Propriétés des élastomères en orthodontie
Propriétés des élastomères en orthodontie
c EDP Sciences, SFODF, 2009 [Link]
DOI: 10.1051/orthodfr/2008030
Chapitre 1
Les matériaux élastomériques
Aurélie Pic*
75 avenue Henri Delecaux, 59130 Lambersart, France
Figure 1
Force de rétraction élastique entre les extrémités de la chaîne d’un élastomère (d‘après Mercier, et al. [37]).
La vulcanisation est un traitement par le soufre et points de réticulation, des enchevêtrements ou en-
la chaleur qui permet d’améliorer les propriétés en core des liaisons polaires avec des charges minérales.
provoquant l’établissement de liaisons intermolécu- Elles forment un réseau.
laires qui augmentent la stabilité du caoutchouc tout Les propriétés mécaniques des élastomères dé-
en lui conservant ses propriétés d’élasticité. pendent en premier lieu de la longueur des chaînes
Pour donner forme à leurs produits, les compa- entre les nœuds du réseau. Plus cette longueur est
gnies de matériaux orthodontiques utilisent ensuite faible (réseau dense) plus l’élastomère est rigide.
l’un ou l’autre de ces deux types de processus de fa- En extension ou en torsion du matériau, les
brication [11] : chaînes moléculaires se déplient et adoptent un
– le moulage par injection, ordre linéaire qui est réalisé aux dépens des liai-
– le matriçage « die stamping », qui confère au ma- sons secondaires, les liaisons primaires restant ef-
tériau des qualités physiques plus constantes. fectives. L’arrêt des contraintes d’extension-torsion
La structure élastomérique du produit fini diffère permet donc aux chaînes moléculaires de retrouver
selon les maisons dentaires. Par conséquent, leurs leur configuration passive, repliée et aléatoire (dé-
propriétés et les forces qu’ils délivrent varient éga- formation élastique), à condition que les contraintes
lement [44]. n’aient pas rompu les liaisons primaires, auquel cas
Peu de données sont disponibles sur le proces- la déformation devient irréversible (passage dans le
sus de pigmentation ; si les pigments peuvent for- domaine plastique) [37].
mer des ponts avec le polymère alors il existe un
risque potentiel de modifier les propriétés des élas- 2. Propriétés mécaniques
tomères [11].
En comparant les élastomères colorés de trois 2.1. Déformation et élasticité
marques différentes, Renick n’a mis en évidence une Toute force appliquée à un matériau se traduit par
modification de la température de transition vitreuse une déformation. Cette déformation à l’échelle mi-
que pour l’une d’entre elles [44]. croscopique entraîne l’apparition d’une force de ré-
Les élastomères contiennent de 50 à 60 % de traction qui tend à restituer à l’échantillon sa forme
polymères. Le reste est composé de charges, agents originale. Si la force de rétraction est constante
de vulcanisation, accélérateurs, produits retardant le dans le temps, le matériau a un comportement élas-
vieillissement et d’autres additifs qui permettent de tique [37].
modifier la matière première, afin de répondre aux Presque tous les matériaux ont une réponse élas-
exigences d’une application définie. tique mais seulement pour de petites déformations
(environ 0,1 %) et cette déformation (ε) est propor-
1.2. Structure moléculaire et dynamique tionnelle à la contrainte σ appliquée (loi de Hooke) :
σ = E ε . La loi de Hooke décrit que, pour de petites
Un élastomère est constitué de longues chaînes déformations, la déformation (ε) est quasiment pro-
moléculaires rassemblées, au repos, en « pelotes » portionnelle à la contrainte appliquée dans de nom-
(Fig. 1). Ces chaînes sont reliées entre elles par des breux matériaux (E = module de Young). Au-delà,
Pic A. Les matériaux élastomériques 57
Chapitre 1
température de transition vitreuse, ils sont relative-
ment rigides, alors qu’au-dessus de cette tempéra-
ture, ces matériaux deviennent hautement flexibles
avec une activation thermique. Plus la température
de transition vitreuse est élevée, plus le polymère est
rigide, et la formation d’un polymère plus rigide est
associée avec une force délivrée plus importante, ou
en d’autres termes, avec un module élastique plus
élevé. Ils contiennent aussi très souvent une seconde
phase de polymère cristallin qui subit une fusion au
dessus de la température de transition vitreuse [11].
La déformation qui résulte de l’application d’une
force de traction est l’allongement. L’allongement de
l’élastomère est instantané sous l’effet d’une tension
et atteint des proportions importantes en relation
Figure 2 avec un faible module de rigidité initial. Ils sont
Variation du module d’élasticité des polymères en fonction de capables de s’allonger élastiquement de 300 % ou
la température (d’après Brantley, Eliades [11]). même plus, allongement qui disparaît à la décharge.
Cependant, l’allongement devient de plus en plus
ils subissent un phénomène irréversible : la plu- difficile au fur et à mesure que la contrainte aug-
part d’entre eux gardent une déformation plastique mente d’intensité. Le module de rigidité, initiale-
qui change leur forme de manière permanente. Les ment faible, augmente pour atteindre son maximum
élastomères présentent un faible module d’élasticité au moment de la rupture de l’échantillon. L’élasto-
ou module de Young : 0,01 à 0,1 GPa (diamant : mère étiré, observé aux rayons X, présente un arran-
1000 GPa). gement spécifique comparable à un état cristallin et
La rigidité des polymères varie en fonction des c’est cette cristallisation du matériau qui entraînerait
forces intermoléculaires entre les chaînes. Le module un renforcement et l’augmentation du module de ri-
d’élasticité des polymères dépend également de la gidité [32].
température [16] (Fig. 2). La rigidité du réseau dépend de la longueur et
Ce qui rend les élastomères particuliers, c’est leur de la nature chimique des chaînes polyols entre
capacité de collisions élastiques (conservation de les ponts « uréthanes ». Pour des chaînes de même
l’énergie cinétique totale des corps qui se heurtent, nature chimique, plus les chaînes sont courtes, plus
et conservation de la quantité de mouvement si ab- les ponts sont rapprochés, et plus le système est ri-
sence de frottement) tels le rebond et l’étirement gide [3].
élastique, qui leur permet de reprendre leur forme A contrario, les élastomères sont des matériaux in-
initiale après étirement. Cette caractéristique spéciale compressibles (ou très peu compressibles) : coeffi-
est acquise par l’enchevêtrement de longues chaînes cient de Poisson de 0,5.
polymériques.
Les propriétés des élastomères dépendent de leur
2.3. Force de rupture
degré de réticulation ; c’est ainsi que les propriétés
du caoutchouc varient en fonction de la quantité de
soufre utilisée lors de la vulcanisation, en vue de lier Elle correspond à la force qui va provoquer la
les chaînes les unes aux autres [16]. rupture de l’élément élastique. L’allongement de rup-
ture est de l’ordre de 1000 % et peut être porté à
2.2. Allongement et module de rigidité 10000 % après quelques étirements – relâchements.
Ce phénomène appelé « rackage » est dû à l’appa-
Les élastomères subissent une transition vitreuse rition d’une structure fibreuse au sein de l’élasto-
en dessous de la température ambiante (de –50 ◦ C mère. En orthodontie, cette notion est peu retenue,
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Chapitre 1
Temps
Temps
Figure 3
Charge et décharge d’un matériau viscoélastique. La déformation élastique initiale instantanée correspond à 1, et la région entre
1 et 2 est une combinaison de la déformation retardée et de la déformation permanente. La première portion de la courbe de
décharge entre 2 et 3 est la récupération de la déformation élastique instantanée. La déformation plastique permanente est
désignée en 4. (D’après Brantley, Eliades [11].)
car l’étirement initial des chaînettes est très en deçà matériau est toujours élastique : en relâchant la
de ce seuil de rupture [1]. contrainte, on décrit la même courbe que lorsque la
Les élastomères sont donc caractérisés par une courbe croissait, et toute l’énergie stockée pendant la
grande résistance mécanique : capacité élevée à évi- mise en charge est récupérée à la décharge [12].
ter l’effondrement par déformation plastique ou par Les modules élastomériques composés d’uré-
rupture. thane présentent une élasticité dite caoutchoutique :
Le caoutchouc naturel présente une faible ré- la courbe charge / allongement n’est pas linéaire
sistance à la traction (Rm) : 30 MPa (acier : (comme pour les métaux et les céramiques) mais
760–1280 MPa). incurvée. La limite élastique se situe au change-
ment d’inflexion [11]. La déformation élastique n’est
2.4. Viscoélasticité : comportement élastique donc pas proportionnelle à la charge qui la provoque
non linéaire (Fig. 4). La proportionnalité entre la contrainte et la
déformation n’est pas constante, comme l’exprime
D’autres comportements existent où le domaine la loi de Hooke. Lorsque la contrainte est nulle,
élastique peut ne pas être linéaire. C’est le cas des ces matériaux sont amorphes ; leurs chaînes tendant
élastomères ou caoutchoucs pour lesquels charge toutefois à s’aligner au cours de la déformation, il se
et contrainte ne restent pas proportionnelles. Les produit une augmentation de la rigidité [16].
chaînes de polymères sont d’abord, sous l’effet de la L’étude de comportement viscoélastique né-
contrainte, alignées, ce qui donne une appréciable cessite de préciser la durée d’application de la
déformation élastique sous faible contrainte. Ensuite, contrainte [16]. De plus, l’environnement des po-
les chaînes sont étirées, toujours dans le domaine lymères est un paramètre très important dans leur
élastique, et les distances inter-atomiques allongées : comportement à long terme et en particulier la
c’est la déformation élastique retardée ou déforma- présence d’eau, d’électrolytes ou d’autres compo-
tion viscoélastique [11, 16]. L’effet global conduit à sés [26].
une élasticité non linéaire (Fig. 3). Si la contrainte La vitesse de la contrainte joue également un
se poursuit, une déformation plastique apparaît. Le rôle : il est recommandé d’activer doucement in vivo
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Chapitre 1
relaxation et le fluage.
On appelle fluage d’un matériau, le phénomène
de déformation irréversible qui augmente avec le
temps sous l’effet d’une contrainte constante (Fig. 5).
Dans une expérience de fluage, on impose un
échelon de contrainte et on évalue la déformation au
cours du temps.
La vitesse de fluage augmente généralement avec
la température du matériau. La déformation par
fluage peut se modéliser comme un frottement
fluide, du type amortisseur de suspension de voi-
ture. De la même manière que pour la déformation
plastique, le fluage est toujours associé à de la défor-
Figure 4 mation élastique. On peut voir le fluage comme un
Courbe charge/allongement (d’après Ebaïlon, Dorlot [16]). « retard à la déformation » : si l’on impose une dé-
formation, on a d’abord une réponse élastique, puis
la force diminue bien que la déformation soit main-
pour obtenir un minimum de dégradation de la tenue constante.
force [11]. La relaxation est la diminution de la force pour
un allongement constant, elle est due à différentes
2.5. Mémoire évanescente déformations engendrées par l’allongement de l’élas-
tomère.
Dans les matériaux viscoélastiques, les défor- La relaxation consiste à imposer au matériau un
mations déterminées au moment de référence dé- échelon de déformation, et à observer l’évolution de
pendent de toute l’histoire des contraintes méca- la contrainte au cours du temps (Fig. 6).
niques subies par le matériau auparavant. Ce type Comme tout matériau viscoélastique, l’élasto-
de matériau est appelé « matériau à mémoire éva- mère est très dépendant de la vitesse de déformation
nescente », car il garde en mémoire les déformations à laquelle on le soumet.
subies au cours de sa fabrication et durant son uti- Les déplacements dentaires ne doivent pas être
lisation mais l’effet de ces contraintes s’estompe au négligés : plus la vitesse de déplacement augmente,
cours du temps. C’est pourquoi certains auteurs re- plus la déperdition de force augmente également [1].
commandent de pré-étirer les chaînettes [32].
3.2. Biodégradation environnementale
3. Vieillissement et biodégradation
Toutes les études montrent que la déperdition de
force est plus importante in vivo que in vitro [6, 32].
3.1. Biodégradation fonctionnelle
La dégradation des propriétés physiques et chi-
Les composants élastomériques sont incapables miques au sein du milieu humide et agressif que
d’exercer une force d’intensité constante pendant constitue la cavité buccale est un facteur d’aggrava-
une longue période. tion du vieillissement et de la porosité des élasto-
mères.
Ceci est en partie lié au comportement viscoélas-
En bouche, différents facteurs vont influer :
tique.
En élasticité, la relation entre contrainte et défor- – facteurs chimiques : salive (enzymes, flore bacté-
mation est indépendante du mode d’application de rienne complexe), nourriture, hygiène,
la contrainte ou de la déformation. En viscoélasti- – facteurs thermiques : variations de température
cité, ce n’est pas le cas et il faut préciser le protocole des aliments,
expérimental utilisé pour appliquer la contrainte ou – variations de pH,
la déformation. – facteurs mécaniques : mastication, brossage.
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Chapitre 1
Figure 5
Expression du fluage d’un matériau visco-élastique (d’après Montandreau [39]).
Figure 6
Deux modes de déformation rencontrés en visco-élasticité. (a) : Relaxation des contraintes. (b) : Fluage. (D’après Mercier,
et al. [37].)
Huget, et al. (en [11]) ont observé que l’eau agit Eliades, et al. [18] ont étudié les modules élas-
comme un plastifiant en fragilisant les forces inter- tomériques in vivo. Après 24 h d’exposition, la
moléculaires des polyuréthanes, conduisant à une surface des modules est recouverte d’un film pro-
dégradation chimique. Ces effets délétères seraient téique discontinu riche en groupements alcool et
dus à la susceptibilité à l’hydrolyse des groupements avec peu de minéralisation de potassium et de so-
ester ou ether. dium. Après trois semaines, le film protéique devient
Pic A. Les matériaux élastomériques 61
Chapitre 1
a
Figure 7
Structure générale d’un groupement uréthane (OCONH) formé par réaction d’un diol (a) et d’un diisocyanate (b) (d’après Brantley,
Eliades [11]).
très minéralisé, composé de phosphate de calcium Les polyuréthanes sont des matériaux dont les
avec des impuretés à base de carbonate et d’acide performances sont très variées selon les associations
phosphate. L’analyse aux rayons X révèle une répar- chimiques que l’on réalise. On trouvera aussi bien
tition uniforme de K, Na, Cl, et S pour les numé- des variétés thermoplastiques que des variétés ther-
ros atomiques bas, alors que dans les numéros ato- modurcissables ou élastomériques.
miques élevés, on retrouve essentiellement du Ca et Ils peuvent être obtenus par polymérisation, po-
du P. Cette absorption de protéines peut ensuite agir lycondensation ou polyaddition.
comme nucléi et former des dépôts de microcristaux Un polyuréthane est un polymère d’uréthane,
de Na, K, et Cl, qui peuvent compromettre les per- une molécule organique. On appelle uréthane tout
formances des modules. composé produit par la réaction d’un isocyanate
Les variations de pH et de température dans et d’un alcool conformément à la réaction suivante
l’environnement oral, ainsi que l’accumulation de illustrée dans les figures 7a et 7b.
plaque et la formation de colonies bactériennes à D’une façon générale, la fonction isocyanate
la surface des élastomères, peuvent affecter la struc- –N=C=O avec deux doubles liaisons présentera une
ture, les propriétés de surface, et la conformation grande réactivité de deux types [1] :
des polyuréthanes. Des élastomères récupérés après
– avec des donneurs d’hydrogène (eau, alcools,
peu de temps de port en bouche montrent une sur-
amines),
face protéique avec peu de trace de minéralisation
– ou avec un autre isocyanate (dimérisation, trimé-
du phosphate. Après trois semaines, il y a précipita-
risation).
tion des ions Ca et P, formant des phosphates de cal-
cium à la surface des modules élastomériques. Ces Les segments esters augmentent les propriétés de ré-
phénomènes sont similaires à ceux observés lorsque sistance à l’usure, la capacité de résistance à l’élon-
des biomatériaux sont exposés à des fluides corpo- gation ainsi que la résistance chimique et la stabilité
rels [11]. aux UV.
Les segments éthers sont préférés pour accroître
4. Utilisations orthodontiques la flexibilité à basse température, augmenter la ré-
sistance aux attaques microbiennes et décroître les
des élastomères
dégradations de type hydrolytique.
Les polyuréthanes constituent le composant prin- Les fournisseurs sont très imprécis quant à la
cipal des matériaux élastomériques en orthodontie. composition des ligatures et chaînettes. De plus, il
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n’est jamais mentionné le nombre de monomère ré- Des études in vitro après 12 semaines d’étirement
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siduel, surtout lorsque l’on utilise des polymères de des ligatures élastomériques montrent qu’il existe
diisocyanate (très toxiques). des différences de déperdition de force entre liga-
Composition générale des élastomères [1] : tures claires et colorées et qu’il existe également
– Polymère (appelé parfois « résine ») qui confère des différences entre les différentes marques de li-
ses principales propriétés au matériau. gatures [33].
– Charges ou produits de renforcement qui aug- Une étude de 1996 [36] a montré que la désinfec-
mentent le module d’élasticité, la ténacité (résis- tion des ligatures et chaînettes entre chaque patient
tance à la rupture), la résilience (résistance au pouvait créer des dégradations et des porosités, donc
choc). Les charges sont minérales (craie, talc, pouvait endommager la structure de la ligature ; sans
mica, amiante) ou organiques (farine de bois, cel- compter que cela peut engendrer des contaminations
lulose pure). croisées. Le mieux est d’utiliser un seul stick de liga-
– Adjuvants : plastifiants qui rendent le polymère ture propre à chaque patient.
plus flexible et plus huileux au toucher, dimi- Une étude sur les effets de la désinfection [22] a
nuent la température de transition vitreuse, sta- montré que le type de désinfectant a un effet sur la
bilisants qui évitent la dégradation du polymère température de transition vitreuse : après 1 h d’ex-
sous l’augmentation de la température, colorants, position à un désinfectant, la force diminue signifi-
pigments, lubrifiants internes. cativement, et la température de transition vitreuse
est également affectée, mais de façon différente selon
4.1. Ligatures élastomériques les désinfectants.
relarguant du fluor sont dus aux variations dans les – traction des dents incluses.
Chapitre 1
protocoles expérimentaux des études in vitro [11]. Les chaînettes élastomériques existent sous diffé-
– Certains auteurs comme Wilson ont montré que rentes formes :
pendant une période de deux semaines les colo- – chaînettes à modules serrés,
nies locales de Streptococcus mutans sont sur le dé- – chaînettes à modules rapprochés,
clin [53] et que la microdureté de l’émail adjacent – chaînettes à modules espacés.
est augmentée sur 20 μm de profondeur [54].
Bien que le taux d’élution a été caractérisé dans Elles peuvent être transparentes, grises, ou de diffé-
une étude comme subissant un fort déclin après rentes couleurs.
trois semaines, Wiltshire a reporté une élution
mesurable après six mois in vitro [55, 56]. 4.2.1. Composition
Le problème de la majorité de ces études est
qu’elles sont réalisées in vitro, et que la com- La composition exacte des chaînettes est gardée
plexité du milieu intrabuccal rend ces résultats secrète par les différents fabricants de matériel or-
peu transposables. thodontique. Le composant principal est également
Le relarguage de fluor serait plus important in un polyuréthane.
vivo que in vitro [50]. La polymérisation synthétique ne produit pas,
Des essais cliniques [5, 35] ont montré que l’inci- comme la polymérisation naturelle, de longues
dence des décalcifications est moins élevée. Une chaînes moléculaires mais des chaînes plus ou moins
autre étude [15] n’a pas mis en évidence de bé- longues avec rectifications et chaînes latérales. On
néfice anti-cariogène. cherche à obtenir une polymérisation qui aboutira à
Une étude in vivo n’a pas relevé de différence sur la production de chaînes les plus régulières possible.
le nombre de colonies de Streptococcus mutans à La cohésion moléculaire faible est assurée par des
7, 14 et 28 j [38] ; une autre étude a montré liaisons primaires et secondaires. Les chaînes mo-
qu’elles ne diminuent pas la croissance des bac- léculaires linéaires sont repliées sur elles-mêmes et
téries anaérobies et des streptocoques in vivo [8]. leur répartition géométrique est aléatoire [32].
– D’autres auteurs comme Storie, et al. [48] ont
étudié les effets potentiels sur les propriétés mé- 4.2.2. Activation et force délivrée
caniques. Après une semaine, les élastomères re- Les chaînettes élastomériques doivent avoir une
larguant du fluor ne délivreraient plus une force force élastique et un module élastique suffisants pour
suffisante, alors que les élastomères classiques dé- éviter des ruptures prématurées et fournir les ni-
livrent une force requise pendant trois semaines. veaux désirés de force délivrée [11].
L’étirement augmente la quantité de fluor relâ- L‘intensité de la force initiale est très variable
chée [42]. en fonction des produits utilisés par les fabricants.
Une étude a même montré qu’en présence La littérature est confuse au sujet des allongements
de ligatures fluorées la température gingivale requis pour générer des forces compatibles avec
augmente de 0,3 ◦ C, ce qui n’a pas de réelle si- des mouvements dentaires efficaces. Quelques-unes
gnification clinique [4]. de ces chaînettes, étirées à 100 % de leur lon-
gueur initiale, génèrent des forces d’intensité exces-
4.2. Chaînettes élastomériques sive (450 g), conduisant les chercheurs à recomman-
der un étirement de 50 à 75 %. D’autres chaînettes,
Avec l’essor des techniques d’arc droit, l’utilisa- étirées à 100 %, donnent des forces acceptables de
tion de chaînettes est devenue indispensable pour 300 g. Le praticien doit donc utiliser un dynamo-
différentes phases de traitement : mètre [6].
– fermer des espaces, Les chaînettes à modules espacés délivrent des
– maintenir des dents entre elles, forces initiales plus légères pour un même étirement
– corriger des rotations, et subissent, sous l’effet de la tension, une déperdi-
– recul canin, incisif, tion de force supérieure à celle des chaînettes ser-
– mésialisation des secteurs postérieurs, rées [6, 14].
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Chapitre 1
a b
Figure 9
Images en lumière polarisée (a) après dépose (b) pour une chaînette étirée à 50 % pendant 24 h. Noter la direction des franges
(zones sombres) au milieu de l’espace intermodulaire et à la liaison avec la zone des anneaux. Grossissement × 2,5. (D’après
Brawtley, Eliades [11].)
étude [41] a montré une déperdition de force des – pré-étirement durant une longue durée par
chaînettes élastomériques plus importante dans le Brantley.
Cola et le curcuma que dans l’eau. Le pré-étirement diminuerait seulement de 10 % de
Par contre, il n’y a pas de différence significative la perte de force [6].
concernant la résistance à la traction entre des chaî- Par contre, selon Kim [31], en 2005, l’effet de la
nettes étirées à l’air et en bouche [19]. pré-extension n’est significatif que pendant la pre-
mière heure.
4.2.4. Pré-extension des chaînettes Les chaînettes introduisent dans l’exercice de l’or-
thodontie une imprécision quant aux forces exercées
Un étirement important crée des microdéchirures sur les structures dentaires. Pour chaque type de
(Fig. 9a et 9b) qui partent de la périphérie, et sont chaînette, les fabricants devraient indiquer la force
perpendiculaires à la direction générale de la chaî- exercée en fonction de l’allongement et la déperdi-
nette [11]. Dans les chaînettes espacées, ces micro- tion en fonction du temps. Employer des matériaux
déchirures se trouvent entre les oeillettons [21]. possédant un domaine d’élasticité pur, comme des
Kovatch en 1976 (en [6]) préconisait d’étirer les ressorts métalliques [32] permettrait de connaître
chaînettes doucement lors de leur mise en place pour avec précision les forces appliquées.
augmenter leur efficacité (les chaînettes tendues ra- Des perspectives d’amélioration sont attendues
pidement délivrent une force majorée, celles étirées pour ces matériaux [17] :
plus lentement ont une relaxation minorée). – polymères avec relaxation réduite et prédétermi-
De 1976 à 1992, le pré-étirement est conseillé née,
par de nombreux auteurs car il permet d’obtenir des – emploi de polymères qui relarguent du fluor mais
forces plus régulières et plus constantes et de réduire avec une relaxation améliorée,
la déperdition rapide de leur force [12] : – élastomères recouverts d’un film pour diminuer
– pré-étirement dans de l’eau à 37 ◦ C pendant trois la réactivité, l’absorption d’eau et la dégradation.
semaines mais pas à l’air,
– pré-extension trop importante qui risque d’en- 4.3. Les élastiques
gendrer une déformation plastique [32].
Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des
Deux modes de pré-étirement ont été proposés [11] : élastiques synthétiques sont apparus sur le mar-
– technique instantanée proposée par Sandrik et ché pour les patients présentant une allergie au la-
Chang, tex [27].
66 Orthod Fr 2009;80:55–68
selon les fabricants. On pourrait retenir différentes [9] Bertoncini C, Cioni E, Grampi B, Gandini P. In vitro prop-
Chapitre 1
causes [11, 20] : erties’ changes of latex and non-latex orthodontic elastics.
Prog Orthod 2006;7:76–84.
– technique de fabrication (découpe ou moulage [10] Bousquet JA Jr, Tuesta O, Flores-Mir C. In vivo compar-
par injection à partir du matériau à l’état brut), ison of force decay between injection molded and die-
mais une étude [10] n’a pas mis en évidence de cut stamped elastomers. Am J Orthod Dentofacial Orthop
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trois semaines in vivo ; [11] Brantley WA, Eliades T. Orthodontic Materials. Scientific
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– effets induits par différents additifs incorporés 310 p.
dans le produit final ;
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– rigueur des contrôles qualité ; délivrées par les chaînettes élastomériques en fonction de
– forme ellipsoïde ou circulaire des modules ; leurs altérations dans le temps (étude in vitro et in vivo).
– diamètre des modules. Mémoire CECSMO. Paris: Université D. Diderot, 1996.
[13] Chimenti C, Franchi L, Di Giuseppe MG, Lucci M. Fric-
De plus, les différentes études in vitro ont des para- tion of orthodontic elastomeric ligatures with different di-
mètres qui diffèrent, les rendant ainsi difficilement mensions. Angle Orthod 2005;75:421–425.
comparables : [14] De Genova DC, McInnes-Ledoux P, Weinberg R,
Shaye R. Force degradation of orthodontic elastomeric
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cielle, fluor, et à différentes températures ; 1985;87:377–384.
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