Frontières et limes rhénan : histoire et enjeux
Frontières et limes rhénan : histoire et enjeux
I. Contexte
L'étude des divisions politiques du monde nous amène inévitablement à nous interroger sur la
nature des frontières. Si aujourd'hui les cartes du monde sont tracées avec une précision
administrative, il n'en a pas toujours été ainsi. L'Antiquité romaine nous offre un exemple éloquent
de cette complexité à travers le limes rhénan. Cette ligne fortifiée, courant le long du Rhin, est
souvent perçue rétrospectivement comme une frontière intangible, un rempart infranchissable
marquant la limite de la civilisation romaine.
Le pomœrium, cette enceinte sacrée dont la fondation était parfois ritualisée par un acte
fondateur, comme le mythe romain du meurtre de Rémus par Romulus, symbolisait l'espace
civique romain, distinguant l'intérieur sacré de l'extérieur profane. Le limes (du latin = « routes »,
et désignait en 1er lieu des routes frontaliers, puis les fortifications qu’on y érigées) pourrait alors
être interprété, pour les Romains de l'époque, comme un prolongement de cet espace maîtrisé,
une ligne au-delà de laquelle s'étendait un monde perçu comme potentiellement hostile et
barbare.
Pourtant, envisager le limes comme une frontière au sens moderne du terme serait un
anachronisme :
À l'époque romaine, la conception des limites territoriales était bien différente de celle que
nous connaissons aujourd'hui. Imaginer des représentants gaulois ou germains signant un
traité avec Rome pour délimiter précisément leurs territoires respectifs relève de la fiction
historique. Les interactions étaient plus fluides, les zones d'influence plus mouvantes.
C'est là qu'intervient la distinction cruciale entre frontière, marches et confins (on les différencie
mal à l’époque) :
- Frontière : ligne politique et juridique, précise séparent des États.
- Marche : historiquement, zone, frontalières, floues et militarisée, zone tampon.
- Confins : limites extrêmes d’un territoire, souvent régions éloignées
Le limes remplissait en partie le rôle de zone tampon, une marche où les cultures et les
influences se rencontraient et s'affrontaient parfois. Ces confins n'étaient pas des lignes nettes,
mais plutôt des espaces de transition, des zones grises où le pouvoir central romain s'estompait
progressivement et où les populations locales conservaient une certaine autonomie.
Cette difficulté à définir une limite claire renvoie à la perception que les peuples avaient les
uns des autres : La perception du "barbare" par les Grecs puis les Romains éclaire la nature de
la distinction qu'ils établissaient avec les peuples situés au-delà de leurs limites. Pour les Grecs, le
terme désignait initialement celui dont le langage était inintelligible, un simple balbutiement ("bar-
bar"). Cette désignation s'est ensuite étendue pour englober ceux qui ne partageaient pas leur
mode de vie et leurs institutions, notamment la polis, la cité-état, fondement de la civilisation
grecque. Les Romains ont hérité de cette conception, y ajoutant leurs propres critères de
civilisation, comme le port de la toge, symbole du citoyen romain. Ainsi, les peuples germaniques,
vivant au-delà du limes et ne correspondant pas à ces critères, étaient inévitablement perçus
comme "barbares".
Un point crucial à souligner est l'incapacité, à cette époque, de tracer une ligne de démarcation
nette et incontestée entre les différents peuples. C'est là que la notion de "marche" prend toute
son importance. Ces espaces frontaliers étaient bien plus que de simples traits sur une carte. Ils
étaient des zones tampons, des lieux d'interactions intenses, où les cultures se mélangeaient, où
les pouvoirs s'exerçaient de manière plus lâche et où les identités étaient souvent hybrides.
À cette époque également, ces espaces étaient souvent définis de manière imprécise, certains les
considérant comme étant sous l'influence directe du pouvoir central, tandis que d'autres y voyaient
des territoires avec une certaine autonomie.
Finalement, il est frappant de constater que les seules délimitations territoriales relativement
claires étaient souvent le résultat de conflits. La guerre, par son caractère tranchant et la
nécessité de définir des zones de contrôle après les hostilités, pouvait imposer des limites plus
nettes, même si celles-ci restaient potentiellement contestées et sujettes à évolution.
Ce traité a permis de dépasser les structures politiques complexes et peu centralisées de l'époque
féodale. En définissant clairement l'appartenance des territoires, il a favorisé l'émergence de
royaumes plus unifiés, où l'autorité du souverain sur ses terres était affirmée. Cette clarification
territoriale a contribué à l'essor de l'absolutisme, en liant directement les sujets au roi de l'État
ainsi délimité, plutôt qu'à des seigneurs locaux. Les frontières établies à Westphalie, bien que
parfois arbitraires, ont acquis une légitimité par leur reconnaissance mutuelle entre les puissances
européennes. Cette reconnaissance a été essentielle pour stabiliser le système des États.
Le limes rhénan et le mur d'Hadrien ont souvent été comparé = pertinente pour saisir la
fonction de ces constructions. En Bretagne, le mur d'Hadrien avait pour objectif principal de
marquer une limite, de contrôler les mouvements et de ralentir les incursions, notamment celles
des peuples du nord. Le limes rhénan visait également à limiter les raids de piraterie irlandaise,
protégeant ainsi les richesses de l'Empire. Bien que franchissable, le mur rendait ces passages
plus difficiles et moins nombreux. Concrètement, il est famé de points de surveillance et de forts,
qui permettaient de contrôler les passages, de surveiller les mouvements de populations et de
projeter la puissance romaine au-delà du fleuve.
Le cinéma a tendance à exagérer cette séparation radiale et violente entre 2 peuples par la
violence (ex : Gladiator) : d'un côté, l'Empire romain, synonyme d'ordre et de civilisation ; de
l'autre, les "barbares", présentés comme chaotiques et sauvages. Cette opposition binaire, bien
que spectaculaire, ne reflète pas la complexité des réalités historiques.
Les historiens et les sources de l'époque, notamment les auteurs latins, offrent une perspective
plus nuancée. Ils reconnaissent l'existence d'une "Germanité" et d'une "Romanité", mais
soulignent également les échanges constants qui existaient entre ces deux mondes. Commerce,
diplomatie, influences culturelles, enrôlement de Germains dans l'armée romaine : les interactions
étaient multiples et ne se limitaient pas à des affrontements violents.
L'existence du limes rhénan et les interactions complexes qu'il impliquait n'ont pas empêché des
conséquences majeures pour l'Empire romains : Les Goths, par exemple, ont su tirer parti des
structures mêmes de l'Empire. L'emploi de chefs barbares comme mercenaires, tel qu’Alaric
illustre une situation paradoxale. Rome utilisait la force militaire des Goths, mais cette
dépendance créait une vulnérabilité. Les demandes d'Alaric pour davantage de ressources en tant
que mercenaire mettent en lumière un Empire en difficulté financière et politique, incapable de
satisfaire les besoins de ses propres troupes auxiliaires. Cette situation d'affaiblissement interne
ouvrait des opportunités pour ceux qui étaient censés défendre ses frontières.
Ces légions ont plutôt en effet dissuasive : Pq ? Ces légions, très organisées, sait contre-attaquer
(guerre de représailles). Elles détruisent tout = armes de dissuasion des romains.
Les Champs Décumates : région de l’empire romain, situé approximativement entre le Rhin et le
Danube supérieur. Le caractère variable de la domination romaine sur ces champs s’explique par
leur position géographique, en tant que zone frontalière, soumise à des pressions externes
importantes. Rome a investi dans cette région, lorsqu’elle voyait un intérêt stratégique (contrôlait
des rodes, exploiter des ressources, créer des zones tampons) mais a fini par la laisser face à la
difficulté de la défense efficace et au coût que cela représentait.
L’archéologie et photographie aérienne révèlent aujourd'hui des preuves qu'Antonin le
Pieux (bien que son règne ait été en réalité de 138 à 161 après J.-C.) a repoussé
le limes (la frontière romaine, souvent appelée les Champs Décumates) de plusieurs
kilomètres et en a fortifié les fondations.
Le 3e siècle fut une période tumultueuse pour l'Empire romain, marquée par une instabilité
politique chronique et des guerres civiles incessantes, rendant difficile pour les empereurs de
maintenir un contrôle ferme :
L’abandon des Champs Décumates autour de 260 après J.-C. est tout à fait pertinent. Face à la
pression des invasions barbares et aux difficultés internes, Rome a effectivement dû se replier sur
ses frontières et concentrer ses forces ailleurs, entraînant le délaissement de certaines zones
frontalières.
Ex : certaines villes, comme Strasbourg (Argentoratum à l'époque romaine) en Germanie
Supérieure, ont pu tirer parti de la présence de garnisons militaires. L'utilisation des voies fluviales
pour le commerce, combinée à la sécurité offerte par les légionnaires, a certainement favorisé leur
développement.
L'idée d'une fortification militaire majeur autour de la cathédrale de Strasbourg, capable d'accueillir
de nombreuses personnes, témoigne de la manière dont les villes pouvaient s'adapter et se
protéger en ces temps incertains. Ces structures servaient non seulement de défense militaire,
mais pouvaient également devenir des points de refuge pour la population civile en cas de
menace.
Rome ne se contentait pas toujours d'une simple présence militaire, mais investissait dans des
fortifications durables pour consolider son emprise et dissuader les incursions = ils "bétonnaient
leurs frontières", cette idée de fortifications solides et pérennes.
Le rôle de Dioclétien dans l'amplification de ces frontières fortifiées : Son règne a marqué
une réorganisation administrative et militaire significative de l'Empire, avec un accent
particulier sur la défense des limites territoriales.
L'instauration de la Tétrarchie par Dioclétien était une tentative de stabiliser l'Empire après la
crise du troisième siècle, en divisant le pouvoir entre quatre dirigeants. Cependant, même dans ce
système, la confiance de l'armée et du peuple restait cruciale pour la pérennité du régime :
Pourquoi tout le monde fait confiance aux empereurs ? : par des victoires militaires contre
les "barbares". Ces succès étaient non seulement des démonstrations de la puissance
romaine, mais aussi des sources importantes de propagande et de légitimité pour les
empereurs.
Ex : - Germanicus : son surnom même témoigne de ses victoires en Germanie, devenant un
puissant symbole de sa compétence militaire et de la capacité de Rome à défendre ses frontières.
Porter le nom des peuples vaincus était une manière de graver dans la mémoire collective les
triomphes romains et de renforcer l'image de l'empereur en tant que protecteur de l'Empire.
L’utilisation des Colonnes à Rome : pour représenter les barbares vaincus est un autre
exemple de cette stratégie de propagande visuelle. Ces monuments servaient à
immortaliser les victoires, à rappeler la puissance de Rome et à inspirer la fierté civique. Ils
étaient des rappels constants de la supériorité romaine et de la menace barbare
repoussée.
Ainsi, les succès militaires n'étaient pas seulement des événements ponctuels, mais des outils
essentiels pour construire et maintenir la confiance envers les empereurs et l'État romain.
L'aversion croissante des Romains pour le service militaire est un symptôme de plusieurs
facteurs : la dangerosité des campagnes, l'éloignement du front, et peut-être aussi un certain
désintérêt civique ou un fardeau économique ressenti par les familles devant fournir des soldats.
Cette réticence a conduit à la mise en place de systèmes militaires évoluant vers l'incorporation de
plus en plus importante de mercenaires barbares.
La pression accrue des Alamans et des Goths au niveau du Rhin et du Danube autour de
360 témoigne de mouvements migratoires importants, potentiellement influencés par
l'arrivée des Huns plus à l'est, qui poussaient d'autres peuples germaniques vers les
frontières romaines. Ces incursions devenaient plus fréquentes et plus difficiles à contenir
pour l'armée romaine.
Face à cette situation, Rome a effectivement cherché des moyens de pacifier ou d'intégrer
certains de ces groupes barbares. Cela pouvait passer par des traités, des concessions de
terres en échange de service militaire, ou même l'incorporation directe de guerriers
barbares au sein des légions. Ces politiques étaient complexes et n'ont pas toujours été
couronnées de succès, mais elles reflètent une tentative pragmatique de gérer la pression
aux frontières.
Fin du 4e siècle : Côté du Danube, les Goths Thrèvinges demande, alors qu’ils connaissent une
crise, s’ils peuvent s’installer dans l’empire :
Cette crise chez les Goths, probablement liée à la pression des Huns se déplaçant vers
l'ouest, a rendu leur situation intenable et les a poussés à chercher refuge à l'intérieur des
frontières romaines.
Les incursions barbares précédentes avaient déjà eu un impact démographique et
économique, entraînant le départ des paysans de certaines régions frontalières, ce qui
rendait ces terres potentiellement disponibles pour de nouveaux arrivants.
Cette situation, bien qu'irrégulière du point de vue romain traditionnel, n'était pas inédite.
Rome avait parfois recours à des peuples barbares fédérés pour assurer une certaine
forme de défense frontalière en échange de terres et d'une certaine autonomie.
376 : l'empereur Valens prend la décision d'autoriser l'installation des Goths thrèvinges en
territoire romain. Motivation de Valens : besoin de main-d'œuvre et potentiellement de soldats
pour renforcer les armées romaines affaiblies.
L'installation d'un grand nombre de Goths de l'autre côté du Danube nécessitait une
organisation complexe pour assurer leur approvisionnement en nourriture et autres
ressources. Ce défi logistique s'est avéré difficile à relever et a contribué aux tensions
croissantes entre les Romains et les Goths.
Cette décision de Valens, bien qu'ayant pu sembler une solution pragmatique à court terme, a eu
des conséquences désastreuses à long terme, menant notamment à une bataille, celle
d’Andrinople.
Un certain Capicinus convoque les Goths à un grand "banquet" avec une intention
perfide : les assassiner. Cependant, le sort se retourne contre lui, et c'est Capicinus lui-
même qui périt. La confiance est alors brisée.
378 : Bataille d'Andrinople : Valens les affronte et le 9 Août 378, il trouva lui-même la mort
face aux Goths révoltés, l’armée fut anéantie.
Après cette victoire décisive, les Goths ont pu s'établir de manière significative dans les territoires
romains, devenant de facto maîtres de ces nouvelles contrées. L'Empire, confronté à d'autres
préoccupations et à la perte d'une partie importante de son armée d'Orient, n'était pas en mesure
de reprendre rapidement le contrôle de la situation.
Ce contexte a finalement conduit à une décision historique et sans précédent. En octobre 382, le
nouvel empereur Théodose Ier a signé un traité d'une importance capitale avec les Goths :
reconnaissant leur installation dans une partie nord des Balkans.
La portée de ce traité allait bien au-delà d'une simple autorisation d'installation. Il accordait aux
Goths un statut particulier : celui d'un peuple autonome, vivant à l'intérieur des frontières de
l'Empire, mais non soumis directement à l'administration romaine de la même manière que les
autres provinces. En substance, cela revenait à la création d'un royaume barbare en plein cœur
de l'Empire romain. Cette présence au sein de l'Empire a eu des implications profondes sur la
politique, la société et l'armée romaine au cours des décennies suivantes.
Il y aura des conséquences : Goths qui jouent sur les structures de l’empire.
Face à cette nouvelle réalité, les Romains ont été contraints d'intégrer les Goths dans leurs
propres structures. Un chef gothique, Alaric, a su tirer parti de cette situation. L'Empire, ayant
besoin de forces militaires, a employé Alaric à des postes de commandement. Cette intégration a
permis à Alaric d'exercer une influence considérable sur la politique romaine, utilisant sa position
pour défendre les intérêts de son peuple et illustrant la perte d'autorité de Rome face à la
puissance barbare installée en son sein.
406 : date clé qui marque une rupture significative dans la perméabilité du limes. Les
invasions barbares qui déferlent sur le nord-ouest de la Gaule à ce moment témoignent
d'une incapacité croissante de l'Empire à maintenir l'intégrité de ses frontières.
410 : Le sac de Rome par les troupes d'Alaric eut un impact psychologique considérable.
Rome, la Ville Éternelle, le cœur de l'Empire, était pillée par des "barbares". Cet événement
a terrifié le monde romain et a symbolisé une perte de prestige et de puissance. Il s'inscrit
dans un contexte de déclin démographique de Rome et d'une succession d'événements qui
ont fragilisé l'Empire d'Occident.
476 : chute de l'Empire romain d'Occident avec la déposition d'Augustule par Odoacre
(« signe impétueux »). Cet événement, bien que n'ayant pas marqué une disparition
instantanée de la culture romaine, symbolise la fin d'une structure politique unifiée en
Occident et la montée en puissance de royaumes romano-barbares sur les anciens
territoires impériaux.
L'historiographie germanique du XIXe siècle a souvent idéalisé l'histoire des interactions entre
Romains et Germains dans un but de construction nationale. Elle a exagéré l'opposition entre une
Rome "décadente" et une "Germanité" pure, valorisant des qualités comme l'humilité et une
culture "authentique" germanique face à la culture romaine. Cette vision, basée sur une lecture
sélective des sources, visait à créer un mythe d'origines pour la nation allemande et à légitimer
ses ambitions politiques.
Le sac de Rome par les Wisigoths => mystification de la barbarie.
Germania, Tacite : Il offre un regard qui a marqué durablement la perception des peuples
germaniques par les Romains. Il écrit que les Germains sont une unité raciale qui s’est caractérisé
par l’environnement (l’effet du climat sur le caractère) => pas de métissage (contraire à l’empire
romain). À partir de là, les Romains portent un regard folklorique sur les germains. Si ces préjugés
sont présents aux côtés de la littérature latine, dans la littérature germanique, il confirme ses
stéréotypes.
CONCLUSION : Le limes rhénan n'était pas une simple muraille infranchissable, mais plutôt
une ligne de contrôle des mouvements entre le monde romain et les territoires germaniques. Son
objectif principal n'était pas d'empêcher toute incursion, mais d'agir comme un filtre, permettant
aux Romains de surveiller et de réguler les passages plutôt que de construire une barrière
totalement étanche.
Au-delà de sa fonction défensive, le limes rhénan a également créé une séparation mentale entre
les 2 mondes. Il officialisait une frontière qui existait déjà dans les esprits, une distinction entre la
"Romanité" et la "Germanité". Cette limite, bien que perméable aux échanges et aux contacts, a
contribué à façonner des représentations mentales distinctes de chaque côté, des visions du
monde qui ont été influencées par les interactions, les conflits et les négociations constantes le
long de cette zone de contact.
Au M-A, l'Afrique subsaharienne était peu connue en Europe. Au XVe siècle, les Portugais ont
établi les premiers comptoirs commerciaux sur les côtes africaines, ouvrant la voie à l'arrivée des
Espagnols et des Français. Cette présence européenne a marqué le début d'un commerce,
incluant la traite négrière atlantique (organisée via le commerce triangulaire), dans laquelle
certains royaumes et dirigeants africains ont joué un rôle, échangeant des captifs contre des
marchandises européennes. Ce commerce a également introduit de nouveaux produits africains
en Europe.
Comptoirs commerciaux/coloniaux : un territoire / structure établis le plus souvent par
des marchands étrangers ou une puissance coloniale dans les points stratégiques d'un
pays (grands ports et villes côtières, nœuds routiers et fluviaux, îles) afin de favoriser le
commerce international avec les marchands.
Au XIXe siècle, l'image de l'Afrique en Europe évolue : d'un simple lieu d'échanges commerciaux,
elle est perçue comme un vaste continent "primitif" à "civiliser" et à conquérir. Dans ce contexte, la
prise d'Alger en 1830 par la France, initialement motivée par la lutte contre la piraterie (en
référence à des figures historiques comme Barberousse) et des considérations politiques internes
sous Charles X, conduit Louis-Philippe à engager une "pacification" face aux résistances arabes
et musulmanes menées par Abdelkader (chef militaire et religieux algérien). Cette entreprise
marque le début de la première guerre de colonisation française.
Après une longue période de conquête, l'Algérie devient une possession française à part entière.
À l’époque, il n’y a pas un projet de franciser/ anglaitiser l’Afrique… En effet, initialement, la
colonisation européenne en Afrique ne visait pas une assimilation à grande échelle, mais plutôt
l'établissement de protectorats (Régime juridique caractérisé par la protection qu'un État fort
assure à un État faible en vertu d'une convention ou d'un acte unilatéral) et de systèmes de
gouvernement indirect. Cependant, progressivement, l'intérêt pour l'Afrique s'intensifie, entraînant
un développement de la présence et de l'influence européenne sur le continent.
L'essor industriel européen au XIXe siècle a créé une forte demande pour des matières premières
comme le caoutchouc et le café, que l'Afrique pouvait offrir. Jules Ferry explique que la
colonisation est un moyen pour l’Europe de trouver des débouchés économiques : l'Afrique
fournissait les ressources, et achetait ensuite les produits européens fabriqués à partir de ces
mêmes ressources. Bien que coûteuse au début, la colonisation était présentée comme
potentiellement rentable à long terme pour la métropole.
L'équilibre entre les puissances européennes au XIXe siècle était effectivement précaire,
marqué par des rivalités et des conflits fréquents. Dans ce contexte d'instabilité, la colonisation est
devenue une arène de compétition, une "course" pour étendre leur influence et leur puissance au-
delà du continent européen.
Le soutien de la France aux missions religieuses en Afrique s'inscrit dans cette logique de
collaboration. Le colonialisme français est ainsi porté par ces 3 formes d'universalisme :
Religieux : La propagation du christianisme est vue comme un moyen d'apporter la "vraie
foi" aux populations africaines.
De la "civilisation" : L'idée de répandre les valeurs et les institutions françaises,
considérées comme supérieures, justifie la domination coloniale.
Impérial : L'ambition de la France de retrouver son statut de grande puissance passe par
l'acquisition et le contrôle de territoires coloniaux.
Jules Ferry, un homme politique du XIXe s, s'est distingué par son rôle prépondérant dans
l'institutionnalisation d'un enseignement laïc, gratuit et obligatoire. Membre éminent des
républicains opportunistes, il considérait l'instruction républicaine comme un vecteur essentiel
de l'enracinement progressif des valeurs de la République, suite aux élections de 1870 et 1871.
Ferry défendait la nécessité d'une "expansion de la civilisation", une doctrine qui, bien que
largement répandue à son époque, suscita des controverses en raison de son implication d'une
hiérarchie raciale et de la négation des spécificités culturelles des populations colonisées :
« Il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races
inférieures... Elles ont un droit parce qu’elles ont un devoir. Elles ont le devoir de civiliser les races
inférieures »
Pour Ferry, le développement des sciences primait sur la considération des cultures comme de
simples éléments folkloriques, une perspective qu'il appliquait aux peuples colonisés, mais qu'il
aurait pu tout aussi bien adresser à la population française elle-même. L'idée d'une nécessaire
élévation des populations indigènes était une conception largement admise au sein du discours
européen du XIXe siècle.
- Dans Composition Française, Mona Ozouf contraste fortement avec les idées de Jules
Ferry : En affirmant que même les enfants de 3 ans possèdent une égale chance, il
suggère une égalité fondamentale dès la naissance. Cette perspective s'oppose
directement à la vision de Ferry, qui hiérarchisait les "races" et justifiait la domination
coloniale par le devoir des "races supérieures" d'instruire les "races inférieures".
- L'idée de Jules Ferry trouve un écho chez le poète Rudyard Kipling, notamment à travers
son poème "Le Fardeau de l'homme blanc". Ce concept véhiculait l'idée que l'homme blanc
avait une responsabilité, un "fardeau", de civiliser les autres peuples, considérés comme
moins avancés. Dans la mentalité européenne de l'époque, "l'idée de Kipling est le
subconscient de tout Européen".
Les ambitions impériales européennes, anciennes, sont ravivées au XIXe siècle. Cecil Rhodes
(homme politique et d’affaire britannique en Afrique du Sud) illustre cette volonté avec la création
de la Rhodésie (actuel Zimbabwe/Zambie) et son rêve d'un empire britannique continu du Cap au
Caire, symbolisé par un dessin le représentant avec un pied à chaque extrémité de l'Afrique.
L'objectif britannique était d'unir l'Afrique sous sa domination.
En 1911, un discours sur la colonisation « Unsere Kolonion » exprime une vision radicale de
peuplement impliquant la substitution d'une population par une autre, une idée brutale partagée
par les Allemands, responsables du génocide en Namibie. Malgré l'influence de l'impérialisme et
du christianisme sur certaines élites, l'opinion publique reste divisée, comme le montre l'opposition
à la guerre d'Indochine de Jules Ferry. L'empire était souvent lié à la droite, l'universalisme à la
gauche. Au XIXe siècle, l'universalisme a servi de justification à la colonisation, bien que la
gauche de Ferry ait eu tendance à imposer ses propres valeurs plutôt qu'un universalisme
authentique.
SYNTHÈSE
Intérêt économique initial : Au départ, l'Afrique était perçue comme une source de
comptoirs commerciaux, notamment après l'arrivée des Portugais. L'essor industriel
européen au XIXe siècle a intensifié ce besoin en ressources naturelles (caoutchouc, café,
etc.) et en nouveaux marchés pour les produits manufacturés européens. Jules Ferry a
théorisé que la colonisation offrait des débouchés économiques vitaux pour l'Europe.
Ambitions politiques et stratégiques : L'équilibre instable entre les puissances
européennes a engendré une course à la colonisation, chaque nation cherchant à étendre
son influence et sa puissance mondiale. L'acquisition de territoires africains était vue
comme un moyen d'affirmer sa grandeur et de rivaliser avec les autres puissances.
Idéologies "universalistes" : Un ensemble de croyances a justifié la domination coloniale.
L'universalisme religieux (propagation du christianisme), l'idée d'une "mission civilisatrice"
(le devoir perçu de l'Europe d'apporter le progrès et ses valeurs aux autres peuples), et
l'ambition impériale (la volonté d'étendre la puissance et le prestige de la nation) ont servi
de fondements idéologiques à la colonisation.
Évolution des perceptions : Au XIXe siècle, l'Afrique a cessé d'être vue comme un simple
comptoir pour être perçue comme un continent "primitif" à conquérir et à "civiliser". Cette
vision a alimenté l'entreprise coloniale.
Rationalisation et tensions : Bien que la colonisation ait été présentée comme
potentiellement rentable, elle a rencontré des oppositions. L'idée d'universalisme a été
utilisée pour la justifier, mais souvent dans le sens d'une imposition des valeurs
européennes plutôt que d'un échange véritable. Des idéologies de peuplement radical ont
même émergé, comme en témoigne un discours allemand de 1911.
En résumé, la colonisation a été motivée par des besoins économiques croissants, des rivalités
politiques entre puissances européennes et des idéologies qui justifiaient la domination et la
"civilisation" des peuples africains, malgré les controverses et les résistances rencontrées.
Dans cette situation, la conférence de Berlin, qui se déroula de novembre 1884 à février
1885, constitua une entreprise diplomatique d'envergure visant à réglementer les modalités
de l'expansion européenne sur le continent africain. Loin de se limiter à de simples
échanges d'opinions, cette assemblée réunissait les principales nations européennes, ainsi
que les États-Unis et l'Empire ottoman, dans le dessein de réglementer la colonisation et
les activités commerciales en Afrique.
PARTAGE DE L’AFRIQUE
Début : l'objectif est "philantropique" = l'idéologie humanitaire que certains acteurs, comme le
roi Léopold II avec ses discours sur la lutte contre l'esclavage, ont mise en avant pour justifier
leurs entreprises coloniales. Cependant, derrière ce voile philanthropique se profilaient des
intérêts bien plus matériels.
Ex : L'implication de la France avec l'exploration de Pierre Savorgnon de Brazza et la fondation
de Brazzaville illustrent l'engagement précoce de certaines puissances dans la reconnaissance et
la prise de possession de territoires.
La conférence aborde la question de l'esclavage et stipule que tout accord passé avec les
populations africaines devait être communiqué aux autres puissances participantes. Cette mesure
visait à prévenir toute contestation ou conflit entre États européens concernant la légitimité des
acquisitions territoriales. L’entièreté de l’Afrique n’est pas à l’Europe, il y a des règles à respecter
et dictée par la conférence :
1- Une puissance européenne, disposant d’un point d’appui sur la côte africaine peut
pénétrer sur le continent européen jusqu’à ce qu’elle rencontre notre puissance.
2- En cas de rencontre, les puissances s’entendent alors pour se partager leur
territoire.
3- Les deux puissances arrêtent en 2 point. Grace un trait droit.
La mise en place d'une tutelle française (=protectorat) est vivement contestée pour sa brutalité par
la reine Ranavalona III (dernière reine de Madagascar) dès 1883, a initialement rencontré
l'opposition de la Grande-Bretagne en 1890. Ce désaccord et les soulèvements qui ont suivi ont
illustré que l'entreprise coloniale pouvait s'accomplir par la contrainte et la violence, infirmant l'idée
d'une expansion toujours pacifique ou consentie.
1887 : la France (mission Marchand) et l'Angleterre (mission Kitchener) lancent des explorations
aux objectifs distincts, convergeant à Fachoda, au Soudan. Cette rencontre provoque une crise
majeure où la France finit par céder, militairement plus faible. Cet épisode illustre la rivalité intense
entre les grandes puissances impérialistes, chacune rêvant de liaisons territoriales prestigieuses
(Le Caire-Le Cap pour les Britanniques, Alger-Brazzaville pour les Français). La crainte d'une
guerre entre la Grande-Bretagne, l'Allemagne et la France était palpable, mais la crise de
Fachoda marque le renoncement de la France face aux ambitions britanniques dans cette région.
Crise de Fachoda : incident diplomatique majeur qui a opposé la France et le Royaume-
Uni en 1898 au sujet du contrôle de Fachoda (aujourd'hui Kodok) au Soudan.
1904 : l'Entente Cordiale (une série d'accords signés le 8 avril 1904 entre la France et
le Royaume-Uni) marque un rapprochement franco-britannique, malgré les tensions passées
comme l'incident de Fachoda en 1898 pour le contrôle du Haut-Nil, qui avait failli déclencher une
guerre.
Concernant le Maroc, tiraillé entre pro et anti-français, l'Allemagne intervient en 1905 par un
discours du Kaiser se posant en protecteur, exploitant l'instabilité politique locale. En 1911, l'envoi
de navires allemands dans des ports marocains provoque un ultimatum français. L'Allemagne
recule finalement en 1912 avec les conventions de Fez, reconnaissant le Maroc comme
protectorat français.
« Nous avons entrepris de tracer des lignes sur les cartes de régions… ces montagnes, ces
rivières et ces lacs »
- Premier ministre britannique Lord Salisbury décrivant le tracé de lignes sur des cartes,
ignorant les réalités géographiques et humaines préexistantes.
Ces frontières sont souvent qualifiées d'artificielles, car elles divisent des groupes linguistiques et
culturels homogènes entre plusieurs territoires. Michel Fouché souligne que ces tracés sont le
résultat d'une décision humaine, souvent basée sur des éléments naturels comme les fleuves et
les lacs, sans tenir compte des structures sociales et ethniques africaines : « ils suivent des lignes
géométriques dans 42 % des cas »
Cette artificialité des frontières a eu des conséquences durables sur la stabilité politique et
sociale du continent.
IV. Les frontières au défi de l’intangibilité (= qui ne peut pas être touché/modifié)
Date d’indépendance des états africains : en moyenne, c’est entre 1945-1962, avec quelques
exceptions : Kenya, Angola et Mozambique (1975).
En 1960, il y a une nouvelle convention qui réfléchit de nouveau sur les frontières.
Les états coloniaux : des bombes à retardement après leur ’indépendance. Les explications de
l’africaniste français Bernard Lugan : Selon lui, les frontières ne respectent pas les principes
ethniques et culturels des peuples. Pour lui c’est une sorte de « bombe à retardement ». Les
ethnomathématiques donne le pouvoir au plus fort. Ce sont des traits sur des cartes, mais pas
de fonds culturels.
L'ethnomathématique : étudie les pratiques et les idées mathématiques spécifiques à une
culture donnée, montrant comment les groupes culturels développent et utilisent les maths
dans leur propre contexte, au lieu de les voir comme universelles
EXEMPLES :
Ethnie des Fang : divisée en 3 états : le Gabon, le Cameroun et la Guinée équatoriale, illustre
comment le tracé des frontières coloniales a fragmenté des groupes culturels, créant des États
hétérogènes. Au Gabon, cette situation a contribué à des troubles politiques et des affrontements
pour le pouvoir, menant à l'instauration de régimes autoritaires (seule solution) comme celui de la
famille Bongo, soutenue par des intérêts économiques français (Elf) liés au pétrole. Des
dynamiques similaires, où des intérêts économiques (uranium au Niger) se superposent à des
divisions ethniques héritées de frontières artificielles, complexifient la transition d'États à des
nations unifiées et stables en Afrique.
Nigéria : avec sa mosaïque ethnique, met en lumière les défis posés par les frontières héritées de
la colonisation. La tentative de sécession du Biafra en 1967, région à majorité Igbo (une ethnie), et
la mobilisation humanitaire qui a suivi en montrant des images de famine, illustrent les
conséquences tragiques de ces divisions (exagération = « pornohumanitaire ». La guerre civile
nigériane, qui a coûté environ 3 millions de vies, s'est terminée par la reprise en main de l'État
central. L'implication d'actuaires français sensibles à cette situation souligne que même des
frontières perçues comme celles d'un pays "sans importance" peuvent avoir des répercussions sur
un équilibre régional.
Après l'indépendance, les frontières africaines, bien qu'artificielles, sont devenues des
limites internationales reconnues.
Soudan : Avant 2011, il formait un seul État, dont l'unité était fragile, notamment en raison de
l'histoire complexe avec la domination anglo-égyptienne. Cet État unique regroupait une diversité
religieuse significative, avec une population musulmane majoritaire au nord, des communautés
chrétiennes et animistes au sud, et la région du Darfour à l'ouest. La coexistence de ces
différentes identités religieuses au sein de frontières héritées a souvent été source de tensions et
de conflits internes, culminant finalement avec la sécession du Soudan du Sud en 2011 pour
former 2 États distincts. Cette division souligne le caractère artificiel de l'État soudanais initial,
créé sans tenir compte des profondes différences culturelles et religieuses de ses populations.
Côté d’Ivoire : met en lumière les tensions post-coloniales exacerbées par des rivalités politiques
et des influences extérieures. La crise de 2010-2011, opposant Gbagbo(proche de la FR) et
Ouattara (lins avec la Russie) a révélé des divisions profondes au sein du pays. Cette
confrontation a dégénéré en conflit armé, illustrant comment les héritages coloniaux et les intérêts
étrangers peuvent alimenter l'instabilité dans des États africains aux frontières artificielles.
Les schémas de vote en Afrique du Sud après l'apartheid restent marqués par des lignes raciales,
une aspiration à une identité nationale basée sur l'appartenance au continent émerge, notamment
dans la pensée de Léopold Sédar Senghor (ancien président de la Rep du Sénégal).