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La fille de mes rêves : souvenirs d'enfance

Le texte évoque la rencontre d'un fils avec sa mère après dix ans de séparation, marquée par des souvenirs douloureux et des circonstances historiques. L'auteur décrit sa vie d'étudiant solitaire à Tbilissi après la guerre, où il se consacre à ses études et à la poésie tout en portant le poids de son passé. Un télégramme de sa mère, l'invitant à se retrouver, ravive des émotions intenses et des souvenirs précieux.

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La fille de mes rêves : souvenirs d'enfance

Le texte évoque la rencontre d'un fils avec sa mère après dix ans de séparation, marquée par des souvenirs douloureux et des circonstances historiques. L'auteur décrit sa vie d'étudiant solitaire à Tbilissi après la guerre, où il se consacre à ses études et à la poésie tout en portant le poids de son passé. Un télégramme de sa mère, l'invitant à se retrouver, ravive des émotions intenses et des souvenirs précieux.

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Tiffany Tarab Version n°2 Pour le 18 mars

NOTE : 5,25

La fille de mes rêves, Bulat Okudžava, 1988

Je me rappelle comment j’ai rencontré ma mère en 1947. Nous étions séparés

depuis dix ans. Elle avait laissé un garçon de douze ans, et voici un jeune homme

qui avait déjà vingt-deux ans, étudiant à l’université. […]

Nous étions séparés depuis dix ans. Certes les circonstances de l’époque, les

raisons de ces pertes douloureuses, de ces longues séparations : désormais tout

cela est bien connu, maintenant nous le comprenons bien, nous l’expliquons, nous le

regardons comme un fait historique, oubliant même parfois, que nous avons nous-

mêmes été impliqués (immergés) dans tout cela, que nous étions nous-mêmes des

participants à ces événements, que cela nous a touchés, même heurtés et blessés.

A cette époque, dix ans étaient une éternité pour moi, pas comme maintenant. […]

Les circonstances de ma vie à cette époque-là étaient les suivantes. J’étais revenu

du front, et j’étais entré à l’Université de Tbilissi, et j’habitais dans une chambre au

rez-de-chaussée laissée par ma tante qui avait déménagé dans une autre ville.

J’étudiais à la faculté des Lettres, j’écrivais des poèmes d’imitation, je vivais comme

seul un étudiant solitaire pouvait vivre dans les années d’après-guerre: sans penser

à l’avenir, sans argent, sans désespoir. Je tombais amoureux, me consumait, et ça

m’aidait à oublier la faim, et je pensais pour me remonter le moral (donner du

courage) : vivant et bien portant, que demander de plus ? Seul le lourd secret, le
Tiffany Tarab Version n°2 Pour le 18 mars

secret amer de ma séparation était gardé dans les profondeurs de mon âme, en

souvenir de ma mère.

Il y avait plusieurs photographies d’elle quand elle était jeune, avec des grands yeux

bruns ; […] je me souvenais encore de son intonation, de sa manière de rire, de

quelques mots tendres insaisissables, de toutes sortes de petites choses. [...]

Derrière le mur de ma chambre vivait le voisin Meladze […]. Qui était-il ? Qu’est-ce

qu’il faisait ? Maintenant, je ne me souviens pas, et je ne le savais probablement pas

à l’époque. Il restait enfermé dans sa chambre, il n’en sortait presque jamais .

Qu’est-ce qu’il faisait là-bas ?

Nous étions seuls, lui et moi. […]

Ce jour-là mémorable, je rentrai tard à la maison. D’ailleurs, je ne me rappelle pas où

j’étais avant. Il est venu me voir dans le couloir de la cuisine et m’a remis une feuille

pliée.

« Télégramme, dit-il en chuchotant. »

Le télégramme venait de Karaganda. Il me brûla les mains. « Rencontrons-nous au

train cinq cent un, bisous, maman ». Meladze piétinait à côté de moi, reniflait et

m’observait.

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