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Raisonnement abstrait chez retard mental

Le document traite du développement des compétences en raisonnement abstrait chez les personnes présentant un retard mental modéré à sévère, en soulignant l'importance d'évaluer et d'enseigner ces compétences académiques. Il présente le Test d'Apprentissage de la Pensée Analogique (TAPA) comme un outil efficace pour mesurer la capacité d'apprentissage et propose des stratégies pédagogiques adaptées pour améliorer le raisonnement abstrait. Les résultats montrent que, malgré des difficultés cognitives, certaines personnes peuvent progresser avec un environnement éducatif approprié.

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Raisonnement abstrait chez retard mental

Le document traite du développement des compétences en raisonnement abstrait chez les personnes présentant un retard mental modéré à sévère, en soulignant l'importance d'évaluer et d'enseigner ces compétences académiques. Il présente le Test d'Apprentissage de la Pensée Analogique (TAPA) comme un outil efficace pour mesurer la capacité d'apprentissage et propose des stratégies pédagogiques adaptées pour améliorer le raisonnement abstrait. Les résultats montrent que, malgré des difficultés cognitives, certaines personnes peuvent progresser avec un environnement éducatif approprié.

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Pédagogie spécialisée 1/06

R E TA R D M E N TA L

Christine Hessels-Schlatter

Le développement des compétences


dans le raisonnement abstrait chez les personnes
présentant un retard mental modéré à sévère

Les personnes présentant un retard mental Afin de combler le manque au niveau des
modéré à sévère sont caractérisées par une outils d’évaluation, nous avons conçu le Test
incapacité à accéder à un niveau de raison- d’Apprentissage de la Pensée Analogique
nement abstrait, limitant par là leur com- (TAPA; Hessels-Schlatter, 2002; Schlatter &
préhension du monde et les apprentissages. Büchel, 2000), spécialement destiné à cette
Partant de ce constat, l’éducation spéciali- population. L’étude de validation a montré
sée se limite souvent à l’enseignement de que ce test possède de bonnes qualités psy-
compétences sociales et pratiques, et négli- chométriques: il permet de distinguer les
ge l’enseignement de compétences académi- personnes selon leur capacité d’apprentis-
ques. La terminologie classificatoire utilisée sage d’une manière fidèle, et son pouvoir
par l’AI («personnes éducables sur un plan prédictif est élevé. En ce qui concerne la va-
pratique» pour le retard modéré, et «person- leur prédictive du test, les participants de
nes aptes à acquérir des habitudes» pour le cette étude ont été soumis, après la passa-
retard sévère) reflète d’ailleurs les attentes tion du TAPA, à un entraînement du raison-
peu optimistes de la part des professionnels. nement inductif sur une période d’un mois.
Or, les compétences d’une partie de ces per- Suite à cet entraînement, les participants
sonnes sont souvent sous-estimées. D’une pour lesquels le TAPA a révélé une capacité
part, en raison d’un développement cogni- d’apprentissage élevée ont obtenu des sco-
tif extrêmement lent et non spontané, et res aux items d’analogie présentés au post-
d’autre part en raison de l’inadéquation des test très supérieurs à ceux obtenus par les
tests d’intelligence, lesquels donnent lieu à participants dont la capacité d’apprentissa-
des résultats peu fidèles et valides. L’impor- ge s’est révélée faible au test. Autrement dit,
tance de l’environnement et notamment des ces participants ont pleinement profité de
efforts éducatifs sur le développement co- l’entraînement et leurs compétences en ma-
gnitif n’est plus à prouver. Des recherches tière de raisonnement analogique se sont si-
montrent même que plus le QI est bas, et gnificativement améliorées. Les participants
plus les effets d’un environnement pauvre pour lesquels la capacité d’apprentissage
en stimulations sont importants ([Link]. Si- s’est révélée limitée n’ont, quant à eux, et
monoff, Bolton & Rutter, 1998). Un manque comme prédit par le TAPA, pas développé
d’expériences éducatives et d’opportunités leurs compétences en matière de raisonne-
d’apprentissage conduit dès lors, comme ment analogique. Une deuxième étude (Ri-
beaucoup d’auteurs le relèvent, à une pro- naldi et al., 2002), avec un entraînement à
phétie auto-réalisatrice: la personne n’ap- l’utilisation de stratégies de mémoire exter-
prend pas. nes dans une tâche de mémoire, a confirmé

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Pédagogie spécialisée 1/06

le pouvoir prédictif du test. Les implications mations; l’inférence de relations (découvrir


pratiques sont évidentes: une partie des per- comment les informations sont liées entre
sonnes avec retard mental modéré à sévère elles); l’application de relations; la mémoi-
a les capacités d’accéder à un certain niveau re de travail (capacité du système de main-
de raisonnement abstrait, contrairement à tien et de traitement d’informations). A ce-
ce qu’on pourrait penser. Pour ces person- la, s’ajoute bien sûr la compréhension de la
nes, un programme beaucoup plus ambi- tâche et de ses exigences. Tous ces proces-
tieux au niveau des apprentissages acadé- sus sont déficients chez les personnes pré-
miques devrait être offert. sentant un retard mental modéré à sévère.
Ces personnes explorent peu, ou qu’une par-
Raisonnement analogique: tie des données; elles ne prennent pas suf-
processus impliqués et stratégies éducatives fisamment de temps pour encoder les in-
La suite de cet article va porter sur la présen- formations; l’encodage est souvent passif,
tation de certaines stratégies et principes pé- c’est-à-dire que les concepts stockés en mé-
dagogiques mis en place aussi bien dans la moire à long terme ne sont pas activés; elles
procédure du TAPA que lors de l’entraîne- ont des difficultés à sélectionner les infor-
ment de l’étude de validation, et qui ont fa- mations pertinentes et à inhiber les autres;
vorisé le développement du raisonnement elles ne procèdent pas à des comparaisons
abstrait chez les participants présentant une systématiques. Ces défauts au niveau du
bonne capacité d’apprentissage. Ces straté- traitement d’informations vont avoir une
gies et principes sont basés sur une analyse influence directe sur les processus de plus
des processus impliqués dans le raisonne- haut niveau, comme l’inférence et l’appli-
ment abstrait, ainsi que sur la connaissance cation de relations. Finalement, et il s’agit
des déficits spécifiques aux personnes pré- là peut-être de l’aspect le plus important li-
sentant un retard mental modéré à sévère. mitant les compétences cognitives, l’empan
Les principaux processus cognitifs impli- mnésique (mémoire à court terme) de ces
qués dans le raisonnement abstrait, et en personnes est fortement réduit, se limitant
particulier dans le raisonnement analogi- à environ deux unités d’informations pou-
que (la Figure 1 montre un exemple de tâ- vant être simultanément stockées. Pour il-
che d’analogie), sont les suivants: l’explora- lustration, une analogie comportant deux
tion (explorer l’ensemble des informations à relations comme dans l’exemple ci-dessous
disposition, que ce soient des données con- requiert le stockage et le traitement d’au
crètes, venant du monde environnant, ou moins huit informations. En ce qui concer-
abstraites, c’est-à-dire sous forme de repré- ne la compréhension de la tâche, il nous est
sentations mentales); l’encodage (l’enregis- apparu lors de la construction du TAPA que
trement des informations dans la mémoire ces personnes ne comprennent générale-
à court terme); l’attention (notamment l’at- ment pas ce qu’elles doivent faire dans ces
tention sélective: distinguer les informa- exercices, en l’occurrence, trouver l’image
tions pertinentes des informations non per- qui complète la matrice parce qu’elle suit
tinentes, lesquelles doivent être ignorées); certaines règles.
l’abstraction de concepts (traduire les in- Plusieurs principes pédagogiques per-
formations en concepts généraux ou classe mettent de corriger ou de compenser ces dé-
d’appartenance); la comparaison des infor- ficits, dont voici les principaux. Afin de faci-

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liter la compréhension, je me référerai aux aménagement, ils ont tous compris qu’il fal-
tâches d’analogies comme celle présentée lait compléter la matrice, chercher ce qui
dans la Figure 1. Ces principes sont cepen- manque. La concrétisation ne doit cepen-
dant valables pour tout autre type de tâches dant être considérée que comme une aide
ou d’activités. temporaire, et céder la place à un matériel
requérant de l’abstraction, sans quoi, on ris-
Manipulation que de maintenir la personne dans une for-
Les jeunes enfants et les personnes avec re- me de pensée concrète.
tard mental peuvent fonctionner à un ni-
veau plus élevé s’ils peuvent manipuler le Séquencer les différentes étapes
matériel. Dans la perspective constructi- de résolution de manière claire
viste, le développement de la pensée passe Les personnes avec retard mental ont sou-
d’ailleurs par l’action. Pour ce faire, l’exerci- vent tendance à chercher une réponse avant
ce n’est pas présenté sous une forme papier- même d’avoir correctement pris en consi-
crayon, mais est réalisé sous une forme de dération les données du problème (encoda-
puzzle permettant la manipulation: les ima- ge). Afin d’assurer une exploration et un en-
ges sont collées sur des plaquettes de bois et codage corrects des éléments de la matrice,
la matrice consiste en un cadre en bois per- nous avons instauré une étape de descrip-
cé de trous, dans lesquels on peut insérer tion des données, avant que le participant ne
les images. Ce format réduit les problèmes puisse choisir sa réponse. On ne lui présen-
liés aux représentations mentales, permet te donc que la matrice, les réponses à choix
des comparaisons actives, et favorise ainsi étant cachées. De la sorte, on instaure une rè-
l’activation, l’exactitude ainsi que l’orienta- gle claire pour la procédure de résolution: il
tion. De plus, il facilite la compréhension de faut d’abord observer et analyser, et ensui-
la nature du problème. La majorité des par- te seulement on peut réfléchir et chercher la
ticipants ne comprenaient pas ce qu’ils de- réponse. Séquencer en étapes permet non
vaient faire lorsque l’exercice leur était pré- seulement d’amener le participant à plani-
senté sous forme papier-crayon. Avec cet fier son travail et à réduire son impulsivi-

Figure 1: Exemple d’une tâche d’analogie impliquant la mise en lien de deux relations

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té, mais également à limiter le nombre d’in- rouge, et l’autre vert, doit stimuler l’élève à
formations à traiter. En effet, les personnes les considérer comme dimensions d’un con-
avec retard mental sont vite surchargées par cept unique, à savoir le concept de couleur.
un trop plein d’informations, qu’elles n’ar- Les personnes avec retard mental modéré à
rivent pas à trier spontanément (sélection- sévère ont souvent des difficultés langagiè-
ner les informations nécessaires, ignorer res, et ne peuvent pas forcément décrire les
les autres). éléments de la matrice comme on le souhai-
terait. Ceci ne constitue cependant pas un
Description/verbalisation obstacle, et cette phase ne devrait pas être
Le participant est encouragé à décrire les écartée sous ce prétexte. Si les mots ne sont
éléments de la matrice: quels sont ces élé- pas présents, leur attention (accompagnée
ments? En quoi diffèrent-ils les uns des éventuellement de geste de pointage) est par
autres? Cette étape est une aide au niveau contre focalisée sur les éléments de la matri-
de l’encodage, de l’attention (centration sur ce, et l’examinateur sert de support en met-
les éléments pertinents), de la mémoire à tant lui-même des noms sur les choses.
court terme, de l’abstraction, de la planifi-
cation et de l’auto-contrôle. Selon Vygotsky Entraînement à la comparaison
(1997), la verbalisation est un élément es- Nous avons observé, lors de la construction
sentiel du développement mental, en jouant du test, que beaucoup de personnes avec re-
un rôle central dans l’acquisition des proces- tard mental modéré à sévère ne savaient
sus cognitifs supérieurs, ainsi que de l’auto- pas comparer, c’est-à-dire isoler un aspect
contrôle de la pensée et du comportement. de l’objet (par exemple la grandeur) com-
La description/verbalisation pousse l’indivi- me base de comparaison (critère constant),
du à traiter les éléments d’une manière ana- mais aussi de maîtriser les notions de simi-
lytique, et à procéder de manière structurée laire, de différent, et de relativité (un objet
et orientée sur la tâche. Elle permet égale- est grand relativement à un objet petit). Or,
ment d’organiser la perception et la mémoi- sans comparaison, il n’est pas possible de
re, et notamment de compenser les déficits trouver ce qui change d’un objet à un autre
de la mémoire à court terme, en assurant un et par conséquent d’en inférer une relation
double codage de l’information (visuel et liant ces deux objets. Pour ce faire, nous
verbal): tout matériel présenté visuellement avons proposé un entraînement aux com-
doit en effet être recodé verbalement pour paraisons avant même de présenter des
être stocké dans la mémoire de travail (bou- analogies. Les participants apprenaient à
cle phonologique). Finalement, la verbali- comparer deux images ne différant que sur
sation active les concepts dans la mémoi- un aspect, puis les mêmes images mais dif-
re à long terme, et permet la catégorisation férant sur un autre aspect, enfin les deux
et la mise en liens des informations (Bü- images différant sur les deux aspects à la
chel, 2000). Les participants sont amenés à fois.
considérer les données non comme des élé-
ments isolés, mais comme entités représen-
tatives d’une certaine catégorie, ce qui favo-
rise l’abstraction de concepts. Par exemple,
la description d’un élément comme étant

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Conclusion Références bibliographiques


Les personnes ayant un retard mental modé- Büchel, F.P. (2000). Metacognitive Control in Analogi-
ré à sévère présentent des difficultés, voire cal Reasoning. In W.J. Perrig & A. Grob (Eds.), Cont-
une incapacité, à accéder au raisonnement rol of Human Behavior, Mental Processes, and Cons-
abstrait. Le raisonnement abstrait n’est pas ciousness (pp. 203-224). Mahwah, NJ: Erlbaum.
une entité en soi, mais implique la mise en Hessels-Schlatter, C. (2002). A dynamic test to assess
œuvre d’un certain nombre de processus co- learning capacity in people with severe impair-
gnitifs, souvent déficients chez ces person- ments. American Journal on Mental Retardation,
nes. Il est possible d’améliorer les proces- 107 (5), pp. 340-351.
sus de pensée et le raisonnement lorsqu’on Rinaldi, D.O. et al. (2002). External memory and verba-
agit d’une manière ciblée sur les processus lization in students with moderate mental retarda-
déficients. Les stratégies éducatives présen- tion: Theory and training. Journal of Cognitive Edu-
tées ici en sont quelques exemples, straté- cation and Psychology, 2 (3), pp. 188-225.
gies adéquates non seulement pour des tâ- Schlatter, C. & Büchel, F.P. (2000). Detecting reasoning
ches d’analogie, mais également pour tout abilities in persons with moderate mental retardati-
autre type de résolution de problème. Mê- on: The Analogical Reasoning Learning Test (ARLT).
me en présence d’une personne présentant In C.S. Lidz & J. Elliott (Eds.), Dynamic assessment:
des difficultés sévères, ces stratégies s’avè- Prevailing models and applications (pp. 155-186).
rent utiles. Elles permettent, du moins pour New York: Elsevier Sciences Inc.
une partie des personnes avec retard mental Simonoff, E., Bolton, P. & Rutter, M. (1998). Genetic
modéré à sévère, et comme démontré dans perspectives on mental retardation. In J.A. Burack,
l’étude de validation du TAPA, de dévelop- R.M. Hodapp & E. Zigler (Eds.), Handbook of men-
per les compétences en matière de raisonne- tal retardation and development (pp. 41-55). Cam-
ment abstrait, et plus spécifiquement en rai- bridge: Cambridge University Press.
sonnement analogique. Vygotsky, L.S. (1997). Pensée et langage (3e éd.) (F.
Sève, trad.). Paris: La Dispute.
Christine Hessels-Schlatter
Enseignante
Université de Genève,
Faculté de Psychologie
et des Sciences de l’Education
Bd du Pont-d’Arve 40
1205 Genève
[Link]@[Link]

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