L’Afrique subsaharienne est caractérisée par la prédominance de
l’économie informelle. Selon les statistiques de l’Organisation
internationale du travail (OIT), près de 85 % de la population active dans la
région exerce une activité économique non enregistrée. Ce phénomène,
bien que révélateur d’un dynamisme entrepreneurial important, constitue
également une source majeure d’insécurité juridique, de précarité et de
faiblesse des recettes fiscales. Face à ce constat, les États africains et les
institutions régionales, dont l’OHADA, ont multiplié les initiatives pour
formaliser et encadrer ces activités. C’est dans ce contexte qu’a été
institué, par l’Acte uniforme révisé relatif au droit commercial général
(AUDCG) adopté le 15 décembre 2010, le statut de l’entreprenant. Ce
statut vise à faciliter l’intégration des petits opérateurs économiques dans
le circuit formel, en leur offrant une reconnaissance juridique adaptée à
leur réalité économique. L’entreprenant est ainsi défini comme toute
personne physique qui exerce, à titre principal ou accessoire, une activité
professionnelle indépendante. Il bénéficie d’un régime juridique simplifié,
destiné à promouvoir l’inclusion économique tout en garantissant un
minimum de sécurité juridique.
Cette introduction de statut de l’entreprenant, une innovation juridique
majeure destinée à favoriser l’accès des petits opérateurs économiques au
droit des affaires. Ce statut vise à simplifier les démarches de création et
de reconnaissance juridique des activités économiques individuelles. En
réduisant les exigences administratives et juridiques, il tend à encourager
la formalisation volontaire des activités générées par le secteur informel.
L’’étude portera exclusivement sur le statut de l’entreprenant tel que
prévu par le droit OHADA, en se fondant principalement sur les
dispositions de l’AUDCG révisé de 2010. Elle s’intéressera à la nature
juridique de ce statut, aux droits et obligations qu’il confère, à ses
conditions d’accès, ainsi qu’aux mécanismes prévus pour encadrer
l’activité de l’[Link] sujet de ce mémoire s’inscrit dans une
démarche d’analyse critique et prospective de ce nouveau statut. Dans les
pays membres de l’OHADA, l’environnement des affaires a longtemps été
marqué par la lourdeur administrative et la complexité des régimes
juridiques applicables aux petites entreprises. Les régimes classiques de
création d’entreprise (SARL, SA) sont souvent inadaptés aux réalités
économiques des micro-entrepreneurs. Cela explique en grande partie
l’essor de l’informalité.
Pour répondre à ce besoin d’adaptation, l’OHADA a engagé une réforme
majeure de son droit commercial, en introduisant un statut intermédiaire,
plus souple et accessible : le statut de l’entreprenant. Ce dernier vise à
lever les barrières à l’entrée dans la formalisation, en simplifiant les
conditions d’enregistrement, la tenue de la comptabilité, et les obligations
fiscales et sociales. Il s’agit donc d’un outil de transition vers l’économie
formelle, conforme aux standards internationaux de promotion de
l’entrepreneuriat.
Si la création du statut de l’entreprenant répond à un objectif louable de
modernisation du droit et de promotion de l’activité Le statut de
l’entreprenant en droit OHADA constitue un outil juridique innovant et
adapté, mais encore insuffisamment exploité dans les États membres ;
Des obstacles d’ordre institutionnel, culturel et juridique freinent la
généralisation du recours à ce statut ,une réforme ciblée du régime ainsi
qu’un renforcement de l’accompagnement des entreprenants pourraient
en faire un véritable levier de développement économique inclusif.
Individuelle, il n’en demeure pas moins que plusieurs limites freinent son
efficacité dans la pratique. Dans de nombreux États, et notamment en
Côte d’Ivoire, ce statut reste méconnu par les populations cibles, peu
utilisé, et souvent confondu avec d’autres formes d’entreprises
[Link] Côte d’Ivoire a été l’un des premiers États de l’OHADA à
mettre en œuvre activement le statut de l’entreprenant à travers le Centre
de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI) et le Guichet
Unique de Formalisation des Entreprises (GUFE). Ce dispositif permet aux
entrepreneurs individuels de se formaliser de manière rapide et peu
coûteuse
Selon les données actualisées du GUFE en 2024, le coût d’enregistrement
d’un entreprenant en Côte d’Ivoire est fixé à 15 000 FCFA, comprenant :5
000 FCFA pour l’immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit
Mobilier (RCCM) ;5 000 FCFA pour la déclaration d’existence fiscale 5 000
FCFA pour la délivrance de la carte d’entreprenant.
L’étude du statut de l’entreprenant en droit OHADA revêt un intérêt
majeur dans un contexte où l’économie informelle domine encore
largement le tissu entrepreneurial de nombreux États africains. En
instaurant ce statut, l’OHADA a voulu faciliter la formalisation des petits
opérateurs économiques, en leur offrant un cadre juridique souple,
accessible et incitatif. Sur le plan juridique, le sujet permet d’analyser un
régime novateur dans l’espace OHADA, qui s’écarte des structures
classiques (sociétés, commerçants) pour créer une catégorie intermédiaire
bénéficiant de règles adaptées à ses [Link] le plan socio-
économique, il permet d’évaluer dans quelle mesure ce statut peut
favoriser l’émergence d’un entrepreneuriat formel, lutter contre l’exclusion
économique, et stimuler la croissance locale En effet ce sujet s’inscrit dans
une démarche de réflexion sur l’accès au droit, la sécurité juridique des
acteurs économiques modestes, et l’amélioration de la gouvernance
économique dans l’espace OHADA. L’analyse s’inscrira dans un cadre
comparatif entre les textes et la pratique, en mettant en évidence les
différences éventuelles de mise en œuvre selon les États membres. Selon
l’article 30 de l’AUDCG, il s’agit de « toute personne physique qui exerce
une activité professionnelle à titre individuel, en vue de la production ou
de l’échange de biens ou de services ». Il se distingue du commerçant,
bien que les deux puissent exercer des activités similaires, par la
simplicité de son régime .En effet Il renvoie à l’ensemble des droits,
obligations, avantages et limitations encadrant l’activité de l’entreprenant,
sans toute fois oublié d’énoncer le formalisme juridique qui désigne
l’ensemble des procédures administratives et juridiques à remplir pour
obtenir la reconnaissance légale d’une activité économique et al’économie
informelle qui représente l’ensemble des activités économiques échappant
à la régulation étatique, notamment en matière fiscale, sociale et
juridique. .Cette étude présente un intérêt certain dont l’intérêt
scientifique. Elle permet d’approfondir un champ juridique relativement
nouveau dans l’environnement OHADA, peu exploré dans la doctrine.
L’intérêt pratique qui éclaire les justiciables, notamment les petits
opérateurs économiques, sur les avantages et les limites du statut de
l’entreprenant.
Intérêt socio-économique : Elle contribue à la réflexion sur la transition de
l’informalité vers l’économie formelle dans un contexte africain, en
proposant une analyse des outils juridiques adaptés.
Intérêt institutionnel : Elle peut alimenter les politiques publiques et les
réformes législatives visant à dynamiser l’auto-emploi tout en sécurisant
les relations économiques.
Plusieurs études ont porté sur l’économie informelle ou sur la
modernisation du droit commercial en Afrique, mais peu se sont
consacrées spécifiquement au statut de l’entreprenant. Parmi les travaux
pertinents, on peut citer Mr . Mvongo (2014), qui aborde la simplification
du droit des affaires comme moteur d’inclusion économique dans l’espace
OHADA ainsi que Mr Ouedraogo (2018), qui analyse la place de
l’entreprenant dans la stratégie de formalisation de l’économie au Burkina
Faso.
Les rapports de la Commission de l’UEMOA, du BIT et de la Banque
mondiale, qui insistent sur l’importance d’un cadre légal simplifié pour les
petites entreprises. Cependant, ces travaux soulignent aussi les limites du
dispositif actuel : difficultés de mise en œuvre, faiblesse de
l’accompagnement étatique, et obstacles socio-culturels à la formalisation.
Ces critiques appellent à une étude actualisée, centrée sur le
fonctionnement réel du statut dans les États OHADA. Le statut de
l’entreprenant a été conçu comme un levier de formalisation de
l’économie informelle et de protection des petits acteurs économiques.
Pourtant, plus d’une décennie après son adoption, il reste marginal dans la
pratique et suscite des interrogations quant à son efficacité réelle.
Il s’agira de poser la question suivante : Quel est le statut juridique de
l’entreprenant en droit OHADA ?
Le statut de l’entreprenant, bien qu’imparfaitement appliqué, représente
un outil stratégique de formalisation et de sécurisation des petites
activités économiques. La réussite de ce statut dépend essentiellement
d’une application effective par les institutions nationales et d’un
encadrement plus rigoureux par les juridictions OHADA.
Cette étude s’appuie sur une approche juridique et empirique dont l’Acte
uniforme OHADA relatif au droit commercial général constitue la base
juridique principale et les décisions de la Cour Commune de Justice et
d’Arbitrage (CCJA), ainsi que des juridictions nationales, seront mobilisées
pour illustrer les interprétations données au statut. En effet les différents
pays membres de l’OHADA permettront d’évaluer les différences de mise
en œuvre afin évaluer l’adéquation entre les objectifs du statut et sa
réception par les opérateurs économiques et les institutions.
Pour répondre à la problématique, le mémoire adopte une structuration en
deux parties complémentaires.
( Partie 1) Un statut incitatif pour stimuler l’initiative privée
Cette partie analyse les mécanismes favorables à l’adhésion au statut,
notamment les simplifications administratives, fiscales et juridiques. Elle
évalue aussi la liberté d’activité offerte à l’entreprenant et la particularité
de son régime.
( Partie 2) Un encadrement juridique pour assurer la sécurité des relations
économiques. Cette partie examine les obligations légales de
l’entreprenant, les garanties offertes aux tiers et les faiblesses du
dispositif. Elle propose également des pistes de réformes à travers
l’analyse des limites et des perspectives d’évolution.