Conseils diététiques en cas de maladie
rénale chronique
Muriel Thévenet, Laurent Juillard, Denis Fouque*
C’
est dès la découverte d’une
insuffisance rénale qu’il est primordial STADES DFG (mL/min/1,73) DÉFINITIONS
de se préoccuper des habitudes 1 암 60 Maladie rénale chronique
alimentaires des patients si l’on veut avoir 2 30 à 59 Insuffisance rénale modérée
un rôle bénéfique sur l’évolution de la fonction
3 15 à 29 Insuffisance rénale sévère
rénale (et ainsi retarder significativement
le recours à l’hémodialyse [v. figure]), la qualité 4 쏝 15 Insuffisance rénale terminale
de vie du patient et son état nutritionnel. Si le TABLEAU 1 Classification de sévérité des maladies rénales et de l’insuffisance rénale.
diagnostic est précoce (insuffisance rénale stade DFG : débit de filtration glomérulaire.
2 débutant) [tableau 1], il est possible de ralentir D’après l’Anaes. [Link] (Service des recommandations et références professionnelles, septembre 2002).
la dégradation de la fonction rénale. Des travaux
expérimentaux ont montré que l’hyperfiltration
glomérulaire aggravait les lésions rénales.1 COMMENT CONNAÎTRE LA QUANTITÉ DE PROTÉINES (g) CONSOMMÉE EN 24 HEURES
Parmi les facteurs qui déclenchent ou Urée urinaire (mmol/24h) = apport de protéines en g/24 h
entretiennent l’hyperfiltration, l’excès de 5
protéines alimentaires est aux premières loges.
Comment connaître la quantité de chlorure de sodium consommée en 24 heures
Il est donc primordial de contrôler l’apport azoté.
Ce contrôle permet également en cas Sodium urinaire (mmol/24h) = apport de chlorure de sodium en g/24 h
d’insuffisance rénale sévère (stade 3) de limiter 17
l’accumulation d’urée anorexigène, l’acidose et
TABLEAU 2 Calcul des apports protéiques et sodés journaliers en fonction des urines de 24 heures.
l’hyperphosphorémie. L’hypertension artérielle
est également très délétère pour la fonction
rénale. On sait le rôle de l’apport excessif de Ces protéines doivent être d’origine animale et de glucides ne doit pas être inférieur à 200 g
chlorure de sodium (NaCl) dans l’augmentation végétale. Les protéines animales sont apportées par jour. Même en présence de diabète, l’apport
des chiffres tensionnels (le Plan national par la viande, le poisson, les œufs, les produits glucidique doit rester suffisant, c’est le
nutrition santé [PNNS] a prévu de réduire laitiers, en quantité variable selon l’aliment mais traitement, la répartition et le choix des glucides
l’apport de sel évalué à 12 g/j, en moyenne, avec un apport d’acides aminés essentiels qu’il faut moduler.
à 7 à 8 g/j en 5 ans).2 équivalent. Il est dangereux et maladroit
Le dosage de l’urée et du sodium sur un recueil Lipides
d’interdire la viande. Il faut informer le patient
des urines de 24 heures permet de calculer des différentes sources de protéines, lui indiquer Un patient insuffisant rénal doit protéger son
l’apport de sel et de protéines (tableau 2). les équivalences pour permettre l’adaptation capital vasculaire. Le choix des lipides est donc
de l’alimentation aux objectifs nutritionnels. important. Il faut privilégier les graisses végétales
Apports souhaités Les protéines végétales permettent de compléter riches en acides gras polyinsaturés, et
en nutriments
l’apport souhaité : elles sont en quantité assez notamment les oméga 3, ainsi que les graisses
Protéines
importante dans le pain, les légumes secs, riches en acides gras mono-insaturés (olive).
Lors d’une insuffisance rénale, il est souhaitable les féculents, le soja. Le rapport protéines
d’avoir un apport protidique de 0,6 à 0,8 g animales/protéines végétales doit être au moins
Apport énergétique
de protéines/kg de poids « idéal » par jour.3-5 égal à 1, les protéines végétales étant carencées Il est conseillé de fournir de 30 à 40 kcal/kg/j en
Cet apport est suffisant pour l’organisme, pour en lysine. fonction de l’activité physique. En cas de surpoids,
l’équilibre du métabolisme protidique. cet apport énergétique doit être adapté.3-5
Glucides
* Service de néphrologie, hôpital Édouard-Herriot, C’est la principale source d’énergie.
Apport hydrique
69437 Lyon Cedex 03, France.
L‘alimentation doit fournir 50 à 55 % de l’apport L’apport liquidien souhaitable est de 1 à 1,5 L
[Link]@[Link]
énergétique sous forme de glucides. L’apport par jour, à moduler en cas d’œdème, de rétention
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Monographie
RR NUTRITION CONSEILS DIÉTÉTIQUES EN CAS DE MALADIE RÉNALE CHRONIQUE
hydrique ou d’hyperthermie, de diarrhée ou
de fortes chaleurs.3
Fonction rénale
normale
Apports en minéraux
Chlorure de sodium
L’apport sodé souhaitable est de 6 g de NaCl
(1 g de sel NaCl = 400 mg de sodium).3, 5
L’apport moyen des Français est voisin de 12 g,2 D
ce résultat n’a rien d’étonnant lorsque l’on
regarde la composition des plats industriels :
Néphroprotection
un bol de soupe, une baguette de pain de 200 g
apportent 2 à 3 g, un bouillon Kub apporte 4g
de sel. On estime que les aliments « nature »
consommés dans une journée fournissent déjà Insuffisance
A rénale
2g de sel, seulement 4g de sel peuvent être
B
apportés par les aliments industriels et le sel C
de cuisson ou d’ajout. Il devient nécessaire DIALYSE Délai avant
de réduire, voire supprimer, le sel pour cuisiner dialyse
si l’on souhaite consommer un morceau
FIGURE Progression de la maladie rénale.
de fromage et une baguette de pain par jour.
Progression régulière de la maladie rénale (ligne B) ; progression rapide en cas de maladie incontrôlée
Les aromates, le poivre, les épices peuvent se ou facteurs de progression non traités (ligne A) - la dialyse débute plus tôt ; ralentissement
substituer au sel sans difficulté. Surtout, il ne faut de la progression en cas de néphroprotection efficace (lignes C et D) - la dialyse débute plus tard ;
pas proposer de sel de substitution, riche en la néphroprotection est plus efficace si elle commence tôt (ligne D).
potassium (risque d’hyperkaliémie).
Calcium
ensuite des variations selon l’évolution et le consultations diététiques. Cet acte n’est
Une supplémentation médicamenteuse traitement, mais il est indispensable que le actuellement pas remboursé par l’Assurance
en calcium (Ca+) est souvent préconisée. patient apprenne à connaître les sources de maladie, ce qui représente un frein aux
protéines, de sel, et de potassium. Il peut consultations. Adapter les apports nutritionnels
Potassium
équilibrer ses apports journaliers sans se aux besoins de l’organisme, limiter les excès,
En cas d’insuffisance rénale sévère ou en raison dénutrir, profiter de ses mets préférés en faisant principalement en protéines et en chlorure
de certains traitements (inhibiteurs de l’enzyme les associations adaptées. de sodium, sont des mesures indispensables
de conversion, sartans), la kaliémie peut être Le rôle du diététicien est d’aider le patient à pour protéger la fonction rénale.
élevée. Il est alors nécessaire de réduire l’apport respecter les recommandations alimentaires Ces recommandations doivent être associées
journalier de potassium (K+).5 Il faut adapter (0,6-0,8g de protéines/kg/j, 6g de NaCl, contrôle à l’arrêt du tabac et à une activité physique
les portions de fruits en fonction de la teneur en de l’apport en potassium, en phosphore). suffisante. •
potassium (40 g de banane = 150 g de pomme Actuellement, les réseaux de soin sont d’une
= 180 mg de K+), choisir le mode de cuisson grande aide pour la prise en charge diététique
L’auteur déclare ne pas avoir de conflit d’intérêts.
adéquate (cuisson des pommes de terres ou des patients, car certains financent les
des légumes secs dans l’eau, pour bénéficier
du phénomène d’osmose et éliminer le K+ dans
l’eau de cuisson). RÉFÉRENCES
Apports en vitamines 1. Brenner BM, Meyer Tw, 2. Afssa. Rapport du groupe de 4. Chauveau Ph, Fouque D, Grigaut E.
Hostetter Th. Dietary protein travail sur le sel (janvier 2002). Maladie rénales. Guide pratique de
Une alimentation variée et équilibrée fournissant intake and the progressive nature [Link] nutrition. Le Kremlin Bicêtre, K’Noë
un apport suffisant, aucune supplémentation of kidney disease, the role of 3. Anaes. Moyens thérapeutiques éd., 2006.
n’est nécessaire, excepté en cas de perturbation hemodynamically mediated pour ralentir la progression de 5. Monnet C, Thévenet M, Fouque D.
du métabolisme phosphocalcique où un apport glomerular sclerosis in aging, renal l’insuffisance rénale chronique Diététique de l’insuffisant rénal
ablation intrinsic reneal disease. N chez l’adulte (septembre 2004) chronique avant dialyse. Cahier
de vitamine D peut être préconisé.
Engl J Med 1982;307:652-9. [Link] Nutrition Diététique 1999;34:242-7.
La difficulté majeure pour le patient est de devoir
constamment contrôler son alimentation. Il y a
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