Jean Michel Ribes
Monologue, bilogues, trilogues
J’ouvre la porte de la cuisine, aussitôt je me pétrifie ; là devant moi, une lueur… la porte du
frigo ! Pas ouverte, entrouverte et ça, ça fait vraiment peur. Il est là, j’en suis sûr, caché dans
le frigo… Vous imaginez si je leur racontais tout ça ! Dans le bac à viande ! Le sang ça les
attire, je l’entends respirer derrière les entrecôtes, je me concentre et hop ! Clap ! Fermé,
désolé mon vieux ! Ce n’est pas encore pour cette fois. Je sursaute, derrière moi, une porte
vient de couiner ! En voilà encore un autre, mais ça finira donc jamais ! Je me retourne, une
ombre plonge sur moi, j’esquive, elle tombe, je lui casse une chaise sur la tête, j’allume. Et là
qui je vois, gisant sur le carrelage ? Ma femme ! Ouf ! Ce n’est pas l’assassin ! Je suis content
qu’elle soit là, muette, tranquille, immobile. Parce que ma femme quand elle bouge ou elle
parle, elle me fait peur, mais là inanimée, elle me rassure presque. (Il désigne sa tête). Ca va
vite là-dedans vous savez, on finit par s’imaginer des choses, en fait ce n’était pas grand-
chose, un accident, Josy s’était juste pris le pied dans la rallonge de la machine à laver et elle
est tombée sur le carrelage en s’assommant… Maintenant, ils ne m’auront plus, je reste à la
maison, calme, bien au chaud. Je préfère avoir peur chez moi plutôt qu’au restaurant ou dans
la rue où vit cette foule de malades. Chez moi, il n’y a que ma femme sur le carrelage, un
sadique dans le frigo, et moi… C’est maitrisable.
Seulement si je leur disais tout ça, ils me diraient « Mais enfin, écoute, t’es dingue, c’est dans
ta tête, c’est des idées. » Ils ne se rendent pas compte, personne ne se rend compte ? Ca fait
peur, non ?!