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Gestion des risques climatiques en finance

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Guide relatif aux risques

liés au climat et à
l’environnement
Attentes prudentielles en matière de
gestion et de déclaration des risques

Novembre 2020
Sommaire
1 Introduction 3

2 Portée et application 6

2.1 Application aux établissements de crédit importants 6

2.2 Date d’entrée en vigueur 7

2.3 Application aux établissements de crédit moins importants 7

2.4 Cadre prudentiel général 8

3 Risques liés au climat et à l’environnement 11

3.1 Définitions 11

3.2 Caractéristiques des risques liés au climat et à


l’environnement 12

3.3 Observations tirées de rapports de synthèses 15

4 Attentes prudentielles relatives aux modèles et à la stratégie


opérationnels 18

4.1 Environnement économique 18

4.2 Stratégie opérationnelle 20

5 Attentes prudentielles relatives à la gouvernance et à l’appétence


pour le risque 24

5.1 Organe de direction 24

5.2 Appétence pour le risque 27

5.3 Structure organisationnelle 30

5.4 Obligation de déclaration 32

6 Attentes prudentielles en matière de gestion des risques 35

6.1 Cadre de gestion des risques 35

6.2 Gestion du risque de crédit 40

6.3 Gestion du risque opérationnel 44

6.4 Gestion du risque de marché 46

6.5 Analyses de scénarios et tests de résistance 47

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 1


6.6 Gestion du risque de liquidité 49

7 Attentes prudentielles en matière de déclaration 51

Politiques et procédures de déclaration 51

Contenu des déclarations sur les risques liés au climat et à


l’environnement 54

Références 57

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 2


1 Introduction

L’adoption en 2015 de l’accord de Paris sur le changement climatique 1 et du


programme de développement durable des Nations unies à l’horizon 2030 a conduit
les gouvernements à avancer à grands pas sur la voie de la transition vers des
économies plus circulaires à faible intensité de carbone à l’échelle mondiale. Du côté
européen, le pacte vert pour l’Europe a pour objectif de faire de l’Europe le premier
continent neutre pour le climat d’ici 2050. Le secteur financier devrait jouer un rôle
capital à cet égard, comme énoncé dans le plan d’action de la Commission sur le
financement de la croissance durable.

La transition vers une économie sobre en carbone et plus circulaire recouvre aussi
bien des risques que des opportunités pour l’économie et les établissements
financiers 2, tandis que les dommages physiques causés par le changement
climatique et la dégradation de l’environnement peuvent avoir une incidence
importante sur l’économie réelle et le système financier. Pour la deuxième année
consécutive, la Banque centrale européenne (BCE), a reconnu dans la cartographie
des risques du MSU (mécanisme de surveillance prudentielle) que les risques
climatiques constituaient un des principaux facteurs de risque pour les banques de la
zone euro. La BCE considère que les établissements de crédit devraient adopter une
approche stratégique, globale et prospective en matière de risques liés au climat et à
l’environnement.

La BCE suit attentivement les évolutions susceptibles d’avoir des répercussions sur
les établissements de la zone euro. Le plan d’action de la Commission sur le
financement de la croissance durable vise à réorienter les flux de capitaux vers des
investissements durables, intégrer la durabilité dans la gestion des risques et favoriser
la transparence et une vision de long terme. En ce qui concerne le secteur bancaire,
plusieurs mandats ont été confiés à l’Autorité bancaire européenne (ABE) pour qu’elle
évalue comment les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)
pouvaient être pris en compte dans les trois piliers de la surveillance prudentielle. À ce
titre, elle a publié un plan d’action sur la finance durable et une note de discussion
relative à l’intégration des risques ESG dans le cadre réglementaire et de surveillance.

Le présent guide expose comment la BCE conçoit une gestion sûre et prudente des
risques liés au climat et à l’environnement dans le cadre prudentiel actuel. Il explique
la façon dont la BCE entend que les établissements de crédit considèrent ces risques
(en tant que facteurs à l’origine des catégories de risques existantes) lorsqu’ils
formulent et mettent en œuvre leur stratégie ainsi que leurs dispositifs de
gouvernance et de gestion des risques. Il indique également que la BCE attend des

1
Suite à l’évaluation mondiale réalisée par la Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique
sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on
Biodiversity and Ecosystem Services, IPBES), d’autres accords internationaux sont attendus, dans le
cadre de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique, dans le but de promouvoir
l’utilisation durable des écosystèmes et de réduire les causes de la perte de biodiversité.
2
Cf., par exemple, Financial Stability Review, BCE, mai 2019 (en anglais uniquement).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 3


établissements qu’ils deviennent plus transparents en améliorant leur communication
sur le climat et l’environnement.

Ce guide n’est pas juridiquement contraignant pour les établissements de crédit. Il


constitue plutôt une base au dialogue prudentiel. Dans le cadre de ce dialogue
prudentiel, la BCE discutera avec les établissements de toute divergence possible de
leurs pratiques avec les attentes formulées dans ce guide. La BCE continuera de
développer son approche prudentielle de la gestion et la déclaration des risques liés
au climat et à l’environnement au fil du temps, tout en tenant compte des évolutions
réglementaires et des changements des pratiques au sein du secteur et de la
communauté des autorités prudentielles.

Encadré 1
Vue d’ensemble des attentes prudentielles de la BCE

1. Il est attendu des établissements de crédit qu’ils comprennent l’incidence, à court, moyen et
long terme, des risques liés au climat et à l’environnement sur l’environnement économique
dans lequel ils exercent leurs activités, afin d’être en mesure de prendre leurs décisions
stratégiques et opérationnelles en toute connaissance de cause.

2. Lorsqu’ils définissent et mettent en œuvre leur stratégie opérationnelle, les établissements


devraient y intégrer les risques liés au climat et à l’environnement qui ont une incidence sur leur
environnement économique à court, moyen et long terme.

3. Il est attendu de l’organe de direction qu’il tienne compte des risques liés au climat et à
l’environnement lorsqu’il définit la stratégie opérationnelle globale de l’établissement, ses
objectifs opérationnels et son dispositif de gestion des risques, et qu’il assure une surveillance
efficace de ces risques.

4. Il est attendu des établissements qu’ils incluent explicitement les risques liés au climat et à
l’environnement dans leur cadre d’appétence pour le risque.

5. Il est attendu des établissements qu’ils répartissent les responsabilités en matière de gestion
des risques liés au climat et à l’environnement au sein de leur structure organisationnelle
conformément au modèle des trois lignes de défense.

6. Aux fins des rapports internes, il est attendu des établissements qu’ils déclarent des données
agrégées sur le risque reflétant leur exposition aux risques liés au climat et à l’environnement,
afin de permettre à l’organe de direction et aux sous-comités concernés de prendre leurs
décisions en toute connaissance de cause.

7. Il est attendu des établissements qu’ils intègrent les risques liés au climat et à l’environnement
dans leur cadre de gestion des risques existant, comme des facteurs à l’origine des catégories
de risques existantes, afin de les gérer, de les suivre et de les atténuer sur une période
suffisamment longue, et leurs dispositifs devraient être réexaminés régulièrement. Les
établissements devraient inscrire la détection et la quantification de ces risques dans leur
processus global visant à assurer l’adéquation des fonds propres.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 4


8. Il est attendu des établissements que, dans le cadre de leur gestion du risque de crédit, ils
prennent en compte les risques liés au climat et à l’environnement à tous les stades pertinents
du processus d’octroi de prêts et qu’ils suivent les risques pesant sur leurs portefeuilles.

9. Il est attendu des établissements qu’ils examinent comment les événements climatiques et
environnementaux pourraient avoir une incidence défavorable sur la continuité de leurs activités
et dans quelle mesure la nature de leurs activités pourrait accroître les risques de réputation
et/ou de responsabilité.

10. Il est attendu des établissements qu’ils suivent en permanence les effets des facteurs liés au
climat et à l’environnement sur leur exposition actuelle au risque de marché et sur leurs
placements futurs, et qu’ils mettent au point des tests de résistance incorporant les risques
climatiques et environnementaux.

11. Il est attendu des établissements présentant des risques significatifs liés au climat et à
l’environnement qu’ils évaluent l’adéquation de leurs tests de résistance en vue de leur
intégration dans les scénarios de référence et les scénarios adverses.

12. Il est attendu des établissements qu’ils évaluent si des risques significatifs liés au climat et à
l’environnement pourraient entraîner des sorties nettes de trésorerie ou une diminution de leurs
coussins de liquidité et, le cas échéant, qu’ils incluent ces facteurs dans leur cadre de gestion du
risque de liquidité et leur calibrage des coussins de liquidité.

13. Aux fins des déclarations réglementaires, il est attendu des établissements qu’ils publient des
informations utiles et des indicateurs-clés sur les risques liés au climat et à l’environnement
qu’ils estiment significatifs, en tenant dûment compte de la communication de la Commission
européenne intitulée « Lignes directrices sur l’information non financière : Supplément relatif
aux informations en rapport avec le climat (2019/C 209/01) ».

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 5


2 Portée et application

2.1 Application aux établissements de crédit importants


Les attentes exposées dans le présent guide doivent être introduites dans le dialogue
prudentiel entamé par la BCE avec les établissements de crédit importants qu’elle
supervise directement. Ce guide a été élaboré conjointement par la BCE et les
autorités compétentes nationales (ACN) dans le but d’apporter plus de transparence
sur la conception de la BCE d’une gestion saine, efficace et exhaustive des risques
liés au climat et à l’environnement ainsi que de leur déclaration dans le cadre
prudentiel actuel 3. En outre, il vise à sensibiliser le secteur et à renforcer son niveau
de préparation à ces risques.

Le guide n’entend remplacer ou abroger aucune loi applicable. Il doit être lu en


parallèle avec d’autres guides de la BCE, notamment le guide relatif au processus
interne d’évaluation de l’adéquation du capital (guide ICAAP de la BCE) 4. Les attentes
prudentielles se rapportent à des dispositions spécifiques de la directive sur les
exigences de fonds propres (directive CRD) 5 et du règlement sur les exigences de
fonds propres (règlement CRR) 6. Aussi, le niveau et le périmètre de consolidation
auxquels s’applique chacune des attentes prudentielles sont les mêmes que ceux
exposés dans la disposition concernée.

Il est attendu des établissements importants qu’ils utilisent ce guide en tenant compte
du caractère significatif de leur exposition aux risques liés au climat et à
l’environnement. Aux fins du présent guide, le caractère significatif doit être considéré
à la lumière des dispositions applicables de la CRD et du CRR 7. Il convient de
remarquer que l’évaluation du caractère significatif est propre à chaque établissement
puisqu’elle tient compte des spécificités de son modèle d’activité, de son
environnement opérationnel et de son profil de risque. En fonction de ces trois
éléments, un établissement, indépendamment de sa taille, pourrait se concentrer sur
un marché, un secteur ou une zone géographique exposé à des risques physique et
de transition significatifs, ce qui le rendrait extrêmement vulnérable aux effets du

3
Cela signifie, en pratique, que le présent guide n’entend pas imposer des exigences d’audit
supplémentaires.
4
Cf. Guide de la BCE relatif au processus interne d’évaluation de l’adéquation du capital (ICAAP), BCE,
2018. Le présent guide précise en outre comment les particularités des risques liés au climat et à
l’environnement devraient être prises en compte dans la gestion des risques pesant sur les fonds
propres.
5
Directive 2013/36/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 concernant l’accès à
l’activité des établissements de crédit et la surveillance prudentielle des établissements de crédit et des
entreprises d’investissement, modifiant la directive 2002/87/CE et abrogeant les directives 2006/48/CE
et 2006/49/CE (JO L 176, 27.6.2013, p. 338).
6
Règlement (UE) no 575/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 concernant les
exigences prudentielles applicables aux établissements de crédit et aux entreprises d’investissement et
modifiant le règlement (UE) no 648/2012 (JO L 176 du 27.6.2013, p. 1).
7
Cf. également chapitres 6 et 7 du présent guide.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 6


changement climatique et de la dégradation de l’environnement 8. Par ailleurs, outre le
présent guide et les législations européenne et nationale applicables, les
établissements sont encouragés à prendre dûment en considération d’autres
publications pertinentes, comme celles des organismes suivants : Commission
européenne (COM UE) ; ABE ; Réseau pour le verdissement du système financier
(Network for Greening the Financial System, NGFS) ; Comité de Bâle sur le contrôle
bancaire (CBCB) ; Conseil de stabilité financière (CSF) ; Groupe de travail sur la
communication financière liée au climat (GTCC) ; Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) ; et ACN 9.

Il convient de noter que les exemples de pratiques observées décrites dans les
encadrés sont fournis uniquement à titre d’illustrations. Ces pratiques ne sont pas
nécessairement à reproduire et ne remplissent pas nécessairement toutes les
attentes prudentielles.

2.2 Date d’entrée en vigueur


Le présent guide est applicable à compter de la date de sa publication. Il est attendu
des établissements importants qu’ils examinent, à la lumière des attentes exposées
dans ce guide, dans quelle mesure leurs pratiques actuelles de gestion et de
communication des risques liés au climat et à l’environnement sont saines, efficaces
et exhaustives. Si nécessaire, ils devront rapidement commencer à les améliorer.

Dans le cadre du dialogue prudentiel, les équipes de surveillance prudentielle


conjointes (Joint Supervisory Teams, JST) inviteront, dès début 2021, les
établissements de crédit importants à informer la BCE de toute divergence de leurs
pratiques avec les attentes prudentielles formulées dans ce guide et des dispositions
prises pour arriver progressivement à répondre à ces attentes. La BCE reconnaît que
la gestion et la déclaration des risques climatiques et environnementaux, ainsi que les
méthodologies et outils utilisés pour y faire face, sont aujourd’hui en pleine évolution
et qu’ils devraient s’affiner avec le temps.

2.3 Application aux établissements de crédit moins importants


Le présent guide, élaboré conjointement par la BCE et les ACN, a pour but d’assurer
l’application cohérente de normes prudentielles élevées dans l’ensemble de la zone

8
Cf. Guide for Supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in prudential supervision
(guide à l’intention des autorités prudentielles : intégrer les risques climatiques et environnementaux à la
surveillance prudentielle, en anglais uniquement), document technique, NGFS, mai 2020.
9
Cf., par exemple, Guidance Notice on Dealing with Sustainability Risks (note d’orientation sur le
traitement des risques en matière de durabilité, en anglais et allemand uniquement), Office fédéral
allemand de contrôle des services financiers (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, BaFin),
2019 ; Integration of climate-related risk considerations into banks’ risk management (bonne
pratique intégration des considérations de risque climatique dans la gestion des risques des
établissements de crédit, en anglais uniquement), Banque des Pays-Bas, 2020 ; et Guide for Handling
Sustainability Risks (guide de la gestion des risques en matière de durabilité, en anglais et allemand
uniquement), document de consultation, Autorité autrichienne de contrôle des marchés financiers
(Finanzmarktaufsichtsbehörde, FMA), 2020.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 7


euro. Il est donc recommandé aux ACN d’appliquer, dans la surveillance des
établissements moins importants, les attentes exposées dans le présent guide
proportionnellement à la nature, à l’échelle et à la complexité des activités de
l’établissement concerné. La BCE reconnaît que plusieurs ACN ont formulé des lignes
directrices sur les risques liés au climat et à l’environnement, ou qu’elle sont en train
de le faire. Les établissements moins importants sont invités à tenir compte de
celles-ci ainsi que des autres publications pertinentes de leur ACN.

2.4 Cadre prudentiel général


Le présent guide expose comment la BCE conçoit une gestion et une déclaration
saines, efficaces et exhaustives des risques liés au climat et à l’environnement dans le
cadre prudentiel actuel. À cet égard, les articles suivants de la CRD et du CRR sont
particulièrement pertinents.

• L’article 73 de la CRD exige que « les établissements de crédit disposent de


stratégies et processus sains, efficaces et exhaustifs pour évaluer et conserver
en permanence le montant, le type et la répartition du capital interne qu’ils jugent
appropriés pour couvrir la nature et le niveau des risques auxquels ils sont ou
pourraient être exposés ».

• L’article 74, paragraphe 1, de la CRD requiert que « les établissements


disposent d’un dispositif solide de gouvernance d’entreprise, comprenant
notamment une structure organisationnelle claire avec un partage des
responsabilités bien défini, transparent et cohérent, des processus efficaces de
détection, de gestion, de suivi et de déclaration des risques auxquels ils sont ou
pourraient être exposés, des mécanismes adéquats de contrôle interne, y
compris des procédures administratives et comptables saines, et des politiques
et pratiques de rémunération permettant et favorisant une gestion saine et
efficace des risques ».

• L’article 74, paragraphe 2, de la CRD stipule que « les dispositifs, les processus
et les mécanismes visés au paragraphe 1 sont exhaustifs et adaptés à la nature,
à l’échelle et à la complexité des risques inhérents au modèle d’entreprise et aux
activités de l’établissement. Il est tenu compte des critères techniques définis aux
articles 76 à 95 ».

• L’article 76, paragraphe 1, de la CRD exige que « les États membres veillent à ce
que l’organe de direction approuve et revoie régulièrement les stratégies et
politiques régissant la prise, la gestion, le suivi et l’atténuation des risques
auxquels l’établissement est ou pourrait être exposé, y compris les risques
générés par l’environnement macroéconomique dans lequel il opère, eu égard à
l’état du cycle économique ».

• L’article 79 de la CRD expose des exigences législatives particulières


concernant les risques de crédit et de contrepartie que les autorités compétentes
doivent obligatoirement avoir en place vis-à-vis des établissements de crédit.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 8


• Aux termes de l’article 83, paragraphe 1, de la CRD, « les autorités compétentes
veillent à la mise en œuvre de politiques et de processus qui permettent de
détecter, de mesurer et de gérer toutes les causes et tous les effets significatifs
des risques de marché ».

• Selon l’article 85 de la CRD, « les autorités compétentes veillent à ce que les


établissements mettent en œuvre des politiques et processus pour évaluer et
gérer leur exposition au risque opérationnel [...]. Les autorités compétentes
veillent à l’existence de plans d’urgence et de poursuite de l’activité visant à
assurer la capacité des établissements à limiter les pertes et à ne pas
interrompre leur activité en cas de perturbation grave de celle-ci ».

• En vertu de l’article 91 de la CRD, « les membres de l’organe de direction


disposent à tout moment des connaissances, des compétences et de
l’expérience nécessaires à l’exercice de leurs attributions [...].

• L’article 431, paragraphe 3, du CRR stipule que « les établissements adoptent


une politique formelle pour se conformer aux exigences de publicité prévues à la
présente partie, et disposent de politiques leur permettant d’évaluer l’adéquation
de leurs mesures de publicité, y compris pour ce qui concerne leur vérification et
leur fréquence. Les établissements disposent également de politiques leur
permettant d’évaluer si leurs mesures de publicité fournissent aux acteurs du
marché des informations complètes sur leur profil de risque ».

• Aux termes de l’article 432, paragraphe 1, du CRR, « les établissements peuvent


ne pas présenter une ou plusieurs des communications visées au titre II si
l’information qu’elles fournissent n’est pas considérée comme significative, sauf
en ce qui concerne les communications visées à l’article 435, paragraphe 2,
point c), à l’article 437, et à l’article 450. Une information est considérée comme
significative dans une communication si son omission ou sa présentation
faussée ou inexacte peut modifier ou influencer l’appréciation ou la décision d’un
utilisateur qui fonde ses choix économiques sur ladite information ».

L’ABE a adopté plusieurs orientations précisant les articles susmentionnés. Lorsque


le présent guide fait référence à ces orientations, la référence doit être lue en
conjonction avec les articles concernés de la CRD/du CRR auxquels elles renvoient.
Les orientations suivantes de l’ABE sont particulièrement pertinentes.

• Orientations du Comité européen des contrôleurs bancaires (CECB) du


27 octobre 2010 relatives à la répartition des coûts et des avantages liés à la
liquidité (Guidelines on Liquidity Cost Benefit Allocation, en anglais uniquement)

• Orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11)

• Orientations communes de l’Autorité européenne des marchés financiers


(AEMF) et de l’ABE sur l’évaluation de l’aptitude des membres de l’organe de
direction et des titulaires de postes clés au titre de la directive 2013/36/UE et de
la directive 2014/65/UE (EBA/GL/2017/12)

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 9


• Orientations révisées de l’ABE sur les procédures et les méthodologies
communes à appliquer dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation
prudentiels (Supervisory Review and Evaluation Process, SREP) et des tests de
résistance prudentiels, modifiant les orientations ABE/GL/2014/13
(ABE/GL/2018/03)

• Orientations de l’ABE sur les tests de résistance des établissements


(ABE/GL/2018/04)

• Orientations de l’ABE sur les politiques de rémunération saines, au titre des


articles 74, paragraphe 3, et 75, paragraphe 2, de la directive 2013/36/UE, et la
publication d’informations au titre de l’article 450 du règlement (UE) no 575/2013
(ABE/GL/2015/22)

• Orientations de l’ABE sur le caractère significatif, sensible et confidentiel et sur la


fréquence de publication des informations en vertu de l’article 432,
paragraphes 1 et 2, et de l’article 433 du règlement (UE) no 575/2013
(ABE/GL/2014/14)

• Orientations de l’ABE relatives à l’externalisation (ABE/GL/2019/02)

• Orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts (EBA/GL/2020/06)

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 10


3 Risques liés au climat et à
l’environnement

3.1 Définitions
Le changement climatique et la dégradation de l’environnement sont sources de
changements structurels qui peuvent avoir une influence sur l’activité économique et,
par suite, sur le système financier. Les risques liés au climat et à l’environnement sont
communément considérés comme comprenant deux principaux facteurs de risque.

• Le risque physique fait référence aux effets financiers du changement


climatique (notamment multiplication des événements climatiques extrêmes et
modifications progressives du climat) et de la dégradation de l’environnement
(comme la pollution de l’air, de l’eau et de la terre, le stress hydrique, la perte de
biodiversité et la déforestation) 10. Le risque physique peut être qualifié d’« aigu »
quand il découle d’événements extrêmes, tels que la sécheresse, les inondations
et les tempêtes, et de « chronique » lorsqu’il résulte de changements graduels,
comme la hausse des températures, l’élévation du niveau de la mer, le stress
hydrique, la perte de biodiversité, le changement d’utilisation des sols, la
destruction de l’habitat et la pénurie de ressources 11. Il peut avoir des
conséquences directes, par exemple des dommages causés aux biens
immobiliers ou une baisse de productivité, ou indirectes, comme la perturbation
des chaînes d’approvisionnement.

• Le risque de transition désigne la perte financière qu’un établissement peut


encourir, directement ou indirectement, du fait du processus d’adaptation à une
économie sobre en carbone et plus soutenable d’un point de vue
environnemental. Il peut provenir, par exemple, de l’adoption relativement brutale
de politiques climatiques et environnementales, du progrès technologique ou de
variations du sentiment et des préférences de marché.

10
Cf. Guide for Supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in prudential supervision
(guide à l’intention des autorités prudentielles : intégrer les risques climatiques et environnementaux à la
surveillance prudentielle, en anglais uniquement), document technique, NGFS, mai 2020.
11
Cf. Values at risk? Sustainability risks and goals in the Dutch financial sector (valeurs en risque ?
Risques et objectifs en matière de durabilité dans le secteur financier néerlandais, en anglais
uniquement), Banque des Pays-Bas, 2019 ; Indebted to nature: exploring biodiversity risks for the Dutch
financial sector (une dette envers la nature : étude des risques de perte de biodiversité pour le secteur
financier néerlandais, en anglais uniquement), Banque des Pays-Bas, juin 2020 ; et Guide for
supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in prudential supervision (guide à
l’intention des autorités prudentielles : intégrer les risques climatiques et environnementaux à la
surveillance prudentielle, en anglais uniquement), document technique, NGFS, mai 2020

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 11


3.2 Caractéristiques des risques liés au climat et à
l’environnement
Les facteurs des risques physique et de transition ont une incidence sur les activités
économiques et, par suite, sur le système financier. Cette incidence peut se
manifester directement, du fait, par exemple, d’une perte de rentabilité des entreprises
ou d’une dévaluation de leurs actifs, ou indirectement, par le biais des changements
macrofinanciers 12.

Ces risques pèsent aussi sur la capacité de résistance du modèle opérationnel des
établissements à moyen-long terme, surtout lorsque le modèle est centré sur des
secteurs et des marchés particulièrement vulnérables aux risques liés au climat et à
l’environnement. Les risques physiques et de transition peuvent également provoquer
d’autres pertes, découlant, directement ou indirectement, de recours juridiques (ce
qu’on appelle couramment le « risque de responsabilité » 13) et de pertes de réputation
résultant du fait que le public, les contreparties et/ou les investisseurs de
l’établissement associent la banque à des effets négatifs sur l’environnement
(« risque de réputation »).

Par conséquent, les risques physique et de transition constituent des facteurs


déterminants des risques existants, notamment du risque de crédit, du risque
opérationnel, du risque de marché et du risque de liquidité, ainsi que des risques
n’entrant pas dans le cadre du pilier 1, comme le risque de migration, le risque d’écart
de crédit dans le portefeuille bancaire, le risque immobilier et le risque stratégique
(cf. tableau 1). De fait, les risques liés au climat et à l’environnement peuvent
constituer des facteurs déterminants de plusieurs catégories de risques et de
sous-catégories de catégories de risques existantes.

L’ampleur et la répartition des risques physique et de transition varient en fonction du


niveau et du calendrier des mesures d’atténuation et de la façon, ordonnée ou non,
dont se passe la transition. Les pertes éventuelles provenant des risques liés au
climat et à l’environnement dépendent particulièrement de l’adoption future de
politiques climatiques et environnementales, des évolutions technologiques ainsi que
des variations des préférences des consommateurs et du sentiment du marché. Quoi
qu’il en soit, les bilans des établissements de la zone euro et la valeur économique de
leurs expositions seront, selon toute probabilité, affectés par une certaine
combinaison de risques physique et de transition 14. Les estimations existantes des
effets négatifs à long terme du changement climatique sur le plan macroéconomique

12
Si le changement climatique et la dégradation de l’environnement peuvent donner naissance à un risque
microprudentiel aussi bien que macroprudentiel, il convient de noter que le présent guide est élaboré par
la BCE dans le contexte de la mission qui lui est conférée par le règlement pertinent du MSU et que, de
ce fait, il se limite au risque microprudentiel.
13
Outre les poursuites à l’encontre de l’établissement (risque de responsabilité, cf. attente 9 relative à la
gestion du risque opérationnel), ses contreparties peuvent également faire face à des risques juridiques
résultant de facteurs climatiques et environnementaux qui, à leur tour, peuvent aggraver le risque de
crédit de l’établissement (cf. attente 8 concernant la gestion du risque de crédit).
14
Cf. Un appel à l’action. Le changement climatique comme source de risque financier, NGFS, 2019 ; et
Too late, too sudden: Transition to a low-carbon economy and systemic risk (trop tard, trop brutalement :
transition vers une économie sobre en carbone et risque systémique, en anglais uniquement), Comité
européen du risque systémique (CERS), 2016.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 12


indiquent des pertes de patrimoine importantes et durables, qui peuvent s’expliquer
par un ralentissement de l’investissement et une baisse de la productivité des facteurs
dans de nombreux secteurs de l’économie, ainsi que par une réduction de la
croissance potentielle du PIB 15.

Tableau 1
Exemples de facteurs de risques liés au climat et à l’environnement
Risque physique Risque de transition

Types de risques Facteurs liés à Facteurs liés à


influencés Facteurs liés au climat l’environnement Facteurs liés au climat l’environnement

• Événements • Stress hydrique • Politiques et • Politiques et


climatiques réglementations réglementations
• Pénurie de
extrêmes ressources • Technologie • Technologie
• Schémas • Perte de biodiversité • Sentiment de • Sentiment de
climatiques marché marché
chroniques • Pollution
• Autres

Risque de crédit La probabilité de défaut (PD) et la perte en cas de Les normes d’efficacité énergétique sont susceptibles
défaut (loss given default, LGD) dans les secteurs et d’entraîner d’importants coûts d’adaptation et
zones géographiques vulnérables au risque physique d’entamer la rentabilité des entreprises, ce qui peut
peuvent être influencées, par exemple par le biais faire augmenter la PD et baisser la valeur des
d’une diminution des valorisations des sûretés dans garanties.
les portefeuilles immobiliers due à une hausse du
risque d’inondation.

Risque de marché Des événements physiques graves peuvent Les facteurs du risque de transition peuvent être à
provoquer des revirements des anticipations des l’origine d’une brusque revalorisation des titres et des
marchés qui se traduiraient par de soudaines produits dérivés, par exemple les produits associés
revalorisations, un regain de volatilité et des aux secteurs touchés par ce qu’on appelle
moins-values sur actifs sur certaines places. « l’échouement des actifs » (asset stranding).

Risque Les activités d’une banque peuvent être perturbées Un revirement du sentiment des consommateurs
opérationnel par des dommages physiques causés à ses biens relatif aux questions climatiques peut entraîner des
immobiliers, ses filiales et ses centres de données par risques d’atteinte à la réputation et de responsabilité
suite d’événements climatiques extrêmes. en raison des scandales suscités par le financement
d’activités controversées d’un point de vue
environnemental.

Autres types de Le risque de liquidité peut être influencé dans le cas Les facteurs du risque de transition peuvent influencer
risques (risque de où des clients effectuent des retraits sur leur compte la viabilité de certaines lignes métier et entraîner un
liquidité, risque lié pour financer les réparations des dommages. risque stratégique pour certains modèles
au modèle commerciaux si l’adaptation ou la diversification
d’activité) nécessaires n’ont pas lieu. Une revalorisation brutale
des titres (due, par exemple, à l’échouement des
actifs) peut réduire la valeur des actifs liquides de
haute qualité détenus par les banques et, de ce fait,
peser sur les coussins de liquidité.

Source : BCE.

La définition des méthodologies d’évaluation de l’ampleur des risques liés au climat


auxquels sont exposés le système financier dans son ensemble et les établissements
en particulier avance rapidement. Les estimations disponibles laissent penser que le

15
Cf. Technical supplement to the first NGFS comprehensive report (supplément technique au premier
rapport complet du NGFS, en anglais uniquement), NGFS, 2019 ; et Long-Term Macroeconomic Effects
of Climate Change: A Cross-Country Analysis (effets macroéconomiques à long terme du changement
climatique : analyse comparative entre pays, en anglais uniquement), IMF Working Papers, Fonds
monétaire international (FMI), 2019.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 13


risque physique 16 comme le risque de transition 17 seront sans doute significatifs.
Même si la majorité des études se sont concentrées sur les risques climatiques,
comme la baisse de valeur des actifs dans les secteurs à forte intensité carbone,
d’autres facteurs environnementaux liés à la perte de services d’écosystème, tels que
le stress hydrique, la perte de biodiversité et la pénurie de ressources, semblent
également contribuer au risque financier 18 19. Il existe en outre des signes
d’interconnexion entre le changement climatique et les risques environnementaux,
dont les effets conjugués pourraient avoir des répercussions encore plus lourdes 20.

Les risques liés au climat et à l’environnement ont des caractéristiques distinctives qui
méritent une attention particulière de la part des autorités prudentielles et des
établissements, par exemple leurs effets considérables en termes de portée et
d’ampleur, un horizon temporel incertain et plus long, ainsi que leur dépendance d’une
action à court terme 21.

Le changement climatique a une incidence de grande ampleur en termes d’activités


commerciales et de régions géographiques touchées. Les secteurs les plus
susceptibles d’en ressentir les effets physiques sont notamment l’agriculture, la
sylviculture, les pêcheries, la santé humaine, l’énergie, les mines, les transports et
infrastructures ainsi que le tourisme. Les secteurs qui peuvent être influencés par la
transition vers une économie sobre en carbone sont, par exemple, l’énergie, les
transports, le secteur manufacturier, la construction et l’agriculture 22. Ainsi, la valeur

16
Environ un cinquième des expositions évaluées des établissements financiers néerlandais sur actions et
obligations sont des expositions vis-à-vis de régions en situation de stress hydrique extrême. Cf. Values
at risk? Sustainability risks and goals in the Dutch financial sector (valeurs en risque ? Risques et
objectifs en matière de durabilité dans le secteur financier néerlandais, en anglais uniquement), Banque
des Pays-Bas, 2019. Quelque 8,8 % des expositions sur prêts hypothécaires se situent dans des zones
inondables d’une autre juridiction. Cf. Transition in thinking: The impact of climate change on the UK
banking sector (réflexion en transition : incidence du changement climatique sur le secteur bancaire du
Royaume-Uni, en anglais uniquement), Autorité de réglementation prudentielle du Royaume-Uni,
Banque d’Angleterre, 2018.
17
Ainsi, le CERS (2016) constate que l’exposition des établissements financiers européens (notamment
les banques, les fonds de pension et les sociétés d’assurance) envers les entreprises utilisant des
combustibles fossiles est supérieure à 1 000 milliards d’euros et estime les pertes potentielles à
350-400 milliards d’euros, même dans le scénario d’une transition ordonnée. Les pertes sur actifs
échoués pourraient s’élever à 6 000 milliards de dollars pour l’UE-28 dans le scénario d’une action
retardée des autorités (IRENA, 2017). Une étude de la BCE portant sur un échantillon de 720 milliards
d’euros conclut que 15 % des expositions sont sur les entreprises présentant la plus forte intensité
carbone (BCE, 2019). Selon l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR, 2019), les
expositions des grands groupes bancaires français sur les secteurs présentant la plus forte intensité en
carbone s’élevaient à 12,7 % du total des expositions. Aux Pays-Bas, un test de résistance sur le risque
de transition a montré que le ratio CET1 du secteur bancaire pourrait diminuer de plus de 4 % dans un
scénario de transition grave mais plausible (Banque des Pays-Bas, 2018).
18
Cf. par exemple, Le rapport de l’évaluation mondiale de la biodiversité et des services écosystémiques.
Résumé à l’intention des décideurs , Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la
biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity
and Ecosystem Services, IPBES) 2019.
19
Cf. Values at risk? Sustainability risks and goals in the Dutch financial sector (valeurs en risque ?
Risques et objectifs en matière de durabilité dans le secteur financier néerlandais, en anglais
uniquement), Banque des Pays-Bas, 2019.
20
Cf. Guide for Supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in prudential supervision
(guide à l’intention des autorités prudentielles : intégrer les risques climatiques et environnementaux à la
surveillance prudentielle), document technique, NGFS, mai 2020.
21
Cf. Un appel à l’action. Le changement climatique comme source de risque financier, Premier rapport
complet, NGFS, 2019.
22
Cf., par exemple, In-depth analysis in support of the Commission communication COM (2018) 773
(analyse détaillée à l’appui de la communication COM(2018) 773 de la Commission, en anglais
uniquement), Commission européenne, 2018.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 14


des actifs associés, directement ou indirectement, à l’extraction, au traitement, à la
combustion et à l’utilisation de combustibles fossiles ou qui ne sont pas suffisamment
économes en énergie pourrait diminuer de façon soudaine et prononcée ; ces actifs
pourraient même se retrouver « échoués » 23. En ce qui concerne les régions
géographiques, l’incidence du changement climatique devrait varier
considérablement dans le monde. Selon des projections de l’Agence européenne
pour l’environnement (AEE), ses effets les plus dommageables seraient les suivants :
en Europe du Sud, une hausse de la demande d’énergie et des vagues de chaleur ;
en Europe de l’Ouest, des inondations côtières et des vagues de chaleur ; en Europe
du Nord, des inondations côtières et des crues de rivières ; et, en Europe de l’Est, des
crues de rivières 24. Des différences considérables pourraient aussi exister au sein
d’un secteur ou d’une région géographique donnés. Les risques climatiques et
environnementaux auxquels sont exposés les établissements de crédit de la zone
euro devraient se concrétiser essentiellement à moyen-long terme 25. L’horizon de
planification et la durée moyenne des prêts étant généralement plus courts que
l’horizon temporel pendant lequel les principaux effets du changement climatique et
de la dégradation de l’environnement se manifesteraient 26, il est important que les
établissements adoptent une approche prospective et un horizon temporel plus long
que d’habitude. En outre, une approche prospective leur permet de réagir en temps
voulu en cas d’accélération du rythme de la transition vers une économie sobre en
carbone et de matérialisation plus rapide que prévu des risque de transition.

3.3 Observations tirées de rapports de synthèses


La BCE a mené plusieurs évaluations visant à faire le bilan de la façon dont les
établissements de crédit européens traitent les risques liés au climat et à
l’environnement, principalement par le biais d’enquêtes ciblées portant sur des
échantillons d’établissements de la zone euro 27, de l’évaluation des déclarations
publiques des établissements de la zone et de l’analyse d’un échantillon de
soumissions ICAAP. Les résultats de ces évaluations ont été intégrés au présent
guide.

23
Cf. Guide for Supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in prudential supervision
(guide à l’intention des autorités prudentielles : intégrer les risques climatiques et environnementaux à la
surveillance prudentielle), document technique, NGFS, mai 2020.
24
Cf. Climate change, impacts and vulnerability in Europe 2012: An indicator-based report (changement
climatique, effets et vulnérabilité en Europe en 2012 : rapport reposant sur des indicateurs, en anglais
uniquement), AEE, 2012.
25
Cf. cartographie des risques réalisée par le MSU pour 2020, BCE 2019.
26
Cf. EBA report on undue short-term pressure from the financial sector on corporations (rapport de l’ABE
sur des pressions à court terme indues exercées par le secteur financier sur les entreprises, en anglais
uniquement), ABE, 2019 ; Waterproof? An exploration of climate-related risks for the Dutch financial
sector (Exploration des risques climatiques dans le secteur financier néerlandais, en anglais
uniquement), Banque des Pays-Bas, 2017 ; et French banking groups facing climate change-related
risks (Les groupes bancaires français face aux risques liés au changement climatique, en anglais
uniquement), Analyses et synthèses, ACPR, 2019. Les rapports soulignent par ailleurs que, même si la
durée moyenne des crédits est limitée, les établissements accordent également des concours qui sont
généralement renouvelés ou prolongés au-delà de la période de prêt initiale, les rendant potentiellement
particulièrement vulnérables aux risques de long terme tels que les risques liés au climat et à
l’environnement.
27
Les établissements constituant l’échantillon représentent environ 44 % du total des actifs des banques
de la zone euro.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 15


Si l’approche des risques liés au climat et à l’environnement varie en fonction de la
taille, du modèle opérationnel, de la complexité et de la situation géographique des
établissements, les évaluations susmentionnées démontrent que ceux-ci ont
essentiellement abordé le sujet du point de vue de la responsabilité sociétale de
l’entreprise et qu’ils n’ont pas encore mis au point une approche exhaustive de la
gestion des risques.

D’après une enquête conjointe de la BCE et l’ABE, les établissements de crédit


reconnaissent globalement le caractère significatif des risques physique et de
transition ainsi que le besoin croissant d’évaluer les risques liés au climat et à
l’environnement et de les intégrer à leurs processus de gestion des risques. Certes, la
majorité des établissements ont mis en œuvre une ou plusieurs politiques en matière
de durabilité 28, mais la plupart ne disposent pas des instruments pour apprécier
l’incidence des risques climatiques et environnementaux sur leur bilan. Plus
exactement, seuls un petit nombre d’établissements ont complètement intégré ces
risques à leur cadre de gestion des risques, par exemple grâce à une approche de la
mesure des risques, en définissant leur appétence pour le risque, en conduisant des
tests de résistance et des analyses de scénarios et/ou en évaluant leur incidence sur
l’adéquation de leurs fonds propres. La BCE constate que les établissements
participent de plus en plus à des initiatives conjointes du secteur visant à mettre au
point des méthodologies adéquates et à obtenir les données nécessaires.

L’évaluation des rapports ICAAP soumis par un échantillon d’établissements


importants révèle l’hétérogénéité des pratiques. De nombreux établissements
tiennent compte des risques climatiques dans leur processus de recensement des
risques et/ou disposent de politiques excluant certains secteurs de leur activité de
prêt/investissement sur la base de critères environnementaux. Cependant, les
taxonomies des risques liés au climat sont très variées. Dans le meilleur des cas, les
risques climatiques sont généralement intégrés aux catégories de risques existantes,
comme le risque de crédit, le risque commercial/stratégique ou encore le risque
opérationnel/d’atteinte à la réputation. Les approches visant à estimer leur caractère
significatif sont toutefois limitées en termes de profondeur et de sophistication.
Certains établissements commencent à fixer des limites reposant sur des indicateurs
quantitatifs. Seuls quelques-uns d’entre eux intègrent les risques climatiques à leurs
tests de résistance et leurs scénarios de tests de résistance inversés, et l’évaluation
des conséquences sur leurs fonds propres et leurs exigences de fonds propres en cas
de matérialisation de ces risques reste peu courante.

Une analyse des communications des établissements de crédit importants concernant


les risques liés au climat et à l’environnement révèle que les pratiques de déclaration
sont peu nombreuses et hétérogènes. Le niveau de déclaration est fonction de la taille
des établissements : plus ils sont grands, plus leurs déclarations sont exhaustives.
Parmi les établissements qui fournissent des informations sur leurs risques liés au
climat et à l’environnement, très peu sont transparents quant aux définitions et
méthodologies utilisées. Enfin, seulement une minorité de communications sont

28
Il faut entendre des politiques intégrant l’effet des facteurs environnementaux, sociaux et de
gouvernance.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 16


conformes aux recommandations du GTCC. La BCE a néanmoins observé que
plusieurs établissements participaient à des initiatives visant à promouvoir des
publications plus larges et plus comparables et travaillaient à améliorer leurs
procédures de déclaration.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 17


4 Attentes prudentielles relatives aux
modèles et à la stratégie opérationnels

Comme précisé dans les orientations de l’ABE sur la gouvernance interne 29, les
articles 73 et 74, paragraphe 1, de la CRD exigent des établissements de crédit la
mise en œuvre de dispositifs, processus et mécanismes de gouvernance interne afin
d’assurer une gestion efficace et prudente de chacun d’entre eux. À cet égard, il est
important que les établissements reconnaissent, évaluent et suivent l’incidence
actuelle et prospective des facteurs climatiques et environnementaux sur leur
environnement économique et qu’ils assurent la durabilité et la capacité de résistance
de leur modèle opérationnel à l’avenir.

4.1 Environnement économique

Attente 1
Il est attendu des établissements de crédit qu’ils comprennent l’incidence, à court,
moyen et long terme, des risques liés au climat et à l’environnement sur leur
environnement économique afin d’être en mesure de prendre leurs décisions
stratégiques et opérationnelles en toute connaissance de cause.

Comme indiqué dans les orientations de l’ABE, les établissements doivent cerner,
évaluer et suivre l’environnement économique dans lequel ils opèrent, celui-ci
fournissant des données essentielles pour l’évaluation des risques et événements
susceptibles de les affecter 30. Il est demandé aux établissements de rendre compte
des facteurs importants ayant une influence sur leur environnement économique.
Celui-ci comprend un large éventail de facteurs et tendances externes qui influencent
les conditions économiques dans lesquelles un établissement exerce, ou est
susceptible d’exercer, son activité sur la base de ses expositions géographiques et
économiques principales ou significatives 31, par exemple les variables
macroéconomiques, le cadre concurrentiel, les politiques et réglementations, la
technologie, les évolutions sociétales/démographiques et les tendances
géopolitiques 32. Or, les risques climatiques et environnementaux peuvent avoir une
incidence sur tous ces domaines.

29
Cf. orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
30
Cf. paragraphe 30 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
31
Cf. paragraphe 64 des orientations révisées de l’ABE sur les procédures et les méthodologies
communes pour le processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (SREP) et les test de résistance
prudentiels (ABE/GL/2014/13).
32
Cf. paragraphe 65 des orientations révisées de l’ABE sur les procédures et les méthodologies
communes pour le processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (SREP) et les test de résistance
prudentiels (ABE/GL/2014/13).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 18


Attente 1.1 Lorsqu’ils analysent leur environnement économique, les établissements
devraient recenser les risques entraînés par le changement climatique et la
dégradation de l’environnement au niveau des secteurs et régions
géographiques-clés et en rapport avec les produits et services qu’ils
fournissent ou envisagent de fournir. 33 Ainsi, les risques climatiques et
environnementaux sont susceptibles d’influencer la croissance économique, l’emploi
ou les prix de l’immobilier aux échelons national, régional ou local. Les événements
climatiques peuvent causer la sécheresse ou des inondations qui touchent la
production agricole régionale ou la demande de logements aux niveaux national,
régional ou local. La perte de services écosystémiques, comme la pollinisation
animale, peut également avoir des répercussions directes sur le rendement des
récoltes et la production agricole 34. Des changements de politique visant à promouvoir
une économie résistante aux facteurs environnementaux pourraient faire diminuer la
demande immobilière dans certaines zones, par exemple celles qui sont soumises à
un fort risque d’inondation. Parallèlement, la concurrence pâtit de modifications
structurelles des chaînes d’approvisionnement des entreprises, du verdissement du
marché des financements et de l’évolution des préférences des consommateurs, qui
s’éloignent de plus en plus des biens et services à forte intensité carbone. Dans le
domaine de la technologie, les établissements ayant comme clients des secteurs
grands consommateurs d’énergie, ou des centrales électriques dépendant fortement
des combustibles fossiles, peuvent constater que leurs clients doivent faire face à des
dépenses importantes de biens d’équipement pour décarboner leurs bouquets
énergétiques. En général, il est attendu des établissements qu’ils adoptent une
approche granulaire de ces effets sur leur environnement économique. Selon le type
d’incidence exercée par le climat et l’environnement, les approches granulaires
peuvent comprendre des différences intrasectorielles tenant compte des effets sur la
chaîne d’approvisionnement ou de données détaillées sur la situation géographique.

Il est attendu des établissements qu’ils fournissent une documentation adéquate à


l’appui de leur évaluation des risques liés au climat et à l’environnement en termes
d’environnement économique. Ils pourraient, par exemple, l’inclure dans leur suivi
régulier des risques importants ou émergents ou en attester lors des discussions de
l’organe de direction 35.

Attente 1.2 Il est attendu des établissements qu’ils comprennent comment les risques liés
au climat et à l’environnement influencent, à court, moyen et long terme, le
cadre dans lequel ils mènent leurs activités, pour alimenter leur processus de
stratégie opérationnelle. La façon dont les établissements réagissent
stratégiquement aux modifications apportées à leur environnement économique par
les risques liés au climat et à l’environnement aura une incidence sur la capacité de
résistance de leur modèle opérationnel dans le temps. C’est pourquoi il est attendu
qu’ils examinent explicitement les changements auxquels les facteurs climatiques et
environnementaux soumettent leur cadre macroéconomique et réglementaire ainsi

33
Cf. aussi paragraphes 59 et 60, principe 4, du guide ICAAP de la BCE.
34
Cf. Indebted to nature: exploring biodiversity risks for the Dutch financial sector (une dette envers la
nature : étude des risques de perte de biodiversité pour le secteur financier néerlandais, en anglais
uniquement), Banque des Pays-Bas, juin 2020.
35
Cf. aussi principe 4 du guide ICAAP de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 19


que leur situation concurrentielle, notamment. Cet examen devrait se refléter sur leur
processus de stratégie opérationnelle et se manifester dans des réunions et
discussions informées de l’organe de direction 36.

L’horizon temporel est également une importante dimension à prendre en compte. Si


certains risques, comme l’atteinte à la réputation, les événements climatiques
extrêmes (inondations, par exemple) ou les évolutions liées aux politiques
publiques 37, peuvent se faire sentir à court et moyen terme, d’autres s’étendent sur
des périodes nettement plus longues. Il est attendu des établissements qu’ils tiennent
compte des connaissances scientifiques les plus récentes pour améliorer leur
compréhension des modifications de leur environnement économique qui pourraient
survenir à l’avenir. Il leur est également recommandé de suivre les différentes
initiatives prises à cet égard dans les juridictions où ils mènent leurs activités, par
exemple en ce qui concerne les normes d’efficacité énergétique susceptibles
d’affecter leurs portefeuilles immobiliers 38.

4.2 Stratégie opérationnelle

Attente 2
Lorsqu’ils définissent et mettent en œuvre leur stratégie opérationnelle, les
établissements devraient y intégrer les risques liés au climat et à l’environnement qui
ont une incidence sur leur environnement économique à court, moyen et long terme.

La stratégie opérationnelle d’un établissement est le principal outil lui permettant de se


positionner dans son environnement économique de façon à générer des rendements
acceptables, conformes à son appétence pour le risque. Comme exposé dans les
orientations de l’ABE 39, les établissements de crédit devraient tenir compte de tout
facteur significatif lié à leurs intérêts financiers et à leur solvabilité à long terme
lorsqu’ils définissent leur stratégie opérationnelle. Or, les risques climatiques et
environnementaux pourraient avoir une incidence directe sur l’efficacité des stratégies
présentes et futures des établissements 40.

36
Conformément aux orientations de l’ABE sur la gouvernance interne, les termes « l’organe de direction
dans sa fonction exécutive » et « l’organe de direction dans sa fonction de surveillance » sont utilisés
dans le présent guide sans recommander ni désigner une structure de gouvernance spécifique, et les
références aux fonctions de direction (fonction exécutive) ou de surveillance (fonction non exécutive)
doivent être comprises comme s’appliquant aux organes ou membres de l’organe de direction
responsables de la fonction considérée en vertu de la législation nationale.
37
Les « politiques publiques » désignent les règles, lois et réglementations édictées par une administration
publique.
38
Pour une analyse de l’effet prudentiel potentiel d’un resserrement des normes d’efficacité énergétique
appliquées aux établissements de crédit, voir, par exemple, le rapport de l’Autorité de réglementation
prudentielle britannique Transition in thinking: the impact of climate change on the UK banking sector
(réflexion en transition : incidence du changement climatique sur le secteur bancaire du Royaume-Uni,
en anglais uniquement), Encadré 3, Banque d’Angleterre, 2018.
39
Cf. paragraphe 23 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
40
Cf. aussi paragraphes 25, 32 et 34, principes 2 et 4, du guide ICAAP de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 20


Attente 2.1 Il est attendu des établissements de crédit qu’ils déterminent quels risques liés
au climat et à l’environnement ont une incidence sur leur stratégie
opérationnelle à court, moyen et long terme, par exemple en utilisant des
analyses de scénarios (de crise) 41. Comme exposé dans les orientations de l’ABE,
les établissements devraient considérer les limitations, vulnérabilités et déficiences
détectées dans les tests de résistance et analyses de scénarios internes lorsqu’ils
mettent au point leur stratégie opérationnelle 42. L’analyse de scénarios est un outil
particulièrement utile dans le contexte des risques liés au climat et à l’environnement
en raison de l’incertitude qui entoure l’évolution future du changement climatique et la
façon dont la société y réagit 43. Un établissement peut tenir compte de cette
incertitude dans sa prise de décisions stratégiques en mettant au point un ensemble
de scénarios plausibles pour tester la capacité de résistance de son modèle
opérationnel. Ces scénarios devraient contenir des hypothèses concernant
l’incidence des risques liés au climat et à l’environnement et les horizons temporels
sur lesquels cette incidence devrait se matérialiser. Ces hypothèses, de nature
quantitative et/ou qualitative, devraient reposer sur des informations prospectives,
lorsqu’elles sont disponibles, et devraient être aussi pertinentes pour l’exposition d’un
établissement au risque environnemental (en fonction du type d’activité, du secteur et
de la situation géographique de ces expositions). Il faudra sans doute aussi faire appel
au jugement d’experts étant donné que la nature du changement climatique en tant
que facteur de risque financier présentera des difficultés nouvelles, qui ne sont pas
encore apparues 44. Des analyses de scénarios peuvent être utilisées pour évaluer les
risques à court-moyen terme et à long terme.

1. Une évaluation à court-moyen terme devrait contenir une analyse des risques
liés au climat et à l’environnement auxquels l’établissement est exposé au cours
de son horizon de planification actuel (3 à 5 ans).

2. En outre, il serait nécessaire de mener une évaluation à plus long terme portant
sur une période plus longue que l’horizon de planification habituel (supérieure à
5 ans, donc conforme aux engagements des politiques publiques en matière de
transition vers une économie plus durable) 45 de la capacité de résistance du
modèle opérationnel actuel dans plusieurs scénarios plausibles pour l’avenir et

41
Plusieurs publications pourraient aider les établissements de crédit à mener leurs analyses de scénarios
ou à trouver des scénarios pertinents, par exemple : Technical supplement. The use of scenario analysis
in disclosure of climate-related risks and opportunities (supplément technique : utilisation de l’analyse de
scénarios dans les communications relatives aux risques et opportunités liés au climat, en anglais
uniquement), GTCC, 2017 ; et Requirements for scenario-analysis (exigences relatives à l’analyse de
scénarios), NGFS, à paraître. Cf. attente 11 : « Les établissements devraient aussi tenir compte des
scénarios climatiques de l’AIE et du GIEC en matière de risque physique ».
42
Cf. paragraphes 30 et 72 des orientations de l’ABE sur les tests de résistance des établissements
(ABE/GL/2018/04).
43
Cf. Technical supplement. The use of scenario analysis in disclosure of climate-related risks and
opportunities (supplément technique : utilisation de l’analyse de scénarios dans les communications
relatives aux risques et opportunités liés au climat, en anglais uniquement), GTCC, 2017.
44
Des matrices du caractère significatif pourraient être envisagées pour déterminer les paramètres et
hypothèses à utiliser dans chacun des scénarios. De telles matrices aideraient à hiérarchiser les
paramètres en fonction des dimensions prédéfinies (sur chaque axe) : par exemple, la sensibilité au
risque climatique et environnemental par secteur sur un axe et l’exposition de l’établissement à ces
secteurs sur l’autre.
45
Cf., par exemple, les objectifs de réduction des émissions de l’UE d’ici 2030 fixés par la Commission
européenne.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 21


pertinents pour l’estimation des risques liés au climat et à l’environnement, pour
déceler les spécificités de ce type de risques.

Attente 2.2 La stratégie opérationnelle d’un établissement ainsi que sa mise en œuvre
devraient refléter les risques liés au climat et à l’environnement, par exemple
grâce à la fixation et au suivi d’indicateurs-clés de performance (key
performance indicators, KPI) qui sont répercutés vers les lignes métier et les
portefeuilles. Conformément aux orientations de l’ABE 46, le cadre de gestion des
risques d’un établissement devrait lui permettre de former ses décisions relatives à la
prise de risque en toute connaissance de cause, notamment les décisions concernant
les évolutions internes comme externes. Pour soutenir leur stratégie opérationnelle,
les établissements peuvent fixer des KPI pour tout type de risque lié au climat et à
l’environnement. Ces KPI devraient, si possible, être mesurables et quantifiables.
Selon la nature des activités de l’établissement, ces KPI devraient être répercutés
vers les lignes métier et les portefeuilles pertinents. Il est également attendu des
établissements qu’ils aient les capacités d’intégrer les risques significatifs liés au
climat et à l’environnement aux niveaux concernés de leur organisation en attribuant
des tâches spécifiques, en assurant le flux de communication entre les diverses
fonctions, en suivant les progrès réalisés, en prenant les mesures correctives en
temps utile et en surveillant toutes les charges budgétaires correspondantes.
Lorsqu’ils déterminent leurs objectifs stratégiques, les établissements devraient
notamment tenir compte des risques que présente la transition vers une économie
plus durable, à faible intensité carbone, pour leurs portefeuilles de prêts et de
négociation. Toute décision stratégique relative aux facteurs climatiques et
environnementaux significatifs devrait être incorporée aux politiques de
l’établissement, par exemple à ses politiques de crédit par secteur et par produit.

Encadré 2
Exemple de pratique observée : indicateurs-clés de performance liés au climat et à
l’environnement

La BCE a observé un établissement qui a intégré les KPI suivants liés au climat et à l’environnement
dans son cadre stratégique, dans le but de rendre mesurable sa stratégie de réduction de son
exposition aux risques de transition : a) empreinte carbone de ses actifs ; b) étiquette énergétique
moyenne de ses portefeuilles de prêts hypothécaires ; c) nombre de logements ayant connu une
amélioration de leur étiquette énergétique grâce à son financement. Outre les KPI, l’établissement
soumet ses portefeuilles à des tensions en recourant à un scénario de crise liée au climat. Le résultat
du scénario est défini en termes d’effets macroéconomiques négatifs, ce qui peut ensuite être utilisé
par l’établissement comme un indicateur pour piloter ses décisions stratégiques concernant les
portefeuilles au cours du temps. L’approche stratégique de la banque en matière de risques
provenant du changement climatique et d’autres évolutions environnementales repose à la fois sur
les KPI et sur les résultats de l’analyse des scénarios. Ces indicateurs sont répercutés au niveau des
lignes métier (par exemple, banque de détail, banque privée, banque commerciale et services

46
Cf. paragraphes 136 et 139 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11)

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 22


bancaires aux entreprises). Pour chaque indicateur, un horizon temporel est fixé et les progrès
réalisés sont mesurés par rapport à une année de base.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 23


5 Attentes prudentielles relatives à la
gouvernance et à l’appétence pour le
risque

En vertu de l’article 74 de la CRD, il est attendu des établissements de crédit qu’ils


disposent d’un solide dispositif de gouvernance pour leur permettre de détecter, gérer,
suivre et déclarer efficacement les risques auxquels ils sont ou pourraient être
exposés, de façon à avoir une vision holistique de tous les risques, sur une base
individuelle et consolidée 47. Pour comprendre les risques liés au climat et à
l’environnement et y réagir, les établissements devraient les intégrer dans leurs
dispositifs de gouvernance et d’appétence pour le risque, tout en impliquant de façon
appropriée toutes les fonctions concernées. En outre, il est attendu qu’ils déclarent
convenablement et régulièrement les risques climatiques et environnementaux à
l’organe de direction pour assurer une bonne gestion de ces risques.

5.1 Organe de direction

Attente 3
Il est attendu de l’organe de direction qu’il tienne compte des risques liés au climat et à
l’environnement lorsqu’il définit la stratégie opérationnelle globale de l’établissement,
ses objectifs opérationnels et son dispositif de gestion des risques, et qu’il assure une
surveillance efficace de ces risques.

Comme exposé dans les orientations de l’ABE 48, les responsabilités de l’organe de
direction 49 comprennent la définition, l’approbation et la supervision de la mise en
œuvre des éléments suivants : la stratégie opérationnelle globale et les principales
politiques ; la stratégie globale en matière de risques ; un cadre adéquat de
gouvernance et de contrôle internes. Étant donné l’incidence des risques liés au
climat et à l’environnement sur ces éléments, l’organe de direction joue un rôle-clé en
ce qui concerne sa fonction de surveillance comme sa fonction exécutive 50.

Attente 3.1 Il est attendu de l’organe de direction qu’il attribue explicitement les rôles et
responsabilités en matière de risques liés au climat et à l’environnement à ses
membres et/ou ses sous-comités. Selon les orientations de l’ABE, l’organe de
direction doit s’assurer que les rapports hiérarchiques et la répartition des

47
Cf. également paragraphe 30 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11)
48
Cf. paragraphe 23 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
49
Cf. note de bas de page no°29 pour une explication de l’utilisation des termes « l’organe de direction
dans sa fonction exécutive » et « l’organe de direction dans sa fonction de surveillance » et le
paragraphe 9 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
50
Cf. également article 91 de la CRD et orientations communes de l’AEMF et de l’ABE sur l’évaluation de
l’aptitude des membres de l’organe de direction (ABE/GL/2017/12).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 24


responsabilités au sein de l’établissement soient clairs, bien définis, cohérents,
exécutoires et bien documentés 51. Nonobstant sa responsabilité collective, globale et
ultime, à l’égard de l’établissement, l’organe de direction devrait attribuer les rôles et
fonctions, comme il convient, au sein de la structure organisationnelle de façon
explicite et formelle et conformément au profil de risque de l’établissement. Les
établissements peuvent, sur la base du principe de proportionnalité, instaurer des
comités autres que ceux auxquels il est fait spécialement référence dans la CRD 52. Ils
peuvent envisager de confier la responsabilité des risques liés au climat et à
l’environnement à un membre d’un comité existant ou de mettre en place un comité
spécifique.

Encadré 3
Exemple de pratique observée : instauration de comités spécifiques

La BCE a observé plusieurs établissements qui ont instauré des comités spécifiques dans le cadre de
leurs efforts pour tenir pleinement compte des risques liés au climat et à l’environnement. Ainsi, dans
le contexte de son plan stratégique à moyen terme, une banque procède à la mise en place d’un
comité recourant à des experts internes et externes (comme des chercheurs dans les disciplines
concernées) pour conseiller l’organe de direction et l’aider à définir sa stratégie ESG (qui inclut les
risques liés au climat et à l’environnement). Pour cela, la banque examine, par exemple, les risques
climatiques et environnementaux auxquels elle est exposée ainsi que les politiques de financement
sectorielles associées, qui définissent des objectifs et des limites aux expositions de certains
secteurs. Un autre établissement a institué un comité dédié chargé de fournir des lignes directrices
avisées concernant les transactions ayant des implications complexes pour le climat et
l’environnement. Ce comité est présidé par la direction générale.

Attente 3.2 Il est attendu de l’organe de direction qu’il tienne compte des connaissances,
des compétences et de l’expérience de ses membres en matière de risques liés
au climat et à l’environnement lorsqu’il évalue leur aptitude collective. Comme
exposé dans la CRD et précisé dans les orientations communes de l’AEMF et de
l’ABE 53, l’organe de direction dispose collectivement des connaissances, des
compétences et de l’expérience nécessaires à la compréhension des activités de
l’établissement, y compris des principaux risques auxquels il est exposé, et il doit les
passer en revue régulièrement 54. Il est également attendu de l’organe de direction qu’il
dispose d’une compréhension adéquate des risques liés au climat et à
l’environnement, afin de pouvoir tenir compte, lors de son évaluation de l’aptitude
collective de ses membres, des connaissances, des compétences et de l’expérience

51
Cf. paragraphes 20 et 67 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
52
Cf. paragraphe 41 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
53
Cf. orientations communes de l’AEMF et de l’ABE sur l’évaluation de l’aptitude des membres de l’organe
de direction et des titulaires de postes-clés au titre de la directive 2013/36/UE et de la directive
2014/65/UE (EBA/GL/2017/12).
54
Cf. article 91 de la CRD.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 25


nécessaires à une gestion et une déclaration saines et efficaces des risques de ce
type auxquels l’établissement est soumis.

Attente 3.3 Il revient à l’organe de direction de s’assurer que l’établissement intègre de


façon appropriée les risques liés au climat et à l’environnement dans sa
stratégie opérationnelle globale et son dispositif de gestion des risques 55.
L’organe de direction devrait participer à la définition, l’approbation et la supervision
du processus de stratégie opérationnelle 56 et il devrait prendre ses décisions sur une
base solide et éclairée 57. Comme expliqué précédemment, l’organe de direction
devrait considérer les effets à court, moyen et long terme des facteurs climatiques et
environnementaux sur la stratégie opérationnelle globale de l’établissement et
intégrer clairement les responsabilités concernées à sa structure organisationnelle.
L’organe de direction devrait également déterminer l’importance des risques liés au
climat et à l’environnement et préciser, documents à l’appui, les informations
qualitatives et quantitatives sur lesquelles reposent ses décisions 58. En ce qui
concerne sa fonction de définition, approbation et supervision de la mise en œuvre
des politiques-clés de l’établissement 59 60, l’organe de direction devrait examiner de
façon continue si les politiques existantes couvrent l’ensemble des risques liés au
climat et à l’environnement, notamment les politiques (de crédit) par secteur et par
produit.

Pour atteindre une vision holistique des risques 61, tout en tenant compte des intérêts
financiers à long terme 62 de l’établissement, l’organe de direction devrait étudier
explicitement la réaction de l’établissement aux objectifs fixés par les traités
internationaux comme l’accord de Paris (2015), les politiques de l’UE relatives à
l’environnement telles que le pacte vert pour l’Europe, les politiques locales et
nationales ainsi que les résultats d’évaluations solides des risques liés au climat et à
l’environnement, par exemple celles du GIEC et de l’IPBES.

Attente 3.4 Il est attendu de l’organe de direction qu’il exerce une surveillance efficace de
l’exposition de l’établissement et de sa réaction aux risques liés au climat et à
l’environnement. Comme exposé dans les orientations de l’ABE 63, la fonction de
supervision comprend l’examen de l’accomplissement de la fonction de direction et de
l’atteinte des objectifs. Pour favoriser une fonction de supervision efficace et une prise
de décisions avisée 64, il est recommandé à l’organe de direction, dans sa fonction
exécutive, de fixer des indicateurs-clés de performance (KPI) et des indicateurs-clés
de risque (key risk indicators, KRI), comme expliqué dans les parties précédente et

55
Cf. aussi principes 1 a), 2 c et e), ainsi que paragraphes 32 et 34 du guide ICAAP de la BCE.
56
Cf. paragraphe 23 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
57
Cf. paragraphe 28 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
58
Cf. paragraphe 63 du guide de la BCE relatif au processus interne d’évaluation de l’adéquation du capital
(ICAAP).
59
Cf. paragraphe 23 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
60
Cf. paragraphe 33 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
61
Cf. paragraphe 95 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
62
Cf. paragraphe 23 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
63
Cf. paragraphe 24 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
64
Cf. paragraphe 28 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 26


suivante. L’organe de direction dans sa fonction de supervision devrait suivre et
examiner avec attention les objectifs ainsi que toute évolution de ces KPI et KRI.

5.2 Appétence pour le risque

Attente 4
Il est attendu des établissements qu’ils incluent explicitement les risques liés au climat
et à l’environnement dans leur cadre d’appétence pour le risque.

Un établissement devrait disposer d’un cadre d’appétence pour le risque tenant


compte de la totalité des risques significatifs auxquels il est exposé, qui soit prospectif,
conforme à l’horizon du plan stratégique défini dans la stratégie opérationnelle et
régulièrement réexaminé 65. L’intégration des risques liés au climat et à
l’environnement au cadre d’appétence pour le risque accroît la capacité des
établissements à résister à ces risques et à les gérer, par exemple en fixant des
limites aux prêts accordés aux secteurs et régions géographiques fortement exposés
à ces risques 66.

Attente 4.1 Il est attendu des établissements qu’ils élaborent une description bien définie
des risques liés au climat et à l’environnement dans l’inventaire des risques qui
alimente leur déclaration d’appétence pour le risque. L’inventaire des risques,
aboutissement du processus de détection des risques, devrait reposer sur la
taxonomie interne des risques de l’établissement, qui est une classification des
différents types et facteurs de risque au sein de laquelle les risques liés au climat et à
l’environnement devraient être clairement définis 67. L’inventaire des risques sert de
base à la déclaration d’appétence pour le risque.

Attente 4.2 Il est attendu des établissements qu’ils définissent des indicateurs-clés de
risque appropriés et fixent des limites adaptées afin de gérer efficacement les
risques liés au climat et à l’environnement, conformément à leurs dispositifs
habituels de suivi et de remontée d’informations. Selon les orientations de l’ABE,
les établissements devraient veiller à ce que leur stratégie relative au risque et leur
appétence pour le risque tiennent compte de tous les risques significatifs auxquels ils
sont exposés et qu’ils précisent des limites, tolérances ou seuils de risque 68. En outre,
les établissements devraient disposer d’un cadre de gestion des risques garantissant
que, lorsque des limites sont dépassées, il existe un processus défini pour faire
remonter l’information aux niveaux hiérarchiques supérieurs et réagir, ainsi qu’une
procédure appropriée de suivi 69. La BCE escompte que les établissements suivent et

65
Cf. également paragraphe 21 du guide ICAAP de la BCE.
66
Cf. aussi paragraphes 25,32 et 34, principe 2 c), du guide ICAAP de la BCE.
67
Cf. également paragraphes 31-35 et 59-66 du guide ICAAP de la BCE.
68
Cf. paragraphe 100 des orientations révisées sur les procédures et les méthodologies communes à
appliquer dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (Supervisory Review and
Evaluation Process, SREP) et des tests de résistance prudentiels, modifiant les orientations
ABE/GL/2014/13 (ABE/GL/2018/03).
69
Cf. paragraphe 138 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 27


déclarent leurs expositions aux risques liés au climat et à l’environnement sur la base
des données actuelles et d’estimations prospectives. Elle attend également d’eux
qu’ils attribuent des indicateurs quantitatifs à ces risques, et notamment aux risques
physique et de transition. Cependant, elle est consciente que les définitions
communes et taxonomies de ces risques sont encore en cours d’élaboration et que
des descriptions qualitatives peuvent être utilisées comme mesures intermédiaires
pendant que les établissements conçoivent des indicateurs quantitatifs appropriés. Il
est également attendu que les indicateurs et limites de l’appétence pour le risque
soient déterminés sur la base du niveau de risque que l’établissement est prêt à
assumer dans le cadre de sa capacité de prise de risques, conformément à son
modèle opérationnel.

En matière de risques climatiques, les établissements devraient développer des


indicateurs tenant compte de la nature à long terme du changement climatique, et
notamment du fait que les évolutions divergentes de la température et des émissions
de gaz à effet de serre (GES) peuvent accentuer encore ces risques. Ces indicateurs
devraient soutenir la capacité de l’établissement à réagir à une transition soudaine
vers une économie sobre en carbone ou à un événement physique ayant des
répercussions sur ses opérations ou ses portefeuilles de prêts et à mettre rapidement
en œuvre des mesures d’atténuation.

Encadré 4
Exemple de pratique observée : ciblage de l’intensité carbone et contribution du bilan à la
capacité de résistance au changement climatique

La BCE a constaté que plusieurs banques se fixaient comme objectif de maintenir la teneur en
carbone du bouquet énergétique qu’elles financent à des valeurs conformes à l’objectif de l’accord de
Paris de 2015, qui est de contenir l’augmentation des températures bien au-dessous de 1,5-2°C. Il
s’agit-là de l’une des approches possibles pour réduire l’exposition aux risques de transition
provenant des mesures de politique publique annoncées pour les décennies à venir.

Graphique A
Ciblage de l’intensité carbone
Bank targets
IEA Sustainable Development Scenario
600

500

400
CO2 per kW h

300

200

100

0
2014 2018 2030 2040 2050

Source : Perspectives énergétiques mondiales 2019.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 28


Pour quantifier ces objectifs, certaines banques ont recours au scénario de développement durable
de l’Agence internationale de l’énergie ou à un scénario semblable, comme illustré par le graphique.
D’autres adoptent une approche différente : pour chaque secteur ayant une empreinte carbone
élevée, elles mesurent et comparent comment les prêts à ce secteur contribuent à la capacité de
résistance au changement climatique et ajustent leur portefeuille de prêts en conséquence. Ces
méthodologies ne s’excluent pas mutuellement et, de fait, certains établissements en appliquent
plusieurs.

Attente 4.3 Il est attendu des établissements qu’ils veillent à ce que leurs politiques et
pratiques de rémunération encouragent un comportement conforme à leur
approche (des risques) en matière de climat et d’environnement ainsi qu’à leurs
engagements volontaires. Comme exposé dans les orientations de l’ABE, les
politiques et pratiques de rémunération des établissements devraient être
compatibles avec leur appétence pour le risque, leur stratégie opérationnelle et leurs
objectifs à long terme 70. Les structures d’incitation devraient favoriser les
comportements conformes à leur appétence pour le risque et leurs objectifs
opérationnels à long terme 71 et décourager une prise de risque excessive. Les
politiques et pratiques de rémunération, notamment le report de rémunération et la
mise au point de critères de performance, devraient contribuer à renforcer une
approche à long terme de la gestion des risques liés au climat et à l’environnement,
conforme à l’appétence pour le risque et à la stratégie de chaque établissement. Pour
encourager un comportement conforme à leur approche en la matière, les
établissements disposant d’objectifs relatifs au climat et à l’environnement pourraient
envisager la mise en œuvre d’une composante variable de la rémunération liée à la
réalisation de ces objectifs. Lorsque la quantification des effets financiers des risques
liés au climat et à l’environnement est difficile, l’organe de direction peut inclure des
critères qualitatifs appropriés dans la politique de rémunération.

70
En outre, les établissements de crédit fournissant des services de gestion de portefeuille et/ou des
conseils financiers doivent inclure dans leur politique de rémunération des informations sur la manière
dont ces politiques sont adaptées à l’intégration des risques en matière de durabilité et publier ces
informations, à compter de mars 2021, sur leur site Internet, en vertu de l’article 5 du règlement (UE)
2019/2088 du Parlement européen et du Conseil du 27 novembre 2019 sur la publication d’informations
en matière de durabilité dans le secteur des services financiers.
71
Cf. orientations de l’ABE sur les politiques de rémunération saines, au titre des articles 74, paragraphe 3,
et 75, paragraphe 2, de la directive 2013/36/UE, et la publication d’informations au titre de l’article 450 du
règlement (UE) no 575/2013 (ABE/GL/2015/22).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 29


5.3 Structure organisationnelle

Attente 5
Il est attendu des établissements qu’ils répartissent les responsabilités en matière de
gestion des risques liés au climat et à l’environnement au sein de leur structure
organisationnelle conformément au modèle des trois lignes de défense.

En vertu de l’article 74 de la CRD et comme précisé dans les orientations de l’ABE, les
établissements devraient disposer d’un processus décisionnel clair, transparent et
documenté ainsi que d’une attribution claire des responsabilités et du pouvoir au sein
de leur dispositif de contrôle interne, incluant notamment les lignes métier, unités
internes et fonctions de contrôle interne 72 qui favorisent une prise de décision en
connaissance de cause par l’organe de direction 73. Par conséquent, les
responsabilités en matière de détection, d’évaluation et de gestion des risques liés au
climat et à l’environnement devraient être réparties de façon équitable entre les
différentes fonctions de l’établissement.

Attente 5.1 Il est attendu des établissements qu’ils attribuent explicitement les
responsabilités en matière de risques liés au climat et à l’environnement au
sein de leur établissement. Ces responsabilités doivent aussi être clairement
attestées dans les politiques, procédures et contrôles pertinents. Les
établissements devraient définir de façon explicite quelles structures internes sont
chargées d’examiner les risques liés au climat et à l’environnement et décrire
clairement leurs mandats et procédures de travail respectifs. Les établissements
peuvent soit répartir ces responsabilités entre les structures existantes, soit, si cela
est jugé utile, envisager la création d’une structure spécifique chargée de coordonner
l’approche globale de la gestion des risques de l’établissement en matière de risques
climatiques et environnementaux. S’ils décident d’établir une structure spécifique, son
intégration aux processus et interfaces d’autres fonctions devra être clairement
définie. Quels que soient les dispositifs choisis, les établissements devront décrire les
relations entre les structures concernées et leurs procédures de travail afin d’assurer
un flux d’informations adéquat entre toutes les parties prenantes.

Attente 5.2 Il est attendu des établissements qu’ils veillent à ce que les fonctions
participant à la gestion des risques liés au climat et à l’environnement
disposent des ressources humaines et financières appropriées. Conformément
aux orientations de l’ABE, les établissements devraient s’assurer que les fonctions de
contrôle interne disposent des ressources financières et humaines appropriées ainsi
que des pouvoirs pour remplir leur rôle efficacement 74. Dans le même esprit, ils
devraient évaluer l’adéquation de la capacité et des ressources pour faire face aux
risques liés au climat et à l’environnement, notamment dans les fonctions qui gèrent
ces risques. Si nécessaire, ils devront renforcer la capacité et les ressources
disponibles, et favoriser une formation appropriée de toutes les fonctions concernées.

72
Cf. paragraphe 131 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
73
Cf. paragraphes 28 et 94 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
74
Cf. paragraphes 155 et 160 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 30


Cela consistera notamment à s’assurer que les normes, attitudes et comportements
de l’établissement en matière de sensibilisation au risque tiennent compte des effets
incertains mais potentiellement importants des risques liés au climat et à
l’environnement.

Attente 5.3 Les établissements devraient définir les tâches et responsabilités de la


première ligne de défense en termes de prise et de gestion des risques liés au
climat et à l’environnement. Les établissements devraient s’assurer que la première
ligne de défense remplisse ses fonctions conformément à toute politique, procédure
ou limite relative au climat et à l’environnement. Plus particulièrement, la première
ligne de défense devrait détecter, évaluer et suivre tous les risques climatiques et
environnementaux pertinents pour la solvabilité et la note/notation d’un client, et
mener la diligence appropriée sur ces risques, conformément à l’attente 7.4.

Attente 5.4 Il est attendu des établissements qu’ils définissent les tâches et
responsabilités de la fonction de gestion des risques en matière de détection,
évaluation, mesure, suivi et déclaration des risques liés au climat et à
l’environnement. La principale responsabilité de la fonction de gestion des risques
est de veiller à ce que tous les risques soient détectés, évalués, mesurés, suivis,
gérés et dûment déclarés par les unités concernées de l’établissement 75. Il est attendu
qu’elle fournisse des informations, des analyses et des expertises indépendantes et
pertinentes sur les expositions aux risques. Les risques liés au climat et à
l’environnement se matérialisant à travers les risques existants, les tâches et
responsabilités devraient être intégrées dans le dispositif de gestion existant, comme
expliqué ci-dessous dans la partie relative à la gestion des risques.

Encadré 5
Exemple de pratique observée : points de contact horizontaux

La BCE a observé plusieurs établissements qui ont mis en œuvre des mesures spécifiques afin de
promouvoir une culture du risque tenant compte des risques liés au climat et à l’environnement. Ainsi,
une banque a désigné certains employés comme points de contact horizontaux pour s’assurer que
les risques climatiques et environnementaux soient correctement intégrés aux procédures de travail
de sa fonction de gestion des risques. Une autre a mis en place des correspondants pour les lignes
métier coopérant activement et ayant des contacts avec les fonctions de gestion des risques et/ou les
autres fonctions impliquées dans les risques ESG (risques environnementaux, sociaux et de
gouvernance) notamment les risques climatiques et environnementaux.

Attente 5.5 Il est attendu des établissements qu’ils définissent les tâches et
responsabilités de la fonction de conformité en s’assurant que le risque de
conformité provenant des risques liés au climat et à l’environnement soit
dûment pris en compte et efficacement intégré à tous les processus concernés.
La fonction de conformité devrait fournir des conseils à l’organe de direction sur les
mesures à adopter pour garantir le respect des lois, règles, règlements et normes

75
Cf. paragraphe 174 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 31


applicables et devrait évaluer l’incidence potentielle de tout changement apporté au
cadre juridique ou réglementaire sur les activités de l’établissement et son dispositif
de conformité 76. Les règles et normes en matière de durabilité étant susceptibles
d’évoluer dans le temps, les établissements pourraient, de plus en plus, être
confrontés à des risques liés à la conformité (risques de responsabilité, de contentieux
et de réputation, par exemple) découlant de problèmes climatiques et
environnementaux.

Attente 5.6 Il est attendu de la fonction d’audit interne qu’elle étudie, dans le cadre de ses
examens, le niveau de préparation de l’établissement pour gérer les risques liés
au climat et à l’environnement. La fonction d’audit interne devrait examiner le
dispositif de contrôle interne et de gestion des risques de l’établissement en
s’intéressant notamment aux événements externes et aux modifications, notamment,
du profil de risque, des produits et/ou des lignes métier de l’établissement 77. Cet
examen devrait également porter sur l’adéquation des dispositifs de gestion des
risques liés au climat et à l’environnement. En outre, les politiques et procédures d’un
établissement en matière de risques liés au climat et à l’environnement relèvent de la
fonction d’audit interne, puisque le rôle de cette dernière est de vérifier le respect des
politiques et procédures internes de l’établissement ainsi que des exigences externes.

5.4 Obligation de déclaration

Attente 6
Aux fins des rapports internes, il est attendu des établissements qu’ils déclarent des
données agrégées sur le risque reflétant leur exposition aux risques liés au climat et à
l’environnement, afin de permettre à l’organe de direction et aux sous-comités
concernés de prendre leurs décisions en toute connaissance de cause.

Les orientations de l’ABE 78 exposent comment les établissements devraient mettre


en place des mécanismes de déclaration réguliers et transparents, afin que l’organe
de direction, son comité des risques, lorsqu’il a été instauré, et l’ensemble des unités
concernées de l’établissement reçoivent en temps utile des rapports précis, concis,
compréhensibles et judicieux, et puissent partager des informations pertinentes sur la
détection, la mesure ou l’évaluation, le suivi et la gestion des risques. Par conséquent,
la BCE s’attend à ce que les établissements intègrent les risques liés au climat et à
l’environnement à leurs cadres de déclaration afin d’aider la prise de décisions au
niveau de la direction. La BCE prend acte que les indicateurs et les instruments sont
en pleine évolution et que, à l’heure actuelle, les données dont disposent les
établissements sont parfois incomplètes. Elle estime cependant que la déclaration
des risques climatiques et environnementaux devrait s’améliorer au fil du temps. Tant

76
Cf. paragraphe 192 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
77
Cf. paragraphe 139 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
78
Cf. paragraphe 145 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 32


qu’il sera jugé impossible ou prématuré de fournir des rapports exacts et complets, la
BCE attend des établissements qu’ils évaluent les informations dont ils ont besoin
pour élaborer leur stratégie et gérer les risques, qu’ils répertorient les lacunes des
données existantes et qu’ils conçoivent un plan pour les combler et remédier à toutes
les insuffisances.

Attente 6.1 Il est attendu des établissements qu’ils mettent au point une approche
holistique de la gouvernance des données en matière de risques liés au climat
et à l’environnement. Selon les orientations de l’ABE, des mécanismes de
déclaration réguliers et transparents devraient être établis afin d’assurer la production
en temps utile de rapports précis, concis, compréhensibles et judicieux permettant le
partage des informations pertinentes sur la détection, la mesure ou l’évaluation, le
suivi et la gestion des risques 79. Il est attendu des établissements qu’il définissent et
documentent les risques liés au climat et à l’environnement et qu’ils les intègrent à leur
cadre de déclaration, afin de pouvoir suivre, gérer et atténuer efficacement leur
exposition à ces risques. Cela concerne notamment la gouvernance des données sur
le risque, l’infrastructure informatique, les capacités d’agrégation des données sur le
risque et les procédures de déclaration. Les établissements devraient veiller à ce que
leur cadre de déclaration des données sur les risques climatiques et
environnementaux fonctionne en conjonction avec les indicateurs de ces risques
figurant dans leur déclaration d’appétence pour le risque et leurs processus de gestion
des risques. Le cadre de déclaration devrait aussi étayer, le cas échéant, les KPI
utilisés pour évaluer la performance de l’établissement en termes de risques
climatiques et environnementaux et de communication au public 80.

Attente 6.2 Les risques liés au climat et à l’environnement ayant des caractéristiques
spécifiques, il est attendu des établissements qu’ils envisagent d’adapter leurs
systèmes d’information, afin de recueillir et agréger systématiquement les
données nécessaires pour évaluer leur exposition à ces risques. Même s’il est
attendu des établissements qu’ils incorporent la taxonomie des données de ces
risques, il est également admis que le manque actuel de définitions communes et de
taxonomies et l’insuffisance de données pourraient rendre cette intégration
impossible. En pareil cas, les établissements devraient réfléchir à l’instauration de
processus et procédures de déclaration reposant sur des indicateurs de risque
qualitatifs internes ou externes, afin de s’assurer que l’organe de direction soit informé
de façon adéquate des risques liés au climat et à l’environnement. À cette fin, l’organe
de direction devrait être conscient que la couverture des données qu’il reçoit est
limitée et qu’il existe des contraintes juridiques et techniques. L’organe de direction
devrait utiliser ces informations pour alimenter ses discussions, poser des questions
et prendre ses décisions en matière de gestion des effets des risques climatiques et
environnementaux.

Attente 6.3 Il est attendu que les rapports sur le risque d’un établissement fassent état de
l’incidence des risques liés au climat et à l’environnement sur son modèle

79
Cf. paragraphe 145 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
80
Cf. norme 239 du CBCB, que la BCE utilise comme référence en matière de bonnes pratiques, dans le
cadre de ses activités continues de supervision prudentielle, pour évaluer les capacités d’agrégation des
données sur les risques et les pratiques de déclaration des risques des banques.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 33


opérationnel, sa stratégie et son profil de risque 81. Dans leurs rapports sur le
risque, les établissements devraient s’efforcer de couvrir tous les risques significatifs
liés au climat et à l’environnement dans l’ensemble de l’entité juridique et/ou des
lignes métier. Ces rapports, qui traitent également des risques liés au climat et à
l’environnement, devraient être intégrés au cadre de déclaration des risques
existants. La profondeur et la portée de ces rapports devraient dépendre de la taille et
la complexité des opérations et du profil de risque de l’établissement.

Attente 6.4 Les établissements devraient être en mesure de produire en temps utile des
données agrégées et actualisées sur les risques liés au climat et à
l’environnement. Cette attente est conforme aux orientations de l’ABE, selon
lesquelles les établissements doivent disposer de systèmes d’information et de
communication efficaces et fiables, qui gèrent pleinement les capacités d’agrégation
des données sur le risque en temps normal comme en temps de crise 82. La question
des délais est cruciale dans le cas de ces risques en raison, notamment, des effets
d’une transition brutale vers une économie sobre en carbone ou de l’incidence d’un
événement physique sur les activités d’un établissement. Par conséquent, l’organe de
direction devrait rester au courant de toute évolution aux niveaux national,
international, politique et réglementaire susceptible d’avoir une influence sur ses
attentes en matière de communication financière. Un établissement devrait être
capable d’adaptation, afin de produire des données agrégées sur les risques
climatiques et environnementaux permettant de faire face à toutes sortes de
demandes de notifications ponctuelles sur sa gestion des risques, notamment émises
en période de tensions ou de crise, liées à une modification des besoins internes et
provenant des autorités de contrôle, dans la mesure où la demande de rapports sur ce
type de risques augmente.

81
Cf. aussi paragraphes 29 et 30, principe 2, du guide ICAAP de la BCE.
82
Cf. orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11) et partie 5.8 des orientations
révisées sur les procédures et les méthodologies communes à appliquer dans le cadre du SREP
(Supervisory Review and Evaluation Process, processus de contrôle et d’évaluation prudentiels) et des
tests de résistance prudentiels (ABE/GL/2018/03).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 34


6 Attentes prudentielles en matière de
gestion des risques

Le présent chapitre s’appuie sur le précédent pour fournir des lignes directrices
détaillées sur l’intégration des risques liés au climat et à l’environnement à la gestion
des risques de crédit, opérationnels, de marché et de liquidité, ainsi qu’à l’ICAAP
(Internal Capital Adequacy Assessment Process, processus interne d’évaluation de
l’adéquation du capital) en général. Il traite notamment de la quantification des risques
par des analyses de scénarios et des tests de résistance.

6.1 Cadre de gestion des risques

Attente 7
Il est attendu des établissements : a) qu’ils intègrent les risques liés au climat et à
l’environnement dans leur cadre de gestion des risques, en tant que facteurs à
l’origine des catégories de risques existantes, afin de les gérer, de les suivre et de les
atténuer sur une période suffisamment longue ; et b) qu’ils réexaminent régulièrement
leurs dispositifs. Les établissements devraient inscrire la détection et la quantification
de ces risques dans leur processus global visant à assurer l’adéquation des fonds
propres.

Dans le contexte de leur dispositif de contrôle interne global, les établissements


devraient être dotés d’un cadre de gestion des risques à l’échelle de l’ensemble de
l’entité couvrant toutes les lignes métier et unités internes, y compris les fonctions de
contrôle interne 83. 84 Aux termes de l’article 73 de la CRD, « les établissements de
crédit disposent de stratégies et processus sains, efficaces et exhaustifs pour évaluer
et conserver en permanence le montant, le type et la répartition du capital interne
qu’ils jugent appropriés pour couvrir la nature et le niveau des risques auxquels ils
sont ou pourraient être exposés. » Outre les risques effectifs significatifs, les
établissements devraient tenir compte de tous les risques (et de toutes les
concentrations de ces risques et entre eux) liés à la mise en œuvre de leur stratégie
ou à des évolutions pertinentes dans leur environnement opérationnel 85. Les
établissements devraient donc procéder à une analyse exhaustive des moyens par
lesquels les risques liés au climat et à l’environnement peuvent constituer des
moteurs des différentes catégories de risques (comme les risques de liquidité, de
crédit, opérationnel, de marché et tout autre risque important pour les fonds propres
ou toute sous-catégorie de ces derniers) auxquelles ils sont ou pourraient être
exposés. Par ailleurs, ils devraient attacher une attention particulière aux

83
Cf. paragraphes 136 et 137 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11)
84
Cf. également paragraphes 32 et 34, principe 2 b), du guide ICAAP de la BCE.
85
Cf. paragraphe 60 du guide ICAAP de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 35


concentrations, au sein d’un type de risque ou entre types de risque, que les risques
liés au climat et à l’environnement pourraient entraîner.

Attente 7.1 Il est attendu des établissements qu’ils aient une vision holistique et bien
documentée de l’incidence des risques liés au climat et à l’environnement sur
les catégories de risques existantes. Le cadre de gestion des risques d’un
établissement devrait englober les risques de bilan comme de hors bilan, tout en
tenant dûment compte des risques tant financiers que non financiers 86, en ce qui
concerne aussi bien les expositions actuelles que futures. Il appartient à
l’établissement de mettre en œuvre un processus périodique de détection de
l’ensemble des risques significatifs et de les consigner dans un inventaire interne
complet. Cette attente inclut les approches normative et économique de l’ICAAP 87.

Attente 7.2 Les établissements devraient inclure l’ensemble des risques liés au climat et à
l’environnement dans leur évaluation du caractère significatif, pour toutes leurs
unités organisationnelles, à court, moyen et long terme, dans différents
scénarios. L’analyse sous-jacente devrait être adaptée au modèle opérationnel et au
profil de risque de l’établissement et tenir dûment compte des vulnérabilités des
(sous-)secteurs économiques, opérations et implantations géographique de
l’établissement et de ses contreparties. Il est attendu des établissements qu’ils
gardent une trace écrite des risques liés au climat et à l’environnement considérés, et
notamment de leurs canaux de transmission et de leur effet sur le profil de risque. En
outre, ils sont tenus de justifier pourquoi certains risques sont évalués comme non
significatifs en précisant les informations qualitatives et quantitatives utilisées pour
cette évaluation et en fournissant des documents d’appui 88.

Encadré 6
Exemple de pratique observée : mise en correspondance des risques climatiques et des
risques financiers

Certains établissements ont lancé un processus interne reliant les risques climatiques et leurs effets
financiers potentiels. Une banque a ainsi fourni une vue d’ensemble des principaux canaux de
transmission des risques climatiques vers les catégories de risques existantes, qui montre l’incidence
estimée des facteurs climatiques sur son profil de risque ainsi que le délai dans lequel elle est
susceptible de se produire.

86
Cf. paragraphe 136 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11).
87
Cf. principe 4 a) du guide ICAAP de la BCE.
88
Cf. paragraphe 63 du guide ICAAP de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 36


Tableau A
Exemple simplifié de mise en correspondance des risques climatiques et de leurs effets financiers
Incidence Incidence
Facteurs de risque sur le profil sur la
climatique Effets financiers potentiels Échéance de risque stratégie

Politiques et Dépréciation des actifs des entreprises à haute intensité carbone dans le 1 à 3 ans ** ****
réglementation portefeuille d’investissement

Technologie Remplacement des produits et services existants dans les entreprises clientes du 3 à 5 ans * ***
secteur automobile

Sentiment de marché Report des consommateurs et des investisseurs vers des produits plus durables 1 à 3 ans **** *

Risque physique aigu Dommages aux biens immobiliers et aux actifs dans les zones à haut risque 1 à 3 ans * **

Risque physique L’augmentation des frais engagés par les clients pour réparer les dommages ou 1 à 3 ans * **
chronique combler les pertes causés par des incidents climatiques compromet leur capacité
de remboursement.

Source : BCE.

Attente 7.3 Il est attendu des établissements qu’ils quantifient adéquatement les risques
liés au climat et à l’environnement auxquels ils sont exposés. 89 Comme indiqué
également dans le guide ICAAP de la BCE, les risques difficiles à quantifier ou pour
lesquels il n’existe pas de données pertinentes ne devraient pas être exclus de
l’évaluation 90. Lorsque ces méthodologies de quantification font l’objet de nouvelles
évolutions, prenant également en compte les travaux actuels et les publications à
venir des réseaux et instances de normalisation internationaux 91, les établissements
peuvent recourir à des hypothèses plausibles pour mettre au point des
approximations de l’évaluation. Comme indiqué à la section 6.5, ils pourraient
notamment envisager l’utilisation d’analyses de scénarios et de tests de résistance.

Attente 7.4
Il est attendu des établissements qu’ils adoptent une approche stratégique de
la gestion et/ou de l’atténuation des risques liés au climat et à l’environnement
qui soit conforme à leur stratégie opérationnelle et à leur appétence pour le
risque, et qu’ils adaptent leurs politiques, procédures, limites de risque et
contrôles des risques en conséquence. Selon les orientations de l’ABE, le cadre de
gestion des risques d’un établissement devrait fournir des lignes directrices détaillées
sur la mise en œuvre de ses stratégies et, le cas échéant, fixer et maintenir des limites
internes cohérentes avec son appétence pour le risque et adaptées à son
fonctionnement sain, sa solidité financière, son assise en fonds propres et ses
objectifs stratégiques 92. Aussi, il est attendu des établissements qu’ils envisagent la
nécessité d’adapter leurs politiques relatives aux risques, par exemple en fixant des
critères pour recenser les domaines d’activité (notamment les portefeuilles et les

89
Aux termes du principe 6 du guide ICAAP de la BCE, l’établissement est responsable de l’application de
méthodologies de quantification des risques adaptées à sa situation propre, aussi bien dans le cadre de
l’approche économique que dans l’approche normative.
90
Aux termes du paragraphe 74 du guide ICAAP de la BCE, « il est attendu de l’établissement qu’il
détermine des chiffres relatifs aux risques suffisamment prudents, en tenant compte de toutes les
informations pertinentes et en veillant à l’adéquation et à la cohérence de son choix concernant les
méthodologies de quantification des risques ».
91
Cf. Overview of Environmental Risk Analysis by Financial Institutions (vue d’ensemble de l’analyse des
risques environnementaux menée par les établissements financiers, en anglais uniquement), NGFS,
2020 ; et Case Studies of Environmental Risk Analysis Methodologies (études de cas : méthodologies
d’analyse des risques environnementaux, en anglais uniquement), NGFS, 2020.
92
Cf. paragraphes 135, 137 et 138 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne
(ABE/GL/2017/11).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 37


investissements) qu’ils pourraient aider à réduire progressivement les risques liés au
climat et à l’environnement, de sorte qu’ils renforceraient leur capacité de résistance
au risque de transition et/ou aux risques physiques. Les établissements sont
encouragés à engager un dialogue constructif avec leurs contreparties critiques,
notamment dans le but de long terme d’améliorer leur note de durabilité et/ou leur note
de crédit. Ils pourraient également envisager de fixer des limites aux financements
accordés à certains (sous-)secteurs économiques, souverains, entreprises ou
expositions immobilières sensibles, voire d’exclure de l’octroi de crédit des
(sous-)secteurs ou des emprunteurs qui ne cadrent pas avec leur appétence en
matière de risques liés au climat. En ce qui concerne plus spécifiquement les
établissements octroyant ou prévoyant d’octroyer des prêts durables sur le plan
environnemental, les orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts indiquent
que les établissements doivent évaluer dans quelle mesure l’activité de prêt est
« conforme ou contribue à leurs objectifs globaux en matière de climat et de durabilité
environnementale » 93.

Encadré 7
Exemple de pratique observée : quantification des effets climatiques et environnementaux
des financements dans le cadre de l’ICAAP

La BCE a observé une banque qui, dans sa stratégie de capital interne, évalue les effets de ses
financements sur l’environnement et attribue une note environnementale soit à l’actif/au projet
financé, soit à l’emprunteur quand il s’agit d’un financement à usage général, que le client soit une
entreprise ou une entité du secteur public. Cette note est dérivée d’une estimation de l’incidence de la
transaction sur le climat et tient compte de toutes les externalités environnementales importantes,
comme l’utilisation de l’eau, la pollution, les déchets et la biodiversité. Sur la base de cette note, la
banque applique des pénalités aux actifs qui devraient avoir l’incidence la plus élevée sur
l’environnement, ce qui entraîne pour ces expositions une augmentation de la pondération du risque
analytique. La banque indique que les expositions ayant des effets environnementaux et climatiques
négatifs enregistrent une augmentation pouvant aller jusqu’à un quart de leurs actifs pondérés du
risque analytique. En fin de compte, ces effets se reflètent dans le taux de rendement attendu des
actifs, ce qui peut inciter à investir ou désinvestir dans certains secteurs.

Attente 7.5 Il est attendu des établissements qu’ils appliquent les règles de diligence
appropriées aux aspects climatiques et environnementaux, lors de l’ouverture
de la relation avec un nouveau client, puis régulièrement par la suite. Cela
devrait comprendre, notamment, le recueil des informations et données nécessaires
pour évaluer la vulnérabilité aux risques liés au climat et à l’environnement des
expositions et des investissements, surtout avant qu’ils ne soient conclus. Les
établissements devraient vérifier le caractère plausible de ces informations et
données, conformément à leurs politiques et procédures en matière de risques. Ils
devraient connaître l’incidence de leurs clients sur les aspects climatiques et
environnementaux, leur vulnérabilité à ces aspects ainsi que la façon dont ils abordent

93
Cf. paragraphe 59 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts (EBA/GL/2020/06).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 38


la gestion de cette incidence et de ces risques. En outre, une diligence
environnementale en bonne et due forme, si elle est suivie de mesures adaptées, est
susceptible de réduire les risques de réputation et de responsabilité. La portée et la
profondeur de la diligence devraient être définies en relation avec le secteur et la
situation géographique du client. Si cela est jugé nécessaire, les établissements
pourront envisager de recourir à des experts externes. Il leur est recommandé de
suivre, par exemple, les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises
multinationales 94. Toutes les conclusions de la diligence devraient être prises en
compte dans la décision d’ouvrir une relation avec un client ou de la poursuivre.

Attente 7.6 Il est attendu des établissements qu’ils évaluent l’incidence des risques liés au
climat et à l’environnement sur l’adéquation de leur fonds propres d’un point de
vue économique et normatif. Conformément au guide ICAAP de la BCE, il est
attendu des établissements qu’ils tiennent compte, dans leurs évaluations
prospectives de l’adéquation des fonds propres, de tous les risques et de la
concentration au sein de ces risques et entre eux, susceptibles de survenir en raison
de changements pertinents dans leur environnement opérationnel 95. Dans le même
ordre d’idées, la BCE s’attend à ce que les établissements intègrent le changement
climatique, et notamment la transition énergétique, à l’évaluation dans une
perspective de valeur économique. Les établissements devraient prendre en
considération les effets des risques liés au climat et à l’environnement lorsqu’ils
déterminent l’adéquation de leurs fonds propres, d’une façon qui leur permette de
suivre durablement leur modèle opérationnel en assurant l’adéquation économique et
normative de leur capital 96. Comme exposé dans le guide ICAAP de la BCE, les
établissements devraient mettre en œuvre à la fois une approche normative et une
approche économique qui s’éclairent mutuellement. Dans l’approche économique, ils
devraient prendre en compte les effets potentiels des risques liés au climat et à
l’environnement en termes de valeur économique, tandis que, dans l’approche
normative, ils devraient considérer leur effet potentiel sur les ratios de fonds propres à
venir, qui se traduisent dans les évaluations des scénarios de référence et adverse.
Les établissements devraient également intégrer les résultats de ces évaluations
dans leur appétence pour le risque et leur stratégie opérationnelle ainsi que, plus
généralement, dans leurs prises de décisions.

Attente 7.7 Il est attendu des établissements qu’ils évaluent l’adéquation de leurs
instruments de détection, mesure et atténuation des risques liés au climat et à
l’environnement lors de leurs contrôles réguliers. Ils devraient, par exemple,
effectuer un contrôle interne régulier 97 dans le contexte de l’ICAAP 98 . L’objectif de ce

94
Cf. Les principes directeurs de l’OCDE à l’intention des entreprises multinationales et Due Diligence for
Responsible Corporate Lending and Securities Underwriting: Key considerations for banks implementing
the OECD Guidelines for Multinational Enterprises (devoir de diligence pour des pratiques responsables
en matière de prêt aux entreprises et de prise ferme de titres d’entreprises : considérations-clés pour les
établissements qui mettent en œuvre les principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises
multinationales, en anglais uniquement), OCDE, 2019.
95
Cf. paragraphe 60 du guide ICAAP de la BCE.
96
Les approches normative et économique sont définies dans le principe 3 du guide ICAAP de la BCE.
97
Cf. paragraphe 21 du guide ICAAP de la BCE. La BCE ne prescrit pas la fréquence de ce contrôle mais
elle souhaite s’assurer que les processus internes « demeurent appropriés compte tenu de la situation
actuelle et des évolutions futures ».
98
Cf. article 73, de la CRD IV.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 39


contrôle est d’évaluer si les processus et méthodologies internes ont produit des
résultats fiables et s’ils demeurent appropriés compte tenu des évolutions actuelles et
futures 99. La disponibilité des données et les méthodologies de détection et de mesure
des risques climatiques et environnementaux évoluant rapidement, il est attendu des
établissements qu’ils vérifient régulièrement l’adéquation et la qualité des sources de
données et des méthodes utilisées.

6.2 Gestion du risque de crédit

Attente 8
Il est attendu des établissements que, dans le cadre de leur gestion du risque de
crédit, ils prennent en compte les risques liés au climat et à l’environnement à tous les
stades pertinents du processus d’octroi de crédits et qu’ils suivent les risques pesant
sur leurs portefeuilles.

Conformément à l’article 79 de la CRD, les autorités compétentes doivent veiller,


entre autres, à ce que l’octroi de crédits soit fondé sur des critères sains et bien définis
et que les processus d’approbation, de modification, de renouvellement et de
refinancement des prêts soit clairement établis. À cette fin, les établissements
devraient adopter une approche holistique et prendre en compte les risques
provenant de facteurs climatiques et environnementaux dans leurs politiques et
procédures en matière de risque de crédit, comme recommandé dans les orientations
de l’ABE relatives à l’octroi et au suivi des prêts 100 101.

Attente 8.1 Les risques liés au climat et à l’environnement devraient être intégrés à toutes
les étapes pertinentes du processus d’octroi et de traitement des crédits. Plus
précisément, il est attendu des établissements qu’ils se forment une opinion sur la
façon dont les risques liés au climat et à l’environnement affectent le risque de défaut
de l’emprunteur 102. Les facteurs climatiques et environnementaux influençant le
risque de défaillance associé à l’exposition au prêt devraient être répertoriés et
évalués. Pour cette évaluation, les établissements pourraient prendre en
considération la qualité de la gestion des risques liés au climat et à l’environnement
effectuée par les clients. Ils devraient accorder une attention particulière aux
variations du profil de risque de secteurs et régions géographiques vulnérables aux
risques climatiques et environnementaux. Ainsi, la surexploitation des ressources
naturelles telles que l’eau dans certaines régions pourrait entraîner des limitations de
leur utilisation et, par suite, des perturbations de la production et des pertes pour les
contreparties des établissements.

99
Cf. également paragraphe 18, principe 1 c), du guide ICAAP de la BCE.
100
Cf. paragraphe 51 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts (EBA/GL/2020/06).
101
Cf. également principe 2 b) et c) du guide ICAAP de la BCE.
102
Cf. paragraphes 57, 126, 127, 146, 149 et 188 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts
(ABE/GL/2020/06).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 40


Encadré 8
Exemple de pratique observée : probabilités de défaut parallèles induites par le climat

La BCE a constaté que les établissements tiennent souvent compte des risques liés au climat et à
l’environnement de façon qualitative dans leur processus d’octroi de crédits. Cependant, certains
sont en train d’examiner ou de mettre au point des méthodes pour incorporer ces risques à leurs
modèles. Ainsi, une banque développe des probabilités de défaut parallèles induites par le climat, qui
doivent être déclarées parallèlement à la probabilité de défaut ordinaire. Ces probabilités de défaut
parallèles prendraient en considération une analyse détaillée des risques physique et de transition
pour des contreparties plus exposées, décelées à travers un processus de filtrage. En cas
d’importante différence entre les deux types de probabilité de défaut, des mesures d’atténuation
seraient nécessaires. Une deuxième banque élabore actuellement un tableau de bord des risques en
matière de durabilité à partir d’éléments qualitatifs. Les données fournies par le tableau de bord
introduiraient une pondération fixe dans le modèle.
Une troisième banque utilise des variables environnementales dans ses modèles internes de
notation des crédits. L’évaluation environnementale a été instaurée pour des secteurs dans lesquels
elle a été jugée pertinente en termes d’analyse différentielle de la qualité de crédit. L’incidence
potentielle des activités sous-jacentes sur l’environnement influence la qualité du crédit. Les modèles
de notation des crédits ont été mis en place pour les expositions sur les grandes entreprises et les
entreprises ainsi que pour les financements de projets.

Attente 8.2 Il est attendu des établissements qu’ils ajustent leurs procédures de
classification des risques afin de déterminer et d’évaluer, au moins
qualitativement, les risques liés au climat et à l’environnement. Les
établissements devraient définir, pour leurs contreparties, des indicateurs ou
notations appropriés du risque général tenant compte des risques liés au climat et à
l’environnement. Dans le cadre de leurs procédures de classification des risques, les
établissements devraient répertorier les emprunteurs susceptibles d’être exposés,
directement ou indirectement, à une augmentation des risques climatiques et
environnementaux 103. Ils devraient souligner les expositions critiques et, le cas
échéant, les examiner dans divers scénarios 104, dans le but de s’assurer qu’ils sont
capables d’évaluer et d’introduire en temps utile toutes mesures adéquates
d’atténuation des risques, y compris la tarification. Les établissements devraient
envisager, par exemple, le recours à une cartographie des risques de type « heat
map » mettant en évidence les risques pesant sur la durabilité en fonction de la
pertinence des (sous-)secteurs économiques pour un client donné.

Attente 8.3 Les établissements devraient tenir compte des risques liés au climat et à
l’environnement dans leurs valorisations des garanties. Les risques liés au climat
et à l’environnement peuvent avoir une incidence sur la valeur des garanties. À cet
égard, les établissements devraient accorder une attention particulière à la situation

103
Cf. paragraphes 57, 126, 127, 146, 149 et 188 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts
(ABE/GL/2020/06).
104
Parmi les scénarios possibles, on peut mentionner un examen des émissions actuelles et projetées de
GES, l’environnement de marché, les attentes prudentielles envers les entreprises considérées, les
effets possibles sur la rentabilité et la solvabilité des emprunteurs, etc.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 41


géographique et au rendement énergétique des biens immobiliers résidentiels et
commerciaux. Ils devraient incorporer ces considérations au processus
d’établissement de la valeur du collatéral comme au processus de contrôles réguliers
prescrit par les réglementations applicables 105.

Attente 8.4 Les établissements devraient suivre et gérer le risque de crédit inhérent à leurs
portefeuilles, notamment grâce à une analyse des concentrations
sectorielles/géographiques à signature unique – y compris les concentrations
de risque de crédit provenant des risques liés au climat et à l’environnement –
et en recourant à des limites sur les expositions ou à des stratégies de
désendettement 106. Il est attendu des établissements qu’ils surveillent dans quelle
mesure la concentration géographique et sectorielle est sensible aux risques liés au
climat et à l’environnement. De même, ils pourraient mesurer les concentrations
d’actifs dont les caractéristiques spécifiques pourraient, de façon plausible, être
ciblées par les politiques de transition, par exemple la distribution d’étiquettes de
rendement énergétique dans les portefeuilles de biens immobiliers commerciaux et
résidentiels, compte tenu de la législation éventuelle. En ce qui concerne les
contreparties de grande taille, les établissements pourraient tenir compte des risques
liés au climat et à l’environnement dans l’analyse des concentrations à signature
unique. Il est recommandé aux établissements de développer leurs capacités de suivi
en conjonction avec les indicateurs et les limites définis aux fins des cadres
d’appétence pour le risque et de gouvernance des données.

Attente 8.5 Les dispositifs de tarification des prêts des établissements devraient refléter
leur appétence pour le risque de crédit et leur stratégie en ce qui concerne les
risques climatiques et environnementaux. 107 En vertu de l’article 76,
paragraphe 3, de la CRD IV, le comité des risques de chaque établissement vérifie
que les prix des actifs offerts aux clients tiennent pleinement compte de son modèle
commercial et de sa stratégie en matière de risque. La tarification des prêts est un
important mécanisme de pilotage pour les établissements, puisqu’elle détermine le
niveau et l’origine de leur revenu futur. Ainsi, dans le cadre de sa stratégie
opérationnelle et de son appétence pour le risque, un établissement peut décider de
réduire ou de limiter son exposition à des secteurs nuisibles à l’environnement ou au
climat ou d’éviter les prêts garantis par des biens immobiliers à faible rendement
énergétique. Dans ce cas, le dispositif de tarification devrait soutenir la perspective et
la stratégie choisies en matière de risques, par exemple en tarifant différemment les
prêts selon le rendement énergétique des expositions ou en y incluant un coût
spécifique au secteur/client. Les établissements pourraient également, conformément
à leur stratégie opérationnelle et à leur appétence pour le risque, inciter leurs clients à
atténuer les risques liés au climat et à l’environnement. Ils pourraient, par exemple,
fixer le taux d’intérêt d’un prêt durable du point de vue de l’environnement à un niveau
compatible avec une plus forte capacité de résistance à ces risques, ce qui
entraînerait une amélioration de la solvabilité de l’établissement dans des conditions
par ailleurs inchangées. Pour les banques octroyant des prêts durables, le processus

105
Cf., par exemple, article 208, troisième partie, du CRR.
106
Cf. paragraphe 245 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts (EBA/GL/2020/06).
107
Cf. paragraphes 200 et 201 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts (EBA/GL/2020/06).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 42


d’ajustement du taux d’intérêt pourrait être lié à des objectifs de durabilité que le client
devrait atteindre durant une période prédéfinie, pendant laquelle il réduirait les risques
liés au climat et à l’environnement.

Encadré 9
Exemple de pratique observée : tarification différenciée des prêts hypothécaires

La BCE a observé un établissement pratiquant une tarification différenciée des prêts hypothécaires
accordés aux particuliers en fonction de l’étiquette énergétique du bien immobilier sous-jacent. Les
hypothèques bénéficiant d’une meilleure classification énergétique coûtent moins cher aux clients
que celles ayant reçu une moins bonne notation énergétique, pour autant que l’établissement peut
envisager d’atteindre son objectif global de rentabilité des prêts hypothécaires. Cette différenciation
repose sur l’idée qu’un portefeuille assorti d’une meilleure étiquette énergétique devrait être moins
vulnérable au risque de transition et que, de ce fait, il est conforme à la stratégie opérationnelle de
l’établissement.

Attente 8.6 Il est attendu que la tarification des prêts accordés par un établissement reflète
les différents coûts entraînés par les risques liés au climat et à
l’environnement. Comme exposé dans les orientations de l’ABE relatives à l’octroi et
au suivi des prêts 108, les établissements devraient mettre en œuvre un dispositif de
tarification dépendant des caractéristiques des prêts qui tienne compte de tous les
coûts associés. L’effet des risques liés au climat et à l’environnement peut se
manifester par le biais de divers facteurs de coûts, comme le coût des fonds propres,
le coût du financement ou le coût du risque de crédit. Les actifs durables d’un point de
vue environnemental peuvent être financés, par exemple, par des instruments
spécifiques comme les obligations vertes (sécurisées) et, de ce fait, être assortis de
coûts de financement différents. Les zones exposées à des risques climatiques
physiques croissants, tels que les inondations et les sécheresses, peuvent enregistrer
une hausse de leur pertes de crédit. Il est attendu des établissements qu’ils tiennent
compte de ces évolutions et les reflètent dans la tarification de leurs prêts, par
exemple en fixant les coûts de crédit à un niveau plus élevé afin de traduire l’incidence
des risques liés au climat et à l’environnement. En outre, les établissements devraient
répercuter dans leur tarification toute hausse des coûts de financement des actifs
particulièrement concernés par le risque physique ou le risque de transition.

108
Cf. paragraphes 186, 187 et 190 des orientations de l’ABE sur l’octroi et le suivi des prêts
(ABE/GL/2020/06).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 43


6.3 Gestion du risque opérationnel

Attente 9
Il est attendu des établissements qu’ils examinent comment les événements
climatiques et environnementaux pourraient avoir une incidence défavorable sur la
continuité de leurs activités et dans quelle mesure la nature de leurs activités pourrait
accroître les risques de réputation et/ou de responsabilité.

L’article 85 de la CRD et les orientations de l’ABE 109 prévoient que « les


établissements mettent en œuvre des politiques et processus pour évaluer et gérer
leur exposition au risque opérationnel ». Ils devraient évaluer le risque opérationnel
dans l’ensemble de leurs lignes métier et de leurs activités, et déterminer comment ce
risque peut se concrétiser 110. Les établissements devraient aussi adopter toutes les
mesures nécessaires pour assurer la continuité d’exploitation et un rétablissement
après sinistre en temps utile, en termes de politiques comme de fonctionnement des
actifs physiques, y compris les systèmes informatiques.

Attente 9.1 Les établissements devraient évaluer l’incidence des risques physiques sur
leurs activités en général, notamment leur aptitude à recouvrer rapidement leur
capacité de poursuivre leurs services. Il est rappelé aux établissements que cette
évaluation doit être menée dans le cadre de leur gestion de la continuité des activités,
comme stipulé dans les orientations de l’ABE sur la gouvernance interne 111. La zone
géographique dans laquelle un établissement mène ses activités peut le rendre plus
vulnérable aux risques physiques. Il est rappelé aux établissements qu’ils doivent
évaluer le caractère significatif du risque opérationnel engendré par le risque
physique, surtout en ce qui concerne les services externalisés et les activités
informatiques, spécialement si les prestataires sont établis dans des lieux
susceptibles de connaître des événements climatiques extrêmes ou d’autres
vulnérabilités environnementales.

Il est rappelé aux établissements qu’ils doivent examiner si ces événements et


vulnérabilités peuvent influencer leur capacité à traiter les transactions et à fournir des
services ou s’ils peuvent engager leur responsabilité légale en raison de dommages
causés à des tiers, tels que les clients et les autres parties prenantes. Ainsi, lorsqu’un
établissement évalue ses fonctions critiques ou importantes, il devrait envisager
l’incidence du changement climatique sur la fourniture de ces services 112. Le résultat
de cette évaluation, s’il est significatif pour une des lignes métier ou des activités de
l’établissement, devrait se refléter dans son plan de continuité de l’exploitation.

109
Cf. paragraphe 255 des orientations révisées sur les procédures et les méthodologies communes à
appliquer dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation prudentiels (Supervisory Review and
Evaluation Process, SREP) et des tests de résistance prudentiels, modifiant les orientations
ABE/GL/2014/13 (ABE/GL/2018/03).
110
Cf. également principe 4 et paragraphe 60 du guide ICAAP de la BCE.
111
Cf. paragraphes 208-213 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11)
112
Cf. paragraphe 31, section 4, des orientations de l’ABE relatives à l’externalisation (ABE/GL/2019/02).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 44


Attente 9.2 Il est attendu des établissements qu’ils évaluent dans quelle mesure la nature
des activités auxquelles ils participent accroît le risque de répercussions
financières négatives par suite d’événements futurs tels qu’une atteinte à la
réputation, l’engagement de leur responsabilité et/ou un contentieux. Selon les
orientations de l’ABE, tous les risques pertinents devraient être inclus dans le cadre
de gestion des risques d’un établissement, qu’il s’agisse de risques financiers ou non
financiers, comme le risque de réputation 113. Le risque de réputation peut apparaître
rapidement et concerner rapidement les entreprises. Les établissements associés à
des conflits sociaux ou à des polémiques environnementales – ou, plus généralement,
les établissements perçus comme ne tenant pas dûment compte des aspects
environnementaux dans leurs activités commerciales – pourraient pâtir des
répercussions financières négatives d’un risque de réputation résultant d’un
revirement du sentiment de marché en matière de risques liés au climat et à
l’environnement. De même, pour éviter les risques de réputation ou de contentieux
suscités par les polémiques sur leurs produits (par exemple, en raison
d’investissements dans des produits ayant un effet négatif sur l’environnement), les
établissements devraient aussi penser à évaluer la conformité de leurs produits de
placement avec les meilleures pratiques au niveau international ou au niveau de l’UE,
comme la norme européenne pour les obligations vertes 114. Le financement
d’entreprises ayant d’importantes activités polluantes peut également constituer un
facteur de risque de réputation. Par ailleurs, les établissements pourraient adopter, le
cas échéant, des politiques concernant les relations avec la clientèle et la réponse aux
polémiques. Ils pourraient envisager de vérifier régulièrement si leurs contreparties
mènent des activités controversées, de mesurer leur empreinte environnementale
et/ou d’évaluer les coûts des dommages, afin de déceler les éventuelles poches de
risques, et de répercuter les résultats de ces exercices de vérification dans les
rapports pertinents sur les risques.

Encadré 10
Exemple de pratique observée : risque de réputation dans l’ICAAP

La BCE a observé un établissement qui tient compte, dans son processus interne d’évaluation de
l’adéquation du capital (ICAAP), du risque de réputation émanant des effets environnementaux,
sociaux et de gouvernance (ESG). Les facteurs environnementaux et sociaux font peser sur la
banque un risque de réputation considérable étant donné que son modèle opérationnel cible le
financement d’entreprises privées dans les économies de marché émergentes. Aussi, elle classe
chacun de ses clients en fonction du niveau de ses effets ESG potentiellement négatifs. Le système
de classification comprend quatre catégories de risques qui vont de « effet ESG significatif » à

113
Cf. paragraphe 136 des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11). Pour une
évaluation du risque de réputation dans le contexte du risque opérationnel par les autorités compétentes,
cf. sous-section 6.4.3 de la version consolidée des orientations révisées sur les procédures et les
méthodologies communes à appliquer dans le cadre du processus de contrôle et d’évaluation
prudentiels (Supervisory Review and Evaluation Process, SREP) et des tests de résistance prudentiels,
modifiant les orientations ABE/GL/2014/13 du 19 décembre 2014 (ABE/GL/2018/03).
114
En outre, les établissements de crédit fournissant des services de gestion de portefeuille et/ou des
conseils financiers devront respecter les exigences de communication exposées dans le règlement (UE)
2019/2088 du Parlement européen et du Conseil du 27 novembre 2019 sur la publication d’informations
en matière de durabilité dans le secteur des services financiers, qui seront décrites plus en détail dans
les normes techniques à paraître.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 45


« effet ESG minime ou nul ». La banque alloue une enveloppe de fonds propres proportionnelle au
nombre de clients de chaque catégorie. À l’intérieur de chaque catégorie, elle attribue une exigence
de fonds propres différente à chaque client : plus le client présente un risque élevé, plus l’exigence de
fonds propres associée est élevée.

6.4 Gestion du risque de marché

Attente 10
Il est attendu des établissements qu’ils suivent en permanence les effets des facteurs
liés au climat et à l’environnement sur leur exposition actuelle au risque de marché et
sur leurs placements futurs, et qu’ils mettent au point des tests de résistance
incorporant les risques climatiques et environnementaux.

Aux termes de l’article 83 de la CRD, « les autorités compétentes veillent à la mise en


œuvre de politiques et de processus qui permettent de détecter, de mesurer et de
gérer toutes les causes et tous les effets significatifs des risques de marché ». En ce
qui concerne la gestion du risque de marché, les établissements devraient considérer
que les risques liés au climat et à l’environnement pourraient entraîner des variations
de l’offre et de la demande d’instruments financiers (par exemple, titres, instruments
dérivés), de produits et de services, avec un effet conséquent sur leur valeur 115. Les
établissements qui investissent dans des entreprises dont le modèle d’activité est
perçu comme non durable d’un point de vue environnemental ou qui sont situés dans
des zones géographiques vulnérables aux risques physiques pourraient subir des
moins-values sur leurs investissements en raison de modifications des mesures
gouvernementales, du sentiment de marché ou de la technologie, ou du fait
d’événements climatiques graves ou de changements progressifs des conditions
climatiques.

Conformément à la nature des approches ICAAP, les établissements devraient


évaluer, dans l’approche normative pour le moins, les risques issus des titres de
créance, des actions et des instruments financiers liés aux actions du portefeuille de
négociation réglementaire ainsi que le risque de change et le risque sur produits de
base dans le portefeuille de négociation et le portefeuille bancaire. Dans l’approche
économique, tous les instruments devraient être évalués sur la base de
considérations relatives à la valeur économique, quel que soit leur traitement
comptable.

L’évaluation devrait en outre tenir compte du portefeuille bancaire et, en particulier,


des sous-catégories suivantes de risques de marché : risque d’écart de crédit
provenant des positions mesurées à la juste valeur et au coût, ainsi que risque
engendré par les positions sur actions.

115
Cf. également principes 2 et 7 du guide ICAAP de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 46


Concernant plus particulièrement la composante risque d’écart de crédit sur leurs
positions du portefeuille bancaire, il est attendu des établissements qu’ils évaluent la
pertinence de l’écart de crédit comme facteur du risque de marché global. Ceci est
judicieux lorsque l’on considère, entre autres, que les instruments financiers émis par
des entreprises de secteurs perçus comme non durables du point de vue de
l’environnement et qui n’adoptent pas d’approche de gestion totalement durable
pourraient perdre brutalement de la valeur. Dans le même ordre d’idées, il convient de
suivre en permanence la valeur des expositions sur actions pour déterminer si elle est
affectée par un changement de perception du niveau de risque attaché à l’émetteur,
tout spécialement en raison des risques liés au climat et à l’environnement.

Les établissements spécialisés en négoce de produits de base devraient accorder


une attention particulière aux éventuelles vulnérabilités cachées, comme les
inflexions soudaines des cours ou valeurs de certains produits de base jugés moins
durables que d’autres d’un point de vue environnemental.

En outre, il serait souhaitable que les établissements vérifient comment les


gouvernements auxquels ils sont exposés par le biais de leurs portefeuilles de dette
souveraine peuvent être influencés par le risque de transition et les risques physiques.

Étant donné les caractéristiques propres des activités de marché, des tests de
résistance internes (par exemple, une analyse de sensibilité) pourraient être utilisés
pour mieux comprendre et évaluer la pertinence des risques climatiques pour le
portefeuille de négociation et le portefeuille bancaire. De telles analyses devraient
porter sur les risques liés au climat et à l’environnement en même temps que sur les
autres risques dans le cadre des approches normative et économique de l’ICAAP,
complétant les distributions sur très longues durées par des suppositions
hypothétiques 116.

6.5 Analyses de scénarios et tests de résistance

Attente 11
Il est attendu des établissements présentant des risques significatifs liés au climat et à
l’environnement qu’ils évaluent l’adéquation de leurs tests de résistance en vue de
leur intégration dans les scénarios de référence et les scénarios adverses.

Dans le cadre de l’ICAAP, il est attendu des établissements qu’ils mènent un examen
approfondi et sur mesure de leurs vulnérabilités par le biais de tests de résistance 117.
Les scénarios de test devraient comprendre tous les risques significatifs susceptibles
de réduire le niveau de capital interne ou d’influencer les ratios de fonds propres
réglementaires et ils devraient être intégrés au programme de tests de résistance de

116
Cf. paragraphe 69 des orientations de l’ABE sur les tests de résistance des établissements
(EBA/GL/2018/04).
117
Cf. paragraphes 140 et seq. des orientations de l’ABE sur la gouvernance interne (ABE/GL/2017/11) et
chapitres 5.4 et 6.5 des orientations de l’ABE sur la collecte d’informations relatives à l’ICAAP et à
l’ILAAP dans le cadre du SREP (ABE/GL/2016/10).

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 47


l’établissement à la fois dans l’approche normative et dans l’approche économique.
Les établissements devraient envisager de recourir à des scénarios conformes aux
trajectoires du changement climatique définies par les scientifiques, du GIEC par
exemple. En ce qui concerne plus particulièrement le risque de transition, les
établissements devraient recourir à des scénarios qui, pour différents résultats de
leurs politiques (par exemple, transition précoce ou tardive), intègrent des
considérations plausibles relatives au résultat physique associé 118. Cela peut
consister, par exemple, à étudier comment les effets chroniques sur le climat associés
au scénario de transition tardive peuvent renforcer leur action. Tous ces aspects
devraient être adéquatement reflétés dans l’ICAAP de chaque établissement 119. Lors
des analyses de scénarios et des tests de résistance portant sur les risques liés au
climat et à l’environnement, il convient de considérer pour le moins les éléments
suivants, dans l’approche normative comme dans l’approche économique :

• façon dont l’établissement peut être influencé par le risque physique et le risque
de transition ;

• évolution possible des risques liés au climat et à l’environnement dans divers


scénarios, en tenant compte du fait que ces risques peuvent ne pas être
pleinement reflétés dans les données anciennes ;

• manière dont les risques climatiques et environnementaux pourraient se


matérialiser à court, moyen et long terme en fonction du scénario considéré.

Il est attendu des établissements qu’ils définissent les hypothèses concernant leur
propre profil de risque et les spécifications individuelles et qu’ils envisagent plusieurs
scénarios reposant sur diverses combinaisons d’hypothèses. Dans le cadre de sa
planification des fonds propres, chaque établissement devrait évaluer l’adéquation de
ses fonds propres dans un scénario de base plausible et dans des scénarios adverses
qui lui sont spécifiques.

Dans les scénarios adverses, l’établissement devrait supposer des événements


inhabituels, mais plausibles, et un degré de sévérité adéquat en termes d’incidence
sur son ratio de fonds propres réglementaires.

Selon le guide ICAAP de la BCE, la perspective normative devrait couvrir un horizon


prospectif d’au moins trois ans. La planification stratégique de l’établissement devrait
en outre intégrer, de façon proportionnée, les évolutions qui vont au-delà de cet
horizon minimum, si elles ont une incidence importante 120. Il est attendu des
établissements qu’ils envisagent l’adoption d’un horizon temporel plus long pour les

118
Cf., par exemple, World Energy Model (modèle énergétique mondial, en anglais uniquement), Agence
internationale de l’énergie (AIE), 2019 ; NGFS Climate scenarios for central banks and supervisors
(scénarios climatiques à l’intention des banques et des autorités prudentielles, en anglais uniquement),
NGFS, 2020 ; et Changing course: A comprehensive investor guide to scenario-based methods for
climate risk assessment, in response to the TCFD (changement d’orientation : guide complet de
l’investisseur relatif aux méthodes reposant sur des scénarios pour l’évaluation des risques climatiques,
en anglais uniquement), UNEP FI Investor Pilot ou UNEP FI, 2019.
119
Cf. article 73 du CRR.
120
Cf. paragraphe 44 et note de bas de page no°22 du guide relatif au processus interne d’évaluation de
l’adéquation du capital (ICAAP) de la BCE.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 48


risques liés au climat et à l’environnement, car il est probable qu’ils se matérialisent
essentiellement à moyen-long terme. Les horizons plus éloignés pourraient
notamment être reflétés dans les tests de résistance menés dans la perspective
économique.

De même, les établissements devraient prendre en compte la pertinence des effets


climatiques sur leurs lignes métier lorsqu’ils formulent des scénarios pour les
processus de planification du redressement. Comme stipulé dans la directive
établissant un cadre pour le redressement et la résolution des établissements de
crédit et des entreprises d’investissement 121, les établissements devraient envisager
un éventail de scénarios de crise macroéconomique et financière grave pour élaborer
un plan préventif de rétablissement complet. Ils devraient aussi tester les solutions de
redressement en fonction des scénarios afin de déterminer leur efficacité lors de tels
événements.

6.6 Gestion du risque de liquidité

Attente 12
Il est attendu des établissements qu’ils évaluent si des risques significatifs liés au
climat et à l’environnement pourraient entraîner des sorties nettes de trésorerie ou
une diminution de leurs coussins de liquidité et, le cas échéant, qu’ils incluent ces
facteurs dans leur cadre de gestion du risque de liquidité et leur calibrage des
coussins de liquidité.

Selon l’article 86, paragraphe 1, de la CRD, les établissements doivent disposer de


stratégies, de politiques, de processus et de systèmes solides permettant de détecter,
de mesurer, de gérer et de suivre le risque de liquidité sur un ensemble approprié
d’horizons temporels, de manière à garantir que ces établissements maintiennent des
coussins adéquats de liquidité.

Pour assurer une gestion robuste du risque de liquidité, les établissements devraient
considérer les effets directs et indirects des risques liés au climat et à l’environnement
sur leur situation de liquidité 122 . 123 Ils sont encouragés à inclure ces considérations

121
Cf. article 5, paragraphe 6, de la directive 2014/59/UE du Parlement européen et du Conseil du
15 mai 2014 établissant un cadre pour le redressement et la résolution des défaillances d’établissements
de crédit et d’entreprises d’investissement (directive BRRD).
122
Comme effet direct résultant d’un événement climatique grave, les clients pourraient effectuer des
retraits sur leurs comptes pour financer les réparations des dommages physiques, ce qui forcerait les
établissements de crédit à céder une grande partie de leurs actifs pour couvrir ces sorties (cf. Guidance
Notice on Dealing with Sustainability Risks (note d’orientation sur le traitement des risques en matière de
durabilité, en anglais et allemand uniquement), Office fédéral allemand de contrôle des services
financiers (Bundesanstalt für Finanzdienstleistungsaufsicht, BaFin), 2020, p. 18). Comme effet indirect,
les banques dont les bilans seraient touchés par les risques de crédit et de marché pourraient se
retrouver dans l’incapacité de se refinancer seules, ce qui pourrait entraîner des tensions sur le marché
du crédit interbancaire (cf. The Green Swan (le cygne vert, en anglais uniquement), Banque des
règlements internationaux (BRI), 2020, p. 28). En outre, le risque de liquidité des banques pourrait
s’accroître en raison des chocs macroéconomiques causés par les risques physiques et de transition, ce
qui se traduirait, par exemple, par un rétrécissement de l’éventail des titres de placement.
123
Cf. notamment, principe 4 d), du guide de la BCE relatif au processus interne d’évaluation de
l’adéquation de la liquidité (internal liquidity adequacy assessment process, ILAAP) de novembre 2018.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 49


dans leur ILAAP, en tenant compte des risques liés au climat et à l’environnement à la
fois dans l’approche normative et dans l’approche économique. Ces évaluations
devraient être menées de manière prospective, dans des hypothèses de continuité
d’exploitation et de situation de crise, et envisager en particulier des scénarios graves
mais plausibles susceptibles de se réaliser conjointement, tout en se concentrant sur
les vulnérabilités-clés. Par conséquent, il est attendu qu’ils évaluent si les risques
climatiques et environnementaux pourraient avoir une incidence significative sur les
sorties nettes de trésorerie ou les coussins de liquidité. Dans l’affirmative, ils devraient
en tenir compte dans leur gestion du risque de liquidité et dans le calibrage de leurs
coussins de liquidité.

Les établissements pourraient par exemple envisager la possibilité que des tensions à
la fois idiosyncratiques et de marché apparaissent en même temps que des risques
liés au climat et à l’environnement. De plus, les établissements pourraient réfléchir à la
façon dont leur situation de liquidité peut être influencée par un événement climatique
ou environnemental ayant des répercussions sur la valeur de leurs coussins de
liquidité. Ils pourraient aussi examiner les effets de ces risques sur les positions de
liquidité régionales, par exemple en monnaies locales, ainsi que les obstacles
potentiels, de nature opérationnelle ou autre, à la fourniture de liquidité à des régions
où se concrétisent des risques liés au climat ou à l’environnement.

Par ailleurs, les établissements devraient relier leur stratégie opérationnelle à


l’allocation de ressources en liquidité. Il leur est rappelé à cet effet de prendre en
compte, dans leur processus de tarification interne, le coût marginal spécifique du
financement d’instruments de refinancement durables et notamment, le cas échéant,
leur coût ou avantage en termes de liquidité par rapport aux instruments de
refinancement classiques 124.

124
Cf. paragraphes 24 et 25 des orientations du CESB du 27 octobre 2010 relatives à la répartition des
coûts et des avantages liés à la liquidité.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 50


7 Attentes prudentielles en matière de
déclaration

L’accès à l’information est nécessaire pour promouvoir la transparence au sein des


établissements financiers et pour contribuer à un fonctionnement ordonné des
marchés financiers 125. Ainsi, le cadre réglementaire européen fixe des exigences de
publication visant à communiquer des informations-clés relatives aux fonds propres,
aux risques et à l’exposition aux risques d’un établissement afin de renseigner
adéquatement les intervenants de marché. Les déclarations concernant les risques
climatiques permettent à ces derniers une évaluation plus avisée des risques
physique et de transition, ce qui améliore la compréhension des implications
financières du changement climatique par les établissements et les investisseurs.

Il convient aussi de souligner que les institutions de l’UE sont arrivés à un accord
politique sur la mise au point d’un système de classification (ou taxonomie) des
investissements durables à l’échelle de l’Union À l’avenir, il sera demandé aux
établissements financiers soumis à la directive sur les déclarations non financières de
déclarer avec plus de transparence dans laquelle mesure leurs activités peuvent être
considérées comme durables du point de vue de l’environnement 126. Dans le même
ordre d’idées, on peut noter que la Commission européenne projette de mener un
examen de la directive sur les déclarations non financières dans le cadre de sa
stratégie de renforcement des fondements de l’investissement durable 127 128.

Politiques et procédures de déclaration

Attente 13
Aux fins des déclarations réglementaires, il est attendu des établissements qu’ils
publient des informations utiles et des indicateurs-clés sur les risques liés au climat et
à l’environnement qu’ils estiment significatifs, en tenant dûment compte de la
communication de la Commission européenne intitulée « Lignes directrices sur
l’information non financière : Supplément relatif aux informations en rapport avec le
climat (2019/C 209/01) ».

Attente 13.1

125
Cf. titre III des orientations de l’ABE sur le caractère significatif, sensible et confidentiel et sur la
fréquence de publication des informations en vertu de l’article 432, paragraphes 1 et 2, et de l’article 433
du règlement (UE) no 575/2013 (ABE/GL/2014/14).
126
Cf. proposition de règlement du Parlement européen et du Conseil sur l’établissement d’un cadre pour
favoriser les investissements durables (14970/19).
127
Cf. directive 2014/95/UE du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2014 modifiant la
directive 2013/34/UE en ce qui concerne la publication d’informations non financières et d’informations
relatives à la diversité par certaines grandes entreprises et certains groupes.
128
Il sera également exigé des grands établissements cotés en bourse qu’ils publient, à compter de
juin 2022, des informations sur leurs risques ESG conformément à l’article 449a du CRR II.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 51


Il est attendu des établissements financiers qu’ils précisent dans leurs
politiques de déclaration les considérations-clés sur lesquelles repose leur
évaluation du caractère significatif des risques liés au climat et à
l’environnement, ainsi que la fréquence et les modalités de publication des
informations. Aux termes des articles 431 et seq. du CRR, les établissements
financiers sont tenus de publier des informations spécifiques de caractère significatif
mais ni sensible, ni confidentiel. L’article 432 du CRR, pour sa part, stipule qu’une
information « est considérée comme significative dans une communication si son
omission ou sa présentation faussée ou inexacte peut modifier ou influencer
l’appréciation ou la décision d’un utilisateur qui fonde ses choix économiques sur
ladite information » 129. C’est pourquoi les établissements « disposent de politiques
leur permettant d’évaluer l’adéquation de leurs mesures de publicité, y compris pour
ce qui concerne leur vérification et leur fréquence » 130. La politique de déclaration d’un
établissement doit spécifier la façon dont le caractère significatif des risques
climatiques et environnementaux est évalué 131. À cette fin, les orientations de l’ABE
stipulent que, afin d’évaluer le caractère significatif d’une information, les
établissements devraient tout particulièrement tenir compte non seulement de leur
modèle d’entreprise, leur stratégie à long terme et leur profil de risque global, mais
aussi de l’influence de leur environnement économique et politique, de la pertinence
supposée de l’information pour les utilisateurs et du lien entre l’information et les
développements récents des risques et des besoins de publication 132.

Selon les orientations de l’ABE; il n’existe pas de seuils communs pour le caractère
significatif 133. Ainsi, l’évaluation du caractère significatif des risques liés au climat et à
l’environnement devrait être effectuée à partir d’informations qualitatives et
quantitatives et devrait tenir dûment compte des risques de réputation et de
responsabilité associés à l’effet exercé par l’établissement sur le climat et
l’environnement et suscités par les polémiques sur leurs produits et leurs opérations. Il
est également rappelé aux établissements que la Commission européenne
recommande de ne pas considérer trop rapidement les risques climatiques comme
non significatifs en raison de leur nature à long terme 134. En outre, la publication de
risques significatifs doit être conforme aux articles 433, 434 et 434, point a) du CRR.

Attente 13.2 Dans le cas où un établissement estime les risques climatiques non
significatifs, il devrait produire des documents ainsi que des informations

129
Les attentes décrites dans la présente section se rapportent uniquement aux exigences de publicité
réglementaires à l’égard des établissements et ne sauraient s’appliquer aux normes comptables
existantes.
130
Cf. article 431, paragraphe 3, du CRR.
131
Conformément à l’article 431, paragraphe 3, du CRR et aux explications fournies par les orientations de
l’ABE, le concept de caractère significatif suppose la nécessité de publier des éléments qui ne sont pas
explicitement exigés par des dispositions spécifiques du CRR.
132
Cf. orientations de l’ABE sur le caractère significatif, sensible et confidentiel et sur la fréquence de
publication des informations en vertu de l’article 432, paragraphes 1 et 2, et de l’article 433 du
règlement (UE) no 575/2013, p. 17 (ABE/GL/2014/14)
133
Cf. orientations de l’ABE sur le caractère significatif, sensible et confidentiel et sur la fréquence de
publication des informations en vertu de l’article 432, paragraphes 1 et 2, et de l’article 433 du
règlement (UE) no 575/2013, p. 4 (ABE/GL/2014/14)
134
Cf. communication de la Commission européenne intitulée « Lignes directrices sur l’information non
financière : Supplément relatif aux informations en rapport avec le climat (2019/C 209/01) »

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 52


qualitatives et quantitatives à l’appui de ce jugement. Aux termes de l’article 432,
paragraphe 1, du CRR, « une information est considérée comme significative dans
une communication si son omission ou sa présentation faussée ou inexacte peut
modifier ou influencer l’appréciation ou la décision d’un utilisateur qui fonde ses choix
économiques sur ladite information ». En outre, les orientations de l’ABE stipulent
que, « lorsqu’un établissement décide de ne pas publier une information ou une série
d’exigences de publication en raison de leur caractère non significatif, il devrait
clairement le déclarer » 135.

Attente 13.3 Lorsqu’un établissement publie des chiffres, indicateurs et objectifs


considérés comme significatifs, il devrait déclarer aussi les méthodologies,
définitions et critères associés ou y faire référence 136. De telles publications
contribuent à fournir aux opérateurs de marché des informations exhaustives sur le
profil de risque de l’établissement, afin de limiter les risques de réputation et de
responsabilité. Cette attente s’applique notamment lorsqu’un établissement s’engage
à contribuer aux objectifs en matière de climat et d’environnement. Dans ce cas, la
BCE s’attend également à ce qu’il fournisse une vue d’ensemble exhaustive de
l’incidence exercée par toute l’entité. La BCE a établi que les informations divulguées
à l’heure actuelle étaient hétérogènes et partielles et que, dans certains cas, elle se
concentraient sur des engagements à (ne pas) financer certaines activités sans
fournir assez de précisions sur les seuils utilisés et les portefeuilles couverts. Si les
établissements sont invités à contribuer aux objectifs en matière de climat et
d’environnement, il est également attendu qu’ils déclarent des éléments complets et
pertinents qui s’y rapportent. Les établissements qui s’engagent à arrêter ou limiter les
financements accordés à certains secteurs ou à certaines activités par le biais de
politiques de financement spécifiques devraient ensuite publier la définition de
l’activité couverte et des objectifs associés en termes de dates et de volumes
d’encours par zone géographique. Il est également attendu des établissements qu’ils
communiquent des informations sur les progrès accomplis dans la réalisation de ces
objectifs, sur la gouvernance du suivi interne, ainsi que sur les aspects
méthodologiques pertinents, notamment les critères utilisés pour détecter les
contreparties couvertes par la politique de financement et la portée des relations
d’affaires concernées. De même, les établissements devraient prendre en compte
toutes les lignes métier et leur exposition d’ensemble lorsqu’ils déclarent leur
contribution aux objectifs environnementaux.

135
Cf. paragraphe 19 des orientations de l’ABE sur le caractère significatif, sensible et confidentiel et sur la
fréquence de publication des informations en vertu de l’article 432, paragraphes 1 et 2, et de l’article 433
du règlement (UE) no 575/2013 (ABE/GL/2014/14).
136
Aux termes de l’article 432, paragraphe 1, du CRR, « une information est considérée comme
significative dans une communication si son omission ou sa présentation faussée ou inexacte peut
modifier ou influencer l’appréciation ou la décision d’un utilisateur qui fonde ses choix économiques sur
ladite information ».

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 53


Figure 1
Recommandations du Groupe de travail sur la communication financière liée au climat
(GTCC)

Source : GTCC.

Contenu des déclarations sur les risques liés au climat et à


l’environnement
Attente 13.4 Il est attendu des établissements qu’ils déclarent les risques liés au climat et à
l’environnement significatifs en tenant dûment compte de la communication de
la Commission européenne intitulée « Lignes directrices sur l’information non
financière : Supplément relatif aux informations en rapport avec le climat ». Ce
supplément, qui reprend les recommandations du Groupe de travail sur la
communication financière liée au climat (GTCC), fournit des orientations conformes à
la directive sur la publication d’informations non financières (Non-Financial Reporting
Directive, NFRD). Les informations attendues concernent cinq aspects-clés : le
modèle d’activité ; les politiques et les processus de diligence appropriée ; les
résultats de ces politiques ; les risques et la gestion des risques ; les KPI. À cet égard,
il est rappelé aux établissements quelles sont les attentes de la BCE en matière de

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 54


modèle d’activité et de stratégie opérationnelle, de gouvernance et de gestion des
risques, comme exposé dans le présent guide.

Attente 13.5 Un établissement devrait notamment déclarer les émissions financées de GES
de champ d’application 3 137, pour l’ensemble du groupe. La BCE n’impose pas
le recours à une méthode précise de mesure et/ou d’attribution 138. Cependant, les
établissements sont encouragés à adopter une approche granulaire de la mesure des
émissions de carbone, tout en respectant le protocole des GES, comme exposé dans
le supplément de la Commission européenne. Cette approche pourrait consister, par
exemple, à mesurer, projet par projet, l’intensité carbone des portefeuilles de grandes
entreprises et, bien par bien, la véritable consommation d’énergie ou l’efficacité
énergétique des portefeuilles immobiliers. Les établissements devraient publier 139 :

• le montant ou le pourcentage d’actifs liés au carbone de chaque portefeuille, en


millions d’euros ou en pourcentage de la valeur actuelle du portefeuille et, dans
la mesure du possible, une meilleure estimation prospective de ce montant ou
pourcentage au cours de l’horizon de planification ;

• l’intensité carbone moyenne pondérée de chaque portefeuille, lorsque les


données sont disponibles ou peuvent être raisonnablement estimées et, dans la
mesure du possible, une meilleure estimation prospective de cette intensité
carbone moyenne pondérée au cours de l’horizon de planification ;

• le volume des expositions par secteur de la contrepartie et, dans la mesure du


possible, une meilleure estimation prospective de ce volume au cours de
l’horizon de planification ;

• l’exposition au risque de crédit et le volume des garanties par région


géographique/pays où se situe l’activité ou la garantie, en indiquant les
pays/régions géographiques fortement exposés au risque physique.

Il est attendu des établissements qu’ils révèlent les méthodologies utilisées et les
hypothèses formulées, ou qu’ils y fassent référence, et notamment les définitions et
formules employées dans le calcul des indicateurs susmentionnés.

Attente 13.6 Il est attendu des établissements qu’ils publient les KPI et KRI utilisés aux fins
de la détermination de leur stratégie et de leur gestion des risques, ainsi que
leurs résultats actuels par rapport à ces indicateurs. Conformément au
supplément de la Commission européenne et aux messages-clés de l’ABE, il est
attendu des établissements qu’ils déclarent les indicateurs utilisés et notamment les
objectifs pertinents ainsi que leurs résultats actuels par rapport à ces objectifs.
Chaque établissement devrait décrire, grâce aux indicateurs susmentionnés, la

137
Pour la BCE, les émissions du champ d’application 3 comprennent les émissions liées aux actifs d’un
établissement (« émissions financées »).
138
La BCE a observé, par exemple, des établissements qui mesurent et déclarent leurs émissions
financées grâce à la méthode mise au point par le partenariat pour la comptabilisation du carbone par les
établissements financiers (Platform for Carbon Accounting Financials).
139
Cf. annexe 1 de la communication de la Commission européenne intitulée « Lignes directrices sur
l’information non financière : Supplément relatif aux informations en rapport avec le climat (2019/C
209/01) »

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 55


capacité de résistance de sa stratégie à court, moyen et long terme, à la lumière des
différents scénarios liés au climat.

Attente 13.7 Les établissements devraient évaluer toutes les autres informations liées au
risque environnemental nécessaires pour donner une image complète de leur
profil de risque. En effet, les risques auxquels ils sont exposés proviennent d’un
large éventail de facteurs environnementaux, comme le stress hydrique, la perte de
biodiversité, la pénurie de ressources et la pollution. Les cadres de déclaration et les
besoins des acteurs du marché évoluant rapidement, les établissements ont tout
intérêt à améliorer activement leurs déclarations.

Encadré 11
Exemple de pratique observée : vue d’ensemble des déclarations respectant les
recommandations du GTCC

La BCE a observé une banque qui fournit une vue d’ensemble de la façon dont elle respecte les
recommandations du GTCC. La banque expose les chapitres précis de ses publications qui s’y
conforment.

Tableau A
Tableau récapitulatif simplifié
Référence aux publications de
Catégorie Recommandation du GTCC l’établissement

Gouvernance a) Décrire la surveillance des risques et opportunités climatiques exercée par le conseil Document X, page ABC
d’administration. Document X, page ABC
b) Décrire le rôle de la direction dans l’évaluation et la gestion des risques et opportunités
climatiques.

Stratégie a) Décrire les risques et opportunités climatiques répertoriés par l’établissement pour le court, Document Y, page ABC
le moyen et le long terme.
b) Décrire l’incidence des risques et opportunités climatiques sur les activités, la stratégie et la Document Y, page ABC
planification financière de l’établissement.
c) Décrire la capacité de résistance de la stratégie de l’établissement en tenant compte de Document X, page ABC
différents scénarios relatifs au climat, et notamment un scénario de hausse des températures
de 2°C au maximum.

Gestion des a) Décrire les processus de l’établissement en matière de détection et d’évaluation des risques Document Z, page ABC
risques climatiques.
b) Décrire les processus de l’établissement en matière de gestion des risques climatiques. Document Z, page ABC
c) Décrire comment les processus de détection, d’évaluation et de gestion des risques Document Z, page ABC
climatiques sont intégrés à la gestion des risques globale de l’établissement.

Indicateurs et a) Déclarer les indicateurs utilisés par l’établissement pour évaluer les risques et opportunités Document X, page ABC
objectifs climatiques conformément à sa stratégie et à son processus de gestion des risques. Décrire
les processus de l’établissement en matière de gestion des risques climatiques.
b) Déclarer les émissions de GES des champs d’application 1, 2 et, le cas échéant, 3, ainsi Document X, page ABC
que les risques associés.
c) Décrire les objectifs utilisés par l’établissement pour gérer les risques et opportunités Document Y, page ABC
climatiques, ainsi que les résultats obtenus.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 56


Références

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no°101, 2019.

Office fédéral allemand de contrôle des services financiers (Bundesanstalt für


Finanzdienstleistungsaufsicht, BaFin), Guidance Notice on Dealing with Sustainability
Risks (note d’orientation sur le traitement des risques en matière de durabilité, en
anglais et allemand uniquement), 2019.

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financial sector (exploration des risques climatiques dans le secteur financier
néerlandais, en anglais uniquement), 2017.

Banque des Pays-Bas, An energy transition risk stress test for the financial system of
the Netherlands (test de résistance de la transition énergétique pour le secteur
financier des Pays-Bas, en anglais uniquement), 2018.

Banque des Pays-Bas, Values at risk? Sustainability risks and goals in the Dutch
financial sector (valeurs en risque ? Risques et objectifs en matière de durabilité dans
le secteur financier néerlandais, en anglais uniquement), 2019.

Banque des Pays-Bas, Good practice: Integration of climate-related risk


considerations into banks’ risk management (bonne pratique : intégration des
considérations relatives au risque climatique dans la gestion des risques des
banques, en anglais uniquement), 2020.

Banque des Pays-Bas, Indebted to nature: exploring biodiversity risks for the Dutch
financial sector (une dette envers la nature : étude des risques de perte de biodiversité
pour le secteur financier néerlandais, en anglais uniquement), juin 2020.

Autorité bancaire européenne (ABE), Action Plan on Sustainable Finance (plan


d’action sur la finance durable, en anglais uniquement), 2019.

Banque centrale européenne (BCE), Revue de stabilité financière, mai 2019.

Agence européenne pour l’environnement (AEE), Climate change, impacts and


vulnerability in Europe 2012: An indicator-based report (changement climatique, effets
et vulnérabilité en Europe en 2012 : rapport reposant sur des indicateurs, en anglais
uniquement), 2012.

Comité européen du risque systémique (CERS), Too late, too sudden: Transition to a
low-carbon economy and systemic risk (trop tard, trop brutalement : transition vers
une économie sobre en carbone et risque systémique, en anglais uniquement), 2016.

Agence internationale pour les énergies renouvelables (International Renewable


Energy Agency, IRENA), Stranded assets and renewables. How the energy transition

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 57


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énergies renouvelables : comment la transition énergétique influence la valeur des
réserves énergétiques, des bâtiments et du stock de capital, en anglais uniquement),
2017.

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Financial System, NGFS), Un appel à l’action. Le changement climatique comme
source de risque financier, Premier rapport complet, 2019.

NGFS, Technical supplement to the First NGFS comprehensive report (supplément


technique au premier rapport complet du NGFS, en anglais uniquement), 2019.

NGFS, Guide for Supervisors: Integrating climate-related and environmental risks in


prudential supervision (guide à l’intention des autorités prudentielles : intégrer les
risques climatiques et environnementaux à la surveillance prudentielle, en anglais
uniquement), document technique, mai 2020.

NGFS, Requirements for scenario-analysis (exigences pour l’analyse de scénarios,


en anglais uniquement), à paraître.

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Principes


directeurs à l’intention des entreprises multinationales, 2019

OCDE, Les conséquences économiques du changement climatique, 2015.

OCDE, Due diligence for responsible corporate lending and securities underwriting:
Key considerations for banks implementing the OECD Guidelines for multinational
enterprises (devoir de diligence pour des pratiques responsables en matière de prêt
aux entreprises et de prise ferme de titres d’entreprises : considérations-clés pour les
banques qui mettent en œuvre les principes directeurs de l’OCDE pour les entreprises
multinationales, en anglais uniquement), 2019.

Groupe de travail sur la communication financière liée au climat (GTCC), Technical


supplement. The use of scenario analysis in disclosure of climate-related risks and
opportunities (supplément technique : utilisation de l’analyse de scénarios dans les
communications relatives aux risques et opportunités liés au climat, en anglais
uniquement), 2017.

Guide relatif aux risques liés au climat et à l’environnement 58


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