2025
Mathématiques 2
MP, MPI
4 heures Calculatrice autorisée
Étude d’un modèle probabiliste de ferromagnétisme
Notations et rappels
– Si n ∈ N∗ , si E1 , . . . ,En désignent des ensembles finis, et si a est une fonction définie sur E1 × · · · × En et à
valeurs réelles, alors on note
X X X X
a(x1 , . . . ,xn ) = ··· a(x1 , . . . ,xn ).
(x1 ,...,xn )∈E1 ×···×En x1 ∈E1 x2 ∈E2 xn ∈En
– Soit n ∈ N∗ . On rappelle que, pour un n-uplet (X1 , . . . ,Xn ) de variables aléatoires réelles finies sur un univers Ω,
la formule de transfert s’écrit : pour toute fonction f définie sur X1 (Ω) × · · · × Xn (Ω) et à valeurs réelles,
X
E f (X1 , . . . ,Xn ) = f (x1 , . . . ,xn ) P (X1 = x1 ,X2 = x2 , . . . ,Xn = xn ) .
(x1 ,...,xn )∈X1 (Ω)×···×Xn (Ω)
– Pour tout n ∈ N\{0,1}, on note Λn l’ensemble {−1,1}n .
– Pour (n, p) ∈ (N∗ )2 , Mn,p (R) désigne l’ensemble des matrices de taille n × p à coefficients réels. Si n = p, on
obtient l’ensemble Mn (R) des matrices carrées réelles de taille n, et on note In la matrice identité de Mn (R).
Problématique et objectifs
On étudie un modèle de ferromagnétisme : un matériau est constitué de particules qui peuvent, chacune, être orientées
dans un sens ou un autre, Nord (+1) ou Sud (−1). Elles sont soumises, d’une part à un champ magnétique extérieur,
d’autre part à une température extérieure qui a tendance à les agiter dans tous les sens, et enfin à une interaction
locale qui a tendance à les aligner dans le même sens.
Dans tout le sujet, n est un entier naturel supérieur ou égal à 2, et β est un réel strictement positif, qui représente
l’inverse de la température.
On considère une matrice symétrique Jn = (Jn (i,j))1⩽i,j⩽n de Mn (R), appelée matrice d’interaction. Pour tout
(i,j) ∈ J1, nK2 , Jn (i,j) mesure l’interaction entre les particules numérotées i et j.
On définit une fonction Hn sur R+ × Λn par
n
β X X
∀x = (x1 , . . . ,xn ) ∈ Λn , ∀h ∈ R+ , Hn (h,x) = − Jn (i,j) xi xj − h xi .
2 i=1
1⩽i,j⩽n
Pour tous x ∈ Λn et h ∈ R+ , Hn (h,x) mesure l’énergie de la configuration x couplée avec un champ magnétique
extérieur d’intensité h. Le premier terme dans son expression est l’interaction locale des particules.
On définit alors, h étant fixé, un n-uplet de variables aléatoires Xn,1 ,Xn,2 , . . . ,Xn,n tel que, pour tout
x = (x1 , . . . ,xn ) ∈ Λn , la probabilité que Xn,1 ,Xn,2 , . . . ,Xn,n prenne la valeur x est proportionnelle à e−Hn (h,x) ,
c’est-à-dire que, pour tout x ∈ Λn ,
1
P Xn,1 = x1 ,Xn,2 = x2 , . . . ,Xn,n = xn = e−Hn (h,x) ,
Zn (h)
où X
Zn (h) = e−Hn (h,y) .
y=(y1 ,...,yn )∈Λn
1/6
n
1 X
On introduit la variable aléatoire Mn,h = Xn,i , puis les fonctions
n i=1
1
mn : h ∈ R+ 7−→ E(Mn,h ) et ψn : h ∈ R+ 7−→ ln Zn (h) .
n
On note enfin, sous réserve d’existence, m et ψ les limites simples des suites de fonctions (mn )n⩾1 et (ψn )n⩾1 . La
fonction m est appelée magnétisation et la fonction ψ, pression.
Ce problème est constitué de deux parties indépendantes A et B.
− La partie A consiste en l’étude du spectre de la matrice d’interaction dans plusieurs cas particuliers. Elle est
elle-même découpée en cinq sous-parties, lesquelles sont indépendantes, à l’exception de la sous-partie V, qui fait
appel à des résultats de la sous-partie IV.
− La partie B utilise des notations introduites dans la première mais en est totalement indépendante. Elle consiste
en l’étude de la convergence de la magnétisation. Elle est elle-même découpée en quatre sous-parties.
∗ La sous-partie I comporte une seule question préliminaire.
∗ La sous-partie II se concentre sur le modèle d’Ising. On y montre que les particules ne conservent pas
d’aimantation lorsque l’on retire le champ magnétique extérieur.
∗ Les sous-parties III et IV sont indépendantes de la sous-partie II. Elles explorent le cas particulier du
modèle de Curie-Weiss. Dans la sous-partie III, on montre que la conservation de l’aimantation dépend de
la valeur de β par rapport à 1. Dans la sous-partie IV, on étudie le comportement asymptotique du champ
magnétique moyen au point critique β = 1 et sans champ magnétique extérieur.
Partie A – Étude du spectre de la matrice d’interaction
On fixe h ∈ R+ .
I – Quelques inégalités générales
Q1. Expliquer pourquoi la matrice Jn est diagonalisable.
Q2. On note λmax la plus grande des valeurs propres de Jn et λmin la plus petite. Montrer que
X
∀x ∈ Λn , n λmin ⩽ Jn (i,j) xi xj ⩽ n λmax .
1⩽i,j⩽n
Q3. En déduire que
λmax λmin
∀x ∈ Λn , n −h − β ⩽ Hn (h,x) ⩽ n h − β .
2 2
Q4. Donner un encadrement de Hn dans le cas où Jn est de plus une matrice orthogonale distincte de ±In .
Plus généralement, l’étude du spectre complet de Jn présente un intérêt physique pour l’étude du modèle. Dans cette
partie, on s’intéresse à quelques cas particuliers.
II – Le modèle de Curie-Weiss
1
On note Jn(C) la matrice de Mn (R) dont tous les coefficients valent , à l’exception de ses coefficients diagonaux, qui
n
sont nuls. Chaque particule interagit donc de la même façon avec toutes les autres particules.
Q5. Déterminer le spectre de Un = n Jn(C) + In , puis celui de Jn(C) .
III – Le modèle sinus
On note Jn(S) la matrice de Mn (R) définie par
2 2πij
∀(i,j) ∈ J1, nK2 , Jn(S) (i,j) = √ sin .
2n + 1 2n + 1
2/6
Q6. Montrer que, pour tous p ∈ N∗ et x ∈ R\πZ,
p !
X 1 sin (2 p + 1) x
cos (2 k x) = −1 .
2 sin(x)
k=1
Q7. En déduire que Jn(S) est une matrice orthogonale symétrique.
IV – Le modèle d’Ising unidimensionnel
Pour tout k ∈ J1, nK, on note Cn,k la matrice de Mn (R) définie par
2 1 si (i ∈ J1, kK et j = i + n − k) ou (i ∈ Jk + 1, nK et j = i − k)
∀(i,j) ∈ J1, nK , Cn,k (i,j) =
0 sinon
3 2
On remarque que Cn,n = In . On pose Jn(1) = Cn,1 + Cn,n−1 . • •
•1
2 4•
Q8. Vérifier que, dans le cas où n = 9, Jn est la matrice dont, pour tout (i,j) ∈ J1, 9K , le
(1)
•9
coefficient d’indice (i,j) vaut 1 si les sommets i et j du graphe ci-contre sont reliés par
5•
une arrête et vaut 0 sinon. Cela signifie que chaque particule n’est en interaction qu’avec •
ses deux voisins les plus proches. • • 8
6 7
Q9. Écrire, en langage Python, une fonction mat_adj(graphe) qui prend en argument un graphe de m ∈ N∗ sommets,
orienté ou non, représenté par un dictionnaire ayant pour clefs les entiers de 0 à m − 1, et pour valeur associée
à une telle clef la liste d’adjacence du sommet correspondant, et qui renvoie, en respectant l’énumération des
sommets, la matrice d’adjacence de ce graphe.
Ainsi mat_adj({0: [1, 2], 1: [0], 2: [0, 1, 2]}) doit renvoyer
[[0, 1, 1], [1, 0, 0], [1, 1, 1]].
k
Q10. Montrer que, pour tout k ∈ J1, nK, Cn,1 = Cn,k .
Q11. En déduire un polynôme annulateur de Cn,1 , puis son spectre.
Q12. En déduire que Jn(1) admet les valeurs propres suivantes, énumérées avec leur multiplicité :
2πk
λk = 2 cos , k ∈ J0, n − 1K.
n
V – Le modèle d’Ising bidimensionnel
Soit (u,v,r,s) ∈ (N∗ )4 . Soient A = (aij ) 1⩽i⩽u ∈ Mu,v (R) et B ∈ Mr,s (R). On définit le produit de Kronecker de A
1⩽j⩽v
par B, et on note A ⊗ B, la matrice de Mur,vs (R) qui est définie par u v blocs de taille r × s de telle manière que, pour
tout (i,j) ∈ J1, uK × J1, vK, le bloc d’indice (i,j) soit ai,j B. Autrement dit,
a11 B a12 B · · · a1v B
a21 B a22 B · · · a2v B
A⊗B = . .. .
.. ..
.. . . .
au1 B au2 B ··· auv B
Outre u, v, r et s, on se donne encore deux entiers naturels non nuls, w et t.
Q13. Montrer que ⊗ est une application bilinéaire de Mu,v (R) × Mr,s (R) dans Mur,vs (R).
Q14. Montrer que, pour toutes matrices A ∈ Mu,v (R), A′ ∈ Mv,w (R), B ∈ Mr,s (R) et B ′ ∈ Ms,t (R),
(A ⊗ B) (A′ ⊗ B ′ ) = (A A′ ) ⊗ (B B ′ ).
Q15. Montrer que si A ∈ Mu (R) et B ∈ Mr (R) sont diagonalisables, alors A ⊗ B est diagonalisable et
Sp(A ⊗ B) = {λµ | λ ∈ Sp(A), µ ∈ Sp(B)}.
On pourra commencer par déterminer l’inverse du produit de Kronecker de deux matrices inversibles.
3/6
On pose N = n2 et 4
(2)
JN = In ⊗ Jn(1) + Jn(1) ⊗ In ∈ MN (R). •
1
(2)
• 7
Q16. Vérifier que, dans le cas où n = 3, JN est la matrice telle que, pour tout (i,j) ∈ 5 •
2
J1, 9K , le coefficient d’indice (i,j) vaut 1 si les sommets i et j du graphe ci-contre •
sont reliés par une arête (les arêtes comptent qu’elles soient en pointillés ou en •8
plein), et vaut 0 sinon. 2•
•
(2) 6 •9
Q17. On revient au cas général. Montrer que les valeurs propres de JN sont les λj + λk , •
3
pour (j,k) ∈ J1, nK2 .
Partie B – Étude de la convergence de la magnétisation
Cette partie reprend les notations de la précédente mais les résultats sont totalement indépendants.
On se donne h ∈ R+ .
I – Magnétisation spontanée
Q18. Justifier que la fonction ψn est dérivable sur R+ et que ψn′ = mn .
On admet que, lorsque ψ est dérivable sur R∗+ , alors (lim ψn )′ = lim ψn′ , c’est-à-dire ψ ′ = m, sur R∗+ .
Enfin on note (toujours sous réserve d’existence) m+ = lim+ m(h) la magnétisation spontanée : il s’agit du champ
h→0
magnétique moyen lorsque l’on fait tendre le champ magnétique extérieur vers 0. S’il reste strictement positif, les
particules conservent une aimantation. Ce n’est pas le cas s’il est nul.
II – Le modèle d’Ising
Dans cette sous-partie, on suppose que Jn = Jn(1) , matrice introduite dans la sous-partie A-IV.
On adoptera la convention suivante : pour tout x = (x1 , . . . ,xn ) ∈ Λn , on note xn+1 = x1 et x0 = xn .
Q19. Vérifier que
n
X Y
Zn (h) = e β xi xi+1 +hxi .
x∈Λn i=1
Q20. Montrer que, pour tous entiers naturels p et q supérieurs ou égaux à 2, pour toute matrice
M = (M (i,j))1⩽i,j⩽q ∈ Mq (R) et pour tout (i,j) ∈ J1, qK2 , le coefficient d’indice (i,j) de la
matrice M p est
X p−1
Y
M (i,k2 ) M (kr ,kr+1 ) M (kp ,j),
(k2 ,...,kp )∈J1,qKp−1 r=2
le produit valant 1 dans le cas où p = 2.
e β−h e−β−h
On pose A = .
e−β+h e β+h
Q21. Montrer que Zn (h) = tr (An ), où tr désigne la trace d’une matrice carrée.
Q22. Déterminer les valeurs propres de la matrice A.
Q23. Montrer alors que q
ψn (h) −−−−−→ ln e β ch(h) + e 2β ch2 (h) − 2 sh(2β) .
n→+∞
Q24. En déduire une expression de la fonction m et conclure que m+ = 0.
On rappelle que m = ψ ′ lorsque ψ est dérivable sur R∗+ .
4/6
III – Le modèle de Curie-Weiss
Dans cette sous-partie, on suppose que Jn = Jn(C) , matrice introduite dans la sous-partie A-II.
n
X
Q25. Pour tout x ∈ Λn , on pose sn (x) = xi . Vérifier que
k=1
β X β
Zn (h) = e− 2 exp (sn (x))2 + h sn (x) .
2n
x∈Λn
Z +∞ x2 √
Q26. Montrer que e− 2 dx converge. On admet que sa valeur est 2 π.
−∞
Q27. Montrer que
au2
Z +∞ t2 dt
∀u ∈ R, ∀a ∈ R∗+ , e 2 = e ut− 2a √ .
−∞ 2πa
Q28. En déduire que
+∞ nt2
r Z
n X
(t+h)sn (x)
− 2β
Zn (h) = e e dt.
2 eβ π β −∞ x∈Λn
Q29. Montrer que, pour tout t ∈ R,
n
X Y n
e(t+h)xi = (2 ch(t + h)) .
x∈Λn i=1
(x − h)2
On pose Gh : x 7−→ − ln(2 ch(x)).
2β
Q30. Montrer que r Z +∞
n
Zn (h) = e−nGh (x) dx.
2 eβ π β −∞
Q31. En distinguant les cas selon que β ⩽ 1 ou β > 1, montrer que Gh admet un minimum sur R+ atteint en un
unique point uh . Montrer de plus que
(a) si β ⩽ 1 et h = 0, alors uh = 0 ;
(b) si β > 1, alors uh > 0 ;
(c) quel que soit β ∈ R∗+ ,
(i) G′h (uh ) = 0 ;
(ii) h = β G′0 (uh ) ;
(iii) G′′h (uh ) > 0 lorsque h > 0.
On suppose désormais que h > 0.
Q32. Justifier que Gh atteint son minimum sur R en un unique point qui est uh .
b h : x 7−→ Gh (x + uh ) − min Gh . Montrer que
Q33. On note G
+∞
b h ( √tn )
Z
1 1 −n G
ψn (h) = −Gh (uh ) − ln 2 e β π β + ln e dt .
2n n −∞
G
b h (x)
Q34. On pose γh = G′′h (uh ) et on note fh : x 7−→ . Montrer que fh est prolongeable en une fonction continue
x2
γh
sur R tout entier en posant fh (0) = .
2
Q35. Justifier que fh est minorée par un réel strictement positif ch (que l’on ne cherchera pas à déterminer).
Q36. Montrer alors que
+∞
b h ( √tn )
Z r
−n G 2π
e dt −−−−−→
−∞ n→+∞ γh
puis conclure que ψ(h) = −Gh (uh ).
5/6
Q37. Montrer que G′0 réalise une bijection continue de [u0 ; +∞[ dans R+ . En déduire que la fonction u : h 7−→ uh est
continue sur R+ et dérivable sur R∗+ .
u(h) − h
Q38. En déduire que ψ est dérivable sur R∗+ et que m(h) = pour tout h ∈ R∗+ .
β
Q39. Montrer alors que m+ = 0 si β ⩽ 1, et m+ > 0 si β > 1.
IV – Convergence en loi pour la loi de Curie-Weiss au point critique
Dans cette sous-partie, on suppose toujours que Jn = Jn(C) . De plus, on suppose que β = 1 et h = 0.
Z +∞ 4
x
On note Z∞ = exp − dx et on considère la fonction
−∞ 12
4
1 x
φ∞ : x 7−→ exp − .
Z∞ 12
Q40. Justifier que, pour toute fonction f continue et bornée sur R, la quantité
Z +∞ 2
t 1/4 t dt
E n,f = E f 1/4
+ n M n exp − √
−∞ n 2 2π
est bien définie.
Une démonstration analogue à celle de la sous-partie précédente permet alors de montrer que, pour toute fonction f
continue et bornée sur R, Z +∞
E n,f −−−−−→ f (u) φ∞ (u) du.
n→+∞ −∞
Q41. Soit K ∈ R∗+ , et soit f une fonction K-lipschitzienne et bornée sur R. Montrer que
2K
E n,f − E f n1/4 Mn ⩽ √
n1/4 2 π
et en déduire que
Z +∞
1/4
E f n Mn −−−−−→ f (u) φ∞ (u) du.
n→+∞ −∞
2
On se donne x ∈ R et ε > 0. Soit k un entier naturel non nul tel que k ⩾ . On définit la fonction
ε Z∞
1 si u ⩽ x
1
fk : u ∈ R 7−→ 1 − k(u − x) si x < u ⩽ x + k
0 sinon
Q42. Montrer que fk est k-lipschitzienne sur R.
Q43. En déduire qu’il existe n0 ∈ N tel que, pour tout n ⩾ n0 ,
ε Z x+ k1
P n1/4 Mn ⩽ x ⩽ + φ∞ (u) du.
2 −∞
Q44. Montrer finalement que
Z x
M065 - 2 mai 2025 - 16:05:43 c b e a
1/4
P n Mn ⩽ x −−−−−→ φ∞ (u) du.
n→+∞ −∞
⋄ Fin ⋄
6/6