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Prescription diététique et obésité : enjeux

La diététique thérapeutique évolue vers des modifications du comportement alimentaire, visant à promouvoir un mode de vie plus sain plutôt que des régimes restrictifs. L'éducation thérapeutique joue un rôle clé en impliquant le patient dans sa prise en charge, notamment pour des maladies comme l'obésité et le diabète. Les approches doivent être personnalisées et centrées sur le patient, avec un accent sur la motivation et l'adhésion aux changements proposés.

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Prescription diététique et obésité : enjeux

La diététique thérapeutique évolue vers des modifications du comportement alimentaire, visant à promouvoir un mode de vie plus sain plutôt que des régimes restrictifs. L'éducation thérapeutique joue un rôle clé en impliquant le patient dans sa prise en charge, notamment pour des maladies comme l'obésité et le diabète. Les approches doivent être personnalisées et centrées sur le patient, avec un accent sur la motivation et l'adhésion aux changements proposés.

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images
du comportement
diaporama
alimentaire
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a finalité de la prescription diététique est devenue com-


Olivier Ziegler* La diététique thérapeutique
(ne parlons plus de
régime…) s’éloigne de plus
L plexe. Le soignant s’interroge de plus en plus sur le but et
les conséquences de cet acte qui paraît anodin mais qu’il
faut considérer comme thérapeutique, avec l’exigence que cela
implique. L’exercice illégal de la médecine ou de la diététique,
en plus du bon conseil ou,
désormais soumis à poursuite, est si fréquent dans notre société
pire, de la recette de dominée par les médias qu’il en est devenu banal. Le Plan natio-
cuisine. Prendre en compte nal nutrition santé (PNNS), dont la communauté médicale et
scientifique française peut être fière, a permis d’élaborer des
l’ensemble des problèmes
messages de promotion de la santé qui sont devenus des slo-
du patient, c’est-à-dire gans. Que pense le soigné de la cacophonie nutritionnelle
proposer une médecine ambiante ?
Une réflexion sur le sens et les modalités de la prescription dié-
centrée sur la personne
tétique s’impose. Peut-on impunément tenter de modifier le
et non sur les symptômes comportement de quelqu’un ? Des traditionnels régimes plus ou
est absolument nécessaire. moins restrictifs à l’éducation thérapeutique, nos pratiques évo-
luent lentement, trop lentement peut-être.

Démarche thérapeutique
Pour quelle maladie ?
Nous prendrons surtout l’exemple de l’obésité, car chacun sait
Ce qui est nouveau à quel point les dérives ont été et sont encore, hélas, nom-
breuses. Les « amaigrisseurs » sévissent, la presse et la télévision
La diététique n’est qu’un élément des « modifications inondent le grand public de reportages ou d’enquêtes, le PNNS
thérapeutiques du mode de vie » qui devraient petit à petit recommande de manger mieux, et les publicitaires continuent à
remplacer les fameux régimes traitements hygiéno-diététiques nous tenter, tout en proposant de consommer toutes ces
qui ont perdu beaucoup de leur crédibilité. Le but est de bonnes choses avec modération…
changer un ensemble d’habitudes ou de pratiques, par petits À propos de l’obésité
pas… vers un mode de vie plus sain. La médecine de l’obésité aimerait bien exister et être reconnue
L’éducation thérapeutique est un concept déjà ancien, qui fait dans notre pays.1, 2 Le malade inspiré par la pensée magique
du patient un acteur de sa propre santé. L’approche est cherche désespérément une solution rapide et efficace. Le
incontournable dans la prise en charge de toutes les maladies
chroniques. Le patient est amené à trouver lui-même les
meilleures solutions après avoir acquis un certain nombre * Service de diabétologie, maladies métaboliques, maladies de la nutrition,
CHU de Nancy, hôpital Jeanne-d’Arc, 54200 Toul, France.
de compétences nouvelles.
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Monogra phie

avec une maladie invalidante et difficile à soigner. Modifier dura-


blement son mode de vie et changer les petites habitudes, qui
Régimes ont insidieusement fait le lit de l’obésité, est difficile pour qui-
Régimes diététiques conque.
Thérapie à très basse teneur calorique
À propos du diabète
cognitivo- Substituts de repas
comportementale L’histoire du traitement diététique du diabète est passionnante.
Conseils Les principes, d’abord érigés en dogmes, ont profondément
diététiques
évolué. Du régime hypoglucidique sévère aux prescriptions éla-
Éducation borées fondées sur les indices glycémiques, de l’introduction
thérapeutique massive de fibres à l’utilisation abusive des aliments riches ou
du patient Modifications
pour les maladies thérapeutiques enrichis en fructose, les pratiques ont beaucoup changé.
nutritionnelles du mode de vie
Prenons l’exemple de l’insulinothérapie fonctionnelle, pratique
récente, qui constitue à certains égards un progrès majeur. En
effet, on a pu à la fois libéraliser les pratiques dans le domaine de
FIGURE 1 Les quatre approches thérapeutiques dans le cadre desquelles la diététique et les rationaliser. L’objectif est simple : optimiser le
s’inscrit la prescription diététique. contrôle glycémique en calculant la dose d’insuline en fonction
La taille des cercles rend compte de leur développement actuel en France. d’une estimation relativement précise de la quantité de glucides
L’éducation thérapeutique devrait en constituer la voie finale commune, même
lorsqu’on prescrit un substitut de repas ! Son périmètre devrait s’étendre dans consommés. En fait, cette nouvelle approche a surtout redonné
les années à venir, car la démarche est nouvelle. l’initiative et la liberté de choisir au patient. C’est donc un ensem-
ble de comportements qui s’en trouve affecté. Le patient peut
enfin voir par lui-même que cela marche !
Anorexie et dénutrition
COMPORTEMENTS
Ce que l'on fait Paradoxalement, il est encore plus difficile de faire manger
quelqu’un qui n’a pas faim que de mettre une personne obèse au
régime. Encore une fois, ce n’est pas la consigne qui compte
mais l’analyse des difficultés pratiques. Il faut considérer l’en-
semble du processus qui conduit l’aliment de son lieu de
TRIADE stockage à la bouche du mangeur.
COGNITIVE Ainsi, l’usage des compléments nutritionnels pose de nom-
breuses questions ; la façon de conseiller leur emploi par une
personne âgée et/ou dénutrie est aussi importante que leur
ÉMOTIONS COGNITIONS
Ce que l'on ressent Ce que l'on pense contenu en nutriments ou leur flaveur.

Quelle pédagogie ?
FIGURE 2 C’est dans le domaine pédagogique que les soignants ont le
La triade cognitive qui gouverne nos actions.
plus de progrès à faire. « Vous n’avez qu’à faire un petit régime »,
« Il suffit de ne plus manger ceci ou cela », « Est-ce que vous sui-
vez votre régime ? », bien des médecins ont moins de 5 minutes
médecin est parfois devenu gourou et le pharmacien vendeur de pour énoncer les fameuses règles hygiéno-diététiques, encore
préparations miraculeuses. trop souvent prônées par la Faculté ou les experts ! Pourtant, il
L’absence de régulation et de coordination reste une des ne devrait y avoir ni règles drastiques ni prescriptions hygié-
caractéristiques de notre système de santé pour la prise en niques ! Les mots ont un sens qui est le reflet de nos pratiques.
charge de cette maladie chronique, bien qu’une évolution se La prescription diététique doit au contraire nous conduire à des
dessine. En effet, l’obésité est souvent traitée comme une affec- négociations : ce qui est utile et efficace doit être mis en balance
tion aiguë nécessitant un suivi de courte durée. Un petit régime avec ce qui est difficilement supportable, voire inacceptable.
de quelques semaines… Le malade est considéré comme le seul Certes, une attitude directive est parfois nécessaire. C’est le
responsable des mauvais résultats, car incapable de suivre les cas durant les quelques jours qui suivent une intervention de chi-
prescriptions. rurgie bariatrique : le patient mange « liquide, puis mixé et enfin
La médecine de l’obésité se doit d’être une médecine lente, solide » en évitant la tachyphagie. Les conseils sont précis, desti-
une médecine centrée sur la personne, qui aide le patient à vivre nés à éviter tout vomissement. Ils méritent d’être suivis à la lettre.

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Monographie

RR NUTRITION PRESCRIRE UNE MODIFICATION DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE

porte sur les lipides, les glucides ou les protéines. Le choix qualitatif,
TABLEAU 1

CONSEILS DIÉTÉTIQUES POUR LE TRAITEMENT c’est-à-dire celui du « type de régime », influence considérablement
DE L’OBÉSITÉ l’adhésion initiale et l’observance à long terme. En fait, deux condi-
tions sont déterminantes : il faut d’une part que le patient y croie, et
• Limiter la consommation des aliments à forte densité énergétique, là toutes les dérives sont possibles, et d’autre part que l’alimentation
riches en lipides ou en sucres simples et les boissons sucrées ou proposée soit palatable – c’est-à-dire bonne à manger ! Le régime
alcoolisées méditerranéen a dans ce domaine toutes les vertus !
Modifications thérapeutiques du mode de vie
• Choisir des aliments de faible densité énergétique (fruits, légumes),
On ne devrait plus parler de régimes mais de « modifications thé-
boire de l’eau
rapeutiques du mode de vie » ou plus simplement d’adaptations.
• Contrôler la taille des portions Pour perdre du poids durablement, il faut avoir une alimentation
contrôlée en lipides, augmenter son activité physique quotidienne
• Diversifier les choix alimentaires en mangeant de tout, pour assurer
(1 heure de marche rapide par jour ou l’équivalent) et se peser au
un équilibre entre les macronutriments et un apport suffisant en
moins une fois par mois. Les petits changements sont plus effi-
micronutriments
caces à long terme que les mesures drastiques éphémères, mais
• Manger suffisamment à l’occasion des repas, ne pas manger debout, ils doivent être quotidiens. La contrainte, que l’on ne s’y trompe
mais assis bien installé à une table, si possible dans la convivialité pas, est vécue comme majeure par la majorité des personnes
• Structurer les prises alimentaires en repas et en collations en fonction concernées. Le problème principal est bien d’obtenir l’adhésion,
des nécessités du mode de vie du sujet (en général, 3 repas donc de convaincre d’abord et d’encourager ensuite. Notre sys-
principaux et une collation éventuelle), ne pas sauter de repas pour tème de santé, répétons-le, est peu adapté à ce type de démarche.
éviter les grignotages extraprandiaux favorisés par la faim Thérapie cognitivo-comportementale
Toute prescription de régime devrait s’accompagner d’une
• Détecter une éventuelle tachyphagie dont le sujet n’est habituellement analyse minimale des déterminants du comportement alimen-
pas conscient, mais que signale l’entourage taire. Pourquoi le sujet a-t-il besoin ou envie de manger à un
• Reconnaître et lever les tabous alimentaires, les fausses idées, source moment précis de la journée et dans quel contexte ? Reconnaît-
de frustrations et de désinhibition il les sensations de faim et de satiété ? S’agit-il d’un conditionne-
ment ancien, dont il lui faudra progressivement se défaire ? Est-il
• Rassurer le sujet quant à son droit au plaisir alimentaire, la convivialité possible de trouver d’autres solutions pour résoudre les tensions
des repas est souhaitable psychologiques ?
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont à entre-
D’après la réf. 5.
prendre par des spécialistes, mais tout soignant, sous réserve
d’une formation appropriée, peut avantageusement utiliser cer-
Quels moyens thérapeutiques ? tains outils ou approches qu’elles ont permis de développer.
Différentes approches sont possibles (fig. 1), utilisées en fonc- L’objectif pratique est de faire le lien entre les cognitions, les émo-
tion du contexte et des moyens disponibles. Nous resterons ici tions et le comportement alimentaire (fig. 2).
dans le contexte de l’obésité.5 L’outil de base est le carnet d’auto-observation. La personne
Simples conseils diététiques obèse va apprendre à reconnaître les situations ou les cognitions
La prescription d’un régime au sens strict du terme n’est pas qui déclenchent des réponses inappropriées et leurs consé-
« obligatoire » ; elle peut même être délétère pour certains quences émotionnelles. Petit à petit, des stratégies alternatives
patients, qui se trouvent en restriction cognitive et/ou qui ont déjà sont mises en place, que la personne est amenée à trouver par
largement expérimenté ce type d’approche, sans succès. elle-même, avec le soutien de l’équipe thérapeutique. Les princi-
À la suite d’une évaluation préalable qui n’a pas besoin d’être pales étapes de cette démarche sont indiquées dans le
sophistiquée, le clinicien peut proposer des mesures simples et tableau 2.
personnalisées. Le tableau 1 en présente quelques-unes. Le but Programme d’intervention
n’est pas d’imposer des « normes alimentaires » contraignantes Les programmes multifocaux associent de façon variable les dif-
mais plutôt de s’adapter au mieux à la personnalité du sujet, à férentes mesures que nous avons décrites. Leur succès éclatant
son contexte et à ses demandes. dans le domaine de la prévention du diabète de type 2 a modifié
Régimes diététiques l’idée que la plupart des cliniciens se faisaient du fameux traite-
De nombreux régimes « riches en… » ou « pauvres en… » n’ont ment « hygiéno-diététique ». En 5 ans environ, l’incidence de la
pas fait la preuve de leur intérêt. De plus, leur promotion n’est pas maladie chute de 50 % dans le groupe des sujets prédiabétiques
dénuée d’intérêts financiers. Le niveau du déficit énergétique condi- qui ont bénéficié du traitement intensif. La version américaine a été
tionne l’ampleur de la perte de poids, que la restriction calorique beaucoup plus coûteuse que la version finlandaise, pour le même

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résultat.5 L’intérêt de ces programmes est de donner de nouveaux

TABLEAU 2
EXEMPLES PRATIQUES DE L’APPROCHE COGNITIVO-
moyens d’éducation (activité physique, diététique, éducation indi-
viduelle et collective, coaching…) et surtout de suivi. La réalité de la COMPORTEMENTALE POUR LE TRAITEMENT DE L’OBÉSITÉ
maladie chronique est enfin prise en compte.
Stratégies / description et finalité
Éducation thérapeutique
L’évaluation de la motivation ou plutôt de l’aptitude au ➜ Autosurveillance
changement est essentielle. Les objectifs sont négociés avec Le sujet note quand, où, et pourquoi il mange. De même pour l’activité
le patient, au fur et à mesure de la prise en charge. L’éduca- physique ou la vie sociale. Il prend ainsi conscience par lui-même
tion thérapeutique est une sorte de contrat qui conduit le soi- de son comportement ; il apprécie ses progrès et ses difficultés
gné à chercher par lui-même les solutions pour changer son ➜ Choix des objectifs
mode de vie, en s’appuyant sur l’empathie et le savoir-faire Le but est de progresser par étapes, petits changements par petits
du soignant. Acquérir des connaissances techniques est changements, pour l’alimentation comme pour l’activité physique.
relativement facile lorsque l’environnement est favorable, Des objectifs réalistes sont négociés au fur et à mesure de la prise
mais il n’en va pas de même pour les compétences psycho- en charge
sociales, ou autrement dit de la capacité du sujet à faire face ➜ Contrôle des stimulus
aux difficultés de sa vie quotidienne (stress, conflits, incidents
Le sujet apprend à repérer les signaux ou les circonstances qui
ou accidents). déclenchent l’hyperphagie et à mettre en place des solutions pour éviter
qu’ils ne soient opérants
Qui prescrit ? Quel parcours de soins ?
➜ Gestion du stress
La prescription suppose un prescripteur. Traditionnellement, le Le stress psychologique a un effet facilitateur sur les conduites
alimentaires inappropriées. L’éviter ou le gérer est une nécessité
médecin est, le plus souvent à juste titre, le seul à pouvoir le faire.
Cependant, il peut accepter de déléguer à d’autres acteurs une ➜ Relations interindividuelles
partie de la relation soignant-soigné. Le tableau 3 décrit l’organi- Les tensions relationnelles peuvent déclencher l’hyperphagie. Le soutien
sation du système de soins et le parcours de soins d’un sujet familial et social est essentiel au contrôle du poids
obèse. ➜ Résolution de problèmes
Le médecin traitant : pilote ou copilote ? Le sujet est amené à identifier les situations dans lesquelles il ne peut
maintenir un mode de vie sain et adapté. Il trouve par lui-même ou en
Le médecin de famille est le référent naturel. Connaissant le thérapie de groupe les solutions nécessaires
patient et son entourage, il est en règle générale le mieux placé
➜ Renforcement positif
pour assurer la coordination des actions préventives et curatives.
Le sujet est conduit à voir ce qui fonctionne bien et à apprécier
Nulle stratégie coûteuse d’exploration ou de traitement ne
le chemin parcouru. Le thérapeute lui renvoie une image positive
devrait être mise en place sans son accord, y compris l’éduca-
tion thérapeutique ! La difficulté est de lui donner les moyens ➜ Restructuration cognitive
matériels (temps, formation, financement) pour assurer cette Le but est de corriger les distorsions cognitives. Travailler la perception
fonction dans le domaine des maladies nutritionnelles, par et l’affirmation de soi ou repérer les cognitions irrationnelles qui orientent
les conduites alimentaires sont des étapes essentielles
essence complexes et chronophages.
➜ Prévention de la rechute
Les médecins compétents en nutrition
L’évolution normale après une perte de poids est le retour au poids de
Le recours à des soins spécialisés est nécessaire dans les cas départ. Le sujet en est averti. Il apprend à faire face aux situations
difficiles et en cas d’échec (tableau 3). Mais il paraît nécessaire de à risque. Les 3 paramètres fondamentaux sont l’activité physique
mieux définir le rôle et la fonction du médecin nutritionniste. quotidienne, les apports alimentaires de lipides et la pesée mensuelle
Comme le demande le Collège des enseignants de nutrition, il ➜ Éducation nutritionnelle
est temps de reconnaître une compétence qui revient aux seuls Le but est d’améliorer les connaissances pour modifier éventuellement
médecins titulaires d’un diplôme d’études spécialisées complé- les comportements. Par exemple : redéfinir ce qu’est un repas, veiller
mentaires de nutrition (ou équivalent). à la structuration des rythmes alimentaires sans appliquer de normes
abusives
Les diététiciens
➜ Suivi et contacts
La place des diététiciens dans notre système de soins est Le contact soignant-soigné est un des éléments clés de la réussite.
insuffisante. Leurs actes ne figurent pas à la nomenclature et ne Le programme de suivi est proposé et géré par le médecin traitant
sont donc pas remboursés aux patients qui consultent en sec-
teur libéral. Une formation plus longue (elle n’est actuellement D’après la réf. 5.

LA REVUE DU PRATICIEN VOL. 59


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Monographie

RR NUTRITION PRESCRIRE UNE MODIFICATION DU COMPORTEMENT ALIMENTAIRE


TABLEAU 3

ORGANISATION DU SYSTÈME DE SOINS ET PARCOURS DE SOINS D’UN SUJET OBÈSE

Actions Objectifs Acteurs Cibles

PRÉVENTION PRIMAIRE  Modifier le mode de vie  Politiques, décideurs locaux,  La société


industriels,associations
de consommateurs, médias
 Médecins et acteurs de santé
DÉPISTAGE  Agir le plus tôt possible  Médecins et acteurs de santé :  Les sujets à risque
médecins généralistes, PMI,  Les jeunes enfants
médecine scolaire, médecine du travail
TRAITEMENT
 1re ligne  Bilan et traitement précoce  Médecin traitant  Surpoids et obésités communes
 2 ligne
e  Comorbidités sévères  Médecin nutritionniste  Obésités graves, rebelles, précoces
et autres spécialistes d’organes
 3e ligne  Recours  Centre de référence  Échecs et cas graves
 Équipe pluridisciplinaire
SUIVI  Éviter la rechute  Médecin généraliste  Tous les patients
 Dépister les complications ou médecin référent

D’après la réf. 4. PMI : protection maternelle et infantile.

que de 2 ans) est indispensable pour leur permettre d’accéder à ponsabilité des uns et des autres, à assurer la formation profes-
un meilleur statut et à une formation professionnelle plus pous- sionnelle adaptée et à bâtir des référentiels de métier.
sée, par exemple en psychologie et plus généralement en
sciences humaines. La reconnaissance d’une activité paramédi-
Réflexion sur le patient et la maladie chronique
cale de diététique constitue néanmoins une avancée récente, Le patient retient souvent les messages les plus simples qui ne
comme la définition par la profession d’un guide de bonnes sont pas malheureusement les plus justes. Par exemple, l’im-
pratiques. mense majorité des personnes diabétiques déclarent ne pas
consommer de sucre. C’est une constante dans les enquêtes
Les réseaux et les maisons du diabète alimentaires pratiquées dans un service de diabétologie.
et de la nutrition Il est donc essentiel de partir des croyances de santé du patient,
Le réseau de soins permet de répondre en partie aux défail- de ses représentations de la maladie et de son traitement.
lances précédemment décrites. Le projet médical qui lie les pro- La personne atteinte d’une maladie chronique doit s’adapter
fessionnels est conçu en fonction des besoins et des possibilités aux contraintes de celle-ci, dans un contexte sociofamilial
évalués localement. La coordination des soins permet une plus donné, pas toujours favorable. Ses comportements (alimenta-
grande interaction des différents acteurs de santé. Un avantage tion, activité physique, vie sociale et professionnelle, loisirs), aussi
essentiel des réseaux est de pouvoir assurer le financement par inappropriés qu’ils puissent paraître, reflètent son expérience,
dérogation de certaines prestations, comme celles des diété- son vécu et son « aptitude au changement ». Autrement dit, le
ticiens ou des psychologues, à condition de respecter des proto- malade chronique fait ce qu’il peut, avec les armes dont il dis-
coles de soins préalablement établis et acceptés par la tutelle. pose. Par exemple, les troubles du comportement alimentaire
Ces structures par nature expérimentales se développent en doivent être analysés comme une « solution » et non comme une
France depuis quelques années, leur survie n’est pas acquise… « perversion ».3 Manger plus qu’il ne le faut ou vivre dans l’an-
goisse ? Le dilemme est terrible, car manger apaise ; un aliment
Interactions, synergie et délégations de tâches apprécié est anxiolytique, comme peut l’être aussi un verre d’al-
Le rapport Berland (2003) a ouvert de nouvelles perspectives. cool. De l’habitude au conditionnement puis à la véritable addic-
À l’évidence, les médecins ne sont pas assez nombreux pour tion, le patient prend le chemin le plus facile pour trouver un cer-
faire face à la demande de soins. De nombreuses fonctions pour- tain équilibre psychologique et social. On voit ici que les régimes
raient être déléguées à des personnels paramédicaux, au pre- ou même les modifications thérapeutiques du mode de vie peu-
mier rang desquels figurent les diététiciens. Il reste à définir la res- vent faire plus de mal que de bien !

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Conclusion Prescrire une modification du comportement alimentaire

Les problèmes posés par la diététique thérapeutique sont


nombreux. La formation des soignants dans le domaine des POUR LA PRATIQUE
sciences humaines et sociales est insuffisante, alors même
qu’une grande partie des freins au changement sont psycho- RR Comprendre la signification du comportement
logiques ou sociaux. Nous mangeons tous, sans le savoir, pour alimentaire et de ses éventuels troubles constitue la première
respecter des normes sociales qui s’imposent d’elles-mêmes, étape.
dans un contexte que nous n’avons pas forcément choisi. Le
prescripteur de diététique ne devrait pas l’ignorer. RR Prescrire un régime ne suffit pas, quelle que soit la maladie
Le développement des approches cognitivo-comportemen- nutritionnelle en cause.
tales est insuffisant en France, faute de personnels formés et de
RR Traiter une maladie chronique exige de prendre en compte
financement. L’accès au diététicien ou au psychologue est diffi-
l’ensemble des problèmes que rencontre le patient et les
cile en dehors du système hospitalier. Mais surtout il est temps
représentations qu’il a de sa maladie et du traitement.
d’intégrer, dans le parcours de soins des patients atteints de
maladies chroniques nutritionnelles, les concepts de l’éducation RR Vouloir changer un comportement suppose une alliance
thérapeutique, en privilégiant les relations directes soignant- thérapeutique entre le soignant et le soigné, qui elle-même
soigné, que ne sauraient remplacer le coaching par téléphone ou implique une certaine empathie d’un côté et la confiance
les programmes de formation sur Internet. L’essentiel est d’ac- de l’autre.
compagner le patient et de l’aider à modifier lui-même, à son
rythme et selon ses capacités, les différents éléments qui condi-
tionnent son comportement. Le médecin traitant a le droit de L’équation de recherche sur ce thème dans Medline est :
s’approprier cette démarche, dont il peut être l’inspirateur et le Feeding Behavior [mh] AND Patient Education as Topic [mh]
pilote dans le cadre d’une approche multidisciplinaire. •

SUMMARY Prescribing a change in food behavior Les auteurs n’ont pas transmis de déclaration de conflit d’intérêts.
Four approaches are described: nutrition counseling, diet, therapeutic lifestyle interventions
and cognitive-behavioral therapies, of which the common objective should be patient
therapeutic education. Multidimensional programs combine in a positive fashion several
aspects of the previous strategies. The role of various health professionals is analyzed within
the care continuum driven by the referring physician. The management of nutrition disorders RÉFÉRENCES
requires patient-focused medicine; it should be comprehensive and, as far as possible,
multidisciplinary. Nutritionists have a role to play in this continuum. 1. Basdevant A, Laville M, Ziegler O. Guide 4. Ziegler O, Louis L, Jellimann S, Quilliot
pratique pour le diagnostic, la prévention, D. Obésité : du médecin de famille au
le traitement des obésités en France. centre spécialisé. Qui fait quoi ? Réseaux
RÉSUMÉ Prescrire une modification du comportement alimentaire Diabetes Metab 1998;24:10-42. Diabète 2004;22:10-2.
Quatre approches sont décrites : les conseils nutritionnels, les régimes diététiques, les 2. Basdevant A, Guy-Grand B. Médecine 5. Ziegler O, Quilliot D. Prise en charge de
modifications thérapeutiques du mode de vie, les thérapies cognitivo-comportementales, dont de l’obésité. Paris : Médecine Sciences l’obésité de l’adulte. Rev Prat
la voie finale commune devrait être l’éducation thérapeutique du patient. Les programmes Flammarion, 2004. 2005;55:1437-52.
multifocaux associent avantageusement divers aspects des stratégies précédentes. Le rôle des 3. Ziegler O. Comportement alimentaire et
différents acteurs de santé est analysé dans le cadre du parcours de soin piloté par le médecin ses désordres. Pour la pratique. Rev Prat
traitant. La prise en charge des maladies nutritionnelles suppose une médecine centrée sur la 2000;50:521-5.
personne, elle se doit d’être globale et, dans la mesure du possible, multidisciplinaire. Les
diététiciens ont toute leur place dans ce parcours.

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