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Alimentation et dénutrition chez les âgés

La dénutrition est un problème courant chez les personnes âgées, touchant jusqu'à 10 % des plus de 80 ans, et est souvent causée par une insuffisance des apports alimentaires et des pathologies intercurrentes. La prévention nécessite une surveillance régulière du poids et des apports nutritionnels, avec un accent sur la diversification alimentaire et l'augmentation des apports en calories et protéines. Il est crucial de dépister la dénutrition précocement pour éviter des handicaps et des risques accrus de morbidité et mortalité.

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Alimentation et dénutrition chez les âgés

La dénutrition est un problème courant chez les personnes âgées, touchant jusqu'à 10 % des plus de 80 ans, et est souvent causée par une insuffisance des apports alimentaires et des pathologies intercurrentes. La prévention nécessite une surveillance régulière du poids et des apports nutritionnels, avec un accent sur la diversification alimentaire et l'augmentation des apports en calories et protéines. Il est crucial de dépister la dénutrition précocement pour éviter des handicaps et des risques accrus de morbidité et mortalité.

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Alimentation du sujet âgé
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et prévention du handicap
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La dénutrition est un risque a dénutrition est une pathologie fréquente dans les popula-

L
Bruno Lesourd *
Karine Soulier * tions de personnes âgées. La dénutrition majeure ou mal-
important chez le sujet âgé nutrition protéino-énergétique touche 4 % des plus de
en raison de causes 65 ans et 10 % des plus de 80 ans.1 Le tableau 1 précise les prin-
multiples (anorexie, cipales anomalies observées. Elle est due à une insuffisance
chronique des apports alimentaires et est aggravée par les patho-
non-approvisionnement, logies intercurrentes. Mais de nombreuses personnes âgées non
maladies) et alors même encore dénutries (20 à 40 %) ont des carences d’apports en
micronutriments.2 Celles-ci sont dues à des alimentations mono-
que ses besoins nutritionnels tones, le plus souvent par non- ou faible consommation de fruits
sont augmentés. ou légumes. La dénutrition fragilise le sujet âgé et le précipite vers
Sa prévention nécessite la dépendance. La monotonie doit être systématiquement com-
battue par des mesures de diversification appropriées.
des règles alimentaires
Repérer les patients dénutris
très précises et la surveillance
La Haute Autorité de santé (HAS) a publié en 2007 un docu-
du poids par la pesée ment qui définit les critères de malnutrition de la personne âgée
à chaque examen clinique. et les modalités de prise en charge.3
Sont dénutris les sujets qui ont un seul des critères suivants :
– une perte de poids de 5 % en 1 mois ou de 10 % en 6 mois ;
il est donc fondamental de peser régulièrement les patients âgés,
Ce qui est nouveau au moins tous les 6 mois, et d’après la HAS, lors de chacune des
Les besoins des sujets âgés en bonne santé sont plus visites ou consultations et au moins tous les mois en institution ;
importants que ceux des adultes plus jeunes : 30 kcal/kg/j – un indice de masse corporelle (IMC) inférieur à 21 kg/m2 (rap-
contre 25 kcal/kg/j et 1 à 1,2 g de protéines/kg/j port poids/taille2), traduction de la maigreur ; cet indice augmente
contre 0,7 à 0,8 g/kg/j. avec l’âge, et il ne faut pas considérer comme normales les
valeurs basses de l’adulte plus jeune ;
Ces besoins sont encore plus importants en cas – une albumine sérique inférieure à 35 g/L ; ce dosage est impor-
de pathologies : jusqu’à 40 kcal/kg/j et 1,5 g voire plus tant en gériatrie, car de nombreux sujets âgés en surpoids, voire
de protéines/kg/j. obèses, sont dénutris ; seul ce dosage permet de les repérer ;
L’exercice physique améliore l’efficacité de la renutrition. c’est aussi sur ce critère qu’on évalue la gravité de la dénutrition ;
– une consommation alimentaire insuffisante inférieure à 20 kcal/kg/j
Les syndromes inflammatoires sont de plus longue durée
chez les sujets vieillissants : la sécrétion de cytokines pro-
inflammatoires continue après l’arrêt du stress déclenchant. * CHU de Clermont-Ferrand, département de gérontologie, hôpital Nord,
Si bien que pour le même stress le sujet âgé détruit plus 63118 Cébazat ; département de gériatrie, faculté de médecine
de Clermont-Ferrand, 63001 Clermont-Ferrand Cedex 1, France.
de protéines musculaires que l’adulte plus jeune. •••/
blesourd@[Link] ; ksoulier@[Link]

LA REVUE DU PRATICIEN VOL. 59


20 janvier 2009 69
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Monographie

RR NUTRITION ALIMENTATION DU SUJET ÂGÉ ET PRÉVENTION DU HANDICAP

(2 tiers des besoins) ou inférieure à 1 500 kcal/j ; en pratique, les goûts. Il faut donc proposer plus d’oignons, d’ail, d’herbes, et
personnes qui font moins de 3 repas par jour (petit déjeuner des plats plus mijotés pleins de saveurs.
compris) ou qui ont un repas du soir léger (potage-dessert) sont Des difficultés de mastication peuvent être dues à une perte de
presque toujours dénutries (v. un exemple d’interrogatoire dans force musculaire, à une mauvaise dentition ou à des appareils non
le tableau 2) ; adaptés ; les aliments doivent donc être plus cuits, plus tendres.
– un résultat à la version courte du test de dépistage mini nutritio- La digestion est ralentie, les satiétés précoce et tardive aug-
nal assesment (MNA) inférieur 12/14 (ce test de 5 minutes permet mentées. Les gros repas sont donc peu consommés, et parfois il
de dépister la dénutrition pour les populations gériatriques). faut augmenter le nombre de collations à 5 ou 6 par jour pour
Ainsi, on peut évaluer les conséquences de la dénutrition sur la avoir une prise alimentaire suffisante. Il faut aussi savoir espacer
composition corporelle (perte de poids, IMC qui traduisent en les collations d’au moins 3 heures quand elles sont substan-
gériatrie surtout une perte de masse maigre), sur la cause la plus tielles, 2 heures quand elles le sont moins et éviter le grignotage
fréquente (insuffisance des apports alimentaires) ou sur le reten- pour que la personne ait faim lors de la collation suivante.
tissement biologique de celle-ci (albuminémie). La prise de médicaments avant le repas expose à une sensa-
tion de satiété trop rapide, d’autant qu’ils sont pris avec un verre
Causes de la dénutrition d’eau. Ces médicaments modifient souvent le goût des aliments,
Elles sont nombreuses4 chez les sujets âgés chez qui une ano- ce qui est dangereux chez des sujets qui ont naturellement peu
rexie est fréquente alors même que leurs besoins nutritionnels faim. Puisque la digestion est ralentie et que l’évacuation gas-
sont augmentés. Il faut se rappeler que prendre en charge une trique ne commence qu’après 30, voire 45 minutes chez les per-
dénutrition implique de traiter la cause. sonnes de 80 ans, prendre les médicaments avant le repas ne
sert à rien.
Diminution d’appétit Les régimes alimentaires qui entraînent tous une restriction des
Le vieillissement, à l’occasion d’un épisode traumatique aigu ingesta sont particulièrement dangereux en gériatrie et doivent être
(infectieux ou autre), rend difficile ou impossible l’augmentation le plus souvent supprimés et en tout cas largement aménagés.
spontanée des ingesta ; cela conduit à une perte durable de
poids, si la personne ne mange pas au niveau des besoins liés à Non-approvisionnement ou non-consommation
l’accentuation du catabolisme. Les troubles de la marche empêchent le sujet âgé de faire ses
La perte du goût et de l’odorat s’accentue avec l’âge. Il faut courses et sont la première cause de réduction des apports chez
donc donner des plats plus goûteux et plus odorants, en utilisant les personnes âgées au domicile. Il faut donc mettre en place les
les aromates auxquels les personnes âgées étaient habituées aides nécessaires.
dans leur enfance, car on retourne avec l’âge à ses premiers Les autres troubles moteurs peuvent gêner pour porter les
paquets (épaule) ou tenir les ustensiles (bras), voire gêner la sta-
tion debout indispensable pour préparer sa nourriture. Là
Ce qui est nouveau (suite)
encore, une aide par la famille ou les services sociaux s’avère
/••• La synthèse protéique musculaire diminue progressivement nécessaire.
après 50 ans. Le sujet âgé a plus de mal à récupérer le poids La solitude dans sa cuisine ou devant son assiette, la dépres-
perdu, et il faut des prises en charge thérapeutiques plus sion si fréquente chez les sujets âgés (40 % après 80 ans) sont
longues. aussi sources de non-consommation et doivent être recher-
chées et prises en charge : traiter la dépression et fournir des
Les réserves lipidiques sont très peu mobilisables chez contacts sociaux réguliers est très utile.
les sujets âgés, si bien que lors d’un stress c’est surtout La méconnaissance par les personnes âgées de l’augmenta-
la masse protéique qui permet de combattre l’agression, tion de leurs besoins (ils ont un mauvais rendement métabo-
ce qui fragilise le sujet âgé. lique), voire les idées ancestrales parfois bien ancrées (« je ne fais
Les troubles du métabolisme glucidique liés au vieillissement plus rien, je n’ai donc pas besoin de manger beaucoup, je n’ai
sont tels que tout sujet âgé agressé fait une hyperglycémie pas besoin de viande, je ne digère plus… ») sont des obstacles à
transitoire, souvent majeure. une prise alimentaire suffisante. C’est alors un travail d’éducation
qu’il faut entreprendre, seule la persuasion leur permet de
La baisse des réponses immunitaires est beaucoup plus remanger plus.
importante chez le sujet âgé dénutri que chez l’adulte
plus jeune dénutri. Les maladies, les stress
En résumé, les métabolismes du sujet âgé sont beaucoup Toute maladie, tout stress entraînent une augmentation des
plus sensibles à la dénutrition. besoins métaboliques, et le corps y répond en consommant ses
réserves nutritionnelles (muscle surtout, os aussi plus que

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graisse [peu mobilisable à cet âge]). Il en résulte, à chaque épi-

TABLEAU 1
ALIMENTATIONS OBSERVÉES AU DOMICILE
sode, une perte de masse maigre qui sera difficile à récupérer
ensuite sans apports protéiques importants et sans activité phy-
DE SUJETS ÂGÉS
sique (nécessaire à la synthèse musculaire). Pour une même
pathologie, cette perte musculaire est plus importante chez le ➜ Apports énergétiques insuffisants (< 1 500 kcal/j)
sujet âgé, car il faut stimuler plus les mécanismes de défense qui Chez 10 % des hommes et 10 à 20 % des femmes
ont vieilli et parce que les syndromes inflammatoires sont de plus ➜ Apports énergétiques en glucides : 45 %
longue durée que chez l’adulte plus jeune. De plus, les sujets (recommandés : 50 à 60 %)
âgés sont incapables de reconstituer tout le muscle perdu lors Les glucides simples représentent 40 % de cet apport
d’une agression, car les capacités de synthèse musculaire sont (recommandés : 20 %)
diminuées, d’autant plus qu’ils ont moins d’activité physique.
Ainsi, chaque épisode se traduit par une perte sèche de masse
➜ Apports énergétiques en protéines : 15 %
musculaire qui ne se reconstitue que partiellement, quand elle le (recommandés : 12-15%)
Mais 5 % des hommes et 30 % des femmes consomment
fait, et alors très lentement.
moins de 10 %
Conséquences ➜ Apports en calcium : 600 à 700 mg/j
La dénutrition va rapidement, et d’autant plus que le sujet âgé (recommandés : 1 200 mg/j)
est déjà fragile, entraîner des handicaps et une dépendance.5 En
➜ Apports en eau : inférieurs à 1 L/j pour 30 %
effet, elle aggrave tous les déficits moteurs (d’où moins de des sujets âgés
contacts sociaux, moins de courses), réduit la synthèse muscu- (recommandés : 1,5 L/j)
laire et favorise les chutes et donc les fractures… Elle augmente
aussi tous les risques de santé : le risque de morbidité est accru ➜ Au total, pour les personnes âgées vivant à leur domicile
(4 à 6 fois plus) pour toutes les pathologies, et le risque de morta- 300 000 à 500 000 sont dénutries
lité est multiplié par 4 à 8. La dénutrition installe un véritable cer- Plus de 1 300 000 sont à risque de dénutrition
cle vicieux : moins d’approvisionnement, plus de difficultés à cui-
siner, à manger, à avaler (apparition de troubles de la déglutition),
TABLEAU 2

et donc plus de dénutrition. EXEMPLE D’INTERROGATOIRE PRÉCIS SUR LE DÉJEUNER


Il est donc important de dépister la dénutrition de façon pré-
coce, si possible avant qu’elle soit installée (alimentation insuffi-
sante et/ou monotone), d’où l’importance d’un dépistage régulier. ➜ Qu’avez-vous pris en entrée ?
Que faire ? l’alimentation préventive Combien ? Une demi- assiette ? 2 cuillères ? 3 cuillères ? Avec de
la sauce? 1 ou 2 cuillères à café ? Et du pain ? Combien ?
L’alimentation6-8 doit être suffisante (tableau 3) pour permettre Montrez-moi (et là on montre avec les doigts).
d’assurer les besoins élevés des sujets âgés : au minimum
➜ Qu’avez-vous pris ensuite ?
30 kcal/kg/j avec suffisamment de protéines (1 à 1,2 g/kg/j) et des
Du bœuf bourguignon : combien de morceaux ? Avec des pommes
apports glucidiques importants (plus de 50 % des apports calo-
de terre : combien ? 2 ou 3 petites ou grosses ? Les avez-vous
riques), notamment des apports élevés en glucides complexes
écrasées dans la sauce ? Combien de cuillères de sauce avez-vous
(plus de 80 % des apports glucidiques apportés par les féculents,
mis ? Avez-vous tout saucé ? Cela représente combien de pain
les légumes, les légumineuses, le pain). Le tableau 3 indique le
(et là on remontre avec les doigts) ?
niveau des consommations nécessaires tout au long de la journée.
Elle doit être régulière et comprendre au moins 3 repas par jour :
➜ Avez-vous pris du fromage ?
Lequel ? Montrez-moi la taille du morceau. Avec du pain ?
petit déjeuner, déjeuner, dîner. Pour que le repas du soir soit suffi-
Combien?
sant, il faut éviter les grignotages dans l’après-midi et que le goûter
ne soit pas trop abondant. Il faut aussi respecter un intervalle d’au ➜ Qu’avez-vous pris en dessert ?
moins 3 heures entre deux prises alimentaires, car la satiété post- Quoi ? Un morceau, de quelle taille le morceau ? Ou un fruit ? Petit
prandiale est plus longue. Le jeûne nocturne ne devrait pas dépas- ou gros ? L’avez-vous mangé en entier ou avez-vous partagé ?
ser 12 heures sous peine de risque d’hypoglycémie matinale. Le ➜ Combien de verres (d’eau) avez-vous bus ?
repas du soir suffisant, pas trop tôt, riche en glucides complexes, Montrez-moi le verre ? Étaient-ils pleins ou seulement rempli
et la collation nocturne lors d’un réveil, sont de bons palliatifs. à moitié ?
Pour que l’alimentation soit consommée, elle doit être plus ➜ Avez-vous pris un café ensuite ?
relevée et plus goûteuse afin de compenser les pertes de goût et Avec un bonbon ou un chocolat ? Et combien de sucres ?
d’odorat. Les plats mijotés plus tendres, plus proches du goût de

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RR NUTRITION ALIMENTATION DU SUJET ÂGÉ ET PRÉVENTION DU HANDICAP

l’enfance sont nettement plus appréciés. Elle doit aussi tenir


TABLEAU 3

EXEMPLES DE REPAS (AVEC LES QUANTITÉS) compte des difficultés à mâcher (problèmes dentaires, de pro-
thèse, de force masticatoire) et parfois à déglutir, surtout lors
d’un épisode de fatigue. Elle doit donc être tendre, facilement
➜ Petit déjeuner masticable et assez mouillée. Mais les alimentations hachées,
 Un grand bol plein (idéalement du lait) voire mixées, doivent rester exceptionnelles, car moins goû-
 Si peu ou pas de lait : 1 yaourt, un fromage blanc ou 1 morceau teuses, souvent moins riches et monotones.
de fromage Il faut éviter la prise de médicaments anorexigènes juste avant les
 1/8 de baguette ou 3-4 biscottes avec beurre et confiture repas ou en début de repas. Ils induisent une sensation de satiété
 Si la personne mange peu de viande, on peut ajouter un peu (satiété précoce augmentée chez les sujets âgés) et, pour beau-
de jambon ou de saucisson coup d’entre eux, modifient le goût. Les régimes alimentaires res-
trictifs sont dangereux chez ces personnes âgées qui ont souvent
➜ Déjeuner un petit appétit, et qui couvrent difficilement leurs besoins nutrition-
 1 entrée (2 à 3 cuillères) avec de la vinaigrette nels de façon spontanée. Ces régimes sont rarement nécessaires
 Environ 100 g de viande ou de poisson (surtout en sauce) et ne doivent être prescrits que pour une période très courte.
 3 à 4 cuillères de légumes La prise de boissons est rarement suffisante (1,5 litre + des ali-
 1 morceau de fromage (30 à 40 g) ments « mouillés »). Il faut donc régulièrement surveiller celle-ci
 1 fruit ou plusieurs suivant la taille (1 poire, 2 ou 3 abricots, (volume de la boisson du matin, de la soupe, nombre de verres ou
une quinzaine de fraises…) ou un dessert de tasses pris dans la journée), surtout lors des périodes de chaleur
 2 à 4 tranches de pain (canicule mais aussi chauffage en hiver), et ce d’autant plus que la
➜ Goûter personne est fatiguée et/ou peu mobile. Donner un régime de bois-
son, y compris par ordonnance, est parfois très utile (tableau 4).
 1 yaourt ou une crème dessert peu sucrée
Enfin, les contacts sociaux et le moral jouent beaucoup sur l’ap-
➜ Dîner pétit, il faut donc au maximum encourager la prise alimentaire en
 1 grande assiette ou 1 bol de soupe (faite maison) compagnie et traiter les épisodes dépressifs, fréquents à cet âge.
 2 à 4 cuillères de féculents avec des protéines, le mieux dans un
plat composé (hachis Parmentier, lasagne, quiche lorraine…) Prise en charge de la dénutrition
 1 morceau de fromage (30 à 40 g) La prise en charge9 s’appuie d’abord sur les conseils alimen-
 1 dessert ou 1 fruit (si pas de fruit à midi) taires. C’est la démarche la plus efficace : manger plus de viande,
 2 à 4 tranches de pain de poisson ou d’œufs en s’aidant de recettes goûteuses ; man-
ger plus de glucides complexes, en insistant sur le pain et les
légumes bien cuits qui apportent des fibres et préviennent la
TABLEAU 4

constipation si fréquente chez les dénutris. Il faut savoir encoura-


RYTHME QUOTIDIEN DE BOISSON ger les collations (y compris nocturnes) et un petit déjeuner plus
riche, ou proposer une alimentation enrichie.10
Les compléments nutritionnels oraux, chers et souvent peu
➜ Petit déjeuner appréciés, donc peu consommés, ne sont essayés que devant
 1 grand bol ± 1 verre de jus de fruit ou 1 fruit un échec des mesures alimentaires. Ils doivent alors être donnés
pour des périodes longues.
➜ Dans la matinée Si l’état nutritionnel continue à se dégrader, il ne faut pas hésiter
 2 pleins verres d’eau, plus si grande chaleur ou chauffage à mettre en place une nutrition entérale, efficace si elle n’est pas
➜ Au déjeuner entreprise de façon trop tardive.
 3 à 4 pleins verres d’eau + café ou thé Enfin, l’encouragement à une activité physique, même minime,
permet une récupération plus rapide. Une prise en charge nutri-
➜ Dans l’après-midi tionnelle doit toujours s’accompagner de conseils dans ce
 2 pleins verres d’eau, plus si grande chaleur ou chauffage domaine.7, 8, 11
➜ Au dîner Suivre l’efficacité des mesures prises
 1 soupe + 2 à 3 verres pleins
La dénutrition demande une prise en charge efficace,3 et un
➜ Au coucher suivi de l’efficacité des mesures mises en place, sachant que les
 1 grande tasse de tisane paramètres de la dénutrition se corrigent plus ou moins rapide-
ment. Le premier critère est la reprise de l’appétit (souvent en

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quelques jours) ; pour s’en assurer, il faut interroger la personne, Alimentation du sujet âgé et prévention du handicap
ou son entourage, sur la consommation alimentaire réelle tant en
qualité qu’en quantité. On peut s’aider du dosage de la trans- POUR LA PRATIQUE
thyrétine (préalbumine) qui cesse de baisser puis remonte en
moins d’une semaine quand les ingesta sont suffisants. L’albu- RR Les carences alimentaires sont fréquentes
minémie remonte lentement, entre 1 et 4 g/L en 1 à 2 mois. Le en gériatrie et sont dues soit à une alimentation
poids remonte rarement avant 2 mois, sauf dans les grandes monotone, soit à une alimentation insuffisante.
dénutritions. La HAS conseille de mesurer le poids et l’albuminé-
RR Il faut interroger régulièrement les sujets âgés sur leur
mie tous les 15 jours et d’évaluer l’appétit régulièrement, une fois
prise alimentaire et évaluer l’état nutritionnel en les pesant
par semaine au début de la thérapeutique.
à chaque visite.
La prise en charge dure tant que ces paramètres ne retournent
pas à leurs niveaux antérieurs : elle doit être longue, d’au moins RR De nombreux sujets âgés en surpoids sont dénutris,
quelques mois, car la convalescence dure 3 à 4 fois plus que il faut alors doser l’albumine sérique.
l’épisode aigu chez les personnes âgées.
RR Les besoins en énergie et en protéines sont augmentés
Conclusion chez les sujets âgés.
La malnutrition et la dénutrition sont fréquentes dans les popula- RR Il faut commencer le traitement en rééquilibrant
tions gériatriques. Souvent sous-diagnostiquées, elles sont prises l’alimentation, tant en qualité qu’en quantité.
en charge trop tard, lorsque le diagnostic est évident, c’est-à-dire
RR Le traitement est toujours long.
quand la réversibilité est parfois compromise.
C’est dire qu’il est important de diagnostiquer précocement les RR L’activité physique permet une meilleure efficacité.
troubles alimentaires des sujets âgés, par un dépistage régulier. L’équation de recherche sur ce thème dans Medline est :
Dès le diagnostic porté, il faut réagir vite, de façon efficace et pro- (Nutritional Requirements [mh] OR Nutritional Status [mh]) AND
longée.• Malnutrition/PC AND Aged [mh] NOT (Adult [mh:noexp] OR Adolescent
[mh ])
Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts
concernant les données publiées dans cet article.

SUMMARY Nutrition in aged persons and handicap prevention RÉSUMÉ Alimentation du sujet âgé et prévention du handicap
Insufficient intake is common in elderly population which leads to undernutrition. This is often L’insuffisance de prise alimentaire est fréquente dans la population âgée ou très âgée et aboutit
due to eviction of foods and thus to a decrease in micronutriment intake. Diagnosis is easy if souvent à la dénutrition. L’éviction de certains aliments fragilise le terrain en entraînant des
patients are asked systematically at each visit, and when an event occurs, even fatigue; a carences en micronutriments. Repérer ces troubles est facile si on y pense systématiquement et
precise interrogatory must be done and criteria for undernutrition must be searched. devant tout changement, même une simple fatigue. Une fois le diagnostic posé, il faut interroger
Therapeutics depends on insufficient intake causes and on patient and caregiver involvements. le patient et mesurer son état nutritionnel. Les mesures correctives dépendent des causes, de la
First intake equilibrium and quantity must be corrected, while needed helps are launched. If participation de l’entourage et de celle du patient. Il faut d’abord apporter des mesures
therapeutics is insufficient, ready to use nutritional complement must be used. Results are correctives à l’alimentation, savoir mettre en place les aides nécessaires avant de penser aux
always slow obtained, mostly due to caregiver help efficacy and patient mood. Patient must be compléments oraux. Les résultats sont toujours lents à apparaître et dépendent surtout des aides
regularly followed with regular advice adaptation in order to create trusty relations, the best way apportées et de l’humeur du patient. Suivre régulièrement son patient est la meilleure façon de
for efficiency. créer l’état de confiance nécessaire à une bonne efficacité des mesures prises.

RÉFÉRENCES

1. Rapport d’objectifs de santé publique 2004-2005. 5. Lesourd B, Raynaud-Simon A, Mathey M. Comment 9. Ferry M, Lesourd B. Stratégie de dépistage et prise en
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2. Lesourd B. Vitamines et oligo-éléments chez la personne Metabol 2001;15:177-88. nutrition artificielle de l’adulte. Livre de SFNEP. 3e ed. Cano
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âgée. Recommandations de la HAS, avril 2007. 7. Institut national de prévention et d’éducation pour la
Questions de nutrition clinique. Documents SFNEP
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2008:45-57.
nutrition artificielle de l’adulte. Livre de SFNEP. 3e ed. nutrition à partir de 55 ans. Guide PNNS. Paris : Inpes, 2006.
Cano N, Barnoud D, Schneider S, Vasson M-P, 8. Institut national de prévention et d’éducation pour la santé. La 11. Institut national de prévention et d’éducation pour la
Hasselmann M, Leverve X. Paris : Springer, 2007: santé en mangeant et en bougeant. Le guide nutrition pour les santé. Livret d’accompagnement destiné aux
1075-90. aidants des personnes âgées. Guide PNNS. Paris : Inpes, 2006. professionnels de santé. Guide Inpes. Paris : Inpes, 2006.

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Monographie

RR NUTRITION

Quel régime alimentaire pour les patients


sous corticothérapie au long cours ?
Fernand Lamisse *

L
orsque la mise en route d’une repas mais en quantité contrôlée ; les légumes
corticothérapie est décidée, les verts, riches en fibres, en sels minéraux et
comorbidités et les effets secondaires faiblement énergétiques sont consommés à
doivent être évalués dès que la durée de volonté. Les fruits frais, riches en fibres et sels
prescription de prednisone dépasse 3 mois pour minéraux, peuvent figurer à chaque repas. Il faut,
des apports de plus de 7,5 mg/j, et corrigés en en revanche, diminuer les aliments à teneur
particulier par des modifications de élevée en sucres concentrés (sucre, chocolat,
l’alimentation.1-3 Il en est ainsi des risques confiture…).
d’hypertension artérielle, de déminéralisation
osseuse ou d’ostéoporose, de diabète, de prise Lipides

Fotolia
de poids excessive, de dyslipidémie et Ils doivent représenter 30 %, ou moins, des
d’ostéonécrose de la hanche. Il est donc apports énergétiques totaux. Il faut diminuer la
nécessaire de surveiller le poids, l’apparition consommation de matières grasses, éviter les alimentaire est essentiellement apportée par les
d’œdèmes périphériques, la pression artérielle, fritures et la charcuterie en dehors du jambon poissons gras (2,5-25 μg /100 g), le jaune d’œuf
les lipides sériques, la glycémie. blanc, choisir plutôt des laitages demi-écrémés (2-12 μg /100 g, le lait non écrémé, le beurre et
ou des fromages allégés. Il faut aussi réduire les les fromages).
Apports en chlorure de sodium graisses visibles : beurre ou huiles, et privilégier
Un régime hyposodé est souvent nécessaire, l’huile d’olive (acides gras mono-insaturés), Conclusion
mais il doit être modulé en fonction de la dose l’huile de colza ou de noix (acides gras Lors d’une corticothérapie au long cours,
de prednisone, de l’existence d’une hypertension polyinsaturés dont les oméga 3). l’alimentation doit être fractionnée, équilibrée,
artérielle mal contrôlée ou d’une insuffisance établie en fonction des dépenses du fait du
cardiaque. Protéines risque de prise de poids. Il est nécessaire
Une alimentation pauvre en sel apporte moins de Leur consommation doit augmenter, pour d’augmenter la consommation de glucides
2 g/j de chlorure de sodium (NaCl) et permet de représenter entre 1,3 et 1,5 g/kg/j, du fait de la complexes, de diminuer celle des lipides, en
diminuer la fuite urinaire de calcium. Quelques fonte musculaire. Par ailleurs, les protéines particulier des graisses saturées,
repères : 1 g de NaCl est apporté par 60 g de permettent d’obtenir une satiété plus rapide. Les et d’augmenter les apports en protéines, calcium
pain, 30 g de fromage, 200 g de légumes en principales sources de protéines sont les et vitamine D.
conserve, 50 g de jambon. Attention aux effets viandes, les poissons, les œufs, le lait et les
anorexigènes des régimes trop restrictifs, surtout produits laitiers, le pain et les légumineuses. L’auteur n’a pas transmis de déclaration de conflit d’intérêts.
chez les sujets âgés. Les sels à base de
potassium permettent de garder du goût et Calcium et vitamine D
RÉFÉRENCES
d’enrichir l’alimentation en potassium. Il est indispensable d’augmenter les apports 1. Bour H, Tutin M. Problèmes nutritionnels
alimentaires en calcium et vitamine D. Il faut et diététiques posés par la corticothérapie, en
Glucides entre 1,2 et 1,5 g/j de calcium et au moins particulier prolongée. Soins 1977;22:19-24.
Ils doivent représenter 50 à 55 % des apports 1 000 UI/j (25 μg) par jour de vitamine D. Les 2. Fardet L, Flahault A, Kettaneh A, et al. Corticothérapie
systémique et alimentation :
énergétiques totaux et être répartis sur principales sources alimentaires de calcium sont
suivi des recommandations diététiques et relation entre
l’ensemble de la journée. Les féculents et les les produits laitiers (lait, yaourts nature, apports alimentaires et apparition d’une lipodystrophie.
produits céréaliers doivent figurer à chaque fromages sans sel et certaines eaux [Hépar, Rev Med Interne 2007;28:284-8.
Contrexéville, Courmayeur…], tout en sachant 3. Fardet L, Hanslik T, Blanchon T, et al. Mesures
* Maison du diabète et de nutrition, que les pertes urinaires de calcium, bien que adjuvantes à une corticicothérapie systémique
2, rue Jean-Baptiste-Greuze, prolongée : description des pratiques des médecins
modérées, ne sont pas négligeables,
37200 Tours, France. internistes français. Rev Med Interne 2008 May 22
contrairement aux produits laitiers du fait de la (Epub ahead of print).
maisondudiabete-tours@[Link] présence de sulfates). La vitamine D d’origine

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20 janvier 2009

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