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Analyse de Cyrano de Bergerac, acte III

Le document présente une analyse de la scène 7 de l'acte III de 'Cyrano de Bergerac' d'Edmond Rostand, mettant en lumière la complexité des sentiments de Cyrano, son amour inavoué pour Roxane et son sacrifice pour Christian. À travers une déclaration passionnée et désordonnée, Cyrano exprime son amour tout en révélant son altruisme et sa noblesse de caractère. La scène illustre également la beauté de la langue française et le tragique destin de Cyrano, qui, malgré son imposture, parvient à faire entendre la vérité de son cœur à Roxane.

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Analyse de Cyrano de Bergerac, acte III

Le document présente une analyse de la scène 7 de l'acte III de 'Cyrano de Bergerac' d'Edmond Rostand, mettant en lumière la complexité des sentiments de Cyrano, son amour inavoué pour Roxane et son sacrifice pour Christian. À travers une déclaration passionnée et désordonnée, Cyrano exprime son amour tout en révélant son altruisme et sa noblesse de caractère. La scène illustre également la beauté de la langue française et le tragique destin de Cyrano, qui, malgré son imposture, parvient à faire entendre la vérité de son cœur à Roxane.

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Explication de texte n°8 : extrait de l’acte III, scène 7, Cyrano de Bergerac (1897),

Edmond Rostant (1868-1918)

Introduction

Biographie : Edmond Rostand vient au monde le 1er avril 1868 à Marseille dans une
famille aisée qui accordait une grande importance à la culture et aux arts. Très tôt le petit
Edmond manifeste un goût pour l’écriture ; c’est un théâtre de Guignol, cadeau de son
oncle, qui lance sa carrière d’auteur. Il n’a pas dix ans qu’il compose sa 1ère pièce.
Cependant, son père, conscient de l’incertitude du métier d’écrivain, tient à ce qu’il suive
des études de droit. Etudiant à Paris, Edmond Rostand n’a qu’un rêve : être poète et,
jamais, il n’exercera le métier d’avocat. En 1887, il reçoit un 1er prix , décerné par
l’académie de Marseille lors d’un concours littéraire. Il se marie en 1890 avec la poétesse
Rosemonde Gérard. Tout en poursuivant ses études de droit, il écrit pour le théâtre. C’est
une comédie, Les Romanesques, qui lance véritablement sa carrière en 1893. Très
applaudie à la Comédie-Française, la pièce lui permet de rencontrer l’actrice mythique de
son temps Sarah Bernhardt, et le célèbre comédien Constant Coquelin qui ne tarde pas à
demander un rôle au jeune auteur. Rostand va se souvenir alors d’un personnage
historique dont il a découvert l’existence dans ses lectures de lycéen : un étonnant
écrivain philosophe du XVIIes, surdoué de l’épée et de la plume, affublé d’un nez
grotesque, Cyrano de Bergerac.
Rostand consacre plusieurs mois à l’écriture de sa nouvelle pièce. Coquelin lui rend visite
régulièrement et commence avec enthousiasme à apprendre le plus long rôle de toute sa
carrière : 1402 vers ! Les répétitions débutent, mais la pièce est difficile à mettre en scène
avec ses 5 actes, ses nombreux changements de décors et sa multitude de personnages-
plus de cents rôles. Rosemonde remplace au pied levé l’actrice censée jouer le rôle de
Roxane, victime d’une extinction de voix. La pièce pourtant est un véritable triomphe, le
succès du siècle. Une semaine plus tard, le président de la république en personne, Félix
Faure, vient voir la pièce et nomme aussitôt son auteur chevalier de la Légion d’honneur.
En quelques mois, cette comédie héroïque est jouée 400 fois, elle est vendue à plus de
100 000 exemplaires et traduite dans une vingtaine de langues.

Dans Cyrano de Bergerac, dont l’action se déroule au XVIIe siècle, Edmond Rostand met
en scène un mousquetaire qui aime en secret sa cousine Roxane. Persuadé qu’il doit
renoncer à l’amour à cause de son nez disgracieux, il ne se déclare pas et reste dans
l’ombre du beau Christian dont Roxane est amoureuse. Lors d’un rendez-vous nocturne
sous le blacon de Roxane, Christian qui n’a pas l’âme d’un poète, est aidé par Cyrano qui
lui souffle les mots d’amour. À la scène 5 de l’acte III, la jeune femme déçue de voir que
son prétendant manie très mal le langage de l’amour, le congédie. La scène 7 du même
acte se déroule au pied du balcon de Roxane, moment favorable aux sérénades. Christian
montrera si peu d’éloquence, que Cyrano est dans l’obligation de prendre la parole à sa
place, sans dévoiler son identité. Il s’avance alors dans l’obscurité et s’adresse à celle qu’il
aime en secret en se faisant passer pour son ami. Il sera intéressant de voir comment le
jeu de la parole permet de révéler la vérité du coeur.

1er mouvement : une déclaration passionnée et désordonnée


Cyrano, submergé par ses émotions, lance une véritable avalanche de mots à Roxane
suite à sa demande empressée de la réplique précédente. L’interjection « Eh bien » suivie
de l’exclamation le montrent.

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Il exprime son amour de manière intense, désordonnée, presque chaotique, reflétant la
tumultueuse agitation de son cœur. La répétition de la formule « tous ceux » résonne
comme un bégaiement qui traduit son empressement.
La subordonnée relative suivante introduit la métaphore florale « en touffe », « sans les
mettre en bouquet » qui renvoie à la spontanéité des mots d’amour, non apprêtés. La
déclaration est explicite et ambigüe « je vous aime, j’étouffe ». Déclaration touchante pour
le spectateur sachant la situation du héros, caché derrière le personnage de Christian.
Cyrano délivre ses sentiments de manière exaltée et avoue d’une certaine façon cette
difficulté. Le verbe « étouffer » revêt ici plusieurs sens : un amour qui ne souhaite que
s’exprimer mais aussi la difficulté de Cyrano à vivre cette imposture.
L'auteur utilise de nombreuses métaphores pour renforcer l'intensité de l'amour de Cyrano
: le "grelot" qui s'agite dans « le coeur » du héros. Métaphore précieuse qui souligne la
persistance de son sentiment, renforcée par l’indication temporelle « Tout le temps ». La
rime « frissonne/sonne » offre une image concrète du trouble amoureux de Cyrano.
Aussi, Cyrano se souvient du moindre détail concernant Roxane, montrant ainsi la
profondeur de son amour et son attention minutieuse envers elle. L’allitération en (t) qui
suit le pronom tonique « toi » accentue l’importance du temps dans cette amour. Le
tutoiement employé ici fait entrer les personnages dans une forme d’intimité qui montre à
quel point la déclaration se délivre de toute convention sociale. La répétition de « tout »
accentue la force de la’aveu. C’est un amour total qui est ici dévoilé par le protagoniste.
De manière attachante, il évoque le changement de coiffure de Roxane, un détail
apparemment insignifiant mais qui révèle l'importance qu'il accorde à chaque aspect de sa
bien-aimée. Les reférences temporelles précises « un jour, le douze mai, le matin » le
prouvent. Le "rond vermeil" qui évoque l'éblouissement et les "taches blondes"
témoignent de l'emprise de Roxane sur ses sens . Ces images créent une atmosphère
poétique et sensuelle. Le lyrisme est à son paroxysme avec les mots d’amour employés ici
« les feux dont tu m’inondes » et la métaphore filée de l’éblouissement. Les nombreuses
exclamatives témoignent de cet amour intense que révèle ici le héros.
La réplique laconique de Roxane avec l’emploi de la tournure emphatique « Oui, c’est bien
de l’amour » montre que la précieuse est conquise par les mots prononcés. Son coeur est
vaincu.

2e mouvement : L’atruisme et le sacrifice de Cyrano


Malgré l'intensité de ses sentiments, Cyrano ne pense qu'au bonheur de Roxane. Il est
prêt à sacrifier son propre bonheur pourvu qu'elle soit heureuse. Cette attitude altruiste
souligne la noblesse de son caractère. Cyrano acquiesce avec « Certes » et l’emphase
suivante. Le démonstratif « ce » semble mettre à distance le terme désigné, ici, le
« sentiment ». Cyrano semble revenir à la réalité. La subordonnée relative qui suit révèle
la réalité de sa situation ; les adjectifs « terrible et jaloux » résument son état d’esprit. Le
rythme est heurté avec les nombreux enjambements qui traduisent son émotion.

2
L’oxymore « fureur triste » souligne la dimension pathétique de la révélation. Il ne peut la
vivre et l’apprécier pleinement puisqu’il se sacrifie pour son ami Christian. La négation
portant sur l’adj « égoïste » le montre bien ici. Les vers suivants décrivent, sans que
Roxane les comprennent, ce sacrifice : de « Ah ! … de mon sacrifice ! », il ose avec la
tournure hypothétique espérer une possibilité de jouir de cet amour mais en vain.
3e mouvement : l’éveil des sens et de l'âme :
Pourtant, le contact avec Roxane suscite chez Cyrano une exaltation des sens et une
élévation de l'âme. Il évoque une " vertu" + le rejet « nouvelle », une "vaillance" qui naît de
cet amour. À la fois, Cyrano souffre de ne pouvoir vivre cet amour mais à la fois cette
passion l’anime et le renforce. Les interpellations sous forme de questions adressées à sa
bien-aimée semblent à la fois le rapprocher de Roxane mais aussi l’éloigner car elle ne
peut comprendre les véritables enjeux derrière ces mots d’amour ici. La référence à
l’« âme », dans cette ombre qui monte » exprime de manière pathétique cet espoir vain
d’une compréhension de sa situation de la part de Roxane.
La scène atteint son paroxysme lorsque Cyrano, dans un élan de passion dans ce
moment de communion émotionnelle ; ce passage est un sommet d'intensité dramatique.
Les nombreuses exclamations, le parallélisme ainsi que la répétition de l’adverbe
d’intensité « trop » expriment l’apothéose de cette déclaration. Ce dialogue qu’il n’aurait
jamais imaginé est possible et la tournure restrictive finale qui se termine sur la mort
annonce à la fois la plénitude ressentie par Cyrano à cet instant, mais peut-être aussi le
fait qu’il ne peut espérer plus. Malgré son nez proéminent, Cyrano possède une beauté
intérieure indéniable qui se révèle à travers ses paroles et ses actions.
En conclusion, cette scène du balcon est un moment clé dans la pièce. Elle met en
lumière la complexité des sentiments de Cyrano, la puissance de l'amour et la beauté de
la langue française. Cyrano n’avait pas l’intention de piéger Roxane puisque l’artifice mis
en place n’avait d’autre but que de faciliter l’expression de l’amour sincère de Christian
pour Roxane, qui l’aime en retour. Mais les contraintes du jeu bouleversent les actions des
deux hommes et les conduisent à une forme de manipulation. Toutefois, c’est le
mensonge qui permet à Cyrano de dire la vérité de son coeur dès qu’il est protégé par
l’ombre qui masque son identité. Ses élans oratoires s’élèvent jusqu’à Roxane et il tombe
dans le piège qu’il a lui-même conçu. Il est ainsi l’artisan de son propre destin tragique.
Ce n’est qu’à l ‘approche de la mort- délivrance suprême- qu’il pourra de manière
détournée faire entendre son amour à Roxane qui comprendra alors la « généreuse
imposture ».
Autres ouvertures possibles : évoquer la mise en scène de Denis Podalydès vue en cours
ou le thème de l’imposturte dans Badine.

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