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Fièvre jaune : épidémiologie et prévention

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Des cas d’importations sont régulièrement rapportés

Fièvre jaune chez des touristes non immunisés (Belgique en 2001,


États-Unis en 2002).
Dans le milieu naturel, le virus circule entre le mous-
Malgré l’existence depuis de nombreuses années d’une tique vecteur (infecté de façon persistante et capable de
vaccination efficace, la fièvre jaune (FJ) continue d’être transmettre l’infection verticalement à sa descendance)
une endémie redoutable et une menace importante en et le singe. Le singe infecté, s’il survit, est immunisé
Afrique et en Amérique du Sud, comme l’ont montré contre une infection ultérieure. L’homme n’entre
les épidémies les plus récentes. qu’accidentellement dans ce cycle.
En Afrique, la FJ est endémique à bas niveau en perma-
Agent causal nence dans la canopée. Le virus est transmis de singe à
singe par Aedes africanus ou d’autres moustiques
Le virus de la fièvre jaune (aussi appelé virus amaril et
proches, avec une infection le plus souvent inapparente.
YFV, pour yellow fever virus) est un arbovirus apparte-
Les contaminations humaines sont rares. Dans les zones
nant à la famille des Flaviviridae et au genre des Flavivi- de savane humide et en bordure de forêt, où les varia-
rus. Considéré comme le chef de file des Flavivirus, le tions climatiques sont plus marquées et les populations
virus amaril est un virus enveloppé, sphérique, de 40 à de vecteurs et de singes plus importantes, la circulation
45 nm de diamètre. La nucléocapside à structure symé- du virus peut se faire à proximité immédiate des villages
trique cubique contient un ARN monocaténaire de et plantations. C’est la circulation simultanée dans ces
polarité positive de 11 à 12 kb. Le virus se lie aux récep- zones dites d’émergence de singes infectés, de vecteurs
teurs cellulaires et entre dans la cellule cible par sauvages infectés, d’hommes indemnes et infectés et
endocytose. Le génome est libéré dans le cytoplasme d’Aedes aegypti, moustique domestique sensible au
sous l’effet du pH bas des phagolysosomes. La réplica- virus, qui crée les conditions de la transmission du virus
tion a lieu exclusivement dans le cytoplasme. L’assem- d’homme à homme par Aedes aegypti et d’épidémies
blage du virus débute dans le cytoplasme et se termine humaines souvent meurtrières. Les épidémies africaines
dans la membrane plasmique avec l’incorporation des concernent régulièrement plusieurs centaines de milliers
glycoprotéines virales. La structure antigénique du virus de personnes.
présente de légères variations suivant les souches per-
En Amérique du Sud, les singes sont très sensibles à
mettant de distinguer les souches africaines et les
l’infection. Le virus n’est pas présent partout en forêt
souches américaines. mais se déplace avec la raréfaction des populations
simiennes, décimées par des vagues régulières d’épizoo-
Épidémiologie tie. Le vecteur appartient surtout au genre Haemago-
gus. Les cas humains sont rares, sauf dans les zones de
Ce virus est présent en Afrique dans 33 pays, entre 15° déforestation. Des zones d’émergence existent égale-
nord et 20° sud, et dans 9 pays d’Amérique du Sud, ment, responsables de petites épidémies humaines régu-
dans les bassins de l’Amazone et de l’Orénoque, entre lières concernant quelques centaines de personnes.
10° nord et 20° sud. Le nombre de cas annuels de FJ L’introduction du virus en zone urbaine par un homme
dans le monde est variable en fonction des épidémies infecté en forêt et la contamination de la population
mais pourrait atteindre 200 000 cas en moyenne, avec domestique d’Aedes aegypti peuvent être à l’origine
30 000 décès. d’épidémies urbaines dramatiques. Ce risque avait été
En 2005, 5 pays d’Amérique du Sud ont déclaré des supprimé par l’élimination quasi totale d’Aedes aegypti
cas de fièvre jaune : Brésil, Bolivie, Colombie, Pérou et dans les grandes villes dans les années 1950. Mais il
Venezuela. Mais ce nombre de cas reste stable depuis s’y est réinstallé depuis ; ce qui, associé à l’exploitation
quelques années. En revanche, le nombre de cas a consi- forestière intensive, ne peut qu’être inquiétant pour les
dérablement augmenté en Afrique de l’Ouest en raison années à venir.
d’importantes épidémies en Guinée, au Mali, au Séné-
gal, au Burkina-Faso et en Afrique de l’Est, au Soudan. Clinique
Amérique du Nord et centrale, Antilles, Europe, Médi- Comme les autres Flavivirus, le virus FJ peut provoquer
terranée, Asie et Océanie en sont exemptes, malgré des infections inapparentes et des syndromes aigus
l’existence locale de conditions suffisantes à l’installa- fébriles « dengue-like ». Mais il est surtout responsable
tion d’un cycle naturel du virus, comme l’ont montré d’une véritable fièvre hémorragique, autrefois appelée
certaines épidémies dramatiques dans des ports de ces typhus amaril, dont la mortalité est toujours impor-
régions au cours des siècles précédents. tante (10 à 40 %) mais variable selon les épidémies.
L’incubation dure de 3 à 6 jours. La phase de début, dès le 10e jour et pendant 10 ans. La vaccination est
dite « phase rouge », associe l’installation brutale d’une contre-indiquée chez l’enfant de moins de 6 mois et
fièvre élevée et de signes généraux peu caractéristiques, chez la femme enceinte. Elle peut permettre de circons-
communs à toutes les arboviroses : une bradycardie, un crire rapidement une épidémie par vaccination intensive
faciès rouge, une anxiété intense, quelques hémorragies des populations exposées. Cette vaccination est obliga-
discrètes (épistaxis, gingivorragies, etc.). Après une toire pour tout voyageur se rendant en zone d’endémie
courte rémission, inconstante, survient la phase d’état, ou en arrivant.
dite « phase jaune ». Cette hépatonéphrite hémor-
ragique associe une fièvre élevée et ses signes généraux Diagnostic biologique
d’accompagnement à un ictère, des vomissements rapi-
dement sanglants (vomito negro), des hémorragies Le diagnostic biologique de la fièvre jaune est un diag-
d’abord digestives puis généralisées, une oligurie et une nostic d’urgence. Il repose sur l’isolement du virus ou
albuminurie dont l’intensité est directement liée à la sur sa détection directe par PCR, réservés à de rares
gravité du pronostic. L’évolution peut se faire vers une laboratoires de référence spécialisés, et sur la sérologie.
guérison sans séquelle ou vers le décès en 7 à 10 jours
dans un contexte d’insuffisance rénale aiguë ou d’insuf- — Diagnostic direct
fisance hépatique aiguë, plus rarement d’hémorragie et Le diagnostic anatomopathologique, caractéristique,
de choc hypovolémique. avec dissociation trabéculaire, stéatose hépatique,
D’autres formes cliniques existent : frustes, à prédomi- nécrose médiolobulaire aboutissant à la formation des
nance hépatique ou rénale, neurologiques, suraiguës. corps de Councilman, ne permet que l’identification
post mortem de la maladie, même si une confirmation
Traitement par isolement du virus reste recommandée.
Il n’existe pas de thérapeutique spécifique. Le traite- Le virus peut être isolé ou détecté par RT-PCR spéci-
ment est symptomatique, demandant souvent des tech- fique du sang périphérique en phase aiguë virémique,
niques de réanimation lourdes, difficiles à mettre en éventuellement du LCR ou de fragments nécropsiques.
œuvre dans la plupart des pays d’endémie. La difficulté
est encore plus grande en période épidémique avec — Diagnostic sérologique
l’accumulation des cas, d’autant plus qu’il est fortement
Le diagnostic sérologique d’une infection aiguë n’utilise
déconseillé de transporter les patients atteints en zone
plus l’inhibition de l’hémagglutination (IHA), pas assez
urbaine pour éviter une extension de l’épidémie.
spécifique, ou la séroneutralisation, très spécifique mais
trop tardive. Il se fait en EIA par la recherche des IgM
Prophylaxie spécifiques en immunocapture. Les IgM sont habituelle-
La prophylaxie de la FJ repose sur la surveillance ment présentes au 4e ou 5e jour de la fièvre, mais parfois
constante des conditions locales de circulation du virus plus tardivement. Les IgG apparaissent quelques jours
dans le milieu naturel et sur la lutte antivectorielle avec après les IgM et confirment un résultat initial d’IgM
le contrôle des populations de vecteurs domestiques isolées.
(démoustication, suppression des gîtes larvaires, etc.), Il est obligatoire de connaître le statut vaccinal du
dans les zones d’endémie comme dans les zones patient pour pouvoir interpréter correctement cette
indemnes : démoustication des bateaux et des avions sérologie.
autour des ports et aéroports.
La protection de la population humaine se fait pendant — Contrôle d’immunité
les épidémies par lutte contre la transmission (mise des
patients atteints sous moustiquaire, démoustication Le contrôle d’immunité anti-amarile se fait par la tech-
localisée, etc.) et hors des épidémies par des mesures de nique séroneutralisation : le sérum du patient est incubé
prévention (moustiquaires, répulsifs et surtout vacci- en présence du virus, puis ce mélange est inoculé à des
nation). cellules permissives, gardées ensuite à l’étuve pendant
5 jours. La révélation se fait par coloration du tapis
cellulaire et numération des plages de lyse obtenues :
Vaccination les cellules sont considérées comme protégées quand le
Le vaccin anti-amaril (souche 17D Rockefeller) est un nombre de plages est réduit d’au moins 80 % par rap-
vaccin vivant atténué, préparé sur œuf de poule port au témoin virus. L’inverse de la dernière dilution
embryonné. Il est généralement bien toléré et particuliè- de sérum protectrice détermine le titre d’anticorps neu-
rement efficace. La protection est officiellement valable tralisants présents.
Un titre supérieur ou égal à 10 est considéré comme pays, quand le respect constant de la chaîne du froid
protecteur. Un tel titre persiste très longtemps, souvent n’est pas certain ;
beaucoup plus de 10 ans, mais n’est détectable qu’à • aux situations de contre-indications des rappels,
partir d’une dizaine de jours après la vaccination : un quand on désire vérifier l’immunité existante pour
contrôle éventuel ne devra pas être trop précoce. retarder le plus longtemps possible une nouvelle injec-
La vaccination anti-amarile est particulièrement effi- tion vaccinale : allergie à l’œuf, grossesse chez une
cace. Les indications du contrôle de l’immunité acquise patiente devant être revaccinée, immunodépression.
sont donc limitées :
• au contrôle d’une éventuelle vaccination antérieure de
☞ Arbovirus
moins de 10 ans non tracée (absence de carnet de ( OMS.
vaccination) ; Fièvre jaune, Togo.
Wkly Epidemiol Rec 2007 ; 82/5 : 33-40.
• au contrôle d’une vaccination réalisée dans des condi- Rodhain F.
Fièvre jaune, dengue et autres arboviroses.
tions éventuellement non optimales dans certains EMC – Maladies infectieuses 2001 ; 8-062-A-10, 19 p.

Common questions

Alimenté par l’IA

En Afrique, le virus de la fièvre jaune circule continuellement entre les moustiques et les singes, avec Aedes africanus comme principal vecteur dans un cycle souvent inapparente. Les épidémies humaines surviennent lorsque les singes et les moustiques infectés cohabitent avec des humains non immunisés . En Amérique du Sud, les épidémies humaines sont plus rares et se produisent principalement dans les zones de déforestation ou à l'intérieur des villes après l'introduction du virus par des individus infectés revenant de la forêt. Haemagogus est le principal vecteur, et le virus se déplace avec la raréfaction des populations de singes, souvent décimées par des épizooties .

La prophylaxie contre la fièvre jaune repose sur la surveillance des vecteurs et la vaccination. Les mesures comprennent la lutte antivectorielle par contrôle des moustiques, démoustication, et suppression des gîtes larvaires, ainsi que la vaccination des populations à risque. Les actions préventives diminuent le potentiel de transmission du virus, même dans les zones indemnes, et sont soutenues par la vaccination des voyageurs se rendant en zones endémiques. Ces mesures combinées permettent de contenir et prévenir efficacement les épidémies .

Le virus de la fièvre jaune est un arbovirus de la famille des Flaviviridae, sous le genre Flavivirus, et se présente comme un virus enveloppé, sphérique d'environ 40 à 45 nm de diamètre. Sa nucléocapside cubique contient un ARN monocaténaire de polarité positive. Le virus pénètre dans la cellule cible via l'endocytose, et son ARN est libéré dans le cytoplasme sous l'effet du pH bas des phagolysosomes. La réplication a lieu exclusivement dans le cytoplasme, débutant dans le cytoplasme et se terminant par l'intégration des glycoprotéines virales dans la membrane plasmique .

La réémergence d'Aedes aegypti dans les villes augmente le risque d'épidémies urbaines de fièvre jaune. Ce moustique domestique est un vecteur efficace pour la transmission de la fièvre jaune d'homme à homme, transformant un cas importé en potentiel foyer d'infection urbaine. Son rétablissement en zones urbaines, associé à la déforestation et au retour des populations infectées depuis les forêts, facilitent les épidémies dramatiques, rendant crucial son contrôle pour la prévention des futures épidémies .

Le statut vaccinal du patient est crucial pour interpréter correctement les résultats sérologiques car les vaccinations antérieures peuvent entraîner la présence d'IgM et IgG, qui sinon pourraient être interprétées comme indicatives d'une infection aiguë. Connaître le statut vaccinal évite les faux positifs et permet une évaluation précise de l'immunité afin de déterminer la nécessité d'une nouvelle vaccination ou d'autres interventions .

Le traitement de la fièvre jaune est symptomatique et compliqué par l'absence de thérapie spécifique. Les épidémies posent des défis logistiques importants, notamment en raison de la nécessité de ressources de réanimation souvent indisponibles ou difficiles à administrer dans les pays d'endémie. De plus, il est déconseillé de déplacer les patients en zones urbaines pour éviter l'extension de l'épidémie. En conséquence, les capacités locales de prise en charge sont souvent dépassées par l'augmentation soudaine du nombre de cas .

Le virus de la fièvre jaune se transmet dans les milieux naturels via un cycle sylvatique impliquant des moustiques vecteurs, tels que Aedes africanus en Afrique, et des singes. Les singes infectés transmettent le virus à leur progéniture par les moustiques vecteurs. Les humains entrent rarement dans ce cycle, mais lorsqu'ils le font, cela peut entraîner des épidémies, surtout si Aedes aegypti, un moustique domestique qui peut transmettre le virus d'homme à homme, est présent. Les zones de savane et en bordure de forêt sont particulièrement propices aux épidémies humaines meurtrières, car elles regroupent des singes, des vecteurs sauvages, et des humains non immunisés .

La vaccination joue un rôle crucial dans la prévention des épidémies de fièvre jaune. Le vaccin vivant atténué (souche 17D Rockefeller) est sûr et efficace, offrant une protection valable dès le 10e jour et pendant 10 ans. Cependant, sa mise en œuvre présente des défis, notamment dans les régions endémiques où le maintien de la chaîne du froid est problématique, et il est contre-indiqué chez certains groupes comme les enfants de moins de 6 mois et les femmes enceintes. En période épidémique, une vaccination intensive des populations exposées peut efficacement contrôler une épidémie .

L'infection par le virus de la fièvre jaune se déroule en plusieurs phases. La phase de début, ou "phase rouge", se caractérise par une fièvre élevée, bradycardie, faciès rouge et anxiété intense, avec parfois de légères hémorragies. Après une brève rémission inconstante, survient la "phase jaune", qui est une hépatonéphrite hémorragique associée à un ictère, vomissements sanglants, hémorragies généralisées, oligurie, et albuminurie, signes liés à un mauvais pronostic. L'évolution peut mener à une guérison ou au décès en 7 à 10 jours .

Le diagnostic de la fièvre jaune repose sur des méthodes directes et sérologiques. Le diagnostic direct peut impliquer l'isolement du virus par RT-PCR à partir du sang, ou post mortem par diagnostic anatomopathologique caractérisé par la formation des corps de Councilman. Les techniques sérologiques cherchent spécifiquement les IgM et IgG par immunocapture, crucial pour confirmer l'infection aiguë. Le contrôle de l'immunité acquise est réalisé par séroneutralisation, mesurant le titre d'anticorps neutralisants pour déterminer un niveau de protection suffisant .

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