Tiffany Tarab Version n°4 Pour le 15 avril 2021
Sof’ja Petrovna, Lidija Čukovskaja, 1988
Sof’ja Petrovna s’habilla, se lava le visage, se força à boire du thé et à ranger sa chambre. Et
elle sortit dans la rue, dans la pénombre. Le temps se réchauffait pourtant pendant la nuit,
les flaques d’eau s’étaient recouvertes d’une fine couche de glace. […]
Une sentinelle avec un fusil se tenait près de la porte en fer. […] La sentinelle s’approcha
d’elle.
« Ça ouvre à neuf heures ! » dit-il.
Il était huit heures moins vingt. Sof’ja Petrovna décida de ne pas rentrer chez elle. Elle se
promena de long en large devant la prison, levant la tête et jetant des coups d’œil aux
barreaux en fer. […] Sof’ja Petrovna traversa la rue et avança machinalement tout droit. A sa
gauche, elle aperçut la vaste étendue désertique et enneigée de la Neva.
Elle tourna à gauche et arriva sur le quai.
Il faisait déjà jour. Silencieusement, avec une simultanéité étonnante, les lampadaires du
pont Litejnyj s’éteignirent. La Neva était jonchée de tas de neige jaunâtre et sale. « On doit
apporter ici la neige de toute la ville », pensa Sof’ja Petrovna. Elle remarqua une grande
foule de femmes au milieu de la rue. Certaines se tenaient debout, appuyées sur le parapet
du quai, d’autres marchaient lentement sur le trottoir et la chaussée. Sof’ja Petrovna fut
surprise de voir qu’elles étaient toutes très chaudement habillées : avec des châles par-
dessus leurs manteaux, et presque toutes portaient des bottes fourrées et des bottes de
caoutchoucs. Elles tapaient du pied et soufflaient dans leurs mains. « Manifestement, elles
doivent être là depuis longtemps, si elles sont si gelées, pensa Sof’ja Petrovna par
désœuvrement (pour s’occuper). Pourtant, il ne fait pas si froid il ne gèle pas, et il fond à
nouveau ». […] Sof’ja Petrovna regarda attentivement le bâtiment devant lequel les femmes
étaient réunies. C’était un bâtiment ordinaire, sans panneau. Qu’attendent-elles donc ici ?
Dans la foule, il y avait des dames avec des manteaux élégants mais aussi des femmes
ordinaires. N’ayant rien à faire, Sof’ja Petrovna traversa la foule deux fois. Une femme se
tenait debout avec un nourrisson dans les bras et tenait un autre enfant par la main enorulé
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par une écharpe croisée. Un homme se tenait seul vers contre le mur du bâtiment. Leurs
visages étaient tous verdâtres, peut-être était-ce dû au brouillard matinal ?
NOTE : 5