ORAL BAC 3- Jean Luc Lagarce, JLFM, partie 1 scène 10
Jean-Luc Lagarce est à la fois un comédien, metteur en scène, directeur de troupe et dramaturge. En 1990, il
compose la pièce Juste la fin du monde, l’intrigue de cette pièce repose sur l’annonce de la mort de Louis à sa famille
et son retour après 12 ans d’absence. La scène que nous allons étudier est la scène 10 de la partie 1.
Situation de l’extrait : un monologue situé après un dialogue avec la mère (scène 8) où elle l’exhorte à reprendre son
rôle d’aîné pour ses frère et sœur. Par ailleurs, ce monologue en suit un autre (scène 5) où est reprise la raison du
retour : non seulement l’annonce de la mort, mais aussi le manque d’amour. La scène 10 renvoie à la crise personnelle
face à la mort : Pourquoi la Mort me devrait-elle me rendre bon ? Louis y dresse son autoportrait et revient sur son
attitude passée par rapport à la mort. La scène expose la solitude Louis et se lit comme une réponse à la demande de
la mère d’être plus présent pour sa famille.
Pb : Dans quel mesure l’autoportrait développe-t-il sa relation avec la mort ?
Mouvement 1–ligne 1 à 10- Un autoportrait dépréciatif
« Pourquoi la mort devrait-elle me rendre Question réthorique Une révolte/opposition à l’idée d’une
bon ? » belle mort
« Me laissera moins regrettable » Froideur Refus de tristesse et d’hommage
Les adjectifs « mauvais / médiocre / Allitérations en [m] Allitérations évoquant la Mort / La
minuscules craintes / infimes soucis » Gradation des adjectifs personnification montre l’empire de la
Mort sur Louis qui est petit comparé à
elle/ référence au philosophe Pascal
(XVIIe)
« Que ferez-vous de moi ? » Mémoire Envisage le problème de sa mémoire, ce
qu’il restera / peur de l’oublie
« C’est une idée de vivant inquiet de mes S’exclut du monde des vivants Il se présente comme quelqu’un de
possibles égarements ? » mourant/ déjà mort
Question + négations « pas beau » / « ne Envisage sa postérité de manière négative « Vous » => spectateur et famille,
pas être beau » / « moins regrettable » ; le absente mais à qui il s’adresse
« vous » de la question potentiellement (une double
énonciation)
Vanité (perte de sens) Il n’a plus rien à perdre, l’ecclésiaste
Conclusion : un autoportrait négatif mettant sur les pas de la mort.
Mouvement 2–ligne 11 à 29- Fuite et poursuite de la mort
« Il y a quelques mois » l. 12 C’est un récit rétrospectif
l.11-13 Indication de temps et passé composer. Le récit : changement de période
« Devenir voyageur » « errer » « errer, Lexique de l’errance Autoportrait du voyageur, cherche une
perdu déjà quête de libération sans but (Ulysse qui
ère pendant 10 ans)
« Se fracasser la tête contre la vitre de la Image de l’oiseau se cognant à la vitre N’arrivant pas à s’échapper, allusion en
chambre » même temps au divertissement de
Pascal : impossible de pas penser à la
mort quand on est seul dans sa
chambre, donc besoin de
divertissement.
« De grand «coups d’ailes imbéciles » Idée de vanité(chose futile, illusoire)
« Tous les agonisants ont ces Métaphore Idée de la mort
prétentions »
« Courir » « prétendre » « atteindre » Les verbes de la ligne 20 à 23 Course-poursuite avec la mort
« retrouver »
« Cacher dans les grands espaces » Antithèse Paradoxe entre cacher et dans un grand
espace
En même temps, le « trou » évoque la
tombe, donc pris au piège.
« Donner » « prétendre » « courrir » Verbe à l’infinitif Rythme dynamique, course poursuite
« croire » entre lui et la mort
« Sache » « puisse » Verbe au subjonctif Un souhait irréalisable
« à me mentir et ricaner » / « croire Illusion -Il est bien présomptueux de croire
disparaître » / « prétendre la semer » / échapper à la mort
« Tous les agonisants ont ces -tjrs rattraper par la fatalité
prétentions » -tout lui échappe, il perd son pouvoir
« Me mentir et ricaner » Autocritique - verbes par lesquels il déprécie son
attitude
-réaction ironique, faussement tragique
« Il fallait me voir […] J’étais Formule ironique Étranger aussi au monde : lieu de
convaincant ! » l’aéroport / errance.
Conclusion : la fuite est relatée dans ce moment du monologue comme un mensonge – il porte un masque par lequel il pense
se protéger mais la fuite est un échec la fatalité le rattrape
Mouvement 3–ligne 34 à 54- L’intégration et l’acceptation de la mort
« Nous » Anaphore La mort est inévitable et elle est sa
compagne
« Nous faisons nos adieux » « nous Motifs des « adieux » et de la La mort est inévitable et elle est sa
nous promenons » promenade compagne
« Prochaine » Proximité Proximité dans le temps et l’espace
« nous marchons la nuit dans les rues Motif de la séduction Impression que la Mort et lui sont des
[…] plaisons beaucoup » amants
« nous sommes assez joliment le mystère et le secret qu’il cultive Il s’agit aussi de séduire et tromper les
mystérieux » « nous ne laissons rien autres : les réceptionnistes (l. 40-43)
devinez »
« je » Anaphore Retour sur la solitude
« je ne faisais rien » « je faisais Montre le faux semblant + une inaction Montre le faux semblant + une
semblant » inaction, retour sur la solitude
l. 46 et 49 La nostalgie un repli sur soi : la nostalgie une
tristesse intériorisée, qui ne se montre
pas / une opposition avec ce qu’il
laissait transparaître.
« je découvre des pays, je les aime De l’autoportrait de Louis à celui de de l’autoportrait de Louis à celui de
littéraires, je lis des livres » Lagarce Lagarce : référence à la littérature, à
l’écrivain qu’il est
l. 50-54 : « de longs détours » (= éviter L’errance On retrouve alors l’errance
la mort), « juste recommencer » (fait
écho au titre de la pièce) ; on retrouve
la fuite : « tout éviter et ne plus
reconnaître »
« je ne crois en rien » Le désespoir Le désespoir : dernière phrase, brève et
sèche.
Conclusion : l’autoportrait est double (pers. et auteur) ; il contient le désespoir, la tristesse, le désenchantement.
Conclusion générale de l’explication :
- une progression d’un autoportrait dépréciatif au désespoir ;
- nous sommes de plain-pied dans la crise du personnage ; confession au spectateur ;
- tout nous achemine vers une confrontation avec la mort, avec soi et la solitude ;
- ouverture : la scène 11 ensuite – une confrontation avec autrui, où Louis ne pourra plus rien dire, quand sa seule
possibilité de parole est le monologue.
Le monologue passe de je à nous ce qui montre que la mort le rattrape. Il s’éloigne de + en + de sa vie. Il se sert de l’ironie pour
montrer son désespoir. Pièce ponctuée par des monologues et des dialogues. Le monologue est un moment de vérité, de révélation
où il avoue son mensonge et sa tricherie. L’autoportrait est à la fois de l’ironie, de l’acceptation de la mort et du désespoir.
- Ouverture : la scène 11 ensuite – une confrontation avec autrui, où Louis ne pourra plus rien dire, quand sa seule possibilité de parole est le
monologue.
Grammaire : 1. la négation
Plusieurs formes de négation :
- exceptive : l. 4.
- totale : « ne pas », avec verbe conjugué et verbe à l’infinitif : l. 9-10.
- la négation « ne … jamais » : l. 23-24.
2. Les interrogations directes : l. 1 et l. 7-8 – inversion sujet-verbe. Ce sont des questions rhétoriques en fait adressées à
soi-même. Noter : l’emploi de deux pronoms-sujet différents « elle » et « vous ».