Mathématiques pour la Microéconomie
Mathématiques pour la Microéconomie
Alexandre Volle
Résumé
L’objectif de ce cours est de donner aux étudiants les notions mathématiques d’algèbre et
d’analyse nécessaires pour réussir la microéconomie en licence. Après avoir rappelé les pro-
priétés algébriques élémentaires et l’essentiel pour l’étude des fonctions, nous couvrons en-
suite la dérivation partielle et les outils d’optimisation statiques. Nous ferons le lien systéma-
tique entre les outils mathématiques présentés et leur application aux problèmes microéco-
nomiques que vous rencontrerez. L’enjeu est de conserver l’équilibre entre la formalisation
nécessaire des mathématiques et la vulgarisation de celles-ci pour donner envie aux étudiants
de se les approprier.
1
Table des matières
1 Introduction 3
1.1 Les mathématiques en économie pourquoi ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
1.2 Comprendre les mathématiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 3
4 Dérivation 8
4.1 Définition et comment faire ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
4.1.1 Règle de dérivation en chaîne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
4.2 Théorème des accroissements finis . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9
4.3 Ce que nous apprennent les dérivées premières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
4.4 Ce que nous apprennent les dérivées secondes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
8 Appendices 19
2
1 Introduction
1.1 Les mathématiques en économie pourquoi ?
“So by all means let’s have math in economics — but as our servant, not our master.” Paul Krugman
L’utilisation des mathématiques dans la science économique s’est largement développée au cours
du XXe . C’est un langage commun partagé par la science économique à travers le monde. L’éco-
nomie reste une science humaine et cela peut sembler étrange a priori de vouloir formaliser son
étude. La science économique élabore des modèles des phénomènes sociaux. Nous entendons par
là une représentation simplifiée de la réalité. L’économiste se concentre sur les aspects essentiels
de la réalité économique qu’il essaie de comprendre. Les mathématiques ne sont pas systéma-
tiques dans la compréhension des mécanismes économiques, néanmoins elles permettent sou-
vent une meilleure compréhension des forces à l’œuvre. Nous nous en servons pour exprimer et
explorer ces modèles économiques. Elles permettent le développement d’une logique rigoureuse
pour expliquer les phénomènes de cause à effet. Si nous arrivons à expliquer les phénomènes de
cause à effet, nous sommes mieux à même de comprendre les mécanismes économiques à l’œuvre
et ainsi d’où viennent les grandes théories économiques que vous étudierez tout au long de votre
licence.
En science économique, nous nous basons généralement sur les deux principes simples suivants :
le principe d’optimisation : parmi les différents choix qu’ils peuvent effectuer, les agents essaient
de choisir les meilleurs.
le principe d’équilibre : les prix se modifient jusqu’au moment où il y a égalité entre les quantités
d’un bien que les gens demandent et les quantités qui sont offertes.
3
TABLEAU 1 – Lire les mathématiques.
Logique
p⇒q p implique q
p⇔q p équivalent à q
∀x pour tout x
∃x il existe un x
Ensembles
∀x ∈ A pour tout x appartenant à A.
{x 1 , x 2 , . . . , x n } ensemble avec les éléments x 1 , x 2 , . . . , x n
{x ∈ A | p(x)} ensemble de ces éléments de A pour qui p(x) est vrai.
B⊂A B est inclus dans A.
B est un sous ensemble propre de A
Domaine de définition
R ∗+ ensemble des réels strictement positifs.
Opérations
Pn
ai la somme de a 1 + a 2 ... + a n
i =1
Qn
ai le produit de a 1 · a 2 ... · a n
i =1
Fonctions
f (x) une fonction f qui dépend de x
limx→a f (x) limite de f (x) quand x tend vers a
df 0
dx , f dérivée de f par rapport à x
n
d f
dx n n-ième dérivée de f par rapport à x
∂f
∂x , ∂x f dérivée partielle de f par rapport à x
∇f le gradient de la fonction f
C1 la fonction d’une variable réelle est dite de classe C 1 si
elle est continue et dérivable sur l’intervalle.
Matrices
a ... a 1n
11
.. .. ..
A . matrice à n lignes et m colonnes.
. .
a m1 ··· a mn
4
2 Rappel de propriétés algébriques élémentaires
2.1 Puissances
Propriétés sur les puissances :
a0 = 1
1
a −n = n
a
a n a z = a n+z (1)
n
a
= a n−z
az
¡ n ¢z
a = a nz
" : (a + b)3 6= a 3 + b 3 . Pour développer cette expression on peut utiliser le triangle de Pascal ou la
formule du binôme de Newton qui donne a 3 + 3a 2 b + 3ab 2 + b 3 .
x 1 x 12 L −2/3
, ln x1 , ln(e x+3 )
¡ ¢
Exercices : simplifiez ,
x 21 x 23 K −1/3
y = ax + b
où y et x sont des variables et a et b des paramètres. Par rapport à cette équation les étudiants à
l’université peuvent être perdus pour deux raisons :
- Tout d’abord la notation des variables peut changer en fonction du problème considérée, il n’y
5
aura donc plus les x et y de façon systématique. Par exemple avec q pour les quantités, p pour les
prix une fonction d’offre prendra la forme suivante :
q = αp + c (3)
- Ensuite, les étudiants peuvent être troublés dès qu’il y a plus de deux variables. En économie, il
est commun que d’avoir des fonctions avec multiples variables comme la fonction de production
suivante :
Y = aL α K β (4)
où Y , K et L sont des variables représentant respectivement le niveau de production, la quantité
de capital et la quantité de travail (en heure travaillée par exemple). Le paramètre a dans cette
fonction est parfois considérée comme un indicateur de progrès technique. Les paramètres α et β
comme des indicateurs de technologies stipulant le contenu en capital et en travail de la fonction
de production.
Les économistes emploient aussi souvent le vocable de variable exogène et de variable endogène.
Une variable endogène dépend d’une autre variable du modèle. Une variable exogène peut être
considérée au même titre qu’un paramètre.
Il est considéré comme prérequis i) le tracé d’une équation et ii) la résolution système d’équations
(souvent à deux équations deux inconnues pour des raisons pédagogiques).
( ( (
x 1 + 2x 2 = 1 (1) x 1 + 2(−x 1 ) = 1 (1) x 1 = −1 (1)
⇔ ⇔
x1 + x2 = 0 (2) x 2 = −x 1 (2) x2 = 1 (2)
Résoudre pour x 1 , x 2 et λ
1
− λp 1 = 0 (1)
x1
1
− λp 2 = 0 (2)
x2
R − p 1 x1 − p 2 x2 = 0 (3)
6
3.2 Qu’est-ce qu’une fonction ?
Une fonction est une règle qui décrit une relation entre les nombres. Pour chaque x, la fonction
assigne un unique nombre y en fonction d’une règle. Dès lors, une fonction peut être utilisée pour
décrire la règle. Par exemple “prends un nombre et met-le au carré” ou encore “prends un nombre
et multiplie-le par 2”. On écrit ces fonctions particulières comme y = x 2 , y = 2x. 1 Souvent nous
voulons indiquer que la variable y dépend d’une autre variable x. Dans ce cas, nous écrivons y =
f (x) qui doit être interprété comme la variable y qui dépend de x selon la règle f . Dans ce cas x
est souvent nommé variable indépendante,et y la variable dépendante. Souvent une variable y est
dépendante de multiples autres variables x 1 et x 2 par exemple, c’est pour cela qu’on écrit f (x 1 , x 2 ).
Vous voyez souvent les fonctions de production en économie y = F (K , L) qui dépendent du capital
et du travail ou bien l’utilité du consommateur u(x 1 , x 2 ) qui dépend de la consommation de bien 1
et 2.
Une fonction continue est une fonction qui peut être dessinée sans lever le stylo du papier. Une
fonction régulière n’a pas de coins. Une fonction monotone positive (négative) est une fonction
qui croît (décroît) toujours. Une fonction est définie sur un intervalle que l’on appelle un ensemble
de définition.
Graphe. Le graphe d’une fonction dessine le comportement d’une fonction de façon visuelle. En
mathématiques, la variable indépendante se situe généralement sur l’axe horizontal et la variable
dépendante sur l’axe vertical. Le graphe indique la relation entre la variable indépendante et la
variable dépendante. Cependant, en économie, c’est commun de faire l’inverse. Typiquement, les
fonctions de demande sont généralement représentées avec le prix sur l’axe vertical et la quantité
sur l’axe horizontal.
Une fonction non linéaire a comme propriété d’avoir la pente qui change au fur et à mesure que
x change. Les formes de fonction non linéaires très communes en économie sont les fonctions
quadratiques, exponentielles et logarithmiques.
U (x 1 , x 2 ) = x 1 + ln(x 2 )
3.3 Limites
En économie, nous nous intéressons souvent à l’évolution des fonctions autour d’un point parti-
culier. Soit a ∈ R et f une fonction définie sur l’intervalle I =]a − β, a + β[, β > 0 sauf peut-être en a.
7
On dit que la fonction f tend vers +∞ quand x tend vers a lorsque :
Quelques opérations sur les limites, avec limx→a f (x) = l et limx→a g (x) = k
1. lim ( f + g )(x) = l + k
x→a
2.∀λ ∈ R, lim λ f (x) = λl
x→a
3. lim ( f × g )(x) = l × k (7)
x→a
f l
[Link] k 6= 0, lim (x) =
x→a g k
d (p)−d (a)
d (a) ad 0 (a) ∆Q P Variation en % de la quantité demandée
²p=a = lim p−a = ⇔ · ⇔− (8)
p→a
a
d (a) ∆P Q Variation en % du prix
Limites avec une forme indéterminée. Il arrive d’avoir des formes indéterminées comme 00 ou
encore ∞∞ . Je vous relaie deux méthodes dans l’appendice qui permettent d’arriver à déterminer la
limite d’une fonction malgré sa forme initiale indéterminée.
4 Dérivation
4.1 Définition et comment faire ?
En économie, nous avons constamment besoin de savoir comment évoluent différentes variables
(la consommation, le taux de chômage, la demande, l’offre...). Pour ce faire, les économistes uti-
lisent principalement la dérivation. En effet, les dérivées permettent d’analyser le taux de variation
d’une fonction. Le nombre dérivé de la fonction f en a, notée f 0 (a) est définie de la manière sui-
vante :
f (a + h) − f (a) f (x) − f (a)
f 0 (a) = lim ⇔ lim = (9)
h→0 h x→a x −a
Exemple : avec f (x) = x 2 .
2
−a 2 (x−a)(x+a)
limx→a xx−a
= limx→a = 2ap
(x−a)
Exercice : faites la dérivée de f (x) = 2 x
8
TABLEAU 2 – Dérivées usuelles et règles de dérivation pour l’économie.
Fonction Dérivée
xn nx n−1
u0
ln(u) u
eu 0 u
ue
nx
a na x ln(a)
Pour les fonctions composées de type f (g (x)) on applique la règle de dérivation en chaîne qui
donne :
d f (g (x)) dg (x)
( f ◦ g )0 (x) = · (10)
dg (x) dx
Exemple : avec f (x) = (3x + 1)2 sa dérivée est égale à :
d f (x) d3x + 1
f 0 (x) = · = 2(3x + 1) · 3
d(3x + 1) dx
Économie : : il ne sera pas rare, notamment dans les fonctions de coûts des firmes, d’avoir recours à
cette règle. Par exemple, lorsque le coût C d’une firme dépend des quantités et donc de la quantité
demandée Q(p), qui elle-même dépend du prix p sur le marché, on aura une fonction de la forme
C (Q(p)). Il faut alors appliquer la règle de dérivation en chaîne pour obtenir sa dérivée :
¡ ¢
dC Q(p) dQ(p)
⇔ C 0 Q(p) Q 0 (p)
¡ ¢
·
dQ(p) dp
" : Il est très important d’être parfaitement à l’aise avec les règles de dérivations. Durant tout votre
cursus de Licence vous allez les utiliser. Nombreux étudiants déclarent savoir faire, et au moment
de l’examen n’y arrivent malheureusement pas. Un seul remède, la pratique ! Pour pouvoir non
seulement bien réussir les examens et en même temps apprécier les concepts de vos différents
cours.
9
f (b)− f (a)
Vous l’avez peut être déjà vu sous la forme b−a = f 0 (c). Cela signifie qu’il existe au moins un
point c tel que la tangente en ce point au graphe de f est parallèle à la corde. Autrement dit, si vous
prenez l’évolution de la vitesse d’un véhicule, sa vitesse instantanée sera égale au moins une fois à
la valeur moyenne de sa vitesse.
Si nous reprenons l’expression avec x1 < x 2 deux points de I tel que f (x 2 ) − f (x 1 ) = (x 2 − x 1 ) f 0 (x),
avec a < b deux points de I nous pouvons déduire facilement que :
Si pour tout x intérieur à I , f 0 (x) = 0 alors f est constante sur I .
Si pour tout x intérieur à I , f 0 (x) > 0 alors f est croissante sur I .
Si pour tout x intérieur à I , f 0 (x) < 0 alors f est décroissante sur I .
C’est grâce à ce théorème que nous pouvons nous servir des résultats dans la partie qui va suivre.
Comme nous l’avons vu, le taux de variation instantané de f en x est f 0 (x). Elle est utilisée pour
déterminer l’élasticité comme nous l’avons vu dans la formule (8). Elle permet aussi de poser un
raisonnement dit à la marge, notamment avec le concept de l’utilité marginale du consommateur,
soit la dérivée u 0 (x) de sa fonction d’utilité u(x). Son utilisation est systématique pour déterminer
les comportements des agents, car elle va permettre d’établir les conditions de premiers ordres.
Comme nous allons le voir plus loin, cela nous permettra de déterminer les extremums d’une
fonction ou dit “vulgairement” le comportement optimal d’un consommateur ou d’une firme par
exemple.
1 2
Avec d (p) = −p 2 et α = 2 avec x = 1 et y = 2 on a (− 21 − 1)2 ≥ − 12 − 12 . d (p) est donc concave.
10
Les dérivées secondes nous indiquent comment varie la variation. Si elle accélère ou si elle est
ralentie. Pour caractériser des rendements décroissants par exemple, nous allons utiliser un ralen-
tissement de la variation. Cela représentera que lorsque l’entreprise augmente de plus en plus un
facteur de production, toute chose étant égale par ailleurs, la production augmente mais de moins
en moins vite. Un ralentissement est donc caractérisé par une dérivée seconde négative, c’est-à-
dire une fonction concave. Ces notions nous aide également à déterminer la nature d’un point
critique que nous verrons plus loin.
Exercice : Soit la fonction de profit de la forme π(q) = −2q 2 +6q +1. Déterminez le niveau de quan-
tité q optimale. Est-ce un maximum ou un minimum ?
11
k(l ) = l e 3l
j (u) = u 3 − 4u 2 + 4u
12
6 Fonctions à plusieurs variables
6.1 Définition et compréhension
f : R2 −→ R
(13)
(x 1 , x 2 ) −→ f (x 1 , x 2 )
# »
Le triplet (x 1 , x 2 , f (x 1 , x 2 )) est un point N ou un vecteur ON de R3 une fois choisi un système d’axes.
Vous allez très souvent rencontrer ce type de fonction notamment en microéconomie avec le consom-
mateur. Surtout la fonction d’utilité U (x 1 , x 2 ), la fonction de production Y (K , L) et bien d’autres
encore. Vous verrez également leur représentation graphique appelée des courbes d’indifférences
ou isoquantes sur des espaces (x 1 , x 2 ).
Visualisation graphique sur geogebra pour mieux comprendre les fonctions à deux variables, et la
démarche que vous devez connaître pour vos exercices en microéconomie pour l’optimisation à
plusieurs variables avec ou sans contraintes.
f (a 1 + h 1 , a 2 ) − f (a 1 , a 2 ) f (x 1 , a 2 ) − f (a 1 , a 2 )
f x01 (a 1 , a 2 ) = lim ⇔ lim = (14)
h 1 →0 h1 x→a 1 x1 − a1
Soit u et v deux fonctions continues et dérivables sur R2 et ∀t , (u(t ), v(t )) ∈ R2 . Soit F (t ) = f (u(t ), v(t ))
alors f est dérivable sur un intervalle I et :
13
6.2.2 Dérivées partielles secondes
La dérivée partielle seconde de f par rapport à x 1 , x 2 en (a 1 , a 2 ) lorsqu’elle existe est la dérivée par-
0
tielle de f x1 par rapport à x 2 en (a 1 , a 2 ).
∂2 f
On la note ∂x 2 ∂x 1 (a 1 , a 2 ). On définit de même les dérivées partielles secondes de f par rapport à
∂2 f
x 1 , x 1 que l’on note ∂x 2 (a 1 , a 2 ).
1
Nous l’avons vu chaque dérivée d’une fonction à deux variables par rapport à une variable nous
renseigne partiellement sur la variation de la fonction. Le gradient (ou ∇) nous indique la direction
pour laquelle la fonction f augmente le plus. Le gradient d’une fonction est un vecteur dont les
composantes sont les dérivées partielles.
∂f
#»
Pour une fonction à deux variables le gradient s’écrira : ∇ f (x, y) = ∂x
∂f
∂y
Nous n’irons pas plus loin dans l’étude de la nature des extremums dans les fonctions à plusieurs
variables que vous verrez au semestre suivant. Vous pouvez néanmoins retenir que si f est définie,
différentiable et convexe alors l’extremum est un minimum local. Si f est définie, différentiable
et concave alors l’extremum est un maximum local. Cela vous permettra lors de votre rencontre
avec les exercices de microéconomie de connaître la nature de l’extremum que vous étudiez dès
les hypothèses précisées dans l’énoncé.
Exemple : La fonction d’utilité du consommateur est concave des biens consommés (plus la quan-
tité d’un bien est grande, plus le supplément de satisfaction de l’individu sera faible).
Exemple : Soit un consommateur qui cherche à maximiser son utilité en fonction de la consom-
mation de deux biens. u est la fonction objectif, elle dépend des arguments x 1 et x 2 . Lorsque l’on
14
insère les arguments maximaux (ou solution) (x 1∗ , x 2∗ ) dans la fonction u, on obtient la valeur maxi-
male possible u(x 1∗ , x 2∗ ) (ou fonction d’utilité indirecte).
Lorsque l’on parle d’optimisation sous contrainte si l’on introduit une ou plusieurs contraintes sur
les arguments. Avec la fonction g qui définit les contraintes sur l’argument x 1 et x 2 . Par exemple
un revenu contraint la consommation on la représentera sous forme d’inéquation avec R − p 1 x 1 −
p 2 x 2 ≥ 0. Lorsque l’on dit que la contrainte sature on pourra simplifier cette contrainte sous forme
d’équation telle que g (x 1 , x 2 ) = 0. Si la contrainte est représentée par une inégalité stricte telle que
g (x 1∗ , x 2∗ ) > 0 on dit que la contrainte est libre (ou passive), c’est-à-dire qu’elle n’aura pas d’in-
fluence sur le choix de l’agent.
Exemple : si vous avez 100e pour acheter une glace et que vous êtes rassasié au bout d’une boule,
votre contrainte de revenu n’impacte pas votre décision.
Une solution est dite intérieure si l’ensemble des arguments optimaux de la fonction objectif sont
strictement positifs x > 0.
Note : vous pouvez substituer “sous les contraintes” par l’abréviation t.q (tel que).
Face aux problèmes d’optimisations que vous allez rencontrer en microéconomie, il y aura presque
toujours des hypothèses simplificatrices. Elles assurent une solution intérieure et unique et per-
mettent de vérifier les conditions de second ordre (rappelez vous que les conditions de premier
ordre seules ne permettent pas de savoir déterminer la nature du point critique, il faut pour cela
vérifier les conditions de second ordre comme dans la section 5.2).
Remarque 1 : Faire l’hypothèse d’une solution intérieure nous simplifie grandement la vie ! En effet,
sans cette hypothèse, il faudrait rajouter autant de contraintes écrites sous la forme d’inégalités de
non-négativité que d’arguments de la fonction objectif (x 1 ≥ 0, x 2 ≥ 0).
Remarque 2 : En économie, nous avons l’habitude de maximiser plutôt que de minimiser. Du coup,
certains étudiants peuvent être mis en difficulté lorsqu’ils sont confrontés à un problème de mini-
misation. Pourtant, il existe une technique très simple qui vous permet de retomber sur vos pattes.
En effet, les arguments minimaux de la fonction f et les arguments maximaux de la fonction –f sont
identiques. Ainsi, une fois que vous avez calculé les arguments maximaux de la fonction –f, il vous
suffit de les substituer dans la fonction f pour obtenir sa valeur minimale.
15
7.2 Résolution.
Nous allons voir deux méthodes de résolution.
max π y 1 , y 2
¡ ¢
{ y 1 ,y 2 } (18)
¡ ¢
t .q.h y 1 , y 2 = 0
C’est une solution bien plus séduisante pour les étudiants, car elle est plus simple d’utilisation dans
le cas de résolution de programme avec des hypothèses simplificatrices. Dans un premier temps,
nous utilisons la contrainte écrite sous forme d’égalité suivante h(y 1 , y 2 ) = 0. Cela nous permet de
déterminer deux fonctions implicites : y 2 = φ(y 1 ) et y 1 = ψ(y 2 ). Si nous substituons l’une de ces
fonctions implicites dans la fonction objectif, alors nous allons faire d’une pierre deux coups. Nous
intégrons la contrainte et nous simplifions la fonction en une fonction à une seule variable.
max π ψ y 2 , y 2
¡ ¡ ¢ ¢
{y2 } (19)
t .q.y 1 = ψ y 2
¡ ¢
nous indique comment doit évoluer y 1 en fonction de y 2 . La valeur optimale (hypothèse simplifi-
catrice d’unicité de la solution) de y 2 correspond au point où la dérivée s’annule i.e :
∂π ψ y 2 , y 2
¡ ¡ ¢ ¢
=0 (20)
∂y 2
Une fois que l’on a déterminé le niveau y 2∗ optimal on l’insère dans la relation y 1∗ = ψ y 2∗ pour
¡ ¢
déterminer y 1∗ . Enfin on détermine la valeur optimale en insérant les arguments optimaux dans la
fonction π et avoir π(y 1∗ , y 2∗ ).
Exemple : Supposons qu’une firme doit résoudre le programme suivant : avec y 1 sa production et
y 2 sa matière première avec p 1 > 0 et p 2 > 0.
max π y 1 , y 2 = p 1 y 1 − p 2 y 2
¡ ¢
{y1 y2 } (21)
p
t .q y 1 = 2 y 2
y 12
y2 = = φ(y 1 )
4 (22)
p
y 1 = 2 y 2 = ψ(y 2 )
On peut substituer l’une ou l’autre avec φ(y 1 ) nous pouvons réécrire le programme de maximisa-
tion :
16
y 12
à !
max π y 1 , φ(y 1 ) = p 1 y 1 − p 2 φ(y 1 ) max p y − p
¡ ¢
1 1 2
{y1 } {y1 } 4
⇔ (23)
2
t .q y = φ(y ) y
2 1 1
t .q y =
2
4
Nous faisons désormais face à un problème de maximisation s’apparentant à de l’optimisation
libre pour lequel la fonction objectif n’a qu’un seul argument (y 1 ). Nous déterminons la valeur op-
timale en y 1∗ , c’est-à-dire la valeur pour laquelle la dérivée première de la fonction objectif s’annule
∂π y 1 , φ y 1
¡ ¡ ¢¢
y1 2p 1
= 0 ⇔ p1 − p 2 = 0, y 1∗ = (24)
∂y 1 2 p2
2p 1 2
³ ´
p1 2
³ ´
p2
Avec la fonction implicite φ nous déterminons y 2∗ soit y 2∗ = 4 = p2 .
On peut désormais calculer la valeur optimale prise par la fonction objectif, ici la fonction de profit
de la firme :
p2
µ ¶2
p1
µ ¶
2p 1
π(y 1∗ , y 2∗ ) = p 1 − p2 = 1 (25)
p2 p2 p2
7.2.2 Optimisation sous contraintes écrites sous forme d’inégalités et méthode de Lagrange
Lorsque l’on a affaire à un problème d’optimisation sous contraintes écrites sous forme d’inégali-
tés, la méthode des fonctions implicites ne peut plus s’appliquer. Donc nous allons voir ici com-
ment appliquer la méthode de Lagrange et les conditions d’optimalité de Karush, Kuhn & Tucker.
max u (x 1 , x 2 )
1 ,x 2 }
{x
t.q (26)
h(x 1 , x 2 ) ≥ 0
Notez que par convention on écrit h(x 1 , x 2 ) ≥ 0 pendant votre licence vous pouvez simplifier 3 une
contrainte du type R ≥ p 1 x 1 + p 2 x 2 alors h(x 1 , x 2 ) = R − p 1 x 1 − p 2 x 2 = 0.
Il faut dans un premier temps définir la fonction de Lagrange L associée à ce problème :
3. x 1 et x 2 sont continues et le consommateur préfère toujours consommer un peu plus, d’où la saturation naturelle
”de la contrainte.
17
Lorsque la contrainte est libre, (i.e inégalité stricte du type >0 ou <0) le multiplicateur associé est
nul. Lorsque la contrainte est active, le multiplicateur sera positif.
Un théorème nous dit que les conditions nécessaires d’optimalité 4 de Karush Kuhn Tucker (KKT)
est le suivant :
#» #»
∇u(x 1 , x 2 ) + λ ∇h(x 1 , x 2 ) = 0 (28)
∂L (x 1 , x 2 , λ)
∂u(x 1 , x 2 ) ∂h(x 1 , x 2 )
= 0 (1)
− λ∗
∂x 1
=0
∂x ∂x 1
1
∂L (x 1 , x 2 , λ) = 0 (2)
∂u(x 1 , x 2 ) ∂h(x 1 , x 2 )
∂x 2 ⇔ − λ∗ =0 (29)
∂x 2 ∂x 2
∂L (x 1 , x 2 , λ)
∗
λ∗ λ h(x 1∗ , x 2∗ ) = 0
= 0 (3)
∂λ
∗
λ ≥0
λ∗ ≥ 0 (4)
Les équations marginales (1) + (2) : vous retrouvez ici les conditions de premier ordre classiques
dans le cadre d’un programme d’optimisation standard.
Les relations d’exclusion (3) : À la solution du problème, chaque contrainte peut être soit libre,
soit saturée. Lorsque h(x 1∗ , x 2∗ ) = 0 alors le multiplicateur y étant associé est positif (λ∗ ≥ 0). Si elle
est libre, alors h(x 1∗ , x 2∗ ) > 0 et le multiplicateur associé est nul (λ∗ = 0). Cela contraint (3) à être
toujours nul.
Les contraintes de non-négativité des multiplicateurs (4) :. Ces inéquations rappellent simple-
ment que les multiplicateurs de Lagrange doivent être positifs.
18
8 Appendices
Quelques outils en plus qui ne font pas partie du programme de révision pour l’examen, mais que
vous rencontrerez peut-être dans votre parcours en microéconomie.
Y = T K α L 1−α
f (x)
lim = 1, ce qui s’écrit f ∼a g (30)
x→a g (x)
On dit aussi que f et g sont équivalentes au voisinage de a. D’une façon générale, un polynôme est
équivalent, quand x tend vers 0, à son monôme de plus bas degré.
f (x) 2
Exemple : f (x) = 2x 3 + 4x 2 + 3x et g (x) = 3x on a limx→0 g (x) = limx→0 2x +4x+3
3 =1
À l’inverse quand x tend vers ∞, un polynôme est équivalent à son monôme du plus haut degré.
x 4 1
Exemple : Avec x ∈ R+∗ et f (x) = e + x + 2 ln(x) + x . La fonction exponentielle l’emporte sur la
fonction puissance qui l’emporte sur la fonction ln. Donc en +∞ on a f ∼+∞ e x . En effet,
f (x) x 4 2 ln(x)
µ ¶
1
lim = 1 + + + = 1 + 0 + 0 + 0 = 1.
x→a ex ex ex x · ex
f (x)
Économie : : Avec f (x) = 2x 4 +x 3 +2x 2 +2x et g (x) = 2x 3 +9x 2 +x déterminez la limite de g (x) quand
x tend vers 0 et +∞.
Rationalisation. Cette méthode consiste à multiplier une fonction rationnelle par un binôme conju-
gué (trouver son identité remarquable) pour éliminer les formes indéterminées généralement au
19
dénominateur.
p p
Exemple : avec f (x) = x + 3 − 3 et g (x) = x
a−b a+b
a −b 2 2
zp }| p { zp }| p {
p p z }| {
f (x) x +3− 3 x + 3 − 3 ( x + 3 + 3) x +3−3
lim = = · p p = p p
x→0 g (x) x x ( x + 3 + 3) x( x + 3 + 3)
x 1
= p p = p
x( x + 3 + 3) 2 3
f (x) f 0 (x)
lim = lim 0 (31)
x→a g (x) x→a g (x)
f (x)
Exemple : avec f (x) = ln(1 + x) et g (x) = x. On veut connaître limx→0 g (x) . Les conditions sont
remplies, nous pouvons appliquer la règle de l’Hôpital soit :
1
ln(1 + x)
lim = lim 1+x = 1
x→0 x x→0 1
Théorème des fonctions implicites Une fonction est de forme explicite lorsque la variable dépen-
dante et indépendante sont séparées. Par exemple, nous remplaçons dans l’expression f (x, y) par
x = 1 et y = 2 avec la relation x · y alors f (x, y) = 2. Néanmoins, vous rencontrerez des fonctions im-
plicites, c’est-à-dire où la variable dépendante n’a pas été donnée de façon explicite en termes de
variable indépendante. Une fonction implicite est définie par l’équation f (x 1 , x 2 ) = c toute fonc-
tion φ définie sur I de R à valeurs J de R et telle que ∀x 1 ∈, f (x 1 , φ(x 1 )) = c
Théorème. Soit f une fonction de deux variables de classe C 1 sur R2 , soit f (x 1 , x 2 ) = c avec c ∈
R fixé. Si f (a 1 , a 2 ) 6= 0 alors il existe un intervalle ouvert I contenant a 1 , un intervalle ouvert J
contenant a 2 , et une fonction φ : I → J de classe C 1 telle que :
20
Références
Candau, F. (2020). Introduction aux mathématiques pour économistes.
Hayek, Naïla et Leca, J.-P. (2019). Mathématiques pour l’économie-6e éd. : Analyse-Algèbre. Dunod.
Hours, S. (2015). Kit de survie en recherche d’extrema liés.
Varian, H. R. (2015). Introduction à la microéconomie moderne. De Boeck Superieur.
21