Indice de colmatage en ultrafiltration
Indice de colmatage en ultrafiltration
MEMOIRE DE MAGISTER
Spécialité : Génie de l’environnement
Par
Imène ABDELBAKI
La démarche adoptée dans cette étude consiste à comparer les résultats obtenus par
l’approche adimensionnelle à ceux obtenus par la méthode classique.
Dans le cas des suspensions de bentonite, la filtration sur gâteau est démontrée à travers
les courbes t/V versus V et la linéarité du MFI-UF avec la concentration des suspensions ;
l’hypothèse de la filtration sur gâteau n’est pas vérifiée dans le cas des solutions d’acides
humiques, ceci est expliqué par la contribution de phénomènes de blocage et d’adsorption
dans le colmatage.
.MFI-UFad انهذف انشئيسي ين هزه انذساسة هى جنفيز و جقييى يؤشش يثحكش نالنسذاد خال ين األتعاد
األسهىب انًعحًذ في هزه انذساسة هى يقاسنة اننحائج انًحصم عهيها تاسحعًال اننهج انخال ين األتعاد نحهك انحي حصهنا
عهيها تاألسهىب انكالسيكي.
في هزا انصذد ،اهحًًنا في انًقاو األول تانحششيح انفائق نهًحانيم اننًىرجية :يعهقات ين انثنحىنيث ويحانيم عضىية
ين األحًاض انهيىيية تحشكيضات يخحهفة ،ورنك تاسحعًال غشاء يحذد.
فيًا يخص يعهقات انثنحىنيث ،فشضية االنسذاد انناجج عن جشكيم انكعكة عهى سطح الغشاء جحضح ين خالل ينحنى
( t/ V =f )Vو جناسة MFI-UFيع جشكيض انًعهقات .نى يحى انححقق ين انفشضية في حانة األحًاض انهيىيية ،
يفسش رنك تًساهًة ظىاهش االنسذاد و االيحضاص.
جطثيق اننهج انخال ين األتعاد وجحهيم اننحائج انًحصم عهيها قذ يسًح لىب ببلقول أن وموذج االوسداد انخال ين األتعاد قذ
يكون أكثر تمثيال لالوسداد الىبتح عه الجزيئبت الهيومية .
الكلمات الرئيسية :انحششيح انفائق ،االنسذاد ،MFI-UF ،يؤشش االنسذاد انخال ين األتعاد )(MFI-UFad
ABSTRACT
This work is part of an innovative approach to fouling. The main objective is the
implementation and the evaluation of a new fouling indicator-Dimensionless modified
fouling index ultrafiltration (MFI-UFad) from an adimensionalisation of the equation of
Schippers and al.
The method adopted in this study is to compare the results obtained by the non-
dimensional approach to those obtained by the conventional approach.
In the case of bentonite suspensions, cake filtration was demonstrated through the curve
t/V versus V and the linearity of the MFI-UF with the concentration of suspensions, the
hypothesis of cake filtration is not accurately verified in the case of humic acid solutions
due to internal fouling such as pore adsorption.
The application of non-dimensional approach to the various suspensions of bentonite and
humic acid solutions and the analysis of the results obtained shows that the dimensionless
fouling model could be more representative of fouling by humic macromolecules than the
conventional model.
Blida (Labo 206) sous la direction de Mr M.W. Naceur que je souhaite remercier ainsi que
technicien de laboratoire.
franchir les nombreux obstacles rencontrés. Pour ses conseils éclairés, pour sa confiance,
ce mémoire.
qui m’a aidée à accomplir ce travail, en effectuant une partie des essais avec beaucoup de
sérieux et de patience.
Je tiens aussi à remercier mes amis et mes camarades qui m’ont soutenue et encouragée.
Un grand merci à mon mari, mes parents, ma belle famille, mon grand frère et mes
RESUME
REMERCIEMENTS
INTRODUCTION………………………………………………………………………..…1
CONCLUSION…………………………………………………………………………..109
NOMENCLATURE
APPENDICES
REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES
LISTE DES ILLUSTRATIONS, GRAPHIQUES ET TABLEAUX
INTRODUCTION
Les opérations de séparation par membranes (osmose inverse OI, nanofiltration NF,
ultrafiltration UF) sont bien placées pour aider à résoudre ces problèmes. En effet, comme
les membranes jouent le rôle de barrière physique, elles produisent avec une grande
fiabilité une eau de qualité pour la consommation humaine et l’industrie.
Introduites dans le traitement des eaux usées, ces opérations de séparation permettent un
recyclage ou/et une réutilisation de l’eau réglant ainsi, en partie, le problème de la quantité.
Les procédés de séparation membranaires sont des techniques qui répondent aux
exigences du développement durable, elles permettent de combler les déficits hydriques en
augmentant les ressources en eau et ce tout en étant respectueuses de l’environnement en
2
limitant les rejets polluants ce qui les rend compétitives par rapport au techniques
conventionnelle de traitement des eaux.
Un dernier avantage des techniques membranaires est qu’elles peuvent être utilisées en
continu ce qui permet d’éviter un arrêt des chaînes de productions, elles sont donc
relativement simple à automatiser et à contrôler.
C’est dans cette optique que des indicateurs de colmatage ont été développés, notamment
le MFI par des chercheurs hollandais (l’équipe du Dr. Schippers). Ces indicateurs sont
basés sur l’exploitation du modèle de filtration sur gâteau et sont déterminés à l’aide de
tests de filtration frontale. La détermination de l’indicateur de colmatage se fait, dans
l’approche la plus intéressante, avec des membranes d’ultrafiltration (MFI-UF).
Ces indicateurs sont encore relativement peu utilisés dans la pratique, en particulier pour
des eaux chargées en matière organique naturelle (MON). De plus, ces tests sont réalisés
dans des conditions qui sont différentes de celles qui prévalent en général dans les
systèmes à l’échelle industrielle. Il n’est donc pas évident d’utiliser les résultats de ces
tests pour prédire le comportement en conditions réelles.
Le chapitre 2, sur le matériel et les méthodes, renseigne sur les eaux filtrées, les
membranes utilisées sont présentées, de même que le déroulement de l’essai de filtration et
le plan expérimental. Les méthodes analytiques utilisées sont présentées en fin de chapitre.
Dans le chapitre 3, les résultats des essais de filtration membranaire sont présentés et
discutés, sous forme de l’évolution du flux de perméation dans le temps. Par la suite,
l’applicabilité de la théorie de filtration sur gâteau (MFI-UF) est vérifiée. Le passage à
l’indice de colmatage adimensionnel est réalisé et une comparaison des résultats
expérimentaux est effectuée.
Enfin, une conclusion générale sur le problème étudié est présentée, elle comporte des
suggestions par rapport à des travaux qui pourraient être menés pour approfondir et
éclaircir davantage certains aspects de la présente étude.
5
CHAPITRE 1
REVUE BIBLIOGRAPHIQUE
Le premier chapitre de cette thèse s’attache en premier lieu à présenter les différents
aspects des membranes, à savoir leurs classifications, leurs applications dans le domaine
de l’eau potable, leurs principes de mise en œuvre et les différentes configurations des
modules membranaires.
Les facteurs qui ont concouru au développement des procédés membranaires dans le
secteur du traitement de l’eau et une présentation des principes fondamentaux relatifs à ces
procédés de séparation feront l’objet de la seconde section de façon à mettre en évidence
les spécificités permettant la production d’une eau de qualité.
Puis, une attention toute particulière sera portée aux phénomènes limitants (polarisation de
concentration, colmatage par divers mécanismes) pour lesquels une revue des travaux de
recherche dans le cadre du traitement de l’eau par membrane sera proposée : après une
description des concepts fondamentaux, les divers moyens pour maîtriser le colmatage
seront présentés.
De façon générale, une membrane peut être définie comme étant une couche mince
permettant l’arrêt ou le passage sélectif de substances dissoutes ou non, sous l’action d’une
force motrice de transfert [1] (Figure1.1); les critères de séparation des particules, des
molécules ou encore des ions peuvent être d’ordre (Audinos et Isoard, 1986) [2]:
- stérique (dimension et forme),
- chimique (nature),
- d’état physique,
- ou encore dépendre de la charge électrique.
6
La filtration sur membrane est un procédé de séparation physique. Cette opération, qui
se déroule en phase liquide, a pour objet de purifier, concentrer ou fractionner des espèces
dissoutes ou en suspension dans un solvant par passage au travers d’une membrane. À
l’issue de cette opération, nous obtenons d’une part le rétentat, également appelé
concentrat, qui est composé des molécules et/ou des particules retenues par la membrane,
et d’autre part le perméat [3].
Les membranes incluent une grande variété de matériaux et de structure qui forment
autant de possibilités de configuration et de classification [4].
• Membranes poreuses (MF, UF, NF), où les effets de tamisage et de friction jouent des
rôles important mais où les forces de surface peuvent aussi jouer un rôle important comme
en NF; les pores peuvent être subdivisés en plusieurs catégories :
Mésopores – 2 à 50 nm (UF);
• Membranes non poreuses (perméation de gaz, pervaporation, osmose inverse (OI)); ces
membranes peuvent être considérées comme des milieux denses où la diffusion des
espèces a lieu dans les volumes libres situés entre les chaînes moléculaires du matériel de
la membrane;
• Membranes échangeuses des ions. Ces types de membranes considérées comme un type
spécial de membranes non poreuses, consistant dans des gels denses ayant une charge
positive (échangeuses des anions) ou négative (échangeuses des cations).
Il faut remarquer que toute la communauté scientifique ne s’entend pas sur cette
classification. Par exemple, certains auteurs considèrent que les membranes d’OI sont des
membranes poreuses. Il faut aussi noter que la plupart des membranes polymériques sont
chargées même si leur charge est plus faible que celles des membranes échangeuses d’ions.
Des membranes isotropes, dites symétriques, dont les propriétés structurelles sont
constantes sur toute l’épaisseur, qu’elles soient denses ou poreuses,
Des membranes anisotropes, qualifiées d’asymétriques, dont la structure varie de
la surface de la membrane vers l’intérieur (Figure 1.2). Parmi ces dernières, on
compte les membranes préparées à partir d’un seul matériau par inversion de
phase et les membranes composites qui sont constituées d’un empilement de
couches de différents polymères.
8
• polysulfone (PS) et polyethersulfone (PES), qui ont une tendance à l’adsorption plus
élevée que les membranes ci-dessus, mais avec une meilleure stabilité chimique,
mécanique et thermique.
Tableau 1.1:Comparaison des avantages et inconvénients des grandes classes de matériaux [5]
Avantages Grande variété de géométrie (plan, tube, Stabilité chimique (acide / base, oxydants)
spiralée, fibre creuse)
Résistance aux solvants
Faible coût
Faible stabilité thermique (T < 100 ˚C)
Coût (facteur 10 par rapport aux
membranes organiques)
Faible stabilité chimique (pH extrêmes,
Inconvénients
oxydants)
N’existe pas pour des faibles tailles de
pore (NF, OI)
Faible résistance aux solvants
10
La géométrie des membranes est souvent assimilée à la géométrie des modules. Ainsi, il
est courant de parler de membrane plane, spiralée, tubulaire ou fibre creuse. En fait, il
n’existe que deux géométries : les membranes planes et les membranes cylindriques [5].
Par conséquent, pour pouvoir assembler des membranes en modules, il faut concilier
plusieurs objectifs contradictoires et donc consentir à un compromis entre le fait de [5]:
maximiser la surface par module,
s'assurer de la bonne distribution du débit à l'intérieur du module,
minimiser la polarisation de concentration et l'accumulation des matières en
suspension à la surface de la membrane,
minimiser la consommation d'énergie.
Les différents modules sont étroitement reliés à la géométrie des membranes et donc au
matériau [5]. Ainsi, les modules proposés dans le commerce présentent diverses
configurations (d’après Aptel et Buckley 1996) ; la géométrie va de membranes planes
empilées les unes sur les autres à des modules spiralés permettant une compacité maximale
du système, en passant par des fibres creuses d’un diamètre d’environ 1 mm avec une
couche active qui peut être soit à l’intérieur ou a l’extérieur [2].
11
À partir de ces configurations de base, des modules dérivés sont mis sur le marché,
comme les modules vibrants ou les modules en fibres creuses immergées [5].
Les modules les plus utilisés actuellement dans le domaine de l’eau potable sont les
modules à fibres creuses (UF et MF) et les modules spiralés (NF et OI) [2].
Les feuilles de membranes planes sont empilées et enroulées autour d’un collecteur de
perméat. Cette configuration se rencontre principalement dans le dessalement de l’eau.
Leur compacité est importante (de l’ordre de 900 m 2.m-3) mais pour les eaux turbides, un
prétraitement est nécessaire pour éviter tout encrassement. Ce type de modules est utilisé
uniquement en NF et OI [1].
12
Figure 1.3 : Structure interne d’une membrane à spirale (d’après Degrémont – 1989) [6].
Ils comportent une ou plusieurs membranes inorganiques de forme tubulaire, ayant des
diamètres internes entre 6 et 25 mm. Plusieurs tubes individuels peuvent être placés dans
un porte tube en PCV ou en acier inoxydable, soit en série, soit en parallèle, proposant
ainsi des compacités dépassant rarement 300 m2.m-3.
L’eau à traiter circule à l’intérieur des tubes et le perméat est recueilli à l’extérieur des
tubes. L’écoulement à l’intérieur des tubes est turbulent. Un des inconvénients de ces
membranes est un prix par module élevé [1].
Ils contiennent plusieurs milliers de fibres assemblées en parallèle, dont le diamètre est
de l’ordre du mm conduisant à des compacités souvent supérieures à 1000 m2.m-3. Les
faisceaux ainsi obtenus sont encollés aux extrémités de façon à assurer l’étanchéité entre le
compartiment eau traitée (perméat) et l’alimentation en eau brute [1].
L’écoulement à l’intérieur de ces fibres devrait être laminaire. Pour ces membranes, les
risques d’obstruction sont très élevés et elles ne peuvent être utilisées que pour le
traitement d’une eau avec peu de solides en suspension [4].
Les fibres creuses supportent les rétrolavages. Il est à noter que les modules les plus
utilisés dans le domaine du traitement de l’eau au sens large sont les modules à fibres
creuses (UF et MF) ainsi que les modules spiralés (NF et OI) [4].
Il s’agit de modules en fibres creuses dont les fibres ne sont pas incluses dans un carter
mais simplement suspendues dans un liquide. Ces modules fonctionnent en succion. Ils
sont essentiellement utilisés à ce jour dans des bioréacteurs à membranes.
b) Module vibrant
Les modules vibrants utilisent des membranes planes ou non. Les membranes sont
mises en vibration selon un axe parallèle à la surface filtrante. L’oscillation de la surface de
la membrane permet de générer des forts taux de cisaillement à la paroi, même en présence
d’un régime hydraulique laminaire. La couche limite hydrodynamique est donc réduite
ainsi que la polarisation de concentration et le colmatage.
Le tableau (1.2) présente une comparaison entre les différents types de modules. Les
avantages et inconvénients que l’on peut déduire de ce tableau ne sont pas à prendre de
manière absolue. Il est nécessaire de les tempérer en considérant les conditions du procédé
(température, pression, agressivité du fluide, coût du produit filtré...).
15
Les pompes ou le système d’agitation permettent la circulation de l’eau à traiter dans les
modules ou entres les modules.
Le post traitement chimique permet d’ajuster, ou de réajuster, la composition chimique de
l’eau traitée.
Suivant la manière dont est appliquée la pression membranaire, deux types de systèmes
peuvent être distingués :
Les systèmes de filtration sous pression ;
Les systèmes à membranes immergées.
C SP
TR 1 .......... .......... Eq 1.1
C SA
Avec :
• TR =0% signifie que le soluté n’est pas du tout retenu par la membrane;
Figure 1.6 : Détermination du seuil de coupure (Molecular Weight Cut-off) d'une membrane
d'ultrafiltration, à partir d'une courbe de tamisage [7].
Jp
A .......................Eq 1.2
Pm
Qp
Jp .......... .......... ... Eq 1.3
S
20
En remplaçant le flux de perméation Jp défini par l’équation (1.3), dans l’équation (1.2),
on obtient [2]:
Qp
A .......................Eq 1.4
SPm
JP en fonction de ∆Pm.
Il faut mentionner qu’il existe des différences significatives de perméabilité entre divers
coupons d’une même feuille de membrane à cause des irrégularités de fabrication. Pour
cette raison, c’est la perméabilité moyenne qui est utilisée pour caractériser une membrane
[2].
La densité de flux en cours d'opération est la plupart du temps bien inférieure à celle
que l'on peut mesurer avec du solvant pur, ou calculer par le biais de la perméabilité. Cette
densité de flux dépend [7]:
Du point de vue pratique, les densités de flux volumique augmentent lorsque l'on passe
de l'osmose inverse à la microfiltration bien que les différences de pression appliquées
diminuent. Cela s'explique car les phénomènes de polarisation de concentration ont moins
d'impact sur la pression effective, et la perméabilité des membranes augmente de l'OI vers
la MF. Le tableau (1.3) donne les ordres de grandeur des densités de flux pour ces
différentes techniques.
Tableau 1.3 : Ordre de grandeur de la densité de flux volumique des différentes techniques à
membranes [7].
Pression appliquée Ordre de grandeur de la densité de flux volumique
Filtration
(105 Pa ou bar) (L · h–1 · m–2)
Osmose inverse 30 à 80 10 à 60
Nanofiltration 10 à 40 50 à 100
Ultrafiltration 1à5 50 à 500
Microfiltration 0,5 à 1,0 150 à 1500
Pour le cas des membranes d’UF, il est considéré que la structure de la membrane n’est
pas affectée significativement par les changements de température (à condition bien sûr de
rester dans la gamme recommandée par le manufacturier). Dans ce cas, la perméabilité de
la membrane est considérée comme inversement proportionnelle à la viscosité de l’eau
(Cheryan, 1998) [2] :
AT 1 1
exp .................Eq 1.7
A25 298 273 T
22
Il convient donc d'être vigilant : les valeurs d'un flux, J ou de la perméabilité, AT, doivent
être impérativement accompagnées de la température à laquelle le flux a été obtenu. Seule
la perméabilité A, de par sa définition, est indépendante de la viscosité et permet de décrire
cette propriété du matériau en faisant abstraction du fluide : c'est sa mesure qui a été
normalisée par l'AFNOR (norme NF X45-103) [7].
La résistance hydraulique (Rm) d’une membrane peut être définie comme étant sa
résistance à l’écoulement du fluide à filtrer à travers cette membrane. La résistance d’une
membrane est l’inverse de sa perméabilité [2] :
1 SPm
Rm . ..................Eq 1.8
A Qp
Cette relation nous permet de calculer de façon pratique la résistance d’une membrane à
partir des mesures de flux de perméation et de la pression transmembranaire. En supposant
que les pores d’une membrane soient cylindriques et rectilignes, la loi de Poiseuille permet
d’exprimer la résistance d’une membrane comme :
8
Rm ......................Eq 1.9
n p rp4
1.5.1. Classification
Ces systèmes en fonctionnement sont hors d’état d’équilibre et vont tendre de manière
spontanée vers un nouvel état d’équilibre. Cette évolution implique obligatoirement un
transfert de matière et d’énergie au niveau de la surface de contact entre les deux phases,
c’est à dire au niveau de l’interface, sous l’effet des contraintes imposées au système.
La barrière (physique ou chimique) constituée par la membrane va jouer le rôle
d’interface sélective entre les deux phases. Le transfert de matière d’une phase à l’autre va
dépendre de l’intensité de la contrainte appliquée de part et d’autre de cette interface. Cette
contrainte a pour but d’accélérer le processus de séparation [6].
Ainsi, il est d’usage de classifier les opérations de séparation par membrane selon la
contrainte ou la force motrice permettant d’opérer la séparation. On peut distinguer ainsi
les procédés basés sur [3]:
Ces procédés membranaires (qui se distinguent par la taille et le type des espèces qu'ils
peuvent séparer) sont utilisés pour séparer et/ou concentrer des molécules ou des espèces
ioniques en solution et/ou séparer des particules ou microorganismes en suspension dans
un liquide. Ils sont donc bien adaptés au domaine de traitement des eaux [4].
Nous nous attacherons ici à présenter ces systèmes mettant en œuvre un gradient de
pression, communément appelé pression transmembranaire ; ces opérations sont
regroupées sous le terme générique de filtration membranaire [1].
Ainsi, la Figure (1.7) présente les opérations à mettre en œuvre en fonction des composés à
retenir, et les pressions qui y sont associées [1].
Figure 1.7 : Rétention des différents types de solutés selon le procédé membranaire-pression
d’utilisation [1].
26
Pontié et al, (Pontié et al., 2001) mentionne que dès 1969, le Dr. Sourirajan présente
l’OI comme un procédé industriel ‹‹ en rupture technologique›› avec les traitements de
l’eau existants à l’époque, en particulier ceux destinés au dessalement de l’eau de mer. Les
mêmes auteurs nous renseignent que Michaels définit le domaine de l’OI comme celui de
la séparation des espèces dont la masse moléculaire est du même ordre de grandeur que
celle du solvant (l’eau) (Pontié et al., 2001).
Les membranes d’OI sont celles qui ont les structures les plus denses de toutes les
membranes utilisées actuellement dans le domaine de l’eau potable, avec des SC plus bas
que 300 Da. Ces membranes ont la capacité de retenir les ions monovalents, de très faible
masse molaire (Na+, Cl-). Par conséquent, les pressions osmotiques, qui sont d’autant plus
importantes que la taille du soluté est faible, peuvent être très fortes si les concentrations en
sels ou en molécules de faible masse moléculaire sont élevées. Cela implique que la
pression d’opération, qui doit être plus élevée que la pression osmotique, peut être très
élevée comme dans le cas du dessalement d’eau de mer (5 à 8 MPa) [2].
Dans les années 80, la NF a gagné beaucoup d’intérêt pour des fins d’adoucissement et
pour l’enlèvement de précurseurs de THM. À l’échelle mondiale, et en terme de
production d’eau potable, la NF est le deuxième procédé membranaire en importance
(Mallevialle et al., 1996) [2].
La taille des pores des membranes d’UF est moins élevée que celles des membranes de
MF et plus élevée que celles des membranes de NF quoi qu’il y ait des chevauchements
entre les domaines de l’UF et ceux de la MF et de la NF (les limites ne sont pas clairement
établies).
Les SC des membranes d’UF se situent entre 1000 et 100000 Da. La pression d’opération
en UF reste assez basse (50-500kPa) et les flux de perméation sont moins élevés qu’en MF
(Anselme et Jacobs, 1996). Les membranes d’UF permettent d’enlever les colloïdes, les
particules, et les macromolécules. La séparation est basée sur l'exclusion dimensionnelle,
avec, en plus, l'intervention de la forme et de l'encombrement stérique du composé [9].
Étant donné la taille des pores des membranes d’UF, qui se situe entre quelques nm et
une centaine de nm, certaines membranes d’UF (dans le domaine qui est le plus proche de
la NF) sont capables d’enlever aussi les virus et possiblement une partie de précurseurs
des trihalométhanes (THM) et une partie de la couleur (Bouchard et al. , 2003C) quoique
cela ne soit pas très documenté dans la littérature scientifique [2].
Le plus souvent, l’UF est utilisée comme un outil de prévention. Dans les applications de
traitement des eaux usées, l'UF est la technologie de prétraitement de choix avant osmose
inverse en raison de la nature hautement colmatante de l'eau à traiter (l'effluent présente un
indice de colmatage – Silt Density Index (SDI)- supérieur aux limites requises pour les
membranes d’osmose inverse.
28
Dans les applications de dessalement d'eau de mer, l'UF est de plus en plus populaire.
Cela est dû aux progrès de la technologie membranaire UF et l'ampleur des économies
résultant d'une demande croissante. De récentes comparaisons de coûts ont montré que,
lorsque tous les éléments financiers et les impacts sur les étapes de traitement en aval sont
pris en compte, l'UF rivalise avec les technologies traditionnelles de prétraitement.
Les membranes de MF utilisées dans le domaine de l’eau potable sont capables de retenir
des particules plus grandes que 0,1µm. Ces membranes permettent donc de retenir en
bonne partie les particules à l’origine de la turbidité. Ces membranes permettent aussi de
retenir les bactéries et les kystes de Giardia Lamblia et de Cryptosporidium Parvum.
L’utilisation principale de la MF reste la clarification c’est-à-dire l’enlèvement des
particules en suspension. La pression d’opération en MF est relativement basse (< 350 kPa)
et les flux de perméation sont élevés (10 -2 à 10-4 m/s) (Belfort et al. , 1994)[10]. La MF
peut aussi servir de prétraitement pour la NF et l’OI [2].
29
Les critères de sélection d'un procédé à membrane dépendent des caractéristiques des
substances à séparer, de celles de la membrane (dimensions, forme, nature chimique, état
physique, charge électrique…) et des conditions hydrodynamiques de travail (pression
transmembranaire et vitesse tangentielle de circulation du fluide).
Ces techniques sont utilisées aussi bien au cœur des procédés, en remplacement ou
couplage avec des procédés conventionnels, pour les utilités (production d’eau ultra pure,
etc.), pour la réduction à la source des effluents avec récupération de matière première ou
pour le traitement en bout de chaîne des effluents [4].
[Link]. Conclusion
Solubilisation – Solubilisation –
Mécanisme de transfert Capillaire Capillaire
diffusion diffusion + capillaire
Rôle de la pression
Importante Moyenne Faible Négligeable
osmotique
Débit-volume
10 à 60 50 à 100 50 à 500 150 à 1500
spécifique (L · h–1 · m–2)
Le tableau (1.5) permet de faire une comparaison entre les différentes filières de
filtration membranaire en mettant en évidence leurs principales caractéristiques.
- D’une part, la taille des pores permet d’assurer la rétention d’une large gamme d’espèces
notamment les bactéries et les virus tout en laissant passer les sels dissous ce qui permet
d’allier sécurité alimentaire et conservation de l’équilibre minéral, tous deux
indispensables pour une eau destinée à la consommation ;
[Link].Tangentiel / Frontal
a) Filtration frontale
La plus simple à mettre en œuvre et la moins onéreuse est la filtration frontale dont le
principe est de filtrer la solution perpendiculairement à la surface de la membrane
(Figure 1.10). Toute la matière retenue s’accumule sur la membrane. Ce type de
procédé n’atteint jamais un état stationnaire et nécessite une mise en œuvre séquentielle
(succession filtrations – actions de nettoyage).
Ce type de mise en œuvre est souvent utilisé pour des essais à l’échelle de laboratoire,
dans des cellules de filtration, ayant un volume de moins de quelques litres. Le principal
avantage de cette façon de tester les membranes est sa simplicité (Belfort et al. , 1994)[10].
En effet, il n’est pas utile de recirculer la solution à filtrer, et donc il n’y a pas besoin de
33
L’écoulement frontal est aussi utilisé à l’échelle industrielle, mais dans une proportion
beaucoup moins élevée que l’écoulement tangentiel [2]. Cette technique est utilisée en
traitement de l’eau pour sa potabilisation, mais aussi dans le secteur médical pour
enlever toute trace de virus ou de bactérie d’une eau de type « eau du réseau » qui est
faiblement colmatante.
Dans ce dernier domaine la filtration frontale est aussi appréciée du fait que cette
technologie est compacte et donc plus facilement stérilisable qu’un circuit qui fait
intervenir plusieurs pompes [9].
La filtration tangentielle est par contre utilisée quasi systématiquement lorsque les
fluides ont des taux de matière en suspension élevés [11].
b) Filtration tangentielle
avec une vitesse moyenne (vitesse tangentielle de circulation du fluide), imposant ainsi un
gradient de cisaillement à la surface de la membrane qui limite ainsi l’accumulation
de matière. En filtration tangentielle lors d’un changement de pression, les espèces
arrivant près de la membrane ainsi que le dépôt (dans le cas où il y en a un) mettent un
34
certain temps à se construire, durant cette phase, le flux décroît (Figure 1.11). Ensuite, un
équilibre peut être atteint et le flux peut se stabiliser dans un état stationnaire.
La filtration tangentielle est souvent utilisée en industrie car elle permet de travailler –
une fois que le régime est établi (entre quelques minutes et quelques heures) – avec un flux
de perméat à peu près constant [11].
P P2
P 1 P3 PTM..............Eq 1.10
2
Avec
ΔP : la pression transmembranaire
Il est possible de définir un débit volumétrique et une vitesse d’écoulement tangentiel. Plus
la vitesse d’écoulement tangentiel est élevée, plus les effets mentionnés ci avant (rétro-
transport vers le cœur de l’écoulement) sont accentués, et par conséquent, plus le
colmatage peut être réduit d’une façon significative. C’est à cause de cela que l’écoulement
tangentiel est très répandu dans les applications industrielles [2].
Remarquons aussi que l’écoulement frontal peut être considéré comme un cas limite de
l’écoulement tangentiel, où la vitesse d’écoulement tangentiel tend vers zéro [2].
Ce type de mise en œuvre peut aussi être utilisé à l’échelle du laboratoire. Dans ce
dernier cas, il faut noter que cela oblige à utiliser des volumes plus grands que dans le cas
de l’écoulement frontal (Belfort et al., 1994)[10].
Dans les exemples précédents, la filtration a été présentée avec une pression appliquée
sur la membrane. En réalité, les opérations de filtration sont conduites en imposant soit le
gradient de pression, soit le flux de perméation. Il n’existe pas de réel consensus tendant à
privilégier un mode par rapport à l’autre et la littérature présente, sur la façon de conduire
les opérations, des points de vue différents ; ainsi, Chellam observe un colmatage accru en
filtration à flux constant (Chellam et Jacangelo 1998) [12] alors que d’autres travaux
36
(Defrance et Jaffrin 1999, Field et al. 1995) [13,14] indiquent que des filtrations menées à
flux constant, sous réserve d’un choix adapté des paramètres, permettent de mieux
contrôler l’opération. De même pour la détermination du flux critique les travaux de
Metsamuuronen et al. (2002) utilisent le flux constant [15].
L’étude menée en 1996 par Wetterau et ses collaborateurs qui compare quant à elle les
deux modes opératoires de façon globale, c'est-à-dire en tenant compte tant de la
productivité (flux et pertes en eau) que de l’énergie consommée n’a pas permis de
discriminer un système par rapport à l’autre (Wetterau et al. 1996) [16].
Il est important de signaler qu’aucune des études précitées ne fait état de différences en
termes de qualité du perméat obtenu.
En pratique, le gradient de pression peut être généré par le fonctionnement d’une pompe
qui fait circuler le liquide au dessus de la membrane ; la pression transmembranaire étant
régulée par une vanne en fin de module (Figure 1.12). L’opération fonctionne alors à
pression constante.
Si par contre la pompe est installée coté perméat, le flux de perméation est régulé par la
pompe et l’opération fonctionne alors à flux constant [11].
– La séparation est fondée sur des critères physiques (diamètres de pores) et ne fait pas
intervenir de réactifs chimiques comme extractant (solvants, acides, bases...), réactifs qui
sont, en général, une source importante de pollution.
– Elles ne font pas intervenir de changement de phase ; il n'y a donc pas d'enthalpie à
fournir, ce qui permet, par rapport à l'évaporation, d'être plus économe en énergie.
– Une eau produite de qualité constante en termes d’élimination des particules et des
microbes, indépendamment de la qualité de l’eau d’alimentation.
–De plus, ces procédés membranaires sont des techniques de séparation peu
consommatrices d’énergie : de 1 à quelques dizaines de kWh/m³ de produit traité, suivant
la taille des composés qui doivent être séparés. Leur consommation énergétique est faible
(quelques kWh/m³ de perméat) par rapport à des procédés thermiques (de 100 à 900
kWh/m³ de produit traité pour un évaporateur, avec ou sans effets multiples).
– Colmatage des membranes, qui se traduit, en général, par une baisse de la perméabilité
et une modification de la sélectivité qui n'est pas toujours souhaitable.
– Sélectivité imparfaite des membranes : elle n'est jamais égale à 100 % sauf dans
certains cas en microfiltration. De plus, en ultrafiltration industrielle, la séparation ne se
fait dans de bonnes conditions que pour des molécules ayant un rapport de masses
moléculaires sur seuil de coupure supérieur ou égal à 10.
– Durée de vie des membranes limitée, soit par perte de résistance mécanique, soit par
suite d'une mauvaise tenue aux réactifs utilisés pour le nettoyage.
Les procédés de filtration membranaire permettent d'assurer certaines fonctions dans les
procédés de séparation et ont ainsi trouvé une place dans l'éventail des solutions techniques
qui s'offre à un ingénieur qui conçoit et optimise des installations de séparation. Le
développement de ce procédé qui met en œuvre des phénomènes complexes exige de la
maîtrise pour garantir des performances élevées en termes de perméabilité et de sélectivité.
Par ailleurs, il est nécessaire d'avoir toujours à l'esprit que l'on profite d'autant mieux des
avantages des procédés membranaires que ces procédés sont couplés à d'autres procédés.
39
Quel que soit le mode opératoire utilisé, d’autres conséquences découlent de cette
accumulation de matière, qu’il s’agisse d’une diminution de la durée de vie des membranes
du fait de lavages plus fréquents, des dépenses supplémentaires d’énergie liées à
l’augmentation de la résistance au transfert ou encore des pertes en eaux occasionnées lors
des séquences de décolmatage [1].
limiter. Ainsi une partie de ce chapitre (Section 1.4) sera consacrée à l’état de l’art sur ce
sujet dans le domaine de l’ultrafiltration [1].
La description de ces phénomènes limitant conduit bien souvent à des approches visant
à dissocier et à identifier les divers mécanismes impliqués dans la diminution de flux [1].
Lors de la filtration d’un solvant pur, la loi de Darcy est utilisée pour traduire le lien de
proportionnalité (zone I, Figure 1.13) entre flux de perméation J et pression
transmembranaire Ptm :
Ptm
J LP0 Ptm .......... .......... Eq 1.11
s .Rm
41
Dans le cas de solutions contenant un soluté retenu par la membrane, s’ajoute une
résistance au transfert via une différence de pression osmotique ΔΠ, opposée au gradient
de pression Ptm, induite par la différence de concentration de part et d’autre de la
membrane. La loi de Darcy modifiée permet alors de décrire l’écoulement [1]:
Ptm
J .......... ......... Eq 1.12
s .Rm
Dans ce cas, le flux de perméation n’évolue plus de façon linéaire avec la pression
transmembranaire (zone II, Figure 1.13).
Enfin, dans la dernière zone (zone III Figure 1.13), à la contribution de la couche
polarisée (Section 1.3.2) s’ajoute l’apparition d’un dépôt à la surface de la membrane qui
limite alors l’augmentation du flux avec la pression [1]. La valeur de flux maximale qui
peut être atteinte lors d’une filtration s’appelle le flux limite, cette valeur correspond à un
42
état où toute la surface de la membrane est colmatée [11]. Par conséquent, l’importance du
phénomène de polarisation de concentration entraîne une limitation du transfert du solvant
qui est fonction de la pression appliquée.
Le bilan de matière peut alors être établi entre le flux de soluté côté perméat et l’équilibre
diffusion convection côté rétentat [1].
C S RT
...................Eq 1.13
M
La pression osmotique est d’autant plus forte que la masse molaire, M, est faible et que la
concentration du soluté, CS, est élevée.
L’un des problèmes majeurs auquel se heurte l’utilisation des membranes est le
colmatage que l’on pourrait qualifier du «Talon d’Achille» de cette technologie très
prometteuse [19].
En effet, un très large spectre d’espèces peut contribuer au colmatage, les principaux
agents colmatants peuvent se répartir en trois principales catégories [1] :
- les composés minéraux parmi lesquels on compte les argiles et limons sous forme
colloïdale, mais aussi des métaux (aluminium, fer, manganèse) et des sels dont les sulfates
et carbonates de calcium.
- les composés biologiques : micro-organismes qu’ils soient morts, vivants ou sous forme
de débris qui peuvent donner lieu au colmatage par effet stérique et à la formation de bio
films.
De ce fait, les nombreux travaux de recherche réalisés jusqu’à présent dans le but de
mieux appréhender le colmatage portent tant sur des suspensions colloïdales modèles
(protéines, argiles, …) que sur des eaux réelles ou dérivées d’eaux réelles (substances
humiques du commerce par exemple).
La partie du colmatage qui peut être enlevée par nettoyage est appelée « colmatage
réversible ». Le colmatage qui correspond à la perte « définitive » d’une partie de la
perméabilité est généralement appelé « colmatage irréversible ». A priori, ce type de
colmatage est essentiellement dû à une forte adsorption de substances qui ont une grande
affinité pour la membrane. À noter que le caractère réversible du colmatage est très relatif
aux moyens qui sont mis en œuvre pour laver les membranes (rétrolavages ou nettoyage
chimique) [2].
Childress et Deshmukh (1998), ont montré par la mesure du potentiel « zêta » que les
macromolécules de type substances humiques s’adsorbent à la surface membranaire et que
leurs groupes fonctionnels, chargés négativement, dominent la charge de surface de la
membrane [20].
Ainsi, ce sujet a fait l’objet de nombreux travaux de recherche portant sur la modélisation
du colmatage (Jaffrin et al., 1997; Wiesner et Chellam, 1992) [21], sur les indicateurs de
colmatage (Schippers et Verdouw, 1980, Boerlage et al., 2000, 2002, 2003A et B) [22, 23,
24, 25, 26] ou sur les mécanismes de colmatage (Belfort et al., 1994) [10].
Le colmatage des membranes résulte donc d’un grand nombre de facteurs qui interférent,
comme l’indique la figure 1.15 (Fane 1992) :
47
La membrane
Le colmatage par dépôt peut être de deux natures différentes qui peuvent coexister:
c) Le bio-colmatage
Toutes les eaux contiennent des microorganismes tels que des bactéries, des algues, des
virus, etc. Ces microorganismes excrètent des substances polymériques extracellulaires qui
adhérent à la surface de la membrane et provoquent la formation d’un biofilm. La première
étape de la formation du biofilm est probablement l’adsorption des molécules organiques
sur la surface de la membrane. Cette couche organique conditionne la surface de la
membrane et améliore l’adhésion des microorganismes. L’étape suivante est donc
l’adhésion des microorganismes sur la surface de la membrane conditionnée.
Cette étape est suivie par l’adhésion microbienne, la croissance des cellules adhérées et par
la suite la production de polymère extracellulaire sachant que l’eau contient tous les
éléments nécessaires pour le développement de micro-organismes [17].
49
Ces types de colmatages ne sont pas directement fonction de la pression mais plutôt des
interactions fluide/membrane [11].
50
P
J .......... ......... Eq 1.14
( R m Rc )
Le blocage des pores découle de propriétés stériques : des particules de diamètre proche
ou inférieur à la taille des pores viennent s’inclure dans ces derniers et les bouchent
diminuant ainsi la surface disponible pour l’écoulement [1]. Le blocage du pore peut être
total ou partiel.
51
(c) Adsorption
Elle peut intervenir tant à la surface de la membrane qu’à l’intérieur des pores, la
conséquence en étant la formation de couches conduisant à une diminution de la section de
passage dans les pores et, par voie de conséquence, à une augmentation de la résistance
hydraulique [1].
Les molécules les plus susceptibles de colmater les membranes par adsorption sont les
macromolécules [18].
Par contre, plusieurs auteurs ont appliqué des modèles classiques de filtration frontale à la
filtration tangentielle [2]. Ces modèles sont présentés ci-dessous.
• Une résistance additionnelle due au colmatage; cette résistance peut être décomposée
arbitrairement en deux résistances en série :
Lors de la filtration d’un solvant pur, la loi de Darcy est utilisée pour traduire le lien de
proportionnalité entre le flux de perméat, J, et la pression transmembranaire, Ptm :
Ptm
J LP0 Ptm
Rm
Ptm
J .......... ....... Eq 1.16
( Rm Rd Rb Ra )
Avec
n
d 2t dt
k ...................Eq 1.17
dV
2
dV
54
Par la suite, différentes lois de filtration ont été proposées par Hermia (1982) selon les
mécanismes de colmatage. Ces lois expliquent le comportement du flux sous une condition
de pression transmembranaire constante (Tableau 1.8) [17].
V est le volume cumulé du perméat au temps t, J 0 est le flux initial, J est le flux final, et a
et b sont les paramètres du modèle.
Le modèle de filtration sur gâteau est très répandu .Celui-ci découle de la théorie de
‘’Ruth’’. Les premiers travaux d’analyse de l’opération de filtration à pression constante
ont débuté par une constatation expérimentale : le volume de filtrat recueilli et le temps
sont liés par une relation parabolique. En effectuant un grand nombre d’essais
expérimentaux, Ruth et col. (1933a, b) corrèlent leurs résultats avec la relation :
2 PS 2
(V V f ) 2 (t t f )......... ...... Eq 1.18
rC
Ruth (1935) a montré que cette équation est capable de décrire le comportement en
filtration pour divers matériaux, indépendamment de leur degré de compressibilité. Cette
équation a servi de base pour de nombreuses études de filtration.
L’approche de Ruth se base sur la loi de Darcy, qui relie le débit du liquide à travers un
milieu poreux à la chute de pression qui est la cause principale de l’écoulement :
dV P
.......... .......... .... Eq 1.19
S dt Rm Rc
On remarque que, dans ce modèle, Ruth suppose que le « débit spécifique » du liquide
(débit de liquide par unité de surface filtrante) est constant dans le gâteau et le media
filtrant (Tiller et Cooper, 1960), ce qui suppose que la porosité locale du gâteau ne varie
pas au cours du temps.
ms
RC ........................Eq 1.20
S
56
V
RC C ......................Eq 1.21
S
1 dV P
...............Eq 1.22
S dt V
( R m C )
S
Sachant qu’au début de la filtration (t=0), le volume de filtrat est nul (V=0) et en
considérant les grandeurs α, C et Rm constantes tout au long de l’opération, Ruth (1935)
intègre l’équation (1.22) et obtient pour une opération à pression constante l’expression de
l’inverse du débit moyen de filtrat (t/V) sous la forme suivante :
t C R
V m ................Eq 1.23
V 2PS 2
SP
L’équation (1.23) est appelée équation de Ruth. Depuis 1935, cette équation est largement
utilisée pour l’analyse de l’opération de filtration à pression constante. Elle permet avec
des données de filtration d’évaluer la résistance spécifique du gâteau (α) et la résistance du
support (Rm) en fonction de la pression imposée [28, 29].
Schippers et Verdouw (1980), ont adapté le modèle de Ruth aux techniques nouvelles de
filtration membranaire :
t I Rm
V .......... ...... Eq 1.24
V 2Pm S 2
Pm S
57
Avec
µ : Viscosité du perméat (Pa.s)
Rm : Résistance hydraulique de la membrane (m-1)
ΔPm : Pression transmembranaire (bar)
S : Surface de la membrane (m2)
I : Indice de colmatage (m-2)
I=r.C
C : Concentration massique à la membrane
r : Résistance spécifique du dépôt ([Link]-1)
Les eaux naturelles contiennent une grande diversité de composants. La taille, la nature et
les caractéristiques physico-chimiques de ces composants déterminent le potentiel
colmatant d’une eau ; le rôle d’un indicateur de colmatage est d’intégrer tous ces facteurs
en un seul paramètre.
Les indicateurs de colmatage développés jusqu’à maintenant sont basés sur des tests de
filtration frontale avec des membranes de MF ou d’UF [2].
• Est-ce qu’un même indicateur de colmatage peut couvrir une large gamme de qualité
d’eau ?
58
• Est-ce que le pouvoir colmatant d’une eau est une caractéristique intrinsèque de cette eau
ou bien ce pouvoir colmatant est-il dépendant de la membrane utilisée ?
• Dans le même ordre d’idée, si le test qui sert à déterminer l’indicateur de colmatage fait
appel à une filtration sur membrane, jusqu’à quel point est-il possible de prédire les
performances d’une autre membrane ?
• Si le test qui sert à déterminer l’indicateur de colmatage fait appel à une filtration
frontale, jusqu’à quel point est-il possible de prédire les performances en filtration
tangentielle ?
Bien qu’il ne soit pas facile de répondre de manière exhaustive à ces questions, nous allons
essayer à travers ce paragraphe de faire l’inventaire des tests développés et utilisés jusqu’à
présent afin d’en voir les avantages mais aussi les limitations [1].
Le Silt Density Index, plus connu sous son abréviation de SDI, est considéré comme
l’indicateur le plus classique dans le domaine de la filtration membranaire. Cette méthode
est normalisée (norme ASTM D4189) et date de 1995 [2].
Où t1 est le temps nécessaire pour filtrer les premiers 500 ml de solution, et t 2 le temps
nécessaire pour filtrer 500 ml de solution à compter de 15 min du début de la filtration.
Si le terme ((1-t1/t2) x100), appelé pouvoir encrassant, est supérieur à 75, la seconde
mesure (t2) doit être réalisée après 10 ou 5 minutes de façon à descendre au-dessous de 75.
59
Figure 1.17 : Mesure du Fouling Index FI ou Silt Density Index SDI [7].
500ml 500ml
1 /
t2 t1
SDI 100...................Eq 1.26
15
Cette équation montre que le SDI est en effet une mesure du pourcentage de diminution du
taux de filtration par unité de temps [2].
L’avantage du SDI est que sa détermination est relativement facile, c’est pourquoi il est
le plus utilisé en général. Il comporte par contre un désavantage majeur : ce test empirique
ne reposant sur aucun fondement théorique ne tient pas compte des différentes phases du
colmatage de la membrane. En effet, on considère qu’il y a d’abord blocage des pores
puis formation d’un gâteau ; tout dépendant de l’eau qui est testée, les mesures de SDI
peuvent être faites en partie ou totalement avant la formation d’un gâteau ce qui complique
l’interprétation des résultats [2].
Les trois phases de la filtration frontale, d’après Schippers et Verdouw (1980), sont
représentées sur la figure (1.18). La phase qui correspond à la formation d’un gâteau
incompressible est la partie linéaire du graphe t/V versus V comme cela apparaît sur cette
figure. L’indicateur MFI correspond spécifiquement au colmatage par formation d’un
gâteau à la surface de la membrane.
Ainsi, la méthode utilisant une membrane avec des pores plus petits de 0,05 µm
correspond au MFI0,05 [19].
Les résultats des tests sont donc une série de mesures de temps et de volumes cumulés
de perméat. L’indicateur de colmatage est la pente de la partie linéaire du graphe t/V
versus V, c’est-à-dire la tangente de l’angle α (voir Figure 1.18). D’après l’équation
(1.24), le MFI s’exprime comme :
I
MFI0, 45 tan ................Eq 1.27
2PS 2
62
Figure 1.18 : Représentation graphique t/V versus V avec la mise en évidence de la pente de
la zone linéaire tan α (Schippers et Verdouw 1980; Boerlage et al., 2003A).
20C P
MFI 0, 45 tan .......... ...... Eq 1.28
T P0
Bien qu’amenant une amélioration par rapport au SDI, le MFI0,45 présente tout de même
des limitations pour la prévision du colmatage : la mesure étant faite en microfiltration,
quid de son adaptation aux autres procédés impliquant des pressions de filtration et des
flux bien différents ? De plus, le test ne prend en compte que le pouvoir colmatant de
particules relativement grosses et considère la filtration sur dépôt comme étant le
mécanisme prépondérant ; plusieurs questions se posent alors. La filtration sur dépôt sera-
t-elle le mécanisme limitant dans les autres procédés ? Et si tel est le cas, la structure et la
granulométrie du gâteau étant affectées par la taille des composés retenus qui elle va
63
De façon à lever certaines de ces limites, une adaptation de ce paramètre a été développée
tel que présenté dans la prochaine section [1].
Les mécanismes de filtration pris en considération en MFI-UF sont exactement les mêmes
qu’en MFI0,45 (voir Figure 1.18 ). Reprenons l’équation t/V=f(V) proposée pour la
détermination du MFI0,45 :
t I Rm
V
V 2PS 2
PS
180(1 )
rA ...........................Eq 1.30
p d p2 3
Cette équation montre que le MFI est fonction de la dimension et la nature des particules
qui forment le gâteau.
Figure 1.19 : Montage expérimental pour déterminer le MFI-UF (Boerlage et al 2002) [24].
Comme pour la détermination du SDI et du MFI 0,45, un gradient de pression de 2 bar est
appliqué sur la membrane d’UF. Comme pour la détermination du MFI0,45, le volume filtré
et le temps de filtration sont enregistrés à des intervalles de 5 minutes, à l’aide d’un capteur
de débit, d’un système d’acquisition de données et d’un programme de traitement des
données. Le MFI-UF corrigé en température, en pression et en surface de membrane est
calculé à l’aide de l’équation suivante :
1 2
P S d (t / V )
MFI UF 20C ................Eq 1.33
T P0 S0 dV
Des membranes dont le seuil de coupure variait entre 1 et 100 kDa de deux matériaux
(polysulphone (PS) et polyacrylonitrile (PAN)) ont été testées. La filtration est effectuée à
66
pression transmembranaire constante (1bar) avec une acquisition du volume filtré toutes
les minutes.
Boerlage S. et al. (2002) a insisté sur l’influence de la température de l’essai qui joue sur
la viscosité et peut modifier sensiblement les résultats expérimentaux.
Avec le protocole opératoire décrit (à PTM constante) par Boerlage S. et al. (2002), la
valeur du MFI-UF a pu être déterminée pour les membranes d’acrylonitrile (PAN) après
20 à 50 heures d’essais alors que pour les membranes de polysulfones (PS), le MFI-UF
n’a pu être obtenu dans ces délais.
Les valeurs obtenues par ce protocole varient entre 2000 et 13300 s/l² alors que le MFI 0,45
varie entre 1 à 5 s/l² pour une eau de robinet utilisée. Ces valeurs beaucoup plus
importantes montrent l’inefficacité des membranes traditionnelles de microfiltration pour
la détermination du vrai potentiel de colmatage.
La valeur élevée du MFI-UF est expliquée par la rétention de particules de très faible
diamètre : la valeur de MFI est inversement proportionnelle au carré du diamètre des
particules formant le gâteau.
En utilisant les mêmes hypothèses que Boerlage S. et al. (2002), Roorda J.H. et al.
(2001) définit le MFI-UFn (Normalised MFI-UF) , qui est calculé avec la même
formule expérimentale que celle utilisée par Boerlage S. et al. (2002). La seule différence
c’est qu’ils normalisent les MFI par rapport à une surface membranaire de 1m² et une PTM
de 1 bar. Au lieu de suivre l’évolution du volume de filtrat a pression constante, on suit
l’évolution de la pression transmembranaire à débit constant [31].
Les MFI-UF obtenus à PTM constante sont plus importants que ceux obtenus à flux
constant, ceci peut être expliqué par la compressibilité du gâteau.
Boerlage S. et al. (2003) ont constaté que le temps de fonctionnement prédit par le MFI-
UF (pour un déclin de flux de 15%) est faible devant celui observé réellement en osmose
inverse. Ceci est dû au fait qu’en filtration tangentielle, les particules ne sont pas toutes
déposées à la paroi de la membrane. C’est la raison pour laquelle a été introduit un
facteur correctif. De même un facteur de correction de pression a été introduit pour
tenir compte des différences de PTM appliquée en UF, NF et OI [26].
C’est pourquoi Brauns E. et al. (2002) trouvent qu’il est plus approprié d’utiliser une
technique de mesure d’indice de colmatage qui repose sur l’utilisation d’une
membrane adaptée aux conditions réelles d’utilisation du module dont on veut
caractériser le colmatage [32].
Khirani S. et al. (2005) ont utilisé des membranes de NF à PTM constante dans le but
d’améliorer la représentativité du MFI en NF/OI, cette étude a montré que la matière
organique dissoute est responsable du colmatage en NF/OI et doit être prise en
considération lors de la mesure du potentiel de colmatage. Ainsi, le NF-MFI a permis de
mieux rendre compte du colmatage par la matière organique et de l’efficacité d’un
prétraitement. La détermination de l’indice de colmatage se fait dans ce cas dans un délai
plus court (environ 1h) [33].
68
June-Seok Choi et al. (2009) ont développé un indice de colmatage appelé CFI
(combined fouling index) basé sur la mise en œuvre d’un modèle sous forme d’une relation
linéaire regroupant différents MFI correspondant à différents types de membranes (de
microfiltration et d’ultrafiltration) permettant des séparations sélectives de différents types
de matières colmatantes [34].
Cet indice de colmatage a permis de mesurer l’impact de chaque type de colmatant sur le
FDR (flux decline rate) en OI/NF sous forme de facteurs de contribution au colmatage
intervenant dans le modèle décrivant le CFI.
Youngbeom Yu et al. (2010) ont développé une nouvelle approche visant à évaluer le
potentiel colmatant des eaux d’alimentation en OI et NF ; un système à plusieurs
membranes MMAS (multiple membrane array system) dans lequel des membranes de MF,
d’UF et de NF sont connectées en série (la sélection des membranes est basée sur la théorie
de la filtration sur gâteau) a été conçu dans le but de séparer et de cibler les différents
types de colmatants dans les eaux et d’évaluer leurs potentiels de colmatage. Ainsi, les
matières particulaires, colloïdales et organiques sont séparées par les membranes de MF,
UF et NF respectivement de manière consécutive et le MFI est déterminé pour chaque
séparation donnant lieu à trois mesures : particle-MFI, colloid-MFI et organic-MFI. Après
optimisation des séries de configurations des membranes de MF, UF et NF ; les résultats
montrent que l’évaluation du potentiel colmatant de différents types d’eaux (eau de mer
brute, eaux de mer après pré-traitement) par la méthode MMAS est plus précise, cette
méthode donne plus d’informations par rapport aux méthodes conventionnelles (SDI,
MFI). Les potentiels de colmatage déterminés par la méthode MMAS reflètent avec
précision les changements en termes de qualité d’eau par les différents prétraitements
(filtration sur sable, micro※ltration, et ultra※ltration), alors que les mesures classiques ne
sont pas suffisamment sensibles pour détecter ces variations [35].
Il a été montré également que les potentiels de colmatage évalués par MMAS sont en
meilleure corrélation avec le taux de diminution du flux déterminé sur des pilotes d’OI , ce
qui a permis de dire que le MMAS fournit une meilleure prédiction du colmatage et une
meilleure indication pour la sélection du pré-traitement approprié.
69
Une étude récente (Lee Nuang Sim et al. (2011)) basée sur une comparaison des
différents MFI : MFI-UF à pression constante, MFI-UF à flux constant et CFS-MFIUF
(Cross‼ow Sampler-Modi※ed Fouling Index Ultra※ltration) ainsi que sur la détermination
des facteurs influençant les performances de ces indicateurs a été effectuées [37].
70
Cette étude a permis alors de mettre en évidence les conditions à prendre en considération
durant la mesure du CFS-MFIUF pour permettre une évaluation plus réaliste du colmatage
en OI.
À travers ce paragraphe, nous avons essayé de faire la synthèse des travaux effectués
jusqu'à présent dans le but d’améliorer la prédiction du colmatage. Cependant, la
représentativité de ces méthodes en conditions réelles reste discutable du fait de :
Pour le colmatage de type adsorption par exemple, les solutions technologiques sont liées à
la préparation des solutions à filtrer (i.e. : comme par l’ajustement du pH), mais aussi par
l’ajustement des propriétés de la membrane (Shen et al. 2003, propriétés structurales et
physicochimiques) [38].
Eviter la formation d’un dépôt cohésif à long terme reste un des objectifs prioritaires
dans les procédés membranaires puisque cela est synonyme d’une augmentation
significative de la productivité. Depuis le milieu des années 90, les recherches se sont
portées sur l’identification des conditions opératoires conduisant à la formation d’un
colmatage irréversible. C’est ainsi qu’est apparu le concept de flux critique.
Le flux critique est défini comme étant le flux conduisant à la transition entre limitation
au transfert réversible (polarisation de concentration qui disparait dès que la force motrice
de transfert est annulée) et colmatage irréversible (formation de dépôt ou de gel) (Bacchin
1995, Field et al. 1995, Howell 1995) [43, 14, 44].
Ainsi, pour une vitesse de circulation donnée, un flux critique peut être déterminé
(Espinasse et al. 2002) ou pour un flux de perméation donné, il existe une vitesse critique
(Espinasse et al. 2002) [45].
73
Dans la mesure où une filtration menée en mode frontal implique continuellement un état
transitoire, une extrapolation directe du concept de flux critique, tel que défini en filtration
tangentielle, semble difficile. De plus, il a longtemps été admis que pour des particules, un
dépôt se forme dès le début de la filtration (modèle de filtration sur gâteau) [1].
Quels que soient les procédés à membranes, les matériaux membranaires et les fluides
filtrés, force est de constater qu'un colmatage plus ou moins important se met en place de
façon systématique au cours de la filtration (tangentielle comme frontale). Outre la
limitation du flux et la modification de la sélectivité des transferts à travers la membrane,
le colmatage, lorsqu'il est d'origine organique, constitue un apport nutritif aux micro-
organismes qui, s'ils ne sont pas éradiqués, sont alors libres de se développer dans les
équipements, provoquant potentiellement des problèmes de sécurité sanitaire des
productions suite à l'installation quasi irréversible d'un biofilm. Ce constat général peut
cependant être nuancé selon les applications [47].
Une interruption de production périodique pour nettoyage est une solution qui génère
des pertes en temps, coûte en lessives et en retraitement des effluents. On cherche donc à
espacer ces séquences de nettoyage chimique autant que possible par le choix de
conditions opératoires (voir Section 1.4.7), mais également en appliquant des moyens en
ligne permettant de décolmater partiellement les membranes sans arrêter la production. Ces
moyens peuvent être purement hydrodynamiques (utilisation de jets intermittents, de
vortex de Dean dans des modules spécialement conçus) ou bien mécaniques.
74
Des techniques physiques de nettoyage peuvent être utilisées séquentiellement pour limiter
le colmatage. Elles sont généralement mises en œuvre quand la perméabilité (flux de
perméat) descend au-dessous d'une valeur limite [7] :
Après un rinçage, ce nettoyage peut permettre d'éliminer de la surface une bonne partie
de la matière déposée et/ou du colmatage interne par blocage des pores. Il est en revanche
relativement coûteux sur un plan énergétique et consomme une partie du produit filtré. Les
rétrolavages doivent ainsi rester relativement peu fréquents pour ne pas grever la rentabilité
du procédé. Par ailleurs, toutes les membranes ne supportent pas les rétrolavages qui
peuvent entraîner un décollement à terme de la peau superficielle.
Quoi qu’il en soit, les rétrolavages, quel que soit leur mode de mise en œuvre, ne
permettent généralement pas d’assurer la restauration intégrale à long terme de la
perméabilité des membranes ; ainsi, il est d’usage de pratiquer des nettoyages chimiques
qui font l’objet du paragraphe suivant.
- Nettoyage chimique
Les nettoyages chimiques peuvent être à base d'acide (particulièrement efficace pour la
dissolution de précipités minéraux), de base (pour éliminer graisses et protéines) et de
détergent (pour augmenter la mouillabilité des surfaces et la solubilisation des produits
colmatants). L'efficacité du nettoyage peut être améliorée à chaud. Il faut cependant
vérifier l'innocuité de ces agents par rapport aux membranes et aux autres éléments du
procédé. Pour des matériaux peu tolérants aux réactifs chimiques comme l'acétate de
cellulose, un nettoyage enzymatique peut être envisagé.
L’utilisation de nettoyages chimiques est indispensable, cependant elle doit être limitée
pour de nombreuses raisons, notamment environnementales. En effet, si l’utilisation de
membranes permet souvent de réduire les volumes de solvants ainsi que la masse d’additifs
ou d’intermédiaires de réaction, il faut considérer les solutions de nettoyage comme des
sous-produits, dont le devenir doit être pris en compte, techniquement et économiquement.
Le volume d’effluent produit varie avec le type d’application mais on peut donner une
fourchette de base allant de 1 à 10 L d’effluent par mètre carré de membrane en
fonctionnement. Ces effluents sont en général chargés en matières organiques, contiennent
parfois des molécules à haute valeur ajoutée que certains envisagent de récupérer et, enfin,
les autres composantes des lessives de nettoyage. Sur les installations de taille importante,
on peut envisager de recycler une partie de ces solutions, en particulier par le biais de
systèmes à membranes auxiliaires [48].
Sur des systèmes d'ultrafiltration par exemple, on profite des périodes de rétrolavage pour
introduire du chlore dans les modules, (sous forme d'hypochlorite) à des concentrations
d'environ 5 à 20 g/m3, plusieurs fois par jour.
Les travaux les plus récents suggèrent que des matériaux tels que les polysulfones
supportent très bien des lavages alcalins pendant de longues périodes sans dommage ni
structurels ni fonctionnels. Ces travaux montrent également qu’en présence d’hypochlorite,
souvent utilisé pour désinfecter les installations (en rétrolavages ou en nettoyages
chimiques), les risques de dégradation des membranes sont surtout développés lorsque les
ions hypochlorites et l’acide hypochloreux sont présents simultanément, c’est-à-dire pour
des pH compris entre 8 et 11 environ. Dans ce cas, une dégradation plus rapide des
propriétés mécaniques et structurales des membranes est mise en évidence, cependant
qu’elles conservent leurs propriétés fonctionnelles de manière remarquable [48].
Le tableau (1.10) présente, outre le chlore souvent utilisé en première intention, les
différents produits de nettoyage que l’on peut rencontrer. Il est à préciser que des formules
commerciales complexes sont proposées pour combiner trois actions : hydrolyse alcaline
et/ou enzymatique, effet complexant sur les éléments minéraux (fer et aluminium) et effet
dispersant des matières organiques par l’action de tensioactifs anioniques, cationiques ou
non ioniques.
CHAPITRE 2
MATERIEL ET METHODES
Ainsi, dans un premier temps, le choix des solutions modèles ainsi que les protocoles de
préparation de ces dernières seront présentés.
Ensuite, le dispositif d’ultrafiltration, sa mise en œuvre, les membranes qui lui sont
associées ainsi que les méthodes de caractérisation du colmatage seront décrites.
Pour finir, les méthodes de caractérisation analytique des fluides seront détaillées : il
s’agira de décrire les appareils utilisés pour la détermination de paramètres globaux
susceptibles d’amener des éléments d’interprétation pour le comportement des diverses
solutions étudiées en filtration.
La difficulté amenée par la variabilité de qualité des eaux naturelles rend délicate
l’étude comparative de filtrations ; c’est pourquoi des solutions dites « modèles » ou
dérivées d’eaux réelles sont dans un premier temps étudiées puisqu’elles permettent
d’assurer des expériences reproductibles.
Les colloïdes sont une classe importante de composés présents dans l’eau qui, par leur
taille du même ordre de grandeur que les pores d’une membrane d’ultrafiltration, se
prêtent bien à l’étude du procédé.
Deux types de solutions sont utilisés au cours de cette étude du fait de leurs avantages
respectifs : des suspensions de particules de bentonite et des solutions organiques d’acides
humiques.
Les acides humiques utilisés sont des produits commerciaux, fournis par la société
“ACROS-Sodium Salt. New Jersey USA ’’. Ces composés se présentent sous forme de
poudre brune.
Une solution concentrée de 1 g/L est préparée en dissolvant 1g d’acide humique dans
62,5 ml de NaOH (2N) et en complétant jusqu’au trait de jauge dans une fiole de 1L avec
de l’eau distillée.
81
Le mélange est mis sous agitation pendant 48 heures, à l’abri de la lumière (la fiole est
recouverte de papier aluminium), afin d’éviter aux acides humiques toute sorte de
dégradation. La conservation de la solution se fait dans un endroit sombre et à une
température de 4°C.
A partir de cette solution, des dilutions avec de l’eau distillée ont permis de préparer
des solutions filles d’acides humiques à des concentrations de 5 mg/L, 10 mg/L, 20 mg/L,
40 mg/L.
2.2. Filtration
La cellule de filtration est de type Amicon-Millipore Model 8200. Cette cellule est un
cylindre en polyéthylène, pouvant contenir 200 ml de solution (voir Figure 2.2). Son
couvercle est muni d’une valve pour relâcher la pression, et est connecté au tuyau de mise
sous pression. La pression maximale d’opération est de 4,7 atm. La cellule permet
d’accueillir des membranes planes de 63,5 mm de diamètre, reposant sur une fine grille
plastique, offrant ainsi une surface utile de 28,7 cm 2.
Pour cette étude, des membranes d’ultrafiltration adaptées à la cellule Amicon de type
Biomax PB en polyéthersulfone (PES), fournies par le fabricant ‘’Millipore’’, ont été
choisies avec un seuil de coupure de 5 kDa. Les membranes sont sous forme de disques,
de 63,5 mm de diamètre, à l’état sec.
Caractéristiques Membrane
Fournisseur Millipore
No PBCC 062 10
Matériau High-flow PES
NMWL 5000 Da
CWF (à 2 bars) ≈ 50 L/h.m2
Diamètre de la membrane 63,5 mm (nominal 62)
Surface effective 28,7 cm2
Avant toute utilisation, les membranes doivent passer par une étape de déconditionnement.
Cette étape permet l’élimination des produits dits de conditionnement utilisés par les
fabricants pour éviter toute contamination des membranes lors du transport et/ou du
stockage mais aussi l’humidification et le mouillage total des pores de la membrane.
Cette étape consiste en une filtration d’un volume d’eau bidistillée à la pression indiquée
par le fournisseur (P=2bar) jusqu’à ce que les mesures de perméabilité hydraulique
deviennent stables.
Après la filtration, la membrane est nettoyée par un lavage alcalin qui consiste en une
immersion de la membrane pendant 30 min dans 50 ml d’une solution de NaOH (0,1 M).
Par la suite, la membrane est rincée abondamment à l’eau bidistillée et réutilisée pour un
nouvel essai de filtration après contrôle de sa perméabilité et l’obtention d’une perméabilité
variant de moins de 20 % ; autrement, un autre lavage serait nécessaire.
P
J T LP0 P ....................Eq 2.1
T .Rm
Avec
Ainsi, un test à l’eau bidistillée à température ambiante est effectué afin de déterminer les
performances initiales de la membrane installée dans la cellule avec une eau de référence.
La cellule Amicon est donc totalement remplie d’eau bidistillée. La mesure est réalisée
par paliers de pression : 1 – 1,5 – 2 – 2,5 – 3 bars.
Pour les différentes valeurs de pression appliquée, le flux instantané à l’eau bidistillée a été
déterminé en mesurant le temps (Δt) nécessaire pour la filtration d’un volume V=2 ml.
Connaissant la surface utile de la membrane (S=28,7cm 2), les flux J correspondants
peuvent être calculés par la relation suivante (Appendice A) :
V
J ....................Eq 2.2
S . t
P
JT ....................Eq 2.3
T ( Rm Rcolmatage )
Avec
La cellule est alors remplie de la solution à filtrer. L’installation étant bien étanchée, la
pression est ensuite ajustée et les mesures commencent dès que la pression se stabilise à
une valeur de 2 bars, celle-ci est maintenue constante tout au long de l’opération. La
filtration est arrêtée par relâchement de la pression lorsque toute la solution (500ml) a été
filtrée.
L’exploitation des résultats obtenus en cours de filtration par les mesure de temps
cumulatifs (t) correspondant à chaque 5 ml de perrméat recueilli (Appendice B) a permis
d’évaluer le potentiel de colmatage par le suivi de l’évolution du flux de perméation dans
le temps pendant la filtration.
Par la suite, ces mêmes résultats nous permettent d’évaluer le potentiel de colmatage
donné en termes de MFI-UF (modified fouling index). Le MFI est défini par la pente de
t/V versus V :
t
MFI V b....................Eq 2.4
V
Avec
Plusieurs analyses ont été effectuées durant la filtration des différentes solutions. Les
paramètres suivis et la justification du choix pour chacun de ces paramètres sont présentés
dans ce paragraphe.
En effet, durant ces essais d’UF frontale, l’alimentation a été échantillonnée avant la
filtration et les échantillons de perméat ont été collectés (perméat cumulé), pour être
analysés par la suite. Toutes ces analyses visent à nous renseigner sur la qualité des eaux à
filtrer et sur les performances de séparation des membranes lors des essais de filtration. Les
analyses qualitatives qui ont été réalisés, les appareils qui ont permis de faire ces analyses
et les méthodes standards qui ont été appliquées sont également décrites ci dessous.
pH
Il est important de connaître la valeur du pH car les matériaux utilisés dans la fabrication
des membranes sont généralement sensibles aux valeurs extrêmes ; de plus, le
comportement des solutés en milieu concentré peut en être modifié. Le pH est ici mesuré à
l’aide d’un pH-mètre type (CRISON MM 40), muni d'une électrode en verre, étalonné
avant chaque utilisation.
Spectrophotométrie d’absorbance UV
Les acides humiques seront quantifiés par spectrophotométrie UV qui est l’une des
méthodes les plus classiquement utilisées dans le traitement de l’eau pour l’analyse de la
MON.
L’absorption UV est déterminée à 254 nm dans une cuve en quartz de 1cm à l’aide d’un
spectrophotomètre ‘’SCHIMADZU 1700’’. De l’eau distillée est utilisée comme référence.
88
Une courbe d'étalonnage à pH=6 a été tracée pour correspondre au pH choisi pour les
essais d’UF.
A partir d’une solution mère d’une concentration de 1g/L d’acides humiques, nous
préparons par dilution, une série de solutions de concentrations croissantes avec un pH de
6. Celles-ci sont, par la suite, analysées par spectrophotométrie UV.
La courbe d’étalonnage linéaire ainsi établie, représentant l’absorbance (Abs) en fonction
de la concentration C obéit à la loi de Beer Lambert (Appendice D).
Turbidité
La mesure est effectuée à l’aide d’un turbidimètre HACH Model 2100A (en NTU) et les
résultats obtenus avant et après l’ultrafiltration des suspensions de bentonite sont un outil
important pour évaluer la performance du procédé membranaire.
𝑇𝑢𝑟𝑏 𝑖 −𝑇𝑢𝑟𝑏 𝑓
%𝑅 = 𝑋 100 ……………. Eq 2.6
𝑇𝑢𝑟𝑏 𝑖
CHAPITRE 3
RESULTATS ET DISCUSSION
C’est dans cette direction que de nombreux travaux de recherche ont été menés dans le
but de corriger les faiblesses du MFI en introduisant des facteurs de correction (facteur de
déposition, facteur de compressibilité, etc..) afin d’améliorer son extrapolation et sa
représentativité en conditions réelles [26].
Dans ce même ordre d’idées, des indicateurs de colmatage issus du MFI original ont aussi
été mis en œuvre tels que le MFI-UF à flux contant, le CFS-MFIUF, le NF-MFI, etc.…dans
le but d’améliorer le pouvoir prédictif de cet indice [30, 33, 36].
Ainsi, dans notre cas, le recours à l’indice de colmatage adimensionnel est justifié par la
difficulté, lors de l’interprétation et de l’exploitation des valeurs du MFI-UF original.
Notre but est donc de réduire le nombre de paramètres nécessaires à l’interprétation des
valeurs du MFI-UF original en obtenant des estimations relatives à certains paramètres
indépendamment des autres.
L’analyse des résultats, obtenus par l’expérimentation et de leur conformité aux objectifs
fixés nous permettra de tirer des conclusions concernant la validation de cette démarche.
Ainsi, des essais d’ultrafiltration seront préalablement réalisés pour la détermination des
indices de colmatage et une comparaison entre les mesures de MFI-UF et de MFI-UFad sera
effectuée, permettant par la suite d’établir une relation entre ces deux grandeurs.
91
t rC R
V m ................Eq 3.1
V 2PS 2
SP
Avec
rC
MFI.................Eq 3.2
2PS 2
L’expression du MFI original est sous forme d’un groupe de paramètres dimensionnels, la
dimension totale du MFI correspond à l’unité utilisée (s/L2).
Les paramètres de référence (les échelles) sont des valeurs caractéristiques des variables
(V,t) de l’équation de Schippers et Verdouw. Pour ce faire, le meilleur choix des
paramètres de référence est décrit par les valeurs suivantes :
Rm S
Vf .........E q 3.3
rC
1
t ref ......... Eq 3.4
Rm J 0
Avec
P
J0 ......... Eq 3.5
Rm
Le choix de ces paramètres n’est pas arbitraire, leurs valeurs dépendent des caractéristiques
initiales de la membrane et de l’eau à filtrer.
V
V* .......... Eq 3.6 V V * V f
Vf
t
t* .......... .Eq 3.7 t t * t ref
t ref
2PS 2 2PS 2 t
V 2 2V f V t V 2V f ......... Eq 3.9
rC rC V
93
2PS 2 t
Eq 3.9 V * V f 2V f
rC V * V f
En divisant par Vf :
2PS 2 t 2PS 2 t
V * 2 V * 2 ........Eq 3.10
rC V * V f2
rCV f V *
2
En remplaçant Vf et tref par leurs expressions (Eq (3.3) et Eq (3.4)) dans l’équation
(3.11), on obtient :
2rCP t *
Eq 3.11 V * 2 ........ Eq 3.12
Rm3 J 0 V *
Et
P
J0 ......... Eq 3.5
Rm
2rC t *
V * 2
Rm2 V *
94
t* R2 R2
m V * m ......... Eq 3.13
V * 2rC rC
Rm2
Où le terme est un nombre adimensionnel qu’on qualifiera par analogie à l’équation
2rC
de Schippers d’indice de colmatage adimensionnel MFIad (dimensionless modified fouling
index).
Rm2
MFI ad .......... .......... .... Eq 3.14
2rC
t*
MFIad V * 2MFIad .......Eq 3.15
V*
Rm2 Rm2
MFIad MFIad
2MFIPS 2 4MFIPS 2
2
Et sachant que :
P J 0 Rm
Rm 1
MFI ad 2
....... Eq 3.17
4J 0 S MFI
80 J0=f(ΔP)
70
60
J0(L/m2 h)
50
40
30
20
10
0
0 1 2 3 4
ΔP(bar)
Les essais d’UF ont été effectués sur des membranes organiques en polyéthersulfone
avec un seuil de coupure de 5 kDa (dans la limite inferieure de l’UF). Des suspensions de
bentonite et des solutions d’acides humiques à différentes concentrations ont été utilisées.
La pression transmembranaire a été fixée à 2 bars (figure 3.2 et 3.3).
J(L/m2h) 50
J=f(t) bentonite
40
30
eau bidistillée
20 bentonite 1g/L
bentonite 2g/L
10 bentonite 3g/L
0
0 60 120 180
t(min)
Le flux de perméation d’une eau bidistillée reste constant tout au long de l’opération
(figure 3.2). Ce flux correspond au flux de permeation de la membrane de 5 kDa pour une
pression de 2 bars (figure 3.1).
Par ailleurs, la perméation des suspensions bentonite, révèle un fort pouvoir colmatant
de celles ci, en particulier pour une concentration de 3g/L, ce colmatage progressif est
décrit par une chute graduelle et importante du flux de perméation (d’environ 40 %)
pendant les premières 60 min de filtration, pour atteindre par la suite un état quasi
stationnaire correspondant à un flux limite autour de 20 L/m2.h (Figure 3.2).
Un simple rinçage à l’eau bidistillée des membranes colmatées a permis d’éliminer les
dépôts apparus. Les performances initiales de la membrane sont retrouvées après un seul
nettoyage ce qui met en évidence le caractère réversible de ce type de colmatage minéral.
Le tableau (3.1) regroupe les rendements d’élimination de la bentonite pour les différentes
concentrations par la membrane d’ultrafiltration utilisée.
Le choix de la bentonite avec une granulométrie serrée (2µm), nous a permis d’avoir des
particules de tailles équivalentes. En effet, la séparation en UF est basée sur l'exclusion
dimensionnelle c'est-à-dire qu’elle est relative à la taille des particules. Ceci se traduit par
la formation d’un gâteau à la surface de la membrane qui est en fonction de la
concentration de la suspension.
99
Le tracé des courbes t/V versus V nous permettra de conforter ces hypothèses, ceci fera
l’objet de la section (3.3.3).
J(L/m2h) 50
J=f(t) AH
40
30 eau bidistillée
AH 5 mg/L
20 AH 10 mg/L
AH 20 mg/L
10
AH 40 mg/L
0
0 50 100 150 t(min)
Ce phénomène conduit souvent à une diminution de la section de passage dans les pores de
la membrane et, par voie de conséquence, à une augmentation de la résistance hydraulique.
On pourrait dire dans ce cas de figure que le mécanisme prédominant (en termes de
résistance au transfert) dans la limitation du flux n’est pas la formation du dépôt.
Ceci s’explique par le fait que le transfert de masse à travers la membrane est contrôlé
par la nouvelle perméabilité de la membrane et non pas par celle du dépôt. Autrement dit le
dépôt offre une résistance très négligeable par rapport à celle de la membrane après les
phénomènes d’adsorption.
Le dépôt est sous forme d’un gel adhérant qui ne s’élimine pas par un simple rinçage. Il
a été nécessaire d’effectuer le nettoyage de la membrane colmatée deux à trois fois pour
retrouver ses performances initiales, ceci donne une indication sur le caractère irréversible
de ce type de colmatage.
Quant à la rétention des acides humiques par la membrane en question, le calcul des %R
se fera par le biais de mesures d’absorbance UV à 254 nm avant et après ultrafiltration.
Le tableau (3.2) regroupe les rendements d’élimination des différentes solutions d’acides
humiques.
Tableau 3.2 : Pourcentages de réduction (%R) des acides humiques par la membrane d’UF.
D’après les résultats du tableau (3.2), il apparait que l’UF est une technique qui se prête
bien à l’étude du colmatage par la matière organique car elle permet des rétentions autour
de 70%. Néanmoins, les mécanismes mis en jeu sont complexes car ce type d’espèces
représente des distributions en termes de masse moléculaire et des configurations (formes)
101
différentes en fonction de certains facteurs, notamment le pH [50], qui a été fixé dans notre
cas à pH=6. Ceci conforte également les hypothèses concernant la contribution de
mécanismes d’adsorption.
Afin de mieux se rendre compte du colmatage des membranes, la notion de MFI-UF est
introduite.
Cet indicateur est issu de l’exploitation du modèle de la filtration de type gâteau et sa
détermination est basée sur la représentation de l’évolution du rapport t/V en fonction de
V.
Les MFI-UF sont exprimés en (s/L2), ils sont calculés pour les différentes suspensions de
bentonite et solutions d’acides humiques.
Il apparaît d’après l’allure des courbes t/V=f(V) pour les différentes suspensions de
bentonite (Appendice B) la prédominance d’une phase représentée par une partie linéaire
prononcée (R2 autour de 0,99) traduisant ainsi la filtration sur gâteau. La pente de cette
partie linéaire correspond à la valeur du MFI-UF (figure 3.4) [25].
102
Figure 3.4 : Représentation de t/V en fonction de V (P=2 bars) pour des suspensions
de bentonite (1, 2, 3 g/L).
40000
35000
30000
MFI-UF(s/L2)
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 0,5 1 1,5 2 2,5 3 3,5
C(g/L)
4E+12
3E+12
2E+12
1E+12
0
0 0,01 0,02 0,03 0,04 0,05 0,06 0,07
V*
Figure 3.6 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une suspension
de bentonite 1g/L.
5E+12
4E+12
3E+12
2E+12
1E+12
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12 0,14
V*
Figure 3.7 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une suspension
de bentonite 2g/L.
104
Figure 3.8 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une suspension
de bentonite 3g/L.
Dans le cas des acides humiques, l’hypothèse de la filtration sur gâteau traduite par la
linéarité de la relation t/V en fonction de V est difficilement appréciable (Appendice B).
60000
50000
40000
t/V(s/L) 30000
y = 10782x + 37163 AH 5mg/L
20000 y = 30275x + 38449 AH 20mg/L
0
0 0,05 0,1 0,15 0,2
V(L)
Figure 3.9 : Représentation de t/V en fonction de V (P=2 bars) pour des solutions
d’acides humiques (5, 20, 40 mg/L).
La linéarité imparfaite de la relation MFI-UF versus C (figure 3.10) est un autre élément
qui permet de consolider nos hypothèses concernant la filtration des acides humiques.
50000
45000
40000
35000
MFI-UF(s/L2)
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 10 20 30 40 50
C(mg/L)
1,24E+13
1,22E+13
1,2E+13
1,18E+13
t*/V*
1,16E+13
1,14E+13
1,12E+13
1,1E+13
0,02 0,03 0,04 0,05 0,06 0,07
V*
Figure 3.11 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une solution
d’AH à 5 mg/L.
y = 1E+12x + 4E+12
AH 20mg/L
3,95E+12
3,9E+12
3,85E+12
t*/V*
3,8E+12
3,75E+12
3,7E+12
0 0,05 0,1 0,15 0,2
V*
Figure 3.12 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une solution
d’AH à 20 mg/L.
107
2,85E+12
2,8E+12
2,75E+12
2,7E+12
2,65E+12
2,6E+12
0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6
V*
Figure 3.13 : Représentation de t*/V* en fonction de V* (P=2 bars) pour une solution
d’AH à 40 mg/L.
Le tableau (3.3) est un tableau récapitulatif regroupant les résultats obtenus lors de la
détermination des indicateurs de colmatage.
L’analyse comparative de ces résultats nous permet de faire les constatations suivantes :
Il est à noter que nous nous sommes également appuyés sur la comparaison des valeurs
expérimentales et calculées des ordonnées à l’origine des différentes équations.
108
CONCLUSION
La filtration sur membrane est promise à un bel avenir dans le domaine du traitement
des eaux. Mais comme nous avons pu le voir, le frein principal au développement de ces
techniques est le colmatage des membranes qui réduit considérablement leur productivité.
Il s’agit donc d’un enjeu majeur. Même si de nombreuses études ont été consacrées à ce
problème, le colmatage demeure un phénomène complexe et encore partiellement compris.
Des indicateurs de colmatage ont été développés dans le but de prédire le colmatage
dans les différentes filières de filtration membranaire. Parmi ces indicateurs, on retrouve le
MFI dont l’approche la plus intéressante repose sur l’utilisation de membranes d’UF (MFI-
UF). La représentativité de cet indice et sa fiabilité à prédire le colmatage restent
discutables, toutefois les professionnels du traitement d’eau sont toujours à la recherche
d’outils mieux adaptés à leur problématique.
Le travail développé dans ce mémoire est alors basé sur des essais d’ultrafiltration de
différentes solutions modèles de bentonite et d’AH sur une membrane en PES en
déterminant expérimentalement leurs potentiels de colmatage respectifs en introduisant
l’approche adimensionnelle.
Les résultats obtenus pour les différentes suspensions de bentonite sont en bon accord
avec la théorie de la filtration sur gâteau. Dans le cas des acides humiques, interviennent
également dans le colmatage des membranes des phénomènes d’adsorption et de blocage
des pores.
110
Les résultats obtenus jusqu’à maintenant n’ont pas permis d’avoir une idée claire sur la
fiabilité de la démarche. Ainsi, il serait important d’étudier l’évolution du rapport pour
différentes membranes (Rm), car on remarque que ce dernier paramètre aurait une influence
considérable sur l’évolution du rapport (MFIad=f(Rm2)).
Une fois qu’on aura obtenu un maximum de données pour le MFIad, on pourra y voir plus
clair ; l’objectif étant de trouver des intervalles de valeurs du MFIad correspondant à des
types de membranes et de charges.
NOMENCLATURE
A Perméabilité de la membrane m
S Aire membranaire m2
S0 Aire de la membrane de référence m2
T Température °C K
V Volume L m3
t Temps s
Indices
p Perméat
m Membrane
A Alimentation
Caractères grecs
Π Pression osmotique Pa
ΔΠ Gradient de pression osmotique Pa
µ Viscosité dynamique du perméat Pa.s
µs Viscosité du solvant Pa.s
δ Epaisseur de la couche active de la membrane m
AH Acide humique
CWF Clean water flux L.m-2.h-1
COT Carbone organique total mg.L-1
COD Carbone organique dissous mg.L-1
CFS-MFIUF Crossflow sampler-modified fouling index ultrafiltration s.L-2
DEF Dead End Flow
ED Electrodialyse
FDR Flux decline rate
FI Fouling index
MF Microfiltration
MM Masse moléculaire Da
MWCO Molecular weight cut-off
MON Matière organique naturelle
MFI Modified fouling index s.L-2
MFI-UF Modified fouling index-Ultrafiltration s.L-2
MFI-UFconst.‼ux Modified fouling index-Ultrafiltration à flux constant s.L-2
NF Nanofiltration
NF-MFI Nanofiltration- Modified fouling index s.L-2
NMWL Nominal molecular weight limit
OI Osmose inverse
PS Polysulfone
PES Polyethersulfone
PAN Polyacrylonitrile
PTM Pression transmembranaire Pa
RL Rétrolavages
SDI Silt density index
SC Seuil de coupure
TR Taux de rétention
THM Trihalométhanes
T.F.F/C.F.F Tangential Flow Filtration/Cross Flow Filtration
UF Ultrafiltration
UV Absorption Ultra violet
APPENDICE A
ETUDE DE PERMEABILITE
S =28,7 cm2
Tableau A.1 : Flux à l’eau bidistillée pour différentes valeurs de pression appliquée
P V t J
1 2 112 22,40
1,5 2 81 30,97
2 2 58 43,25
2,5 2 45 55,75
3 2 35 71,68
APPPENDICE B
GRAPHIQUES t/V VERSUS V ET TABLEAUX
Bentonite 1g/L
35000
30000
25000
t/V(s/L) 20000
15000
10000
5000
0
0 0,05 0,1 0,15 0,2 0,25
V(L)
Figure B.1 : Représentation de t/V en fonction de V (P=2 bars)-Bentonite 1g/L.
Bentonite 2 g/L
t/V(s/L)
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12 0,14 0,16 0,18 0,2
V(L)
Bentonite 3 g/L
t/V(s/L)
40000
30000
20000
10000
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12
V(L)
AH 5 mg/L
50000
40000
t/V(s/L)
30000
20000
10000
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12 0,14 0,16
V(L)
AH 20 mg/L
t/V(s/L)
30000
25000
20000
15000
10000
5000
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12
V(L)
AH 40 mg/L
50000
40000
t/V(s/L)
30000
20000
10000
0
0 0,02 0,04 0,06 0,08 0,1 0,12 0,14 0,16 0,18 0,2
V(L)
S=28,7 cm2
μ=10-3 Pa.s
P=2 bar
J0=43,25 L/m2h Rm=1,66 *1013m-1
Bentonite 1g/L
MFI=11714 s/L2
b= 20798 s/L
I =3,86*1013 m-2
Vf=1,234 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,246*109 L/s
MFI=12538 s/L2
b=22248 s/L
I=4,13*1013 m-2
Vf=1,153 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,230*109 L/s
MFI=34425 s/L2
b=30990 s/L
I=1,13*1014 m-2
Vf=0,422 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,084*109 L/s
AH 5mg/L
MFI=10782 s/L2
b=37163 s/L
I=3,55*1013 m-2
Vf=1,342 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,268*109 L/s
Tableau C.4 : Variables adimensionnelles-AH 5 mg/L.
V t/V V* t*/V*
0,045 41822,2222 0,03353204 1,12084E+13
0,05 42600 0,03725782 1,14168E+13
0,055 43345,4545 0,04098361 1,16166E+13
0,06 43600 0,04470939 1,16848E+13
0,065 44169,2308 0,04843517 1,18374E+13
0,07 44685,7143 0,05216095 1,19758E+13
0,075 45240 0,05588674 1,21243E+13
0,08 45750 0,05961252 1,2261E+13
AH 20 mg/L
MFI=30275 s/L2
b=38449 s/L
I=9,97*1013 m-2
Vf=0,478 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,095*109 L/s
AH 40 mg/L
MFI=46307 s/L2
b=41052 s/L
I=1,53*1014 m-2
Vf=0,311 L
tref=5,01*10-9s
Vf/tref=0,062*109 L/s
Tableau C.6 : Variables adimensionnelles-AH 40 mg/L.
V t/V V* t*/V*
0,035 42371,4286 0,11254019 2,62703E+12
0,04 42625 0,12861736 2,64275E+12
0,045 42777,7778 0,14469453 2,65222E+12
0,05 43200 0,1607717 2,6784E+12
0,055 43818,1818 0,17684887 2,71673E+12
0,06 44083,3333 0,19292605 2,73317E+12
0,065 44246,1538 0,20900322 2,74326E+12
0,07 44528,5714 0,22508039 2,76077E+12
0,075 44840 0,24115756 2,78008E+12
0,08 44937,5 0,25723473 2,78613E+12
0,085 45176,4706 0,2733119 2,80094E+12
0,09 45333,3333 0,28938907 2,81067E+12
0,095 45473,6842 0,30546624 2,81937E+12
0,1 45600 0,32154341 2,8272E+12
0,105 45714,2857 0,33762058 2,83429E+12
0,11 46363,6364 0,35369775 2,87455E+12
0,115 46434,7826 0,36977492 2,87896E+12
0,12 46500 0,38585209 2,883E+12
0,125 47040 0,40192926 2,91648E+12
0,13 47076,9231 0,41800643 2,91877E+12
0,135 47111,1111 0,4340836 2,92089E+12
0,14 47142,8571 0,45016077 2,92286E+12
0,145 47586,2069 0,46623794 2,95034E+12
0,15 48000 0,48231511 2,976E+12
0,155 48000 0,49839228 2,976E+12
0,16 48375 0,51446945 2,99925E+12
0,165 48727,2727 0,53054662 3,02109E+12
0,17 49058,8235 0,54662379 3,04165E+12
0,175 49371,4286 0,56270096 3,06103E+12
APPPENDICE D
COURBE D’ETALONNAGE DES ACIDES HUMIQUES
λ = 254 nm
pH=6
0,9
R² = 0.999
0,8
0,7
0,6
Abs
0,5
0,4
0,3
0,2
0,1
0
0 5 10 15 20 25 30 35 40 45
C(mg/L)
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