Construisons ensemble l’avenir de la Méditerranée
TOURISME
Activités économiques et développement durable
© Calella Palafrugell, Catalogne (Miquel Fabre, 2014)
PROMOUVOIR UN TOURISME DURABLE
ET INCLUSIF EN MÉDITERRANÉE
Lignes directrices pour un tourisme
DU PLAN BLEU
durable en Méditerranée
Le tourisme, un secteur économique majeur en Méditerranée,
LES NOTES
générateur d’impacts sociaux et environnementaux, et
potentiellement victime de son succès…
La Région Méditerranée offre de nombreuses activités touristiques en lien avec la mer ou ses
littoraux (activités sportives, tourisme de santé, de nature, professionnel, culturel…), qui génèrent
un grand nombre d’emplois (11,3 % de l’emploi dans la région) et des résultats économiques
significatifs (11,5 % du PIB de la région) (WTTC, 2015). Toutefois, la croissance économique
générée par le tourisme se fait souvent au détriment de l’intégrité environnementale et de l’équité
sociale. Dépendance au tourisme balnéaire de masse (dit « 3S » – sea-sand-sun), dégradation
du capital culturel, pollution de l’environnement, épuisement des ressources, vulnérabilité au
changement climatique, insécurité géopolitique, instabilité sociale… Tous ces éléments sont
autant de problématiques qui menacent par effets directs ou indirects la durabilité du secteur du
#32
SEPTEMBRE 2016
tourisme dans les pays méditerranéens.
Comment, dans ce contexte complexe, promouvoir monde, avec plus de 300 millions d’arrivées de
des activités touristiques générant des impacts positifs touristes internationaux (ATI) représentant environ
pour la population tout en réduisant leurs externalités 30 % du nombre total de touristes internationaux en
négatives ? Quelle stratégie pourrait permettre de 2014. Les ATI sont passées de 58 millions en 1970 à
garantir une contribution importante du tourisme près de 314 millions en 2014, avec une prévision
aux Objectifs de développement durable (ODD) aux de 500 millions d’ici 2030 (OMT, 2011 & 2015).
échelles locale, nationale et régionale ? La moitié de ces arrivées se font dans les zones
côtières, aggravant la concentration des pressions
Un secteur en plein essor anthropiques sur les littoraux, en particulier pendant
Grâce à l’association unique d’un climat tempéré, de la saison estivale.
richesses patrimoniale et culturelle, de ressources Le secteur du tourisme est très développé dans
naturelles exceptionnelles et de la proximité de les pays du Nord de la Méditerranée, notamment
marchés émetteurs majeurs, la Méditerranée la France, l’Italie et l’Espagne, et il a connu une
demeure la première destination touristique du croissance importante ces dix dernières années dans
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plusieurs pays du Sud et de l’Est de la Figure 1. Évolution des arrivées de touristes internationaux (ATI) en
Méditerranée tels que l’Égypte et la Turquie. Méditerranée (1995-2014)
Les cinq premières destinations touristiques
Millions
de la Région Méditerranée (la France – 84 Méditerranée occidentale, rive Sud
millions d’ATI, l’Espagne – 65 millions, l’Italie Méditerranée orientale, rive Nord
Méditerranée orientale, rive Sud
– 48 millions, la Turquie – 40 millions et Méditerranée occidentale, rive Nord
la Grèce – 22 millions) représentent près
de 83 % des arrivées totales de touristes
internationaux dans la région en 2014.
Un secteur à fort impact
économique
Le tourisme est l’un des secteurs
économiques les plus importants de la
Région Méditerranée, notamment pour les
pays (ou régions de pays) peu développés
sur les plans industriel ou agricole. Comme
le montre la figure 2, le secteur touristique
contribue dans la région à hauteur
de 11,3 % du PIB, 11,5 % de l’emploi,
11,5 % des exportations et 6,4 % des
investissements. Source : Plan Bleu, 2016 (d’après des données OMT, 2016)
Figure 2. Impacts économiques du tourisme en Méditerranée
PIB Emplois Exports Investissements
Direct Indirect
Source : Plan Bleu, 2016 (d’après des données WTTC, 2015) Encadré 1. Impact du terrorisme et des catastrophes sur les
flux touristiques
Au cours des dernières années, des groupes terroristes ont ciblé
Un secteur instable et volatile des hauts lieux du tourisme, du voyage et du divertissement à
Sousse et à Tunis (Tunisie), à Istanbul (Turquie), à Paris et à Nice
Le secteur du tourisme est très sensible aux turbulences (France), à Bruxelles (Belgique), etc., avec un effet immédiat
externes et internes aux destinations, parce que sur la fréquentation touristique. A Paris par exemple, le taux
d’occupation des hôtels a chuté de 21 % le lendemain des
l’importateur (le touriste) doit se rendre sur le lieu de attaques de novembre 2015. En Turquie, qui a connu une série
production pour consommer l’activité. Aujourd’hui, quatre d’attentats en 2016, les chiffres du secteur touristique ont chuté
crises simultanées affectent le tourisme méditerranéen : de 10 % en février 2016 par rapport à l’année précédente. Selon
les conflits sociaux et l’instabilité politique ; le terrorisme et une étude récente1, il faut en moyenne 13 mois pour qu’une
destination se relève d’une attaque terroriste. Cette durée de
l’insécurité ; le ralentissement économique et le chômage ; et récupération peut par ailleurs être plus longue en cas d’épidémies
la crise climatique qui accélère l’épuisement des ressources (21 mois), de catastrophes naturelles (24 mois) et d’instabilité
en eau en particulier. L’un des effets des chocs sécuritaires politique (27 mois). La perception et l’image des destinations
du sud et de l’est de la Méditerranée étant souvent générale et
est le « principe des vases communicants », c’est-à-dire le indifférenciée pour les touristes provenant des pays du Nord, les
fait qu’une partie des flux vers les destinations du sud de la troubles dans une destination même lointaine se répercutent par
Méditerranée (bords de mer mais aussi centres historiques une chute des arrivées dans les autres destinations, même celles
et sites archéologiques) soit déviée vers des destinations stables et sûres.
similaires au nord de la Méditerranée, considérées comme 1 [Link]
plus sûres. smallest-impact-on-tourism-industries/
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Des réalités variables Figure 3. Nombre d’arrivées annuelles de touristes internationaux dans les PSEM
selon les sous-régions (en milliers)
On peut diviser le bassin méditerranéen
en quatre sous-régions géographiques
distinctes (Figure 1) :
• Les pays du nord-ouest de la
Méditerranée (la France, l’Italie,
Malte, Monaco et l’Espagne), où
le développement du tourisme
est déjà mature et où les ATI
représentent plus de la moitié
des ATI totales de la Région
Méditerranée.
• Les pays du nord-est de la
Méditerranée (l’Albanie, la
Bosnie-Herzégovine, la Croatie,
le Monténégro, la Slovénie,
ainsi que la Grèce et Chypre
dont les destinations sont plus
matures), vivent un véritable
« boom touristique » en tant
que destinations émergentes
ou résilientes connaissant un Source : données OMT et Banque Mondiale, 2016.
renouveau.
• Les pays du sud-ouest de la Méditerranée suivent une Par ailleurs, l’offre et la demande touristiques ont tendance
dynamique économique différente. La Tunisie est à se concentrer dans les zones côtières, ce qui se traduit
fortement touchée par un environnement sécuritaire par des disparités territoriales entre d’un côté des littoraux
complexe, le Maroc connaît une croissance des arrivées densément occupés et recueillant l’essentiel des retombées
touristique mais est impacté par la crise sécuritaire en économiques et, d’un autre côté, des arrière-pays et des
Afrique du Nord, au Proche- et au Moyen-Orient, enfin intérieurs encore peu valorisés. La nouvelle donne climatique
l’Algérie n’est pas encore entrée dans le marché du annonce des redéploiements spatiaux et temporels des
tourisme international. flux touristiques, ce qui risque de remettre en question la
• Les pays du sud-est de la Méditerranée présentent trois rentabilité d’investissements lourds sur les littoraux.
situations différentes : une réduction du tourisme au
cours des cinq dernières années en Égypte, au Liban et
Encadré 2. Inégale distribution spatiale des flux touristiques :
et surtout en Syrie, en raison des problèmes sécuritaires les déséquilibres territoriaux
et de politique interne, et une augmentation significative Les déséquilibres territoriaux que le tourisme méditerranéen
en Turquie – bien que les événements internes récents accuse contrebalancent les retombées positives de cette activité.
ralentissent cette augmentation – et, enfin, une La croissance économique générée par les activités touristiques
profite davantage aux destinations basées sur le modèle du
croissance modérée en Palestine et en Israël. « tout balnéaire » privilégié par les politiques publiques. Cela
entraine la marginalisation de territoires présentant des atouts
Le tourisme, source de dégradations pour le développement d’un tourisme culturel, socialement
environnementales responsable, intégrant les préoccupations environnementales,
notamment les arrière-pays et les villes secondaires/intérieures,
Le tourisme balnéaire de masse génère d’importantes ainsi que les sites historiques à forte valeur patrimoniale. Or, si les
dégradations environnementales et augmente le politiques publiques continuent à privilégier le modèle balnéaire,
prélèvement de ressources naturelles comme l’eau potable, la réalité à la fois de la demande et de l’offre touristiques montre
que les destinations des arrière-pays émergent de plus en plus.
une ressource extrêmement rare dans de nombreuses Du côté de la demande, on observe des changements dans les
zones côtières, ou encore les aliments, pesant parfois sur la comportements des touristes qui recherchent un tourisme plus
production locale, en particulier celle des produits de la mer authentique et un équilibre production/consommation. Du
côté de l’offre, des populations et des acteurs locaux réactifs à
(surpêche). Les consommations d’électricité augmentent en ces nouvelles demandes développent de nouveaux services
raison de la fréquentation touristique, en lien notamment plus respectueux de leurs territoires et savent les rendre
avec l’utilisation des installations de chauffage et de attractifs. Souvent, pour exister et se différencier, ces territoires
climatisation. De plus, le tourisme côtier est une source marginalisés doivent mettre en place de nouvelles formes de
gouvernance, proposer des actions et initiatives innovantes,
d’impacts environnementaux graves : par exemple, pollutions prendre en compte la multiplicité des intervenants, incorporer
marines et d’eau douce dues aux rejets d’eaux usées et aux les processus identitaires et les nouveaux rapports tourisme/
décharges sauvages de quantités considérables de déchets produits du terroir.
solides.
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Encadré 3. Tourisme, transport aérien et changement climatique Forte influence des tendances
L’avion a révolutionné le tourisme international, permettant de macroéconomiques sur le tourisme
rejoindre presque tous les endroits du monde à des conditions
financières et avec des durées de voyage compatibles avec La région méditerranéenne connaît aujourd’hui une
« le temps des vacances » (congés payés). Le transport aérien « ruée vers l’or bleu » (WWF-France, 2015), mais les pays
a ainsi façonné un modèle globalisé de développement riverains de la mer Méditerranée ne pourront développer
touristique, accessible à une majorité de la population. Dès une économie florissante ni atteindre ou maintenir le
lors la question de la dépendance croissante du tourisme
méditerranéen vis-à-vis du transport aérien1, en particulier bien-être de leurs populations sans vision à long terme
pour les pays et territoires insulaires, mériterait d’être analysée de développement durable. Les activités liées à la mer
d’autant plus finement que ce mode de transport demeure (le transport maritime, le tourisme, l’aquaculture, etc.)
très impactant en termes de consommation d’énergie et de devraient connaître une croissance importante au cours
bilan carbone. En effet, l’amélioration du bilan carbone du
tourisme repose en grande partie sur le contrôle du secteur des 15 prochaines années. Cela pourrait générer une
aérien (système d’échanges de quotas, taxation, etc.) et concurrence exacerbée sur des ressources marines d’ores et
sur les innovations technologiques et organisationnelles déjà limitées, tout en engendrant une pression encore plus
liées (remplissage des avions par exemple). Toutefois, les
transports aériens (et maritimes) ne sont malheureusement forte sur les écosystèmes marins et côtiers déjà sous tension
pas inclus dans l’Accord de Paris sur le changement climatique (Figure 4).
(2015). Il en résulte une incertitude importante sur la capacité
du secteur à s’autoréguler en l’absence de cadre légal et de
solutions techniques disponibles, du moins à court terme.
1 A l’échelle de la Méditerranée et selon les données de l’OMT, le
transport aérien est passé d’un quart des arrivées internationales à la fin
des années 1980 à plus de la moitié en 2006 (51 %).
Figure 4. Tendances macroéconomiques en Méditerranée
Source : WWF-France, 2015
Des problématiques clés à traiter d’envahissement, chocs culturels, mais aussi emplois peu
qualifiés voire précaires, inégale distribution des recettes
Etant donné l’état actuel du tourisme en Méditerranée (Plan
touristiques, fuites économiques, etc.), les principes de
Bleu, 2016), les tendances laissent présager une augmentation
durabilité ne sont pas encore largement appliqués en matière
considérable des pressions anthropiques, qui menacent à la
de gestion des infrastructures et des destinations. Résumés
fois la durabilité environnementale et sociale des destinations
dans la Figure 5, plusieurs problèmes demeurent non résolus,
mais aussi la viabilité économique du secteur touristique.
de nombreux défis ne sont pas encore relevés et un grand
Malgré une meilleure prise de conscience des risques sociétaux
nombre de problématiques restent ouvertes.
liés au développement du tourisme (gentrification, sentiment
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Figure 5. Principales problématiques du tourisme en Méditerranée
Source : Plan Bleu, 2016
La nécessité d’inscrire l’activité Les deux grands défis du XXIème siècle
touristique dans une approche pour le tourisme méditerranéen
territoriale du développement Aujourd’hui plus que jamais, les destinations touristiques
Dans le bassin méditerranéen, parce que le potentiel d’activité méditerranéennes souffrent souvent d’une sur-fréquentation,
touristique est élevé, certains territoires et les politiques exerçant une pression trop forte sur les territoires et leurs
publiques ont fait du tourisme une mono-activité. Cette ressources, que ce soit d’un point de vue environnemental
situation a permis, lorsque les conditions favorables étaient ou social. Cela pose le problème de la régulation des flux
réunies, un développement économique rapide et important touristiques et renvoie à la question de la nécessité d’une
de ces territoires, avec néanmoins des impacts sociaux et diminution du nombre de touristes (système de quota)
environnementaux négatifs tels qu’évoqués plus haut. ou d’une meilleure répartition spatio-temporelle des flux
Aujourd’hui, face aux nombreuses crises que traverse la région touristiques. Autrement dit, selon une approche territoriale de
et parce que le touriste (importateur) doit se rendre sur le développement durable par l’activité touristique, pourra-t-on
lieu de production (la destination, par définition exportatrice garantir l’accès du plus grand nombre à certaines destinations
de produits touristiques), il est indispensable d’articuler et touristiques ?
harmoniser les développements touristiques avec les autres Le deuxième grand défi renvoie aux moyens qui doivent être
secteurs d’activités, en particulier l’agriculture et l’artisanat. mis en œuvre pour permettre un accès plus large et pérenne
C’est cette complémentarité entre les secteurs d’activité qui des touristes nationaux aux destinations méditerranéennes.
doit être recherchée pour atténuer l’impact des crises sur les Cette préoccupation est liée d’une part, aux réponses à
territoires. Ainsi, c’est en diminuant la part relative de l’activité apporter aux enjeux sociaux du développement local et
touristique dans les économies locales que le tourisme pourra d’autre part, à la résilience du tourisme méditerranéen pour
continuer sa progression. atténuer ou compenser les impacts des crises externes lorsque
l’activité touristique repose essentiellement sur une clientèle
internationale.
Tableau 1 : Principaux impacts des produits du tourisme sur les populations locales (évaluation simplifiée)
Impact culturel Impact économique
Impact environnemental Impact social (richesse patrimoniale, (contribution au PIB,
Type de tourisme (pollution de l’air, de l’eau, (qualité de l’emploi, équité en termes d’accès à création d’emplois, taxes
rejet de déchets, etc.) inclusion, etc.) la culture, etc.) prélevées, etc.)
Tourisme côtier --- + -/+ ++
Croisière -- -/+ -- -/+
Tourisme culturel - ++ ++ ++
Tourisme d’affaires
(réunion, conférences et - + -/+ ++
événements)
Tourisme rural, naturel
-/+ ++ +++ +
et écotourisme
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Tirer profit des engagements Cette approche devrait déboucher sur la définition d’un
internationaux cadre stratégique régional pour un tourisme durable en
Les pays méditerranéens sont Parties à de nombreux Méditerranée, dont les lignes directrices devraient au
Accords multilatéraux sur l’environnement (Vernin, 2016) – préalable être soumises pour validation à toutes les parties
Objectifs de développement durable (ODD), Accord de prenantes aux niveaux régional et national : pouvoirs publics,
Paris sur le changement climatique (COP21 – CCNUCC), institutions intergouvernementales, secteur privé, société
Convention sur la diversité biologique (CDB), etc., y compris civile et ONG, ainsi que les communautés scientifiques.
à l’échelle de la Région Méditerranée dans le cadre de la Définir une vision partagée et élaborer
Convention de Barcelone : Stratégie méditerranéenne pour
une stratégie commune
le développement durable (SMDD 2016-2025), Plan d’action
régional pour la Consommation et la Production Durables, Jusqu’à présent, chaque pays méditerranéen a élaboré
Protocole relatif à la Gestion Intégrée des Zones Côtières de de son côté sa propre stratégie en matière de tourisme
la Méditerranée, etc. (cadre stratégique national) et un ensemble de politiques
visant à favoriser et réguler le développement des activités
Ces engagements institutionnels intègrent la nécessité
touristiques. Cependant, la plupart des problématiques
de corriger les problèmes identifiés, mais en raison des
mentionnées plus haut (dégradation environnementale,
caractéristiques propres au secteur touristique et de son inégalités sociales, baisse de compétitivité économique,
développement croissant, il est aujourd’hui indispensable altération culturelle, problèmes de gouvernance,
de proposer un cadre d’action et des recommandations déséquilibres territoriaux) dépassent les frontières nationales
pour la durabilité du tourisme en Méditerranée. et nécessitent par conséquent une stratégie régionale
partagée par tous les pays méditerranéens. Une vision
commune doit être définie et partagée par l’ensemble des
Encadré 4. La nécessité d’une gouvernance renforcée parties prenantes nationales et régionales.
Les tourismes côtier, urbain et culturel des pays À partir des écarts entre cette vision et les problématiques
méditerranéens ont connu une croissance exponentielle au identifiées, il est possible de proposer un ensemble
cours des dernières décennies. Les compagnies aériennes low-
d’objectifs et d’orientations stratégiques visant à intégrer
cost et les offres « tout compris » rendent les séjours courts
sur des îles ensoleillées ou des sites historiques accessibles à dans le secteur touristique les piliers de base de la durabilité :
un plus grand nombre de clients issus des classes moyennes. environnement, société, économie, culture et gouvernance
Malheureusement, cette massification du tourisme a un coût, (Tableau 2 - version provisoire).
notamment pour les populations locales qui ont l’impression
de perdre le contrôle de leurs quartiers ou territoires et qui Vision proposée :
peuvent subir des dommages culturels et environnementaux Promouvoir un tourisme durable en Méditerranée,
irréversibles1. Récemment, des villes touristiques (par permettant aux visiteurs et aux accueillants d’établir des
exemple, Barcelone, Paris, Rome, etc.) ont élu des hommes
ou femmes politiques qui proposaient de mieux réguler
relations équilibrées, respectueuses et fructueuses, valorisant
les activités touristiques, de favoriser la transparence et le patrimoine environnemental, humain et culturel unique
d’améliorer les processus de gouvernance dans le secteur de la région, tout en garantissant un développement
pour augmenter les bénéfices locaux tout en réduisant les socioéconomique inclusif respectant la capacité de charge
externalités environnementales et sociales négatives. d’écosystèmes naturels sains, et en favorisant un meilleur
équilibre entre les secteurs d’activité dans les territoires
1 [Link]
touristiques.
Figure 6. Objectifs stratégiques pour un tourisme durable en Méditerranée
Source : Plan Bleu, 2016
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Tableau 2 : Synthèse des objectifs et orientations stratégiques d’une possible Stratégie méditerranéenne pour le tourisme durable
Thématique Objectif Orientation stratégique
1.1. Promouvoir des outils d’évaluation des pressions environnementales sur les écosystèmes naturels
et de leur capacité de charge de ces écosystèmes
1.2. Favoriser des technologies plus propres, l’efficience des ressources, une meilleure gestion
environnementale et l’éco-labellisation
1. Mesurer, 1.3. Renforcer les actions de contrôle et de police contre les pollutions sauvages (eaux usées, déchets,
réduire et atténuer rejets opportunistes d’installations provisoires, mégots, dégazages…), notamment celles relatives à la
Environnement les impacts fréquentation touristique
environnementaux 1.4. Rééquilibrer le développement touristique territorial entre le littoral et les arrière-pays, à travers
du tourisme des actions de promotion d’un tourisme rural respectueux de l’environnement
1.5. Identifier, protéger et restaurer des écosystèmes vulnérables et dégradés
1.6. Développer les approches de type « solutions basées sur la nature » à partir d’opérations pilotes
1.7. Tenir compte des impacts des changements climatiques dans les futures implantations touristiques
2.1. Promouvoir et soutenir la création, la gestion et le développement d’entreprises locales
2. Garantir aux
populations 2.2. Développer un secteur touristique inclusif et responsable qui contribue à la réduction des inégalités
locales des droits (de genre, de génération, territoriales, etc.)
sociaux, des
Social 2.3. Faciliter l’accès à l’éducation, à des programmes de formation pour adultes développant des
emplois décents,
des opportunités approches intégrées, et à des formations professionnalisantes sur les métiers du tourisme durable
équitables et des
ressources 2.4. Permettre un développement du tourisme national en adaptant l’offre aux attentes des clientèles
domestiques et en favorisant une politique sociale du tourisme
3.1. Favoriser le développement, la promotion et la viabilité du tourisme durable
3. Développer un 3.2. Suivre, évaluer et attirer des investissements durables orientés vers des activités vertes et
secteur touristique circulaires dans le secteur touristique
résilient, 3.3. Faciliter l’innovation, la diversification et la résilience du secteur du tourisme en lien avec les
compétitif et acteurs scientifiques, économiques et politiques (par exemple : pôle de compétitivité, définition de sites
innovant, en d’intérêt écologique et touristique...)
Economie favorisant un
meilleur équilibre 3.4. Permettre le développement de l’agriculture et de l’artisanat voire de l’industrie, en
entre les secteurs complémentarité avec les activités touristiques à l’échelle des territoires (destinations) ; Favoriser les
d’activité dans synergies entre les différents secteurs d’activité
les territoires
touristiques 3.5. Développer de nouveaux outils financiers via le partenariat public privé, le principe pollueur-
payeur, etc., permettant de mettre en œuvre des compensations et réparations face aux impacts, ainsi
que l’éco-conditionnalité des financements publics et internationaux
4.1. Valoriser et protéger les atouts culturels, l’identité locale et les savoir-faire traditionnels
4. Protéger
le patrimoine 4.2. Diffuser des outils d’évaluation et de suivi des impacts culturels du tourisme
culturel grâce
Culture à des relations 4.3. Sensibiliser et renforcer les capacités en matière de comportements responsables et durables, en
équilibrées, ciblant les autorités locales, les opérateurs touristiques, les gestionnaires de sites, les touristes…
respectueuses et
fructueuses 4.4. Promulguer des politiques publiques pour articuler les littoraux aux arrière-pays, en valorisant leurs
atouts différenciés
5.1. Encourager un dialogue et une collaboration transparents, participatifs et inclusifs entre les grands
opérateurs touristiques, les décideurs locaux et nationaux, les acteurs territoriaux, les populations et les
acteurs économiques locaux (fournisseurs de biens, de nourriture et de services)
5. Garantir une
gouvernance et 5.2. Organiser l’information et la sensibilisation des décideurs, y compris les autorités locales, construire
Gouvernance des partenariats avec eux des outils de gouvernance appropriés pour faciliter les processus de diagnostic et de décision
inclusifs, efficaces participatifs
et transparents
5.3. Développer des opérations touristiques dans le cadre d’une planification territoriale intégrée et
systémique, notamment la gestion intégrée des zones côtières et à travers une meilleure articulation
entre littoral et arrière-pays
Collaborer avec des parties prenantes
de la région et élaborer une stratégie économiques (OCDE) (connaissances en matière de politiques),
commune l’Union européenne (mécanismes de financement) et l’Union
Afin de garantir la réussite de la mise en œuvre de la Stratégie pour la Méditerranée (soutien politique).
méditerranéenne pour le tourisme durable proposée, les Un système de suivi complet, transparent et fiable doté
institutions internationales concernées devraient être d’indicateurs pertinents devrait également être élaboré pour
impliquées dans la coordination d’objectifs, d’orientations soutenir la mise en œuvre et le suivi de la Stratégie qui doit
et d’actions spécifiques, notamment le Plan d’action pour la être totalement articulée avec la Stratégie méditerranéenne
Méditerranée (PNUE/PAM) et ses Centres d’activités régionales pour le développement durable (SMDD 2016-2025). Dans la
(coordination technique), l’Organisation mondiale du tourisme mesure où le budget de mise en œuvre de la Stratégie peut
(OMT) et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, être assez important, il nécessite des instruments financiers
la science et la culture (UNESCO) (expertise thématique), innovants pour attirer des investissements privés et alternatifs
l’Organisation de coopération et de développement dans le but de financer des actions, projets et activités.
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Dans les pays méditerranéens, le tourisme est encore
L’avenir est au tourisme durable en Méditerranée majoritairement balnéaire, attirant en masse toutes les
Face au modèle balnéaire de masse qui a montré ses limites, couches sociales à la recherche du « petit coin de paradis »
il faut réinventer un tourisme respectueux des écosystèmes
et qui prenne mieux en compte les populations locales. accessible. Compte tenu de la fréquentation croissante des
2017 sera l’année internationale du tourisme durable pour zones côtières, ce tourisme génère des impacts négatifs sur
le développement. Ce choix de l’Assemblée Générale des les plans environnemental et social. Demain, les économies
Nations Unies prend un relief tout particulier pour les pays touristiques peuvent s’effondrer dans les territoires trop
du Sud et de l’Est de la Méditerranée. L’activité touristique y
est un levier essentiel, elle représente jusqu’à 8,1 % du PIB dégradés d’un point de vue de la qualité de l’environnement
et 7,4 % de l’emploi direct pour un pays comme le Maroc. et des services offerts par les écosystèmes, ou bien parce que
Selon l’Organisation Mondiale du Tourisme, la Méditerranée ces destinations ne présenteront plus les atouts naturels et
a accueilli 313 millions de touristes en 2014, le tiers des paysagers qui en faisaient l’attractivité et qui se traduisaient
flux internationaux, alors que sa population ne dépasse par le consentement à payer des touristes.
pas 487 millions d’habitants. Cela ne va pas sans créer
des déséquilibres entre, d’un côté, la recherche d’une Le tourisme méditerranéen se trouve aujourd’hui à la croisée
maximisation des revenus et, de l’autre, la nécessaire des chemins. Soit il intègre dès à présent des principes de
préservation des écosystèmes naturels et la valorisation des durabilité et de bonne gouvernance, soit il risque de devenir
acteurs et atouts locaux. Comment dépasser la monoculture
du tourisme balnéaire de masse qui domine aujourd’hui ? rapidement obsolète, non compétitif et rejeté tant par les
Quelles voies explorer pour diversifier l’offre et promouvoir populations locales que par les touristes. La plupart des
de nouveaux modèles de développement orientés vers un autres secteurs économiques ont entamé leur transition
tourisme durable ?
vers la durabilité avec plus ou moins de succès. Il est à
Sortir de la mono-activité touristique
présent temps pour l’ensemble du secteur touristique et
C’est à ces questions qu’a essayé de répondre la soixantaine
d’experts et de décideurs, réunis à Marseille les 23 et 24 ses parties prenantes de relever les défis du XXIème siècle et
mai, à l’occasion d’un atelier organisé par le Plan Bleu et de contribuer à la prospérité, la paix et l’intégration dans la
l’Agence Française de Développement. « Opérateur de l’aide Région Méditerranée.
publique au développement, l’AFD cherche à mieux cibler
ses financements afin d’éviter que le tourisme ne reste un
des parents pauvres des politiques de développement.
Avec cet atelier, nous avons cherché à identifier les bonnes
pratiques et les bons instruments pour intervenir dans le
Bibliographie
Plan Bleu (2010). Gestion de l’énergie, transport aérien et tourisme en
secteur touristique » explique Tom Tambaktis en charge Méditerranée
de l’organisation pour le Plan Bleu. Il est possible d’agir
à plusieurs niveaux. Celui des politiques publiques en Plan Bleu (2011). Croisières et plaisance en Méditerranée
facilitant la mise en œuvre des outils de régulation et de Plan Bleu (2012). Vers un observatoire et un «label qualité» de la
promotion par l’administration centrale et les collectivités durabilité du tourisme en Méditerranée
décentralisées qui opèrent au plus près du terrain et en Plan Bleu (2016). Tourism and sustainability in the Mediterranean: key
maîtrisent les réalités. facts and trends
Le modèle balnéaire avec ses immenses complexes, otages PNUE/PAM (2016). Stratégie Méditerranéenne pour le Développement
d’une fréquentation saisonnière et d’une politique de prix Durable, SMDD 2016-2025
tirée vers le bas, a montré ses limites. Dans une région PNUE/PAM (2016). Plan d’action régional pour la Consommation et la
Méditerranée, laminée par l’instabilité géopolitique, c’est Production Durables en Méditerranée
peut-être le moment de s’attaquer à la recomposition de PNUE & CAR/PAP (2009). Pour un tourisme côtier durable - Une approche
l’offre touristique et de plancher sur la reconversion de intégrée de planification et de gestion
ces grands complexes côtiers aujourd’hui désertés. Cette UNESCO (2006). Tourisme, culture et développement durable
recomposition passe aussi par la prise en compte du OMT et PNUE (2005). Vers un tourisme durable. Guide à l’usage des
potentiel touristique de l’arrière-pays à la condition toutefois décideurs
de ne pas commettre les erreurs qui ont dévasté le littoral OMT (2011 & 2015). Tourisme en Méditerranée
et de concevoir des produits qui préservent l’authenticité OMT et EuropeAid (2013). Guide « Un Tourisme Durable pour le
du territoire dans le respect des populations. Enfin, il faut Développement »
aussi agir sur la durée des séjours et lisser la fréquentation
Vernin Zoé (2016). Les accords multilatéraux sur l’environnement (AME)
touristique sur l’année pour en atténuer la saisonnalité, à et les référentiels d’action au Sud et à l’Est de la Méditerranée. (Cahier
l’origine de profonds déséquilibres. du Plan Bleu, 16).
« L’essentiel est de bien comprendre qu’il faut sortir de WTTC (2015). Economic impact of Travel and Tourism in the
notre dépendance au tourisme balnéaire », conclue Tom Mediterranean
Tambaktis, « Il faut aussi abandonner l’illusion que le WWF-France (2015). Croissance bleue : la Méditerranée face au défi du
tourisme constitue à lui seul un moteur de développement ». bon état écologique
Source : Article réalisé en partenariat avec Econotrum
PLAN BLEU Directeur de la publication : Anne-France Didier
Centre d’Activités Régionales du PNUE/PAM Auteurs : Jérémie Fosse et Julien Le Tellier, avec les contributions de Luca Santarossa, Tom Tambaktis et
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06560 Valbonne - FRANCE Comité de lecture : Mohamed Berriane et Pierre Torrente
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