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Bioéthique : Débats sur les cellules souches

La révision de la loi bioéthique française de 2004 suscite des débats sur l'utilisation des embryons humains et les cellules souches. Le Vatican s'oppose aux recherches sur les cellules souches embryonnaires, tandis que des avancées scientifiques favorisent l'utilisation de cellules souches adultes et la création de cellules souches induites. La question de l'éthique et de la dignité humaine reste centrale dans les discussions sur ces sujets.

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Bioéthique : Débats sur les cellules souches

La révision de la loi bioéthique française de 2004 suscite des débats sur l'utilisation des embryons humains et les cellules souches. Le Vatican s'oppose aux recherches sur les cellules souches embryonnaires, tandis que des avancées scientifiques favorisent l'utilisation de cellules souches adultes et la création de cellules souches induites. La question de l'éthique et de la dignité humaine reste centrale dans les discussions sur ces sujets.

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Tribune

RR

CELLULES SOUCHES
LE VATICAN ET LES ÉTATS
GÉNÉRAUX FRANÇAIS
DE LA BIOÉTHIQUE
La prochaine révision de la loi bioéthique française de 2004 va-t-elle relancer
la polémique éthique sur l’usage qui peut ou non être fait de certains embryons humains ?

Jean-Yves Nau
nau@[Link]

allait-il y voir l’effet du hasard ou humaine ; interdiction immédiatement

F
« Au départ, les études ont surtout porté
celui de la fatalité ? L’annonce offi- assortie d’un moratoire de 5 ans durant sur les cellules souches embryonnaires
cielle, faite en décembre, du lance- lequel ces recherches pouvaient être car on pensait que celles-ci étaient les
ment en France des États généraux de la menées, dans des conditions très strictes, seules à posséder un grand potentiel de
bioéthique – prévus pour le premier semes- sur le sol français. En juillet 2008, l’Agence multiplication et de différenciation,
tre 2009 – a coïncidé avec un autre événe- de la biomédecine avait d’ores et déjà déli- rappellent les auteurs. De nombreuses
ment : la publication par le Vatican d’un vré 106 autorisations et opposé 3 refus.2 recherches ont cependant montré que
document important, l’Instruction Digni- Selon un rapport préalable à la révision les cellules souches adultes, elles aussi,
tas personæ, rappelant de manière solen- de la loi, rendu public fin 2008 par l’Office ont une grande versatilité. Bien que ces
nelle autant que radicale les principes prô- parlementaire d’évaluation des choix cellules ne semblent pas avoir la même
nés par l’Église catholique à la lumière des scientifiques et technologiques (Opecst), capacité de renouvellement et la même
différentes avancées réalisées, notamment la levée de cette interdiction fait désor- plasticité que les cellules embryonnai-
dans le domaine de la lutte contre la stérilité mais quasiment consensus dans le milieu res, des études et des expérimentations
et des recherches sur les cellules souches.1 scientifique. Pour sa part, l’Opecst se dit de grande valeur scientifique tendent à
Pour sa part, Roselyne Bachelot, minis- favorable à un régime d’autorisation, à la leur accorder des résultats cliniques
tre de la Santé, aimerait que les questions fois préalable et encadrée. Ses membres plus positifs, ce qui n’est pas le cas des
de bioéthique ne soient plus confisquées sont également en faveur de la légalisation cellules embryonnaires. »
par ceux qui, au fil du temps, en ont fait de la technique de transposition nucléaire Le Vatican qualifie de « gravement illi-
une spécialité. Peuvent-elles pour autant (ou « clonage thérapeutique ») actuelle- cites » les recherches sur les cellules sou-
concerner tous les citoyens? Nous verrons ment interdite en France. ches embryonnaires humaines dans la
ce qu’il en sera avant que soit mise en Dans son Instruction Dignitas per- mesure où ces dernières impliquent la
chantier la révision de la loi de 2004. Pour sonæ, le Vatican fait, sans surprendre, une destruction inévitable de l’embryon. Dès
l’heure, il semble que l’on tienne générale- tout autre analyse. Les auteurs rappellent lors, « la recherche, quels que soient les
ment pour acquis en France que les qu’en pratique, les cellules souches humai- résultats d’utilité thérapeutique, ne se
recherches sur les cellules souches nes peuvent provenir de l’embryon aux place pas véritablement au service de
embryonnaires humaines ne soulèveront premiers stades de son développement, l’humanité. Elle passe en effet par la
pas de difficultés. En 2004, le législateur du fœtus, du sang du cordon ombilical, du suppression de vies humaines qui ont
avait choisi, de manière particulièrement liquide amniotique ainsi que de différents une égale dignité par rapport aux
ambiguë, de se prononcer pour une inter- tissus de l’organisme après la naissance autres personnes humaines et aux cher-
diction des recherches sur ces cellules et (moelle osseuse, cordon ombilical, cer- cheurs eux-mêmes. L’histoire elle-même
ce au nom du respect de la dignité veau, mésenchyme de divers organes, etc.). a condamné par le passé et condamnera • • •

LA REVUE DU PRATICIEN VOL. 59


20 janvier 2009 13
TOUS DROITS RESERVES - LA REVUE DU PRATICIEN
RR Tribune CELLULES SOUCHES

Les principales dates de 2008


• 25 janvier. Harry Heimberg A. Goldman (université du centre Science avoir, pour la première fois, du cortex cérébral, à partir
(Centre de recherches sur le médical de Rochester [New York]) réussi à transformer en neurones de cellules souches embryonnaires
diabète, Université libre de annonce que des souris ayant des des cellules de peau prélevées de souris.
Bruxelles) annonce dans la revue atteintes graves démyélinisantes chez des personnes souffrant • 20 août. Robert Lanza et ses
Cell être parvenu à isoler, à partir du système nerveux central ont pu de sclérose latérale amyotrophique. collaborateurs, de la société
du tissu pancréatique de souris recouvrer une activité cérébrale • 17 août. Pierre Vanderhaeghen américaine Advanced Cell
adultes, des cellules souches quasi normale après injections de et Nicolas Gaspard (Université libre Technology (ACT), annoncent
progénitrices capables de se cellules souches issues d’un fœtus de Bruxelles), travaillant en dans Blood, être parvenus à créer,
transformer pour devenir des humain. collaboration avec Afsaneh Gaillard in vitro et en très grand nombre,
cellules productrices d’insuline. • 1er août. Kevin Eggan (Institut (Université de Poitiers, CNRS), des globules rouges humains
• 4 juin. Dans la revue Cell Stem Harvard des cellules souches) annoncent sur le site de Nature à partir de cellules souches
Cell un groupe dirigé par Steven annonce dans les colonnes de être parvenus à fabriquer in vitro embryonnaires.

• • • à l’avenir un tel type de science, non diaque. Mais nous sommes confrontés méthodologiques, d’un passage direct à
seulement parce qu’elle est privée de la aux problèmes de l’accessibilité aux des essais chez l’homme. »
lumière de Dieu, mais également parce autres cellules souches adultes et à la Mais il faut aussi, en ce début d’année
qu’elle est privée d’humanité. » Cette difficulté de les amplifier, ce qui limite 2009, compter avec une nouvelle donnée
analyse n’est le plus souvent pas partagée les perspectives de leur utilisation », expérimentale qui pourrait rapidement
dans les milieux de la recherche scienti- résume Hervé Chneiweiss, directeur du bouleverser bien des aspects de la problé-
fique et médicale. Certaines équipes – laboratoire Plasticité gliale unité 572 de matique. Il s’agit de la possible création
comme celle, en France, de l’I-stem (Géné- l’Inserm (Centre Paul-Broca, Paris) et de cellules souches humaines « quasi-
thon) que dirige Marc Peschanski – souli- rédacteur en chef de Médecine/Science. embryonnaires » (qualifiées de « pluri -
gnent ainsi le caractère irremplaçable des Pour ce qui concerne les cellules sou- potentes induites » ou iPS) obtenues à par-
cellules souches embryonnaires porteuses ches embryonnaires humaines, un pre- tir de simples cellules somatiques dont le
d’anomalies génétiques obtenues après mier et important obstacle vient d’être génome a été « déprogrammé » à partir de
diagnostic préimplantatoire. franchi: on sait en effet désormais les culti- l’intégration de plusieurs gènes étrangers.
Au-delà de cette opposition frontale ver sans avoir recours à des cellules ou Mise au point et brevetée par une équipe
– dont on voit mal comment elle pourrait à à des sérums d’origine animale, éléments japonaise dirigée par Shinya Yamanaka
court terme s’épuiser – force est d’obser- qui interdisaient de pouvoir les utiliser (université de Kyoto), cette technique
ver que l’année 2008 aura été marquée par chez l’homme au motif, réglementaire et a rapidement diffusé dans l’ensemble des
une longue série de publications scienti- sanitaire, que l’on aurait alors été dans le laboratoires spécialisés. Des obstacles
fiques (souvent spectaculaires et à ce titre champ des xénogreffes cellulaires. « Nous demeurent (compte tenu du potentiel
souvent largement médiatisées) témoi- sommes pour l’heure confrontés à deux tumoral des gènes utilisés) mais cette
gnant d’une maîtrise croissante dans l’ob- types de difficultés, résume encore Hervé avancée – ce « voyage cellulaire vers le
tention et la culture des cellules souches Chneiweiss. La première est celle de la passé » – laisse désormais espérer la mise
humaines, embryonnaires ou pas. Mais tolérance immunitaire de ces cellules au point, in vitro, de modèles cellulaires et
force est aussi de reconnaître que rien ne par l’organisme receveur. La seconde tissulaires, normaux ou pathologiques,
permet de penser que ces travaux débou- est la maîtrise de la différenciation de offrant de nouvelles possibilités de recher-
cheront à court terme sur des applications ces cellules vers un type de cellules spé- che médicale, pharmacologique et toxico-
thérapeutiques régénératrices pour des cialisées et la stabilité in vivo des carac- logique. •
Jean-Yves Nau est médecin
pathologies dégénératives aujourd’hui téristiques obtenues. Il ne faut pas que
et journaliste au Monde.
encore incurables. ces cellules meurent, se transforment ou
« Aujourd’hui, les essais cliniques provoquent une tumeur. Nous n’en
RÉFÉRENCES
menés avec des cellules souches adultes sommes qu’au stade de savoir quels 1. Instruction « Dignitas personæ ; sur certaines questions
progénitrices musculaires commencent seront les meilleurs modèles animaux de bioéthique ». Paris : Éditions Le Cerf. ISBN : 978-2-
à donner de premiers résultats promet- sur lesquels tester ces critères en dehors 204-08874-9.
2. Nau JY. Les freins à l’utilisation des cellules souches
teurs dans le traitement de l’inconti- de la boîte de culture. La question est disparaissent peu à peu. Le Monde du 29 août 2008.
nence urinaire et de l’insuffisance car- aussi posée, pour différentes raisons

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