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Analyse des Fausses Confidences de Marivaux

Les Fausses Confidences de Marivaux est une comédie qui explore la complexité des sentiments humains, la manipulation et les conventions sociales à travers des personnages profonds et ambivalents. La pièce interroge la sincérité de l'amour et la nature des rapports sociaux, mettant en lumière les stratagèmes des personnages, notamment celui de Dubois, qui orchestre les intrigues. Avec un mélange de légèreté et de profondeur, Marivaux réussit à créer une œuvre intemporelle qui résonne encore aujourd'hui.

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Analyse des Fausses Confidences de Marivaux

Les Fausses Confidences de Marivaux est une comédie qui explore la complexité des sentiments humains, la manipulation et les conventions sociales à travers des personnages profonds et ambivalents. La pièce interroge la sincérité de l'amour et la nature des rapports sociaux, mettant en lumière les stratagèmes des personnages, notamment celui de Dubois, qui orchestre les intrigues. Avec un mélange de légèreté et de profondeur, Marivaux réussit à créer une œuvre intemporelle qui résonne encore aujourd'hui.

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SCRIPT – PARTIE 1

Alexandre (présentateur) :

Bienvenue dans Regards Croisés sur le Théâtre, votre émission littéraire où l’on analyse
les grandes œuvres du répertoire. Aujourd’hui, une comédie à la fois subtile et piquante
: Les Fausses Confidences de Marivaux. Pourquoi ce choix ? Pourquoi cette pièce du
XVIIIe siècle continue-t-elle de nous parler, d’interroger les sentiments, la société, la
vérité ? Pour répondre à cette question, deux critiques passionnés : Louis Guillaume et
Sacha. Merci à vous deux d’être là. Alors, pour commencer, pourquoi avoir choisi cette
œuvre précisément ?

Sacha (critique 1) :

Merci Alexandre. Ce qui m’a immédiatement attiré dans cette pièce, c’est son art du
double jeu. Derrière l’apparente légèreté de la comédie, Marivaux révèle une véritable
inquiétude morale. Qui manipule qui ? Jusqu’où peut-on feindre pour faire naître l’amour
? Dès la première scène, avec la réplique de Dorante : « Je l’aime avec passion, Dubois,
et c’est ce qui fait que je tremble », on comprend que cette pièce va au-delà du
divertissement : elle explore la fragilité du sentiment, le pouvoir du mensonge et
même… l’hypocrisie sociale.

Louis Guillaume (critique 2) :

Et j’ajouterais que c’est une comédie d’une modernité incroyable. On pense à Molière
pour les stratagèmes, bien sûr, mais chez Marivaux, tout est plus fin, plus
psychologique. Le personnage de Dubois, par exemple, est fascinant. Il n’est pas
seulement un valet rusé. Il est un metteur en scène. Lorsqu’il dit : « Allons faire jouer
toutes nos batteries », il orchestre littéralement une guerre de sentiments. Et pourtant,
ce n’est pas un cynique : il croit à l’amour, même s’il en manipule les ficelles.

Alexandre :

Alors justement, cette tension entre l’amour vrai et les faux-semblants, c’est l’un des
grands moteurs de l’intrigue. Mais est-ce que cela n’ôte pas de la sincérité à l’histoire ?
Le spectateur n’est-il pas perdu entre le vrai et le faux ?

Sacha :
Au contraire, Alexandre. Ce flou est précisément ce qui rend la pièce passionnante. On
ne cesse de se demander si Dorante est sincère. Quand il dit à Araminte : « Il n’y a rien
de vrai que ma passion qui est infinie et que le portrait que j’ai fait », on voudrait le
croire… mais en même temps, tout est si bien ficelé par Dubois qu’on doute. C’est cette
ambivalence qui rend les personnages profonds. Marivaux ne donne pas de réponses
simples. Il met en scène le trouble, l’hésitation, la complexité du cœur humain.

SCRIPT – PARTIE 2

Louis Guillaume :

Et puis, ce qui me frappe, c’est que Marivaux ne se contente pas de raconter une histoire
d’amour. Il interroge les rapports sociaux. Araminte est une femme indépendante, une
veuve riche, qui pourrait choisir librement son mari. Mais même elle est prise dans un
réseau de pressions. Sa mère, Mme Argante, incarne parfaitement cette obsession du
rang : « Je serai charmée moi-même d’être la mère de madame la Comtesse Dorimont. »
Ce n’est pas un mariage d’amour qu’elle cherche, c’est un titre. On voit alors comment
les sentiments sont piégés par les conventions.

Alexandre :

Donc pour vous, la pièce est aussi une critique sociale ?

Sacha :

Absolument. C’est l’un des aspects que j’ai le plus aimés. La pièce parle de désir,
certes, mais aussi de pouvoir. Le pouvoir des hommes, le pouvoir de l’argent, le pouvoir
de l’apparence. Et même le pouvoir des domestiques ! Dubois, ancien valet, mène toute
l’intrigue. C’est lui qui a l’idée, qui manipule les autres, et qui finit par triompher. Il dit
lui-même : « Point de quartier, il faut l’achever. Il faut qu’elle nous épouse. » Ce « nous »
est saisissant. Dubois agit pour Dorante, bien sûr, mais on sent aussi une revanche
sociale. Il fait partie des dominés… et c’est lui qui gagne.

Louis Guillaume :

Et ce qui est fascinant, c’est qu’on ne sait jamais s’il faut l’admirer ou le craindre.
Araminte elle-même finit par douter de ses intentions. Quand elle lui dit : « Vous
l’assassinez, vous me trahissez moi-même. Il faut que vous soyez capable de tout. » —
c’est glaçant. Marivaux refuse le manichéisme. Tous ses personnages ont une face
lumineuse et une face plus sombre. C’est aussi ça qui rend cette pièce captivante :
chaque scène renverse nos certitudes.

Alexandre :

Et Dorante dans tout ça ? Il semble sincère, mais il accepte tout de même de manipuler
Araminte. Peut-on encore parler d’amour véritable ?

Sacha :

C’est toute la question, et elle reste ouverte jusqu’à la fin. Oui, Dorante aime Araminte. Il
le dit avec force : « Mon amour m’est plus cher que ma vie. » Mais il accepte aussi de
jouer un rôle, d’utiliser un stratagème. Alors, est-ce que la fin justifie les moyens ?
Marivaux nous laisse juges. Pour certains, cette pièce est profondément immorale. Pour
d’autres, elle montre juste à quel point l’amour est un jeu dangereux.

SCRIPT – PARTIE 3

Louis Guillaume :

Et ce que tu dis, Sacha, me fait penser à une chose essentielle : Les Fausses
Confidences n’est pas qu’une comédie de situation. C’est une comédie de langage. Tout
est dans les mots, dans la manière de parler, de détourner les phrases. Le fameux
marivaudage, ce style raffiné où chaque réplique cache plus qu’elle ne révèle. Araminte
dit un jour à Dorante : « Vous donner mon portrait ! Songez-vous que ce serait avouer
que je vous aime ? » — elle ne dit pas « je vous aime », mais elle le laisse entendre. C’est
magistral.

Alexandre :

On pourrait presque dire que les vrais aveux ne passent jamais par les mots… mais par
le non-dit ?

Sacha :

Exactement. Et c’est ce qui rend la pièce si théâtrale. Marivaux joue avec l’idée de
masques. Tous les personnages cachent quelque chose. Dorante cache son amour,
Araminte cache son trouble, Dubois cache ses intentions… Et nous, spectateurs, on est
complices de ces dissimulations. On sait plus que les personnages. C’est ce qu’on
appelle la double énonciation. Marivaux nous donne le pouvoir d’observer la comédie
humaine, avec un mélange de tendresse et d’ironie.

Louis Guillaume :

Ce théâtre dans le théâtre, c’est aussi une façon de critiquer les rapports sociaux.
Dubois, par exemple, se comporte comme un dramaturge. C’est lui qui écrit la pièce
dans la pièce. Quand il dit « Allons faire jouer toutes nos batteries », il parle comme un
général, mais aussi comme un metteur en scène. Il manipule les décors, les objets
(comme le portrait), les fausses lettres… Il transforme la maison d’Araminte en véritable
théâtre, et les personnages en marionnettes.

Alexandre :

Alors est-ce que cette pièce parle de théâtre… ou est-ce qu’elle parle de la vie, tout
simplement ?

Sacha :

Des deux ! Et c’est pour ça qu’elle est si forte. Marivaux nous dit : dans la vie aussi, on
joue des rôles. On se cache, on se travestit, on tente de séduire, de convaincre, de
gagner. Comme l’écrivait Marivaux lui-même : « Le monde est une comédie, et chacun y
joue son personnage. » Cette réflexion, qui rappelle le théâtre baroque, trouve ici une
modernité troublante. On n’est plus dans la morale figée de Molière, mais dans le
trouble, l’ambiguïté, le questionnement.

SCRIPT – PARTIE 4

Louis Guillaume :

Il faut parler d’Araminte. C’est elle, à mes yeux, la véritable héroïne de la pièce. Une
femme de pouvoir, indépendante, riche… mais profondément tiraillée. Elle veut rester
maîtresse d’elle-même, ne pas céder à l’amour. Et pourtant, Dubois va semer le doute
en elle. Ce qu’elle cherche à éviter, c’est la perte de contrôle. Quand elle dit à Dubois : «
Garde un profond secret, que tout le monde ignore ce que tu m’as dit », on sent la honte,
ou peut-être simplement la peur d’aimer.
Sacha :

Et ce que je trouve remarquable, c’est que son sentiment amoureux progresse par
étapes. D’abord elle est troublée. Ensuite, elle est agacée. Puis jalouse. Et enfin, elle
avoue. « Et voilà pourtant ce qui m’arrive. » Cette réplique, presque naïve, presque
enfantine, brise tout. Elle a lutté, elle a résisté… et à la fin, elle se laisse surprendre par
son propre cœur. C’est magnifique. Marivaux parvient à exprimer cette surprise de
l’amour, ce moment où un personnage découvre ses propres sentiments.

Alexandre :

Mais est-ce qu’on peut vraiment parler de liberté dans ce cas ? Araminte choisit
Dorante, oui… mais après avoir été manipulée, testée, poussée à bout. Est-ce vraiment
un choix ?

Louis Guillaume :

C’est une très bonne question. Je dirais que oui, justement parce qu’elle en est
consciente. Elle connaît le stratagème. Elle sait qu’elle a été influencée. Mais elle décide
malgré tout. Elle fait le tri entre la comédie et le vrai. « Puisque vous m’aimez
véritablement, ce que vous avez fait pour gagner mon cœur n’est point blâmable. » C’est
une phrase très forte. Elle affirme ici que l’amour justifie les moyens. C’est discutable,
certes, mais c’est aussi très humain.

Sacha :

Et il ne faut pas oublier que Dorante aussi souffre. Il est pris entre son amour sincère et
la honte du stratagème. Il dit à la fin : « Tous les incidents qui sont arrivés partent de
l’industrie d’un domestique (…) qui m’a, pour ainsi dire, forcé de consentir. » Est-ce vrai
? Est-ce un mensonge ? Là encore, Marivaux laisse planer le doute. Ce qui compte, c’est
la sincérité du moment, plus que la vérité des faits.

SCRIPT – PARTIE 5

Alexandre :
On sent que vous êtes fascinés par les personnages… mais parlons aussi du contexte.
Cette pièce, écrite en 1737, parle de rapports de classes, d’inégalités sociales. Est-ce
que ça résonne encore aujourd’hui, selon vous ?

Sacha :

Plus que jamais. Ce que montre Marivaux, c’est une société obsédée par l’argent, par
les apparences, par le rang. Mme Argante, par exemple, pousse sa fille à épouser un
comte pour des raisons purement sociales. Elle dit à Dorante : « C’est moi qui suis sa
mère, et qui vous ordonne de la tromper à son avantage. » C’est terrible. Même l’amour
devient un outil, un levier pour grimper dans l’échelle sociale. Et ce qui est encore plus
ironique, c’est que ce sont les domestiques qui tirent les ficelles.

Louis Guillaume :

Oui, et Dubois n’est pas seulement un serviteur malin. Il est presque un idéologue. Il
incarne cette revanche de la classe basse sur les puissants. Il organise tout, il manipule
tout. Il fait tomber les masques. La toute dernière phrase de la pièce, c’est lui qui l’a : «
Ouf ! Ma gloire m’accable. » Il est fatigué, oui, mais aussi triomphant. Il a renversé l’ordre
établi, il a permis un mariage d’amour… mais à quel prix ? Par des ruses, des pièges, des
humiliations. On pourrait presque le comparer à un stratège militaire.

Alexandre :

Et pourtant, il reste sympathique. C’est peut-être là le génie de Marivaux : il nous fait


aimer un manipulateur.

Sacha :

Exactement. Parce que Dubois n’agit pas pour lui-même. Il ne cherche pas la fortune, ni
le pouvoir. Il agit « pour » Dorante, mais aussi peut-être « contre » la société qui empêche
l’amour de s’exprimer librement. Quand il dit : « Quand l’amour parle, il est le maître, et il
parlera », il affirme une foi totale dans la puissance du sentiment. Il veut que l’amour
triomphe. Il veut un monde où les barrières sociales ne comptent plus. Et ça, c’est
profondément moderne.

SCRIPT – PARTIE 6
Alexandre :

On a parlé de manipulation, d’amour, de pouvoir… mais Les Fausses Confidences, c’est


aussi une comédie, non ? Est-ce qu’on rit encore aujourd’hui en la lisant ou en la voyant
?

Louis Guillaume :

Mais bien sûr ! L’humour de Marivaux est subtil, mais il fonctionne toujours. Ce n’est pas
un rire éclatant comme chez Molière, c’est un sourire complice. Le personnage
d’Arlequin, par exemple, est hilarant. Il ne comprend rien aux intrigues, il pose des
questions naïves, il renverse les hiérarchies sans le savoir. Quand Araminte lui dit « Je
vous donne à Monsieur Dorante », il répond : « Ma personne ne m’appartiendra donc
plus ? » — c’est à mourir de rire, et en même temps, ça pose une vraie question sur la
condition servile.

Sacha :

Et même les scènes les plus tendues sont souvent comiques. Je pense à celle du
portrait. Marton croit qu’il est pour elle, Araminte feint de ne pas comprendre, Dorante
fait l’innocent… tout le monde joue un rôle, et ça devient absurde. Et pourtant, ce n’est
pas juste pour faire rire. C’est un rire qui dérange, parce qu’il révèle les illusions. Quand
Marton s’exclame « Me voilà bien loin de mon compte ! », c’est drôle, oui, mais c’est
aussi tragique. Elle croyait être aimée, elle ne l’était pas. Le comique ici naît de la
cruauté du quiproquo.

Louis Guillaume :

Et ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que toutes ces « fausses confidences » sont de vrais
pièges. Rien dans cette pièce n’est innocent. Dès la première scène, on entre dans une
mécanique où la vérité est toujours en question. Une confidence, normalement, c’est
une parole intime, sincère, offerte. Mais ici, elles sont toutes calculées. Comme dit
Dubois à propos de Dorante : « Il y a six mois qu’il extravague d’amour… c’était un
vendredi. » Il ment ? Il dit vrai ? On ne sait pas. Et c’est ça qui rend le titre si juste : Les
Fausses Confidences, au pluriel. C’est un théâtre du mensonge.

Alexandre :
Et pourtant, à la fin, tout le monde finit par dire la vérité. Alors, cette vérité… est-ce
qu’elle libère les personnages ? Ou est-ce qu’elle les piège encore davantage ?

SCRIPT – PARTIE 7

Sacha :

C’est justement pour tout ça qu’on a choisi cette pièce. Elle réussit quelque chose de
rare : mêler profondeur et légèreté, critique sociale et sentiments intimes. C’est une
comédie, oui, mais on en sort avec des questions. Sur l’amour, sur la vérité, sur le
mensonge. Sur ce qu’on est prêt à faire pour être aimé. Et ça, c’est intemporel. Qu’on
vive au XVIIIe siècle ou aujourd’hui, on se reconnaît dans ces hésitations, ces
malentendus, ces stratégies amoureuses.

Louis Guillaume :

Moi, je dirais que si on a choisi Les Fausses Confidences, c’est parce qu’elle représente
un théâtre de la finesse. Marivaux ne juge pas ses personnages. Il les regarde, il les fait
parler, et il nous laisse deviner leurs failles, leurs forces, leurs contradictions. Il nous
oblige à penser. Et en même temps, il nous amuse. C’est ce mélange unique qui nous a
donné envie de travailler sur cette pièce, plutôt qu’une comédie plus traditionnelle. Ici,
tout est double : les intentions, les sentiments, les discours.

Alexandre :

Mais est-ce que cette pièce ne risque pas de décevoir un public qui attend des rires
francs, des rebondissements spectaculaires ? Est-ce que ce n’est pas… trop subtil ?

Sacha :

C’est justement ce qu’on aime. Elle ne cherche pas l’effet facile. Elle ne fait pas de
grands éclats, elle joue dans les demi-teintes. Et ça demande de l’attention, oui, mais
ça récompense aussi le spectateur. Il y a des phrases qui restent longtemps en tête.
Comme celle-ci, d’Araminte : « Si j’apprenais cela d’un autre que de vous, je vous haïrais
sans doute. » Ce genre de réplique, si simple, si honnête, ça bouleverse. Parce qu’on
sent qu’elle dit enfin ce qu’elle ressent. Et parce qu’on comprend à quel point le chemin
pour y arriver a été compliqué.
Louis Guillaume :

Et ce n’est pas qu’une histoire d’amour. On l’a choisie aussi parce qu’elle interroge l’idée
même de liberté. Est-ce qu’Araminte est libre d’aimer ? Est-ce que Dorante est libre de
dire la vérité ? Est-ce qu’un valet comme Dubois est libre de manipuler les puissants ?
Toutes ces questions sont là, discrètes, mais puissantes. C’est une pièce qui parle de
notre humanité.

SCRIPT – PARTIE 8

Alexandre :

On arrive au dénouement… Araminte et Dorante finissent ensemble, Dubois jubile, Mme


Argante est furieuse… Est-ce une vraie fin heureuse ? Est-ce aussi ce qui vous a donné
envie de choisir cette pièce ?

Louis Guillaume :

C’est une fin heureuse, oui, mais pas simple. Pas un « tout est bien qui finit bien » naïf.
Marivaux ne ferme pas les yeux sur la manipulation qu’il a mise en scène. Araminte
pardonne à Dorante, mais elle le fait en pleine conscience. Elle dit : « Il est permis à un
amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu’il a réussi. »
C’est une justification de toute la pièce. Ce qui aurait pu être immoral devient légitime
par le triomphe de l’amour. Et c’est justement pour cette ambiguïté qu’on a voulu en
parler. Parce qu’elle dérange autant qu’elle rassure.

Sacha :

Et aussi parce que la pièce nous laisse avec un sentiment partagé. On est contents pour
Dorante et Araminte, bien sûr. Mais Dubois… Dubois reste un mystère. Il dit : « Ouf, ma
gloire m’accable. » Est-ce de l’ironie ? De la fatigue ? De la satisfaction ? On ne sait pas.
Et c’est ça qu’on aime dans Les Fausses Confidences : c’est une œuvre ouverte. Rien
n’est tout blanc ou tout noir. Elle oblige le spectateur à penser, à juger, à s’interroger.
C’est pour ça qu’on l’a choisie. Parce qu’elle laisse des traces.
Alexandre :

Donc si je vous comprends bien, c’est une pièce qui parle d’amour… mais aussi de
pouvoir, de jeu, de vérité… et qui fait travailler l’intelligence du spectateur.

Sacha :

Exactement. Et je crois que c’est ce que Marivaux voulait. Faire un théâtre qui ne distrait
pas seulement, mais qui réveille l’esprit. Un théâtre qui montre que la vérité peut naître
du mensonge, que l’émotion peut surgir d’un stratagème. La pièce interroge la nature
même du théâtre : est-ce que jouer, c’est tromper ? Ou est-ce que jouer, c’est révéler ce
qu’on ne pourrait pas dire autrement ? C’est ce genre de réflexion qui nous a poussés à
la choisir.

Louis Guillaume :

Et puis, on ne va pas se mentir : c’est un bonheur à jouer. Les répliques sont fines,
brillantes. Chaque scène est comme une petite joute. Le public rit, mais il sent aussi
que quelque chose se joue sous la surface. Il y a de l’intensité, du suspense, du trouble.
C’est une comédie, oui… mais une comédie qui flirte avec la tragédie.

SCRIPT – PARTIE 9

Alexandre :

Vous avez tous les deux parlé de finesse, de stratégie, de complexité… Mais si je vous
demandais, à chacun, plus personnellement : pourquoi vous, vous avez choisi Les
Fausses Confidences ? Pas en tant que critiques, mais en tant que lecteurs,
spectateurs… presque en tant qu’humains.

Sacha :

Pour moi, c’est une pièce qui parle du risque de dire ce qu’on ressent. Et ça, ça me
touche profondément. Dorante est un personnage que je comprends : il aime, mais il a
peur de parler. Alors il feint, il détourne, il laisse un autre parler pour lui. Et puis, au
moment crucial, il ose. Quand il dit : « Je me meurs », c’est tout sauf théâtral. C’est
sincère. Ce mélange de pudeur et de passion, de silence et d’aveu, ça m’a bouleversé.
J’ai choisi cette pièce parce qu’elle parle de nous tous, quand on hésite à dire « je t’aime
».

Louis Guillaume :

Moi, c’est Araminte qui m’a fasciné. Son cheminement, sa résistance, ses
contradictions. Elle est forte, et pourtant elle vacille. Elle se veut lucide, et pourtant elle
est surprise par l’amour. Et surtout, elle ne ment pas à elle-même. Elle dit à Dorante : «
Si j’apprenais cela d’un autre que de vous, je vous haïrais. » Ce n’est pas une héroïne
lisse. C’est une femme en mouvement, en tension, en transformation. J’ai choisi cette
pièce parce qu’elle montre que tomber amoureux, ce n’est pas simple, ce n’est pas
toujours beau, mais c’est vrai. Et ça, le théâtre le rend palpable.

Alexandre :

C’est rare d’entendre des critiques parler aussi personnellement… Mais je crois que
c’est ça qui fait la force du théâtre : il touche autant l’intellect que le cœur. Et Les
Fausses Confidences semble justement être de ces pièces-là.

Sacha :

Oui, exactement. C’est un texte qui nous fait réfléchir et ressentir. Qui questionne, qui
trouble, qui émeut. Et c’est pour ça qu’on l’a choisi. Parce qu’au fond, c’est une pièce
sur le courage d’aimer. Et dans un monde où tout va vite, où l’émotion est souvent
cachée derrière des filtres… cette pièce, elle nous dit que le sentiment, même caché,
même maladroit, peut changer le cours des choses.

SCRIPT – PARTIE 10 (Conclusion)

Alexandre :

Alors, pour conclure : Les Fausses Confidences, c’est plus qu’une comédie d’intrigue.
C’est une pièce sur le vrai, sur le faux, sur ce qu’on cache, sur ce qu’on finit par dire. Une
pièce qui brouille les repères… mais qui éclaire aussi, à sa manière. Est-ce que vous
diriez que c’est ça, la force de Marivaux ?

Louis Guillaume :
Oui. Il écrit un théâtre du trouble. Il ne donne pas de leçon, il nous met face à des
sentiments ambigus. Il ne tranche pas. Et pourtant, il nous touche. C’est un théâtre qui
ressemble à la vie. C’est pour ça qu’on l’a choisi. Parce qu’il ne ment pas sur ce que
c’est d’aimer. Il nous fait voir ce qu’on ne dit pas toujours à voix haute.

Sacha :

Et parce qu’il nous pousse à regarder l’amour autrement. Ni comme une évidence, ni
comme un conte de fées. Mais comme un chemin. Un risque. Un stratagème parfois,
mais aussi une lumière. Ce théâtre-là, il fait du bien. Il nous dit que même au milieu des
faux-semblants, quelque chose de vrai peut surgir. Et qu’il faut savoir l’attraper.

Alexandre :

Merci à vous deux pour cette plongée brillante, vibrante, dans Les Fausses Confidences.
Merci à Marivaux, aussi, de nous avoir laissé une œuvre aussi complexe, drôle, et
bouleversante. On se retrouve très vite dans Regards Croisés, pour une autre émission,
une autre pièce, une autre émotion. À bientôt.

Tous :

À bientôt.

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