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Olympe de Gouges, déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, 1791.
Homme, es-tu capable d'être juste ? C'est une femme
qui t'en fait la question ; tu ne lui ôteras pas du moins ce
droit. Dis-moi ? Qui t'a donné le souverain empire
d'opprimer mon sexe ? Ta force ? Tes talents ? Observe
5 le créateur dans sa sagesse ; parcours la nature dans
sa grandeur, dont tu sembles vouloir te rapprocher, et
donne-moi, si tu l'oses, l'exemple de cet empire
tyrannique*.
Remonte aux animaux, consulte les éléments, étudie les
végétaux, jette enfin un coup d'œil sur toutes les
10 modifications de la matière organisée ; et rends-toi à
l'évidence quand je t'en offre les moyens. Cherche,
fouille et distingue, si tu le peux, les sexes dans
l'administration de la nature. Partout, tu les trouveras
confondus, partout ils coopèrent avec un ensemble
15 harmonieux à ce chef-d'œuvre immortel.
L'homme seul s'est fagoté un principe de cette exception.
Bizarre, aveugle, boursouflé de sciences et dégénéré,
dans ce siècle de lumières et de sagacité, dans l'ignorance
la plus crasse, il veut commander en despote sur un sexe
20 qui a reçu toutes les facultés intellectuelles ; il prétend
jouir de la Révolution, et réclamer ses droits à l'égalité,
pour ne rien dire de plus.
* : De Paris au Pérou, du Japon à Rome, Le plus sot
animal, à mon avis, c’est l’homme. (notes de l’autrice,
citation des Satires de Boileau, VIII, « De l’homme »,
1667.)