oi n°2024-06 du 09 février 2024 modifiant la loi n° 2012-30 du 28 décembre 2012
portant création de l’OFNAC : une réforme consolidante de la lutte contre la
corruption au Sénégal
Dix (10) ans après la création de l’OFNAC, des limites quasiment légales sont
constatées. Il s’agit, entre autres, de la stagnation des dossiers d’enquêtes déposés
auprès du Procureur de la République par l’OFNAC, de l’absence de pouvoirs pour les
enquêteurs de l’OFNAC de poser certains actes d’enquête et d’utiliser certaines
techniques d’enquêtes comme le font les officiers de police judiciaire.
C’est dans ce sens que la réforme de 2024 revêt beaucoup d’intérêt avec comme
innovations majeures, entre autres, le renforcement des pouvoirs d’investigation de
l’Office par la possibilité de prendre des mesures de garde à vue, de faire des
enquêtes pour les enquêteurs assermentés de l’OFNAC et les officiers de police
judicaire sur saisine du Président de l’OFNAC, faire usage des techniques d’enquêtes,
dans les conditions et formes prévues par les textes en vigueur, prendre une mesure
de gel de biens, de fonds ou d’autres ressources détenues, possédées ou contrôlés
par toute personne physique ou morale contre qui existent des indices de
commission des faits de fraude, corruption, d’enrichissemnt illicite, de pratiques
assimilées et d’infraction connexes.
Entre autres innovations, nous pouvons retenir l’allongement et l’uniformisation des
délais de prescription de l’action publique en matière de lutte contre la corruption et
les délits assimilés, qui passent pour la plupart (enrichissement illicite, corruption
active, corruption passive etc.) de 3 à 7ans à compter de la date des faits ou de
l’acquisition du bien visé dans la poursuite, comme en matière de détournement de
deniers publics.
En effet, pour l’enrichissement illicite, le délai de prescription de l’action publique
court à compter de la date d’acquisition, du bien visé de la poursuite ; si plusieurs
bien sont en cause, le délai de prescription court pour chaque bien, à sa date
d’acquisition ; tout bien acquis moins de 7ans avant la poursuite, peut être pris en
compte dans la poursuite.
Cette rigueur dans l’allongement des délais de prescription s’explique par les
difficultés et la complexité de la détection et de la répression des délits liés aux
deniers publics.
Dans le même sillage, le législateur a renforcé l’OFNAC en légiférant sur le délit
d’entrave au fonctionnement de l’OFNAC.
Ce nouveau dispositif anti-corruption incarné par l’OFNAC, améliorera, à coup sûr,
l’efficacité de l’Office dans la lutte contre la prévarication des deniers publics.
Saliou DIOP,
Juriste, Enseignant-chercheur,
Expert formateur en Bonne Gouvernance et Lutte contre la Corruption