POLITIQUES AGRICOLES ET CHANGEMENTS CLIMATIQUES EN
AFRIQUE SUBSAHARIENNE
Extraits des rapports de Suwadu Sakho-Jimbira et Ibrahima Hathie (2020) et de l’article
de Zewdie Habte Shikur (2020)
Introduction
La croissance démographique, l’urbanisation rapide et la jeunesse de la population sont
des tendances majeures qui façonnent l’avenir de l’agriculture africaine. Elles entraînent
des transformations profondes de la demande alimentaire et contribuent à structurer les
marchés agricoles. L’agriculture africaine doit relever ces défis tout en faisant face au
changement climatique et à la dégradation des sols. Si aucune mesure adéquate n’est
prise, la capacité future de l’agriculture à nourrir les populations pourrait être
compromise. Il est donc impératif de mettre en œuvre une stratégie de gestion intégrée
des terres, en augmentant la matière organique, en retenant l’humidité et en améliorant
l’utilisation d’engrais inorganiques.
I. Les Politiques Agricoles À Travers Le Monde
Dans les pays développés comme dans les pays en développement, les politiques
agricoles visent à accroître la productivité, le bien-être social et la redistribution des
revenus.
1. Subventions et politiques de soutien aux prix
Les politiques agricoles sont utilisées pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, assurer
des prix stables pour les consommateurs et transférer des revenus entre les différents
acteurs économiques.
A. Fiscalité et redistribution
Les pays en développement utilisent divers moyens pour taxer l’agriculture, ce qui
affecte négativement le bien-être des ménages ruraux. Une taxation ou une subvention
modérée a un effet positif sur la productivité agricole globale ; en revanche, des niveaux
très élevés ou très faibles n’ont pas d’impact significatif. Les politiques de soutien dans
les pays développés influencent directement les conditions de vie des populations rurales
(Banque mondiale, 2003 ; Tangermann, 2005).
Titre du tableau : Soutien aux agriculteurs en % de la Recette Agricole Brute (RAB)
Source : OCDE, 2019
B. Politiques de soutien des prix
De nombreux pays asiatiques ont maintenu les prix des céréales à des niveaux stables ou
supérieurs aux prix mondiaux, ce qui a amélioré les conditions de vie rurales (Cummings
et al., 2006 ; Dawe, 2007). En revanche, dans plusieurs pays africains, les dispositifs de
soutien sont inadéquats voire inexistants, ralentissant la productivité et augmentant la
dépendance aux importations alimentaires (Demeke et al., 2012).
2. Politiques agricoles et commerce international
Les pays en développement critiquent vivement les subventions internes et à
l’exportation des pays développés, qui faussent la concurrence. Incapables de soutenir
leurs producteurs au même niveau, ces pays subissent une concurrence déloyale. Les
subventions dans les pays riches entraînent souvent une surproduction et une baisse des
prix mondiaux, au détriment des producteurs des pays pauvres (Koo et Kennedy, 2006).
Globalement, la libéralisation du commerce agricole affecte négativement le bien-être des
ménages ruraux en Afrique, en raison de la baisse des prix des produits agricoles.
II. Le futur de l’agriculture en Afrique
Depuis plusieurs décennies, l’Afrique subsaharienne (ASS) fait face à une croissance
démographique rapide, une urbanisation galopante, le changement climatique et
l’insécurité alimentaire. Ces dernières années, l’agriculture est redevenue une priorité,
notamment à travers les déclarations de Maputo, de Malabo et l’Agenda 2030 pour le
développement durable.
1. Croissance démographique et urbanisation
La hausse de la densité rurale exerce une pression accrue sur les terres agricoles,
provoquant une réduction et une fragmentation des exploitations. Contrairement à l’Asie,
où cette situation a mené à une intensification agricole, l’Afrique n’a pas connu une telle
évolution. L’utilisation plus intensive des terres se fait souvent sans apport suffisant
d’engrais ni d’irrigation.
Le secteur non agricole ne créant pas assez d’emplois pour absorber la jeunesse,
l’agriculture devra employer au moins un tiers de cette population. Pour ce faire, il est
crucial d’améliorer l’accès aux terres et aux technologies agricoles pour les jeunes. La
petite agriculture restera une composante clé de l’emploi rural.
2. Dégradation des sols et changement climatique : deux défis
majeurs
La dégradation des sols affecte 46 % des terres africaines et 485 millions de personnes,
avec un coût annuel estimé à 9,3 milliards de dollars (GIEC, 2020). Les zones les plus
touchées sont les régions arides comme le Sahel, où seuls 3 à 30 % des sols ne sont pas
encore dégradés (AGNES, 2020).
Titre du graphique : Émissions de GES du Sénégal (1990–2022)
Source : Global Climate Watch, avril 2024
A. Les effets du changement climatique
Les changements climatiques, tels que les phénomènes extrêmes et la variation des
précipitations, accélèrent l’érosion des sols. Au Sénégal, par exemple, 64 % des terres
arables sont affectées par l’érosion et la salinisation.
Titre du graphique : Évolution des températures moyennes annuelles (gauche) et du
nombre de jours chauds (droite) au Sénégal
Source : Banque mondiale, 2024
B. Les effets des pratiques agricoles
Les pratiques agricoles inadaptées aggravent la dégradation des sols. Au Malawi et en
Zambie, la mauvaise gestion des fertilisants et de l’irrigation a causé la perte de 15 % des
terres arables en dix ans. En Afrique rurale, 28 % des agriculteurs cultivent des terres en
déclin de fertilité. La réduction des superficies cultivables et leur fragmentation forcent
les agriculteurs à abandonner les jachères et la rotation des cultures, ce qui aggrave la
situation (Barbier & Hochard, 2016 ; Jayne & Ameyaw, 2016).
CONCLUSION
La jeunesse africaine représente une opportunité stratégique pour le développement
agricole. Intégrée dans les chaînes de valeur (mécanisation, transformation,
commercialisation, etc.), elle pourrait transformer l’agriculture en moteur de croissance,
notamment grâce aux innovations numériques.
L’avenir de l’agriculture africaine dépendra fortement des systèmes agricoles familiaux,
qui assurent une grande part de la production alimentaire et de la biodiversité. Il est donc
essentiel que les politiques publiques favorisent une intensification durable centrée sur
ces producteurs.