Projets Durables en Constructions Publiques
Projets Durables en Constructions Publiques
Ce guide donne des pistes pour engager des démarches de projets durables, du
bâtiment aux espaces publics. Conçu plutôt pour des projets neufs, ses principes
peuvent s'appliquer tout autant à l'existant.
L'ouvrage aborde dans une première partie les fondamentaux d'un projet de
développement durable. Les facteurs et principes d'une conception durable sont
détaillés dans une deuxième partie. La troisième partie aborde la démarche de projet,
l'importance de l'organisation de la maîtrise d'ouvrage et des modes de concertation,
de la définition des besoins à la réalisation puis à la mise en service. Ce guide rappelle
également l'importance de l'entretien et de la gestion au quotidien durant toute la vie
d'un bâtiment ou d'un site.
mission
interministérielle
pour la qualité
des constructions
publiques
François KOSCIUSKO-MORIZET
Président de la MIQCP
Maire de Sèvres
Vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine
Avant-propos........................................................................................................................................................................................4
Introduction.........................................................................................................................................................................................8
4 Conclusion.......................................................................................................................................105
Annexe 1 - Eléments indicatifs d'une mission d’AMO développement durable 106
Annexe 2 - Un renforcement de la mission de maîtrise d’œuvre 107
Annexe 3 - Définitions des termes utilisés 110
Annexe 4 - Lexique des sigles 113
Annexe 5 - Eléments concernant les bâtiments existants 115
Annexe 6 - Eléments de bibliographie 116
Annexe 7 - Textes juridiques et contractuels 118
Dès 1968, l’italien Aurelio Peccei et l’écossais Alexander En 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, un
King fondent le Club de Rome avec "l’ambitieux projet d’aider programme d’actions pour le XXIe siècle, appelé "action 21",
à comprendre et maîtriser le futur, face aux contradictions mais désigné par son intitulé anglais "agenda 21" met en avant
éclatantes du devenir de l’humanité, et parce qu’il n’est plus de nouvelles priorités telles que la lutte contre la pauvreté, la
possible d’ignorer l’impérieuse nécessité d’une approche globale protection des ressources naturelles, la gestion des déchets et
des interactions techniques, sociales, économiques, politiques de des résidus toxiques, l’aménagement harmonieux du territoire,
notre monde"1. l’accès à l’éducation pour tous, le changement de politique de
consommation.
Dans les années 70, son contemporain, le mathématicien
et économiste américain d’origine roumaine Nicholas Georgescu- Dans un souci constant d’associer la population aux décisions
Rœgen invente la théorie de la décroissance et met en lumière la locales, certaines collectivités territoriales décident, avec l’appui
contradiction entre la dégradation inéluctable, suite à leur usage, de la Commission européenne, de signer lors de la conférence
des ressources naturelles utiles à l’humanité et une croissance d’Aalborg de 1994 une Charte des villes européennes pour un
matérielle sans limites, entre une Terre finie et l’idée d’une développement durable, traduite en agendas 21 locaux.
croissance infinie.
En 2005, est promulguée la loi relative à la Charte de
À la même époque, le polonais Ignacy Sachs rejoint par l’environnement qui pose les droits et devoirs de chacun, et précise
le canadien Maurice Strong initie l’idée de développement en particulier que "les politiques publiques doivent promouvoir un
durable à l’occasion du premier sommet de l’environnement à développement durable. A cet effet, elles concilient la protection
Stockholm en 1972. En 1987, Madame Gro Harlem Brundtland2, et la mise en valeur de l’environnement, le développement
alors Premier ministre de la Norvège, remet le rapport devenu économique et le progrès social."
depuis lors éponyme, sous le titre "Our common future", "Notre
avenir à tous". Ce document sur l’état de la planète des hommes
lui est commandé par l’Organisation des Nations Unies en tant
En 2007, le Grenelle de l’environnement développe ces enjeux
globaux. Ainsi, le bâtiment qui représente à lui seul 43% de la
que présidente de la Commission mondiale sur l’environnement
consommation énergétique finale (Cef) - avec une émission de
et le développement. L’histoire voit dans la publication du rapport
18% du total des gaz à effet de serre (GES) et de 23 % du gaz
Brundtland la naissance de la notion de développement durable,
carbonique ou dioxyde de carbone (CO2) -, reçoit-il des objectifs
c’est-à-dire celle d’un développement "qui répond aux besoins du
de réduction significative de ses consommations énergétiques.
présent sans compromettre la capacité des générations futures
Tout l’enjeu consiste à intégrer ces objectifs techniques dans des
de répondre aux leurs".
projets prenant en compte, de manière indissociable dans leur
interdépendance, les trois piliers du développement durable :
social, environnemental et économique.
1 Robert LATTES, "Le nénuphar qui tue", préface de "Halte à la croissance", Le Club
de Rome, Rapport Meadows, [Link]., p.5
2 Gro Harlem BRUNDTLAND, “Our Common Future”, Oxford, 1987. En 1983, à la
demande du secrétaire général de l’ONU, elle crée et préside la Commission
Mondiale pour l’environnement et le développement. Son rapport, publié en 1987,
provoque le sommet de la Terre en 1992 à Rio de Janeiro.
En conséquence, le recours essentiel à la participation La réflexion a surtout été menée pour des constructions neuves,
citoyenne s’accroît au fur et à mesure que la prise de s’insérant dans des contextes urbains ou naturels. Ses principes
conscience de l’enjeu environnemental se diffuse et que les peuvent être transposés à des opérations d’infrastructures, de
moyens d’actions s’installent. Ainsi la Convention des Maires réhabilitation, de reconversion de bâtiments ou de sites existants.
pour une énergie locale durable lancée par la Commission Aucun de ces cas n’échappe au processus de projet décrit de
Européenne en janvier 2009 est-elle une initiative très ambitieuse longue date par la MIQCP (et repris par de nombreux acteurs et
pour faire participer la population à la lutte contre le réchauffement associations), même si les réglementations diffèrent, et même si
planétaire. la nécessaire phase de diagnostic est plus fine dans l’existant et
comporte une phase spécifique d’analyse sociale.
En raison de l’évolution des modes de vie, du rôle central de
l’architecture et de l’urbanisme dans les projets d’établissements Pour tenter de dénouer la complexité de la situation contemporaine
humains durables, du recours à la participation citoyenne, de dont tous les aspects culturels, sociaux, environnementaux
l’interdépendance des trois piliers, il semble important de confirmer et économiques sont interdépendants, le recours à toutes les
"la culture comme quatrième pilier du développement compétences collectives et individuelles s’avère nécessaire.
durable" (cf. déclaration de Jacques Chirac à Johannesburgh),
et en particulier la place de l’architecture, du patrimoine et des
Des maîtres d’ouvrage, des maîtres d’usage, des maîtres
territoires.
d’œuvre, des constructeurs et leurs partenaires inventent
déjà une autre manière de travailler en commun qui reconnaît
et défend les diversités culturelles, porte les préoccupations
sociales, prend garde à la planète et à l’environnement et
engage l’éthique dans l’économie.
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1.1 Une approche globale Une démarche de développement durable induit de ne plus traiter
les territoires comme des "îles" coupées de leur environnement,
adaptée au contexte local mais d’entrer dans une approche systémique, itérative, des "micros-
préoccupations" aux "macro-préoccupations", et réciproquement.
Les référentiels conçus à vocation nationale ou internationale, utiles Selon les problèmes à traiter, les échelles pertinentes ne sont pas
à l’origine de la démarche, connaissent dorénavant leurs limites. les mêmes, les interlocuteurs non plus. Au-delà de la technicité
S’il peut rester utile de se référer à des grilles de questionnement d’un projet, la mobilisation précise des échelons décisionnels, des
générique, passe-partout ou à des indicateurs simples et reconnus compétences et du système adéquat des acteurs, publics et privés,
(comme l’empreinte écologique, le bilan carbone, l’analyse du cycle citoyens, est la clé de réussite d’un projet dans sa durée.
de vie) qui permettent d’évaluer les progrès ou les dérives à grande
Les premières étapes de l’histoire française de l’écoresponsabilité
échelle, de plus en plus de pays voire de régions, d’agglomérations ou
appliquée au cadre de vie étaient peu soucieuses de ces différentes
de grands maîtres d’ouvrage développent des démarches spécifiques,
interactions. La démarche Haute qualité environnementale (HQE) au
plus locales, avec des objectifs et des indicateurs adaptés. Ce sont
des plans climat-énergie territoriaux (PCET), des agendas 21, des départ se focalisait sur le bâtiment et sa parcelle. Dans l’approche
chartes de qualité environnementale, des chartes d’objectifs de anglaise BREEAM3, la proximité aux transports en commun compte
développement durable. d’emblée. On a ensuite vu apparaître des écoquartiers, parfois
pensés comme une fin en soi, parfois peu soucieux de leur contexte,
Dans le champ du projet architectural et urbain, le développement allant jusqu’à s’enfermer pour vivre paisiblement leurs différences
durable a repris et mis en œuvre le concept slogan de René Dubos environnementales ; des écoquartiers assumant alors une fracture
énoncé en 1972 : "penser globalement, agir localement". Il sociale, "quartiers de bobos", dit-on parfois, et/ou n’échappant pas à
conjugue, dans le temps long, quatre aspects fondamentaux : la tentation communautariste. Un écoquartier n’est pas objet en soi,
-
l’ancrage dans un territoire, son histoire, son patrimoine matériel mais il constitue une partie d’un projet plus large, un aménagement
et immatériel, sa topographie, son climat, ses ressources, ses local au sein d’une ville durable, ou encore l’amorce d’une ville en train
potentialités et ses dysfonctionnements ; de devenir durable, le morceau d’une "EcoCité".
- la prise en considération des besoins des citoyens et des
usagers, notamment des plus démunis, leur expression et leur
analyse, l’écoute et la concertation avec l’ensemble des acteurs
dans la réalisation de projets de proximité et la gestion du quotidien ;
1.2 Une démarche plus large que la
- la prise en compte des contraintes résultant des limites des Haute qualité environnementale
ressources naturelles et de l’état actuel des techniques et de
l’organisation sociale ; La démarche HQE, promue et développée dès 1997 par l’association
-
la mise au point de projets désirables et partagés, préservant HQE, a joué un rôle historique. Elle a édifié la qualité environnementale
les intérêts des générations futures dans le cadre d’une en tant que préoccupation déterminante pour la conception, la
vision prospective à l’échelle des grands territoires intégrant réalisation et la gestion des bâtiments. Elle a permis de fortement
notamment les critères suivants : sensibiliser le milieu professionnel à ces questions. Elle a établi
- la solidarité, l’équité et le respect des règles de vie en société ; les bases d’une doctrine en matière de qualité environnementale
appliquée aux bâtiments : les quatorze cibles. Elle a ouvert la possibilité
- le respect de l’environnement et l’économie des ressources ;
en France de construire des bâtiments sains et confortables à plus
- l’éthique, la sobriété et la qualité dans le choix des techniques, faible impact sur l’environnement.
des matériaux et des projets (prise en compte de l’usage et du
coût global, du territoire et de la culture, des filières de production, 3 BREEAM : Building Research Establishment Environnemental
des modes de réalisation). Assessment Method, équivalent britannique de la certification HQE®
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Pourtant, les deux situations sont très différentes : les produits du Le développement des filières locales, des modes de production
bâtiment en cuivre comportent une part importante de cuivre recyclé, ou de maîtrise d’ouvrage alternatifs
à la différence du zinc. De façon générale, il s’agit de privilégier
en priorité les matériaux renouvelables, dont la ressource est Dans l’économie comme dans le social ou la gouvernance, l’échelle
reconstituée en moins d’une génération (bois, isolants issus de locale et le partenariat sont déterminants ; les circuits les plus
l’agriculture …), puis les produits comportant une part importante courts et les modes de régulation les plus souples s’avèrent les
de matière recyclée (en règle générale, les métaux). plus efficaces. De ce point de vue, les formes de maîtrise d’ouvrage
alternatives issues du monde coopératif (coopératives d’habitation
La prévention et le traitement de la pollution ou de construction), fondées sur l’implication forte des futurs
usagers ou habitants, économisant les coûts de promotion et de
Sols et nappes sont des milieux à fort risque de pollution, notamment
commercialisation, bénéficiant des taux de TVA réduits, constituent un
en milieu urbain sur les anciennes friches industrielles, et en milieu
bon exemple.
rural d’agriculture productiviste. Les solutions de dépollution sont
toujours le résultat d’un délicat arbitrage entre, d’une part, des
interventions superficielles qui répondent aux besoins immédiats La concertation et l’élargissement de la participation à tous les acteurs
de construction sur le terrain mais qui en enfouissant la pollution La participation de la société civile fait intégralement partie d’une
lèguent le problème aux générations futures, et, d’autre part, des
approche durable, et de nombreuses expériences étrangères lui
interventions de dépollution en profondeur plus coûteuses. Les
accordent une place importante, comme par exemple les contrats de
délais de mise à disposition des terrains handicapent par ailleurs
les solutions de bio-dépollution (par des bio-particules) ou de quartier à Bruxelles en Belgique5.
phyto-dépollution (par les plantes), moins coûteuses, mais plus
longues, qui nécessitent d’anticiper plusieurs années avant le début L’innovation architecturale et urbaine
des travaux. Rejets aériens, effluents liquides, déchets, sont autant
On ne répondra pas aux enjeux de la planète par la reproduction
d’occasions de disséminer des polluants dans l’air ou les autres
systématique de techniques éprouvées, mais par la recherche d’un
milieux. Ce sont cependant des ressources potentielles d’énergie
ou de matière dans une problématique d’écologie industrielle, de urbanisme et d’une architecture écoresponsables s’appuyant sur la
métabolisme à l’échelle de la ville ou d’un morceau de ville. relecture de techniques et pratiques ancestrales, stimulant le savoir-
faire et l’innovation des entreprises en réponse aux spécificités
du contexte local et à la demande de la collectivité ou des maîtres
La protection et l’accueil de la biodiversité
d’ouvrage, des partenaires économiques et sociaux. Il faut laisser
Le Grenelle de l’environnement a donné une légitimité aux notions de leur chance aux solutions innovantes aujourd’hui marginales, ce que
"continuités écologiques" et de "trames vertes et bleues". A l’échelle valorisent d’ailleurs d’autres démarches, hors de nos frontières.
d’un bâtiment, l’enjeu est celui de l’insertion dans ce maillage, de la
conception isolée sur une ou plusieurs parcelles d’un îlot dans le vaste "Pour définir un présent harmonieux, l'architecte doit être en même
archipel que constitue une ville ou une agglomération du point de temps pétri d'héritages et visionnaire du monde à venir."
vue de la biodiversité. Cet îlot n’est écologiquement efficace que s’il Jacques Rougerie, architecte, élu par le Collège de l'Académie des
constitue, par sa végétation, un milieu familier aux différents animaux Beaux-Arts, section architecture.
vecteurs de biodiversité (oiseaux, insectes volants ou rampants, petits
rongeurs, ...). Telle est la problématique qui devrait guider les choix de
4 Loi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national
végétaux et de support de végétalisation (sols, toitures, murs). Cette pour l’environnement
problématique doit être confrontée à d’autres fonctions à assurer par 5 cf [Link] : contrats quadriennaux financés par le gouvernement de
la végétalisation (régulation thermique, filtre-vents, gestion des eaux la Région de Bruxelles pour des projets participatifs de revitalisation (logements,
pluviales, qualité des espaces extérieurs). espaces publics,…) de quartiers ou de communes
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Dans une petite région à la pointe occidentale de l’Autriche, quelques Le Vorarlberg est la démonstration d’une architecture sensible et
concepteurs cherchent dès les années soixante une alternative raisonnée, synthèse entre ce qui est esthétiquement souhaitable,
à la médiocrité de la production architecturale. Des maisons constructivement judicieux et socialement justifiable : lignes pures,
contemporaines d’une grande simplicité, qui privilégient le soleil et les volumes largement ouverts sur l’extérieur, plans fonctionnels ; système
vues, sont construites en bois, avec un budget relativement modeste. constructif optimisé, matériaux sains,... L’architecture écoresponsable
Le maître à penser de ces jeunes architectes et étudiants est Roland se situe entre l’artisanat et la production industrielle, entre la tradition
Rainer, architecte-urbaniste, théoricien et professeur à l’Académie des et l’innovation : "une relation créative et sans complexe avec la tradition
beaux-arts de Vienne. Il s’élève contre les grands ensembles, prône un est la base de l’innovation. Menuisiers et charpentiers du Vorarlberg
habitat à échelle humaine et dessine plusieurs cités-jardins dont celle de associent avec habileté savoir-faire ancestraux et design contemporain,
Puchenau, près de Linz. Le mouvement reçoit le soutien de nombreux dans le respect de l’enseignement des anciens mais avec les moyens les
artistes et intellectuels locaux, notamment celui de Franz Bertel. Cet plus modernes.", écrit Dominique Gauzin-Müller.
enseignant à l’école normale régionale est à l’initiative d’un bâtiment
emblématique : la cité Halde à Bludenz, conçue en 1967 par l’architecte
Hans Purin.
Ce travail militant donne naissance à ce que l’on appelle les
Baukünstler (artistes du bâtiment). D’abord critiqués et menacés par
l’Ordre national, ces architectes avec ou sans diplôme accèdent à la
commande publique au milieu des années quatre-vingt pour des projets
plus importants. Des conseils en architecture et en développement
communal sont implantés sur le territoire. Des subventions régionales
pour les économies d’énergie et la réhabilitation du patrimoine sont
attribuées. Un cercle vertueux d’innovation et de qualité permet la
création de l’association Holzbaukunst (art de bâtir en bois) en 1996,
de l’Institut d’architecture du Vorarlberg (VAI) en 1997 et deux ans plus
tard du Werkraum Bregenzerwald qui regroupe environ 70 entreprises
La pureté des lignes, la noblesse des matériaux et la qualité des détails
et artisans. Les échanges entre maîtres d’ouvrage, concepteurs, constructifs pour la petite chapelle d’Andelsbuch- Architectes :
entreprises et administrations sont ainsi développés. Selon Wolfgang Cukrovics et Nachbaur, 2009
Ritsch, président du VAI de 1997 à 2005 : "Les Baukünstler conçoivent Dans le Vorarlberg, les élus sont sensibilisés à l’intérêt des concours et
l’architecture comme une part essentielle de la culture et s’engagent en des mesures sont prises pour essayer d’ouvrir la commande aux jeunes
faveur d’un environnement de qualité." générations. Conception et réalisation sont cependant souvent dissociés
Plusieurs principes sont présents : afin de laisser cette dernière aux architectes les plus expérimentés.
-
l’utilisation du bois local (la filière artisanale et industrielle est très Le nombre d’architectes est passé d’une vingtaine en 1970 à 120
performante) ; agences qui emploient 700 personnes aujourd’hui, toutes générations
-
la valorisation d’énergies renouvelables locales, en particulier avec des confondues. Les confrères échangent volontiers leurs expériences,
chaufferies communales à la biomasse alimentant un réseau de chaleur ; positives ou négatives, afin d’éviter que d’autres reproduisent leurs
erreurs. L’ambiance n’est pas à la concurrence, mais à l’émulation.
-
la priorité donnée à l’humain : "le capital social", la transmission
des savoirs et l’intelligence collective, selon le principe du bottom up, Quelques données sur le Vorarlberg
c’est-à-dire "une progression par approximations successives vers un Superficie 2 600 km2
but révisé à chaque étape en profitant du retour d’expérience" ;
Habitants 367 300
-
une sensibilisation de tous les acteurs à la qualité et la limitation de
la bureaucratie au profit du dialogue entre décideurs publics et privés, Produits alimentaires, textile, papier, bois et dérivés,
Economie
mécanique de précision, électronique et électricité verte
usagers, concepteurs et entreprises.
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Au-delà des seuls aspects de qualité environnementale, l’évaluation Ce qu’il faut retenir
de la qualité globale d’une opération se pose. Si l’on peut imaginer
l’évaluation globale d’une opération, celle-ci ne peut se faire qu’à partir La démarche HQE bâtiment, qui a édifié la qualité environnementale
d’une évaluation qualitative et quantitative de la qualité d’usage et comme une préoccupation déterminante dans l’acte de bâtir,
des objectifs du programme, dans un territoire spécifique. La qualité ne constitue qu’un outil au regard des enjeux complexes du
d’usage s’évalue par des méthodes qui font appel aux sciences sociales développement durable. La problématique des constructions
et ne peut pas uniquement répondre à des critères quantitatifs. Quant publiques, nourrie d’équité sociale, de développement
économique local et solidaire, ou culturel, demande de dépasser
au processus, l’évaluation d’une procédure normée comme le SMO
l’échelle de la parcelle pour poser la question de la pertinence
connaît ses limites. La qualité d’une opération dépend certes de
et des interfaces du projet par rapport au territoire, de recourir à
l’organisation et du système de décision mis en place, mais aussi du l’innovation pour répondre aux enjeux de la planète, de réintroduire
professionnalisme et de la qualité de chacun, de sa capacité à engager une approche plus architecturale des projets et d’accorder une
ses compétences au service du projet. En revanche, des objectifs place plus importante à l’usage qui est déterminant sur l’efficacité
précis, par exemple en termes de consommation énergétique, des solutions durables. La démarche de développement durable
peuvent être vérifiés et suivis dans le temps. apparaît donc essentielle. Elle suppose une réelle démarche de
projet.
S’il peut être utile de disposer d’une grille de questionnement globale L’évaluation, et notamment la mesure de la performance
comme aide-mémoire pour la conduite d’un projet de développement énergétique, est essentielle. La certification HQE®, qui donne
durable, tout ne doit pas et ne peut pas être encadré et évalué dans une large place au système SMO et vérifie le respect de la
des cases, au risque d’accroître encore la technicité au détriment procédure, tend à alourdir et rigidifier le système. Appliquée
de la qualité globale d’un projet. Qualité dont les performances comme une recette, elle peut devenir contre-performante. Notons
environnementales peuvent être mesurées, mais qualité qui dépend le développement en cours de la HQE performance.
aussi du bon déroulement de la concertation et de la transposition de En ce qui concerne le bâtiment, il convient bien de resituer la
la valeur d’usage, de l’opportunité de faire ou non le projet, de le faire démarche HQE comme un outil possible au service d’un projet
à tel endroit ou à tel autre, de la pertinence d’insertion dans le site, de architectural : "Un projet de construction est avant tout une
la conception congrue des espaces et des ambiances, du choix des "pensée de l’espace", "une pensée de l’homme dans son espace :
matériaux et du dessin du bâtiment ou des espaces jusque dans ses il met en œuvre des matériaux dont il fait des logements, des
moindres détails. bureaux, des édifices publics. Il mobilise des hommes aux attentes
les plus diverses. Il entraîne ces hommes dans une aventure
Se pose la question de la certification, de la pertinence et des humaine pour abriter une activité humaine. Et lorsque ce projet
modèle avec art les espaces, les volumes, les proportions, règle
modalités de l’évaluation du processus de gestion de projet. On peut,
leurs relations, il prend une dimension culturelle qui transcende
en particulier, s'interroger sur le bien-fondé étendre au domaine du la dimension fonctionnelle. L’espace, les volumes, les matières, la
bâtiment (où chaque projet est unique) des procédures adaptées au lumière sont les véritables matériaux de l’architecture. L’architecte
domaine industriel (où chaque produit fabriqué est le résultat d’un construit, avec tous ces ingrédients et à partir d’un programme
long processus de maquettes, de pré-séries et d’industrialisation de essentiellement utilitaire, une œuvre culturelle, expression de la
sa production). Les réflexions en cours se dirigent vers une "HQE pensée humaine. Cette pensée humaine, appliquée à l’espace
performance" et limitent l’évaluation des objectifs à la mesure de à travers le temps devient patrimoine, témoin construit des
quelques résultats précis. Ce processus va sans doute dans le bon civilisations humaines.6"
sens. On peut par ailleurs souligner l’intérêt des référentiels et labels
développés localement. 6 Cf. guide MIQCP "La qualité des constructions publiques", MIQCP, 1999.
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On peut noter la préfabrication de 5 000 m2 de plaques de béton On peut également souligner le soin apporté à la qualité esthétique des
architectonique. Il s'agit essentiellement de béton blanc brillant toitures conçues comme une cinquième façade : toitures végétales
en façade, poli pour éviter qu'il n'absorbe la pollution de l'air, et dont lorsqu'elles sont vues des riverains, éléments techniques intégrés
l'aspect ressemble au marbre de Carrare. Les soubassements de façade à la construction ou dissimulés par des panneaux photovoltaïques.
sont traités en béton noir, verni pour éviter les tags et graffitis, qui a
l'apparence de l'ardoise. Quelques données sur le Lycée Robert Schuman
Maîtrise d'ouvrage Région Ile-de-France, Unité Lycées
Maîtrise d'ouvrage mandataire SADEV 94
Conseil environnemental OASIS
de la MO
Jean-Michel Buron, EPICURIA
Architectes, architecte mandataire
Maîtrise d'œuvre
François Malisan, AAM
architecte associé
Conseil environnemental Sophie Brindel-Beth
BET CET Ingénierie
Entreprise Urbaine de travaux
Réalisation 2008-2009
Coût total 19,2 M € HT
Vue de la circulation desservant les salles de classe, totalement protégée du bruit
et de la chaleur par la double peau Surface 8 140 m2 SHON
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prise en compte de l’utilisation des lieux selon les différents moments des usages attendus ou possibles aux différentes échelles de temps
de la journée et de la nuit, selon les saisons ; impact des usages et (jour/nuit/saisons/années), enclencher le cas échéant des réflexions
du nombre de personnes sur la lumière nécessaire, sur le temps de prospectives. Par exemple, il ne faut pas, sous prétexte d’économies,
réverbération et de transmission des sons. s’engager sur des solutions irréversibles en termes d’organisation
et de surfaces, afin de permettre d’éventuelles restructurations,
Pour un bâtiment ou un site, cette prise en compte du temps se
extensions ou changement d’usage.
retrouve à toutes les étapes de sa vie.
Ainsi, les réponses en terme de conception peuvent accroître la
La conception nourrie du développement durable induit, lors de fonctionnalité immédiate, occasionnelle ou à venir :
la conception du programme et du projet, une large extension de
l’échelle de temps, comme de celle de l’espace. Depuis les années 60, - immédiate pour que les dispositions spatiales réalisées autorisent
les maîtres d’ouvrage assurant la double fonction de maître d’ouvrage d’emblée une évolutivité (murs mobiles, occultation aisée,
et de gestionnaire (tels les organismes HLM ou les collectivités positionnement pertinent des équipements techniques, ...) en
territoriales) établissent des projections technico-financières d’abord fonction de la diversité des usages attendus ou possibles et une
surface suffisante (collecte sélective des déchets, rangement des
à l’échelle des 25 années d’emprunt, puis à l’échelle des politiques
deux roues, …) ;
d’entretien-maintenance.
- occasionnelle pour rendre aisées dans le temps des utilisations
La temporalité des usages, même prise en compte dans les différentes ou exceptionnelles, autrement dit pour faire foisonner
programmes classiques de bâtiments, prend une toute autre les usages en un même endroit ;
importance dans une conception écoresponsable. Les différents
- à venir au sens où il s’agit aussi, comme le souligne Françoise-
critères des scénarios d’usage (journalier, nocturne, hebdomadaire,
Hélène Jourda "de permettre aux générations futures d’utiliser
exceptionnel, intermittent, saisonnier) déterminent fortement
le bâtiment selon leurs propres besoins". Ainsi, ajoute-t-elle,
les choix de conception. Ainsi, il n’est pas rare en matière de
"la dimension des bâtiments, leurs hauteurs sous plafond, leur
fonctionnement thermique, de définir des séquences de jour ou
profondeur sont autant de paramètres qui faciliteront ou rendront
de nuit, d’hiver ou d’été. Quand on ne se préoccupait que du
difficile la reconversion des bâtiments11". Pour y parvenir, il convient
dimensionnement des installations, on ne pouvait s’appuyer que sur
aussi de réfléchir au positionnement et aux caractéristiques des
les utilisations extrêmes. Maintenant, penser à la consommation
noyaux techniques et des structures porteuses qui conditionnent la
permet de prendre en compte la réalité, dans toute sa complexité et, flexibilité ou la réversibilité des usages.
qui plus est, d’imaginer des scénarios d’usages très différents pour
intégrer une probable évolution et ne pas construire des bâtiments La seconde concerne la durabilité des matériaux, ouvrages et
d’emblée inadaptés à leur avenir. équipements. Plutôt que de raisonner uniquement en terme de
durée de vie de l’ensemble du bâtiment, il semble judicieux de
Rappelons qu’un bâtiment de bonne qualité, bien et généreusement réfléchir à l’occasion de chaque projet à la durée de vie souhaitée
conçu pour son ou ses usages attendus, se reconvertit facilement ; il ou souhaitable de chaque élément de l’ouvrage, à ses conditions
suffit pour cela de voir la transformation de monuments historiques au d’usage, d’entretien et de recyclage. L’entretien ou la maintenance
cours du temps ou la reconversion de bâtiments industriels. constituent en effet une expression fondamentale de l’intégration du
Cependant, certaines notions doivent être intégrées ou questionnées temps dans la conception spatiale. Les paysagistes l’ont parfaitement
dans le cadre d’une conception durable. intégré au processus de projet. Une démarche de développement
durable suppose de se donner les moyens d’entretenir régulièrement
La première est celle de l’adaptabilité. Tout en se méfiant de la notion et correctement un patrimoine, c’est-à-dire non seulement de le
de polyvalence qui peut conduire à ce que le lieu ne soit finalement préserver, mais aussi de le mettre à niveau. Par ailleurs, la conception
bien adapté à aucun usage, des réflexions doivent être menées dans de bâtiments neufs doit intégrer les conditions de la construction et
le cadre de l’élaboration du programme pour permettre la diversité de la déconstruction.
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Notons que ce projet a notamment engendré sur le trottoir d’en Données sur la maison-témoin (106 rue de la Tossée)
face le rachat et la reconversion d’une ancienne usine textile par un
cabinet d’avocats. D’autres reconversions, par marcottage, suivent et Maîtrise d'ouvrage SEM Ville renouvelée
contribuent à requalifier le quartier. Architectes CONSTRUIRE :
Maîtrise d'œuvre Patrick Bouchain, Loïc Julienne,
Les acteurs de l’îlot Stephenson Denis Favret, Marie Blanckaert,
Solveig Debrock
Maîtrise d'ouvrage Ville de Tourcoing
Jardin Tiphaine Hameau
Mandataire SEM Ville renouvelée APINOR, VALMI, DELECROIX,
Entreprises NOGEIRA, DELPORTE, RENOV
Maîtrise d'œuvre Patrick Bouchain, Loïc Julienne, DECORATION, SMETS, TECNIM,
Marie Blankaert, Denis Favret WILLEM, SMETS
Les habitants Association
"Rase pas mon quartier", … Réalisation 2010
159 400 € HT
Calendrier Coût total dont 10 072 € HT déconstruction
et 18 104 € HT aménagement
Démarrage de l’opération 2000 95 m2 SHON avant travaux,
Surface 134 m2 SHON après travaux,
163 m2 superficie parcelle
Maquettes d’études,
Vue d’une façade restaurée sur rue supports de la concertation
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et projets spécifiques L’article L 121-1 du Code de l’urbanisme tel qu’il a été rédigé
suite à la loi Grenelle 2 donne la portée des SCOT et des PLU.
Toute architecture projetée participe au futur paysage, urbain ou "Les schémas de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme
naturel, et doit prendre en compte l’évolution de cet environnement, et les cartes communales déterminent les conditions permettant
son historique, sa dynamique à l’œuvre. Il s’agit dans chaque d'assurer, dans le respect des objectifs du développement durable,
projet d’intégrer les dimensions culturelle, sociale, économique
et environnementale, pour s’ancrer dans une histoire et dans des l’équilibre entre :
territoires avec des habitants, dans les mouvements en cours aux − le renouvellement urbain, le développement urbain maîtrisé, la
différentes échelles de temps et d’espace, pour concevoir et réaliser restructuration des espaces urbanisés, la revitalisation des centres
des espaces désirables, équitables et économes en ressources.
urbains et ruraux, la mise en valeur des entrées de ville et le
développement rural ;
1.7.1.Les politiques de développement durable
− l'utilisation économe des espaces naturels, la préservation des
à l’échelle du territoire espaces affectés aux activités agricoles et forestières, et la
Des outils de planification spécifiquement nourris du protection des sites, des milieux et paysages naturels ;
développement durable se développent aux différentes échelles −
la sauvegarde des ensembles urbains et du patrimoine bâti
des territoires.
remarquables ;
Beaucoup d’entre eux ne sont pas des documents réglementaires, − la diversité des fonctions urbaines et rurales et la mixité sociale
opposables aux tiers, mais des documents cadre, politiquement dans l'habitat, en prévoyant des capacités de construction et de
validés par les assemblées territoriales concernées (directives
réhabilitation suffisantes pour la satisfaction, sans discrimination,
territoriales d’aménagement et de développement durable, agendas
21, chartes locales, …). Ils permettent de définir une stratégie des besoins présents et futurs en matière d'habitat, d'activités
dans les différents champs de l’aménagement durable. Leur non économiques, touristiques, sportives, culturelles et d'intérêt général
opposabilité constitue leur faiblesse. Celle-ci peut être compensée ainsi que d'équipements publics et d'équipement commercial,
par la recherche d’une plus grande cohérence avec les documents en tenant compte en particulier des objectifs de répartition
réglementaires aux échelles correspondantes. géographiquement équilibrée entre emploi, habitat, commerces
et services, d'amélioration des performances énergétiques, de
Les schémas de cohérence territoriale (SCOT) et les plans locaux
d’urbanisme (PLU) s’élaborent, par ailleurs, de plus en plus développement des communications électroniques, de diminution
dans une démarche de projet dont les aspects réglementaires, des obligations de déplacements et de développement des
développés notamment dans la loi Grenelle 213, favorisent un transports collectifs ;
développement durable des territoires. Les conclusions de cette loi − la réduction des émissions de gaz à effet de serre, la maîtrise
devraient également conduire à la définition de PLU intercommunaux de l'énergie et la production énergétique à partir de sources
intégrant les PDU (Plans de déplacements urbains) et les PLH
renouvelables, la préservation de la qualité de l'air, de l'eau, du sol
(Programmes locaux de l’habitat). D'autres outils sont également
valorisés (Plans climat-énergie territoriaux, projets territoriaux de et du sous-sol, des ressources naturelles, de la biodiversité, des
développement durable, …). écosystèmes, des espaces verts, la préservation et la remise en
bon état des continuités écologiques, et la prévention des risques
13 L oi n° 2010-788 du 12 juillet 2010 portant engagement national naturels prévisibles, des risques technologiques, des pollutions et
pour l’environnement
des nuisances de toute nature."
14 Loi n°2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et
au renouvellement urbains
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On peut lire dans l’article L 229-26 du Code de l’environnement : zones de protection du patrimoine architectural et urbain et paysager
"I. Les régions et la collectivité territoriale de Corse, si elles ne l'ont (ZPPAUP) et prendre en compte les données environnementales et
pas intégré dans le schéma régional du climat, de l'air et de l'énergie celles liées aux énergies renouvelables.
mentionné à l'article L. 222-1, les départements, les métropoles,
Ayant le caractère de servitude d’utilité publique, "elle a pour objet de
les communautés urbaines, les communautés d'agglomération
ainsi que les communes et les communautés de communes de promouvoir la mise en valeur du patrimoine bâti et des espaces dans le
plus de 50 000 habitants doivent avoir adopté un plan climat-énergie respect du développement durable. Elle est fondée sur un diagnostic
territorial pour le 31 décembre 2012. architectural, patrimonial et environnemental, prenant en compte les
Lorsque ces collectivités publiques s'engagent dans l'élaboration d'un orientations du projet d'aménagement et de développement durables
projet territorial de développement durable ou agenda 21 local, le plan du plan local d'urbanisme, afin de garantir la qualité architecturale
climat-énergie territorial en constitue le volet climat. des constructions existantes et à venir ainsi que l'aménagement
II. En tenant compte des bilans des émissions de gaz à effet de serre des espaces". (cf. art. L642 du Code du patrimoine modifié par la loi
prévus à l'article L. 229-25, ce plan définit, dans les champs de Grenelle 2).
compétences respectifs de chacune des collectivités publiques
énumérées au I du présent article :
1. Les objectifs stratégiques et opérationnels de la collectivité
DOCUMENTS NON OPPOSABLES
afin d'atténuer et lutter efficacement contre le réchauffement
climatique et de s'y adapter ; Les directives territoriales d’aménagement
et de développement durable (DTADD)
2. Le programme des actions à réaliser afin notamment d'améliorer
l'efficacité énergétique, d'augmenter la production d'énergie Créées par la loi Grenelle 2 et remplaçant les anciennes directives
renouvelable et de réduire l'impact des activités en termes territoriales d’aménagement (DTA) qui étaient opposables, les
d'émissions de gaz à effet de serre, conformément aux objectifs directives territoriales d’aménagement et de développement durables
issus de la législation européenne relative à l'énergie et au climat ; servent à déterminer les objectifs et orientations de l'Etat en matière
3. Un dispositif de suivi et d'évaluation des résultats. (…)" d’urbanisme, de logement, de transports et de déplacements, de
L’objectif poursuivi par la mise en œuvre d’un PCET est de permettre à développement des communications numériques, de développement
la collectivité locale d’adopter une politique climat qui influe de façon économique et culturel, d’espaces publics, de commerce, de
transversale sur toutes ses décisions. Il s’agit de définir par territoire : préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, des
- un diagnostic de territoire pour connaître les émissions de GES sites et des paysages, de cohérence des continuités écologiques,
(repérage des sources, quantification des émissions et des d’amélioration des performances énergétiques et de réduction des
potentiels de réduction) ; émissions de gaz à effet de serre dans des territoires présentant des
- un plan de concertation visant à mobiliser tous les acteurs du enjeux nationaux dans un ou plusieurs de ces domaines. Elles sont
territoire ; élaborées par l’Etat, en concertation avec les collectivités concernées,
- des objectifs stratégiques et opérationnels ; mais ne sont plus opposables.
- un plan d’action visant à réduire les émissions de GES et à adapter Les agendas 21
le territoire permettant sa réalisation ;
- un dispositif de mobilisation et de pilotage organisé autour des Les agendas 21 déclinent localement le plan d’action pour le
acteurs internes et externes pour le concevoir et le mettre en œuvre ; 21ème siècle, adopté lors du Sommet de la Terre à Rio en 1992. La
- un dispositif de suivi et d’évaluation des résultats. procédure des agendas 21 a été précisée dans divers documents,
parmi lesquels la charte des villes européennes pour la durabilité dite
Les aires de mise en valeur de l’architecture Charte d’Aalborg, l’appel de Hanovre du 11 février 2000 lancé par
et du patrimoine (AVAP) les maires européens, et la "déclaration des gouvernements locaux au
Sommet mondial sur le développement durable de Johannesburg" en
Créées à l’initiative d’une commune ou d’un établissement public de
septembre 2002.
coopération intercommunale (EPCI), ces aires de mise en valeur de
l’architecture et du patrimoine vont progressivement se substituer aux L’agenda 21 est un document-cadre qui définit, par axes de
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travail, la politique de développement durable d’une collectivité Diverses grilles d’analyse des problématiques à l’échelle du
à l’échelle de son territoire. La méthode d’élaboration d’un territoire et des politiques cohabitent actuellement, prenant tout
agenda 21 compte tout autant que son contenu. Il est porté par ou partie du champ d’un développement durable. En termes de
la collectivité, en concertation avec tous les acteurs concernés : élus, champs d’intervention d’une commune ou d’une communauté
services, acteurs socio-économiques, associations, citoyens … Il d’agglomération pour un développement durable, il semble intéressant
procède d’une élaboration itérative, sur deux ou trois ans, qui prend
de citer, en complément de ceux fixés pour les agendas 21, ceux
des formes diverses adaptées à chaque collectivité et à chaque étape :
ateliers de travail thématiques, forums, ... définis par les orientations prioritaires de l’Etat dans la circulaire du
24 mai 2006 relative à l’élaboration des contrats urbains de cohésion
L’agenda 21 comporte quatre étapes que sont le diagnostic, la sociale (CUCS) à l’échelle des communes ou établissements publics
définition d’une stratégie, l’élaboration d’un plan d’actions, et
de coopération intercommunale (EPCI) :
d’indicateurs, puis l’évaluation de ces actions, sur la base d’une
série d’indicateurs. "Outre des actions transversales, l'Etat contractualisera prioritairement
La circulaire relative au cadre de référence pour les projets territoriaux dans les cinq champs définis lors du Comité interministériel des villes
de développement durable et les agendas 21 locaux et appels à (CIV) du 9 mars 2006 :
reconnaissance de tels projets du Ministère de l’écologie et du a) l'habitat et cadre de vie ;
développement durable, des transports et du logement du 13 juillet b) l'accès à l'emploi et le développement économique ;
2006 (NOR : DEVC0650485C) a précisé un cadre pour les objectifs et
c) la réussite éducative ;
la méthodologie.
d) la santé ;
Cinq finalités essentielles sont définies :
e) la citoyenneté et la prévention de la délinquance.
1. la lutte contre le changement climatique
et la protection de l’atmosphère, Lors de l'élaboration du contrat, l'ensemble des objectifs de résultat
2. la préservation de la biodiversité figurant aux articles l et 2 de la loi du 1er août 2003 devront être pris
et la protection des milieux et des ressources, en compte." …
3. l’épanouissement de tous les êtres humains, Ces contrats ont été prolongés jusqu’en 2014 par une circulaire du 8
4. la cohésion sociale et la solidarité entre territoires novembre 2010 (NOR : MTSV1027618C) et une circulaire du 27 avril
et entre générations, 2011 (Circulaire 5528/SG sur la mise en œuvre des contrats urbains
5. les dynamiques de développement suivant des modes de de cohésion sociale (CUCS) expérimentaux, NOR : PRMX1111982C).
production et de consommation responsables.
L’accent est mis sur le pilotage et la direction de projets, la
Cinq éléments déterminent la démarche :
participation des habitants et des acteurs associés, et l’évaluation
1. la participation des acteurs,
(objectifs et indicateurs). Cette méthode semblable à celle des
2. l’organisation du pilotage,
agendas 21 comporte en outre une contractualisation avec l’Etat
3. la transversalité de l’approche,
et ses partenaires. La méthode proposée avec ses cinq champs,
4. l’évaluation partagée, auquel il convient d’ajouter le champ culturel, définis dans le cadre
5. la stratégie d’amélioration continue. de la politique de la ville, pourrait être transposable à toute politique
Les agendas 21 locaux sont complétés dans la loi Grenelle 2 par les territoriale de développement durable, à condition bien entendu de
"projets territoriaux de développement durable" (cf. article 252 renforcer le contenu de chacun des thèmes, et notamment le volet
de la loi). Les agendas 21 et ces projets peuvent désormais faire environnemental et culturel pour l’habitat et le cadre de vie. Ou à
l’objet d’une contractualisation technique et financière avec l’Etat. l’inverse, les agendas 21, d’autant qu’ils peuvent désormais avoir une
Contrats urbains de cohésion sociale (CUCS) et valeur contractuelle, pourraient se nourrir de certains champs existant
Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI) dans les CUCS.
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D’autres dispositions sont précisées ou ajoutées par la loi Grenelle à partir de laquelle s’ouvre la possibilité de l’engagement du territoire,
2, comme l’obligation pour tout département d’être couvert par échelle où se déploient enfin les diversités, échelle pertinente pour
un Plan départemental ou interdépartemental de gestion des intervenir dans le sens d’une équité territoriale.
déchets (cf. L541.14.1-I du Code de l’environnement), le plan de
Ce nécessaire engagement politique n’exclut évidemment pas
gestion des risques d’inondation, les effets sur l’environnement et
la santé dans les études d’impact, l’évaluation environnementale des projets à l’échelle du bâtiment ou du quartier, notamment des
des documents d’urbanisme, … Notons également la mise à jour projets de réaménagement, à condition que ceux-ci soient élaborés
de la réglementation sur les risques sismiques15. Cette loi a aussi en interaction avec les différentes échelles spatiales (îlot, quartiers
institué au niveau régional un Schéma régional du climat, de l’air voisins, ville, espaces de proximité, cages d’escalier, ...). Certains
et de l’énergie à horizon 2020 et 2050, réalisé à l’initiative du Préfet thèmes comme la question des transports et des déplacements
et du Président du Conseil régional (cf. art. L222.1-I du Code de interrogent de fait les différentes échelles.
l’environnement). Le présent ouvrage ne prétend pas être exhaustif. De même, un projet "EcoCité" ne trouve son sens que s’il intervient en
Notons, en particulier, le récent décret n°2011-687 du 17 juin 2011 résonance avec des politiques régionales, nationales, internationales…
relatif au rapport sur la situation en matière de développement durable
dans les collectivités territoriales, et sa circulaire d'application en date 1.7.3. L a réhabilitation urbaine :
du 3 août 2011 (NOR DEVD1121712J).
une démarche durable
L’appel à projets "EcoCité" permet de dépasser la problématique
1.7.2. L’échelle des projets de bâtiment et parfois réductrice de l’écoquartier. Il est bien difficile à l’échelle de
d’aménagement durables la cité de se satisfaire d’un green washing. Cet appel à projets a
Dans le cadre de l’aménagement d’un cadre de vie durable, on assiste permis de voir monter des régions un engagement politique déjà à
en France, comme dans nos pays voisins, à un élargissement de l’œuvre, parfois de longue date, quelles que soient les tendances
l’échelle des préoccupations lorsque l’on intervient sur un projet de des collectivités locales : à Rennes, à Bordeaux, à Plaine Commune,
bâtiment ou d’aménagement. à Strasbourg, … La réhabilitation urbaine et territoriale, entendue au
sens du développement durable et équitable, devient le grand projet
En France, à partir de la philosophie de la démarche "HQE bâtiment", contemporain de nos villes. Plutôt qu’à la fabrique de toutes pièces
une approche "HQE aménagement" a été développée comme outil de nouveaux aménagements, il vise à la réhabilitation et la mise en
pour l’aménagement opérationnel. Les appels à projets du Ministère valeur du patrimoine existant, à son réagencement. Il y a bien sûr une
de l’écologie, du développement durable, du transport et du logement part de renouvellement, mais la métamorphose se joue à l’intérieur
(MEDDTL) sont passés de l’ "EcoQuartier" à l’ "EcoCité"16 et au de nos cités, basée sur un changement radical des modes de vie et
référentiel Ville durable17, marquant en cela les limites d’une approche une amélioration du cadre bâti. L’approche strictement fonctionnaliste
strictement limitée au quartier. contribue au dépérissement de l’espace public. De préférence à
Cet élargissement est une conséquence directe de la mise en œuvre son acception "technique du bâtiment", la réhabilitation comme
progressive d’une écoresponsabilité de plus en plus partagée. En réconciliation s’anime sous un jour culturel.
effet, l’approche écoresponsable, en reconnaissant la multiplication
15 Décret n°2010-1254 du 22 octobre 2010 relatif à la prévention du risque
des problèmes à traiter et leur interdépendance, amène à ne plus sismique, décret n°2010-1255 portant délimitation des zones de sismicité,
isoler chaque partie d’un projet de son contexte large : culturel, social, et arrêté du 22 octobre 2010
environnemental et économique. Une approche prospective à l’échelle 16 Appels à projets lancés par le MEEDDM dans le cadre du Plan Ville Durable
de la "cité" (commune ou communauté d’agglomération), échelon d’octobre 2008
politique décisionnel en matière d’aménagement et d’urbanisme, 17 En déclinaison de la Charte de Leipzig "On sustainable European Cities" de mai
2007, s’est développée une démarche européenne de travail pour définir un
est indispensable. En ce sens, la démarche "EcoCité", qui passe de référentiel de questionnement sur la ville durable. Ce référentiel est en phase de
l’échelle du quartier à celle de la ville a tout son sens ; c’est l’échelle test et sera disponible fin 2011.
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La genèse du projet dans le Pays de Rennes : "Sont abordées les problématiques environnementales (eau, déchets,
énergie,…) mais aussi les questions urbanistiques autour des formes
-
une importante croissance démographique (460 000 habitants en
2007 et 540 000 attendus en 2020), une forte proportion de petites urbaines et de la gestion des déplacements, ainsi que celles concernant
communes (48 sur 67 ont moins de 5 000 habitants) et un urbanisme le vivre ensemble, les besoins en équipements et services, les espaces
qui se traduisait le plus souvent sous la forme de lotissements de proximité, les évolutions des modes de vie, la mixité sociale,…"
dévoreurs d’espace ; Revue [Link]és octobre 2010
-
une volonté de certains élus de changer le mode d’urbanisation,
facilitée par une forte maîtrise du foncier par l’agglomération ;
- à partir de 1999, des actions de sensibilisation au développement
durable à l’attention des maîtres d’ouvrage et des maîtres d'œuvre :
débats, informations thématiques, voyages d’études ;
- la volonté politique d’un maire (Vezin-le-Coquet - 4 000 habitants) à la
suite d’un voyage en Allemagne en 2002 ; la naissance de l’ADDOU
à partir d’une adaptation des AEU® (approche environnementale de
l’urbanisme développée par l’ADEME) aux besoins locaux, mise en place
par l’ADEME Bretagne, l’AUDIAR et le Clé (ALE), puis le Pays de Rennes.
Le contexte du Pays de Rennes :
- un SCOT validé avec des objectifs chiffrés de densité ;
Atelier participatif
- des PLH (programmes locaux de l’habitat) ambitieux ;
- suite à l'expérimentation de trois premières ADDOU, cette démarche - la mise en évidence des interactions et éventuelles contradictions entre
est proposée à l'ensemble des communes du Pays de Rennes à partir les thèmes, l’émergence d’un diagnostic partagé et de propositions
de 2003, date de la signature du contrat ATEnEE (actions territoriales concrètes (hiérarchisation des propositions) ;
pour l’environnement et l’efficacité énergétique) avec l'ADEME. - la construction d’"une charte de développement durable de l’opération",
Chaque démarche génère une charte ou un document-guide spécifique vivante et évolutive, avec "un nombre restreint d’objectifs". Cette charte
au projet. L'ADDOU n’est pas généralisée, c'est une démarche volontaire. constitue le fil conducteur pour l’équipe de maîtrise d’œuvre tout au
Les conditions de développement d’une démarche locale (27 ADDOU long du projet ("plan-guide d’intentions générales pour le quartier",…) ;
dans le Pays de Rennes fin 2010) : - la transcription des orientations de la charte dans la rédaction du
- une volonté politique forte, avec la nécessité de prévoir un suivi et règlement du PLU qui gère la constructibilité de la ZAC, dans les
des points d’étapes dans le temps long (aménageur, AMO, maîtrise cahiers des charges de cession de terrains,…
d’œuvre urbaine,…) ; Les acteurs de l’ADDOU
- la constitution d’un comité de pilotage et le développement d’une
L’AUDIAR (Agence d’urbanisme et de développement
culture et d’un projet partagés (informer, croiser les points de vue, de l’agglomération rennaise)
construire) à partir d’un premier diagnostic social et environnemental ;
- la mise en place de trois ou quatre ateliers auxquels participent des L’Agence locale de l’énergie et du climat du Pays de Rennes (ALE)
habitants, des élus, des techniciens, l’équipe de maîtrise d’œuvre, des La mise à disposition d’un chargé de mission du Pays de Rennes
représentants associatifs… ;
- fonctionnement concret de la commune et du centre-bourg ; Le financement de l’ADEME
(Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie)
- approches thématiques et prospectives ;
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