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Analyse du roman "Allah n'est pas obligé"

Le compte rendu de l'ouvrage 'Allah n’est pas obligé' d'Ahmadou Kourouma, publié en 2000, décrit les épreuves de Birahima, un enfant-soldat en Afrique de l'Ouest, confronté à la guerre civile et à des atrocités. Le roman, à la fois historique et tragique, aborde des thèmes tels que la corruption, la cupidité des dictateurs et la perte de l'innocence enfantine, tout en utilisant un ton ironique et humoristique pour atténuer la gravité des réalités décrites. Kourouma met en lumière la condition des enfants victimes de la guerre, tout en explorant la complexité linguistique de la narration.

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Le compte rendu de l'ouvrage 'Allah n’est pas obligé' d'Ahmadou Kourouma, publié en 2000, décrit les épreuves de Birahima, un enfant-soldat en Afrique de l'Ouest, confronté à la guerre civile et à des atrocités. Le roman, à la fois historique et tragique, aborde des thèmes tels que la corruption, la cupidité des dictateurs et la perte de l'innocence enfantine, tout en utilisant un ton ironique et humoristique pour atténuer la gravité des réalités décrites. Kourouma met en lumière la condition des enfants victimes de la guerre, tout en explorant la complexité linguistique de la narration.

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Compte rendu

Ouvrage recensé :

KOUROUMA, Ahmadou, Allah n’est pas obligé, Paris, Éditions du Seuil, 2000.

par Étienne-Marie Lassi


Études littéraires, vol. 35, n° 1, 2003, p. 119-120.

Pour citer ce compte rendu, utiliser l'adresse suivante :

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DOI: 10.7202/008637ar

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KOUROUMA, Ahmadou, Allah n’est pas obligé, Paris, Éditions du Seuil, 2000.

Ce quatrième roman d’Ahmadou Kourouma raconte les tribulations de Birahima à


travers une Afrique de l’Ouest ravagée par la guerre civile. Orphelin de père et de mère
et convaincu d’être poursuivi par une malédiction pour n’avoir pas été tendre avec sa
mère pendant sa longue et douloureuse agonie, Birahima va, en compagnie de Yacouba,
féticheur et « bandit », à la recherche de sa tante Mahan, « qui devait [le] nourrir et [l’]
habiller et avait seule le droit de [le] frapper, [l’] injurier et bien [l’] éduquer1 », autant
dire, à la recherche d’une enfance ordinaire.
De 1993 à 1997, Birahima arpente les villes et les villages du Liberia (« bordel au sim-
ple ») et de la Sierra Leone (« bordel au carré »), faisant l’expérience, en qualité
d’enfant-soldat et de coadjuteur du féticheur Yacouba, de scènes plus atroces les unes que
les autres : viols, assassinats, anthropophagie… Il est même témoin de la mort « par cou-
pure en tranches » d’un chef d’État destitué, le sanguinaire général Doe. Au terme de ce
voyage déshumanisant et riche en monstruosités, il prie sur la fosse commune où repose
tante Mahan avant d’être emmené en Côte d’Ivoire par son cousin, le docteur Mamadou.
La situation d’énonciation de ce roman ressemble bien à une séance de psychanalyse.
C’est en effet à la demande du docteur Mamadou que Birahima, qui en éprouvait déjà le
besoin d’ailleurs, s’est « bien calé » et a commencé son « bla bla bla », comme pour
exorciser sa conscience : « Petit Birahima, dis-moi tout, dis-moi tout ce que tu as vu et
fait ; dis-moi comment tout ça s’est passé2. » Les nombreuses digressions du récit, corol-
laire des mouvements de cette conscience traumatique du héros-narrateur, donnent au
romancier l’occasion de jeter un regard prétendument naïf mais critique sur l’Afrique
moderne.
Avec de nombreuses mentions d’événements récents, des précisions sur les dates, les
lieux et les noms des protagonistes connus pour leurs implications dans l’actualité con-
vulsive de l’Afrique contemporaine, Allah n’est pas obligé apparaît comme un roman
historique, comme un récit où la fiction semble bousculée par le réel. Cependant, ces
faits étant bien connus, puisque déjà rapportés ailleurs, ils situent l’intérêt du roman
moins dans le récit que dans la peinture du continent qui s’en dégage ; une Afrique
victime de guerres d’intérêt et de croyances anesthésiantes.
La question de la corruption et de la cupidité des dictatures d’Afrique, celle de l’indo-
lence du peuple croyant (crédule même) et malléable à souhait ainsi que celle des femmes

1 Ahmadou Kourouma, Allah n’est pas obligé, 2000, p. 36.


2 Ibid., p. 233.

Études Littéraires Volume 35 No 1 Hiver 2003


ÉTUDES LITTÉRAIRES VOLUME 35 N O 1 HIVER 2003

victimes de rites moyenâgeux déjà présents dans Les soleils des indépendances (1976) et
En attendant le vote des bêtes sauvages (1998), sont reprises ici comme pour mettre en
exergue le thème de l’enfance tragique. Allah n’est pas obligé est d’ailleurs dédié aux
enfants de Djibouti victimes de la guerre.
Birahima et ses comparses, d’abord enfants de la rue, puis enfants-soldats, sont condi-
tionnés et exploités. Sans famille, sans éducation et donc sans ressources, ils sont travaillés
psychologiquement par des rituels grotesques, les fétiches et la drogue avant d’être jetés
dans cet univers infernal de la guerre où la rapine, le viol et le meurtre ne sont pas une
abjection mais des activités. Endurcis, insensibles, maniant la kalachnikov tel un jouet,
ils tuent ou se font tuer dans des guerres dont ils ignorent tout. L’enfance ne rime plus ni
avec l’innocence ni avec l’insouciance, et la quête de Birahima ressemble à la recherche
de ce paradis (perdu) de l’enfance qu’ont peint pendant la période coloniale les roman-
ciers comme Camara Laye dans L’enfant noir ou Bernard B. Dadié dans Climbié. Kourouma
range ainsi l’enfance à côté de la chefferie traditionnelle au tableau des victimes des
« soleils des indépendances ».
Malgré l’aspect si pessimiste et même tragique des réalités décrites, le romancier
n’adopte pas un ton grave. Il confie la narration à un enfant dont la naïveté feinte et la
désinvolture débouchent sur l’ironie et l’humour, lesquels forcent le sourire et déten-
dent une atmosphère de terreur qui, autrement, aurait été plus que tragique. À côté des
portraits grossis jusqu’à la caricature et des événements que l’exagération transforme en
légende, il y a la langue. Le jeune narrateur se sert de trois dictionnaires (français, an-
glais et particularités lexicales du français en Afrique) pour donner entre parenthèses
l’explication de certaines expressions. Cette attitude du héros-narrateur rappelle, bien
sûr, le problème de l’écrivain africain qui doit trouver l’alchimie linguistique nécessaire
pour traduire en français une culture et une vision du monde que seule sa langue mater-
nelle assume naturellement — problème déjà posé par Les soleils des indépendances et
Monnè, outrage et défi (1990) —, mais elle contribue aussi à l’humour du texte et la
dédramatisation du récit.
Roman du pouvoir, récit de guerre, Allah n’est pas obligé apparaît en définitive comme
une tragicomédie où se joue la survie de « l’enfant noir » dans une Afrique déchirée par
des conflits sanglants et soumise à la démence des « chefs de guerre ».

Étienne-Marie Lassi
Université de Calgary

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