Audit des conflits d'intérêts en entreprise
Audit des conflits d'intérêts en entreprise
Promoteur :
Marie KAISIN
Aux deux réviseurs d’entreprises de mon lieu de stage, qui, d’une part, se sont toujours
montrés à l’écoute et disponibles lors de la réalisation de ce mémoire et qui, d’autre part,
m’ont permis d’acquérir une agréable expérience professionnelle dans le domaine de l’audit.
A ma promotrice, Madame Marie Kaisin, dont l’expérience et les conseils m’ont épaulées
dans mes questionnements tout au long de l’élaboration de ce mémoire.
A mon entourage, tout particulièrement à mes amies Chiara, Annabelle et Qendresa, qui
m’ont toujours soutenu et aidé tout au long de mon parcours à l’ICHEC.
Engagement Anti-Plagiat
« Je soussignée, PICK, Sophie, en Master 2, déclare par la présente que le Mémoire ci-joint est
exempt de tout plagiat et respecte en tous points le règlement des études en matière
d’emprunts, de citations et d’exploitation de sources diverses signé lors de mon inscription à
l’ICHEC, ainsi que les instructions et consignes concernant le référencement dans le texte
respectant la norme APA, la bibliographie respectant la norme APA, etc. mises à ma
disposition sur Moodle.
Sur l’honneur, je certifie avoir pris connaissance des documents précités et je confirme que le
Mémoire présenté est original et exempt de tout emprunt à un tiers non-cité correctement. »
INTRODUCTION ................................................................................................................ 1
ANALYSE THEORIQUE ....................................................................................................... 3
1. MISE EN CONTEXTE DU DOMAINE D’AUDIT ........................................................................... 3
1.1. TROIS TYPES DE MISSIONS DU REVISEUR D’ENTREPRISES............................................................................ 3
1.1.1. Contrôle légal des comptes ................................................................................................................................3
1.1.2. Missions légales occasionnelles ..........................................................................................................................5
1.1.3. Missions occasionnelles ......................................................................................................................................5
1.2. REFERENTIEL APPLICABLE ................................................................................................................. 5
1.3. DEONTOLOGIE .............................................................................................................................. 6
2. ISA 550 SUR L’AUDIT DE PARTIES LIEES .................................................................................. 7
2.1. MISE EN CONTEXTE ........................................................................................................................ 7
2.1.1. Définition de partie liée selon l’IAS 24 ................................................................................................................7
2.1.2. Définition de partie liée selon l’ISA 550 ..............................................................................................................9
2.2. OBJECTIFS ................................................................................................................................... 9
2.3. DILIGENCES................................................................................................................................ 10
2.3.1. Collecte d’informations pertinentes pour l’identification des « risques d’anomalies significatives »..............10
2.3.2. Identification et appréciation des « risques d’anomalies significatives » ........................................................11
2.3.3. Réponse appropriée aux « risques d’anomalies significatives » ......................................................................12
2.3.4. Évaluation de la comptabilisation et informations fournies dans les états financiers .....................................13
CONCLUSION ............................................................................................................................ 85
BIBLIOGRAPHIE ........................................................................................................................ 87
ANNEXE .................................................................................................................................... 91
ANNEXE 1 : EXEMPLE DE RAPPORT EN CAS DE RELATIONS AU SEIN D’UN GROUPE DONT UNE SOCIETE DU GROUPE EST COTEE ... 91
Introduction
La thématique abordée dans mon mémoire de recherche appliquée est : « les
différents conflits d’intérêts dans lesquels le commissaire a un rôle à jouer dans le cadre de
son audit de parties liées. » En effet, afin de protéger les intérêts patrimoniaux de la société
et de ses actionnaires, la loi a réservé une mission exclusive au commissaire en cas de :
▪ Conflits d’intérêts personnels de la part d’un administrateur
▪ Conflits d’intérêts au sein d’un groupe dont une société est cotée
Cette obligation légale à respecter par les sociétés et à faire vérifier par le commissaire
est selon moi peu connue des jeunes diplômés et jeunes travailleurs en audit et comptabilité.
En interrogeant plusieurs auditeurs juniors parmi les quatre grands cabinets d’audit
financier (Big4) sur leurs connaissances par rapport à cette obligation légale, aucun n’a affirmé
avoir été formé à ce sujet. Toutefois, bien que les auditeurs juniors soient assignés à l’audit de
cycles particuliers, un conflit d’intérêts pourrait être présent dans n’importe lequel de ces
cycles sans que l’auditeur senior puisse le remarquer en supervisant son travail.
Par ailleurs, un article de journal venant de l’Echo (2021) a affirmé que le concept de
conflit d’intérêts était assez mal compris et les règles en la matière pas assez connues de tous,
ce qui rend le risque d’abus élevé.
Pourtant, selon Matheï (2020), la responsabilité des administrateurs ainsi que celle du
commissaire pourraient être mises en cause. En effet, le commissaire pourrait être tenu
responsable s’il n’a pas informé le conseil d’administration d’un conflit d’intérêts qu’il aurait
dû avoir détecté et qui n’aurait pas fait l’objet de la procédure de conflit d’intérêts reprise
dans le CSA.
1
Quelles sont les diligences du commissaire dans son audit de parties liées en matière de conflits
d’intérêts personnels dans le chef d’un administrateur et conflits d’intérêts intragroupe ?
J’analyserai tout d’abord la norme internationale d’audit sur les parties liées (ISA 550)
étant donné qu’un conflit d’intérêts survient lors d’opérations entre parties liées. Je
développerai l’objectif du législateur et le cadre légal y afférent pour ensuite insister sur le
rôle donné par le législateur au commissaire. Je comparerai ce rôle aux diligences de la norme
internationale d’audit (ISA 250) sur la prise en considération des textes législatifs et
réglementaires dans un audit d’états financiers. Les changements par rapport à l’ancien Code
des sociétés, la gouvernance d’entreprise existante et le lien avec l’abus de biens sociaux
m’ont également semblés intéressants à prendre en compte dans ce contexte-ci.
J’apporterai ensuite un point de vue plus pratique en donnant des cas réels de conflits
d’intérêts où le commissaire a dû intervenir puis confronterai des opérations intragroupes
identifiées dans le cadre de l’audit de parties liées au champ d’application de la procédure de
conflits d’intérêts. Cette confrontation pratique a été possible grâce à mon stage dans l’un des
vingt plus grands cabinets de révisorat d’entreprises en Belgique où j’ai eu l’opportunité de
participer à l’audit de trois groupes. Pour chaque groupe audité, je mettrai en pratique les
diligences du commissaire de l’ISA 550 sur les parties liées, analyserai toutes les opérations
intragroupes et expliquerai pour chacune d’elles pourquoi elle devrait ou ne devrait pas faire
l’objet de la procédure de conflits d’intérêts.
2
Analyse théorique
La première mission du réviseur d’entreprises qui prend la plupart de son temps est
l’audit légal des comptes. Dans ce cas-ci, un réviseur d’entreprises/auditeur, qu’on appellera
commissaire, doit être mandaté pour une durée de trois ans (renouvelable) par l’organe
d’administration de la société. C’est lors de cette mission que le commissaire va avoir un rôle
à jouer en ce qui concerne les conflits d’intérêts. Cet audit légal des comptes, porte, selon
l’article 3 :73 du Code des Sociétés et des Associations (CSA), sur les comptes annuels, la
situation financière et le respect du CSA en ce qui concerne les opérations dans les comptes
annuels de la société.
3
Figure 1 : Schéma général de la démarche d’audit
Source : cabinet de révisorat d’entreprises de moyenne taille (2022, 30 mai). Schéma général de la
démarche d’audit.
Par ailleurs, ce ne sont pas toutes les entreprises qui doivent nommer un commissaire.
Les critères de nomination d’un commissaire dépendent du nombre de travailleurs, du chiffre
d’affaires annuel et du total du bilan d’après l’IRE (2022). La société doit dépasser au moins
deux des trois critères ci-après :
▪ 10 travailleurs en moyenne annuelle ;
▪ 700.000€ de chiffre d’affaires ;
▪ 350.000€ de total bilantaire.
Par contre, peu importe les critères ci-avant, les sociétés cotées et les sociétés qui publient
des comptes consolidés sont tenues de nommer un commissaire. Les entreprises dans
l’obligation de publier des comptes consolidés selon la Banque Nationale de Belgique (2022)
sont les groupes de taille réduite, c’est-à-dire ne dépassant pas plus d’un des critères suivants :
▪ 250 travailleurs en moyenne annuelle ;
▪ 34.000.000€ de chiffre d’affaires annuel ;
▪ 17.000.000€ de total bilantaire.
Pour les sociétés qui ne rentrent pas dans l’obligation de nommer un commissaire et
qui, dès lors, ne doivent pas faire l’objet d’un contrôle légal des comptes peuvent toutefois,
sur base volontaire, faire l’objet d’un examen limité. Le réviseur d’entreprises émettra alors
une opinion négative en affirmant « n’avoir relevé aucun fait qui laisse penser que… »
contrairement au contrôle légal des comptes où le réviseur d’entreprises donne une opinion
sous forme positive. (IRE, 2022).
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1.1.2. Missions légales occasionnelles
Outre son contrôle légal des comptes annuels, le réviseur d’entreprises est chargé par
le législateur d’autres missions qui sont plus occasionnelles. Il s’agit d’intervenir par exemple
en cas d’apports en nature, fusions, dissolutions, modifications de la forme juridique ou
objet de la société, etc. Le rôle d’évaluation des conséquences patrimoniales sur la société
donné au commissaire pour les conflits d’intérêts intragroupes fait partie de l’une de ses
missions spéciales/légales occasionnelles (cf. infra p.38). (IRE, 2022).
L’IRE, à côté d’avoir rendu applicable les normes internationales d’audit et d’examen
limité ci-dessus, conseille de suivre les normes ci-après en fonction du type d’informations.
Lorsqu’il s’agit d’un audit d’informations financières mais non historiques comme pour
l’audit d’états financiers, c’est l’ISAE, normes internationales de missions d’assurance, que
conseille l’IRE de suivre. Tandis que pour l’audit d’informations historiques mais autre que
dans le cadre d’un audit légal des comptes ou d’examen limité, l’IRE conseille de suivre l’ISRS,
normes internationales de services connexes. Ce sont la plupart du temps des budgets,
statistiques et projections. (IRE, 2022).
Outre ces normes internationales, l’IRE publie des notes techniques qui offrent aux
réviseurs d’entreprises un soutien pratique pour la bonne application du cadre légal,
réglementaire et normatif. Une note technique a d’ailleurs été publiée en 2021 sur la mission
du commissaire en cas de conflits d’intérêts. (IRE, 2022).
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1.3. Déontologie
Dans l’exercice de ses missions, le réviseur d’entreprises se doit de se conformer à un
Code Éthique mis en place par l’IESBA, International Standards Board of Accountants, afin de
donner sens à la profession, créatrice de confiance. En effet, la profession repose sur un
comportement éthique composé de cinq valeurs importantes : intégrité, objectivité,
indépendance, confidentialité et expertise. (IESBA, 2021).
La première valeur est l’intégrité qui repose sur le fait d’être droit et honnête et de ne
pas être associé à certains rapports, déclarations ou informations qui pourraient jeter du
discrédit à la profession, créatrice de confiance. La deuxième valeur est l’objectivité qui est
liée à l’indépendance du réviseur d’entreprises. S’il n’est pas indépendant, il ne pourra pas
juger de manière objective. La quatrième valeur est le secret professionnel du réviseur. Il ne
pourra en aucun cas divulguer, en dehors de son audit, toute information relative à
l’entreprise auditée ou utiliser ces informations pour son bénéfice personnel ou professionnel.
Et enfin, la dernière valeur est son expertise. Il est chaque année dans l’obligation de suivre
un certain nombre d’heures de formation et a dû, pour obtenir le titre de réviseur
d’entreprises auprès de l’IRE, réussir un bon nombre de tests d’aptitude. (IESBA, 2021).
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2. ISA 550 sur l’audit de parties liées
Étant donné qu’un conflit d’intérêts survient lors d’opérations entre parties liées ou
entre la société et un de ses administrateurs, qui, selon moi, peut rentrer dans la définition de
partie liée, analysons l’ISA 550 qui traite des diligences de l’auditeur lors de son audit de
parties liées. Par la suite (cf. infra p.53), j’aurai l’occasion de confronter ces diligences à l’audit
de trois groupes.
Prenons d’abord la définition de l’IAS 24 sur « l’information relative aux parties liées »
que les sociétés cotées doivent suivre. Selon Iasplus (2022), une entité aussi bien qu’une
personne physique peut être considérée comme une partie liée de la société cotée.
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▪ L’entité ou un membre du groupe auquel elle appartient offre des services de
personnes exerçant la fonction de principaux dirigeants à la société ou à sa société
mère.
Une personne ainsi que les membres de sa famille proche (et par extension l’entité à
laquelle ils appartiennent) seront également considérées comme partie liée seulement si :
▪ Cette personne est un des importants dirigeants de la société ou de sa société
mère ;
▪ Cette personne détient plus de 50% des droits de vote ou participe au contrôle
conjoint de la société ;
▪ Une influence notable est exercée par cette personne sur la société.
La notion de partie liée peut donc viser plus qu’un simple lien de contrôle. Cela englobe
également l’exercice d’une influence notable (entreprise associée), le fait de faire partie du
personnel clé et les relations familiales. Analysons ces trois concepts. (Iasplus, 2022).
Pour ce qui est du personnel clé, l’IAASB (2021) considère que cela englobe toutes les
personnes qui ont l’autorité et la responsabilité directe ou indirecte de la planification,
direction et contrôle des activités de l’entreprise. Les administrateurs, qu’ils soient dirigeants
ou non, sont ainsi compris dans le personnel clé.
Quant aux membres de la famille proche d’une personne répondant aux critères de
partie liée, l’IAASB (2021) considère que ce sont des membres qui ont la capacité d’influencer
la personne ou qui peuvent être eux-mêmes influencés par cette personne. Cela englobe le
conjoint ou concubin de cette personne ainsi que les enfants ou personnes à charge de cette
personne ou du conjoint/concubin.
Afin d’encore plus clarifier la notion de partie liée, Iasplus (2022) a donné quelques
contre-exemples de parties liées.
▪ Le simple fait que deux entités aient un administrateur ou autre dirigeant clé en
commun ou que l’un des principaux dirigeants de l’une exerce une influence
notable sur l’autre ;
▪ Le simple fait que deux coentrepreneurs participent dans le contrôle conjoint d’une
coentreprise ;
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▪ Lorsqu’il s’agit de syndicats, bailleurs de fonds, administrations et organismes
publics, entreprises de services publics et lorsque la société cotée n’est pas
contrôlée ou influencée significativement par une autorité publique ;
▪ Lorsqu’il s’agit d’entités avec lesquelles une dépendance économique est
constatée comme des clients, fournisseurs, distributeurs, franchisés ou encore un
agent général.
Pour les sociétés non cotées, l’IAS 24 n’est pas applicable. C’est donc à l’article 1:20
du CSA qu’on retrouve la définition de « société liée » et de « personne liée » qui prend
uniquement en compte des liens de contrôle. La définition dans le CSA étant restreinte, il faut
donc reprendre la définition de la norme ISA 550. En comparant la définition de partie liée
dans la norme ISA 550 avec celle dans l’IAS 24, aucune différence n’est à constater. La notion
de partie liée reprend aussi bien les liens de contrôle que l’exercice d’une influence notable
(entreprise associée), le fait de faire partie du personnel clé et les relations familiales.
2.2. Objectifs
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recueil des « éléments probants suffisants et appropriés » est, dès lors, d’application pour
toutes les entreprises qu’elles soient cotées ou non.
2.3. Diligences
Avant de rentrer dans les quatre étapes que doit suivre le commissaire, il devra, avant
toute chose, obtenir des déclarations écrites de la direction et du gouvernement
d’entreprise (si le référentiel comptable applicable établit des règles concernant les parties
liées). Ces derniers devront confirmer avoir communiqué toutes les parties liées et opérations
avec ces parties liées et les avoir correctement comptabilisées et informées dans les états
financiers conformément au référentiel comptable applicable. (IAASB, 2017).
Les diligences requises spécifiques aux relations et transactions avec les parties liées
peuvent se présenter en quatre étapes :
▪ Collecte d’informations pertinentes pour l’identification des « risques d’anomalies
significatives » ;
▪ Identification et appréciation des « risques d’anomalies significatives » ;
▪ Réponse appropriée aux « risques d’anomalies significatives » ;
▪ Évaluation de la comptabilisation et informations fournies dans les états financiers.
Tout d’abord, afin de comprendre les relations et opérations avec les parties liées, le
commissaire devra s’entretenir avec l’équipe affectée à la mission, la direction ainsi que
d’autres personnes au sein de l’entité. Des exemples d’informations pertinentes à récolter
sont les possibles conflits d’intérêts, les masters files pour les prix de transfert, les rapports
d’activités ou encore les procès-verbaux de l’organe d’administration.
Premièrement, il devra informer son équipe d’audit que les relations et opérations
avec les parties liées peuvent causer la présence « d’anomalies significatives » de fraudes ou
d’erreurs dans les états financiers. Il devra également la tenir informée de toutes les
informations obtenues sur les parties liées. (IAASB, 2017).
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Deuxièmement, la direction devra l’informer de toutes les parties liées à l’entité
auditée existantes, des relations que l’entité auditée entretient avec ses parties liées ainsi que
de toutes les opérations effectuées par l’entité auditée avec elles. (IAASB, 2017).
Outre l’entretien avec les parties ci-dessus, le commissaire devra également rester
vigilant pendant son audit aux accords ou autres informations qui pourraient démontrer
l’existence de relations ou opérations avec les parties que la direction n’aurait pas
identifiées ou qui n’auraient pas été communiquées au commissaire selon l’IAASB (2017).
Des pistes afin d’identifier ce genre de relations ou opérations est l’inspection des documents
suivants :
▪ Confirmations bancaires ou juridiques ;
▪ Procès-verbaux des assemblées générales et des réunions de l’organe d’administration
(où un conflit d’intérêts peut être détecté) ;
▪ Tout autre document jugé nécessaire.
Lorsque des opérations importantes qui ne rentrent pas dans le cadre normal des
activités de l’entité sont détectées par le commissaire lors des procédures ci-dessus, il devra
s’entretenir avec la direction afin d’obtenir plus d’informations sur la nature de ces
opérations ainsi que pour déterminer si une partie liée est concernée par ces opérations.
(IAASB, 2017).
Après avoir récolté toutes les informations nécessaires, le commissaire devra identifier
et apprécier les « risques d’anomalies significatives » liés à ces relations et opérations avec les
parties liées. Il jugera ces risques d’importants s’ils portent sur des opérations importantes
entre parties liées qui ne rentrent pas dans le cadre normal des activités de l’entité. S’il
s’avère qu’un risque de fraude est détecté, il doit évaluer ce risque conformément à l’ISA 240
sur les obligations de l’auditeur en matière de fraude. (IAASB, 2017).
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2.3.3. Réponse appropriée aux « risques d’anomalies significatives »
Une fois que les « risques d’anomalies significatives » ont été identifiés et évalués, des
éléments probants suffisants et appropriés doivent être apportés aux risques identifiés. Trois
cas de figures sont possibles selon l’IAASB (2017) :
▪ Une partie liée ou opération significative d’une partie liée qui n’a pas été identifiée ou
communiquée au commissaire par la direction ;
▪ Une opération significative avec une partie liée en dehors du cadre normal des activités
de l’entreprise ;
▪ « Assertions selon lesquelles les transactions avec les parties liées ont été conclues
selon des modalités équivalentes à celles qui prévalent dans le cas de transactions
soumises à des conditions de concurrence normale ». (IAASB, 2017, p.11).
[Link]. Une partie liée ou opération significative d’une partie liée qui n’a pas
été identifiée ou communiquée au commissaire par la direction
12
S’il découvre que la partie liée ou opération avec la partie liée ne lui a pas été
communiquée de façon intentionnelle, il devra en évaluer les conséquences sur l’audit. Il
faut savoir que, lorsque le référentiel comptable applicable contient des règles concernant les
parties liées, la direction doit normalement être informée de l’identité de toutes les parties
liées grâce au système d’information. (IAASB, 2017).
[Link]. Une opération significative avec une partie liée en dehors du cadre
normal des activités de l’entreprise
Deuxièmement, il devra recueillir tous les éléments qui prouvent que l’opération a
bien été autorisée et approuvée, comme la séparation de fonction l’exige en audit. (IAASB,
2017).
[Link]. « Assertions selon lesquelles les transactions avec les parties liées ont
été conclues selon des modalités équivalentes à celles qui prévalent dans
le cas de transactions soumises à des conditions de concurrence normale »
(IRE, 2017, p.11)
Pour ce qui est du dernier cas, si une telle assertion de la direction figure dans les états
financiers, le commissaire devra recueillir des « éléments probants suffisants et appropriés »
à propos de cette assertion. (IAASB, 2017).
La dernière étape consiste en l’appréciation de la manière dont les parties liées et les
opérations avec les parties liées ont été comptabilisées et informées dans les états financiers.
Ceci constitue la base de l’expression de son opinion sur les états financiers. (IAASB, 2017).
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Ainsi, il vérifiera que les informations fournies dans les états financiers sont
pertinentes en vertu du référentiel comptable applicable et que ces relations et opérations
avec les parties liées sont correctement comptabilisées. Il appréciera alors si les états
financiers sont présentés de manière sincère et conforme par rapport au référentiel
comptable applicable. (IAASB, 2017).
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3. Cadre légal des conflits d’intérêts
Comme dit précédemment (cf. supra p.11), lors de son audit de parties liées, le
commissaire pourrait tomber sur un cas de conflit d’intérêts. Plusieurs articles de loi réservent
par rapport à cela une mission exclusive au commissaire qui, pour rappel, est soumis à des
règles de déontologie et de principes d’indépendance. Il aura, en fonction du type de conflit
d’intérêts, pour rôle de vérifier le bon respect de la loi et d’évaluer les conséquences
patrimoniales de l’opération.
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Tableau 1 : Comparaison du champ d’application de la procédure entre les deux types de conflits d’intérêts
Champ d’application
Conflits d’intérêts Opération/décision soumise au conseil d’administration
de la part d’un
administrateur Exemptions :
▪ Décisions/opérations conclues entre sociétés dont l'une détient directement ou indirectement 95% au moins des voix
attachées à l'ensemble des titres émis par l'autre ou entre sociétés dont 95% au moins des voix attachées à l'ensemble des
titres émis par chacune d'elles sont détenus par une autre société ;
▪ Opérations habituelles conclues dans des conditions et sous les garanties normales du marché pour des opérations de
même nature ;
▪ Dans le cas d’un administrateur unique.
Conflits d’intérêts Opération/décision soumise au conseil d’administration d’une société cotée qui concerne une partie liée au sens de l’ISA 550
intragroupe
Exemptions :
▪ Décisions/opérations habituelles pour la société cotée ou ses filiales, intervenant dans des conditions et sous les garanties
normales du marché pour des opérations de même nature ;
▪ Lorsque la décision/opération, sur base des comptes consolidés, représente moins de 1% de l’actif net de la société cotée ;
▪ Décisions/opérations concernant la rémunération des administrateurs, des autres dirigeants et des délégués à la gestion
journalière de la société, ou certains éléments de la rémunération de ceux-ci ;
▪ Opérations avec ses filiales SAUF SI « la personne physique ou morale qui détient le contrôle direct ou indirect de la société́
cotée, détient directement ou indirectement, au travers d’autres personnes physiques ou morales que la société́ cotée, une
participation représentant au moins 25% du capital de la filiale concernée » ;
▪ Lorsque « l’autorité de contrôle dispense l’établissement de crédit » ;
▪ « L’acquisition ou l’aliénation d’actions propres, à la distribution d’acomptes sur dividende et aux augmentations de capital
dans le cadre du capital autorisé sans limitation ou suppression du droit de préférence des actionnaires existants ».
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Tableau 2 : Comparaison de la procédure à suivre et des sanctions entre les deux types de
conflits d’intérêts
Procédure à suivre Sanctions
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3.1. Conflits d’intérêts personnels dans le chef d’un
administrateur
Les règles en matière de conflits d’intérêts personnels dans le chef d’un administrateur
se retrouvent à différents endroits dans le CSA selon la forme juridique : SRL, SC, SA, ASBL,
fondations, SE, SCE, PPEU et FPEU. Elles sont identiques mais il est clair que, selon la forme
juridique, on peut parler d’organe d’administration, de conseil d’administration ou de conseil
de surveillance. Pour l’interprétation de la loi, j’ai décidé de me baser sur l’article 7 :96 du
Code des Sociétés et des Associations (CSA) dans la section des sociétés anonymes (SA) celle-
ci étant la forme juridique la plus répandue auprès des grandes entreprises. La note technique
de l’IRE, publiée le 4 juin 2021, est une aide à l’interprétation de ces articles de loi ayant pour
objectif d’offrir un soutien pratique aux réviseurs d’entreprises.
Quand cet article de loi est-il applicable ? Il faut l’existence d’un conflit d’intérêts. Cela
implique que l’administrateur et la société aient des intérêts opposés lors d’une décision ou
d’une opération qui est soumise au conseil d’administration, et non pas relevant d’une
décision de soumettre des propositions à l’AG (augmentation de capital dans le cadre du
capital autorisé, transformation de forme sociale, approbation des comptes, etc.). Souvent,
dans les petites structures, les administrateurs sont également les actionnaires, cas dans
lesquels la procédure ne devrait pas s’appliquer.
L’article de loi emploie les mots suivants : « intérêt direct ou indirect de nature
patrimoniale qui est opposé à l'intérêt de la société ». (CSA, 2019, art. 7 :96).
▪ « Intérêt direct ou indirect » : un exemple d’intérêt direct serait l’administrateur qui
contracte lui-même avec la société en concluant un contrat d’achat, de distribution ou
de location. Et un exemple d’intérêt indirect est lorsque l’autre partie au contrat conclu
par la société est le conjoint de l’administrateur ou une société dont il est
administrateur ou actionnaire. (IRE, 2021).
▪ « De nature patrimoniale » : par ailleurs, il faut que ce soit un intérêt financier propre
à un administrateur où l’intérêt purement affectif, moral, familial ou autre n’est pas
suffisant. L’intérêt patrimonial pourrait être défini comme « tout avantage mobilier ou
immobilier susceptible de faire l’objet d’une estimation économique précise et
objective » (Keutgen et Andre-Dumont, 1995, p.253). Selon l’IRE (2021), l’importance
de l’avantage qui serait accordé à l’administrateur est également un élément à prendre
en compte pour l’application de cette procédure. En effet, la doctrine a ajouté qu’il
fallait que cet avantage ait pour conséquence d’influencer le vote de l’administrateur.
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Dès lors, l’intérêt ne peut pas être uniquement différent, et pas non plus uniquement
fonctionnel qui résulte d’une dualité de fonction.
Trois exceptions où ces procédures ne doivent pas être suivies sont à noter :
▪ Le premier cas où ces procédures ne s’appliquent pas est « lorsque les décisions ou les
opérations relevant de l’organe d'administration concernent des décisions ou des
opérations conclues entre sociétés dont l'une détient directement ou indirectement
95% au moins des voix attachées à l'ensemble des titres émis par l'autre ou entre
sociétés dont 95% au moins des voix attachées à l'ensemble des titres émis par
chacune d'elles sont détenus par une autre société » (IRE, 2021, par.16). Ainsi, selon
Braeckmans (2006), le législateur a voulu libérer ces sociétés non cotées d’établir un
rapport sur les conséquences patrimoniales pour leurs transactions intragroupes
comme doivent le faire les sociétés cotées ;
▪ Une deuxième exception est prévue lorsque cela a trait à des « opérations habituelles
conclues dans des conditions et sous les garanties normales du marché pour des
opérations de même nature » (IRE, 2021, par.16). L’exemption tiendrait sur le fait que
ce ne sont pas ce type d’opérations qui causent un préjudice financier à la société.
Selon la note technique de l’IRE (2021), le caractère habituel/usuel des opérations doit
être interprété dans le sens habituel des activités de l’entreprise, et non dans le sens
habituel sur le marché. Il s’agit d’une interprétation subjective qui est laissée à l’organe
d’administration. Toutefois, la notion d’opérations habituelles ne peut pas être
synonyme de gestion journalière qui est défini de manière plus stricte en se limitant
aux décisions et opérations qui n’excèdent pas les besoins quotidiens ou qui ne
requièrent pas l’intervention du conseil d’administration. Dans l’interprétation du
caractère habituel de l’opération, il faudrait prendre en compte, selon Braeckmans
(2006), non seulement le prix, tous les engagements pris par les parties, la durée du
contrat, les intérêts et la clause d’indemnisation ;
▪ La troisième exemption est lorsque l’administrateur ayant le conflit d’intérêts est
l’administrateur unique dans le cas d’une SRL. Il est alors évident qu’il pourra décider
ou effectuer l’opération seul mais devra tout de même mentionner dans son rapport
spécial les contrats conclus entre lui et la société. Et ce, même si c’est un avantage
obtenu abusivement. (IRE, 2021).
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importants survenus après la clôture de l’exercice » doivent être repris dans le rapport de
gestion qui est soumis à l’AG. (IRE, 2021).
Selon l’IRE (2021), la procédure a pour objectif de limiter l’influence que pourrait avoir
l’actionnaire de référence sur un membre du conseil d’administration.
Pour les sociétés commerciales, la décision ou opération sera soumise à l’AG si tous
les administrateurs ont un conflit d’intérêts. Selon Tetralaw (2020), s’il n’y a que deux
administrateurs sur cinq sans conflit d’intérêts, le quorum ne sera jamais atteint et l’organe
d’administration collégial ne pourra, dès lors, pas statuer valablement. La recommandation
est de prévoir la décision par l’AG par une clause statutaire. Par contre, pour les associations
et fondations, il est bien prévu que la décision ou opération est soumise à l’AG si la majorité
des administrateurs a un conflit d’intérêts. Dans de tels cas, le commissaire ne devrait pas
s’exprimer sur le conflit d’intérêts selon l’IRE (2021).
3.1.3. Sanctions
Si ces règles en matière de conflits d’intérêts n’ont pas été suivies, une action en nullité
ou suspension de la décision ou opération peut être introduite par tout intéressé dans les six
mois après que l’opération soit opposable selon Matheï (2020), avocat et membre de la
20
Chambre des représentants de Belgique. Cela veut dire que l’organe d’administration aussi
bien que les actionnaires et la société elle-même peuvent l’introduire. La responsabilité des
administrateurs est solidaire sauf pour les administrateurs qui :
▪ Ont dénoncé cette violation aux autres administrateurs ;
▪ N’ont pas participé à la violation de la procédure.
De plus, bien que ces règles en matière de conflits d’intérêts aient été respectées, dans
le cas d’une SA, SRL et SC, la société ou des tiers peuvent tenir les administrateurs
personnellement et solidairement responsables des dommages qu'ils ont subis dans les cinq
ans après l’opération ou après la découverte de l’opération s'ils peuvent prouver que les
administrateurs ont obtenu un avantage financier abusif au détriment de la société. (SCA,
2020).
21
3.2. Conflits d’intérêts au sein d’un groupe dans lequel une
société est cotée
Prenons maintenant l’article 7 :97 du CSA qui traite des conflits d’intérêts au sein d’un
groupe dans lequel une société du groupe est une société cotée. Ici, les articles de loi les
concernant se retrouvent uniquement dans l’administration moniste et duale d’une SA. Cet
article de loi a été modifié en transposant la directive européenne 2017/828 qui remplace la
directive 2007/36/CE. La note technique de l’IRE, publiée le 4 juin 2021, est une aide à
l’interprétation de ces articles de loi ayant pour objectif d’offrir un soutien pratique aux
réviseurs d’entreprises.
Tout d’abord, les deux conditions principales à l’application de cette règle sont :
▪ Une décision ou opération en exécution d’une décision venant de l’organe
d’administration d’une société cotée ;
▪ Qui concerne une partie liée au sens de la norme ISA 550 (cf. supra p.7).
D’après la note technique de l’IRE (2021), il faudrait entendre par la notion de décision,
du fait de la loi du 18 juillet 1991, la prise d’une décision définitive au sens habituel d’un acte.
Quant à la notion d’opérations, étant donné les travaux parlementaires de la loi du 2 août
2002, il faudrait les envisager dans le sens où « toutes les opérations ne font pas l’objet d’une
décision formelle du conseil d’administration ou ne sont pas couvertes par une décision
préalable ou générale ». (IRE, 2021, p.9).
Ne seront pas dans le champ d’application les opérations de la société cotée qui sont
liées à une filiale, entité détenue à plus de 50% par la société mère, dans le but que la société
mère conserve une maitrise des opérations qui sont envisagées. En effet, la raison pour
laquelle une société mère détient suffisamment de droits de vote à l’AG dans ses filiales est
de pouvoir orienter les décisions prises selon Bertrand Thomas (2017).
Toutefois, elle peut être applicable si « la personne physique ou morale qui détient le
contrôle direct ou indirect de la société́ cotée, détient directement ou indirectement, au
travers d’autres personnes physiques ou morales que la société́ cotée, une participation
représentant au moins 25% du capital de la filiale concernée ou lui donnant droit, en cas de
distribution de bénéfices par cette filiale, à au moins 25% de ces bénéfices ». (IRE, 2021, p.6).
Par ailleurs, dans le but d’éviter que l’actionnaire de contrôle fasse l’impasse de la
procédure de conflit d’intérêts en effectuant l’opération, non pas avec la société mère, mais
avec sa filiale non cotée, le législateur a également visé les transactions des filiales non
22
cotées. Ainsi, les filiales non cotées ne peuvent « prendre de décisions ou réaliser des
opérations qui concernent leurs relations avec une partie liée ». (IRE, 2021, p.7).
Pour illustrer les deux paragraphes précédents, l’IRE a créé un organigramme repris ci-
après en montrant le champ d’application de la procédure de conflits d’intérêts.
Figure 2 : Portée des relations au sein d’un groupe dans lequel une société est cotée
Source : IRE.(2021, 28 mai). Portée des relations au sein d’un groupe dans lequel une société est cotée (art.
7:97 CSA). Récupéré de [Link]
interets
Quatre filiales sont représentées sur ce schéma qui sont par définition détenues à plus
de 50%. La filiale 4 est détenue indirectement par la société cotée. Ces quatre filiales ainsi que
la société mère sont de couleur jaune afin de démontrer que les opérations de la société
cotée qui sont liées à l’une de ses quatre filiales ne rentrent pas dans le champ d’application
de la procédure. Les opérations de la filiale 1 qui sont liées à la filiale 4 sont également
exemptées. Toutefois, la filiale 3 est de couleur bleue car l’actionnaire de contrôle détient
indirectement via l’entité A une participation à plus de 25%.
Les opérations qui doivent donc faire l’objet de la procédure de conflit d’intérêts afin
que l’actionnaire de contrôle n’abuse pas de sa position au détriment des autres actionnaires
sont entre les entités suivantes :
▪ Société cotée (ou filiales) et la filiale 3 ;
▪ Société cotée (ou filiales) et l’actionnaire de contrôle (ou entité A ou B) ;
▪ Entre filiales du même niveau.
23
Pour résumer le schéma, la procédure concerne les relations d’une société avec une
société liée à celle-ci à l’exception de ses filiales ainsi que les relations entre une filiale de la
société et une société liée à celle-ci autre qu’une filiale de la filiale concernée.
Tout ceci, comme dit précédemment, n’est pas applicable si la partie liée est la filiale
de cette société cotée sauf si « la personne physique ou morale qui détient le contrôle direct
ou indirect de la société́ cotée, détient directement ou indirectement, au travers d’autres
personnes physiques ou morales que la société́ cotée, une participation représentant au
moins 25% du capital de la filiale concernée ou lui donnant droit, en cas de distribution de
bénéfices par cette filiale, à au moins 25% de ces bénéfices ». (IRE, 2021, p.6).
Deux exemptions existent pour ce type de conflits d’intérêts qui ne changent pas par
rapport à l’ancien Code des sociétés :
▪ La première est identique à une des deux exceptions des conflits d’intérêts personnels
dans le chef d’un administrateur (cf. supra p.19). Ce sont les « décisions et opérations
habituelles pour la société cotée ou ses filiales, intervenant dans des conditions et
sous les garanties normales du marché pour des opérations de même nature » (IRE,
2021, p.10). C’est la responsabilité du conseil d’administration de justifier de manière
régulière le caractère usuel au regard des activités de la société cotée ou ses filiales et
également de justifier qu’elles interviennent dans des « conditions et sous les
garanties normales du marché ». Dans ce but-ci, et ce qui est nouveau par rapport à
l’ancien Code des sociétés, ce même conseil d’administration doit établir une
procédure interne où les parties liées ne peuvent évidemment participer. (IRE, 2021) ;
▪ La deuxième exemption est lorsque la décision ou opération, sur base des comptes
consolidés, représente moins de 1% de l’actif net de la société cotée. C’est bien le
conseil d’administration qui est responsable de ce calcul où l’actif net, selon l’article
429 paragraphe 1er du CSA, est calculé en déduisant du total de l’actif les provisions et
dettes. Ce qui est nouveau selon l’IRE (2021) c’est qu’à la valeur de cette décision ou
opération, qui doit être inférieure à 1% de l’actif net, sont additionnées les
autres décisions ou opérations
▪ qui chacune séparément représentent moins de 1% de l’actif net ;
▪ qui impliquent la même partie liée et ;
24
▪ qui sont intervenues dans les douze mois.
25
2. Délibération et vote du conseil d’administration
Si tous les administrateurs y sont impliqués, la décision ou opération sera alors soumise
à l’AG puis exécutée par le conseil d’administration. Par ailleurs, dans le cas où il reste un
administrateur sans conflit d’intérêts, BDO (2017) suggère de désigner au moins deux autres
administrateurs indépendants, si les statuts le permettent. Si ce n’était pas le cas, ce serait à
l’AG d’intervenir.
3. Annonce publique
Dès que la décision a été prise ou l’opération conclue, celle-ci doit être directement
annoncée publiquement. Dans cette annonce devra figurer :
▪ Les informations sur la nature de la relation avec la partie liée ;
▪ Nom de la partie liée ;
▪ Date et valeur de l’opération ;
▪ Toute autre information nécessaire pour évaluer si la transaction est juste et
raisonnable du point de vue de la société et de ses actionnaires qui ne sont pas des
parties liées, y compris les actionnaires minoritaires ;
▪ Décision du comité ou raison pour laquelle le conseil d’administration n’a pas suivi le
comité ;
▪ Appréciation du commissaire.
3.2.3. Sanctions
Comparé au conflit d’intérêts personnel dans le chef d’un administrateur, ce n’est pas
tout intéressé qui peut introduire une action en nullité ou suspension de la décision prise ou
26
opération accomplie si les règles en matière de conflit d’intérêts n’ont pas été suivies. C’est
uniquement la société (=tout administrateur) qui peut la demander dans les six mois après
que l’opération soit opposable selon Matheï (2020), avocat et membre de la Chambre des
représentants de Belgique. La responsabilité des administrateurs est solidaire sauf pour les
administrateurs qui :
▪ Ont dénoncé cette violation aux autres administrateurs ;
▪ N’ont pas participé à la violation de la procédure.
De plus, bien que ces règles en matière de conflits d’intérêts aient été respectées, dans
le cas d’une SA, SRL et SC, la société ou des tiers peuvent tenir les administrateurs
personnellement et solidairement responsables des dommages qu'ils ont subis dans les cinq
ans après l’opération ou après la découverte de l’opération s'ils peuvent prouver que les
administrateurs ont obtenu un avantage financier abusif au détriment de la société. (SCA,
2020).
27
3.3. Changements par rapport à l’ancien Code des sociétés
Par rapport à l’ancien Code des sociétés, quelques modifications sont à constater dans
le CSA, celui-ci ayant été applicable à partir du 1er janvier 2020.
La première est que le CSA vise aussi bien les sociétés commerciales que les
associations et fondations. Cela veut dire que la procédure est maintenant applicable
également aux associations et fondations, sauf pour les associations internationales sans but
lucratif (AISBL) pour lesquelles aucune disposition n’a été prévue. Il faut tout de même noter
que l’obligation d’information dans le procès-verbal et de publication est exemptée pour
celles qui ne dépassent pas plus d’un des critères cités auparavant (cf. supra p.20). Par ailleurs,
il suffit d’une majorité d’administrateurs non conflictés, et non la totalité des administrateurs
comme dans les sociétés commerciales, pour que la décision ou opération soit soumise à l’AG.
Pour ce qui est des conflits d’intérêts au sein d’un groupe dans lequel une société est
cotée, quatre nouveautés sont à constater.
La première est que trois exemptions ont été ajoutées qui sont reprises plus haut dans
le champ d’application de ce type de conflit d’intérêts (cf. supra p.25).
La deuxième est que, dans le calcul des 1% de l’actif net de la société, afin de voir si
l’opération ou décision rentre dans le champ d’application, on additionne celles :
▪ qui chacune séparément représentent moins de 1% de l’actif net ;
▪ qui impliquent la même partie liée et ;
▪ qui sont intervenues dans les douze mois.
28
d’application si « la personne physique ou morale qui détient le contrôle direct ou indirect de
la société́ cotée, détient directement ou indirectement, au travers d’autres personnes
physiques ou morales que la société́ cotée, une participation représentant au moins 25% du
capital de la filiale concernée ou lui donnant droit, en cas de distribution de bénéfices par
cette filiale, à au moins 25% de ces bénéfices ». (IRE, 2021, p.6).
Puis, la dernière nouveauté dans le cadre des conflits d’intérêts intragroupes est en
rapport avec l’exemption des opérations aux conditions normales de marché. « L’organe de
gestion établit une procédure interne pour évaluer périodiquement si les conditions sont
remplies et que les parties liées ne participent pas à cette évaluation ». (IRE, 2021, p.10).
29
4. Bonne gouvernance
A côté du cadre légal, le Code belge de gouvernance d’entreprise de 2009 a émis deux
recommandations en rapport avec les conflits d’intérêts dans le but de pouvoir atteindre
l’intérêt de la société, de ses actionnaires ainsi que des autres parties prenantes. Ce Code de
gouvernance est destiné aux sociétés cotées qui doivent suivre les recommandations de ce
Code ou expliquer pourquoi elles y dérogent. Toutefois, il peut également servir de référence
pour toutes les autres sociétés.
En effet, l’entité peut également prévoir des exigences plus strictes que celles du CSA
(sans être contraires aux dispositions du CSA) dans ses statuts sous la forme d’une politique
de conflit d’intérêts. En effet, selon le Code 2009, une politique peut être élaborée par le
conseil d’administration pour les administrateurs ainsi que le management exécutif. Pour les
sociétés cotées, elle doit être publiée dans la Charte de gouvernance.
Deux exemples de situations donnés par l’IRE (2021) qui pourraient, selon moi, être
règlementées sont les suivantes :
▪ L’approbation par l’entité elle-même lorsqu’un administrateur voudrait accepter un
mandat d’administrateur dans une autre entité active dans le même secteur étant
donné l’impact éventuel sur l’emploi du temps de l’administrateur ;
▪ Prendre en compte les conflits d’intérêts simplement fonctionnels sans caractère
patrimonial qui ne sont pas visés dans le CSA comme par exemple un administrateur
qui occupe cette fonction dans plusieurs entités qui souhaiteraient conclure un contrat
entre elles.
Certaines entités iraient même plus loin que les conflits d’intérêts de nature
patrimoniale et établiraient une politique pour les conflits d’intérêts de nature éthique.
30
La deuxième recommandation qui, sans doute, découragerait ceux qui profiteraient
des possibles failles du champ d’application de la procédure de conflit d’intérêts est la
suivante : « Le conseil d’administration établit une politique relative aux transactions ou
autres relations contractuelles entre la société, y compris les sociétés liées, et les
administrateurs lorsque ces transactions ou les autres relations contractuelles ne sont pas
couvertes par les dispositions légales en matière de conflit d’intérêts ». (Corporate
Governance Committee, 2009, p.15).
Contrairement au Code 2009, le Code Buysse II, lui, est destiné à toutes les sociétés
qui ne sont pas cotées. On peut y retrouver les extraits suivants qui insistent sur la sauvegarde
de l’intérêt de la société :
« On attend d’un administrateur à tout moment qu’il présente une attitude éthique. Dans ses
actions, il doit à tout moment privilégier l’intérêt de la société ». (Commission de corporate
governance de sociétés non cotées, 2009, p.23).
31
5. Abus de biens sociaux
Reprenons tout d’abord l’extrait du Code pénal à l’article 492bis qui traite de l’abus
de biens sociaux : « les dirigeants de droit ou de fait des sociétés commerciales et civiles ainsi
que des associations sans but lucratif qui, avec une intention frauduleuse et à des fins
personnelles, directement ou indirectement, ont fait des biens ou du crédit de la personne
morale un usage qu’ils savaient significativement préjudiciable aux intérêts patrimoniaux de
celle-ci et à ceux de ses créanciers ou associés ». (Code pénal, 1997, article 492bis).
Analysons les éléments de cet extrait qui constituent un abus de bien social.
Le premier élément est qu’il faut que ce soit un dirigeant de droit ou de fait qui abuse
du bien social. D’après Securex (2022), un dirigeant d’entreprise est une personne physique
qui exerce soit la fonction d’administrateur, de gérant ou de liquidateur, soit exerce une
fonction dirigeante ou activité assimilée.
La deuxième condition est que l’abus de bien social concerne un usage d’un bien ou
du crédit de la société. D’après Goffin (2012), par les « biens sociaux » il faudrait entendre des
biens mobiliers ou immobiliers mais également le marché, les données informatiques, la
clientèle, le nom, la marque et le savoir-faire. Et par « crédit », il faudrait entendre « la
réputation de la société́ en raison de son capital, de la nature de ses affaires et de la bonne
marche de l’entreprise ». (Goffin, 2012, p.421).
Le troisième élément constitutif de l’abus de biens sociaux est que le dirigeant doit
avoir été conscient que l’usage ait été « significativement préjudiciable aux intérêts
patrimoniaux » de la société et de ses créanciers ou associés. Le simple fait qu’un usage soit
significativement préjudiciable aux intérêts patrimoniaux de la société ne suffit donc pas. Il
faut un cumul d’intérêts patrimoniaux lésés (Goffin, 2012) :
▪ Soit ceux de la société et de ses créanciers ;
▪ Soit ceux de la société et de ses associés.
Et enfin, le dernier élément important est qu’il y ait une « intention frauduleuse » et
« à des fins personnelles » de la part du dirigeant. L’intention frauduleuse peut être définie
comme « l’intention de se procurer à soi-même ou à autrui un avantage illicite, cet avantage
pouvant être d’ordre patrimonial ou extrapatrimonial » (Goffin, 2012, p.423). L’usage effectué
32
« à des fin personnelles », « directement ou indirectement », quant à lui, doit être interprété
comme « un comportement abusif d’un administrateur agissant dans un but pécuniaire ou
matériel, professionnel ou moral, au service d’une réputation personnelle ou familiale, soit
pour lui-même, soit par personne interposée ». (Goffin, 2012, p.424).
5.2. Exemples
Voici des exemples d’abus de biens sociaux donnés par Goffin (2012) et le journal
Soirmag (2018) :
Par contre, voici des exemples qui ne sont pas constitutifs d’abus de biens sociaux (Goffin,
2012) :
Le premier lien qui peut être fait est que la personne en cause dans l’abus de biens
sociaux est le dirigeant d’entreprise, entre autres un administrateur, comme dans les conflits
d’intérêts. Une autre similarité est la finalité personnelle des deux concepts. Dans un conflit
33
d’intérêts, il y a un risque que l’administrateur privilégie son intérêt personnel au détriment
de l’intérêt patrimonial de la société dans la décision à prendre si la procédure de conflits
d’intérêts n’est pas suivie. Dans l’abus de biens sociaux, l’usage des biens ou crédit de la
société par l’administrateur en question doit avoir été utilisé à des fins personnelles.
Par contre, un premier point de divergence porte sur la cause de l’impact négatif sur
le patrimoine sociétal. Dans un abus de bien social, il s’agit de l’usage d’un bien ou crédit de
la société alors que, dans un conflit d’intérêts, le possible impact négatif sur le patrimoine de
la société provient d’une décision ou opération lors d’une réunion du conseil d’administration.
Une deuxième différence est à constater sur l’impact sur le patrimoine sociétal. Si la
procédure de conflits d’intérêts n’est pas suivie, il n’y a pas forcément de conséquence
négative sur le patrimoine de la société. La procédure de conflits d’intérêts est de nature
préventive afin de protéger le patrimoine sociétal alors que pour l’abus de biens sociaux,
l’impact négatif sur le patrimoine sociétal est une condition indispensable. En effet, il est
nécessaire que l’usage soit « significativement préjudiciable à l’intérêt patrimonial » de la
société. De plus, l’impact négatif sur l’intérêt des créanciers ou associés est également
nécessaire.
34
6. Rôle du commissaire
Après avoir analysé le cadre légal des conflits d’intérêts, le lien avec l’abus de biens sociaux et
la bonne gouvernance, il est temps de se focaliser sur le rôle donné au commissaire par le
législateur. Voici un tableau récapitulatif afin de pouvoir distinguer le rôle plus spécifique du
commissaire entre les deux types de conflits d’intérêts.
Tableau 3 : Comparaison du rôle du commissaire entre les deux types de conflits d’intérêts
Conflits d’intérêts de la part d’un Conflits d’intérêts intragroupe
administrateur
Mission légale permanente : Respect du CSA de Mission légale permanente : Respect du CSA de
la procédure (1) + Évaluation des conséquences la procédure (1)
patrimoniales comme décrites dans le procès- Mission spéciale : Évaluation des données
verbal (2) financières et comptables dans le procès-verbal
et avis du comité (2)
Comment ?
(1) Voir ISA 250 (cf. infra p.44) Comment ?
(2) Identification si pas d’incohérences (1) Voir ISA 250 (cf. infra p.44)
significatives avec ce dont il a (2) Identification si pas d’incohérences
connaissance depuis le début de son significatives avec ce dont il a
mandat. connaissance depuis le début de son
mandat
Où ?
Sous la section « Rapport sur d’autres Où ?
obligations légales et réglementaires » de son Émission d’un rapport spécial qui devra se
rapport d’audit retrouver en annexe du procès-verbal
Exception au secret professionnel du Exception au secret professionnel du
réviseur réviseur
35
6.1. Mission en cas de conflit d’intérêts personnel dans le chef
d’un administrateur
Sur base de ce que doit contenir le rapport du commissaire à l’article 3 :75 §1er du
CSA, l’ICCI (2021) a décliné la mission du commissaire en ce qui concerne les conflits d’intérêts
de la manière suivante :
▪ art. 3:75, § 1er, 3° CSA : vérification de la comptabilisation de l’opération qui fait
l’objet du conflit d’intérêts conformément au droit comptable belge ;
▪ art. 3:75, § 1er, 6° CSA : vérification de l’exhaustivité des éléments qui doivent figurer
dans le procès-verbal (cf. supra p.20) et qui doivent être repris dans le rapport de
gestion (ou dans la pièce qui est déposée en même temps que les comptes annuels).
« Il fait partie des activités normales du commissaire de lire les procès-verbaux de
l’organe d'administration et de vérifier que le rapport de gestion ou, à défaut, la pièce
qui doit être déposée en même temps que les comptes annuels, mentionne le conflit
d'intérêts ». (IRE, 2021, p.15) ;
▪ art. 3:75, § 1er, 9° CSA : évaluation des conséquences patrimoniales telles que
décrites dans le rapport de gestion. Le commissaire est garant du fait que l’information
donnée à l’ensemble des actionnaires reflète tous les impacts de l’opération qui est
proposée et que cela permette aux actionnaires de prendre des décisions éclairées ;
▪ art. 3:75, § 1er, 9° CSA : vérification du respect du Code des Sociétés et Associations.
Il vérifie ainsi également si les exemptions auxquelles la société a recours sont en
conformité avec le CSA. Si les procès-verbaux ne sont pas remis, cela fait partie du non-
respect de la procédure.
36
une certaine décision ou opération reprise dans un procès-verbal, il peut solliciter du
président du conseil d’administration une confirmation du respect du CSA concernant les
conflits d’intérêts. (IRE, 2021).
Cette mission, qui est considérée comme une mission hybride, est reprise à l’article
7:96 du CSA comme telle : « Dans son rapport visé à l'article 3:74, le commissaire évalue dans
une section séparée, les conséquences patrimoniales pour la société́ des décisions du conseil
d'administration, telles que décrites par celui-ci, pour lesquelles il existe un intérêt opposé
tel que visé à l'alinéa 1er ». (CSA, 2019, article 7 :96).
D’après l’ICCI (2021), le commissaire devra évaluer dans une partie séparée de son
rapport les conséquences patrimoniales telles que détaillées dans le procès-verbal. Étant
donné que c’est une obligation complémentaire à celles qui sont prévues par les normes ISA,
cette appréciation devra se retrouver sous le titre « Rapport sur d’autres obligations légales
et réglementaires » du rapport d’audit conformément à l’ISA 700. La Commission juridique de
l’IRE (2021) ajoute que cette évaluation ne peut constituer une simple annexe au rapport et
doit être reproduite avant la signature du commissaire.
Pour ce faire, il jugera si ces informations sont trompeuses dans le sens où elles
peuvent compromettre la bonne compréhension des conséquences patrimoniales. Il
confrontera celles-ci avec toutes les informations dont il a eu connaissance depuis le début
de son mandat, tout en gardant son attitude critique professionnelle. Il identifiera ainsi s’il n’y
a pas d’incohérences significatives. (IRE, 2021).
Pour que le commissaire puisse apprécier l’impact que peut avoir l’opération sur la
situation financière de la société, l’IRE (2021) a donné quelques pistes.
Il faudrait tout d’abord se documenter sur l’opération, les personnes que cela
implique, les modalités contractuelles, les conditions de réalisation, etc. Ensuite, il faudrait
analyser la compatibilité de l’opération avec l’objet de la société. Dans cette évaluation peut
également entrer en ligne de compte l’estimation des avantages accordés à l’administrateur
37
de référence. Il faudrait alors confronter ces avantages aux documents juridiques sous-jacents
et aux informations à la disposition du commissaire.
L’IRE (2021) précise qu’il faut traiter cette mission de deux manières :
▪ Le respect du CSA en ce qui concerne la procédure de conflit d’intérêts comme sa
mission légale permanente ;
▪ L’appréciation des données financières et comptables comme une mission spéciale.
38
Pour ce qui est du respect du CSA, le commissaire devra, comme dans le cadre d’un
conflit d’intérêts de la part d’un administrateur, vérifier la conformité de la procédure de
conflits d’intérêts avec le CSA. En revanche, contrairement au conflit d’intérêts de la part d’un
administrateur, une confirmation du respect du CSA par rapport à la procédure doit se
retrouver dans le procès-verbal de la réunion. Dès lors, si aucune confirmation du respect de
la procédure n’est mentionnée, le commissaire devra le considérer comme un non-respect
des dispositions légales. Et, comme dit précédemment (cf. supra p.36), si des éléments qui
doivent figurer dans le procès-verbal manquent ou sont insuffisants, le commissaire devra le
mentionner dans son rapport spécial et dans son rapport de commissaire.
Étant donné que cette mission d’évaluation constitue une mission spéciale, le
commissaire s’assurera d’une lettre de mission qui contiendra, parmi d’autres éléments, les
responsabilités du conseil d’administration. Par ailleurs, cette mission, ne faisant pas partie
de sa mission légale permanente, il obtiendra des confirmations écrites du conseil
d’administration qui sont appropriées aux circonstances. (IRE, 2021).
6.3. Sanctions
Outre les administrateurs, le commissaire peut également être mis en cause selon
Matheï (2020). Dans sa responsabilité de conformité de la procédure au CSA, ceci pourrait
survenir s’il n’a pas informé le conseil d’administration alors qu’il avait pourtant
39
connaissance ou devait raisonnablement avoir connaissance d’une opération qui aurait dû
faire l’objet de la procédure. Il doit pouvoir démontrer, selon BDO (2017), qu’il n’a pas
participé à l’infraction au CSA, qu’il a appliqué les diligences normales de sa profession comme
expliqué ci-avant et qu’il a signalé cette infraction au conseil d’administration comme expliqué
précédemment.
40
7. ISA 250 : Prise en considération des textes législatifs et
réglementaires dans un audit d’états financiers
Étant donné que, lors des deux types de conflits d’intérêts, le commissaire se doit de
vérifier le bon respect de la loi à ce niveau-là, analysons la norme internationale d’audit sur
la prise en considération des textes législatifs et réglementaires dans un audit d’états
financiers.
7.1. Contexte
Dans le cadre de son audit légal des comptes, outre le contrôle des comptes annuels
et de la situation financière, un contrôle doit être effectué sur la régularité des opérations de
la société au regard du CSA et des statuts (cf. supra p.3). L’ISA 250 qui traite de la prise en
considération des textes législatifs et réglementaires dans un audit d’états financiers est une
norme internationale d’audit qui doit obligatoirement être suivie par les réviseurs
d’entreprises.
Ce qui devra être pris en compte est le respect des règles applicables à l’entreprise
auditée (CSA et statuts) ainsi que le respect des opérations visées dans les comptes annuels.
Selon l’IAASB (2017), la responsabilité du commissaire n’est pas la détection et la prévention,
comme pour la direction, mais l’identification des anomalies significatives de non-respect
des textes dans les comptes annuels. Pour rappel, son objectif est « d’obtenir une assurance
raisonnable que les états financiers, pris dans leur ensemble, ne comportent pas d’anomalies
significatives, provenant de fraudes ou résultant d’erreurs ». (IAASB, 2017, p.4).
Même si toutes les diligences ont été respectées, certaines anomalies significatives
sont difficilement détectables du fait de la multitude des textes législatifs et réglementaires,
du fait que certains actes visent à dissimuler leur non-respect ou encore du fait qu’un acte
peut être considéré comme tel que par le Tribunal de l’entreprise. C’est d’ailleurs pour cela
que l’esprit critique d’un commissaire est essentiel comme l’ISA 200 le précise. Plus l’infraction
est éloignée de ce qui est reflété dans les comptes annuels, moins il est probable que le
commissaire en prenne connaissance. (IAASB, 2017).
41
7.2. Mission du commissaire
Outre ces diligences spécifiques, le commissaire devra prendre en compte les textes
législatifs et réglementaires tout au long de son audit. Dans la première étape de prise de
connaissance de l’entité et de son environnement, le commissaire identifiera les lois et
réglementations applicables et la façon dont l’entité s’y conforme. Pour le reste de son audit,
lors des autres procédures d’audit, il devra rester vigilant à toute violation aux textes. C’est
notamment le cas pour la lecture des procès-verbaux, les demandes de renseignements
concernant les contentieux, les réclamations et les avis d’imposition.
Pour les deux catégories de lois et de réglementations, s’il s’avère qu’une violation a
été détectée ou suspectée, le commissaire devra fournir une réponse appropriée. Il lui faut
d’abord connaitre la nature de la violation des textes et dans quel contexte cela s’est produit.
Une évaluation sera alors effectuée de l’impact sur les comptes annuels. Il n’est bien sûr pas
attendu du commissaire d’acquérir les compétences d’un juriste mais l’appréciation de la
violation se fera sur base de sa formation, de son expérience et de sa connaissance de
l’entreprise auditée. Il peut toutefois solliciter un avis juridique s’il le juge nécessaire. Tout
ceci devra être repris dans la documentation d’audit du commissaire. (IAASB, 2017).
42
Pour l’évaluation de l’impact sur les comptes annuels, l’IAASB (2017) a donné quelques
points pertinents à prendre en considération. Premièrement, il faut déterminer si le non-
respect entraine des implications financières comme des sanctions, des amendes ou encore
l’arrêt obligatoire des activités de l’entreprise. Deuxièmement, il faut déterminer si cela
entraine l’indication d’informations dans les comptes annuels. Et, troisièmement, il faut
déterminer si le non-respect remet en question la présentation fidèle des comptes annuels.
Si le gouvernement d’entreprise est en mesure d’apporter des éléments probants
supplémentaires, le commissaire peut s’entretenir avec celui-ci.
S’il détermine que l’infraction a un impact significatif sur les comptes annuels, il devra
en informer la direction et les membres du gouvernement d’entreprise, ceux-ci étant les
responsables de la conformité des activités de l’entreprise. Il est important que les résultats
de cette communication soient inclus dans la documentation d’audit sous peine de pouvoir
être accusé d’avoir participé à l’infraction. Si ces derniers sont suspectés d’être impliqués dans
la violation des textes, deux cas de figure se présentent :
▪ S’il existe une autorité supérieure comme un comité d’audit ou un conseil de
surveillance, celle-ci doit être informée ;
▪ S’il n’existe pas d’autorité supérieure, le commissaire peut solliciter un avis juridique.
Pour ce qui est des conséquences sur la mission du commissaire, il est évident, en cas
de violation des textes, que d’autres points de l’audit seront affectés comme l’évaluation des
risques, la fiabilité des déclarations écrites ou encore l’intégrité de la direction ou du
personnel. (IAASB, 2017).
Par ailleurs, le commissaire, étant donné l’impact significatif sur les comptes annuels,
devra prendre en compte cette violation des textes dans son opinion d’audit. Il devra ainsi,
selon l’ISA 705, exprimer une opinion avec réserve voir une opinion défavorable sur les
comptes annuels. Ce qui aura également un impact sur l’opinion d’audit est lorsqu’il est
impossible pour le commissaire d’obtenir des informations suffisantes et appropriées par
rapport au respect de la première catégorie de textes légaux. Dès lors, il exprimera une
opinion avec réserve voir une incapacité d’exprimer une opinion sur les comptes annuels.
(IAASB, 2017).
43
7.5. Confrontation avec le rôle donné au commissaire en cas de
conflits d’intérêts
En comparant l’ISA 250 avec le rôle donné au commissaire en ce qui concerne les
conflits d’intérêts, on retrouve le fait que le commissaire n’a pas un rôle d’enquête active de
détection d’un conflit d’intérêts. Lors de sa lecture normale des procès-verbaux, lorsqu’une
procédure de conflit d’intérêts semble avoir été appliquée, il vérifie le respect du CSA et évalue
les conséquences patrimoniales. Toutefois, il doit rester vigilant lors de sa lecture des procès-
verbaux qu’il n’y ait pas une opération qui doit faire l’objet de la procédure de conflit d’intérêts
et qui ne l’a pas été.
Les règles concernant les conflits d’intérêts font partie de la première catégorie de
textes législatifs et réglementaires étant donné que les informations concernant ledit conflit
d’intérêts doivent être reprises dans le rapport de gestion. Dès lors, son objectif est de
recueillir des éléments probants suffisants et appropriés de la conformité légale. C’est-à-dire
que, lorsqu’il y a conflit d’intérêts, il s’assurera de l’exhaustivité du procès-verbal, que ce
dernier se retrouve bien dans le rapport de gestion, que l’administrateur concerné n'ai pas
participé aux délibérations et au vote, etc. Pour les conflits d’intérêts intragroupe uniquement,
il devra aussi vérifier que le conseil d’administration a confirmé par écrit le respect de la
procédure.
L’IAASB (2017) précise qu’il y a certaines obligations légales qui requièrent que le
commissaire indique la conformité à certaines dispositions légales dans son rapport d’audit.
Ce n’est pas le cas pour les conflits d’intérêts. L’auditeur vérifie la conformité légale sans
devoir le mentionner dans son rapport. Par contre, il devra indiquer dans son rapport
l’évaluation des conséquences patrimoniales reprises dans le procès-verbal. Et, si des
éléments manquent ou sont insuffisants dans le procès-verbal, il devra également le
mentionner dans son rapport dans la section « Autres mentions ».
D’après l’IAASB (2017), si une violation du CSA est constatée, une réponse appropriée
doit être apportée par le commissaire. Il doit s’informer sur la nature de la violation et
évaluer son impact sur les comptes annuels. Pour les conflits d’intérêts, lorsque le
commissaire a connaissance durant son audit d’une décision ou opération qui aurait dû faire
l’objet d’une procédure de conflit d’intérêts et qui ne l’a pas été, il doit en informer le conseil
d’administration afin de discuter de la raison de la non application de la procédure. S’il s’avère
que l’opération en question doit faire l’objet de la procédure, l’impact sur les comptes annuels
est qu’une information est manquante dans le rapport de gestion. C’est pourquoi le
commissaire doit mentionner ceci dans la section « Autres mentions » de son rapport si
aucune remise à niveau n’est effectuée. Par ailleurs, lorsque des éléments manquent ou sont
insuffisants dans le procès-verbal, cela résulte également d’une omission d’information dans
44
le rapport de gestion. C’est pourquoi le commissaire doit en faire mention dans la section
« Autres mentions » de son rapport.
45
Analyse pratique
Voici quelques exemples de conflits d’intérêts donnés par l’IRE (2021) et Braeckmans
(2006) où la procédure de conflits d’intérêts devrait être appliquée :
Selon la revue trimestrielle Tax, Audit and Accountancy (TAA) de l’ICCI (2020), les tests
de distribution qu’effectue le conseil d’administration afin de pouvoir distribuer un acompte
sur dividendes est un acte qui peut susciter l’application de la procédure de conflits d’intérêts.
En effet, c’est une compétence du conseil d’administration où l’administrateur, qui est
également actionnaire, a un intérêt direct de nature patrimoniale dans la décision à prendre.
Toutefois, si la société démontre que la distribution a été effectuée en respectant les tests
de distribution, la procédure ne doit pas être appliquée car l’intérêt patrimonial de
l’administrateur ne rentrera dès lors pas en conflit avec celui de la société. Le but ultime de
46
l’entreprise de distribuer des bénéfices aux actionnaires sera satisfait tout en laissant à la
société les ressources nécessaires. Par ailleurs, cette distribution aux actionnaires peut être
considérée comme habituelle dans des conditions et sous les garanties normales de
distributions similaires sur le marché, une exception à la procédure de conflit d’intérêts prévue
par la loi.
Les opérations dites courantes comme expliqué précédemment (cf. supra p.19) ne
doivent pas faire l’objet de la procédure de conflit d’intérêts. Voici quelques exemples donnés
par Matheï (2020) :
▪ L’entité octroie un prêt d’une société de prêts hypothécaires pour l’un de ses
administrateurs dans des conditions et aux taux normaux du marché ;
▪ La détermination des frais d’appels d’un administrateur est une décision qui est
habituelle ;
▪ Lorsque l’entité conclut un contrat de titres-services avec l’administrateur « aux
conditions de marché ».
Par contre, la signature d’un contrat de gestion avec l’administrateur par une société de
conseil en informatique n’est pas une opération habituelle.
47
2. Cas réels de conflits d’intérêts
2.1.1. Bpost
Un exemple de conflit d’intérêts de la part d’un administrateur est celui de bpost. Lors
de plusieurs réunions du conseil d’administration en 2020, l’administrateur-délégué, Jean-
Paul Van Avermaet, se trouvait en situation de conflit d’intérêts personnel car les discussions
portaient sur sa fonction. Voici l’extrait qui a été repris dans les annexes des comptes annuels
de l’exercice 2020 :
« 12. Informations requises par l’article 7 :96 du Code belge des sociétés et associations
Une politique générale en matière de conflits d’intérêts s’applique au sein de bpost, qui
proscrit toute situation de conflit d’intérêts de nature financière pouvant affecter le jugement
personnel ou les tâches professionnelles d’un administrateur au détriment du groupe bpost.
Conformément à l’article 7 :96 du Code belge des sociétés et associations, Jean-Paul Van
Avermaet a déclaré, lors des réunions du Conseil d’Administration du 17 juin 2020, 4 août
2020, 17-18 septembre 2020 et 7 octobre 2020, se trouver en situation de conflit d’intérêts
personnel de nature patrimoniale dans le cadre des discussions relatives à sa position en tant
qu’Administrateur Délégué. Il a informé les Commissaires de bpost de ce conflit d’intérêts et
n’a pas pris part à la délibération ou ni au vote portant sur ce point. ». (bpost, 2021, p.103).
48
Voici l’extrait de la mention du commissaire dans son rapport d’audit sous la section
« Rapport sur d’autres obligations légales et réglementaires » :
Cinq conflits d’intérêts intragroupe qui peuvent servir d’exemples ont été constatés
au sein de la société cotée Hamon & Cie.
La procédure décrite dans le CSA a ainsi été suivie estimant que cette opération ne
pouvait pas être définie de courante conclue dans les conditions normales du marché et
parce que le montant de l’opération est au-dessus d’1% de l’actif net de la société. S’en suit
alors l’avis du comité d’administrateurs indépendants, la délibération et vote de l’opération
sans la présence de la Sogepa, l’évaluation de la part du commissaire et l’annonce publique
via le site internet du groupe et le rapport de gestion publié avec les comptes annuels.
Voici l’un des deux extraits de l’appréciation du commissaire qui est repris en annexe
du procès-verbal dans le rapport de gestion dans les comptes annuels :
49
« Sur base de la mise en œuvre des procédures décrites ci-dessus, nous avons constaté que la
conclusion reprise dans le procès-verbal du Conseil d’administration du 26 mars 2021
concordait avec la conclusion de l’avis du Comité des administrateurs indépendants du 26
mars 2021. Nous pouvons également conclure que la procédure prévue par l’article 7 :97 du
Code des sociétés et des associations a été correctement suivie. Nous n’avons pas identifié
d’incohérences entre les données financières reprises dans l’avis du Comité des
administrateurs indépendants et dans le procès-verbal du Conseil d’administration. Nous
pouvons également conclure que les données financières reprises dans ces deux documents
sont fidèles ». (Hamon & Cie, 2021, p.52).
Pour rappel, le commissaire a pour rôle, dans l’exercice de son contrôle légal des
comptes, de vérifier la conformité légale de la procédure de conflits d’intérêts. Il n’est
toutefois pas dans l’obligation de l’affirmer dans son rapport spécial sauf s’il constate un non-
respect de la procédure. Comme on peut le voir dans l’extrait de l’appréciation du
commissaire ci-dessus, le commissaire a toutefois décidé d’être complet en affirmant dans
son rapport spécial que la procédure a été correctement suivie. Le deuxième rôle du
commissaire est d’évaluer s’il n’y a pas « d’incohérences significatives » dans les informations
reprises dans le procès-verbal de la réunion du conseil d’administration et dans l’avis du
comité des administrateurs indépendants. Le commissaire a ainsi affirmé dans son
appréciation ci-dessus l’absence « d’incohérences significatives ».
L’avis du comité des administrateurs indépendants était que cette décision rentrait
dans la stratégie du groupe de renforcer ses fonds propres et sa structure financière et que
les conditions de celle-ci n’étaient pas abusives ni n’avaient pour but de porter préjudice à la
société. Le conseil d’administration a ensuite suivi l’avis du comité et a annoncé publiquement
50
le conflit d’intérêts directement via leur site internet et via le rapport de gestion dans les
comptes annuels comme pour les deux conflits d’intérêts suivants.
Le quatrième conflit d’intérêts ayant eu lieu le 21 avril 2021 concernait l’accord relatif
à un plan de renforcement des fonds propres de la société, autrement dit, un plan de
refinancement qui a été conclu entre la société, les banques et la Sogepa (actionnaire de
contrôle) sous forme d’un term sheet. Cet accord avait pour but de reconstituer les fonds
propres de la société de vingt-trois millions d’euros auxquels s’ajoutait un prêt subordonné de
26 millions d’euros de la part de la Sogepa. Si l’accord du conseil d’administration n’avait pas
été obtenu, la société aurait été en grande difficulté de trésorerie. Le conseil d’administration
a alors suivi l’avis du comité déclarant que les conditions de l’accord n’étaient pas de nature
à porter préjudice à la société ni étaient abusives.
2.2.2. Bpost
Au niveau de bpost, aucun conflit d’intérêts n’a été constaté en 2020. Toutefois, il m’a
semblé pertinent de donner un cas d’exemple de prise en compte des conflits d’intérêts dans
la gouvernance d’entreprise. En effet, leur charte de gouvernance d’entreprise prévoit que la
procédure de conflits d’intérêts décrite à l’article 7 :97 du CSA doit être suivie dès que le
contrat de management ou autre convention avec l’état belge (actionnaire majoritaire) est
renégocié afin que les actionnaires minoritaires et le patrimoine de la société ne soient pas
lésés. Voici l’extrait dans le rapport de gestion y afférent :
51
7 :97, 1er §, dernier sous-paragraphe du Code belge des Sociétés et des Associations). En
résumé, lesdites décisions sont soumises à l’appréciation motivée préalable et non
contraignante d’un Comité Ad Hoc, composé d’au moins trois administrateurs indépendants.
Ce Comité Ad Hoc se fait assister, s’il le juge nécessaire, d’un expert indépendant désigné par
ledit Comité Ad Hoc, et les Commissaires de bpost validant quant à eux les données financières
utilisées. La procédure impose ensuite au Conseil d’Administration de justifier sa décision et
aux Commissaires de valider les données financières utilisées par le Conseil
d’Administration ». (bpost, 2021, p.103).
De plus, on peut constater dans la partie dédiée aux « Informations requises par
l’article 7 :96 du Code belge des sociétés et association » ce qui suit :
« Une politique générale en matière de conflits d’intérêts s’applique au sein de bpost, qui
proscrit toute situation de conflit d’intérêts de nature financière pouvant affecter le jugement
personnel ou les tâches professionnelles d’un administrateur au détriment du groupe bpost ».
(bpost, 2021, p.103).
52
3. Les conflits d’intérêts dans un audit de parties liées
Afin de montrer la démarche à suivre par l’auditeur, analysons les audits de trois
groupes auxquels j’ai eu l’occasion de participer. La première étape sera d’identifier toutes
les parties liées et opérations intragroupes. La deuxième étape sera de respecter les
diligences données par l’ISA sur l’audit de parties liées. Et enfin, le dernier réflexe sera de
confronter toutes ces opérations intragroupes au champ d’application des conflits d’intérêts.
3.1. Groupe A
Le premier groupe pour lequel j’ai eu l’occasion de participer à l’audit est actif dans le
domaine de la protection de la propriété intellectuelle. Voici un organigramme reprenant les
différentes parties liées ainsi que la composition du conseil d’administration des deux entités
principales. J’ai pu réaliser celui-ci grâce au logiciel d’audit du cabinet ainsi que grâce à Public
Search, la BNB (Banque Nationale de Belgique) et Open the Box qui sont des outils conseillés
pour l’identification des parties liées externes.
53
[Link]. Organigramme des parties liées
FAMILLE
Dont personne x
ENTITE A ENTITE B
Dont personne y
>50%
<50%
ENTITE C
54
Comme on peut le voir, le groupe est détenu majoritairement par la famille (51%), les
autres parts étant détenues par d’autres actionnaires ne faisant pas partie de la famille.
L’entité A est l’entité consolidante, ce qui veut dire que leurs comptes sont représentatifs de
toutes les sociétés du groupe. L’entité C, étant la société holding du groupe, détient
entièrement (99,99%) l’entité D qui est sous consolidée ainsi qu’avec ses filiales.
Les entités qui satisfont aux critères de nomination d’un commissaire (cf. supra p.4)
pour l’audit des comptes annuels statutaires sont les entités A et D ainsi que les trois filiales
de l’entité D. L’entité B ne rentre ainsi pas dans les critères. L’entité C, étant une entité
étrangère, elle ne rentre pas non plus dans les critères mais fait tout de même l’objet d’un
examen limité sur demande du commissaire de la société consolidante. Les entités E et F, elles
aussi, sont des entités situées à l’étranger qui sont auditées par un commissaire étranger mais
font l’objet d’un examen limité pour la consolidation. Quant à l’entité A, elle fait l’objet d’un
audit des comptes consolidés depuis 2020, dépassant les critères pour l’audit de comptes
consolidés.
Trois process existent au sein de l’entité D. On a d’abord tous les achats pour les
services généraux communs : frais de comptabilité, de finance et de fiscalité, de ressources
humaines, de systèmes d’information et de frais de gestion et management. Ceux-ci sont
alloués aux filiales selon une clef de répartition et sont refacturés avec une marge sauf pour
les frais de marketing qui sont uniquement supportés par l’entité D. Ensuite, on a les coûts
des dossiers d’exploitation qui, eux, sont refacturés au prix d’achat. Et enfin, il existe une
autre rentrée d’argent qui se compose de royalties basées sur le chiffre d’affaires. Nous avons
donc, en toute logique, une entité D qui est en bénéfice. Tout le détail de ces transactions,
comme le pourcentage des marges, se trouve dans une convention intragroupe signée par les
différentes parties liées. Le cabinet de réviseurs d’entreprises dans lequel j’ai eu l’occasion de
réaliser mon stage est mandaté depuis de nombreuses années pour l’audit des comptes du
groupe, ayant ainsi une très bonne compréhension de toutes les opérations.
Commençons par le risque inhérent qui est souvent plus élevé lors de la présence
d’opérations entre parties liées. Le principal risque identifié se trouve au niveau du cycle des
clients de l’entité D, se composant de tous les frais qui sont refacturés aux filiales, car la société
a un intérêt à montrer un ratio EBITDA (Earnings Before Interests, Taxes, Depreciation and
Amortization) favorable. En effet, toutes les primes et bonus ainsi qu’une partie des covenants
bancaires sont basés sur l’EBITDA. En outre, il y a un mécanisme de rachat d’actions pour
55
impliquer le management basé sur une formule fonction de l’EBITDA. C’est pourquoi il est
important de bien réconcilier les ventes avec les comptes de charges et tester les charges pour
une sous-estimation afin d’éviter que le composant « résultat net comptable » de la formule
d’EBITDA ne soit surévalué.
Pour le deuxième process (coûts des dossiers d’exploitation), il n’a pas été nécessaire
de sélectionner vingt-cinq factures d’achats auprès de l’entité D pour deux raisons.
Premièrement, la majorité de ces charges sont supportées par les filiales et vingt-cinq dossiers
sont déjà sélectionnées et contrôlées au niveau de chaque filiale. Deuxièmement, il n’y a pas
de marge sur ce process, ce qui réduit le risque d’erreur.
Sur base du risque combiné (risque inhérent et risque de contrôle interne), il a été
décidé d’allouer un risque élevé au cycle des clients et de, dès lors, d’effectuer beaucoup plus
de procédures sur ce cycle-ci. Un risque moyen a été donné aux cycles fournisseurs, autres
actifs et passifs et autres charges et produits étant donné la présence d’opérations
intragroupes qui présentent toujours plus de risque d’anomalies significatives (cf. supra p.7).
Le cycle des provisions a également été classé en risque moyen étant donné que des litiges
peuvent survenir au niveau du groupe dans son ensemble le plus grand, d’où l’importance de
lire les procès-verbaux du conseil d’administration et d’en discuter avec la direction. Le
personnel est aussi un cycle qui a été mis en risque moyen car un conseil d’entreprise est
existant. A l’entité D, il a tout de même été décidé de donner également un risque moyen au
cycle des emprunts, étant donné que l’emprunt du groupe se fait au niveau de la holding, et
au cycle de trésorerie, étant donné que l’ensemble de la trésorerie est centralisé au niveau de
la holding.
56
3.1.3. Opérations intragroupes
Analysons maintenant les cycles qui sont concernés par des opérations intragroupes
dans la société D.
Le premier cycle avec la présence d’opérations entre parties liées est celui des clients.
Il a fallu vérifier que le compte « 4000 Clients » ne présente que des factures de ventes
adressées à des parties liées car, pour rappel, l’entité D n’est qu’une entité de services qui
refacture tout à ses filiales et n’est donc pas opérationnelle.
Plus spécifiquement pour ce qui est des coûts d’exploitation, il a fallu réconcilier le
montant total avec celui du compte de charge correspondant étant donné que ces coûts sont
refacturés at cost. Il a également fallu vérifier le solde avec les documents officiels.
Pour les royalties, un fichier Excel de calcul de ceux-ci était présent dans la comptabilité
du client. Il a donc fallu vérifier que les formules dans celui-ci étaient correctes, que les chiffres
d’affaires sur lesquels étaient calculés les royalties correspondaient aux chiffres d’affaires
dans les différentes filiales et que les pourcentages de royalties correspondaient à ceux dans
les conventions intragroupes.
Enfin, pour ce qui est des services généraux, il existe également un fichier Excel de
calcul où sont repris tous les achats qui sont alloués aux parties liées selon une clef de
répartition et avec une marge. Il a donc fallu vérifier que ce soit conforme à la convention
intragroupe dans le sens où c’est la bonne clef de répartition et bon pourcentage de marge.
Au niveau du cycle de trésorerie et autres actifs & passifs, j’ai pu constater la présence
d’intérêts dits « intercos » sur des prêts qui sont accordés entre parties liées, plus
spécifiquement :
▪ entre les filiales et l’entité D ;
▪ entre l’entité D et l’entité C ;
▪ entre l’entité D et l’entité E.
J’ai dû alors créer un fichier Excel afin de pouvoir réconcilier tous les comptes d’intérêts (65
et 75) et comptes de créances et de dettes. Après avoir réconcilié, il a fallu vérifier que les taux
d’intérêts correspondaient à ce qui a été précisé dans les conventions de prêts, à savoir le taux
Euribor à 3M (similaire à celui du marché) avec une marge de plus de 1%. Il a également fallu
vérifier que les formules de calcul sur l’Excel du client audité étaient correctes.
Au niveau du cycle fournisseurs, on va retrouver tous les achats des services généraux
nécessaires au fonctionnement des filiales qui doivent être réconciliés avec le fichier de calcul
Excel du client. Néanmoins, on va également retrouver les royalties de l’entité D vers l’entité
57
C qui ont été déterminées dans une convention. Pour les services généraux, plus
spécifiquement les honoraires collaborateurs, il a fallu faire attention à être en possession du
contrat pour chaque collaborateur. C’est là que j’ai pu constater des contrats avec des
collaborateurs qui sont également administrateurs d’une partie liée au sens de l’ISA 550.
3.1.4. Confrontation aux diligences de l’ISA 550 sur les parties liées
Conformément à l’ISA 550 (cf. supra p.10), une déclaration écrite doit être obtenue de
la part de la direction pour s’assurer que l’auditeur a connaissance de l’identité de toutes les
parties liées (et opérations entre parties liées) et pour s’assurer que ces opérations sont
correctement comptabilisées. C’est le cas pour le client audité où, chaque année, cette
déclaration écrite se retrouve dans la lettre d’affirmation de la direction du groupe parmi
d’autres déclarations. En voici un extrait sur les informations sur les parties : « Nous
confirmons l’exhaustivité des informations fournies concernant l’identification des parties
liées à la société, telles que définies par le référentiel comptable applicable en Belgique.
Conformément au référentiel précité, les relations et les transactions avec ces parties liées
ont été correctement enregistrées et les informations y relatives, fournies dans l’annexe des
comptes annuels ».
Une documentation doit également être tenue conformément l’ISA 550 (cf. supra p.10)
concernant l’identité des parties liées ainsi que les relations entre elles. Dans le logiciel
informatique du cabinet de réviseurs d’entreprises qui audite le groupe, on peut retrouver
dans le dossier permanent de chaque entité une liste de tous les administrateurs et filiales
comme montré ci-dessous. Les relations entre parties liées, quant à elles, peuvent être
retrouvées dans le dossier de contrôle interne sous forme d’une synthèse de toutes les
opérations par cycle.
58
Figure 3 : Dossier permanent du logiciel informatique d’audit
59
En ce qui concerne l’évaluation de l’éventuel contrôle mis en place par la direction
(cf. supra p.11), une réunion s’est tenue au début de chaque mandat afin d’en discuter.
Toutefois, étant donné que le cabinet a cumulé plusieurs mandats auprès de ce client, la
réunion s’est plutôt axée sur les éventuels ajustements par rapport aux autres années. Une
évaluation a alors été faite sur le contrôle de la part de la direction sur l’identification,
comptabilisation et communication des transactions avec les parties liées ainsi que sur le
contrôle interne de manière générale (entre autres sur tout ce qui est parties liées). Dans ce
groupe-ci, les personnes responsables de la comptabilité et de la finance y travaillent depuis
de nombreuses années et ont acquis une très bonne connaissance des opérations entre
parties liées. Les administrateurs interviennent également dans le contrôle de certaines de
ces opérations. De plus, lors de la consolidation, une identification et réconciliation interco
doit être effectuée de toutes ces relations intragroupes.
Selon l’ISA 550 (cf. supra p.11), les opérations intragroupes qui rentrent dans le cadre
normal des activités du groupe ne doivent pas être qualifiées de risques importants. C’est
pourquoi un risque élevé n’a pas été attribué à tous les cycles concernés. Néanmoins, il a tout
de même été décidé d’accorder un risque moyen étant donné que des transactions faites
entre parties liées présentent toujours plus de « risques d’anomalies significatives » dans les
comptes annuels que des transactions effectuées entre parties non liées (cf. supra p.7). Par
ailleurs, afin de s’assurer que le commissaire n’a rien omis certaines choses pendant son
contrôle, un questionnaire doit être complété avant de pouvoir valider la feuille de contrôle
dans le logiciel informatique d’audit.
60
▪ L’équipe d’audit n’a pas identifié de partie liée ou opération significative d’une partie
liée qui n’aurait pas été communiquée par la direction ;
▪ Aucune opération significative avec une partie liée n’est considérée comme en dehors
du cadre normal des activités.
Pour rappel (cf. supra p.36), l’auditeur n’a pas un rôle d’enquête active de détection
de conflits d’intérêts. Lorsqu’il aurait eu connaissance durant son audit d’une décision ou
opération qui aurait dû faire l’objet d’une procédure de conflit d’intérêts et qui ne l’a pas été,
il doit en informer le conseil d’administration sous peine de pouvoir être accusé d’avoir
participé à l’infraction. Lors de la lecture normale des procès-verbaux du conseil
d’administration et lors de son audit, l’équipe d’audit n’a pas identifié de conflits d’intérêts
ou détecté des opérations qui auraient dû faire l’objet de la procédure de conflits d’intérêts
et qui ne l’a pas été.
Par ailleurs, afin de s’assurer de la conformité du groupe par rapport au cadre légal des
conflits d’intérêts, un paragraphe est réservé sur les conflits d’intérêts dans la lettre
d’affirmation de la direction. Voici l’extrait : « Nous vous confirmons n’avoir pas connaissance
de la survenance de conflits d’intérêts, tels que définis et décrits dans le Code des sociétés et
des associations (ou dans des lois et réglementations y relatives) ».
61
Prenons tout de même chaque opération intragroupe (qui relève de la décision du
conseil d’administration) et comparons-les avec le cadre légal des conflits d’intérêts. Il faut
savoir qu’aucune entité du groupe n’est cotée en bourse, ce qui signifie qu’il faut confronter
les opérations avec les conditions d’un conflit d’intérêts personnel dans le chef d’un
administrateur.
Pour ce qui est de la convention intragroupe concernant les services généraux, les
coûts d’exploitation et les royalties, cela a été signé et décidé entre les deux administrateurs
délégués, la personne X représentant de la famille et la personne Y représentant de l’entité B.
Ceux-ci doivent par la suite en faire rapport à l’assemblée générale de l’entité A et l’entité B
lorsqu’ils présentent les comptes consolidés. Ce sont des opérations entre sociétés ou l’une
détient au moins 95% des parts et qui, de plus, sont des opérations habituelles conclues dans
des conditions et sous les garanties normales du marché pour des opérations de même
nature. En effet, l’auditeur a considéré que la marge (pourcentage du chiffre d’affaires) était
une marge raisonnable sur base de son expérience et sur base des marges appliquées dans
d’autres groupes. Nous sommes donc dans les deux exceptions à la procédure de conflits
d’intérêts étant donné qu’il n’y a pas lieu d’avoir un conflit d’intérêts dans ces deux cas.
En ce qui concerne les prêts intragroupes, nous avons les prêts accordés aux filiales, à
sa société mère (entité C) et à sa société sœur (entité E) qui ont été décidés et signés
également par les deux administrateurs délégués qui doivent rapporter ceci à l’assemblée
générale de l’entité A et l’entité B lorsqu’ils présentent les comptes consolidés. Ce sont des
opérations entre parties liées où l’un possède à chaque fois plus de 95% des parts. La
première exemption de la procédure de conflit d’intérêts est ainsi remplie. Par ailleurs, le fait
de concentrer tous les emprunts au niveau de l’entité D du groupe se fait de manière
récurrente dans les autres groupes et est considéré comme habituel tant que cela ne dépasse
pas un certain seuil selon un réviseur d’entreprises du cabinet (2022). En effet, tous ces prêts
ont été accordés afin de soutenir l’activité de ces entités. De plus, le taux d’intérêt équivaut à
l’Euribor trois mois, qui est selon Good value for money (2022) l’un des principaux taux de
référence du marché monétaire de la zone Euro, avec une marge de plus de 1%. Ces prêts
rentrent donc dans deux des exceptions à l’existence de conflit d’intérêts.
Ensuite, une autre opération que j’ai pu identifier comme pertinente à cette analyse
est l’octroi des bonus pour les personnes X et Y (voir organigramme à la page 56). Il s’agit
d’une personne faisant partie de la famille et d’une personne faisant partie de l’entité B qui
sont tous deux également administrateurs délégués de l’entité D qui réalise le paiement des
bonus. Toutefois, la procédure de conflits d’intérêts ne doit pas être suivie étant donné que
le montant des bonus est convenu entre membres du comité de direction. Les bonus sont
accordés en fonction de l’atteinte des objectifs prédéfinis et sur base de l’EBITDA. Ce comité
de direction est composé de la directrice financière, les personnes X et Y, et d’autres
62
personnes. Les personnes x et y ne sont donc pas dans la capacité à uniquement prendre en
compte leur intérêt personnel dans la détermination du montant des bonus.
Et enfin, une dernière analyse pertinente est celle sur des avances financières
accordées par les actionnaires de l’entité A (famille) à l’entité A. Une AG s’est tenue en 2021
afin de ratifier ces avances, les remboursements effectués et les intérêts calculés. Il y a
clairement la présence de conflits d’intérêts car les actionnaires peuvent privilégier leur
intérêt personnel face à l’intérêt patrimonial de la société. Cette opération, découverte lors
de la lecture normale des procès-verbaux par l’auditeur, ne doit, toutefois, pas faire l’objet de
la procédure de conflits d’intérêts étant donné que c’est une décision relevant d’une AG.
63
3.2. Groupe B
Le deuxième groupe pour lequel j’ai eu l’occasion de participer à l’audit est actif dans
le commerce de boissons. Voici un organigramme reprenant les différentes parties liées ainsi
que la composition du conseil d’administration de certaines entités. J’ai pu réaliser celui-ci
grâce au logiciel d’audit du cabinet ainsi que grâce à Public Search, la BNB (Banque Nationale
de Belgique) et Open the Box qui sont des outils conseillés pour l’identification des parties
liées externes.
64
[Link]. Organigramme parties liées
Personne physique a
<15%
10% >75%
>75%
>75% ENTITE B
>15%
>95% ENTITE G
10%
ENTITE C
99,99%
>75%
ENTITE E ENTITE F
0,01%
50%
>15%
FILIALE F FILIALE G
>50%
FILIALE A <50%
FILIALE B (à l’étranger)
ENTITE I
FILIALE C
FILIALE E
FILIALE D (à l’étranger)
65
Comme on peut le voir, le groupe est détenu à 100% par la personne physique A. Les
entités en blanc sont les entités dont l’activité correspond à l’activité principale du groupe
tandis que les entités en gris sont les entités dont l’activité est secondaire. L’entité B est
l’entité consolidante. Dans ses états financiers sont consolidés les comptes des entités
surlignées en jaune, c’est-à-dire les entités B, C, D et H et les filiales A, B et E. En effet, le but
des comptes consolidés étant de montrer la réalité économique du groupe, les autres entités
ont été jugées négligeables à l’image fidèle des comptes soit parce que le chiffre d’affaires est
non significatif en éliminant les intercos soit parce que l’activité de l’entité ne correspond pas
à l’activité principale du groupe.
Le cabinet dans lequel j’ai effectué mon stage a été mandaté pour l’audit des comptes
statutaires des entités B, C, D et H qui satisfont aux critères de nomination d’un commissaire
(cf. supra p.4) ainsi que pour l’audit des comptes consolidés de la holding B. Les entités K et
M sont des entités étrangères, ce qui fait que les comptes statutaires ne rentrent pas dans les
conditions pour être audités. Pour ce qui est des autres entités, elles ne satisfont tout
simplement pas aux critères de nomination d’un commissaire. Cependant, un examen limité
est réalisé de la filiale B étrangère sur demande du commissaire de la société consolidante.
Étant donné que la plupart des opérations se fait au niveau de l’entité C, l’analyse des
risques ci-après sera focalisée sur cette entité.
66
Commençons par le risque inhérent. Les risques qui ont été identifiés sont le risque
sur les revenus, le risque de management override of control, le risque au niveau du cycle des
vidanges, le risque sur les stocks et le risque lié au financement.
Le risque sur les revenus et sur le management override of control sont des risques
clés qui sont systématiquement repris dans les dossiers d’audit. Dans le contexte de ce groupe,
le risque sur les revenus peut plus spécifiquement être caractérisé par des ristournes de fin
d’année assez conséquentes qui peuvent ne pas être provisionnées en notes de crédit à
établir. Pour ce qui est du risque de management override of control, l’administrateur délégué
est dans ce groupe également l’actionnaire unique, son patrimoine privé pouvant être
confondu avec le patrimoine du groupe.
67
Ainsi, sur base du risque combiné (risque inhérent et risque de contrôle interne), il a
été décidé d’allouer un risque élevé aux cycles des fournisseurs et clients et un risque moyen
aux cycles des stocks et des emprunts. Un risque élevé a été accordé sur le cycle des clients
afin de répondre au risque clé sur les revenus qu’on retrouve dans tous les audits. Un autre
risque élevé a été identifié au cycle des fournisseurs car il y subsiste l’achat des marchandises
et plusieurs opérations intragroupes notamment la refacturation de la part de la filiale A et de
l’entité F, les rémunérations des administrateurs et les loyers. Au niveau des stocks, un risque
moyen a été accordé étant donné l’obsolescence des boissons, l’unicité de certaines boissons
destinées à des évènements particuliers et la non-fiabilité de la détermination du prix de
revient de certains produits. Et enfin, les emprunts ont également été classés en risque moyen
étant donné la centralisation des emprunts au niveau de l’entité C.
Analysons maintenant les cycles qui sont concernés par des opérations intragroupes.
Le premier cycle avec la présence d’opérations entre parties liées est celui des clients.
Au niveau de l’entité C, on peut retrouver des ventes envers la filiale B et l’entité F. On va
également retrouver la refacturation envers l’entité F de sa quote-part loyer, énergie et
entretien des bâtiments qu’elle utilise dans le cadre de son activité dans l’horeca. Il n’y avait
pas de contrôle spécifique à réaliser, si ce n’est vérifier le caractère correct du fichier de calcul,
étant donné que l’entité F n’est pas auditée. Au niveau de la filiale A, il a fallu vérifier que
toutes les ventes se faisaient vers l’entité C, étant donné que la filiale A ne s’occupe pas de la
commercialisation. Dans ces ventes, on va retrouver la production des boissons ainsi que les
refacturations de frais généraux (labo et logistique) avec une certaine marge. Afin de
confirmer ces montants, il a fallu les réconcilier avec ce qu’il y avait dans les comptes
fournisseurs dans l’entité C.
Le deuxième cycle qui présente des opérations intragroupes est celui des fournisseurs
au niveau de l’entité C.
On va également retrouver les loyers payés à l’entité D qui est une société immobilière.
Il a fallu vérifier que les douze mois de loyer avaient été acquittés conformément à la
convention de bail.
68
Les honoraires d’administrateurs qui sont payés à l’entité B vont également s’y
retrouver. Ici, la vérification du montant payé a été faite via les conventions de management
et via une réconciliation interco.
Une autre opération intragroupe sont les royalties payées à l’entité A étant donné
qu’elle détient la marque de certaines boissons qui sont vendues par l’entité C. Puisque
l’entité A n’est pas auditée, une réconciliation interco n’a pas été possible. Il a donc tout
simplement fallu vérifier que le montant de royalties soit cohérent par rapport aux autres
années et que ce soit correct par rapport à la pièce justificative y afférente.
Le troisième cycle concerné par des transactions intragroupes est celui des autres
actifs et passifs. On va retrouver à peu près dans chaque partie liée un montant dans le
compte « 489 » qui est un compte de dette au passif du bilan et dans le compte « 416 » qui
est un compte de créance à l’actif du bilan. Ce sont des avances intragroupes habituelles dans
le cadre de l’activité du groupe et qui sont pour la plupart d’entre elles régulièrement apurées.
Le contrôle s’est porté sur la cohérence des montants par rapport à N-1, sur les intérêts
facturés sur base de ces montants et sur la nature de ces avances. D’ailleurs, en 2013, en
effectuant ce contrôle, un conflit d’intérêts avait été détecté sur base d’un montant significatif
dans le compte « 416 » de l’entité C pour l’entité A qui n’était pas une avance dans le cadre
de l’activité du groupe (cf. infra p.75).
3.2.4. Confrontation aux diligences de l’ISA 550 sur les parties liées
Conformément à l’ISA 550 (cf. supra p.10), une déclaration écrite doit être obtenue de
la part de la direction pour s’assurer que l’auditeur a connaissance de l’identité de toutes les
parties liées (et opérations entre parties liées) et pour s’assurer que ces opérations sont
correctement comptabilisées. Comme pour le groupe A, chaque année, cette déclaration
écrite se retrouve dans la lettre d’affirmation de la direction du groupe parmi d’autres
déclarations. En voici un extrait sur les informations sur les parties : « Nous confirmons
l’exhaustivité des informations fournies concernant l’identification des parties liées à la
société, telles que définies par le référentiel comptable applicable en Belgique.
Conformément au référentiel précité, les relations et les transactions avec ces parties liées
ont été correctement enregistrées et les informations y relatives, fournies dans l’annexe des
comptes annuels ».
69
Une documentation doit également être tenue conformément à l’ISA 550 (cf. supra
p.10) concernant l’identité des parties liées ainsi que les relations entre elles. Dans le logiciel
informatique du cabinet de réviseurs d’entreprises qui audite le groupe, on peut retrouver
dans le dossier permanent de chaque entité une liste de tous les administrateurs et filiales
comme montré ci-dessous. Les relations entre parties liées, quant à elles, peuvent être
retrouvées dans le dossier de contrôle interne sous forme d’une synthèse de toutes les
opérations par cycle. Étant donné que les parties liées dans ce groupe B sont assez
nombreuses, un fichier a été créé séparément du logiciel d’audit afin de schématiser les
parties liées en identifiant tous les pourcentages de détention entre elles.
70
Au niveau de l’obligation d’information de la part de la direction du groupe audité,
une réunion s’est tenue au commencement de la phase intérim de l’audit afin d’être informé
de tous les changements, de ce qui pourrait avoir un impact sur la détermination de l’analyse
de risques, entres autres s’il existe de nouvelles parties liées et de nouvelles transactions entre
elles. Aucun changement n’a été constaté à ce niveau-là.
Pendant l’audit du cycle des autres actifs et passifs et lors de la lecture normale des
procès-verbaux, une opération importante qui ne rentrait pas dans le cadre normal des
activités a été détectée. Il s’agit d’un prêt d’un montant supérieur au seuil de planification
accordé à une entité représentée par l’actionnaire ultime du groupe, la personne physique A.
Dès lors, la direction a dû être sollicitée afin d’obtenir la convention de prêt.
Conformément à l’ISA 550 (cf. supra p.11), les opérations intragroupes qui rentrent
dans le cadre normal des activités du groupe ne doivent pas être classées comme des risques
importants. C’est pourquoi un risque élevé n’a pas été attribué à tous les cycles concernés.
71
Néanmoins, il a tout de même été décidé d’accorder un risque moyen étant donné que des
transactions faites entre parties liées présentent toujours plus de « risques d’anomalies
significatives » dans les comptes annuels que des transactions effectuées entre parties non
liées (cf. supra p.7). Par ailleurs, afin de s’assurer que le commissaire n’a pas omis certaines
choses pendant son contrôle, un questionnaire doit être rempli avant de pouvoir valider la
feuille de contrôle dans le logiciel informatique d’audit.
Étant donné que le prêt de 250.000€ accordé à une entité représentée par la personne
physique A est une opération considérée comme en dehors du cadre normal des activités du
groupe, la convention de prêt a dû être demandée et analysée. L’opération a correctement
été comptabilisée dans un compte d’actif distinct « 416 » et les intérêts y afférents dans un
compte de produit distinct « 75 ». Le but de l’opération est d’aider l’entité à faire face à ses
besoins de liquidités en vue de réaliser des travaux immobiliers indispensables à la poursuite
de ses activités économiques. L’explication de la direction a été la même et elle n’a pas eu
pour but de communiquer une information financière mensongère ou de dissimuler un acte
de fraude.
D’autres diligences n’ont pas dû être suivies étant donné que l’équipe d’audit n’a pas
identifié de partie liée ou opération significative d’une partie liée qui n’aurait pas été
communiquée par la direction.
72
3.2.5. Confrontation avec le cadre légal des conflits d’intérêts
Pour rappel (cf. supra p.36), l’auditeur n’a pas un rôle d’enquête active de détection
de conflits d’intérêts. Lorsqu’il aurait eu connaissance durant son audit d’une décision ou
d’une opération qui aurait dû faire l’objet d’une procédure de conflit d’intérêts et qui ne l’a
pas été, il doit en informer le conseil d’administration sous peine de pouvoir être accusé
d’avoir participé à l’infraction.
Par ailleurs, afin de s’assurer de la conformité du groupe par rapport au cadre légal des
conflits d’intérêts, un paragraphe est réservé sur les conflits d’intérêts dans la lettre
d’affirmation de la direction. Voici l’extrait : « Nous vous confirmons n’avoir pas connaissance
de la survenance de conflits d’intérêts, tels que définis et décrits dans le Code des sociétés et
des associations (ou dans des lois et réglementations y relatives) ». De plus, outre cette
mention dans la lettre d’affirmation de la direction, un courrier circulaire est envoyé au client
en expliquant le cadre légal des conflits d’intérêts et où il leur est demandé de lister les conflits
d’intérêts s’il y en a et de, le cas échéant, donner la preuve du bon suivi de la procédure de
conflits d’intérêts.
73
même si elles devaient augmenter d’un pourcentage. Il n’y a donc pas lieu d’avoir un conflit
d’intérêts étant donné que ces opérations rentrent dans les deux exemptions.
Ensuite, pour ce qui est des honoraires payés à l’entité B pour le compte de la
personne physique A, la procédure de conflit d’intérêts ne doit pas non plus être suivie car
c’est une opération qui est décidée par l’AG où la personne physique A est l’unique
actionnaire du groupe.
Une autre opération intragroupe sont les avances intragroupes qui sont pour la
plupart du temps apurées. Ce sont des opérations habituelles dans le cadre de l’activité du
groupe et ne doivent dès lors pas faire l’objet de la procédure de conflits d’intérêts. De plus,
elles sont conclues dans les conditions normales du marché étant donné que l’intérêt sur ces
avances intragroupes est déterminé sur base de l’Euribor douze mois, qui est selon Global
Rates (2022) un taux d’intérêts utilisé par une sélection de banques européennes entre elles
pour des prêts en euro, auquel une marge de plus de 1% est prise en compte.
Outre les opérations intragroupes analysées ci-avant, une autre opération qui m’a
semblé pertinente à cette analyse est un prêt qui a été accordé par l’entité C à une entité
représentée par l’actionnaire ultime du groupe, la personne physique A qui est également
administrateur délégué de l’entité C. Toutefois, l’analyse de cette opération me paraissait
pertinente.
Dans la convention de prêt, on peut lire que, sur décision du conseil d’administration
de l’entité C, un prêt lui a été accordé car elle faisait face à des besoins de liquidités en vue de
réaliser des travaux immobiliers indispensables à la poursuite de ses activités économiques.
Ce prêt a été accordé sous la forme d’un crédit bullet avec un taux d’intérêts plus élevé que
celui du marché étant donné que la banque ne lui aurait pas accordé le prêt. On peut
également lire que les projections financières de l’entité sont positives et sa capacité de
remboursement démontrée en raison de ses nouvelles activités, ce qui a sans doute poussé
l’entité C à lui accorder le prêt.
Même si elle a fait l’objet d’une réunion entre administrateurs (procès-verbal CA), le
seul actionnaire, l’administrateur délégué, était présent lors de la réunion, ce qui revient à
une AG. L’opération rentre ainsi dans l’une des exemptions de la procédure de conflits
d’intérêts uniquement si l’opération a été effectuée sous les conditions normales du marché
pour une opération de même nature, ce qui est le cas. De plus, l’opération est considérée
comme habituelle par un réviseur d’entreprises du cabinet (2022) étant donné que l’impact
des intérêts du prêt sur le compte de résultat n’est pas significatif.
74
Et enfin, même si l’année où j’ai eu l’occasion de participer à cet audit, aucun conflit
d’intérêts n’avait été détecté, un conflit d’intérêts avait été constaté quelques années
auparavant entre l’entité C et l’entité A où la personne physique A avait un intérêt opposé de
nature patrimoniale étant l’administrateur délégué de ces deux entités. Il s’agissait de l’octroi
d’avances en compte courant dont bénéficiait l’entité A.
Cette opération avait fait l’objet de la procédure de conflits d’intérêts étant donné que
l’impact des intérêts de ces avances sur le compte de résultat était significatif et, dès lors, ne
rentrait plus dans le cadre habituel des opérations de la société d’après un réviseur
d’entreprises du cabinet (2022). Toutefois, la procédure de conflits d’intérêts aurait pu, selon
moi, être évitée étant donné que le seul actionnaire, étant l’administrateur délégué, était
présent lors de la réunion, ce qui revenait à une AG et que l’opération avait été effectuée
sous les conditions normales du marché.
75
3.3. Groupe C
Le troisième groupe pour lequel j’ai eu l’opportunité de participer à l’audit est actif
dans la consultance immobilière. Voici un organigramme reprenant les différentes parties
liées ainsi que la composition du conseil d’administration de la société mère et de la filiale A.
J’ai pu réaliser celui-ci grâce au logiciel d’audit du cabinet ainsi que grâce à Public Search, la
BNB (Banque Nationale de Belgique) et Open the Box qui sont des outils conseillés pour
l’identification des parties liées externes.
ACTIONNAIRES OPERATIONNELS
INVESTISSEURS TIERS dont personne morale a et b
>20% >75%
SOCIETE MERE
<5%
76
Comme on peut le voir, le groupe est détenu majoritairement par des actionnaires qui
sont opérationnels au sein du groupe et minoritairement par des actionnaires tiers qui ont
investi mais ne sont pas actifs. La société mère est l’entité qui consolide les comptes de sa
filiale belge ainsi que de ses filiales étrangères. Le cabinet, dans lequel j’ai effectué mon stage,
a été mandaté pour l’audit des comptes statutaires de la filiale A qui satisfait aux critères de
nomination d’un commissaire (cf. supra p.4) contrairement à la société mère qui, dès lors, fait
l’objet d’un examen limité pour ses comptes consolidés et statutaires.
L’activité du groupe est la consultance immobilière. Les projets dans les différents pays
sont supportés et facturés par chaque filiale, la filiale A s’occupant des projets belges et les
autres filiales des projets étrangers. C’est grâce à la connaissance et à l’expérience des
directeurs qui constituent les actionnaires opérationnels de la société mère que fonctionne le
groupe. Ils refacturent leurs heures prestées sur chaque projet à la filiale concernée au tarif
repris dans la convention de prestation & allocation des coûts du groupe. Dans cette
convention, on retrouve également l’autre rôle de la société mère qui est de répartir de
manière équitable les coûts de fonctionnement (services non opérationnels) aux différentes
filiales selon la marge brute de chacune, en les refacturant avec marge.
Étant donné que seule la filiale A rentre dans les conditions pour un audit, analysons
la planification d’audit au niveau de cette filiale. Comme le démontre la formule de risque
d’audit, la quantité de procédures à mettre en place par l’auditeur dépend de l’évaluation
faite du contrôle interne et du risque inhérent.
Commençons par le risque inhérent. Les risques qui ont été identifiés sont le risque
sur les revenus, le risque de management override of control et le risque sur les relations
intragroupe. Comme dit auparavant, le risque sur les revenus et sur le management override
of control sont des risques clés qui sont systématiquement repris dans les dossiers d’audit.
Dans ce cas-ci, le risque sur les revenus est la pression des covenants bancaires et l’atteinte
des résultats individuels pour l’octroi des bonus. Le risque de management override of control,
lui, se situe au niveau du fait que le management pourrait surestimer les marges réalisées sur
ses projets afin d’améliorer son bonus. Ensuite, on a le risque sur les relations intragroupe qui
réside sur les refacturations entre filiales, lorsqu’un collaborateur étranger travaille sur un
projet belge et inversement, et les facturations de la société mère (directeurs et consultants
seniors) envers les filiales. Il faut faire attention à la classification et exhaustivité des
transactions.
77
dans les journaux de ventes et notes de crédit et également vingt-cinq factures d’achats dans
les journaux d’achats et notes de crédits. Pour chaque vente, il a fallu être attentif à
l’imputation comptable via la facture d’achat et preuve de paiement afférente ainsi que via le
fichier de suivi des heures prestées par projet et les contrats des indépendants. Puis, pour les
factures d’achats, il a fallu vérifier l’imputation comptable (bon numéro de tva, encodage sur
la bonne période, report des charges si concerne un autre exercice/période). Les résultats de
ces contrôles ont démontré que le contrôle interne permettait de réduire le risque d’erreur
significative à un niveau acceptable.
Ainsi, sur base du risque combiné (risque inhérent et risque de contrôle interne), il a
été décidé d’allouer un risque élevé au cycle des clients et un risque moyen aux cycles des
stocks et fournisseurs. Un risque élevé a été accordé sur le cycle des clients afin de répondre
au risque clé sur les revenus qu’on retrouve dans tous les audits. Pour le cycle des fournisseurs,
un risque moyen a été alloué étant donné la présence des opérations intragroupes
notamment les refacturations entre filiales des heures prestées par un collaborateur étranger
sur un projet belge et les refacturations de la part de la société mère des heures prestées sur
le projet belge des directeurs et consultants seniors. Le cycle des stocks a également été classé
comme risque moyen car l’état d’avancement des projets pourrait être faussé dans le but de
reconnaitre davantage de revenus pour les bonus.
Analysons maintenant les cycles qui sont concernés par des opérations intragroupes.
La deuxième opération est la refacturation par les directeurs de la société mère des
heures prestées sur un projet belge. Le tarif horaire est repris dans la convention de
prestation. Une clef de répartition des prestations de chaque directeur dans chaque filiale y
est également reprise. Dès lors, le contrôle se fait sur le nombre d’heures facturées, qui doit
être cohérent avec les heures encodées dans le logiciel d’encodage des heures par projet et
avec le pourcentage de répartition de ses heures totales à la filiale A, et sur le tarif facturé
78
conformément à la convention de prestation. Une réconciliation interco est possible étant
donné qu’un examen limité de la société mère est effectué.
Le deuxième cycle concerné par des opérations intragroupes est celui des clients. En
effet, on y retrouve les refacturations de la filiale A aux autres filiales étrangères des heures
prestées par un collaborateur belge (sur le payroll de la filiale A) sur un projet étranger. Étant
donné qu’une réconciliation interco n’est pas possible, le contrôle est limité aux heures
facturées via le logiciel d’encodage des heures par projet du groupe.
Et enfin, le dernier cycle concerné par de telles opérations est celui des autres actifs &
passifs. On y retrouve dans le compte de passif « 489 » une dette en compte courant envers
la société mère étant donné que les emprunts du groupe y sont centralisés. Il faut vérifier que
le taux d’intérêt appliqué à ses avances de la part de la société mère est correct par rapport
au taux d’intérêt mentionné dans la convention de transfer pricing. Pour cela, une vérification
doit être faite de leur fichier de calcul.
3.3.4. Confrontation aux diligences de l’ISA 550 sur les parties liées
Conformément à l’ISA 550 (cf. supra p.10), une déclaration écrite doit être obtenue de
la part de la direction pour s’assurer que l’auditeur a connaissance de l’identité de toutes les
parties liées (et opérations entre parties liées) et pour s’assurer que ces opérations sont
correctement comptabilisées. Comme pour les groupes A et B, chaque année, cette
déclaration écrite se retrouve dans la lettre d’affirmation de la direction du groupe parmi
d’autres déclarations. En voici un extrait sur les informations sur les parties : « Nous
confirmons l’exhaustivité des informations fournies concernant l’identification des parties
liées à la société, telles que définies par le référentiel comptable applicable en Belgique.
Conformément au référentiel précité, les relations et les transactions avec ces parties liées
ont été correctement enregistrées et les informations y relatives, fournies dans l’annexe des
comptes annuels ».
79
Une documentation doit également être tenue selon l’ISA 550 (cf. supra p.10)
concernant l’identité des parties liées ainsi que les relations entre elles. Dans le logiciel
informatique du cabinet de réviseurs d’entreprises qui audite le groupe, on peut retrouver
dans le dossier permanent de chaque entité une liste de toutes les administrateurs et filiales
comme montré ci-dessous. Les relations entre parties liées, quant à elles, peuvent être
retrouvées dans le dossier de contrôle interne sous forme d’une synthèse de toutes les
opérations par cycle.
80
Au niveau de l’obligation d’information de la part de la direction du groupe audité,
une réunion s’est tenue au commencement de la phase intérim de l’audit, comme pour les
groupes A et B, afin de nous informer de tous les changements, de ce qui pourrait avoir un
impact sur la détermination de l’analyse de risques, entres autres s’il existe de nouvelles
parties liées et de nouvelles transactions entre elles. Aucun changement n’a été constaté à ce
niveau-là.
Conformément à l’ISA 550 (cf. supra p.11), les opérations intragroupes qui rentrent
dans le cadre normal des activités du groupe ne doivent pas être classées comme des risques
81
importants. C’est pourquoi un risque élevé n’a pas été attribué à tous les cycles concernés.
Néanmoins, il a tout de même été décidé d’accorder un risque au minimum moyen au cycle
des fournisseurs et clients étant donné que des transactions faites entre parties liées
présentent toujours plus de « risques d’anomalies significatives » dans les comptes annuels
que des transactions effectuées entre parties non liées (cf. supra p.7). Par ailleurs, afin de
s’assurer que le commissaire n’a pas omis certaines choses pendant son contrôle, un
questionnaire doit être complété avant de pouvoir valider la feuille de contrôle dans le logiciel
informatique d’audit.
Pour rappel (cf. supra p.36), l’auditeur n’a pas un rôle d’enquête active de détection
de conflits d’intérêts. Lorsqu’il aurait eu connaissance durant son audit d’une décision ou
d’une opération qui aurait dû faire l’objet d’une procédure de conflit d’intérêts et qui ne
l’aurait pas été, il doit en informer le conseil d’administration sous peine de pouvoir être
accusé d’avoir participé à l’infraction. Lors de la lecture normale des procès-verbaux du conseil
d’administration et lors de son audit, l’équipe d’audit n’a pas identifié de conflits d’intérêts
82
ou détecté des opérations qui auraient dû faire l’objet de la procédure de conflits d’intérêts
et qui ne l’aurait pas été.
Par ailleurs, afin de s’assurer de la conformité du groupe par rapport au cadre légal des
conflits d’intérêts, un paragraphe est réservé aux conflits d’intérêts dans la lettre
d’affirmation de la direction. Voici l’extrait : « Nous vous confirmons n’avoir pas connaissance
de la survenance de conflits d’intérêts, tels que définis et décrits dans le Code des sociétés et
des associations (ou dans des lois et réglementations y relatives) ».
Pour ce qui est des avances financières accordées par la société mère à la filiale A, elles
sont spécifiées dans la convention de transfer pricing. Ce sont des opérations entre sociétés
où la société mère détient plus de 95% des parts de la filiale A. De plus, elles sont récurrentes
dans des groupes de cette taille et sont conclues dans des conditions et sous les garanties
normales du marché. En effet, le taux d’intérêt équivaut à l’Euribor trois mois avec une marge
83
de plus de 1%, l’Euribor trois mois étant l’un des principaux taux de référence du marché
monétaire de la zone Euro selon Good value for money (2022).
Ensuite, une autre opération que j’ai pu identifier comme pertinente à cette analyse
est l’octroi de dividendes aux actionnaires et de bonus pour certains employés. Cela n’a pas
fait l’objet de la procédure de conflits d’intérêts étant donné que la décision d’octroi des
dividendes se fait via AG et que le montant des bonus est convenu entre membres du comité
de direction. Les bonus sont accordés en fonction de l’atteinte d’objectifs prédéfinis et sur
base de l’EBITDA. Les personnes qui reçoivent les dividendes et bonus ne sont donc pas dans
la capacité de prendre uniquement en compte leur intérêt personnel dans la détermination
du montant des bonus.
Et enfin, d’autres opérations également pertinentes à cette analyse sont les notes de
frais des actionnaires opérationnels. La procédure de conflits d’intérêts ne doit pas être suivie
étant donné que ce sont des opérations habituelles dans le cadre professionnel. Toutefois, il
a été constaté que tous les frais de restaurants n’étaient pas systématiquement justifiés pour
les détails (avec qui principalement et pour faire le lien avec l’activité professionnelle) et qu’il
n’y avait pas de double approbation mise en place pour toutes les notes de frais. Même si ces
notes de frais ne sont pas forcément d’un montant significatif et qu’elles sont habituelles, il
faut s’assurer qu’elles rentrent dans le cadre professionnel afin d’éviter l’impact patrimonial
sur la société et le mécontentement des autres actionnaires. C’est pourquoi une procédure
de notes de frais a été mise en place et qui sera applicable pour le prochain exercice
comptable.
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Conclusion
Comme expliqué précédemment (cf. supra p.1), la procédure de conflits d’intérêts à
respecter par le conseil d’administration et le rôle donné au commissaire dans celle-ci sont
peu connus des jeunes travailleurs en audit. Pourtant, bien que les auditeurs juniors soient
assignés à l’audit de cycles particuliers, un conflit d’intérêts pourrait être présent dans
n’importe lequel de ces cycles audités sans que l’auditeur senior puisse le remarquer en
supervisant son travail. De plus, le commissaire pourrait être tenu responsable s’il n’a pas
informé le conseil d’administration d’un conflit d’intérêts qu’il aurait dû avoir détecté et qui
n’aurait pas fait l’objet de la procédure de conflit d’intérêts.
Quelles sont les diligences du commissaire dans son audit de parties liées en matière de conflits
d’intérêts personnels dans le chef d’un administrateur et conflits d’intérêts intragroupe ?
J’ai pu, tout d’abord, grâce à l’analyse théorique, comprendre le sens de cette
procédure de conflits d’intérêts à caractère préventif qui est d’éviter que le patrimoine
sociétal ou les actionnaires minoritaires soient lésés. En effet, un administrateur ou
l’actionnaire majoritaire pourrait privilégier son intérêt personnel dans une décision à prendre
par le conseil d’administration et ainsi léser le patrimoine et les actionnaires minoritaires de
la société.
Afin de pouvoir remplir ce rôle donné par le législateur, il se doit dès lors d’avoir une
bonne connaissance du cadre légal qui, selon moi, est assez complexe dans son champ
d’application. C’est pourquoi, dans les audits de trois groupes (non EIP) auxquels j’ai eu
l’occasion de participer, j’ai pu confronter chaque opération entre parties liées au champ
d’application de la procédure de conflits d’intérêts personnels de la part d’un administrateur
afin d’y voir plus clair. J’ai pu constater que les exemptions les plus récurrentes appliquées
sur ces opérations intragroupes étaient celles des :
85
▪ Opérations habituelles conclues dans des conditions normales du marché pour
des opérations de même nature et ;
▪ Opérations conclues entre sociétés dont l'une détient directement ou
indirectement 95% au moins des parts.
Si le commissaire hésite toutefois sur l’application de la procédure pour une opération
particulière, il peut, d’après la note technique de l’IRE (2021), solliciter du président du conseil
d’administration une confirmation écrite du respect du CSA.
Pour clôturer ce mémoire, une limite que j’ai pu identifier dans la réalisation de cette
recherche appliquée est le manque d’expérience. En effet, étant moi-même (presque) jeune
diplômée en option d’audit à l’ICHEC, je n’avais pas connaissance du cadre légal des conflits
d’intérêts et du rôle du commissaire avant que mon maître de stage ne m’en parle. Un réviseur
d’entreprises, ayant dû assimiler la matière pour obtenir son titre, a déjà pu mettre en
pratique ces diligences après ses trois années de stage et a donc des mécanismes que je n’ai
pas encore acquis. En tout cas, la rédaction de ce mémoire m’aura permis de prendre de
l’avance sur cette matière à assimiler pour obtenir le titre de réviseur d’entreprises.
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