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Propriétés des élastomères en orthodontie

Le document traite des matériaux élastomériques, en particulier leur composition, structure et propriétés mécaniques. Il explique l'origine du caoutchouc naturel et son évolution vers les élastomères synthétiques, ainsi que les processus de fabrication et les caractéristiques mécaniques des élastomères. Les propriétés élastiques, la déformation, la viscoélasticité et la résistance des élastomères sont également abordées, soulignant leur importance en orthodontie.

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Propriétés des élastomères en orthodontie

Le document traite des matériaux élastomériques, en particulier leur composition, structure et propriétés mécaniques. Il explique l'origine du caoutchouc naturel et son évolution vers les élastomères synthétiques, ainsi que les processus de fabrication et les caractéristiques mécaniques des élastomères. Les propriétés élastiques, la déformation, la viscoélasticité et la résistance des élastomères sont également abordées, soulignant leur importance en orthodontie.

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Orthod Fr 2009;80:55–68 Disponible en ligne sur : Rapport


c EDP Sciences, SFODF, 2009 [Link]
DOI: 10.1051/orthodfr/2008030

Chapitre 1
Les matériaux élastomériques
Aurélie Pic*
75 avenue Henri Delecaux, 59130 Lambersart, France

1. Composition, structure naturel est le cis 1,4 polyisoprène. Il a été introduit


macromoléculaire et dynamique en France par La Condamine au XVIIIe siècle, mais
son emploi est longtemps limité du fait de sa sen-
1.1. Origines et composition sibilité à la chaleur et de ses propriétés hydrophiles.
En 1839, Charles Goodyear donne au caoutchouc de
Les élastomères sont des polymères de haute nouvelles propriétés grâce au procédé de vulcanisa-
masse moléculaire et à chaînes quasiment linéaires. tion.
Les macromolécules (ensembles de monomères), en- C’est à partir de cette période que l’utilisation
trelacées comme un tas de vers particulièrement d’élastiques (bracelets en caoutchouc) a commencé à
longs, forment occasionnellement des ponts entre se développer en orthodontie. Baker publie un article
elles. Le nombre de ponts doit rester faible, envi- en 1846, il a surtout employé le caoutchouc comme
ron un pont pour quelques centaines de monomères. ligature. Tomes les utilise en 1847, puis de nom-
Sous contrainte, les molécules glissent par reptation breux auteurs en vantent les avantages : Tucker qui
sauf au niveau des ponts. Ces derniers donnent au recommande d’acheter des anneaux en caoutchouc
matériau une mémoire de forme : qu’on lui appose et de « les couper transversalement », Kingsley en
une contrainte mécanique d’élongation et les seg- 1866, Kuehns, Case. Angle décrit l’emploi des élas-
ments entre deux ponts s’étirent alors ; qu’on sup- tiques intermaxillaires verticaux en 1891 ; Grand-
prime l’élongation, et les mouvements de relaxation homme dit les utiliser depuis 1933 [43]. . .
entre les molécules les ramènent à leur configura- Au début du 20e siècle, les chimistes prennent le
tion, et donc à leur forme initiale. La contrainte relais des explorateurs et parviennent à synthétiser
tend à ordonner les molécules du matériau ; la sup- le caoutchouc à partir du pétrole. Le raffinement in-
pression de la contrainte lui permet de retrouver le dustriel permet d’introduire en orthodontie l’usage
désordre originel [3]. des premières chaînettes élastomériques dans les an-
Un élastomère est donc un polymère dit « élas- nées soixante. Elles sont dès lors devenues partie in-
tique » : il supporte de très grandes déformations tégrante de nombreux traitements [12].
( 100 %), presque totalement réversibles.
Les élastomères synthétiques sont des polymères
Le terme élastomère désigne ainsi tous les ca- amorphes de matériaux polyuréthane.
outchoucs synthétiques, c’est-à-dire les substances
Les élastomères à base de polyuréthane sont fa-
macromoléculaires possédant l’élasticité dite caou-
briqués suivant plusieurs étapes [11] :
tchoutique [51].
En effet, le caoutchouc naturel a été le premier
– un intermédiaire de base est d’abord utilisé sous
élastomère connu, il est obtenu à partir du latex, un
forme d’un polymère de masse moléculaire basse,
liquide blanc ou jaune sécrété par certains végétaux souvent un polyester ou un polyéther ;
dont le pissenlit et surtout l’hevea brasiliensis, végé- – l’intermédiaire réagit ensuite avec un diisocya-
tal de la famille des euphorbiacées. La solution de nate aromatique pour aboutir à un prépolymère ;
latex donne environ 36 à 40 % d’extrait sec dont – cet élastomère est ensuite vulcanisé par réaction
92 % de caoutchouc [40]. La formule du caoutchouc
des groupements isocyanates avec des alcools ou
* Auteur pour correspondance : picaurelie@[Link] des glycols.

Article published by EDP Sciences


56 Orthod Fr 2009;80:55–68
Chapitre 1

Figure 1
Force de rétraction élastique entre les extrémités de la chaîne d’un élastomère (d‘après Mercier, et al. [37]).

La vulcanisation est un traitement par le soufre et points de réticulation, des enchevêtrements ou en-
la chaleur qui permet d’améliorer les propriétés en core des liaisons polaires avec des charges minérales.
provoquant l’établissement de liaisons intermolécu- Elles forment un réseau.
laires qui augmentent la stabilité du caoutchouc tout Les propriétés mécaniques des élastomères dé-
en lui conservant ses propriétés d’élasticité. pendent en premier lieu de la longueur des chaînes
Pour donner forme à leurs produits, les compa- entre les nœuds du réseau. Plus cette longueur est
gnies de matériaux orthodontiques utilisent ensuite faible (réseau dense) plus l’élastomère est rigide.
l’un ou l’autre de ces deux types de processus de fa- En extension ou en torsion du matériau, les
brication [11] : chaînes moléculaires se déplient et adoptent un
– le moulage par injection, ordre linéaire qui est réalisé aux dépens des liai-
– le matriçage « die stamping », qui confère au ma- sons secondaires, les liaisons primaires restant ef-
tériau des qualités physiques plus constantes. fectives. L’arrêt des contraintes d’extension-torsion
La structure élastomérique du produit fini diffère permet donc aux chaînes moléculaires de retrouver
selon les maisons dentaires. Par conséquent, leurs leur configuration passive, repliée et aléatoire (dé-
propriétés et les forces qu’ils délivrent varient éga- formation élastique), à condition que les contraintes
lement [44]. n’aient pas rompu les liaisons primaires, auquel cas
Peu de données sont disponibles sur le proces- la déformation devient irréversible (passage dans le
sus de pigmentation ; si les pigments peuvent for- domaine plastique) [37].
mer des ponts avec le polymère alors il existe un
risque potentiel de modifier les propriétés des élas- 2. Propriétés mécaniques
tomères [11].
En comparant les élastomères colorés de trois 2.1. Déformation et élasticité
marques différentes, Renick n’a mis en évidence une Toute force appliquée à un matériau se traduit par
modification de la température de transition vitreuse une déformation. Cette déformation à l’échelle mi-
que pour l’une d’entre elles [44]. croscopique entraîne l’apparition d’une force de ré-
Les élastomères contiennent de 50 à 60 % de traction qui tend à restituer à l’échantillon sa forme
polymères. Le reste est composé de charges, agents originale. Si la force de rétraction est constante
de vulcanisation, accélérateurs, produits retardant le dans le temps, le matériau a un comportement élas-
vieillissement et d’autres additifs qui permettent de tique [37].
modifier la matière première, afin de répondre aux Presque tous les matériaux ont une réponse élas-
exigences d’une application définie. tique mais seulement pour de petites déformations
(environ 0,1 %) et cette déformation (ε) est propor-
1.2. Structure moléculaire et dynamique tionnelle à la contrainte σ appliquée (loi de Hooke) :
σ = E ε . La loi de Hooke décrit que, pour de petites
Un élastomère est constitué de longues chaînes déformations, la déformation (ε) est quasiment pro-
moléculaires rassemblées, au repos, en « pelotes » portionnelle à la contrainte appliquée dans de nom-
(Fig. 1). Ces chaînes sont reliées entre elles par des breux matériaux (E = module de Young). Au-delà,
Pic A. Les matériaux élastomériques 57

à –80 ◦ C pour les polyuréthanes). En dessous de la

Chapitre 1
température de transition vitreuse, ils sont relative-
ment rigides, alors qu’au-dessus de cette tempéra-
ture, ces matériaux deviennent hautement flexibles
avec une activation thermique. Plus la température
de transition vitreuse est élevée, plus le polymère est
rigide, et la formation d’un polymère plus rigide est
associée avec une force délivrée plus importante, ou
en d’autres termes, avec un module élastique plus
élevé. Ils contiennent aussi très souvent une seconde
phase de polymère cristallin qui subit une fusion au
dessus de la température de transition vitreuse [11].
La déformation qui résulte de l’application d’une
force de traction est l’allongement. L’allongement de
l’élastomère est instantané sous l’effet d’une tension
et atteint des proportions importantes en relation
Figure 2 avec un faible module de rigidité initial. Ils sont
Variation du module d’élasticité des polymères en fonction de capables de s’allonger élastiquement de 300 % ou
la température (d’après Brantley, Eliades [11]). même plus, allongement qui disparaît à la décharge.
Cependant, l’allongement devient de plus en plus
ils subissent un phénomène irréversible : la plu- difficile au fur et à mesure que la contrainte aug-
part d’entre eux gardent une déformation plastique mente d’intensité. Le module de rigidité, initiale-
qui change leur forme de manière permanente. Les ment faible, augmente pour atteindre son maximum
élastomères présentent un faible module d’élasticité au moment de la rupture de l’échantillon. L’élasto-
ou module de Young : 0,01 à 0,1 GPa (diamant : mère étiré, observé aux rayons X, présente un arran-
1000 GPa). gement spécifique comparable à un état cristallin et
La rigidité des polymères varie en fonction des c’est cette cristallisation du matériau qui entraînerait
forces intermoléculaires entre les chaînes. Le module un renforcement et l’augmentation du module de ri-
d’élasticité des polymères dépend également de la gidité [32].
température [16] (Fig. 2). La rigidité du réseau dépend de la longueur et
Ce qui rend les élastomères particuliers, c’est leur de la nature chimique des chaînes polyols entre
capacité de collisions élastiques (conservation de les ponts « uréthanes ». Pour des chaînes de même
l’énergie cinétique totale des corps qui se heurtent, nature chimique, plus les chaînes sont courtes, plus
et conservation de la quantité de mouvement si ab- les ponts sont rapprochés, et plus le système est ri-
sence de frottement) tels le rebond et l’étirement gide [3].
élastique, qui leur permet de reprendre leur forme A contrario, les élastomères sont des matériaux in-
initiale après étirement. Cette caractéristique spéciale compressibles (ou très peu compressibles) : coeffi-
est acquise par l’enchevêtrement de longues chaînes cient de Poisson de 0,5.
polymériques.
Les propriétés des élastomères dépendent de leur
2.3. Force de rupture
degré de réticulation ; c’est ainsi que les propriétés
du caoutchouc varient en fonction de la quantité de
soufre utilisée lors de la vulcanisation, en vue de lier Elle correspond à la force qui va provoquer la
les chaînes les unes aux autres [16]. rupture de l’élément élastique. L’allongement de rup-
ture est de l’ordre de 1000 % et peut être porté à
2.2. Allongement et module de rigidité 10000 % après quelques étirements – relâchements.
Ce phénomène appelé « rackage » est dû à l’appa-
Les élastomères subissent une transition vitreuse rition d’une structure fibreuse au sein de l’élasto-
en dessous de la température ambiante (de –50 ◦ C mère. En orthodontie, cette notion est peu retenue,
58 Orthod Fr 2009;80:55–68
Chapitre 1

Temps

Temps
Figure 3
Charge et décharge d’un matériau viscoélastique. La déformation élastique initiale instantanée correspond à 1, et la région entre
1 et 2 est une combinaison de la déformation retardée et de la déformation permanente. La première portion de la courbe de
décharge entre 2 et 3 est la récupération de la déformation élastique instantanée. La déformation plastique permanente est
désignée en 4. (D’après Brantley, Eliades [11].)

car l’étirement initial des chaînettes est très en deçà matériau est toujours élastique : en relâchant la
de ce seuil de rupture [1]. contrainte, on décrit la même courbe que lorsque la
Les élastomères sont donc caractérisés par une courbe croissait, et toute l’énergie stockée pendant la
grande résistance mécanique : capacité élevée à évi- mise en charge est récupérée à la décharge [12].
ter l’effondrement par déformation plastique ou par Les modules élastomériques composés d’uré-
rupture. thane présentent une élasticité dite caoutchoutique :
Le caoutchouc naturel présente une faible ré- la courbe charge / allongement n’est pas linéaire
sistance à la traction (Rm) : 30 MPa (acier : (comme pour les métaux et les céramiques) mais
760–1280 MPa). incurvée. La limite élastique se situe au change-
ment d’inflexion [11]. La déformation élastique n’est
2.4. Viscoélasticité : comportement élastique donc pas proportionnelle à la charge qui la provoque
non linéaire (Fig. 4). La proportionnalité entre la contrainte et la
déformation n’est pas constante, comme l’exprime
D’autres comportements existent où le domaine la loi de Hooke. Lorsque la contrainte est nulle,
élastique peut ne pas être linéaire. C’est le cas des ces matériaux sont amorphes ; leurs chaînes tendant
élastomères ou caoutchoucs pour lesquels charge toutefois à s’aligner au cours de la déformation, il se
et contrainte ne restent pas proportionnelles. Les produit une augmentation de la rigidité [16].
chaînes de polymères sont d’abord, sous l’effet de la L’étude de comportement viscoélastique né-
contrainte, alignées, ce qui donne une appréciable cessite de préciser la durée d’application de la
déformation élastique sous faible contrainte. Ensuite, contrainte [16]. De plus, l’environnement des po-
les chaînes sont étirées, toujours dans le domaine lymères est un paramètre très important dans leur
élastique, et les distances inter-atomiques allongées : comportement à long terme et en particulier la
c’est la déformation élastique retardée ou déforma- présence d’eau, d’électrolytes ou d’autres compo-
tion viscoélastique [11, 16]. L’effet global conduit à sés [26].
une élasticité non linéaire (Fig. 3). Si la contrainte La vitesse de la contrainte joue également un
se poursuit, une déformation plastique apparaît. Le rôle : il est recommandé d’activer doucement in vivo
Pic A. Les matériaux élastomériques 59

On définit ainsi deux modes de déformation : la

Chapitre 1
relaxation et le fluage.
On appelle fluage d’un matériau, le phénomène
de déformation irréversible qui augmente avec le
temps sous l’effet d’une contrainte constante (Fig. 5).
Dans une expérience de fluage, on impose un
échelon de contrainte et on évalue la déformation au
cours du temps.
La vitesse de fluage augmente généralement avec
la température du matériau. La déformation par
fluage peut se modéliser comme un frottement
fluide, du type amortisseur de suspension de voi-
ture. De la même manière que pour la déformation
plastique, le fluage est toujours associé à de la défor-
Figure 4 mation élastique. On peut voir le fluage comme un
Courbe charge/allongement (d’après Ebaïlon, Dorlot [16]). « retard à la déformation » : si l’on impose une dé-
formation, on a d’abord une réponse élastique, puis
la force diminue bien que la déformation soit main-
pour obtenir un minimum de dégradation de la tenue constante.
force [11]. La relaxation est la diminution de la force pour
un allongement constant, elle est due à différentes
2.5. Mémoire évanescente déformations engendrées par l’allongement de l’élas-
tomère.
Dans les matériaux viscoélastiques, les défor- La relaxation consiste à imposer au matériau un
mations déterminées au moment de référence dé- échelon de déformation, et à observer l’évolution de
pendent de toute l’histoire des contraintes méca- la contrainte au cours du temps (Fig. 6).
niques subies par le matériau auparavant. Ce type Comme tout matériau viscoélastique, l’élasto-
de matériau est appelé « matériau à mémoire éva- mère est très dépendant de la vitesse de déformation
nescente », car il garde en mémoire les déformations à laquelle on le soumet.
subies au cours de sa fabrication et durant son uti- Les déplacements dentaires ne doivent pas être
lisation mais l’effet de ces contraintes s’estompe au négligés : plus la vitesse de déplacement augmente,
cours du temps. C’est pourquoi certains auteurs re- plus la déperdition de force augmente également [1].
commandent de pré-étirer les chaînettes [32].
3.2. Biodégradation environnementale
3. Vieillissement et biodégradation
Toutes les études montrent que la déperdition de
force est plus importante in vivo que in vitro [6, 32].
3.1. Biodégradation fonctionnelle
La dégradation des propriétés physiques et chi-
Les composants élastomériques sont incapables miques au sein du milieu humide et agressif que
d’exercer une force d’intensité constante pendant constitue la cavité buccale est un facteur d’aggrava-
une longue période. tion du vieillissement et de la porosité des élasto-
mères.
Ceci est en partie lié au comportement viscoélas-
En bouche, différents facteurs vont influer :
tique.
En élasticité, la relation entre contrainte et défor- – facteurs chimiques : salive (enzymes, flore bacté-
mation est indépendante du mode d’application de rienne complexe), nourriture, hygiène,
la contrainte ou de la déformation. En viscoélasti- – facteurs thermiques : variations de température
cité, ce n’est pas le cas et il faut préciser le protocole des aliments,
expérimental utilisé pour appliquer la contrainte ou – variations de pH,
la déformation. – facteurs mécaniques : mastication, brossage.
60 Orthod Fr 2009;80:55–68
Chapitre 1

Figure 5
Expression du fluage d’un matériau visco-élastique (d’après Montandreau [39]).

Figure 6
Deux modes de déformation rencontrés en visco-élasticité. (a) : Relaxation des contraintes. (b) : Fluage. (D’après Mercier,
et al. [37].)

Huget, et al. (en [11]) ont observé que l’eau agit Eliades, et al. [18] ont étudié les modules élas-
comme un plastifiant en fragilisant les forces inter- tomériques in vivo. Après 24 h d’exposition, la
moléculaires des polyuréthanes, conduisant à une surface des modules est recouverte d’un film pro-
dégradation chimique. Ces effets délétères seraient téique discontinu riche en groupements alcool et
dus à la susceptibilité à l’hydrolyse des groupements avec peu de minéralisation de potassium et de so-
ester ou ether. dium. Après trois semaines, le film protéique devient
Pic A. Les matériaux élastomériques 61

Chapitre 1
a

Figure 7
Structure générale d’un groupement uréthane (OCONH) formé par réaction d’un diol (a) et d’un diisocyanate (b) (d’après Brantley,
Eliades [11]).

très minéralisé, composé de phosphate de calcium Les polyuréthanes sont des matériaux dont les
avec des impuretés à base de carbonate et d’acide performances sont très variées selon les associations
phosphate. L’analyse aux rayons X révèle une répar- chimiques que l’on réalise. On trouvera aussi bien
tition uniforme de K, Na, Cl, et S pour les numé- des variétés thermoplastiques que des variétés ther-
ros atomiques bas, alors que dans les numéros ato- modurcissables ou élastomériques.
miques élevés, on retrouve essentiellement du Ca et Ils peuvent être obtenus par polymérisation, po-
du P. Cette absorption de protéines peut ensuite agir lycondensation ou polyaddition.
comme nucléi et former des dépôts de microcristaux Un polyuréthane est un polymère d’uréthane,
de Na, K, et Cl, qui peuvent compromettre les per- une molécule organique. On appelle uréthane tout
formances des modules. composé produit par la réaction d’un isocyanate
Les variations de pH et de température dans et d’un alcool conformément à la réaction suivante
l’environnement oral, ainsi que l’accumulation de illustrée dans les figures 7a et 7b.
plaque et la formation de colonies bactériennes à D’une façon générale, la fonction isocyanate
la surface des élastomères, peuvent affecter la struc- –N=C=O avec deux doubles liaisons présentera une
ture, les propriétés de surface, et la conformation grande réactivité de deux types [1] :
des polyuréthanes. Des élastomères récupérés après
– avec des donneurs d’hydrogène (eau, alcools,
peu de temps de port en bouche montrent une sur-
amines),
face protéique avec peu de trace de minéralisation
– ou avec un autre isocyanate (dimérisation, trimé-
du phosphate. Après trois semaines, il y a précipita-
risation).
tion des ions Ca et P, formant des phosphates de cal-
cium à la surface des modules élastomériques. Ces Les segments esters augmentent les propriétés de ré-
phénomènes sont similaires à ceux observés lorsque sistance à l’usure, la capacité de résistance à l’élon-
des biomatériaux sont exposés à des fluides corpo- gation ainsi que la résistance chimique et la stabilité
rels [11]. aux UV.
Les segments éthers sont préférés pour accroître
4. Utilisations orthodontiques la flexibilité à basse température, augmenter la ré-
sistance aux attaques microbiennes et décroître les
des élastomères
dégradations de type hydrolytique.
Les polyuréthanes constituent le composant prin- Les fournisseurs sont très imprécis quant à la
cipal des matériaux élastomériques en orthodontie. composition des ligatures et chaînettes. De plus, il
62 Orthod Fr 2009;80:55–68

n’est jamais mentionné le nombre de monomère ré- Des études in vitro après 12 semaines d’étirement
Chapitre 1

siduel, surtout lorsque l’on utilise des polymères de des ligatures élastomériques montrent qu’il existe
diisocyanate (très toxiques). des différences de déperdition de force entre liga-
Composition générale des élastomères [1] : tures claires et colorées et qu’il existe également
– Polymère (appelé parfois « résine ») qui confère des différences entre les différentes marques de li-
ses principales propriétés au matériau. gatures [33].
– Charges ou produits de renforcement qui aug- Une étude de 1996 [36] a montré que la désinfec-
mentent le module d’élasticité, la ténacité (résis- tion des ligatures et chaînettes entre chaque patient
tance à la rupture), la résilience (résistance au pouvait créer des dégradations et des porosités, donc
choc). Les charges sont minérales (craie, talc, pouvait endommager la structure de la ligature ; sans
mica, amiante) ou organiques (farine de bois, cel- compter que cela peut engendrer des contaminations
lulose pure). croisées. Le mieux est d’utiliser un seul stick de liga-
– Adjuvants : plastifiants qui rendent le polymère ture propre à chaque patient.
plus flexible et plus huileux au toucher, dimi- Une étude sur les effets de la désinfection [22] a
nuent la température de transition vitreuse, sta- montré que le type de désinfectant a un effet sur la
bilisants qui évitent la dégradation du polymère température de transition vitreuse : après 1 h d’ex-
sous l’augmentation de la température, colorants, position à un désinfectant, la force diminue signifi-
pigments, lubrifiants internes. cativement, et la température de transition vitreuse
est également affectée, mais de façon différente selon
4.1. Ligatures élastomériques les désinfectants.

Leur composant principal est un polyuréthane. 4.1.2. Friction et ligatures élastomériques


Certaines ligatures sont des polyuréthanes avec in-
jection de silicone. Le principal défaut des ligatures élastomériques
Les ligatures élastomériques sont utilisées pour est qu’elles engendrent de la friction [29,30]. Ceci est
solidariser l’arc dans la gorge du bracket. un inconvénient majeur dans les techniques de glis-
Une étude sur les caractéristiques des ligatures et sement. De nombreuses études ont étudié ce phéno-
de la force délivrée [49] montrent : mène et ont démontré l’intérêt d’utiliser des ligatures
– une corrélation positive entre épaisseur et force métalliques ou des brackets autoligaturants.
délivrée, Pour pallier cet inconvénient, les fabricants ont
– une corrélation négative entre diamètre interne et mis sur le marché des ligatures recouvertes. Des
force délivrée, études in vitro ont montré que :
– une corrélation faible entre diamètre externe et – Les modules élastiques recouverts de Metafasix
force délivrée. (liaisons covalentes) présentent 50 % de friction en
moins par rapport aux autres méthodes de ligature
Les ligatures grises délivrent moins de force que les
(sauf brackets autoligaturants) [25].
ligatures métalliques [29, 30].
– Les modules élastiques imprégnés de silicone
réduiraient de même la friction de 23 % à 43 % par
4.1.1. Déperdition de force
rapport aux ligatures non lubrifiées. La salive n’aurait
Selon une étude de Taloumis, et al. [49] sur la dé- pas d’effet délétère sur le revêtement [25].
perdition de forces des ligatures élastomériques dans – Les ligatures petites et medium ont une fric-
un milieu buccal expérimental : la perte est exponen- tion réduite de 13–17 % par rapport aux ligatures
tielle et atteint 50–60 % durant les premières 24 h, larges ; les ligatures lubrifiées une friction réduite de
puis la force continue à diminuer pendant 7 à 10 j. 23–24 % par rapport aux non-lubrifiées [13].
Enfin, des signes de déformation permanente et d’al-
tération de la forme deviennent évidents. 4.1.3. Relarguage de fluor
L’humidité et la chaleur amplifient la perte de
force et la déformation permanente des ligatures Les résultats contradictoires obtenus par les diffé-
élastomériques [49]. rentes études concernant les ligatures élastomériques
Pic A. Les matériaux élastomériques 63

relarguant du fluor sont dus aux variations dans les – traction des dents incluses.

Chapitre 1
protocoles expérimentaux des études in vitro [11]. Les chaînettes élastomériques existent sous diffé-
– Certains auteurs comme Wilson ont montré que rentes formes :
pendant une période de deux semaines les colo- – chaînettes à modules serrés,
nies locales de Streptococcus mutans sont sur le dé- – chaînettes à modules rapprochés,
clin [53] et que la microdureté de l’émail adjacent – chaînettes à modules espacés.
est augmentée sur 20 μm de profondeur [54].
Bien que le taux d’élution a été caractérisé dans Elles peuvent être transparentes, grises, ou de diffé-
une étude comme subissant un fort déclin après rentes couleurs.
trois semaines, Wiltshire a reporté une élution
mesurable après six mois in vitro [55, 56]. 4.2.1. Composition
Le problème de la majorité de ces études est
qu’elles sont réalisées in vitro, et que la com- La composition exacte des chaînettes est gardée
plexité du milieu intrabuccal rend ces résultats secrète par les différents fabricants de matériel or-
peu transposables. thodontique. Le composant principal est également
Le relarguage de fluor serait plus important in un polyuréthane.
vivo que in vitro [50]. La polymérisation synthétique ne produit pas,
Des essais cliniques [5, 35] ont montré que l’inci- comme la polymérisation naturelle, de longues
dence des décalcifications est moins élevée. Une chaînes moléculaires mais des chaînes plus ou moins
autre étude [15] n’a pas mis en évidence de bé- longues avec rectifications et chaînes latérales. On
néfice anti-cariogène. cherche à obtenir une polymérisation qui aboutira à
Une étude in vivo n’a pas relevé de différence sur la production de chaînes les plus régulières possible.
le nombre de colonies de Streptococcus mutans à La cohésion moléculaire faible est assurée par des
7, 14 et 28 j [38] ; une autre étude a montré liaisons primaires et secondaires. Les chaînes mo-
qu’elles ne diminuent pas la croissance des bac- léculaires linéaires sont repliées sur elles-mêmes et
téries anaérobies et des streptocoques in vivo [8]. leur répartition géométrique est aléatoire [32].
– D’autres auteurs comme Storie, et al. [48] ont
étudié les effets potentiels sur les propriétés mé- 4.2.2. Activation et force délivrée
caniques. Après une semaine, les élastomères re- Les chaînettes élastomériques doivent avoir une
larguant du fluor ne délivreraient plus une force force élastique et un module élastique suffisants pour
suffisante, alors que les élastomères classiques dé- éviter des ruptures prématurées et fournir les ni-
livrent une force requise pendant trois semaines. veaux désirés de force délivrée [11].
L’étirement augmente la quantité de fluor relâ- L‘intensité de la force initiale est très variable
chée [42]. en fonction des produits utilisés par les fabricants.
Une étude a même montré qu’en présence La littérature est confuse au sujet des allongements
de ligatures fluorées la température gingivale requis pour générer des forces compatibles avec
augmente de 0,3 ◦ C, ce qui n’a pas de réelle si- des mouvements dentaires efficaces. Quelques-unes
gnification clinique [4]. de ces chaînettes, étirées à 100 % de leur lon-
gueur initiale, génèrent des forces d’intensité exces-
4.2. Chaînettes élastomériques sive (450 g), conduisant les chercheurs à recomman-
der un étirement de 50 à 75 %. D’autres chaînettes,
Avec l’essor des techniques d’arc droit, l’utilisa- étirées à 100 %, donnent des forces acceptables de
tion de chaînettes est devenue indispensable pour 300 g. Le praticien doit donc utiliser un dynamo-
différentes phases de traitement : mètre [6].
– fermer des espaces, Les chaînettes à modules espacés délivrent des
– maintenir des dents entre elles, forces initiales plus légères pour un même étirement
– corriger des rotations, et subissent, sous l’effet de la tension, une déperdi-
– recul canin, incisif, tion de force supérieure à celle des chaînettes ser-
– mésialisation des secteurs postérieurs, rées [6, 14].
64 Orthod Fr 2009;80:55–68

4.2.3. Déperdition de la force délivrée


Chapitre 1

Dans l’idéal, la déperdition de force entre deux


activations serait minimale et la force générée d’in-
tensité constante pendant cette période. Malheureu-
sement, d’après de nombreuses études, il semble que
la déperdition de force ne se fasse pas de manière
optimale.
Dans les années soixante-dix, les études sur la re-
laxation montraient que les chaînettes perdaient en
moyenne 50 % de leur force initiale au bout de 24 h
et 70 % au bout de quatre semaines [32].
Selon une revue de la littérature de 1970 à
Figure 8
1994 [6], tous les auteurs s’accordent pour dire que
Dépendance entre la vitesse d’extension et la relaxation d’un
la déperdition de force des chaînettes est plus im- module élastomérique en polyuréthane (d’après Kovatch,
portante le premier jour, puis elle est ensuite régu- et al. voir [6]).
lière et beaucoup plus faible. Cette déperdition est
en moyenne de 40 à 60 % de la force initiale au bout
variabilité de la longueur entre les modules, et la
de quatre semaines en fonction des différentes chaî-
forme des modules) [19].
nettes et des différentes études.
Plus la chaînette est étirée, plus la force initiale
Dans les années quatre-vingt-dix, il est montré
délivrée est importante et plus la force résiduelle sera
qu’en moyenne les chaînettes perdent environ 30 %
faible [34].
de leur force initiale au bout de 24 h et 50 à 70 % au
Le mode de déformation joue également un rôle
bout de quatre semaines [32] :
très important [19] (Fig. 8) :
– Étude de relaxation sur les chaînettes « Power – Étirement à un rythme lent ou à haute tempéra-
chain IIR » avec une charge de 300 g : déper- ture : la courbe charge-flexion dévie de la ligne
dition de force de 36,7 % à 5 min, 53 % en 4 se- droite, le matériau est plus compliant.
maines. – Étirement à un rythme rapide ou à basse tempé-
– Étude de fluage : en charge de 300 g, la chaînette rature : le matériau se comporte plus comme un
s’est allongée de 12,7 % à 5 min, 28,8 % en 24 h, corps rigide, car les segments n’ont pas le temps
39,4 % d’allongement en 28 j. d’être mobilisés et il n’y a pas de glissement entre
– Il existe une relation entre les courbes de relaxa- les chaînes.
tion et de fluage.
Les chaînettes sont très sensibles aux chocs ther-
D’un consensus général, il se produit un déclin de la miques et aux variations de température [6].
force de 40 à 50 % durant les premières 24 h, puis Un phénomène de vieillissement thermique des
la déperdition de force continue à un taux plus faible chaînettes peut exister avant leur utilisation en
pendant deux à trois semaines. Ash et Nicolai [2] ont bouche, d’où l’importance du rôle du milieu de
montré que ce phénomène est plus important in vivo conservation.
que in vitro. La désinfection des chaînettes à l’autoclave en-
C’est pourquoi certains recommandent d’éviter traîne une déperdition de leur force [6].
l’utilisation de chaînettes élastomériques, et d’utili- Cependant, une étude [14] a abouti à la conclu-
ser des ressorts en Ni-Ti avec lesquels la déperdition sion que les chaînettes élastomériques soumises à
de force est beaucoup moins importante [46]. un environnement thermique variable (de 15 ◦ C
Les chaînettes à modules espacés présentent des à 45 ◦ C) maintiennent une force résiduelle plus
élongations résiduelles plus importantes que les importante que celles soumises à une température
serrées, ceci serait dû à une élongation importante constante de 37 ◦ C.
au niveau des régions intermodulaires, mais les dif- Les chaînettes perdent moins de force dans
férences varient selon les marques (en raison de la un milieu basique qu’en milieu acide : ainsi une
Pic A. Les matériaux élastomériques 65

Chapitre 1
a b

Figure 9
Images en lumière polarisée (a) après dépose (b) pour une chaînette étirée à 50 % pendant 24 h. Noter la direction des franges
(zones sombres) au milieu de l’espace intermodulaire et à la liaison avec la zone des anneaux. Grossissement × 2,5. (D’après
Brawtley, Eliades [11].)

étude [41] a montré une déperdition de force des – pré-étirement durant une longue durée par
chaînettes élastomériques plus importante dans le Brantley.
Cola et le curcuma que dans l’eau. Le pré-étirement diminuerait seulement de 10 % de
Par contre, il n’y a pas de différence significative la perte de force [6].
concernant la résistance à la traction entre des chaî- Par contre, selon Kim [31], en 2005, l’effet de la
nettes étirées à l’air et en bouche [19]. pré-extension n’est significatif que pendant la pre-
mière heure.
4.2.4. Pré-extension des chaînettes Les chaînettes introduisent dans l’exercice de l’or-
thodontie une imprécision quant aux forces exercées
Un étirement important crée des microdéchirures sur les structures dentaires. Pour chaque type de
(Fig. 9a et 9b) qui partent de la périphérie, et sont chaînette, les fabricants devraient indiquer la force
perpendiculaires à la direction générale de la chaî- exercée en fonction de l’allongement et la déperdi-
nette [11]. Dans les chaînettes espacées, ces micro- tion en fonction du temps. Employer des matériaux
déchirures se trouvent entre les oeillettons [21]. possédant un domaine d’élasticité pur, comme des
Kovatch en 1976 (en [6]) préconisait d’étirer les ressorts métalliques [32] permettrait de connaître
chaînettes doucement lors de leur mise en place pour avec précision les forces appliquées.
augmenter leur efficacité (les chaînettes tendues ra- Des perspectives d’amélioration sont attendues
pidement délivrent une force majorée, celles étirées pour ces matériaux [17] :
plus lentement ont une relaxation minorée). – polymères avec relaxation réduite et prédétermi-
De 1976 à 1992, le pré-étirement est conseillé née,
par de nombreux auteurs car il permet d’obtenir des – emploi de polymères qui relarguent du fluor mais
forces plus régulières et plus constantes et de réduire avec une relaxation améliorée,
la déperdition rapide de leur force [12] : – élastomères recouverts d’un film pour diminuer
– pré-étirement dans de l’eau à 37 ◦ C pendant trois la réactivité, l’absorption d’eau et la dégradation.
semaines mais pas à l’air,
– pré-extension trop importante qui risque d’en- 4.3. Les élastiques
gendrer une déformation plastique [32].
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des
Deux modes de pré-étirement ont été proposés [11] : élastiques synthétiques sont apparus sur le mar-
– technique instantanée proposée par Sandrik et ché pour les patients présentant une allergie au la-
Chang, tex [27].
66 Orthod Fr 2009;80:55–68

La rigidité de l’élastique dépend de sa nature mais 4.4. Élastodontie


Chapitre 1

aussi de son épaisseur : plus il est épais, plus il est


rigide. En 1945, Kesling a introduit le « tooth position-
Pour obtenir la force requise, il faut étirer entre ner », appareil utilisé pour la finition des traitements
2,7 à 5 fois la longueur initiale de l’élastique. La orthodontiques. Depuis, différents matériaux ont été
règle empirique des « trois fois » n’est pas toujours utilisés dont un caoutchouc polyuréthane. Actuelle-
valable [24]. ment est souvent employé un « positionneur » en
Les élastiques présentent également une perte de silicone à basse température. Yoshii à Tokyo a dé-
force très importante durant les trois à cinq pre- veloppé en 1980 le concept de « positionneur dy-
mières heures puis qui se stabilise [24], quels que namique », et a publié des cas cliniques réalisés du
soient la taille, le fabricant, la force délivrée. Le maxi- début de traitement à la contention en deux ou trois
mum de perte serait au cours de la première demi- « positionneurs ». Il utilisait pour cela un silicone à
heure [52]. haute température de vulcanisation, l’Orthocon, en
Les élastiques plus fins ont une déperdition de trois types d’élasticité. Ce concept est alors devenu
force plus importante [7]. l’élastodontie et l’appareil original de Yoshii a été ap-
La relaxation moyenne des élastiques en latex se- pelé l’Osamu.
rait de 25 % [24]. Les élastiques en latex ont une Les dents sont déplacées en utilisant l’élasticité
perte de force plus importante in vivo qu’in vitro ; d’un matériau élastomérique permettant de fabriquer
et plus importante en traction intermaxillaire qu’en une gouttière bimaxillaire à partir d’une maquette
traction intramaxillaire [52]. prévisionnelle (set-up) intégrant les objectifs de trai-
tement et le schéma occlusal recherché. Le matériau
Les élastiques sans latex ont une perte de force si-
élastomérique existe dans trois duretés différentes :
gnificativement plus importante après 24 h (50 % au
bout de 24 h [28]) et sont plus déformables [9, 27] ; – dure, pour les zones d’ancrage ;
c’est pourquoi ils doivent être changés plus souvent – moyenne, pour les déplacements de petite ampli-
que ceux avec latex [23]. tude et la correction des rotations ;
Les différences de relaxation entre élastiques en – souple, pour les mouvements d’ingression,
latex et sans latex sont dues au matériau. La force d’égression, les déplacements importants et la fer-
de rétraction délivrée par des élastiques synthétiques meture des diastèmes.
provient de l’enchevêtrement des chaînes. À l’in- Trois types d’appareils sont actuellement décrits :
verse, les caoutchoucs naturels tels le latex délivrent
– Les élasto-Osamu 1 et 2 sont des appareils à vo-
une force due à des liaisons covalentes et à des ponts
cation fonctionnelle. On peut y adjoindre une
croisés [24]. Il a également été émis l’hypothèse que
force extra-buccale. Une « cire de construction »
différents facteurs environnementaux, comme l’hu-
règle le degré de propulsion mandibulaire sou-
midité et la chaleur, pourraient agir différemment et
haité et un arc interne d’expansion est incorporé
probablement avoir plus d’effets néfastes sur les élas-
à la gouttière.
tiques sans latex en comparaison avec ceux en latex,
– L’elasto-aligneur permet d’aligner les dents. Des
en rapport avec leurs différences de structure [27].
attaches sont souvent collées, surtout si des mou-
L’alimentation n’aurait pas ou peu d’influence vements de troisième ordre sont recherchés.
comme l’a prouvé l’étude de Beattie, et al. en – L’elasto-finisseur est un appareil d’idéalisation
2007 [7] : différents régimes alimentaires n’ont pas des arcades, de finition précise de l’intercuspida-
d’influence ; les élastiques en latex maintiennent la tion [45].
force délivrée après un jour de port.
Une augmentation de la température de l’en-
vironnement a une influence significative sur le
5. Conclusion
mécanisme de dégradation responsable de la dété-
rioration des propriétés mécaniques des élastiques
à base de polyuréthane, alors que l’acidité et le De nombreuses études ont montré des diffé-
contenu en oxygène n’ont pas ou peu d’action [47]. rences de relaxation des matériaux élastomériques
Pic A. Les matériaux élastomériques 67

selon les fabricants. On pourrait retenir différentes [9] Bertoncini C, Cioni E, Grampi B, Gandini P. In vitro prop-

Chapitre 1
causes [11, 20] : erties’ changes of latex and non-latex orthodontic elastics.
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– technique de fabrication (découpe ou moulage [10] Bousquet JA Jr, Tuesta O, Flores-Mir C. In vivo compar-
par injection à partir du matériau à l’état brut), ison of force decay between injection molded and die-
mais une étude [10] n’a pas mis en évidence de cut stamped elastomers. Am J Orthod Dentofacial Orthop
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différence significative de la force résiduelle après
trois semaines in vivo ; [11] Brantley WA, Eliades T. Orthodontic Materials. Scientific
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– effets induits par différents additifs incorporés 310 p.
dans le produit final ;
[12] Chassaing-Wolton I. Mesures des variations des forces
– rigueur des contrôles qualité ; délivrées par les chaînettes élastomériques en fonction de
– forme ellipsoïde ou circulaire des modules ; leurs altérations dans le temps (étude in vitro et in vivo).
– diamètre des modules. Mémoire CECSMO. Paris: Université D. Diderot, 1996.
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