duc
d'Orléans : il se signala particulièrement à la prise de
Zutphen , place devant laquelle il ouvrit la tranchée
le 22 juin avec Normandie et Turenne . En février
1673 , il accompagna le vicomte de Turenne dans le
comté de La Mark et il contribua à la réduction
d'Unna, de Kamen et d'Altena . De retour dans les
Pays-Bas, il servit au siége de Maëstricht.
Orléans débuta, en 1674 , par la conquête de la
Franche-Comté , et se trouva aux siéges de Besançon
et de Dôle . Lorsque tout fut terminé de ce côté-là ,
il joignit l'armée de Flandre et combattit sous le
prince de Condé à la journée de Séneff, le 11 août .
Avant la fin du même mois, il ralliait l'armée que
de l'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 165
Turenne commandait sur le Rhin . Il se couvrit de
gloire , le 4 octobre, à Ensheim. Dans l'ordre de ba-
taille , il était en réserve avec les régiments de Bour-
gogne , de Languedoc , de Churchill et de Mont-
mouth . Dans l'instant critique de la journée , Tu-
renne lança ces régiments sur les bois de la droite
dans lesquels les Impériaux s'étaient retranchés .
Après un combat corps à corps et un carnage ef-
froyable, ils emportent les retranchements, enlèvent
six pièces de canon et chassent l'ennemi du bois en
gagnant du terrain . Attaqués à leur tour dans ce
poste par sept bataillons d'infanterie de Lunébourg,
ils soutiennent un nouveau combat , un des plus
sanglants dont on ait conservé la mémoire . Ces bra-
ves troupes , excitées par l'émulation la plus géné-
reuse, font un magnifique et suprême effort et rejet-
tent leurs adversaires en désordre au delà d'Ens-
heim .
Orléans prit encore part cette année à l'affaire de
Mulhausen , et ouvrit la campagne de 1675 par la
bataille de Turckheim , livrée le 5 janvier . Le co-
lonel-lieutenant d'Aubijoux y fut blessé . Après un
court repos à Colmar , le régiment reprit les armes
au mois de mars et arriva le 10 , avec le marquis de
Vaubrun , aux portes de Neubourg , qui fut emporté
d'emblée . Le 24 juillet, Orléans se trouva au combat
d'Offembourg et un mois après à celui d'Altenheim .
Sur la fin de cette campagne , il contribua à faire
lever, par les Impériaux , les siéges d'Haguenau et
166 HISTOIRE
de Saverne . Passé en 1676 à l'armée de Flandre, il
servit au siége de Condé . Il fut ensuite détaché de la
grande armée pour le siége de Bouchain , et il se ren-
dit plus tard sur la Meuse , où il contribua à la prise
du château de Bouillon et de Marche en Famène . Il
acheva cette campagne par le secours de Deux-Ponts,
et prit ses quartiers d'hiver à Metz.
Rappelé en Flandre en 1677 , il débute au siége
de Valenciennes ; puis , quittant l'armée du roi au
moment où celle-ci investissait Cambrai , il alla ren-
forcer l'armée du duc d'Orléans qui faisait le siége
de Saint-Omer . Il se trouva ainsi , le 11 avril , à la
bataille de Cassel , suivie de la capitulation de Saint-
Omer. Au mois de juin , il joignit le maréchal de
Créqui au camp de Nomény , entre Nancy et Pont-
à-Mousson , et se distingua , le 4 du même mois , à
l'affaire de Morville , et le 29 au grand combat livré
sur le plateau de Sainte- Barbe , près de Metz , au
duc de Lorraine , qui fut entièrement défait. Le
colonel-lieutenant d'Aubijoux se fit particulièrement
remarquer dans cette journée . Le maréchal de Créqui
ayant alors conduit ses troupes en Alsace , Orléans
se trouva , le 7 octobre , à la défaite du prince de
Saxe-Eisenach à Kokersberg ; il y combattit avec sa
valeur accoutumée , et passa le lendemain le Rhin à
Brisach , pour aller , avec une partie de la cavalerie,
faire l'investissement de Fribourg. Il ouvrit la tran-
chée devant cette ville , le 10 novembre , avec Picar-
die , et , après la capitulation , ses deux bataillons y
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 167
furent laissés en garnison . En 1678 , toujours de
brigade avec Picardie , Orléans se trouva à l'attaque
des retranchements de Seckingen , au combat d'Of-
fembourg et à la prise d'assaut de Kelh : c'était le 27
juillet que Kelh tombait au pouvoir des Français ; le
11 août , le régiment qui avait été appelé au blocus
de Strasbourg , contribuait encore à la prise des forts
de Zolhaus et de l'Ill , entre Strasbourg et le Rhin .
Quand Créqui marcha , le 1er septembre , contre le
duc de Lorraine , qui voulait franchir le fleuve à
Leimersheim , Orléans fut laissé à Werth pour pro-
téger les convois , et , le 30 du même mois , la paix
paraissant certaine , il fut réduit à dix compagnies .
Son brave colonel - lieutenant , M. d'Aubijoux , fut
tué en duel , à quelques jours de là , par M. de Bois-
David , colonel de Champagne , pour avoir médit
d'une belle dame (1 ) .
Le régiment d'Orléans demeura en Alsace . Il prit
part , en 1679 , à l'affaire de Minden , qui termina
définitivement les hostilités, et il se trouvait, en 1681 ,
en garnison à Brisach , quand Louis XIV se résolut à
prendre possession de Strasbourg. Il fournit pour cet
objet un détachement de 300 hommes , qui , réuni
à des détachements de Picardie et de Royal , descen-
dit le Rhin , et occupa cette grande ville le 3 octobre .
(1) M. d'Aubijoux étaitbrigadier du 24 février 1676. Son deuxième
successeur, le comte de Bailleul, parvint à ce grade le 30 mars
1693.
168 HISTOIRE
En 1684 , le régiment , appelé au siége de Luxem-
bourg , fut cantonné au village de Hent , et le 8 mài ,
jour de l'ouverture de la tranchée , il occupa les
hauteurs de Paffendhal. Il ne perdit à ce siége qu'un
lieutenant de grenadiers , mais le colonel-lieutenant,
comte de Tonnerre , y fut grièvement blessé à la tête ,
et dut quitter le service.
Orléans fit la campagne de 1688 dans le Palatinat .
Il fut mis en garnison à Mayence , et reçut , en 1689 ,
une augmentation qui le reporta à deux bataillons
comme avant la paix de Nimègue . Il prit part , cette
même année 1789 , à la belle défense du marquis
d'Huxelles . Le 10 août , les grenadiers , commandés
par le capitaine de Bellevert , font une sortie impé-
tueuse et chassent les assiégeants de leurs travaux .
Le capitaine du Fernay et les lieutenants Rincourt
et Neuville sont dangereusement blessés dans cette
affaire . Le 6 septembre , le régiment fit admirer sa
bravoure à la défense du chemin couvert. Ce siége
lui coûta un capitaine et cinq lieutenants tués ; le
colonel , le major et dix-huit autres officiers y furent
blessés .
Orléans faisait partie , en 1690 , de l'armée que
commandait le marquis de Boufflers sur la Meuse ;
il assista , le 1er juillet , à la bataille de Fleurus et y
perdit un capitaine . Le major Descotières et deux
autres capitaines furent blessés . En 1691 , il fut
employé au siége de Mons et ensuite à la défense des
lignes d'Espierres. Il contribua , en 1692 , à la con-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 169
quête de Namur, et prit une part distinguée au succès
de la journée de Steenkerque . Placé à gauche des
dragons , il demeura inébranlable dans le poste qui
lui avait été confié , et laissa sur le champ de bataille
9 officiers , 10 sergents et 164 soldats. Le nombre
des blessés s'élevait , en outre , à 224 hommes. Le
régiment termina cette campagne par le bombarde-
ment de Charleroi.
La campagne de 1693 commença par la prise
d'Huy, suivie du siége de Château-Picard . Le 20 juin ,
les grenadiers d'Orléans s'emparent d'une tour qui
.
voyait la brèche à revers , et le château capitule le
même jour. Le 29 juillet , à Neerwinden , le régiment
combat avec Piémont autour de ce village pris et re-
pris plusieurs fois . Il fait encore cette année le siége
de Charleroi , et il continue de servir à l'armée de
Flandre jusqu'à la paix de Riswick , sans prendre
part à aucune autre action que le bombardement de
Bruxelles en 1695 .
A l'ouverture de la guerre de la succession d'Es-
pagne , Orléans rentre dans les Pays-Bas espagnols ,
et au commencement de 1702 il se jette dans Kay-
serswaërth , au moment où l'ennemi entreprenait
l'investissement de cette ville . La défense de Kaysers-
waërth , pendant cinquante- neuf jours de tranchée
ouverte , est un des plus beaux titres de gloire du ré-
giment. Il s'y distingue par des sorties multipliées et
hardies , et toujours couronnées de succès. Le 21
avril , il tombe sur le quartier des Hollandais , leur
170 HISTOIRE
tue 200 hommes , et bouleverse la plus grande partie
de leurs travaux . Chargé dans sa retraite par la ca-
valerie ennemie , le colonel-lieutenant , marquis de
Brancas ( 1 ) , la reçoit fièrement , et rentre dans la
place sans autre perte que trois officiers et 50 soldats .
Le 21 mai , le régiment ne fit pas moins de mal aux
assiégeants , mais il souffrit davantage , et le lieute-
nant-colonel Lefebvre fut dangereusement blessé . La
garnison épuisée se décida enfin à rendre la place .
Orléans fut alors envoyé à Venloo pour se refaire , et
joignit bientôt sur le Rhin l'armée du duc de Bour-
gogne. Ce fut après la défense de Kayserswaërth
qu'un officier , qui s'y était fort distingué et qui
- avait été blessé, demanda la croix de Saint-Louis à
Louis XIV. << Mais , vous êtes hien jeune , lui dit le
roi . Sire , reprit l'officier , on ne vit pas vieux dans
votre régiment d'Orléans . » Il obtint ce qu'il deman-
dait.
Orléans commença la campagne de 1703 en Flan-
dre , et se trouva le 30 juin à la défaite de l'armée
hollandaise à Eckeren . Il fit ensuite partie du corps
que M. de Pracomtal conduisit sur la Moselle pour
observer les mouvements du prince de Hesse- Cassel
qui voulait empêcher le siége de Landau . Il se trouva
ainsi , le 15 novembre , à la bataille du Speyerbach ;
(1) Brigadier 4 juin 1702 , maréchal de camp 26 octobre 1704 ,
lieutenant-général 29 mars 1710, maréchal de France 11 février
1741 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 171
il contribua ensuite à la prise de Landau , et , au
mois de décembre , il se mit en route pour l'Espagne,
où le duc de Berwick conduisait vingt des meilleurs
bataillons de France. Arrivé en février 1704 sur la
frontière du Portugal , il prit part à la rapide con-
quête des villes de Salvaterra , Segura , Idanha-Nueva ,
Portalègre et Castel de Vide . En 1705 , un déta-
chement du régiment servit au siége de Gibraltar
qui fut levé. A la fin de cette année , Orléans suivit
le duc de Berwick sur les Alpes et fit le siége de Nice.
Rappelé , dès les premiers mois de 1706 , en Espagne ,
il fut employé au siége de Barcelone. Le 22 avril ,
après un combat opiniâtre , il rejeta dans le chemin.
couvert une sortie de la garnison et fit prisonnier un
bataillon du régiment anglais de La Reine qu'il par-
vint à couper dans sa retraite. Le colonel-lieutenant
La Villemeneust fut grièvement blessé à la tête dans
cette glorieuse affaire.
Après la levée du siége de Barcelone , Orléans
demeura quelque temps au camp d'Espinosa ; il con-
tribua plus tard à la prise de Carthagène . Le 25 avril
1707 , à la grande, bataille d'Almanza , les deux ba-
taillons du régiment formaient l'extrême gauche de
la 2º ligne et étaient placés derrière ceux du régiment
de La Couronne . Pendant la grande charge exécutée
sur le centre des Alliés , ces bataillons furent pris en
flanc par une brigade hollandaise et forcés de recu—
ler ; mais ce mouvement de retraite ne fut pas long.
Berwick accourut avec quatre escadrons , et , pen-
172 HISTOIRE
dant qu'il entamait d'un côté les Hollandais , Orléans
reprit l'offensive , pénétra dans les rangs de l'ennemi
et le tailla en pièces . Le régiment de Nassau , qui
passait pour le meilleur de l'armée alliée , fut anéanti .
Au mois d'octobre , le régiment servait avec le
duc d'Orléans (1 ) au siége de Lérida . Il partagea avec
Auvergne l'honneur de la seule action d'éclat de ce
siége. L'assaut du 11 octobre fut livré par les gre-
nadiers d'Auvergne et d'Orléans , ayant derrière eux
le reste du régiment d'Orléans . Le capitaine Dadon-
court fut blessé à cet assaut.
En 1708 , le corps contribue à la soumission de
plusieurs petites places et fait le siége de Tortose.
Le 12 juin , avant l'ouverture de la tranchée , il s'em-
pare avec Auvergne du poste retranché des Capucins.
Pendant ce siége , où il repousse deux sorties , le ré-
giment perd un capitaine et un lieutenant . La cam-
pagne de 1709 fut insignifiante du côté de l'Espagne ,
et , au mois de juillet , Orléans fut dirigé sur l'armée
du Dauphiné. Il passa sur le Rhin en 1710 , demeura
pendant toute cette campagne dans les lignes de
la Lauter, et prit ses quartiers d'hiver à Saverne .
En 1711 , il servit à la même armée et fut can-
tonné pendant la mauvaise saison dans la Franche-
Comté. Le 7 mai 1712 , il se mit en route pour Bri-
sach , d'où il détacha un bataillon à la garde de l'île
(1) Philippe, duc d'Orléans, plus tard régent du royaume , avait
succédé à son père, en 1701 , en qualité de colonel- propriétaire .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 173
de Neubourg. En 1713 , les hostilités prirent de l'ac-
tivité sur cette frontière. Orléans fit avec une grande
distinction le siége de Landau . Dans la nuit du 2 au
3 août , on s'empara d'un réduit que les assiégés
tenaient encore dans la gorge de la lunette : ceux-ci
firent une sortie pour le reprendre et furent repoussés
avec une grande perte. Au même moment , le feu
ayant été mis à un fourneau de mine , les régiments
d'Orléans et de Saintonge sont presque compléte-
ment enterrés ; mais le colonel-lieutenant La Ville-
meneust se dégage , réunit rapidement les sur-
vivants , engage un combat corps à corps avec l'en-
nemi et le rejette enfin dans les fossés de la place.
Cette journée coûta au régiment d'Orléans 40 hom-
mes tués ; 10 officiers et 118 soldats furent blessés.
Orléans participa encore cette année à la défaite
du général Vaubonne et à la prise de Fribourg . En
1714 , pendant que la plupart des autres corps goù-
taient enfin les douceurs de la paix , il retourna en
Catalogne et fit le siége de Barcelone . Il souffrit ex-
trêmement à l'assaut général du 11 septembre , où
la ville fut emportée après une action des plus meur-
trières . Tous les officiers , à la réserve de cinq , furent
tués ou blessés . Parmi les morts se trouvaient le
baron de Châtelaillon , colonel réformé à la suite ,
et le major de Montbrun . M. de La Villemeneust y
reçut une balle au travers du corps (1 ) .
(1 ) M. de La Villemeneust eut le brevet de brigadier le 1er février
1719.
174 HISTOIRE
En 1727 , Orléans , qui appartenait alors à Louis ,
fils du régent (1 ) , fit partie du camp assemblé sur
la Saône , et , en 1733 , il se rendit en Italie , où il
servit à la prise de Gera d'Adda , de Pizzighetone et
du château de Milan . Au commencement de 1734 ,
il fit les siéges de Novarre , de Tortone et de Serra-
valle. Lorsque les Autrichiens vinrent attaquer le
château de Colorno , ce fut un lieutenant du régi-
ment , avec 30 hommes , qui vola le premier au se-
cours de la garnison ; il se barricada dans une tour
et y fit une défense admirable . Le 29 juin , à la ba-
taille de Parme , Orléans vint en aide au régiment de
Picardie . Le 19 septembre, à la journée de Guastalla ,
il défendit intrépidement , avec Dauphin , le pont du
Pô, et vit tomber dans ses rangs son colonel-lieute-
nant , le marquis de Juigné (2) . Il termina cette cam-
pagne par la prise de La Mirandole , et passa l'hiver
dans les retranchements de Guastalla . Il contribua ,
en 1736 , à la conquête de Reggio , Revere , Reggiolo
et Gonzague , et il rentra en France au mois de sep-
tembre .
(1 ) Il avait remplacé son père mort en 1723 et portait alors le titre
honorifique de colonel-général de l'infanterie française et étran-
gère. Il posséda cette charge du 11 mai 1721 au 5 décembre 1730 .
(2) Le marquis de Juigné eut pour successeur le comte de Cler-
mont-Gallerande , brigadier 1er mars 1738 , et maréchal de camp
20 février 1743.
François de Châteauneuf de Molèges, sous-lieutenant au corps en
1703, major 18 janvier 1721 , parvint à la charge de lieutenant-
colonel le 20 juillet 1722 et fut fait brigadier le 20 février 1734,
et maréchal de camp le 1er mars 1738.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 175
Orléans se mit en route en mars 1742 pour join-
dre l'armée de Bavière . Arrivé en avril sur les bords
du Danube , il fut d'abord placé à Amberg. Il partit
de là avec M. de Villemur pour passer en Bohême ,
et se trouva le 28 mai au combat de Sahay. Il vint
camper sous Prague au mois de juin et prit une part
glorieuse à la longue et belle défense de cette ville .
Il se distingua les 18 et 22 août à côté de Navarre et
de Piémont. Quand les Autrichiens abandonnèrent
leurs tranchées le 13 septembre , la brigade d'Or-
léans, qui était demeurée une des plus valides , fut
désignée pour les suivre et surveiller les mouve-
ments de leurs troupes légères. Enfin , au mois d'oc-
tobre , le régiment fut détaché à Kaursim , sur la
frontière de Saxe , avec deux régiments de hussards
et quatre régiments de dragons , pour faciliter la
jonction de l'armée de Westphalie avec les troupes
de Bohême et de Bavière. Cette mission épargna à
Orléans les affreuses misères des derniers jours de
l'occupation de Prague et de la retraite qui suivit
l'évacuation de cette ville . Quand il rentra en
France, en février 1743 , il comptait encore sous ses
drapeaux plus de 600 hommes. Il fit alors partie de
l'armée du maréchal de Noailles et fut placé , le
24 juin, avec Auvergne , à la garde de Seiligenstadt
sur le Mein, dont il fortifia les abords . Le 27 , le régi-
ment fit de son mieux à Dettingen : il y perdit deux
capitaines ; le colonel-lieutenant de Bourdeilles , le
176 HISTOIRE
lieutenant-colonel de Lépine ( 1 ) et dix autres offi-
ciers furent blessés . Après cette malheureuse jour-
née, le régiment fut jeté dans Saarlouis .
Appelé à l'armée de Flandre en 1744 , il assista aux
siéges de Menin , d'Ypres et de Furnes, et passa le
reste de l'année au camp de Courtrai . En 1745 , il
est employé au siége de Tournai et garde les tran-
chées pendant la bataille de Fontenoy. Il participe
encore cette année à la conquête d'Audenaërde ,
de Termonde et d'Ath, et va prendre ses quartiers
d'hiver à Dunkerque . Il quitte un instant cette ville
en janvier 1746 pour occuper Gand pendant le siége
de Bruxelles. A l'ouverture de la campagne , il est
appelé au siége de Namur , et, le 10 octobre, il com-
bat vaillamment à Rocoux . Sa brigade attaqua les
retranchements de l'angle de ce village avec la plus
grande audace . Elle eut un succès complet : des dra-
peaux, des canons et un grand nombre de w prison-
niers furent les témoignages de son triomphe . Quand
le maréchal de Saxe se mit avec la cavalerie à la
poursuite de l'infanterie hollandaise , il rencontra sur
son chemin un grenadier d'Orléans qui avait eu la
jambe emportée par un boulet . Le maréchal craignit
que ce brave ne fût foulé aux pieds des chevaux et
(1 ) Antoine de Lépine- Montbrun , sous-lieutenant en 1711 , ma-
jor 11 janvier 1742, lieutenant-colonel 19 février 1743, brigadier
27 juillet 1747.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 177
ordonna aux files de s'ouvrir autour de lui . « Que
vous importe ma vie ? lui cria le grenadier. Gagnez
la bataille , je ne désire rien de plus. » Le capitaine
de grenadiers , chevalier d'Aulan , se fit fort remar-
quer dans cette journée . Ce fut lui qui , à la tête des
grenadiers , se jeta le premier au milieu des retran-
chements de l'ennemi ; il s'empara d'une batterie et
de quatre drapeaux . Cette action de vigueur avait
frappé le maréchal de Saxe et valut à d'Aulan un
magnifique éloge . A quelque temps de là, Louis XV,
passant en revue le regiment, admirait la haute taille
du capitaine . << Il est bien plus grand , Sire, dit le
comte de Saxe, quand il est vis-à-vis des ennemis de
Votre Majesté . >> Le colonel - lieutenant comte de
Balleroy fut blessé à Rocoux , ainsi que le capitaine
de Bonnafous , qui parvint en 1761 à l'emploi de
lieutenant-colonel .
En 1747 , Orléans commença la campagne au
camp de Malines . Il se trouva, le 2 juillet, à la ba-
taille de Lawfeld , et prit part à la dernière attaque
contre ce village. M. de Balleroy ( 1 ) et le capitaine
de Bonnafous furent encore blessés dans cette charge.
Le 29 août, le régiment partit du camp de Tongres
er
pour se rendre devant Berg-op-Zoom . Le 1 batail-
lon et tous les grenadiers montèrent le 16 septembre
à l'assaut dirigé contre le bastion de droite. Après la
(1) M. de Balleroy est devenu brigadier 20 mars 1747, maré-
chal de camp 1er mai 1758 , et lieutenant-général 25 juillet 1762.
MIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANCAISE. T. v. 12
178 HISTOIRE
prise de Berg-op-Zoom, Orléans fut dirigé sur Sant-
vliet pour faire l'attaque du fort Frédéric . Il y ouvrit
la tranchée le 28 septembre et l'emporta le 6 octo-
bre. Il s'empara également des forts Lillo et de La
Croix et campa pendant le reste de l'année à Braxsho-
ten . Il termina cette guerre en 1748 par le siége de
Maëstricht .
A sa rentrée en France, il fut mis en garnison à
Villers-Cotterets , d'où il passa en 1752 à Orléans (1 ).
Il s'y signala , le 31 mai 1753, lors du grand incendie
qui consuma les maisons de l'ancien pont. Il fut ap-
pelé en 1755 au camp de Richemont, et il servit en
1756 sur les côtes de Bretagne .
Appelé à l'armée d'Allemagne en 1757 , il contri-
bua à la prise de Cassel et à la conquête de la Hesse,
passa ensuite dans le Hanovre avec le maréchal de
Richelieu , et demeura au camp d'Halberstadt du
28 septembre au 5 novembre . Quand l'armée força
le passage de l'Aller, le 25. décembre, Orléans avait
été chargé de faire une diversion sur le pont de
Lachtenhausen .
Revenu en 1758 sur le Rhin, le régiment fut éta-
bli au camp de Rheinberg. Le 12 juin, le colonel-
lieutenant, comte de Blot, occupait avec 300 de ses
soldats et 100 chevaux un poste en avant de l'abbaye
de Camps . Attaqué à deux heures du matin par un
(1) Le régiment appartenait, depuis le 20 mars 1752 , à Louis-
Philippe, duc d'Orléans , petit- fils du régent , qui fut remplacé en
1785 par son fils Louis-Philippe-Joseph , père du roi Louis-Philippe .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 179
1
gros corps descendu des hauteurs d'Alpen , il le con-
traignit à se retirer . Le 23 du même mois, Orléans
prit part à la sanglante bataille de Créfeld , et le
29 septembre il fit des prodiges de valeur à l'atta-
que du camp de Bork. Le comte de Blot (1 ) y fut
blessé, ainsi que le major de Monnery.
Orléans faisait partie , en 1759 , de l'avant-garde
placée sous les ordres du comte de Saint-Germain . Il
se trouva cette année à la prise de Münster et à la
bataille de Minden, et se fit remarquer dans l'une et
l'autre de ces occasions . Il marcha pendant toute la
campagne de 1760 avec Auvergne et partagea la
gloire que s'acquit ce corps aux affaires de Corbach ,
de Sachsenhausen et de Clostercamps . En 1761 , il
se fit encore remarquer à Willingshausen et au siége
dé Meppen :
A la paix, le régiment fut mis en garnison à Sé-
dan. Il alla , depuis , successivement à Givet et Charle-
mont en décembre 1763 , à Valenciennes en mai
1764, au Quesnoy en novembre 1764 , à Dunkerque
en septembre 1766 , à Landrecies et Avesnes en
novembre 1767 , à Tours en mai 1768 , à Lorient,
Port-Louis et Bellisle en septembre 1769 , à La Ro-
chelle en mai 1770 , à Metz en novembre 1771 , à
Alais, Beziers et Saint-Hippolyte en octobre 1773 ,
(1 ) Le comte de Blot, précédemment colonel du régiment de
Chartres, fut fait brigadier 7 juillet 1758, maréchal de camp 20 fé-
vrier 1761 , et lieutenant-général en 1780 .
180 HISTOIRE
au Château-Trompette de Bordeaux en mai 1774, à
Blaye en mai 1775 , à l'île de Ré en novembre 1776,
à Aire en novembre 1777 , à Arras en juillet 1778 , à
Béthune et Saint-Venant en octobre 1778 .
L'année suivante , il fut appelé à la garde des cô-
tes de la Normandie et de la Bretagne , et il occupa
tour à tour Alençon , Bayeux et Brest. Il quitta cette
dernière ville en octobre 1780 pour se rendre à Poi-
tiers, d'où il fut à Lille en octobre 1781 , à Dunker-
que en octobre 1783 , à Douai en octobre 1784 , à
Valenciennes en mars 1788 , et au Quesnoy en jan-
vier 1791. Ce fut pendant son séjour au Quesnoy
que le régiment fut abandonné par presque tous ses
officiers. Dans le même temps , un bataillon momen-
tanément détaché à Maubeuge y eut des rixes san-
glantes avec le régiment suisse de Reinach . Orléans
fut alors envoyé à Avesnes ; il s'y trouva en butte aux
intrigues du rassemblement d'émigrés établi à Ath .
Quelques soldats désertèrent et cherchèrent à em-
baucher leurs camarades , mais sans succès , ainsi
qu'il résulte de la lettre suivante datée du 8 février
1792 et signée par les grenadiers de la 1r compa-
gnie . << Notre camarade nous a communiqué la lettre
que vous lui avez écrite d'Ath le 6 de ce mois . Nous
n'avons point été surpris de voir que des traîtres,
après s'être préparés au crime qu'ils ont commis par
de basses escroqueries , aient fait leurs efforts pour
séduire un homme d'honneur ; mais vous pouvez
vous épargner la peine de chercher parmi nous des
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 181
hommes qui vous ressemblent . Indignés de votre lâ–
che désertion , les grenadiers du 44° régiment , fi-
dèles à leur patrie comme à leurs serments , livrent
au mépris et à l'infamie , vous, vos complices et la
cause que vous êtes allés soutenir. Ce que nous pour-
rions avoir de plus à vous dire , se trouvera au bout
de nos baïonnettes ( 1 ) . »
Le gouvernement s'inquiéta cependant de ces me -
nées, et fit partir le régiment pour Arras le 23 février
1792. Le 2º bataillon fut dirigé sur Lorient au mois
de mai et s'embarqua le 3 juin pour passer à la Mar-
tinique . Ce bataillon avait, en partant , laissé son dé-
pôt à Quimper, où, dès le mois de juillet, il eut à ré-
primer des troubles graves suscités par les prêtres
réfractaires et qui furent les premières lueurs de
l'incendie qui allait embraser les provinces de
l'Ouest..
Lorsque les Autrichiens envahirent la Flandre
française, le 1 bataillon se jeta dans Lille et contri-
bua à la célèbre défense de cette ville . Après la levée
du siége, il entra en Belgique , et lorsque la défaite
de Neerwinden nous eut arraché cette conquête, il
fut dirigé sur l'armée de la Moselle . Il était au camp
de Hornbach le 13 août 1793 , quand les Autrichiens
vinrent attaquer ce poste. Aux premiers coups de
(1 ) M. de Châteignier, alors colonel du 44º , avait été fait major
au corps le 3 juin 1779 , et lieutenant- colonel le 15 avril 1784. Son
successeur, M. de Lagrange, y était entré commelieutenant en 1754,
et avait été nommé lieutenant-colonel le 25 juillet 1791 .
182 HISTOIRE
fusil , le colonel de Félix abandonna son bataillon et
prit la fuite ; mais ses soldats , loin d'imiter leur
chef, se serrèrent autour du drapeau , luttèrent avec
le plus héroïque courage et sauvèrent l'avant-garde
de l'armée . Dans son rapport à la Convention , le gé-
néral Schauembourg dit : « Le 1 bataillon du
44 s'est conduit avec autant de bravoure que son
chef a montré de lâcheté . » En 1794 , ce bataillon
passa à l'armée des Ardennes sous Jourdan . Il se fit
remarquer au siége de Charleroi , où 200 hommes
firent, avec le plus grand succès , le service de sa-
peurs. Ce fut après la prise de Charleroi que le
1er bataillon du régiment d'Orléans entra dans la
formation de la 87° demi brigade qui s'illustra pen-
dant sa courte existence sous les ordres de son chef
Brayer.
Le 2° bataillon n'est point revenu des Antilles ;
mais son dépôt, resté en Bretagne , se fit remarquer
en 1795 par ses luttes contre les insurgés. Les af-
faires dans lesquelles il se signala particulièrement
sont le combat de Sablé et celui de Craon , où le
chef de Chouans , Coquereau , fut tué . Le général Au-
bert-Dubayet s'exprimait ainsi dans son rapport sur
le combat de Craon : «Le 44° régiment , qui s'est déjà
si souvent distingué , a contribué très-efficacement
au succès de la journée. » Le lieutenant Lelièvre
s'était rendu célèbre à la petite armée des Côtes de
Cherbourg par ses stratagèmes, qui amenèrent la
destruction d'un grand nombre de bandes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 183
Le dépôt du 2 bataillon d'Orléans est entré direc-
tement le 17 février 1796 dans la 44° demi-brigade
de nouvelle formation.
Le régiment dont on vient de parcourir l'histoire
avait des drapeaux bleu de roi et feuille-morte . Son
costume se distinguait, sous Louis XIV et Louis XV,
par la veste , les parements et le collet rouges, le ga-
lon de chapeau et les boutons jaunes . Les poches de
l'habit étaient en travers et avaient quatre boutons.
Il y avait aussi quatre boutons sur les manches . De
1776 à 1779, l'habit avait le collet cramoisi , avec
le revers et les parements écarlates.
184 HISTOIRE
RÉGIMENT DE LA COURONNE.
45 RÉGIMENT D'INFANTERIE.
Hanc coronam Mastreka dedit.
DEVISE DU CORPS.
COLONELS-LIEUTENANTS ET COLONELS.
1. Duc DE VITRY ( François-Marie de L'Hôpital ) , 25 juin 1643.
2. Marquis DE GENLIS ( N. Brûlart ) , juin 1657.
3. Marquis DE GENLIS -BÉTHANCOURT ( N. Brûlart ) , juin 1673 .
4. Marquis DE GENLIS ( N. Brûlart ) , septembre 1675 .
5. Chevalier DE GENLIS ( Hardouin Brûlart ) , 12 mars 1677.
6. Marquis DE SAINT-ANDRÉ ( N. de Prunier ) , 30 mars 1693 .
7. Marquis DE POLASTRON ( Louis ) , 26 juillet 1698 .
8. Chevalier DE TESSÉ ( René-François de Froulay ) , 11 mai 1707 .
9. Comte DE POLASTRON ( Jean-Baptiste ) , 27 février 1712 .
10. Marquis DE CHAROST ( Armand-Louis de Béthune ) , 10 mars
1734.
11. Duc D'HAVRÉ (Louis-Ferdinand -Joseph de Croï ) , 11 novembre
1735 .
12. Comte DE POLASTRON (Jean -François- Gabriel ) , 26 mai 1745 .
13. Comte DE MONTBARREY ( Marie -Alexandre - Léonor-Louis-
César de Saint-Mauris ) , 14 mars 1758 .
14. Comte DE BLANGY ( Pierre -Constantin Le Vicomte ) , 30 no-
vembre 1761 .
15. Marquis D'AVARAY ( Claude-Antoine de Béziade ) , 22 juin
1767.
16. Comte DE CHOISEUL-GOUFFIER ( Marie-Gabriel-Florent-Au-
guste ) , 11 novembre 1782 .
17. Marquis DE LAMETH ( Augustin - Louis-Charles ) , 1er janvier
1784.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 185
18. DE MOYRIA ( Joseph-Marie-Anne ) , 21 octobre 1791 .
19. DE CHALAIN ( Charles-Antoine - Guillaume Blandin ) , 29 juin
1792.
20. GOULU ( François ) , 8 mars 1793.
Ce régiment est le premier qui ait été levé sous le
règne de Louis XIV. A peine Louis XIII eut-il fermé
les yeux, que la reine Anne d'Autriche, devenue ré-
gente et toute-puissante , se hâta d'ouvrir les portes
de la Bastille , où le roi défunt avait oublié les victi-
mes de Richelieu . Parmi les prisonniers qui furent
alors rendus à la liberté, se trouvait Nicolas de L'Hô-
pital , maréchal de Vitry, celui qui s'était chargé ,
26 ans auparavant , d'assassiner le maréchal d'An-
cre, et que le cardinal avait fait enfermer en 1637 à
la Bastille pour s'être permis de donner un coup de
canne à un prélat fourvoyé parmi les troupes , à Henri
d'Escoubleau , archevêque de Bordeaux . La reine ,
qui trouvait des appuis naturels dans les ennemis du
cardinal , donna , dès le 25 juin 1643 , à Vitry, une
commission pour lever un régiment d'infanterie.
Vitry céda sa commission à son neveu François-Marie
de L'Hôpital , qu'il voulait avancer, et obtint pour le
nouveau corps le titre de La Reine-Mère , qu'il a
porté jusqu'à la mort d'Anne d'Autriche .
Le célèbre Louis de Pontis , qui , lui aussi , avait
été maltraité par Richelieu , nous apprend dans ses
intéressants Mémoires que le maréchal de Vitry fit
choix de lui pour servir de guide à son neveu , encore
fort jeune , et que ce fut lui , Pontis , qui eut à s'oc-
186 HISTOIRE
cuper de tous les détails de l'organisation du régi-
ment. L'assemblée se fit à Troyes et non sans peine;
car , lorsqu'un régiment nouveau n'était pas com-
posé de toutes pièces avec des compagnies tirées des
corps sur pied, on ne pouvait guère le former qu'a-
vec des volontaires, parmi lesquels, dans ce temps-là,
figuraient en grand nombre des déserteurs et même
des bandits . Le fait est que Pontis fut obligé, dès le
premier jour , de condamner à la potence un soldat
qui avait éventré une femme enceinte , et que cet acte
de juste sévérité causa une dangereuse mutinerie,
tant de pareils actes étaient habituels à la brutale sol-
datesque de l'époque . Pontis réussit cependant à
pendre son homme , et il y a tout lieu de croire que
cet exemple produisit de bons effets , puisque quel-
ques jours après le régiment se mettait en route pour
Bar , et de là se rendait devant Thionville, où il as-
şista aux dernières opérations du siége , qui se ter-
mina le 10 août.
Le régiment de La Reine-Mère passa ensuite à
l'armée d'Allemagne commandée par Guébriand . Il
franchit le Rhin vis-à-vis d'Offembourg et prit part
au siége de Rothweil, où ce maréchal fut tué, et laissa
son armée sans chef capable de la diriger . Conduit
après, ce siége à Meringen , près des sources du Da-
nube, le petit corps , dont le régiment faisait partie ,
fut attaqué par les forces combinées de l'empereur ,
de l'électeur de Bavière et du duc de Lorraine. Après
une belle défense , le régiment de La Reine-Mère
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 187
dut subir une capitulation qui fut indignement violée
par les Allemands . Il fut conduit à Augsbourg et Ra-
tisbonne, d'où la plupart des officiers et des soldats,
exaspérés par les mauvais traitements qu'ils avaient
à souffrir, parvinrent à s'échapper.
Remis sur un bon pied pendant l'hiver , le régi-
ment fit la campagne de 1644 en Flandre, et se dis-
tingua au siége de Gravelines. Le capitaine de Pré-
mont , qui le commandait en l'absence du marquis
de Vitry, y fut grièvement blessé le 23 juillet . Après
avoir passé l'hiver dans le Boulonnais , La Reine-
Mère arrive en juillet 1645 devant Mardyk . Le 6 , il
relève Piémont dans les tranchées et marche à l'atta-
que du fort Rantzaw. Le marquis de Vitry , le major
du Liége, les capitaines de Ferté, Félix , Bourgongne
et Serret, les lieutenants et enseignes Lothier , Ver-
neuil, Vergent, de Pont et La Noizière, se jettent
dans l'eau l'épée à la main , à la tête de leurs gens , et
se précipitent sur les retranchements avec tant de vi-
vacité , que l'ennemi s'empresse d'abandonner le
fort , ne prenant que le temps d'y mettre le feu . Le
même jour , le fort de Bois , construit sur le bord de
la mer , éprouve un sort pareil . Lencke, Bourbourg,
où le major du Liége a la lèvre coupée par une balle ,
Menin et Cassel sont pris en courant . Le mestre de
camp de Vitry a le bras fracassé par une mousque-
tade au passage de la Lys . Lillers est attaqué le
30 août. Le brave major du Liége, vétéran du siége
de La Rochelle , est mortellement frappé dès le com-
188 HISTOIRE
mencement de l'assaut . Le régiment, outré de cette
perte , force la contrescarpe , emporte l'ouvrage à
cornes , la demi-lune , se mêle avec l'ennemi jusqu'aux
barrières du corps de place et n'obéit qu'à regret à l'or-
dre de s'arrêter . La garnison , intimidée , capitule le
lendemain. La prise de Lillers avait coûté la vie au
major du Liége et au capitaine d'Arnaud : les lieu-
tenants Chevigny , Imbert et Dulac , étaient dange-
reusement blessés . Le régiment fait encore cette an-
née les siéges de Béthune et de Saint-Venant . En
1646 , il est employé d'abord à celui de Courtrai . Le
24 juin , quelques compagnies repoussent une es-
carmouche de cavalerie : le capitaine Saint-Julien-
Alland y est tué ; le major de Bourgongne , le capi-
taine de Verneuil et les lieutenants Montguyon et
Deshayes , sont blessés. Le 26 , le lieutenant Guyet
est blessé à son tour en recevant une sortie de la gar-
nison . Au siége de Mardyk , qui suit celui de Cour-
trai , le capitaine de Rubantel reçoit un coup de feu .
Le régiment termine cette campagne par les siéges
de Berghes et de Dunkerque . Il sert, en 1647 , sous
le maréchal de Gassion , à la prise de La Knocque,
au siége de Dixmude, où le capitaine Lépine est
blessé, et à celui de Lens , où périt le lieutenant
Saint-Louis . Il débute , en 1648 , devant Ypres , et il
combat le 19 août à Lens. Il y était placé en 2º li-
gne . Par suite des manœuvres qui furent exécutées
dans cette journée, on sait que ce fut la 2º ligne qui
supporta le principal effort . Le marquis de Vitry s'y
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 189
distingua et reçut plusieurs blessures considéra-
bles .
A la fin de cette année, ce jeune mestre de camp
se déclara contre Mazarin . Le régiment de La Reine-
Mère lui fut ôté le 18 janvier 1649 , et son comman-
dement fut remis provisoirement au lieutenant- co-
lonel Hargonne des Bergères , qui le conduisit au
blocus de Paris ( 1 ) . M. de Vitry fut rétabli à la tête
du corps le 29 avril de la même année et eut ordre
de se rendre en Flandre avec son régiment. Celui- ci
prit part aux siéges de Cambrai et de Condé. Le ca-
pitaine de Verneuil fut blessé devant la dernière de
ces places. La Reine-Mère passa le reste de l'année à
Guise, et en 1650 , il fut envoyé en Guyenne au duc
d'Épernon , qui le plaça à Nérac pour surveiller les
mouvements des mécontents . Il sortit de cette ville
pour contribuer à la levée du siége de Cognac, et il
se rendit ensuite à l'armée que le maréchal du Ples-
sis commandait en Champagne . Il se trouva ainsi au
mois de décembre au siége et à la bataille de Rhé-
tel .
Pendant la campagne de 1651 , il suivit la cour
errante dans les provinces, et en 1652 il contribua,
sous Turenne , aux victoires de Bléneau , d'Élampes et
(1 ) Hargonne de Bergères fut remplacé le 3 février 1649 , en
qualité de lieutenant-colonel, par Sébastien de Biais, capitaine au
corps à la création et maréchal de camp le 26 août 1652.
M. de Vitry obtint le titre de duc en juin 1650. Il passa dans la
diplomatie en 1657 , et devint maréchal de camp le 15 avril 1672,
190 HISTOIRE
du faubourgSaint-Antoine, qui ramenèrent Louis XIV
à Paris . Après la défaite du parti de la Fronde , le régi-
ment fut dirigé sur Collioure . C'était au commence-
ment de 1653. Il passa en juillet dans la Catalogne
pour faire le siége de Girone. Il fut écrasé le 22 sep-
tembre au combat livré près de Bordilly à l'armée
espagnole , à la suite duquel le siége de Girone fut
levé. On l'envoya alors à Foix pour se rétablir pen-
dant l'hiver .
En juillet 1654, il rejoignait, avec le régiment de
cavalerie d'Harcourt , l'armée du prince de Conti,
lorsqu'au passage des montagnes , marchant sans
précautions, il fut attaqué par la garnison de Puy-
cerda et mis en déroute . Il prit sa revanche plus
tard en contribuant d'abord à la levée du siége de
Roses, et le 20 octobre à la prise de Puycerda.
Il était, en 1655 , à la réduction de Cap de Quiers.
H servit encore l'année suivante en Catalogne , et en
1657 , il passa en Flandre et coopéra à la prise de
La Mothe-aux-Bois . Il fit, en 1658 , le siége de Dun-
kerque et de quelques autres petites places de la
Flandre maritime , et au mois de novembre , il fit
partie du corps réuni autour d'Audenaërde . Il de-
meura dans cette position jusqu'en février 1660 , épo-
que à laquelle la ville d'Audenaërde fut remise aux
Espagnols conformément aux clauses du traité des
Pyrénées. Il avait alors vingt compagnies et fut ré-
duit à dix .
Après la mort d'Anne d'Autriche , arrivée en 1666 ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 191
le régiment échangea son titre de La Reine-Mère
contre celui de la province d'Artois. Il prit part,
sous ce nom , à la campagne de 1667 en Flandre , et
à celle de 1668 en Franche-Comté . En septembre
1670 , il fit partie du petit corps d'armée qui occupa
la Lorraine , et contribua spécialement à la prise
d'Épinal, de Chasté et de Longwy . Il fut porté à deux
bataillons en 1671 .
Au début de la guerre de 1672 , Artois fut désigné
pour faire partie du corps de M. de Montal . Parti de
Charleroi au mois de mai , il se rendit à Kaysers-
waerth sur le Rhin , et fit les siéges d'Orsoy , de
Rheinberg, de Doësbourg et d'Utrecht . En 1673 , il
était au siége de Maëstricht, où sa brillante conduite
lui valut les priviléges de régiment royal et le titre de
La Couronne , qui avait été porté déjà par un corps
levé en 1638 et réformé en 1661 .
Le 18 juin, plusieurs corps venaient d'échouer à
l'attaque d'un ouvrage important le régiment cut
la gloire de l'emporter sous les yeux de Louis XIV,
qui le récompensa noblement . Ce fut alors qu'il prit
le drapeau bleu avec une couronne au centre de la
croix et cette devise : Hanc coronam Mastreka dedit.
F
Le régiment avait perdu dans cette affaire les capi-
taines Cabassos et Grenadien , et le lieutenant d'Es-
quigny. Le capitaine Certany et le lieutenant An-
thouré y avaient été blessés .
La Couronne se rendit au commencement de 1674
en Franche-Comté , et prit part , embrigadé avec
192 HISTOIRE
Royal , à la conquête de cette province. Après la
prise de Besançon et de Dôle , ses deux bataillons
passèrent en Lorraine ; au mois de juillet, le 1 °r alla
joindre, à Charleville , l'armée du prince de Condé,
et se battit à Séneff ; le 2° rallia , au mois d'août, le
maréchal de Turenne , et se trouva à la bataille
d'Ensheim . Les deux bataillons réunis combattirent
à Turckeim en janvier 1675 , et furent ensuite pren-
dre leurs quartiers d'hiver à Metz. Le régiment fut
envoyé plus tard à l'armée du maréchal de Créqui ;
il fit les siéges de Dinant, Huy et Limbourg , et se
trouva le 11 août au funeste combat de Consaar-
brück, où son colonel-lieutenant se fit tuer . Ren-
fermé ensuite dans Trèves, le régiment de La Cou-
ronne mérita les plus grands éloges dans la défense
de cette place, et resta complétement étranger à la
démarche criminelle d'une partie de la garnison qui
livra Trèves à l'ennemi . Il se retira à Metz et fut placé
à Marsal au mois de septembre.
Passé en 1676 à l'armée de Flandre , il fait , en
avril, le siége de Condé , couvre, en mai , les opéra-
tions de celui de Bouchain, et coopère encore à la
prise de Landrecies et d'Aire . A la fin de cette cam-
pagne, il fut mis en garnison à Arras, et au mois de
mars 1677 , le colonel -lieutenant, marquis de Genlis,
ayant été en parti du côté de Saint-Omer, se fit tuer
à l'attaque d'une redoute occupée par les Espagnols.
Quelques jours après , le duc d'Orléans assiégeait
Saint-Omer et était menacé dans ses lignes par le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE Française . 193
prince d'Orange. La Couronne quitte Arras pour ren-
forcer l'armée du duc, et se couvre de gloire le
11 avril à la bataille de Cassel. Il engage l'action
avec Royal et Anjou par l'attaque de l'abbaye de
Piennes , d'où il chasse l'ennemi et qu'il occupe à
onze heures du matin . Deux lieutenants sont tués
dans ce combat ; le nouveau colonel-lieutenant ( 1 ) ,
les capitaines Servy et d'Arc-sur-Tille , et sept lieu-
tenants , y reçoivent des blessures . Après cette ba-
taille , La Couronne se dirige sur Stenay et quitte
cette ville le 4 juin pour joindre l'armée du maré-
chal de Créqui , chargé de tenir tête au duc de Lor-
raine. Le régiment se trouve ainsi le 15 juin au
combat de Morville , près de Pont-à- Mousson , où le
lieutenant-colonel est tué, et à celui du 29 sur les
hauteurs de Sainte-Barbe, près de Metz , où le duc de
Lorraine est mis en déroute . On le trouve au mois
de novembre devant Fribourg ; le 14 , il entre dans
cette place par la brèche .
De retour en Flandre en 1678 , il participe aux
siéges de Gand et d'Ypres . A l'assaut livré à Ypres ,
le 24 mars , le capitaine de grenadiers de Blécourt et
trois lieutenants sont blessés . Le 14 août , il assiste à
la bataille de Saint-Denis . En 1679 , il combat en
Allemagne et prend part à l'affaire de Minden.
(1 ) Le chevalier de Genlis, qui avait succédé à son frère , était
entré au corps comme lieutenant en 1672. Il est devenu brigadier
le 24 août 1688 , et maréchal de camp le 30 mars 1693.
HIST. DE L'ANC. infanterie frANÇAISE T. V. 13
194 HISTOIRE
A la paix de Nimègue , La Couronne fut mis en
garnison à Saarbrück . Il fit partic , en juillet 1683 ,
du camp assemblé à Vaudrevange . Le 29 avril 1684 ,
il arriva devant Luxembourg. Il monta plusieurs
gardes de tranchées pendant le siége de cette place.
Les capitaines La Forcade et de Pilles et quatre
lieutenants y furent blessés . Après la prise de Luxem-
bourg, le régiment alla prendre garnison en Flandre.
Pendant la campagne de 1688 et une partie de
celle de 1689 , il fut occupé aux réparations des
fortifications de Landau . Le 1er bataillon rallia l'armée
du maréchal de Duras , le 2 août 1689 , et coopéra
à la conquête du Palatinat . Le régiment entier servit
l'année suivante dans la même armée , sous les ordres
du dauphin et du maréchal de Lorges , et après la
campagne il prit la route du Piémont . On le trouve ,
en 1691 , à la conquête du comté de Nice . Il garde
pendant l'hiver les débouchés de la Savoie , et en
1692 il est appelé à l'armée de la Meuse sous Bouf-
flers . Il sert d'abord au siége de Namur. Après la
prise de cette ville , il est envoyé à l'armée de M. de
Luxembourg et se trouve à la bataille de Steenkerque .
Il contribue ensuite à chasser l'ennemi de Saint-
Trond et de Tongres , assiste au bombardement de
Charleroi , et passe l'hiver autour d'Ath .
En 1693 , il commence la campagne dans les Pays-
Bas ; mais l'armée d'Allemagne demandant des ren-
forts , il quitte Namur le 12 juin et se dirige sur le
Rhin. Il ne fait qu'un court séjour sur cette frontière,
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 195
et passe en Italie , où il arrive à temps pour contri-
buer à la victoire remportée à la Marsaglia . Il conti-
nue de servir à l'armée de Cattinat jusqu'au traité
fait , en 1696 , avec le duc de Savoie , pendant le
siége de Valencia . Rentré en France à cette époque ,
il fait la campagne de 1697 sur la Meuse , assiste ,
en 1698 , au camp de Compiègne , et reçoit , le 23
septembre , par incorporation , le régiment du comte
d'Hautefort-Bosen , levé on 1695 .
La Couronne se rendit en Flandre en 1701 , et
occupa Namur pour le nouveau roi d'Espagne ,
Philippe V. En 1702 , il contribua à la défaite des
Hollandais devant Nimègue . Après ce combat , les
maraudeurs de l'armée , parmi lesquels ceux du ré-
giment figuraient en grand nombre , s'emparèrent
du fort de Skencke par un stratagème singulier , qui
prouve combien il est important que chaque nation
ait pour ses troupes un uniforme bien distinct. A
cette époque , presque tous les soldats de l'Europe
portaient l'habit gris blanc ou blanc sale ( 1 ) . Nos
maraudeurs se divisèrent en deux bandes , dont l'une
représentait un détachement hollandais , et elles si-
mulèrent un combat. Des faux Hollandais , les uns
(1) La Couronne eut, suivant le temps, l'habit et la culotte gris
blanc ou blancs, avec la veste, le parement et le collet bleus ; les
boutons et le galon de chapeau étaient blancs. Les poches étaient
en travers avec trois boutons. Il y avait aussi trois boutons sur les
manches. De 1776 à 1779 , il eut revers et parements bleu de roi,
collet rouge et boutons blancs.
196 HISTOIRE
se laissèrent choir à terre , comme s'ils eussent été
morts ou blessés , et les autres prirent la fuite vers le
fort dont les portes leur furent ouvertes . Ces hardis
batteurs d'estrade trouvèrent dans le fort de Skencke
pour 400,000 livres d'argent ou d'effets. Ceux de La
Couronne , qui avaient joué le rôle de Hollandais
eurent 25,000 écus pour leur part du pillage .
Après la campagne de 1702 , le régiment hiverna
à Bonn. Il y fut assiégé en 1703. A la sortie du 13
mai , il encloua dix canons et six mortiers . Le colo-
nel-lieutenant de Polastron et quelques officiers y
furent blessés ; un aide-major fut tué . Au mois d'août,
La Couronne était au siége de Brisach ; il y repoussa
vigoureusement une sortie le 26. Il se rendit devant
Landau au mois d'octobre , et se fit remarquer le 13
novembre à l'attaque des contre-gardes . Enfin , au
mois de décembre , il fit partie des dix-neuf batail-
lons que le duc de Berwick conduisit en Espagne .
Arrivé , en février 1704 , sur la frontière du Por-
tugal , il contribua à la prise de Salvaterra , Segura ,
Ponha-Garzia , Ucepedo , Cebreros , Idanha-Nova ,
Mousanto , Castelbranco , Portalègre , Castel- de-Vide ,
Montalvan et Marvan . Détaché , le 14 janvier 1705 ,
du camp de Balbastro , il emporte , pille et brûle la
ville de Grans , et en fait sortir 300 mulets chargés
de butin . Il se rend ensuite , avec le maréchal de
Tessé , au siége de Gibraltar, qu'on fut obligé de le-
ver. En 1706 , on le trouve , sous M. d'Asfeld , au
siége de Monçon . Le 26 février, le général apprend
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 197
qu'il arrive des secours à la garnison ; il envoie à leur
rencontre M. de Polastron avec son régiment. Le
brave colonel-lieutenant attaque l'ennemi retranché
au milieu des montagnes , et il allait le forcer , quand
l'arrivée d'un corps anglais le contraignit lui - même
à battre en retraite. Le major de La Couronne fut
blessé dans cette affaire. Au mois d'avril , le régiment
est au siége de Barcelone. Le 21 , le capitaine de
grenadiers Saint - Vincent est tué à l'attaque du
Montjouy. Ce siége ayant été levé , La Couronne
se rendit en Castille , marcha au secours de Badajoz,
et tailla en pièces , le 29 août , près du Tage , un
détachement portugais . On le trouve encore , au mois
de novembre de cette année , au siége de Cartha-
gène .
Le 25 avril 1707 , La Couronne combattit à Al-
manza , et mérita par sa conduite les éloges particu-
liers du roi d'Espagne . Ses deux bataillons étaient à
la gauche de la 1 ligne d'infanterie . Il attaqua , avec
Orléans , le centre de l'armée ennemie , essuya avec
intrépidité deux décharges à portée de pistolet , et ,
s'élançant à la baïonnette , renversa la 1re ligne des
ennemis sur la 2e ; mais , dans ce moment , une bri-
gade hollandaise , qui venait d'enfoncer un régiment
espagnol de nouvelle levée , vint prendre en flanc
Orléans et La Couronne qui s'étaient laissés emporter
trop loin , et qui furent obligés de se retirer . La
Couronne se rallia à quarante pas de là , à la faveur
d'un petit fossé , et arrêta par un feu terrible deux
198 HISTOIRE
escadrons qui le poursuivaient . Le régiment eut à
regretter, dans cette grande bataille , son colonel-
lieutenant (1 ) , tué en faisant des prodiges de valeur,
dix capitaines et un grand nombre d'autres officiers.
La Couronne servit , la même année , à la prise
de Requena , de Valence , de Sarragosse , d'Alcira
et de Mequinenza , à l'assaut de Xativa et au siége
des ville et château de Lérida . On le trouve, en 1708,
au siége de Tortose, des forts d'Arnès et de San-Juan ,
de Pons , d'Aulot , d'Ager , de Montanana et de Vé→·
nasque . En juillet 1709 , il passe de Catalogne en
Roussillon , contribue le 2 septembre à la déroute
du général Frankemberg , au passage du Ter , et
•
pendant le reste de cette campagne il est employé ,
avec Normandie et Artois , à faire la guerre aux mi-
quelets qui désolaient le Roussillon . En 1710 , il fut
appelé à la défense du Dauphiné ; mais, à la fin de
cette année , il retourna en Espagne pour faire
sous le duc de Noailles, le siége de Girone , qui capi-
tula le 24 janvier 1711. Le capitaine de Briançon
fut tué devant cette place . Le régiment prit ensuite
ses quartiers d'hiver en Roussillon . Il repassa en
Catalogne au mois de juillet , et , pendant le siége de
Cardonne , il fut chargé , avec le régiment espagnol
(1 ) M. de Polastron était brigadier du 10 février 1704 .
Jean- Denis de Blécourt, entré au corps en 1658 et lieutenant-
colonel 16 mai 1693 , parvint au grade de brigadier le 3 janvier
1696.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 199
de Truxillo , de garder le pont de Las Carminas .
Attaqué par Staremberg , les 11 et 15 décembre , il
repoussa vigoureusement ce général ; mais assailli
de nouveau , le 22 , par des forces plus considérables,
après avoir résisté avec bonheur à trois assauts , il
vit l'ennemi franchir plus haut la rivière et menacer
de le couper. Dans cette extrémité , le régiment se
retira sur une hauteur voisine et fit enfin une belle
retraite devant un ennemi dont le nombre et l'audace
croissaient à chaque instant . Deux cents hommes fu-
rent mis hors de combat, soit dans ces affaires , soit au
siége de Cardonne . Parmi les morts se trouvaient le
comte de Melun , colonel réformé à la suite , et le
capitaine Bonnet commandant du 2e bataillon . Le
major d'Aultry reçut trois coups de mousquet au
travers du corps .
Le régiment passa l'année 1712 en Espagne sans
quitter l'attitude de la défensive . Au commencement
de 1713 , il sortit de ses quartiers pour marcher au
secours de Girone , et , en 1714 , après divers com-
bats contre les rebelles de Catalogne , il servit au
siége de Barcelone sous le maréchal de Berwick . Le
16 mai, il emporta avec les Gardes Espagnoles le fort
des Capucins , situé entre la ville et le Montjouy. Le
lieutenant-colonel de La Motte fut blessé ce jour-là .
Le 13 août , après un combat qui dura toute la nuit ,
les grenadiers enlevèrent enfin le bastion de Sainte-
Claire , et ils s'y maintinrent malgré huit attaques
acharnées , où ils euent affaire aux moines de toutes
200 HISTOIRE
couleurs , qui , la robe retroussée , venaient croiser
le fer avec eux . Le colonel - lieutenant comte de
Polastron fut , dès le commencement de l'action ,
très-dangereusement blessé de trois coups de feu (1 ) ;
mais le lieutenant- colonel de La Motte le remplaça
dignement (2) . Le lendemain 14 , le peuple fanatisé
de Barcelone se rua avec un tel acharnement sur le
logement à peine ébauché, que, malgré les efforts des
officiers et le dévouement des soldats, il fallut aban-
donner le bastion et rentrer dans le chemin couvert.
Les grenadiers de La Couronne , piqués au jeu , pri-
rent leur revanche à l'assaut général du 11 septem-
bre , où Barcelone fut emportée , et ils firent payer
cher aux moines le sang que leurs prédications et leur
exemple avaient fait couler dans les rangs du régi-
(1 ) Le comte de Polastron est devenu brigadier 1er février 1719 ,
maréchal de camp 20 février 1734 et lieutenant-général 1er mars
1738.
(1 ) Gabriel Rochon de La Motte La Peyrouse, père de l'illustre
et infortuné marin , était entré au corps comme sous-lieutenant en
1680. Il devint major 26 novembre 1702, lieutenant-colonel 11
mars 1710 , colonel de Blésois 25 août 1714 , brigadier 1ª février
1719, et maréchal de camp 19 juin 1734. Il fut remplacé au corps
par Marc Berger des Chasses , lieutenant en 1693 , major 23 février
1712 , lieutenant-colonel 25 septembre 1714 , et brigadier 3 avril
1721 .
Berger des Chasses eut pour successeur Étienne Le Brun , en-
seigne en 1697 , lieutenant-colonel 7 octobre 1722 , brigadier 20 fé-
vrier 1734, maréchal de camp 1er janvier 1740, et lieutenant-gé-
néral 10 mai 1748.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 201
ment. Le capitaine de Marcieu reçut à cet assaut
quatre blessures en conduisant ses grenadiers. Ainsi
se termina pour La Couronne la longue et sanglante
guerre de la succession d'Espagne. La part brillante
que le corps y a prise lui a valu cet éloge d'un écri-
vain contemporain : « L'histoire ne peut offrir au-
cune affaire où il ne se soit dignement conduit. >>
En 1719 , la guerre recommença , et cette fois ce
fut contre l'Espagne , pour laquelle la France venait
de faire tant de sacrifices . La Couronne revint sur
les Pyrénées et contribua à la prise de Fontarabie ,
de Saint-Sébastien et d'Urgell , et au blocus de Roses .
Le régiment fut employé , en 1733 , sur la fron-
tière de Champagne , et , en 1734 , porté à trois ba-
taillons , il fit partie du corps que le comte de Bellisle
commanda sur la Moselle . Il participa à la prise de
Trèves , ouvrit le 25 avril la tranchée devant Traër-
bach , qui capitula le 2 mai , après que les grenadiers
du régiment eurent emporté un ouvrage avancé , et
fit le siége du château de Greifemberg qui domine
Traërbach . Il se rendit ensuite devant Philisbourg
et monta deux gardes de tranchées au siége de cette
place . Au commencement de 1735 , il fut chargé de
la défense des îles du Rhin à l'embouchure de la
Seltz , et il se trouva le 20 octobre à l'affaire de Klau-
sen , où le colonel -lieutenant , marquis de Charost ,
reçut une blessure dont il mourut deux jours après .
Le régiment passa le reste de l'année au camp de
Saint-Maximin .
202 HISTOIRE
En 1741 , La Couronne est de l'armée de West-
phalie . Il hiverne dans le pays de Berg . En juin
1742 , on le trouve au camp de Mülheim-sur-la-
Roër. Il se met en route au mois d'août pour mar-
cher vers la frontière de Bohême. Après la jonction
des armées de Westphalie et de Bavière , il fait par-
tie de la réserve placée sous les ordres du comte de
Saxe et se trouve à l'affaire de Brammerhof , à la
prise de Falkenau , à l'attaque d'Elnbogen et à la
soumission de Kaaden , Pogen et Deckendorf. Il
passe l'hiver au camp formé près de cette dernière
ville. En janvier 1743 , il marche au secours de
Braunau et revient ensuite au camp . Dans la nuit
du 3 au 4 février, le comte de Saxe est averti qu'il y
a dans Rumansfelden 150 hussards autrichiens du
régiment de Caroly, commandés par un lieutenant-
colonel . Il charge le chevalier d'Aultry, lieutenant-
colonel de La Couronne ( 1 ) d'aller enlever ces hus-
sards . Cet habile officier concerte si bien ses mesures
qu'il les surprend complétement, les met en déroute
et ramène au comte de Saxe le lieutenant- colonel
autrichien , un capitaine , deux lieutenants , deux
cornettes, 40 hussards et 11 chevaux. L'aide-major
(1 ) La Couronne avait alors pour colonel- lieutenant le duc d'Ha-
vré , brigadier 20 février 1743 , maréchal de camp 1er mai 1745 ,
et lieutenant-général 10 mai 1748, et pour lieutenant- colonel
Jacques Philippe, chevalier d'Aultry, enseigne en 1703, major
7 octobre 1722 , lieutenant-colonel 10 août 1742 , et brigadier
2 mai 1744.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 203
de Surlaville se distingue beaucoup dans cette ren-
contre et y est légèrement blessé .
Le régiment quitta Deckendorf le 1er mai pour al-
ler défendre les passages du Danube entre Plating et
Pilsting ; mais , le 5 juin , les Autrichiens traverse-
rent le fleuve à Pochin et faillirent couper la re-
traite à La Couronne, qui, un instant enveloppé ,
ne se tira de ce mauvais pas que par l'habileté de
ses manœuvres . Le corps se retira alors sous Ratis-
bonne et rentra en France au mois de juillet , ne
laissant derrière lui qu'un piquet renfermé dans In-
golstadt et qui , après la capitulation de cette place,
rejcignit à Metz , où le régiment avait été mis en gar-
nison .
La Couronne passa en 1744 à l'armée de Flan-
dre. Il servit aux siéges de Menin , d'Ypres et de
Furnes. Dans l'ordre d'investissement de la ville
d'Ypres , il occupait avec Artois l'espace compris
entre le ruisseau de Dickebusch et le Moulin -Brûlé ,
embrassant l'abbaye et le château de Vermezelles . Le
22 juin , les grenadiers contribuèrent à la prise de la
lunette du canal de Boësingen . Le régiment ter-
mina la campagne au camp de Courtrai . Le capi-
taine de Crussol se fit remarquer cette année dans la
guerre de partisan .
En 1745 , La Couronne est au siége de Tournai.
Ses grenadiers repoussent le 4 mai une sortie avec
les Gardes Françaises . Le 11 , il se distingue à la
bataille de Fontenoy. Placé en deuxième ligne der-
204 HISTOIRE
rière le régiment du Roi , il eut d'abord beaucoup à
souffrir du canon ennemi . Il chargea à son tour la
colonne anglaise et fut obligé de reculer, comme
l'avaient fait avant lui les régiments des Gardes
Françaises , d'Aubeterre et du Roi . Le duc d'Havré,
le lieutenant-colonel de Rigal (1 ) , tout l'état-major ,
37 officiers et 260 hommes avaient été mis en un in-
stant hors de combat par le redoutable feu des sol-
dats du duc de Cumberland . Le régiment répara cet
échec à la dernière attaque ; il se rua sur la gauche
des Anglais et se montra un des plus acharnés à leur
défaite . Après la bataille , il revint dans les tranchées
de Tournai , et ses grenadiers se couvrirent de gloire,
le 18 mai , avec ceux de Normandie , à l'assaut de
l'ouvrage à cornes.
La Couronne contribue encore cette année à la
prise d'Audenaërde , de Termonde et d'Ath, et dé-
bute en 1746 par le siége de Bruxelles . Le capi-
taine de Surlaville y est blessé (2) . Le 29 janvier, le
régiment occupe le faubourg de Flandre et y fait
prisonnier un détachement de la garnison qui cher-
chait à gagner le château de Kokelberg . Après la
(1) Jean-Baptiste de Rigal, sous-lieutenant en 1706, major 10
août 1742 , lieutenant-colonel 10 juin 1744 , brigadier 20 mars 1747,
et maréchal de camp 20 septembre 1758.
(2) Achille-Michel-Balthazar Le Courtois de Blais de Surlaville.
Cet excellent officier est devenu maréchal de camp le 25 juillet 1762,
en passant par l'état-major de l'armée .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 205
prise de Bruxelles , La Couronne se rendit au camp
des Cinq-Étoiles . A la fin de juillet, lorsque le géné
ral Trips vint attaquer ce camp , il fut arrêté pen-
dant quatre heures à Pernis par le capitaine de Crus-
sol , qui occupait ce poste avec sa compagnie . Ce
brave officier, enveloppé de toutes parts, se défendit
avec acharnement dans le cimetière et dans l'église ,
et l'armée alliée se vit obligée de faire marcher tous
ses piquets pour le prendre . Au mois d'août le régi-
ment contribua à la réduction d'Huy et y fut mis en
garnison. Il rejoignit en septembre la grande armée
au camp de Tongres et assista à la bataille de Ro-
coux. Après cette glorieuse journée, on l'envoya sur
les côtes de l'Aunis, où il demeura pendant toute la
campagne suivante . Il fut augmenté d'un 4º batail-
lon le 1er juillet 1747 et vint passer l'hiver en Nor-
mandie . Il retourna en 1748 en Flandre pour faire
le siége de Maëstricht. Le 29 avril , ses grenadiers ,
en compagnie de ceux de La Tour-du-Pin, empor-
tèrent avec la plus grande bravoure le chemin cou-
vert de l'ouvrage à cornes . La prise de Maëstricht fut
la dernière opération de cette guerre, et le régiment
fut réduit à deux bataillons par les ordonnances du
1er septembre 1748 et du 15 janvier 1749 .
La Couronne fit partie en 1753 du camp assem-
blé à Mézières. Il fut employé les deux années sui-
vantes aux travaux du canal de jonction de la Lys et
de l'Aa. En 1756 , commença la guerre de Sept-
Ans, où il acquit de nouveaux titres à l'estime . De
BELL
VILLE DI
LYON
206 HISTOIRE
toutes les actions importantes de cette guerre mal-
heureuse, mais non sans gloire pour les troupes , la
bataille de Bergen est la seule où il ne se soit point
trouvé. Le 24 juillet 1757 , il contribue à la victoire
d'Haastembeck ; le lieutenant de grenadiers Miguet
y est tué . Le 5 novembre , il est à la défaite de Ros-
bach . Au commencement de 1758 , il est chargé
avec d'autres corps de la garde de la frontière hol-
landaise depuis Xanten jusqu'au fort de Skencke . Le
23 juin , à la bataille de Créfeld , il soutient seul sans
s'ébranler le feu de six bataillons ; il contribue le
23 juillet au succès de Sunderhausen . Détaché le
5 octobre de l'armée de Contades , il joint le 8 à Cas-
sel celle de Soubise , combat le 10 à Lützelberg avec
la plus grande valeur et rejoint le 23 la grande ar-
mée. Après la capitulation de Kayserswaërth , il est
chargé de nouveau d'observer la frontière hollan-
daise . Le 1er août 1759 , on le trouve à la bataille de
Minden , et , en 1760 , il fait partie du corps de ré-
serve commandé par le comte de Saint-Germain . Le
10 juillet, ce corps soutient le principal effort à Cor-
bach , et La Couronne se distingue par - dessus tous
les régiments qui l'entourent . Le 31 du même mois ,
à l'affaire de Warbourg, il est posté sur les hauteurs
avec Bourbonnais et Jenner suisse . Attaqués avec
furie par l'ennemi , ces régiments le chargèrent cinq
fois et lui firent perdre du terrain . La Couronne
laissa ce jour-là sur le champ de bataille la moitié
de ses officiers et parmi eux le colonel-lieutenant,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 207
comte de Montbarrey ( 1 ), qui avait fait des prodiges
de bravoure et qui avait été atteint d'un coup de
canon et de deux coups de fusil . Le soldat, animé
par l'exemple de ses chefs, se battit avec un achar-
nement extraordinaire . On vit des hommes , qui
avaient brûlé toutes leurs cartouches, ramasser des
pierres pour les lancer à l'ennemi ; d'autres, trou-
vant ce moyen insuffisant , allèrent lutter corps à
corps avec les Alliés . Le régiment était tellement
épuisé après Warbourg , que pendant le reste de la
campagne il ne put fournir qu'un faible bataillon .
Il se distingua pourtant encore à Clostercamps , le
16 octobre , en secondant les efforts d'Auvergne et
d'Alsace. Il alla se rétablir à Dunkerque et rentra
en ligne au mois de juin 1761. Le 30 août, il s'illus-
tra au combat de Roxel près de Münster contre les
troupes du général Kilmansegg. Les compagnies de
grenadiers et chasseurs les allèrent attaquer dans ce
village où elles s'étaient retranchées, les en chassè-
rent , les poursuivirent jusque sous le canon de
Münster et leur firent 400 prisonniers . Ce beau com-
bat, particulier au régiment de La Couronne, mit le
(1 ) M. de Montbarrey brigadier du 22 juillet 1758 , devint maré-
chal de camp le 20 février 1761 , capitaine des Cent-Suisses en 1763,
ministre de la guerre en 1777 , et lieutenant-général en 1780. Son
successeur, le comte de Blangy, précédemment colonel d'Angou-
mois, fut fait maréchal de camp le 3 janvier 1770, et lieutenant-
général en 1784. Le marquis d'Avaray eut le grade de brigadier
le 1er mars 1780, et celui de maréchal de camp le 5 décembre 1781 .
208 HISTOIRE
comble à sa gloire et fut aussi sa dernière action de
guerre .
Un écrit contemporain affirme que , de mémoire
d'homme, aucun officier ou soldat de ce corps n'a
été fait prisonnier que , lorsque renversé sur le champ
de bataille et mis hors de combat , il n'avait plus
assez de force pour repousser l'ennemi . Dans cette
funeste guerre de Sept-Ans, où tant de causes de dé-
moralisation atteignaient le soldat , il n'y eut qu'un
seul fuyard . Il fut arrêté , et le colonel-lieutenant le
livra à ses camarades pour être jugé à leur fantaisie .
Ce tribunal pensa qu'il était indigne de la mort , et
chassa avec ignominie le malheureux qui n'avait pu
se pénétrer de l'esprit du corps. On lui fit faire trois
fois le tour du camp avec deux écriteaux , l'un sur
la poitrine, où on lisait : Poltron , l'autre dans le dos,
sur lequel les camarades avaient, par traduction li-
bre et pour plus de clarté , dessiné , en caractères de
six pouces , les lettres : J, E, A, N, F, o, U,
u, T, R, E.
Nous devons encore ajouter, comme souvenir ho-
norable du régiment de La Couronne , qu'au com-
mencement de 1762 , le corps d'officiers, touché des
désastres qui avaient anéanti la marine française ,
écrivit au duc de Choiseul pour le prier de faire
agréer au roi un mois de ses appointements .
Louis XV accepta l'offre et appliqua cet argent à la
construction du vaisseau La Couronne , mais il fit
compter au corps une gratification double de la
somme qui faisait l'objet du don.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 209
A la paix , le régiment fut mis en garnison au
Quesnoy. Il passa à Givet en mai 1763 , à Arras en
décembre 1763 , à Condé en août 1765 , à Dunker-
que en novembre 1766 , à Valognes et Cherbourg en
juin 1767 , à Brest en octobre 1768 , à La Rochelle
en octobre 1769 , à Landrecies en juin 1770, à Douai
en décembre 1770 , à Sédan en juin 1771 , à Verdun
en octobre 1771 , au Quesnoy en octobre 1773 , à
Metz en octobre 1774 , à Nancy en septembre 1776,
et à Saint-Omer en avril 1778. Pendant les derniers
mois de cette année , il occupa successivement
Avranches et Lisieux . Il arrivait au Havre en no-
vembre 1779 , passait à Coutances en août 1780 ,
retournait à Lisieux en octobre 1780 , allait à Can-
cale en octobre 1781 , et prenait enfin la garnison
d'Arras en novembre 1783. Depuis, il fut à Lille en
octobre 1785 , au camp de Saint-Omer en septembre
1788 , et revint à Lille après la levée de ce camp .
Nous avons raconté ailleurs les querelles qui en-
sanglantèrent Lille pendant la première quinzaine
d'avril 1790 ( 1 ) . Après cette déplorable affaire, dans
(1 ) Le régiment était alors commandé par Charles de Lameth ,
maréchal de camp en 1791 , aujourd'hui le doyen des officiers gé-
néraux français. M. de Moyria, qui lui succéda, était major au
corps du 15 avril 1784 et lieutenant-colonel du 28 juin 1789. Châ-
lain, entré au corps comme lieutenant en 1760 , devint lieutenant-
colonel le 6 novembre 1791 .
Parmi les derniers lieutenants-colonels de La Couronne , quatre
sont devenus généraux ou brigadiers. Ce sont :
HIST. DE L'ANC . INFANTERIE FRANÇAISE, T. V. 14
210 HISTOIRE
laquelle il serait difficile de faire la part des torts ,
mais dont les intrigues de l'émigration furent certai-
nement les causes , le régiment quitta Lille pour sé
rendre à Béthune , où il arriva le 21 avril , et où il sé
trouvait encore au moment où la guerre éclata .
Le régiment de La Couronne fut alors envoyé au
camp de Maubeuge ; mais lorsque les Prussiens en-
er
vahirent la Champagne , le 1 bataillon fut dirigé
sur l'armée des Ardennes, tandis que le 2° se renfer-
mait dans Lille .
Après Valmy , le 1 bataillon revint à l'armée du
Nord , et fit le siége de Namur. Il passa en 1793 sur
le Rhin, et servit sur cette frontière jusqu'à son in-
corporation dans la 89° demi- brigade , qui eut lieu
le 3 décembre 1794.
Le 2º bataillon contribua, en 1792 , à la défense de
Lille. En 1793 , il défendit le Quesnoy. Le colonel
Goulu , qui était entré au corps comme soldat en
1776 , y fut blessé et fait prisonnier le 22 décembre.
Louis-Alexandre Petitcœur de Saint-Vast , volontaire en 1714,
lieutenant-colonel 20 septembre 1758 , brigadier 20 février 1761 ,
et maréchal de camp 27 novembre 1765 .
Hubert-Casimir Rousseau de La Férandière , lieutenant- colonel
15 mai 1776 , brigadier 1er janvier 1784 .
Jean Baptiste, chevalier d'Espense, major 30 décembre 1769,
lieutenant-colonel 24 juin 1780 , brigadier 5 décembre 1781 , ma-
réchal de camp 9 mars 1788.
Joseph Romanet , chevalier du Chaillou , lieutenant-colonel
2 juin 1792, général de brigade 15 mai 1793.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 211
La garnison du Quesnoy ayant été dirigée sur la Ven-
dée , le bataillon fit la campagne de 1794 dans
l'Ouest , et fut enfin chargé de la garde de l'île de
Noirmoutiers. Ce fut là qu'il fut amalgamé au
commencement de 1795 dans la 90° demi-brigade ,
qui peu après fit échouer une tentative des Anglais
contre cette île.
212 HISTOIRE
RÉGIMENT DE BRETAGNE.
46 RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Potiùs mori quàm fœdari.
DEVISE DU CORPS.
MESTRES DE CAMP ET COLONELS .
1. Marquis DE CASTELNAU-MAUVISSIÈRE ( Jacques ) , 4 février
1644.
2. Marquis D'HOCQUINCOURT (Georges de Monchy) , 7 mai 1649 .
3. Comte DE NOVION ( Claude Potier ) , 15 janvier 1668.
4. Marquis DE NOVION ( Louis-Anne-Jules Potier ) 16 février
1683.
5. Comte DE SÉZANNE (Louis-François d'Harcourt) , 22juin 1699.
6. BERTHELOT DE REBOURSEAU ( Michel-François) , 25 décem-
bre 1704.
7. Chevalier MOLÉ ( N. ) , février 1719 .
8. Chevalier DE SAINT-VALLIER ( François-Paul de La Croix ),
27 juillet 1720 .
9. Marquis DE CRILLON ( Louis des Balbi de Bertons ) , 16 avril
1738.
10. Comte DE POLASTRON ( Jean-François-Gabriel ) , 15 janvier
1745 .
11. Marquis DE RESNEL ( Jacques- Louis- Georges de Clermont
d'Amboise ) , 26 mai 1745 .
12. Chevalier DE CLERMONT D'AMBOISE ( Jean -Baptiste-Charles
François ) , 1er novembre 1746.
13. Vicomte DE BAUNE ( Joachim-Charles-Laure de Montagu ) ,
31 mars 1759.
14. Comte DE CHABANNES ( Jacques- Charles), 3 janvier 1770 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 213
15. Comte DE CRILLON (Louis- Alexandre-Pierre Nolasque des Bal-
bi de Bertons ) , 7 août 1778.
16. Baron DU COETLOSQUET ( Jean- Baptiste-Gilles ) , 1er janvier
1784.
17. DE SAINT-VICTOR ( François - Anselme ) , 25 juillet 1791 .
18. ATTALIN ( Charles-François-Xavier ) , 21 août 1792.
19. DE BRESSOLES DE SISCÉ ( Jean-Baptiste ) , 9 septembre 1792.
Ce régiment a été créé le 4 février 1644 par le
cardinal Mazarin , et porta d'abord le titre de Ma-
zarin-Français . Il fut composé à son origine de
2,500 hommes de choix en trente compagnies, dont
les capitaines étaient tous gens de distinction . Le car-
dinal en tira les soldats des débris des corps qui ve-
naient d'être écrasés à Rothweil et notamment de
deux régiments bretons qui avaient appartenu au
maréchal de Guébriand et au marquis de Castelnau-
Mauvissière. 'Guébriand venait d'être tué à ce siége .
Quant à Castelnau , Mazarin le fit colonel-lieutenant
du nouveau corps. Il lui donna pour lieutenant- co-
lonel M. de Danisy , qui l'était déjà du régiment de
Guébriand . Comme la création du régiment de Cas-
telnau remontait au 20 mars 1635 , il peut sembler
étonnant que le cardinal Mazarin n'ait point fait
prendre cette date à son régiment. Pour s'expliquer
cette modération , il ne faut pas perdre de vue que
Mazarin avait succédé à Richelieu dans la propriété
du régiment de La Marine , et qu'il venait de donner,
par brevet du 13 février 1643 , à ce régiment , moins
ancien que Castelnau , le rang de sixième des vieux
214 HISTOIRE
corps. Donner à Mazarin-Français l'ancienneté de
Castelnau , eût été se mettre dans un grand embar-
ras et allumer le feu à sa propre maison .
Mazarin-Français, formé en Allemagne , fit partie
de l'armée du vicomte de Turenne, et trouva dès sa
première campagne une occasion éclatante de se si-
gnaler et d'asseoir sa réputation . Le général bava–
rois Mercy venait de s'emparer de Fribourg sous les
yeux de Turenne , trop faible pour s'y opposer. Mais
bientôt le duc d'Enghien accourt du Luxembourg au
secours de l'armée d'Allemagne, et le 3 août 1644
commence cette série de combats sanglants qu'on
appelle la bataille de Fribourg. Le régiment demeura
sous les ordres de Turenne , qui s'était chargé de
tourner les montagnes pour attaquer par la gorge les
retranchements des Bavarois. Arrêté à l'issue du dé-
filé par des palissades et des abattis d'arbres , ce ne
fut qu'après un combat de huit heures qu'il parvint
à déboucher dans la plaine. Le surlendemain , le duc
d'Enghien rassembla les meilleurs régiments , et fit
un effort désespéré pour emporter de front ces re-
tranchements . Il mit pied à terre et s'élança à la tête
de Conti et de Mazarin-Français . Ce fut en ce mo-
ment, dit-on , que ce prince, jetant de l'autre côté
des palissades son bâton de commandement , im-
prima à ses soldats une ardeur irrésistible , et par-
vint à débusquer Mercy du poste redoutable qu'il oc-
cupait . Ce qui est certain , c'est que le régiment de
Mazarin , franchissant intrépidement les abattis et
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 215
arrachant les palissades , emporta une redoute, en
chassa l'ennemi , et se trouvait déjà établi dedans
quand le prince lui envoya l'ordre de l'attaquer . Le
marquis de Castelnau fit, ce jour-là, des choses pro-
digieuses, et reçut dans le corps cinq balles de mous-
quet. Le lieutenant- colonel Danisy mérita d'être cité
particulièrement dans le rapport du duc d'Enghien .
Enfin , le major Desradrets et le capitaine Villemort
se firent tuer. Le combat recommença le 9 août, et
çe fut Mazarin qui engagea l'action . Celle - ci se ter-
mina par la retraite définitive des Bavarois.
Après cette bataille mémorable , le régiment con-
tribua à la conquête de Philisbourg , de Landau , de
Worms, de Spire et de Mayence. Au mois de décem-
bre, il se trouva à la prise du château de Kreutznach .
Le nouveau major et un aide-major y perdirent la vie .
Le 5 mai 1645 , Mazarin est à la bataille de Ma-
riendhal : le lieutenant- colonel de Danisy, qui le
commandait , y fut fait prisonnier . Le 3 août , le ré-
giment fait des merveilles à Nordlingen . Il réussit ,
après une lutte acharnée , à s'emparer du village
d'Alteren, malgré les retranchements et les barrica-
des dont les Impériaux s'étaient couverts . Le général
en chef de l'armée ennemie , l'habile Mercy, fut tué
par une balle partie des rangs du régiment . Le brave
Castelnau reçut encore là deux coups de feu et eut
deux chevaux tués sous lui . Sa belle conduite lui valut
le grade de maréchal de camp ( 1 ) .
(1 ) Castelnau-Mauvissière fut fait maréchal de camp le 16 août
216 HISTOIRE
Mazarin-Français acheva la campagne de 1645 ,
sous Turenne , dans le Palatinat . Il franchit de nou-
veau le Rhin , dès les premiers jours de 1646 , et se
trouva à la prise de Schorndorf , où le lieutenant-
colonel Danisy fut tué . Son frère , qui devint plus
tard colonel-lieutenant de Mazarin- Italien , le rem-
plaça le 25 mars et conduisit le régiment en Flandre.
Celui-ci assista encore cette année aux siéges de
Mardyk et de Dunkerque , et prit ses quartiers à
Béthune. Il sortit de cette ville en mai 1647 , fort
de quinze compagnies , se rendit à Amiens , où le roi
le passa en revue le 20 , et se dirigea vers la Cata-
logne . Il servit au second siége de Lérida , à la prise
d'Ager et à la levée du siége de Constantin . Il revint
hiverner en France , et , au commencement de 1648 ,
les 400 hommes , qui le composaient alors , retour-
nèrent encore une fois sur le Rhin , à l'armée de
Turenne , et se distinguèrent , le 17 mai , au combat
de Zusmarhausen .
Le régiment joignit peu après l'armée de Cham-
pagne , commandée par le grand Condé , et prit part
le 20 août à la bataille de Lens . Il fit la campagne de
1649 en Flandre , se trouva au siége de Cambrai ,
contribua , le 25 août , à la prise de Condé , et fut
placé en quartiers d'hiver à Mouzon . Il y fut attaqué
à l'improviste , le 1er mai 1650 , par les troupes de
1645 , lieutenant-général le 12 septembre 1650 , et maréchal de France
le 30 juin 1638. Il ne jouit point de sa dignité et fut tué au siége
de Dunkerque, avant d'avoir reçu son brevet.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 217
Turenne ; mais il fut bientôt sous les armes , et sa
bonne contenance fit échouer cette tentative des re-
belles . Il quitta peu après Mouzon pour marcher au
secours de Guise , fut jeté au mois d'août dans Laon
menacé , et partit de cette ville , le 28 septembre ,
pour aller avec La Marine et Sault délivrer Mouzon
alors assiégé. Il se fit remarquer au combat du 9 oc-
tobre , sous les murs de cette place , parvint à y pé-
nétrer le 17 , et dès le 19 , il se signalait dans une
sortie . Après la capitulation de Mouzon , Mazarin
joignit l'armée du maréchal du Plessis- Praslin ; il
contribua à la prise de Réthel , et le 15 décembre il
se trouva à la bataille gagnée sur les troupes espa-
gnoles commandées par Turenne.
Le cardinal Mazarin fut contraint de sortir de
France en 1651. Le régiment devint alors la propriété
de la reine-mère, et fut mis , par brevet du 24 avril ,
sous le titre de la province de Bretagne , qui avait été
porté précédemment par un autre corps d'infanterie
levé en 1635 et réformé en 1643. Ce fut alors que
le régiment inscrivit , parmi les hermines de ses dra-
peaux , cette belle devise à laquelle il a toujours été
fidèle : Potiùs mori quàm fœdari (1 ) .
(1) Le drapeau blanc ou colonel du régiment de Bretagne était
marqué des armes du duché de Bretagne , surmontées de la devise
inscrite sur un ruban bleu de face et rouge au revers. Les dra-
peaux d'ordonnance avaient deux quartiers aurores et deux quar-
tiers noirs. La croix était semée d'hermines, et les quatre mots de
la devise occupaient chacun une branche de cette croix.
218 HISTOIRE
Il n'est pas besoin de dire que le régiment de-
meura attaché à la cour. Il suivit celle-ci derrière la
Loire , et , quand Turenne , rentré dans le devoir ,
eut repris le commandement de l'armée , Bretagne
se montra un des meilleurs régiments du vicomte
aux combats de Bléneau, d'Étampes et du faubourg
Saint-Antoine .
En 1653 , Bretagne fait partie de l'armée du duc
de Vendôme qui était chargé de soumettre les Bor-
delais , Pendant le long blocus de Bordeaux , il se
signale particulièrement à l'attaque de Bourg , qui
capitule , le 2 juillet , après trois jours de tranchée
ouverte .
Revenu en Champagne en 1654 , le régiment sert
à la prise de Réthel et de Mouzon , et se fait remar-
quer, le 28 juillet , à côté des Gardes Suisses , à l'as-
saut de la demi-lune de Stenay. Il termine cette cam-
pagne par la réduction de Quesnoy , vient ravitailler
cette place en avril 1655 , et contribue ensuite à la
conquête de Landrecies , de Condé et de Saint- Ghis-
lain . Il est , en 1656 , au malheureux siége de Va-
lenciennes , se renferme après la déroute de l'armée
dans Péronne , et repousse les Espagnols , auxquels
le maréchal d'Hocquincourt , père du mestre de
camp , voulait livrer cette ville. En 1657 , Bretagne
est au siége de Montmédy , il se loge , le 18 juillet ,
sur la brèche de la demi-lune . Il marche ensuite à
l'attaque de Saint-Venant , au secours d'Ardres et à >
la prise de Mardyk et de La Mothe- aux-Bois. En
1
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 219
1658 , il sort d'Ardres, où il a passé l'hiver, pour aller
au siége de Dunkerque . Le 14 juin , à la bataille des
Dunes , il soutient un combat particulier à l'aile
droite. Il avait été placé tout à fait à l'extrémité de la
ligne pour soutenir au besoin la cavalerie . Celle-ci
ayant été chargée par les escadrons du prince de
Condé , le lieutenant- colonel de Liscoët fit avancer
le régiment pour faire une décharge sur ces esca-
drons ; mais le prince apercevant ce mouvement fit
aussi avancer un régiment d'infanterie , et ces deux
corps engagèrent entre eux une lutte qui se terminą
par la prise du régiment espagnol .
Bretagne termina cette guerre par le siége d'Au-
denaërde. Il demeura dans cette ville jusqu'à la rati-
fication du traité des Pyrénées . En sortant d'Aude-
naërde , il fut placé à Péronne , d'où il ne bougea pas
jusqu'en 1669. Il avait été réduit à deux compagnies
après la mort d'Anne d'Autriche , arrivée le 10 février
1666. Le marquis d'Hocquincourt était devenu colo-
nel en chef du corps à la même époque (1 ) .
Les deux compagnies de Bretagne firent partie ,
en 1669 , du secours envoyé aux Vénitiens dans l'île
de Candie. A la sortie du 25 juin , pendant que d'au-
tres corps attaquaient les Turcs de front , elles se
précipitèrent sur la queue des tranchées , forcèrent
les Turcs à les évacuer, bouleversèrent leurs travaux
( 1 ) Le marquis d'Hocquincourt eut le brevet de maréchal de
camp le 26 mai 1651 , et celui de lieutenant- général le 16 juin 1655 .
220 HISTOIRE
et étaient occupées à enclouer 30 grosses pièces de
canon , quand l'explosion d'un magasin à poudre
vint faire perdre le fruit de tant d'héroïques efforts.
Le capitaine de Gondreville perdit la vie dans cette
journée . Bretagne fut un des trois régiments qui res-
tèrent jusqu'au bout à Candie . Il ne rentra à Toulon
qu'au mois d'octobre . On peut dire qu'à ce moment
il était détruit .
Rétabli , en 1670 , à quatre compagnies de 50 hom-
mes , et , en 1671 , à seize compagnies , il passa la
campagne de 1672 au camp de Courtrai avec le ma-
réchal d'Humières . Il fut appelé , en 1673 , au siége
de Maëstricht , et soutint le régiment du Roi à l'as-
saut livré le 24 juin à l'ouvrage à cornes . Les capi-
taines La Chassagne , Castelnau , d'Aumont , La Mou-
zandière et dix lieutenants furent blessés ce jour-là.
A la fin de cette année , le régiment suivit Turenne
sur le Rhin , et il hiverna à Trèves . En janvier 1674 ,
un détachement de 80 hommes , commandé par le
major Villelète , occupa le château de Weltsbillich .
A l'ouverture de la campagne , Bretagne rallia l'ar-
mée de Turenne ; il combattit , le 16 juin , à Sint-
zheim , le 4 octobre à Ensheim , où il prit quatre
canons à l'ennemi , et , le 5 janvier 1675 , à Turc-
keim. Il fit partie , au printemps , de l'armée du ma-
réchal de Créqui , et contribua à la prise d'Huy.
Revenu ensuite à l'armée d'Allemagne , il était can-
tonné à Wilstedt pour la garde des magasins , quand
Turenne fut tué à Salzbach . Le 31 juillet , il mit le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 221
feu à Wilstedt , rejoignit l'armée , et le lendemain
1er août , il combattait à Altenheim . Il passa le reste
de cette campagne sur la défensive , en Alsace , et
contribua à faire lever les siéges d'Haguenau et de
Saverne. En 1676 , il est à l'armée de Flandre ; il
sert aux siéges de Condé et de Bouchain . Se diri-
geant ensuite vers la Meuse , il participe à la prise de
Marche-en-Famène , des châteaux de Condros et de
Bouillon , et à la levée du siége de Deux- Ponts . En
1677, il accompagne le maréchal de Créqui dans
toutes ses expéditions . Il se trouve , le 7 octobre , au
combat de Kokersberg , et , en novembre , il fait le
siége de Fribourg . Le 27 juin 1678 , on le trouve à
la prise des châteaux de Rotheling et de Brombach .
Le 23 juillet , il est à l'attaque des retranchements
élevés par les Impériaux à Seckingen , sur la Kintzig.
Le 15 septembre , il coopère à la réduction des forts
situés entre Strasbourg et le Rhin , et plus tard à la
prise du château de Lichtemberg . Enfin , en 1679 , il
prend part au combat de Minden , dernière action de
cette guerre .
Bretagne fit partie , en 1684 , de l'armée qui cou-
vrit les opérations du siége de Luxembourg . Il se
rendit , en 1688 , à l'armée d'Allemagne . Après la
conquête de Mayence , il y fut mis en garnison , et
contribua , en 1689 , à la belle défense du marquis
d'Huxelles . Il se signala aux sorties dés 13 et 16 août,
et surtout à la défense du chemin couvert , le 6 sep-
tembre ses pertes furent considérables dans ce siége .
222 HISTOIRE
Le lieutenant de Monby fut tué . Le lieutenant-colonel
La Chassagne , le major de Bussé , le capitaine de
Boisville , le lieutenant de Courtmoulin et dix autres
officiers furent blessés. Après la capitulation de
Mayence , Bretagne fut envoyé à Huningue . Il y resta
jusqu'en juin 1690 , et fut alors à Bourg en Bresse.
Après un court séjour dans cette ville , on le dirigea
sur les Alpes de Provence , et il fut employé sous le
marquis de Vins à pourchasser les barbets de la vallée
de Barcelonnette. Le 19 avril 1691 , dans une ren-
contre près de Mégronne , le colonel de Novion ( 1 )
eut son cheval tué sous lui . Bretagne franchit, peu de
jours après, les montagnes pour rallier l'armée de
Cattinat. Il se trouva à la prise de Veillane , où il fut
chargé de la fausse attaque , et fit au mois de juin le
siége de Camagnola , puis ceux de Coni et de Mont-
mélian . En 1692 , l'armée se tint sur la défensive
couvrant Pignerol et Suze. Il en fut de même au com-
mencement de 1693. Enfin , le 4 octobre , eut lieu la
grande bataille de la Marsaglia . La brigade de Bre-
tagne y formait l'extrême gauche de la 2e ligne et
montra la plus grande valeur . Après la victoire , le
régiment se trouva au ravitaillement de Casal , de
(1 ) M. de Novion , qui avait succédé à son oncle dans le com-
mandement du régiment, parvint au grade de brigadier le 30 mars
1693. Un duel, qu'il eut en mai 1699 avec le chevalier de Saint-
Geniez , le fit condamner à avoir la tête tranchée. Il quitta alors la
France, et se réfugia en Bavière, où il est devenu major général
des troupes de l'Électeur .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 223
Saluces , de Pigneról et de Suze , et prit part à la dé-
faite des milices piémontaises près de Morelta. L'an-
née suivante , il fut envoyé en Catalogne. Il revint
sur les Alpes en 1695 , servit encore contre les bar-
bets , et fit , en 1696 , le siége de Valencia . Lorsque
les préliminaires de la paix avec la Savoie firent lever
ce siége , il repassa en Catalogne et fut employé en
1697 au siége de Barcelone ..
Au mois de décembre 1700 , Bretagne reprend la
route de l'Italie . Il se trouve , en 1701 , au combat
de Carpi et à celui de Chiari , où il perd son lieutenant-
colonel , Pierre de La Chassagne (1 ) . Le régiment
assiste , en 1702 , à la fameuse surprise de Crémone ,
au combat de Santa-Vittoria , à la prise de Luzzara,
où le colonel , comte de Sézanne , est blessé au
bras (2) , et le lendemain à la bataille livrée sous les
murs de cette ville. Il termine cette campagne par
la prise de Borgoforte. En 1703 , il combat à Castel-
nuovo de Bormia , accompagne Vendôme dans son
expédition du Tyrolitalien , contribue à la soumission
de Nago et d'Arco et à la défaite du général Visconti .
Un 2e bataillon , levé par ordre du 1er février 1701 ,
servait pendant ce temps dans les garnisons de
Flandre .
(1) Lieutenant au corps en 1664 , major 29 août 1678, lieutenant-
colonel 25 mars 1682 , brigadier 30 mars 1693. Remplacé par Hi-
laire de Fontvielle , qui devint brigadier le 11 octobre 1706.
(2) Le comte de Sézanne fut fait brigadier 29 janvier 1702 , maré-
chal de camp 26 octobre 1704 , et lieutenant-général 29 mars 1710 .
224 HISTOIRE
Le 29 janvier 1704 , Bretagne sort de ses canton-
nements , passe la Secchia de vive force , et s'empare
de la Bastia et de Buonporto , postes importants oc-
cupés par les Impériaux . Il fait ensuite les siéges de
Verceil et d'Ivrée , et reste pendant tout l'hiver dans
les tranchées de Vérue . Après la prise de cette place,
en avril 1705 , Bretagne est placé à Monzambano ,
dans le Mantouan . Le 8 mai , le prince Eugène , qui
voulait secourir la Mirandole assiégée , se présente
pour passer le Mincio . Bretagne court à sa rencontre
avec trois régiments de cavalerie ; mais , en arrivant,
il trouve la rivière bordée de mousquetaires et l'en-
´nemi en train de construire un pont . Le colonel Ber-
thelot ( 1 ) , sans considérer la disproportion des forces ,
se résout à attaquer et dispose si bien ses troupes ,
qu'après un engagement de deux heures , Eugène
se retire avec perte de 500 hommes. Le régiment
avait eu 15 tués et 75 blessés . Bretagne construit im-
médiatement des retranchements sur ce point et y
demeure jusqu'à la prise de la Mirandole. Le 31 mai ,
la compagnie de grenadiers du capitaine Martinet se
distingue extrêmement au combat de la cassine de
Moscolino ; elle y eut 25 hommes mis hors de com-
• bat. Le régiment assiste , le 16 août , sans y pren-
dre part , à la bataille de Cassano . Pendant le reste
de l'année, il fait partie du corps du marquis de
(1 ) M. Berthelot obtint les grades de brigadier et de maréchal
de camp les 29 mars 1710 et 1er février 1719.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 225
Broglie , détaché derrière l'Adda , participe , le 16 oc-
tobre , à l'attaque des retranchements des Impériaux ,
à Gumbetto , et prend encore ses quartiers d'hiver à
Monzambano .
Le 2 bataillon, qui était en Flandre , commença
cette année à faire parler de lui . Il faisait partie avec
le régiment de Béarn d'un petit corps placé sous les
ordres du colonel Pasteur, célèbre partisan . Le
16 août, ce corps était posté au village de Waterloo ,
devenu depuis trop célèbre ; il y fut attaqué dans la
nuit par des forces supérieures, et, après une heure
et demie d'une lutte acharnée, il fut obligé de l'éva-
cuer. Il se retira en bon ordre dans la forêt de Soi-
gnies , et , de là , il harcela si bien les troupes qui
avaient occupé Waterloo , qu'il les força à décamper,
après leur avoir tué en détail plus de 600 hommes .
Le 19 avril 1706 , le vieux bataillon de Bretagne
contribue à la victoire de Calcinato et poursuit les
débris de l'armée de Reventlaw le long du lac de
Garda . Ses grenadiers se couvrent de gloire à l'atta-
que de Salo ; le colonel y est blessé . Il arrive ensuite
devant Turin , prend poste entre la Doire et la Stura ,
et fait des prodiges de valeur à la malheureuse ba-
taille du 7 septembre . Rentré en France après ce
désastre , il est employé à la garde des passages des
Alpes du Dauphiné . Il vole en 1707 à la défense de
Toulon , s'établit à l'ouest de la ville au camp retran-
ché de Messicy, et, après la retraite de l'ennemi, il
retourne en Savoie . Il sert sur cette frontière pendant
HISTOIRE DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 15
226 HISTOIRE
toute l'année 1708 et contribue à la prise des deux
bourgs qui forment la ville de Césanne .
En 1709 , les deux bataillons de Bretagne se trou-
vent réunis à l'armée de Flandre . Le régiment fai-
sait partie à Malplaquet du corps aux ordres du
comte Albergotti . Au plus fort de la mêlée , il vient
renforcer l'aile gauche débordée et se place à la
droite de la brigade du régiment du Roi , faisant un
crochet dans le bois de Sart et appuyant sa gauche à
un marais, pour empêcher l'ennemi, qui était maître
de la pointe du bois , de déboucher de ce côté-là . Il
garde intrépidement ce poste jusqu'au moment où
l'ordre de battre en retraite est donné .
Bretagne passe la campagne de 1710 dans les li-
gnes de la Lauter et hiverne à Saarlouis . Il revient ,
l'année suivante , en Flandre , prend part à l'attaque
d'Arleux et se distingue en 1712 à Denain . Après ce
succès inespéré , il participe à la prise de Douai , du
Quesnoy et de Bouchain . En 1713 , il se rend à l'ar-
mée du Rhin et fait les siéges de Landau et de Fri-
bourg. Dans ce dernier siége , il prend son poste dans
le Kundersthal au pied du fort Saint-Pierre . En
1714 , le 2 bataillon est réformé , et il n'est plus
question du régiment jusqu'à l'année 1732 , pen-
dant laquelle on le retrouve au camp d'Aimeries-
sur-Sambre (1 ) .
(1 ) Louis de Chassalt de La Chassagne, lieutenant en 1687, ma-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 227
En 1733 , Bretagne fait partie du petit corps d'ar-
mée qui prend possession de la Lorraine . Il se rend
en 1734 sur le Rhin , se trouve à l'attaque des lignes
d'Ettlingen et fait le siége de Philisbourg . Il occupe
Worms au mois de novembre et y passe l'hiver . Il
opère en 1735 dans l'électorat de Trèves et com-
bat à Klausen .
En avril 1742 , Bretagne se met en route avec
Normandie pour se rendre en Bavière ; il arrive le
21 mai au camp de Nieder-Altach . Peu de temps
après, un piquet de 400 fusiliers , commandé par le
colonel, est détaché pour accompagner le duc d'Har-
court dans une reconnaissance sur le château d'E-
bersberg. Au retour, ce piquet s'égare au milieu
d'un brouillard épais et se trouve tout à coup cerné
par une nuée de hussards et de pandours . Toutefois
M. de Crillon fait de si bonnes dispositions et sait si
bien communiquer son énergie aux soldats, qu'après
une lutte de trois heures il parvient à se faire jour
à travers les ennemis et rentre au camp sans autre
perte que celle d'une trentaine d'hommes . Le régi-
ment quitta bientôt le camp de Nieder-Altach pour
se rapprocher de la frontière de Bohême . Il fut d'a-
jor le 5 octobre 1704 , fut fait lieutenant- colonel le 25 septem-
bre 1708, et brigadier le 3 avril 1721 .
Le chevalier de Saint-Vallier, colonel en 1720 , devint brigadier
le 20 février 1734 , et maréchal de camp le 1er mars 1738. Il fut tué
en Bohême le 25 septembre 1742. Son successeur, le marquis de
Crillon, est passé au régiment devenu Béarn.
228 HISTOIRE
bord cantonné à Eggenfelden et prit part à la con-
quête d'Elnbogen et de Caaden , et au secours de
Braunau . Au mois de novembre, le brave colonel de
Crillon, moins heureux qu'il ne l'avait été quelque
temps auparavant, étant parti avec ses deux compa-
gnies de grenadiers pour prendre poste à Landau
sur l'Isar, fut enveloppé par toute l'armée du grand
duc de Toscane, mari de l'impératrice , et forcé de
mettre bas les armes . Il fut échangé quelques jours
après contre M. de Cossa, colonel- commandant du
régiment autrichien de Braun , et les deux compa-
gnies de grenadiers le furent également dans les
premiers jours de janvier 1743. Le régiment fut alors
réuni à Reggenstauf, où il passa tout l'hiver . Il
quitta cette ville le 12 avril et se rendit à Amberg
pour favoriser le ravitaillement d'Egra . Peu de jours
après, il se mit en retraite . Chemin faisant , il con-
tribua à la défense des postes de Dingolfingen et de
Deckendorf. Rentré en France au mois de juillet , il
fut mis en garnison au Fort- Louis du Rhin et il y
fut rejoint en octobre par les compagnies des capi-
taines Beauvoir et La Plaine, qui étaient restées à In-
golstadt.
En 1744 , Bretagne fit partie de l'armée de la
Moselle , et, quand les Autrichiens eurent envahi
l'Alsace, il contribua vigoureusement le 13 août à la
défaite du corps du général Nadasty sur les hau-
teurs de Saverne . Le capitaine de grenadiers La
Plaine périt dans ce combat. Le régiment joignit
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 229
alors l'armée du Rhin , se trouva le 23 du même
mois à l'attaque des retranchements de Suffelsheim
et fit le siége de Fribourg. Il passa cet hiver dans la
Souabe, et en 1745 il fit partie de l'armée du Bas-
Rħin , commandée par le prince de Conti , qui se
tint constamment sur la défensive .
Bretagne est en 1746 à la grande armée des
Pays-Bas. Il fait le siége de Mons et se trouve le
10 octobre à la bataille de Rocoux. Il faisait partie
de la division de M. de Clermont-Gallerande , qui,
attaquant avec un ensemble merveilleux les troupes
hessoises et hanovriennes retranchées dans le village
de Varoux , les culbuta complétement et leur fit
éprouver des pertes énormes (1 ) .
Pendant que l'armée des Pays-Bas remportait ce
mémorable succès , les troupes d'Italie étaient bat-
tues et l'ennemi envahissait la Provence . Le régi-
ment part en novembre pour se rendre sur les Alpes .
Il contribue à chasser les Impériaux de la Provence
et passe la mauvaise saison aux débouchés des mon-
tagnes . En juin 1747 , il se trouve à l'attaque des
(1) Le comte de Polastron , colonel en 1745, passa la même an-
née au régiment de La Couronne . Son successeur, le marquis de
Resnel , était malade àl'hôpital de Tongres pendant la bataille de Ro-
coux. Il y mourut huit jours après. Le régiment était commandé
à Rocoux par Jean-Baptiste de Prunier, marquis de Lemps , lieute-
nant au corps en 1722 , major 21 juin 1739 , lieutenant-colonel
16 février 1744, colonel en 2° 1er novembre 1746 , brigadier 1er jan-
vier 1748, et maréchal de camp 10 février 1759.
230 HISTOIRE
retranchements de Montalban , puis à la conquête du
comté de Nice , au secours de Vintimille et aux deux
combats qui furent livrés au mois d'octobre sous les
murs de cette ville . Le régiment demeura dans les
Alpes maritimes jusqu'à la paix .
En 1755 , il fait partie du camp de Valence , et en
1756 , il ouvre la guerre de Sept-Ans par l'expédi-
tion de Minorque. Il se distingua particulièrement
à l'assaut du fort Marlborough de Mahon . Le capi-
taine de grenadiers Saint -Alby et le lieutenant Du-
périer y furent tués. Le capitaine Bellegarde et un
autre lieutenant furent blessés . Après la prise de
Mahon, qui amena la soumission complète de l'île,
Bretagne se rembarqua pour la France. Il fut en-
voyé , en 1757 , à l'armée du maréchal d'Estrées ,
combattit le 24 juillet à Haastembeck et marcha à la
conquête du Hanovre. Il était à la prise de Minden et
de Hanovre , et poursuivit l'armée ennemie jusqu'à
Closterseeven . En janvier 1758 , il fut envoyé aux
environs de Brême avec le duc de Broglie ; mais ce
général se sentant trop faible pour rien entreprendre ,
dut se tenir sur la défensive . Bretagne occupa le
cantonnement de Burghausen . Le 23 février , une
colonne prussienne vint menacer la petite ville
d'Hoya qui possède un pont sur le Weser . Les deux
compagnies de grenadiers et 100 fusiliers de Bre-
tagne volent au secours des Gardes Lorraines qui
formaient la garnison d'Hoya. Elles furent placées
dès leur arrivée au delà du pont , autour d'une espèce
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 231
de château . Pendant ce temps, une partie des troupes
du prince Ferdinand de Brünswick avait passé le
Weser sur des radeaux au-dessus d'Hoya , et vint
attaquer les Français en flanc et par derrière , tandis
que le reste de l'armée prussienne les occupait de
front. Les compagnies de Bretagne, isolées au delà
du pont , firent une résistance glorieuse ; mais elles
furent enfin obligées de demander une capitulation
qui , en considération de leur courage, fut des plus
honorables. Après cette affaire , le régiment se mit
en retraite sur Osnabrück , puis sur le Bas-Rhin , et
fut employé à la garde de la frontière hollandaise de-
puis Xanten jusqu'au fort de Skencke . Il fut plus
tard envoyé sur les côtes , et fit dans cette position
les campagnes de 1759 et 1760. Il reparut à l'armée
d'Allemagne en 1761 , et prit une part distinguée au
succès du combat de Werle le 3 juillet . Il se fit en-
core remarquer, le 23 juillet 1762 , à l'affaire qui eut
lieu sur les bords de la Fulda . Le capitaine du
Portal et un lieutenant y furent blessés ( 1 ) .
(1 ) Le chevalier de Clermont , qui commanda le régiment de
1746 à 1759, fut fait brigadier le 23 juillet 1756. Son successeur,
le vicomte de Baune, devint maréchal de camp le 3 juin 1770 , et
lieutenant- général en 1784.
Le comte de Chabannes , qui le remplaça, fut nommé brigadier le
22 janvier 1769 , et maréchal de camp en 1780 .
Nicolas-François de Prunier, chevalier de Lemps, lieutenant en
1722, fut fait lieutenant- colonel 15 septembre 1751 , et est devenu
colonel du régiment de Vivarais.
232 HISTOIRE
A sa rentrée en France , le régiment de Bretagne
fut mis en garnison au Fort-Louis du Rhin . Il est
allé depuis à Huningue en mai 1763 , à Vannes, Lo-
rient et Belle-Isle en mai 1764 , à Rochefort en octo-
bre 1766 , à Toulon en juin 1767 , en Corse en mai
1768, au Château-Trompette de Bordeaux et Blaye en
novembre 1770, à La Rochelle en septembre 1772 , à
Brest en septembre 1773 , à Cambrai en novembre
1774 , à Gravelines et Douai en octobre 1776 , à
Givet et Philippeville en octobre 1777 , à Dunkerque
en avril 1778 , et à Metz en novembre 1780. Ce fut
de là qu'il partit , en 1781 , pour se rendre à Toulon ,
où il s'embarqua pour coopérer à la deuxième con-
quête de l'île de Minorque . Il dut cette distinction à
son colonel (1 ) , fils du duc de Crillon qui comman-
dait l'armée espagnole devant Mahon . Bretagne se fit
remarquer au siége du fort Saint- Philippe, et ce fut
dans les rangs de ses grenadiers que le célèbre La
( 1 ) Le comte de Crillon fut fait brigadier 1er mars 1780 , et ma-
réchal de camp 1er janvier 1784. Le baron du Coëtlosquet obtint
le grade de maréchal de camp le 1er mars 1791. Le colonel Saint-
Victor était lieutenant-colonel au corps depuis le 6 septembre 1792.
Attalin l'avait été le 25 juillet 1791 , et Bressoles de Siscé le 21 août
1792. Ce dernier devint général de brigade en 1793 .
François-Hippolyte de Saint-Romand, lieutenant-colonel 29 dé-
cembre 1777 , devint brigadier 11 novembre 1782 , et maréchal de
camp 9 mars 1788.
Desaix ( Louis-Charles-Antoine de Voygoux ) était entré comme
sous -lieutenant dans Bretagne en 1783.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 233
Tour d'Auvergne fit, comme volontaire , ses premiè-
res armes . Mahon capitula le 4 février 1782 , et le ré-
giment suivit le duc de Crillon au camp de Saint-
Roch devant Gibraltar. Il perdit le capitaine de Bé-
rard et une trentaine de soldats à l'affaire du 13 sep-
tembre sur les batteries flottantes.
Au mois de juin 1783 , Bretagne revint en France
et fut placé à Perpignan . Il fut envoyé à Briançon en
octobre 1784. Pendant le séjour du régiment dans
cette ville , le 27 mai 1785 , un incendie détruisit
complétement le village de Casset . Les soldats , après
avoir fait tous leurs efforts pour arrêter les progrès
des flammes, se cotisèrent pour soulager l'infortune
des malheureux incendiés et leur donnèrent 1,000
rations de pain prélevées sur leur strict ordinaire .
Bretagne est envoyé à Thionville en avril 1788.
Il est appelé au camp de Metz au mois de septembre
de la même année , et en septembre 1789 il se rend
à Huningue. En août 1790 , le 2º bataillon va à Stras-
er
bourg, et le 1 fait partie des troupes qui sont rap-
prochées de Lyon pendant les troubles de cette ville.
Ce bataillon occupe alors , pendant quelque temps ,
Briançon, et il y est agité par quelques affaires inté-
rieures qui ont le fâcheux résultat de contraindre le
colonel du Coëtlosquet à se démettre du commande-
ment. Le régiment se trouve de nouveau au complet
à Huningue en août 1791 , et c'est de là qu'en mai
1792 il adresse à l'Assemblée nationale , pour les
frais de la guerre , un don patriotique de 2,806 li-
234 HISTOIRE
vres en argent et 540 livres en assignats . Il comptait
alors 1,123 hommes dans les rangs.
Peu de jours après , le 1er bataillon est envoyé à
l'armée de Custines ; le 2 est mis en garnison à
Schlestadt, mais il rejoint bientôt l'armée.
Bretagne se distingua d'une manière toute parti-
culière le 17 mai 1793 au combat de Rixheim . Aban-
donné par les volontaires , il résista longtemps seul
aux attaques de l'ennemi et fit sa retraite en bon or-
dre. Le 22 juillet, lorsque les troupes françaises at-
taquèrent les Prussiens retranchés sur les hauteurs
de La Chapelle-Sainte-Anne , le 1er bataillon soutint
avec une grande intrépidité une charge de la cavale-
rie ennemie qui venait de disperser la nôtre et para-
lysa l'effet funeste qu'eût pu entraîner cette défaite
partielle . Le général Bauharnais , dans son rapport,
a rendu un hommage tout particulier à la bravoure
de ce bataillon .
Le 1 bataillon de Bretagne est entré le 21 juin
1794 dans la composition de la 91 ° demi-brigade . Le
2e bataillon a servi à former la 92° le 30 juillet de la
même année.
Le costume du régiment de Bretagne a varié plus
souvent que celui des autres corps de l'infanterie.
Sous Louis XIV , il se composait d'un habit complet
gris blanc avec des poches en long , des boutons de
cuivre très-larges , les manches en botte et le cha-
peau bordé d'or . Vers 1750 , ce corps prit l'habit et
la veste bleus , doublés de même , avec des boutonniè-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 235
res et l'aiguillette blanches , les boutons et le galon
de chapeau d'argent . En 1758 , il portait habit, pa-
rements et culotte blancs , veste rouge , collet noir,
boutons jaunes , pattes ordinaires garnies de quatre
boutons , autant sur la manche, chapeau bordé d'or.
En 1763 , il avait le revers et le collet noirs. De 1776
à 1779, enfin , il eut les revers et parements noirs,
avec le collet rouge et les boutons blancs .
236 HISTOIRE
RÉGIMENT DE LORRAINE.
47° RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Ils ne se servent de poudre
à canon que pour faire des
réjouissances.
UN OFFICIER ESPAGNOL.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS .
1. Baron DE LA VAL D'ISÈRE ( N.) , avril 1644.
2. DE ROCHEFORT ( N. d'Aloigny ) , juillet 1652 .
3. DE BALTHAZARD ( Jean ) , 1658 .
4. DE SALLIÈRES ( N. de Chastellar ) , 1665 .
5. Marquis DE LIGNERAC (Joseph de Robert) , 31 décembre 1690 .
6. COTTERON ( N. ) juillet 1705.
7. Marquis DE CEBERET ( Claude ) , 27 octobre 1706 .
8. Marquis DE RIEUX ( Louis- Auguste ) , 15 mars 1718.
9. Marquis DE LIVRY ( Paul Sanguin ) , 16 avril 1738.
10. Comte DE MONCAN ( Jean- Baptiste de Marin ) , 20 mars 1744.
11. Chevalier DE BEAUVAU-CRAON ( Ferdinand-Jérôme ) , 26 fé-
vrier 1746 .
12. Comte DE CUCÉ (Louis-Bruno de Boisgelin) , 14 septembre 1760.
13. Duc DE MORTEMART ( Victurnin-Jean-Baptiste-Marie de Ro-
chechouart ) , 20 mars 1774 .
14. Comte DE PRASLIN ( Antoine - César de Choiseul ) , 10 mars
1788 .
15. Vicomte D'OLONNE ( Pierre-François ) , 23 novembre 1791 .
16. COLOMB ( Joseph-Antoine) , 16 mai 1792.
Ce régiment est un de ceux dont la destinée a
éprouvé les révolutions les plus singulières. Il était
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 237
d'origine piémontaise , et jusqu'à la paix des Pyré-
nées il n'a servi dans l'armée française qu'à titre
d'auxiliaire . Il fut levé , en avril 1644 , par Thomas
Emmanuel Philibert de Savoie, prince de Carignan ,
dont il porta le nom ; et il avait eu , dit-on , pour
noyau , la compagnie des Gardes de ce prince célè-
bre. Dans les premières années de son existence, il
était fort de 1,000 hommes et obéissait aux ordres
d'un mestre de camp ou colonel en second , nommé
le baron de La Valdisère.
Le premier fait d'armes auquel prend part le régi-
ment de Carignan , du moins pour le compte de la
France , est le siége de Vigevano , au mois d'août
1645. Le 19 octobre de la même année on le voit au
combat de La Mora . En 1646 , il est de l'expédition
d'Orbitello , commandée par le prince Thomas. Il
s'embarque le 2 mai au bourg de Vay, dans la rivière
de Gênes , sur la flotte du duc de Brezé , arrive le
10 du même mois dans la rade de Telamone , débar-
que au pied du mont Argentaro à trente milles de Ci-
vita-Vecchia après une vive résistance , et se distin-
gue à la prise du fort des Salines. L'expédition ayant
manqué son but , le régiment revient en Piémont et
est mis en garnison à Trino , où il reste jusqu'en 1648 .
Cette année, il est envoyé à Casal , et lorsqu'en 1649
les troupes françaises sont rappelées en France par
les troubles de la Fronde, il passe, lui aussi , les Al-
pes et va servir en Guyenne . Il demeure dans cette
province jusqu'en 1652. Il joignit alors la cour réfu-
238 HISTOIRE
giée derrière la Loire, et fit partie de la petite armée
avec laquelle Turenne ramena Louis XIV à Paris. Il
se distingua extrêmement le 2 juillet à la bataille du
faubourg Saint-Antoine. Il était placé, avec le régi-
ment d'Huxelles , à l'extrême gauche, dans les jardins
du financier Rambouillet , qui couvraient alors l'es-
pace compris entre la rue de Charenton et la Seine,
et quoique le baron de La Valdisère eût été tué dès
les premiers coups de fusil , il entreprit de déloger
les troupes du prince de Condé qui se faisaient sue-
cessivement un retranchement de tous les murs de
clôture, et il y parvint après une lutte des plus achar-
nées . Il comptait alors trente compagnies .
Au mois d'octobre , les huit premières compagnies
retournèrent en Piémont : les vingt- deux autres pri-
rent la même route en décembre. Après quelques
opérations insignifiantes , le régiment tout entier re-
vint prendre ses quartiers d'hiver dans le Dau-
phiné .
Le 18 avril 1653 , Carignan arrive à Turin , où
le duc de Savoie le vient voir, et il entre aussitôt en
campagne. Il combat , le 23 septembre , à La Ro-
quette , sur le Tanaro , et il hiverne dans la vallée de
Saint-Martin . En 1655 , il se fait remarquer au siége
de Pavie ; les capitaines de Compoix et La Berthe y
sont blessés ; un autre officier est tué . En 1656 , le
régiment devient la propriété de Thomas-François
de Savoie-Soissons, prince de Carignan , par la mort
de son père. Il fait cette année le siége de Valencia,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 239
où son lieutenant- colonel est blessé , et il termine
cette guerre , en 1658 , par le siége de Mortare.
Après la paix des Pyrénées , le prince de Carignan
ne pouvant faire entretenir son régiment en Savoie ,
le donna à Louis XIV. Le corps fut dès lors admis
dans l'armée française , mais sur le pied étranger, et
à dix compagnies seulement.
Au mois de mai 1665 , ces compagnies , présentant
ensemble un effectif de 1,000 hommes , allèrent
s'embarquer à La Rochelle pour passer au Canada
avec un régiment allemand , qu'on appelait le régi-
ment de Balthazard . Le prince de Carignan ne suivit
point son régiment en Amérique , et la totalité des
troupes embarquées fut placée sous les ordres de
M. de Balthazard . On en forma , à cet effet , une
espèce de brigade ou de régiment provisoire , qui prit
le nom de régiment de Carignan-Balthazard , et qui
conserva deux drapeaux colonels . La compagnie co-
lonelle de M. de Carignan était la première , et celle
de M. de Balthazard la seconde . M. de Balthazard
étant mort la même année , fut remplacé par M. de
Sallières , qui était le premier capitaine de son régi-
ment . Cela n'apporta d'ailleurs aucun changement à
l'organisation du corps , qui prit seulement le titre
de Carignan- Sallières .
Carignan - Sallières est le premier régiment de
troupes réglées et soldées par l'État , qui ait franchi
l'Atlantique pour aller porter la gloire des armes
françaises dans le Nouveau-Monde . A peine arrivé à
240 HISTOIRE
Québec , il prit part à une expédition dirigée contre
les tribus iroquoises du lac Champlain , et ce fut lui
qui , sous la direction du capitaine La Mothe, con-
struisit le fort Sainte-Anne dans une île du lac . Le
1er octobre 1666 , une petite armée , commandée par
M. de Tracy , et composée de 600 hommes de Cari-
gnan - Sallières et de 1200 colons et algonquins ,
partit du fort Sainte-Anne pour aller détruire les
habitations des Iroquois. L'expédition remonta le
Champlain , et avant de passer dans le lac du Saint-
Sacrement , elle construisit , près du saut qui sépare
ces deux nappes d'eau , un fortin dans lequel M. de
Sallières fut laissé avec quatre compagnies de son
régiment pour assurer le retour de l'armée . Celle-ci
continua sa route , s'enfonça dans les vieilles forêts
qui recélaient les huttes des sauvages , détruisit leurs
campements , et , après une course plus pénible que
périlleuse , rentra à Québec le 5 novembre.
On ignore ce que fit le régiment l'année suivante .
Au mois de juin 1668 , les deux compagnies colo-
nelles , de 60 hommes chacune , débarquaient à La
Rochelle . Tout le reste était resté au Canada. Il est
probable que le gouvernement , qui n'attachait alors
qu'une médiocre importance à cette colonie , se lassa
de solder des troupes , dont la présence en Amérique
ne profitait qu'aux marchands de pelleteries , et qu'il
autorisa les soldats des compagnies ordinaires à passer
au service des colons . Quant aux compagnies colo-
nelles qui appartenaient au prince de Carignan et au
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 241
colonel de Sallières , il n'était pas possible d'en dis-
poser ainsi , et elles rentrèrent en France .
De 1668 à 1671 , ces deux compagnies furent en-
tretenues , l'une à côté de l'autre , sans faire corps
cependant. En 1671 , au moment où tout se préparait
pour la guerre de Hollande , le prince de Carignan
reçut l'ordre de rétablir son régiment à seize compa-
gnies. Il proposa à M. de Sallières , qui n'avait guère
l'espérance de voir le sien remis sur pied , d'incor-
porer définitivement sa compagnie dans le corps dont
il était propriétaire , mais qu'il ne voulait pas com-
mander en personne , sous la condition que M. de
Sallières aurait le titre et les fonctions de colonel
commandant , qu'il conserverait un drapeau blanc
dans la compagnie qui lui appartenait en propre , et
que le régiment porterait , comme auparavant , le
titre de Carignan- Sallières . Cette proposition était
trop avantageuse pour ne pas être acceptée , et de là
naquit une bizarrerie qui , dans ces temps d'étiquette
et de respect pour les choses établies , devait durer
près de cinquante ans .
Le régiment de Carignan- Sallières fit la campagne
de 1672 sous le maréchal d'Humières , et fut mis en
garnison à Courtrai , où il demeura pendant les deux
années suivantes. Cependant , en 1674 , quelques
compagnies passèrent en Sicile. Elles défendirent
courageusement , le 8 février 1675 , le fort de Castel-
lazo contre une entreprise des Espagnols . Le capi-
taine de Grandcombe tua trois Espagnols et fut blessé.
HIST. DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE, T. V 16
HISTOIRE
Le gros du régiment se rendit , en 1675 , de Courtrai
à Huy ; il évacua cette dernière ville en avril 1676 ,
après en avoir rasé les fortifications , et alla tenir
garnison à Philippeville.
Le 18 juillet de cette année 1676 , la propriété du
régiment passa à Louis-Thomas de Savoie , comte
de Soissons , neveu du prince de Carignan et père
du célèbre prince Eugène ( 1 ) . M. de Sallières , vieux
et fatigué , renonça alors à sa part de commandement,
mais il tint à transmettre à son fils sa compagnie co-
lonelle et son drapeau blanc qui continua de flotter
à côté du vrai drapeau colonel jusqu'à la retraite de
M. de Sallières fils , qui n'eut lieu qu'en octobre 1748 .
Le régiment , qui avait pris le nom de Soissons ,
eut le rare honneur, le 9 mars 1677 , d'ouvrir la
tranchée devant Valenciennes en même temps que
les Gardes Françaises et Picardie : c'était une galan-
terie que Louis XIV faisait à son jeune colonel . Le
17, les grenadiers , conduits par le lieutenant-colonel
La Pierre , prirent part à la fameuse attaque où cette
place fut emportée par un excès d'ardeur des Mous-
quetaires , qui se communiqua à toutes les troupes
commandées pour les soutenir . Soissons fit encore
cette année les siéges de Cambrai et de Saint-Ghis-
lain . Le lieutenant-colonel reçut au dernier une
blessure considérable .
(1 ) Le comte de Soissons, brigadier 24 août 1688 , maréchal de
camp 10 mars 1690, passa, en décembre 1690, au service de l'em-
pereur et fut mortellement blessé au siége de Landau en 1702.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 243
En 1678 , le régiment assista à la prise de Gand
et d'Ypres ; puis , au mois de juin , il se mit en route
pour l'Alsace , et joignit le 30 l'armée du maréchal
de Créqui , sous les ordres duquel il prit part à la
conquête du fort de Kelh et à toutes les opérations
qui eurent encore lieu cette année et la suivante sur
la frontière du Rhin .
Le 29 avril 1684 , Soissons arrive devant Luxem-
bourg. Le 30 mai , le major de Villaincourt , à la tête
d'un piquet , s'empare d'une demi -lune , évente les
fourneaux de mine qui y étaient préparés et se loge
dans l'ouvrage . Les capitaines de Farnanville et Mi-
gnard sont blessés à cette affaire , ainsi qu'un lieu-
tenant.
La guerre recommence plus sérieusement en 1688 .
Soissons fait partie de l'armée du Rhin et se trouve
à la prise de Philisbourg , de Manheim et de Franc-
kenthal. L'année suivante , il sert avec le maréchal
d'Humières dans les Pays-Bas , et se conduit de ma-
nière à mériter tous les éloges au combat de Wal-
court. Il y commence l'attaque avec le régiment de
Guiche , et quand la fortune se déclare contre nous ,
ses grenadiers se dévouant au salut de l'armée , se
jettent au-devant de la cavalerie ennemie et arrêtent
son élan. Le 5 septembre , il se distingue encore au
combat de Gerpines . Le 1er juillet 1690 , le régiment
fait admirer sa valeur à Fleurus. Dans cette bataille ,
il formait brigade avec Champagne ; il fit tout ce que
fit ce vieux corps , et de plus il contraignit à mettre
244 HISTOIRE
bas les armes 1,200 hommes qui s'étaient retran-
chés dans un château voisin du champ de bataille .
Fleurus coûta au régiment deux capitaines et un
lieutenant tués . Le lieutenant-colonel de Villain-
court ( 1 ) , le major de Senneville , trois capitaines ,
deux aides-majors et deux lieutenants furent plus ou
moins grièvement blessés .
Au mois de décembre 1690 , Louis XIV, mécon-
tent du comte de Soissons , lui retire son régiment ,
et met celui-ci sur le pied ordinaire, en lui donnant
le titre de la province de Perche . Les grenadiers de
Perche se distinguent , en mars 1691 , au siége de
Mons , et leurs sergents obtiennent , comme ceux du
régiment du Dauphin , le privilége du port de la
fourche. Le régiment se rend de là au bombardement
de Liége. Le lieutenant- colonel de Clogny y est blessé ,
le 5 juin , en défendant la Chartreuse contre des dra-
gons qui voulaient enclouer le canon d'une batterie .
Sur la fin de la campagne , Perche se rend à l'armée
du Rhin et fait encore celle de 1692 sur cette fron-
tière . En 1693 , il passe à l'armée des Alpes . Le 3
octobre , il est détaché pour se saisir des hauteurs du
château de Piozasco , et le lendemain il se couvre de
gloire à la bataille de la Marsaglia . Placé à l'aile gau-
che avec le régiment de Vendôme , il engage vigou-
reusement l'action , marche la baïonnette au bout
(1) Timoléon de Villaincourt, capitaine en 1671 , major 28 juil.
let 1682 , lieutenant-colonel 9juin 1686 , et brigadier 3 janvier 1696.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 245
du fusil contre la cavalerie piémontaise , l'arrête , la
charge , et met en désordre ces escadrons qui se
croyaient déjà sûrs de la victoire . Tombant alors sur
la gauche de l'armée ennemie et la prenant en flanc,
il renverse les bataillons les uns sur les autres et
achève la déroute des Alliés. En parlant de cette ad-
mirable charge , un officier espagnol disait : « Je
crois que les Français ne se servent de poudre à
canon que pour faire des réjouissances . >>
Perche se trouva encore , en 1693 , à l'attaque du
château de Martignana . Le colonel de Lignerac y fut
blessé. Les campagnes suivantes , que le régiment fit
aussi sur les Alpes , présentent peu d'intérêt . On
assiégea Valencia en septembre 1696 , et après la si-
gnature des préliminaires de la paix avec le duc de
Savoie , l'armée étant rentrée en France , Perche se
rendit à l'armée du Rhin et y fit la campagne de 1697
avec le maréchal de Choiseul .
Porté à deux bataillons , en 1701 , pour la guerre
de la succession d'Espagne , le régiment fit d'abord
partie de l'armée du Rhin . Il fut envoyé en Italie en
janvier 1702 , et fit partie du corps d'observation
commandé par le prince de Vaudémont . Il combattit
à côté de Piémont à Luzzara , et fut écrasé à la qua-
trième charge de l'ennemi . M. de Lignerac ( 1) y eut
l'épaule traversée par une balle . Il est désigné , en
1703 , pour suivre Vendôme dans sa course sur
(1 ) M. de Lignerac était brigadier du 29 janvier 1702.
246 HISTOIRE
Trente , mais il est laissé à Dezenzano , à la garde
des magasins et des communications . Il passe l'hiver
suivant dans le Montferrat , se trou ve en 1704 à la
prise de Verceil et d'Ivrée , puis au siége de Vérue
qui se prolonge , avec des fatigues incroyables , jus-
qu'en avril 1705. Après la capitulation de Vérue ,
Perche est mis sous les ordres du grand prieur de
Vendôme , et se distingue, le 31 mai , avec Limousin ,
au combat de la cassine de Moscolino , où il a deux
officiers et vingt-sept soldats tués ou blessés . Il rallie
ensuite la grande armée la veille de la bataille de
Cassano , et prend sa place au centre de la ligne . Ce
fut sur ce point que le prince Eugène dirigea ses
efforts aussi le régiment fut-il fort maltraité . Il prit
cette année ses quartiers d'hiver à Rivoli d'Isori .
Le 19 avril 1706 est un jour de gloire pour Perche .
Dans l'ordre de la bataille de Calcinato , il était en ré-
serve derrière l'aile droite qui allait supporter à elle
seule le choc de l'ennemi . La cavalerie de cette aile ,
chargée par les escadrons impériaux , fut mise en désor-
dre et prit la fuite . C'en était fait de la journée ; l'ar-
mée française allait être tournée , quand la brigade
de Perche , commandée par le colonel Cotteron ,
s'avançant en plaine rase, au-devant de cette cavalerie
victorieuse, l'arrête et donne le temps à Vendôme de
rallier les escadrons français et de les ramener à la
charge. Après cette belle journée , le régiment se
rendit devant Turin et fut établi entre la Doire et la
Stura. Il combattit avec un rare courage dans la fu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 247
neste affaire du 8 septembre , mais ses généreux
efforts restèrent inutiles , et il y perdit son brave co-
lonel , M. Cotteron , un homme qui avait , à force
de talents , contraint la fortune à lui faire une place .
Le lendemain , un piquet du corps , qui servait sous
le comte de Grancey , contribua au succès du combat
de Castiglione, consolation bien faible pour la France
après un aussi terrible revers .
Perche , réduit à 336 hommes , repassa les Alpes
et se rendit , en mars 1707 , à l'armée de Flandre.
Il resta longtemps cantonné autour de Commines.
En 1708 , il se distingua à la bataille d'Audenaërde
en couvrant la retraite de la Gendarmerie . Il fit en-
suite partie du corps du comte de La Mothe , se si-
gnala au combat de Winendaël , et quelques jours
plus tard il attaqua 1,600 hommes campés à Hond-
scoote ,. et les accula dans un clos où ils furent con-
traints à se rendre à discrétion , avec un officier gé-
néral , 80 officiers , 12 drapeaux et 6 étendards .
A Malplaquet , en 1709 , la brigade de Perche est
une des trois à la tête desquelles Villars essaie de
rétablir le combat à la gauche. Cette tentative allait
avoir le plus heureux succès , quand une grave bles-
sure , reçue par le maréchal , enlève aux troupes leur
chef. Le régiment fait sa retraite en bon ordre et fa-
vorise celle de l'artillerie . Il continue de servir en
Flandre les trois années suivantes , se trouve en 1711
à l'attaque d'Arleux , et parvient , en 1712 , à se jeter
dans Landrecies , quoique la place fût déjà investie
248 HISTOIRE
de toutes parts . Après la victoire de Denain , les Alliés
lèvent le siége de Landrecies ; Perche se met alors à
leur poursuite et contribue à la prise de Douai , du
Quesnoy et de Bouchain . Il se rend sur le Rhin en
1713 , et fait d'abord le siége de Landau , où il monte
à l'assaut des contre-gardes . Il marche ensuite sur
Fribourg. Le général autrichien Vaubonne couvrait
les approches de cette ville dans un camp retranché
placé sur les hauteurs escarpées de Roscoff. La bri-
gade de Perche est chargée d'aborder le côté le plus
difficile, mais le colonel de Céberet ( 1 ) , faisant passer
dans le cœur de ses grenadiers l'ardeur qui l'anime ,
franchit tous les obstacles , et , après avoir essuyé
deux décharges, il se précipite sur les barricades avec
tant d'audace et d'impétuosité , que les Impériaux
sont forcés et mis en déroute . Lorsque Fribourg eut
ouvert ses portes , Perche y fut mis en garnison . Le
25 décembre , on l'envoya en expédition dans le
Würtemberg ; il attaqua un corps fortement retran-
ché , le força et rentra dans Fribourg avec 400 pri-
sonniers que la cavalerie légère impériale ne put par-
venir à lui enlever , quoiqu'elle n'eût cessé de le
harceler pendant sa retraite . Fribourg fut évacué en
(1) Brigadier 21 octobre 1706 , maréchal de camp 8 mars 1718 ,
et lieutenant-général 22 décembre 1731. Le marquis de Rieux, son
successeur, obtint les mêmes grades le 20 février 1734 , le 1er mars
1738 et le 2 mai 1744.
Antoine de Chambon , sous-lieutenant en 1688 , devint lieute
nant-colonel 15 septembre 1705 , et brigadier 3 avril 1724 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 249
1714 , en vertu du traité de Rastadt . Perche rentra
alors en France , et fut réduit à un bataillon . Il fit la
campagne d'Espagne en 1719 , et concourut à la
prise de Fontarabie , Saint-Sébastien et Urgell , ainsi
qu'au blocus de Roses.
On le trouve , en 1732 , au camp de la Moselle ,
et , en 1733 , à l'occupation de la Lorraine . L'année
suivante , il est appelé sur le Rhin , prend part à l'at-
taque des lignes d'Ettlingen et fait le siége de Philis-
bourg. Pendant ce siége , un soldat du régiment ,
nommé Le Tellier, entend des cris plaintifs sortir du
fond d'une citerne . Il y court : c'était un homme de
la garnison de la place qui y était tombé en aban-
donnant précipitamment le fort du Rhin , au moment
où les Gardes Suisses s'en emparèrent . Le Tellier voit
un malheureux couvert de sang qui lui tend les bras
et semble lui demander grâce . Poussé par la pitié ,
il lui présente le bout de son fusil , et après bien des
efforts parvient à le tirer de son tombeau ; mais l'Al-
lemand , rassemblant aussitôt ses forces , cherche à
arracher le fusil des mains de son libérateur et à le
frapper. Le Tellier se contente pendant quelque
temps de lutter contre ce misérable ; enfin , juste-
ment indigné et forcé de songer à sa propre sûreté ,
il lui passe sa baïonnette dans le corps .
Au mois de novembre de cette année , Perche oc-
cupa Worms ; il y passa l'hiver . En 1735 , il opéra
dans l'électorat de Trèves , et combattit à Klausen .
Après cette action , ilprit ses cantonnements à la
250 HISTOIRE
Chartreuse , entre Trèves et Consaarbrück . A la paix ,
il fut mis en garnison dans la Lorraine , et il y de-
meura pendant les premières campagnes de la guerre
de la succession d'Autriche , faisant partie de l'armée
de réserve du maréchal de Noailles . Il se trouva , en
1743 , à la bataille de Dettingen , et partit ensuite à
marches forcées pour se rendre sur la frontière du
Dauphiné , où il prit part à l'attaque de Pont : ce fut
là son dernier fait d'armes sous le titre de Perche.
C'est en mars 1744 , et par une ordonnance datée
du 20 de ce mois , que fut effectuée la réunion du
régiment de Perche et du régiment des Gardes
Lorraines en un seul corps de deux bataillons , qui
conserva le rang de Perche et prit le titre officiel de
Gardes de Lorraine , que l'usage a transformé en
celui de Gardes Lorraines .
Le régiment des Gardes Lorraines avait été levé
par ordonnance du 6 avril 1740 , pour le service
personnel de Stanislas , roi de Pologne et duc de
Lorraine , beau-père de Louis XV ( 1 ) . Il avait , lui
(1 )Voici le préambule de cette ordonnance : « S. M., ayant agréé la
levée d'un régiment d'infanterie des Gardes Lorraines , qui sera
composé de 17 compagnies de 30 hommes , dont une de grena-
diers, avec prévôté, a ordonné que les capitaines et autres officiers
de ce régiment qui seront choisis, travailleront incessamment à
mettre sur pied les compagnies dont ils auront le commandement
et à les composer du nombre marqué ci-dessus de naturels du pays,
de l'âge et taille requis, en vertu des ordres qui leur seront déli-
vrés par le roi Stanislas de Pologne , duc de Lorraine, etc... » Ge
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 251
aussi , fait la campagne de 1743 sur le Rhin et com-
battu à Dettingen . Il avait achevé cette campagne
dans les lignes de la Lauter, et était passé à l'armée
d'Italie au commencement de 1744. L'incorporation
eut lieu aussitôt après son arrivée .
Quoique le régiment de Perche eût formé le 1er
bataillon du nouveau corps , tout ce qui lui apparte-
nait en propre disparut dans cette réorganisation .
Ses vieilles enseignes , rouge et bleu dans chaque
quartier, par triangles assemblés base à base sur les
diagonales de l'étoffe , firent place à de nouveaux
drapeaux aux armes et couleurs de Lorraine , et
montrant deux quartiers jaunes et deux quartiers
noirs opposés , une couronne ducale au centre de la
croix et cinq aiglons noirs dans chaque branche.
L'habit gris blanc , aux parements rouges , aux po-
ches en long garnies de boutons blancs , fut rem-
placé par un habit bleu orné d'agréments et de bou-
tons blancs . Le colonel , marquis de Livry , fut re-
mercié (1 ) , et le commandement titulaire du corps
corps, avant sa fusion avec Perche, porta l'habit jaune à parements
noirs.
(1) L'anomalie des deux drapeaux blancs colonels faillit se re-
nouveler dans ce corps , et il fallut une ordonnance spéciale , en date
du 1er septembre 1744 , pour faire disparaître l'un de ces deux dra-
peaux. Voici cette ordonnance qui renferme , d'ailleurs , quelques
détails intéressants pour la connaissance de l'organisation intérieure
des régiments d'infanterie à cette époque :
« S. M. ayant, par son ordonnance du 20 mars dernier , fait join-
252 HISTOIRE
fut donné à Charles Just , prince de Beauvau , qui
dre le régiment d'infanterie du Perche à celui des Gardes de Lor-
raine, pour en former le 1er bataillon et tenir entre ceux de son infan-
terie le même rang que celui du Perche, a jugé à propos d'expliquer
ses intentions par la présente, sur l'ordre dans lequel marcheront
dorénavant les compagnies qui composent les deux bataillons de ce
régiment ; et, en conséquence, elle a ordonné et ordonne ce qui
suit :
<< Art. 1. La compagnie colonelle dudit régiment du Perche con-
servera seule ce titre, avec le drapeau blanc ; celle qui était ci-de-
vant la colonelle du régiment des Gardes de Lorraine , ne l'aura
plus dorénavant, ni le drapeau blanc, et deviendra compagnie
factionnaire, pour prendre , entre les autres compagnies du régi-
ment, le rang qui lui appartiendra.
« Art. 2. La compagnie commandée par le sieur d'Audiffret, lieu-
tenant-colonel en pied du régiment des Gardes de Lorraine , en
conservera le rang dû à son grade. Cette compagnie passera au
1erbataillon où elle marchera après celle du sieur de Casteron , lieu-
tenant-colonel dudit régiment du Perche , de même que la compa-
gnie de Moncan marche après la colonelle du régiment des Gardes
de Lorraine ; mais ladite compagnie d'Audiffret venant à vaquer,
deviendra compagnie factionnaire , et servira au rang qui lui sera
échu .
« Art. 3. S. M. veut que le plus ancien capitaine soit pourvu du
commandement du second bataillon de ce régiment, et que sa com-
pagnie y passe à la tête.
« Art. 4. Ordonne en conséquence S. M. que l'état-major du régi-
ment du Perche sera supprimé, et que celui qui est au régiment
des Gardes de Lorraine sera conservé sur le même pied qu'il existe
actuellement, etc.
« Art. 5. Entend, S. M. , qu'à l'exception des compagnies ci - dessus
désignées, toutes les autres qui composent les deux bataillons de
ce régiment passent à leur tour du second bataillon au premier,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 253
se fit représenter par un colonel commandant (1) .
Le régiment , ainsi reconstitué et entouré d'un
nouvel éclat, servit en 1744 sous le prince de Conti
à l'attaque des retranchements de Montalban , à la
prise de Villefranche, de Montalban et de Nice , au
passage de vive force des Alpes, aux sièges de De-
mont et de Coni , et , le 30 septembre , à la bataille
livrée sous les murs de cette dernière place autour
de l'abbaye de la Madona del Ulmo . Le 1 bataillon,
sur la fin de la journée , s'élança avec une rare in-
trépidité sur les Piémontais , auxquels des renforts
venaient de rendre quelque confiance, et acheva leur
déroute . La campagne de 1745 ne fut pas moins la-
borieuse. Les Gardes Lorraines trouvèrent des oc-
casions de se distinguer aux siéges d'Acqui et de
Tortone , au combat du Refudo et à la prise d'A-
lexandrie, de Valencia, d'Asti et de Casal . Au mois
et de celui-ci au second, pour y prendre le rang qui leur appar-
tiendra conformément aux ordonnances et usages pratiqués dans
l'infanterie . »
(1 ) Ce fut le comte de Moncan, qui l'était déjà des Gardes Lor-
raines depuis le 1er mai 1740, et qui fut fait brigadier le 20 février
1743, maréchal de camp le 1 " mai 1745 , et lieutenant-général le
1er mai 1758.
Le prince de Beauvau était colonel en chef du régiment des
Gardes Lorraines depuis le 1er mai 1740. Il est devenu brigadier le
16 mai 1746 , maréchal de camp le 10 mai 1748 , et lieutenant- géné-
ral 28 décembre 1758. Il avait obtenu une compagnie des Gardes
du corps en 1757, et conserva néanmoins le régiment des Gardes
Lorraines jusqu'à la mort de Stanislas en 1766.
254 HISTOIRE
de mai 1746 , les grenadiers eurent la tête de l'atta-
que du pont de Casal-Bajano et l'emportèrent après
une heure et demie d'un combat acharné , dans le-
quel le chevalier de Beauvau fut blessé . Les Gardes
Lorraines se trouvèrent ensuite à la bataille de Plai-
sance, qui nous fit perdre l'Italie , et se couvrit de
gloire pendant la retraite au sanglant combat du
10 août, où le passage du Tidone fut disputé avec
furie à l'armée française, qu'on espérait anéantir.
Deux fois l'ennemi se jeta sur nos ponts pour les dé-
truire, et chaque fois il fut vigoureusement repoussé
par les brigades d'Anjou et des Gardes Lorraines,
qui sauvèrent l'armée . Pendant le reste de cette
campagne et le commencement de la suivante , le
régiment fut employé à la défense de la Provence ;
et quand enfin les Autrichiens eurent été contraints
à repasser le Var , il prit part à la conquête de Nice
et de Vintimille . Il revint plus tard porter secours à
cette dernière ville et se trouva aux deux combats
qui furent livrés au pied de son château .
Une ordonnance du 20 septembre de cette année
porta à trois bataillons le régiment des Gardes Lor-
raines qui fit encore la campagne de 1748 sur les
Alpes . La paix d'Aix - la - Chapelle le ramena en
France . Le 3 bataillon fut réformé le 24 décembre ,
et les deux autres se rendirent à Lunéville auprès
de Stanislas . Ils y demeurèrent jusqu'à la guerre de
Sept-Ans .
Le régiment fait partie, en 1757 , du premier ras-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 255
semblement de troupes françaises sous Wesel, du
27 avril au 21 mai . Le 24 juillet , il combat à Haas-
tembeck ; il contribue ensuite à la prise de Minden
et de Hanovre , et poursuit l'armée anglo - hano-
vrienne jusqu'à Zell . En janvier 1758 , la convention
de Cloterseeven , par laquelle cette armée s'était en-
gagée à ne plus servir, ayant été violée, les Gardes
Lorraines marchent sur Brême , battent l'avant-
garde hanovrienne à Riddershade et s'emparent de
ce poste . Ils rallient alors le corps du duc de Bro-
glie, qui leur confie la garde de la ville d'Hoya sur
le Wéser. Le 23 février, le régiment y est attaqué
par toute l'armée du prince Ferdinand de Brüns-
wick. Le comte de Chabot, qui commandait dans
Hoya, fait évacuer et brûler le faubourg au delà du
Wéser, et envoie un aide de camp au duc de Bro-
glie pour réclamer des renforts . Mais pendant ce
temps le prince Ferdinand passe le Wéser sur des
radeaux au-dessus d'Hoya avec une partie de son ar-
mée et vient attaquer les Gardes Lorraines par tous
les débouchés de cette ville ouverte . La résistance
fut longue et vigoureuse ; le chevalier de Beau-
vau ( 1 ) et le lieutenant-colonel de Chastellar , de la
(1 ) Le chevalier de Beauvau , enseigne au corps en 1743 , devenu
colonel en sautant par- dessus tous les grades intermédiaires , fut nom-
mé brigadier le 3 février 1758. Son successeur, le comte de Cucé,
devint brigadier le 22 janvier 1769. Le duc de Mortemart obtint le
même grade le 1er janvier 1784, et celui de maréchal de camp le
9 mars 1788. Le comte de Praslin fut fait maréchal de camp le.
256 HISTOIRE
même famille que le vieux Sallières , firent tout ce qu'il
était possible de faire ; mais il fallut céder le terrain .
Le régiment, qui avait perdu 15 officiers et à qui il
ne restait pas 300 hommes valides , fit sa retraite
sur Brême. En arrivant aux portes de cette ville ,
on apprend que l'ennemi l'avait occupée le jour
même . Il fallut retourner sur ses pas . Le régiment
parvint cependant à gagner Wilshofen ; il y passa le
Wéser , brûla le pont et se retira à Dulmen sans s'ê-
tre laissé entamer par les troupes légères qui le har-
celaient . Il gagna de là Osnabrück et rallia le 7 mars
l'armée du comte de Clermont , qui avait succédé à
Richelieu . Les généraux le jugèrent trop faible pour
continuer la campagne et il fut renvoyé en France .'
Les Gardes Lorraines demeurèrent à Lunéville
jusqu'en 1761. Ils reparurent cette année en Alle-
magne et furent placés dans l'armée du prince de
Soubise. Le 3 juillet , au combat de Werle , les com-
pagnies d'élite se firent remarquer à l'attaque du
28 novembre 1791. Le colonel Colomb est devenu général de bri-
gade le 16 mars 1793. Il avait eu la charge de lieutenant-colonel
le 25 juillet 1791 .
Les autres lieutenants colonels du corps, devenus officiers géné-
raux , sont : Paul de Chaumont de La Galaisière, comte de Mareil ,
lieutenant-colonel des Gardes Lorraines 1er mai 1740 , et brigadier
14 juillet 1747; François, marquis de Chastellar, enseigne dans Per-
che en 1731 , lieutenant-colonel 24 octobre 1747 , brigadier 10 mai
1748, et maréchal de camp 20 février 1761 ; Pierre Le Clerc , che-
valier de Buffon, major 22 juin 1767 , lieutenant- colonel 27 avril
1783 et maréchal de camp 28 octobre 1790.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 257
moulin et du château de Schaffhausen . Le régiment
fit encore la campagne de 1762 en Allemagne , et à
la paix il vint à Bitche .
En mai 1763 , le 1er bataillon fut mis en garnison
à Lunéville et le 2 à Metz . Celui- ci retourna à Bit-
che au mois de décembre de la même année , et le
régiment se trouva réuni à Lunéville en novembre
1764. Il fit le service auprès de Stanislas jusqu'à la
mort de ce prince , arrivée le 23 février 1766. Cet
événement apporta encore des changements dans la
constitution du corps .
Par ordonnance du 28 mars, le régiment cessa' de
porter le nom de Cardes Lorraines ; il prit celui de
la province de Lorraine, définitivement incorporée
à la France, qui avait été déjà porté par d'autres
corps d'infanterie . Il fut mis sur le pied des autres
régiments à titres de province , et quitta l'habit bleu
galonné pour prendre l'uniforme blanc avec les bou-
tons jaunes , le collet , le revers et les parements
noirs (1 ) .
Lorraine quitta Lunéville en avril 1766 pour se
rendre à Briançon . Il passa de là à Carcassonne au
mois de novembre de la même année , puis à Tou-
lon en juin 1768 , à Landau en juin 1770 , à Phals-
bourg en juillet 1771 , à Strasbourg en octobre
(1) Cette couleur noire , adoptée alors en signe de deuil, fut chan-
gée en 1776. Le régiment a eu les revers, parements et collet vert
foncé jusqu'en 1779.
HIST. DE L'ANC. infanterie française . T. V. 17
31.
258 HISTOIRE
1771 , à Dunkerque en octobre 1772 , à Caen en oc-
tobre 1774 , à Dinan et Saint - Servan en février
1778. Il fit partie du camp de Paramé au mois de
septembre de cette année , et pendant la campagne
de 1779 il occupa Eu , Dieppe, et Bolbec. En 1780 et
1781 , on le trouve à Pont-Audemer et Honfleur . Au
mois d'octobre 1781 , il se rend à Brest et fournit suc-
cessivement jusqu'à 1,064 hommes pour la garnison
des vaisseaux . Ce qui restait à terre fut envoyé à Li-
sieux en octobre 1782 , et à Caen en mai 1783. Le
régiment tout entier fut mis en garnison à Lille
en novembre 1783. Depuis , il est allé à Berghes et
Gravelines en octobre 1785 , à Bayeux en avril
1786, à Saint-Lô en novembre 1787 , et à Bayeux en
avril 1788. Il fut appelé à Rennes en 1789 par le gé-
néral de Langeron pour contribuer à la répression
des troubles qu'avait excités dans cette ville la nou-
velle de la prise de la Bastille. En quittant Rennes ,
Lorraine envoya un détachement de 235 hommes à
Lorient pour la sûreté de la flotte et retourna à
Bayeux. En juin 1791 le 2 bataillon se rendit à
Saint-Lô, et au mois de septembre le régiment tout
entier se mit en route pour Givet .
Au début de la guerre , en 1792 , le 1er bataillon seul
fut appelé à faire partie de l'armée active . Il se trouva
le 30 avril au combat de Quiévrain . Lorsque Dumou-
riez marcha à la conquête de la Belgique , les deux
bataillons furent envoyés à l'armée des Ardennes ,
commandée par le général Valence, qui, après avoir
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 259
battu Beaulieu dans les bois d'Asche , occupa Na-
mur et entreprit le siége de la citadelle de cette
ville . Dans la nuit du 30 novembre , les grenadiers
du 47° emportèrent le fort Villotte par une action
des plus hardies. Le général Leveneur, chargé de
• l'attaque , se décida à emporter le fort par la gorge.
Il y avait entre la citadelle et cette gorge une capon-
nière garnie de palissades , qui se joignait au fort
par deux voûtes également palissadées , dont une
seule était gardée . Leveneur part à minuit à la tête
de 1,200 grenadiers et franchit sans obstacle les
palissades de la première voûte . A la deuxième , les
sentinelles crient et font feu . Leveneur, trop petit
pour franchir la palissade , dit à un vigoureux grena-
dier de le lancer par-dessus . La chose fut ainsi faite,
et Leveneur , suivi à l'instant par 60 grenadiers du
47 , égorge les sentinelles et enlève le fort avant
que la garnison ait eu le temps de mettre le feu aux
mines dont il était sillonné . La citadelle de Namur
capitula le 2 décembre .
Les deux bataillons de Lorraine ont servi jusqu'à
la fin sur la frontière du Nord et des Ardennes . On
les cite encore au combat de Landrecies le 30 avril
1794. Le 26 juin de la même année , ils entrèrent
dans la composition des 93° et 94° demi-brigades .
260 HISTOIRE
RÉGIMENT D'ARTOIS.
48. RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Hochstedt:
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Comte DE BEAUMONT ( N. Le Normand ) , 24 avril 1610 .
2. DE CHASTELIER-BARLOT ( Léon ), 15 novembre 1628 .
3. Marquis DE BELLENAVE ( Claude Le Loup de Beauvoir) , 3 juil-
let 1634.
4. Marquis DE VILLANDRY ( Balthazar Le Breton ) , novembre
1638.
5. Vicomte DE POUDENX ( Louis ) , 1642 .
6. Duc DE NAVAILLES ( Philippe de Montaut-Besnac ) , 4 février
1645.
7. Comte D'HERBOUVILLE ( N. ) , juillet 1652 .
8. Comte DE SAINT- VALLIER ( Pierre-Félix de La Croix de Che-
vrières ) , 1666 .
9. DE CHATEAUNEUF ( N. Phélippeaux ) , 1671.
10. Marquis DE BOURLEMONT ( Henri d'Anglure) , 28 février 1673.
11. Chevalier DE BOURLEMONT ( N. d'Anglure ) , 29 août 1675 .
12. Marquis D'ESCOTS ( François - Gaston de L'Hôtel ) , 28 décem-
bre 1675.
13. Marquis D'ESCOTS ( N. ) avril 1690 .
14. Marquis DE POMPONNE ( Nicolas- Simon Arnauld ) , 8 septem-
bre 1692.
15. Marquis DE ROTHELIN ( Philippe d'Orléans ) , 1697 .
16. Marquis DE BALINCOURT ( Claude-Guillaume Testu ) , 9 mai
1703.
17. Comte D'HOUDETOT (Louis -Pierre ) , 6 mars 1719.
18. Marquis D'HOUDETOT ( Charles ) , 11 aoû : 1726.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 261
19. Comte DE LAURAGUAIS ( Louis de Villars Brancas ) , 10 mars
1734 .
20. Marquis DES SALLES ( Claude-Gustave - Chrétien ) , 6 mars
1743 .
21. Marquis DE BRIENNE ( N. de Loménie ) , 1er décembre 1745.
22. Comte DE BRIENNE ( Athanase-Louis-Marie de Loménie ) ,
7 août 1747.
23. Marquis DE SORANS ( Louis-François de Rosières ) , 1er dé-
cembre 1762.
24. Comte DE DIVONNE ( Claude-Antoine de La Forest ) , 14 juin
1778 .
25. Marquis DE GUERCHY ( Anne-Louis de Reignier ) , 11 no-
vembre 1782 .
26. DE VILLENEUVE -TOURETTE ( Joseph-Alexandre ) , 25 juillet
1791 .
27. DE LA FERRIÈRE ( Louis-Paul Dargeot ) , 21 octobre 1791 .
28. DESFOURNEAUX ( Edme-Étienne Borne ) , 8 février 1793 ,
Nous avons déjà expliqué comment ce régiment ,
l'un des plus anciens de France et qui jusqu'en 1670
eut le rang de sixième des Petits - Vieux s'est
trouvé reculé dans la série des corps de l'infante-
rie (1 ) . Il avait été levé , en vertu d'une commission
(1 ) Le régiment d'Artois peut servir à démontrer combien l'on se-
rait exposé à s'égarer, si l'on prétendait écrire l'histoire des auciens.
corps, en rassemblant les faits relatifs à un même numéro. Il suffira
pour cela de rappeler les rangs différents que ce régiment a occu-
pés pendant les 183 ans de son existence .
A sa création, en 1610 , il était le 10°. Quand , en 1615 , Norman-
die fut définitivement classé à la suite de Picardie , Piémont , Cham_
pagne et Navarre, il devint le 11 , et le 12 en 1643 , lorsque La
Marine fut appelé à jouir de la même faveur que Normandie. En
262 HISTOIRE
datée du 24 avril 1610 , par le comte de Beaumont ,
pour le grand armement que préparait Henri IV , et,
comme tous les corps formés pour cet objet , il fut
lic ncié après l'assassinat du roi . Rétabli une pre-
mière fois le 15 août 1615 , il est encore renvoyé le
6 mai 1616. Il est enfin remis définitivement sur
pied le 9 septembre de la même année , et, depuis
cette époque , il a compté parmi les moyens régi-
ments entretenus , qu'on a appelés plus tard les Pe-
tits- Vieux.
En 1617 , Beaumont fait partie de l'armée de
Champagne et sert sous le duc de Guise à la prise de
Château-Porcien et de Rhétel . Réduit à quelques
compagnies après la mort du maréchal d'Ancre , il
est mis en garnison à Tours, qu'il quitte le 29 juillet
pour passer en Bretagne . Il contribue à la soumis-
sion du château de Concarneau , dont le gouverneur
s'était révolté . Au commencement de 1621 , il joint
le roi à Tours et fait partie du corps du comte d'Au-
riac , qui se rassemble à Parthenay pour aller faire
l'investissement de Saint-Jean -d'Angély. Le 16 mai ,
1670, Artois cède son rang au régiment du Roi et prend celui de
Royal qui datait de 1644. Il est par cet échange reculé au 34º rang.
Il remonte au 33° en 1673 par le licenciement de La Motte , au 32º
en 1678 par le départ de Douglas-écossais, et au 31º en 1679, par
la réforme du régiment d'Harcourt. Il recule au 38° en 1775 par le
dédoublement de sept régiments qui le précédaient, et au 49 ° en
1776 , lorsque les vieux corps sont, eux aussi , dédoublés. Enfin , le li-
cenciement du régiment du Roi en 1791 lui donna le 48° rang.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 263
il occupe le faubourg Saint-Julien de cette ville , et
il partage pendant le siége les travaux de Picardie et
de Champagne. Il est encore employé cette année
aux siéges de Clérac et de Montauban .
.
En 1622 , sous le maréchal de Thémines , il as-
siége Tonneins et Sainte-Foix et reste en garnison
dans cette dernière place avec Lyonnais . Il y de-
meure probablement pendant les quatre années sui-
vantes, car il ne reparaît plus qu'en 1627 au blocus
de La Rochelle . Il était alors composé de quinze
compagnies et avait pris poste au village de Lhou-
meau . Au mois d'octobre , il est du secours envoyé à
Toiras assiégé dans Saint-Martin de Ré, et il se dis-
tingue, à côté des Gardes , au combat livré sur la
plage du fort La Prée , la nuit qui suit le débarque-
ment . Il perd dans cette action son sergent- major,
le capitaine Quincallier. Après la déroute des Anglais
et la levée du siége de Saint-Martin , Beaumont re-
vint sur le continent ; il reprit ses cantonnements
de Lhoumeau , où mourut , au mois de décembre, le
mestre de camp de Beaumont . Si l'on en croit le
maréchal de Bassompierre , ce serait au comte de
Beaumont qu'il faudrait rapporter l'honneur de la
première idée de la fameuse digue de La Rochelle ,
et non point aux architectes Métésiau et Tiriot , qui
ne furent mandés de Paris que pour mettre cette
idée à exécution .
Après la mort de Beaumont , le régiment resta sans
mestre de camp pendant près d'une année . Lorsque
264 HISTOIRE
La Rochelle eut fait sa soumission , il fut donné à
M. de Chastelier-Barlot (1 ) , qui y incorpora, par or-
dre du 15 novembre 1628 , un régiment qu'il avait
levé en 1615 et qui avait très-bien servi .
Sous le nom de Chastelier-Barlot, on trouve le ré-
giment , en 1629 , à l'armée de Piémont . Il participe ,
le 6 mars , à l'attaque du Pas-de- Suze , revient avec le
roi pour soumettre Privas , et retourne ensuite en
Savoie. Il se couvre de gloire , en 1630 , à la prise de
Conflans, de Miolans et de Montmélian , combat à
Veillane, contribue à la prise de Casal et rentre en
France en 1631 , après la paix de Chérasco .
Il sert cette même année en Provence , et en 1632
il est à la bataille de Castelnaudary et à la prise de
Pézénas et de Béziers .
Employé en 1633 à l'armée d'Allemagne , Chaste-
lier-Barlot chasse de Trèves les troupes allemandes
et espagnoles , monte à l'escalade de Freydembourg
et assiége Nancy . En 1634 , il fait le siége de La
Mothe, marche au secours de Heidelberg et de Phi-
lisbourg, et prend le nom de Bellenave (2).
Sous ce nouveau titre , on le voit en 1635 au com-
bat de Fresche , à la prise d'assaut de Spire et au
siége de Vaudémont . Il prit cette année ses quartiers
(1 ) M. de Chastelier - Barlot était maréchal de camp depuis le
26 novembre 1625 .
(2) M. de Bellenave fut fait maréchal de camp le 17 octobre 1644 ,
et fut tué en 1645 à Nordlingen.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 265
d'hiver à Haguenau , où il demeura bloqué jusqu'en
juin 1636 , et eut à souffrir les horreurs de la plus
cruelle famine . Lorsque M. de La Vallette vint dé-
bloquer cette malheureuse garnison , un grand nom-
bre de soldats demeurèrent frappés de folie . Les
plus valides volèrent au secours de la Picardie ,
qu'une armée espagnole venait d'envahir , et contri-
buèrent à la reprise de Corbie . Bellenave fit , en 1637 ,
les siéges de Landrecies, de Maubeuge et de La Ca-
pelle . Il servit , en 1638 , à ceux de Saint-Omer et
de Renti.
Le régiment , devenu Villandry , est envoyé , en
1639 , en Piémont . Il débute dans ce pays par la prise
d'assaut de Benne. Il est au mois de juin à la reprise
de Chivasso , et combat plus tard à la Route de
Quiers. En janvier 1640 , il participe à la conquête
des châteaux de Busco , Dronnero et Revel . Le 29
avril il se distingue à la bataille de Casal , où les li-
gnes espagnoles sont forcées. Après la levée du siége
de Casal, il se rend devant Turin , et montre la plus
brillante valeur le 11 juillet, quand le marquis de Lé-
ganez, jaloux de prendre sa revanche de Casal , vient
attaquer nos retranchements . Villandry était chargé
ce jour-là de la garde de toute la partie des lignes
comprise entre la Purpurata et le pont de la Doire ,
c'est-à-dire plus de 2,000 pas . Les Espagnols dirigè-
rent leurs premiers efforts sur ce point qu'ils ju-
geaient faiblement gardé. Le régiment arrêta leur
élan par une fusillade des plus vives , mais il eût été
7
266 HISTOIRE
obligé de céder le terrain , si le régiment de Lorraine,
qui était dans la citadelle de Turin , n'eut fait une
sortie pour venir à son secours , et n'eût rétabli le
combat.
En 1641 , Villandry est au siége de Coni . Le
21 août, le capitaine de Mérault est blessé par l'ex-
plosion d'une mine . Le 31 , une nouvelle mine
agrandit la brèche de la demi-lune, au pied de la-
quelle Auvergne avait échoué huit jours auparavant ,
Villandry, conduit par le lieutenant-colonel de Pou-
denx, l'attaque si vigoureusement , que malgré la ré-
sistance des assiégés et le grand feu des ouvrages si-
tués en arrière , elle reste enfin en son pouvoir . Parmi
les officiers qui se distinguèrent le plus dans ce bril-
lant assaut , on citait, outre le lieutenant-colonel : les
capitaines Bellefleur, Marinière , Montinarquelin et
La Sasse, les lieutenants de Brunelière , Beaubignac,
La Molinière et Mollimart, et les enseignes La Chas-
teigneraie, La Châlonnière , Demiheure et La Chaus-
sée , tous tués ou blessés . Le 2 septembre , les Gardes
s'étant emparés d'une partie de l'ouvrage à cornes,
Villandry fut commandé, avec un autre régiment,
pour attaquer le retranchement intérieur , qui fut
emporté l'épée à la main .
En 1642 , Villandry est employé au siége de Nice .
Le 28 août, avec Plessis-Praslin , il emporte coup sur
coup trois demi-lunes . Au siége du château de Tor-
tone, il est de la même attaque que Normandie . Le
13 novembre, ces deux régiments se logent sur la
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 267 *
rampe de la brèche du bastion , et le 16 , 50 hommes
de Villandry, sous la conduite du capitaine La Motte-
Choisy, s'établissent sur le haut de cette rampe avec
tant de vigueur et de diligence , que nul effort des
assiégés ne put les en déloger. Un sergent et dix
hommes , emportés par trop d'ardeur , pênétrèrent
jusqu'au retranchement intérieur ; le sergent y fut
blessé et deux hommes se firent tuer. Le capitaine
La Motte-Choisy eut la cuisse traversée par une
balle , blessure dont il mourut trois jours après . Le
capitaine Soustelle d'Alez , l'aide-major Darsy et lés
lieutenants Dumas et La Molinière , furent aussi
blessés . La place capitula le 25.
Pendant le quartier d'hiver de 1642 à 1643 , le
mestre de camp Villandry fut tué en duel par M. de
Miossens . Le régiment fut alors donné au lieutenant-
colonel de Poudenx (1 ) . Il fit sous ce nouveau titre ,
en 1643 , le siége de Trino . Le 4 septembre , il
monta en plein jour à l'assaut de la demi-lune , et se
logea au-dessus de la fraise . Le 11 juillet 1644 , il
investit le château de Sartiranne, qui se rendit im-
médiatement, et au mois de novembre , il contribua
à la prise de la citadelle d'Asti .
Poudenx , porté à vingt- cinq compagnies , quitte
le Piémont en février 1645 pour se rendre à l'armée
de Catalogne , dont le comte d'Harcourt allait pren-
dre le commandement . Ce fut pendant cette marche
(1 ) M. de Poudenx est devenu maréchal de camp le 4 mai 1651.
268 HISTOIRE
que le mestre de camp de Poudenx fut remplacé par
le marquis de Navailles , sous le nom duquel le corps
allait grandir en réputation . Il arriva devant Roses
le lendemain de son investissement. Il monta à l'as-
saut du 1er mai , et le 10, il se couvrit de gloire dans
le grand combat livré pour la prise et l'occupation de
la contrescarpe . Le 14 , il contribua à repousser une
grande sortie des assiégés et perdit le lieutenant du
Bourg. Le 15 , il participa à la prise de la demi-lune.
Retourné en Italie après ce siége , Navailles est au
siége de Vigevano au mois d'août, et le 19 octobre
au combat de la Mora , où le mestre de camp , quoi-
que blessé , ne voulut point quitter le champ de ba-
taille . En 1646 , le régiment s'embarque le 2 mai
avec le prince Thomas de Savoie pour l'expédition
des présides de Toscane , et se trouve le 14 à l'ou-
verture de la tranchée devant Orbitello . Placé dans
un fort à 1,000 pas de la ville pour intercepter les se-
cours de ce côté, il défait , le 19 juin , 800 Espagnols
qui cherchaient à se jeter dans la place , et le 27 ,
malgré une infériorité de nombre très-marquée, il
met en déroute 4,000 Napolitains qui espéraient for-
cer le passage et qui , au contraire , prennent hon-
teusement la fuite après cinq heures de combat. Les
capitaines de Soustelle et La Costa furent blessés
dangereusement dans cette action . Le capitaine de
Vallonnay, le lieutenant Careux et l'enseigne Pascal
le furent aussi , mais légèrement.
Retourné en Piémont après la levée du siége d'Or-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 269
bitello, Navailles se rembarque une seconde fois à la
fin de septembre avec le maréchal du Plessis ; il
contribue alors à la prise de Piombino , qui ne tient
que quatre jours , et sert activement au siége de Por-
tolongone dans l'île d'Elbe . Le capitaine des Pois et
le lieutenant Doze y sont blessés .
En 1647 , le régiment est employé au blocus de
Crémone et s'acquiert une gloire immortelle le
28 décembre au combat de Civitale , près de Boz-
zolo . Opposé, avec six régiments de nouvelle levée,
à l'infanterie espagnole , il se voit abandonné dès la
première charge . Il continue de combattre seul et se
maintient dans son poste à force de valeur . Le ca-
pitaine La Baume périt dans cette occasion . Navail-
les passé cet hiver à Rivarola et commence la campa-
gne de 1648 par des courses dans le Crémonais .
L'une d'elles donne lieu au combat de Casal-Mag-
giore . Le 30 juin , à la bataille de Crémone , où les
retranchements des Espagnols sont forcés , les capi-
taines Courtades et Canolle reçoivent de graves bles-
sures . Au siége de Crémone , Navailles emporte le
chemin couvert et s'y loge malgré les efforts de
4,000 Espagnols . Après cette laborieuse campagne,
il va passer l'hiver à Nice de la Paille ; il occupe San-
tia au mois d'août 1649 et va plus tard à Casal , qu'il
évacue le 27 novembre pour se rendre dans le Dau-
phiné.
En 1650 , Navailles est appelé à l'armée de
Guyenne sous le duc d'Épernon , et se distingue le
270 HISTOIRE
25 juin au combat livré dans les marais de Blanque-
fort. Conduit par le lieutenant- colonel de Soustelle,
il franchit le premier les retranchements des rebelles
et extermine tout ce qui tombe sous sa main . Cette
journée coûta la vie au capitaine Campagny. Parmi
les blessés se trouvaient le capitaine Rodane, le lieu-
tenant Tiorond et l'enseigne Frédy. A la fin de cette
année, le régiment passe en Picardie et Champagne,
fait au mois de décembre le siége de Rhétel , se dis-
tingue à l'attaque de l'une des portes de cette ville , et
contribue le 15 à la défaite de Turenne . Le major
périt à cette bataille.
En 1651 , Navailles servait en Flandre sous le ma-
réchal d'Aumont . Il était aux environs de Sédan , au
mois de novembre , quand le cardinal Mazarin sc
présenta à la frontière pour rentrer en France . Le
marquis de Navailles devina de quel côté était la for-
tune. Il compléta rapidement son régiment à 800
hommes, et fort de son audace et de ses amis , il alla
offrir au cardinal de le conduire près du roi . En
effet, malgré les plus grands périls et à travers mille
obstacles, il parvint à le conduire sain et sauf à Poi-
tiers, où se trouvait alors la cour . A cette nouvelle ,
l'Anjou se soulève . Navailles y court sans perdre de
temps, avec son régiment et un autre corps polonais ,
emporte de vive force le château des Ponts de Cé,
investit le château d'Angers , tue 200 hommes qui
voulaient s'y jeter , et force les troupes de M. de
Rohan à se rendre à discrétion . Ceci se passait au
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 271
mois de mars 1652. Après ces exploits, le régiment
suit le roi sur la Loire , se porte au delà du canal de
Briare pour protéger son quartier , et se signale à la
défense du pont de Gergeau. Il forme l'avant-garde
dans la marche de la petite armée royale sur Ville-
neuve Saint-Georges; et il rivalise d'ardeur avec le
régiment du Plessis-Praslin à l'enlèvement des bar-
ricades de la rue de Charenton , l'un des épisodes les
plus saillants de la bataille du faubourg Saint-Antoine .
A la suite de ces événements qui consolidèrent Ma- 2
zarin et valurent des honneurs à M. de Navailles ( 1 ) ,
le régiment devint la propriété de M. d'Herbou-
ville. Il servit sous ce nom , en 1653 , à la défense de
la Picardie , envahie par les Espagnols, et se jeta le
19 août dans Guise, menacé d'un siége. Il termina
cette campagne par les siéges de Rhétel et de Sainte-
Ménehould . En 1654 , il demeura dans les garnisons
de Flandre . Toutefois , au mois de décembre , il fut
de la course entreprise par le comte de Broglie , et il
contribua à la prise du fort et de l'abbaye de Bever-
loo . Pendant les trois années suivantes, le régiment
ne bougea point du Quesnoy, dont la garde lui était
confiée. En juin 1658 , on le trouve à Laon au
rassemblement de l'armée de Champagne , com-
mandée par le maréchal de La Ferté, et, au mois
( 1 ) M. de Navailles était maréchal de camp du 1er août 1647 ,
et lieutenant général du 20 septembre 1650. Il parvint à la dignité
de maréchal de France le 30 juillet 1675.
272 HISTOIRE
de novembre, il fait partie du corps cantonné autour
d'Audenaerde pendant qu'on travaillait à la conclu-
sion de la paix .
Au commencement de 1660 , après la restitution
à l'Espagne des places conquises dans la Flandre, il
fut envoyé en garnison à Metz, où il resta jusqu'en
1667. Cette année , pendant que le roi portait la
guerre sur la Lys et l'Escaut, le régiment , devenu
Saint - Vallier , servit dans le Luxembourg sous
M. de Créqui . Il contribua en 1668 à la conquête de
la Franche-Comté et se signala au siége de Dôle .
Après cette courte campagne, il fut envoyé à Bri-
sach , où il subit une réforme de quatre compagnies ,
qui furent incorporées dans Champagne .
En 1669 , Saint- Vallier est désigné pour faire par-
tie du secours que Louis XIV s'était décidé à en-
voyer aux Vénitiens pressés par les Turcs dans Can-
die. Il s'embarque le 5 juin à Toulon sur la flotte
du duc de Beaufort et arrive le 19 en vue de la
place assiégée . Il se trouvait, après le détachement
des Gardes Françaises , le plus ancien corps de l'ex-
pédition . A la fameuse sortie du 25 juin , il attaqua
i de front les lignes turques et s'y trouvait déjà établi
depuis deux heures , quand l'explosion d'un magasin
à poudre vint tout ruiner . Les Turcs, qui s'étaient
retirés sur une montagne voisine , s'apercevant du
désordre causé par cet accident, sentirent leur cou-
rage se ranimer ; ils se précipitèrent sur les débris
des troupes françaises et rentrèrent dans leurs lignes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 273
Le régiment perdit dans cette désastreuse affaire les
capitaines Saint - Jean et Chauvinière. Le colonel
marquis de Saint- Vallier y fut blessé .
Le régiment était de retour en France au mois
d'octobre , et ce fut en mars 1670 que , par suite
d'arrangements entre le roi et le colonel , il dut céder
son rang de 6º des Petits - Vieux au régiment du
Roi. Il fut en même temps réduit à quatre compa-
gnies de 70 hommes . A partir de ce moment, le ré-
giment, repoussé au second plan , montra toujours
qu'il se souvenait de son ancienne gloire, mais les
occasions pour lui devinrent plus rares .
Sous le nom de Châteauneuf, il fait la campagne
de 1672 en Hollande dans l'armée commandée par
le roi en personne, et il passe l'hiver aux environs
d'Utrecht. Attaqué en février 1673 dans un mauvais
poste par 5,000 hommes , il se défendit pendant
dix-huit heures et contraignit enfin les assaillants à
se retirer avec une perte considérable . Il fit cette
même année le siége de Maëstricht, et ce fut après
ce siége que le roi , désirant perpétuer le titre de ré-
giment d'Artois que venait d'illustrer la conduite
du corps connu depuis sous le nom de La Couronne ,
le donna au régiment dont nous faisons l'histoire, et
qui était capable de le bien porter ( 1 ) .
(1) M. de Bourlemont, que cette disposition lésait , puisque le
corps [Link] porter son nom , obtint peu après le régiment de
Picardie, et fut remplacé par son frère.
HIST . DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE . T. V. .18
274 HISTOIRE
A la fin de la campagne, Artois fut mis en garni-
son à Stenay. Il demeura dans cette ville et au camp
de Sédan jusqu'en juillet 1674. Il rallia alors l'ar-
mée du prince de Condé , et , après la bataille de
Séneff, il alla renforcer celle que Turenne comman-
dait en Alsace. Il se trouva ainsi à la bataille d'Ens-
heim , au combat de Mulhausen et à celui de Turck-
heim . Au mois de mai 1675 , il se dirigea sur Char-
leville , où s'assemblaient les troupes que devait
commander le maréchal de Créqui . Il prit part sous
ce chef au combat de Consaarbrück et à la défense
de Trèves . Les pertes qu'il éprouva dans ces malheu-
reuses affaires l'empêchèrent de servir en 1676 ; mais
dès le mois de mars 1677 il était au siége de Valen-
ciennes, immédiatement suivi de celui de Cambrai .
Il fit en 1678 les siéges de Gand et d'Ypres , et se
trouvait à Mons pendant la bataille de Saint-Denis .
Quelques jours après , la paix étant faite avec l'Espa-
gne et la Hollande , il alla joindre à Verdun le corps
du maréchal de Schomberg destiné à agir en Alle-
magne, et il termina cette guerre en 1679 , au com-
bat de Minden .
Artois était en garnison à Fribourg en 1681 , et il
fut un des régiments qui participèrent cette année à
l'occupation de Strasbourg. Il ne fit point les cam-
pagnes de 1683 et de 1684 ; mais , en 1688 , il fit
partie de l'armée du dauphin qui prit Philisbourg,
Manheim et Franckenthal . Il n'eut qu'un seul offi-
cier blessé devant Philisbourg. En 1689, il servit
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 275
sur la Meuse ; il passa du reste la plus grande partie
de la campagne en garnison à Luxembourg . Le co-
lonel d'Escots voulut profiter de l'inactivité du régi-
ment pour aller combattre en Irlande sous les dra-
peaux de Jacques II , et il se fit tuer en avril 1690
au siége de Londonderry ( 1 ) .
Son fils, qui lui succéda comme colonel , condui-
sit cette année le régiment sur les Alpes . Il contri-
bua à la prise de Cahours et combattit de la ma-
nière la plus brillante , le 18 août , à la journée de
Staffarde. Il occupait la gauche de la première ligne,
et tailla en pièces un régiment espagnol qui lui était
opposé . Le colonel marquis d'Escots eut la joue
traversée par une balle ; le lieutenant-colonel de
Chartogne , un des officiers les plus distingués de
l'époque, y fut aussi blessé (2 ) .
Artois concourut encore cette année à la prise de
Barges et de Suze , et, en 1691 , il servit à la réduc-
tion des Vaudois dans les vallées de Saint- Martin et
de Pérouse, à la prise de Villefranche, Montalban ,
Nice , Veillane, Carmagnola , Montmélian et Coni.
Au siége de Carmagnola , le 8 juin , il poussa les tra-
(1) Le marquis d'Escots était brigadier du 24 août 1688. Son fils
n'eut pas le temps de le devenir.
(2) Philippe-François de Chartogne , enseigne au corps en 1663 ,
lieutenant-colonel 5 juin 1690 , brigadier 30 mars 1693 , maréchal
de camp 29 janvier 1702 , lieutenant-général 26 octobre 1704 , tué
au siége de Vérue 26 décembre 1704.
276 HISTOIR
E
vaux si vivement que , malgré le feu continuel de
3,000 hommes et de dix pièces chargées à car-
touches , il couronna le chemin couvert et força
le lendemain le gouverneur à arborer le drapeau
blanc.
Après avoir passé l'hiver dans la vallée de Pragel-
las, Artois se rendit en 1692 à l'armée que M. de
Boufflers commandait entre Meuse et Moselle . Il prit
part cette année au siége de Namur et au bombar-
dement de Charleroi . Son colonel fut mortellement
blessé dans une course en Flandre et mourut entre
les mains de l'ennemi . En 1693 , le régiment com-
battit avec la plus grande distinction à Neerwinden , à
côté de Navarre et de Lyonnais. Il fit ensuite le siége
de Charleroi et continua de servir dans les Pays -Bas
pendant les quatre dernières campagnes de cette
guerre . Il se distingua au siége d'Ath , dans la nuit
du 1 au 2 juin 1697 , à l'attaque des traverses du
chemin couvert de la demi-lune ( 1 ) .
Artois , porté à deux bataillons par l'ordonnance
du 1er février 1701 , est employé cette année à l'oc-
cupation de la Flandre espagnole. Il fait la campagne
de 1702 sur la frontière du Rhin . En 1703 , il sert
sous Villars au siége de Kelh , se distingue à l'atta-
que des lignes de Stolhofen et combat vaillamment
aux affaires de la vallée de Hornberg et de Munder-
(1) Le marquis de Pomponne, qui commanda le corps de 1692 à
1697, fut fait brigadier le 30 mars 1693.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 277
kirchen . A la première bataille d'Hochstedt, le 20 sep-
tembre, sa brigade , franchissant pendant la nuit le
Danube à Donauwerth , charge les Autrichiens dans
leur retraite et leur fait un grand nombre de prison-
niers. Le 14 novembre, Artois participe à la prise de
Kempten . Il est ensuite mis en garnison dans Ulm,
et ce n'est que par une fatalité singulière qu'il en
sort en 1704 pour se trouver à la catastrophe
d'Hochstedt . Quand Tallard arriva en Bavière, à la
fin de juillet, il représenta à Marchin qu'il avait dans
son armée quelques bataillons médiocres et incapa-
bles de faire la guerre, et il lui demanda les quatre
bataillons des régiments d'Artois et de Provence qui
formaient la garnison d'Ulm . Il les obtint sous la
condition d'en mettre quatre autres à leur place .
Ceci se passait dans la première semaine du mois
d'août, et , le 13 , Artois était placé dans le village
de Bleinheim , de funèbre mémoire. Lorsque , par
suite des mauvaises manœuvres de Tallard et de la
faiblesse de la cavalerie , l'armée alliée , victorieuse
sur tous les points , fut parvenue à envelopper dans
ce mauvais poste dix -sept des meilleurs bataillons
français laissés sans ordres, Artois , excité par son
lieutenant- colonel , M. de Sivières, fit avec Provence
une sortie furieuse sur sept bataillons anglais qui
gardaient une des principales avenues . Cette poi-
gnée de braves s'ouvrit une route par où le reste de
l'armée eût pu passer, mais ils ne furent point sui-
vis ; et quand , refoulés par une armée entière , ils
278 HISTOIRE
furent contraints de rentrer dans Bleinheim, les of-
ficiers généraux avaient signé une honteuse capitu-
lation et y avaient compris Artois et Provence , qui,
la rage dans le cœur, lacérèrent leurs
drapeaux avant
de se soumettre à leur sort.
Le colonel de Balincourt (1 ) employa l'année
1705 à rétablir son malheureux régiment . Il le con-
duisit en 1706 dans le Roussillon , où M. de Legall
assemblait un corps destiné à faire le siége de Barce-
lone. Il passa , en effet, au mois de mars en Catalo-
gne et servit à ce siége, qui fut levé . En 1707 , il était
sous les ordres du duc de Noailles , qui s'empara de
Bascara, du château de Calabous , de Llivia et de
Puycerda . L'année suivante , on le trouve, le 24 mai ,
à la canonnade de Puente-Major, où est blessé le ca-
pitaine de grenadiers de Compis , et plus tard au
siége de Tortose. Il est en 1709 à l'enlèvement des
quartiers ennemis à Châtillon, à Bascara et à Fi-
guières , et il contribue puissamment le 2 septembre
à la défaite éprouvée près de Girone par le général
Staremberg et les troupes palatines. Il emploie le
reste de cette campagne avec Normandie et La Cou-
ronne à donner la chasse aux miquelets .
Le 25 juillet 1710 , les Anglais, guidés par un
traître, M. de Cetséans, ancien colonel du régiment
(1) Brigadier 29 mars 1710 , maréchal de camp 1er février 1719 ,
lieutenant- général 1er août 1734 , et maréchal de France 19 octo-
bre 1746.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 279
de Santerre, que ses officiers avaient chassé , parvien-
nent à surprendre Agde et Cette . Le duc de Noailles,
à cette nouvelle , assemble à la hâte ses meilleurs
bataillons , chasse l'ennemi d'Agde , et , après une
lutte opiniâtre, force ceux qui occupaient Cette à se
rembarquer. Six cents Anglais, poursuivis par les
dragons français , s'étaient réfugiés dans le fort placé
au bout du môle de Cette , et , soutenus par le feu
d'une frégate , semblaient vouloir faire une résistance
terrible. Le capitaine d'Auzé , à la tête des grenadiers
d'Artois, s'élance au pas de course sur le môle , es-
calade le fort, jette les Anglais dans la mer et rentre
dans la ville avec 72 prisonniers , dont deux offi-
ciers . Il n'avait eu qu'un grenadier tué dans ce hardi
et rapide coup de main . Au mois de décembre, le
régiment alla faire le siége de Girone , où périt le ·
lieutenant de Brie, et, après la capitulation de cette
place, il revint prendre ses quartiers d'hiver dans le
Roussillon .
La guerre fut peu active sur cette frontière pen-
dant les campagnes de 1711 , 1712 et 1713 , mais en
1714 , on résolut d'en finir avec Barcelone . Artois
servit d'abord au blocus de cette ville, et il ouvrit la
tranchée le 12 juillet avec Normandie . Dès le lende-
main , il eut à repousser une vigoureuse sortie ; le
lieutenant d'Escoublant y eut une jambe fracassée
en faisant des prodiges de bravoure . Au combat du
14 août, livré sur le bastion Sainte-Claire, le brave
capitaine d'Auzé , le héros de Cette , qui était déjà
280 HISTOIRE
estropié du bras droit, se signala encore par son
trépidité . Atteint de trois balles, il ne quitta le ter-
rain que pour se faire panser et revint aussitôt par-
tager les dangers de ses grenadiers . L'assaut géné-
ral , qui amena la capitulation de Barcelone , eut
lieu le 11 septembre. Artois y fut chargé avec Au-
vergne de l'attaque du centre et emporta le bastion
Sainte-Claire, où , pendant tout le siége , on n'avait
pu réussir à établir un logement . A sa rentrée en
France, il fut réduit à un bataillon .
De 1715 à 1732 , Artois parcourt les garnisons sans
qu'il se présente aucun fait digne d'être rapporté ( 1) .
En 1732 , il fait partie du camp d'Aimeries-sur-Sam-
bre , et, en 1733 , quand commença la guerre de la
succession de Pologne , il partit pour l'Allemagne et
fit le siége de Kelh . Il se trouva en 1734 à l'attaque
des lignes d'Ettlingen et au siége de Philisbourg, et
termina la campagne au camp d'observation de
Bühl sous les ordres du prince de Tingry . Il combat-
tit en 1735 à Klausen ( 2) .
(1 ) Dans cet intervalle, il fut commandé par deux frères de la fa-
mille d'Houdetot. Le second était brigadier du 1er février 1719 , et
est devenu maréchal de camp le 20 février 1734 , et lieutenant-gé-
néral le 1er mars 1738 ..
(2) M. de Lauraguais , qui commandait alors Artois , est passé au
régiment devenu Soissonnais. Son successeur , M. des Salles, a
monté au régiment de Champagne .
René-Bénigne du Croisier de Sainte- Ségraux , sous-lieutenant
en 1700 , major 24 janvier 1728, et lieutenant-colonel 8 mars 1736,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 281
Désigné en 1741 pour l'armée du Bas-Rhin , il
partit à la fin d'août du camp de Sédan pour la West-
phalie , et prit ses quartiers d'hiver à Münster . Au
mois d'août 1742 , il quitta cette ville pour marcher
à la frontière de Bohême , et contribua à la prise
d'Elnbogen et de Caaden , et au secours de Braunau .
Il était cantonné , en janvier 1743 , à Reisbach , près
de Donauwerth . Il rentra peu après en France , et
joignit , le 14 juin , au camp de Nordheim , l'armée
du maréchal de Noailles. Il se trouva , le 27 , à Det-
tingen , où il eut quatre capitaines blessés et 27 hom-
mes mis hors de combat. Il acheva cette campagne
dans la basse Alsace , au camp baraqué commandé
par le vicomte du Chayla , et l'année suivante il se
rendit en Flandre .
Il débute sur cette frontière par le siége de Menin .
Le 1er juin , les grenadiers d'Artois , avec ceux de
Montboissier et de Royal- Comtois , occupent l'ou-
vrage à cornes. Le 9 du même mois , le régiment est
à l'investissement d'Ypres ; il est placé dans les lignes
entre, le ruisseau de Dickenbusch et le Moulin brûlé .
Le 22 , à l'attaque de gauche , les grenadiers empor-
tent la redoute de l'Inondation . Artois fait encore
en Flandre le siége de Furnes , et le 19 juillet , il
part avec le roi pour aller au secours de l'Alsace en-
vahie par l'archiduc Charles . Il se trouve au combat
est devenu brigadier 2 mai 1744, et maréchal de camp 1er janvier
1748.
282 HISTOIRE
d'Augenheim , à l'attaque des retranchements de
Suffelsheim , et franchissant le Rhin à la suite des
Autrichiens, il vient ouvrir, le 29 septembre , la tran-
chée devant Fribourg , à l'attaque de gauche. Après
la prise de cette ville , il prend ses quartiers d'hiver
en Souabe .
Artois fit encore la campagne de 1745 sur le Rhin
avec le prince de Conti , qui se tint sur la défensive ,
et il retourna en 1746 dans les Pays-Bas .
Pendant les siéges de Mons et de Charleroi , il reste
en observation entre la Sarre et la Meuse. Il sert en-
suite au siége de Namur et combat le 10 octobre à
Rocoux . Il était de la division Clermont-Gallerande
qui s'empara avec tant de valeur du village de Varoux ,
et détruisit presque complétement les troupes hes-
soises qui le défendaient.
En janvier 1747 , le régiment retourne en Alsace ,
et au mois de juin il reçoit l'ordre de se rendre sur
les Alpes au camp de Briançon . Le 19 juillet , il est
à l'attaque des retranchements du col de l'Assiette ,
un des plus sanglants combats qu'on puisse trouver
dans les annales de l'armée française . Il fut chargé ,
avec tous les grenadiers , de l'attaque du centre sur
la redoute de l'Assiette , et déploya une valeur à la-
quelle les relations autrichiennes rendirent une écla-
tante justice. Le colonel marquis de Brienne s'y
fit tuer. Ce brave officier eut d'abord un bras fracassé ,
et ses grenadiers voulurent le forcer à quitter le
champ de bataille pour faire panser son bras . « Il
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 283
'm'en reste un , répondit-il froidement. D
» Il continuait
de combattre avec la même énergie , lorsqu'un coup
mortel le frappa en pleine poitrine ( 1 ) . L'enseigne
Martial de Brie , âgé de douze ans , mortellement
blessé , ne voulut remettre le drapeau qu'il portait
à son sérgent d'escorte , que lorsqu'il fut près d'ex-
pirer.
Après cette affaire , Artois se rendit au camp de
Castellane. Il marcha ensuite au secours de Vinti-
mille, prit une part brillante aux deux combats livrés
devant cette place , et continua de servir dans le
comté de Nice jusqu'à la paix.
Pendant la guerre de Sept-Ans , les deux bataillons
d'Arto's furent d'abord séparés et agirent sur des
théâtres bien différents . Le 2º bataillon , qui avait été
rétabli le 25 août 1745 , s'était embarqué à La Ro-
chelle , dès le 3 mai 1755 , pour passer au Canada
avec le baron de Dieskau . Il prit part à presque toutes
les expéditions dirigées contre les établissements an-
( 1 ) Le régiment fut donné à son frère qui lui avait promis à son
départ de l'accepter s'il était tué . Le comte de Brienne est devenu
brigadier le 10 février 1759, maréchal de camp le 25 juillet 1762,
et lieutenant-général le 1er mars 1780. Son successeur, le marquis
de Sorans , eut le grade de brigadier le 3 janvier 1770 , et celui de
maréchal de camp le 1er mars 1780. Le comte de Divonne a été
nommé brigadier le 1er mars 1780, et maréchal de camp 5 décem-
bre 1781. Le comte de Guerchy a été fait maréchal de camp le
1er avril 1791. Villeneuve , major 7 mai 1777 , et lieutenant-colonel
27 avril 1783, est devenu général de brigade en 1793.
284 HISTOIRE
glais , et servit en 1759 à la défense de Québec . Cette
ville capitula le 17 septembre , et le bataillon rentra
en France . Pendant ce temps , le 1er bataillon , avec
le colonel , était employé à la défense des côtes de la
Normandie , et avait son principal quartier à Eu . Il
changea de cantonnements en 1759 , et fut réparti
sur le littoral de la Picardie , du Boulonnais et de la
Flandre . A la fin de cette campagne , il fut embarqué
sur les frégates du capitaine Thurot , qui tenta , en
février 1760 , une descente en Irlande . Le seul ré-
sultat de cette expédition fut l'occupation et le pil-
lage de la ville de Karrikfergus . Au retour , le 28 fé-
vrier, la flottille fut attaquée dans les parages de l'île
de Man par une escadre anglaise , à laquelle les fré-
gates françaises furent obligées de se rendre après un
rude combat qui coûta la vie au capitaine Thurot.
Le feu des vaisseaux anglais avait fait de nombreuses
victimes dans les rangs d'Artois . Parmi les officiers ,
trois étaient grièvement blessés : c'étaient le capi-
taine de grenadiers de Brie , l'aide - major Mazelle et
le lieutenant Cassale .
Le régiment ne servit point pendant les deux cam-
pagnes de 1760 et 1761. En 1762 , la guerre ayant
éclaté entre l'Angleterre et l'Espagne , la dernière
de ces puissances se résolut à envahir le Portugal
allié des Anglais , et par suite du pacte de famille ré-
clama des secours de Louis XV. Douze bataillons
français , parmi lesquels figuraient les deux d'Artois ,
passèrent en Espagne au mois de mars. Ils assistèrent,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 285
le 25 août , à la prise d'Almeida , puis à la soumission
de quelques autres petites places de la frontière por-
tugaise , et , après la signature des préliminaires de
la paix , ils restèrent cantonnés en Andalousie . Artois
reprit la route de France au mois de décembre . A
son passage à Madrid , il eut l'honneur d'être vu par
le roi d'Espagne qui lui fit distribuer 1,000 doublons .
A sa rentrée en France , le régiment fut mis en
garnison à Perpignan . Il se rendit à Collioure et
Montlouis en novembre 1764 , à Givet en août 1765 ,
à Gravelines en octobre 1766 , à Aire en juin 1767 ,
à Condé en octobre 1767 , à Saint-Omer en mai 1768 ,
à Berghes en octobre 1768 , à Saint-Omer en mai
1769 , et à Brest au mois de novembre de la même
année . Le 6 janvier 1771 , le 2 bataillon s'est em-
barqué pour l'Ile de France et est rentré en France
par le port de Lorient en août 1774. Dans cet in-
tervalle , le 1er bataillon est allé à Philippeville en
juin 1771 , et à Saarlouis en juin 1774. Les deux
bataillons se sont trouvés réunis à Schlestadt en oc-
tobre 1774. Le régiment fut envoyé à Landau en
juillet 1776 , à Aix en juin 1777 , à Marseille au mois
d'août 1777 , et à Toulon en avril 1778. En octobre ,
le 1 bataillon fut placé à Monaco et le 2e à An- ·
tibes . Ils se réunirent à Antibes en octobre 1779 .
Le 25 novembre 1780 , deux tartanes provençales ,
poursuivies par un corsaire de Mahon , vinrent se
réfugier sous la batterie de la Grenille , à trois quarts
de lieue d'Antibes ; mais elles n'eussent pu éviter
286€ HISTOIRE
d'être prises , si le lieutenant-colonel Duvivier ne
fût accouru avec le 2 bataillon d'Artois. Les soldats
se jetèrent bravement dans de mauvaises chaloupes,
donnèrent la chasse au corsaire et le contraignirent
à lâcher prise . Nous ne devons pas oublier de dire
que le régiment avait été donné , le 14 juin 1778 ,
par Louis XVI à son frère le comte d'Artois , ce qui
valut tardivement à ce vieux corps les priviléges dont
jouissaient les régiments qui appartenaient aux
princes du sang et la distinction de la couleur écar-
late . Cela ne dura , à la vérité , que jusqu'au 20 no-´
vembre 1785 , le comte d'Artois ayant renoncé à son
régiment , quand le duc d'Angoulême , son fils , en
obtint un qui était plus ancien qu'Artois .
Celui-ci , en quittant Antibes , s'était rendu à
Toulon en octobre 1781 , puis à Nîmes en février
1783 , à Rouen en mai 1784 , et à Caen en octobre
1785. Le 2 bataillon fut détaché quelque temps à
Granville pendant les troubles de l'Irlande à la fin
de 1787. Artois partit de Caen le 3 février 1789 pour
aller à Rennes . Cette ville était alors fort agitée , et ·
la nouvelle de la prise de la Bastille y produisit , quel-
ques mois plus tard , de graves désordres. Le régi-
ment, il faut le dire, s'y conduisit mal et fit cause
commune avec la partie de la population qui n'o-
béissait plus aux lois. Les soldats se laissèrent déco-
rer par les habitants d'une médaille qui , militaire-
ment, n'avait aucune signification avouable. Le port
de cette médaille, par des hommes d'Artois qui allè
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 287
rent se faire admirer de leurs anciens amis de Caen ,
excita les moqueries des soldats du régiment de
Bourbon , et devint la cause d'une des plus terribles
séditions qui aient épouvanté les provinces.
Le 2º bataillon d'Artois fut enibarqué à Lorient le
28 janvier 1791 pour passer à Saint-Domingue, où
les troubles les plus menaçants avaient éclaté . Il ar-
riva le 2 mars devant le Port-au-Prince ; mais déjà
des émissaires de l'assemblée coloniale de Saint-Do-
mingue, embarqués avec lui , l'avaient travaillé , et
lorsque le gouverneur , M. de Blanchelande , lui
donna l'ordre d'aller prendre terre au Môle Saint-
Nicolas, il refusa d'obéir et se mit en insurrection
ouverte. Débarqué de force au Port-au-Prince, il par- 4
tagea bientôt toutes les colères qui animaient les trou-
pes coloniales et se souilla du meurtre de M. de Mau-
duit, colonel du régiment du Port- au - Prince . M. de
Blanchelande fut obligé de se sauver au Cap, et les ré-
voltés restèrent maîtres du Port-au-Prince . Bientôt
la plupart des officiers furent chassés ( 1 ) , et le 2 ba-
taillon d'Artois fut perdu pour l'armée française .
Cependant , le lieutenant - colonel Desfourneaux ,
nommé colonel au commencement de 1793 (2) ,
(1) Parmi ceux qui restèrent avec leurs soldats se trouvaient les
lieutenants Barbou et Gudin , devenus tous deux généraux de divi-
sion. Fririon était aussi lieutenant dans Artois , mais au 1 " batail-
lon.
(2) Général de division en 1793, et commandant en chef de l'ar
mée de Saint-Domingue.
288 HISTOIRE
parvint à rassembler quelques hommes qui n'étaient
qu'égarés et les employa utilement contre les Es-
pagnols de la partie orientale de Saint- Domingue
qui espéraient , à la faveur des malheurs qui acca-
blaient la partie française , rester seuls maîtres de
l'île entière .
er
Le 1 bataillon d'Artois , demeuré à Rennes, fail-
lit aussi être désorganisé en 1792 par suite d'une
mesure ministérielle dont la portée fut mal comprise.
Le ministre, M. de Narbonne, en envoyant aux corps
des drapeaux tricolores , prescrivait que les ancien-
nes enseignes fussent envoyées à Paris . Le bataillon
est assemblé le 27 février pour assister à la bénédic-
tion du nouveau drapeau . Après la cérémonie , le
commandant de Savignac donne l'ordre de défiler
avec le drapeau blanc , qui commençait alors à avoir
une signification politique . Les soldats réclament ,
placent le drapeau tricolore dans leurs rangs et veu-
lent suspendre l'autre aux voûtes de l'église . M. de
Savignac, exaspéré , arrache son hausse- col et se re-
tire , entraînant avec lui son neveu , M. de Brie , et
trois autres officiers . Tous les autres demeurent à
leur poste, et le bataillon rentre au quartier en bon
ordre . Cependant le bruit se répand qu'il y a un
complot d'aristocrates , que les émigrés reconsti-
tuent les régiments sur le Rhin , et que les vieux
drapeaux ne sont réclamés par le ministre que pour
être envoyés à Coblentz . Cette version ridicule est ac-
cueillie, et le corps municipal de Rennes, pour évi-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 289
ter de nouveaux malheurs, est obligé de faire arrêter
M. de Savignac et de s'opposer à l'envoi des dra-
peaux à Paris.
Le 1 " bataillon d'Artois quitta Rennes le 24 avril
1792 pour se rendre à l'armée du Rhin . Il fut d'a-
bord placé au Fort-Louis. Il fit , depuis , partie du
corps de Custines , et contribua à la conquête du Pa-
latinat . Pendant le long blocus de Mayence , il était
chargé de la défense de la tête de pont de Cassel et
se signala dans maintes rencontres . Après la prise de
Cassel, il rentra dans les rangs de l'armée du Rhin ,
combattit à Hocheim et Bingen , se fit remarquer le
22 juillet à l'affaire de la chapelle Sainte-Anne , puis
au ravitaillement de Landau , et enfin aux combats
livrés , du 20 août au 14 septembre, autour de Weis-
sembourg. Il termina sa carrière en garnison à Lan-
dau . Ce fut dans cette place , et le 26 juin 1794 , qu'il
fut versé dans la 95° demi-brigade .
Le dépôt du 2º bataillon d'Artois , resté en Breta-
gne depuis 1791 , réuni en 1795 à des débris de
plusieurs bataillons de volontaires qui avaient servi
dans l'Ouest, forma , sous le n° 96 , une faible demi-
brigade qui fut envoyée , en mars 1796 , dans le
Berry, où une insurrection avait éclaté à la voix de
Philippeaux , ce même officier qui , depuis, défendit
Saint-Jean d'Acre contre Bonaparte . La 96° fit tous
les frais du combat de Sens-Beaujeu et de la ' reprise
de Sancerre, qui termina cette échauffourée .
Les drapeaux du régiment d'Artois avaient deux
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 49
290 HISTOIRE
quartiers jaunes et deux quartiers bleus de ciel . Son
uniforme se composa d'abord d'habit et culotte
blancs , veste rouge , boutons jaunes , pattes de poches
en écusson garnies de neuf boutons, trois de chaque
côté et trois en bas presqu'en triangle , six boutons
sur la manche, chapeau bordé d'or . De 1776 à 1779 ,
il a eu les revers et parements gris de lin avec le collet
noir et les boutons jaunes .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 291
RÉGIMENT DE VINTIMILLE.
49 ° RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Tenemos por enemigo el diabolo.
LE MARQUIS DE CARACÈNE.
MESTRES DE CAMP ET COLONELS.
1. Comte DE GASSION ( Jean ) 1er février 1647.
2. Comte DE PALLUAU ( Philippe de Clérambaut ) , 20 octobre
1647 .
3. Marquis DE SOURCHES ( N. du Bouchet ) , 24 avril 1665 .
4. Duc D'HARCOURT (( Heuri ) , 20 février 1675.
5. Marquis D'HUMIÈRES ( N. de Crévant ) , 17 mars 1677 .
6. Marquis DE LA CHATRE ( Louis-Charles-Edme ) , 17 mai 1684.
7. Comte DE SAINT - SULPICE ( N. de Crussol d'Uzès ) , 29 jan-
vier 1702.
8. Marquis DE SAINT-SULPICE ( Philippe-Emmanuel de Cu -sol
d'Uzès ) , juin 1702 .
9. Comte DE LANNOY ( N. ) , 4 mars 1708 .
10. DE LOUVIGNIES ( Jean Maignart de Bernières ) , 16 avril 1712.
11. Comte DE ROCHECHOUART-FAUDOAS ( François-Charles ) ,
10 mars 1734.
12. Chevalier D'AUBETERRE ( Jean- Baptiste-Charles-Hubert d'Es-
parbès de Lussan ) , 6 mars 1743.
13. Prince DE ROHAN- MONTBAZON ( Jules- Hercule -Mériadec ) ,
26 mai 1745 .
14. Comte DE MONTREVEL ( Florent-Alexandre-Melchior de La
Baume ) , 21 avril 1759.
15. Baron DE CRUSSOL ( Henri-Charles-Emmanuel ) , 3 janvier
1770.
292 HISTOIRE
16. Marquis DE BERGHES- SAINT-WINOX ( François- Désiré -Marc
Ghislain ) , 11 novembre 1782.
17. Comte DE VINTIMILLE ( Charles-Emmanuel-Marie-Madelon ) ,
14 mai 1788 .
18. CASABIANCA ( Raphaël ) , 25 juillet 1791 .
19. DESPERRIÈRES ( Adrien -Marie-Gabriel ) , 27 mai 1792.
20. DE BOISRAGON ( Louis Chevaleau ) , 12 septembre 1792 .
En 1646 , Gaston , duc d'Orléans, assiégeait Courtrai .
Il avait sous lui, pour diriger les opérations , le maré-
chal de Gassion , le plus beau type de soldat qui peut-
être ait jamais existé. Gassion , et quelques centai-
nes d'hommes endiablés de toutes les nations, qui
depuis longtemps suivaient sa fortune , faisaient la
principale force de l'armée , car ils étaient la ter-
reur des Espagnols , qui se contentaient de regarder
à distance comment les Français s'y prenaient pour
réduire une place. Charles IV, duc de Lorraine ,
voulut en vain engager le marquis de Caracène à
attaquer les lignes des assiégeants ; il ne put jamais
l'y déterminer . « Nous sommes, lui disait- il , bons
catholiques et nous aurons Dieu pour ami . — Si , ré-
pondit l'Espagnol , mas por enemigo , tenemos el
diabolo . » L'armée espagnole demeura dans sa ré-
serve prudente et Courtrai capitula . Le gouverne-
ment en fut donné à Gassion , qui en confia la garde
à ses braves , réunis en régiment par ordre du
1er février 1647 .
L'année même de sa formation , le régiment de
Gassion prit part à plusieurs petits combats autour
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 293
de Courtrai et perdit son illustre chef, tué le 28 sep-
tembre au siége de Lens d'une mousquetade à la
tête ( 1 ) . Il fut donné au comte de Palluau , qui y in-
corpora , par ordre du 20 octobre , un régiment
qu'il avait levé le 20 mai 1645. Celui- ci était plus
ancien , mais l'autre était meilleur et destiné à être
entretenu comme garnison . M. de Palluau succéda
aussi à Gassion dans le gouvernement de Cour-
trai ( 2) .
Les Espagnols tentèrent de surprendre cette ville
en février 1648. Ils l'attaquèrent de nuit par quatre
endroits différents ; mais le régiment se gardait
bien , et, après deux heures de combat , il les força à
se retirer avec une perte énorme . Le lieutenant d'Al-
vicq se couvrit de gloire en défendant avec 40 hom-
mes une demi-lune et repoussant tous les assauts
de l'ennemi . Au printemps, Palluau quitte Courtrai
pour coopérer au siége d'Ypres . Il arrive le 12 mai
devant cette ville et surveille les avenues de Bruges
et de Dixmude . Le comte de Palluau ayant obtenu
le 4 gouvernement d'Ypres en remettant celui de
Courtrai , le régiment fut mis en garnison dans la
(1) Gassion avait été fait maréchal de camp le 23 juin 1638 , mestre
de camp général de la cavalerie le 10 décembre 1641 , et maréchal
de France le 17 novembre 1643 .
(2) M. de Palluau était maréchal de camp du 14 avril 1642 , et
mestre de camp général de la cavalerie du 30 mai 1646. Il fut fait
lieutenant-général le 22 mars 1648 , et maréchal de France le
24 août 1652.
234 HISTOIRE
première de ces villes, et il y demeura cette année
et la suivante .
En 1650 , il est appelé près de la cour . Il la suit
en Normandie et de là il passe en Bourgogne, où il
est employé au siége de Bellegarde. Il termine cette
campagne sous le maréchal du Plessis , et se trouve
le 15 décembre à la bataille de Rhétel. Au commen-
cement de 1651 , il sert en Lorraine et fait le siége
de Chasté . Le capitaine de Carvoisin fait admirer
son audace le jour de l'assaut . Il pénètre presque
seul jusqu'au milieu de la ville , y soutient une lutte
héroïque et reçoit trois blessures dangereuses . Le
lieutenant-colonel de Lortet se fait aussi remarquer
par sa bravoure et ses bonnes dispositions .
Le comte de Palluau , ayant alors été investi du`
commandement d'une petite armée destinée à sou-
mettre les villes du Berry qui tenaient pour le prince
de Condé , emmena son régiment avec lui et l'em-
ploya au long siége de Montrond , qui se prolongea
jusqu'en 1652. Le château de cette ville capitula
enfin le 1er septembre , et le régiment y entra avec la
mission d'en détruire les fortifications . Cette beso-
gne achevée, il rallia en 1653 l'armée du vicomte
de Turenne et fit le siége de Mouzon . En 1654 , il se
trouva à l'attaque des lignes d'Arras, et , en 1655 , au
siége de Landrecies , où il demeura en garnison jus-
qu'en 1657. Il se rendit cette année au siége de
Cambrai , et ce fut par l'inadvertance d'une de ses
sentinelles que l'armée se vit obligée de lever ce
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 295
siége. Le prince de Condé avait fait une diligence
incroyable pour amener du secours à Cambrai .
M. de Guitaut, qui commandait son avant-garde , se
présente inopinément au quartier de Palluau , et , au
cri de la sentinelle , répond résolûment, Guitaut . La
sentinelle croit éntendre Palluau et laisse passer.
Après cette malheureuse affaire , le régiment est
jeté dans Ardres, et il n'en sort que pour aller ren-
forcer l'armée qui assiégeait Dunkerque et que le
prince de Condé menaçait dans ses lignes . Cette fois
l'armée française est plus heureuse, les Espagnols et
Condé sont battus , et Dunkerque capitule . Au
mois de juillet , Palluau passa sous les ordres du
maréchal de La Ferté et termina cette guerre par
le siége de Gravelines , où il demeura en garnison .
En 1662 , quand Dunkerque fut rendu à la France
par les Anglais , Palluau fournit trois compagnies
pour son occupation . Elles y entrèrent le 29 no-
vembre .
Le régiment , devenu Sourches , est appelé en
1666 au camp assemblé à Monchy près de Compiè-
gne . Il prend part l'année suivante à la campagne de
Flandre et resté en garnison à Audenaërde .
En 1671 , Sourches fait partie du camp réuni sous
Dunkerque . Après la levée du camp , il est un des
quatre régiments laissés dans cette ville. Il fit la cam-
pagne de 1672 en Hollande , et il se signala d'une
manière toute particulière , au mois de décembre ,
dans l'expédition que M. de Luxembourg dirigea
296 HISTOIRE
contre Bodegrave et Swammerdam . Après vingt-six
heures de la marche la plus pénible sur la neige et
la glace fondues , il arrive le 28 devant Swammer-
dam , s'empare de ce bourg et y met le feu . Au re-
tour, il est laissé à Niewerbrück avec la mission d'en
détruire le fort. Dans cette excursion , le colonel mar-
S
quis de Sourches , qui rendit d'éminents services à
M. de Luxembourg , prit lui- même le drapeau blanc
d'un régiment hollandais . En signe de satisfaction ,
le général lui permit d'en faire le drapeau colonel
de son régiment .
Pendant les années suivantes , Sourches sert dans
les garnisons de la Hollande et de la basse Meuse . Il
fait , sous le nom d'Harcourt (1 ) , la campagne de
1676 en Allemagne . Revenu , en 1677 , sur la fron-
tière du nord , il assiste aux siéges de Valenciennes
et de Cambrai , est ensuite détaché pour aller ren-
forcer l'armée du duc d'Orléans , occupée au siége
de Saint-Omer, et combat vaillamment , le 11 avril ,
à Cassel , à côté des Gardes et du régiment de La
Reine . Le lieutenant- colonel de Créan y est tué et ,
parmi ses blessés , il compte les capitaines Desdames,
Codère , Francalière , Montcobeau , Desfontaines ,
Lhôpital, Lanormandie , La Seinne , Millon et Gossé,
trois lieutenants et deux sous-lieutenants .
Sous le nom d'Humières , on rencontre le régi-
(1) Le duc d'Harcourt est passé en 1677 au commandement de
Picardie.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 297
ment , en mars 1678 , au siége d'Ypres . A l'assaut
du 24 , le capitaine de grenadiers de Meulan reçoit
trois balles dans le corps . Au mois de juillet , Hu-
mières est devant Mons. Le 17 , ses grenadiers s'em-
parent de l'abbaye d'Espinlieu , à demi portée de
canon de la place . Passé , après la bataille de Saint-
Denis , à l'armée du maréchal de Créqui , il prend
ses quartiers d'hiver sur les terres de l'électeur de
Brandebourg , et assiste , en 1679 , au combat de
Minden et à la prise de Bergen , derniers actes de
cette guerre .
Pendant les quatre années de paix qui suivent ,
Humières demeure en garnison à Saarbrück . En
juillet 1683 , il fait partie du camp de Vaudrevange
visité par Louis XIV, et quand la guerre se rallume ,
en 1684 , il se rend au siége de Luxembourg. Le 13
mai , le régiment étant de garde aux tranchées , le
colonel marquis d'Humières , fils unique du maré-
chal de ce nom , est tué d'un coup de mousquet ,
pendant qu'il examinait , entre deux sacs à terre , un
point qu'il devait attaquer le soir avec son régiment.
Celui-ci fut donné le même jour au marquis de La
Châtre (1 ) , sous les ordres duquel il se distingua le
20 à la prise du faubourg de Grump . Les capitaines
Millon , Boislandry et quatre lieutenants furent
blessés à cette affaire .
(1) Le marquis de La Châtre est devenu brigadier 30 mars 1693 ,
maréchal de camp 29 janvier 1702, lieutenant-général 26 octo-
bre 1704.
298 HISTOIRE
Après la prise de Luxembourg , le régiment re-
tourna à Saarbrück . En 1688 , il servit sous le dau-
phin à la prise de Philisbourg , de Manheim et de
Franckenthal . Il commença la campagne de 1689 ,
en Allemagne , sous le maréchal de Duras , puis
passa à l'armée de la Moselle , et se distingua , le 26
août , à la prise d'assaut de Kockheim .
En 1690 , La Châtre faisait partie de l'armée de
Flandre. Il se conduisit de la manière la plus bril-
lante à Fleurus . Il perdit dans cette bataille un capi-
taine et eut dix officiers blessés , parmi lesquels se
trouvaient le lieutenant-colonel Millon et le major
de Juynet. Le régiment retourna ensuite en Alle-
magne , où il fit les deux campagnes insignifiantes
de 1691 et 1692. On le retrouve au commencement
de 1693 dans les Pays-Bas , mais le 12 juin il part
de Namur avec le dauphin pour rallier encore une
fois l'armée du Rhin . Rappelé en Flandre en juillet
1695 , il sert au bombardement de Bruxelles , et il
ne quitte plus cette frontière jusqu'à la paix de Ris-
wyck. La Châtre fit partie , en 1698 , du fameux camp
assemblé à Coudun , près de Compiègne .
Au début de la guerre de la succession d'Espagne ,
le régiment , porté à deux bataillons , fut envoyé à
l'armée d'observation de Flandre , commandée par le
maréchal de Boufflers . Sous le nom de Saint- Sulpice,
il parvint à se jeter, le 27 avril , dans Kayserswaërth
investi par les Alliés . La mémorable défense de cette
place est un des plus beaux titres de gloire du régi-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 299
ment. Le 21 mai , le colonel Saint- Sulpice fait une
vigoureuse sortie et renverse tous les travaux des
assiégeants . Il a un doigt brisé et reçoit deux fortes
contusions. Le 9 juin , le régiment défend avec une
énergie extraordinaire les ouvrages extérieurs , et
après deux heures de combat , l'ennemi recule lais-
sant sur le terrain 2,500 hommes morts ou blessés .
Le brave colonel Saint-Sulpice ( 1 ) et 200 de ses sol-
dats étaient couchés sans vie à côté de leurs ennemis .
Le 15 , enfin , la garnison décimée se résigna à ca-
pituler ; elle dicta elle- même les articles et se retira à
Venloo , d'où les débris du régiment rallièrent bientôt
l'armée du duc de Bourgogne .
En 1703 , Saint- Sulpice continue de servir dans
les Pays-Bas sous le maréchal de Villeroy . Il com-
mence la campagne de 1704 sur le Rhin , mais au
mois de juillet il est rappelé au nord , et joint , le 8
août , sous Namur , l'armée du général espagnol mar-
quis de Bedmar . Les revers de l'armée de Bavière
réduisirent celle de Flandre à se tenir sur la plus
stricte défensive . Le régiment fut chargé de la garde
de Menin , et ses deux bataillons , qui comptaient
ensemble à peine 900 hommes , y soutinrent seuls
un siége en 1706. Les campagnes de 1707 et 1708
se passèrent également dans les garnisons. Le 4 juillet
1709 , le régiment , devenu Lannoy , contribua avec
Navarre à la prise de Warneton , et il se trouva , le
(1) Il fut remplacé par son frère.
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1894
300 HISTOIRE
11 septembre, à la bataille de Malplaquet . Après cette
rude journée , qui acheva de démoraliser les troupes
françaises , il se retira à Valenciennes , qu'il garda
jusqu'au moment où la victoire de Denain rouvrit
la campagne à nos troupes . Quelques jours aupara-
vant , le 10 juillet , le régiment qui , depuis quelques
mois , portait le nom de Louvignies ( 1 ) , avait fait
une sortie heureuse contre un parti ennemi qui s'é-
tait emparé du village de Beuvrage , situé aux portes
de Valenciennes . L'ennemi avait été contraint de
battre en retraite après un engagement très-vif , où
le capitaine de grenadiers Millon avait perdu la vie.
Louvignies quitta Valenciennes pour rallier l'armée
de Villars et contribua à la prise de Douai , du
Quesnoy et de Bouchain . Il servit , en 1713 , aux
siéges de Landau et de Fribourg , et fut réduit à un
bataillon après la paix de Rastadt.
Louvignies était en 1732 au camp de la Moselle.
L'année suivante , il se rendit en Italie et , le 17 no-
vembre, il eut l'honneur d'ouvrir la tranchée devant
Gera d'Adda avec les Gardes Piémontaises . Il contri-
bue aussi cette année à la prise de Pizzighetone et du
château de Milan . Dans les deux premiers mois de
1734 , il participe à la soumission de Serravalle , de
Novarre, du fort d'Arrona et de Tortone. Il combat
plus tard , sous le nom de Rochechouart, à Colorno
(1) M. de Louvignies est devenu brigadier 1er février 1719 , maré-
chal de camp 20 février 1734 et lieutenant-général 18 octobre 1734.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 301
et à Parme . Détaché le lendemain de la bataille de
Parme à la poursuite des Autrichiens , il contribue
à la défaite d'une partie de leur arrière-garde . Le
17 septembre, il prend une part très-brillante à la
victoire de Guastalla ; il y fait de grandes pertes et
son colonel y est blessé . Laissé quelque temps dans
Guastalla pour se rétablir, il rejoint l'armée pour
faire le siége de la Mirandole ; mais l'ennemi ayant
fait quelques démonstrations autour de Guastalla , il
y rentre et s'y établit pour l'hiver . En 1735 , il coo-
père à la prise de Gonzague , de Reggiolo et de Re-
vere, et poursuit les Autrichiens jusqu'aux confins
du Tyrol . Le 3 octobre , il franchit l'Adige et occupe
San-Bonifazio , où il reste jusqu'en septembre 1736 .
Il rentre alors en France .
Au mois d'août 1741 , Rochechouart , embrigadé
avec le régiment d'Anjou , fait partie du corps auxi-
liaire que le marquis de Ximenès conduit à l'électeur
de Bavière . Après une courte station dans le haut
Palatinat, ce corps pénètre en octobre dans la Bo-
hême . Rochechouart assiste à la prise de Prague et
prend ses quartiers d'hiver à Przestiowitz et Wil-
kow , où il éprouve la plus rude misère . En avril
1742 , il arrive devant Égra avec les régiments de庸
Beauce, de Berry et de Luxembourg, et il ouvre la
tranchée devant cette place dans la nuit du 7 au 8 .
Égra, qui l'année suivante devait soutenir un si beau
siége contre toute l'armée autrichienne , ne tint
que onze jours devant quatre faibles bataillons fran-
302 HISTOIRE
çais et capitula le 19. Après cet exploit , Roche-
chouart rallie en hâte l'armée du maréchal de Bro-
A
glie et se trouve le 25 mai au combat de Sahay . Quel-
ques jours après , il se retirait sous Prague, et il en-
trait le 15 août dans cette grande ville , cernée de
toutes parts par les troupes de Marie-Thérèse . Au
commencement de ce terrible blocus, Rochechouart
ne comptait plus que 295 hommes réunis sous ses
drapeaux . Cette poignée d'hommes , renforcée de
quelques miliciens fraîchement arrivés de France ,
fut chargée de la défense d'une île de la Moldaw, vis-
à-vis de la porte de l'Hôtel des Invalides . Elle s'ac-
quitta bravement de sa mission et se fit remarquer
dans plusieurs sorties , notamment à celle du
22 août, où elle partagea les hauts faits de Navarre.
Au mois d'octobre, la brigade de Rochechouart, qui
comprenait les régiments Royal-Suédois et Royal-
Bavière, quitta Prague et fut répartie sur la ligne de
communication de Brandweiss à Prague pour facili-
ter la jonction de l'armée du maréchal de Maille-
bois . Peu de temps après , le régiment se mit en
route pour Deckendorf. Dans cette retraite, un dé-
tachement , qui sortait du château de Winterberg ,
fut vivement attaqué par les pandours et perdit le
capitaine Absolu et quelques soldats .
Le comte de Rochechouart ramena son régiment
en France au mois de février 1743 et passa au com-
mandement du régiment devenu Aquitaine . Celui
dont nous nous occupons prit le nom d'Aubeterre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 303
et fut mis en garnison à Bitche. Il rallia, le 14 juin ,
l'armée du maréchal de Noailles , et combattit le 27
à Dettingen, où il eut 4 officiers et 60 soldats at-
teints par le feu de l'ennemi . Il acheva4 T cette campa-
gne dans
" la basse Alsace , et, l'année suivante , il
passa à l'armée de Flandre sous le maréchal de
Saxe.
En 1745# , Aubeterre fait le siége de Tournai , et, à
la bataille de Fontenoy, il est un des corps qui sont
le plus sérieusement engagés. Sa brigade, qui com-
prenait le régiment suisse de Courten , avait été
placée à la
n droite des Gardes Suisses et à la gauche
du régiment du Roi , dans un ravin qui allait de
Fontenoy au bois de Barry. Quand les Gardes ,
écrasés par le feu des Anglais, eurent été contraints
de reculer , le lieutenant-général marquis de Lut-
teaux , qui voit le désastreux effet que va produire
sur le moral des troupes la défaite de ce corps d'é-
lite , se dévoue au salut de l'armée , et , s'élançant à
la tête de la brigade d'Aubeterre , il s'écrie : « Ca-
marades , en avant ! c'est ici qu'il faut mourir ! »
Les soldats d'Aubeterre , électrisés , se précipitent
tête baissée sur la colonne anglaise et arrètent son
élan . Dans cette charge terrible, où le marquis de
Lutteaux trouva la mort comme il l'avait dit, le ré-
giment eut 130 hommes tués et plus de 200 bles-
sés ; la moitié de son effectif avait été frappé par les
balles ennemies . Après la victoire , les débris du
corps servirent encore à la prise de Tournai , de
304 HISTOIRE
Termonde et d'Audenaërde , et terminèrent cette
campagne par le siége d'Ath . Le 25 août, le régi-
ment avait été porté à deux bataillons . Le chevalier
d'Aubeterre, en récompense de sa conduite à Fon-
tenoy, était passé au commandement du régiment
Royal-des-Vaisseaux .
Le régiment, devenu Rohan , débute en 1746 au
siége de Bruxelles . Au mois de septembre il fait ce-
lui de Namur, et le 10 octobre il combat à Rocoux .
Il faisait partie de la fameuse division du comte de
Clermont-Gallerande , et chas l'ennemi du village
d'Ance . Ce fut M. de Rohan (1 ) qui porta au roi les
dix drapeaux pris à l'ennemi . En 1747 , le régi-
ment continue de servir dans les Pays-Bas ; il est
augmenté d'un 3 bataillon pour le siége de Berg-
op-Zoom , et, après la prise de cette place , il y est
mis en garnison . L'année suivante , il est appelé au
siége de Maëstricht, et prend part le 29 avril à l'as-
saut des flèches du front d'attaque . Rohan rentra en
France après ce siége , et son 3 bataillon fut réformé
le 30 octobre.
En 1754 , il est au camp d'Aimeries sur Sambre.
En 1756 , quand les hostilités commencent avec
(1) M. de Rohan a été nommé brigadier 22 décembre 1757 , ma-
réchal de camp 21 avril 1759, et lieutenant-général 25 juillet 1762 .
Jacques Besnard , lieutenant en 1710 , lieutenant-colonel 26 mars
1744, est devenu brigadier 1er janvier 1748. Son successeur, Paul-
Gabriel-Louis Le Neuf de Sourdeval , enseigne en 1713 , et lieute-
nant-colonel 1er février 1748 , fut fait brigadier le 10 mai 1748 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 305
l'Angleterre, il est appelé à celui de Granville . Il sert
en Allemagne en 1757 sous le prince de Soubise et
se trouve à la bataille de Rosbach , où il fournit son
contingent de victimes. Il y perd les capitaines Bar-
don , Daugy et Dumaron , les lieutenants La Line ,
Gay, de Mainville , Lacour, Dusaulcoy, La Sauzaye ,
Savary et Méiuer . Parmi les blessés , on comptait les
capitaines Coquerel , Allou , Boulot , de Fitte , du
Varnay, Beauville , Lacourbe , Valmesnil , Prisson , de
Grox, Châtillon , La Moustière , Beaumont, La Vieil-
lêre et quatre lieutenants .
En 1758 , Rohan servit d'abord sous le maréchal
de Broglie, et se distingua extrêmement , le 23 juillet ,
au grand combat de Sundershausen . Il était placé à
la gauche . Les régiments suisses de Waldner et de
Diesbach s'étaient épuisés en vains efforts sans pou-
voir réussir à déloger l'ennemi de l'escarpement de
la rivière de Fulda . Le duc de Broglie les fit appuyer
par Rohan , Beauvoisis , Royal-Bavière et Royal-
Deux-Ponts . Ces braves régiments se trouvèrent bien-
tôt en première ligne et exposés à un feu des plus
vifs . Ils y répondirent longtemps ; mais enfin , leurs
munitions s'épuisèrent et le feu des Alliés ne se ra-
lentissait point . Emportés alors par une magnanime
résolution , ils s'élancent à la baïonnette sur les for-
midables positions de leurs adversaires , les abordent
avec une vigueur irrésistible et culbutent l'ennemi
dans un profond ravin . Rohan , qui marchait en tête,
eut la gloire de s'emparer de quatre pièces de canon .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANCAISE. T. V. 20
306 HISTOIRE
Le lieutenant- colonel de Saint-Martin fut tué dans
cette belle charge (1).
Le régiment rallia bientôt l'armée du prince de
}
Soubise , et se distingua encore le 10 octobre à Lut-
zelberg. Sa brigade, qui formait , avec celle de Wald-
ner, l'avant-garde aux ordres du duc de Broglie ,
déboucha la première sur le plateau et poussa l'en-
nemi jusqu'au village de Landwershagen . Pendant
la nuit qui suivit la bataille , Rohan se porta par une
marche rapide sur les gorges de Munden , où l'armée
alliée s'était retirée , et il lui fit le lendemain un
grand nombre de prisonniers . Après diverses opéra-
tions de peu d'importance , qui se prolongèrent jus-
qu'au mois de décembre , le régiment fut établi pour
l'hiver à Hanau , quartier général du prince de Sou-
bise .
On le trouve , le 13 avril 1759 , à la bataille de
Bergen . Il était à l'aile droite , et vint appuyer les
efforts de Piémont et de Royal-Roussillon qui com-
battaient dans la grande rue de cette petite ville . Il
partagea avec ces deux corps et Beauvoisis les pé-
rils et l'honneur de la dernière charge , qui fit perdre
le champ de bataille aux ennemis.
Le prince de Rohan fut nommé maréchal de camp
(1 ) Remplacé par Jean-Baptiste, chevalier de Mellet, lieutenant
en 1734, capitaine en 1742 , bles é à Fontenoy d'un coup de fusil
dans le corps, lieutenant- colonel 3 août 1758, brigadier 1 janvier
1768, et maréchal de camp 1er mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 307
après la bataille de Bergen . Les liens de famille qui
unissaient ce colonel au maréchal de Soubise avaient
valu au corps une bonne place à l'armée et des occa-
sions de gloire. Il fut moins heureux sous son suc-
cesseur , M. de Montrevel ( 1 ) . A peine eut-il changé
de nom , qu'on le relégua sur les côtes , où il a servi
pendant les trois dernières campagnes de la guerre
de Sept-Ans . Le 10 décembre 1762 , il cessa d'être
régiment de gentilshommes , et prit le titre de la
province de Berry , porté jusque-là par un autre ré-
giment créé en 1684 , et réformé cette année .
Au moment où la paix fut signée , Berry était à
Saint-Omer. Il est allé depuis à Arras en mai 1763 ,
à Dunkerque en décembre 1763 , à Berghes et Gra—
velines en juin 1764 , à Brest en août 1765 , à Vannes
et Morlaix en janvier 1766 , à Port-Louis , Lorient
et Bellisle en octobre 1766 , à Rochefort en octobre
1767 , à Bayonne en septembre 1768 , en Corse en
octobre 1770 , à Monaco et Antibes en septembre
1773 , à Grenoble en juillet 1774 , à Besançon en
août 1775 , à Philippeville et Avesnes en octobre
1776 , à Givet en octobre 1777 , à Landrecies en mai
1778 , à Béthune et Aire en novembre 1780 , à
(1 ) Le comte de Montrevel devint briga lier 25 juillet 1762 et ma-
réchal de camp 3 janvier 1770. Le baron de Crussol fut fait bri-
gadier 1er mars 1780 , et maréchal de camp 5 décembre 1781 .
François-Nicolas- Pascal de Kenveyer, major 4 mai 1771, et lieu-
tenant-colonel 5 juin 1781 , devint brigadier 1er janvier 1784, et
maréchal de camp 9 mars 1788.
308 HISTOIRE
Boulogne en juillet 1781 , à Dunkerque en novembre
1781 , à Toul en novembre 1783 , à Metz en octobre
1786 , à Rouen en novembre 1787 , pendant les
troubles d'Irlande , à Cambrai au mois de décembre
de la même année , et à Douai en mars 1738.
Une ordonnance du 14 mai 1788 donna la pro-
priété du régiment au comte de Vintimille du Luc ( 1 ) ,
en dédommagement du régiment Royal-Corse dont
ce seigneur était propriétaire , et qui venait d'être
transformé en bataillons de chasseurs à pied . Le ré-
giment quitta alors le titre de Berry , et prit celui de
Vintimille .
Au mois de septembre , Vintimille fut appelé au
camp de Saint- Omer, et en juillet 4789 , il fut un
des corps qui vinrent prendre des cantonnements
autour de Paris . Il occupa quelque temps Saint-Denis
et Neuilly , et fut renvoyé à Douai après la prise de
la Bastille .
Le 20 juin 1790 , Vintimille , réuni au régiment
d'artillerie en garnison à Douai , eut de violentes
querelles avec les chasseurs à cheval de Picardie , et
le sang coula. A Douai , comme partout ailleurs , les
troupes d'infanterie avaient les sympathies de la po-
pulation . Celle-ci prit fait et cause pour Vintimille , et
adressa une pétition à l'Assemblée nationale pour que
le régiment fût maintenu dans ses murs. Cette de-
( 1) Le comte de Vintimille était brigadier du 1er mars 1780 , et
maréchal de camp du 5 décembre 1781 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 309
mande fut accordée ; mais en mars 1791 les citoyens
de Douai s'étant mis en état de rébellion contre cer-
tains décrets de l'Assemblée , et quelques soldats de
Vintimille ayant pris parti pour eux , le régiment
reçut l'ordre de se rendre à Avesnes où il arriva le 3
avril . Il passa de là , au mois de juin , au Quesnoy ,
et se trouvait encore dans cette place quand les hos-
tilités commencèrent .
Vintimille est le premier corps qui ait fait parler
de lui dans cette longue série d'actions glorieuses
qu'on appelle les guerres de la révolution . En avril
1792 , il faisait partie du corps de Biron , qui occupa
Quiévrain le 29 et se porta en avant. L'armée au-
trichienne barrait la route de Mons dans une bonne
position , et attaqua , à cinq heures du soir , un poste
de notre droite , au village de Vannes. Il y avait là
quatre compagnies de grenadiers et un piquet de
cavalerie. Le capitaine Gigault , de Vintimille , ma-
nœuvra avec tant d'intelligence et de fermeté , que
les Autrichiens se retirèrent avec perte de dix à douze
hommes. Ce fut alors que Biron apprit la malheu-
reuse affaire de Dillon , en avant de Lille. Il songea
à battre en retraite après avoir donné quelque repos
à ses troupes. Il commença son mouvement le 30 au
matin , plus gêné que servi par les volontaires . Ceux-
ci avaient évacué Quiévrain devant quelques esca-
drons de hulans . Il fallait le reprendre. Biron se met
à la tête de Vintimille , qui , après des prodiges de
valeur, pénètre dans le bourg et en expulse l'ennemi.
310 HISTOIRE
Les volontaires purent passer et coururent vers Va-
lenciennes. Vintimille , avec un bataillon du 68°
(Beauce) et le 2º de Paris , qui se battit admirable-
ment sous les ordres des ducs de Chartres et de
Montpensier, se replia le dernier sur Valenciennes ,
faisant l'arrière-garde d'un troupeau de fuyards . Le
colonel Casabianca , qui avait pris le commandement
de cette poignée de braves gens , soutint toutes les
charges des Autrichiens et mérita le grade de maré-
chal de camp (1) .
Quand les Prussiens envahirent la Champagne ,
le 1er bataillon de Vintimille alla renforcer l'armée
de Kellermann et se trouva à la canonnade de Valmy.
Pendant les derniers mois de l'année , il prit part à
toutes les opérations de Beurnonville autour de
Trèves , et notamment aux combats des 14 et 15 dé-
cembre à Wawren et Grewenmakeren . Le colonel
Desperrières tourna les flancs couverts de neige des
montagnes , prit les ennemis en queue et contribua
ainsi beaucoup à leur défaite . Ce bataillon retourna ,
J en 1793 , à l'armée du Nord , et entra , au commen-
cement de 1794 , dans la composition de la 97° demi-
brigade .
Le 2 bataillon de Vintimille , rentré au Quesnoy
après l'affaire de Quiévrain , se jeta dans Valenciennes
au moment où cette place allait être assiégée . Après
(1 ) Son brevet est du 17 mai 1792. Le colonel Desperrières, qui
lui succéda, fut nommé général de brigade le 30 juin 1793 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 311
la prise de Valenciennes , il fit partie du corps de
10,000 hommes que le général Cordellier conduisit
dans la Vendée . Il combattit dans l'ouest jusqu'à la
fin de la guerre civile , et est entré directement , en
1796 , dans la 7° demi -brigade de nouvelle formation .
Les drapeaux du régiment dont on vient de lire.
l'histoire avaient deux quartiers jaunes et deux quar-
tiers verts. Son uniforme s'était composé d'abord
d'un habit blanc , avec la veste , le collet et les pare-
ments rouges , les boutons blancs , les poches en
travers avec trois boutons , autant sur la manche ,
et chapeau bordé d'argent . De 1776 à 1779 , les re-
vers et parements étaient cramoisis et le collet noir .
312 HISTOIRE
RÉGIMENT DE HAINAUT.
50 RÉGIMENT D'INFANTERIE.
Ce sera donc là notre lit d'honneur.
M. DE PERREUSE A HARBOURG.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Duc DE VENDOME ( César ) , 25 février 1651 .
2. Duc DE VENDOME ( Louis ) , 22 novembre 1665 .
3. Duc DE VENDOME ( Louis-Joseph ) , 30 septembre 1669.
4. Marquis DE LA VIEUVILLE ( René-Jean -Baptiste de Coskaër
d'Ablois ) , 15 août 1712 .
5. Chevalier DE VENDOME ( Philippe ) , 22 mars 1717.
6. Marquis D'OUROUER ( N. de Grivel de Gamaches ) , 25 juin
1726 .
7. Marquis D'OUROUER ( Paul de Grivel de Gamaches ) , 8 avril
1737.
8. Marquis DE STAINVILLE ( Étienne -François de Choiseul ) , 21
mai 1743.
9. Marquis DE LA ROCHE-AYMON ( Antoine-Louis - François ) ,
15 janvier 1745.
10. Marquis DE ROYAN ( Charles-Sigismond de Montmorency ) ,
20 juin 1761 .
11. Vicomte D'HAUTEFORT ( Abraham-Frédéric ) , 13 avril 1780 .
12. Comte DE NÉEL (Armand-Jérôme-Aimé ) , 10 mars 1788 .
13. REGNAUD ( Marie-Alexis-François-Régis ) , 21 octobre 1791 .
14. DE SAINT- SIMON ( Claude ) , 19 décembre 1791 .
15. DE BORDENAVE ( Jean-Ignace ) , 16 mai 1792 .
Le cardinal Mazarin ayant fait arrêter le prince de
Condé au commencement de 1650 , lui ôta le gou-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 313
vernement de la Bourgogne et le donna au duc de
Vendôme , bâtard de Henri IV. Ce fut pour se main-
tenir dans cette province , où le prince de Condé
comptait de nombreux partisans , que le nouveau
gouverneur leva, en vertu d'une commission délivrée
le 25 février 1651 , le régiment dont il est ici ques-
tion .
Pendant la première année de son existence , le ré-
giment de Vendôme fut employé à soumettre plusieurs
petites places du duché de Bourgogne . Il se rendit
en 1652 dans la Provence et contribua puissam-
ment à faire rentrer Toulon dans le devoir . Il occupa
cette ville le 13 septembre et y passa l'hiver . Envoyé
en 1653 en Guyenne , où s'agitaient les derniers dé-
bris du parti de la Fronde , il fut employé au blocus
de Bordeaux . C'était le duc de Vendôme qui avait la
direction des opérations concertées contre cette
grande ville . Le régiment fut d'abord placé dans le
fort César de Médoc . Il en sortit au mois de juin pour
aller faire le siége de Bourg , et il était de tranchée
le 30 , quand le baron de Montesson , qui le com-
mandait en qualité de mestre de camp pour le duc
de Vendôme , reçut une balle dans la tête dont il
mourut sur-le-champ . La place capitula le 2 juillet ,
et le régiment s'y établit. Le 17 du même mois , un
détachement participait à la prise de Libourne et y
perdait un lieutenant . Après la soumission de Bor-
deaux , Vendôme fut cantonné dans le pays pour en
assurer la tranquillité , et il y demeura jusqu'en 1655 .
314 HISTOIRE
甫
Porté cette année à seize compagnies , il joint
l'armée de Flandre et sert au siége de Condé , qui ne
se défend que trois jours . On le trouve l'année sui-
vante au siége de Valenciennes , qui eut une si fà-
4
cheuse issue . Depuis ce moment jusqu'à la paix des
Pyrénées , il sert dans les garnisons de la frontière
du nord .
A la fin de 1659 , Vendôme fut envoyé dans le bas
Poitou . Il y eut de fréquents démêlés avec les sau-
niers des marais . Aux grandes réformes de 1661 , le
régiment fut réduit à huit compagnies , malgré l'in-
corporation , effectuée le 12 avril , du régiment que
le duc de Mercœur avait levé en 1651 en même
temps que son père formait le sien . Au mois de sep-
tembre 1661 , Vendôme fit partie du petit corps di-
rigé sur Montauban pour y réprimer une tentative de
révolte . Il retourna ensuite dans ses quartiers du
Poitou , d'où il ne bougea plus jusqu'en 1667. Le
duc de Mercœur, connu aussi sous le nom de cardi-
nal de Vendôme , et qui possédait déjà le régiment
des Vaisseaux , succéda à son père , en 1665 , dans le
commandement de celui-ci ; mais il le céda , en 1669 ,
à son fils , le célèbre duc de Vendôme , alors âgé de
quinze ans (1 ) .
(1 )Vendôme, quoique prince, passa par les grades. Il eut celui
de brigadier le 25 février 1677 , celui de maréchal de camp le
20 janvier 1678 , et le brevet de lieutenant-général le 24 août 1688.
Cette même qualité de prince l'empêcha pourtant d'obtenir le bâ-
ton de maréchal.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 315
Lorsque la guerre recommença avec l'Espagne en
1667 , Vendôme composa le fond de la petite armée
d'observation que le lieutenant- général de Foucauld
commanda dans le Roussillon . Il en était le seul
corps régulier . Aidé des milices du pays , il força , en
1668 , les Espagnols à lever le siége de Bellegarde.
Réduit à la paix à deux compagnies de 80 hommes,
le régiment fut désigné, en 1869 , pour faire partie
du secours envoyé à Candie . Il était de retour en
France avec l'expédition au mois de septembre.
Remis à seize compagnies en 1671 pour la guerre
de Hollande , il fit la campagne de 1672 sous le
prince de Condé et se trouva à la prise de Rheinberg ,
d'Orsoy et d'Arnheim . Il resta en garnison dans
cette dernière place. Il contribua , en 1673 , à la con-
quête de Maëstricht et , à la fin de cette année , le
premier bataillon fut jeté dans Grave pendant que
l'autre allait prendre ses quartiers d'hiver dans la
Bourgogne . Dès les premiers mois de 1674 , celui- ci
servit aux siéges de Besançon et de Dôle ; il rallia en-
suite l'armée du maréchal de Turenne et combattit
à Sintzheim , Ensheim et Turckheim . Le capitaine
de grenadiers de Laubanie, se fit fort remarquer
dans ces diverses occasions, et fixa , dès ce temps - là ,
l'attention des généraux (1 ).
Pendant cette même année 1674 , les compagnies
(1 ) Yrieix de Masgonthier de Laubanie est devenu lieutenant-gé-
néral en 1702.
316 HISTOIRE
restées à Grave se couvraient de gloire à l'admirable
défense que fit cette place . Elles montrèrent surtout
un courage inébranlable à l'attaque générale du
13 octobre. Les capitaines de Provenchères , La
Serrée , Marc , Desguières et de Nagay, y firent des
prodiges de valeur. Le dernier y perdit la vie .
Le régiment entier fit la campagne de 1675 sur
le Rhin. Après la mort de Turenne , pendant la belle
retraite du duc de Lorges, il se fit remarquer , le
1er août, à la défense des ponts d'Altenheim . Le
jeune duc de Vendôme combattait ce jour-là à la tête
de ses soldats et y reçut une blessure à la cuisse . Ven-
dôme se trouva encore cette année au secours d'Ha-
guenau et de Saverne . Pendant les trois campagnes
suivantes , ses compagnies furent partagées . Tandis
que le gros du corps continuait de servir sur le
Rhin , le reste était à l'armée de Flandre . Cette der-
nière portion contribua , en 1676 , à la prise de Condé,
en 1677 à celle de Cambrai , et en 1678 à la con-
quête d'Ypres . L'autre, formant brigade avec le ré-
giment de La Marine , se trouva sous le maréchal de
Créqui au combat de Kokersberg en 1676 , à la prise
de Fribourg en 1677 , où le lieutenant- colonel de
Limbœuf fut blessé, à l'affaire de Seckingen et à la
prise de Kelh et de Lichtemberg en 1678 , enfin au
combat de Minden en 1679 .
Vendôme fait la campagne de 1688 à l'armée
d'observation de la Moselle, commandée par Bouf-
flers . Il occupe Bonn et y reste en garnison . L'année
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 317
suivante , il prend une part glorieuse à la défense
mémorable du baron d'Asfeld dans cette mauvaise
place . Un fait d'armes particulier au corps mérite
de trouver place ici . Le 16 avril , à une heure du
matin , 2,000 hommes d'infanterie et 400 chevaux
des troupes de Cologne , commandés par le colonel
de Leyden et accompagnés de plus de 2,000 paysans,
tentent de surprendre une petite redoute située sur
le bord du Rhin , vis-à-vis de Bonn , et qui n'était
défendue que par 60 hommes de Vendôme, aux or-
dres du capitaine Racine . Deux piquets de grenadiers ,
placés sur le fleuve dans des bateaux couverts ,
étaient seuls à portée de les secourir. L'ennemi était
parvenu sans bruit jusqu'au bord du fossé, mais la
sentinelle ayant aperçu une mèche de mousquet ,
fait feu , et dans un instant toute la petite garnison
est sur pied . Elle se défend pendant trois heures
contre cette multitude , épuise contre elle tout ce
qu'elle possède de munitions et la contraint à se re-
tirer. L'ennemi laissait sur le champ de bataille
400 hommes , parmi lesquels se trouvaient le colonel
de Leyden et un lieutenant- colonel . Vendôme eut à
regretter un lieutenant , un sous- lieutenant, deux
sergents et quatre soldats .
Après la capitulation de Bonn , le régiment se re-
tira en Alsace et fut désigné au printemps de 1690
pour faire partie de l'armée d'Italie . Il escorta la
grosse artillerie qu'on envoyait à Cattinat et joignit
ce général le 6 juin devant Carmagnola . Il servit avec
318 HISTOIRE
distinction à toutes les opérations des campagnes de
1690 , 1691 et 1692 , et contribua à la défense de
Pignerol et de Suze . L'armée française prit l'offen-
sive en 1693. A la Marsaglia , Vendôme , placé à la
gauche de la 2e ligne d'infanterie derrière le régi-
ment de Perche , engagea la bataille avec ce corps,
arrêta sur la pointe de ses baïonnettes et de ses pi-
ques la cavalerie piémontaise , la culbuta et mit en-
suite en désordre l'infanterie des Alliés par une
charge de flanc qui décida la victoire en notre fa-
veur. Le régiment continua de servir en Italie pen-
dant les deux campagnes suivantes . En 1696 , il joi-
gnit en Catalogne le duc de Vendôme chargé du
commandement des forces sur cette frontière , et
prit part au combat d'Ostalrich . Il fit , en 1697 , le
siége de Barcelone et y trouva de nombreuses occa-
sions de soutenir sa réputation . Dans la nuit du 4 au
5 juillet, il se rendit maître du chemin couvert après
un combat terrible ; mais , au jour , le logement ne se
trouvait point achevé et une sortie de 600 hommes
vint culbuter les travailleurs . A cette vue, Vendôme ,
quoique sans munitions, marche de nouveau à l'en-
. nemi , le refoule. l'épée dans les reins jusqu'à la bar-
rière par laquelle il est sorti , et reste maître de sa
conquête .
Un bataillon de nouvelle levée , qui servait sous le
nom de Vendôme, dans les Pays-Bas, contribua , en
1694 , à la défense d'Huy , et en 1695 à celle de
Namur.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 319
Le régiment de Vendôme fut porté à deux batail-
lons par ordre du 1 février 1701. Pendant que le
2e se formait , le 1er se rendit à l'armée d'Italie sous
le maréchal de Villeroy et se trouva aux affaires de
Carpi et de Chiari . Le duc de Vendôme remplaça
Villeroy en 1702 ; cette circonstance mit le régiment
sur le premier plan , du moins le 1 bataillon , car
l'autre ne vint en Italie que trois ans plus tard .
Le 1er bataillon se trouve , en 1702 , à la bataille
de Luzzara et à la prise de Luzzara , de Guastalla et
de Borgoforte . Détaché ensuite sous le général Al-
bergotti , il contribue à la réduction de Modène , y
reste quelque temps en garnison et prend ses quar-
tiers d'hiver à Caneto , dont le lieutenant-colonel
Beaudouin ( 1 ) eut le commandement . En 1703 , le
bataillon accompagne Vendôme dans le Trentin , et
se signale à la prise d'Arco et de Nago . En 1704,
ses grenadiers se couvrent de gloire au siége de Ver-
ceil . Il fait ensuite le siége d'Ivrée et commence celui
de Vérue .
Pendant ce temps , le 2e bataillon , qui était d'a-
bord resté dans les garnisons d'Alsace et qui avait
seulement assisté l'arme au bras à la bataille de
Friedlingen en 1702 , faisait sa première campagne
sous Villars en 1703 , servait cette année au siége de
( 1 ) Pierre Beaudouin, soldat en 1673 , sous-lieutenant en 1674 ,
major en 1697 , lieutenant-colonel 28 novembre 1699, et brigadier
8 mai 1708.
320 HISTOIRE
Kelh , puis , passant en Bavière , se trouvait à la pre-
mière affaire d'Hochstedi et à la prise d'Augsbourg.
Il avait continué de servir en Bavière , sous Marchin ,
en 1704 , avait vu , sans être engagé , le désastre
d'Hochstedt , était rentré en Alsace et avait pris ses
cantonnements à Neuweiler.
Ce bataillon vint joindre le 1er devant Vérue dans
l'hiver de 1704 à 1705. Le 1er mars , ils rivalisèrent
de courage à l'attaque du fort de l'Isle, dont la prise
amena, enfin la soumission de Vérue . Le 31 mai,
les deux compagnies de grenadiers aidèrent au succès
du combat de Moscolino , en gardant les retranche-
ments de la tête de pont sur la Chiese . Le régiment
se trouva ensuite à l'attaque des lignes du prince Eu-
gène à Castelleone , à la prise de Chivasso et à la
bataille de Cassano . Dans cette dernière affaire , le
régiment était à l'aile droite . Eugène dirigea sa prin-
cipale attaque sur le centre qu'il fit plier ; mais Al-
bergotti , à la tête de Vendôme et de quelques au-
tres régiments, vint aborder dans ce moment le fort
construit à la tête du pont de Cassano , et en chassa
l'ennemi avec une telle vigueur que le combat se
trouva rétabli . Le 16 octobre , Vendôme combattit
encore avec Auvergne à l'attaque des retranchements
de Gumbetto , et il alla prendre ses quartiers d'hiver
à Mantoue. Le 19 avril 1706 , à Calcinato , le régi-
ment était en réserve . Lorsque le comte de Grancey,
après la défaite de la gauche impériale , reçut l'ordre
de s'emparer du pont sur la Chiese pour ouvrir un
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 321
passage à la gauche française qui devait couper la
retraite aux fuyards, le régiment s'élança le pre-
mier, franchit la rivière au pont Saint-Marc , et,
sans considérer le nombre des ennemis , il se rua sur
un corps de 22 bataillons autrichiens , le mit en dé-
sordre , et procura à la cavalerie qui le suivait les
moyens de le détruire . Toutefois cette cavalerie ar-
riva fort à propos pour lui ; car les Autrichiens, qui
avaient eu le temps de revenir de leur étonnement ,
allaient l'envelopper et le faire prisonnier . Pendant
le reste de cette campagne , Vendôme acheva de se
faire écraser à Turin et à Calcinato . En quittant l'I-
talie, il était réduit à 350 hommes , qui allèrent
joindre leur chef en Flandre . Le duc de Vendôme
avait encore succédé à Villeroy sur cette frontière
après le désastre de Ramilies .
La campagne de 1707 fut insignifiante . En 1708
eut lieu le malheureux combat d'Audenaërde et le
siége de Lille par les Alliés . Le régiment était alors
au corps d'observation du comte de La Mothe . En
1709 , ses deux bataillons contribuent à la défense
du marquis de Surville dans Tournai . En 1711 , ils
sont à l'attaque d'Arleux , en 1712 à l'affaire de De-
nain et à la prise de Douai , du Quesnoy et de Bou-
chain .
Le duc de Vendôme mourut en Espagne à la fin
de 1712 , ne laissant après lui qu'un frère , le grand
prieur de Malte, tombé dans la profonde disgrâce de
HIST. DE L'ANC. infanterie FRANÇAISE. T. V. 21
322 HISTOIRE
Louis XIV ( 1 ) . Le roi donna , lé 2 juillet , le régi-
ment à Charles de Bourbon , duc de Berry. Le com-
mandement réel fut en même temps confié au mar-
quis de La Vieuville , dont la femme était dame d'a-
tours de la duchesse de Berry. Le régiment servit
sous le titre de Berry aux siéges de Landau et de Fri-
bourg en 1713 .
Le duc de Berry, dernier des petits-fils de Louis XIV ,
étant mort le 4 mai 1714 , le régiment fut réduit à un
bataillon et mis sous le titre de la province de Bar-
rois, qu'avait porté jusque-là un autre corps récem-
ment donné au prince de Conti .
Le titre de Barrois ne dura guère plus longtemps
que celui de Berry. Le régent, qui ne partageait pas
apparemment les préventions de Louis XIV contre le
grand prieur de Vendôme , rendit à celui- ci , le
22 mars 1717 , le régiment qui avait appartenu à sa
famille. Le nom illustre de Vendôme brilla donc en-
core une fois dans les troupes jusqu'à la mort du
grand prieur arrivée en 1726. Le régiment devint
alors simple régiment de gentilshommes (2) .
En 1733 , sous le nom d'Ourouër , il fait partie de
l'armée du Rhin et se trouve à l'attaque des lignes
(1) Le grand prieur de Vendôme était lieutenant-général depuis
le 30 mars 1693.
(2) Pendant tous ces changements, le régiment avait pour lieute-
nant-colonel Louis-François de Nollent de Limboeuf, lieutenant en
1678 , major 24 novembre 1699 , lieutenant-colonel 29 juillet 1713,
et brigadier 1er février 1719.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 323
d'Ettlingen et au siége de Philisbourg. Ses grenadiers
s'emparent de la coupure de l'ouvrage à cornes de
cette place. Au mois de septembre, il est au camp de
Bülh, sous le prince de Tingry, et en 1735 il combat
à Klausen .
Ourouër fut un des premiers régiments français
qui mirent le pied dans l'île de Corse . Désigné pour
cette expédition en janvier 1738 , il partit du golfe
Juan le 1 février et débarqua le 8 à Bastia , où il fut
mis en garnison . Le 7 décembre de cette année , il
marcha contre un rassemblement de paysans, le bat-
. tit à Borgo, et eut un sous-lieutenant de grenadiers
blessé . Le 3 juin 1739 , il prit une part brillante au
combat livré sur les hauteurs de San- Giacomo. Il est
resté en Corse jusqu'au mois d'avril 1741 .
La guerre de la succession d'Autriche l'avait fait
rappeler sur le continent. Il partit avec Auvergne, le
2 avril 1742, pour la Bavière , et arriva avec lui le
20 mai à Sedlitz . Il fut aussitôt détaché pour aller au
secours de Frawemberg . Ses grenadiers emportèrent
en passant le château de Wodnian , et il se trouva le
25 mai au combat de Sahay, dont l'issue ramena les
troupes françaises sous Prague . En arrivant sous les
murs de cette place , Ourouër n'avait déjà plus que
486 hommes sous ses drapeaux . Embrigadé avec An-
jou, il contribua , pendant les six derniers mois de
cette année , à la défense de Prague , et il partagea
les périls et les misères de la retraite du maréchal de
324 HISTOIRE
Bellisle. Le lieutenant-colonel de Mauriac (1 ) resta
dans Prague avec Chevert et quelques compagnies
composées de convalescents . Ce fut cet officier qui
fut chargé par Chevert de régler les termes de la
capitulation, en vertu de laquelle la faible garnison
de Prague obtint les honneurs de la guerre et fut con-
duite à Égra aux frais de l'impératrice .
A sa rentrée en France , en février 1743 , Ourouër
fut envoyé à Toulon . Après s'être rétabli pendant un
an dans cette garnison , il rallia en 1744 , sous le ti-
tre de Stainville (2) , l'armée destinée à agir en Ita-
lie . Il se trouva au passage du Var , à la prise des
châteaux d'Aspremont et d'Utelle , de Nice , de Castel-
nuovo , de la Scarenna , de Peglia , de Castiglione et
de la Turbia , servit aux siéges de Montalban et de
Villefranche, de Château-Dauphin , de Démont et
de Coni , et combattit à la Madona del Ulmo avec
Lyonnais. Ces deux braves régiments rompirent une
colonne ennemie, la poussèrent l'épée dans les reins
jusque sur une de leurs batteries, dont ils s'emparè-
rent, et dont ils tournèrent sur-le-champ les canons
contre elle , ce qui acheva sa déroute . Affaibli par
cette laborieuse campagne , Stainville repassa les
Alpes, et, en 1745 , sous le nom de La Roche-Ay-
(1) M. de Mauriac, aide-major en 1707, major 8 décembre 1730,
lieutenant-colonel 28 janvier 1736 , brigadier 20 février 1743, ma-
réchal de camp 1er mai 1745.
(2) M. de Stainville est passé au régiment de Navarre.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 325
mon , il fut employé dans le Languedoc. L'ordon-
nance du 25 août le porta à deux bataillons .
Il reparut en Italie l'année suivante , marcha au
secours de Valencia , et assista à la prise d'Acqui , de
Ponzone, de Terzo , de Montabuoni , à la bataille de
Plaisance , où le colonel fut blessé en faisant des
prodiges de valeur ( 1) , au combat du Tidone , et en-
fin à la défense de la Provence , envahie par les Au-
trichiens et les Piémontais . Il campa pendant tout
l'hiver à Tournoux , protégeant les vallées de Barce-
lonnette et du Var. Au printemps de 1747 , il con-
tribua à la reprise des îles Sainte - Marguerite et
Saint-Honorat. Lorsque l'armée se présenta pour
franchir de nouveau le Var , le régiment était à l'a-
vant-garde sous le comte de Mailly. Quoique fusillés
de l'autre rive par le régiment piémontais de La
Marine , les soldats de La Roche-Aymon se jetèrent
dans le fleuve , portant leurs armes au-dessus de
leurs têtes . Cette audace intimida l'ennemi , qui leur
livra le passage . A peine établi dans le comté de
Nice , le régiment fut détaché sous le chevalier de
Bellisle pour agir dans le haut Dauphiné , et il se
trouva au sanglant combat du col de l'Assiette .
Rappelé plus tard dans les Alpes maritimes, il parti-
cipa au secours de Vintimille , et se distingua aux deux
(1 ) M. de La Roche-Aymon est devenu brigadier 10 mai 1748 ,
maréchal de camp 20 février 1761 , et lieutenant- général 1 mars
1780.
326 HISTOIRE
combats livrés au mois d'octobre sous les murs de
cette place . Il demeura en Italie jusqu'à la paix, et
s'établit ensuite dans les garnisons de la Provence .
En 1755 , La Roche-Aymon fit partie du camp de
manœuvres et de réserve assemblé à Valence , et
l'année suivante il demeura sur les côtes de Pro-
vence pendant l'expédition de Minorque . En 1757 ,
il fut envoyé à l'armée du Bas-Rhin , et se trouva à
la bataille d'Haastembeck et à la prise de Minden et
de Hanovre . Etabli à Harbourg, après la convention
de Closterseeven , pour y tenir garnison avec quel-
ques piquets d'autres corps et un détachement du
régiment de cavalerie de Würtemberg , il fut attaqué
au mois de novembre par l'armée hanovrienne, qui
violait sa capitulation . La résistance de La Roche-
Aymon fut admirable. Après avoir bravement dé-
fendu cette ville ouverte, il se retira dans le château,
et commença une série d'exploits qui le maintin-
rent dans ce mauvais poste jusqu'au 30 décembre.
Dans la nuit du 7 au 8 de ce mois , il exécuta une
sortie dans une île de l'Elbe, et enleva aux assié–
geants un nombreux troupeau . Le 14 , l'ennemi
commença à tirer à boulets rouges, et son feu de-
vint progressivement si terrible, que le 27 toutes les
défenses se trouvaient ruinées . La brèche était pra-
ticable ; les Hanovriens étaient maîtres de la con-
trescarpe et de deux écluses qui assuraient l'inonda-
tion . Il fallut se résigner à capituler . Le général
comte d'Hardemberg voulait que la garnison se ren-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 327
1
dit prisonnière ; le commandant de bataillon de
Perreuse, chargé de traiter avec lui , s'écria en mon-
trant le château : « Ce sera donc là notre lit d'hon-
费紧
neur ! » Cette généreuse résolution changea les dis-
positions du chef hanovrien , et la garnison obtint
les honneurs de la guerre, sous la condition de ne
plus servir contre l'électeur de Hanovre et ses al-
liés.
Rentré en France par suite de cette convention
et condamné à l'inactivité , le régiment retourna
dans les garnisons des côtes de la Méditerranée , et
se trouvait à Alais quand la paix fut conclue . Par
l'ordonnance du 10 décembre 1762 , il avait cessé
d'être régiment de gentilshommes et avait été mis
sous le titre de la province de Hainaut, porté aupa-
ravant par un corps créé en 1684 et réformé cette
année (1) .
Hainaut se rendit à Bayonne et Toulouse en mars
1763. Il passa de là à Metz en juillet 1764 , et fut
(1 ) Le marquis de Royan , alors colonel, devint brigadier le
22 janvier 1769 , et maréchal de camp le 1er mars 1780. Il avait
pris, en 1769 , le titre de duc de Luxembourg. Le vicomte d'Hau-
tefort, qui lui succéda , fut fait brigadier 1er janvier 1784 , et maré-
chal de camp le 9 mars 1788.
Pierre, chevalier de Léotaud-Donine, major au corps le 16 avril
1767 , et lieutenant-colonel le 11 avril 1770, fut nommé brigadier
1er mars 1780 , et maréchal de camp 1er janvier 1784. Michel-
Étienne de Gambs , lieutenant- colonel le 20 avril 1788 , fut fait ma-
réchal de camp le 1er mars 1791 .
328 HISTOIRE
appelé en 1766 au camp de Soissons . Après la levée
de ce camp , il est allé à Maubeuge , et depuis à Va-
lenciennes en juin 1767 , à Rochefort en août 1768,
à Montpellier en octobre 1768 , à Toulon en décem-
bre 1768 , à Belfort en juin 1770 , à Phalsbourg en
décembre 1770 , à Montmédy en juillet 1771 , à Lille
en octobre 1772 , à Embrun et Montdauphin en sep-
tembre 1773 , à Toulon en mai 1774 , à Antibes et
Monaco en juin 1776 , et à Toulon en novembre
1777. Un bataillon de 500 hommes s'embarqua
cette année sur la flotte du comte d'Estaing pour se
rendre aux Antilles . Ce bataillon se distingua d'une
manière toute particulière à la prise de la Grenade
en juillet 1779. A l'attaque du 3 sur le morne de
l'Hôpital , la compagnie de grenadiers formait l'a-
vant-garde , et enleva en un clin d'œil la redoute et
tous les retranchements . Son capitaine , M. de La
Pelin , fut blessé ; mais le héros de la journée fut le
sergent Horadou , dit Languedoc . Ce brave sauta le
premier dans la batterie du morne et sauva la vie au
lieutenant de Vence , qui le suivait de près, et sur
lequel les canonniers anglais s'étaient jetés. Le
comte d'Estaing , témoin de la valeur d'Horadou ,
l'embrassa et le fit officier sur- le-champ . Le 6 juil-
let, le bataillon de Hainaut assista au combat naval
soutenu par la flotte française contre celle de l'ami-
ral Byron . Au mois d'octobre, il prit terre sur le
continent d'Amérique et se distingua au siége de
Savannah . Le sous-lieutenant Horadou fut blessé à
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 329
1
l'assaut du 9 octobre . L'expédition rentra à la Mar-
tinique après la levée du siége de Savannah , et le
bataillon demeura dans cette île jusqu'à la paix . Un
détachement , embarqué en 1781 sur la Magicienne,
prit part au combat livré par cette frégate de 32 ca-
nons contre le Chatam , vaisseau anglais de 64.
Après trois heures de combat, la Magicienne, près
de couler bas, dut amener son pavillon . Le capi-
taine de Marmier , qui commandait la compagnie de
Hainaut embarquée , mourut criblé de blessures
avant ce fatal moment.
En 1783 , le 1er bataillon revint en France et fut
envoyé à Grenoble . A la même époque , le 2º ba-
taillon , qui était allé à Montpellier en novembre
1778 , et à Valence en juin 1780 , se rendait à Mont-
dauphin . Au mois de novembre , le régiment tout
entier se dirigea sur Saarlouis . Il fut depuis à Thion-
ville en novembre 1785 , à Montmédy en octobre
1787 , à Paimbeuf et au Croisic en novembre 1787 ,
à Montmédy en décembre 1787 , et fut appelé au
camp de Saint-Denis en juillet 1789. Mais la rapidité
des événements qui eurent pour résultat la prise de
la Bastille , ne lui permit pas d'arriver à destination .
Le baron de Falkenheim , qui commandait le camp
de Saint-Denis , lui envoya l'ordre de s'arrêter à
Claye . Le régiment partit de là pour se rendre à Metz ,
puis à Thionville , où il arrivait le 10 novembre. Il
resta en garnison dans cette ville jusqu'au 26 mai
330 HISTOIRE
1791 , qu'il fut envoyé à Belfort , d'où il détacha un
bataillon au Fort-Louis du Rhin .
En avril 1792 ( 1 ) , Hainaut fut envoyé dans le
Midi pour la répression des troubles d'Avignon . En-
fin , quand les hostilités devinrent imminentes avec
er
le roi de Sardaigne , le 1 " bataillon se rendit au camp
du Var , et le 2 entra en garnison à Toulon.
er
Le 1 bataillon contribua , sous les ordres du gé-
néral Anselme , à la conquête du comté de Nice . Il
se distingua particulièrement , le 14 février 1793 , à
Sospello . Les capitaines Bujet et Maury y firent ad-
mirer leur audace en s'emparant du camp ennemi .
Dans une reconnaissance qui eut lieu au mois de
mai , un soldat , nommé Justin , fut surpris par cinq
Autrichiens. Ce brave se débattit avec une telle fu-
reur , qu'il parvint à se dégager de leurs mains , et
sans lâcher son fusil , il se précipita du haut d'un
rocher . Au lieu de fuir alors , et malgré la douleur
de sa chute , il ne songe qu'à se venger , et engage
avec ses adversaires une fusillade qui eût fini par lui
devenir fatale , si l'on ne fût venu à son aide. Le 17
octobre , le lieutenant Vignier , avec 17 soldats et
quelques gardes nationaux , reprit sur les Piémontais
(1 ) Hainaut avait alors pour colonel M. de Saint- Simon , le fa-
meux chef d'une école ridicule . Il commandait auparavant le 67°
et avait permuté avec Regnaud .
Le général de division Claude Dallemagne était entré soldat
dans Hainaut en 1773.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 331
le village de Conségudes et leur enleva quatre canons.
Pendant ce temps , le 2 bataillon de Hainaut ser-
vait à la reprise de Toulon , qu'il avait été obligé
1
d'évacuer .
Ici se termine l'histoire du régiment . L'embriga-
dement fut exécuté sur cette frontière pendant le
quartier d'hiver. Le 1er bataillon entra , le 24 novem-
bre 1793 , dans l'organisation de la 99° demi-brigade ,
et le 2e fut versé , le 14 décembre , dans la 100°.
Le régiment avait des drapeaux feuille morte ,
vert , bleu et violet . Son uniforme s'était d'abord
composé d'habit et culotte gris ou blancs , veste, pa-
rements et collet rouges , boutons jaunes, pattes ordi-
naires garnies de trois boutons et autant sur les man-
ches , chapeau bordé d'or. De 1776 à 1779 , il eut
les revers et parements cramoisis, et le collet jaune.
332 HISTOIRE
RÉGIMENT DE LA SARRE .
51 RÉGIMENT D'INFANTERIE.
Malplaquet !
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Duc DE LA FERTÉ (
( Henri de Sennectère) , 20 mai 1651 .
2. Duc DE LA FERTÉ (
( Henri-François de Sennectère ) , 10 août
1671 .
3. Marquis DE BRAQUE ( François-Albert ) , février 1685 .
4. Comte DE VAUDREY (Jean-Charles) , 27 décembre 1691 .
5. Comte DE MONTCAULT ( N. Fabry ) , mars 1704 .
6. Comte D'AUTREY ( Henri Fabry de Montcault ) , 1er août 1709.
7. Comte DE BOISSIEUX ( Louis de Frétat ) , 15 septembre 1730 .
8. Comte DE MAILLEBOIS ( Yves-Marie Desmarest ) , 10 mars
1734.
9. Comte DE LUSSAN ( Charles-Claude-Joachim d'Audibert ) ,
25 novembre 1734.
10. Marquis DE TOMBEBOEUF ( Jean-Baptiste ) , 15 janvier 1745.
11. Marquis DE MONTPOUILLAN ( Louis -Guy-Sacriste de Tombe-
boeuf ), 24 février 1747.
12. Comte DE PEYRE ( Jean- Henri Morel de Groslée ) , 1er décem-
bre 1762. 1
13. Duc DE LA ROCHEFOUCAULD ( Louis-Alexandre ) , 16 avril
1767.
14. Comte DE MONTBEL ( Jules -Gi`bert ) , 1er janvier 1784 .
15. Baron DE VERGENNES ( Jean-Charles Gravier ) , 10 mars 1788.
18. DUPONT DE COMPIÈGNE ( Charles- Léopold - Joseph ) , 25 juil-
let 1791 .
17. Chevalier D'IVERSAY ( Joseph Jouslard ) , 21 octobre 1791 .
18. VIAL D'ALLAIS ( Charles - Guillaume ) , 7 mars 1792.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 333
19. Chevalier DESPERRIERS ( Joseph-Marie Lavoine ) , 16 mai
1792.
20. DAGOBERT-FONTENILLE ( Louis-Simon-Auguste ) , 27 mai
1792.
21. DORTOMAN ( Jean-Jacques ) , 8 mars 1793.
Ce régiment a été levé en Lorraine par le maré-
chal de La Ferté ( 1 ) . La commission de levée est
datée du 20 mai 1651 , en pleine Fronde . M. de La
Ferté était alors gouverneur de la Lorraine , momen-
tanément confisquée sur le duc Charles IV.
Le régiment de La Ferté servit cette même année
à la prise de Vichery et Mirecourt. Le lieutenant-
colonel de Paillet , le major de Bourgoing et le ca-
pitaine de Gibaumé se firent remarquer au siége de
Chasté. M. de Gibaumé y eut le corps traversé par
une balle de mousquet . Cette première campagne se
termina par la prise d'Épinal et le siége de Ligny ,
où le régiment se distingua d'une manière toute spé-
ciale , et dont la conquête lui fut particulièrement
due. En 1652 , le maréchal le conduisit à l'armée
royale . Il arriva , le 25 juin , à Provins , fit sa jonc-
tion avec Turenne à Lagny , se trouva le 2 juillet au
combat du faubourg Saint-Antoine , où il prit la
place des régiments des Gardes et de La Marine mis
en désordre dans la rue de Charonne , et , après la
retraite du duc de Lorraine , partit au mois de sep-
(1) Maréchal de camp 1er juillet 1639 , lieutenant-général 8 mai
1646, et maréchal de France 5 janvier 1651 .
1
334 HISTOIRE
tembre du camp de Villeneuve-Saint-Georges pour
aller au secours des places du Barrois . Il arriva trop
tard et dut faire de nouvelles actions de vigueur pour
reprendre le château de Ligny , qui ne capitula que
le 22 décembre . Le régiment prit ensuite ses quar-
tiers d'hiver à Nancy. Il servit , en 1653 , à la prise
de Rhétel et de Mouzon , et passa l'hiver devant Bel-
fort , qui ne se rendit que le 7 février 1654 , après
un siége de cinquante-neuf jours , où la Ferté perdit
quelques officiers . Le régiment prit alors un peu de
repos et marcha au secours d'Arras investi par une
armée formidable, qui se trouva bientôt bloquée elle-
même dans ses lignes par les Français . Ce fut là que
se passa une scène bizarre qui peint trop bien le ca-
ractère du maréchal de La Ferté pour être passée
sous silence : c'était un homme bouillant , toujours
en furie , et dont les premiers éclats étaient terribles .
Il avait un jour envoyé un de ses soldats porter une
lettre au gouverneur d'Arras . Ce brave homme traversa
heureusement les lignes des Espagnols, mais à son
retour il fut vivement poursuivi , et , suivant la leçon
qu'on lui avait faite , il avala la réponse du gouver-
neur qui était enveloppée dans une feuille de plomb.
Arrivé cependant sain et sauf au camp du maréchal ,
il exposa la circonstance à son chef , en lui faisant
comprendre , aussi convenablement que possible ,
qu'il était indispensable d'attendre. Le maréchal té-
moigne de l'humeur et veut bien dire pourtant qu'il
attendra un peu. Une heure se passe , et le malheu-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 335
reux soldat ne remettait point sa dépêche : il y était
d'autant moins disposé que le maréchal s'impatien-
tait davantage. Enfin celui -ci , arrivé au bout de sa
longanimité , éclate , et appelant ses gardes : « Even-
trez-moi ce coquin , s'écrie-t-il . » Le pauvre diable en-
tendant cela et connaissant son maître , eut si grande
peur qu'il rendit à l'instant son paquet et le reste.
Les lignes espagnoles furent forcées le 25 août.
La Ferté retourna en Lorraine , fit le siége de Cler-
mont en Argonne , et , dirigé par le lieutenant- colonel
de Paillet, se comporta avec la plus grande valeur , le
8 novembre, à l'attaque du fort de l'Église . En 1655 ,
on le trouve devant Landrecies . Dans la nuit du 30
juin au 1 ** juillet , il fait la descente du fossé de l'ou-
vrage à cornes , et ouvre la routé au régiment des
Gardes qui , le soir même , monte à l'assaut . La Ferté
assiste encore à la prise de Condé et de Saint-Ghis-
lain , et va passer l'hiver dans les environs de Metz.
En 1656 , il sert au siége de Valenciennes . Il atta-
que avec vigueur le chemin couvert , dans la nuit du
5 au 6 juillet , mais il échoue comme Piémont avait
échoué quelques jours auparavant . Cette affaire lui
coûta le brave lieutenant - colonel de Paillet , et plus
du tiers de son effectif fut mis hors de combat . Le
lendemain , cependant , il reprit une traverse d'où le
régiment de Mazarin venait d'être chassé . Dans la
nuit du 15 au 16 , le prince de Condé attaqua nos
lignes , et fit prendre aux Espagnols leur revanche
d'Arras. Le maréchal de La Ferté faillit être tué et
336 HISTOIRE
demeura prisonnier. Vauban , alors capitaine au
corps (1 ) , fut dangereusement blessé.
Les débris du régiment allèrent se recruter en
Lorraine , et en 1657 La Ferté reparaît aussi leste
que jamais au siége de Montmédy. Le 23 juillet , il
s'empare d'une place d'armes après un combat de
nuit de deux heures dans lequel Vauban reçut trois
blessures. Montmédy capitule le 6 août , et le régi-
ment va reprendre ses quartiers habituels dans la
Lorraine. Il reparaît , en 1658 , à l'armée de Flandre ,
" pour faire le siége de Gravelines . Dans la nuit du 14
au 15 septembre , sous les ordres du capitaine de
Mornas (2) , il s'empare d'une traverse , chasse l'en-
nemi de la tenaille et prend une pièce de canon . Le
capitaine de Mornas a , dans cette attaque , une jambe
cassée par une balle de mousquet . Le 19 , Vauban ,
qui avait la direction d'une partie des travaux , se
met à son tour à la tète du régiment et enlève la
contrescarpe de l'ouvrage à cornes. Il reçoit encore
(1 ) Sébastien Le Prestre de Vauban, capitaine au corps en 1656,
eut rang de lieutenant-colonel en 1662 ; il se démit en 1663 de sa
compagnie de La Ferté pour en prendre une dans Picardie. La date
de son brevet de maréchal de France est du 14 janvier 1703. II
avait été nommé lieutenant-général en 1688 , sans avoir été maré-
chal de camp.
(2) Charles de Siffredy de Mornas, lieutenant- colonel 26 janvier
1661 , devenu lieutenant-général en 1677 , s'était démis de sa charge
en faveur de Charles de Siffredy, lieutenant en 1663, major
26 mars 1674 , lieutenant- colonel 12 mars 1675 , brigadier 10 no-
vembre 1706 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 337
là trois blessures. La Ferté termine cette campagne
et la guerre par la prise d'Audenaërde et de Furnes ,
et retourne dans ses quartiers de Bar et de Ligny.
Le 4 avril 1661 , les sept compagnies qui étaient à
Bar évacuent cette ville , rendue au duc de Lorraine ,
et vont à Nancy, où elles sont employées à la démo-
lition des fortifications, ainsi qu'il avait été stipulé
dans le traité de paix . En 1663 , le duc de Lorraine
n'ayant pas rempli tous ses engagements , le régi-
ment est réuni au camp de Nomény, et , le 1er sep-
tembre, vingt compagnies , commandées par Vau-
ban , se présentent devant Marsal , qui ouvre ses
portes le 4. La Ferté y est mis en garnison . En
1664, une portion du corps fait partie du secours
envoyé à l'Empereur, attaqué par les Turcs . Elle
soutient glorieusement la gloire des drapeaux de La
Ferté à la bataille de Saint-Gotthard . Elle décide
avec le régiment de Turenne le succès de la journée ,
en faisant une dernière et terrible charge sur les
troupes ottomanes qui avaient réussi à franchir la
Raab. Le reste du régiment partit en 1665 avec
M. de Pradel pour aller combattre l'évêque de Müns-
ter, qui avait cherché une mauvaise querelle aux
Hollandais . Ce détachement passa l'hiver à Bois-le-
Duc , et, le 11 février 1666 , conduit par le major
d'Espagne, il combattit avec la plus grande valeur à
Ouden-Bosch . Il tua plus de 600 hommes à l'en-
nemi . Le major d'Espagne , le capitaine de Boësse
et le lieutenant Lespérousse firent briller leur valeur
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V 22
338 HISTOIRE
dans cette attaque . L'évêque de Münster fut con-
traint à demander la paix, et les troupes rentrèrent
en France au mois de juin .
Dans la guerre de 1667 , La Ferté fit les siéges de
Tournai, de Douai , de Lille et de Charleroi . Il entra
en garnison dans cette dernière place , et au com-
mencement de l'hiver il se mit en route pour se ren-
dre en Bourgogne . Il servit en février 1668 au siége
de Dôle , fut chargé de garder cette ville après sa prise,
et l'évacua le 10 juin , conformément au traité d'Aix-
la -Chapelle , après en avoir rasé les fortifications .
Le régiment fit la campagne de 1672 en Hol-
lande . Il fut d'abord établi à Vizet , sur la prière de
l'évêque de Liége, pour garantir cette place contre
les entreprises des Hollandais ; mais il rejoignit bien-
tôt l'armée du prince de Condé , et prit part aux
siéges de Zutphen et de Nimègue. Le jeune duc de
La Ferté (1 ) , à peine âgé de seize ans et qui faisait
ses premières armes, se distingua par sa valeur et
son zèle, quoiqu'il eût la fièvre. L'année suivante ,
le régiment servit avec sa bravoure ordinaire à la
prise de Maëstricht . Il passa ensuite à l'armée d'Al-
lemagne sous Turenne , et fut mis vers la fin de la
campagne en garnison à Philisbourg, où il demeura
jusqu'au 12 juin 1674. Sorti de cette place avec les
régiments de Champagne et de Plessis-Praslin , il se
( 1 ) Brigadier 24 février 1676, maréchal de camp 2 mai 1692, et
lieutenant-général 3 janvier 1696.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 339
couvre de gloire le 14 juin à l'attaque du poste de
Burghausen. Les grenadiers, conduits par le capi-
taine de Laubanie , vont à découvert jusqu'au pied
des murailles, rompent la première porte à coups de
hache , mettent le feu à la deuxième , et, s'élançant
dans la cour du château , y engagent un combat
corps à corps avec la garnison , qui est taillée en
pièces . Ce beau fait d'armes ne coûte à La Ferté
que six grenadiers. Le capitaine Villedieu y reçoit
un coup de feu qui lui perce les deux joues et lui
fracasse les dents. Les capitaines Laubanie , Villars
et Vignamont y sont aussi blessés. Le 16 fut livrée
la bataille de Sintzheim. Le régiment était à l'ex-
trême droite avec Plessis - Praslin , et s'empara suc-
cessivement des jardins terrassés qui couronnaient
le village. Il combattit encore, le 4 octobre, à Ens-
heim , et alla reprendre ses quartiers à Philisbourg .
Il en sortit au milieu de l'hiver pour se trouver au
combat de Turckheim, puis au siége du château de
Dachstein, dernière place de l'évêque de Strasbourg
qui restât au pouvoir des Impériaux . Le 28 janvier,
les grenadiers de La Ferté , soutenus par ceux de
Douglas, donnent l'assaut à la tour et s'en rendent
maîtres . Le régiment autrichien de Koenig, fort de
1,000 hommes, treize drapeaux et onze pièces de
canon , furent les trophées conquis par ces vaillants
grenadiers .
La Ferté franchit bientôt le Rhin et opéra dans
le pays de Bade jusqu'à la mort de Turenne. Il
340 HISTOIRE
était, le 24 juillet 1675 , au combat d'Offembourg ; et
quand l'armée , privée de son chef, se mit en re-
traite et fut attaquée au passage du pont d'Alten-
heim , le 1er août, il fut un des corps qui se ménagè-
rent le moins et qui , par des efforts incroyables ,
parvinrent à arrêter l'élan 'de l'ennemi . Le duc de
La Ferté reçut là une blessure fort grave . Rentré en
Alsace , le régiment contribua à faire lever les siéges
d'Haguenau et de Saverne . Il combattit en 1676 à
Kokersberg, et en 1677 il prit part à l'attaque du
camp du prince Charles de Lorraine , à la défaite
des troupes du prince de Saxe-Eisenach , et enfin au
siége de Fribourg. Il emporta les dehors de cette
place le 13 novembre . Le colonel y fut encore blessé
à la cuisse. Le major de Laubanie fut aussi blessé .
En 1678 , La Ferté se trouva à l'attaque du pont de
Rheinfeld, au combat de Seckingen, à celui de la
Kintzig, à la prise de Kelh et du château de Lich-
temberg . Il s'empara, le 24 octobre, avec Norman-
die , du fort de Gravenstadt, près de Strasbourg, et
il termina cette glorieuse guerre en 1679 par l'af-
faire de Minden . Il fut mis en garnison à Fribourg
après la cessation des hostilités . Il fournit un déta-
chement pour l'occupation de Strasbourg le 3 octo-
bre 1681 , et, en 1683 , il fut appelé au camp de la
Sarre.
Le 8 mai 1684 , La Ferté ouvre la tranchée de-
vant Luxembourg avec Champagne . Le 14 , il fait
des efforts prodigieux pour se loger sur le chemin
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 341
couvert. Il perd dans cette occasion le major Me-
noux , le capitaine Patigny et le lieutenant Renon-
court. Les capitaines La Rodie , Lanty, Nocé , Saint-
.Bonnet , d'Aubarède et Piquet , et quatre lieute-
nants, y reçoivent des blessures .
Le régiment retourna probablement sur la Sarre
après la prise de Luxembourg , pour être employé
aux défrichements entrepris sur le bord de cette ri-
vière. C'est du moins ainsi que nous croyons pou-
voir expliquer le titre singulier que ce régiment prit
en 1685 , lorsque le duc de La Ferté s'en démit.
Peut-être le corps , qui devait à cette époque comp-
ter parmi ses officiers des élèves de Vauban , s'était-
il fait remarquer par la bonne exécution des travaux
qui lui avaient été confiés . Le nom de La Sarre lui
aurait alors été donné comme récompense et à titre
de souvenir. Ce qui est certain , c'est qu'en 1686 , il
faisait partie , sous son nouveau titre , du camp de
Maintenon , et travaillait à ce malheureux canal des-
tiné à amener les eaux de l'Eure à Versailles et qui
engloutit tant de millions et tant de braves soldats.
Le régiment y fut décimé à tel point par la maladie
et la misère , qu'il ne put prendre aucune part aux
deux premières campagnes de la guerre suscitée par
la ligue d'Augsbourg.
En 1690 , La Sarre fournit un bataillon à l'armée
d'Allemagne ; l'autre servit en Piémont sous Cattinat,
et se distingua le 18 août à la bataille de Staffarde ,
où il occupait la droite de la 2e ligne. Le lieutenant-
342 HISTOIRE
colonel de Héere (1) et le major Persy y furent griè-
vement blessés . En 1691 , le régiment était tout en-
tier sur les Alpes . On le trouve cette année à la prise
de Veillane , de Carmagnola , de Coni et de Mont-
mélian . Le 11 décembre , la mine ayant fait sauter
une partie des murailles de Montmélian , les grena-
diers de La Sarre montent les premiers à l'assaut et
se logent sur la brèche , après une action très-vive
qui coûte la vie au colonel de Braque (2) et une nou-
velle blessure au major Persy.
(1 ) Claude-Alexis de Héere , lieutenant au corps en 1666 , lieute-
nant-colonel en 1680 , brigadier 27 septembre 1706 .
(2) M. de Braque fut remplacé par M. de Vaudrey dont la vie
ressemble à un roman. Il avait commencé par être chanoine de
Besançon. Il se dégoûta de l'église , se fit soldat et devint , en 1688 ,
capitaine de grenadiers dans le régiment wallon de Mérode. A l'at-
taque de la contrescarpe de Coni , en 1691 , il reçut trente-trois
blessures et fut laissé pour mort. Le soir, une bonne femme vint à
passer, qui , voyant Vaudrey noyé dans son sang et luttant contre
la mort, fut émue de ce spectacle , et faute de mieux prit une pierre
pour l'achever en lui écrasant la tête. Un officier - major de la place
survint fort à propos pour arrêter l'accomplissement de cet acte de
pitié exagérée . M. de Vaudrey fut emporté dans la ville, soigné et
guéri. Cette aventure lui donna une grande célébrité . On ne par-
lait à la cour que de sa bravoure et de la compassion de la bonne
femme . Louis XIV fut curieux de voir un homme revenu de si loin .
Quand le comte de Vaudrey passa par Paris pour aller joindre le
régiment de M. de Braque, qui venait de lui être donné , il reçut
l'ordre de se présenter à Versailles. Il fit observer qu'étant obligé
de porter une calotte d'argent pour couvrir son crâne ouvert et
une espèce de casque pour soutenir cette calotte, il ne pouvait pas
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 343
C'est au siége de Montmélian que se rapporte l'a-
necdote suivante , souvent citée . « Cattinat désirait
savoir si le fossé du château était taillé dans le roc
vif , ou s'il était seulement revêtu en maçonnerie . Il
fit successivement descendre plusieurs soldats dans
des gabions ; mais tous furent tués , et personne ne
se présentait plus pour remplir cette périlleuse mis-
sion. Un jeune soldat de La Sarre vient enfin s'offrir.
Comment t'y prendras-tu , lui dit le maréchal ,
-
pour t'assurer si c'est roc ou maçonnerie? — Je le
verrai bien , répond-il , par la fenêtre du gabion , en
sondant avec ma baïonnette . On le descend , il a la
chance d'en revenir , et donne le renseignement dé-
siré . - Que veux-tu pour ta récompense , s'écrie
Cattinat enchanté? - Monseigneur, je vous supplie
de m'accorder l'honneur de me faire entrer dans la
compagnie de grenadiers ..... » Et le nom de cet
admirable soldat ne s'est pas conservé !
ér
Le 1 bataillon de La Sarre fut appelé , en 1692 ,
à l'armée de Flandre . Il se fit remarquer , le 18 mai ,
à l'assaut du grand ouvrage à cornes de Namur . Il
assista ensuite à la bataille de Steenkerque et au
se présenter devant Sa Majesté . Son excuse ne fut point admise, et
il dut se montrer au roi et à tous les membres de la famille royale ,
qui voulurent tous avoir un récit particulier de ses aventures. De-
puis on ne l'appela plus que l'officier de Coni. Le comte de Vau-
drey, nommé brigadier 28 avril 1794, maréchal de camp 23 dé-
cembre 1702 , et lieutenant-général 26 octobre 1704, a été tué en
1705 à la bataille de Cassano .
344 HISTOIRE
bombardement de Charleroi . Il se trouva , en 1693 ,
au siége d'Huy , à la bataille de Neerwinden , où il
combattit avec les Gardes Françaises , et à la prise
de Charleroi. Il servit encore en Flandre pendant les
deux campagnes suivantes , participa , en 1695 , au
bombardement de Bruxelles , et passa , en 1696 , à
l'armée du Rhin . Il y est resté jusqu'à la fin des
hostilités .
Le 2 bataillon , resté en Piémont , servit sur
cette frontière jusqu'en 1696 , et fut réformé à la
paix , sans avoir pris part , depuis 1692 , à aucune
action mémorable.
La Sarre se mit en route en 1701 pour l'Italie ,
et se trouva cette année aux affaires de Carpi et de
Chiari. Il fit partie , en 1702 , du corps de réserve
du prince de Vaudémont , servit le 1 " décembre à
la prise de Bondanella , et le 13 janvier 1703 à la
défaite de 3,000 Impériaux retranchés près de cette
ville. Les capitaines de Courcelles , La Mothe et de
Maisons furent blessés dans ce combat. Le régiment
assista plus tard à la déroute de l'arrière-garde du
général Staremberg à Stradella , au combat de
Castelnuovo de Bormio et à l'expédition du Tyrol ,
après laquelle il fut cantonné dans le Montferrat . Il
servit , en 1704 , au siége de Verceil , où le colonel
de Montcault fut blessé , puis à ceux d'Ivrée et de
Vérue. Au grand assaut du fort de l'Ile , le 1 " mars
1705 , il fut chargé avec Leuville de l'attaque du
pont . Le 4 juillet , au siége de Chivasso , les grena-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 345
diers rivalisèrent d'ardeur avec ceux d'Auvergne
pour repousser une grande sortie . Le régiment se
fit encore remarquer, le 16 août , à la bataille de
Cassano , et le 16 octobre à l'attaque des retranche-
ments de Gumbetto . Il eut ses quartiers d'hiver à
Gazzolo. Après la funeste issue du siége de Turin ,
en 1706 , il continua de servir en Italie , sous M. de
Médavy , jusqu'aux premiers jours de 1707. Il fut
alors rappelé en deçà des Alpes pour la défense de la
Provence . Campé dans les lignes de Toulon , sur les
hauteurs de Sainte-Anne , il se couvrit de gloire le
15 août à l'attaque des postes de l'armée alliée . Lui
et Limousin chassèrent un corps considérable de la
montagne de La-Croix-Faron . Après l'expulsion de
l'ennemi , La Sarre prit ses cantonnements autour
d'Exiles ; il se distingua , le 11 août 1708 , à la prise
de Césanne , et se rendit en 1709 à l'armée de
Flandre .
Embrigadé avec Royal -Marine , il combattit avec
une admirable valeur à Malplaquet , à la défense des
bois de Sart. Le colonel comte de Montcault s'y fit
tuer ( 1 ) ; le lieutenant-colonel d'Aubarède fut griè-
vement blessé. Les débris du corps se jetèrent dans
Douai, où ils furent bientôt rejoints par le 2 bataillon
qui avait été rétabli le 1er février 1701 .
Ce 2 bataillon, après avoir passé deux ans en gar-
nison , était parti pour l'Espagne , à la fin de 1703 ,
(1) Remplacé par son frère.
346 HISTOIRE
avec le maréchal de Berwick. Il avait fait tous les
siéges de la Péninsule et figuré avec éclat à la bataille
d'Almanza , où il occupait le centre de la 1 " ligne.
Les bataillons de La Sarre s'illustrèrent à la
magnifique défense que fit en 1710 la place de
Douai , pendant cinquante- deux jours de tranchée
ouverte , contre toutes les forces des Alliés (1 ) . Après
la capitulation , le 2 bataillon se rendit en Dauphiné,
et le 1er continua de servir en Flandre . Celui-ci se
trouva , en 1711 , au combat d'Arleux , en 1712 aux
siéges de Douai , du Quesnoy et de Bouchain , et en
1713 à ceux de Landau et de Fribourg . Le 2e ba-
taillon se rendit en Catalogne au mois de décembre
1712 pour aller au secours de Girone. Il fut mis en
garnison dans cette ville et y demeura jusqu'en 1715 .
Il fut alors réformé.
La Sarre partit en 1733 pour l'Italie . Il servit la
même année aux siéges de Gera d'Adda et de Pizzi-
ghetone. Envoyé en course le 3 décembre , il s'em-
para des châteaux de Trezzo , Lecco et Fuente , dont
il fit les garnisons prisonnières de guerre . Il rejoignit
aussitôt l'armée , et assista , le 29 du même mois , à
la capitulation du château de Milan . Il prend part ,
en 1734 , aux siéges de Novarre , du fort d'Arrona
et de Tortone , aux deux affaires de Colorno , à la
( 1) Le régiment était commandé par Charles-Louis-Alexandre
Despréaux , sous-lieutenant en 1687, major 23 novembre 1704 , lieu-
tenant-colonel 1er avril 1710 , brigadier 3 avril 1721.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE . 347
bataille de Parme , où le colonel comte de Maillebois
est légèrement blessé à la tête, au passage de la Sec-
chia et à la bataille de Guastalla . On le voit, en 1735 ,
à la prise de Gonzague , de Reggiolo et de Revere ,
et le 17 juin au combat de Goïto , où le major est
dangereusement blessé .
Rentré en France au mois de juin 1736 , le régi-
ment de La Sarre est demandé l'année suivante par
le comte de Boissieux ( 1 ) , son ancien colonel , pour
aller servir avec lui en Corse . Parti du golfe Juan
le 1er février 1738 , il aborda le 5 à Bastia , et y de-
meura en garnison . Au mois de décembre , un déta-
chement de 400 hommes , commandé par le lieute-
nant-colonel La Romagère , opère le désarmement
du village de Borgo , à quatre lieues de Bastia , et
repousse vigoureusement, le 12 , une bande de mon-
tagnards accourus au secours de leurs frères de la
vallée. En 1739 , le régiment prend part au combat
du 3 juin sur les hauteurs de San-Giacomo et de
Bigorno , et le 4 août , quelques compagnies, ayant
à leur tête le colonel comte de Lussan , soutiennent
un combat terrible dans un défilé voisin de Bastelica.
Attaqué à l'improviste par les Corses , le colonel fait
(1) M. de Boissieux avait été nommé brigadier le 1 ** février 1719,
maréchal de camp le 20 février 1734 , et lieutenant-général le "
mars 1738. Son successeur, M. de Maillebois , est passé au régiment
du Dauphin. Le comte de Lussan devint brigadier 1er janvier 1740 ,
maréchal de camp 2 mai 1744 , et lieutenant-général 10 mai 1748.
348 HISTOIRE
aussitôt occuper par ses grenadiers les crêtes des
montagnes. Les grenadiers , à force de bravoure ,
parviennent à déloger les Corses de toutes les positions
qu'ils prennent successivement dans les rochers , et
sauvent le détachement qui rentre dans Bastia sans
autre perte que celle d'un officier et de quelques
soldats.
La Sarre , rentré en France en avril 1741 , se rend
aussitôt sur le Rhin et reste d'abord dans les garni-
sons de l'Alsace . Il fait partie , en 1743 , du corps de
réserve assemblé sur le Necker , et part au mois dé
juin avec le comte de Ségur pour passer en Bavière.
Il va jusqu'à Donaüwerth et revient aussitôt sur le
Rhin . A la fin de juillet , il était campé sous Schles-
tadt. Le 4 septembre , il contribue au succès du com-
bat de Rheinweiler , dans lequel fut anéanti un corps
de 3,000 Impériaux qui avait passé le Rhin ; le len-
demain, avec les régiments de Saxe , de La Mark , de
Cambrésis et de Beaujolais , il renouvelle le combat
contre un parti de troupes légères débarqué dans l'île
de Bamlach , et qui est chassé malgré le feu de 30
bouches à feu en batterie sur la rive gauche du fleuve
et une effroyable mousqueterie . La Sarre n'eut ce-
pendant que deux hommes tués et cinq blessés . En
1744 , il concourt à la reprise de Weissembourg et
des lignes de la Lauter, et lorsqu'après les affaires de
Saverne , de Reichevaux et d'Augenheim , le prince
Charles est contraint à repasser le Rhin , il fait partie
du corps auxiliaire fourni par Louis XV à l'empereur
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 349
Charles VII , pour l'aider à rétablir ses affaires en
Allemagne. Ce corps , commandé par M. de Ségur ,
se composait de tous les régiments allemands à la
solde de la France , et de quatre bataillons français ,
dont celui de La Sarre était le plus ancien . Les trois
brigades de La Sarre , d'Alsace et de Condé quittèrent,
le 4 septembre, le camp de Neudorf pour se porter
dans la vallée de Schorndorf. Cette expédition , dans
laquelle les troupes françaises ne furent secondées
en aucune façon par les Bavarois de Charles VII , ne
présente d'autre fait saillant que le combat de Pfaf-
fenhofen en avril 1745 .
A son retour en France , La Sarre fut rétabli à
deux bataillons par l'ordonnance du 25 août et acheva
la campagne sur le bas Rhin . En juillet 1746 , il alla
renforcer l'armée d'Italie et contribua à la défense
de Gênes qui venait de secouer le joug des Autrichiens .
Un piquet de 150 hommes , commandé par le capi-
taine d'Aubarède , défendit avec acharnement le poste
de Castel d'Appio qui assurait la communication de
la garnison de Vintimille avec celle de Gênes . La
moitié de ces braves fut tuée. M. d'Aubarède , seul
survivant parmi les officiers , ne s'en tira qu'avec un
coup de feu qui le perṭait de part en part. La Sarre
alla passer l'hiver à Toulon , où son colonel , M. de
Tombebœuf , mourut de maladie ( 1 ) . Le régiment
(1 ) M. de Tombebœuf fut remplacé par son frère le marquis de
Montpouillan. Celui-ci est devenu brigadier le 10 février 1759 , et
350 HISTOIRE
resta à la Ciotat et aux environs pendant la campagne
de 1747 , et il fit celle de 1748 au camp de Tournoux.
Au mois de mai 1755 , le 2º bataillon , commandé
par le lieutenant-colonel de Sennezergues , s'em-
barqua à La Rochelle avec d'autres troupes pour
passer au Canada , où il servit sous les ordres du
marquis de Montcalm . Le 14 août 1756 , il contribue
à la prise du fort Chouëgen ou Oswego . Les capi-
taines de Palmarol et Duparquet y sont blessés . En
juillet 1757 , Montcalm part du fort Carillon ou
Ticoderonga , avec une petite armée de 6,000 hom-
mes , Français , Canadiens et sauvages , et investit ,
le 3 août , le fort Georges , défendu par le colonel
Monroë et 2,264 Anglais. La Sarre ouvre la tranchée
le 4 , et le fort capitule le 9. Le 8 juillet 1758 , un
combat terrible est livré sous les murs du fort Ca-
rillon . Montcalm commandait à 8,000 hommes ,
dont à peine le quart de troupes réglées , tandis que
le général Abercromby avait 20,000 hommes . Le
brave lieutenant- colonel de Sennezergues fait faire
des prodiges de valeur à son bataillon , qui perd les
capitaines Maurau , Dumesnil et Campredon . Le ca-
maréchal de camp le 25 juillet 1762. Le comte de Peyre est passé
en 1767 au régiment de Piémont . Le duc de La Rochefoucauld a
été nommé brigadier le 1er mars 1780 et maréchal de camp le 1er
janvier 1784. Le comte de Montbel a eu les mêmes grades le 1er
janvier 1784 et le 9 mars 1788. Le baron de Vergennes a été fait
maréchal de camp le 1er mars 1791 .
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 351
pitaine Beauclair et un lieutenant sont blessés . Le 12
septembre 1759 , La Sarre est à l'aile droite de l'ar-
mée , à la bataille de Québec , où périssent les deux
généraux en chef, Montcalm et Wolf. Québec capi-
tule le 17 , et les Français se retirent à Montréal .
M. de Sennezergues avait été tué devant Québec .
L'année suivante , le chevalier de Lévis rassemblant
toutes ses forces , fait un suprême effort pour rentrer
dans Québec. Les murs de cette ville sont encore
témoins , le 18 avril , d'une sanglante action où le
général anglais Murray est défait. La Sarre avait fait
des merveilles à l'attaque d'un moulin retranché ,
dont il était resté maître : mais l'arrivée de la flotte
de lord Colleville contraint les Français , réduits à
une poignée d'hommes à lever , le 17 mai , le siége
de Québec , et le 8 septembre 1760 , Montréal , la
dernière place qui nous restât dans la colonie , est
réduite à capituler. Le bataillon de La Sarre fut alors
ramené en France par la flotte britannique ; il arriva,
au commencement de 1761 , à La Rochelle , où le
1 " bataillon était resté depuis le commencement de
la guerre de Sept-Ans.
Le 1 bataillon marcha , à son tour , en 1762. II
fit partie de la division que le maréchal de Beauvau
conduisit en Portugal , et assista au siége d'Almeïda .
Il prit ses quartiers d'hiver en Andalousie et fut
rappelé en France en janvier 1763. A son passage à
Madrid , le roi d'Espagne le vit sur la place d'Alcala
et lui fit distribuer 1,000 piastres .
352 HISTOIRE
Les deux bataillons de La Sarre occupaient Beziers
et Cette en mars 1763. Le régiment fut envoyé à
Briançon au mois de mai , et à Montdauphin au mois
de décembre de la même année . Il s'est rendu depuis
à Huningue en mai 1764 , à Landau en novembre
1764 , à Cambrai en octobre 1765 , à Lille en sep-
tembre 1766 , au camp de Compiègne en juin 1767,
à Verdun en août 1767 , à Douai en mai 1768 , à
Schlestadt en octobre 1768 , à Strasbourg en juin
1769 , à Schlestadt en septembre 1769 , à Briançon
en janvier 1771 , à Toulon en novembre 1771 , à
Marseille en septembre 1772 , à Grenoble en mai
1773 , et à Metz au mois d'octobre de la même an-
née . Dans l'incendie qui consuma , en 1774 , l'hô-
pital militaire de Metz , les soldats de La Sarre firent
preuve d'un zèle et d'un courage qui leur fit le plus
grand honneur : on cita surtout le grenadier Jean-
Baptiste Bourguignon comme ayant donné des mar-
ques de la plus rare intrépidité . Le régiment fut en-
voyé à Lille en octobre 1775 , puis, à Rouen en oc-
tobre 1776. Il détacha son 2º bataillon à Dieppe en
août 1777 , et passa tout entier à Morlaix en mars
1778 , et à Poitiers en octobre de la même année.
Placé à Brest en juillet 1779 , il fournit à cette époque
des détachements pour la garnison des vaisseaux .
Ces détachements se trouvèrent à plusieurs actions
navales de la guerre d'Amérique , notamment aux
combats des 17 avril , 15 et 19 mai 1780 , soutenus
par le comte de Guichen contre l'amiral Rodney,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 353
et dans l'un desquels périt le capitaine de Montcou-
rier, et à la rencontre du comte de Grasse et de l'a-
miral Graves , dans la baie de la Chesapeake , le 5
septembre 1781 , où le capitaine Bertrix fut blessé.
Le gros du régiment s'était rendu de Brest à Ver-
dun en novembre 1780. Il alla à Saarlouis en mai
1782 , revint à Verdun au mois d'octobre , et se ren-
dit à La Rochelle en octobre 1783. Il ne quitta plus
ces parages jusqu'à la révolution . Dans la belle sai-
son, il fut employé au desséchement des marais de
Rochefort, et, pendant les hivers, les deux bataillons
occupèrent alternativement La Rochelle et Saint-
Jean-d'Angély, l'île de Ré et l'île d'Oleron . En no-
vembre 1788 , le régiment fut réuni à La Rochelle .
Il était fort apprécié dans cette ville , où le hasard
l'avait plusieurs fois ramené , et qui lui savait gré
d'avoir défendu jusqu'à la fin la colonie du Canada,
qui avait fait la fortune de ses négociants . Lorsque
les troubles survinrent, tout se passa donc de la ma-
nière la plus amicale entre les citoyens et les soldats.
Au printemps de 1790 , on apprit en France
qu'une insurrection avait éclaté à Tabago et que la
garnison de cette île avait pris fait et cause pour les
révoltés . Trois compagnies de La Sarre furent im-
médiatement embarquées et arrivèrent à Tabago le
15 octobre. Elles y rétablirent l'ordre , malgré la
conduite ambiguë du gouverneur.
Le 27 mai 1791 , un moment de mauvaise hu-
meur du lieutenant-colonel Ranchin faillit mettre le
HIST. DE L'ANC, INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 23.
"O
354 HISTOIRE
désordre dans ce régiment si discipliné . Les habi-
tants de La Rochelle avaient résolu de donner au
corps , en témoignage d'estime et de confraternité,
les cravates tricolores qui devaient désormais orner
les drapeaux ; ils souhaitèrent qu'une cérémonie eût
lieu pour cet objet. Le lieutenant- colonel s'y refusa ,
et ne céda de mauvaise grâce que lorsque le désor-
dre était imminent ( 1 ) .
Les compagnies qui étaient à Tabago rentrèrent
au commencement de 1792 avec le lieutenant- colo-
nel Desperriers. Le régiment quitta La Rochelle le
31 mars pour se rendre à Perpignan. Il passa de là
sur les Alpes et fit partie de l'armée du général An-
selme , qui s'empara du comté de Nice avec 4,000
hommes. La Sarre était de la brigade Brunet qui
enleva, sans coup férir, la formidable citadelle de
Montalban . On trouve encore son nom cité avec
honneur dans les rapports des combats livrés en no-
vembre autour de la position de Sospello . Le régi-
ment passa l'hiver à Nice et y réprima le 9 décembre
(1) Deux des prédécesseurs immédiats de Ranchin devinrent gé-
néraux. Charles de Viennot de Vaublanc , lieutenant -colonel
15 août 1763, fut fait brigadier 22 janvier 1769 , et maréchal de
camp le 1er mars 1780. Joseph de Lassus , lieutenant-colonel
24 juin 1780, a été nommé maréchal de camp le 1er mars 1791 .
Desperriers , qui succéda à Ranchin et qui devint colonel du corps,
avait été nommé lieutenant-colonel le 25 juillet 1791. Dagobert est
devenu général de division le 8 mars 1793. Le général Miollis
eut le commandementd'un bataillon de La Sarre le 14 mars 1793.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 355
une révolte des habitants. Au commencement de
1793 , le 2º bataillon fut mis en garnison à Tournon .
er
Le 1 continua de servir à l'armée des Alpes , et ses
grenadiers , commandés par le colonel Lebrun , se
couvrirent de gloire au mois de mai à l'attaque de
la montagne de la Fourche. Ce bataillon a servi à la
reprise de Toulon , et est entré , le 11 novembre
1793 , dans la formation de la 101 ' demi-brigade
de bataille.
Un an plus tard , le 17 novembre 1794 , le 2. ba-
taillon de La Sarre était versé dans la 102e demi-
brigade.
Les drapeaux de ce corps étaient noirs dans deux
quartiers, et cramoisis dans les deux autres. Il avait
porté, sous Louis XIV et Louis XV, l'habit et la cu-
lotte blancs, avec les parements et le collet bleus , la
veste rouge , les boutons et le galon de chapeau
jaunes. Les poches étaient en travers avec trois
boutons ; il y avait aussi trois boutons sur les man-
ches . De 1778 à 1779 , il eut les revers et parements
gris de lin, le collet aurore et les boutons blancs.
356 HISTOIRE
RÉGIMENT DE LA FÈRE.
52 RÉGIMENT D'INFANTERIE .
C'est un beau et bon régiment.
LE MARECHAL DE BROGLIE.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. DE LA HAYE ( Jacob Blanquet ) , 21 octobre 1654 .
2. Marquis DE CRÉQUI ( François-Joseph de Blanchefort ) , 24 juil-
let 1677.
3. Marquis DE LA FAYETTE ( René-Armand du Mottier ) , 6 mars
1680.
4. Chevallier DE GENNES ( François Morel de La Motte ) , 17 sep
tembre 1694.
5. Comte DESMARETS ( N. ) , mai 1703 .
6. Marquis DE LISLE ( Louis Desmoulins ) , 6 août 1704.
7. Chevalier DE LISLE ( Jean-Jacques Desmoulins ) , 27 décem-
bre 1731 .
8. Marquis DE BOUZOLS (Joachim-Louis de Montaigut ) , 31 mai
1734.
9. Marquis DE FENELON ( François-Louis de Salignac ) , 12 mai
1743.
10. Marquis DE BEAUMONT ( Christophe ) , 10 février 1759.
11. Vicomte DE SAINT-CHAMANS ( Joseph- Louis ) , 4 août 1771 .
12. Comte DE CHABRILLANT ( Jacques-Henri - Sébastien-César de
Moreton ) , 3 août 1785 .
13. Comte DE BOYER ( François Raymond ) , 19 octobre 1788.
14. DE REY DE NOINVILLE ( Alphonse-Louis-Bernard ) , 25 juil-
let 1791 .
15. DE ROSSI ( Grazio ) , 21 octobre 1791 .
16. DE SAILLY ( Antoine-Joseph ) , 30 avril 1793 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 357
C'est encore un des nombreux régiments créés par
le cardinal Mazarin , et dont il se fit colonel . Il a été
formé par commission du 21 octobre 1654 au moyen
de seize compagnies tirées des corps alors existants,
et reçut le nom de Mazarin-Français , qui avait été
porté, jusqu'au moment où Mazarin avait été obligé
de quitter le royaume, par le régiment connu depuis
sous le titre de Bretagne .
A l'époque de la levée du nouveau corps , les Es-
pagnols occupaient en partie les provinces situées au
nord de Paris , et il devenait d'une grande impor-
tance de conserver le peu de places qui obéissaient
encore au roi . La garde de la ville de La Fère fut
confiée à Mazarin-Français ; c'est là ce qui a valu
au régiment, après la mort du cardinal , le nom qu'il
a continué de porter jusqu'à la révolution .
Son mestre de camp-lieutenant, M. de La Haye,
vieux soldat de fortune ( 1 ) , le conduisit , en 1655 ,
au siége de Landrecies, de Condé et de Saint-Ghis-
lain. Il éprouva de grandes pertes devant Landrecies
par suite de l'explosion d'un fourneau de mine.
L'année suivante , il fut presque anéanti à Valen-
(1 ) M. de La Haye fut nommé, le 3 janvier 1670, lieutenant-gé-
néral pour le roi en Amérique . Il resta dans le Nouveau Monde
jusqu'en 1675. Les lieutenants-colonels qui commandèrent sous lui
sont Gabriel de Grateloup , lieutenant-colonel 21 octobre 1654,
maréchal de camp 3 janvier 1670 ; et Henri de Conquérant de
Gondreville, capitaine au corps en 1654, major 4 décembre 1662 ,
lieutenant-colonel 26 septembre 1668, et brigadier 12 mars 1675.
358 HISTOIRE
ciennes , quand le prince de Condé força les lignes
de l'armée française. Ce fut alors que Roger de
Bussy-Rabutin , mestre de camp général de la cava-
lerie légère , offrit au cardinal , pour rétablir son ré-
giment, quatre compagnies qui restaient d'un vieux
corps levé autrefois par son père , et qui , depuis
longtemps , faisaient le fond de la garnison de La
Fère. Mazarin accepta ses offres et lui fit cette ré-
ponse en lui envoyant 1,000 écus :
«< Monsieur, ce que vous m'escrivez sur le moyen
<
de restablir mon régiment ne sçauroit être plus obli-
geant, et je vous en remercie de tout mon cœur . On
vous envoie un petit Aïuto di costa par le sieur
Talon . Je suis fasché que les finances ne soient pas
en état de vous pouvoir donner une assistance plus
considérable et vous mieux témoigner combien je
suis , Monsieur, votre très -affectionné serviteur .
1 « La Fère, 29 juillet 1656 .
« Le cardinal MAZZARINI . »
Certes , Mazarin n'avait pas besoin de mettre son
nom au bas de ce billet : on y reconnaît assez sa ladre-
rie . Bussy-Rabutin , qui avait sans doute ses raisons
pour se ménager la bienveillance du cardinal , lui
céda donc ses quatre compagnies pour 1,000
écus ( 1 ) , et le régiment qui nous occupe put se re-
mettre en campagne dès l'année suivante .
(1 ) Le régiment de Bussy-Rabutin , levé en 1628 , réformé en
1633, avait été rétabli en 1652. Nous donnons ici le dernier ordre
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 359
On le trouve, en 1557 , d'abord au siége de Mont-
médy , et le 21 octobre à la prise du château de La
Tour, près de Virton dans le Luxembourg . Il alla
prendre ses quartiers d'hiver à Saint-Venant et ser-
vit , en 1658 , à la conquête de Dunkerque , de
Berghes, de Dixmude , de Furnes , de Gravelines ,
d'Audenaërde , de Menin et d'Ypres . Après la cessa-
tion des hostilités, il fut mis en garnison à Dixmude ,
qu'il évacua le 24 février 1660 pour retourner à La
Fère .
Le 25 mars 1661 , Mazarin étant mort, le régiment
de levée de ce régiment, comme type de ce genre de lettre de ca.
chet :
« M. le comte de Bussy-Rabutin , ayant eu agréable l'offre que
vous m'avez faite de mettre sur pied en peu de temps un bon ré-
giment d'infanterie , je vous écris cette lettre pour vous adresser les
commissions pour la levée d'iceluy, et vous dire qu'aussitôt que
vous l'aurez reçue , vous ayez à lever ledit régiment au nombre de
dix compagnies , choisissant des capitaines capables de les faire
bonnes et de les maintenir en bon estat ; que vous choisissiez deux
lieux en l'étendue de votre charge ( il était lieutenant de roi dans
le Nivernais ) , pour faire l'assemblée desdites dix compagnies du-
rant dix jours : et, aussitôt qu'ils seront expirés , vous fassiez mar-
cher votre dit régiment à Beaugency, où arrivant il recevra mes or-
dres de ce qu'il aura à faire. Et la présente n'estant pour autre su-
jet, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur le comte de Bussy-Rabutin ,
en sa sainte garde.
<< Fait à Saumur, le 6 de mars 1652 .
<< Signé : Louis .
« Et plus bas : Le Tellier. »
360 HISTOIRE
prit le titre de La Fère , et M. de La Haye devint co-
lonel en pied.
Le régiment de La Fère fut employé en 1667
aux siéges de Tournai, de Douai et de Lille . Il con-
tribua , au commencement de 1668 , à la première
conquête de la Franche-Comté . Après cette campa-
gne, il fut réduit à deux compagnies, celles du colo-
nel et du lieutenant- colonel, toutes les autres furent
incorporées dans le régiment de Champagne .
Remis à seize compagnies, en 1671 , pour le grand
armement que Louis XIV préparait contre les Hol-
landais, il fait la campagne de 1672 sous Turenne ,
et se trouve à la prise de Wesel , Emerik, Rees, Deu-
decum , et au passage du Rhin . En 1673 , il sert au
siége de Maëstricht et prend ses quartiers d'hiver en
Bourgogne . En 1674, il participe à la conquête
définitive de la Franche- Comté et, après la capitu-
lation de Besançon , il rallie l'armée du prince de
Condé et combat vaillamment le 11 août à Séneff. Il
engage l'action avec Navarre et La Reine autour du
village et de l'église de Séneff , où l'infanterie d'Es-
pagne et les Gardes du prince d'Orange sont écrasés.
La Fère passe l'hiver à Doullens et joint, en 1675 ,
l'armée de Turenne sur le Rhin . Il fait cette cam-
pagne dans la brigade de Rambures qui est chargée de
la garde des ponts d'Altenheim . Il se distingue le
1" août au terrible combat livré pour la défense de
ces ponts. Rentré en Alsace 9:
, il contribue à chasser
les Impériaux qui assiégeaient Haguenau et Saverne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 361
En 1676 , il sert d'abord en Lorraine et passe ensuite
en Flandre , où il couvre le siége de Bouchain et
participe à celui d'Aire . Au mois de septembre, il est
envoyé sur la Meuse avec le maréchal de Créqui , et
contribue , sous ses ordres , à la prise de Bouillon ,
de Marche en Famène , à la levée du siége de Deux-
Ponts et à l'affaire de Kokersberg . Après avoir passé
l'hiver à Thionville, il rallie l'armée de Créqui qui
manœuvre pour détruire les troupes lorraines . Ce
résultat est obtenu dans un combat livré le 29 juin
sur les hauteurs de Sainte- Barbe près de Metz, mais
le colonel de La Haye y est tué. Le régiment est alors
donné au fils du maréchal de Créqui . Sous ce nou-
veau colonel, âgé de quinze ans (1 ) , La Fère se rend
en Alsace , termine la campagne par le siége de Fri-
bourg et y reste en garnison . Il est en 1678 au com-
bat de Rheinfeld, à l'attaque des retranchements du
pont de Seckingen et à la prise de Kelh . Pendant le
blocus de Strasbourg, il se signale le 11 août à la ré-
duction des forts de Zolhaus et de l'Ill . Il assiste enfin
au siége du château de Lichtemberg . En 1679 , il
( 1 ) On lui donna pour lieutenant-colonel Guillaume de Lopez,
chevalier de La Fare, lieutenant-colonel 16 novembre 1677 , briga-
dier 24 août 1688, et maréchal de camp 30 mars 1693. Le mar
quis de Créqui passa en 1680 au régiment Royal, et fut remplacé
dans celui-ci par le marquis de La Fayette , brigadier 30 mars 1693,
auquel succéda le chevalier de Gennes, ex- capitaine du régiment
Dauphin, passé dans La Fère avec sa compagnie 20 mars 1678,
major 27 février 1688, lieutenant-colonel 6 février 1691 , et briga-
dier 29 janvier 1702 .
362 HISTOIRE
fait partie du corps envoyé au delà du Rhin pour
contraindre l'électeur de Brandebourg à déposer les
armes , et il combat à Minden . Les hostilités cessèrent
alors partout et La Fère fut mis en garnison à Fri-
bourg.
La Fère n'a pris aucune part aux campagnes de
1683 et 1684. En 1688 , il est à l'armée du Rhin,
fait le siége de Philisbourg et contribue à l'occupa-
tion de Mayence, Manheim et Franckenthal . Partagé
ensuite entre les garnisons de Mayence et de Bonn,
le régiment participe aux belles défenses que firent
en 1689 , dans ces deux villes , MM . d'Huxelles et
d'Asfeld . Il continue de servir sur le Rhin jusqu'en
1692. Cette année il est appelé à l'armée de M. de
Boufflers, fait le siége de Namur , assiste à la bataille
de Steenkerque et achève la campagne sur la Mo-
selle. Il passe l'année 1693 dans les murs de Landau,
sert activement sur le Rhin pendant les trois campa-
gnes suivantes, et vient en Flandre en 1697 pour le
siége d'Ath, qui termine cette guerre .
La Fère fut porté à deux bataillons le 1 " février
er
1701. Le 1 bataillon , qui s'était mis en route pour
l'Italie dès le mois de décembre 1700 , se trouva en
1701 aux affaires de Carpi et de Chiari, et eut ses
quartiers d'hiver à Crémone . Il était dans cette ville
lorsque le prince Eugène faillit s'en rendre maître , et
il contribua vaillamment à repousser les Autrichiens.
Il fit ensuite partie du corps du prince de Vaudémont,
gouverneur général du Milanais pour le roi d'Espa-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 363
gne, et assista à la bataille de Luzzara . Il se trouva en
1703 , au combat de Stradella , et pendant l'expédition
du Trentin , il fut placé le 25 août à Riva pour as-
surer les communications de l'armée avec ses ma-
gasins. Il prit aussi part cette année à l'affaire de
San-Benedetto . En 1704 , il débute par le siége de
Verceil , où le colonel Desmarets est mörtellement
blessé. Il est ensuite employé aux siéges d'Ivrée et de
Vérue . Après la prise de cette dernière place , au
mois de mai 1705 , le bataillon alla joindre le grand
prieur de Vendôme et arriva le 1er juin , au point
du jour , sur le champ de bataille de Moscolino . Il
partagea dans cette journée la gloire que s'acquit
le régiment de La Marine, et ce fut surtout aux ef-
forts de La Fère que fut due la retraite définitive
de l'ennemi . Le 15 août , le bataillon ralliait l'armée
du duc de Vendôme au camp de Cassano et, à la ba-
taille du lendemain , sa brigade fut une des trois
qui accoururent au secours du centre près d'être
enfoncé et qui rétablirent le combat . Le 15 octo-
bre , le bataillon s'illustrait encore à l'attaque des
retranchements de Gumbetto . Il eut cette année ses
quartiers d'hiver à Dezenzano . Le 19 avril 1706 , il
était à la bataille de Calcinato , où il doublait à là
droite le régiment de Piémont placé en 1 " ligne .
Après le désastre de Turin , le bataillon de La Fère
continua de servir en Italie jusqu'au commencement
de 1707 ; il rentra en France pour marcher au se-
cours de Toulon , acheva la campagne dans le Dau-
364 HISTOIRE
phiné, et, en 1708 , il rejoignit , à l'armée de Flan-
dre , le 2 bataillon , qui servait sur cette frontière
depuis sa formation .
Ce bataillon avait fait sa première campagne en
1704 au camp de Saint-Trond sous le marquis de
Bedmar, et avait, depuis, toujours été employé dans
les garnisons .
En 1708 , le régiment entier se trouve à la bataille
d'Audenaërde . Il fait ensuite partie du corps du
comte de La Mothe qui , pendant le siége de Lille,
cherche à faire une diversion dans la Flandre mari-
time. En 1709 , La Fère sert avec le comte Alber-
gotti , combat à Malplaquet, se renferme ensuite dans
Douai et prend part à la belle défense de cette place
en 1710. L'année suivante , on le voit à l'attaque
d'Arleux , où son colonel, le marquis de Lisle (1 ) , est
dangereusement blessé . En 1712 , il est à la reprise
de Douai , du Quesnoy et de Bouchain . Il ne prend
aucune part à la campagne de 1713 sur le Rhin, et
est réduit à un bataillon en 1714 .
La Fère fit partie , en 1727 , du camp assemblé
(1) Le marquis de Lisle fut fait brigadier le 2 juillet 1710 , et
maréchal de camp le 22 décembre 1731. Il fut tué à la bataille de
Parme en 1734. Il avait été remplacé par son frère , et celui-ci le
fut par M. de Bouzols , qui passa en 1743 au régiment devenu
Guyenne.
Joseph de Guigues, sous -lieutenant au corps en 1676 , devint
major le 27 mars 1703 , lieutenant-colonel le 22 novembre 1705, et
brigadier le 3 avril 1721 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 365
sur la Meuse . Pendant la guerre de la succession de
Pologne, il servit à l'armée du Rhin et se trouva aux
siéges de Kelh et de Philisbourg et au combat de
Klausen .
Il ne fut point d'abord désigné pour servir dans
la guerre de 1741 , mais il fut bientôt appelé à y
prendre part de la façon la plus honorable . Lorsqu'en
janvier 1742 le comte de Ségur eut été obligé de ca-
pituler dans Lintz, avec une garnison nombreuse qui
devait rester un an sans porter les armes, le maré-
chal de Broglie voyant son armée affaiblie, écrivait
à M. de Breteuil , secrétaire d'État de la guerre , sous
la date du 29 janvier : «M. de Bouzols , dans l'espé-
rance que le roi envoyera des troupes dans ce pays ,
7
me prie de vous demander que le régiment de La
Fère en soit. C'est un beau et bon régiment ; en mon
particulier, je vous en serais très-obligé, tant pour le
colonel que pour le régiment . »
La Fère se mit en route pour la Bavière en mars
1742. Il arriva le 18 avril à Donaüwerth et fut aus-
sitôt dirigé sur la Bohême. Il joignit l'armée le
20 mai à Seidlitz et se trouva quelques jours après au →
combat de Sabay et au ravitaillement du château de
Frawemberg. Retiré sous les murs de Prague à la fin
de juin , il fut embrigadé avec Anjou et partagea les
travaux et la gloire de ce régiment pendant la mémo-
rable défense que l'armée française fit dans cette
ville . Le régiment se fit particulièrement remarquer,
366 HISTOIRE
sous la conduite du lieutenant- colonel Saint- Quen-
tin ( 1 ) , dans la sortie du 18 août.
Les 25 officiers et 120 soldats qui restaient du
régiment de la Fère , après ce siége et la retraite
désastreuse qui suivit, se trouvaient réunis à Longwy
à la fin de février 1743. Réduit à cet état, le corps
ne put prendre aucune part à la campagne de cette
année ; il employa tout ce temps à se rétablir, et il le
fit au moyen de miliciens que le roi lui accorda ,
ainsi qu'on le voit par ce passage d'une lettre du
marquis de Fénelon , ambassadeur en Hollande, au
ministre d'Argenson : « Je me suis joint, Monsieur,
aux instances que mon fils aîné avait eu l'honneur
de vous faire pour obtenir la faveur des miliciens
que vous venez de lui accorder. Il est encore plus
juste que je me joigne à sa respectueuse reconnais-
sance. Il est au comble de la joie de voir le régiment
de La Fère, au moyen de ce secours , en état dès à
présent de figurer de nouveau dans les armées . Mon
fils , Monsieur , vous doit l'honneur qu'il a de le
commander , et vous lui fournissez encore de quoi
en achever l'entier rétablissement (2) . »
(1) Étienne de Saint-Quentin du Dognon , soldat dans Navarre en
1691 , capitaine dans La Fère en 1703 , lieutenant-colonel 30 novem-
bre 1729, brigadier 20 février 1743.
(2) Le marquis de Fénelon est devenu brigadier 27 juillet 1747,
maréchal de camp 10 février 1759 , et lieutenant-général 25 juil-
let 1762.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 367
La Fère fut appelé en 1744 à servir à l'armée de
Flandre , commandée par le roi en personne, et il
se trouva aux siéges de Menin , d'Ypres et de Furnes .
Après le départ du roi, il fut mis en garnison dans
Menin , sans cesser toutefois de faire partie de l'ar-
mée aux ordres du maréchal de Saxe, qui se tint
renfermé au camp de Courtrai pendant le reste de
la campagne . En 1745 , il fut envoyé à Maubeuge,
place pour laquelle on redcutait une surprise de la
part des Alliés . Cette crainte s'étant évanouie, il re-
joignit l'armée et assista à la bataille de Fontenoy et
aux siéges de Tournai , de Termonde, d'Audenaërde
et d'Ath . Il commença encore la campagne de 1746
au camp sous Maubeuge ; il fit ensuite les siéges de
Mons , de Charleroi et de Namur , et combattit à Ro-
coux. Une ordonnance du 19 octobre de cette année
le remit à deux bataillons. C'était une récompense
de sa conduite à Rocoux .
En avril 1747 , le régiment fut mis en garnison à
Mons ; mais , au commencement de juin , il rallia à
Wavre le corps du comte de Clermont, et se distin-
gua extrêmement à Lawfeld , où le colonel marquis
de Fénelon fut blessé. Ce furent les brigades de
Monaco et de La Fère qui parvinrent , au milieu du
feu le plus terrible, à débusquer du village de Law-
feld huit régiments anglais ou hanovriens demeurés
jusque-là inébranlables . En 1748 , La Fère était au
siége de Maëstricht . Ses grenadiers se firent remar-
quer le 4 mai au combat acharné livré pour la pos-
368 HISTOIRE
session d'une flèche de l'avant-chemin couvert. La
prise de cet ouvrage amena deux jours après la capi-
tulation de Maëstricht.
La Fère, qui en 1754 avait fait partie du camp
d'Alsace , fut appelé en 1756 en Provence , au corps
de réserve de l'armée qui fit la conquête de l'île de
Minorque sous le maréchal de Richelieu . Cette ré-
serve ne fut point embarquée , et le régiment est
resté sur les côtes de la Méditerranée pendant toute
la durée de la guerre de Sept-Ans .
En 1762 , il fut envoyé à Vannes, d'où il fut à
Collioure et Mont-Louis en mai 1763, à Perpignan
en décembre 1763 , à Rochefort en mai 1766 , à La
Rochelle en octobre 1766 , à Longwi en novembre
1767 , à Givet en mai 1769 , et à Condé en octobre
1769. Le 9 mai 1770 , il arrivait à Soissons pour
rendre les honneurs à l'archiduchesse Marie-Antoi-
nette, qui arrivait en France (1 ) . Après le passage de
la princesse, il fut envoyé à Valenciennes , puis à
Valognes en février 1771 , à Givet au mois d'octobre
de la même année, à Toulon en mai 1773 , à Calvi
dans l'île de Corse en septembre 1773 , à Antibes et
Monaco en septembre 1775 , à Montpellier en juin
(1 ) Le régiment avait alors pour colonel le marquis de Beau-
mont, brigadier 20 avril 1768, et maréchal de camp 1er mars 1780.
Son successeur, le vicomte de Saint-Chamans, devint brigadier le
1er janvier 1784. Jacques Cheminade de Lormet, lieutenant-colo-
nel 5 mai 1772 , fut fait brigadier 1er mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 369
1776 , à Verdun en novembre 1777 , à Lille en mars
1778 , à Cambrai en mai 1779. à Gravelines , Bou-
logne et Calais en juillet 1779 , à Strasbourg en
novembre 1783 , et à Poitiers en novembre 1784. Il
resta deux ans dans cette ville , sauf un court séjour
à La Rochelle et à Surgères pendant les premiers
mois de 1785 , et au mois de novembre de cette der-
nière année il se rendit àWeissembourg, d'où il passa
à Strasbourg en septembre 1787 , et à Phalsbourg
en octobre 1788.
Pendant les troubles de la révolution , il ne fut
guère question du régiment qu'à l'occasion d'une
réclamation portée devant l'Assemblée nationale
par son ancien colonel, M. de Chabrillant , qui avait
été destitué, le 24 juin 1788 , sans qu'on eût voulu ,
prétendait- il , lui expliquer les motifs de cette ri-
gueur (1 ). La discussion qui eut lieu à ce sujet fit
connaître un acte honorable de son successeur ,
M. de Boyer, qui n'avait voulu accepter le com-
mandement qu'à titre de suppléant de M. de Cha-
brillant, pour le restituer à cet officier aussitôt que
(1) « Il avait été cassé pour des actes du despotisme militaire le plus
atroce . Le dépit l'avait jeté dans la révolution , et il en avait été un
des premiers acteurs par son crédit dans les tripots du Palais-
Royal. » (Mémoires de Dumouriez. )
M. de Boyer, qui le remplaça , était auparavant lieutenant- colo- +
nel de Champagne. Il a été nommé maréchal de camp le 1er mars 1791 .
M. de Sailly, avant d'obtenir le commandement de La Fère , avait
eu la charge de lieutenant-colonel le 25 juillet 1791 .
HIST. DE L'ANG. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 24
370 HISTOIRE
cela serait possible . La demande de M. de Chabril-
lant resta sans réponse , et M. de Boyer lui compta
40,000 livres.
Au commencement de 1791 , La Fère fut envoyé
à Belfort. Il quita cette ville le 5 juin pour se ren-
dre à Montélimart , où s'assemblait un petit corps
d'armée destiné à réprimer les brigandages que la
bande du fameux Jourdan Coupe-Têtes commettait
dans le Comtat-Venaissin . Il fut d'abord chargé de
mettre la paix entre les citoyens de Carpentras et
d'Avignon , et , après la dispersion des brigands , il
se rendit à Toulon , où il s'embarqua le 5 août pour
passer à Saint-Florent. Il était à Bastia le 1er mai
1792 , et vers la fin de cette année , le 2º bataillon ,
commandé par le capitaine Ricard , depuis général
de division , se rendit à Bonifazio pour prendre
part à l'expédition de Sardaigne . L'insuccès de cette
expédition ramena le bataillon à Bonifazio . Il s'y
trouva bientôt bloqué par les bandes de Paoli , qui vou-
lait avoir ses fusils pour armer l'insurrection . Des bâ-
timents arrivèrent à propos pour le délivrer et le ra-
mener à Bastia .
Le régiment , après avoir défendu Bastia contre les
forces réunies de Paoli et du général anglais Dun-
das , revint en France et fut employé au siége de
Toulon . Il était le 10 septembre à la prise des
gorges d'Ollioules , premier acte de ce siége mémo-
rable. Le chasseur Gaglère , du 2 bataillon , s'y fit
remarquer par une action dont les représentants du
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 371
peuple Gasparin et Salicetti envoyèrent le récit à la
Convention. Ce brave soldat est surpris par deux
Espagnols. Il essuie leur feu ; on le manque ; il tire
à son tour, en tue un et fait l'autre prisonnier. Dans
cet instant, il aperçoit derrière un buisson un gre-
nadier espagnol blessé . Le généreux Gaglère va à
lui , le rassure , lui enveloppe la jambe avec son
mouchoir, lui donne à boire de sa gourde , le met
sur ses épaules et le porte au camp , suivi de son pri-
sonnier chargé de son sac .
er
Après la reprise de Toulon , le 1e bataillon du régi-
ment de La Fère se rendit à l'armée d'Italie , et le 2º re-
tourna en Corse .
Le 1er bataillon fit deux campagnes sur les Alpes,
·
et ne fut versé qu'au commencement de 1795 dans la
103 ° demi-brigade.
Le 2 bataillon entra dans la composition de la
104 , le 24 avril 1794. Un détachement de ce batail-
lon avait été pris le 17 février de cette année à Saint-
Florent et conduit à Gibraltar.
La Fère avait porté , avant les modifications intro-
duites par Louis XVI dans l'uniforme des troupes ,
l'habit blanc à collet et parements rouges , avec les
boutons blancs et le galon de chapeau d'or . Les poches
étaient en pattes ordinaires avec trois boutons ; il Y
avait aussi trois boutons sur les manches . De 1776 à
1779 , le régiment fut distingué par le collet , les revers
et les parements de couleur jonquille et les bou-
tons jaunes .
372 HISTOIRE
Ses drapeaux d'ordonnance avaient un quartier
jaune, un autre rouge , le troisième bleu , et le qua-
trième violet.
!
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 373
RÉGIMENT D'ALSACE.
53e RÉGIMENT D'INFANTERIE.
Les Allemands français savent
faire leur devoir.
LE PRINCE DE BIRKENFELD.
COLONELS-COMMANDANTS .
1. Comte DE NASSAU-SAARBRUCK ( Guillaume ) , 1656.
2. Prince DE BIRKENFELD ( Chrétien II de Bavière ) , 22 décem-
bre 1667.
3. Prince DE BIRKENFELD ( Chrétien III de Bavière ) , 1er mai
1696.
4. Prince DE DEUX-PONTS ( Frédéric de Bavière ) , 10 mars 1734 .
5. Prince DE DEUX -PONTS ( Charles-Auguste de Bavière ) , 4 juil-
let 1752.
6. Prince DE DEUX -PONTS ( Maximilien-Joseph de Bavière ),
12 novembre 1770.
7. Baron DE WURMSER ( Christian-Louis ) , 18 avril 1776 .
8. DE PAGENSTECHER ( Just-Emilius ) , 15 avril 1780 .
9. Baron DE COEHORN ( Jean-Jacob ) , 1er janvier 1784.
10. Comte D'HINNISDALL DE FUMAL ( Marie- Eugène-François
Hermann ) , 13 mai 1785.
11. Baron D'ESBECKE ( Louis-Eberhard ) , 25 mai 1786 .
12. DE NEWINGER ( François-Joseph ) , 25 juillet 1791 .
13. DE FLADEN ( Charles-Louis ), 24 septembre 1792.
Charles VIII prit en 1486 des lansquenets à son
service. Depuis lors il y eut toujours des Allemands
dans les rangs de l'infanterie française . Au xvr siè–
374 HISTOIRE
cle , ils eurent leur colonel général particulier . Les
personnages qui ont occupé cette charge sont : Jean,
baron de Heidesch, pourvu d'une simple commission
le 22 mai 1542 , François de Clèves, duc de Nevers,
en titre d'office le 29 avril 1547 , et Maurice , land-
grave de Hesse-Cassel, également en titre d'office le
20 octobre 1602. Cette charge fut supprimée le
15 mars 1632 et réunie à celle du colonel général
de l'infanterie française , précisément à l'époque où
le nombre des régiments allemands devenait très-
considérable et pouvait donner à un colonel général
étranger une influence dangereuse .
Après la mort de Gustave-Adolphe, en 1635 , tcus
les régiments allemands de son armée passèrent au
service de France avec leur général le célèbre Ber-
nard , duc de Saxe-Weymar . Ce fut avec ces régi-
ments que Turenne fit ses plus belles campagnes ; ce fut
aussi après la guerre de Trente-Ans, de 1648 à 1650 ,
que la plupart d'entre eux se dissipèrent, lorsque l'il-
lustre maréchal prit les armes contre la cour . Il est
probable que des compagnies de ces corps , échap-
pées à leur dislocation et passées à l'état de compa-
gnies franches, ont servi , quelques années plus tard ,
à former le régiment d'Alsace . Au moins est-il cer-
tain que le comte Guillaume de Nassau , premier co-
lonel d'Alsace , avait eu un régiment à la solde de la
France dès 1635 , ce qui a donné lieu à quelques au-
teurs de croire que celui dont nous allons parler re-
montait à cette date.
de l'ancienne INFANTERIE FRANÇAISE. 375
Le moment de la création du régiment d'Alsace
est indiqué suffisamment par le rang que ce corps a
toujours occupé dans l'infanterie ; ce moment est mis
hors de contestation par l'article suivant de la Gazette
de France du 14 juillet 1656 , sous la rubrique de
Strasbourg : « Le 7 du courant , le régiment, naguère
levé en Alsace pour le service de Sa Majesté chres-
tienne , composé de 1,500 fantassins les plus lestes
qui se soient veus depuis fort long-temps, passa à
Sainte-Marie-aux-Mines : et , après la reveüe qui en
fut faite, prit le chemin de Toul pour aller de là join-
dre l'armée du Roy en Flandre , sous le commande-
ment du comte de Nassau-Saarbrück , »
Alsace arriva à la fin du mois à La Fère ; le roi le
vit le 30 , et le 1 août ses douze compagnies ralliè-
rent l'armée . Celle-ci venait d'éprouver un épouvan-
table échec devant Valenciennes , et le régiment ar-
riva fort à propos pour donner à Turenne les moyens
d'arrêter les progrès des Espagnols et de faire le siége
de La Capelle . Après la campagne , Alsace retourna à
Sainte-Marie-aux-Mines . L'année suivante il revint
encore à La Fère , le roi le passa pour la seconde fois
en revue le 11 juin , et après cette revue il fut mis en
garnison à Landrecies. Le 19 août , Turenne , qui as-
siégeait Saint-Venant , envoie M. de Siron , lieutenant-
général , avec trois escadrons, pour le prendre à Lan-
drecies et le conduire à Arras , d'où il devait escorter
les bagages de l'armée jusque sous Saint-Venant .
M. de Siron s'acquitta mal de sa mission ; laissant Al-
376 HISTOIRE
sace seul à la garde du convoi , il prit les devants
avec sa cavalerie. Le duc de Boutteville , si célèbre de-
puis sous le nom de maréchal de Luxembourg, et qui
servait alors avec le prince de Condé dans l'armée
ennemie , profita de l'occasion qui lui était offerte , et
tombant avec un gros corps de cavalerie sur le régi-
ment d'Alsace, il le dispersa et lui tua beaucoup de
monde. Le comte de Nassau ramena les survivants à
Sainte-Marie-aux-Mines et travailla activement à réta-
blir son régiment. Il le conduisit , en juillet 1658 , à
l'armée du maréchal de La Ferté , qui s'assemblait à
Laon et qui alla bientôt mettre le siége devant Grave-
lines. Alsace se couvrit de gloire , dans la nuit du
13 au 14 septembre, à l'attaque de l'ouvrage à cornes .
Lui et l'ancien Lorraine établirent un pont flottant
sur un endroit que la marée couvrait d'eau deux fois
par jour, et parvinrent, malgré les efforts des assiégés ,
à faire jouer trois fourneaux et à faire un logement
capable de contenir 400 hommes . A la fin de cette
campagne, Alsace se rendit à Nancy pour y tenir gar-
nison .
Les réformes opérées dans l'armée après la paix des
Pyrénées , au lieu d'affaiblir le régiment , le portè-
rent à 20 compagnies par l'incorporation de Broglie-
Allemand , qui fut effectuée le 12 décembre 1659. Il
demeura le premier des régiments étrangers entre-
tenus , et quoiqu'il portàt le titre d'une province
réunie à la France , il a conservé jusqu'au bout l'or-
ganisation et la paye étrangères . A la fin de 1667 ,
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 377
sur la démission du comte de Nassau , il fut donné
en propriété au prince de Birkenfeld (1 ) , et depuis il
est toujours resté dans la maison de Bavière .
Alsace avait pris part , en 1667 , aux sièges de
Tournai , de Douai et de Lille . L'année suivante il
servit à ceux de Dôle et de Salins et fut ensuite mis
en garnison à Arras .
En 1671 , on l'appela au camp de Dunkerque , où
le roi fit exercer les différents corps aux manœuvres
et travaux de la guerre de bataille et de la guerre de
siéges , et distribua des prix à ceux qui se montrè-
rent les plus habiles . Ce fut Alsace qui obtint le pre-
mier prix. Il fit partie , en 1672 , de l'armée com-
mandée par Louis XIV en personne, et ne manqua
aucun des siéges de cette campagne . L'année sui-
vante , il est au siége de Maëstricht ; il soutient , le
20 juin, le régiment du Roi à la prise du chemin cou-
vert, et le 27 il aide les Gardes à l'attaque de l'ou-
vrage à cornes. Ce jour-là il laisse plus de 100 hom-
mes sur le terrain . En 1674 , pendant que le 2° ba-
taillon contribuait à la belle défense de Grave , le
1er combat à Séneff sous le grand Condé . En 1675 ,
tout le régiment contribue à la conquête de Dinant ,
Huy et Limbourg , et termine la campagne sous le
duc de Luxembourg , qui s'empare de Thuin sur la
Sambre . Alsace fait de nouveau partie de l'armée du
(1 ) Chrétien II de Bavière, brigadier 16 août 1675 , maréchal de
camp 25 février 1677, et lieutenant-général 24 août 1688,
378 HISTOIRE
roi en 1676 ; il assiége Condé au mois d'avril , cou-
vre en mai celui de Bouchain , sert encore à celui
d'Aire et va faire lever le siége de Maëstricht . En
1677 , il est au siége de Valenciennes et bientôt à
celui de Cambrai , dont la citadelle capitule le 4 avril
pendant qu'il était de garde aux tranchées . Cette
campagne est terminée par le secours de Charleroi.
Celle de 1678 fut brillante pour Alsace . Il débuta par
le siége de Gand et fit après celui d'Ypres . A l'as-
saut du 24 mars , le lieutenant- colonel de Warel ( 1 )
conduisit le régiment en bataille , enseignes dé-
ployées et tambours battants , sur le glacis de la ci-
tadelle qui fut emportée . Warel et deux autres of-
ficiers furent blessés . Le 11 août , à la bataille de
Saint-Denis , les deux bataillons d'Alsace étaient pla-
cés dans le défilé de Saint-Denis avec deux batail-
lons des Gardes Françaises et le 1 " du régiment du
Roi . Ces braves troupes escaladèrent les hauteurs de
l'abbaye de Castiau , assaillirent l'infanterie du
prince d'Orange embusquée dans des haies et la mi-
rent en déroute . Le prince de Birkenfeld fit des pro-
diges de valeur et fut blessé à la joue . Le capitaine
Talhmann perdit la vie. Quatre autres capitaines et
(1 ) Adrien de Warel, capitaine à la création , lieutenant- colonel
15 janvier 1668 , brigadier 25 février 1677. Remplacé par Hubert-
Adrien comte de Rheinach, capitaine à la création , major 6 jan-
vier 1668, lieutenant-colonel 22 janvier 1687, brigadier 24 août
1688, et maréchal de camp 30 mars 1693. Tué en 1696 en Cata-
logne.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 379
dix lieutenants versèrent aussi leur sangsur ce champ
de bataille . En 1679 , une partie du régiment fut di-
rigée sur l'Allemagne et se trouva au combat de
Minden .
Alsace a servi en 1683 au siége de Courtrai , et
l'année suivante il faisait partie du corps d'armée
chargé de couvrir les opérations du siége de Luxem-
bourg . Il était, en 1688 et 1689 , à l'armée de Flan-
dre, qui n'entreprit rien d'important, et en 1690 , on
l'envoya en Roussillon . Il se trouva cette année à la
reprise de Saint-Jean de las Abadezas et de Ripouil-
les , et au blocus de Girone . Il prit ses quartiers d'hi-
ver dans la Provence , et en 1691 il passa à l'armée
des Alpes . Il y débuta le 17 mars par la prise de Vil-
lefranche , qui lui fut particulièrement due et où il
perdit un capitaine et quelques soldats . Après la
reddition du château , qui eut lieu le 21 , il marcha à
la conquête rapide de Sant'Ospizio , de Montalban
et de Nice . La prise de la citadelle de Nice, qui
capitula le 2 avril, coûta la vie aux capitaines Dagel
et Melchdeck , et une blessure au capitaine de Bos-
sern. Alsace contribua encore cette année à la sou-
mission de Veillane , de Carmagnola et du château
de Montmélian . La campagne de 1692 fut stérile en
événements du côté de l'Italie ; mais le 3° bataillon
du régiment , qui avait été rappelé en Flandre, prit
part au siége des châteaux de Namur . En 1693 , il
fut chargé de garder Menin .
Cette année , les deux autres bataillons sont à l'ar-
380 HISTOIRE
mée de Catalogne et prennent poste dans les lignes
de Roses, près de la mer. Ce siége occupa toute la
campagne . Celle de 1694 fut mieux remplie . Dès le
27 mai , le régiment entier est à la bataille du Ter ;
le 1 juin , il ouvre la tranchée devant Palamos à
l'attaque de gauche. Le 4 , le major Marion est tué ,
et plusieurs officiers sont blessés en repoussant une
grande sortie des assiégés . Palamos est emporté d'as-
saut le 7 , et cette conquête est bientôt suivie de celle
de Girone, d'Ostalrich et de Castelfollit. A la fin de la
saison , Alsace entre dans Palamos et défend cette
ville contre plusieurs surprises . Il marche , en 1695 ,
au secours de Castelfollit , et , pendant l'attaque des
retranchements espagnols , il est chargé de faire une
diversion sur le défilé qui mène à Castelfollit . En
1696 , fort de quatre bataillons , il marche au secours
de Palamos et prend part à la défaite du corps du
prince de Hesse-Darmstadt, près d'Ostalrich . L'année
suivante , Alsace sert au siége de Barcelone , et prend
place parmi les meilleurs régiments . Le 19 juin , les
assiégés, à la faveur d'un chemin creux à gauche de
l'attaque, occupent un moulin avec 200 hommes sou-
tenus par 50 cavaliers et par d'autres troupes placées
en arrière. Le colonel , prince de Birkenfeld ( 1 ) , re-
(1 ) Chrétien III de Bavière avait eu la charge de lieutenant- colo-
nel le 30 mars 1693 et avait remplacé son père en 1696 comme
colonel propriétaire. Il est devenu brigadier le 6 août 1697 , maré-
chal de camp le 23 décembre 1702 , et lieutenant-général le 26 oc-
tobre 1704.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 381
çoit l'ordre de les en chasser avec les deux premiers
bataillons d'Alsace et les grenadiers de Sault. Un peu
avant la nuit, le 1 " bataillon investit le moulin par
la droite et le 2º par la gauche . La porte est enfoncée
à coups de haches, et tout ce qui était dans le moulin
est passé au fil de l'épée, à l'exception de 37 hom-
mes qui ont le temps de se réfugier au premier
étage , et qui , sur la menace d'être brûlés , se ren-
dent à discrétion . Cette action se passa à la vue de
deux régiments espagnols et de quatre escadrons que
le prince de Darmstadt , gouverneur de Barcelone,
avait fait sortir pour secourir le moulin , et qui fu-
rent aussi entièrement défaits et poursuivis jusqu'au
chemin couvert . Le prince de Birkenfeld blessa lui-
même et fit prisonnier un officier de cavalerie . Le ré-
giment eut à regretter le commandant de son 1er ba-
taillon et deux autres officiers . Le 23 , Alsace re-
pousse une sortie , et le 17 juillet il monte à l'assaut
des deux bastions de l'attaque . Les assiégés font une
résistance désespérée , et les armes se brisant dans la
mêlée , on en vient à combattre à coups de poings
et de pierres. Deux fois les bastions sont enlevés et
presque anssitôt repris par les Barcelonais. Enfin , le
prince de Birkenfeld saisit un drapeau et court le
planter au milieu d'un des bastions . Ce trait d'audace
étonne les assiégés en même temps qu'il rallume
l'ardeur des assaillants , et les bastions demeurent
au pouvoir des braves et persévérants soldats d'Al-
sace. Le jeune prince de Birkenfeld fut le héros de
382 HISTOIRE
ce siége. Ce fut en vain que le comte de Coigny, qui
commandait dans la tranchée le jour de l'assaut ,
voulut plusieurs fois le faire retirer, tout fut inutile .
« Non , disait-il , je tiens d'autant plus à rester à mon
poste, que la brèche est défendue par les Allemands
impériaux, commandés par mon cousin de Darm-
stadt ; je veux leur montrer que les Allemands fran-
çais savent faire leur devoir . » Le roi dérogea pour
lui à la loi qu'il s'était imposée de suivre l'ordre du
tableau ; il le nomma aussitôt brigadier.
Alsace revint en France après la prise de Barce-
lone, et le 17 mars 1698 il reçut par incorporation le
régiment des Milices d'Alsace , levé le 8 octobre
1692.
Pendant les douze premières campagnes de la
guerre de la succession d'Espagne , les quatre batail-
lons d'Alsace servirent constamment en Flandre . Ils
étaient en 1702 à la déroute des Hollandais près de
Nimègue, et en 1703 au combat d'Eckeren . Ils sui-
virent, en 1704 , le maréchal de Villeroy sur la Mo-
selle , séjournèrent quelque temps à Landau pour
recueillir les débris de l'armée de Bavière, et revin-
rent dans les Pays-Bas au secours de Namur assiégé.
Alsace se fit particulièrement remarquer le 18 juil-
let 1705 , quand les Alliés attaquèrent et rompirent
les lignes de Villeroy près de Louvain . Les troupes
anglaises ayant percé les lignes près d'Elsem, la bri-
gade d'Alsace se voit en un instant entourée et char-
gée par la cavalerie de Marlborough . Les quatre ba-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 383
taillons se forment en carré avec la rapidité de la
pensée, ouvrent sur l'ennemi un feu de mousquete-
rie terrible et font une retraite admirable sans rom-
pre leur ordre et sans se laisser entamer. Ce n'était
là que le commencement de nos revers en Flandre .
Alsace assiste depuis à la déroute de Ramilies en
1706 , à celle d'Audenaërde en 1708 , et en 1709 à
la bataille de Malplaquet , où périt le lieutenant- co-
lonel de Steckemberg (1 ) , qui avait été blessé déjà
dans les deux précédentes affaires.
En 1711 , Alsace prend part à l'attaque d'Ar-
leux, et enfin en 1712 il se couvre de gloire à De-
nain , où la fortune revient sourire à nos drapeaux .
Le régiment semblait ce jour-là ivre du désir de la-
ver tant d'offenses . Il y combattit avec un acharne-
ment incroyable , écrasant et massacrant les pelo-
tons épars qui cherchaient à se rallier et à tenter
encore une résistance dans le cimetière et les jardins
de Denain . Après cette mémorable journée , il alla
faire le siége de Marchiennes ; il contribua aussi à la
prise de Douai , du Quesnoy et de Bouchain .
Passé à l'armée d'Allemagne en 1713 , Alsace sert
(1 ) Henri de Steckemberg, lieutenant en 1665 , major 25 juin 1694,
lieutenant-colonel 17 mai 1705 , et brigadier 18 avril [Link] fut rem-
placé par M. de Monera, auquel succéda , le 16 mars 1733, Jean Rhei-
Dard de Schmidberg, enseigne en 1695 , et brigadier 1er janvier
1740. Après lui viennent N. Pétri , lieutenant-colonel 5 septembre
1741 , et N. d'Ettlingen , enseigne en 1715, major 26 janvier 1732 ,
lieutenant-colonel 27 mai 1743, et brigadier 1er mai 1745.
384 HISTOIRE
d'abord au siége de Landau, et mérite par sa conduite
devant cette place l'honneur très-rare d'une lettre
autographe de félicitations de la part de Louis XIV.
Il se rend ensuite devant Fribourg, où l'attend en-
core la gloire . Il était un des régiments têtes de
colonnes à l'attaque du 14 octobre. Chargé de l'at-
taque de gauche, il débouche par deux endroits et
en bon ordre sur le chemin couvert . Un feu nourri
de l'artillerie et de la mousqueterie de la place n'em-
pêche point les grenadiers de scier les palissades.
Le reste du régiment se précipite par les passages
qui lui sont ouverts, et là commence un combat ter-
rible. Les assiégés disputent le terrain pied à pied,
mais peu à peu'ils sont acculés dans une place d'ar-
mes à gauche et y sont presque tous passés par les
armes. Alsace fit aussi ce jour-là de grandes pertes.
Les quatre capitaines de grenadiers périrent , et
683 hommes furent mis hors de combat . Le maré-
chal de Villars voulut exempter le régiment de tout
service pendant le reste du siége ; mais les officiers
et soldats, dignement représentés par le lieutenant-
colonel de Monera , qui avait fait des prodiges de va-
leur , le prièrent de les laisser partager encore les
périls et les fatigues des autres corps . Le siége de
Fribourg fut le dernier acte de la guerre , et Alsace
fut réduit à deux bataillons .
En 1727 , le régiment est au camp de la Moselle .
En 1733 , il fait partie de l'armée du Rhin , sert au
siége de Kelh , rétablit les fortifications de l'île du
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 385
Marquisat, et est porté à trois bataillons par ordon-
nance du 1er novembre . Une autre ordonnance du
1 juillet 1734 rétablit le 4e bataillon , et Alsace se
trouve cette année à l'attaque des lignes d'Ettlingen
et au siége de Philisbourg . Le 14 juillet, les quatre
compagnies de grenadiers, réunies à celles de Pié-
mont , débouchent sur l'ouvrage à cornes par les
ponts de droite, tombent à la baïonnette sur les dé-
fenseurs et les mettent en fuite . En 1735 , le régi-
ment combat à Klausen , et il est de nouveau réduit
à deux bataillons le 8 janvier 1737 ( 1 ) .
Reporté à trois bataillons le 15 mai 1741 , Alsace
fait partie du corps auxiliaire envoyé , sous les or-
dres du marquis de Ximenès , à l'électeur de Ba-
vière, élu empereur d'Allemagne sous le nom de
Charles VII . Il se met en route au mois d'août , et
prend part le 26 novembre à l'occupation de Pra-
gue. Il y donna l'assaut à la porte de Carlsthor. Voici
la vérité sur ce qui se passa à cette attaque dirigée
par l'illustre Chevert , alors lieutenant-colonel du
régiment de Beauce. La tête de la colonne était
composée des trois compagnies de grenadiers d'Al-
sace et de celle du régiment de Beauce . Les grena-
diers d'Alsace marchaient les premiers, comme ap-
(1) La propriété du régiment était passée , en 1734, au prince
'de Deux-Ponts , fils du prince de Birkenfed . Ce nouveau colonel est
devenu brigadier 20 février 1743, maréchal de camp 14 mai 1743,
et lieutenant-général le 16 février 1746 .
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 25
386 HISTOIRE
partenant au corps le plus ancien . Cette petite
troupe d'élite était suivie par 700 fusiliers et 600
dragons à pied. On arrive à une heure du matin
au pied des murailles. A deux heures et demie , une
échelle est posée sur une face de bastion qui avait
environ 10 mètres de hauteur . Un sergent de grena-
diers d'Alsace monte le premier. Ils n'étaient encore
que dix, y compris Chevert, sur la berme, quand
l'échelle se rompt avec fracas . Une sentinelle fait
feu et s'enfuit , en criant aux armes ! Quelques
Autrichiens de garde dans le bastion tirent aussi
sans savoir de quoi il s'agit ; plusieurs cependant,
pour l'acquit de leur conscience, font une ronde ;
mais nos dix braves , couchés à plat ventre sur la
berme, ne sont point aperçus , et les hommes de
garde se retirent , convaincus qu'ils ont eu une
fausse alerte . Pendant ce temps , l'échelle est raccom-
modée ; de nouveaux grenadiers arrivent ; le bastion
est occupé sans coup férir ; Chevert fait abattre le
pont-levis de la Porte-Neuve , située près de là , et
livre passage aux dragons et au comte de Saxe . Telle
fut la prise de Prague , qui ne coûta pas un seul
homme , et qui fut presque complétement due à
l'excellente discipline des grenadiers , qui surent
garder le silence pendant plus de deux heures, mal-
gré l'accident arrivé à leur échelle ( 1 ) .
(1) Cette version diffère un peu de celle qui a été adoptée par la
tradition. Suivant cette dernière , Chevert, après avoir posé l'é-
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 387
Peu de temps après l'occupation de Prague , le
régiment fut envoyé à Pissek , où , le 28 décembre ,
il défendit la porte de Budweis contre une attaque
des Autrichiens. Le lieutenant Cadet fut tué dans
cette affaire, et le lieutenant Férat blessé en pour-
suivant l'ennemi . Au mois d'avril 1742 , le 3º batail-
lon fut détaché pour aller au siége d'Égra ; les deux
autres se trouvaient au mois de mai au combat de
Sahai et au ravitaillement du château de Frawem-
berg. En rentrant dans Prague au mois de juin , les
trois bataillons n'avaient plus que 380 hommes
sous les armes. Ces débris prirent une part active à
la belle défense de la capitale de la Bohême , et ,
dans la nuit du 19 au 20 août, ils repoussèrent vi-
chelle, aurait assemblé ses sergents et leur aurait dit : « Mes amis,
vous êtes tous braves, mais il me faut un brave à trois poils . Le voi-
là , aurait-il ajouté , et s'adressant à cet homme Camarade , lu
monteras le premier, je te suivrai. Le factionnaire te criera Wer da;
ne réponds rien . Il lâchera son coup de fusil et te manquera ; tu li-
reras et tu le tueras. » La chose arriva comme il l'avait dit.
Il est possible que Chevert ait fait cette allocution à ses grena-
diers, mais le rapport officiel n'en fait pas mention , et la chose n'est
d'ailleurs pas arrivée précisément comme il l'aurait dit. Si le ser-
gent eût tiré et tué la sentinelle , c'eût été une imprudence capable
de faire échouer l'entreprise. Il est souvent arrivé que l'enthou-
siasme populaire , le chauvinisme, a ajouté des ornements au simple
récit de nos faits d'armes , et les littérateurs n'ont jamais manqué de
s'emparer de ces ornements. Toutes les fois que nous l'avons pu ,
nous avons préféré suivre les relations des généraux ou celles des
témoins oculaires.
388 HISTOIRE
goureusement une tentative des Autrichiens sur le
chemin couvert où ils étaient campés. Le régiment
se signala aussi à la sortie du 22 le prince de
Deux-Ponts y fut blessé . Au mois d'octobre , après
la levée du siége , Alsace fut envoyé à Bohmischbrod
sur la frontière de Saxe pour faciliter la jonction de
l'armée du maréchal de Maillebois . Cette mission
accomplie, il rentra dans Prague , ramenant un dé-
tachement qui avait été laissé à la garde du château
de Frawemberg sous les ordres du capitaine Glau-
bitz.
Alsace quitta enfin Prague le 16 décembre pour
rentrer en France ; mais, en arrivant en Bavière, il
trouva un ordre qui prescrivait aux régiments alle-
mands de l'armée du maréchal de Bellisle de rester
sur le Danube . Il fut, en conséquence, mis en gar-
nison à Amberg avec Royal-Bavière ; ces deux régi-
ments devaient former une brigade de réserve . En
1743 , Alsace fait partie de l'expédition chargée de
ravitailler Égra, et , au retour , il est établi dans des
cantonnements sur la Wiltz . Lorsque le prince
Charles eut forcé les passages du Danube, les troupes
françaises furent obligées de se retirer sous Ratis-
bonne , et de là sur le Rhin . Alsace repassa ce fleuve
au mois de juillet , fut porté à quatre bataillons le
31 août, et acheva la campagne au camp de Spire.
Employé en 1744 sous le maréchal de Coigny, il
concourut à la défense de l'Alsace , et se couvrit de
gloire le 5 juillet à la reprise de Weissembourg . Le
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 389
capitaine Bilang et les lieutenants Vaugibert et Vogt
y furent tués . Le capitaine Marabail et un lieute-
*
nant furent blessés ; 43 hommes de troupe furent
mis hors de combat. Le régiment se trouva plus
tard aux affaires d'Augenheim et de Reichevaux , et ,
au mois de septembre , il partit pour la Bavière
avec le comte de Ségur . Il prit ses quartiers d'hiver
aux environs de Donaüwerth , se distingua le 15 avril
1745 au combat de Pfaffenhofen , et fit admirer son
excellente discipline pendant la retraite qui suivit
ce combat. Pendant le reste de cette campagne , il
demeura à l'armée d'observation du bas Rhin sous
le prince de Conti . En 1746 , il faisait toujours par-
tie de la même armée ; il vint camper sur la Sarre
pendant le siége de Mons, et sur la Meuse pendant
celui de Charleroi ; il couvrit de plus près encore les
opérations du siége de Namur, et il eut l'honneur , à
Rocoux, de former la réserve avec les Gardes Fran-
çaises et Suisses , et d'attaquer avec Champagne le
village d'Ance . Il assista en 1747 à la bataille de
Lawfeld. En 1748 , pendant le siége de Maëstricht , il
occupait avec les régiments de Fersen et de Nassau
les hauteurs du château de Betléem. Après la cessa-
tion des hostilités, il fut réduit à deux bataillons,
par ordre du 26 décembre, et envoyé à Metz .
Le prince de Deux-Ponts céda en 1752 le régi-
ment à son fils, Charles-Auguste de Bavière . Celui-ci
ne servit point en France , et, depuis ce moment, le
commandement réel du corps a été exercé par un
390 HISTOIRE
colonel en second ou un colonel commandant ( 1 ) .
Au mois d'octobre 1756 , Alsace dut faire partic
du corps auxiliaire promis à l'impératrice Marie-
Thérèse ; mais la France se trouva bientôt obligée de
combattre pour son compte, et le régiment fut ap-
pelé en 1757 à l'armée du bas Rhin . Il se distingua
à la bataille d'Haastembeck ; le capitaine Picquot y
prit à l'ennemi huit canons et trois obusiers . Les
capitaines d'Atheim, Pigenol et Kalembach y furent
blessés. Le régiment forma ensuite l'extrême avant-
garde du maréchal de Richelieu pour l'invasion du
Hanovre ; il contribua à l'occupation de plusieurs
villes de cet électorat, força le 31 août le camp des
Hanovriens entre Rothembourg et Otterberg, et, le
3 septembre , sur l'avis que l'armée du duc de Cum-
berland était campée à Emerseem, il reçut l'ordre de
se porter avec tous les grenadiers de l'armée sur
Closterseeven . Alsace combattit le lendemain à Be-
vern avec sa valeur accoutumée , et le 8 les Hano-
vriens signèrent l'engagement de ne plus porter les
armes pendant cette guerre . Après quelques courses ,
Alsace entra le 28 septembre au camp d'Halberstadt ;
il y demeura jusqu'au 5 novembre . Les Hanovriens
(1) Le premier colonel en second fut Christian-Louis , baron de
Würmser, enseigne au corps en 1726 , major 12 mai 1746 , lieute -
nant- colonel 1 avril 1748 , brigadier 10 mai 1748 , colonel en 2º
4 juillet 1752 , maréchal de camp 10 février 1759 , et lieutenant-gé-
néral 25 juillet 1762. Ce même officier est devenu colonel com
mandant du régiment d'Alsace en 1776 .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 391
ayant alors violé la convention de Closterseeven , le
régiment marcha à leur rencontre , se trouva à l'at-
taque de Vegesack, où il s'empara de 300,000 ra-
tions de fourrages , et à la prise de Brême. Il resta
dans cette ville jusqu'en février 1758 , et se retira
sur le Rhin . Il servit cette année à la prise de Cassel ,
et combattit à Sundershausen . Après cette affaire, il
occupa quelque temps Gottingen , et se trouva le
10 octobre à la bataille de Lützelberg. Les brigades
de Piémont, d'Alsace et de Castella suisse , les pre-
mières engagées , franchirent le vallon qui sépa-
rait les deux armées avec tant de promptitude, qu'en.
un instant on les vit avec leur canon sur la crête du
rideau opposé . Le combat ne fut pas long ; l'en-
nemi, favorisé par la nuit, se retira , abandonnant
la plus grande partie de son artillerie dans les défi-
lés de Munden . Le 13 avril 1759 , Alsace se trouvait
encore à côté de Piémont à la bataille de Bergen . Il
était aussi le 1er août à l'affaire de Minden.
Le 18 janvier 1760 , Alsace est de nouveau rétabli
sur le pied de quatre bataillons par l'incorpora-
tion du régiment de Berg. Il combat cette année à
Corbach, à Warbourg et à Stattberg . Après ces af-
faires il se rend sur le bas Rhin avec le marquis de
Castries , et fait des prodiges de valeur à Closter-
camps le 16 octobre. Il était ce jour-là placé à côté
d'Auvergne, et fut presque détruit . Le marquis de
Castries fut obligé de faire avancer les deux batail-
lons de Briqueville pour combler l'énorme vide que
392 HISTOIRE
le feu de l'ennemi venait de faire entre Auvergne et
Alsace . A la fin de la journée , l'infanterie s'était ré-
pandue dans la plaine à la poursuite de l'ennemi et
allait être chargée en queue par la cavalerie anglaise
qui venait déjà d'arracher un drapeau au régiment
de Normandie. Dans ce danger , les débris d'Alsace
font un suprême effort ; ils se rallient derrière les
hayes et forcent les Anglais à tourner bride en épui-
sant sur eux leurs dernières cartouches . Le champ
de bataille de Clostercamps était couvert de 387 ca-
davres portant l'uniforme d'Alsace ; 519 soldats du
même corps étaient blessés. Parmi les morts , on
comptait les capitaines Peter Rumlinghen , Hermel-
sheim , Mouch et Adams , l'aide - major Diloth , les
lieutenants Delpert , Georges de Gottesheim et baron
d'Oldembourg. Parmi les blessés se trouvaient le
colonel en second baron de Wangen (1) , les com-
mandants de bataillon de Mecker et Picquot , les
aides-majors Delvet , Klick et baron d'Arenfeld ; les
capitaines Pigenol , Saint-Aulbin , Philippe de Roë-
der, baron de Spiegel , Papignie, d'Arundel , Henry,
(1 ) Louis -Conrad -Béat-Célestin-François de Géroltze-Karauge ,
baron de Wangen, brigadier 1er janvier 1748 , colonel en 2° 12 juin
1759 , maréchal de camp 20 février 1761 , lieutenant-général
1 mars 1780. Il sortait des Gendarmes du Roi. Remplacé comme
colonel en 2º le 7 mars 1761 par Frédéric baron de Schwengsfeld ,
enseigne au corps en 1734 , brigadier 25 juillet 1762 , maréchal de
camp 3 janvier 1770 , auquel succéda , le 3 janvier 1770, Jacques
Benoit, baron de Reinach, passé colonel commandant du régiment
de Nassau en 1780.
DE L'ANCIENNE ÍNFANTERIE FRANÇAISE . 393
Tallinghen , Franquès , Emmanuel Cabanès , Franz
Domeker, Joseph Pareth , Charles de Roëder , Otto
de Würmser, Shéantel , baron de Bock , Wilhelm
Pareth , Hithard , Antony de Neusheim , Philippe
Koch , comte de Waldeck , Christian de Roëder , Karl
Koch et vingt-deux lieutenants . Ce qui restait debout
fut mis en garnison à Cologne .
Alsace ne prit aucune part à la [Link] 1761 .
Il rejoignit l'armée en 1762 , et combattit le 24 juin
à Grebenstein. Il y soutint avec beaucoup de fermeté
les charges de la cavalerie ennemie et lui fit perdre
beaucoup de monde . L'aide-major Brobecque et les
lieutenants de Versen et Schwester y furent blessés .
Le lieutenant de Fürstemberg fut blessé , à son tour,
au combat du 23 juillet , sur la Fulda . Alsace est en-
core cité une fois à l'affaire d'Amenebourg , le 20
septembre. Le régiment fut réduit à trois bataillons
par ordonnance du 21 décembre.
En rentrant d'Allemagne , Alsace avait été établi
à Landau , puis à Strasbourg . Il quitta cette dernière
ville en juin 1765 pour se rendre au camp de Com-
piègne . Il est allé depuis à Saint-Omer en août 1765 ,
à Landau en novembre 1767 , et en Corse en novem-
bre 1770. Ce fut dans cette circonstance que le prince
de Deux -Ponts céda la propriété du régiment à son
neveu , Maximilien -Joseph , devenu en 1806 roi de
Bavière (1 ).
Après un séjour de près de trois ans à Saint-Flo-
(1) Maximilien-Joseph de Bavière, prince de Deux-Ponts , obtint en
France le grade de brigadier le 5 décembre 1781 , celui de ma-
394 HISTOIRE
rent, Alsace débarqua à Toulon le 24 septembre 1773 ,
et fut aussitôt envoyé à Montpellier , d'où il passa à
Toulouse en janvier 1774 ; il revint à Montpellier au
mois d'août , et se rendit à Saarlouis au mois de
novembre de la même année . L'ordonnance du 26
avril 1775 le réduisit à deux bataillons.
On le voit depuis arriver à Strasbourg en juillet
1775 , à Neufbrisack en octobre 1777 , à Mézières et
Rocroi en avril 1778 , à Landau en novembre 1778 ,
à Valognes et Granville en novembre 1781 , et à
Strasbourg au mois de mai 1783. Il était encore dans
cette ville au moment de la révolution . Les troupes
de la garnison de Strasbourg eurent aussi leur émeute,
mais tout s'y passa d'une façon germanique . A la
nouvelle de la prise de la Bastille , les magistrats de
la ville crurent devoir faire aux régiments de la gar-
nison une largesse de vingt sous par homme. Les sol-
dats , à qui un jour de bon temps fait oublier des
années de fatigues et de privations , puisèrent dans
le jus de la treille une gaîté bruyante , et célébrèrent
l'ère de la liberté en brisant les portes des cabarets et
en se livrant à une consommation exagérée qui dé-
réchal de camp le 9 mars 1788 , et celui de lieutenant-général le
7 novembre 1789.
M. de Pagenstecher, colonel commandant en 1780 , fut nommé
brigadier 1er mars 1780 , et maréchal de camp 1er janvier 1784. Le
baron d'Esbecke eut ce dernier grade le 1er mars 1791. De Ne
winger, major au corps le 20 février 1783, et lieutenant- colonel le
15 avril 1784, devint maréchal de camp le 24 septembre 1792 , et
lieutenant-général le 28 octobre 1792. De Fladen avait été fait lieu-
tenant-colonel le 5 février 1792.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 395
passa de beaucoup le crédit qui leur avait été ou-
vert. Quelques corrections disciplinaires firent tout
rentrer dans l'ordre.
Envoyé à Givet en mars 1791 , Alsace se signala
par son ardent patriotisme , lorsque la nouvelle de la
fuite du roi put faire craindre une guerre immédiate .
Les soldats mirent spontanément leurs bras et l'argent
de leurs masses à la disposition des ingénieurs pour
la réparation des fortifications de la place. Dans sa
séance du 12 juillet 1791 , l'Assemblée nationale ,
touchée de cet acte de désintéressement , chargea
son président d'écrire une lettre de satisfaction au
régiment , de lui annoncer que les avances qu'il avait
faites seraient remboursées , et qu'à partir de ce jour ,
il cesserait d'être compris dans l'état de l'infanterie
allemande , et qu'il prendrait l'uniforme français .
La dernière partie de cette promesse ne fut point
exécutée ; ce fut au contraire l'habit d'Alsace qui
devint peu après , sauf quelques modifications , le
costume de l'infanterie national .
Au mois d'avril 1792 , le 1 bataillon du régiment
se rendit à Verdun , et le 2º partit pour Lorient et de
là pour Cayenne , d'où il n'est point revenu . Les co-
lons de la Guyane firent plusieurs fois parvenir son
éloge jusqu'au sein des assemblées ; mais ce batail-
lon , ne recevant point de recrues , ne tarda pas à être
dévoré par le climat . Quelques débris sont entrés
dans la formation des corps coloniaux .
Le 1er bataillon vint à Phalsbourg au commence-
396 HISTOIRE
ment de la guerre , et en 1793 , il alla renforcer l'ar-
mée des Pyrénées-Orientales . Il combattit avec éclat,
le 17 septembre , à Peyrestortes . Dalhman , alors ser-
gent , depuis colonel des chasseurs à cheval de la
Garde Impériale, y fut blessé . Le 18 novembre 1794 ,
au combat de la Montagne Noire , où périt le général
Dugormier , le grenadier Jean-Baptiste Portenach
eut la cuisse brisée par un éclat d'obus . Ce brave
homme , voyant sa mort certaine et craignant de
succomber au milieu des Espagnols, appelle son ca-
marade Grismont : « Rends-moi un dernier service ,
mon vieux, lui dit-il ; fais-moi le plaisir de m'ache-
ver. Grismont l'embrasse les larmes aux yeux, re-
cule trois pas et lui brûle la cervelle .
Le 1 " bataillon d'Alsace ne fut versé que le 16 juin
1795 dans la 105 ′ demi-brigade . La 106° n'a pas été
formée .
Alsace avait eu jusqu'à 24 drapeaux . Ceux d'or-
donnance avaient deux carrés verts et deux carrés
d'un brun rougeâtre moiré.
Sa tenue , qui a peu varié , se composait d'un ha-
bit bleu turquin , d'une veste et d'une culotte blan-
ches . Le collet, les revers, les parements et la dou-
blure de l'habit , étaient rouges ; les boutons et le
galon de chapeau d'argent . Les poches étaient en
travers et garnies de cinq boutons ; les parements
étaient ouverts sans boutons.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 397
RÉGIMENT ROYAL DE ROUSSILLON.
54 RÉGIMENT D'INFANTERIE .
Fribourg.
MESTRES DE CAMP OU COLONELS.
1. Baron DE CARAMANY ( Joseph ) , 26 mai 1657.
2. Comte DE XIMENĖS ( Joseph ) , 30 mars 1672.
3. Marquis DE PROISSY ( N. de Ximénès ) , 30 juin 1701 .
4. Marquis DE XIMÉNÈS ( Augustin ) , 17 juillet 1708 .
5. Duc DE BIRON ( Louis-Antoine de Gontaut ) , 22 juillet 1729 .
6. Comte D'HAUSSONVILLE ( Charles-Bernard de Cléron ) ,
25 novembre 1734.
7. Marquis DU HAUTOY ( N. ) , 1 ** janvier 1748.
8. Comte D'HAUSSONVILLE ( Louis-Bernard de Cléron ) , 13 jan-
vier 1759.
9. Duc DE CHATILLON ( Louis Gaucher ) , 30 novembre 1761 .
10. Comte DE LEVIS- LUGNY ( Marc-Antoine ) , 11 mai 1762.
11. Marquis DE VILLENEUVE DE TRANS ( Louis-Henri ) , 5 juin
1763.
12. Marquis DE FRÉMEUR ( Jean-Toussaint de La Pierre ) , 11 juin
1774.
13. Marquis DE VAUBOREL ( Louis-Malo-Gabriel ) , 13 avril 1780.
14. Marquis DE BROISSIA ( Marie -Charles-Hilaire-Flavien Frois-
sard ) , 10 mars 1788 .
15. DE GASTON ( Michel-Étienne ) , 25 juillet 1791 .
16. DUMESNIL ( Pierre-Michel-Joseph Salomon ) , 27 mai 1792.
Ce régiment appartenait encore au cardinal Maza-
rin , qui l'avait fait lever en Roussillon et en Cata-
398 HISTOIRE
logne par commission du 25 mai 1657. A son ori-
gine, il était fort de 3,000 homnies , et portait le nom
de Catalan-Mazarin . Il passa l'année 1657 à Perpi-
gnan, où il avait été formé, et en 1658 il fut appelé
à l'armée de Flandre. Il prit part aux opérations du
siége de Gravelines , et fut ensuite mis en garnison à
Audenaërde , où il resta jusqu'à la remise de cette
place aux Espagnols . Il retourna alors à Perpignan ,
et, après la mort de Mazarin , un ordre du 13 mars
1661 le réduisit à douze compagnies et le mit sous le
nom de Royal-Catalan . Le baron de Caramany ( 1 )
prit en même temps le titre de colonel.
Au mois de mars 1666 , le régiment est au camp
assemblé à Monchy, près de Compiègne . Un brevet
du 27 janvier 1667 lui donne le titre de Royal-de-
Roussillon , qu'il a toujours gardé depuis . Il sert cette
année en Flandre, et contribue le 26 août à la prise
de la demi-lune de Lille , qui capitule le lendemain .
Au commencement de 1668 , il participe à la première
conquête de la Franche-Comté , et en 1670 à la sou-
mission de la Lorraine. Il prend une part très-active
aux siéges d'Épinal, de Chasté et de Longwy, et re-
tourne à Perpignan .
Porté à vingt compagnies au début de la guerre
de 1672 , il quitte le Roussillon en 1674 , et arrive au
(1) Le baron de Caramany était maréchal de camp du 19 jan-
vier 1652. H eut néanmoins le brevet de brigadier à la promotion
du 27 mars 1668.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 399
mois de juillet au camp de Sédan , placé sous les or-
dres de marquis de Rochefort. Le 30 , il rallie l'armée
du prince de Condé , combat le 11 août à Séneff, et
aussitôt après il se rend à Metz, où il s'embarque sur
la Moselle pour aller renforcer la garnison de Trèves.
En janvier 1675 , un détachement de 400 hommes ,
commandé par le colonel de Ximénès (1 ) , va détruire
le fort de Lizel , à sept lieues de Trèves ; la garnison
de ce fort, qui pillait nos convois , fut prise et massa-
crée. En 1676 , Royal-Roussillon joint l'armée de
Flandre ; il sert au siége de Condé, couvre celui de
Bouchain, sert encore au siége d'Aire, et part en-
suite pour Brisach , où il arrive le 17 novembre . Rap-
pelé en 1677 en Flandre , il assiste à la prise de Va-
lenciennes et de Cambrai , et le 11 avril à la bataille
de Cassel, où il n'est point engagé . Il termine cette
campagne au mois de décembre par le siége de
Saint-Ghislain , et dès le mois de mars 1678 il est
devant Gand. Il était de tranchée le 8 quand les
deux demi-lunes furent emportées, ce qui fit capi-
tuler la ville . Le régiment fait encore le siége d'Y-
pres et combat vigoureusement à Saint-Denis. Il con-
tribue à expulser les Gardes du prince d'Orange de
(1 ) M. de Ximénès, capitaine au corps à la création , et lieute-
nant-colonel en 1671 , devint brigadier 25 février 1677, maréchal
de camp 24 août 1688, et lieutenant-général 30 mars 1693.
Jean Baptiste de Ferrero , marquis de Saint- Laurent, capitaine à
la création, et lieutenant-colonel 30 mars 1672, a passé depuis à
d'autres corps, et est devenu lieutenant-général en 1702.
400 HISTOIRE
l'église de Castiau et a huit officiers frappés par le
feu de l'ennemi .
Après la paix de Nimègue, Royal-Roussillon fut
dirigé sur les garnisons du Midi . Il fut un des régi-
ments envoyés à Casal en septembre 1681 pour oc-
cuper la citadelle de cette ville, remise au roi par le
duc de Mantoue . En 1682 , il reçut par incorpora-
tion le régiment corse de Perri. Depuis cette épo-
que, il s'est recruté exclusivement de sujets français,
et à la mort de Louis XIV il ne conservait plus de
traces de son origine étrangère .
Royal- Roussillon , qui , à son retour de Casal ,
avait été envoyé à Longwy, partit de cette place en
avril 1684 pour se rendre au siége de Luxembourg,
où il monta quelques gardes de tranchée avec Pié-
mont et Auvergne. Au siége de Philisbourg , en
1688 , il partagea les travaux de Picardie . L'année
suivante, il faisait partie de l'armée commandée par
le maréchal d'Humières et se trouva au combat de
Walcourt. En 1690 , sous le duc de Luxembourg, il
combattit d'une manière brillante à Fleurus ; son
colonel y fut blessé. En 1691 , il fit le siége de
Mons, et demeura ensuite cantonné dans le Hainaut
pendant le reste de la campagne. Il fit celle de 1692
sur les côtes de la Normandie , et, en 1693 , il re-
parut à l'armée du maréchal de Luxembourg . Le
29 juillet, à Neerwinden , il prit part à la troisième
attaque du village , qui fut décisive . Le colonel y fut
encore blessé. Le régiment se rendit ensuite devant
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 401
Charleroi, où ses grenadiers se firent remarquer le
26 septembre à l'attaque de la redoute de Darmay ;
le capitaine de Chaune y fut tué. Royal-Roussillon
passa l'hiver à Mons et resta jusqu'à la fin de la
guerre à Namur, d'où il ne sortit que pour prendre
part à quelques opérations de peu d'importance ,
comme la marche tant vantée de Wignamont au
pont d'Espierres en 1694 , et le bombardement de
Bruxelles en 1695. Après la paix de Riswyck, il de-
meura dans le Hainaut , dont M. de Ximénès avait
le commandement particulier. Il fit partie en 1698
du camp de Compiègne .
Le régiment se trouvait tout porté , en 1701 , pour
faire partie de l'armée d'occupation des Pays-Bas . On
le voit, en 1702, au combat de Nimègue , et en 1703
à celui d'Eckeren . Au commencement de 1704 , il
est au camp de Neerhespen sous les ordres de
M. d'Artagnan , et au mois de mai , il passe à l'armée
du marquis de Bedmar, assemblée sous Saint-Trond.
Il occupait l'extrême droite des lignes françaises ,
quand leur centre fut forcé près de Louvain le
18 juillet ; il ne souffrit par conséquent point de
cette attaque. Quelques jours après, le 26 , il détrui-
sit près de Dinant un parti de 400 chevaux et de
100 grenadiers qui levaient des contributions au
profit des Alliés.
Royal-Roussillon passa à la fin de cette année sur
la Moselle , puis sur le Rhin ; il revint en Flandre
en mai 1706 avec le maréchal de Marchin , et n'ar-
HIST. DE L'ANC. INFANTERIE FRANÇAISE. T. V. 26
402 HISTOIRE
riva qu'après la déroute de Ramilies. A Audenaerde ,
en 1708 , il faisait partie de la réserve avec les Gardes,
Picardie et Royal . Par suite des mauvaises disposi-
tions prises par les généraux , ce corps d'élite vint
échouer comme les autres sur les baïonnettes des
Gardes Prussiennes . Le régiment fit des prodiges de
valeur ; il perdit son colonel ( 1 ) et se retira au camp
de Meldert, pendant que les Alliés entreprenaient le
siége de Lille . L'année suivante , il était embrigadé
avec Picardie et combattit avec ce vieux corps à
Malplaquet. Il prit part , en 1711 , à l'attaque d'Ar-
leux , et en 1712 à celle du camp retranché de De-
nain. Après cette victoire , il marcha au siége de
Douai , où il monta la tranchée le 15 août avec les
Gardes Suisses, et il participa encore à la reprise du
Quesnoy et de Bouchain . Il fit , en 1713 , les siéges
de Landau et de Fribourg. Il eut avec Poitou tous les
honneurs du combat du 14 octobre devant Fribourg.
Le hasard fit , en effet , qu'au moment où les pre-
miers bataillons de ces deux corps débouchaient pour
attaquer la droite du chemin couvert, le gouverneur
de la place dirigeait sur ce point une sortie de
1,200 hommes. Le choc fut terrible : après une lutte
opiniâtre, les bataillons français parvinrent à rejeter
leurs adversaires dans le chemin couvert ; mais leur
(1) M. de Proissy, qui avait succédé à son père , fut remplacé par
son frère. Celui-ci devint brigadier le 1er février 1719 , et maréchal
de camp le 1 août 1734.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 403
tâche n'était point terminée ; il fallait emporter le
chemin couvert lui -même . Les assiégés , réunis en
force sur ce point, y organisèrent une défense éner-
gique , qui finit pourtant par céder à l'arrivée des
2 es bataillons de Poitou et de Royal- Roussillon .
Le 2 bataillon du régiment formé en 1701 fut
licencié en 1715 , ainsi qu'un bataillon auxiliaire qui
servait depuis 1711 en Dauphiné sous le titre de
Royal- Roussillon .
Le régiment se rendit à l'armée d'Italie en sep-
tembre 1733. Il avait alors à sa tête un jeune colonel
plein de bravoure (1 ) , avec lequel il eut la gloire de
forcer l'épée à la main le chemin couvert de Pizzi-
ghetone. Il termina cette campagne devant le châ-
teau de Milan : M. de Biron y fut blessé . Il débute en
janvier 1734 par le siége de Tortone , se trouve les
4 et 5 juin aux affaires de Colorno , et le 29 du même
mois à la bataille de Parme , où le duc de Biron re-
çoit une contusion à la cuisse . Royal-Roussillon
s'empara ce jour- là du général La Tour et de 400 Au-
trichiens. Il assista , le 15 septembre , au combat de
la Secchia, après lequel il fit l'arrière-garde, soutint
plusieurs escarmouches très-vives et sauva l'artille-
rie qu'il ramena au camp. Le 19 , il combattait à
Guastalla dans la brigade d'Auvergne, qui contribua
tant à la victoire . En 1735 , les siéges de Revere ,
Reggio , Reggiolo et Gonzague , occupèrent le régi-
(1) M. de Biron, depuis colonel des régiments du Roi et des
Gardes Françaises.
404 HISTOIRE
ment , qui rentra en France au mois de septem-
bre 1736 .
En avril 1739 , Royal-Roussillon passe en Corse ;
il se bat le 3 juin à San-Giacomo , le 4 août à Baste-
lica, et contribue par sa discipline et sa fermeté à
cette première pacification de l'île . Rappelé par la
guerre de la succession d'Autriche , il revient sur le
continent en avril 1741. Dirigé aussitôt sur la fron-
tière de Flandre , il reste dans l'inaction pendant
deux campagnes . En 1743 , il est envoyé sur le Rhin
et fait d'abord partie du corps d'observation du
prince de Dombes campé sur le Necker . Au mois de
juin , il est détaché pour aller au-devant de l'armée
de Bavière, il s'avance jusqu'à Donaüwerth et Ra-
tisbonne , et rentre en juillet . Il passe alors sous les
ordres du comte de Saxe , et contribue à la défaite des
Autrichiens à Rheinweiler. En 1744 , il reste sur le
haut Rhin avec le comte de Clermont, et lorsque le
prince Charles eut réussi à franchir le fleuve près de
Spire , il accourt dans la basse Alsace , combat avec
distinction à Augenheim , poursuit les Autrichiens sur
la rive droite et fait le siége de Fribourg . Le 19 oc-
tobre , il est à l'attaque des trois saillants du chemin
couvert ; le capitaine de Gironde y est blessé à la
cuisse d'un éclat de bombe . Le régiment prend ses
quartiers d'hiver en Souabe, et en 1745 il fait encore
partie de l'armée du Rhin . Il suivit , en 1746 , le
prince de Conti sur la Meuse et fut employé au siége
de Mons .
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE. 405
Quand nos affaires , ruinées en Italie , laissèrent la
Provence ouverte à l'invasion , Royal- Roussillon fut
un des régiments désignés pour voler au secours de
cette frontière. Il se mit en marche au mois de juillet
et s'arrêta à Briançon , où il forma son 2 bataillon par
ordre du 25 octobre . L'année suivante , il était au
camp de Tournoux, et le 19 juillet il se fit remarquer
par de prodigieux efforts à l'attaque des retranche-
ments du col de l'Assiette. Il les aborda par la gau-
che vers le col d'Argueil, et excita l'admiration des
Autrichiens. Les capitaines de Gironde et de Poula-
riers y eurent tous les deux une cuisse traversée par
une balle (1 ) . Après le malheureux résultat de cette
journée, Royal-Roussillon regagna le camp de Tour-
noux, et il y demeura jusqu'à la paix d'Aix-La-Cha-
pelle .
er
Le 1 bataillon du régiment s'embarqua pour le
Canada au mois de mai 1755. Il a fait, sur les bords
du Saint-Laurent , les cinq premières campagnes de
la guerre de Sept-Ans. A son arrivée , il fut mis en
garnison à Québec. Le 15 mars 1756 , un détache-
ment commandé par le capitaine de Conny fit partie
(1 ) Jean-Baptiste de Gironde et Médard de Poulariers sont de-
venus tous les deux lieutenant -colonels : le premier en 1755 , le
second en 1764. Ce dernier est parvenu au grade de brigadier le
20 avril 1768 et à celui de maréchal de camp le 1er mars 1780 .
Le marquis d'Haussonville, qui commandait le régiment pen-
dant la guerre de la succession d'Autriche , fut nommé brigadier le
2 mai 1744 , et maréchal de camp le 1er janvier 1748.
406 HISTOIRE
de l'expédition qui bloqua le fort Georges et détruisit
tous les établissements anglais sur les lacs . Au mois
de juillet de l'année suivante , Montcalm entreprit le
siége du fort Georges . Le bataillon de Royal- Roussil-
lon y ouvrit la tranchée , le 4 août , avec celui de La
Sarre , et la place capitula le 9. Le lieutenant de
grenadiers Lefebvre fut le seul officier de l'armée
blessé dans cette expédition . Le 8 juillet 1758 , le
bataillon se trouvait au sanglant combat livré sous
les murs du fort Carillon . Le capitaine Ducoing et
dix-huit hommes furent frappés par le feu de l'en-
nemi. Le 19 septembre 1759 , à la bataille de Québec ,
Royal-Roussillon occupait l'aile gauche , et ce fut à
son colonel, M. d'Haussonville (1 ) , que le marquis de
Montcalm , blessé à mort, adressa ses derniers ordres.
« Je vous recommande de ménager l'honneur de la
France , lui dit-il , et de tâcher que ma petite armée
puisse se retirer cette nuit au delà de la rivière du
Cap-Rouge pour joindre le corps aux ordres de M. de
Bougainville . » Cet ordre fut exécuté . Le régiment
prit part , l'année suivante , à toutes les tentatives
qui furent faites pour reprendre Québec et conserver
la possession de Montréal . La perte du Canada ayant
(1 ) Le comte d'Haussonville est passé au régiment de La Marine.
Son deuxième successeur, M. de Lévis-Lugny, est passé à Picardie.
Le marquis de Frémeur, précédemment colonel d'Angoumois , est
devenu brigadier le 3 janvier 1770 , et maréchal de camp le
1er mars 1780.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 407
été consommée , il rentra en France au commence-
ment de 1761 .
Pendant ce temps , le 2º bataillon n'était pas resté
inactif. Il s'était trouvé , en 1757 , à la bataille de
Rosbach , où le capitaine de grenadiers Derons et un
lieutenant avaient été blessés . Embrigadé avec Pié-
mont en 1759 , il s'était distingué d'une manière
toute particulière à Bergen , en soutenant avec ce
vieux régiment toutes les tentatives faites par l'ennemi
pour pénétrer dans ce village .
Après la paix de 1763 et la perte de nos plus belles
colonies , vingt-quatre régiments d'infanterie fran-
çaise , autres que les régiments des princes, et pris à
la gauche , furent consacrés expressément au service
des ports et colonies. Ces régiments reçurent , comme
marque de leur destination spéciale , la couleur vert
de Saxe pour couleur distinctive . Royal-Roussillon
fut le premier de ces vingt- quatre régiments , et se
rendit à Marseille . Il passa de là en Corse , en no-
vembre 1764 , vint à Gap en septembre 1767 , puis à
Montdauphin en mai 1768 , et retourna en Corse au
mois de juin de la même année . Le colonel de Ville-
neuve deTrans fut chargé de disperser les montagnards
qui interceptaient les communications entre Bastia
et Saint-Florent. Cette expédition donna lieu aux
combats de Barbaggio et de Patrimonio , dans les-
quels le colonel fit admirer ses bonnes dispositions
et la valeur de ses soldats . Le régiment ne se distin-
gua pas moins , le 24 août , à la prise des postes
408 HISTOIRE
d'Olmetta et de Nonza , et le 5 septembre à la sou-
mission d'Oletta , de Biguglia et de Furiano .
Royal-Roussillon débarqua à Toulon le 15 dé-
cembre 1770 , et reprit la garnison de Marseille en
janvier 1771. En 1772 , des régiments spéciaux ayant
été créés pour le service des ports et colonies, il re-
prit le service habituel de l'infanterie de terre , et fut
envoyé à Metz au mois de novembre . Depuis il est
allé à Dunkerque en septembre 1774 , et au Havre
en octobre 1776. Pendant les trois années suivantes ,
il a servi sur les côtes de Bretagne , et a successive-
ment occupé Saint-Servan , Nantes et Saint-Brieuc .
En 1781 , le 2e bataillon s'embarqua pour l'Inde , et
сг
le 1 se rendit à Verdun , puis à Metz en mars 1782 .
Le 2 bataillon assista , sous les ordres de MM . de
Suffren et de Bussy , à la plupart des affaires qui il-
lustrèrent les armes françaises dans l'Inde , et qui se
résument dans les noms de Gondelour , Pondichéry,
Madras et Trinquemale. Le lieutenant de Villione fut
blessé , sur l'Annibal , au combat du 20 juin 1783 ( 1 ) .
Après la cessation des hostilités dans ces pays
lointains , le 2 bataillon de Royal-Roussillon alla
(1) Le régiment était alors commandé par le marquis de Vaubo-
rel, brigadier 5 décembre 1781 , et maréchal de camp 9 mars 1788 .
Jean- Baptiste Girard de Vaugirard , lieutenant-colonel le 24 juin
1780 , devint brigadier 20 mai 1784 , et maréchal de camp en 1791 .
Le régiment fut donné en 1791 à M. de Gaston , major depuis le
9 novembre 1788 , et en 1792 à M. Dumesnil , lieutenant-colonel
depuis le 23 mars 1792.
DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE . 409
tenir garnison à l'île Bourbon , qu'il ne quitta que
le 21 octobre 1784 pour revenir en Europe . Il dé-
barqua à Brest le 13 août 1785 , et au mois de no-
er
vembre il joignit le 1 bataillon à Longwy.
Le régiment se rendit depuis à Sédan en octobre
1786 , à Metz en décembre 1787 , à Rochefort et La
Rochelle en mai 1788 , à Poitiers en mars 1789 , et
à Tours en janvier 1791. Il fut alors employé à la
répression des troubles suscités à Chinon , Luynes
et autres petites villes des environs , par les prêtres
réfractaires à la constitution civile du clergé . Le 1er
bataillon quitta Tours le 20 avril et le 2º le 5 juin
pour se rendre à Versailles . Le régiment séjourna dans
cette ville jusqu'au 16 août , et partit alors pour Saar-
louis . Il fut placé à la fin de cette année au camp de
Fontoy, et se rendit à Longwy au mois de mai 1792.
A l'ouverture des hostilités, le 1er bataillon fut appelé
à l'armée du Nord , tandis que le 2 ° , attaché à l'armée
du Centre , fut mis en garnison à Metz.
Le 1er bataillon a fait , sous Dumouriez , la cam-
pagne de l'Argonne et celle de Belgique . Il se distin-
gua extrêmement à la bataille de Jemmapes . Il faisait
partie de la division Ferrand , qui chassa les Autri-
chiens du village de Jemmapes. Après la bataille de
Neerwinden , il prit part à la défense de Valenciennes,
et lorsque cette place eut capitulé , il fut envoyé aux
armées de l'Ouest . C'est là qu'il entra , en 1794 ,
dans la composition de la 107º demi- brigade .
Le 2 bataillon quitta Metz à la fin de 1792 pour
410 HISTOIRE DE L'ANCIENNE INFANTERIE FRANÇAISE.
se rendre à l'armée de la Moselle . Il contribua à la
défense de Mayence , et arriva , lui aussi , dans la
Vendée, au mois d'août 1793. Il a été versé, en 1795 ,
dans la 108 demi-brigade.
Royal-Roussillon avait des drapeaux dont les quatre
quartiers présentaient respectivement les couleurs
bleue , rouge , verte et feuille morte . La croix blan-
che était semée de fleurs de lis d'or .
Le premier uniforme du régiment était composé
d'un habit et d'une culotte blancs ou gris blanc ; la
veste , les parements et le collet étaient bleus ; les
boutons et le galon de chapeau étaient d'or ; les po-
ches étaient en pattes avec trois boutons ; il y avait
six boutons sur les manches . En 1763 , l'uniforme
entièrement blanc du régiment fut distingué par le
collet , les revers et les parements vert de Saxe et les
boutons jaunes . En 1772 , les parements et les revers
furoEQUE
devinrent bleu céleste , et , en 1776 , on y ajouta le
collet rouge . Les boutons à cette dernière G date
R EA
blancs . T DE LA
BIN VILLE DE
DE
LA
YON
VIL
LYON
LE
*
1894 *
TABLE DES MATIÈRES.
RÉGIMENT DE DAUPHINÉ, 38° RÉGIMENT D'INFANTErie .
RÉGIMENT D'ISLE-DE-FRANCE, 39 RÉGIMENT D'IN-
33333
FANTERIE. ......
RÉGIMENT DE SOISSONNAIS , 40 RÉGIMENT D'IN-
FANTERIE ..... 55
RÉGIMENT DE LA REINE, 41 Régiment d'Infanterie . 79
RÉGIMENT DE LIMOUSIN, 42 RÉGIMENT D'INFanterie . 107
RÉGIMENT ROYAL DES VAISSEAUX , 43° RÉGIMENT
D'INFANTERIE ...
.... 126
RÉGIMENT D'ORLÉANS , 44º RÉGIMEnt d'infanterie . .. 156
RÉGIMENT DE LA COURONNE , 45" RÉGIMENt d'in-
FANTERIE..... 184
RÉGIMENT DE BRETAGNE, 46° RÉGIMENT D'INFanterie . 212
RÉGIMENT DE LORRAINE, 47° RÉGIMENT D'INFanterie. 236
RÉGIMENT D'ARTOIS , 48 RÉGIMENT D'INFANTERIE.... 260
RÉGIMENT DE VINTIMILLE, 49 RÉGIMENT D'INFANTERIE. 291
RÉGIMENT DE HAINAUT, 50 RÉGIMENT D'INFanterie . 312
RÉGIMENT DE LA SARRE, 51 RÉGIMEnt d'Infanterie. 332
RÉGIMENT DE LA FÈRE, 52 Régiment d'Infanterie. · 336
RÉGIMENT D'ALSACE, 53° RÉGIMENT D'INFANTERIE ..... 373
RÉGIMENT ROYAL DE ROUSSILLON , 54° RÉGIMENT
D'INFANTERIE. .... 379
FIN DE LA TABLE.
}
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DE
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VILLE DE
YON
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LYON
1895 *