Instruments d’optique
1 L’oeil
L’oeil peut être modélisé simplement par une lentille convergente de focale variable (le cristallin) et un écran (la
rétine).
pupille rétine
cristallin
1.1 Accommodation
Le fait que la distance focale du cristallin puisse varier permet à l’oeil d’accommoder, c’est à dire de former nette
sur la rétine l’image d’un objet quelle que soit sa distance par rapport à l’oeil. Lorsque l’oeil accommode à l’infini,
la rétine est dans le plan focal image du cristallin (la distance focale du cristallin est alors égale à la distance entre
le cristallin et la rétine), c’est la situation la plus reposante pour l’oeil.
•
A∞ F’=A’
cristallin rétine
Pour accommoder à distance finie, le cristallin devient plus convergent et le plan focal image est situé avant
la rétine (la distance entre le cristallin et la rétine est toujours la même, c’est la distance focale du cristallin qui
est plus petite), cette situation est plus fatigante pour l’oeil, des muscles devant se contracter pour déformer le
cristallin).
A
• • •
F’ A
cristallin rétine
Pour un oeil normal, la plage d’accommodation va de 25 cm (c’est un simple critère arbitraire, cela varie en réalité
selon les individus, avec l’age...) à l’infini. On appelle respectivement PP (ponctum proximum) et PR (ponctum
remotum) les limites de la plage d’accomodation.
1
25 cm ∞
La distance cristallin-rétine est de l’ordre de 1,7cm. Avec cette valeur lorsque l’oeil accommode à l’infini la
distance focale est de 1,7cm et lorsqu’il accommode au plus proche (on prend 25cm) elle est de 1,6cm :
1 1 1 1 1
0
= 0
− = + = 0, 628 ce qui donne f 0 = 1, 6cm
f OA OA 2 25
1.2 Résolution angulaire, champ de vision
En considérant la taille h du plus petit détail enregistrable sur la rétine (de l’ordre de la taille d’une cellule
réceptrice, ces cellules étant très proches les unes des autres au centre de la rétine) et la distance cristallin-rétine
de l’oeil d, on peut obtenir une estimation de la résolution angulaire de l’oeil :
h 0, 005
α= ' ' 3.10−4 rad ' 0, 017◦
d 17
cellule
α
Cela signifie que à un mètre le plus petit détail observable est de l’ordre de 0,3mm, à 10m il est de 3mm, à 1km
de 30cm etc...
Cette valeur de 3.10-4 radians doit en fait être nuancée, elle dépend aussi de la taille de la pupille (une trop
petite ouverture de la pupille augmente l’influence de la diffraction, une trop grande ouverture augmente les aber-
rations). De plus, cette résolution ne concerne que quelques degrés d’ouverture du champ de vision, l’oeil peut voir
sur une large plage d’angles, mais de moins en moins bien au fur et à mesure que l’angle augmente par rapport à
la direction principale (ceci est du au fait que les photorécepteurs sont moins nombreux en périphérie qu’au centre,
et également aux aberrations dues à angles plus importants).
1.3 Défauts et correction
Le défaut le plus courant est la myopie, il est en général du à une distance cristallin-rétine trop importante
(typiquement plus de 20mm), mais il arrive également que le cristallin soit trop convergent. Le résultat est que,
même au repos, le plan focal image du cristallin est situé avant la rétine, empêchant ainsi la vision à l’infini (en
pratique, la vision à plus de quelques mètres). La plage d’accommodation est globalement rapprochée de l’oeil par
rapport à un oeil normal. (un oeil myope peut voir plus proche qu’un oeil normal).
15 cm 1m
Pour corriger la myopie, il faut faire converger les rayons lumineux incidents un peu plus loin, et donc utiliser
une lentille divergente :
lentille correctrice
cristallin rétine cristallin rétine
sans correction avec correction
Le défaut inverse, plus rare, s’appelle hypermétropie, il n’est pas gênant pour voir au loin mais limite la vision
de près. La plage d’accommodation est éloignée de l’oeil, et bien entendu il faut utiliser une lentille convergente
pour la correction.
2
2 Lentilles accolées
Ce qui va suivre concerne une situation idéale où les centres des lentilles sont confondus. Lorsque les lentilles
sont collées l’une à l’autre (accolées), ce peut être une bonne approximation de la réalité. Mais si les lentilles sont
distantes, cela ne fonctionne pas (une association de deux lentilles distantes n’est pas équivalente à une lentille
mince).
2.1 Théorème des vergences
On considère deux lentilles accolées, on peut construire l’image en utilisant la démarche habituelle :
L1 L2
AB A1 B1 A’B’
F2 F1 A’ F’1 A1 F’2
• • • •
A O
B’
B1
On peut établir un résultat intéressant : la vergence de la lentille équivalente est simplement la somme des
vergences des deux lentille accolées :
ceq = c1 + c2
En effet, l’application de la formule de conjugaison à chacune des deux lentilles donne (le centre est O pour les deux
lentilles) : OA
1 1
− OA = f11 0 et OA
1
0
1
− OA = f12 0 et donc en sommant : OA
1
0
1
− OA = f11 0 + f12 0 , d’où feq
1
0 = f 0 + f 0,
1
1
1
2
1 1
ce qui correspond au résultat énoncé ci dessus.
Il est intéressant de remarquer que si l’on accole des lentilles de focales exactement opposées (donc une conver-
gente et une divergente) on obtient une «lentille» équivalente de vergence nulle (focale infinie) qui ne dévie pas la
lumière, ce qui est illustré ci dessous.
+ =
2.2 Applications
Une application intéressante est la correction des défauts de l’oeil avec une lentille de contact (dans ce cas il
est légitime de considérer les deux lentilles comme accolées, cela ne fonctionne pas en revanche si on considère une
correction avec des verres portés par des lunettes). Par exemple, pour un oeil myope de distance cristallin-rétine
égale à d=20mm et de distance focale du cristallin 18,4mm au repos, il faudrait que la distance focale de l’ensemble
cristallin+lentille de contact soit égale à 20mm. Cela conduit à :
1 1 1 1 1 1
+ = soit = − 0
f 0cristallin f 0contact d f 0contact d f cristallin
On trouve ainsi f’contact =-23cm, ce qui correspond à une vergence de -4,3δ.
Une autre application est de mesurer la distance focale d’une lentille divergente, ce qui n’est pas du tout évident
de manière directe : on forme un ensemble convergent en accolant la lentille divergente inconnue et une lentille
convergente connue (il faut bien sur que la lentille convergente ait une distance focale plus courte que la lentille
divergente), puis on mesure la distance focale de l’ensemble comme on le ferait pour une lentille convergente. Il ne
reste qu’à déduire le focale de la lentille divergente avec le théorème des vergences.
3
3 Lunette astronomique
3.1 Intérêt et réalisation
Une lunette astronomique (et par extension un télescope, qui est en quelque sorte l’évolution de la lunette
astronomique) a deux rôles :
— Permettre de former sur la rétine de l’observateur une image plus grande qu’avec une observation directe
— Collecter un maximum de lumière, plus que celle qui entrerait par la pupille de l’oeil en observation directe
Un lunette astronomique est fondamentalement constituée de deux lentilles, l’objectif qui est nécessairement convergent
et de grande focale, et l’occulaire qui peut être convergent ou divergent, et de courte focale. C’est un système afocal,
ce qui signifie que l’image d’un objet à l’infini est à l’infini (ainsi, une lunette astronomique est conçue pour observer
des objets lointains, l’oeil accommodant à l’infini). La conséquence en termes de construction est que le foyer image
de l’objectif et le foyer objet de l’occulaire doivent coincider.
0
B∞
B∞ >
>
> F10 = F2 0
A∞
α
• > • •
α
• > A0∞
O1 > A1 > O2 F20
• >
B1
objectif occulaire
3.2 Grossissement
Le schéma précédent permet de mettre en évidence le fait que l’angle α’ sous lequel est vu l’image donnée par
la lunette est plus grand que l’angle α sous lequel serait vu l’objet sans la lunette. C’est exactement ce qui est
important, car la taille de l’image sur la rétine est proportionnelle à cet angle (elle est égale à la focale du cristallin
multipliée par cet angle, l’oeil accomodant à l’infini). On remarque également que l’observation au travers de la
lunette astronomique renverse le sens de l’image sur la rétine.
B∞ B’
A’ 0 A’
α
A∞ α A∞
B’
B’∞
0 0
fcri fcri
objet vu sans la lunette objet vu au travers de la lunette
Le rapport entre les deux angles est appelé le grossissement de la lunette :
α0
G=
α
On établit facilement le lien entre le grossissement (en valeur absolue) et les distances focales de l’objectif et de
l’occulaire :
f 0obj
G= 0
f occ
3.3 Téléscopes
Historiquement, l’observation de l’espace a débuté avec des lunettes astronomiques. L’une des dernières mises
en service (à la fin du 19ème siècle), la lunette de l’observatoire Yerkes, avait un objectif d’environ 1m de diamètre
pour une distance focale proche de 20m (image ci-contre).
Le principe d’un télescope est semblable à celui de la lunette astronomique, avec un objectif de grande focale
et un oculaire de courte focale, la différence essentielle étant que l’objectif est constitué d’un miroir convergent au
lieu d’une lentille convergente.
4
Il est en effet impossible de construire des lentilles de
grand diamètre (pour de simples raisons de résistance méca-
nique), or il est essentiel pour un télescope de collecter le plus
possible de lumière (les plus grands télescopes actuels ont un
miroir primaire d’une dizaine de mètres de diamètre). Les
miroirs ont en plus l’avantage de ne pas disperser la lumière,
ce qui évite les aberrations chromatiques.
Le miroir primaire, qui joue le même rôle que l’objectif
d’une lunette, est soit sphérique, soit parabolique (le miroir
parabolique est plus performant pour un téléscope, d’autant
plus que l’objet observé est dans l’axe du télescope).
Il faut ensuite ramener la lumière vers l’observateur, pour
cela il existe essentiellement deux configurations, celle de
Newton et celle de Cassegrain : Dans un télescope de New-
ton un miroir plan de petites dimensions placé avant le mi-
roir primaire renvoie la lumière à 90 degrés de l’axe optique,
alors que dans un télescope de Cassegrain (et ses nombreuses
variantes) un miroir secondaire (convexe ou parabolique) ré-
fléchit la lumière dans la direction de l’axe optique, qui passe
ensuite par une petite ouverture au sommet du miroir pri-
maire.
Il faut finalement observer au travers d’un oculaire, équi-
valent à une lentille convergente mais en réalité constitué
de plusieurs lentilles (pour améliorer la qualité des images,
comme un objectif d’appareil photo), qui joue exactement le même rôle que l’oculaire d’une lunette.
Si l’on veut observer directement avec l’œil, l’image finale est à priori à l’infini (on peut toujours régler l’oculaire
à sa vue) et l’ensemble du télescope est donc afocal, mais sur les télescopes récents on fait l’acquisition des images
(comme dans un appareil photo numérique) et l’image finale est donc à distance finie. Cela permet en outre de
retraiter les images pour les corriger, par exemple, des turbulences atmosphériques. Il y a également un télescope
(Hubble) satellisé qui permet d’éviter les problèmes liés à la traversée de l’atmosphère par la lumière collectée.
4 Microscope
4.1 Loupe
Une loupe est une lentille convergente d’assez courte focale, environ 10 cm, utilisée en plaçant l’objet entre la
lentille et son plan focal objet. L’image est donc virtuelle. Ce que «l’on a gagné» est que l’angle α0 sous lequel on
voit l’objet au travers de la loupe est plus grand que l’angle α sous lequel on voit l’objet sans la loupe.
Application : On va considérer un exemple d’utilisation d’une loupe avec une lentille de distance focale f 0 = 10cm
et un objet AB de hauteur 2cm. Dans les deux situations (avec et sans la loupe) la distance entre l’oeil et l’objet
est de 25cm. La loupe sera placé à 6cm après l’objet. (faire des dessins à l’échelle 0,5).
B’
•
• • • •
α0
A’ F A O F’
| {z }
oeil
5
On trouve OA0 = −15cm et A0 B 0 = 5cm (la distance entre l’image et l’oeil est donc de 34cm), ce qui permet de
calculer la taille de l’image sur la rétine (on prend comme distance cristallin-rétine d=2cm) :
5
taille image = α0 d = ∗ 2 = 0, 29cm
34
On compare avec ce que l’on obtient sans la loupe :
α
A
| {z }
oeil
Cette fois la taille de l’image sur la rétine vaut :
2
taille image = α d = ∗ 2 = 0, 16cm
25
On voit que la taille de l’image sur la rétine a été quasiment multipliée par deux, ce nombre est le grossissement
apporté par la lentille dans cette situation. Le grossissement est défini comme le facteur par lequel a été multiplié
l’angle sous lequel on voit l’image.
4.2 Microscope
Le but d’un microscope est d’augmenter la visibilité des détails d’un objet proche de l’oeil. Le plus petit détail
discernable à l’oeil nu étant de l’ordre de 50 µm, un microscope devient nécessaire pour observer des objets de taille
inférieure à cette limite. Schématiquement, un microscope est constitué de deux lentilles convergentes, un objectif et
un occulaire. Jusqu’ici cela ressemble à une lunette astronomique, mais il y aune différence essentielle : l’objet que
l’on veut observer n’est pas à l’infini (l’image étant, pour un réglage standard de l’oculaire, toujours à l’infini). Ainsi
le microscope n’est pas un système afocal, les foyers image de l’objectif et objet de l’oculaire ne sont pas confondus
(et même nettement séparés), leur distance est appelée intervalle optique du microscope : ∆ = F1 0 F2 . L’autre
point qui diffère fondamentalement de la lunette astronomique est l’ordre de grandeur de la focale de l’objectif,
typiquement quelques mm (alors que pour l’oculaire c’est plus ou moins comme pour une lunette, de quelques cm).
0
B∞
>
∆
B• α0
>
> F10 F2
••• • • • •
>
A F1 O1 A1 O2 F20
>
>
>
• >
B1
objectif occulaire
On a donc un objectif convergent de distance focale f10 qui donne d’un objet AB situé légèrement avant de son
foyer objet une image intermédiaire A1 B1 , laquelle donne ensuite par l’occulaire une image finale A0 B 0 à l’infini.
6
Il faut donc que l’image intermédiaire soit dans le plan focal objet de l’occulaire, ce qui implique que l’objet doit
être placé à une distance précise de l’objectif, il faut vérifier (la formule de Newton s’avère ici pratique car elle fait
directement apparaitre l’intervalle optique) :
f1 02
F1 A = −
∆
Comme précédemment le grossissement est le rapport entre l’angle α0 sous lequel on voit l’objet au travers du
microscope et l’angle α sous lequel on le voit à l’oeil nu. Pour calculer α on prend à priori une distance de 25cm
entre l’oeil et l’objet.