L’échange est assimilé à une action qui consiste à troquer une chose pour
une autre. C’est une transmission mutuelle des biens et des services entre des
entités ou des personnes. Dans les relations interpersonnelles, les hommes
partagent des biens et des valeurs qui renforcent les liens qui existent entre eux.
Ce sont ces liens qui président au fondement de tout échange. A l’encontre de
cette perception, il semble que les échanges peuvent être pervertis par des
comportements humains qui lui enlèvent ses lettres de noblesse. Il est donc
question de nous interroger sur la nature de l’échange et les conditions de son
efficacité. Dans cette optique, les échanges ont-ils une raison d’être dans la
société ? En revanche, comportent-ils des insuffisances ?
La raison d’être des échanges. Premièrement, les échanges sont dictés par
les besoins naturels. Ceci revient à dire que ne pouvant subvenir à ses besoins
tout seul, l’homme se tourne vers ses semblables pour obtenir ce qu’il n’a pas, et
en retour, leur donner ce qu’il possède. Les échanges seraient donc fondés sur la
réciprocité. C’est pour ainsi dire un rendez-vous du donner et de recevoir. Aussi,
celui qui donne reçoit en même temps et vice-versa comme en témoigne cette
assertion d’Adam Smith, Recherches sur le nature et les causes de la richesse
des nations, « Donnez-moi ce dont j’ai besoin et vous aurez de moi ce dont
vous avez besoin vous-même. »
Deuxièmement, les échanges renforcent les liens sociaux entre les groupes.
Autrement dit, ils sont de nature à rapprocher les membres des communautés ou
des familles différentes. En effet, dans les rapports entre communautés, il y a des
passations réciproques de biens ou de produits qui manifestent une certaine
complémentarité. L’illustration la plus visible se trouve dans le mariage, car ce
dernier se présente comme une occasion de construction d’une relation entre deux
familles. On parle ainsi d’un échange matrimonial à travers lequel deux familles
s’unissent pour ne former qu’une seule. C’est dire que le mariage n’est pas tant
l’union de deux personnes que celle de deux familles par le biais de leurs enfants.
D’ailleurs, cette pensée trouve toute sa pertinence chez Marcel Mauss, Essai
sur le don, « L’échange matrimonial prend la forme d’un don qui appellerait
en retour un contre don ».
Si les échanges sont indispensables dans la société, ne pourrait-on pas
cependant leur reconnaître des limites ?
La faiblesse des échanges. En premier lieu, les échanges ne sont pas
toujours équitables. Par-là, il faut comprendre que les termes de l’échange ne sont
pas strictement équivalents. Car l’utilisation de l’argent comme moyen d’échange
n’est pas toujours fiable. En effet, dans l’économie capitaliste, Marx montre que
l’ouvrier échange sa force de travail contre un salaire de subsistance lequel ne
compense pas nécessairement l’ensemble des efforts fournis par ce dernier. De
même, lorsque l’échange devient un moyen d’accumulation de richesses, les
objets échangés ne le sont plus selon leur valeur d’usage, mais plutôt selon leur
valeur d’échange. Et dans ce cas, l’argent peut fausser la trajectoire de l’échange :
ce qu’on donne ne correspond pas à la somme d’argent qu’on reçoit. C’est ce qui
fait dire à Simon Weil que « l’argent est le montre de la civilisation actuelle »
(La pesanteur et la grâce).
En second lieu, il se trouve qu’il y a des choses que l’on ne peut échanger,
qu’on ne saurait acheter. En d’autres termes, certains éléments échappent à la
logique marchande qui caractérise l’échange. En raison du fait que ces éléments
sont moralement inestimables et leur valeur ne saurait être établie sur la base
d’une simple quantité d’argent. D’ailleurs, Kant nous indique à ce sujet que,
Fondements de la métaphysique des mœurs, « La dignité c’est ce qui est
supérieur à tout à prix, ce qui, par suite, n’admet pas d’équivalent ».
De l’analyse faite, il ressort que les échanges sont incontournables dans
la société puisqu’ils consolident les rapports entre les personnes et les groupes.
Toutefois, ils ne sont pas toujours justes au regard de ce qui semble échapper à la
logique de l’échange.
En dernière instance, nous pensons que les échanges méritent d’être
guidés par des principes moraux afin qu’ils ne portent pas préjudice à la cohésion
sociale.