Évolution de la prescription sanguine
Évolution de la prescription sanguine
P. 82 ÉRYTHROPOÏÉTINE
Les indications
sont élargies
P. 86 IATROGÉNIE
Que reste-t-il
des risques infectieux
DOSSIER
des produits sanguins ?
P. 90 SÉCURITÉ SANITAIRE
TRANSFUSION
▼
Quelles sont les étapes
▼
règlementaires d’une
transfusion sanguine ?
M. Kage/BSIP
une thérapeutique sous
« haute surveillance ».
cette tendance s’est poursuivie jusqu’en réduction du nombre de donneurs homo- en santé. Ce document, repris et com-
2002. À l’inverse, depuis 2003, on ob - logues pour une même prise en charge plété sous l’égide de l’Agence française
serve une augmentation de leur consom- transfusionnelle. Les indications de de sécurité sanitaire des produits de
mation, qui s’est nettement accélérée plasma frais congelé ont été, de façon santé, a été remis à jour en 2003.2 Il cons-
depuis 2006. La figure 1 montre l’évolu- réglementaire, strictement limitées dès titue aujourd’hui le référentiel national
tion globale de la consommation de pro- 1991.1 Des groupes de travail multidisci- en matière d’indications de produits san-
duits sanguins labiles, et la figure 2 l’évo- plinaires ont conduit à proposer des guins labiles.
lution sur les cinq dernières années par seuils transfusionnels en médecine,
catégorie de produits sanguins labiles. chirurgie et obstétrique. Parallèlement,
Augmentation des besoins
des techniques d’épargne sanguine (pré-
transfusionnels
Diminution des prescriptions lèvements autologues différés, récupéra- Le simple accroissement de la popula-
de produits sanguins tion peropératoire…) ont été dévelop- tion ne peut expliquer à lui seul cette
labiles jusqu’en 2002 pées, et l’utilisation des concentrés de augmentation, qui devrait atteindre
L’apparition de l’épidémie d’infections plaquettes d’aphérèse (CPA) a été pré- 5,5 % en 2008. Parmi les facteurs vrai-
par le virus de l’immunodéficience conisée, réduisant d’un facteur 6 à 8 le semblablement en cause, trois semblent
humaine (VIH) a clairement été détermi- nombre de donneurs par rapport aux être prépondérants.
nante dans la réduction des prescriptions concentrés de plaquettes issus des dons Vieillissement de la population
de produits sanguins labiles en France. de sang total (CPS). Enfin, la prescrip- Ce facteur est clairement identifié
Malgré un premier cas de transmission tion concentré par concentré a été comme majeur dans l’augmentation de
du VIH par transfusion sanguine observé encouragée, un seul concentré de globu- l’utilisation des produits sanguins labi-
dès 1981, ce n’est que vers 1985-1986 les rouges pouvant suffire à corriger cli- les. Une étude menée par la Société fran-
que les prescripteurs ont perçu l’impor- niquement une anémie mal tolérée, çaise de transfusion sanguine3 a montré
tance du risque de maladies transmissi- même chez un adulte. que l’âge moyen des patients transfusés
bles par transfusion. Ces travaux ont permis l’élaboration est de 70 ans et que la proportion de
Dès lors s’est progressivement imposée d’un premier texte de recommandations sujets transfusés augmente de façon
la volonté de diminuer les risques d’ex- sur les indications de produits sanguins exponentielle à partir de 45 ans (fig. 3).
position par une réduction des indica- labiles, publié en 1998 par l’Agence Une étude sur 5 régions en France sur la
tions des produits sanguins labiles et une nationale d’accréditation et d’évaluation période 2001-20064 confirme ces résul-
FIGURE 1 ÉVOLUTION QUANTITATIVE DE L’UTILISATION DES FIGURE 2 ÉVOLUTION QUANTITATIVE DE L’UTILISATION DES
PRODUITS SANGUINS LABILES EN FRANCE DE 1994 À 2008. PRODUITS SANGUINS LABILES EN FRANCE À PARTIR DE 2002.
3 000 000
125
123
2 500 000
120
118
2 000 000
115
1 500 000
110 110
1 000 000 108
105
500 000 103
0 100
94 995 996 997 998 999 000 001 002 003 004 005 006 007 2002 2003 2004 2005 2006 2007
19 1 1 1 1 1 2 2 2 2 2 2 2 2
Population française CGR Tous PSL Plasmas Plaquettes
CGR Plasma Total Total CP
CGR : concentrés de globules rouges ; CP : concentrés de plaquettes. Les données sont exprimées en prenant pour base 100 l’année 2002 ;
en cinq ans, l’utilisation de concentrés de globules rouges a augmenté de
8 %, celle de plasma de 18 % et celle de concentrés de plaquettes de 23 %,
alors que la population n’a augmenté que de 3,1 %.
PSL : produits sanguins labiles ; CGR : concentrés de globules rouges.
suffisante de concentrés de globules rou- tétrical. Certains phénotypes Rhésus prévenir les accidents vasculaires céré-
ges dans chacun des huit groupes ABO sont par ailleurs peu fréquents dans la braux, 9 mais rend de plus en plus difficile
RH1 et des seize phénotypes RH Kell est population française (entre 2 à 3 %), et la recherche de concentrés de globules
difficile. L’allo-immunisation érythrocy- plus fréquents (50 %) dans d’autres rouges compatibles.
taire ne s’observe, quant à elle, que pour populations, en particulier africaines. Un protocole « phénotypé », c’est-à-
4 à 10 % des receveurs ; 8 elle dépend du Cette situation est particulièrement dire imposant la non-différence des
degré de discordance des antigènes aiguë pour les sujets drépanocytaires, antigènes transfusés dans les systèmes
incompatibles, du caractère « répondeur » pour lesquels les indications transfusion- Rhésus et Kell, est recommandé chez
et de la pathologie du receveur. Ces nelles s’étendent. Chez ces patients, la femme jeune et plus largement chez
conséquences, si les règles de sécurité l’instauration d’un suivi thérapeutique les sujets jeunes et/ou chez les poly-
transfusionnelles sont respectées, sont dès le plus jeune âge, avec maintien par transfusés (patients ayant une patho-
limitées, sauf pour la femme jeune chez échange transfusionnel d’un taux d’hé- logie de l’hémoglobine ou une myélo-
qui elle peut compromettre l’avenir obs- moglobine S à moins de 30 %, permet de dysplasie).
utilisation clinique de 100 U/kg/semaine chez les réponse à l’EPO ne sont que
L’ l’érythropoïétine (EPO) a
débuté en 1986 avec le
traitement de patients insuffisants
hémodialysés à environ
1 000 U/kg/semaine dans les
syndromes myélodysplasiques.
de 20 à 25 % dans les syndromes
myélodysplasiques, mais peuvent
augmenter à 50 % lorsque de
rénaux chroniques en dialyse. petites doses de granulocytes
L’administration d’EPO restaure Une réponse très progressive colony stimulating factor (G-CSF)
des niveaux adéquats de La réponse de la moelle sont administrées concomitamment.
l’hormone, permet la correction de érythropoïétique à l’EPO est très Dans le cadre particulier des
l’anémie et la suppression des progressive, n’atteignant son greffes de cellules souches
besoins transfusionnels. Depuis maximum qu’après plusieurs hématopoïétiques, le traitement
lors, les indications d’un traitement semaines, et l’indépendance précoce (dans le 1er mois post-greffe)
par EPO se sont élargies transfusionnelle est rarement est inefficace, mais commencé
considérablement.1, 2 obtenue avant le 2e ou le 3e mois entre 10 et 11 g/dL. L’EPO permet après le 30e jour il permet d’obtenir
Il n’y a pas de différence reconnue de traitement. Une bonne réponse d’améliorer l’anémie associée au des réponses remarquables et une
en efficacité et en sécurité à l’EPO est souvent définie par une cancer et à la chimiothérapie, et de abolition des besoins
d’utilisation pour les trois formes augmentation du taux réduire les besoins transfusionnels transfusionnels chez la grande
d’EPO disponibles sur le marché, à d’hémoglobine d’au moins 2 g/dL d’un tiers des patients.3, 4 Environ majorité des patients ayant eu une
savoir l’EPO-alpha (Janssen-Cilag), ou par l’obtention d’un taux 60 à 70 % des patients cancéreux auto- ou une allogreffe.
l’EPO-bêta (Roche) et la supérieur à 12 g/dL sans répondent à une dose de L’EPO a également été utilisée avec
darbopoïétine-alpha (Amgen). L’EPO transfusion. Cependant, l’obtention 500 U/kg/semaine d’EPO ou succès chez des patients infectés
est généralement administrée une d’une indépendance des 2,25 μg/kg/semaine de par le virus de l’immunodéficience
fois par semaine, mais la transfusions chez un patient darbopoïétine et voient leur qualité humaine (VIH) ou ayant une hépatite
darbopoïétine peut être utilisée une polytransfusé peut être déjà de vie s’améliorer. L’utilisation C, chez lesquels l’anémie est
fois toutes les 2 ou 3 semaines. considérée comme un succès. d’EPO chez un patient non souvent liée à l’administration d’un
Une dose de 40 000 U/semaine Le traitement par EPO est standard anémique n’est pas recommandée médicament hématotoxique. Les
d’EPO est bioéquivalente à une chez les patients insuffisants et peut même avoir des effets taux de succès de l’EPO chez les
dose de 200 μg/semaine de rénaux chroniques chez lesquels il délétères sur la croissance tumorale patients atteints de maladie
darbopoïétine-alpha. La dose utile abroge les besoins transfusionnels et la survie des patients, inflammatoire chronique, comme la
d’EPO varie considérablement selon et améliore la survie. L’objectif est notamment lorsque l’hémoglobine maladie de Crohn ou l’arthrite
les pathologies, allant d’environ d’atteindre un taux d’hémoglobine dépasse 13 à 14 g/dL. Les taux de rhumatoïde, sont comparables à
ceux obtenus chez les patients pratique n’est utile que lorsque les Un risque de carence en fer thrombose de l’accès vasculaire est
cancéreux. besoins prévisibles sont supérieurs Le traitement par EPO provoque un peu plus marqué chez les
L’utilisation d’EPO pour réduire les à 4 unités et le taux d’hémoglobine souvent un état ferriprive dialysés. Le développement
besoins transfusionnels chez un de départ entre 11 et 13 g/dL. fonctionnel, déséquilibre entre les d’anticorps anti-érythropoïétine
patient cancéreux subissant une L’utilisation d’EPO chez les patients besoins en fer de la moelle avec aplasie rouge conséquente n’a
intervention chirurgicale a donné admis en soins intensifs n’a pas érythropoïétique (stimulés par le été observé que chez des patients
des résultats controversés. d’impact clinique démontrable et traitement par EPO) et la dialysés traités par EPO-alpha par
En revanche, le risque n’est pas recommandée. mobilisation du fer de réserve des voie sous-cutanée, essentiellement
transfusionnel péri-opératoire est Le traitement par EPO de l’anémie macrophages.5 L’état ferriprive entre 2001 et 2003. •
réduit très significativement, de associée à l’insuffisance fonctionnel constitue une limitation
RÉFÉRENCES
deux tiers lors des chirurgies cardiaque chronique apparaît majeure à l’efficacité des agents
orthopédiques et des trois quarts prometteur, mais les risques et érythropoïétiques et peut être 1. Beguin Y, Dujardin C, Piron M,
lors des chirurgies cardiaques, bénéfices de cette approche identifié notamment par une Vanstraelen G. Treatment of anaemia
with erythropoietin. In: ESH Scientific
lorsque de l’EPO est administrée doivent encore être testés dans saturation de la transferrine Updates. Disorders of iron homeostasis,
dans les 3 à 4 semaines précédant de larges études randomisées. inférieure à 20 %. Il est alors erythrocytes and erythropoiesis.
la chirurgie. L’EPO augmente L’utilisation précoce d’EPO chez essentiel d’assurer une Brugnara C, Beaumont C (Eds). Paris:
l’efficacité d’un programme de les enfants prématurés de très supplémentation martiale adéquate Elsevier Science, 2006:180-209.
2. Jelkmann W. Developments in the
prédonation de sang autologue faible poids diminue les besoins par voie intraveineuse, car therapeutic use of erythropoiesis
avant chirurgie, mais cette transfusionnels. l’administration orale de fer est stimulating agents. Br J Haematol
généralement inefficace. D’autres 2008;141:287-97.
facteurs limitant la réponse à l’EPO 3. Rizzo JD, Somerfield MR, Hagerty KL,
et al. Use of epoetin and darbepoetin in
EN PRATIQUE sont l’inflammation et une fonction patients with cancer: 2007 American
Les doses recommandées d’EPO peuvent varier de 1 à 10 selon les médullaire médiocre, attestée Society of Hematology/American Society
indications. Il n’y a pas de différence reconnue en efficacité et en sécu- notamment par un taux de of Clinical Oncology clinical practice
rité d’utilisation pour les trois formes d’EPO disponibles sur le marché, plaquettes abaissé. guideline update. Blood 2008;
111:25-41.
à savoir l’EPO-alpha, l’EPO-bêta et la darbopoïétine-alpha. Les effets secondaires de l’EPO 4. Bokemeyer C, Aapro MS, Courdi A,
Le traitement par EPO provoque souvent un état ferriprive fonction- sont limités. Le risque et al; European Organisation for
nel, déséquilibre entre les besoins en fer de la moelle érythropoïétique d’hypertension est surtout rencontré research and treatment of cancer
chez les patients insuffisants (EORTC) taskforce for the elderly. EORTC
et la mobilisation trop lente du fer de réserve, qui limite l’efficacité des
guidelines for the use of erythropoietic
agents érythropoïétiques. La supplémentation martiale intraveineuse rénaux chroniques dialysés, et proteins in anaemic patients with
(mais pas orale) permet d’améliorer l’efficacité du traitement. parfois dans d’autres groupes de cancer: 2006 update. Eur J Cancer
••• quettes est autorisée en France, elle est probablement généralisées en France et gré des travaux qui pourraient faire
utilisée en routine dans une région, 11 son dans l’ensemble des pays industrialisés.12 conclure à une possibilité de leur baisse.
impact est mesuré. D’autres techniques En revanche, contrairement aux Une augmentation récente d’utilisation,
sont en évaluation. À terme, ces tech- concentrés de globules rouges, les indi- constatée par ailleurs en chirurgie, pour-
niques, bien qu’induisant un coût supplé- cations d’utilisation des concentrés de rait être liée à la pratique d’interventions
mentaire et une augmentation quanti - plaquettes ont peu évolué, et les seuils chez des patients sous antiagrégant pla-
tative de la consommation, seront transfusionnels restent identiques mal- quettaire.
Plasma thérapeutique
Fin 2008, seuls les plasmas viro-atté-
UTILISATION QUANTITATIVE DES PRODUITS SANGUINS LABILES
FIGURE 4
nués (PVA) sont disponibles en France.
EN EUROPE EN 2004.
Ils sont traités par méthode chimique,
pour 1 000 h CGR CP Plasma PSL soit par solvant détergent (SD), soit par
100 le bleu de méthylène (BM). Afin de dimi-
90 nuer le risque de transfusion related
80 acute lung injury ([TRALI], incident
70
transfusionnel grave dû, entre autres, à
60
la présence d’anticorps anti-HLA dans le
50
plasma du donneur), une recherche sys-
40
tématique de ces anticorps est réalisée
30
sur tous les lots de plasmas viro-atté-
20
10
nués traités par solvant détergent (tou-
0 jours négative en raison de l’effet
ne he ue rk ne de ce ce de rie de de lie gg ge ni ie de se pe mélange de nombreux plasmas) ; les
ag utric lgiq ema pag nlan Fran Grè llan ong Irlan slan Ita bour orvè e-U ovén Suè Suis Euro ays)
em A Be Dan Es Fi Ho H I N aum Sl p
All x em y (19 plasmas viro-atténués traités par bleu de
Lu Ro
méthylène sont exclusivement issus de
Les données sont exprimées en nombre de produits sanguins labiles (PSL) pour 1 000 habitants
prélèvements de donneurs hommes ou
et par an. À noter, parmi les pays les plus consommateurs de concentrés de globules rouges,
le cas de la Grèce où les besoins sont clairement liés à la forte prévalence des thalassémies. de femmes nulligestes qui, a priori, ne
Au global, l’utilisation des produits sanguins labiles varie du simple au double présentent pas de tels anticorps.
pour les concentrés de globules rouges (CGR), du simple au quintuple pour le plasma
Après une période de restriction, l’utili-
et du simple au décuple pour les concentrés de plaquettes (CP). La France est le pays
le plus faible utilisateur de concentrés de globules rouges et de plasma. sation des plasmas thérapeutiques aug-
mente. En traumatologie, des études
montrent un net avantage, pour les poly-
traumatisés sévères, de la transfusion
EN PRATIQUE précoce de plasmas13 et recommandent
pour la prise en charge de leur syndrome
Depuis 2003, l’utilisation des produis sanguins labiles augmente de manière significative.
C’est bien le nombre de patients transfusés qui augmente, le nombre moyen de concentrés de glo-
hémorragique un rapport concentrés de
bules rouges par patient demeurant stable. globules rouges/plasmas proche de 1/1,
Les produits sanguins labiles évoluent : les techniques de réduction des agents pathogènes, intro- rapport souvent à 1/5 ou 1/8 dans les
duites dans les années 1980 pour les médicaments dérivés du plasma et les années 1990 pour le séries précédentes. La dose efficace à
plasma thérapeutique, deviennent accessibles aux produits plaquettaires, et sont en cours de utiliser en chirurgie et en obstétrique est
développement pour les concentrés de globules rouges. de 10 à 15 mL/kg.
La prescription d’un seul concentré de globules rouges peut être une attitude raisonnable pour
permettre à un patient de tolérer cliniquement son anémie. Utilisation des produits
La juste prescription du respect du phénotype dans les systèmes RH et Kell à ceux le nécessitant sanguins labiles dans le contexte
(patients jeunes ou futurs polytransfusés) permet d’optimiser la ressource commune. international
La prescription de plasma pour les patients ayant un syndrome hémorragique avec installation de
troubles de l’hémostase doit être anticipée et faite à dose efficace (10 à 15 mL/kg). Au sein de l’Union européenne, les pra-
Même si les risques de maladie transmissible ont considérablement diminué, des risques transfu- tiques de sécurité transfusionnelle et de
sionnels persistent et imposent le maintien d’une politique rigoureuse. surveillance des effets indésirables de la
L’équation de recherche sur ce thème dans Medline est : Blood Transfusion/TD transfusion sanguine sont en voie d’har-
monisation depuis 2002, mais pas ou peu
lus de 2 600 000 produits sanguins avec l’enquête nationale de la Société tests fiables réalisables à grande échelle
TABLEAU 2
signalés dans le Var. SÉROLOGIE DU VIH ET DU VIRUS DE L’HÉPATITE C
De même, sur l’île de la Réunion, l’épi-
démie de chikungunya a fait interrompre VIH VHC
les dons de sang pendant plus d’un an
(les concentrés de globules rouges Durée de la fenêtre sérologique (jours) 22 66
furent envoyés de métropole), mettre en Délais de positivité du DGV après infection (jours) 11 7
œuvre en urgence une méthode d’inac-
Gain de détection dû au DGV (jours) 11 59
tivation virale sur les concentrés plaquet-
taires et réaliser le dépistage du virus en Nombre de dons DGV+/sérologie - (par an)
( = contaminations évitées par la mise en œuvre du DGV) 1à2 8à9
polymerase chain reaction. Le risque
de transfusion d’un don infectant était VIH : virus de l’immunodéficience humaine ; VHC : virus de l’hépatite C ; DGV : diagnostic génomique viral.
estimé à 0,72 % au pic de l’épidémie.7
0-02
1-03
2-04
3-05
4-06
200
200
200
200
200
Cytomégalovirus DGV : dépistage génomique viral ; VIH : virus de l’immunodéficience humaine ; VHB et C : virus des
hépatites B et C.
Plus de 60 % des individus, après 40 ans,
ont été exposés au CMV. Chez les receveurs
immunodéprimés (greffe de moelle, nou- pas testés. La déleucocytation des produits veaux tests, même en l’absence de cas
veau-nés…), dont la sérologie CMV est sanguins labiles est une alternative efficace déclarés. D’autres virus pourraient aussi
négative, l’infection peut être grave. La à l’utilisation de produits séronégatifs. être « candidats »: HHV-8, Simian foamy
transfusion de produits sanguins provenant virus,… et avant tout le virus de la den-
de donneurs sérologiquement négatifs pré-
Autres virus gue, arbovirose la plus répandue dans le
vient la transmission transfusionnelle du La transmission possible par la transfu- monde, qui progresse rapidement et cir-
CMV. La fourniture de produits séronégatifs sion de virus, tels que ceux de l’hépatite cule actuellement sur un mode endémo-
est parfois difficile, près de 50 % des don- A ou le parvovirus B19, pose périodique- épidémique dans les départements fran-
neurs étant positifs et tous les dons n’étant ment la question de l’introduction de nou- çais d’Amérique (Guyane, Guadeloupe,
[Link] Guercio/BSIP
législatifs et règlementaires encadrent
cette activité depuis la collecte du sang
jusqu’à sa transfusion au patient, et l’hé-
movigilance assure un suivi à court, moyen
et long terme du patient transfusé.1 En Le choix de la qualification du produit le prescripteur avant une transfusion san-
application de ces textes, le médecin qui est relativement bien codifié par les guine ou l’administration de produits déri-
souhaite prescrire une transfusion san- experts. Tous les produits sanguins labi- vés du sang. Un document écrit, le plus
guine doit respecter une série d’étapes les sont déleucocytés et peuvent aussi souvent rédigé par le CSTH de l’établisse-
règlementaires.2 avoir des qualifications plus précises ment, est remis au patient et expliqué par
(phénotypés, irradiés, CMV négatifs le médecin conformément à l’article 35 du
Décision de transfuser et choix [sérologie négative pour le cytomégalovi- code de déontologie médicale (« le méde-
du produit rus], compatibilisés…). Les médecins de cin doit à la personne qu’il examine,
Poser l’indication d’une transfusion est l’Établissement français du sang (EFS) qu’il soigne ou qu’il conseille une infor-
une décision médicale individuelle enga- en charge du « conseil transfusionnel » mation loyale, claire et appropriée… »).
geant la responsabilité du prescripteur peuvent, 24 heures sur 24, orienter le Les motivations de ce choix thérapeu-
qui doit prendre en compte la notion de prescripteur vers le produit le plus tique, les bénéfices attendus et les risques
bénéfice-risque. Des recommandations adapté à son patient. sont exposés au patient en termes accessi-
ont été émises par l’Agence française de Une fois la décision de transfusion bles, en insistant sur les risques habituels,
sécurité sanitaire (Afssaps) : 3 pour les prise, il faut mettre en œuvre cette théra- graves et/ou prévisibles et en répondant à
concentrés de globules rouges, l’indica- peutique : à chaque étape, règlementai- toutes les questions posées. Au terme de
tion ne se pose généralement pas au-des- rement définie, des procédures validées cet entretien, le médecin peut recueillir le
sus de 10 g/L d’hémoglobine et est quasi- par le Comité de sécurité transfusion- consentement éclairé du patient à la réali-
ment indiscutable en dessous de 7 g/L. nelle et d’hémovigilance (CSTH) sont sation de la transfusion. Les parents ou le
Cependant, dans la classique fourchette mises en place dans les établissements représentant légal sont les interlocuteurs
7 à 10 g/L, lorsque toutes les autres alter- de santé afin d’optimiser la sécurité de la du médecin lorsque le patient est mineur
natives thérapeutiques ont été envisa- réalisation de l’acte transfusionnel.4 ou sous tutelle.
gées, l’indication doit être réfléchie et La signature du patient attestant que
motivée par l’état clinique du patient et sa
Information du patient et notion l’information a bien été donnée, et qu’un
capacité à tolérer une anémie. Les indica- de consentement éclairé document explicatif lui a été remis, n’est
tions des plaquettes, qui relèvent de dis- La circulaire ministérielle n° 98/231 du pas nécessaire. En revanche, il est
ciplines plus spécialisées, font aussi l’ob- 9 avril 1998 5 prévoit qu’une information a recommandé au médecin de noter dans
jet d’un consensus national ; quant aux priori des malades sur les bénéfices et les le dossier du patient qu’il a bien rempli ce
indications du plasma thérapeutique, risques avérés ou théoriques du traite- devoir d’information et de recueil de
elles sont inchangées depuis 1991.3 ment doit être systématiquement faite par consentement. En cas de refus du
cette chaîne transfusionnelle doit faire plus en plus sécurisée. L’hémovigilance, SUMMARY What are the rules and regulations
l’objet d’une déclaration aux tutelles au en développant la culture de la déclara- for blood product transfusion in France?
moyen d’une « fiche de déclaration d’in- tion systématique des événements indé- In France, there are many rules and regulations for blood
cident grave » (FIG).10 sirables ou inattendus, permet, depuis product transfusion. The clinician who prescribes a blood
bientôt 15 ans, de les analyser, de pren- transfusion must go step by step, except for a vital
Conclusion dre des mesures correctives et d’adapter emergency (must be procedured). He must have: informed
consent, immunohaematologic results, specific prescription
Ainsi encadrée et réglementée, la les textes pour optimiser la sécurité with quantity and quality of products, realisation of blood
transfusion est une thérapeutique de transfusionnelle. • transfusion with many administrative and technical
necessary controls, and prevent adverse events. A nurse or
a midwife can realise the blood transfusion if there is a
clinician able to intervene quickly. The blood transfusion
must be noted in a medical file which is kept for thirty
CE QUI EST NOUVEAU years. Absolute respect of these rules is the guarantee of
La définition des degrés d’urgence transfusionnelle pour obtenir les produits sanguins labiles : transfusion security.
urgence vitale immédiate (sans délai), urgence vitale (dans les 30 minutes) et urgence relative
(dans les 2 heures). RÉSUMÉ Quelles sont les étapes
La possibilité de prolonger la validité des recherches d’agglutinines irrégulières 21 jours, en règlementaires encadrant une transfusion
l’absence d’épisode immunisant depuis moins de 6 mois. sanguine ?
La création, dès la première transfusion, d’un dossier transfusionnel regroupant les informations
En France, de nombreux textes règlementaires encadrent la
indispensables à la sécurité transfusionnelle à conserver pendant 30 ans.
transfusion des produits sanguins labiles. Une fois posée
La suppression des contrôles sérologiques pré- et post-transfusionnels. l’indication de la transfusion, une série d’étapes sont
La distinction entre la « fiche de déclaration d’effets indésirables chez le receveur » et la « fiche de incontournables pour le médecin (l’urgence vitale, qui doit
déclaration d’incident de la chaîne transfusionnelle, incident survenu hors transfusion »). être procédurée, constituant la seule dérogation possible) :
information du patient pour obtenir son consentement
EN PRATIQUE éclairé, prescription des examens immunohématologiques
obligatoires, prescription conforme en fonction de la qualité
Lorsque le praticien a posé l’indication d’une transfusion, il lui faut :
et de la quantité des produits sanguins labiles à transfuser,
– informer oralement et par écrit le patient sur les avantages et les inconvénients de ce traitement réception des produits, réalisation de l’acte transfusionnel
pour obtenir son consentement éclairé ; proprement dit avec les contrôles administratifs et
– prescrire les examens immunohématologiques prétransfusionnels nécessaires ; médicotechniques qui s’imposent et surveillance à court,
– remplir la prescription de transfusion de produits sanguins labiles ; moyen et long terme du patient transfusé. La réalisation de
– faire acheminer la prescription avec les résultats des examens pour que les produits sanguins l’acte transfusionnel peut être déléguée à une infirmière ou
soient délivrés ; à une sage-femme, mais le médecin doit pouvoir intervenir
– réceptionner les produits sanguins labiles, et faire les ultimes vérifications de concordances à tout moment. La transfusion doit être tracée dans un
dossier transfusionnel, partie intégrante du dossier médical
administrative et technique au lit du malade ;
du patient, archivé pendant 30 ans. Le respect absolu de
– réaliser la transfusion et assurer le suivi du patient : traçabilité, information post-transfusion-
ces règles est le garant de la sécurité transfusionnelle.
nelle et recherches d’agglutinines irrégulières de contrôle.
Les étapes de réception des produits sanguins labiles et de réalisation de la transfusion peuvent
être déléguées à une infirmière si le médecin est joignable à tout instant.
L’équation de recherche sur ce thème dans Medline est : Blood Transfusion/LJ Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts
concernant les données publiées dans cet article.
RÉFÉRENCES
1. Décret 2006-99 du 1er février 2006 relatif du 15 décembre 2003 relative à la du 26 novembre 1999 relatif à la bonne transmission de la fiche de déclaration
à l’EFS et modifiant le code de santé réalisation de l’acte transfusionnel. exécution des analyses de biologie d’effet indésirable survenu chez un
publique (dispositions réglementaires). [Link] médicale. receveur de produit sanguin labile.
2. Décision du 6 novembre 2006 5. Circulaire DGS/SQ 4 n° 98-231 du 7. Décret n° 2004-802 du 29 juillet 2004 9. Circulaire DGS/DH n° 92 du 30 décembre
définissant les principes de bonnes 9 avril 1998 relative à l’information des relatif aux parties IV et V (dispositions 1994 relative à la traçabilité.
pratiques prévus à l’article L.1223-3 du malades en matière de risques liés au réglementaires) du code de la santé 10. Décision du 7 mai 2007 fixant la forme,
code de la santé publique. produits sanguins labiles et aux publique et modifiant certaines le contenu et les modalités de
3. Afssaps. Transfusion. Recommandations médicaments dérivés du sang, et sur les dispositions de ce code, article R.4311.9 transmission de la fiche de déclaration
de bonnes pratiques (août 2002- différentes mesures de rappel effectuées relatif à la profession d’infirmier. d’incident grave.
juin 2003). [Link] sur ces produits sanguins. 8. Décision du 5 janvier 2007 fixant la La plupart des ces documents sont en ligne
4. Circulaire DGS/DHOS/afssaps n° 03/582 6. Arrêté du 26 avril 2002 modifiant l’arrêté forme, le contenu et les modalités de sur le site [Link]