A.B.
Diallo, UFR SANTE DE THIES QUESTION D’INTERNAT : Maladies infectieuses
FILARIOSES :
I. Introduction :
A. Définition :
Parasitoses dues à des nématodes vivipares filiformes appelées filaires, transmises à
l’homme par des arthropodes
B. Intérêt :
- Problèmes de santé publique : 150 millions de sujets atteints dans le monde, surtout
en zone tropicale
- Maladies tropicales négligées +++
- Gravité / complications :
• Filarioses lymphatiques et loa-loase : préjudices esthétiques
• Onchocercose : 2ème cause mondiale de cécité
• Dracunculose : invalidité
- Prévention +++
II. Signes :
A. Type de description : Filarioses lymphatiques
1. Clinique :
a. Formes typiques :
- Incubation :
• 3 mois en moyenne
• Silencieuse
- Phase aiguë :
Syndrome infectieux associé aux manifestations suivantes, qui peuvent être isolées ou
associées :
• Accidents génitaux aigus :
Lymphangite scrotale, orchi-épididymite
Fugaces, récidivants, associés à une altération de l’état général : asthénie,
anorexie, amaigrissement
• Lymphangites aiguës des membres œdème :
Inflammatoire, douloureux
Fugace, récidivant
Progression centrifuge (de la racine vers les extrémités) : lymphangite
rétrograde
Absence de signes veineux associés
• Lymphangites aiguës profondes douleur :
Aiguë
Thoracique ou abdominale
Fébrile
Evoluant par poussées
• Adénites aiguës :
Surtout axillaires et/ou inguinales
Isolées ou associées à d’autres localisations
- Phase chronique :
Fait suite à des épisodes aigus répétés et apparait plus tardivement ; traduit une stase en
amont d’un obstacle lymphatique :
• Hydrocèle chyleuse
• Varices lymphatiques :
Internes et externes
Rupture lymphorragie, ascite chyleuse, chylothorax, chylolymphurie
• Eléphantiasis des membres, organes génitaux externes, seins : préjudices
esthétiques et fonctionnels
• Adénolymphocèles : pseudotumeurs :
Molles
Non inflammatoires
Localisation axillaire et inguinale
• Adénopathies chroniques : inguinales, épitrochléennes ou axillaires
b. Formes asymptomatiques :
- Microfilarémie isolée
- Souvent associée à une absence de réponse aux tests immunologiques
c. Formes occultes :
- Absence microfilarémie
- Hyperréactivité aux tests immunologiques
- Manifestations pulmonaires + hyper éosinophilie sanguine : « poumon éosinophile
tropical » ou syndrome de Weingarten
2. Paraclinique :
- Hémogramme : hyperéosinophilie
- Intradermoréaction à base d’extraits filariens
- Immunologie : immunofluorescence indirecte, ELISA
- Parasitologie :
• Mise en évidence filaire adulte :
Très rare
Biopsie ganglionnaire
• Mise en évidence microfilaires :
Dans le sang périphérique (ou exceptionnellement dans le liquide chyleux)
Prélèvement sanguin :
Nocturne, entre 22 H et 00 H
Ou après épreuve de provocation à la diéthylcarbamazine : test de
Mazotti (contre-indiqué en zone d’endémie de loa-loase)
Techniques : état frais, goutte épaisse et frottis, techniques de concentration
B. Formes cliniques : formes étiologiques :
LOA-LOASE :
1. Clinique :
a. Formes communes :
- Incubation :
• Dure au moins 3 mois
• Silencieuse
- Phase d’état :
• Signes cutanés :
Prurit généralisé prédominant à la moitié supérieure du corps : face, épaules,
bras, thorax
Fourmillement désagréable ou prurit localisé traduisant le passage du ver
adulte sous la peau cordon palpable et mobile
• Signes oculaires :
Photophobie
Larmoiements
Sensation de corps étranger intraoculaire avec œdème palpébral dus au
passage du ver sous la conjonctive
• Œdèmes de Calabar :
Fugaces et migrateurs
Localisés à la face, aux membres supérieurs et au thorax
- Evolution : en l’absence de traitement, survenue de complications :
• Neurologiques : encéphalite, méningite, parfois hémiplégie
• Cardiaques : endomyocardite fibreuse éosinophilique de Loeffler tableau
d’insuffisance cardiaque globale + hyper éosinophilie
• Rénales : néphropathie interstitielle, glomérulonéphrite avec protéinurie
b. Formes asymptomatiques :
- Majorité des cas en zone d’endémie
- Microfilarémie avec tests immunologiques négatifs
2. Paraclinique :
- Hémogramme : hyperéosinophilie
- Immunologie
- Parasitologie :
• Mise en évidence filaire adulte :
Lors de son passage sous la peau ou sous la conjonctive
Possibilité d’extraction à l’aide d’un vaccinostyle
• Mise en évidence microfilaires :
Prélèvements sanguins entre 10 H et 15 H
Mêmes techniques que ci-dessus
Numération des microfilaires indispensable avant le traitement ++
ONCHOCERCOSE OU CECITE DES RIVIERES :
1. Clinique :
- Syndrome cutané :
• Prurit : intense, isolé ou associé à des lésions de grattage papuleuses (prurigo)
• Gale filariennne ou "craw-craw" : lésions papuleuses, très prurigineuses, parfois
surmontées de vésicules ou de pustules
• Troubles de la pigmentation : hyperpigmentation très prurigineuse au début, puis
dépigmentation tardive aspect "peau de léopard"
• Pachydermie avec lichénification de la peau aspect "peau de lézard"
• Placards érysipélatoïdes : lésions prurigineuses, douloureuses simulant un
érysipèle
- Syndrome kystique ou nodulaire : nodules onchocerquiens ou onchocercomes :
• Masses indolores, dures
• Palpables en regard des plans osseux superficiels : crête iliaque, gril costal, coccyx
• N’évoluent jamais vers la suppuration et se calcifient rarement
- Syndrome oculaire :
• Gravité +++
• Sévérité fonction de la durée et de l’intensité de la maladie
• Kératite, irido-cyclite, chorio-rétinite, atrophie du nerf optique
• Baisse progressive de l’acuité visuelle cécité
- Autres manifestations :
• Lymphœdème
• Adénopathies inguinales
• Onchocercose généralisée : présence microfilaires dans le sang, les viscères
profonds, le liquide céphalorachidien…
2. Paraclinique :
- Hémogramme : hyperéosinophilie
- Tests immunologiques : positifs
- Parasitologie :
• Mise en évidence filaire adulte : au niveau des onchocercomes après biopsie
• Mise en évidence microfilaires :
Biopsies cutanées exsangues (skin snip)
Sang, urines
Examen ophtalmologique à la lampe à fente
DRACUNCULOSE OU MALADIE DU VER DE GUINEE :
1. Clinique :
- Incubation ou phase de maturation du ver :
• Longue (environ 1 an)
• Silencieuse
- Invasion ou phase de migration du ver :
• Migration surtout vers les membres inférieurs, plus rarement vers scrotum,
seins ou articulations
• Signes d’allergie : urticaire généralisée, fièvre
• Ver parfois visible cordon sous-cutané parfois recouvert d’une tuméfaction
inflammatoire avec petite éruption au point où se formera la plaie
- Phase d’état ou de sortie du ver : signes locaux nets :
• Cordon induré palpable, recouvert d’une réaction inflammatoire au site de
migration du ver adulte
• Formation d’une vésicule ou d’une bulle qui se rompt donnant une ulcération au
fond de laquelle on peut voir la cuticule blanchâtre du ver
• Ecoulement d’une sérosité contenant des larves à travers l’ulcération
• Ulcération évolue vers la guérison à la fin de la ponte, après fragmentation et
élimination du ver ou rétraction suivie de calcification
- Complications :
• Réactions articulaires de voisinage arthrites puriformes avec risque de
surinfection
• Rupture du ver dans les tissus réactions allergiques et suppurations
septiques ou aseptiques
• Surinfection de l’ulcération risque phlegmon, gangrène gazeuse, septicémie,
tétanos
2. Paraclinique :
- Hémogramme : hyperéosinophilie
- Parasitologie :
• Mise en évidence ver adulte : cordon sous-cutané, calcifications radiologiques,
arthroscopie
• Mise en évidence larves : sérosité émise au niveau de l’orifice de ponte,
collections du voisinage
III. Diagnostic :
A. Positif :
- Arguments épidémiologiques : zone d’endémie (régions chaudes et humides, Afrique
sub tropicale et tropicale)
- Arguments cliniques : fonction du type de filariose
- Arguments paracliniques : certitude apportée par la parasitologie
B. Différentiel :
1. Filarioses lymphatiques :
Lymphangites bactériennes :
- Syndrome infectieux
- Trainée lymphangitique
- Signes veineux associés
- Recherche microfilaires et sérologie filarienne négatives
2. Loa-loase :
Larva migrans cutané ankylostomienne
3. Onchocercose :
- Devant prurit : gale scabieuse :
• Prurit à recrudescence nocturne / entourage
• Lésions : papules, vésicules
• Sillons scabieux
- Devant kyste :
• Cysticercose cutanée
• Lipome
- Devant syndrome oculaire :
• Trachome
• Kératite herpétique
4. Dracunculose :
- Avant rupture vésicule : varices
- Après rupture : diagnostic différentiel ne pose pas, cuticule visible
C. Etiologique :
1. Filarioses lymphatiques :
- Agents pathogènes : Wuschereria bancrofti, Brugia malayi
- Vecteur : moustiques : culex, anopheles, aedes, mansonia
- Transmission : piqûre de moustique infecté
2. Loa-loase :
- Agent pathogène : Loa loa
- Vecteur : chrysops ou mouche rouge ou taon
- Transmission : piqûre de chrysops infecté
3. Onchocercose :
- Agent pathogène : Onchocerca volvulus
- Vecteur : simulie
- Transmission : piqûre infestante de la simulie
4. Dracunculose :
- Agent pathogène : Dracunculus medinensis
- Vecteur : cyclops
- Transmission : ingestion à travers l’eau de boisson de cyclops parasités
IV. Traitement :
A. Curatif :
1. Buts :
- Eliminer le parasite de l’organisme
- Eviter / traiter les complications
2. Moyens :
- Moyens médicaux :
• Etiologiques :
Microfilaricides :
Diéthyl carbamazine (DEC)
Ivermectine
Albendazole
Macrofilaricides : suramine sodique
• Adjuvants :
Repos au lit
Pansements humides
Antalgiques, anti-inflammatoires
Corticoïdes
Antihistaminiques
- Moyens chirurgicaux : cure d’hydrocèles, d’éléphantiasis du scrotum ou des membres
- Méthode indigène d’extraction du ver dans la dracunculose : enroulement du ver
adulte autour d’une tige de bois, lentement et prudemment (jusqu’à 4 semaines)
3. Indications :
- Filarioses lymphatiques :
• Traitement médical :
Microfilaricides :
DEC : dose progressive, pour atteindre 400 mg/j ou 6mg/kg/j en 2 prises
Ivermectine
Albendazole
Macrofilaricides : suramine sodique : 20 mg/kg/semaine pendant 5 à 6
semaines en IM
Mesures adjuvantes : repos au lit, pansements humides, antalgiques, anti-
inflammatoires, corticoïdes, antihistaminiques
• Traitement chirurgical : cure hydrocèle, éléphantiasis du scrotum ou des
membres
- Loa-loase :
• DEC : 2 protocoles :
Soit cures courte durée à dose d’emblée maximale
Soit cure continue et prolongée
• Ivermectine
• Albendazole
- Onchocercose :
• DEC :
200 mg/j pendant 21 j
Augmentation progressive des doses + antihistaminiques et corticoïdes
• Ivermectine
- Dracunculose :
• Traitement médical décevant
• Méthode indigène d’extraction du ver + antibiotiques, SAT-VAT
B. Préventif :
- Lutte anti vectorielle
- Chimioprophylaxie avec la DEC
- Surveillance épidémiologique
V. Conclusion :