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Napoléon : Continuité ou Rupture Constitutionnelle ?

Le document analyse la période entre 1799 et 1814 en France, marquée par la transition du Consulat à l'Empire sous Napoléon Bonaparte, soulignant la concentration des pouvoirs entre ses mains. Il explore les éléments de continuité institutionnelle et de personnalisation du pouvoir, tout en discutant des ruptures symboliques et structurelles introduites par l'instauration de l'Empire héréditaire. La conclusion interroge si cette transition représente une véritable rupture constitutionnelle ou une continuité dans le césarisme napoléonien.

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Napoléon : Continuité ou Rupture Constitutionnelle ?

Le document analyse la période entre 1799 et 1814 en France, marquée par la transition du Consulat à l'Empire sous Napoléon Bonaparte, soulignant la concentration des pouvoirs entre ses mains. Il explore les éléments de continuité institutionnelle et de personnalisation du pouvoir, tout en discutant des ruptures symboliques et structurelles introduites par l'instauration de l'Empire héréditaire. La conclusion interroge si cette transition représente une véritable rupture constitutionnelle ou une continuité dans le césarisme napoléonien.

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« Il faut qu'une constitution soit courte et obscure.

Elle doit être faite de


manière à ne pas gêner l'action du gouvernement. ». Après le coup d’État
du 18 brumaire Napoléon Bonaparte aurait prononcé cette phrase auprès
de Pierre Daunou. Cette citation exprime très précisément la couleur
constitutionnelle que napoléon à insufflé au régime français entre 1799 et
1814 c’est-à-dire la manipulation des institutions afin de concentrer
progressivement les pouvoirs entre ses mains.
Dans ce contexte il convient de définir le terme de rupture qui se défini
comme une interruption brutale entre 2 systèmes ou logique de pensée.
« Ce mot s’oppose à la notion de continuité, dans laquelle une même
logique demeures » (Bertille Boisseau). Par ailleurs, le Consulat désigne le
régime politique instauré au lendemain du coup d’État du 18 brumaire, où
Napoléon Bonaparte, exerce un pouvoir quasi absolu en tant que 1 er
consul. Enfin, l’empire dans notre cas lui désigne le régime suivant le
Consulat où dès 1804 Napoléon affirme son autorité en tant qu’empereur.
Alors, notre étude porte sur la période entre 1799 en 1814, durant laquelle
on observe le passage de la constitution de l’an VIII instaurant le consulat,
à l’empire instauré par le sénatus-consulte du 18 mai 1804.
Le coup d’État des 18-19 brumaire an VIII marque la fin du Directoire et
l’émergence du Consulat, symbolisant une transition majeure dans
l’histoire constitutionnelle française. Conçu par Sieyès avec le soutien de
Napoléon Bonaparte, ce coup d’État repose sur une stratégie légale
prétextant un complot jacobin pour obtenir le transfert des Conseils
législatifs hors de Paris. Une fois les opposants neutralisés, une loi
provisoire est adoptée, supprimant le Directoire et instaurant un régime
transitoire : le Consulat provisoire. Cette loi établit une Commission
consulaire exécutive provisoire composée de trois consuls (Sieyès, Roger
Ducos et Napoléon) dotés de pouvoirs étendus, notamment le monopole
de l’initiative législative. Elle prévoit également la révision de la
Constitution de 1795 mais introduit déjà des éléments caractéristiques du
césarisme, tels que la personnalisation du pouvoir autour de Napoléon et
l’intervention de l’exécutif dans le processus constituant. En réalité, ce
coup d’État signe la chute de la Constitution de 1795 et met fin à la
Révolution, ouvrant une nouvelle ère dominée par Napoléon et
caractérisée par une centralisation du pouvoir. Dès le lendemain du coup
d’État, Napoléon Bonaparte s’impose comme l’homme fort du régime. Sa
mission prioritaire est de rétablir l’ordre intérieur, de mettre fin à la guerre
civile et de conclure la paix avec les monarchies européennes, ce qu’il
accomplit rapidement. Cette prise de pouvoir immédiate dépasse les
intentions initiales de Sieyès, car le processus de révision de la
Constitution de 1795 prévu par la loi du 19 brumaire est rapidement
abandonné au profit de l’élaboration d’une nouvelle Constitution : la
Constitution de l’an VIII, adoptée le 13 décembre 1799. Cette Constitution
marque un profond renversement des principes révolutionnaires. Elle ne
s’attache plus à établir les fondements de l’ordre constitutionnel, mais se
limite à organiser les pouvoirs autour d’un exécutif dominant confié à trois
consuls, dont Napoléon est le Premier. Ce gouvernement, apparemment
collégial, centralise en réalité tous les pouvoirs entre les mains de
Bonaparte, amorçant ainsi une concentration de pouvoir personnel. Les
révisions successives de 1802 et de 1804 parachèvent cette dynamique.
Ces textes, rédigés et adoptés grâce à l’auxiliaire privilégié de Napoléon,
le Sénat, traduisent une rupture complète avec les principes
révolutionnaires d’égalité et de souveraineté populaire. Ainsi, entre 1799
et 1814, les institutions ne suivent pas une succession de régimes
distincts, mais une évolution continue inscrite dans la tradition
constitutionnelle césarienne. Ce modèle, inspiré de l’exemple romain,
repose sur la concentration des pouvoirs autour d’un homme légitimé par
le peuple, tout en subordonnant les assemblées législatives. Ce césarisme
napoléonien structure durablement le régime, qui évolue du Consulat à
l’Empire sans rupture fondamentale, mais dans une logique de continuité
autoritaire.
Dans ce contexte, il semble pertinent de se demander si le passage du
Consulat à l’Empire constitue-t-il une véritable rupture constitutionnelle ou
une simple continuité dans la centralisation du pouvoir autour de
Napoléon ?
Pour répondre à cette question, il convient d’analyser, d’une part, les
arguments en faveur d’une continuité constitutionnelle (I), avant
d’examiner les éléments qui pourraient attester d’une rupture (II).

I. Une continuité constitutionnelle au service d’un pouvoir


césarien.

Bien que l’instauration de l’empire en 1804 soit un changement


symbolique les bases de la personnalisation des pouvoirs dans les mains
de napoléons étaient présentes depuis bien longtemps (A) traduit par une
continuité institutionnelle (B).

A. Une personnalisation progressive du pouvoir.

En premier lieu la constitution de l’an VIII instaure un exécutif collégial au


sein du consulat. Cependant on remarque qu’il est dominé par le premier
consul, Napoléon Bonaparte. Effectivement le gouvernement, sur le
modèle de la commission consulaire exécutive provisoire est formé par 3
consuls. On peut remarquer qu’aucune condition n’est fixée pour être
consuls. Les 3 consuls sont nommés pour 10 ans et sont même
indéfiniment rééligibles. L’idée est de leur garantir une grande stabilité et
donc une plus forte autorité. Par ailleurs, les 3 consuls bénéficient d’une
indépendance statutaire totale car ils sont totalement irresponsables de
leurs actes quels qu’ils soient. Mais au-delà, la collégialité n’est qu’une
façade illusoire. D’abord parce qu’en vertu de la constitution de 1799, il
existe une hiérarchie entre les consuls avec un qui est appeler le Premier
consul un le Deuxième consul et l’autre le Troisième consul. Les consuls
sont expressément désignés par la constitution de 1799, c’est là qu’on
voit la logique césarienne de personnalisation du pouvoir. Le premier
consul, Napoléon Bonaparte incarne l’homme providentiel, venu sauver la
France de l’instabilité révolutionnaire. Le second consul, Cambacérès, est
républicain, ancien conventionnel régicide, il incarne la Révolution. Enfin le
troisième consul est Lebrun qui était un ancien député royaliste au Conseil
des Anciens et qui s’était rallié aux révisionnistes, il incarne le
monarchisme constitutionnel. Ce triumvirat est choisi pour symboliser une
synthèse / réconciliation des partis. L’inégalité entre les 3 consuls est
flagrante dès l’origine car en vertu de la constitution de1799, le premier
consul dispose de pouvoirs propres et dispose seul de pouvoirs propres
dans certains domaines qui lui sont réservés, dans les autres domaines, il
a le pouvoir de décision alors que les deux autres consuls n’ont qu’une
voix consultative. En réalité, dès la constitution de 1799, Napoléon détient
seul le pouvoir gouvernemental. Cette tendance originelle à la
personnalisation du pouvoir au profit de Bonaparte va être très
rapidement accentuée. Dès la première révision constitutionnelle, le
sénatus-consulte du 2 août 1802 nomme expressément Bonaparte consul
à vie installant encore plus sa proéminence. Dans la foulée, le sénatus-
consulte du 4 août 1802 renforce les pouvoirs propres de Napoléon. Il va
également prévoir que les 2 autres consuls sont eux aussi nommé à vie
mais sans les nommer expressément, à la différence de Napoléon qui est
donc seul désigné nommément par les textes. Un autre aspect de la
politique de napoléon montre qu’il s’assoit comme seul puissance de
l’exécutif, c’est son rapport au peuple c’est-à-dire qu’il met en place une
politique très plébiscitaire. Bien qu’en apparence démocratique avec le
rétablissement du suffrage universel en 1799 sa politique plébiscitaire, se
révèle être un outil de légitimation au service de la concentration du
pouvoir. Les plébiscites organisés en 1799, 1802 et 1804 ne sont pas de
simples référendums, mais des consultations césariennes visant à
renforcer la position de Napoléon en liant des questions institutionnelles à
son nom. Cette pratique est cependant entachée par des manipulations
électorales massives : absence de secret de vote, pressions sur les
citoyens et falsification des résultats. Finalement, cette légitimité sert à
justifier une concentration extrême des pouvoirs entre ses mains.

B. Une continuité dans la structure institutionnelle

Le passage du Consulat à l’Empire s’inscrit dans une logique de continuité


institutionnelle qui consacre et renforce le césarisme napoléonien. En
effet, les institutions mises en place sous le Consulat sont maintenues
sous l’Empire et continuent d’assurer un rôle central dans l’organisation
du pouvoir, garantissant une stabilité institutionnelle apparente tout en
consolidant la mainmise de Napoléon sur l’État. Tout d’abord, les
institutions clés créées sous le Consulat, telles que le Conseil d’État et le
Sénat, restent fondamentales. Le Conseil d’État, créé en 1799, demeure
un organe pivot chargé de la rédaction des projets de lois et de
l’organisation administrative. Quant au Sénat, il se distingue par son rôle
d’instrument du pouvoir impérial. Loin d’être une assemblée
indépendante, il légitime les décisions de Napoléon par le biais de
sénatus-consultes qui lui permettent d’intervenir directement dans la
sphère constitutionnelle. Ces deux institutions illustrent un système conçu
pour limiter tout contre-pouvoir et renforcer la centralisation autour de
l’Empereur. Ensuite, les assemblées législatives, déjà marginalisées sous
le Consulat, voient leur rôle se réduire encore davantage sous l’Empire. Le
Tribunat, par exemple, qui était censé incarner un espace de débat, est
supprimé dès 1807, mettant un terme à toute désir d’opposition. Quant au
Corps législatif, il ne dispose d’aucune capacité délibérative réelle et se
limite à ratifier des textes déjà rédigés. Cette mise à l’écart des
assemblées traduit une volonté claire de neutraliser toute forme
d’expression politique collective susceptible de contredire les décisions
impériales. Enfin, la concentration du pouvoir autour de la personne de
Napoléon constitue l’aboutissement du césarisme napoléonien.
L’Empereur, justifié par la nécessité de restaurer l’ordre après les
turbulences révolutionnaires, incarne à lui seul l’autorité suprême. Ce
pouvoir repose sur une logique d’obéissance et de subordination : les
institutions, bien qu’apparemment structurées, ne sont que des outils au
service de la volonté impériale. Cette personnalisation du pouvoir est
également renforcée par des mécanismes de légitimation, comme les
plébiscites, qui, tout en paraissant démocratiques, ne servent qu’à valider
et renforcer la domination de Napoléon. Ainsi, la transition entre le
Consulat et l’Empire ne marque pas une rupture, mais bien une continuité
dans la structure institutionnelle. Les institutions établies sous le Consulat
sont maintenues et adaptées pour répondre aux ambitions impériales de
Napoléon, tout en annihilant progressivement les dernières formes de
participation politique effective.

II. Une rupture constitutionnelle marquée par la naissance d’un


régime impérial

Le Sénatus-consulte du 18 mai 1804 marque une étape décisive dans


l’histoire constitutionnelle en établissant l’Empire. Ce texte introduit des
principes inédits qui rompent d’une certaine manière avec le cadre du
Consulat. En effet, ce régime est base sur une nouvelle légitimité
héréditaire (A) et reconfigure en partie les rapports institutionnels.

A. L’instauration de l’Empire héréditaire


Tout d’abord, la création de la dignité impériale constitue une
transformation majeure. Napoléon est proclamé Empereur des Français,
une désignation qui dépasse le cadre républicain en introduisant un
caractère héréditaire au pouvoir. Cette hérédité repose sur une loi de
primogéniture masculine inspirée des traditions monarchiques,
notamment la loi salique, qui consacre la transmission dynastique au sein
de la famille Bonaparte. Par ailleurs, le sacre de Napoléon à Notre-Dame
de Paris, en décembre 1804, marque une rupture forte avec les idéaux
révolutionnaires. Ce rituel, plein de références monarchiques et
religieuses, confère à Napoléon une légitimité sacrée distincte de sa
légitimité populaire du Consulat. En se couronnant lui-même, il affirme sa
suprématie sur le pouvoir religieux tout en s’inscrivant dans une tradition
de royauté divine. Enfin, l’instauration de l’Empire s’accompagne d’une
transformation des symboles du pouvoir. Les références républicaines sont
remplacées par des rites et des emblèmes monarchiques. Les insignes
impériaux, tels que la couronne, le sceptre et le manteau d’hermine,
montre cette volonté de mettre en place une image de souveraineté
absolue, rompant ainsi avec la simplicité des codes républicains.

Cependant, cette rupture symbolique ne s’arrête pas aux apparences : elle


s’accompagne de transformations dans la structure des institutions.

B. La reconfiguration des rapports institutionnels

Sur le plan institutionnel, l’Empire repose entièrement sur la figure de


l’Empereur, seul véritable détenteur de la souveraineté. Napoléon
concentre entre ses mains l’intégralité des pouvoirs exécutifs et législatifs.
Les autres institutions, que ce soit le Sénat, le Conseil d’État ou le Corps
législatif, ne jouent plus qu’un rôle d’exécution ou de légitimation de sa
volonté. Le Sénat, par exemple, est réduit à un simple relais permettant à
Napoléon de modifier la Constitution via des sénatus-consultes, tandis que
le Corps législatif reste cantonné à une fonction purement formelle, sans
aucune capacité de délibération réelle. La mise en place d’une logique
dynastique constitue également une rupture majeure avec les principes
républicains établis sous le Consulat. Contrairement au régime précédent,
où les dirigeants étaient désignés pour un mandat limité, l’Empire institue
une succession familiale, excluant ainsi tout mécanisme électif. Cette
dynastisation du pouvoir transforme radicalement la nature du régime et
entérine une rupture avec l’idée même de souveraineté populaire. Enfin,
l’Empire se caractérise par une centralisation extrême du pouvoir. Toutes
les décisions émanent de l’Empereur, et les institutions ne sont que des
instruments servant à appliquer ses directives. Ainsi, si l’Empire prolonge
en partie les institutions du Consulat, il reste qu’un écart est observable
sur le plan constitutionnel, en transformant non seulement les symboles,
mais également l’architecture institutionnelle de l’État.

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